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Exercice de styles

Ludmila Duchêne et Agnès Leblanc


Tous droits réservés – Agnès Leblanc & Ludmila Duchêne – 2009
Version du 3 juin 2009
TABLE DES MATIÈRES

Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Beweis ohne Worte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
— Est-ce bien réel ? s’interrogea Pécuchet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Les cahiers du cinéma. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
La mort aux trousses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Barry Lyndon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Passe ton bac d’abord. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Comédie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Coquilles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
De quoi s’agit-il ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Description. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Désinvolte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Devoir maison. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Une démonstration digressive de l’irrationalité de la racine
carrée de 2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Où radical-3 du corps Q disparaît. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2 TABLE DES MATIÈRES

Électronique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Géométrie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Homothéties. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
Écrit à l’imparfait. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

Je me souviens de 11 et que ce n’est pas rationnel (extraits) 61
Lettre officielle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Limite pédant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Mécréant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Mersenne ne m’aime. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Minimaliste. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Notation polonaise inverse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Quarante-deux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Quintine (ou cinquine). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Le rêve de Théétête. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Source. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87

Irrégularité de 2 (irrationalité + 7). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89

Towards a Stringy Proof of the Irrationality of 2 . . . . . . . . . . 91
Vulgaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Co-notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
INTRODUCTION


Nous montrons ici des textes qui démontrent
√ l’irrationalité de 2 (et
de quelques autres). C’est un nombre 2 dont le carré est égal à 2. Un tel
nombre doit exister : c’est, d’après le théorème de Pythagore, la longueur
de la diagonale d’un carré dont la longueur du côté est 1. Ce que l’on veut
démontrer, c’est que ce nombre ne peut pas s’écrire comme une fraction
p
, où p et q sont des nombres entiers.
q

Pourquoi ces textes ? Par amour, pour √ les mathématiques et pour la


littérature. Le désir n’est pas venu de 2 lui-même (sujet) mais, bien
sûr, des Exercices de style de Raymond Queneau.

Une démonstration. Commençons par donner une démonstration, la


plus populaire parmi les mathématiciens. C’est une démonstration « par
l’absurde » : on suppose au contraire qu’il existe des nombres entiers p et
p √
q tels que la fraction soit égale à 2 et soit « irréductible », c’est-à-dire
q
ne puisse pas se simplifier (sinon on la simplifie), et on essaie d’arriver à
une absurdité, une contradiction. On écrit donc
p √
= 2, puis on élève au carré,
q
p2
= 2, on multiplie les deux membres par q 2
q2
p2 = 2q 2 ,
et le raisonnement commence : si on a une telle égalité, alors p ne peut
pas être un nombre impair, donc il est pair, donc p2 est divisible par 4.

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4 INTRODUCTION

Donc notre dernière égalité s’écrit 4 trucs = 2q 2 , donc, en divisant par 2,


q 2 est pair, donc q est pair. Mais alors, le numérateur p et le dénominateur
q de la fraction sont pairs tous les deux : c’est la contradiction cherchée
puisque alors la fraction pourrait être simplifiée.

Pourquoi vouloir démontrer une chose pareille ? D’une part, les


mathématicien·ne·s aiment bien cette démonstration... parce que c’est
une démonstration, une vraie, et pas trop difficile, ce qui fait qu’il est pos-
sible d’en parler avec des non-professionnels. Elle sert souvent d’exemple,
de réponse à la question « Qu’est-ce que vous faites ? » ou « C’est quoi,
une démonstration ? »
D’autre part, c’est une preuve du fait que l’on a besoin√d’autres
nombres que les simples fractions, et une fois qu’on a admis 2 √ parmi
les nombres, arrivent à sa suite des tas d’autres racines, dont 5(1) ,
et des tas d’autres nombres comme π (celui d’Archimède, la star des
nombres(2) ), e (celui des logarithmes(3) )...
?

Il y a bien d’autres démonstrations, dont certaines sont données dans


tel ou tel de nos textes. Certaines sont jolies et sérieuses, d’autres sont
beaucoup trop compliquées. On peut aussi démontrer d’une façon com-
plètement analogue le fait que, si√le nombre entier d n’est pas le carré
d’un autre nombre entier, alors d est irrationnel lui aussi. Pour les
besoins exprimés par la littérature, nous remplacerons parfois 2 par un
autre nombre, mieux adapté au texte en question.
Pour le plaisir et la jubilation de les écrire, nous en avons reproduit ou
« inventé » quelques-unes(4) .


