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I) Le XIXe siècle belliqueux et impérialiste

L'essor du libéralisme au XIXe siècle a donné naissance à des courants de pensée

nationalistes, colonialistes, et impérialistes. Ces idéologies se concrétisèrent dans des luttes

armées auxquelles des puissances européennes s'adonnèrent en vue d'étendre leur

domination sur la Planète et ainsi former des empires et des colonies, sources de richesses

et de prestige pour les métropoles européennes. La volonté de domination des puissances

européennes est à l'origine de nombreux conflits. Lors de son règne à la tête de l'Empire

français de 1804 à 1815, Napoléon Bonaparte mena plusieurs campagnes militaires visant

l'expansion de l'Empire français. Les batailles d'Austerlitz, d'Iéna ou encore d'Auerstedt ont

certes permis à Napoléon d'accroître le territoire de l'Empire français, mais elles ont aussi

été le théâtre de batailles sanguinaires ayant causé la mort de plusieurs milliers de

personnes1. Le XXe siècle est également l'époque de guerres d'indépendance en Afrique, en

Amérique du Sud, et en Océanie. Ces mouvements indépendantistes remettent en cause la

pérennité de la domination impérialiste européenne2. De même, les nombreuses campagnes

expansionnistes dirigées par Napoléon Bonaparte et Napoléon III ont été vouées à l'échec

lors des batailles de Waterloo (18 juin 1815) et de Sedan (1870) qui ont fait respectivement

7000 et 28 000 morts. Face à ces guerres issues d'une politique impérialiste des puissances

1 TULARD, Jean. «Premier Empire ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En ligne.


<http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=18377&nref=F962641>. Consulté le 17 octobre
2009.
2 AGERON, Charles-Robert. «Décolonisation ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En ligne.
<http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=1254&nref=C097040>. Consulté le 17 octobre
2009.

1
européennes, un nouveau courant de pensée, le pacifisme, propose une idéologie visant à

faire de la paix le centre des préoccupations politiques.

II) Trois pacifistes prolifiques

1. Jean Jaurès (1859-1914)

Né le 3 septembre 1859 à Castres, en France, fils de Jules Jaurès, un bourgeois ruiné et

d'Adélaïde Barbaza, Jean Jaurès est un homme politique français célèbre. Il entre au collège

de Castres en 1869 et son talent scolaire est admiré de ses maîtres. Quelques années plus

tard, en 1876, il devient boursier à Sainte-Barbe, à Paris, et obtient en 1878 le premier prix

de dissertation française au Concours général et il est admis à l'École normale supérieure.

Après avoir obtenu son doctorat en philosophie en 1892, Jean Jaurès se distingue dans la

sphère politique en s'affirmant, de 1894 à 1897, comme leader majeur du mouvement

ouvrier en soutenant entre autres les verriers de Carmaux. En 1902, il forme le parti

socialiste français et devient directeur du quotidien l'Humanité en 1904. Jean Jaurès meurt

assassiné le 31 juillet 1914 par Raoul Villain3.

2. Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948)

Gandhi naquit le 2 octobre 1869 dans la caste des marchands à Porbandar, dans le Gujarat

en Inde. Son père, Karamchand Gandhi, a été membre au tribunal du Rajasthan puis

premier ministre de la principauté de Rajkot. À l'âge de 18 ans, Gandhi entre le 4 septembre

1888 à l'Université de Londres où il développe un grand intérêt pour les religions. Pendant

3 JEANNENEY, Jean-Noël. 2001. Jean Jaurès. Paris : éditions Nathan. p. 91-94

2
son séjour en Afrique du Sud de 1893 à 1914, Gandhi mène une campagne politique pour

l'amélioration de la condition morale des Indiens et fonde en 1894 le Congrès indien du

Natal. En Inde, Gandhi lutte contre les injustices sociales et l'empire britannique pour

l'indépendance de l'Inde, mobilisations qui ont fait de lui un grand leader indien. Gandhi

perd la vie le 30 janvier 1948 à New Delhi sous les balles Nathuram Godse, un hindou

radical4.

