DES RENDEZ-VOUS À NE PAS MANQUER

Foin des banalités : oui, c’est la rentrée !...
Pour les écologistes, cette rentrée a déjà eu lieu aux
Journées d’été de Bordeaux. Des journées où, contrairement
à ce qu’ont pu dire certains médias, les débats sereins et les
échanges constructifs pour faire avancer l’écologie ont été
omniprésents, sans oublier bien sûr les temps festifs. La
Franche-Comté y était très bien représentée.
L’année qui s’ouvre devant nous sera pleine d’enjeux
forts pour les écologistes. Des enjeux électoraux, bien sûr :
sénatoriales en septembre, préparation des régionales et
territoriales de 2015. Des enjeux organisationnels aussi, parce
que le projet de réforme territoriale, avec une (très) probable
fusion des régions Bourgogne et Franche-Comté, aura des
répercussions sur la vie interne de notre parti. Enfin, et sur-
tout, l’enjeu de mieux faire connaître nos propositions et de
les rendre concrètes pour tous nos concitoyens inquiets de la
dégradation de notre environnement et de la croissance du
chômage et des inégalités. Nous l’avons déjà dit, mais il faut
le répéter : le seul projet viable pour notre pays comme pour
notre planète est celui que portent les écologistes. Un projet
bien éloigné de celui du nouveau gouvernement, aux orienta-
tions de plus en plus conservatrices et libérales.
Des rendez-vous sont déjà inscrits sur notre agenda. Aux
sénatoriales du 28 septembre, EÉLV présentera partout des
candidats. Juste après, les 4 et 5 octobre, se tiendront nos
Journées d’automne, qui seront un temps de réflexion et de
formation et un premier temps de rencontre et de travail
avec nos voisins bourguignons. Sandrine Rousseau, du Bureau
exécutif national, sera présente pour animer nos échanges
sur la réforme territoriale.
Souhaitons que ce rendez-vous nous permette d’en pré-
parer beaucoup d’autres. L'année qui vient doit être riche en
échanges pour affiner nos propositions et en rencontres sur le
terrain pour faire avancer l’écologie concrète. N’hésitez pas à
faire des propositions et à demander des coups de main au
Secrétariat régional. Et n’oubliez pas de vous inscrire aux
Journées d’automne, nous y avons beaucoup de choses à
fêter : les 40 ans de la candidature de René Dumont à la prési-
dentielle, les 30 ans de notre mouvement et ... le 200e numé-
ro de notre Feuille Verte !
SEPTEMBRE 2014 / n°199 / 1,70 €
Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EELV
UNE MINISTRE, UNE CENTRALE,
UN CHANTEUR
Sommaire
2
P 1 : Edito
P 2 : Une ministre, une centrale, un chanteur
P 3 : Avertissement aux lecteurs
P 4 : Capitaine dans la tempête
P 5 : Un financier à Bercy
P 6 : Un été meurtrier
P 8 : Palestine : vers une nouvelle guerre de 100 ans?
P 12 : Tous les massacres ne se valent pas
P 14 : Combat contre l’antisémitisme : un peu de dignité
P 17 : Center parcs? Non merci !
P 19 : Réforme territoriale : brouillard persistant
P 21 : Science et écologie

P 22 : Journées d’automne : demandez le nouveau
programme !
P 24 : Bulletin d’adhésion
Najat. Bon, d'accord, comme le souligne un chro-
niqueur dans Le Monde du 3 septembre, son « parcours
météorique » est celui d'une « élève modèle, souriante et
disciplinée », qui manie avec aisance la plus parfaite des
langues de bois. D'accord, elle ne fera sans doute pas
mieux que ses prédécesseurs – mais pas pire non plus que
l'ineffable Benoît H., qui aura passé l'essentiel de ses 147
jours à l'Éducation nationale à détricoter ce qu'avait fait
Peillon. Autant dire, donc, qu'on n'a aucune, mais alors
vraiment aucune raison de soutenir en quoi que ce soit
Najat Vallaud-Belkacem.







Aucune, sauf la haine aussi imbécile qu'ignoble
que lui vouent la droite et l'extrême droite (au fait, cela se
justifie-t-il toujours de distinguer les deux ?), lesquelles,
après avoir traîné dans la boue Christiane Taubira, dési-
gnent maintenant la nouvelle ministre de l'école à la vin-
dicte publique. Face aux éructations fielleuses de tous les
tarés qui voient en elle rien moins que l'Antéchrist, on
ne peut, à notre humble niveau, que lui témoigner toute
notre solidarité. Vas-y, Najat, bouffe-leur la gueule, à ces
cons ! (1)
Beznau. Qui, de ce côté-ci du Jura, connaît Döt-
tingen (2) ? Il s'agit d'une petite commune suisse, dans le
canton d'Argovie, à quelques kilomètres de la frontière
allemande, sur l'Aar, peu avant le confluent de cette
rivière avec le Rhin. Elle s'enorgueillit - si l'on peut dire -
de posséder sur son territoire l'une des quatre centrales
nucléaires de Suisse, celle de Beznau - les trois autres se
trouvant à Mühleberg (canton de Berne), à Gösgen
(canton de Soleure) et à Leibstatdt (la plus grande du
pays, juste au nord de Döttingen).
Aucun rapport
Ce qui fait l' « intérêt » de la centrale de Beznau,
c'est qu'elle est... la plus vieille du monde en activité !
Mise en service en 1969, elle doit ce record d'ancienne-
té au fait que la Grande-Bretagne a fermé en 2012 celle
d'Oldbury, plus âgée d'un an. Comme le soulignent les
Verts suisses, « la liste des défauts connus de Beznau
est longue : alimentation électrique de secours et sys-
tème de refroidissement d'urgence insuffisants, risque
en cas de catastrophe aérienne (enveloppe extérieure
trop fine), protection contre les tremblements de terre
et les inondations non garantie, corrosion de l'acier de
l'enceinte de confinement primaire ». Il va de soi que les
Verts de Suisse refusent une pseudo-remise à niveau de
cette vieillerie et réclament sa fermeture sans délai :
45 ans, ça suffit !
Vassiliu. Franchement, qui aujourd'hui, si la cons-
cription existait encore chez nous, aurait le culot de diffu-
ser, pendant son service militaire et grâce à un camion de
l'armée équipé de haut-parleurs, une chanson antimilita-
riste (3) ? Pierre Vassiliu l'a fait, et pendant la guerre d'Al-
gérie encore, ce qui lui a valu le conseil de guerre ! Il était
comme ça, Vassiliu, que les plus jeunes de nos lecteurs ne
connaissent probablement pas, ce qui est bien dommage
pour eux : farceur et impertinent, rigolo et contestataire.
Mais aussi profondément humain, amateur de voyages, de
découvertes, de toutes les musiques du monde. Et
bien sûr auteur et interprète de Qui c'est, celui-là ?,
d'Amour, amitié, de J'ai trouvé un journal dans le
hall de l'aéroport, et de tant d'autres chansons,
dont certaines furent de francs
succès.
Vassiliu est mort le 17 août, à 76 ans. N'ayons
pas peur des mots : il était un antidote contre la
connerie. Aujourd'hui, ceux qui l'ont écouté en
boucle sont tristes, comme le sont la Femme du
sergent, le pauv' gars qui s'app'lait
Armand et la petite Charlotte, qui ne pourra plus
venir chez Pierre chercher sa culotte...



Gérard Roy



(1) Se sentir obligé de défendre une socialiste, quelle
déchéance !...
(2) Non, pas Göttingen, où « pourtant que les roses
sont belles »...
(3) De toute façon, qui est encore antimilitariste de nos
jours ?...
3
Gaza
Certains d'entre vous trouveront peut-être un peu
excessive la place consacrée, dans ce numéro, aux événe-
ments – aussi tragiques soient-ils – qui ont endeuillé cet
été la bande de Gaza. Le Comité de lecture s'est fait, lui
aussi, cette réflexion : au regard de l'actualité estivale dans
son ensemble, régionale, nationale, mondiale, et des di-
vers enjeux du moment, n'était-il pas exagéré de consa-
crer, en tout ou en partie, quatre articles (sur un total de
douze) à la question israélo-palestinienne ? onze pages sur
vingt-quatre, n'était-ce pas trop ?
À ces questions, nous avons jugé bon de répondre
par la négative, et cela pour trois raisons. D'abord, il faut
bien reconnaître que nous avons reçu, finalement, assez
peu d'autres propositions ; on regrettera en particulier
l'absence quasi totale de comptes rendus, au moins par-
tiels, des Journées d'Été d'EÉLV à Bordeaux. Ensuite, les
articles que nous publions sur la Palestine (et qui d'ailleurs
ne concernent pas tous uniquement la Palestine) nous ont
semblé de tonalités suffisamment différentes pour qu'ils
ne s'excluent pas mutuellement. Enfin, si les proposi-
tions d'articles ont été si nombreuses à ce sujet, c'est
bien parce que ce douloureux conflit intéresse particu-
lièrement les écologistes, non seulement en lui-même
mais aussi du fait des interrogations qu'il impose quant
aux notions de racisme, d'antisémitisme, etc. Interro-
gations qui ont d'ailleurs tourné à l'incompréhension,
voire à l'indignation, devant les dires et les gestes
d'une partie de la gauche française – y compris de cer-
tains responsables écolos.

À vous, lecteurs, de nous dire en toute franchise
si nous avons eu tort ou raison.


