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JADE Cameroun



Sauver le
bois africain
Reportages au cœur
de la forêt camerounaise





-Avril 2014-
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JADE Cameroun

JADE (Journalistes en Afrique pour le Développement)
Cameroun est une association de journalistes qui œuvre
à la professionnalisation du métier et à l’implication des
médias sur les grandes questions de développement de
l’Afrique. A ce titre, elle couvre les thèmes aussi variés
que les droits humains (droits civils, politiques, sociaux,
économiques…), la gouvernance (politique, économique
et sociale), les questions environnementales et de
l’exploitation durable des ressources naturelles.
JADE agit à travers les formations en atelier,
l’accompagnement professionnel des journalistes, la
production et la diffusion des reportages et des enquêtes
tant en presse écrite, en radio qu’en télévision.

Livres déjà parus :
-Geôles d’Afrique : Droits humains en milieu carcéral au
Cameroun ; mai 2013
-Rapport de l’Observatoire de la couverture médiatique
des élections municipales et législatives 2013 au
Cameroun ; Février 2014

JADE Cameroun
BP 3053 Douala Cameroun
Tel (237) 79 85 05 56
Email :
jadecameroun@gmail.com
www.jadecameroun.net
6


7

Sommaire
-Avant-propos ………………………….......................... 7
-CAMEROUN-UNION EUROPÉENNE : Des mesures
contre les coupes illégales de bois ……………………. 9
-Exportations des grumes………..………………….….. 12
-ABONG-MBANG : Sanctionné pour la coupe illégale du
moabi……………………………………..…………….… 13
-EBOLOWA : Coup de colère des populations
flouées…………………………………………………..... 15
-CAMEROUN : Les petits pas de l’industrie du bois.... 19
-AFRIQUE CENTRALE : L'exportation des grumes a
encore des beaux jours ……………………………….... 23
-BELABO : Le chemin de croix administratif des
exploitants des forêts communautaires……………..… 25
-YAOUNDE : Forêts communautaires : le bois de la
discorde…………………………………………………... 29
-EBOLOWA : Des villageois se mobilisent contre la
coupe illégale du bubinga……………………….…....... 33
-YAOUNDE : Retrait abusif de l’agrément d’une
communauté villageoise…………………………..….… 37
-EBOLOWA : Saisie record de bubinga………...…... 41
-STBC : Un système de traçabilité unique au monde.. 45
-KRIBI : Pas de répit dans l’exploitation illégale du
bois……………………………………………………..…. 49
-KRIBI : Les grumiers font des dégâts sur leur
passage………………………………………………..…. 53
-APV : Le Cameroun pas prêt pour délivrer des
autorisations Flegt …………………………………….… 57
-YAOUNDE : Les marques sur le bois ne garantissent
pas sa légalité… ;;;………………………………………. 61
8

-APV : Le ministre des Forêts signe des textes sur la
délivrance des autorisations Flegt……………..………. 65
-BERTOUA : Sale temps pour les exploitants forestiers
illégaux……….………………………………………..…. 69
-APV : Samuel E. Ndongo : «C’est l’acheteur du bois en
Europe qui doit justifier de sa légalité» ………….…… 73
-Littoral : Saisie de bois à Douala………………..……. 75
-EDEA : Quand l’administration freine l’exploitation des
forêts communautaires………………………………….. 79
EBOLOWA : Pourtant interdite d’exploitation…La vente
clandestine du Bubinga divise un village …………….. 83
-APV : Les forêts communautaires pas prêtes ..…..… 87
-DJOUM : La gestion de la taxe d’abattage en débat.. 93
-APV-FLEGT : un appel d’offre pour la réalisation du
système informatisé SIGIF …………………….……….. 97
-BERTOUA : La désillusion des populations des zones
forestières ………………………………………………… 99
-REGLEMENTATION : Les textes prévoient une gestion
transparente des revenus forestiers…………………... 103
-DIMAKO : La mairie reboise sa forêt……..............…. 105
-AMBAM : Des chinois pris en flagrant délit de coupe
illégale du bois …………………………..……………….109
-APV-FLEGT : Sanctions pour non respect de la loi
forestière …………………………………………..…….. 111
-FORÊTS COMMUNAUTAIRES DE L’EST: Pas facile de
se conformer aux exigences de l’APV Flegt ............... 115
-LIMBE : L’entreprise américaine Herakles farms doit elle
aussi respecter la loi……………………….………….... 119
-CAMEROUN : Les journalistes menacés ne peuvent
informer ………………………………………………... . 123
-LES AUTEURS………………………………………… 127
9

Avant-propos

Avec 20 millions d’hectares de forêts couvrant 40% du
territoire, le Cameroun est le deuxième producteur du
bassin du Congo. L’exploitation forestière représente 6%
du produit intérieur brut. Global Witness, un organisme
indépendant, estime que plus de 20% du bois
camerounais est abattu hors du cadre légal : corruption,
fraudes, non respect du droit …A ce rythme, la forêt
pourrait avoir disparu dans une quinzaine d’années. En
vue d’inverser cette tendance, le Cameroun et l’Union
européenne, qui ne veut plus de bois illégal sur son sol,
ont conclu, en 2010, un « accord de partenariat
volontaire sur l'application des réglementations
forestières, la gouvernance et les échanges
commerciaux des bois et produits dérivés vers l'Union
européenne » (APV FLEGT).
Depuis lors, toute une série de procédures sont en train
d’être mises en place pour contrôler la légalité et la
traçabilité du bois. Principale innovation : chaque arbre
sera inventorié, sa position géographique précise
référencée grâce au GPS et enregistrée dans une base
de données. Grâce à un code barre, on devrait pouvoir
connaître l’origine précise de tout bois arrivant au port
d’embarquement. Pour obtenir des licences
d’exportation, obligatoires à la fin de la période
préparatoire, les entreprises de la filière devront se plier à
la nouvelle réglementation. Faute de quoi, leur bois ne
pourra être vendu.
La mise en œuvre efficace de cet accord nécessite une
meilleure information du public. C’est dans cet esprit que
de 2012 à 2014, grâce à l’appui financier de l’Union
européenne, et à l’encadrement professionnel de son
partenaire français Ouest Fraternité, JADE (Journalistes
10

en Afrique pour le Développement), a diffusé une
trentaine d’émissions radio et une cinquantaine d’articles
de journaux, dont l’essentiel constitue la quintessence
de ce livre. Objectif : faire circuler une information
pertinente, accessible à tous, sur la mise en œuvre de
l’APV FLEGT, et sur les violations de la législation
forestière.
Pour le Parlement européen, " une amélioration des
canaux de communication, ainsi qu'une campagne
d'information et de sensibilisation du public camerounais
seront essentielles pour assurer une acceptation plus
large des réformes qui seront réalisées, en amont de
l'APV ". Ce livre fait écho à cette analyse.
Etienne TASSE



11

CAMEROUN-UNION EUROPÉENNE
Des mesures contre les coupes illégales de
bois

Le Cameroun et l'Union européenne ont signé en
2010 un accord portant sur des réformes
révolutionnaires à mettre en œuvre. Un processus
laborieux mais irréversible.

Corruption, mauvaise gestion, dégradation de
l'environnement, appauvrissement des populations…Le
secteur forestier du Cameroun, plus gros exportateur
africain de bois durs vers l'Union Européenne (UE), est
entaché de nombreuses illégalités. "Malgré les mesures
prises par le gouvernement camerounais, les activités de
fraudes continuent, notamment parce que très peu de
sanctions sont effectives", relève le Parlement européen.
Dans son rapport de fin de mission, REM (Resource
Extraction Monitoring), l'Ong britannique en charge de
l'observation indépendante de la mise en application de
la loi forestière au Cameroun (2005-2009), enfonce le
clou : "Les illégalités les plus communes concernent le
non paiement des taxes, la délocalisation géographique
des titres d’exploitation, l’exploitation sous couvert de
projets de développement fictifs, la coupe hors-limites et
le blanchiment de bois illégal à l’aide de documents de
transport et lors de la transformation du bois".
Le même document souligne que "80% des “petits titres”
visités attribués en vue de la réalisation de projets de
développement, l'étaient en violation de la
réglementation". A cause des multiples fraudes, ces titres
qualifiés de "petits" à cause de leur faible superficie
(moins de 1.000 ha) et du temps limité de leur validité,
sont devenus depuis 2007, la seconde source
12

d’approvisionnement en bois après les concessions. Les
sociétés les utilisent "pour exploiter des volumes
importants, blanchir du bois, et réduire ou éviter le
paiement des taxes".

Respect des réglementations
Ce sombre tableau est une catastrophe pour l'économie
de ce pays qui, avec environ 20 millions d’hectares de
forêts (40% du territoire), est le deuxième producteur de
grumes du bassin du Congo, derrière le Gabon. , Les
pays qui ne luttent pas efficacement contre l’exploitation
illégale des forêts sont de plus en plus montrés du doigt.
"Nous devons lutter contre la criminalité organisée dans
le domaine de l’exploitation illégale des forêts de la
même façon que nous combattons les malfaiteurs qui
vendent de la drogue ou se livrent à des extorsions de
fonds", déclarait en mars dernier Jean Pesme, chef de
l’unité de promotion de l’intégrité des marchés financiers
à la Banque mondiale.
Pour sa part, l'Europe, qui achète 80 % de bois sciés du
Cameroun, a décidé d’exiger le respect des
réglementations dans les pays fournisseurs. Chacun
d'eux doit conclure avec l'UE un accord prévoyant une
série de réformes devant permettre de combattre la
fraude et l'illégalité.
Après cinq années de négociations, cet "accord de
partenariat volontaire (APV) sur l'application des
réglementations forestières, la gouvernance et les
échanges commerciaux des bois et produits dérivés"
(FLEGT en anglais) a été signé le 6 octobre 2010 et
ratifié le 09 Août 2011 par le Président Paul Biya. .
Le Cameroun s’est engagé à développer un système
censé permettre de détecter le bois illégal. . Tous les
arbres à couper seront inventoriés, géo-référencés
13

(position physique dans la forêt) et enregistrés dans une
base de données. Tout arbre coupé pourra être suivi
depuis la forêt jusqu'au port d'embarquement, grâce à un
système informatique mettant en réseau tous les
intervenants.

Mieux informer le public
.Pour que son bois soit légal, l’exploitant devra aussi
respecter la réglementation environnementale, sociale,
économique, fiscale…
Entrée en vigueur depuis décembre 2011, l'APV FLEGT
s’applique à tous les bois et produits dérivés, y compris le
bois importé ou en transit au Cameroun. "Les licences
FLEGT conférées aux expéditions de bois permettront
aux services de douane de l’Union Européenne
d’identifier le bois légal en provenance des pays
partenaires et de lui accorder le droit d’entrer dans l’UE,
tandis que le bois non couvert par une licence en sera
exclu", précise une note d'information de l'UE.
L'acceptation des réformes d'une telle ampleur nécessite
une bonne information et une forte sensibilisation du
public. Une quinzaine de journalistes se sont retrouvés à
Yaoundé en avril 2012 pour se former sur l'APV FLEGT
et la législation forestière du Cameroun, en vue de mieux
informer le public sur la mise en œuvre de ce plan
d'action. Cet article est le premier d'une série de
reportages, d'enquêtes, d'interviews et d'articles de
vulgarisation sur la mise en œuvre de l'APV FLEGT au
Cameroun.
Etienne TASSE
Mai 2012

14

Exportations des grumes (m
3
)
2009 2010 2011
Chine + HK+ Taïwan 266 568 381 017 315 127
Vietnam 85 445 582 115 051
Italie 15 814 12 434 14 766
Turquie 11 406 38 423 35 623
France 10 908 30 380 13 883
Inde 8 242 76 009 27 436
Belgique 4 914 3 959 2 872
Allemagne 3 642 4 744 2 894
Portugal 2 378 2 221 1 571
Emirats Arabes Unis 1 100 3 971 2 504
Autres 2 399 50 348 50 570
Total annuel 412 816 604 088 582 297
Source : Association Technique Internationale des Bois
Tropicaux (ATIBT)
Exportations des sciages (m
3
)
2009 2010 2011
Italie 57 806 64 209 81 671
Pays Bas 54 957 51 662 33 647
France 46 054 55 563 50 335
Belgique 35 802 55 317 112 782
Espagne 34 136 34 140 35 041
Chine + HK+Taiwan 28 335 39 354 50 084
Grande Bretagne 16 816 19 751 21 838
Sénégal 13 939 15 225 22 386
Turquie 9 659 13 421 15 862
Etats-Unis 8 509 23 813 24 122
Portugal 7 605 7 858 8 577
Vietnam 6 975 7 116 10 734
Arabie Saoudite 5 846 4 605 4 067
Tunisie 5 456 5 062 5 692
Autres 33 090 48 201 51 006
Total annuel 364 985 445 297 527 844
Source : Association Technique Internationale des Bois
Tropicaux (ATIBT)
15

ABONG-MBANG
Sanctionné pour la coupe illégale du moabi
Un député et exploitant forestier a fait abattre des
arbres de cette espèce protégée dans une forêt
communautaire du Haut-Nyong. Les habitants
réclament réparation de ce préjudice qui dépasse de
loin la seule valeur du bois.

" Nos moabis qu’il a coupés, il doit planter ça ", crie une
dame… " Comment un député qui vote les lois se permet
encore de violer les même lois; il sait très bien qu’il est
interdit de couper le moabi ", renchérit une voix
d’homme. Les plaintes sont à la hauteur du préjudice
subi par la population de Nomedjoh.
En ce mois d’août a lieu une réunion de crise convoquée
par le délégué départemental des forêts et de la faune du
Haut-Nyong. Y prennent part les membres de la
communauté Baka, les autorités du ministère, le Centre
pour l’Environnement et le Développement, une Ong
locale, et l’exploitant forestier incriminé, qui est par
ailleurs député.
Prenant en premier la parole, les habitants dénoncent
l’exploitant, à qui ils ont confié leur forêt communautaire.
A les croire, le contrat d’exploitation assorti du plan
simple de gestion interdit explicitement la coupe du
moabi. C’est une essence très prisée par les populations
pour ses multiples vertus.
" Le moabi nous aide beaucoup, nous les Bakas, jusque
dans notre tradition ", fait remarquer un habitant de
Nomedjoh. "Le moabi est important pour la
pharmacopée. Ma femme extrait son huile qu’elle vend et
cela nous rapporte de l’argent qui permet de subvenir à
certains besoins ", complète un autre habitant.
16

A la suite d’une dénonciation, un contrôle a montré que
l’exploitant avait coupé des moabis. Neuf arbres étaient
encore couchés au moment de la tentative de résolution
du litige.

Corruption manifeste et sanctions
Les habitants ont pourtant des représentants de leur
communauté qui veillent au respect du cahier de charge
de l’exploitant. En principe, ce dernier les informe de
l’activité à mener. Certains de ces représentants étaient
au courant de l’initiative de l’exploitant forestier. Selon un
habitant de Nomedjoh qui préfère l’anonymat, l’opérateur
aurait réussi à convaincre des membres influents du
bureau de gestion de la forêt communautaire " pour qu'ils
ferment les yeux sur l'abattage illégal du moabi ".
L’exploitant député accusé s’est refusé à tout
commentaire et menace de poursuivre les journalistes en
justice si l’information est révélée au grand public.
Après des échanges houleux, l’exploitant à été sommé
par le délégué départemental des forêts de réparer
financièrement les dommages causés aux populations et
à l’environnement. Cette décision réjouit Samuel Nnah,
représentant du Centre pour l’environnement et le
développement. " L’an dernier, les femmes de Nomedjoh
ont gagné plus de 300 000 FCFA de la vente de l’huile
de moabi. Qu’un exploitant forestier coupe 8 ou 9 moabis
qui portent déjà des grains est très grave. Cette essence
a une valeur ancestrale pour ces populations ", fait-il
remarquer.
Emmanuel Georges Tsayid et Charles Nforgang
Novembre 2012
17

EBOLOWA
Coup de colère des populations flouées
L’entreprise forestière GEAFEC.SA, dont le Général
Pierre Semengue était Président du conseil
d'administration, avait promis une école, l’électricité,
l’eau… Les habitants de cette commune forestière
proche d’Efoulan n’ont rien eu du tout. Mais le bois,
lui, a bien été coupé. Ce qui a provoqué un véritable
soulèvement.

Plus possible pour les grumiers transportant des billes de
bois de traverser le pont sur la rivière Melangue dans la
région du Sud. Cette passerelle construite en 2010 par le
Groupe d’études d’agro-industries des familles Etoundi
du Cameroun (GEAFEC.SA), pour faciliter le transport du
bois de la forêt vers les centres urbains a été brûlé par
les populations du village Melangue 2. Sur place, l’impact
du feu est encore visible, rendant désormais la traversée
difficile même pour les piétons.
En décembre 2012, les populations de ce village de
l’arrondissement d’Efoulan, se sont soulevées contre
cette société dont le Général de corps d’armée Pierre
Semengue est le Président du conseil d’administration.
Elle exploite une concession de 4500 ha de forêt dans
leur localité. « La société GEAFEC.SA ne respectait pas
le droit d’usage des populations riveraines », explique
Pierre Claver Effa Minko, chef du village de Melangue 2.
Plus d’un an auparavant, en mai 2011, le village avait
exigé de l’exploitant une école maternelle, de l’électricité,
une adduction d’eau potable et des denrées
alimentaires. Un mois plus tard, une réunion de crise
présidée par le Général Pierre Semengue, permet de
trouver un terrain d’entente. Japhet Leussa, directeur
18

administratif et des ressources humaines, annonce aux
chefs des villages concernés la remise imminente des
dons en réponse à leurs doléances. Il demande aux
populations de permettre que le travail avance sur le
terrain où leurs équipes étaient déjà à pied d’œuvre.

Taxe de récupération des produits forestiers
Les engagements n’ont pas été respectés. « Les
populations n’ont rien reçu, encore moins la mairie…
Mais le bois est sorti de la forêt en grande quantité,
jusqu’à ce que les populations se soulèvent et décident
de brûler le pont qui permettait l’évacuation du bois »,
explique Richard Ebalé Adjomo, maire d’Efoulan. Il ajoute
que la taxe de récupération des produits forestiers due
par cette société à la mairie s’élève à 22.000.000 FCFA.
Bien que cette société ait un statut particulier, Francis
Durand Nna, délégué départemental des forêts de la
Mvila à Ebolowa soutient qu’elle est assujettie au
paiement de la taxe. « Elle doit être payée aux
populations riveraines, notamment à la commune, à
concurrence de 2000 FCFA par mètre cube. Ce jour,
cette société a 22.000.000 FCFA d’arriérés »
La GEAFEC.SA est aujourd’hui dissoute. Augustin Jean
Eding, nommé par les dirigeants pour coordonner la
récupération du bois de la forêt de Mélangue 2, reconnaît
que les revendications de la population sont fondées.
Selon lui, c’est l’ex-directeur, limogé par la suite, qui a
dupé les populations. « Il a détourné les fonds que
l’entreprise lui a versés pour régler les taxes que la
commune devait percevoir. Il a également reçu les fonds
pour la réalisation des œuvres sociales. Mais il n'a rien
fait », affirme-t-il.