(1) 1+ 5
et sa fille (le « nombre d’or »).
2
(2)
Sur lequel il y aurait eu beaucoup à écrire, mais pas grand chose d’aussi élémentaire.
Signalons toutefois, dans une thématique proche que l’artiste qui a fait les décorations
en bronze du temple de Salomon avait réussi à fabriquer un cercle de diamètre dix
coudées dont le périmètre en mesurait trente (d’après la Bible, Premier livre des
Rois, 7.23).
(3)
Que deux de nos pastiches feront disparaître et réapparaître.
(4)
Certaines existent malheureusement vraiment, comme celle qui fait l’objet du sujet
du « Devoir maison » que l’on trouvera quelques pages plus loin.
INTRODUCTION 5

On peut aussi démontrer, √ ce qui est moins fort mais que nous nous
laissons aller à faire, que 2 n’est pas un nombre décimal. On peut en-
core utiliser la décomposition des nombres entiers p et q en produits de
facteurs premiers, comme un des protagonistes nous le rappelle judicieu-
sement.
L’une des « trop compliquées » fait appel à ce que l’on appelle le « cri-
tère d’irréductibilité d’Eisenstein(5) ».
Il y a aussi de nombreuses démonstrations « géométriques » plus ou
moins limpides, qui feront l’objet de plusieurs figures dessinées spéciale-
ment pour ce texte.
Enfin il y a les auteurs que nous nous sommes permis de pasticher (avec
parfois l’aide gracieuse et involontaire de certains mathématiciens à qui
il arrive d’écrire ou d’agir comme tel ou tel « maître de mathématiques »,
voire pire(6) ).
?

(5)
Cet Eisenstein est le mathématicien allemand Ferdinand Gotthold Max Eisenstein
(1823–1852) et non pas le mieux connu cinéaste soviétique Sergueï Mikhaïlovitch
Eisenstein (1898–1948) — une homonymie que nous ne manquons pas d’exploiter
dans une série « cinématographique ».
(6)
Nous avons essayé de traiter ces comportements avec humour — de toute façon il
est peu probable qu’ils lisent ces textes, encore moins qu’ils s’y reconnaissent.
NOTATIONS

( ) des parenthèses, ( ) note en bas de page, une marge(1) .


α, β, . . . , ω les lettres grecques. Tous les autres signes de typographie
connus à ce jour. Les mots truc, truque, sous-truc, sous-truque. Tous les
mots.
p, q deux entiers naturels, pas nécessairement
√ premiers, ni deuxièmes,
ni troisièmes. x une indéterminée. 2 la racine carrée de 2.
=, ⇒, ⇐, les symboles d’égalité, d’implication logique pour la logique
à gauche et la logique à droite respectivement(2) .
Q le corps des nombres rationnels. F un foncteur souvent représen-
table, parfois représenté. Parfois sur Q, parfois pas. Ce foncteur n’est
pas toujours français. G.
X un classement non utilisé ici.

(1)
Il se peut que ma coauteur en abuse.
(2)
L’égalité à gauche est la même qu’à droite.

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BEWEIS OHNE WORTE

q
p q
q q
p/
1
√ 2=
q

1 q
p


q

2q − p p−q

(ou presque) si 2 était rationnel, il y aurait un triangle rectangle isocèle
à côtés entiers, un autre à côtés entiers plus petits, etc. avec une variante...

q
p
q

p−q
2q − p

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— EST-CE BIEN RÉEL ?
S’INTERROGEA PÉCUCHET

Pécuchet, tout de suite, s’était accroupi derrière la cuve, et Bouvard,


comme écroulé sur un tabouret. Quand ils purent recouvrer la parole, ils
se demandèrent quelle était la cause de tant d’infortunes, de la dernière
surtout ? Pécuchet termina par ces mots :
— C’est que, peut-être, nous ne savons pas les mathématiques !