Gérard Roy
AVERTISSEMENT AUX LECTEURS
L'image a régalé les gazettes et ravi les commenta-
teurs. Il faut dire qu'il y a de quoi s'esbaudir devant le spec-
tacle inclassable de notre président (surnommé Rain Man
par les journaux anglais, paraît-il) droit dans ses bottes,
bravant une belle saucée bretonne pour déclamer son dis-
cours d'hommage aux résistants de l'île de Sein. À croire
que personne ne l'a encore informé de l'invention du para-
pluie !
Le jour de la dissolution du gouvernement Valls, le
spectacle n'en était que plus saisissant. Non, notre prési-
dent n'est pas un simple capitaine de pédalo. Il faut le voir
affronter les éléments déchaînés, stoïquement planté sur le
gaillard d'arrière : il ne voit rien, il n'entend rien que la
vague clameur de sous-officiers en mal de galons, occupés
à vomir leurs tripes et que son second balance sans états
d'âme par dessus le bastingage : pas de mauviettes à bord !
Et s'il ne peut plus lire les instruments derrière la
buée de ses nouvelles lunettes mitterrando-chiraquiennes,
il garde le cap - le nouveau, pas celui, si mal nommé, de
Bonne Espérance, qu'il a un temps envisagé ; non, le cap de
responsabilité : il sait où il va, droit devant. Les voiles se
déchirent, le vaisseau craque, gîte dangereusement, mais il
tient bon, il a bloqué la barre. Les beaux jours, la terre
d'avenir, c'est pour demain, peut-être après-demain, au
pire quelques jours, pas plus d'un mois, ou deux, ou... avant
2017 en tout cas, selon les prévisions dévotement recueil-
lies par son second auprès de Neptune, dans les îles du Me-
def et de la Dette, là où on ne jure que par la « macron-
économie ». Pourvu que les matelots ne relâchent pas l'ef-
fort, même le dimanche, quitte à réduire l'ALUR…
Récifs droit devant ! On les contourne par tribord !
Tous à la manœuvre ! Mais la barre est bloquée... Le
capitaine, qui n'a pas été formé sur le Concordia, ne
quitte pas le navire, il essuie ses lunettes et attend les
secours au milieu de l'équipage : les volontaires de la
Marine sont annoncés.
Mais je m'égare, et pas seulement de Montpar-
nasse, comme disait souvent le regretté Desproges dans
ses Réquisitoires. Je m'emballe, je cauchemarde.
Notre président aime tout simplement la pluie, les
belles averses drues qui rincent ses costumes en profon-
deur. Voir dans son attitude imperturbable, impassible
sous les éléments contraires, une peinture du quinquen-
nat et de son naufrage a quelque chose d'indigne, me
souffle-t-on du côté de quelques rescapés - pardon :
officiers - socialistes : « Déjà que votre Cécile n'y est pas
allée avec la moitié d'une baleine de parapluie !... »
Je comprends qu'ils puissent être vexés. Mais on
n’est jamais trop prudent. Pour ma part, je prépare un
nécessaire de survie en milieu hostile.

Michel Boutanquoi
4
Plouf !
CAPITAINE DANS LA TEMPÊTE
Dessins publiés
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo
5

Coup de gueule
Nommer
Emmanuel
Macron à Bercy,
c'est à peu près
comme installer
un renard dans
une basse-cour
pour veiller sur
les poules et les
canards… La
gauche du PS est
consternée et elle
a raison. Du point
de vue symbolique aussi, c'est catastrophique ! Un mi-
nistre est censé défendre l'intérêt général, pas les inté-
rêts particuliers du secteur financier. Mais qu'attendre
d'un type qui vient d'une banque d'affaire et devient
ministre en attendant de retourner dans la même
banque ou dans une autre ? Vous pensez vraiment qu'il
va s'opposer aux intérêts de ses anciens et de ses futurs
employeurs ? C'est cette perméabilité, cette porosité
entre les milieux d'affaires, la haute fonction publique
et la politique qui est détestable. C'est une spécificité
française, qui tutoie en permanence le conflit d'intérêts.
Nous sommes en pleine escroquerie poli-
tique, en total déni de démocratie. Valls n'avait obtenu
que 5 % des voix à la primaire du PS sur des thèmes
réactionnaires : remise en cause du droit du travail, de
la retraite à 60 ans, TVA sociale, etc. C'est maintenant
cette politique qui est appliquée et renforcée : annonce
des dérogations sur les 35 heures, suppression de l'en-
cadrement des loyers et détricotage de la loi ALUR.
Comment quelqu'un qui ne représente que 5 % d'une
partie seulement de la gauche, qui se contrefout de ses
valeurs, peut-il prétendre conduire les affaires du pays
au nom de ladite gauche ?
On est loin du discours du Bourget et de la fa-
meuse phrase de Hollande : « Mon ennemi, c'est la fi-
nance ». Valls va lécher les bottes de Pierre Gattaz aux
journées d'été du Medef et nomme un ancien banquier
d’affaires comme ministre de l'Économie : c'est complè-
tement surréaliste ! Les électeurs de gauche ont, à juste
titre, l'impression de s'être fait totalement avoir. Et on
peut parier que, dans l'électorat populaire, l'abstention
va faire un nouveau bon en avant.
Le problème, c'est que cette politique écono-
mique n'a aucune chance de réussir. Elle reprend point
par point la politique libérale de la droite, celle qui, de-
puis 35 ans, va dans la sens de la cupidité insatiable des
patrons du CAC 40 et des financiers : faire pression sur
les salaires pour permettre aux actionnaires de toucher
toujours plus de dividendes. Selon Piketty, elle a permis
aux plus riches d'accaparer près de 75 % de la croissance
des trois dernières décennies. On retrouve une problé-
matique éculée qui ne répond pas à la crise : il faut faire
des sacrifices maintenant (les employés, les ouvriers, les
précaires et les chômeurs, pas les actionnaires) et on va
retrouver la croissance demain et le plein emploi après-
demain… C'est ce discours ringard, vieux comme Giscard,
que Valls veut faire passer pour « moderne ». Peu im-
porte qu'on accentue encore les inégalités et qu'on ren-
force un peu plus le modèle ostentatoire de consomma-
tion des plus riches, qui n'est absolument pas générali-
sable à l'ensemble de la planète.
De toute façon, cette politique réaction-
naire de Valls, qui trahit les électeurs de Hollande, ne
pourra pas éviter le naufrage d'une gauche libérale et
productiviste moribonde. Avec 26 000 chômeurs de plus
en juillet, la France risque à court terme la déflation,
comme l'ensemble de l'Europe. Le patronat et les élec-
teurs de droite ne vont pas pour autant soutenir ce gou-
vernement : ils préfèrent l'original à la copie. Et dans
cette très grande confusion idéologique, où les valeurs
de gauche comme la justice, l'égalité, la solidarité, la
fraternité sont bafouées dans les faits par ceux-là mêmes
qui sont censées les mettre en œuvre, c'est le Front na-
tional qui a toutes les raisons de se frotter les mains.




UN FINANCIER A BERCY
Gérard Mamet
Dessins publiés avec
l’aimable autorisation
de Charlie Hebdo
6
De bruit et de fureur
Si ces mois d'été n'avaient été marqués que par le
temps incertain et souvent maussade entre deux éclairs
de soleil, nous pourrions facilement le laisser derrière
nous sans chagrin, sans regret. Mais il restera dans les
mémoires comme un été de tempête, de fureur, de haine,
de barbarie : fureur en Ukraine, haine à Gaza, barbarie en
Irak.
Pourquoi la guerre ?
On reste parfois interdit par la capacité des
hommes à produire la négation d'eux-mêmes, de leur
humanité, ce qui faisait écrire à Einstein dans une lettre à
Freud (1) : « Comment est-il possible que la masse [...] se
laisse enflammer jusqu’à la folie et au sacrifice ? Je ne vois
pas d’autre réponse que celle-ci : l'homme a en lui un be-
soin de haine et de destruction. » Et de poser cette ques-
tion à son honorable correspondant : « Existe-t-il une pos-
sibilité de diriger le développement psychique de l’homme
de manière à le rendre mieux armé contre les psychoses
de haine et de destruction ? »
Dans sa réponse, Freud insiste sur une tendance
« naturelle » à résoudre les conflits plutôt par la violence
que par le droit et regrette que la Société des Nations,
qu'il décrit comme « une tentative bien rarement conçue,
et jamais réalisée en de pareilles proportions […], une ten-
tative qui consiste à acquérir l’autorité, c’est-à-dire
l’influence contraignante, d’ordinaire basée sur la déten-
tion de la force, en faisant appel à certains principes
idéaux », ne dispose pas d'une autorité suffisante faute
que les États la lui concèdent. Il ajoute : « Et il y a peu
d’espoir, pour le moment, que la chose se produise».
Freud est lucide : « On ferait œuvre inutile à pré-
tendre supprimer les penchants destructeurs des
hommes.» Le développement de la culture, comme il le
suggère, serait-il à même de combattre l'instinct de mort,
« cette pulsion [qui] agit au sein de tout être vivant,
[...qui] tend à le vouer à la ruine, à ramener la vie à l’état
de matière inanimée » ?
L'été meurtrier qui aura déroulé sous nos yeux
des jours d’horreur et d'atrocité ne peut que nous faire
douter. « La dictature de la raison », l'appel à Eros, à une
communauté de sentiments paraissent bien dérisoires.
Ukraine, Gaza, Irak : ces régions ravagées par la
violence le sont pour des raisons différentes, mais toutes
les trois mettent en scène la destruction de l'autre, celui
qui est désigné comme ennemi, sinon comme étranger à
la possibilité d'un destin commun.
Fureur
La fureur en Ukraine témoigne de l'exaspération
de différences communautaires, plus ou moins manipu-
lées par un pouvoir en mal de sa grandeur passée. Les
combats nationalistes nous renvoient à ce « défilé ininter-
rompu de conflits, que ce soit une communauté aux prises
avec un ou plusieurs autres groupements, que ce soit
entre unités tantôt vastes, tantôt plus réduites, entre
villes, pays, tribus, peuples, empires, conflits presque tou-
jours résolus par l’épreuve des forces au cours d’une
guerre » (Freud).
Ils permettent à de sombres crapules de jouir
d'une forme d'impunité dans l'expression de leurs bas
instincts destructeurs : la vie d'autrui a pour eux si peu
d'importance.
Le défilé humiliant des prisonniers ukrainiens
organisé le 24 août dernier par ces sinistres sbires n'est
pas simplement une atteinte à la convention de Genève :
il flatte le désir de vengeance, de meurtre, de lynchage.