19

Saisir l’administration forestière ou la justice
Joseph Ntsengue Levodo, délégué régional du Ministère
de la forêt soutient que si l’exploitant s’est engagé à
réaliser certains projets sociaux, il doit le faire. Mais il
n’apprécie pas pour autant le comportement des
populations de Melangue 2. « La meilleure façon de
revendiquer ces projets ce n’est pas de détruire un pont.
C’est de saisir la justice ou l’administration compétente, à
savoir le Ministère. »
Pierre Chekem, directeur de Partnership, une
organisation de la société civile qui intervient dans le
secteur de la gouvernance forestière, abonde dans le
même sens. « Quand on est lésé, on doit aller se
plaindre auprès des autorités compétentes ». Il
recommande aux populations victimes de tels abus de
solliciter une concertation pour établir les responsabilités.
« Le sous-préfet, le commandant de la brigade de
gendarmerie, les représentants des communautés et le
délégué départemental du Ministère seront conviés à
cette réunion ». A l’issue de cette rencontre, un procès
verbal des conclusions sera dressé. Ce qui permettra
d’engager des poursuites judiciaires.
Jérôme Essian et Béatrice Kaze
Mars 2013

Joseph Ntsengue Levodo : “L’exploitant forestier est
assujettit au paiement de la redevance forestière”
J oseph Ntsengue Levodo, délégué régional du
Ministère de la forêt et de la faune (Minfof) à Douala,
explique les droits des populations riveraines des
concessions forestières.
Quels sont les droits des populations riveraines des
concessions forestières ? Si votre village est situé
20

côté d’une concession forestière, vous ne pouvez pas y
aller prendre du sable, à moins que ce soit prescrit dans
un plan d’aménagement, qui précise les conditions
d’exploitation. Par contre, les populations riveraines
bénéficient d’un droit d’usage. Autrement dit, on ne vous
empêchera pas également d’entrer dans la concession
forestière pour ramasser du bois mort, ou récolter des
graines qui sont tombées des arbres. Car, l’activité de
ramassage n’a pas d’impact sur la conservation de la
biodiversité et la durabilité de la forêt.
Peuvent-elles également réclamer la réalisation
d’œuvres sociales ?
Oui. Mais à condition qu’il y’ait eu une entente au départ
avec l’exploitant forestier. Il doit exister un contrat signé
entre les deux parties. La réalisation des œuvres sociales
(routes, écoles, dispensaires, terrains de jeux) dans le
cadre de la contribution des exploitants forestiers au
développement local est prévue dans le cahier de charge
de l’exploitant forestier
Peut-on parler de redevance forestière dans le cas
d’une concession?
Tout détenteur d’une concession est assujettit au
paiement de la redevance forestière. Elle doit être versée
au trésor public à hauteur de 50 %, la collectivité locale
perçoit 40% et les populations riveraines 10%. La part
des populations leur sera reversée, en concertation avec
l’autorité municipale. Car il ne faut pas oublier que ces
fonds doivent servir à réaliser des infrastructures socio-
économiques.
Propos recueillis par Anne Matho

21

CAMEROUN
Les petits pas de l’industrie du bois
Le groupe Rougier et d'autres exploitants forestiers
multiplient les usines de première ou de seconde
transformation du bois pour répondre aux besoins
des marchés internationaux. Un pas encourageant
sur le chemin de l'industrialisation de la filière bois
en Afrique.

En 2011, lors des réunions de printemps du Fonds
monétaire international et de la Banque mondiale, les
ministres des finances africains avaient regretté que leurs
pays vendent des matières premières qui sont
transformées dans le reste du monde. Et appelaient leurs
Etats à développer leur industrie nationale, notamment à
partir des filières d’exportation de produits de base. Dans
le secteur du bois, les Etats d’Afrique centrale n’ont pas
attendu cette déclaration. Le Cameroun et le Congo ont
très fortement restreint l’exportation du bois en grumes
au milieu des années 1990 et le Gabon l’a totalement
interdite en 2010, ce qui a favorisé la multiplication des
usines de transformation.
A Mbang, petite agglomération perdue dans la forêt
dense de l’Est du Cameroun, à plus de 650 km de la ville
portuaire de Douala, l'usine de la Société forestière et
industrielle de la Doumé (SFID), filiale du groupe français
Rougier, emploie 600 personnes et son atelier de 2
nde

transformation produit diverses pièces de bois de
construction telles que lames de terrasse, destinées pour
l'essentiel au marché européen. " Nous avons
industrialisé cette unité en 2011 et allons la développer.
De nouveaux produits vont encore être lancés cette
année ", déclare Pierre-Stéphane Chabert, le directeur
22

général de la SFID. Une société qui investit chaque
année plus de deux milliards de Francs CFA (environ 3
millions d’euros) pour muscler son outil de production.

Capacités de transformation en hausse
Implanté au Cameroun, au Gabon et au Congo, Rougier
extrait de ses concessions forestières près de 600 000
m3 de grumes par an, dont environ 80 % sont
transformées sur place, dans ses usines, en sciages,
contreplaqués et autres produits semi-finis.
Le Cameroun a adopté en 1994 une loi exigeant la
transformation locale de 70 % du bois puis, en 1999, une
ordonnance interdisant l’exportation de grumes, à
l’exception de certaines essences. « Cela a entraîné une
augmentation des capacités industrielles du pays ",
analyse Michel Rougeron, directeur général de Pallisco,
filiale camerounaise du français Pasquet. Comme
Rougier, cette entreprise exporte des grumes, des
produits de première transformation (sciages) et de
deuxième transformation (produits semi-finis tels que
panneaux et contreplaqués). Mais elle pousse l’usinage
plus loin que Rougier puisqu’elle commercialise
également des produits de troisième transformation (des
produits finis tels que portes, fenêtres, meubles ou
charpentes assemblées).
Tout comme l'italien Alpi, via sa filiale Alpicam
Industries, installée à Douala. Représentant des
investissements et coûts unitaires plus élevés, la
production des produits finis reste toutefois encore
anecdotique. Au total, le Cameroun compte une
soixantaine d’usines et son taux de transformation du
bois est passé de 57 % en 1993-1999 à 88 % en 2005-
2008, d'après l'Organisation internationale du bois
tropical (OIBT).
23


Retombées de la transformation
Ces sciages et autres placages, essentiellement destinés
aux marchés étrangers, n’alimentent pas la demande
locale de bois. Ils sont en effet trop chers pour servir de
matière première aux menuiseries du pays, artisanales
pour la plupart, qui travaillent des essences moins
prisées par les marchés étrangers ou qui ont d’autres
sources d’approvisionnement, la plupart du temps
informelles – sinon illégales – et échappant à toute
fiscalité.
Les activités de transformation du bois n'en ont pas
moins des retombées locales. A Mbang, "la création de
l'unité de deuxième transformation a généré 50 emplois
directs et de nombreux emplois indirects ", indique
Pierre-Stéphane Chabert. La législation camerounaise
impose également aux entreprises forestières de réaliser
des infrastructures au bénéfice des populations : " Au
cours des deux dernières années, notre fonds de
développement local a, entre autres, permis de rénover
une salle de classe ou de construire un magasin de
stockage pour une association de femmes ", explique un
cadre de la SFID. S’y ajoute près d'un milliard de Francs
CFA (1,5 millions d’euros) de redevances forestières que
l'entreprise verse chaque année à l'Etat. D'après la loi,
20% de cette somme doivent revenir à la commune et 10
% aux populations voisines. De 2000 à 2011, cela a
représenté un montant cumulé de près de 2 milliards de
Francs CFA pour la commune de Mbang et d’1 milliard
pour les communautés riveraines.

Les UFA au centre des conflits récurrents
Les habitants n’en ont pas vraiment vu la couleur : la nuit
tombée, Mbang sombre dans l'obscurité, faute
24

d'électricité. A côté des ouvriers plutôt bien logés dans
des maisons bâties par la société, la majorité des
habitants de Mbang vivent dans de petites cases en bois
sur la terre battue, dont certaines sont recouvertes de
nattes en feuilles de raphia. Les limites des concessions
forestières, les UFA (Unité forestière d'aménagement),
sont au centre des conflits récurrents avec les
agriculteurs, dont les terres sont réduites ou absorbées
par les forêts concédées à la Sfid. " J'ai une population
de plus de 900 habitants, et 150 jeunes. Ils vont cultiver
où ? ", se plaint Mjop Keme, chef d’un village de
l’arrondissement de Mbang. " Il faut qu'on recule les
limites des UFA au moins à 5 km de nos cases ",
souhaite-t-il. " C'est le gouvernement du Cameroun qui
fixe les limites des UFA. Une fois la forêt classée, il y a
des règles strictes, et on ne peut plus y faire de
l'exploitation agricole ", rétorque le Directeur général de
la société.
Le secteur forestier formel représente 6 % du PIB du
Cameroun et génère 62 millions d'euros de recettes
fiscales, soit 2 % des recettes de l’Etat. Des chiffres
qu'une industrialisation plus poussée mais aussi une lutte
contre l’exploitation illégale permettraient d'améliorer.
Etienne Tassé
Avril 2013

25

AFRIQUE CENTRALE
L'exportation des grumes a encore des beaux
jours
Dans les pays du bassin du Congo, les mesures
interdisant l’exportation des grumes ont fait long feu.

Pas facile, pour les Etats du bassin du Congo, de
pousser les forestiers à transformer sur place le bois
abattu. Au Cameroun, la loi de 1994 interdisant
l’exportation de grumes donnait aux entreprises un délai
de cinq ans pour s’y conformer. Mais à l'échéance, sous
la pression du lobby forestier, le gouvernement s'est
ravisé et une ordonnance a autorisé l'exportation de
certaines essences. " L'interdiction d'exporter des
grumes n'est pas forcément une bonne mesure, réagit
un exploitant forestier et industriel du bois. Ce qui nous
fait investir pour transformer ce ne sont pas les directives
ou les règlements, c'est le marché ". Par exemple,
argumente-t-il, " Si on nous interdisait d'exporter le
Dabéma en grumes, cette essence resterait dans les
forêts, inexploitée, car nous ne savons pas aujourd'hui la
commercialiser autrement ". Et de prévenir : " Par
ailleurs, si on annulait ou restreignait encore le droit
d'exporter des bois en grumes, cela fragiliserait nos
entreprises en leur ôtant une source importante de
trésorerie »

Panique chez les professionnels au Gabon
A la suite de son voisin, le Gabon a décidé, en novembre
2009, de mettre fin aux exportations de grumes. Ce qui a
entraîné une certaine panique chez les professionnels : "
Une décision appliquée sans discernement ", s'était-on
écrié à l'UFIGA, le syndicat des entreprises forestières du
26

Gabon. Pour l'universitaire français Gérard Buttoud,
c'était une décision brutale qui a déstabilisé " les acteurs
engagés dans la gestion durable de la forêt ".
Engagé dans une gestion durable de la forêt, le groupe
Rougier s'est pour sa part adapté à la nouvelle donne. Sa
filiale gabonaise a ouvert son capital à l'Etat, lequel
détient désormais 35 % des actions. Cette prise de
participation de l’Etat gabonais a permis au groupe
d'investir dans son développement dans la région,
notamment dans la modernisation des équipements et la
création de nouvelles usines. Cependant, au sein de la
profession, la politique du zéro grume exportée est fort
redoutée.
Etienne Tassé
Avril 2013


Usine de transformation du bois
27

BELABO
Le chemin de croix administratif des
exploitants des forêts communautaires
Procédures d’éligibilité draconiennes, lenteurs
administratives dans l’octroi du certificat annuel
d’exploitation, conditions d’exploitations
difficiles… Les propriétaires des forêts
communautaires doivent s’armer de patience et de
témérité pour remplir leurs obligations.

Il ne suffit pas de remplir les conditions requises pour
l’obtention d’une forêt communautaire pour en devenir
propriétaire. Les postulants doivent parfois attendre de
nombreuses années pour obtenir l’agrément. « Il nous
aura fallu trois ans de suivi, de 2004 à 2007 avec
l’assistance du chef de poste forestier de Deng Deng de
l’époque pour que notre dossier d’obtention aboutisse au
ministère des Forêts et de la Faune », témoigne Boniface
Zeh, gestionnaire de la forêt communautaire de Koundi,
situé à Belabo, dans l’Est du Cameroun.
Six ans d’attente
Pendant tout ce temps, les riverains de cette forêt ont dû
attendre, mais heureusement beaucoup moins que leurs
voisins de Medjoh, dans la même région. « La réunion de
concertation qui a permis de définir les limites de notre
forêt, a eu lieu en 2000. Le Plan simple de gestion est
approuvé en 2005 et l’exploitation a démarré en octobre
2006. Ce qui fait pratiquement 6 ans entre le lancement
du projet et sa concrétisation », faisaient remarquer les
ayants-droits de la forêt de Medjoh à un groupe d’experts
internationaux dans un article intitulé « Séduisante
théorie, douloureuse pratique : la foresterie
28

communautaire camerounaise en butte à sa propre
législation », publié sur le site de la Banque mondiale.
L’agrément d’exploitation obtenu, il faut renouveler
chaque année le certificat annuel d’exploitation (CAE) qui
définit les essences à exploiter au cours de l’année. Une
autre étape qui met les nerfs à rude épreuve. « Il arrive
parfois que l’on obtienne le CAE quatre mois après le
début de l’année, ce qui réduit considérablement la
période d’exploitation à cause des pluies », dénonce
Onésinne Ebongué Ebongué, le gestionnaire de la forêt
« Communautaire actif pour le développement Bakoun,
Baka et Pol (Cadbap) », basée à Dimako dans le
Département du Haut-Nyong.
Des dossiers non conformes
Délégué régional du Ministère des forêts et de la faune
(Minfof) pour la région de l’Est, Djogo Toumouksala
dédouane l’administration forestière des retards souvent
observés. « Il arrive très souvent que les dossiers
présentés ne soient pas conformes. Il y a, par exemple,
les inventaires et les plans simples de gestion non
conformes qui nous obligent à rejeter certains dossiers
afin qu’ils soient complétés », soutient le cadre du Minfof
qui ajoute que « l’administration forestière reste
disponible pour fournir l’appui technique nécessaire aux
forêts communautaires».
Daniel Ndoumou, chef du service régional des forêts
dans la région du Littoral, abonde dans le même sens.
« On fait des efforts pour délivrer les certificats dans un
délai d’un mois… En cas de retard, très souvent, le
Minfof prolonge la date de validité du CAE d’un ou deux
mois”, défend-il.
Responsable de projet au Centre pour l'Environnement et
le Développement (CED), Patrice Kamkuimo-Piam
déplore « un flou juridique qui ne précise pas le temps
29

imparti pour traiter les dossiers». « Au cours d’une
rencontre avec le ministère des Forêts, la société civile a
proposé qu’un texte de loi qui fixe un délai soit voté.
Passé ce délai, si l’Etat n’a pas apporté de réponse, la
communauté devra se considérer comme détentrice
légale d’un certificat de légalité ou d’un titre
d’exploitation », suggère-t-il. Une initiative qui permettrait
de lutter contre la pauvreté des populations riveraines
des forêts communautaires grâce à l’exploitation durable
de celles-ci.
Sébastian Chi Elvido et Anne Matho
Avril 2013
Une exploitation difficile à rentabiliser
Les gestionnaires des forêts communautaires ne se
plaignent pas seulement des autorités administratives. A
Koundi, des exploitants pénètrent souvent la forêt sans
autorisation et y volent du bois. Informée, la délégation
départementale avait saisi le bois scié illégalement.
Autres contraintes, l’enclavement des zones forestières.
« Généralement, les parcelles sont situées très loin des
routes carrossables. Il faut parfois transporter sur la tête
les planches sur une distance de 2 km, ce qui est très
pénible et coûteux. Car il faut recruter une main d’œuvre
pour faire ce travail », déplore Onésinne Ebongué
Ebongué. Il suggère à l’Etat de créer des routes rurales
pour remédier à ce problème.
Le manque des capacités des gestionnaires de ces
forêts est également un frein à la rentabilité. « De
nombreux collègues ne sont pas des professionnels dans
la gestion des entreprises forestières et n’arrivent pas à
bien négocier les ventes », explique Onésinne Ebongué.
Sébastian Chi Elvido

30

Daniel Ndoumou, chef du service régional des forêts
du Littoral explique la procédure d’obtention d’un
certificat annuel d’exploitation.

Qu’est-ce qu’un certificat annuel d’exploitation?
C’est un document qui donne des indications sur les
activités d’exploitation forestière programmées , qui
tiennent compte de la parcelle, du secteur, de la
superficie, des essences inventoriées, ainsi que des
volumes. Il sert de tableau de bord aussi bien pour
l’exploitant que pour l’administration. Il y est mentionné
chaque essence, le nombre de tiges, de volume, favorise
le contrôle et les différentes vérifications. Cela permet par
exemple de savoir si l’exploitant n’est pas allé au delà du
volume autorisé à être exploité.
Quelles sont les pièces à fournir pour l’obtenir?
Il faut une demande timbrée adressée au Minfof, un
document qui indique les essences à exploiter, un
rapport d’inventaire qui permet d’avoir une idée sur le
stock, un certificat de démarcation des limites des
parcelles, un justificatif de paiement des taxes et
redevances, un plan annuel d’opération et un rapport
annuel d’activité. Les copies du certificat annuel
d’exploitation de l’exercice précédent complètent la liste.
Pourquoi tant de lenteurs dans sa délivrance ?
Au niveau du Ministère, le délai maximal est d’un mois.
Mais vu tous les documents à présenter, il est tout à fait
normal que cela prenne un certain nombre de temps
dans la mesure où il faut procéder à des vérifications. Le
ministère a néanmoins prévu des compensations pour
les désagréments dus aux retards. Très souvent, le
Minfof prolonge le délai d’activité d’un ou de deux mois.
Anne Matho
31

YAOUNDE
Forêts communautaires : le bois de la
discorde

Frais d’abattage des arbres non payés, projets
sociaux oubliés : les communautés locales ont bien
du mal à faire respecter leurs obligations aux
entreprises qui exploitent leurs forêts. "Elles n’en ont
jamais assez ", objectent les professionnels.

A Melombo (Village située à environ 75 km de Yaoundé),
une dizaine de troncs d’arbres abattus sont abandonnés
en plein air dans la forêt. À la merci des intempéries, ils
ont pourri et sont recouverts de moisissure blanche. "Ces
billes de bois ont été abandonnées ici par un exploitant
forestier que nous avons sommé de quitter notre forêt
parce qu’il ne respectait pas le contrat notarié qui nous
liait", indique Rémy Nyada Ndi, le vice-président du
groupe d’initiatives communes (Gic) de la Communauté
villageoise Melombo Okekat Faekele (Covimof), une
organisation rurale propriétaire d’une forêt
communautaire. L’exploitant forestier devait verser 10 à
20.000 Fcfa par arbre abattu à la communauté locale. "Il
retardait les paiements ou ne s’acquittait pas de ces
frais", s’insurge le responsable de la Communauté. Les
villageois dénoncent également un abus de confiance. "Il
utilisait nos lettres de voitures pour exploiter ailleurs, des
essences qu’il ne trouvait pas ici", affirme Rémy Nyada
Ndi.
Soupçonnée de complicité
Conséquence de cette supercherie, le Ministère des
Forêts et de la Faune (Minfof) avait retiré l’agrément de
Covimof. "Cet homme se servait de notre certificat
32

d’exploitation pour se livrer à des trafics de toutes sortes.
Nous avons été suspendus parce que nous étions
accusés d’être ses complices", se plaint-il. La Covimof a
clamé son innocence. "Pendant plus d’une année, nous
ne pouvions pas exploiter notre forêt", explique Amougou
Amougou Etienne, le délégué de la Covimof.
Finalement, après des vérifications effectuées sur le
terrain par la Brigade Nationale de Contrôle (BNC) du
Minfof et l’observateur Indépendant REM (Resource
Extraction Monitoring), le certificat d’exploitation a été
restitué.
Les contrôleurs ont constaté que "les bois abattus dans
la forêt Covimof ont été évacués sous forme de grumes"
alors que c’est interdit dans les forêts communautaires.
Autre difficulté, la communauté locale a dû saisir le préfet
pour pouvoir récupérer les lettres de voiture qu’elle avait
accordées à l’exploitant, l’autorisant ainsi à transporter du
bois.
"Les populations ne sont jamais satisfaites "
Nkolmetet, village voisin, a aussi connu des conflits. En
2007, le délégué régional du Ministère a saisi la
cargaison de bois d’un exploitant forestier qui n’avait pas
respecté son cahier des charges, à savoir la construction
d’un puits d’eau en faveur des villageois. "Les
populations voulaient en découdre. Nous avons sollicité
l’intervention de l’autorité administrative pour régler le
problème", se souvient Julien Steve Mvondo, un
responsable du groupe d’initiatives communes Oyenga.
Responsable du bureau d’exploitation à la Société
camerounaise de transformation du bois (Sctb), Hilaire
Noutack, rejette ces accusations qui accablent les
exploitants forestiers : "Les populations n’ont pas
toujours raison. Elles ne sont jamais satisfaites et exigent
toujours plus, même quand nous respectons nos cahiers
33

de charges". Si elle dénonce, elle aussi les abus des
exploitants, Mireille Fouda Effa, chargée de
Communication au Centre pour l’Environnement et le
Développement (Ced), pointe aussi un doigt accusateur
en direction des chefs de communautés locales.
"Généralement, quand nous nous rendons sur le terrain
pour vérifier ce type d’abus, on constate que le chef du
village ou une autre élite du village, a reçu de l’argent
qu’il n’a pas reversé aux autres membres de la
communauté".
Anne Matho
Juillet 2012

Lucien Mvondo
"On vous attribue une forêt communautaire pour
relever le niveau de vie de la communauté"
Lucien Mvondo, un gestionnaire de forêt
communautaire ayant une parfaite maîtrise des
procédures, explique le processus d'acquisition et de
gestion d’une forêt communautaire.

Que faut-il pour bénéficier d’une forêt
communautaire ?
Lucien Mvondo : L’attribution d’une forêt
communautaire nécessite d’abord la volonté de la
communauté. Celle-ci doit être constituée en Gic, et
manifester sa volonté par une demande adressée à
l’administration des forêts. Cette demande est transmise
par l’administration des départements. Quand les études
vont au ministère des Forêts, et qu’elles ont été bien
menées, on vous attribue une forêt communautaire pour
relever le niveau de vie de la communauté.

