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Introduction

Face au développement incessant de nouvelles infrastructures de transport, les naturalistes et scientifiques ont tiré la sonnette d'alarme sur le danger croissant de voir disparaître de nombreuses espèces animales. La prise de conscience de ce phénomène a débuté par le constat d'une mortalité croissante des espèces traversant les voies ainsi que d’une augmentation des problèmes de sécurité des usagers engendrée par ces traversées. C'est ainsi que des passages pour le gros gibier (sangliers, cervidés) ont été aménagés sur les grands axes routiers. Par la suite des installations protégeant le passage des plus petits animaux ont été mises en place. En parallèle, il a été démontré que les infrastructures humaines créent un morcellement des habitats naturels(Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais., 1995). Celui-ci fait baisser la diversité génétique des populations animales en isolant des petits groupes d'individus et provoque parfois la disparition de ces sous-populations. De nouveaux types de passage ont été réalisés pour permettre aux animaux de traverser les routes mais aussi d'autres infrastructures telles que les canaux ou les barrages hydrauliques. Cette synthèse bibliographique présentera les différentes études effectuées sur les passages à petite faune (c'est à dire les animaux dont la taille est inférieure ou égale à celle du blaireau). Les différentes recherches seront classées selon le type d'infrastructure traversée.

I.

DONNEES GENERALES SUR LES PASSAGES A PETITE FAUNE

Les aménagements devront concilier un double objectif : interdire l’accès de la chaussée aux animaux et permettre des échanges de part et d’autre (CLERGEAU, 1993). La vitesse de déplacement des différentes espèces sera un critère important à prendre en compte. Clergeau (CLERGEAU, 1993) a ainsi défini trois groupes :

passage en une seule fois (grande faune)

passage en plusieurs étapes ( petits mammifères et reptiles)

traversées lentes (insectes et mollusques).

De plus, il est signalé que le déplacement de la petite faune, en particulier les petits carnivores, s’opèrent en suivant des corridors boisés existants ou en suivant les cours d’eau (SETRA/ CETE de l'Ouest, 1992). L’accueil du passage devra donc être aménagé. Il devra fournir un espace dégagé pour les grands mammifères et un espace riche en herbes ou boisé permettant le refuge des petits mammifères (Clergeau, op. cit.). Le passage doit aussi s’intégrer dans une infrastructure en réseau déjà existante (haies). L’expérience acquise sur des aménagements “ anciens ” (études de fréquentation) (CETE de l'Est /Fédération Régionale pour la Protection de la Nature, 1985, Association suisse de normalisation/Union des professionnels suisses de la route, 1986, CETE de l'Est / Fédération Régionale pour la Protection de la Nature, 1986, CETE de l'Est/A.E.R.U., 1989b, CETE de l'Est/A.E.R.U., 1989a, Ministery of Transport Public Works and Water Management, 1995) montre l’importance de réaliser des études sur le comportement migratoire des espèces (BAUMGART & CARTERON, 1992), et tout particulièrement la migration des amphibiens (LANGTON, 1989)

.

Il existe donc différents aménagements possibles selon le type d’infrastructure à traverser ainsi que le type d’espèces que l’on veut faire passer. Le passage peut se faire au dessus ou en dessous de l’infrastructure et peut comprendre aussi un aménagement des bords de la chaussée (Ministère de l'Agriculture/CTGREF Groupement technique forestier division loisirs et chasse , 1978)

II. LE FRANCHISSEMENT DES ROUTES

A. LES PONTS VERTS ET LES ECODUCS

Les ponts verts et écoducs devront comporter trois parties principales (Clergeau, op. cit.) :

un talus de terre qui devra être boisé d’un côté afin de réunir des bonnes conditions de température et d’humidité, et d’attirer ainsi un éventail maximum d’arthropodes et de reptiles.

les abords du talus devront être dégagés pour favoriser les grands animaux et être enherbés pour répondre aux exigences des arthropodes, batraciens et micromammifères qui évitent les zones dénudées.