Haine
Si la tragédie qui se joue à Gaza témoigne en pre-
mier lieu de la violation du droit par l'État d’Israël, un
droit que l'ONU, pas plus que la Société des Nations, n'est
en mesure de garantir, elle atteste des logiques de haine
à l'œuvre, du refus de cette altérité qui fait que l'autre
que je regarde et qui me regarde par-delà une frontière
héritée m'est à la fois différent et semblable.
Au-delà du fracas des bombardements assassins
d'un côté, et de l'autre de roquettes presque dérisoires
mais tout autant chargées d'un même venin mortifère,
cette haine tranquille, ordinaire s'exprime aussi lorsque le
mariage de deux jeunes gens, l'un musulman, l'autre
UN ÉTÉ MEURTRIER

7
juive, est perçu comme une trahison par leurs commu-
nautés respectives (2), l’extrême droite israélienne n'hé-
sitant pas à traiter la jeune fille de « pouffiasse à
Arabes » ! La guerre apparaît ici malheureusement
comme l'expression ultime de l'impossibilité de recon-
naître l'autre par le gouvernement criminel d’Israël et
par les dirigeants du Hamas, même si, bien évidemment,
elle ne se réduit pas à cela. Tous deux se réclament, se
revendiquent, d'une certaine manière, de l'instinct de
mort.
Je peine à comprendre comment une commu-
nauté marquée au plus profond de son âme par le chaos,
l'indicible de l'anéantissement, peut dénier à son sem-
blable le droit d'exister sur sa terre. Je frémis encore au
souvenir de la visite de la synagogue Pinkas, à Prague, et
de son musée consacré au camp de Terezin : une litanie
de 77 000 noms, des dessins d'enfants sans avenir. Au
silence presque insupportable de ce lieu se superposent
aujourd'hui les cris, les larmes des enfants de Gaza.







Réflexion bien naïve, sans doute, loin de toute
analyse géopolitique, certes, mais est-elle si éloignée de
l'indignation de Daniel Salvadore Schiffer (3) : « Rien ne
peut justifier pareil carnage : c'est là, de la part d'Israël,
qui se devrait d'être un exemple pour l'humanité, inad-
missible sur le plan humain ; ce crime, hautement répré-
hensible au niveau moral, s'apparente, quelle que soit
votre difficulté à l'admettre objectivement, à un « crime
de guerre », sinon, plus grave, à un « crime contre l'hu-
manité »… Je le clame donc, porté par ma seule cons-
cience, avec une identique conviction : Israël n'est pas
digne, en cette effroyable circonstance, de son Histoire.
Pis : il la dénature, au gré de ses seuls intérêts géostraté-
giques, et la trahit ! ».
Il ajoute : «Je suis là, n'en déplaise à ma patrie
d'élection qu'est Israël, tout aussi palestinien que juif
l'inhumaine souffrance n'a pas de nationalité, de culture
ou de religion ; elle est universelle, et, parfois, je me
sens, à entendre ces cris déchirants, couvert de honte. »
Je me sens plus proche de cette condamnation
morale que de tous les slogans qui relèvent parfois
moins d'une colère légitime que d'une rhétorique guer-
rière (4).
Barbarie
Ici, il n'est même plus question d'autrui. Sous
couvert de religion (5), des barbares fanatiques n'ont
d'autre projet que d'affirmer leur toute-puissance en
asservissant à leur délire des populations entières. Nous
sommes ici aux confins de l’archaïsme, de la bestialité :
« À l’origine, dans une horde restreinte, c’est la supériori-
té de la force musculaire qui décidait ce qui devait ap-
partenir à l’un, ou quel était celui dont la volonté devait
être appliquée ; la force musculaire se trouve secondée
et bientôt remplacée par l’usage d’instru-
ments » (Freud). La volonté de ces barbares de détruire
ceux qui ne se soumettent pas, les exécutions som-
maires, les destructions du patrimoine qu'ils opèrent
témoignent qu'ils sont en deçà de la culture, réduits à
satisfaire les pulsions les plus mortifères : dominer, hu-
milier, anéantir.
Fureur, haine, barbarie : tels auront été les mots
de l'été, ceux d'une certaine défaite de notre humanité,
ceux de notre incapacité à imposer le droit contre la
violence.
« N’est-ce pas une utopie que d’espérer dans
l’action de ces deux éléments, la conception culturelle et
la crainte justifiée des répercussions d’une conflagration
future, pour mettre un terme à la guerre, dans un avenir
prochain ? » se demande Freud en conclusion de sa ré-
ponse à Einstein.
Si, c'est une utopie, est-on obligé de lui répondre
aujourd'hui, et sans doute pour longtemps encore. Vi-
sion pessimiste, certes ; mais le pessimisme n'est pas un
refus d'empoigner le réel, juste une nécessaire lucidité :
ce qu'écrivait Freud à propos de la Société des Nations
s'applique mot pour mot à l'ONU.

Michel Boutanquoi


(1) Albert Einstein - Sigmund Freud (1933) : Pourquoi la
guerre ? Disponible dans plusieurs versions, dont celle de
la collection « Les classiques des sciences sociales » :
http ://classiques.uqac.ca/
(2) Libération du 17/08/14
(3) Mediapart du 22/07/14
(4) Le « cessez-le feu permanent » (quelle trouvaille! )
qui a mis fin aux combats à Gaza ne met pas fin à la
haine : il manque de part et d'autres des hommes qui
auraient le courage de la paix plus que celui de la
guerre.
(5) « Religion mon cul », dirait Zazie.
8
J'ai pleuré en voyant les corps sans vie de ces
enfants (parfois des bébés) palestiniens, martyrisés par
les bombardements israéliens, et en lisant sur le visage
de leur père ou de leur mère une détresse absolue. Au
terme de 51 jours de conflit, le bilan humain est drama-
tique : plus de 2 140 morts du côté palestinien, dont les
trois quarts civils, et 72 morts du côté israélien, dont
7 civils. On est typiquement dans un conflit asymétrique,
Israël utilisant des moyens militaires totalement dispro-
portionnés. Ce qui fait dire à la psychanalyste Elisabeth
Roudinesco, citée par Télérama : « C'est terrible, il est
arrivé la pire des choses possibles : le peuple le plus persé-
cuté de l'Histoire, après avoir créé un État sur sa Terre
Promise, est à son tour devenu persécuteur. » Mais com-
ment sortir de ce conflit qui dure depuis 67 ans, deux
tiers de siècle ?
Bref historique de la création d'Israël
Sans y revenir en détail, rappelons que cet État
est créé par une décision des Nations unies, la résolution
181 du 29 novembre 1947, qui prévoit le partage de la
Palestine en un État juif et un État arabe. Cette décision
intervient dans un contexte bien particulier, seulement
deux ans après la fin de la deuxième guerre mondiale et
de l'indicible drame de la Shoah. D'une certaine façon, on
peut dire que l'Europe et les États-Unis entendent
« réparer » à bon compte les siècles d'antisémitisme occi-
dental et son point culminant de l'Holocauste, sur le dos
des Palestiniens. De leur côté, les juifs ont l'impression
qu'ils vont enfin avoir un État qui va les mettre à l'abri des
persécutions séculaires
Israël est confronté dès le départ au refus et à
des formes de résistance – bien compréhensibles – des
populations arabes expulsées et spoliées. D'ailleurs - et
beaucoup d'historiens israéliens en conviennent au-
jourd'hui -, les Palestiniens ont été terrorisés par l'Irgoun
et la Haganah (1) et expulsés manu militari de leur terre
et de leur maison. Disons qu'il y a eu dès ce moment-là
une forme d'« épuration ethnique ».
La création d'un État entachée d'injustices
La première injustice intervient dès le départ,
dans la partition décidée par l'ONU : les colons sionistes
se voient attribuer 55 % du territoire pour créer l'État juif
alors qu'ils représentent moins du tiers de la population
de la Palestine d'alors. Le mouvement sioniste va profiter
de la guerre israélo-arabe de 1948 pour étendre son sec-
teur et expulser la plus grande majorité de la population
palestinienne : il n'y aura plus que 160 000 Palestiniens à
la fin du conflit.
Après cette guerre, on a 800 000 exilés palesti-
niens, qui espèrent d'autant plus pouvoir rentrer chez
eux que la résolution 194 des Nations unies prévoit le
« droit au retour » des personnes déplacées. Ce que re-
fusera catégoriquement Israël.
À partir de 1948, le nouvel État va s'emparer des
biens des « absents » : 1,6 millions d'hectares de terre
appartenant à des Palestiniens, ainsi que des milliers de
magasins et des dizaines de milliers de maisons. Les
Palestiniens commémorent chaque année la « nakba »,
la catastrophe, que représente cet exode de 1948. Dès ce
moment Israël a une écrasante supériorité militaire sur
les armées arabes, comme le souligne l'Historien israé-
lien Ilan Pappe : « Quelques petits milliers de combat-
tants irréguliers palestiniens et arabes faisaient face à
des dizaines de milliers de soldats juifs surentraînés. » Ce
n'est donc pas David contre Goliath…
Palestine
VERS UNE NOUVELLE GUERRE DE CENT ANS ?
9
Et Israël devint un État colonial
Au départ, ce sont les Palestiniens qui refusent la
création de l'État d'Israël, et les États arabes vont instru-
mentaliser le problème à des fins de politique intérieure.
Pendant ce temps, le nouvel État se renforce par une im-
migration massive, et passe de 1 million de personnes en
1948 à 2,5 millions en 1967. En effet, en 1950, le Parle-
ment israélien vote la « loi du retour », qui donne auto-
matiquement la citoyenneté israélienne à tout immigrant
reconnu comme juif, alors que les Palestiniens, qui avaient
pourtant toujours vécu là, n'ont pas le droit de retourner
chez eux.
Avec le soutien, principalement, des États-Unis, du
Royaume-Uni et de la France, Israël devient une force mili-
taire de premier plan. Il semble que dès 1966 (peut-être
dès 1963,) Israël dispose de l'arme atomique et ce, grâce à
l'aide secrète de la France puis des États-Unis.
La guerre des Six-Jours est déclenchée le 5 juin
1967 comme une attaque préventive d'Israël contre ses
voisins arabes : Égypte, Syrie, Jordanie. Le soir du sixième
jour, le 10 juin, les armées égyptienne, syrienne et jorda-
nienne sont défaites. L'État hébreu en profite pour tripler
sa superficie en occupant le Sinaï, la Bande de Gaza, le
Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
Cette écrasante victoire militaire de Tsahal va don-
ner des ailes au courant nationaliste religieux, le Bloc de la
Foi, qui va appeler ses adhérents à s'installer dans les ter-
ritoires nouvellement conquis. Ce sont des fanatiques, qui
pensent que des colons juifs doivent s'implanter dans tous
les sites supposés bibliques, Hébron, Bethlehem, Jéricho,
Naplouse, etc., et ainsi préparer la venue du Messie.
Au début, les dirigeants politiques et militaires
sont très réticents, parce que les colonies représentent
des zones supplémentaires à protéger. Les colons vont
donc pratiquer le fait accompli, par une tactique de gri-
gnotage des territoires palestiniens et avec, néanmoins,
une certaine complaisance des autorités. La guerre du
Kippour de 1973, dont les débuts ont été catastrophiques
pour Israël, va provoquer un nouveau changement de
mentalité. Au départ, les implantations sont réalisées en
dehors des zones densément peuplées de Palestiniens.
Mais à partir de la victoire du Likoud (la droite) en 1977, le
processus de colonisation va se généraliser et s'accélérer.
Colonies en Cisjordanie et prison à ciel
ouvert à Gaza
Le grand penseur israélien Yeshayahou Lei-
bowitz avait affirmé, le lendemain même de la
guerre des Six-Jours, que si cette victoire ne s'ac-
compagnait pas du retrait immédiat des territoires
conquis, ce serait la plus grande catastrophe depuis
Auschwitz, parce que l'oppression d'un autre
peuple allait miner jusqu'à sa racine le caractère
démocratique de l'État et les valeurs du peuple juif.
Vision prophétique…
Depuis 1967, s'établit progressivement, à
des rythmes variables, une situation coloniale.
Après l'accord avec l'Égypte, les Israéliens se reti-
rent du Sinaï. Puis les accords d'Oslo, signés, sous
l'égide de Bill Clinton, entre Yitzhak Rabin et Yasser
Arafat en 1993, vont entraîner un arrêt momentané
de la colonisation. Mais l'assassinat de Rabin et
l'arrivée de Netanyahou au pouvoir en 1996 vont
relancer de plus belle les implantations en Cisjorda-
nie et à Jérusalem-Est. On estime aujourd'hui à
550 000 le nombre de colons judéo-israéliens qui
occupent illégalement la Cisjordanie et Jérusalem-
Est (qui a été annexée en 1967). L'objectif inavoué,
et que ne semble pas comprendre la communauté
internationale, devient clairement de rendre impos-
sible la création d'un État palestinien par le mitage
des Territoires occupés, qui sont morcelés, encla-
vés, entourés de colonies hostiles et forment donc
des sortes de bantoustans discontinus.