34

Y a-t-il des documents spécifiques à fournir ?
Lucien Mvondo : Il faut une entité juridique signée par le
ministère de l’agriculture. C’est une grande étape qui
peut prendre des mois. Il faut que la communauté soit
suffisamment informée de ce qu’elle va faire, et qu’elle
maitrise les lois et les règles en vigueur. Une fois cette
étape terminée, il faut la grande étape finale qui est la
réunion de concertation, qui est présidée par le préfet du
département. Cette réunion consiste à recueillir
l’adhésion massive des populations. Quand les
populations devant le préfet acceptent gérer une forêt
communautaire, en ce moment le préfet et les cinq
services départementaux signent un document qui leur
donne le droit de déposer une demande au ministère.
Cette demande nécessite encore une autre étape : c’est
l’obtention de la réservation de la zone sollicitée.
Lorsqu’elle est donnée, il faut d’abord faire un inventaire
de la zone sollicitée. Après, il y a le service de la
cartographie qui vient délimiter la zone, et puis un autre
service chargé de l’inventaire entre en jeu. Quand
l’inventaire est fini, on élabore le plan simple de gestion,
soumis au ministère de la forêt. Quand le ministère
approuve le plan simple de gestion, on vous attribue une
forêt communautaire en passant par une réservation de
la zone.
Quel est le coût du processus ?
Lucien Mvondo : Ce qui coûte très cher dans cette
affaire, ce sont les études socio-économiques, et puis
l’inventaire systématique. Cet inventaire qui nécessite
vraiment un travail sur le terrain, coûte des millions.
Entretien réalisé par Hugo Tatchuam
Juillet 2012
35

EBOLOWA
Des villageois se mobilisent contre la coupe
illégale du bubinga
Pour protéger cette essence en voie de disparition,
les jeunes du village d’Engomo, entendent barrer la
voie à l’exploitation sauvage, rejoignant ainsi les
prescriptions du ministère des Forêts.

"Le bubinga se fait rare dans nos forêts aujourd’hui parce
que nos parents n’ont pas su protéger cette espèce rare
(…) Ils ont été trompés par des forestiers et des hommes
politiques. Nous avons décidé que ce désordre ne va pas
continuer… ". L’air déterminé et le ton autoritaire, c’est en
ces termes que Sylvestre Nkomo a pris la parole, en
juillet, devant ses frères du village d’Engomo, à 14 km
sur la route d’Akom II. Il entendait mettre en garde "les
villageois qui ont pris l’habitude de brader leurs arbres
aux inconnus, contre quelques kilogrammes de
maquereaux, du riz et des bouteilles de vin rouge ".
Quinze jours auparavant, Samuel Ovambe avait vendu
un arbre bubinga (Oveng en langue Bulu) à un trafiquant
de bois de nationalité nigériane qui écume les villages de
la contrée, pour la somme de 15 000 Fcfa, un sac de riz
de 25 kg et 5 kg de poisson frais. Ce prix bradé n’a pas
été digéré par ses proches, notamment son épouse et
son frère cadet, Thierry Mba. Ce dernier, élève en
menuiserie au lycée technique d’Ebolowa, a saisi le chef
de village.

Une pratique courante…
Le chef a décidé, quelques jours plus tard, de convoquer
ses frères à l’école publique du village, pour une mise au
36

point sur la coupe et la vente anarchique de certaines
essences rares. De cette rencontre qui a duré près d’une
heure, il ressort que la vente à vil prix de bubinga est une
vieille pratique des habitants d’Engomo.
Les villageois citent des maires, des hommes politiques
de cette localité qui ont pris par le passé une part active
dans ce commerce noir. Selon des témoignages
recueillis sur place, ces personnalités ont, en complicité
avec des chefs de village de la contrée (Evina, Nguina,
Abo’o, Assam) servi d’intermédiaires entre les villageois
de la contrée et les exploitants forestiers de la place.

Et pourtant interdite par la loi
Le bubinga et le Wengué, deux espèces de bois très
demandées sur le marché international pour leur haute
qualité, sont en voie de disparition en Afrique centrale.
Pour éviter leur disparition, le ministère camerounais des
Forêts et de la Faune a suspendu provisoirement en
2011 leur commercialisation, afin de mener des études
sur l'état réel de ces deux essences. Le bubinga est un
bois noir très prisé par les sculpteurs qui s’en servent
pour la fabrication des objets d’art.
Assako, septuagénaire natif d’Engomo, dresse un triste
diagnostic de l’exploitation sauvage des essences
devenues rares comme le bubinga, l’ébène ou le padouc
dans les forêts du village. " De la vingtaine d’arbres
bubinga que j’ai pu recenser dans quelques zones
limitrophes à ma forêt depuis 30 ans, il en reste à peine
4. On les trouve à 8 km d’ici, après la traversée de la
rivière Mvila. Vous devez tout mettre en œuvre pour
protéger cette espèce en voie de disparition. C’est la
richesse que Dieu vous a donnée, ne la dilapidez pas ",
lance le vieillard à la jeunesse du village.
37

Cette rencontre a débouché sur une résolution ferme. La
jeunesse locale entend désormais dénoncer aux
autorités tout villageois qui sera pris en train de brader
l’une des essences rares. Thierry Mba a fait tenir le
procès verbal de la réunion de crise à Bengono et
Mendo, deux notables du village. Richard Abeng, un
autre villageois se souvient avoir vendu les planches d’un
Bubinga en 1997 à plus de 200.000 Fcfa. Alors, " Il n’est
pas question que certains villageois continuent à se faire
tromper parce qu’ils ont faim " commente l’instituteur. Les
essences protégées et dont l’exploitation est interdite
seront encore mieux protégées avec la contribution des
populations.
Albert Nna
Août 2012


Billes du bubinga saisis
38


39

YAOUNDE
Retrait abusif de l’agrément d’une
communauté villageoise
Des erreurs de contrôle ont abouti au retrait de
l’agrément d’exploitation forestière du Gic Oyenga et
à une forte amende. L'application progressive des
mesures prévues par l’Accord de partenariat
volontaire devrait mettre fin à ce genre de
dysfonctionnement.

C’est avec surprise que les membres du groupe
d’initiative commune (Gic) Oyenga, dans
l'arrondissement de Nkolmetet (environ 90 km de la ville
de Yaoundé) ont accueilli en février dernier, une note du
ministre des Forêts et de la Faune les sanctionnant pour
un dépassement de volume. “Quand on a jeté un coup
d’œil sur le courrier, on a comparé avec nos documents
et constaté qu'on n’avait aucun dépassement”, explique
Julien Mvondo, Contrôleur au sein du Gic. Protestant
contre cette accusation infondée, les membres de
l'association ont introduit une requête en annulation. “On
a rédigé une requête au ministre. Nous y avons joint
toutes les photocopies des documents sécurisés utilisés
au cours de l'année 2011”, ajoute-t-il. Deux mois plus
tard, le ministre a répondu favorablement à la demande
des villageois, évoquant une erreur des postes de
contrôle de nuit.
Le certificat d’exploitation de l'année 2012 qui lui avait
été refusé auparavant lui sera octroyé. En plus de la
suspension, il avait écopé d’une amende de 3.000.000
Fcfa. Cette sanction a été par la suite gelée après que le
Ministère des forêts et de la faune (Minfof) a reconnu son
erreur. Ces décisions ont causé un important manque à
40

gagner dans les prévisions initiales de cette organisation
paysanne. “Nous n'allons pas réussir à réaliser ce que
nous prévoyons faire pour quatre ans dans le plan
quinquennal”, regrette Julien Mvondo.
Vers la fin des contrôles hasardeux
Le manque de fiabilité du système de contrôle qui est
pratiqué jusqu'ici par les fonctionnaires du Minfof
explique ces erreurs. Les contrôles se font dans les
"Check-points" situés le long des routes. Les lettres de
voitures du bois transporté sont alors appréciées, et c’est
souvent plus tard qu’elles sont comparées au cahier de
charge de l’exploitation concerné. Une procédure qui
aboutit souvent à des erreurs dans la mesure où des
exploitants trichent avec les lettres de voitures. Dans le
cas d’espèce, le Gic Oyenga avait effectivement était
victime d’une manipulation frauduleuse de ses lettres de
voitures par un exploitant forestier.
Daniel Ndoumou, chef du service régional des forêts pour
la région du Littoral, affirme que ces erreurs seront
bientôt oubliées, avec la mise en application effective des
mesures prévues par l’Accord de partenariat volontaire
(APV). “Tous les bois coupés seront suivis par un
système GPS (Global Positionning System). Tous les
titres seront cartographiés. Quand tu abats un arbre, on
te donne un code barre que tu colles sur cet arbre, et tu
en fais mention dans la lettre de voiture (Ndlr : document
de transport qui accompagne tout bois transporté par un
véhicule). Si tu coupes hors de ton titre, tu n’auras pas de
code barre à mettre, donc ton bois sera hors circuit”,
précise-t-il.
L’APV Flegt signé entre le Cameroun et l’Union
européenne le 6 octobre 2010 est un accord international
bilatéral entre l’Union européenne et un pays exportateur
de bois, dont le but est d’améliorer la gouvernance
41

forestière du pays et de s’assurer que le bois importé
dans l’Union européenne remplit toutes les exigences
réglementaires du pays partenaire. Une fois conclu, les
deux parties s’engagent à ne commercer que des bois et
produits dérivés dont la légalité est vérifiée.
Ali Daoudou et Anne Matho
Septembre 2012

Certificat de légalité : la voie du commerce légal
La marche vers la commercialisation exclusive du bois
légal vers l’Union européenne suit son chemin. Les
premiers certificats de légalité vont consacrer l’étape
décisive vers la matérialisation des APV Flegt. Il s’agit
d’un ensemble d’exigences et de procédures qui
permettent de vérifier que le processus de production et
d’exportation du bois local et de ses produits dérivés vers
l’Union européenne respecte la législation. En principe, le
bois est coupé en forêt après inventaire et dans le
respect des normes d’intervention en milieu forestier. Le
traitement et le transport sont tout aussi soumis à un
contrôle jusqu’au port d’embarquement. "A chaque fois,
on attribue aux bois un quitus qui les autorise à être
évacués. A la fin, quand il est prouvé que toutes les
étapes ont été respectées, l’autorisation flegt est
accordée", explique Daniel Ndoumou, chef de la section
forêt à la délégation régionale du Minfof pour le Littoral.
L’autorisation Flegt est conditionnée par le certificat de
légalité qui prouve que le bois exporté est légal. Elle sera
obligatoire pour tout bois exporté vers l’Union
européenne. "On ne peut pas vous délivrer un certificat
de légalité si votre bois n’a pas suivi les normes de
l’autorisation flegt", précise Daniel Ndoumou.
Charles Nforgang
42


43

EBOLOWA
Saisie record de bubinga
Il ne se passe plus un mois sans que l’administration
saisisse des cargaisons de bois coupé illégalement
ou de gibier braconné. La dernière saisie représente
une valeur de 75 millions de francs CFA.

La délégation départementale des forêts et de la faune
de la Mvila vient à nouveau de frapper un grand coup
dans la lutte contre la coupe illicite du bois. Dans la
soirée du 26 au 27 octobre 2012, des agents, conduits
par le délégué départemental, Durand Nna, ont
découvert dans un bosquet aux environs de Nkoemvono
(40 km d’Ebolowa) , un camion chargé de bois bubinga.
Le conducteur du camion, dont l’immatriculation n’a pu
clairement être identifiée, n’a pas été retrouvé. A en
croire l’un des collaborateurs de Durand Nna, "le
chauffeur a très certainement eu vent de la présence des
agents dans les environs de la barrière de Nkoemvon et
abandonné sa cargaison en prenant la fuite ". Les 50
mètres cubes d’épaisses lattes de bubinga, empilées
dans le camion, probablement en partance pour
Ebolowa, ont été évalués à 75 millions de Fcfa .
Durand Nna parle d’une "grande prise" et évoque un
vaste réseau de trafic de bois de bubinga. Il assure que
les commanditaires et propriétaires du bois, finiront par
être arrêtés.

Aidé par la population locale
Les villageois de Nkoemvon dont la collaboration avec
les agents des forêts a rendu possible la saisie ont été
félicités pour leur participation dans la lutte contre la
44

coupe anarchique et la destruction des essences
protégées.
Trois semaines avant cette prise, l’une des plus
importantes réalisées dans le sud depuis le début de
l’année 2012, deux camions chargées d’iroko ont été
découverts dans les mêmes circonstances, à
Ngoulemakong (à 50 km d’Ebolowa) sur la route de
Yaoundé. Les enquêteurs de la gendarmerie et de
l’administration des forêts et de la faune, n’ont pas pu
mettre le grappin sur les propriétaires de la marchandise,
toujours inconnus.
Depuis qu’il est arrivé dans le sud, l’ingénieur des forêts
François Mbelley, le nouveau délégué régional des forêts
et de la faune, a décidé de mener une guerre sans merci
au braconnage et au pillage du bois. Il ne se passe plus
un mois sans que l’on ne signale la saisie d’une
cargaison de bois ou de gibier. Jusqu’à présent, les
départements du Dja et Lobo et de la Mvila sont les plus
concernés.
Cette action s’inscrit dans le nouveau partenariat des
accords flegt que les autorités camerounaises se sont
engagées à respecter, vis à vis de l’Union européenne
L’objectif : une gestion plus durable et rationnelle des
ressources forestières du pays.
Albert Nna
Novembre 2012

Le Bubinga, l’or brun interdit d’exploitation
Le bubinga est une essence d’origine africaine qui
provient principalement du Cameroun et du Gabon. Sa
couleur varie du rouge au brun. Il sèche bien à condition
que l'opération soit faite lentement. Le bubinga est très
prisé sur le marché international pour sa haute qualité de
45

bois. Il est malheureusement en voie de disparition du fait
d'une forte demande. Du coup, des réunions se
multiplient ces dernières années au Cameroun pour fixer
les bases de l'exploitation durable de cette essence. En
2011, le ministère camerounais des Forêts et de la
Faune a suspendu provisoirement sa commercialisation.
Le ministère prévoyait alors de mener des études sur
l'état réel du bubinga avant d’envisager une quelconque
autorisation de coupe. L'Accord de partenariat volontaire
Flegt classe le bubinga parmi les essences interdites
d’exportation.
Charles Nforgang



Bois abattus dans l’illégalité
46


47

STBC
Un système de traçabilité unique au monde
Le Cameroun et l’Union Européenne se sont engagés
à lutter contre l’exploitation forestière illégale. Cette
volonté commune a été matérialisée par la signature
de l’accord de partenariat volontaire APV FLEGT le 6
octobre 2010. A la fin du processus de mise en
œuvre de cet accord, seuls le bois et les produits
dérivés du bois légalement obtenus et portant
l’autorisation Flegt, seront autorisés sur le sol des
pays de l’Union européenne. Pour s’assurer de la
légalité du bois qui sortira désormais de son
territoire, le Cameroun a élaboré un système de
vérification de la légalité. Eclairage du Dr André
Bena, Directeur technique du projet "Système de
traçabilité du bois du Cameroun"
Qu’est-ce que le système de traçabilité du
bois (STBC) ?
Il est constitué d’un ensemble de procédures qui
assurent la traçabilité de la chaine d’approvisionnement
du bois, du lieu d’exploitation en forêt au lieu
d’exportation. Le suivi est effectué grâce à un système
informatique, accessible par internet dans le monde
entier.

Qu’apporte ce système ?
Le système de traçabilité va permettre au Cameroun de
mettre en place un dispositif de statistique sur
l’exploitation forestière. Le système de contrôle encore
en vigueur est basé sur un contrôle documentaire à
certains points. Le nouveau système changera les
48

pratiques courantes dans la mesure où le recollement
sera fait automatiquement. Il permettra de mettre en
place un dispositif de statistique de toute l’exploitation
forestière, mais aussi un ensemble de rapports sur les
évolutions de l’exploitation forestière et sur le retour sur
l’investissement.

A quelle phase en êtes-vous aujourd’hui ?
Le projet a été divisé en deux échéances. La première
consistait à mettre en place une phase pilote qui
permettrait de tester le système sur un échantillon
d’espace, d’environnement et d’opérateurs afin de
l’extrapoler sur toute l’étendue du Cameroun.

Les tests ont été menés avec le concours de trois
sociétés, Pallisco, la Société d’exploitation forestière
des bois du Cameroun et la Société de
transformation du bois de la Kadey. Qu’est ce qui a
guidé ce choix?
Le choix était basé sur des critères jugés utiles par le
Ministère des forêts : le volume budgétaire de la société,
son organisation, son niveau de technicité. Il fallait aussi
couvrir les types de permis qu’on trouve sur le territoire
camerounais dans l’exploitation forestière : les
concessions forestières, les forêts communales, les
forêts communautaires, les permis spéciaux et les
autorisations. Nous avons choisi les sociétés par mode
d’exploitation. Et nous sommes arrivés à cinq sociétés au
total. Mais, après le démarrage de la phase pilote, le
budget qui avait été alloué à cette phase n’étant pas
assez étoffé pour couvrir toute cette période, nous avons
été obligés de réduire le nombre à trois sociétés.


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La mise en place se déroule comme prévu ?
Ce projet s’applique dans des régions retirées du pays.
Souvent, les départements, les délégations
départementales et régionales ne sont pas dotées
d’infrastructures techniques adéquates. Nous faisons
face à des problèmes d’infrastructures et d’organisation.
Les responsables n’ont pas l’habitude de gérer ce genre
de projet ; il y a souvent nécessité d’une mise à niveau. Il
y a aussi un problème de motivation. Il faut vraiment être
motivé pour pouvoir assumer une responsabilité aussi
lourde. .
Nous l’avons déjà testée sur trois grands opérateurs et
allons le poursuivre chez les petits opérateurs, dans le
cadre des forêts communales suivi par les forêts
communautaires. D’ici la fin de l’année, on aura couvert
ces modes d’exploitation. Le ministère des Forêts a mis
en place, au niveau des délégations régionales et
départementales des points de collecte d’information
pour venir en aide aux petits exploitants qui ne sont pas
capables de mettre en place un système de traçabilité. .

Quel rôle joue le STBC dans l’atteinte des objectifs
de l’APV Flegt ?
Le STBC est le socle de la délivrance des autorisations
flegt. Il intervient tout le long du processus, depuis
l’inventaire en forêt, en passant par les permis
d’exploitation annuelle, en prenant en compte les
opérations en forêt qui consistent à l’abattage jusqu’au
point d’exportation du bois. Le Cameroun sera le premier
pays au monde à mettre en œuvre cette version du
système de traçabilité du bois.
Par Béatrice Kaze
Novembre 2012
50

Le projet PSE au secours des forêts communautaires
Les populations du village Nomedjoh dans la région du
Sud peuvent se vanter de bénéficier des retombées du
projet Paiement pour les services écosystémiques (PSE)
qui fait partie des avant projets du Fond forestier pour le
Bassin du Congo (CBFF). Il est financé directement par
la coopération Britannique (DFID) et mis en œuvre par le
Centre pour l'Environnement et le Développement (CED),
avec l'appui de BioClimate, basé au Royaume Uni. " Le
PSE VISE à améliorer la couverture forestière, réduire
les menaces sur le massif forestier, renforcer les moyens
de subsistance de la population et contribuer au
financement des projets de développement
communautaire ", résume Samuel Nnah Ndobe,
Ingénieur Agro-socio-économiste, coordonnateur régional
de ce projet et responsable pour la coordination de la
mise en œuvre des activités sur le terrain. Comme
Nomedjoh, le village Nkolenyeng dans la région de l’Est,
a déjà bénéficié des retombées de ce projet, notamment
de l’électrification et de l’approvisionnement en eau
portable. Des personnes ressources ont été formées
dans les deux communautés pour appuyer la réplication
de l’initiative PSE aux autres communautés. Le CED et
ses partenaires envisagent d’étendre l’initiative PSE aux
autres communautés au Cameroun et dans le Bassin du
Congo, à travers les formations des acteurs clé de sa
mise en œuvre. La prise en compte de l’initiative PSE
dans les politiques de gestion durables des forêts et le
changement climatique comptent aussi parmi ses
chantiers.
Charles Nforgang
Novembre 2012

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KRIBI
Pas de répit dans l’exploitation illégale du
bois
Exploitation illégale des essences de bois protégées,
absence des marques de marteau sur le bois
exploité… Les employés d’Horizon vert, une
entreprise, partagent les raisons des sanctions du
gouvernement à leur encontre en juillet 2012.