Pour savoir les mathématiques, ils décidèrent d’étudier premièrement


l’arithmétique, qui est la science des nombres.
— Car les nombres sont premiers, dit Bouvard.
Ils se procurèrent le cours de Flobard et apprirent d’abord que « les
nombres les plus simples peuvent être décomposés ».
Ce sont les nombres entiers. On les distingue entre premiers et compo-
sés, différence qui n’a « rien d’absolu », dit l’auteur, un nombre premier
étant composé de lui-même et de l’unité. Incessamment ils parlaient de
numérateurs et de dénominateurs, de multiples et de diviseurs.
Ils découvrirent les rationnels, qu’il convenait de distinguer des réels,
« un nombre rationnel pouvant être considéré comme un nombre réel »
alors que l’inverse n’est possible « que dans certaines circonstances ». Les
racines irrationnelles troublèrent Pécuchet.
— Puisqu’un nombre, je suppose, multiplié par lui-même, donne un
nombre, il me semble que ce nombre doit se diviser en autant de parties ;
mais on dit ici que ce n’est pas le cas. Enfin, je ne comprends pas.
— Moi non plus, disait Bouvard.
Et ils recoururent à un ouvrage moins difficile, celui d’Homais, où ils
acquirent la certitude que deux et deux, ainsi que deux fois deux, font
quatre. Ce qui les ébahit par dessus tout, c’est que la racine de deux,

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12 — EST-CE BIEN RÉEL ? S’INTERROGEA PÉCUCHET

comme nombre rationnel, n’existe pas. Ils lurent et relurent une démons-
tration dans laquelle ils découvrirent une fraction qu’il était impossible
de simplifier mais dont les deux termes, supérieur et inférieur, étaient des
nombres pairs. Bouvard n’en voulut rien croire, et plus de vingt fois ils
recommencèrent le calcul. Ils arrivaient toujours à la même conclusion.
— Quelle est la cause de tout cela ?
— Peut-être qu’il n’y a pas de cause.
— Cependant...
Et Pécuchet répéta deux ou trois fois « cependant » sans trouver rien
de plus à dire.
— Ce n’est pas rationnel, dit Bouvard.
— Mais est-ce bien réel ? s’interrogea Pécuchet.
Le docteur Vaucorbeil pouvait, sans doute, les aider. Ils se présentèrent
au moment de ses consultations.
— Messieurs, je vous écoute ! de quoi souffrez-vous ? prenons le mal à
la racine !
Pécuchet répliqua qu’ils n’étaient pas malades, et ayant exposé le but
de leur visite :
— Nous désirons connaître premièrement la raison de l’irrationalité de
la racine de deux.
Le médecin rougit beaucoup, puis les blâma de vouloir apprendre
l’arithmétique.
— Je ne nie pas son importance, soyez en sûrs ! mais actuellement,
on la fourre partout ! L’arithmétique pourrait être une blague, et ceci
expliquerait que vous ne parveniez à la comprendre.
— Cependant, dit Pécuchet, si le numérateur et le dénominateur sont
pairs, on doit pouvoir simplifier la fraction.
Le docteur dénigra ce raisonnement, comme trop éloigné de la nature.
Ils sortirent. Sur le seuil, Pécuchet baissait la tête. Bouvard dit alors :
— Nous aurions peut-être dû commencer par la géométrie ?
LES CAHIERS DU CINÉMA