De son côté, Gaza constitue une prison à ciel
ouvert. En 2005, Israël a décidé d'en démanteler de
force les colonies juives malgré l'opposition vio-
lente des 8 000 colons. Gaza est un territoire de
seulement 360 km2, peuplé de 1,8 millions d'habi-
tants, une des densités les plus importantes du
monde. Le retrait de l'armée israélienne qui proté-
geait les colons de Gaza a finalement été perçu,
après coup, comme un redéploiement des forces
en direction de la Cisjordanie. Les déplacements
10
des Palestiniens de Gaza ne sont absolument pas libres, ni
avec la Cisjordanie, ni avec l'étranger. En 2007, le Hamas
gagne démocratiquement les élections dans le territoire.
Israël riposte en instaurant le blocus, qui dure maintenant
depuis 7 ans. Les incidents ont servi chaque fois de pré-
texte pour des destructions massives d'infrastructures et
de maisons par Tsahal. A Gaza, ce n'est pas une guerre,
c'est une opération de répression coloniale.







Et la France dans tout cela ?
Traditionnellement, la France avait une position
assez équilibrée en défendant l'existence de l'État d'Israël,
mais aussi le droit des Palestiniens à avoir leur propre État.
Les accords d'Oslo (« La Paix contre les territoires ») al-
laient dans le même sens. Mais la France devrait aussi rap-
peler sévèrement à l'ordre Israël, qui ne se conforme pas
aux résolutions de l'ONU et qui est devenu un État voyou
se moquant du droit international.
En contradiction avec la position défendue jusque-
là par la France, le 9 juillet dernier, Hollande, par sa décla-
ration sur le droit d'Israël à se défendre, sans aucune men-
tion des pertes civiles palestiniennes, a donné carte
blanche à Netanyahou pour les innombrables destructions
et victimes. Un peu plus tard, Valls a « inventé » l'attaque
de la synagogue de la rue de la Roquette pour interdire
certaines manifestations de protestation contre les mas-
sacres.
Certes, il faut être très vigilant sur les risques de
dérapages antisémites. Mais Israël et ses honorables cor-
respondants du CRIF (Conseil représentatif des Institutions
juives de France) jouent les pompiers pyromanes en fai-
sant systématiquement l'amalgame entre antisionisme ou
critique d'Israël et antisémitisme. La position française
aurait dû s'en tenir à la défense du droit international, en
rappelant le non-respect des résolutions de l'ONU et la
nécessité de la création d'un État palestinien. Par ailleurs,
ramener le conflit sur un terrain religieux ou intercommu-
nautaire a été une faute politique majeure, très dange-
reuse pour la cohésion nationale de la France.
Israël-Palestine, quelle solution ?
Du fait de la politique expansionniste d'Israël, une
solution devient très compliquée. Depuis les accords
d'Oslo, la colonisation s'est poursuivie, avec maintenant
des centaines de milliers de colons judéo-israéliens en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Israël occupe toute la
vallée du Jourdain et en tout, 62 % de la Cisjordanie. Les
territoires palestiniens prétendument autonomes sont
complètement morcelés et subissent des interventions
incessantes de l'État colonial et de son armée. On ne
voit pas comment les Palestiniens pourraient constituer
un État digne de ce nom, viable, sur des « confettis » de
territoires.











Dans son livre, Israël, le nouvel apartheid, le franc
-comtois Michel Bôle-Richard, ancien correspondant du
Monde en Afrique du Sud et en Israël, se montre pessi-
miste (2). D'une certaine façon, le piège se referme sur
ce pays. Sur les « 12 millions de personnes vivant sous
autorité israélienne », il y a 5,9 millions de juifs et
6,1 millions de non-juifs (les Arabes de Gaza, de la
Cisjordanie, de Jérusalem-Est et les Arabes israéliens).
Dans le projet de Grand Israël, de la Méditerranée au
Jourdain et à la bande de Gaza, les juifs sont déjà mino-
ritaires. Michel Bôle-Richard souligne : « Sans création
de leur État, les Palestiniens ne vont pas manquer de
réclamer l'égalité pour chacun, c'est-à-dire un homme
une voix. » Pour l'instant, le projet d'Israël est de main-
tenir un système de ségrégation renforcée, de répres-
sion de toute contestation, avec les méthodes que l'on a
vues à l'œuvre à Gaza, sans compter les innombrables
interventions ponctuelles, et ce en bafouant le droit
international et les droits de l'homme.
Compte tenu de l'inégalité énorme dans le rap-
port de forces, aucune solution ne peut venir d'une
négociation entre Israël et les Palestiniens. Israël est
bien décidé à maintenir le statu quo actuel : une forme
nouvelle d'apartheid, avec des Palestiniens sans État,
sans droits, dispersés dans des sortes de bantoustans,
11
avec des interventions périodiques de Tsahal pour réprimer
les révoltes qui ne manqueront pas de se manifester, tant la
situation est précaire et invivable pour la population pales-
tinienne.
Pour l'instant, l'épuration ethnique a pris surtout une
forme larvée, la puissance occupante rendant la vie de la
population palestinienne insupportable pour la pousser à
partir : humiliations, destruction de puits et de citernes,
dynamitage de maisons, arrachage d'oliviers, entraves au
déplacement, mur de séparation, accaparement de nou-
velles terres, détention administrative, rétention des taxes,
obstacles aux exportations, etc. Les Palestiniens non vio-
lents ont pour slogan : « Rester, c'est résister ». Mais com-
ment, dans ces conditions, ne pas comprendre que ce con-
flit est une usine à fabriquer des extrémistes ? Tout cela ne
semble pas poser de problèmes de conscience, ni à la ma-
jorité des Israéliens, ni à la communauté internationale, qui
laisse faire.
Il n'y a que les pressions extérieures qui peuvent
changer la donne. La première action devrait consister à
poursuivre les dirigeants israéliens et les chefs militaires de
Tsahal pour crimes de guerre, afin de mettre fin à l'impuni-
té de ceux qui commettent des exactions contre les civils.
Et pour contraindre Israël à une solution, il faut utiliser
l'arme (pacifique) du boycott, comme ce fut le cas en
Afrique du Sud. L'objectif est de faire comprendre aux
Israéliens que l'occupation et la poursuite de la colonisa-
tion sont inacceptables, en contradiction avec le droit inter-
national, et qu'il y a un prix à payer. C'est le rôle de la cam-
pagne BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions. Alors
seulement, progressivement, car le processus sera lent, on
pourra voir émerger une solution, soit à deux États, comme
c'était prévu au départ, soit à un seul État, comme dans
l'Afrique du Sud post-apartheid, mais avec l'égalité des
droits de tous les habitants. On attendrait du gouverne-
ment français qu'il soit à la pointe de cette politique de
pressions sur Israël pour le respect des droits de
l'homme et du droit international.