le passage devra également comporter une zone boisée le long des berges avec des essences différentes dépassant de part et d’autre de l’ouvrage pour permettre les cheminements lents. Berthoud et Müller (BERTHOUD & MULLER, 1994) conseillent également d’aménager

une bordure ensoleillée avec un andain de pierres ou de branches pour favoriser la progression des reptiles. Ils attirent aussi l’attention sur le danger d’un contrôle du passage d’espèces- proies par les prédateurs. Il sera nécessaire aussi de restituer la morphologie des terrains, du substrat et de la végétation initiale. Pour cela, Owaller (OWALLER, 1994) recommande une largeur supérieure à 15m, et Berthoud et Müller (op. cit.) préconisent une largeur de 30m. Au bois de Montlogon (Oise), sur la ligne TGV-Nord, il existe un écoduc dont la largeur au centre est de 80m (MOUGEY, 1993). Certaines règles d’aménagement des abords de ces passages devront être respectées afin d’inciter les animaux à les emprunter : clôture, étanchéité (Owaller, op. cit.). Il sera également important de vérifier l’efficacité des passages par des pièges à traces. De nombreux ouvrages se sont en effet avérés peu fréquentés (Clergeau, op. cit.), (ONC, 1994). Ces passages pourront être intégrés sur des ponts déjà existants (Berthoud et Müller, 1994, op. cit.), sur lesquels un aménagement, le long de la route, de banquettes engazonnées et d’écrans latéraux de 1m à 1m50 de haut, devra être réalisé. Des clôtures et des végétaux buissonnants devront guider les animaux vers le passage.

B. LES PASSAGES SOUS-CHAUSSEE

Les passages sous-chaussée sont plus spécifiques que les ponts verts et écoducs qui permettent le passage d’un maximum d’espèces (Clergeau, op. cit.). Il en existe différents types qui ciblent chacun des groupes d’espèces particuliers. On ne citera ici, que les passages sous-chaussée destinés à la petite faune.

1. Les passages à amphibiens

Le trafic routier représente une menace réelle pour les amphibiens quand les infrastructures linéaires coupent les voies de migration. Un trafic de 60 véhicules par heure suffit à éliminer 90 % des crapauds traversant une route (WWF, 1989). En effet un crapaud peut mettre jusqu’à 20 minutes pour franchir 7 mètres bitumés (BRAUN & DYEN, 1997). En France, depuis les années quatre vingt, de nombreux crapauducs ont été crées. Cependant leurs installations doit respecter certaines règles :

L’ETUDE PREALABLE

Une étude préalable des sites sera nécessaire afin de définir le lieu d’installation des passages. Il faudra inventorier les espèces ciblées, leurs effectifs, ainsi que les prédateurs potentiels le long de la zone considérée. Les zones de migration les plus fréquentées devront également être localisées, ainsi que les points bas du terrain naturel qui sont propices à l’installation d’un crapauduc. En dernier lieu, il conviendra de vérifier la nature du sol (Association suisse de normalisation/Union des professionnels suisses de la route, 1977). En France, Lemoine (LEMOINE, 1996) cite l’exemple de “ Fréquence Grenouille ”, émission radiophonique de France Culture, qui permettait d’identifier et de localiser les passages dangereux. Ces résultats étaient communiqués à la D.D.E., via l’E.N.F., qui les prenait en compte lors de leurs chantiers.

LES DIFFERENTS TYPES DE PASSAGES

Deux types de passages à amphibiens pourront être réalisés (MOUGEY, 1996) :

Le passage à sens unique (des tunnels différents pour la migration aller et retour).

Le passage à double sens (un même tunnel pour les deux migration).