3. Martin Luther King Jr. (1929-1968)

Né le 15 janvier 1929 à Atlanta aux États-Unis, Martin Luther King Jr. est l'apôtre du

mouvement anti-ségrégationniste américain. Fils de l'institutrice Alberta King et du pasteur

Martin Luther King, Martin Luther King Jr. est ordonné pasteur de l'Église baptiste le 25

février 1948 avant d'être diplômé, le 20 juin 1948, en sociologie et de sortir agrégé de

philosophie le 18 juin 1955 de l'Université de Boston. Le 2 décembre 1955, il organise le

boycott des bus de Montgomery et lutte, tout au long de sa vie, contre la ségrégation aux

États-Unis, gestes pacificateurs qui atteignent leur paroxysme dans la vie de Martin Luther

King Jr. le 28 août 1963 lors de son fameux discours «I have a dream ». L'apôtre de la non-

violence meurt assassiné à Memphis par James Earl Ray le 4 avril 19685.

4 KERMAREC, Joël. «Gandhi ». In Encyclopaedia Universalis, éd. 2002.


5 Martin Luther King, l'apôtre de la non-violence. 2006. Paris : Librio : Le Monde 2, archives. p. 18

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III) Le pacifisme6

Le pacifisme est en soi un courant de pensée très éclectique; il ne se limite pas à un lieu

précis, ni à une époque précise, ni à des valeurs uniques et stables à travers le temps.

Globalement, le pacifisme se définit comme une idéologie selon laquelle les êtres humains

ont le désir de vivre en paix et qui compte la paix et l'harmonie parmi ses principales

valeurs7. C'est surtout l'application du pacifisme dans la vie politique qui a donné lieu à

divers courants idéologiques. Le pacifisme moral ou religieux s'oppose à toute guerre et à

toute violence entre les hommes, soutenant que la conduite morale dans le domaine

religieux doit être appliquée au domaine politique8. Le mouvement chrétien des Témoins

de Jéhovah apparu aux États-Unis au XIXe siècle s'oppose à toute participation à la guerre

et est réfractaire à toute utilisation de forces armées. Les Témoins de Jéhovah se donnent

pour mission d'être au service de Dieu sur Terre et adoptent en cette voie une attitude

neutre vis-à-vis des autres nations9. Un autre courant du pacifisme, le pacifisme

internationaliste et institutionnel, a pour objectif de maintenir l'ordre international, soit

établir une paix durable entre les nations axée sur la collaboration entre les nations et

d'encourager la paix par le biais de l'éducation10. Gandhi s'inscrit dans ce courant pacifiste.

Acteur majeur dans l'indépendance de l'Inde, Gandhi cherche à distancier l'Inde de

6 Le pacifisme, en tant qu'idée, existe depuis l'Antiquité. Cependant, le pacifisme en tant qu'idéologie
politique et mouvement social n'est apparu en fait qu'au XIXe siècle. C'est ce pacifisme moderne dont il
est question dans la présente étude.
7 AREND, Sylvie et Christiane RABIER. 2000. Le processus politique : environnements, prise de décision
et pouvoir. Ottawa : Les Presses de l'Université d'Ottawa. p. 148
8 Ibid, p. 149
9 SÉGUY, Jean. «Témoins de Jéhovah ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En ligne .
<http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=20931&nref=R172361>. Consulté le 20 octobre
2009
10 AREND, Sylvie et Christiane RABIER, p. 150

4
l'influence européenne car, selon lui, la Première Guerre mondiale a montré la nature

satanique de la civilisation européenne et que toutes les lois de la moralité publique ont été

brisées par les vainqueurs au nom de la vertu11. Pour se débarrasser du joug britannique,

Gandhi renonce à la violence armée et propose plutôt au peuple indien d'utiliser sa propre

volonté pour se ''purifier'' lui-même de l'autorité britannique. Ainsi, Gandhi propose de

régler les conflits internationaux sur une base morale, en coopérant avec le Royaume-Uni,

et non en lui résistant par la force armée12.

