Vous êtes sur la page 1sur 2

LE COMMANDANT FRED EST MORT:L'IMBROGLIO RWANDAIS SUR FOND D'OFFENSIVE

REBELLE OFFENSIVE REBELLE AU RWANDA

GORISSEN,AGNES

Lundi 5 novembre 1990

Le commandant Fred est mort

L'imbroglio rwandais

sur fond d'offensive rebelle

Les pièces du puzzle rwandais se multiplient. Sans pour autant permettre de découvrir ce qu'il
recouvre.

Alors que tous les paras belges sont maintenant rentrés au pays, les derniers événements et les
récentes informations concernant le Rwanda n'augurent pas un quelconque apaisement de la
situation. On aurait pu penser que la mort de Fred Rwigyema, le chef du Front patriotique
rwandais, annoncée samedi par le FPR lui-même, allait démobiliser les troupes rebelles. Il n'en a
rien été: le FPR a repris l'offensive ce week-end et mis la main sur Gatuna, au nord, un poste
stratégique important par lequel transite l'essentiel des approvisionnements du Rwanda et du
Burundi. Mais il est vrai que cette mort laisse perplexe.

D'autres rebelles se dirigeraient par ailleurs vers la frontière tanzanienne, peut-être pour fermer
l'accès du Rwanda vers ce pays.

Cette nouvelle offensive des rebelles a en tout cas eu pour effet de crisper un peu plus Kigali à
l'égard de l'Ouganda, Radio Rwanda déplorant ouvertement le soutien que ce pays apporte au
FPR. D'autant plus, d'ailleurs, qu'au même moment des sources diplomatiques à Nairobi
indiquaient que Salim Saleh, le demi-frère du président ougandais Museveni, est l'un des
responsables du FPR.

Dans le nord-est du Rwanda, toutefois, le calme semble revenu, comme en témoigne notre
envoyée spéciale. Mais le spectacle est désolant: le Guest-House de Gabiro, dont le gérant est
belge, a été pillé, son matériel volé ou détruit, sans que l'on sache qui, parmi les occupants
successifs de l'endroit, en est l'auteur. Les populations locales, pour leur part, disent n'avoir à
déplorer aucun mauvais traitement.

Avis plus mitigé, en revanche, pour les personnes incarcérées à la prison de Kigali, que notre
envoyée spéciale a également rencontrées. Elles se plaignent de la lenteur avec laquelle la
commission de triage étudie leurs cas; les choses n'ont guère avancé depuis un mois, un long
mois sans nouvelles des familles. Et, surtout, elles manquent cruellement de soins médicaux. Et
une quinzaine de femmes voient leurs bébés maigrir, faute de lait en poudre.

A. Gn

Articles page 7

OFFENSIVE REBELLE AU RWANDA

Fred Rwigyema est mort. Tout le monde le dit, mais les versions diffèrent. Une nouvelle sans
conséquence sur le terrain...

Qu'est-il réellement advenu du commandant Fred Rwigyema, le chef des rebelles du Front
patriotique rwandais (FPR) qui ont envahi le pays des Mille collines le 1er octobre? Depuis le
début des combats, il était étrangement absent. Et, samedi, les représentants du FPR à Bruxelles
ont annoncé sa mort. Il est décédé le 2 octobre, au deuxième jour de l'attaque, dans les environs
de Kagitumba, en sautant sur une mine. Deux de ses adjoints - Pierre Bayingana, ancien
directeur adjoint des services médicaux de l'armée ougandaise, et Chris Bunyenyezi, ancien
commandant de brigade de la même armée - auraient également trouvé la mort lors de combats,
le 23 octobre cette fois.

Mais est-ce un FPR désoeuvré, parce que privé de chefs, qui a lâché cette nouvelle comme un
aveu d'échec? On peut en douter. Parce que l'excuse avancée pour avoir tu aussi longtemps
l'information - ne pas démoraliser les militants - se justifierait tout autant maintenant, puisque le
FPR entend poursuivre son combat.

En outre, après avoir abandonné Kagitumba mardi, les rebelles sont repassés à l'offensive ce
week-end, mettant la main sur Gatuna, bien plus importante économiquement que Kagitumba.
Ce poste commande en effet le «corridor nord», qui relie le Rwanda au Kenya et à l'Ouganda, et
par lequel transite l'essentiel des approvisionnements du Rwanda et du Burundi.

Les révélations du FRP sont-elles alors une réponse à ce que déclarait vendredi le commandant
de l'armée rwandaise pour la région du Nord-Est, Deogratias Nsabimana, à savoir que Fred
Rwigyema avait été blessé au combat - sans donner de date - et transporté par avion aux États-
Unis pour y être soigné?

On peut en tout cas s'interroger sur le rôle joué par les responsables rwandais. À l'origine de
cette première rumeur quant au sort du commandant Fred, ils ont également contredit, dès
dimanche, via la radio nationale, la version du FPR concernant la mort de son chef. Rwigyema,
a-t-on entendu, a été abattu par un tireur d'élite. Il est mort sur le coup. Une source diplomatique
rwandaise ajoutant qu'il est impossible que Fred Rwigyema ait pu sauter sur une mine à cette
époque, car le terrain était entièrement aux mains des rebelles et il n'avait pas été miné
auparavant.

Difficile de démêler le vrai du faux dans ces versions, dont les auteurs peuvent tous avoir intérêt
à annoncer la mort du commandant: le FPR pour éviter des poursuites contre son chef, Kigali
pour couper court à tout ralliement éventuel de Rwandais à la cause rebelle. Il est probable que
les rumeurs persisteront tant que l'on n'aura pas vu le corps de Fred Rwigyema...

Sur le terrain, en revanche, la situation semble plus claire. Les rebelles ont donc pris la localité
stratégique de Gatuna. Ils cherchent l'asphyxie économique du pays, a commenté une source
diplomatique rwandaise selon laquelle les rebelles tentent également de fermer l'accès du
Rwanda à la Tanzanie, à la frontière sud-est du pays. Le FPR serait donc présent sur deux
fronts, 800 rebelles occupant le parc de l'Akagera et d'autres se dirigeant vers la frontière
tanzanienne.

On est loin, dès lors, de la victoire éclatante de l'armée rwandaise annoncée jeudi par Radio
Rwanda. Ceci expliquant peut-être la mise en cause désormais très nette de l'Ouganda par
Kigali. La radio a ainsi déclaré, dimanche: Il est malheureux que le gouvernement ougandais
soutienne ces gens dans leur lutte contre nous. Mais que les rebelles sachent que combattre le
Rwanda revient à un suicide. Coïncidence? Des sources diplomatiques à Nairobi ont précisément
choisi ce moment pour déclarer que Salim Saleh, le demi-frère du président ougandais Yoweri
Museveni, est l'un des responsables du FPR.

Dès vendredi, en tout cas, l'armée rwandaise a barricadé une partie de sa frontière avec
l'Ouganda en plaçant des remblais de terre le long de la rivière Omuvumba.

AGNÈS GORISSEN

Centres d'intérêt liés