Gérard Mamet




(1) La Haganah était une milice d'autodéfense
juive relativement modérée tandis que l'Irgoun était un
groupe paramilitaire extrémiste. Durant la guerre israélo
-arabe de 1948, le 9 avril, ce sont les miliciens de l'Irgoun
qui ont massacré les habitants du village de Deir Yassin,
femmes et enfants compris. Les journaux de l'époque
parlent de 254 victimes. Le but était de provoquer un
exode massif de la population arabe. Terrible précision :
les habitants, tous arabes, de Deir Yassin, avaient passé
un accord de non-agression, qu'ils avaient respecté, avec
leurs voisins juifs.
La Haganah, l'Irgoun et le groupe Stern vont fu-
sionner pour former Tsahal.
(2) Michel Bôle-Richard, Israël, le nouvel apar-
theid, Les liens qui libèrent, 2013.
12
En ces rudes temps de confusion idéologique ex-
trême (soigneusement entretenue par bien des malfai-
sants qui y voient leur intérêt), où l'on fait sans ver-
gogne dire aux mots ce qu'ils ne veulent pas dire et où
l'on malaxe les idées jusqu'à en faire une indigeste
bouillie pour prêt-à-penser, il me paraît prudent, avant
d'entrer dans le vif du sujet, de rappeler ce qui suit
(hélas sans certitude d'être cru sur parole, les accusa-
tions de turpitudes diverses volant plus vite et plus haut
que l'infortuné Rafale du bon monsieur Dassault).
Alors, oui, je suis pour les manifestations de
soutien aux Palestiniens et de dénonciation de la
guerre menée par Israël à Gaza.
Oui, je suis contre
l'interdiction desdites manifs
par un gouvernement « de
gauche » si déconsidéré qu'au
point où il en est, il se fiche
des réactions que peut provo-
quer le mépris avec lequel il
traite un droit fondamental,
celui de manifester.
Oui, je pense qu'Israël
mérite le titre d'État voyou et
que la dénonciation des
autres États voyous (Corée du
Nord, Iran, etc.), par une « communauté internationale »
qui se satisfait à bon compte de ses ridicules gesticula-
tions, serait moins hypocrite si l'État hébreu n'était pas
(au moins tacitement) autorisé à se comporter en Pales-
tine comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Oui, je pense que les Palestiniens ont le droit de se
défendre contre un État colonial qui les spolie de leurs
terres, qui les prive d'un État viable et qui les massacre
sans une once de scrupules.
Oui, je suis pour la création de deux États, palesti-
nien et israélien (un seul pour les deux peuples, qui est
assez naïf pour croire cela possible ?).
Oui, je suis pour la saisine de la Cour pénale inter-
nationale, le jugement et la sanction des actes inquali-
fiables d'Israël à Gaza (idem pour le Hamas), et même
(quoique peu convaincu par son efficacité dans un pays
comme le nôtre, qui a toujours été assez rétif à ce genre
d'action) pour le boycott des produits israéliens.

C'est bon ? Ça ira comme ça ? J'ai mon brevet de
pro-Palestinien ?
Alors, cela étant dit, qu'il me soit permis de
m'étonner devant l'effarante différence de traitement
qu'on aura vue à l'œuvre cet été concernant d'une part la
Palestine, d'autre part le reste de la planète. On a vu (et
c'est normal, je le répète) toute une nébuleuse d'organi-
sations, dont le moins qu'on puisse dire est que certaines
ne brillent pas par leur caractère représentatif et démo-
cratique, crier sa solidarité avec les Palestiniens et dé-
noncer haut et fort la guerre totale de Netanyahou et la
passivité / complicité des États-Unis, de la France, etc.
Fort bien : il fallait qu'il en soit ainsi.
Mais comment expliquer,
alors, l'indifférence totale mani-
festée par les mêmes gens et
organisations devant les autres
tragédies en cours exactement
aux mêmes moments ?
- Les manigances néostali-
niennes de Poutine et de son
gang mafieux en Ukraine (après
la Crimée, raflée sans coup férir :
pas la peine d'envelopper, c'est
pour manger tout de suite), avec
à la clé au moins 2 000 morts et
des dizaines de milliers de déplacés ? Bof, l'Ukraine, c'est
loin, et puis ces Slaves, vous savez comme ils ont le sang
chaud !
- La Syrie martyrisée (190 000 morts recensés à
l'heure où j'écris ces lignes) par les soudards d'Assad et
les fanatiques de diverses obédiences qui ne valent pas
mieux que lui ? Pfou... ! C'est que c'est compliqué, le
Moyen-Orient !
- Les massacres interethniques au Sud-Soudan (là,
on n'a pas les statistiques, mais bon, les nègres, on sait
qu'ils n'y vont pas de main morte, hein...) ? Le Sud-
Soudan, c'est où, ça ?
- Et l'avancée, rien moins que pacifique et sympa-
thique, des tarés de l'autoproclamé « État islamique » en
Irak et en Syrie : destructions, tueries, pillages, expul-
sions, tortures, rackets, viols, esclavage, égorgements,
décapitations, nettoyage ethnique, religieux et culturel,
j'en passe et des meilleures - sans compter le danger que
représente, à bien plus grande échelle, un islamisme déli-
Palestine
TOUS LES MASSACRES NE SE VALENT PAS
13
rant, surarmé et plein aux as ? Euh... ben... c'est pas tout
à fait assez pour émouvoir les belles âmes trop occupées
par ailleurs.
Il y a longtemps qu'on s'en doute, mais les
tragiques événements de cet été l'auront confirmé :
tous les massacres ne se valent pas – tous les massacrés
et tous les massacreurs non plus. Au risque de choquer,
on dira qu'il y a les « bons » massacres et les « mauvais »,
ceux qui remuent les foules et ceux qui les laissent apa-
thiques. Pour certains (et on est bien obligé de constater
qu'ils sont nombreux), un massacre de musulmans par
des juifs est plus « intéressant » qu'un massacre de mu-
sulmans par des musulmans, de chrétiens par des chré-
tiens, de chrétiens par des musulmans, etc. (Notons que
les massacres entre hindouistes et musulmans n'intéres-
sent absolument personne : ça se passe quasiment sur
une autre planète.)
Dans le cas précis qui nous occupe, combien de
ceux qui dénoncent le « génocide » (réel ? fantasmé ? je
ne me prononcerai pas...) d'Arabes par des Juifs ont un
jour levé le petit doigt pour protester contre celui (ou
ceux) d'Arabes par d'autres Arabes ou de musulmans par
d'autres musulmans (1) ? J'ai bien peur que la spécificité
de l' « intérêt » porté par certains, par beaucoup, à la
Palestine ne soit pas exclusivement due à la désespérante
et inadmissible situation de ce pays et de ses habitants,
mais que viennent aussi s'y greffer des sentiments beau-
coup moins reluisants, même s'ils ne sont pas toujours
expressément dévoilés (2).
Continuons comme ça, trouvons de bonnes rai-
sons à cela, expliquons, comprenons, excusons même, et
on se promet un avenir dont j'entrevois déjà les fabu-
leuses délices (3)…