Théorème, le célèbre film de Pier Paolo Pasolini, est au nombre de


ceux qui ébranlent la racine de deux ou trois de nos croyances les mieux
établies. C’est dans un monde irrationnel qu’évolue le principal acteur de
cette démonstration. Si ce jeune homme, cet invité, provoque nombre de
transformations au sein de ce qui était une fraction de la bourgeoisie en
décomposition, en jouant les facteurs d’une sorte de « bonne nouvelle »
sexuelle pour tous, des premiers (la bonne, le fils) au dernier (le père),
membres du carré familial d’un capitaliste (pour employer des termes
sans ambiguïté), sa présence ferait aussi apparaître une inattendue puis-
sance des sentiments et ressentiments de ses hôtes. Le film est servi par
au moins deux acteurs exceptionnels, avec un Terence Stamp exposant sa
beauté troublante pour commettre impair calculé sur impair prémédité,
ce qui est un moyen de révéler l’absurde de la société dans laquelle les
personnages se débattent. Une autre démonstration de l’exceptionnelle
direction de Pasolini, qui utilise pour la première fois des acteurs profes-
sionnels, est la performance de Silvana Mangano, dont la seule présence
est un critère d’excellence. La participation de comédiens aussi confir-
més ne remet pas en cause l’irréductibilité de Pasolini comme auteur de
films — de plus en plus une sorte d’Eisenstein italien et moderne —
qui nous donne un chef d’œuvre (même si pas immédiatement) exigeant.
L’irréductibilité d’un certain regard acéré sur le monde — sorte de « po-
lynôme » de ce « théorème » — est essentielle au propos. Le passage de
l’invité sur le corps de tous les membres de la famille, les plus rationnels
des spectateurs et des critiques l’ont compris, démontre le rationalisme
et l’athéisme du réalisateur de Théorème.
?

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14 LES CAHIERS DU CINÉMA

Théorème, le célèbre film de Pier Paolo Pasolini, est au nombre de ceux


qui ébranlent la racine de deux ou trois de nos croyances les mieux établies.
C’est dans un monde irrationnel qu’évolue le principal acteur de cette démons-
tration. Si ce jeune homme, cet invité, provoque nombre de transformations
au sein de ce qui était une fraction de la bourgeoisie en décomposition, en
jouant les facteurs d’une sorte de « bonne nouvelle » sexuelle pour tous, des
premiers (la bonne, le fils) au dernier (le père), membres du carré familial
d’un capitaliste (pour employer des termes sans ambiguïté), sa présence ferait
aussi apparaître une inattendue puissance des sentiments et ressentiments de
ses hôtes. Le film est servi par au moins deux acteurs exceptionnels, avec un
Terence Stamp exposant sa beauté troublante pour commettre impair calculé
sur impair prémédité, ce qui est un moyen de révéler l’absurde de la société
dans laquelle les personnages se débattent. Une autre démonstration de l’ex-
ceptionnelle direction de Pasolini, qui utilise pour la première fois des acteurs
professionnels, est le rôle joué par Silvana Mangano, dont la seule présence
est un critère d’excellence. La participation de comédiens aussi confirmés ne
remet pas en cause l’irréductibilité de Pasolini comme auteur de films — de
plus en plus une sorte d’Eisenstein italien et moderne — qui nous donne un
chef d’œuvre (même si pas immédiatement) exigeant. L’irréductibilité d’un
certain regard acéré sur le monde — sorte de « polynôme » de ce « théorème »
— est essentielle au propos. Le passage de l’invité sur le corps des membres
de la famille, les plus rationnels des spectateurs et des critiques l’ont compris,
démontre le rationalisme et l’athéisme du réalisateur de Théorème.(1)

(1)
Théorème le nombre racine de deux est irrationnel démonstration. Si ce nombre
était une fraction la décomposition, en facteurs premiers du carré d’un des termes
ferait apparaître une puissance de deux avec un exposant impair ce qui est absurde
Une autre démonstration utilise le critère d’irréductibilité d’Eisenstein qui donne im-
médiatement L’irréductibilité d’un certain polynôme sur le corps des rationnels et
démontre leThéorème. Satisfaite ?
LA MORT AUX TROUSSES(1)


Proposition. En utilisant le critère d’Eisenstein, montrer que d n’est
pas rationnel si d n’est pas un carré parfait.

Les candidats avaient beau lire et relire le sujet, ils étaient interlo-
qués par la question posée. Ils se toisèrent tous du regard, impuissants et
désemparés. Certes, Eisenstein, cinéaste extraordinaire, l’un des inven-
teurs de l’écriture et du montage cinématographiques, fut aussi un théo-
ricien de son art, mais, même si les meilleurs d’entre eux se souvenaient
qu’il s’était intéressé aux mathématiques chinoises, nul ne parvenait à
faire le lien entre le regard fiévreux√d’Yvan le Terrible, ou les yeux exor-
bités de « la mère de l’enfant » et d, que le carré d fût parfait ou pas
— précision mystérieuse qui ajoutait d’ailleurs à l’inquiétude de la salle.
Les premiers instants de surprise passés, les plus audacieux se convain-
quirent qu’il fallait se concentrer sur le plus célèbre des films d’Eisenstein,
le « Cuirassé Potemkine », au programme cette année, dont ils avaient
consciencieusement appris qu’il était le paradigme du film rouge en noir
et blanc, et peut-être compter le nombre remarquable de plans-séquences
du film, ou le nombre de marches de l’escalier d’Odessa, que descendait
et redescendait le landau au poupon. Sans trop y croire, certains se ha-
sardèrent aussi à des supputations sur la longueur de l’escalier, fiers de se
rappeler qu’il suffisait d’appliquer le théorème de Pythagore pour mener
à bien le calcul de cette fabuleuse distance. Rien de très concluant dans