Martin Luther King Jr. est une autre grande personnalité du pacifisme institutionnel, ou

plus précisément, du pacifisme axé sur la réforme sociale non-violente. Au XXe siècle,

alors que sévit une importante ségrégation de la population noire aux États-Unis, King se

bat pour l'égalité entre noirs et blancs à travers plusieurs manifestations non-violentes. Le 2

décembre 1955, King organise le boycott des bus de Montgomery. Une femme noire

voyageant dans un bus à Montgomery avait refusé de suivre les règles de la ségrégation en

ayant refusé de céder sa place à un homme blanc. King encourage donc la population noire

à réagir en boycottant, pendant 381 jours, les bus de Montgomery. Cette pression

économique pousse les tribunaux à déclarer, au bout d'un an, illégale la ségrégation dans

les transports. En avril 1963, King dirige le mouvement d'action directe non violente et de

tension créatrice pour protester contre la ségrégation à l'embauche et dans les toilettes des

magasins. Le 28 août 1963, il prononce son fameux discours « I have a dream » devant

250 000 personnes à Washington en faveur de la reconnaissance de droits civiques aux


11 HERBERT, Jean. 1974. Ce que Gandhi a vraiment dit. Verviers : éditions Gérard. p. 138
12 Ibid. «Les Anglais ne partiront ou ne se corrigeront que lorsque nous nous serons corrigés nous-mêmes. Je
ne veux pas et je ne peux pas haïr les Anglais, non plus être soumis à leur joug... Nous ne voulons pas que
notre indépendance soit acquise au prix de la ruine de l'Angleterre ». p. 145

5
noirs13.

Un autre important courant du pacifisme se rattache à des mouvements de gauche. Jean

Jaurès, socialiste français, considère que le seul moyen d'abolir les inégalités sociales et les

brutalités infligées aux ouvriers consiste à passer par une lutte des classes, laquelle seule

pourra réconcilier les hommes d'une société14. Jaurès met sa théorie en application en

collaborant avec la S.F.I.O15 en engageant notamment le dialogue avec les syndicalistes

révolutionnaires de la C.G.T16.

IV) Les vertus et les limites du pacifisme

Au premier abord, l'idéologie du pacifisme semble comporter toutes les qualités nécessaires

à un État prospère. En effet, à quoi bon se faire la guerre quand tout pourrait se résoudre

par la paix? Martin Luther King Jr., Gandhi, et Jean Jaurès ont tous les trois été prolifiques

sur le plan politique et ont mené leurs actions sociales sans recourir à la violence. Quels

limites peut-on alors trouver au pacifisme? La réponse à cette question est en fait

13 Martin Luther King, l'apôtre de la non-violence. « Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour
dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais
aujourd'hui un rêve! ». (Extrait du discours prononcé par Martin Luther King Jr.)
14 MERLE, Marcel. 1966. Pacifisme et internationalisme. Paris : éditions Colin. p. 242-243. «Tant que, dans
chaque nation, une classe restreinte d'hommes possédera les grands moyens de production et d'échange,
[…], tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des
individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées contre les peuples. […] Messieurs, il
n'y a qu'un moyen d'abolir enfin la guerre entre les peuples, c'est d'abolir le désordre de la société présente,
c'est de substituer à la lutte universelle pour la vie […] un régime de concorde sociale et d'unité. » (Extrait
du discours prononcé par Jean Jaurès à la chambre des Députés, le 7 mars 1895.
15 S.F.I.O : Section française de l'Internationale ouvrière
16 La Confédération générale du travail (C.G.T). Dans ses débuts, cette organisation regroupait surtout des
révolutionnaires communistes anarchistes. Vers 1912, Jean Jaurès arrive à coopérer avec la C.G.T dans le
but de réaliser l'unité socialiste

6
étroitement liée à la question de l'éducation. Il est à noter que Martin Luther King Jr.,

Gandhi, et Jean Jaurès ont reçu une très bonne éducation, et que les pays où ils ont réalisé

leurs actions sociales étaient, il y a une cinquantaine d'années, déjà très civilisés. À la fin de

la Seconde Guerre mondiale, des organisations à vocation pacifiste, telles l'ONU et