C’est sans surprise que les dirigeants de la société
Horizon vert, située à 19 km au sud-Est de Kribi, ont
accueilli une décision du Ministère des forêts et de la
faune (Minfof) qui les condamnait en juillet 2012 pour
“exploitation illégale de souches protégées et non respect
des normes techniques de marquage”. Directeur du
personnel, Claude Ayenan reconnaît les faits. “C’est
normal quand il y a violation de la loi. Nos bois ont été
saisis ici à cause de ces problèmes…On n’est pas
contents, mais on fait de plus en plus d’efforts pour éviter
que cette situation se reproduise.”
En violation de la législation forestière, des espèces de
bois protégées sont transformées par Horizon vert en
meubles et vendus très cher sur le marché local. Alors
qu’elles nécessitent une autorisation spéciale du
ministère des forêts pour leur exploitation.
Dans la menuiserie de l’entreprise, un ouvrier tape de
toutes ses forces sur un marteau pour redresser une
pièce de bois massif. Il s’agit du wengue, une essence
protégée et dont l’exploitation est interdite.

Approvisionnés par des livreurs clandestins
Pour son approvisionnement en bois précieux, Horizon
vert se fait livrer clandestinement. “Nos bois viennent de
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l’Est. On a des livreurs, des jongleurs, c’est comme ça
qu’on les appelle. Ils font tout pour nous livrer des bois
comme le wengue, le bubinga, le bété, l’iroko et le
sapelli, qui sont des essences protégées. Ils trouvent des
moyens pour traverser les postes de police et de
douane”, témoigne l'ouvrier sous anonymat.
A la scierie de l’entreprise, un jeune homme qui travaille
depuis plus de 10 ans à Horizon vert confirme : “Les
espèces protégées sont transformées ici, tous les jours”.
Le pot aux roses a été découvert par une équipe du
ministère au cours d’un contrôle de routine, l’entreprise
n’ayant pas réussi à prouver la légalité de son bois.
“Chaque bois a un point de départ, explique Claude
Ayenan. Tu achètes le bois ; le vendeur te donne le
bordereau de livraison qui atteste que ça sort chez lui,
sinon c’est un bois illégal. Quand tu achètes au dépôt, à
Yaoundé, les agents du service des Eaux et Forêts ont
déjà contrôlé et martelé."

Près de 20 milliards de Fcfa de recettes
“Pour les bois qui viennent de brousse, poursuit-il, les
agents du service des Eaux et Forêts te donnent des
papiers qui signifient que tu as payé les taxes. Nous
avons écopé de la sanction parce que nous n’avions pas
respecté ces différentes étapes.”
Les bois ne portaient pas les marques du marteau du
ministère des Forêts. Ce qui constitue une violation grave
des règles pour assurer la traçabilité du bois. En plus de
la saisie de son bois, l’entreprise Horizon Vert a dû payer
une amende de 4 500 000 Fcfa. Selon le Centre pour la
recherche forestière internationale (Cifor), près de 20
milliards de Fcfa de recettes échappent, chaque année,
au Trésor public à cause de l’exploitation illégale.

53


Des contrôles boiteux à l’origine
Président de l’association nationale des forêts
communautaires, Daniel Mouil dénoncent des dérives qui
permettent aux entreprises exploitantes d’encaisser
facilement de l’argent. “Dans ce secteur, on se livre à
n’importe quel type d’opération à condition qu’on gagne
de l’argent”, s’indigne-t-il. Il met par ailleurs en cause la
rigueur des agents du ministère. “Si on parle de bois qui
n’ont pas respecté les normes de marquage et qui
traversent les équipes de police, c’est qu’il y a problème
au niveau des contrôles”, dénonce Daniel Mouil.
Le sommier des infractions publié par le ministère des
forêts en juillet 2012 présente une évolution du nombre
d’entreprises sanctionnées pour “exploitation de souches
protégées et non respect des normes techniques de
marquage”. Malgré la sonnette d’alarme tirée par les
agents de ce ministère, les exploitants forestiers
semblent avoir du mal à y mettre un terme. La nouvelle
réglementation prévue dans le cadre de l’accord passé
entre le Cameroun et l’Union européenne (Apv Flegt)
permettra peut-être de venir à bout de ces pratiques.
Jean Ismael Bekile et Anne Matho
Décembre 2012
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55

KRIBI
Les grumiers font des dégâts sur leur
passage
Le transport du bois a parfois un prix élevé pour les
communes traversées par les camions de grumes.
Les accidents sont nombreux, causant parfois la
perte de vies humaines. Les villageois ont le plus
grand mal à obtenir réparation. Dans l’indifférence
des autorités.

“Depuis l’accident du premier grumier qui a vu le pont se
casser, celui ci n’a toujours pas été réparé. Nous
demandons à quand la réparation du pont ?”, se plaint
Hélène Meye, une habitante de Bongahèlè, un village
situé sur l’axe routier Kribi-Campo. Dans cette localité
desservie par des grumiers de la Société Camerounaise
d'Industrie et d'Exploitation des Bois (Scieb), partenaire
de la Wijma Cameroun S.A, les billes de bois jonchent
les trottoirs. “Je crois que c’est la vitesse des grumiers
qui causent ces dégâts.”, croit savoir Michel Tome,
opérateur économique et notable à la chefferie de
Bongahèle.

Route barrée
Hélène Meye n’a rien oublié des accidents. “Un samedi à
2 heures du matin, nous avons entendu un grand bruit au
niveau du pont du village de Bongahèlè-Jambwouè.
Quand nous nous y sommes rendus, nous avons
constaté qu’un grumier venant de Campo s’était renversé
et qu’une grande partie était dans l’eau”, raconte-t-elle.
Le même scénario va se reproduire quelques jours plus
tard. “Un autre camion est tombé avant le pont et les
billes sont toujours sur place. Cela a été une succession
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d’accident qui, à mon avis, sont toujours causés par
l’excès de vitesse“
Le bois déversé bloque la route et gêne la circulation.
Les entreprises forestières, propriétaire du bois ne se
mobilisent nullement pour les enlever. Les villageois sont
alors obligés de dégager le passage. “Les voitures,
explique Hélène, ne pouvaient plus circuler. Le matin, on
a pu tirer le grumier et les billes de bois. Mais la route est
restée encombrée ”.

Sommés de dégager le bois
Finalement, grâce à des démarches menées pendant de
longs mois par Edouma Lobe, le chef du village
Bongahè, les autorités ont finalement apporté des
solutions. Les billes de bois ont été enlevées et
transportées à la base de la Wijma Cameroun S.A à
Bidou. Ceci, un an après leur abandon. En violation de la
législation forestière qui prévoit l’enlèvement du bois
laissé le long des routes dans un délai de 30 jours. “Les
responsables de la Société WIJMA m’ont dit qu’ils
avaient été sommés par l’administration de dégager les
billes de bois…Je leur ai fait signer une décharge qui
me permet de savoir leur destination ”, explique le chef
du village.
Plus grave encore, les villageois ne sont pas
dédommagés en cas de pertes en vie humaine. “Nous
avons déjà perdu deux jeunes hommes à cause de ces
billes de bois. Il y a eu un coup de frein de grumiers qui a
fait perdre l’équilibre à l’un d’eux il s’est retrouvé sous un
pick up qui l’a écrasé.”, s’indigne Michel Tome, déplorant
l’abandon des familles éplorées. “L’administration a été
saisie, mais rien n’a été fait”, s’indigne-t-il.
Contactés dans leur scierie située à Bidou 1, les
responsables de la Société forestière WIJMA n’ont pas
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voulu s’exprimer. “Prenez contact avec la Direction
générale de la Scieb, notre partenaire chargée du
transport des billes de bois à Douala”, ont-ils répondu.
Malheureusement, la législation ne prévoit pas la
réparation du préjudice subit en cas d’accidents causés
par les grumiers. “Les accidents de la route relève du
droit commun. Les victimes doivent saisir les tribunaux”,
martèle Gérard Mendoula, un fonctionnaire du ministère
des Forêts.
Jean Ismael Bekile et Anne Matho
Janvier 2013

Que prévoit la loi en matière de bois abandonné ?
“Les billes abandonnées dans les parcs à bois en forêt et
le long des routes font l'objet d'un constat dressé sur
procès-verbal par le responsable local de l'administration
chargée des forêts”, stipule l’article 112 du décret n°
95/531/PM du 23 août 1995 fixant les modalités
d’application du régime des forêts. Une sommation est
alors notifiée aux propriétaires du bois, en vue de son
enlèvement immédiat. En cas de refus d’obtempérer, ils
perdent tout droit de propriété sur ce bois abandonné.
“Trente jours après la notification, le bois est réputé
appartenir à l'Etat”, tranche le décret. Ils sont vendus.
Quant aux contrevenants, ils s'exposent à des pénalités.
La vente de ce bois est régit pas des règles précises.
“Toute personne désireuse de récupérer du bois échoué
doit en faire une demande timbrée auprès du
responsable local de l'administration. La récupération est
faite après paiement par l'intéressé du prix de vente dont
le montant est fixé par la loi de Finances”, précise l’article
113 du décret de 1995.
Anne Matho
Janvier 2013
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APV
Le Cameroun pas prêt pour délivrer des
autorisations Flegt
Le Cameroun n'est pas encore prêt à délivrer des
autorisations Flegt attestant de la légalité de son bois
destiné au marché européen, dans le cadre de la
mise en œuvre de l'Accord de partenariat volontaire
(APV Flegt). Il pourra néanmoins continuer à exporter
son bois dans l’Union européenne grâce au principe
de la « diligence raisonnée ».

A la délégation de l'Union européenne, à Yaoundé,
comme au ministère des Forêts et de la Faune (Minfof),
tout le monde est unanime : le Cameroun n’est pas en
mesure de délivrer les premières autorisations « Flegt »
garantissant la légalité de son bois vendu en Europe. La
délivrance de ces autorisations devait concrétiser
l’Accord de partenariat volontaire signé entre le
Cameroun et l’Europe il y a un peu plus de deux ans. "Le
système de vérification de la légalité ne sera pas encore
entièrement mis en place; le système de traçabilité (du
bois, ndlr) a beaucoup de peine à se développer",
explique Rodrigue Ngonzo, responsable de l'Initiative
pour la transparence et la lutte anti-corruption dans le
secteur forestier (Itac).
En effet, depuis deux ans, des projets ont été engagés
pour favoriser la mise en place d'un système fiable, mais
pas n'ont pas abouti à des résultats satisfaisants.
«Assurer la traçabilité des bois relève vraiment d'un
travail de titan qui s'est avéré beaucoup plus complexe
que l'on ne l'avait envisagé au départ", explique Rodrigue
Ngonzo. « La mise en œuvre de l'Accord est un
60

processus assez compliqué, assez long", reconnaît Carl
Frosio, qui suit le projet à la représentation de l’UE à
Yaoundé. Mais, assure-t-il, l'UE est "aux côtés du
Cameroun pour la mise en œuvre des grandes reformes
prévues dans le cadre" de cet accord.

Comme d’autres pays africains
D’'autres pays africains qui ont adhéré à cette initiative
ne sont pas, non plus en mesure de délivrer des
autorisations. Pour autant, la vente en Europe du bois en
provenance de ces pays ne sera pas interdite dans les
prochaines semaines. En revanche, une nouvelle
réglementation est entré en application en mars 2013 en
Europe pour encadrer la commercialisation du bois. Le
but est de réduire les risques de vente de bois illégal, en
attendant que les pays signataires soient prêts. Dès la
mise en application de cette nouvelle directive, les
opérateurs du secteur bois intervenant sur ce marché
seront soumis à des contrôles.
Ceux-ci seront effectués non pas aux frontières, mais par
des autorités compétentes désignées par chaque pays
membre de l'Union européenne. Il sera ainsi instauré un
ensemble de procédures devant obliger l'opérateur à
s'assurer de la traçabilité et de la légalité du bois destiné
au marché européen. De ce fait, l’acheteur européen
sera obligé de se retourner vers son fournisseur de bois
au Cameroun, par exemple, pour exiger de lui un
ensemble d'informations attestant de la légalité du
produit:
Jusqu'à présent, de simples autorisations délivrées par
l'administration du pays d'origine du bois garantissaient la
légalité du bois exporté. "Des efforts qui permettent de
renforcer la confiance et la crédibilité du secteur forestier
camerounais et qui permettent de renforcer l'image des
61

produits forestiers camerounais sont de haute importance
pour la continuité des exportations de bois vers l'UE à
partir de mars 2013", fait observer Ngonzo. "Dans tous
les cas, l'UE travaillera sur la base d'un système
d'évaluation des risques et s'il se trouve que le
Cameroun représente un pays à haut risque de fourniture
de bois illégal ou à haut risque d'exposition à l'illégalité,
alors les mesures visant à contrecarrer le bois
camerounais seront encore plus fortes ", prévient-il.
Van DOUANLA
Février 2013

Port de Douala : parc à bois
62


63

YAOUNDE
Les marques sur le bois ne garantissent pas
sa légalité
La loi forestière exige que seul le bois exploité
légalement, en principe reconnaissable par le
marquage, circule sur le territoire. Mais du bois de
contrebande, lui aussi marqué, peut tromper la
vigilance.

Des dizaines de grumes sont entreposées les unes au
dessus des autres sur un site de la Société forestière du
Haut-Nyong (SOFOHNY), sur la route de Douala, à la
sortie de Yaoundé. Franklin Bonho, l'un des « cubeurs »
réceptionne les billes de bois, les calibre, et les range
en fonction de la commande des clients. Il affirme que
Sofohny, son employeur, respecte la législation
nationale, pointant les nombreuses marques visibles sur
chaque grume. "Notre bois vient de la forêt que nous
exploitons à Lembé. Nos grumes sont toutes marquées
des codes exigés par la réglementation."
Six signes sont inscrits à la peinture. Selon Franklin
Bonho, chaque signe traduit une information précise : le
code de l’unité forestière exploitée, le nom de l’assiette
de coupe ou espace d’abattage, les initiales de
l’exploitant forestier, la zone de provenance du bois (le
Cameroun est divisé en trois zones forestières), le
numéro d’ordre de l’arbre sur sa ligne d’abattage et enfin
la date d’abattage. A côté de ces informations est apposé
le marteau (tampon) d'un agent du ministère des Forêts
et de la Faune. "Sans les marques et la lettre de voiture,
il est impossible de transporter du bois jusqu’à notre
dépôt", justifie Franklin Bonho.

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La triche ne manque pas pour autant
L'assurance du cubeur de Sofohny tranche pourtant avec
une certaine réalité. La présence des marques, apposées
sur le terrain par l’exploitant ou du marteau de l'agent du
ministère n’est pas toujours la garantie du respect de la
législation. Selon les textes, "Est réputé bois légal, tout
bois provenant d’un ou de plusieurs processus de
production ou d’acquisition conformes à l’ensemble des
critères issus des textes de lois et règlements en
vigueur". Dans la pratique, "on reconnaît qu’un bois est
légal quand les marques qu’il porte sont conformes à
celles inscrites sur le document de voyage ou lettre de
voiture qui l’accompagne", explique un agent des Eaux et
Forêts chargé du contrôle du bois à Messassi, à l’entrée
ouest de Yaoundé. Les seize agents en service à ce
poste de contrôle, inspectent chaque jour le bois venant
du grand Mbam, de la région de l’Est et même de
Centrafrique et du Congo. Ils vérifient la régularité des
lettres de voiture, le " marteau forestier" et le cubage.
"Les cas de fraude ne manquent pas", reconnaît l’un des
contrôleurs. A l'en croire, des sociétés forestières utilisent
des lettres de voiture périmées ou empruntées à d’autres
exploitants pour transporter leur bois. Certaines billes
arrivent non martelées. "Dès que nous découvrons que
les marques ou les papiers sont irréguliers, nous
immobilisons le véhicule. L’entreprise doit négocier",
explique l’agent. Il reconnaît, qu’en général, les sociétés
forestières s’en sortent en y mettant le prix. "Seuls les
malchanceux sont saisis."
Une pratique bien connue des exploitants forestiers.

Pourtant des sanctions sont prévues
Hilaire Noutack, responsable à la société camerounaise
de transformation du bois (SCTB), à Yaoundé, note que
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"le bois illégal est celui qui est coupé sans titre de
production". Il affirme que certaines sociétés exploitent
des essences hors de leur assiette de coupe et y
apposent des fausses marques sur les grumes avec la
complicité de certains fonctionnaires locaux du ministère
des forêts. Ceux-ci cèdent le marteau à des exploitants
forestiers véreux contre de l’argent.
Selon Salomon Janvier Belinga, Chef de service des
normes d’intervention en milieu forestier au ministère
(MINFOF), le Système de vérification de la légalité et le
système de traçabilité des bois prévus dans le cadre de
l’accord entre le Cameroun et l’Union Européenne,
permettront de venir à bout de ce genre de fraudes. Les
arbres devront être géo-référencés et identifiés par des
codes- barres.
En attendant, le MINFOF a décidé de mettre à nu tous
les fraudeurs démasqués, en publiant régulièrement la
liste des exploitants sanctionnés (sommier des
infractions). De janvier à mai 2012, 54 exploitants
forestiers ont été frappés pour diverses infractions.
Marie Pauline Voufo
Juin 2012

Premiers tests de traçabilité des bois

Les tests prévus pour apprécier le fonctionnement du
système de traçabilité des bois du Cameroun sont sur la
bonne voie. L'équipe d'experts du Système de traçabilité
des bois du Cameroun (STBC) a séjourné du 17 au 25
avril 2012 à la société Pallisco, sur les sites de
Mindourou et de Bertoua dans la région de l'Est.
Mission : tester l‘application dans un contexte réel du
suivi du bois de la forêt jusqu’au Port de Douala, y inclus
66

la transformation. D’après l’équipe en charge du projet, le
rapport commis à cet effet met en exergue les problèmes
rencontrés, les constats faits sur le terrain et les
recommandations quant aux actions à entreprendre.
Après Pallisco, le projet STBC a réalisé du 29 mai au 15
juin 2012, une mission de terrain à la Société
d’Exploitation Forestière des Bois du Cameroun (SEBC)
de Lokomo jusqu’à Douala. Les tests effectués chez
cette dernière ont permis de consolider et d’améliorer les
résultats du premier test chez Pallisco. La troisième
société retenue est la Société de Transformation du Bois
de la Kadey (STBK). Des dispositions pratiques ont été
prises en vue de faciliter l’intégration à long terme de
l’application chez d'autres opérateurs.
Charles Nforgang
Juin 2012
67

APV
Le ministre des Forêts signe des textes sur la
délivrance des autorisations Flegt

Coup d'accélérateur dans le processus de mise en
œuvre de l'APV/FLEGT (Accord de Partenariat
Volontaire entre l'Union Européenne et la République
du Cameroun sur l'application des réglementations
forestières
t
la gouvernance et les échanges
commerciaux des bois et produits dérivés vers
l'Union Européenne).

Le 7 février , M. Ngolle Phillip Ngwesse, ministre des
Forêts et de la Faune, a signé trois arrêtés définissant les
procédures pour la délivrance des autorisations
d’exportation de bois, dans le cadre de l’accord FLEGT
entre le Cameroun et l’Union européenne.
Le premier texte porte sur le fonctionnement du Système
Informatique de Gestion des Informations Forestières
(Sigif) . Le Sigif est une base de données dans laquelle
sera enregistré chaque opérateur du secteur bois et
toute information concernant son activité. Le Ministère
l’utilisera pour “l'émission des certificats de légalité et
l'enregistrement des attestations l'établissement de la
conformité fiscale des opérateurs forestiers;
l'établissement de la situation du contentieux forestier
des opérateurs forestiers; l'émission des autorisations
FLEGT”, précise l’arrêté.
Le SIGIF sera ouvert à l’opérateur forestier par
l'intermédiaire des postes de travail mis à disposition
dans les délégations départementales ou régionales du
Ministère ». Les opérateurs agréés , ainsi que la copie
numérisée de leur agrément seront enregistrés dans le
Sigif. Il leur suffira déposer au Ministère , une copie
68

authentifiée de leur agrément pour obtenir un compte
d’utilisateur .