(1)
NdlR : « North By Northwest », film de A. Hitchcock.

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16 LA MORT AUX TROUSSES

toutes ces tentatives, il faut bien le reconnaître, de sorte que, l’heure avan-
çant, la plupart des jeunes gens se résignèrent et, désabusés, renoncèrent
à composer.
C’est peu avant la fin de l’épreuve que fut brutalement interrompu le
calvaire des lycéens, quand le principal lui-même annonça aux candidats
au baccalauréat littéraire, option cinéma, qu’il y avait eu une confusion
dans les sujets et qu’on leur avait proposé celui destiné aux candidats
au baccalauréat scientifique, option maths. Un quiproquo fondé sur une
homonymie, voilà tout(2) .
Tous les élèves furent bien entendu soulagés, certains se demandant(3)
ce que les candidats au baccalauréat scientifique avaient bien pu écrire à
propos de

Proposition. « Teorema »(4) est-il une démonstration de l’athéisme de son


auteur ?

(2)
Cette ficelle fut exploitée dans beaucoup de scenarii, dont celui de « North By
Northwest », film au programme des terminales littéraires cinéma audiovisuel pour 3
ans à partir de 2008 (source wikipedia).
(3)
et peut-être aussi ma co-auteur ?
(4)
NdlR : « Teorema », film de P.P. Pasolini
BARRY LYNDON

Proposition. « Teorema » est-il une démonstration de l’athéisme de son


auteur ?

Ils sèchent tous : les doublants écœurés, le touriste qui sèche tout le
temps, ce qui ne le change pas, le désinvolte, qui soupire, la méthodique,
qui teste en vain ses méthodes, le finaud qui se creuse les méninges plus
par acquis de conscience qu’autre chose, la rêveuse qui dévore l’étourdi
des yeux, lequel s’est trompé en recopiant le sujet car il a oublié le mot
« athéisme », ce qui a encore moins de sens, le distrait, qui compte les
mouches, même la débrouillarde, ce qui n’est pas peu dire, et l’optimiste,
qui se prend à douter. Tous sèchent, sauf le tricheur, hypocrite et lèche-
cul, qui écrit n’importe quoi pourvu que cela plaise. Pas de doute, il fera
carrière(1) .

(1)
Toute ressemblance avec certains collègues est volontaire et assumée.

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PASSE TON BAC D’ABORD


Proposition. En utilisant le critère d’Eisenstein, montrer que d n’est
pas rationnel si d n’est pas un carré parfait.

Dis comme ça, ça a l’air costaud, mais, avec l’indication, ça devrait le


faire. Réflexion de l’optimiste, qui s’attelle à la tâche, avec son style bien
à elle, brut de décoffrage et un tantinet bordélique.
Le touriste, doigts de pied en éventail, le regard déjà inexorablement
attiré par la fenêtre, essaie d’effeuiller mentalement le cours qu’il a soi-
gneusement photocopié, les titres de chapitre, les critères, les cratères,
d’Eisenstein ou pas. Plus dure sera la chute.
La méthodique, lunettes carrées, coupe de cheveux impeccable, sait
tout sur le bout des doigts, un peu trop parfaitement peut-être. Elle,
au moins, ne papotait pas avec les doublants qui commentaient le jeudi
matin le contenu du « Canard Enchaîné » de la veille. Elle commence
donc par écrire ce fameux critère D’Eisenstein. « Soit P un polynôme ».
Tous ceux qui savent que le critère d’Eisenstein a un lien avec les
polynômes martèlent ce sésame, gage de sérieux, pensent-ils.
« Soit P un polynôme » répète le désinvolte, à coefficients nulle part,
alors que la méthodique sait bien qu’ils sont dans Z, et soit p un nombre
premier continue le désinvolte, qui a oublié de préciser que P s’écrit

P = an X n + an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 .

