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DES MILITAIRES FRANCAIS EN RENFORT PROTECTION RAPPROCHEE AU BURUNDI

BRAECKMAN,COLETTE

Samedi 6 novembre 1993

Des militaires français en renfort

Protection rapprochée au Burundi

La venue d'une vingtaine de militaires français chargés de protéger les ministres survivants a
créé la sensation à Bujumbura. Officiellement, ces hommes, spécialistes de la protection
rapprochée et dont la plupart sont issus du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale
française (GIGN), sont chargés de former deux compagnies de militaires burundais. Cette
justification est invoquée afin de ménager la susceptibilité de l'armée, qui, dans sa grande
majorité, demeure hostile à une intervention étrangère et considère qu'il lui appartient de
restaurer l'ordre. En réalité, les militaires français, qui rejoignent certains de leurs collègues
seront chargés, très directement, d'assurer la sécurité des ministres du gouvernement légal. Le
ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, M. Ngendahayo a déclaré que
désormais la sortie des ministres de l'ambassade de France était une question de jours. Le
gouvernement reconnaît que sa crainte de quitter les locaux de l'ambassade de France,
transformée en bivouac, est mal ressentie par la population, qui souhaiterait que les ministres se
rendent sur les collines pour tenter de calmer les tensions entre Hutus et Tutsis. Mais d'un autre
côté, les ministres, dont les collègues ont été assassinés, craignent à juste titre d'être à leur tour
éliminés. En effet, les nouvelles sont toujours aussi alarmantes: en province, les règlements de
compte se poursuivent, quoique dans une moindre mesure. Les paysans hutus continuent
d'attaquer leurs voisins tutsis, les militaires mènent à leur manière la pacification, et l'élimination
des cadres du Frodebu se poursuit, de manière trop systématique pour ne pas répondre à un
schéma préconçu. C'est ainsi qu'à Bujumbura, les cadres et fonctionnaires du parti continuent à
tenter de fuir vers le Rwanda, ou, s'ils en ont les moyens, vers l'Europe. Reste à savoir quel
accueil leur sera réservé s'ils demandent l'asile politique en France ou en Belgique...

Jusqu'à présent, à part l'envoi de militaires français, la communauté internationale fait la sourde
oreille à la requête du gouvernement de Bujumbura: sollicitée de partout, l'ONU qui vient
d'entamer une nouvelle opération au Rwanda n'a pas les moyens de répondre, l'émissaire de
l'Organisation de l'Unité africaine a décidé de prolonger sa mission jusque mardi prochain.
L'apathie de la communauté internationale s'étend au terrain humanitaire: le Haut Commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré que plus de 700.000 personnes avaient déjà fui au
Rwanda (375.000 personnes dans 19 camps), en Tanzanie (295.000 personnes) et au Zaïre
(39.000). A part l'aide d'urgence fournie par des organisations comme Memisa, qui vient
d'envoyer des médicaments pour une valeur de 4 millions de FB, comme la Croix-Rouge ou
MSF, ces réfugiés se trouvent totalement démunis. Le HCR, qui a demandé 17 millions de
dollars, a affirmé que ses appels n'avaient encore suscité aucune réponse, dans aucun pays.

COLETTE BRAECKMAN