Certificat de légalité et attestation de conformité
Un autre arrêté fixe les critères et les modalités de
délivrance du certificat de légalité, qui "atteste de
l'exercice légal des activités effectuées par un opérateur
forestier dans le cadre d'un titre ou d'un permis
d'exploitation forestière ou dans une unité de
transformation du bois". Le certificat de légalité est l'une
des pièces exigées pour la délivrance d'une autorisation
FLEGT.
“Le certificat de légalité, délivré pour chaque année
calendaire, est valide pour douze mois dans le cas des
unités de transformation, des concessions forestières et
des forêts communales et pour six mois dans le domaine
forestier non-permanent”, précise l’arrêté. Le document
est émis par l'application informatique SIGIF. Le dossier
de demande doit réunir toutes les pièces qui attestent du
respect de la réglementation forestière, fiscale, sociale ou
environnementale.
Un troisième arrêté ministériel institue une attestation de
légalité et fixe la procédure de délivrance d'une
autorisation flegt, exigée pour chaque expédition.
L'attestation de légalité n'est accordée qu'après
vérification par le système informatique de “la conformité
de la chaîne d'approvisionnement, la conformité fiscale
de tous les opérateurs ayant été propriétaires du produit
à un moment ou à un autre à partir de l'abattage de
l'arbre d'origine; la conformité de la situation du
contentieux forestier de tous les opérateurs; l'existence
d'un certificat de légalité pour tous les opérateurs ”, .
Il peut être imprimé par l'exportateur lui-même, son
représentant ou par le service du Ministère des forêts
69

dans les ports du Cameroun. “L'attestation de conformité
des produits ne constitue pas une exigence douanière
pour l'embarquement des produits, mais une garantie
d'obtention de l'autorisation Flegt pour les produits , une
fois ceux-ci chargés sur le bateau”.

Autorisation Flegt
Pour valider le circuit et s’assurer de pouvoir exporter et
vendre son bois dans l’Union européenne, l’exportateur
qui a rempli toutes les exigences et obtenu son
connaissement maritime peut solliciter une demande
d’autorisation Flegt. Elle doit être accompagnée d’une
copie de la déclaration douanière (« bon à embarquer »)
attestant du paiement de tout droit de sortie et incluant la
surtaxe à l'exportation des grumes. “L'exportateur de
bois reçoit la copie originale sécurisée de l'autorisation
Flegt du service du Ministère des forêts chargé des
autorisations Flegt dans les ports du Cameroun…La
version électronique de l'autorisation Flegt peut être
transmise par voie électronique aux autorités douanières
du port de débarquement spécifié sur le connaissement
maritime”.
L'autorisation Flegt est délivrée pour une seule
expédition et devient caduque lorsqu'après
déchargement au port de débarquement spécifié sur le
connaissement maritime, le bois est mis en libre
circulation sur le territoire de l'Union Européenne.
Etienne TASSE et Charles NFORGANG
Février 2013

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71

BERTOUA
Sale temps pour les exploitants forestiers
illégaux
Une opération coup de poing lancée par la délégation
régionale du Ministère des forêts et de la faune a
permis de saisir 150 m3 de bois débités et une
trentaine de tronçonneuses. Neuf procès-verbaux ont
été dressés.
Depuis le mois d’octobre 2012, des tas de bois de
différentes essences sont entreposés dans la grande
cour des services régionaux du ministère des Forêts et
de la faune de l’Est (Minfof-Est). Le bureau du chef de la
brigade des contrôles est un véritable magasin. Une
trentaine de tronçonneuses jonchent le sol. On se croirait
dans une scierie.
Sur l’axe Bertoua-Ngaoundéré, les agents de la
délégation ont effectué des contrôles pendant 100 jours.
Selon Djogo Toumouksala, délégué régional, “cette
action fait suite aux multiples plaintes des exploitants
forestiers sur les tracasseries et arnaques dont ils sont
victimes. Nous avons, dans un premier temps, entrepris
de sensibiliser nos agents chargés de traquer les
fraudeurs, puis les opérateurs économiques y compris
ceux qui se plaignaient”.
Après cette campagne de sensibilisation, des équipes ont
été déployées sur les grands axes de la région, pendant
que d’autres traquaient les opérateurs illégaux sur les
sites d’exploitations. Résultat, “nous avons saisi 150
mètres cube de bois dont 60% transportés en toute
illégalité par des gros porteurs dont les conducteurs
n’avaient aucune lettre de voiture. Et les autres 40%
dans des foyers de sciage sauvage”.
72

Le délégué régional du Minfof-Est indique que “neuf
procès-verbaux ont été dressés et permettront à l’Etat
d’encaisser un peu plus de 2 millions Fcfa, en guise de
dommages et intérêts. Et comme le prévoit la loi, la
cargaison de bois saisie passera à la vente aux
enchères”.

Approvisionner le marché local
A en croire notre source, “les lettres de voiture délivrées
aux groupes d’initiatives communes (Gic), titulaires de
forêts communautaires, servent parfois au blanchiment
du bois illégal. Cela constitue une des raisons pour
lesquelles il est difficile d'éradiquer l'exploitation illégale”.
Un camion muni d’une telle lettre de voiture est souvent
considéré en règle par les agents de contrôle le long des
routes. Pour se les procurer, les exploitants de bois
illégaux peuvent offrir des sommes importantes. “Il est
possible que ces lettres soient offertes à des exploitants
de bois illégaux par certains responsables de Gic”,
pense-t--il.
Dans le département de Lom-et-Djerem, on recense
quatre grands foyers de sciage illégal. Le premier est
situé dans les villages de Ndemba II, Mbethen, Yoko-
Bétougou ; le second, dans les villages de Ekombitié,
Koundi ; le troisième à Ndoumbi, Gouékong et le
quatrième, enfin, au lieu-dit Gbakombo, derrière le lycée
de Mokolo 4.
Hamidou Lawan, un exploitant dont le bois a été saisi au
cours de cette opération ; se défend : “Le sciage
sauvage du bois, même s’il est illégal, approvisionne le
marché local pour les travaux de menuiserie, charpente
etc. Les compagnies forestières qui sont les seules à
faire de la transformation de bois, produisent uniquement
pour l’export”. L’homme qui est dans cette activité depuis
73

près de 15 ans, suggère qu’ « au lieu de nous traquer,
l’Etat trouve une formule p pour approvisionner le marché
local et au prix de la bourse du Camerounais moyen”.

Complicités diverses
Les revenus que procure cette exploitation illégale
incitent à se lancer dans la filière. C’est le cas de
Bachirou Hamidou, qui n’était qu’un simple acheteur de
bois. “J’ai actuellement six tronçonneuses en forêt, lance-
t-il. Les arbres sont repérés par une équipe de 2 à 3
personnes recrutées dans les villages. Ils sont ensuite
abattus et transformés en planches avant d’être
transportés”.
Un membre de l’administration qui a requis l’anonymat
déplore certaines complicités de ses collègues. “Il était
de moins en moins possible d’obtenir des résultats. Car,
bien avant le lancement de cette opération, certains
opérateurs véreux étaient informés de notre action par
ceux qui doivent mener cette lutte. Lors des saisis, on
retrouvait du bois martelé dans des zones ou aucun titre
d’exploitation n’est attribué”.
Il affirme que “cette activité est financée à 80% par des
capitaux camerounais auxquels s’ajoutent des
financements étrangers venant de la Libye, du Soudan,
du Tchad, de l’Arabie Saoudite et de quelques pays
Européens. Les financements camerounais, proviennent
pour la plupart des régions de l’Extrême-Nord, du Nord,
de l’Adamaoua, du Littoral, de l’Ouest, du Nord-Ouest et
Sud-ouest”. La demande, poursuit-il, “vise plus le bois
rouge : généralement les essences comme le Sapelli,
l’Iroko, le Doussié, l’Assamela, le Moabi, le Padouk…”.
Ange-Gabriel Olinga
Février 2013

74

Ce que prévoit la loi forestière en cas d’infraction
“Les agents assermentés des administrations chargés
des forêts, de la faune et de la pêche et les agents
assermentés de la marine marchande procèdent, sans
préjudice des compétences reconnues aux officiers
de police judiciaire à compétence générale, à la
constatation des faits, à la saisie des produits indûment
récoltés et des objets ayant servis à la commission de
l'infraction”, indique l’article 141 de la loi n° 94/01 du 20
janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de
la pêche. Un procès-verbal dispensé des formalités de
timbre et d'enregistrement, est ensuite dressé.
Les contrevenants pris en flagrant délit sont
immédiatement interpellés et identifiés. Les agents
assermentés peuvent dans l'exercice de leurs fonctions
exercer un droit de poursuite à l'encontre des fraudeurs.
Le responsable destinataire du procès-verbal ou l’agent
qui a dressé le procès-verbal peut imposer au
contrevenant le paiement d'un cautionnement contre
récépissé. Le montant de cette amende est fixé par les
administrations chargées des forêts, de la faune et de
la pêche. La somme perçue est reversé dans les
quarante huit heures au Trésor Public. Cette amende
vient de plein droit en déduction des amendes et frais
de justice. En cas d'acquittement, le tribunal en ordonne
la restitution. Quant aux bois saisis, à l'exception de
ceux qui sont dangereux ou avariés, ils sont
immédiatement vendus aux enchères publiques ou de
gré à gré, en l'absence d'adjudicataire par
l'administration compétente, selon des modalités
fixées par décret. Le produit de la vente est consigné au
Trésor Public dans les quarante huit heures.
Anne Matho

75

APV
Samuel E. Ndongo : «C’est l’acheteur du bois
en Europe qui doit justifier de sa légalité»

M. Samuel Ebia Ndongo, inspecteur n°1 au ministère
des Forêts et de la Faune (Minfof) explique pourquoi
le Cameroun n’est pas encore en mesure de délivrer
les autorisations Flegt.

Le Cameroun n’est pas prêt pour la mise en œuvre
de l’accord APV Flegt. Pourquoi ?
En 2007, au moment de la négociation de l’accord avec
l’Union européenne, nous pensions que nous pourrions
donner les premiers certificats au 1
er
janvier 2013. Dès
2010, nous avons commencé à développer notre
système de traçabilité. Le 16 décembre 2011, nous
avons notifié à la partie européenne la ratification par le
Cameroun de l’accord. Cet accord devait être mis en
œuvre dans un délai de 3 ans. C’est à partir de fin 2011
qu’il faut compter. Le Cameroun est donc dans les
délais.

On continuera d’exporter le bois camerounais dans
l’espace Union européenne?
L’Union européenne a développé une réglementation
qu’on appelle “diligence raisonnée”. Elle est entrée en
vigueur à partir du 3 mars dans l’espace de l’Union
européenne. Mais il n’y a pas de contrôles aux frontières.
Des gens sont chargés de procéder à des vérifications à
l’intérieur de l’Union européenne. C’est l’opérateur
économique qui a acheté le bois importé en Europe qui
doit justifier de la légalité de la source de provenance de
ses produits. La diligence raisonnée s’applique sur
76

plusieurs principes. En premier lieu, votre bois est légal si
vous possédez une autorisation Flegt ou un permis
CITES (Convention sur le commerce international des
espèces de faune et de flore sauvages menacées
d’extinction). Deuxièmement, votre bois peut également
être certifié Gestion durable ou certifié Légalité. En ce
moment, il passe, mais le doute existe. On peut
demander des informations complémentaires pour
justifier que ce bois est légal. La dernière possibilité c’est
que vous avez des produits communs, qui ne sont
accompagnés d’aucune spécificité parmi les trois que j’ai
cité plus tôt. En ce moment, ces autorités européennes
de vérification vont vous demander de produire un
certains nombre de justificatifs et d’informations sur votre
bois. Ils vont procéder à des recoupements avant de
permettre son utilisation dans l’Union européenne.

Que feront concrètement les exportateurs en
attendant la délivrance des autorisations Flegt ?
Pour le moment, nous allons être obligés de nous
soumettre à la production des informations pour les
acheteurs de notre bois en Europe. Dès que nous aurons
les autorisations Flegt, nous n’aurons plus d’autres
démarches à faire pour que notre bois soit accepté dans
cet espace. Nous venons de faire une activité pour
rendre public les informations du secteur forêt, parce que
la transparence et la gouvernance sont des éléments
essentiels. Ces éléments permettront de justifier les
activités qui sont faites au niveau du secteur forêt
camerounais et permettront aux vérificateurs de
considérer nos bois comme étant légaux.
Béatrice Kazé
Février 2013

77

DOUALA
Saisie du bois illégal

Une mission spéciale du Ministère de la forêt et de la
faune (Minfof) a traqué les exploitants illégaux du
bois à Douala. Environ 250 m3 de bois et du matériel
roulant ont été saisis.

Une dizaine de grumiers sont stationnés à la fourrière
municipale de Youpwé à Douala, près de vieilles
voitures abandonnées. Sur le sol, des billes de bois et
du bois débité en tas. «Tous ces produits, qui seront
vendus aux enchères, ont été saisis soit parce que leurs
propriétaires n’ont pas fourni de lettres de voiture soit
parce qu’ils ont présenté des documents non
conformes», justifie Jean Nyemeg, ingénieur des eaux et
forêts au ministère de la Forêt et de la Faune (Minfof).
Du 22 février au 26 mars 2013, il conduisait une mission
spéciale de la brigade nationale du Minfof à Douala.
Objectif : assainir le secteur forestier dans la région du
littoral. Environ 250 m3 de bois ont été confisqués. Une
première vente aux enchères de bois blanc a permis de
récolter 1.000.000 Fcfa.
Le reste du stock saisi « ne sera vendu qu’après le
lancement d’un appel d'offres », explique le chef de
mission. « Cela va générer une grosse somme d'argent
car, dans le stock, on trouve du Bubinga, une essence
précieuse vendue très cher. Les engins saisis, ont été
restitués après transaction. Ce qui a généré 12 millions
Fcfa. »

Bois transporté sans lettre de voiture
Pk14, le pont sur la Dibamba, l’entrée Ouest de Douala,
l’ancienne route Douala-Yaoundé, Bonabéri étaient les
78

principaux points de contrôle de la mission. L’équipe de
contrôleurs a relevé des fraudes sur les lettres de voiture.
« Nous avons mis la main sur des transporteurs qui
portaient du bois débités. Alors que leur lettre de voiture
indiquait des grumes », explique Jean Nyemeg.
Des ratures et des superpositions d’écritures, sont
également découvertes sur les documents.
L’équipe a aussi appréhendé des semi-remorques qui
transportaient du bois blanc sans lettres de voiture. Des
camions grumiers chargés de bois destiné à l’exportation
ont été stoppés dans leur trajet vers le port autonome de
Douala. « Il manquait des signatures sur les lettres de
voiture des propriétaires, confie le chef de mission. Ni la
signature du délégué départemental du lieu de
provenance des grumes, ni celle du chef de poste
forestier, n’ont été trouvée sur ces documents ».

Des « agents véreux »
Autre infraction sanctionnée, l’utilisation d’une seule lettre
de voiture pour le transport de plusieurs cargaisons de
bois débités. «Les dates étaient vieilles de plusieurs
mois. Ce qui prouvait que la lettre de voiture avait servie
pour un premier chargement », observe Nyemeg, qui
pointe du doigt la complicité d’agents du ministère des
Forêts. «Un exploitant forestier munit d’une lettre de
voiture déjà utilisée, ne quitte pas le sud du Cameroun à
destination de Douala, sans se faire contrôler à un
check-point. Sauf si des agents véreux ont fermé les
yeux contre de l’argent.», fait-il remarquer
L’une des plus importantes saisies a été effectuée dans
le parc à bois d’un Chinois de la zone industrielle de
Bassa. Du bubinga, essence protégée et un chargeur
frontal neuf qui servait à charger les billes de bois dans
des conteneurs, y ont été saisis.
79

Jules Onguene Ewodo, un commerçant, s’indigne de la
confiscation de sa marchandise : « J’achète mon bois
dans un marché de Yaoundé. On me donne une facture
et non une lettre de voiture. C’est avec ce document que
je transporte mon bois pour aller le vendre à Douala.
Pourquoi me demande-t-on de présenter une lettre de
voiture alors que mon bois ne provient pas de la forêt ? »
Il suggère au ministère de créer des postes de contrôle
dans les marchés pour la délivrance des lettres de
voiture.
Pascal Sache, exploitant forestier camerounais,
reconnaît, lui, que son bois a été saisi à raison. «Mon
chauffeur était pressé quand il quittait la forêt de
Ngambè-Tikar. Il a oublié de faire signer la lettre de
voiture par le chef du poste forestier », explique-t-il.

Renforcer les contrôles
La lettre de voiture constitue donc pour le moment un
élément clé dans le contrôle de la légalité du bois. Elle
est « un document de transport qui accompagne tout
produit forestier transporté sur un véhicule. Ce permis
doit avoir la signature d’une autorité de l’administration
forestière compétente», explique Daniel Ndoumou, chef
du service régional des forêts à la délégation du
ministère des Forêts et de la faune (Minfof) dans le
Littoral. Y sont inscrits les délais d’exploitation du bois et
les visas de tous les postes de contrôle traversés sur
l’itinéraire du transport du bois. L’essence et la quantité
de bois à exploiter doivent également être mentionnées
sur le document
Responsable de projet au Centre pour l'Environnement et
le Développement (CED), Patrice Kamkuimo-Piam salue
le travail accompli par cette mission du Minfof. Il souhaite
«un renforcement de l'efficacité de l'ensemble de la
80

chaîne de contrôle du bois…Dans la perspective de
l’Apv-Flegt (accord de partenariat volontaire signé entre
le Cameroun et l’union européenne pour la bonne
gouvernance forestière), nous attendons que le Système
Informatique de Gestion des Informations Forestières
(Sigif) règle ce problème. Au niveau des postes de
contrôle, l'introduction des mêmes données de
documents de transport (lettres de voiture) pour des
cargaisons différentes sera automatiquement détecté»,
soutient-il.
Anne Matho
Mai 2013


Chargement des grumes
81

EDEA
Quand l’administration freine l’exploitation
des forêts communautaires
Les formalités, longues et coûteuses, empêchent
parfois la bonne exploitation des forêts
communautaires. Les ayants-droits de la Forêt
Communautaire Bopo chiffrent en millions de Fcfa le
manque à gagner qu’ils subissent chaque année.
Juin approche et les habitants de Pouth-Ndjock n’ont
toujours pas commencé l’exploitation de leur forêt
communautaire de 3 750 hectares pour le compte de
l’année 2013. Le ministère des Forêts et de la Faune
(Minfof) ne leur a pas encore délivré le certificat annuel
d’exploitation (Cae). «La délégation départementale du
Minfof de la Sanaga maritime vient juste de transmettre
notre dossier à la Délégation régionale de Douala,
explique Emmanuel Moyobock, gestionnaire de la forêt
communautaire. Ce n’est que fin mai ou début juin que
nous pouvons espérer avoir le Cae parce que le dossier
sera à nouveau envoyé au Minfof à Yaoundé.».
A cause de ce retard, il craint que, cette année encore, le
village ne puisse pas exploiter pleinement le volume et
les essences de bois qui seront autorisés par le Cae.
En attendant, les ayants-droits enregistrent des pertes.
Dans le village, des billes de bois débités qui jonchent les
deux côtés de la route principale pourrissent déjà. Il s’agit
d’essences précieuses comme l’azobe, le padouck, le
thali, l’iroko, le bubinga, coupées dans la forêt en 2012.
Exposées aux intempéries, elles se dégradent sous le
regard impuissant des villageois. «Ce bois ne peut être
évacué qu’après l’obtention du certificat d’exploitation de
82

l’année en cours », indique Alex Nyemb Mbenda, le
chargé des opérations forestières.
9 millions Fcfa de pertes
«L’année dernière, on nous a attribué très tardivement le
Cae, déplore-t-il. Nous n’avons fait que 7 millions de
recettes. C’est 9 millions que nous avons perdus. Quand
on exploite en début d’année chez nous, on gagne entre
15 et 16 millions de Fcfa. En 2011, on avait eu le
certificat au mois d'avril, nous avions fait des recettes de
11 millions de Fcfa, soit une perte de 5 millions de Fcfa.»
Alex Nyemb Mbenda craint que, cette année, la situation
devienne encore plus catastrophique. A partir de juillet,
quand les pluies commenceront, les travaux forestiers
deviendront impossibles. «Si on pouvait revoir la
procédure, ça nous arrangerait. C'est-à-dire que la
délégation nous permette de scier du bois et d’attendre
l’obtention du certificat pour l’évacuer», suggère-t-il.
A cause de ces retards, les ayants droits de la forêt
communautaire sont incapables de satisfaire leurs
partenaires ce qui suscite le mécontentement des deux
parties. «On ne peut plus réaliser ce qu’on avait prévu en
faveur de la population dans notre cahier de charges,
regrette Alex Nyemb. Les exploitants qui achètent notre
bois ne peuvent plus avoir leur cubage annuel dans de
bonnes conditions parce que le temps qui nous est
imparti devient court».
Mesures administratives lourdes et chères
Il faut dépenser une fortune rien que pour rassembler les
pièces du dossier pour obtenir un certificat d’exploitation.
«Les inventaires seuls, c’est un million de fcfa. Quand on
ajoute les déplacements, les timbres, nous sommes à
près de deux millions de Fcfa pour le Cae d’une
année », affirme le gestionnaire du GIC.
83

