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EVALUATION RETROSPECTIVE DE L’IMPACT DE LA VACCINATION DES PORCELETS CONTRE LE CIRCOVIRUS DE TYPE 2 SUR LES PERFORMANCES D’ENGRAISSEMENT

Pascal Fourchon (1) , Aude Miorcec(2) ,Vincent Auvigne(3) , Catherine Belloc(2)

(1)Coopagri Bretagne, Za Lanrinou 29560 Landerneau (2) E.N.V.N. , BP 40706, 44307 Nantes cedex 03 (3) Ekipaj, c/Valencia 3, 28223 Pozuelo de Alarcon, Madrid, Espagne

Depuis l’été 2008, un vaccin destiné à la vaccination des porcelets contre le circovirus de type 2 est autorisé en France. Plus d’un an auparavant, un autre vaccin destiné aux reproducteurs était déjà utilisé sur les porcelets selon un protocole hors AMM. En Bretagne, depuis quelques années, l’infection des porcs par ce circovirus ne se traduit en général plus par l’expression clinique de dépérissement. Cette pathologie est désormais suspectée lors de performances insuffisantes au regard de l’environnement technique, surtout lorsque l’hétérogénéité intra-bande est prononcée. Ceci a conduit les vétérinaires à prescrire la vaccination des porcelets le plus souvent en l’absence de diagnostic de certitude. Dans ce contexte, nous avons voulu évaluer, à l’échelle d’un groupement de producteur, l’impact de ces vaccins sur les performances d’engraissement.

Matériel et méthode

L’étude s’est déroulée entre mars et août 2009 au sein d’un échantillon d’ élevages naisseurs-engraisseurs de Coopagri Bretagne ayant mis en place une vaccination circovirus sur porcelets avant 2009. Pour chaque élevage, nous avons comparé les performances de 3 bandes avant et après la mise en place de la vaccination. Ce choix était légitimé par l’objectif de disposer d’un environnement le plus comparable possible avant et après la vaccination. Les critères de performances pris en compte sont le GMQ de la naissance à la vente, le % de pertes en engraissement, le % de P1+P2+P3, le M2. La majorité des élevages ne pratiquant pas le tatouage spécifique à la bande, les critères de bandes ont été calculés en faisant l’hypothèse que pour un lot d’abattage donné, les performances de chaque fragment de bandes qui le composait étaient égales aux performances moyennes de ce lot. Nous avons inclus au départ 69 élevages. Finalement, après un long travail d’analyse, seuls 23 élevages ont été conservés pour l’étude statistique. Les critères d’exclusion étaient : l’insuffisance des enregistrements sur les fiches bande, les mélanges de bande soit dès le début d’engraissement soit pour les fins de bande, les incohérences entre données de bande et données d’abattoir, la modification concomitante à la mise en place du vaccin d’un autre paramètre ayant une influence potentielle sur les critères cibles. L’analyse statistique intra-élevage comparant 3 bandes avant et 3 bandes après repose sur le test des rangs. Ce test non paramétrique peut s’appliquer sur des petits échantillons quelque soit la distribution du paramètre étudié.

Résultats

Tableau 1: Evolution des performances entre les périodes "avant vaccination" et "pendant vaccination" (Nombre d’élevages par catégorie)

 

Evolution

Tendance

Stabilité

Tendance

Evolution

positive *

positive

**

négative **

négative *

GMQ

7

3

8

0

1

M2

6

4

7

2

0

P1+P2+

P3

3

3

8

1

% pertes

0

1

 

11

1

1

eng.

*différence au seuil de p = 0.05

** différence au seuil de p =0.27

Environ dans un élevage sur deux, nous avons mis en évidence une amélioration ou une tendance à l’amélioration de la croissance. Cette proportion n’était pas différente entre les 2 vaccins utilisés. Il est à noter que les élevages où les résultats sont positifs se caractérisent par une plus grande fréquence de la vaccination circovirus sur les truies. Dans ces

élevages, le GMQ a progressé en moyenne de 28.6 g/j. Ceci correspond à un gain net d’environ 4 euros par porc ( pour un cours moyen à 1.20 €/kg) après déduction du coût de la vaccination. L’impact sur le M2 est parallèle à l’impact sur la croissance. Nous retrouvons presque toujours les mêmes élevages en évolution positive ou tendance positive que pour le GMQ. Nous observons la même tendance pour le % de porcs légers. Par contre, nous n’avons pas mis en évidence d’évolution positive du taux de pertes en engraissement.

Discussion

L’évaluation d’un protocole sans témoin contemporain comporte de nombreux biais parmi lesquels l’évolution dans le temps de paramètres techniques (ex : la densité en post-sevrage) ou sanitaires .Nous avons ainsi mis en évidence qu’entre deux bandes consécutives appartenant au même régime vaccinal, le GMQ naissance-vente évolue en moyenne de + ou 17 G/jour. Le fait d’observer une tendance à l’amélioration des croissances suite à la mise en place de la vaccination seulement dans un élevage sur deux n’est pas surprenant. En effet, dans la majorité des cas, les vaccinations n’avaient pas été prescrites après un diagnostic de certitude de circovirose. Il est probable que dans une partie des élevages, les sous performances à l’origine de cette prescription étaient dues à d’autres facteurs que le circovirus de type 2. L’association observée entre vaccination des truies et résultat de la vaccination des porcelets s’explique peut-être par un meilleur ciblage des élevages à vacciner. Dans les élevages où les performances de croissance ont augmenté, le gain de croissance observé est comparable à certaines données que l’on trouve dans la bibliographie (1)(2). L’amélioration parallèle du M2 est logique dans la mesure ou ce paramètre mesure le dépôt de muscle. De même l’évolution du % de porcs légers est cohérente dans la mesure ou la durée d’occupation est limitante dans certains élevages. La non mise en évidence d’impact sur la mortalité peut apparaître surprenante au regard des résultats d’autres études (1). Ceci peut s’expliquer parce que l’infection par le circovirus de type 2 ne se traduit plus systématiquement par une augmentation des pertes en engraissement, comme c’était le cas en Bretagne il y a 10 ans. Au final, notre étude montre l’intérêt économique de la vaccination circovirus sur porcelets dans une proportion importante d’élevages en sous-performance. Le « pari » est largement gagnant une fois sur deux. Cela signifie aussi qu’il est nécessaire d’évaluer l’évolution des performances pour ne pas poursuivre lorsque cela ne se justifie pas. Une des conclusions de ce travail est qu’il est souhaitable que nous disposions d’une méthode de diagnostic permettant de prescrire avec plus de pertinence ces vaccins dans les élevages ne présentant pas de clinique évidente de circovirose. Les études avec témoin contemporain sont beaucoup plus précises que la

notre pour mesurer l’impact d’une vaccination . Cependant, les études terrain à grande échelle apportent des renseignements complémentaires plus facilement extrapolables aux autres élevages. Pour en tirer le meilleur profit, il sera judicieux de s’inspirer des réflexions disponibles

dans la thèse d’Aude Miorcec.

Références 1.Duflo N. , Funk J

On farm trial of porcine circovirus

vaccination efficacy. AASV 2009 p317 2. Verbeck J., Waddell J., Baysinger A. Field evaluation of Ingelvac Circoflex on growth performance of pigs in a subclinical PCVAD herd. AASV 2009 p.353-354

, Kober J

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