Gérard Roy



(1) Ce ne sont pourtant pas les occasions qui man-
quent !
(2) J'espère qu'il est bien clair que je ne vise nulle-
ment ici les copains qui se sont exprimés à ce sujet sur les
listes de discussion Vertes (ou ici même, dans ce numéro
de La Feuille Verte) et que je pense connaître suffisam-
ment pour ne pas avoir de doutes à leur sujet. Dommage
qu'on ne puisse en dire autant de tous les « amis » auto-
proclamés de la Palestine.
(3) À propos de la confusion des genres et des
idées que les manifestations de l'été ont mises en lu-
mière, on lira avec profit l'analyse de Gilles Kepel dans
Le Monde du 2 septembre. On peut trouver ce texte sur
le site : www.chretiensdelamediterranee.com/le-monde-
ent r et i en- avec - gi l l es - kepel - moyen- or i ent - l e-
basculement/
Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
La situation actuelle à Gaza et en Cisjordanie
provoque autour de nous des réactions épidermiques.
Il est grand temps de veiller à ne plus reproduire un
prêt-à-penser idéologique qui pèse sur chacun de nous
en France et ailleurs et qui peut être générateur de
violence, surtout quand certains discours émanent de
la parole officielle, qui contribue à taxer d'antisémi-
tisme toute opposition à la politique israélienne ac-
tuelle.
Alors que l'avènement d'Israël s'est réalisé sur
de gros malentendus et quelques escroqueries - que
chacun pourra prendre le temps de déconstruire en
(re)voyant sur Internet l'excellent documentaire
d'Eyal Sivan (1), Jaffa, mécanique de l'orange, il me
semble important de prendre un fait en considération :
la population palestinienne paie depuis plus de 65 ans
le prix fort de notre acceptation du rêve colonial sio-
niste et de son corollaire, la sécurité d'Israël.
Aux sources d'un massacre
Sans reprendre l'histoire d'Israël, il faut cepen-
dant se demander pourquoi on continue encore à vou-
loir faire payer aux Palestiniens les crimes nazis, alors
qu'ils n'y sont pour rien.
« Une Terre sans peuple pour un peuple sans
Terre » : ce slogan, un des grands « mensonges fonda-
teurs » du sionisme, comme dirait Pierre Stambul, de
l'Union juive française pour la Paix (UJFP), exprime bien
l'esprit de toute entreprise coloniale, conçue comme
toujours sur le mépris des autochtones dont on s'em-
pare des terres. Ce slogan s'est construit sur une volon-
té européenne non dénuée d'antisémitisme, dès 1917,
avec la déclaration Balfour, par laquelle, comme l'a
écrit Arthur Koestler, « une première nation promettait
solennellement à une deuxième nation le pays d'une
troisième nation».
Depuis, toute critique de cette usurpation de
territoires, qui se poursuit en toute impunité pour y
installer toujours plus de colonies tout en prétendant
en même temps œuvrer pour la paix, passe pour un
propos antisémite condamnable. « C'est une sorte de
cercle vicieux. Je crois qu'au surplus, agiter un antisémi-
tisme imaginaire renforce l'israélocentrisme », déclare
Edgar Morin (2). On met ainsi l'accent sur une para-
doxale insécurité de l'occupant, tout en évitant d'abor-
der la colonisation en cours ; et le pire, c'est que ça
marche, même au sein d'EÉLV.
Les sionistes ont, quant à eux, intégré depuis
longtemps les arguments antisémites à leur idéologie
sans s’y opposer, bien au contraire, car ces arguments
peuvent être de nature à favoriser l'immigration des
juifs de la diaspora vers Israël. En effet, tout juif de la
planète est, grâce à cette autre invention qu'est la « loi
du retour », invité de droit à vivre sur « sa Terre ances-
trale » à l'abri des dangers qu'il pourrait courir en vi-
vant ailleurs. Droit au retour refusé par ailleurs aux Pa-
lestiniens ayant fui en 1948, au prétexte qu'ils ne sont
pas juifs !
Le gouvernement israélien a donc besoin de
l'antisémitisme à l'international pour stratégiquement
justifier l'existence d'Israël, qui doit nécessairement
grandir pour pouvoir accueillir tous les juifs du monde,
formant ainsi un « peuple élu», essentiellement diffé-
rent et devant vivre à part.
En fait, 60 % des juifs vivent hors d'Israël et
n'ont aucune envie de faire valoir ce droit au retour. La
réalité juive est celle de personnes converties à une
religion et réparties dans le monde entier à travers une
diaspora multiculturelle millénaire qui tient à le rester,
et non celle d'un peuple qui chercherait à s'isoler dans
le ghetto israélien : Shlomo Sand met en cause à juste
raison cette notion de « peuple ».
14
Combat contre l'antisémitisme
UN PEU DE DIGNITÉ
Racisme et amalgames
Les outils rhétoriques de cette instrumentalisa-
tion sont anciens, à savoir l'amalgame entre antisémi-
tisme, antisionisme, antijudaïsme et critique du gouver-
nement israélien. Ils restent largement entretenus par
les institutions communautaires sionistes dans notre
pays, qui savent rappeler les anathèmes qui font
mouche ; l'antisémitisme et ses synonymes implicites
sont de ceux-là.
Résultat : aujourd'hui Hollande soutient
Netanyahou et tous nos grands intellectuels défenseurs
d'Israël se taisent, satisfaits. Or nous avons toute légitimi-
té pour combattre ces confusions pernicieuses et expri-
mer une position anti-israélienne au sens d'Edgar Morin,
hostile à une politique raciste, antidémocratique, aussi
dangereuse pour les Juifs eux-mêmes que pour les
Palestiniens.
Le seul bénéfice perceptible est que cet antisémi-
tisme construit autorise les autorités israéliennes à pour-
suivre la colonisation. Il existe donc une complémentarité
entre sionisme et antisémitisme dans l’instrumentalisa-
tion de ce dernier au profit d'une idéologie perverse.
En France, aujourd'hui, on devrait pouvoir soute-
nir des Palestiniens qui aspirent à la levée du blocus pour
pouvoir vivre en paix sur leur terre, on devrait pouvoir
appeler à la création de la Palestine au nom du droit in-
ternational et manifester en conséquence contre la poli-
tique d'Israël, qui s'y oppose, sans être taxé pour autant
d'antisémitisme ; mais force est de constater que c'est
difficile.





De son côté, Israël poursuit sa colonisation tout
en parlant de paix, ce qui évidemment crispe, car la con-
tradiction saute aux yeux de tout le monde. Mais dès les
premières manifs en France, notre gouvernement s'of-
fusque, condamne l'importation d'un conflit extérieur,
pendant que des groupes de pression s'attachent à l'ex-
porter : le CRIF (Conseil représentatif des Institutions
juives de France) ou ELNET (European Leadership
Network, lobby sioniste israélo-américain) sont des outils
de propagande israéliens qui ont pignon sur rue en
France.

Quelle position pour EÉLV ?
Les propos de François de Rugy sont ainsi confon-
dants de soumission à Israël quand il critique ceux qui, à
EÉLV, « sont pour la Palestine avant d'être pour la paix ».
Défendre la paix, c'est évidemment défendre l'existence
de la Palestine, qui n'a actuellement aucune existence
territoriale vivable, et il est raisonnable de penser qu'en
ce qui concerne la paix, cela se fera comme au Vietnam :
la Palestine et l'indépendance viendront d'abord et la
paix ensuite. La paix impose la reconnaissance de l'autre,
la fin de l'occupation et des projets coloniaux. On ne
peut pas inverser les priorités et nager dans la sophis-
tique en permanence.







On peut donc craindre que de Rugy (ayant opté
pour un retour d'EÉLV à la table du CRIF, ce qui devrait
faire débat) ait très bien saisi le texte sioniste répétant à
l'envi qu'au contraire, l'existence de la Palestine est
moins importante que « la sécurité d'Israël », paradoxa-
lement l'un des pays les plus armés du monde et dont
les positions ont largement participé depuis 65 ans à
mettre le feu au Moyen-Orient !...
« Toute cette phraséologie remet en question
l'existence même d'Israël », affirme notre député. Mais
non, personne ne « remet en cause l'existence d'Israël »
à EÉLV, mais il semble que l'évocation seule de celle de
la Palestine soit vécue comme une ineptie par certains.
Plus cyniquement, quel vendeur d'armes boycotterait un
pays devenu une tête de pont occidentale au Moyen-
Orient, ou le 51e État des États-Unis qui met 60 % de son
budget dans l'armement ?
François de Rugy n'a retenu de son voyage en
2013 absolument rien qui ne soit pas conforme à la doxa
sioniste ; il faut dire que c'est ELNET qui finançait ce
voyage (auquel participaient aussi Jean-Vincent Placé,
Jean Desessard et Christophe Cavard), voyages dont per-
sonne, pas même Pascal Durand, ne semble avoir eu de
compte rendu. A quoi a-t-il servi ?
Notons qu'Esther Benbassa, qui est juive, tient
d'autres propos ; on peut lire également le blog d'Annie
Lahmer (3).
15
16
À suivre... Déjouer la peur envers le racisme
À n'en pas douter, le positionnement sioniste ac-
tuel est le plus dangereux qui soit pour les juifs eux-
mêmes, qu'ils soient enfermés dans le ghetto israélien ou
disséminés dans la diaspora.
La Shoah concerne la survie de l'humanité toute
entière et ne peut être récupérée par un sionisme qui ne
s'est pas opposé au nazisme. Au nom de quoi le génocide
nazi devrait-il justifier la politique israélienne ? Cette con-
fiscation provoque des courants négationnistes chez cer-
tains palestiniens, qui pensent en retour que les camps de
concentration sont des inventions israéliennes, d'où un
antisémitisme qui justifie l'État protecteur et le discours
sioniste. On tourne en rond. À force de sophismes, on
prend les symptômes pour les causes pour en arriver à la
sécurité d'Israël alors que ce pays fabrique lui-même son
propre malheur. Pourquoi y participons-nous ? N'est-il pas
temps de rompre cette malédiction ?
Pierre Stambul précise :
« Le génocide nazi est la conséquence d'une espèce
de consensus apparu en Europe faisant des Juifs la cause
de tous les maux, mais aujourd'hui le racisme frappe de
façon très majoritaire les Arabes, les Noirs et les Roms.
L'antisémitisme qui subsiste est peu de chose par rapport
à ce racisme social aux relents coloniaux. Et il est particu-
lièrement scandaleux de voir que les seules instances com-
munautaires ou religieuses françaises qui approuvent de
faire la chasse aux sans-papiers soient celles des Juifs,
avec en sus le rôle désastreux d'Arno Klarsfeld. », Effecti-
vement, le fils des chasseurs de nazis (Serge et Beate
Klarsfeld) est devenu sous Sarkozy président de l'OFII
(l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration),
patron des chasseurs de sans-papiers. « Étonnant, non ? »,
aurait dit Desproges. Au moins, Cécile Duflot a su être
claire quant aux propos de Manuel Valls sur les Roms, qui
ont valu à ce dernier de faire l'objet d'une plainte pour
« incitation à la haine raciale ». Initialement prévu pour le
5 juin dernier, le jugement a fort « opportunément » été
reporté au 25 mai 2015 !
En Europe la frontière antisémite ne se situe pas
entre la gauche et la droite (le projet sioniste était de
gauche au départ) ; mais la lutte contre le racisme est aussi
une lutte contre une politique coloniale criminelle,, qui se
poursuit en toute impunité sur des bases racistes et contri-
bue au développement d'un rejet radical inverse, isla-
mique, qui constitue l'autre face de la même pièce - ce qui
met le feu à toute la région depuis plus de 65 ans.
Ne nous laissons pas intimider !
Face à ceux qui instrumentalisent l’antisémitisme
pour en faire une « arme de destruction massive » contre
toute critique d’Israël, nous devons être cohérents.
Nous nous battons pour les droits du peuple palestinien au
nom de valeurs universelles : l'égalité des droits, le refus de
l’occupation, de la colonisation, de l’apartheid, de tous les
racismes, de toutes les discriminations.
Et à propos d'Israël, comme le dit Shlomo Sand, « je
demande à tout le monde, aux pays arabes et aux Palesti-
niens, de reconnaître l’État d’Israël. Mais seulement l’État
des Israéliens, pas l’État des juifs. » (4)