Ce problème est aggravé par la procédure à suivre pour
fournir les pièces exigées dans le dossier d’octroi du
Cae. «La première des choses que nous faisons c’est les
inventaires dans la parcelle qui doit être exploitée cette
année. Après ces inventaires, on rédige le rapport
d’inventaire, qu’on soumet à la délégation
départementale pour approbation. C’est donc après que
le délégué départemental a approuvé qu’on envoie au
délégué régional. C’est donc après ça que nous
acheminons le dossier à Yaoundé»
Les ONG condamnent, le ministère se défend
Président de l’association des forêts communautaires du
Cameroun, Daniel Mouil dénonce «des lourdeurs
administratives » qui durent depuis de nombreuses
années. « Il est temps, dit-il, que l’on trouve une solution
qui permettra au ministère d’attribuer les certificats le
premier janvier pour leur permettre d’exploiter jusqu’au
31 décembre». Il pense que les revenus tirés de
l’exploitation ne permettent pas aux forêts
communautaires de respecter les cahiers de charge. Une
partie des fonds étant consacrée aux coûts administratifs.
« Il faut revenir au système de gestion proposé par les
forêts communautaires au départ, suggère-t-il : définir un
plan d’exploitation en début d’année sur cinq ans. Début
janvier, les certificats d’exploitation étaient
automatiquement signés »
Du côté du Ministère des forêts, on pointe du doigt le
manque d’organisation des gestionnaires. «Tout rentrera
dans l’ordre lorsque les forêts communautaires auront un
peu d’organisation dans leur fonctionnement», tranche
Daniel Ndoumou, à la délégation du Littoral.
Hugo Tatchuam
Mai 2013
84


L’inventaire du bois d’une forêt
La fourniture d’un document inventoriant toutes les
ressources d’une forêt à exploiter constitue une pièce
importante à fournir en vue d’obtenir un certificat annuel
d’exploitation du Ministère des forêts. Elle est le « point
de départ incontournable de la mise en œuvre annuelle
du volet «production» de l’aménagement forestier », fait
remarquer le Centre Technique de la Forêt Communale
du Cameroun dans l’ouvrage intitulé « Recueil des fiches
techniques pour la foresterie communale». Elle permet
ainsi de connaître les différentes essences de la forêt et
de planifier et suivre les activités d’exploitation forestière.
Ainsi, l'exploitant procède au comptage de tous les
arbres à commercialiser sur la parcelle annuelle à
exploiter. Ce document est très précis en termes
d’identification, de mesure et de la position des arbres
dans la forêt. L’inventaire forestier permet de prévoir la
quantité, la qualité et la nature de la production du bois
commercialisable. Il rend possible le suivi efficace de
l’exploitation par le marquage numéroté des arbres en
vue d’une bonne traçabilité. L’inventaire permet aussi
d’identifier les arbres et les sites écologiques à préserver.
Il fournit les bases des prévisions des recettes,
cartographie la ressource, les zones sensibles, les
éléments de paysage afin d’optimiser les opérations
d’exploitation (pistes, débardages). Boussole, GPS,
porte-documents, planchettes à pince, fiches de
layonnage, machettes et limes sont nécessaires pour
réaliser un inventaire forestier.
Anne Matho
Mai 2013
85

EBOLOWA
Pourtant interdite d’exploitation…La vente
clandestine du Bubinga divise un village

Des habitants de Nsessoum, au sud du Cameroun,
ont vendu clandestinement l’unique Bubinga de leur
village, essence protégée dont la vente est interdite.
Ce qui a provoqué la colère de leur chef.

Le Bubinga à l’origine de la discorde entre une partie de
la population du village Nsessoum et leur chef
traditionnel, Ostin Beyeme Nsoheng a été saisi le 23 mai
2013 à Kribi. Il venait d’être évacué des forêts de ce
village situé sur l’axe Ebolowa-Ambam. Le 9 mai, à l’insu
de leur chef, des villageois ont vendu cet arbre abattu
dans la forêt communautaire, pour le prix de 2.000.000
Fcfa. Puis ils se sont partagé l’argent. Pourtant la vente
de cette essence est interdite. « Depuis le mois de
novembre 2012, le ministre des Forêts et de la Faune a
strictement interdit l’exploitation du Bubinga à titre
conservatoire dans les forêts qui ne sont pas des unités
forestières d’aménagement (Ufa)», explique Armand
Etoa Akoa, le délégué du ministère dans le département
de l’Océan.
Aussitôt informé, Ostin Beyeme Nsoheng a alerté le chef
de poste forestier de Meyo-Centre, dont dépend le
village. Le fonctionnaire s’est rendu sur les lieux . Ce
qui a permis de retrouver le bois vendu.

Conjurer le mauvais sort
Les villageois auteurs de l’infraction se défendent.
Prenant la parole en leur nom, Marcel Ondo Nkoulou,
explique que « l’arbre était une source de mauvais sort et
de malédiction dans le village, c’est pour s’en
86

débarrasser qu’il a été vendu ». Le Bubinga, considéré
comme sacré dans cette localité, « freine le
développement du village », ajoute le villageois. D’après
lui, l’arbre était responsable du chômage des jeunes, de
l’abandon du village par les élites et des décès non
élucidés de ces derniers temps.
Janvier Nkoulou Ondo, un autre habitant de Nsessoum
affirme que, «la décision de vendre l’arbre sacré a été
prise à l’unanimité par la population». Il met en cause
l’intégrité de son chef, qu’il accuse d’être de mauvaise
foi : « Le chef s’y était opposé parce qu’on ne lui a rien
donné. On s’apprêtait pourtant à lui remettre sa part,
mais il a été trop impatient et s’est mis à se répandre en
déclarations dans les média. Il nous accuse, or tout le
monde sait ici qu’il a voulu vendre en cachette, cet arbre
qui ne lui appartient pas, dans le but d’empocher l’argent
tout seul alors qu’il n’est pas membre de notre forêt
communautaire».

Une essence interdite d’exploitation
Coordonateur du Centre d’appui aux initiatives
paysannes (Caipe), une organisation non
gouvernementale spécialisée dans la foresterie
communautaire, Daniel Ellom Nna, dénonce l’abattage
de ce bubinga. «Ils auraient pu couper l’arbre et
l’exploiter pour fabriquer des meubles pour leur propre
usage, comme le permet la loi». « Les villageois gardent
la forêt, mais elle appartient à l’Etat», ajoute-t-il.
Joint au téléphone, Armand Etoa Akoa, le délégué
départemental des forêts et de la faune de l’Océan
confirme la saisie du chargement de bois. « Les camions
transportant le bubinga en provenance du département
de la Vallée du Ntem ont été conduit à la compagnie de
gendarmerie de Kribi. Ces camions y sont actuellement
87

stationnés et les conducteurs qui devaient être entendus
par les gendarmes se sont enfuis », explique-t-il.
Ce bois saisi sera vendu aux enchères dans les
prochains jours, selon le fonctionnaire.
Jérôme Essian
Juin 2013

Pourquoi le Bubinga est interdit d’exploitation
Le bubinga est interdit d’exploitation à titre conservatoire
dans les forêts qui ne sont pas des unités forestières
d’aménagement (Ufa) au Cameroun depuis novembre
2012. Cette décision du ministre des Forêts et de la
Faune est le résultat des inventaires menés dans les
forêts locales et qui ont montré que cette essence est en
voie de disparition. Des réunions ont été multipliées
auparavant pour fixer les bases de son exploitation
durable. En 2011, le ministère des Forêts et de la Faune
va suspendre provisoirement sa commercialisation, avant
de l’interdire en 2012. L'Accord de partenariat volontaire
Flegt classe le bubinga parmi les essences interdites
d’exportation. Le bubinga est une essence d’origine
africaine qui provient principalement du Cameroun et du
Gabon. Sa couleur varie du rouge au brun. Il sèche bien
à condition que l'opération soit faite lentement. Il est très
prisé sur le marché international pour sa haute qualité de
bois.
Charles Nforgang

88


89


APV-FLEGT

Les forêts communautaires pas prêtes

A cause d’un faible niveau d’information et de
sensibilisation, certains gestionnaires de forêts
communautaires pensent qu’ils ne pourront pas se
conformer à l’accord de partenariat Apv-Flegt
contre l’exploitation illégale du bois.

Certains ayants droits de forêts communautaires ne sont
pas suffisamment armés pour se mettre en règle depuis
l’entrée en vigueur de l’Accord de partenariat volontaire
(Apv) sur l’application des règlementations forestières, la
gouvernance et les échanges commerciaux (Flegt). L’un
des freins à la mise en œuvre de ce protocole signé entre
le Cameroun et l’Union Européenne, le 6 octobre 2010 à
Bruxelles, pourrait être le faible niveau d’information, de
sensibilisation et d’implication des acteurs de la filière
forêts communautaires.
«J’ai participé à seulement 3 séminaires à Yaoundé sur
la mise en application de l’Apv-Flegt en 2010, organisés
par le Ministère des forêts et de la faune (Minfof). Il faut
mettre sur pied un système de formation permanente afin
de sensibiliser, tous les acteurs de la filière bois»,
suggère Boniface Zeh, gestionnaire de la forêt
communautaire de Koundi, dans l’arrondissement de
Belabo à l’Est.

« Pas suffisamment outillé »
Cette position est partagée par Eric Beyeme, membre du
Groupe d’initiative commune agro-forestier et éleveurs de
Bertoua 1
er
(Afeb). « On a déjà assisté à plusieurs
90

séminaires organisés par le Minfof et les Ong, mais on ne
peut pas affirmer qu’on est vraiment outillé pour passer à
l’application réelle de l’Apv-Flegt, soutient-il. Il fallait
choisir quelques structures pilotes pour expérimenter
l’application de cet accord. »
La dernière formation reçue par Eric Beyeme date
d’octobre dernier. Il s’agissait d’un séminaire organisé à
Bertoua par l’association Forêts et Développement Rural
(Foder) et le Centre pour la formation et le
développement International (Cidt) de l’Université de
Wolverhampton, grâce à l’appui financier de l’Union
Européenne. «Plusieurs thèmes relatifs à la
connaissance des mécanismes de l’Apv-Flegt ont été
abordés. Les présentations portaient sur l’Apv-Flegt et
son plan d’action, le règlement bois de l’Union
Européenne (Rbue), l’état d’avancement de l’Apv-Flegt
au Cameroun, le système de vérification de la légalité
(Svl), les grilles de légalité, le système de traçabilité des
bois et produits dérivés au Cameroun (Stbc), le système
de délivrance des autorisations Flegt, la transparence, la
lutte contre la corruption et le rôle des acteurs dans la
mise en œuvre de l’accord Apv-Flegt», énumère-t-il.

Manque de formation
Malheureusement, tous les responsables de forêts
communautaires n’ont pas eu la chance de bénéficier
d’une formation. C’est le cas de Onésinne Ebongué
Ebongué, gestionnaire de la Communautaire actif pour le
développement Bakoun, Baka et Pol (Cadbap) et
président de la Fédération des forêts communautaires du
Département du Haut-Nyong. «Ni moi, ni un membre de
notre association de 365 membres repartis dans trois
village à Dimako - à savoir, Beul, Mayos, et petit Peul -
n’a jamais participé à une formation sur cet accord», jure-
91

t-il. Le responsable du Cadbap affirme que cette
ignorance concerne tous les gestionnaires des 104
forêts communautaires membres de la Fédération des
forêts communautaires du Haut-Nyong. «Il faut vraiment
une formation permanente des acteurs des forêt
communautaires pour qu’ils s’arriment à la nouvelle
donne qu’impose l’Apv-Flegt», conclut Ebongué
Ebongué.

Répercuter les informations
Au service régional du ministère de la Forêt, André Nna,
le délégué, remet en doute la bonne foi des gestionnaires
de forêts communautaires. « Beaucoup de séminaires
ont déjà été organisés. Il appartient à ceux qui prennent
part à ces ateliers de répercuter les informations aux
autres ». Selon lui, «compte tenu de la pauvreté qui
caractérise les propriétaires des forêts communautaires
et le taux élevé d’analphabétisme, il devient difficile
d’envisager une formation».
Les plaintes des gestionnaires de forêts
communautaires sont fondées selon
Sébastien Tchebayou, le Coordonnateur de l’Ong Forêts
et Développement Rural (Foder). «L'autorité
gouvernementale qui a signé l'accord ne vulgarise pas le
processus. Seules quelques ONG, à l’instar de la nôtre,
ont pris la décision d'informer quelques acteurs des
forêts communautaires», dénonce-t-il.
Sébastian Chi Elvido
Juin 2013

92

La méconnaissance des règles pourrait bloquer les
exportations
En signant l’accord de partenariat Apv Flegt, le
Cameroun s’est engagé à garantir la légalité de tout bois
en circulation sur son territoire, qu’il soit destiné à l’export
ou à alimenter le marché intérieur. Cette vérification de la
légalité devrait concerner le bois provenant de tous les
titres forestiers, y compris les Forêts Communautaires
(FC). Les critères de légalité devront aussi être
respectés par ces forêts. D’où la nécessité de les
informer et sensibiliser.
Il est prévu que chaque arbre soit positionné sur GPS
pour une meilleure traçabilité. Aujourd’hui, ils sont encore
marqués manuellement. Une mauvaise connaissance
des règles pourrait avoir de lourdes conséquences. « Le
premier audit de l’ensemble du système de vérification de
la légalité doit être effectué dans les six mois qui suivent
le début de la délivrance des autorisations Flegt»,
explique l’Association technique internationale des bois
tropicaux (ATIBT) dans un article intitulé « Les forêts
communautaires vont-elles sonner le glas du Flegt au
Cameroun? ». «S’il arrivait que cet audit mette en
évidence la circulation de bois d’origine illégale provenant
de FC, l’APV pourrait être suspendu entraînant un accès
difficile au marché européen pour le bois camerounais »,
prévient l’organisation.
A.M.

93

Le système de vérification de la légalité

Le Régime d’Autorisation FLEGT repose sur le Système
de vérification de la Légalité (SVL). «Il s’agit d’un moyen
de distinguer les produits forestiers d’origine licite de
ceux d’origine illicite conformément à la définition du bois
légal », explique Samuel Ebia Ndongo, alors premier
inspecteur au ministère des forêts et de la faune
(Minfof) « Le SVL permet de s’assurer que seul le bois
produit ou acquis de manière légale est en circulation, et
est susceptible de recevoir une autorisation FLEGT »,
poursuit-il.
Huit grilles de légalité ont été élaborées pour couvrir les
différentes sources de provenance du bois. «La
vérification de la conformité s’appuie sur les documents
techniques prévus par les textes réglementaires délivrés
par les administrations et qui, pour la plupart sont
consultables dans la base de données centrale du
ministère des Forêts», précise Samuel Ebia Ndongo. Ce
travail de vérification de la légalité s’effectue au niveau
du Service des Normes d’intervention en milieu forestier,
permettant au bout du compte de délivrer le «certificat de
légalité».
Anne Matho


94


95

DJOUM
La gestion de la taxe d’abattage en débat
Les populations de Djoum accusent leur maire
d’entretenir le flou autour de la gestion des revenus
issus de l’exploitation de la forêt communale. Faux,
objecte ce dernier. Il indique que les informations sur
ces fonds ont été rendues publiques en 2012.
C’est un groupe de jeunes de l’arrondissement de Djoum
qui a porté l’estocade en 2012 sur Facebook, accusant le
maire de brader la forêt communale de leur localité.
D’après Blaise Ella, chef du village de Nkan, une
banlieue de la ville de Djoum, interrogé le 22 juin 2013,
« La jeunesse de cet arrondissement voulait savoir
comment le maire gère la taxe d’abattage».
Le 5 novembre 2012, un forum est organisé à la salle des
fêtes de Djoum, à l’initiative du maire. L’objectif étant la
présentation du rapport d’exploitation de la première
coupe de la forêt communale. Y prennent part, les
jeunes et les autres forces vives de la localité. Un forum
qui, au regard des accusations actuelles, n’a pas suffi à
faire taire la suspicion. «Le maire ne nous a jamais rendu
compte de la production financière de cette forêt»,
accuse Blaise Ella.
Une gestion opaque
Un avis que partage Daniel Akono Zé, président du
comité paysan forêt du canton Fang-centre et chef
supérieur du canton Fang-centre. « C’est une gestion
opaque, je ne sais pas comment les revenus de notre
forêt sont gérés, se plaint-il. Le maire n’a jamais
rencontré le bureau du comité paysan forêt, si ce n’est en
session lors des conseils municipaux». Le responsable
du canton souhaite «plus de transparence dans la
96

gestion et que les comités paysans forêt y soient plus
impliqués».
Réagissant à ces multiples accusations, Salomon Nti
Mefe, maire de la commune, se défend. Il affirme
qu’ «un rapport d’exploitation de la première coupe a été
établi ». « On y trouve toutes les informations. Du 25 au
31 mai 2013, lors de ma tournée communale de compte
rendu, les populations ont été informées»
244 millions de francs CFA de recettes
Rendu public en novembre 2012, le document indique
que la forêt communale a généré 244 millions de francs
CFA de recettes, dont 175 millions de royalties et 68
millions de taxe d’abattage. D’après le rapport, ces fonds
sont des recettes communales qui doivent être utilisées,
pour l’exécution des plans de campagne adoptés par le
conseil municipal.
Certaines dépenses directement liées à l’exploitation ont
déjà été effectuées. 50 millions de francs CFA ont été
débloqués pour l’aménagement de la forêt, 6 millions ont
été utilisés pour l’élaboration du plan d’opération annuel.
Les dépenses liées à l’acquisition des documents
sécurisés, s’élèvent à 2,8 millions et ceux liés à la mise
en œuvre du plan de gestion quinquennal ont coûté 15
millions. Le rapport indique aussi que 2 millions ont été
remis aux comités paysans forêts des cantons Fang-
centre et Zamane en 2011. Joint au téléphone, le 25 juin,
Daniel Akono Zé, chef du canton Fang-centre et
président du comité paysan forêt de ce canton affirme ne
pas avoir reçu cet argent.
Pour la protection de la forêt
Selon le maire, les critiques formulés par les villageois
sont infondées. « Le vrai problème est politique. Les
suspicions sont liées au fait que le maire de Djoum est
97

également délégué départemental des forêts et de la
faune du Dja et Lobo. Les politiciens à court d’arguments
passent par là pour m’attaquer. Leur visée c’est de salir
l’homme pour accéder au poste politique. »
Il affirme : « La gestion de la forêt communale de Djoum
est plutôt un modèle sur le plan international. Cela nous a
valu une invitation spéciale aux journées européennes
du développement à Bruxelles en 2011»
Coordonnateur du centre d’appui aux initiatives
paysannes (CAIPE), une organisation non
gouvernementale spécialisée dans la foresterie
communautaire, Daniel Ellom Nna prend ses distances
vis-à-vis du comité paysan forêt. « C’est une structure
d’accompagnement pour la protection de la forêt, pas de
contrôle. Elle est là pour contrôler l’exploitation illégale
dans la forêt, le braconnage et assurer la gestion de
l’exploitation des produits forestiers non ligneux».
Jérôme Essian
Juillet 2013
Un fond pour le développement d’une commune
«L’argent qui ressort de l’exploitation de la forêt
communale est destiné aux actions de développement de
tout le territoire de compétence de la commune »,
explique André Elanga Ekotto, chef de poste forestier de
Djoum. Ces fonds sont réglementés par un arrêté du 26
juin 2012 qui fixe les modalités de planification, d’emploi
et de suivi de la gestion des revenus. L’article 5 de ce
texte donne la répartition de la redevance issue de
l’exploitation des forêts communales : 30% pour les
communautés villageoises riveraines (projets de
développement) et 70% destinée aux communes
concernées par la forêt.
J.E.
98

Le Comité Paysan Forêt : la voix des communautés

«Les Comités Paysans Forêt (Cpf) sont des structures
représentatives des populations qui jouent les
intermédiaires et facilitent le dialogue, la consultation et
la négociation entre les villageois, la commune, les
organisations non gouvernementales, les organismes de
conservations, les opérateurs économiques et/ou les
exploitants et l’administration forestière », explique le
Centre Technique de la Forêt Communale (Ctfc) dans un
ouvrage intitulé «Guide de mise en place et
d’accompagnement des CPF dans le cadre des forêts
communales du Cameroun ». «Ils devront assurer la
participation des populations à la gestion des ressources
naturelles», ajoute le document.
Cette fonction est prévue par un décret du 26 novembre
1999, fixant les procédures de classement des forêts du
domaine forestier permanent de la république du
Cameroun. II stipule que les populations locales doivent
être étroitement associées au processus de gestion des
forêts. Dans l’annexe de cette décision, il est mentionné
que pour rendre concrète la participation des paysans,
les CPF doivent devenir des interlocuteurs privilégiés
dans les localités où il n’existe pas de structure
représentant la communauté. «La création de CPF n’est
donc indispensable que lorsqu’il n’existe aucun
groupement ou comité qui puisse représenter la
population locale», indique le guide.
Anne Matho

99


APV-FLEGT
Un appel d’offre pour la réalisation du
système informatisé SIGIF
Le Ministère des Forêts et de la faune (Minfof) a lancé le
10 juillet 2013, un avis d'appel d’offre international à
manifestation d'intérêt relatif au développement
informatique du Système informatisé de gestion des
informations forestières (Sigif).
« Dans le cadre de l'exécution de l’Accord de Partenariat
Volontaire sur le processus FLEGT (APV/FLEGT) signé
entre le Cameroun et l’Union européenne, le Système
Informatique de Gestion des Informations Forestières
(SIGIF) constitue l’épine dorsale du Système de
Vérification de la Légalité (SVL) », indique l'offre du
Minfof. Le Sigif permettra en effet de vérifier la légalité de
l'entité forestière.
Les opérateurs économiques seront aussi contraints d’y
enregistrer les données de leurs activités. Cette
application informatique facilitera la gestion de la fiscalité
forestière et fournira des éléments d’appréciation de la
conformité fiscale des opérateurs.
«Le SIGIF procurera de nouvelles possibilités de contrôle
forestier tant en forêt que sur les axes routiers, et il
interviendra en aval du contrôle en intégrant un système
de gestion du contentieux forestier », précise l'avis
d'appel d’offre.
En permettant aussi la vérification de la conformité de la
chaîne d’approvisionnement, ce système assurera une
parfaite maîtrise de la traçabilité de tout produit bois
jusqu’à la souche de l’arbre d’origine. Enfin, l’émission
des autorisations FLEGT sera dépendante du SIGIF
puisque les données à considérer pour chaque produit
100

d’une expédition vers l’Union européenne (certificat de
légalité, situation du contentieux, chaîne
d’approvisionnement, conformité fiscale) doivent se
retrouver dans ce système d’information. Les dossiers de
candidature rédigés en français et/ou en anglais devront
être déposés au Ministère des Forêts et de la Faune. Le
Sigif a été institué en février 2013 par un arrêté du
Ministère des forêts et de la faune.
Anne Matho
Juillet 2013

101

BERTOUA
La désillusion des populations des zones
forestières
Des habitants de la Commune de Bertoua ne sont
pas satisfaits des retombées de l’exploitation
forestière. Une situation contestée par le maire
sortant qui se félicite de nombreuses réalisations.