Percsy (PERCSY, 1995) définit quant à lui trois types de passages classés selon leur diamètre :

Les tunnels d’un diamètre supérieur à 1 mètre (ils fonctionnent dans les deux sens et permettent un passage facilité)

Les tunnels d’un petit diamètre (ils fonctionnent en sens unique et sont accompagnés de trous de chute)

Les tunnels d’un petit diamètre placés en surface (sortes de caniveaux recouverts d’une grille, ils fonctionnent dans les deux sens mais ont pour inconvénients de recueillir les substances polluantes et de ne pas protéger des nuisances sonores de la route). Les deux derniers types de passages cités ne sont empruntés par les animaux que s’ils y sont contraints. Pour les passages à sens unique, des caniveaux collecteurs pourront être placés latéralement à la chaussée pour récupérer le flux d’amphibiens (CETE de l'Est /Fédération Régionale pour la Protection de la Nature, 1985, CETE de l'Est / Fédération Régionale pour la Protection de la Nature, 1986, CETE de l'Est/A.E.R.U., 1989b, CETE de l'Est/A.E.R.U., 1989a, WWF, 1989). Berthoud et. Müller (op. cit.), préconisent un canal en U carré de 40x40 de préférence en béton enterré au ras du sol. Percsy (op. cit.) rajoute que le canal devra être percé de puisards recouverts d’une grille pour l’évacuation de l’eau et que des trous de chute devront être aménagés le long de ce canal, pour amener l’animal dans le tunnel. Pour les passages à double sens, des barrières en zigzag formant un angle de 60° par rapport à la voie de migration sont conseillées (STOLZ & PODLOUCKI, 1983). Ce type de barrière devra avoir une hauteur minimale de 40 cm (Berthoud et Müller, op. cit.). Si l’angle entre le crapauduc et la voie de migration est supérieur à 60°, des caniveaux collecteurs seront nécessaires quelque soit le type de passage. Les abords des collecteurs devront être constitués d’un couvert herbeux avec quelques arbustes feuillus afin d’éviter la dessiccation des animaux dans les collecteurs. Pour les passages à sens unique une pente de 0,5 % est suggérée (Mougey, 1993, op. cit.) pour faciliter l’écoulement de l’eau. La sortie de ce genre de passage devra être située à 10 cm au dessus du sol pour empêcher les passages en sens inverse (Perscy, op. cit.). Dans tous les cas, il faudra éviter la stagnation de l’eau dans les caniveaux et les tunnels (Percsy, op. cit.). L’entrée de tous les types de tunnels devra être protégée de la lumière, par exemple en la couvrant d’un couvercle en bois muni de deux rabats. La sortie devra laisser passer un maximum de lumière pour attirer les animaux (Mougey, 1993, op. cit.). Des pierres devront être disposées à la sortie pour favoriser la restauration des animaux fraîchement sortis du conduit (Owaller, op. cit.). Les différents tunnels devront être distants de 50 à 70 cm (Berthoud et Müller 1994, Mougey, Perscy, op. cit.).

LES MATERIAUX UTILISES

Les matériaux utilisés pour la fabrication des crapauducs seront le béton et le P.V.C. (Perscy, op. cit.) ou le ciment et le polyéthylène (Berthoud et Müller, 1994, op. cit.). Cependant, Mougey (1993, op. cit.), nous rappelle que le ciment a un effet répulsif sur les amphibiens, mais qu’après quelques années de fonctionnement, l’intérieur des tunnels se tapisse de feuilles et de terre, ce qui leur convient mieux. De plus avec le temps, un effet d’imprégnation olfactive du cheminement des batraciens se produit. Pour éliminer les substances chimiques répulsives du béton et du P.V.C., Percsy, (op. cit.), conseille l’exposition des tuyaux à la pluie pendant plusieurs jours et leur immersion quelques heures avant la pose. Owaller, (op. cit.), propose le badigeonnage du béton avec de l’eau argileuse.

L’ENTRETIEN DES INSTALLATIONS

L’entretien des installations sera indispensable afin d’éliminer ce qui pourrait freiner la progression des animaux. Cet entretien devra être fait pendant l’hiver, avant la migration des adultes vers le lieu de reproduction (Mougey, 1996, op. cit.).