Thierry Lebeaupin



(1) Eyal Sivan : Jaffa, mécanique de l'orange - http://
tinyurl.com/pmy6hs7
2) Edgar Morin : On a créé un état d’intimidation
(Interview accordée par Edgar Morin en 2005 à la journa-
liste suisse Silvia Cattori) - http://tinyurl.com/mmdv936
(3) Le blog d'Annie Lahmer : http://tinyurl.com/pjfpxrr
(4) À lire aussi :
Arthur Koestler : La Tour d'Erza (1946), Analyse d'un mi-
racle (1948), La treizième Tribu (1976)
Pierre Stambul : Du refus d'être complice à l'engagement
(2012)
Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé (2010),
Comment la terre d'Israël fut inventée ( 2012 ), Comment
j'ai cessé d'être juif ( 2013)
Dessin publié avec
l’aimable autori-
sation de
Charlie Hebdo
Incohérence et gaspillage
CENTER PARCS ? NON, MERCI !
17
Le réchauffement climatique est une préoccupa-
tion mondiale et tous les scientifiques s’accordent à dire
que l’amplification du changement climatique est dû à
l’activité humaine. Dans cette optique, la France se pré-
pare à un événement majeur : nous allons accueillir en
2015 la Conférence Climat. Un grand accord mondial
devrait être conclu à cette occasion, engageant de ma-
nière contraignante tous les pays du monde à réduire
leurs émissions de gaz à effet de serre. Lors des der-
nières négociations climatiques, à Varsovie, en no-
vembre 2013, les ONG environnementales avaient cla-
qué la porte du cycle de négociations en cours, les pays
du Sud, les plus pauvres (ceux qui subiront en priorité le
changement climatique), considérant que les pays
riches – responsables historiquement du réchauffement
climatique – n’assument pas leurs responsabilités.
La question que l’on peut
se poser quand on siège au Con-
seil régional est la suivante : À
notre niveau, assumons-nous
nos responsabilités ?
En un sens, on pourrait
répondre oui : la Région a mis
en place un schéma régional
Climat-air-énergie ambitieux.
Elle est pionnière dans son pro-
gramme d’efficacité énergétique
des bâtiments, avec Effilogis et,
plus récemment, le plan Bâtiment durable Franche-
Comté. Nous y consacrons des moyens humains et finan-
ciers pour atteindre nos objectifs de division par 4 des
émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Mais
nous savons aussi qu’il reste beaucoup de chemin à faire
pour tenir nos objectifs.
Alors, face à ces enjeux vitaux pour l’avenir
de notre planète, quel sens donner à la création d’une
vaste bulle « tropicale », chauffée à 29°, tous les jours de
l’année, surtout dans un climat comme celui du Jura ?
En acceptant de participer au financement d’un tel pro-
jet, sommes-nous cohérents ? J’ai le sentiment que
non : nous faisons pour la planète deux pas en avant,
deux pas en arrière. Mais attention à la chute...
D’autant plus que, pour installer bulle et cottages,
il sera nécessaire, dans cette région polinoise, de couper
une forêt. Or, les arbres de cette forêt jouent, entre
autres rôles, celui de stocker du carbone. Mort, l’arbre
rejette le carbone. Aujourd’hui, lorsqu’on effectue des
coupes dans une forêt, on replante de jeunes pousses
afin qu’elles absorbent du carbone, ce qu’elles font de
façon privilégiée pendant leur phase de croissance.
Mais, dans ce cas de figure, on ne replantera évidem-
ment pas.
Car l’image touristique du Jura est celle d’un
département vert, où la nature a gardé ses droits, un
département authentique : tout le contraire de l’image
véhiculée par un Center Parcs, où l’on vit en vase clos.
Entendrons-nous d’ailleurs en 2016, coincés sous la
bulle, sur les ondes de France Info et de France Bleu :
« Cher Jura, tu me manques, je me souviens de l'été der-
nier, tes forêts sauvages, tes rivières fougueuses et gé-
néreuses...» ? C’est sûr qu’un Center Parcs, ce sera
moins sexy.
Par ailleurs, l’objectif d’un Center
Parcs, c’est que l’on consomme sur
place - du loisir, de la remise en
forme -, que l’on se restaure sur
place, bref que le touriste dépense
sur place.
Je suis allée faire un tour sur le
site d’un Center Parcs et... bonjour
les soldes ! : le week-end du 4 au 7
juillet à 399 € au lieu de 539, celui
du 21 au 25 juillet à 999 € au lieu de 1139 !… Si les prix
ne sont pas plus élevés (vu le niveau d’investissement
pour les équipements), n’est-ce pas parce que la plus-
value se fait par les activités annexes à l’intérieur du
parc ? Ce qui tendrait à prouver que les gens restent sur
le site et donc ne consomment pas à l’extérieur.






L’autre spécificité du tourisme jurassien, c’était le
tourisme social ; mais qui se soucie aujourd’hui de per-
mettre aux familles modestes d’accéder à des va-
cances ?
En outre, il reste trop d’interrogations sur
trop de points :
630 000 nuitées : est-ce bien raisonnable de partir
sur des chiffres qui annoncent des taux d’occupation de
80 %, et cela tous les jours de l’année, alors que les taux
d’occupation annuelle en 2013 des hébergements francs-
comtois, données du Comité régional du Tourisme, ont
été en moyenne de 50 % dans l’hôtellerie de tourisme, de
26 % dans l’hôtellerie de plein air, de 31,7% pour les hé-
bergements collectifs et de 15,2 semaines de location par
gîte en moyenne ? Par quel miracle, ou au prix de quelle
campagne de marketing (et payée par qui ?), va-t-on arri-
ver à un taux d’occupation de 80 % ?
Les emplois locaux lors de la construction : nous
sommes pour la création d’emplois locaux, mais, un
exemple jurassien nous montre qu’entre promesses et
réalité, il y a une belle distance… Sur le chantier de la
centrale photovoltaïque de Soucia, on avait fait miroiter
30 emplois locaux à temps plein, pendant 6 mois : en fin
de compte, un chef de chantier d’une entreprise de
Toulouse (on peut faire mieux en local), « manage » une
vingtaine de monteurs, lesquels viennent d’encore plus
loin, pour deux mois et non pas six comme annoncé !
Alors, quelle garantie pour les emplois locaux ? Comme
trop souvent, les promesses n’engagent que ceux qui y
croient ; et dans cette affaire de Center Parcs, on se croi-
rait dans une salle des enchères : 300 emplois qui dit
mieux ? 500 emplois ?... Allons, soyons sérieux ! Quant à
la qualité des emplois permanents, on aimerait y croire…
Le problème de l’eau : 170 000 m
3
par an, 465 m
3
par jour, et bien sûr de l’assainissement. Quel approvi-
sionnement en eau sera possible alors que les ressources
actuelles semblent à peine suffire aux besoins de la popu-
lation locale ?

Quant à la concurrence, les Center Parcs font de la
publicité pour la remise en forme sur leurs sites : cela ne
fera-t-il pas concurrence aux thermes de Lons et de Sa-
lins ?





Et pour finir, est-il raisonnable, dans l’état
actuel des budgets de nos collectivités, régionale et dé-
partementale (nous devrons économiser 25 millions d’eu-
ros rien que pour le Conseil régional), d’investir autant
d’argent public dans des projets d’investisseurs privés ?
D’ailleurs, si ça marche si bien que le dit le groupe Pierre et
Vacances, pourquoi a-t-il besoin des collectivités locales ?
Le groupe des conseillers EÉLV a voté contre
l'étude sur le Center Parcs de Poligny proposée au Conseil
régional, mais a suggéré de créer une SEM (1) pour le dé-
veloppement des énergies renouvelables. Il y a des projets
qui attendent ça en Franche-Comté, et il y aura forcément
des retombées économiques et écologiques sur notre ter-
ritoire.


Brigitte Monnet



(1) Société d'économie mixte : une société anonyme dont le
capital est majoritairement détenu par une ou plusieurs
personnes publiques (à savoir l'État, une Collectivité terri-
toriale, ou tout autre Établissement public). Cette partici-
pation majoritaire publique est plafonnée à 85 % du capital
depuis la Loi du 2 janvier 2002.
Le recours à la SEM garantit à la collectivité publique ac-
tionnaire et cocontractante la prise en compte effective de
l'intérêt général dans les objectifs de l'entreprise et la sou-
plesse de la société de droit privé.
18
Ah oui ???
19
Depuis que François Hollande a annoncé la Ré-
forme territoriale, dont le principe a été adopté le 18
juillet par l'Assemblée nationale, ce projet m'interroge et
je peine à trouver du sens à une réforme qui me paraît
conduite hâtivement et avec bien peu de concertation
(doux euphémisme).
Pour mémoire, cette réforme prévoit le regroupe-
ment des Régions (on passe de 22 à 13), la suppression
du Conseil général en 2020, le changement d'échelle des
intercommunalités (20 000 habitants au minimum au lieu
de 5 000).
Aussi étais-je impatiente de participer à la plénière
prévue sur ce thème aux Journées d'été. Enfin, j'allais
avoir quelques réponses à mes questions ! Hélas, je suis
sortie plus perplexe encore de cet atelier…
François de Rugy, coprésident du groupe
EÉLV à l'Assemblée, a rappelé d'abord les objectifs
de cette réforme pour les écolos :
- renforcer les pouvoirs locaux,
- lutter contre les disparités entre territoires,
- préserver le sentiment d'identité et d'apparte-
nance locale,
-répondre aux défis du XXIe siècle (démocratiques,
environnementaux, énergétiques).