Les populations de la Commune de Bertoua, chef-lieu de
la région de l’Est, ont la dent dure contre leur maire et
des exploitants forestiers. Cette commune très enclavée
est pourtant entourée de forêts riches en essences à fort
potentiel économique à l’instar du Moabi, du Tali, du
Kossipo, du Sapelli ou encore du Padouk rouge.
Ces bois sont exploités par des sociétés forestières qui
ont, au regard de la loi, des obligations envers la
commune et les populations riveraines de ces forêts.
« La réalisation des œuvres sociales est l’une des
obligations que la loi impose à l’exploitant forestier en
dehors des impôts qu’il doit payer. Il s’agit de la
construction et l’entretien des routes, des ponts, des
ouvrages d'art ou des équipements à caractère sportif, la
construction, l’entretien ou l’équipement des
établissements scolaires, des formations sanitaires,
etc », explique Jean Pascal Mbolang, un responsable du
Plan de développement villageois (Pdl), une organisation
non gouvernementale impliquée dans les activités
d’exploitation forestières.

Faciliter le passage des grumiers
Le gouvernement camerounais a pourtant adopté des
lois visant à conférer à l’exploitation forestière le rôle de
102

catalyseur de l’essor social. Les redevances forestières
annuelles (Rfa) et celles relatives à la création des forêts
communales, inscrites dans la législation pour permettre
aux populations, par le biais de leurs communes, de
prendre une part active à la gestion des retombées de
l’exploitation forestière. « Ces lois accordent 10% de la
redevance aux communautés riveraines, 50% à l’Etat et
40% à la commune où la forêt est située », explique
Jean Pascal Mbolang.
Interrogés sur l’impact des revenus tirés de l’abattage du
bois, les populations concernées sont partagées entre la
colère et le désarroi. « L’exploitation forestière dans nos
villages a toujours suscité l’espoir, remarque Farouk
Badoukou un chef traditionnel de l’arrondissement de
Belabo. Malheureusement, tout ne se passe pas comme
prévu. Ici les sociétés d’exploitation ne contribuent pas à
la réalisation des œuvres sociales. Elles se contentent
simplement d’élargir les routes et les racler pour faciliter
le passage de leurs grumiers ».

Pas de centres de santé
A Goyoum, un village situé au nord de Belabo, Adamou,
conseiller spécial du chef du village, ne dit pas autre
chose «Le village n’a pas de centre de santé. Nous
sommes obligés de nous déplacer à Belabo, à une
quarantaine de kilomètres pour recevoir des soins. Les
coûts de transport, d’hébergement et de nourriture
découragent les gens. Ce qui les pousse à choisir la
médecine traditionnelle».
Dans les villages Lom2, Deng-Deng, Yoko-Betougou et
Koundi, qui bénéficient de deux unités forestières
d’aménagement (Ufa) de 232.000 ha, les plaintes sont
les mêmes. La plupart des habitants pensent que
l’exploitation forestière n’a pas d’impact bénéfique.
103

Maisonnettes en terre battue avec des toitures de nattes
de raphia, pas d’adductions d’eau potable, encore moins
d’électricité. « Notre principal moyen d’éclairage est la
lampe tempête. Dans la majorité des cas, les ménages
s’approvisionnent en eau dans des sources de fortune
souvent pas aménagées. Il nous manque des
infrastructures scolaires et sanitaires », déplore Baba
Soulé le chef de la communauté musulmane.
A Belabo, le maire Essouka Gomone estime, lui, qu’« il
y a un impact réel des redevances forestières ». Il se
félicite de certaines réalisations telles la « réfection des
salles de classes dans les villages Deng-Deng et
Goyoum, l’entretien des routes, la construction des
forages et quelques appuis notamment la distribution
des intrants aux agriculteurs pour booster la production».

Financer des microprojets
Le responsable de la commune rejette toute idée de
détournement des fonds publics. « Les revenus de
l’exploitation forestière, sont des deniers publics versés
sous forme de taxes et dont la gestion est soumise à un
contrôle des services de l’Etat », explique-t-il.
En plus, assure le maire, la gestion des revenus
forestiers se fait en collaboration avec les villageois. « La
mise sur pied dans chaque communauté villageoise d’un
comité riverain, qui assure la gestion de ces fonds est
une réalité dans l’arrondissement de Belabo », assure-t-
il. Ce comité de gestion regroupe des représentants de
chaque village de Belabo qui gère l’unité forestière
d’aménagement (Ufa) 10.065 d’une superficie de près de
90.000 ha. Des réunions d’informations publiques sont
régulièrement organisées pour plus de transparence sur
la gestion des revenus de l’exploitation forestière, selon
le maire. « La première se tient régulièrement au mois
104

de juin à l’effet d’évaluer la mise en œuvre du plan de
développement communal à mi-parcours et la seconde
au mois de novembre (avant la session budgétaire du
conseil municipal), pour présenter le bilan de l’année en
cours d’achèvement et les projets à exécuter pour
l’année suivante ».
François Mezom, l’un des membres confirme. «Nous
percevons des redevances qui sont calculées sur la base
du volume de bois exploité. Malheureusement, les 10%
destinées aux communautés villageoises riveraines sont
encore loin de contribuer de manière significative à
l'amélioration des conditions de vie des populations».
« Ces fonds, souligne-t-il, ont permis de financer des
microprojets générateurs de revenus (élevage,
agriculture, pêche». De 2000 à 2011, la commune de
Belabo avait perçu un peu plus d'un milliard de Francs
Cfa de redevance forestière, selon un rapport du Centre
technique de la Forêt communale (Ctfc), intitulé «Montant
de la RFA versé aux Communes et populations 2000-
2011 ».
Ange-Gabriel Olinga B
Septembre 2013


105

REGLEMENTATION
Les textes prévoient une gestion
transparente des revenus forestiers
« La planification et le suivi de la gestion des revenus
forestiers destinés aux communes sont assurés par un
comité communal de gestion, mis en place au sein de
chaque commune », explique un arrêté du 26 juin 2012
signé par le premier ministre. Cette cellule est composée
du maire, d’un représentant élu par les communautés
riveraines, des opérateurs économiques, des titres
d’exploitations concernés ou leurs représentants, des
représentants locaux des administrations en charge des
forêts notamment.
Cet arrêté prévoit qu’un plan de Développement
communal et la planification opérationnelle annuelle des
communes bénéficiant des revenus forestiers soient
présentés lors de réunions d’information publiques
semestrielles. Ces réunions sont convoquées par le
préfet ou son représentant, la première au mois de juin,
pour évaluer la mise en œuvre du plan de
Développement communal à mi-parcours ; la seconde
au mois de novembre pour présenter le bilan de l’année
et les projets pour l’année suivante.
Le maire s’assure que les prestations sont exécutées,
dans la mesure du possible, après un appel à la
concurrence, conformément aux textes régissant les
marchés publics, ou avec l’appui des services publics. Le
maire est également tenu de produire annuellement un
compte administratif séparé, retraçant les opérations
effectuées avec les revenus provenant de l’exploitation
forestière et un rapport de performance portant sur la
gestion desdits revenus.
Anne Matho
106


107

DIMAKO
La mairie reboise sa forêt
Depuis la mise en exploitation de la forêt communale
de Dimako en 2011, la municipalité s’emploie à la
régénération des essences en voie de disparition.
Une initiative louable prévue par la loi forestière.
A environ 4 km de Dimako, sur la route de Mbang dans le
département du Haut-Nyong (région de l’Est), la forêt
communale de Dimako, vaste étendue de 16.240
hectares subdivisée en six blocs, constitue aujourd’hui
une curiosité. Sur une parcelle, plus d’un milliers de
plants de Moabi, une essence forestière, y sont déjà
plantés.
Cette forêt classée comme propriété de la commune en
2001, par un décret du Premier ministre, avait
auparavant fait l’objet d’une vaste exploitation pendant
des décennies, par la Société forestière et industrielle de
la Doumé (Sfid), qui s’y était installée en 1947. Ce qui a
entraîné la disparition de nombreuses essences.
Après le départ de cette société, le maire, Janvier
Mongui Sossomba, a entrepris de remettre cette forêt
en valeur à travers une régénération des essences en
voie de disparition et l’exploitation rationnelle de celles
existantes.
Non loin de la parcelle plantée de Moabi, les visiteurs
peuvent apercevoir une autre de 30 hectares,
constituées des plants d’Ayous, de Sapelli, de Dibetou et
de Doussié. Des essences très prisées sur le marché
international et dont l’exploitation n’est pas prévue avant
50 à 60 ans.


108


Encouragé par la loi
Ces actions de la mairie sont prévues par la loi forestière
qui définit la forêt communale comme «toute forêt ayant
fait l'objet d'un acte de classement pour le compte de la
commune concernée ou qui a été plantée par celle-ci». Il
en est de même des conditions d'exploitation : «La loi de
94 stipule qu’une forêt communale peut être exploitée
soit en régie, par vente de coupe, par permis, ou par
autorisation personnelle de coupe», explique Janvier
Mongui Sossomba. Il précise que la première parcelle
déjà reboisée d’une superficie de 14 hectares est une
plantation mixte de palmiers à huile en maturité et de
Moabi. « Les palmiers vont disparaître progressivement
et le Moabi dont l’exploitation est prévue dans 80 ans
restera seul », indique Alain Roger Ebale Owono, chef
service de la foresterie communale.
A titre expérimental, la commune a introduit des
essences issues d’autres aires géographiques à l’instar
du Doussié et de certaines espèces de savane, avec le
concours du Centre Technique de la Forêt Communale
(Ctfc). Au total, 2723 plants, espacés de 4 mètres ont été
portés en terre. A en croire des professionnels, cette
essence très utilisée comme bois d’œuvre, a une haute
valeur commerciale.
Ange-Gabriel Olinga B.
Octobre 2013

109


Exploiter rationnellement la forêt

La commune de Dimako participe par ailleurs à
l’exploitation rationnelle de sa forêt. Le bois est vendu en
billes aux sociétés forestières. Les restes, généralement
refusés par leurs clients, sont affectés à la fabrication des
lattes, des chevrons, des planches et des tables-bancs.
Ceux-ci sont ensuite distribués aux populations dans le
cadre de l’amélioration de l’habitat ou des écoles. « C’est
la commune elle-même qui exploite, contrairement à
d’autres communes qui cèdent l’exploitation à des
sociétés qui coupent le bois et ne reversent que les
taxes », explique Alain Roger Ebale Owono, chef service
de la foresterie communale. Cette commune, qui s’est
dotée d’une scierie mobile emploie plus de cinquante
personnes. Dans un souci de transparence, un comité
consultatif de gestion constitué des représentants élus
par les villageois est chargé de veiller à la traçabilité des
produits exploités. Les revenus de la forêt communale de
Dimako, à en croire son maire, représentent près de 80%
des recettes de la commune.
Ange-Gabriel Olinga B.

Ce que dit la loi

La législation camerounaise recommande le reboisement
et l’utilisation rationnelle des ressources forestières.
L’article 19 de la loi du 20 janvier prévoit la prise «de
mesures incitatives en vue d'encourager les
reboisements». La loi impose par ailleurs l’élaboration
d’un plan d’aménagement pour la préservation des
ressources forestières. L’article 23 le définit comme « la
110

mise en œuvre d'un certain nombre d'activités et
d'investissements, en vue de la protection soutenue de
produits forestiers et de services, sans porter atteinte à
la valeur intrinsèque, ni compromettre la productivité
future de ladite forêt, et sans susciter d'effets
indésirables sur l'environnement physique et social».
Anne Matho

111

AMBAM
Des chinois pris en flagrant délit de coupe
illégale du bois
L’entreprise chargée de la construction du barrage
hydroélectrique de Memve’ele a coupé sans
autorisation du bois. Le ministère des Forêts l’a
rappelée à l’ordre et promet de vendre ce bois aux
enchères, comme le recommande la règlementation.

Philip Ngole Ngwese, ministre des Forêts et de la Faune,
est sorti de ses gonds, en août dernier, au cours d’une
séance de travail avec Sino-hydro, la société chinoise
adjudicataire du projet de construction du barrage
hydroélectrique de Memve’ele dans le département de la
Vallée du Ntem, région du Sud. Visitant le chantier, le
ministre a découvert une importante quantité de bois
coupée et entreposée sur le site. Aucune information sur
les essences, ni les quantités n’a pu être fournie par les
responsables de l’entreprise chinoise.
«J’ai été désagréablement surpris»,, s’indigne Samson
Ndongo Ella, maire de la commune de Ma’an,
municipalité abritant le projet. « Si la réglementation
forestière en matière d’abattage était respectée, la
commune y trouverait son compte», fait-il remarquer.
Les Chinois ont reconnu les faits. Lan Ronghe, directeur
général de Sino-hydro a fait son mea culpa. Il a promis
aux autorités camerounaises de « reboiser le site au
terme des travaux, et de se conformer dorénavant à la
réglementation». Philip Ngole Ngwese lui a rappelé que
« la loi prévoit qu’en matière de mise en œuvre d’un
projet de cette envergure, qu’il soit procédé au préalable,
à des coupes de sauvetage ». En regrettant que
« depuis que la construction du barrage hydroélectrique
112

de Memve’ele a commencé, le Ministère des forêts n’ait
pas eu l’occasion de lancer ces coupes».

Organiser des ventes aux enchères
« Nous avons convenu avec la société chinoise
d’organiser dans les jours à venir, des coupes de
sauvetage, qui vont concerner les bois situés sur
l’emprise du barrage », indique le ministre des Forêts
« Un certain nombre de bois ayant une valeur, nous
avons convenu avec la société Sino-hydro, de les sortir
du site de manière à nous permettre d’organiser des
ventes aux enchères », complète-t-il.
Responsable de projet au Centre pour l'Environnement et
le Développement (CED), Patrice Kamkuimo-Piam salue
le rappel à l’ordre du Ministre. Il déplore le « manque
d’information préalable de Syno-hydro qui l’a sans doute
conduit à procéder par elle-même à l'abattage du bois
alors que nul n’est censé ignorer la loi ».
La loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 prévoit qu’ « en cas
de réalisation d'un projet de développement susceptible
de causer la destruction d'une partie du domaine
forestier national, ou en cas de désastre naturel aux
conséquences semblables, l'administration procède à
une coupe des bois concernés suivant des modalités
fixées par décret ». Une étude d'impact doit être
réalisée préalablement par le demandeur et obéir,
toujours selon cette loi à, « des normes fixées par
l'Administration, pour assurer la conservation, le
développement ou, le cas échéant, la récupération des
ressources naturelles ». Les produits coupés au mépris
de la loi sont vendus soit en régie, soit aux enchères
publiques.
Jérôme Essian
Octobre 2013
113

APV-FLEGT
Sanctions pour non respect de la loi forestière
Le Ministère de la forêt et de la faune publie
désormais les sanctions infligées aux auteurs
d'infractions à la législation forestière et faunique,
comme le recommande l’APV Flegt. La dernière
publication parue ce mois de novembre, montre que
l’exploitation illégale de la forêt est en baisse.

Les infractions à la loi forestière sont en baisse. C’est ce
qui ressort de l’économie du sommier des infractions à
la loi forestière publié par le Ministère des forêts et de la
faune (Minfof) en début de ce mois. La sanction la plus
lourde avait été infligée à la Société Hazim et Cie,
sommée de payer près de 9 milliard FCFA d’amende
pour exploitation non autorisée dans l’unité
d’aménagement forestière (UFA) 10030 (cf encadré).
Forte amende aussi pour la Sodetra Regent, une autre
Société forestière qui écope d’une amende d’environ 40
millions de Fcfa. Raisons évoquées : délocalisation de la
vente de coupe et exploitation non autorisée dans le
domaine national. Mbogo Otabela, Directeur général de
la société Flamboyant est condamné à payer plus de 60
millions FCFA au Trésor public. Le sommier indique qu’il
est auteur d’un «trafic des lettres de voiture précisément
de la fraude sur les documents du Gic Sodengeng ». Il
écope par ailleurs de 06 mois d’emprisonnement ferme,
d’une amende d’un million de Fcfa à verser au Trésor
public et d’une somme d’un peu plus de 58 000 000 Fcfa
à payer au Minfof. Cette deuxième sanction lui a été
infligée à la requête de ce ministère par la chambre
correctionnelle du tribunal de première instance de Bafia.
114


Faux, usage de faux, non respect des normes
Le sommier mentionne également les condamnations
des nommés Biakolo et Daïrou accusé de «faux et usage
de faux notamment le trafic de la signature du Ministre
des forêts et de la faune dans une autorisation
personnelle de coupe ». Pour ce délit, ils passeront 12
ans en prison et devront payer en plus 50.865 Fcfa
d’amende. La société Wijma est pour sa part accusée
d’incinération du bois sans autorisation du Minfof et
attend d’être notifiée de sa sanction.
Les opérateurs privés ne sont pas les seuls à avoir été
sanctionnés. La forêt communautaire Gican de Nkolbang
s’est fait prendre pour exploitation forestière non
autorisée dans sa propre forêt. Ses gestionnaires ont
dépassé la quantité de bois autorisé. Comme elle, la forêt
communale Messamena-Mindourou a aussi écopé d’une
sanction pour non respect des normes d’intervention en
milieu forestier dans l’UFA 1484. En conséquence, ses
gérants doivent payer 1 millions de Fcfa.