L’EFFICACITE DES CRAPAUDUCS

Peu de données concernant l’efficacité des crapauducs sont disponibles. On sait cependant, qu’en Sologne, le rendement des conduits varie entre 90 et 100 % pour la Grenouille agile et le Crapaud commun. Il chute à 36 % pour le Triton palmé. Les jeunes batraciens, lors de leur première migration semblent très sensible à la prédation (WWF, 1989). Mougey (1996, op. cit.) cite comme éventuels prédateurs : le Putois, la Couleuvre à collier et

la Corneille noire. On constate également une mortalité induite par les installations et causée par le froid, l’absence d’humidité, le soleil du matin, les différences de températures entre l’intérieur et l’extérieur du tunnel et le vent qui circule dans les buses (Mougey, 1993, op. cit.).

CAS DES PASSAGES SOUS VOIES FERREES

Dans le cas des voies ferrées, s’il n’est pas possible de creuser un tunnel sous la voie, on pourra passer un demi tuyau sous les rails, ou retirer les pierres du ballast sur 5 à 7 mètres. On rajoutera alors un butoir sur le rail, pour provoquer la chute des animaux dans le tuyau (Berthoud et Müller, 1994, op. cit.).

AUTRES ESPECES POUVANT UTILISER LE PASSAGE

Les crapauducs pourront être utilisés avec profit par de nombreuses espèces selon le diamètre du tuyau. Petits rongeurs, Lézard agile Lacenta agilis, Orvet Angivis fragilis, Hérisson Erinaceus europaeus, Fouine Martes fouina et Belette Mustela rivalis pourront être rencontrés. On remarquera également que les carabes chassent volontiers dans les tunnels (Mougey, 1993, op. cit.).

2.

Les passages à mammifères

Le diamètre optimal d’un passage pour petits mammifères n’est pas connu cependant des passages d’un diamètre de 30 à 40 cm sont régulièrement utilisés en Hollande par les petits mammifères (Ministery of Transport, 1995). Sous les infrastructures hautes (ponts), des murs de bûches pourront être disposés permettant le passage des petits mammifères notamment des mustélidés (Ministery of Transport, 1995). Il faudra veiller au sol du tunnel et notamment par rapport au problème des eaux collectées à l’intérieur. A cet effet l’utilisation du sable permettra un bon drainage. On utilisera de même des matériaux solides et durables (béton, acier, plaques en tôle). Pour le blaireau, l’espacement entre les passages sera de 500 mètres voir 250 en Hollande où les densités sont particulièrement élevées (OWALLER, 1994, Rijkswaterstrat, 1995). Enfin des buses spécifiques à mustélidés ont été installées sur le RD 774 en France (CLERGEAU,

1993).

L’efficacité de ces passages est surtout basée sur l’expérience étrangère (Owaller, op. cit.) :

En Hollande et en Angleterre, on a une bonne efficacité des passages à blaireaux qui sont aussi utilisés par les lagomorphes, les mustélidés et les renards.

En Suisse, on a une bonne utilisation de ces passages par le blaireau, le chat sauvage, le lynx, les mustélidés, les hérissons par contre le lièvre est réticent à ce type de passage.

En Allemagne, le renard, le lapin, la fouine et la martre fréquente régulièrement ce type de passage.

En France, ce type de passage reste peu développé, on peut citer le RD 774 en Brière (hermine, lapin, belette, fouine, renard, hérisson) et le cas de l’A35 où des passages agricoles ont été réaménagés en passage pour la petite faune. On y trouve une fréquentation régulière du hérisson, chat, petits carnivores fouine, lapin et renard.

3. Les passages à reptiles

3 passages à tortues ont été aménagés dans le Massif des Maures sur l’A57 ou 157 dont 2 spécifiques pour la tortue d’Hermann (Testudo hermanni) (Owaller, op. cit.). On parle alors de tortuduc (Clergeau, op. cit.).