Amnistie internationale ont été créées dans le but d'assurer la paix entre les nations et de

protéger les droits de l'homme. Or aujourd'hui, seuls les pays civilisés et libres ont adopté

des attitudes pacifistes; jusqu'à date, deux pays démocratiques ne sont jamais entrés en

guerre. D'un autre côté, les pays en développement (Le Congo, la Somalie, le Soudan...), et

les régimes autoritaires (Russie, Corée du Nord, Chine...) continuent de faire usage des

forces armées et de la violence pour engager des guerres, ou encore pour menacer des pays

voisins. Georges Clemenceau (1841-1929) a dit : «Il est plus facile de faire la guerre que la

paix. »17 D'un point de vue philosophique, la guerre peut être comprise comme une manière

de contraindre son adversaire à exécuter notre volonté18. De nos jours, les pays

démocratiques ne sont pas contraints à faire la guerre pour exécuter leur volonté. En effet,

la volonté d'un pays démocratique est en fait représentée par l'ensemble de sa population,

laquelle baigne dans les valeurs de la civilisation et de la liberté. De plus, un pays

démocratique, à moins d'être attaqué, n'a pas besoin d'user des forces armées pour exercer

sa volonté. À l'opposé des sociétés démocratiques, des régimes autoritaires n'ont parfois

d'autre choix que de recourir aux forces armées pour que leur volonté soit exécutée par

d'autres pays. La Corée du Nord, par exemple, doit se servir de la menace nucléaire pour

17 CARLIER, Robert. 2007. Dictionnaire des citations françaises. Paris : éditions Larousse. p. 136
18 CLÉMENT, Élisabeth. 2000. La philosophie de A à Z. Paris : éditions Hatier. p. 186

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obtenir l'attention et une aide financière de ses pays voisins. Ainsi, l'utilisation de la

violence, des forces armées et de la guerre est le moyen le plus simple pour un État

d'obliger son adversaire à exécuter sa volonté. Le pacifisme n'est donc pas applicable à

toutes les sociétés. L'actualité politique montre bien que seuls les États libres arrivent à

intégrer les valeurs de paix au sein de leur politique. Le pacifisme peut donc être perçu

comme une idéologie supérieure qui chapeaute les valeurs de toute société libre.

V) Conclusion

Face aux nombreux conflits politiques violents du XIXe siècle, le pacifisme propose une

politique fondée sur la paix et l'harmonie entre les nations. Martin Luther King Jr., Jean

Jaurès et Gandhi ont mené des réformes sociales non-violentes ayant la paix pour

principale motivation. Cependant, l'Histoire a montré jusqu'à aujourd'hui que seules les

sociétés civilisées ont réussi à intégrer les valeurs pacifistes au sein de leurs politiques, aux

dépens des régimes autoritaires et des pays en développement qui ont besoin de la violence

pour faire exécuter leur volonté par les autres.

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Bibliographie

AGERON, Charles-Robert. «Décolonisation ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En


ligne. <http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=1254&nref=C097040>.
Consulté le 17 octobre 2009.

AREND, Sylvie et Christiane RABIER. 2000. Le processus politique : environnements,


prise de décision et pouvoir. Ottawa : Les Presses de l'Université d'Ottawa. 441p.

CARLIER, Robert. 2007. Dictionnaire des citations françaises. Paris : éditions Larousse.
660p.

CLÉMENT, Élisabeth. 2000. La philosophie de A à Z. Paris : éditions Hatier. 480p.

HERBERT, Jean. 1974. Ce que Gandhi a vraiment dit. Verviers : éditions Gérard. 254p.

JEANNENEY, Jean-Noël. 2001. Jean Jaurès. Paris : éditions Nathan. 139p.

KERMAREC, Joël. «Gandhi ». In Encyclopaedia Universalis, éd. 2002.

Martin Luther King, l'apôtre de la non-violence. 2006. Paris : Librio : Le Monde 2,


archives. 94p.
MERLE, Marcel. 1966. Pacifisme et internationalisme. Paris : éditions Colin. 360p.

SÉGUY, Jean. «Témoins de Jéhovah ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En ligne .


<http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=20931&nref=R172361>. Consulté le
20 octobre 2009

TULARD, Jean. «Premier Empire ». In Encyclopaedia Universalis. 2008. En ligne.


<http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=18377&nref=F962641>. Consulté le
17 octobre 2009.