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L'OPPOSITION UNIE CONTRE LE PRESIDENT HABYARIMANA POURPARLERS RWANDAIS

EN TANZANIE

BRAECKMAN,COLETTE

Mercredi 3 mars 1993

L'opposition unie contre le président Habyarimana

Pourparlers rwandais en Tanzanie

Alors que près d'un million de réfugiés campent aux portes de Kigali, fuyant l'offensive du Front
patriotique dans le nord du pays, de nouvelles négociations de paix doivent s'ouvrir vendredi à
Dar es Salam en Tanzanie. La délégation rwandaise sera présidée par le Premier ministre
Dismas Nsengiyaremye tandis que la délégation du FPR sera présidée par le chef du
mouvement, Alex Kanyarengwe, et comprendra notamment M. Bizimungu Pasteur.

Malgré la situation dramatique qui règne dans le pays - les réfugiés secourus par la Croix-Rouge
ont dû abandonner leurs cultures dans les provinces les plus fertiles, ce qui fait craindre une
disette dans les mois à venir -, les pourparlers de paix ne seront guère aisés. En effet, la position
des parties en présence a été durcie par les événements de ces dernières semaines: massacres
de 300 ressortissants tutsis début janvier, suivis d'une offensive du FPR, déclenchée le 8 février
contre les forces gouvernementales.

Le rôle tenu par la France dans le conflit rwandais a également exacerbé la polémique: alors que
Paris a affirmé que ses troupes n'étaient là que pour défendre les ressortissants français, le FPR
a accusé les 600 militaires français d'avoir participé aux combats aux côtés des troupes
gouvernementales dont la combativité est «usée» par deux années et demie d'une guerre à
l'issue incertaine. Ce soutien concret de la France explique pourquoi, le week-end dernier, le
ministre français de la Coopération, M. Debarge, de passage à Kigali, a pressé le président
Habyarimana de «faire un geste significatif» en faveur de la réconciliation avec les partis
d'opposition, dont certains font partie du gouvernement.

Un tel geste ne sera pas facilité par les conclusions de la rencontre qui vient de rassembler à
Bujumbura des représentants de partis politiques d'opposition et des délégués du FPR: le
président du Mouvement démocratique rwandais, auquel appartient le Premier ministre, a ainsi
déclaré à l'issue des travaux, que l'entrée pacifique du FPR à Kigali était préférable au maintien
au pouvoir du président Habyarimana et le départ des troupes étrangères, françaises en
l'occurrence, a été réclamé par tous les participants.

Le communiqué commun réclame le remplacement des troupes françaises par une force
internationale neutre, dans le cadre de l'OUA (Organisation de l'unité africaine) et de l'ONU, avec
vocation humanitaire. Les participants ont aussi déploré l'absence de l'ancien parti unique, le
MRND, à cette rencontre. Dans un tel contexte d'exacerbation des esprits, il sera bien difficile de
reprendre à Dar es Salam une négociation portant sur l'intégration des maquisards dans l'armée
régulière, le retour des exilés et la durée de la période transitoire.

Les positions adoptées à Bujumbura par les partis d'opposition intérieure et le FPR creusent de
plus en plus nettement le fossé entre, d'un côté le parti du président, qui renâcle à partager le
pouvoir et semble prêt à tout, comme au Zaïre voisin, pour le garder, et de l'autre une opposition
composite, dont les ailes intérieures et extérieures ont tendance, la crise aidant, à se rapprocher.

C. B.