C. AMENAGEMENTS DES BERMES

1. Le passage des animaux ailés

Certains aménagements des bermes permettent la traversée des animaux sans qu’il y ait réellement de passage liant les abords de l’infrastructure. En effet, ces aménagements s’adressent à des animaux volants qui seront ainsi guidés pour faciliter leur passage au dessus de la voie et éviter les collisions avec les véhicules. Le Ministère des Transports hollandais (Ministery of Transport, 1995) conseille de réaliser des plantations ou des constructions sur les bas côtés dans les milieux ouverts pour décourager les animaux volants lentement. Des haies (Rijkswaterstrat, 1995) peuvent être mises en place pour empêcher la venue des oiseaux

sur la route. JF HELDER (ELDER, 1999) explique dans son article l’importance des corridors pour les papillons forestiers. Il cite P KIRBY (KIRBY, 1992) qui dans son livre “ habitat management for invertebrates ” propose des gestions forestières types pour favoriser le passage des invertébrés ailés.

2. Les passages par la canopée.

Peu de passages par la canopée ont été aménagés en France. Dans notre région, deux passages ont été installés :

Le premier par les experts des boisements à Proville (59), pour relier les boisements de la Folie à ceux de Proville au dessus de l’Escaut.

Le deuxième par le DEED, Nord-Nature St-Omer et JM Grebert, au dessus des routes du

plateau d’Helfaut (62). Ces aménagement ont inspiré la DIREN et la DDE, appuyés par le CNRS, pour la création de corridors en Guyane (VILLAIN & LAMIOT, 1999). La forêt guyanaise est encore une des zones tropicales les moins touchées au monde par la déforestation, mais de nouvelles pistes et routes sont régulièrement ouvertes, ce qui nécessite l’installation de bio-corridors. Actuellement, quatre passages sur dix ont été réalisés, et une étude d’efficacité à été faite sur l’un d’entre eux. On a ainsi pu constater le passage de neuf fois plus de chauve-souris et d’oiseaux, ainsi que son utilisation par des troupes de singes. Le principe de ces passages consistera là où la topographie n’impose pas de terrassement, de réduire l’emprise de la route à 10m (au lieu de 80 à 100m), en coupant le moins d’arbres possible et en évitant de rompre ou d’abîmer le continuum de la canopée, ceci sur une longueur de 200 à 250m, afin de préserver une sorte de pont végétal permettant à la faune de traverser la route. L’efficacité du passage pourra être renforcée sur les routes peu fréquentées par le remplacement du macadam en structure de type “ evergreen ” en polyéthylène haute densité, afin de créer un microclimat plus favorable. Ce type de passage par la canopée est moins coûteux que l’installation de tunnels et il est applicable aux canaux (comme à Proville) et aux voies ferrées.

III. PASSAGES HYDRAULIQUES

A. LE PASSAGE DES CANAUX

Sur les voies navigables, des aménagements pour le grand gibier pourront être réalisés, tel que radeaux, passerelles ou plans inclinés. Ceux-ci seront utilisés par la petite faune si le dimensionnement est adapté (Ministère de l'Agriculture/CEMAGREF, 1982). En Hollande, trois types de passages sont proposés pour la petite faune (Ministery of Transport, 1995) :

les berges profilées naturellement : elles devront être utilisées quand les canaux couperont les routes de migration et devront être réalisées lors de la création de nouveaux canaux.

les rampes d’accès : elles devront comporter un système de guidage du flux des animaux.

les passerelles : elles ne sont pas une bonne option et devront être utilisées quand les deux premières solutions ne seront pas possibles. Berthoud et Müller (1994, op. cit.) précisent que la pente de la berge ne devra pas être

trop importante et que la rampe de sortie devra descendre à au moins 50cm sous les plus basses eaux. Les rampes devront être placées en quinconce tous les 50m au maximum. Ces échappatoires seront plus efficaces si l’on met en place des plantes attractives qui permettront aux animaux de les localiser.