Une exigence de l’APV Flegt
La publication du sommier des infractions forestières
n’est pas anodine. Il s’agit d’une exigence de l’Accord de
partenariat volontaire qui engage dans son annexe 7 «les
parties à publier une série spécifique de documents
et données sur les règles et activités du secteur
forestier», indiquent un groupe d’experts dans un rapport
intitulé « Améliorer la Transparence dans le Secteur
Forestier : Analyse des lacunes de l’APV Cameroun en
matière de transparence ».
Ce document a été produit en 2012 par le Centre pour
l’environnement et le développement (CED) et Global
Witness, deux Ongs actives dans le secteur forestier.
115

«L’Apv Flegt précise également les méthodes et canaux
à utiliser pour publier l’information, y compris les
rapports officiels, sites internet, forums de multiples
parties prenantes, réunions publiques et médias
locaux », souligne le rapport qui relève qu’une liste des
infractions avec des détails sur les amendes imposées
est parfois publiée par le MINFOF. Non sans regretter
qu’elle ne soit pas systématique. Les experts déplorent
aussi que « le détail de la manière dont le contentieux a
été soldé ne soit pas toujours publié…De nombreux
fonctionnaires continuent d’affirmer que l’information
qu’ils produisent ou reçoivent est confidentielle, même
si elle concerne des biens publics», dénonce les experts
dans le rapport.
L’Apv flegt est un accord international bilatéral entre
l’Union européenne (UE) et un pays exportateur de bois
qui vise à améliorer la gouvernance forestière du pays et
de s’assurer que le bois importé dans l’UE remplit toutes
les exigences réglementaires du pays partenaire.
Anne Matho
Novembre 2013

Etat du Cameroun contre Société Hazim, un
contentieux qui date
Le recours en annulation introduit par l’Etat du Cameroun
auprès de la Cour commune de justice et d’arbitrage
d’Abidjan dans le cadre de l’affaire l’opposant à la société
Hazim et Cie (SFH) est la suite d’un feuilleton qui date de
plus d’une décennie. En 2000, le Ministère des forêts et
de la faune (Minfof) accuse l’entreprise forestière
d’exploitation illégale de plus de 60.000 mètres cube de
bois dans les UFA 10 029 et 10 030. «Après plusieurs
116

échanges de correspondances infructueuses entre les
deux parties en mai de cette année, le Minfof signifie à
Hazim un montant de 2,5 milliards de FCFA à payer. Et
en juillet 2002, le Ministère des forêts prend une mesure
conservatoire portant suspension d’activités forestières
du contrevenant », explique sur son site web, REM
(Ressource extraction monitoring), une Ong observatrice
indépendante des activités forestières. L’affaire se
poursuit en août de la même année 2002 avec à la clé,
une amende plus importante. «A titre d’amendes et
pénalités, la société doit s’acquitter d’un montant de
7.114.407.750 FCFA (soit plus de 13 millions de dollars
US) et 8.552.125.000 FCFA (soit plus de 15 millions de
dollars US) pour les actes dont la société est accusée
d’avoir commis respectivement dans les mêmes UFA»,
rappelle REM. A la suite de cette mesure, l’entreprise
décide d’attaquer le Minfof en justice alléguant que «la
mesure de suspension de ses activités et les deux
notifications d’amendes étaient illégales et injuste à son
égard. Elle demande par conséquent au juge des actes
administratifs camerounais, en l’occurrence la Chambre
Administrative de la Cour Suprême, l’annulation desdits
actes du chef de l’administration des forêts (le
Ministre) », indique l’Ong. La SFH obtient contre toute
attente gain de cause après avoir auparavant échoué à
la cour d’Appel du Littoral qui avait validé la décision du
Ministre. Le gouvernement va alors saisir la Cour
commune de justice et d’arbitrage d’Abidjan. Le verdict
final est toujours attendu.
Anne Matho

117

FORÊTS COMMUNAUTAIRES DE L’EST
Pas facile de se conformer aux exigences de
l’APV Flegt
Faute de moyens, les exploitants des forêts
communautaires de l’Est éprouvent des difficultés à
remplir les conditions exigibles pour obtenir le
certificat de conformité, qui sera désormais
obligatoire avec l’entrée en vigueur de l’APV Flegt. Et
pourtant le processus est irréversible.

Les exploitants des forêts communautaires de l’Est
pourraient ne plus exporter leur bois vers l’Union
européenne dès que les documents prévus par l'APV
Flegt seront exigés. En cause, le non respect des règles
prévues par l’Accord de Partenariat Volontaire (APV)
signé avec l’Union européenne le 06 octobre 2010 et
ratifié le 9 août 2011. Cet accord international bilatéral
signé entre l’Union européenne et un pays exportateur
de bois a pour but d’améliorer la gouvernance forestière
du pays signataire et de s’assurer que le bois importé
dans l’Union européenne a obtenu un certificat de
légalité, synonyme de respect de toutes les exigences
réglementaires du pays partenaire.
Or, « On ne peut pas vous délivrer un certificat de légalité
si votre bois n’a pas suivi les normes de l’autorisation
flegt », explique Daniel Ndoumou, chef de la section forêt
à la délégation régionale du Ministère de la Forêt et de
faune (Minfof) pour le Littoral. Et pour l’obtenir,
l’exploitant doit remplir un certain nombre de condition à
toutes les étapes de l’exploitation du bois.
Il doit en guise d’exemple inventorier, géo-référencer,
c'est-à-dire préciser la position physique de l’arbre dans
la forêt entre autres et intégrer ces données dans une
118

base de données. Les autres étapes permettent alors de
suivre le processus d’exploitation du bois depuis la forêt
jusqu'au port d'embarquement, grâce à un système
informatique mettant en réseau tous les intervenants. Ce
n’est qu’au terme de l’étape que l’exploitant reçoit alors
un certificat de légalité qui témoigne du respect des lois
en matière de gestion et exploitation des bois, d'emploi et
de sécurité des personnes, de respect de
l'environnement et donne droit à l’exportation du bois
concerné dans l’espace européen.

Les forêts communautaires prises au piège
Gestionnaire de la CADBAP (communautaire actif pour le
développement Bakoun, Baka et Pol), basé à Dimako
dans la région de l’Est et président de la Fédération
départementale des forêts communautaires du Haut
Nyong, Onésinne Ebongué Ebongué, dénonce le coût de
la procédure qui conduit au certificat annuel d’exploitation
(CAE). «Les inventaires de la parcelle annuelle
d’exploitation seront désormais géo-référencés. Selon ce
système, chaque pied d’arbre sera positionné sur GPS or
avant, lors des inventaires, on décrivait seulement les
essences existants dans la parcelle », fait-il remarquer
non sans regretter que pour faire ce travail, « la CADBAP
doit acheter un GPS et employer des techniciens
qualifiés pour un coût supplémentaire de fonctionnement
estimé à un million FCFA ». Autrefois, l’opération plus
allégée qui se réduisait à la simple description des
essences ne lui coûtait que 100 000 Fcfa, soit dix fois
moins.
A Koundi, dans l’Arrondissement de Belabo, la forêt
communautaire de ce village devra débourser pour sa
part environ 1, 2 millions FCFA pour obtenir le CAE. Ici,
par le passé, « les inventaires (évaluation physique qui
119

répertorie les essences disponibles dans une forêt
donnée) étaient effectués par les enfants du village
formés à cette tâche par les techniciens locaux. On leur
donnait juste une récompense en guise de remerciement
pour le travail accompli», regrette Boniface Zeh, le
principal gestionnaire de cette forêt. Situation identique
dans la quasi-totalité des forêts qui doivent s’arrimer à la
nouvelle donne au risque de cesser toute activité.

Et pourtant, elles devraient être accompagnées par
le Ministère
Délégué départemental du Ministère des forêts et de la
faune (Minfof) dans le Haut-Nyong, Georges Mouncharou
exprime son impuissance. « Il y a un coût supplémentaire
réel et la question c’est de savoir qui doit les aider.
Certes, les textes en vigueur stipulent que le MINFOF
doit accompagner les forêts communautaires, mais le
Minfof est dépourvu des moyens».
Georges Mouncharou conseille aux gérants des forêts
communautaires de se rapprocher des communes. «Un
arrêté fixant les modalités de planification, d’emploi et de
suivi de la gestion des revenus de l’exploitation des
ressources forestières et fauniques destinées aux
communes et aux communautés villageoises riveraines,
place les forêts communautaires sous la tutelle des
communes », rappelle le délégué qui constate par
ailleurs pour le déplorer, que les communes ne
possèdent pas desmoyens techniques et financiers pour
accompagner et soutenir ces forêts communautaires. Ce
qui ne permet pas encore à ces collectivités
décentralisées de contrôler effectivement les activités
des forêts communautaires. «Les exigences liées aux
contrôles APV-Flegt sont comme un coup de marteau sur
la tête des forêts communautaires ». conclut le délégué
120

Pour Sébastien Tchebayou, Coordonnateur de
l’association Forêt et Développement Rural du Cameroun
(FODER), les forêts communautaires n’ont pas de
raisons de se plaindre quand il s’agit de se conformer à
la loi. «L'APV-Flegt n'est rien d'autre que l'application des
lois du pays dans le domaine forestier, social et
environnemental. En plus, il n’est pas autant coûteux que
la certification privée qui est généralement imposée aux
hommes d'affaire», explique-t-il.
Vantant les mérites de l’inventaire géo-référencé, le
responsable de l’association affirme qu’il permet de
n'abattre que l'arbre désigné favorisant ainsi la gestion
durable des forêts par les communautés. «Cet inventaire
est plus fiable que celui d'antan où l’on pouvait recopier
les résultats d'un inventaire fait ailleurs», conclut-il.
Sebastian Chi Elvido
Novembre 2013
121

LIMBE

L’entreprise américaine Herakles farms doit
elle aussi respecter la loi

Bien qu’ayant obtenu une autorisation du Président
Paul Biya d’exploiter environ 20 000 hectares dans le
Sud-ouest du Cameroun, la Sgsoc, filiale du groupe
américain, ne débutera ses travaux qu’après avoir
laissé le temps à l’administration de récupérer le bois
qui s’y trouve.

Le début des activités de Sithe Global Sustainable Oils
Limited (Sgsoc) sur les 20 000 hectares de forêts
octroyés par un décret de Paul Biya dans le Sud-ouest
n’est pas pour demain. La société filiale de l’américain
Herakles Farms devra d’abord remplir les exigences de
la loi forestière.
Problème, de grandes quantités de bois, sur toute la
superficie, doivent être exploitées par le ministère des
Forêts et de la Faune (Minfof) et vendues aux enchères.
Une partie des fonds issus de la vente sera versée aux
populations riveraines sous forme de redevance
forestière. «Les populations et les collectivités
territoriales décentralisées auront droit à 50% des
recettes, 40% pour les communes et 10% pour les
populations», explique Joseph Nsengue Levodo,
Délégué régional du Minfof du Littoral. Le reste des fonds
sera versé au Trésor public.
«Le Minfof gère les ressources forestières sur les terres
même si celles-ci relèvent du Ministère des domaines et
des affaires foncières », ajoute le délégué régional. «Car
la législation forestière veut que, lorsqu’on affecte un
122

domaine forestier, l'administration des forêts envoie ses
agents sur le terrain afin qu’ils coupent et récupèrent le
bois qui s’y trouve avant l’utilisation des terres». Le non
respect de cette disposition expose le contrevenant à de
lourdes amendes. «Le Minfof pourra lui imputer de payer
la valeur des ressources forestières en contrepartie de ce
qu’elle aurait coupé », prévient le responsable du Minfof.

25 millions de Fcfa d’amende
Pour ce même motif, la Sgsoc avait déjà subi les foudres
du Ministère en juin 2012. Dénoncées par les
populations riveraines et de nombreuses Organisations
non gouvernementales, ses activités avaient été
stoppées après un contrôle de l’observateur
indépendant au contrôle forestier. Il lui avait notifié une
amende d’environ 25 millions Fcfa. Il avait noté que la
Sgsoc n’avait « pas suivi les modalités et procédures
légales conduisant à l’aliénation du domaine forestier
permanent ».
Sans attendre que le Minfof intervienne pour effectuer les
coupes de récupération, la Sgsoc avait déboisé une zone
de jachère de plusieurs hectares pour l’implantation de
sa pépinière, défriché environ 1,6 ha pour l’implantation
d’une parcelle d’essai, utilisé des arbres abattus pour la
construction d’un pont sur le cours d’eau Bakebé, et
ouvert une route d’environ 3 km avec abattage et
dessouchage d’arbres. Ce qui lui a valu cette amende.
Faux, affirme l’entreprise américaine mise en cause :
«Herakles Farms n'a jamais reçu une amende, peine ou
mesure d'arrêter le travail. Nous avions suivi la procédure
adéquate et avions à l’époque notifié au Minfof notre
intention de commencer les travaux. N’ayant reçu aucune
réponse 60 jours plus tard, comme le stipule la loi, nous
avons commencé le défrichement. » . Au moment des
123

faits, cette firme américaine devait exploiter 73 000 ha de
terre, beaucoup plus qu’aujourd’hui.
En mai 2013, la filiale camerounaise d’Heraklès Farms a
été obligée, à nouveau, de suspendre ses activités.
Dans un communiqué, elle indiquait répondre ainsi à une
injonction du ministère des Forêts qui lui demandait de
«cesser de défricher près de la pépinière Talangaye ».
Dans un communiqué radio, le Ministre en charge des
Forêts a indiqué qu’il avait seulement « demandé à
l’opérateur d’observer une règlementation spécifique à la
conservation forestière qui se trouvait être violée ». Il
avait alors rappelé que «la signature d’une convention
avec le gouvernement n’exemptait pas l’entreprise du
respect de l’ensemble des procédures et contraintes
environnementales».
Anne Matho
Janvier 2014

Les éléments constitutifs du dossier
Avant les coupes de récupération, le concessionnaire
doit effectuer une étude d’impact environnemental. «Il
s’agit d’une obligation de la loi forestière, car le
défrichement de la forêt aura des conséquences. Il va
affecter le climat, la biodiversité, les animaux. Les
populations qui vivent autour n’auront plus le bois de
chauffe», souligne Joseph Nsengue Levodo, le Délégué
régional du Minfof.
Cette étude, réalisée aux frais du concessionnaire, doit
obéir à «des normes fixées par l'Administration pour
assurer la conservation, le développement ou, le cas
échéant, la récupération des ressources naturelles». Les
résultats sont ensuite soumis à l’administration des
forêts qui sera, à son tour, chargée de «faire les
124

contrôles et vérifications pour s’assurer que les études
ont été bien menées ».
La filiale camerounaise d’Herakles Farms devra réaliser
un inventaire des ressources en bois présentes sur les
20 000 hectares. « Attention ! Le processus ne peut pas
avancer si la réglementation n’est pas respectée. Dans le
cas contraire, le Minfof n’autorisera pas le défrichage de
la forêt », prévient le délégué.
A.M.


125

CAMEROUN
Les journalistes menacés ne peuvent
informer
Les reporters qui enquêtent sur l’exploitation
forestière sont souvent victimes de pressions,
d’intimidations et de menaces. Beaucoup renoncent
à dévoiler ce qu’ils savent, pour préserver leur
sécurité. Au détriment des citoyens, qui ne sont pas
informés.

«La peur est permanente lorsque nous enquêtons sur
l’exploitation frauduleuse des forêts», confie Alexis
Obama Onana, journaliste à la Radio communautaire du
développement de la Mvila, émettant depuis Ebolowa,
dans la région du Sud. A la suite d’un reportage sur les
activités d’une entreprise forestière aujourd’hui dissoute,
dont le président du conseil d’administration était un
général de l’armée camerounaise, le journaliste avait
reçu des menaces verbales. Un proche du général lui a
fait savoir qu’il aurait mieux fait de s’abstenir de traiter ce
sujet. Depuis, Alexis Obama n’affiche plus le même
enthousiasme. «Il ya des choses qu’on n’ose plus
dévoiler par peur de se faire taper sur les doigts»,
indique-t-il.

Sanctions contre l’exploitation illégale
Le travail des journalistes sur l’exploitation forestière est
«dangereux en ce sens que c’est un secteur où l’autorité
administrative a un droit de regard», estime Vincent De
Paul Messe, chargé des programmes à Odama FM, une
radio communautaire émettant à Nango-Eboko dans la
région du Centre. «Il y a une complicité entre l’autorité et
l’exploitant. Les deux réunis abusent des riverains»,
126

dénonce-t-il. Selon lui, le journaliste qui prend le risque
de décrier ce genre de complicité «est mal vu et parfois
menacé».
«Un ancien préfet de mon département m’a proféré des
menaces verbales», révèle Vincent. C’était à la suite de
la publication d’un reportage qui montrait comment cette
autorité avait imposé un exploitant forestier aux villageois
de la localité de Mendom, «Il m’a dit que je n’aurais pas
dû diffuser la production.»
Heureusement pour ce dernier, ce préfet est parti en
retraite peu de temps après la diffusion du reportage,
mais ses intimidations ont refroidi le journaliste. «C’était
une source de démotivation. S’il arrive que le maire de
ma ville soit impliqué dans l’exploitation illégale, je ne
serai plus encouragé à aller enquêter auprès des
populations», dit-il.
De nombreux maires, députés, généraux, responsables
locaux et régionaux de l’administration forestière se sont
lancés depuis plusieurs années dans l’exploitation
forestière. Profitant de leurs positions de pouvoir, ils
dictent leurs lois, coupant du bois, parfois, au mépris de
la législation. La plupart des journalistes locaux travaillent
dans des radios communautaires contrôlées par
certaines de ces personnalités. Ces radios constituent le
plus souvent l’unique source d’informations pour l a
population.
«Je suis capable de produire un reportage par semaine
dans le cadre du projet MIF (cf. encadré). Mais je n’en
produis en moyenne qu’un par mois parce qu’il y a des
sujets sensibles que je ne peux pas traiter», confirme
Georges Emmanuel Tsayid, chef de chaîne de Radio
Metoung, une radio communautaire d’Abong-Mbang
dans la région de l’Est.
127

Dans le cadre du MIF, Tsayid a réalisé un reportage qui a
été diffusé par les radios partenaires du projet, excepté
sur la chaîne qu’il dirige parce que le sujet critiquait les
implications d’un ancien maire d’Abong-Mbang dans
l’exploitation illégale de la forêt. Au moment de la
diffusion, le maire était encore en poste. Radio Metoung
est financée par la commune d’Abong-Mbang. «Le
journaliste risque un licenciement à la première occasion.
Mais nous craignons aussi pour notre sécurité et celle de
nos familles. Nous sommes dans une petite ville où tout
le monde connaît tout le monde», souligne le journaliste.
«Il y a des choses que nous connaissons mais que nous
taisons volontairement pour ne pas risquer notre vie.»
Reinnier Kazé
Février 2014

Limiter les torts causés à la forêt
Les journalistes concernés par cette répression ont
exprimé leurs inquiétudes en marge d’un séminaire
organisé à Douala du 29 au 31 janvier 2014, dans le
cadre du projet «Mieux informer sur le Flegt et la
législation forestière(MIF)». Cette initiative a été lancée
pour encourager les journalistes camerounais à réaliser
des reportages sur les violations de la législation
forestière dans le cadre de la mise en œuvre, au
Cameroun, de l’Accord de partenariat volontaire (APV-
Flegt), un mécanisme européen visant à faire en sorte
que le bois exporté en Europe soit légal.
Ce projet lancé en janvier 2012 sur un financement de
l’Union européenne a permis aux journalistes impliqués
de produire 48 articles, tous publiés dans la presse et 29
émissions diffusées à la radio, dont 12 traduites en
langues locales. Par rapport au volume d’informations
128

diffusées dans les médias avant le lancement de cette
initiative, ce bilan est significatif, mais il aurait été encore
plus important sans les intimidations subies par certains
journalistes du projet. Lors de l’atelier de Douala, les
journalistes présents ont été encouragés par leurs
encadreurs à ne pas céder aux intimidations et à
produire des articles équilibrés, donnant la parole aux
différentes parties concernées.
Ils ont créé un réseau dénommé Journalistes pour le
Développement durable et l’APV-Flegt (Jodaf). Cette
association continuera d’informer sur l’APV-Flegt et
réalisera des reportages sur l’exploitation des ressources
naturelles. Elle s’investira aussi dans la protection de ces
journalistes, en dénonçant les menaces. Au besoin, elle
engagera des poursuites judiciaires contre ceux qui
entravent l’exercice du métier de journalistes.
R.K

129

LES AUTEURS
Coordination
Etienne TASSE, journaliste, Directeur de JADE.
Formation des journalistes et relecture des articles
Serge POIROT, journaliste français, membre de l’Ong
Ouest-Fraternité.
Contributions
- Jérôme ESSIAN, journaliste, correspondant à
Ebolowa
- Sébastian CHI ELVIDO, journaliste, correspondant
à Bertoua .
- Reinnier KAZE, journaliste, correspondant à
Yaoundé
- Ange-Gabriel OLINGA, journaliste, correspondant
à Bertoua
- Albert NNA, journaliste, correspondant à Ebolowa
- Marie Pauline VOUFO, journaliste, correspondante
à Yaoundé
- Charles NGAH NFORGANG, journaliste, chef de
programme presse écrite à JADE.
- Anne MATHO, journaliste à JADE.
- Hugo TATCHUAM, journaliste, chef de programme
radio et TV à JADE.
- Béatrice KAZE, journaliste de JADE à Yaoundé
- Ali DAOUDOU, journaliste, correspondant à
Mbalmayo
- Emmanuel. GEORGES TSAYID, journaliste,
correspondant à Abong-Mbang
- Jean Ismaël BEKILE , journaliste, correspondant à
Kribi
Appui financier
Délégation de l’Union européenne au Cameroun

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