Le problème, c'est que le projet adopté ne semble
pas répondre à ces ambitions, et les interventions des
divers orateurs mettent peu à peu en lumière cette con-
tradiction.
- Renforcer l'échelon local : La première partie
de cette réforme ne précise pas les compétences nou-
velles de chaque échelon, les compétences des Conseils
généraux seront partagés entre Région et intercommuna-
lité, mais cela sera évoqué ultérieurement !
Rien non plus sur la question des moyens : alors que les
ressources des collectivités territoriales diminuent
chaque année, quelles garanties avons-nous que les
Régions disposeront d'un budget suffisant pour faire
face, tout à la fois, à la gestion des lycées et collèges, à
la formation et au développement de l'emploi, au sou-
tien aux entreprises, aux transports régionaux, aux
routes, aux ports et aéroports (ouf !)... ? La question
des moyens est renvoyée à la loi de finance ! Nos élus
militent pour la capacité des élus régionaux à disposer
d'une autonomie fiscale, mais le sujet n'est pas à l'ordre
du jour…
- Lutter contre les disparités régionales :
Comment croire qu'il n'y aura pas des régions « à deux
vitesses », si on compare celles qui seront construites
autour de grandes métropoles et disposeront de nom-
breux atouts et les régions rurales ? Ou encore les petits
territoires et les régions immenses : le futur Centre-
Poitou-Charentes-Limousin représentera 82 000 km², la
Corse 8 680 km² !
- Développer la démocratie : Le découpage
des futures régions s'est effectué à la va-vite et sans
concertation, laissant la désagréable impression de
« petits arrangements entre amis ». D'autre part, rien
n'est envisagé pour l'instant pour rendre plus démocra-
tique le niveau intercommunal, pressenti pour succéder
au département dans bon nombre de compétences, et
avec de grandes responsabilités, notamment autour de
l'action sociale. Cette question démocratique aussi est
renvoyée à « après ». Impression de chèque en blanc...
- Rapprocher le citoyen des territoires : Cu-
rieuse logique de rapprochement qui consiste à éloigner
les gens des lieux de décision ! Comment les élus régio-
naux connaîtront-ils les collèges de leur territoire, par
exemple (271 établissements pour la future Bourgogne-
Franche-Comté) ? La loi prévoit d'« agir avec sou-
plesse » pour définir les futurs cadres de l'action pu-
blique, qui pourront être « différenciés selon la nature
des territoires »... Voilà un cadre qui laisse le champ
libre à une grande créativité ...et/ou à toutes les négo-
ciations entre forces en présence, au-dessus de la tête
des citoyens. Lesquels n'ont pas besoin de cela pour
considérer l'action publique comme le « terrain de jeu »
des élus.
Journées d'été
RÉFORME TERRITORIALE :
BROUILLARD PERSISTANT
20
Dans leur intervention, les élus EÉLV -
Jean-Vincent Placé, Catherine Hervieu, François de Rugy
– ont soutenu le projet, tout en notant ses limites : be-
soin d'une autonomie fiscale (JVP), pas de décentralisa-
tion État-Région supplémentaire dans le projet, faiblesse
démocratique (FDR). À la tribune, un seul opposant : un
élu local communiste de Pau, qui voit dans ce projet un
« trou noir démocratique », et un projet non de décen-
tralisation mais de « centralisation technocratique ».







C'est dans la salle que s'exprime le plus l'incom-
préhension, voire l'opposition des écolos, tant sur le dé-
coupage des régions que sur les risques de fracture entre
territoires. Et une question, qui me tient personnelle-
ment à cœur, ne recevra pas de réponse : quid des com-
pétences départementales en matière d'action sociale ?
Le social se verra-t-il découpé en tranches ? Les
questions de dépendance aux intercommunalités, le
RSA aux régions, la PMI à l'Agence régionale de Santé,
la Protection de l'Enfance à personne, car ça coûte
cher et ça ne rapporte rien... Avec le risque de perdre
toute approche globale des personnes en difficultés et
de saucissonner encore davantage les réponses…
Alors pourquoi cette volonté de passer en
force ? Quelle urgence pour cette réforme, quand on
sait son impact sur la vie quotidienne de tant de gens ?
Quels intérêts échappant aux citoyens derrière cette
proposition ? Nos élus doivent-ils appuyer un projet
qui met la charrue avant les bœufs et apparaît comme
une coquille quasi vide ? Je pense que non... Prenons
le temps de réussir une belle réforme territoriale, qui
s'engage vraiment dans une nouvelle étape de la dé-
centralisation, et place au débat !


Françoise Touzot
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21
La politique de la terre polluée
En Mandchourie, la production céréalière a bat-
tu de nouveaux records cette année. Les rendements
ont doublé en 20 ans et atteignent maintenant 8 à 9
tonnes à l'hectare. La raison de cette « réussite » : l'uti-
lisation massive d'engrais (1 tonne à l'hectare) et de
pesticides. Problèmes : les poissons ne batifolent plus
dans les rivières environnantes et les sols se calcifient
rapidement, risquant à terme de devenir stériles. Un
économiste, Yao Jingyuan, met en garde les agriculteurs
contre « l'optimisme béat ». Les céréales ne sont plus
bonnes et il y a un problème de détérioration des sols.
Les critères d'achat des engrais sont simples : il faut
qu'ils soient bon marché et efficaces. (Journal chinois
Jingli Guancha Bao, dans Courrier International
n° 1242, du 21 au 27 août 2014, pp. 36-37)







Commentaire : Toute ressemblance avec des
événement intervenus dans la vallée de la Loue ou celle
du Dessoubre serait fortuite… Les engrais bio, jugés
trop chers par les agriculteurs chinois, sont encore utili-
sés de manière insignifiante. Compte tenu de ce qui se
passe chez nous, il est difficile de donner des leçons
aux Chinois. Mais il est temps que les pratiques agri-
coles changent sur l'ensemble de la planète. C'est une
question de survie pour l'humanité.
2. Vie privée à vendre, prix à débattre
Les données personnelles qui circulent sur Inter-
net ont une valeur marchande. Les lois actuelles protè-
gent partiellement la vie privée, mais le consommateur
dispose de peu de contrôle sur la manière dont ces infor-
mations sont collectées et utilisées à des fins commer-
ciales. Des chercheurs ont calculé la valeur de ces infor-
mations utilisées dans le marketing : 50 à 1 200 $ par an.
Les informations en question peuvent paraître anodines,
inoffensives, mais elles peuvent être précieuses pour
définir un profil de consommateur et ainsi cibler la publi-
cité. (Les Dossiers de la Recherche, n° 11, août-
septembre 2014, pp. 43-45)













Commentaire : Savoir que certains se font du fric
en utilisant les données personnelles qui circulent sur
nos ordinateurs et nos téléphones portables est déjà très
désagréable. Mais il y a dans ces données personnelles
bien plus que de l'argent. On peut stocker l'empreinte de
notre visage sur une base de données, traquer nos
moindres mouvements dans les magasins grâce à Blue-
tooth, etc. Tout cela est ensuite exploité avec des algo-
rithmes sophistiqués. Il est temps que ces activités soient
encadrées par la loi et surveillées par des organismes
indépendants.
3. Le réfrigérateur qui transpire
Le botijo est un cruchon espagnol, en terre cuite
non émaillée, qui garde le liquide qu'il contient à une
température de 10°C inférieure à la température am-
biante. C'est l'évaporation de l'eau à la surface de la pa-
roi poreuse qui abaisse la température du récipient.
Science et écologie
TERRE POLLUÉE, VIE PRIVÉE A VENDRE,
ET FRIGO RUSTIQUE
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.
22
Journées d’automne
DEMANDEZ LE NOUVEAU PROGRAMME !
Le processus physique
est bien connu : l'éner-
gie nécessaire à l'éva-
poration de 1 g d'eau
est de 2 250 joules.
Cette énergie est prise
sur le liquide dont la
température est ainsi
abaissée. C'est le
même phénomène qui
est en jeu dans la
transpiration. C'est
l'évaporation de la sueur qui aide le corps à se refroidir.
Le botijo a inspiré un Nigérian, qui a conçu un
« réfrigérateur » basé sur le même principe. Deux jarres
de terre cuite poreuse sont emboitées avec du sable hu-
mide entre les deux. Un linge humide sert de couvercle.
En pratique, des aliments ou des médicaments placés
dans la jarre interne sont maintenus à une température
d'une quinzaine de degrés inférieure à la température
ambiante, ce qui aide à les conserver. (Pour la Science
n° 441, juillet 2014, pp. 86-88)








Commentaire : il s'agit d'une technique rus-
tique, bon marché et qui ne consomme pas d'électrici-
té. La consommation d'eau est modeste puisqu'il faut
une trentaine de jours pour que tout le liquide conte-
nu dans le sable s'évapore. On n'arrive pas aux 4°C des
réfrigérateurs, mais c'est une aide précieuse à la con-
servation des aliments dans les zones dépourvues
d'électricité.

Gérard Mamet


Nous demandons une attention toute particulière à nos lecteurs et lectrices qui ont déjà reçu la plaquette des journées
d’automne (Amange, à côté de Dole, les 4 et 5 octobre 2014).
En effet, compte tenu de l’actualité qui est très dense et du calendrier des échéances politiques qui est « mouvant »,
nous avons dû modifier quelque peu l’organisation du samedi 4 octobre.
La matinée sera consacrée aux ateliers sur l’économie solidaire et le financement de la transition écologique, ainsi qu’à
la découverte de la forêt de la Serre.
L’après midi se tiendra une assemblée générale, qui permettra aux candidats à la tête de liste pour les élections
régionales de se présenter et d’énoncer les grandes lignes de leur programme. Un vote aura lieu à l'issue de cette AG pour
déterminer le binôme qui emmènera la liste EELV de Franche-Comté aux élections régionales de l’année prochaine.
Nous vous présentons toutes nos excuses pour ces modifications de dernière minute et nous espérons que cela ne
refroidira pas votre enthousiasme pour participer à cet événement politique automnal.
EELV-FC

23
14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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