B. LE PASSAGE DES PONTS

La construction des ponts permettant le franchissement des rivières coupe la continuité des berges latérales des cours d’eau et donc la progression des animaux ripicoles. Le dimensionnement de l’ouvrage par rapport aux seules exigences hydrauliques ne permet généralement pas le franchissement par la faune. Dans le cas de la Loutre d’Europe Lutra lutra, il faudra éviter l’effet tunnel : le dimensionnement des aménagements devra être adapté à cette espèce. Selon Lafontaine (LAFONTAINE, 1991, LAFONTAINE, 1992, MOGNETTI & MULLER, 1993) trois types d’aménagements sont possibles selon la taille des ouvrages hydrauliques :

grande dimension : il sera préconisé des enrochements latéraux en espaliers.

moyenne dimension : l’installation de banquettes latérales à l’intérieur de l’ouvrage, le long des parois est conseillé.

petite dimension (<3m) : il faudra doubler l’ouverture par un passage busé parallèle d’un diamètre de 60 cm au minimum. Un certain nombre de recommandations sont préconisées (DDE Puy de Dôme, CSP,

SETRA, op. cit.) :

bien caler les tête de buse

veiller aux embâcles

assurer un tirant d’eau minimum

installer des déflecteurs

Owaller (op. cit.) précise que ces aménagements sont également efficaces pour le Vison d’Europe. Par contre, pour le Castor Castor fiber qui reste dans l’eau, il faut éviter l’effet entonnoir (risque d’engorgement et accélération du courant). Les banquettes latérales peuvent aussi servir aux batraciens, si elles sont placées pratiquement au niveau de l’eau (Institut d'Ecologie Appliqué/SCETAUROUTE Ile de France et Ouest, 1991). Des aménagements favorables à la faune piscicole peuvent être envisagés. On peut prévoir un enrochement à l’entrée et à la sortie de l’ouvrage pour éviter l’érosion des berges et du lit. La pente est également un facteur important : quand elle est trop forte, il faut veiller à mettre en place des dissipateurs d’énergie, et quand elle est trop faible, il faut l’augmenter par curage. De plus, ce type de buse est franchissable uniquement si la largeur et la section d’écoulement sont comparables à celles du cours d’eau (Percsy, op. cit.).

C. LE PASSAGE DES BARRAGES

Berthoud et Müller (1994, op. cit.) prennent en compte le franchissement des barrages et suggèrent des passes ou des échelles à poissons.

Conclusion

Le problème de la fragmentation des habitats de la faune sauvage par le développement d’infrastructures notamment de transports a été mis en évidence par les travaux des chercheurs dès la fin des années 60 (MAC ARTHUR & WILSON, 1967). Suite à cela dès les années 1970, des expériences ont été menées notamment en Suisse. Des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Grande-Bretagne ont rapidement suivi et ont été leader dans ce domaine notamment la Hollande pour les corridors biologiques. La France dans ce domaine est restée un peu en retard. La première expérience réellement intéressante s’est faite en Alsace pour les amphibiens à la faveur d’une opinion publique sensibilisée et de l’implantation forte des naturalistes et écologistes. L’expérience acquise au cours des 30 dernières années relatée dans ce travail bibliographique permet maintenant la conception de passages efficaces qui deviennent quasiment obligatoires dans la conception de tous futurs aménagements.

Coordonnées des principaux auteurs cités

Guy BERTHOUD ECONAT 6, rue du lac CH 1400 YVERDON SUISSE (tél : 24-21-92-63)

Jean CARSIGNOL C.E.T.E. de l’Est 1, boulevard de la Solidarité B.P. 5230

57 076 METZ cedex 03

Lionel LAFONTAINE Groupe Mammalogique Breton (réseau S.O.S.-Loutres) Maison de la Rivière

29 240 SIZUN

Thierry MOUGEY Parc Naturel Régional du Boulonnais

Sylve MÜLLER En Vandallaz CH 1175 LAVIGNY SUISSE (tél : 21-808-73-55)

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