L’étourdi a fait les choses dans l’ordre et ajoute que le nombre premier
p divise tous les les coefficients, sauf an . Il écrit que sous ces conditions,

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20 PASSE TON BAC D’ABORD

P est irréductible, réfléchit deux minutes, s’avise que


X 2 − p2 = (X − p)(X + p)
n’est pas irréductible et pense qu’il faut ajouter la condition que p2 ne
divise pas a0 . Voilà le critère d’Eisenstein : sous toutes ces conditions le
polynôme P est irréductible sur Z, précision que le désinvolte oubliera
de donner.
Les doublants en sont là aussi. Sous leurs faux airs décontractés, malgré
leur récréation du jeudi matin et leurs pitreries du fond de la classe pour
enquiquiner les fayots du premier rang, ils ont travaillé sérieusement et
savent qu’ils n’ont d’autre choix cette année que de réussir.
Le touriste commence à s’ennuyer de cette agitation qui l’entoure, des
petits bruits de glissement de stylos-plume, des crissements de ceux qui
écrivent au crayon papier au brouillon. Il avait beau frimer en arrivant,
il ne trouve plus cela très drôle, le touriste.
Une pause. Même la débrouillarde marque une pause, c’est dire si nos
protégés ne sont pas au bout de leurs peines. Ce ne sera pas long : la
débrouillarde voit très rapidement qu’il faut décomposer d en facteurs
premiers et remarque, que, comme d n’est pas un carré, il existe un
nombre premier p qui apparaît à une puissance impaire dans cette dé-
composition. Elle écrit donc d sous la forme d = d02 p1 · · · pn , où les pi
sont des nombres premiers distincts et d0 un nombre entier. Le polynôme
X 2 − d est irréductible sur Z si et seulement si il l’est sur Q c’est-à-dire
si et seulement s’il ne s’annule pas sur Q(1) c’est-à-dire si et seulement
si le polynôme Y 2 − p1 · · · pn ne s’annule pas sur Q, ce qu’elle voit en
posant Y = X/d0 . Or, ce dernier polynôme est irréductible d’après le cri-
tère d’Eisenstein appliqué à p1 et par conséquent ne s’annule pas sur Q.
Le finaud, lui aussi bon élève, à peine moins rapide que la débrouillarde,
veut faire preuve d’originalité et « applique Eisenstein », comme il dit,
à pn . Le choix de p2 est plus risqué car il n’existe pas forcément, et tente
l’étourdi, désireux sans doute d’affirmer sa singularité pour épater sa pe-
tite amie, comme le laisse supposer la présence d’une mèche décolorée
au milieu de la frange noire qui lui tombe sur le front et qui, il faut le
reconnaître, lui donne un air plutôt mignon. Une fois-là, la débrouillarde
et le finaud concluent
√ que le polynôme X 2 − d n’a pas de racine sur Q
et donc que d 6∈ Q. L’étourdi oublie de conclure.

(1)
Ceci, parce qu’il est de degré 2.
PASSE TON BAC D’ABORD 21

De son côté, le tricheur « applique Eisenstein » à d même quand celui-ci


n’est pas supposé premier, en comptant sur l’incompétence de la correc-
trice.
Je n’aime pas les tricheurs.
La rêveuse, le distrait et le désinvolte se sont perdus en cours de route.
Ils reviendront l’année prochaine.
Les doublants s’en sortent avec les honneurs.
Chacune dans un style très différent, l’optimiste et la méthodique se
contentent du cas plus simple où d est un nombre √ premier, ce qui, comme
le lecteur l’a remarqué, suffit pour montrer que 2 n’est pas rationnel.
Elles bénéficieront de l’indulgence bienveillante de la correctrice.
COMÉDIE

Maître de mathématiques En raccommodant son collet, car après


tout, un mathématicien se bat aussi bien qu’un philosophe,
Venons-en à notre leçon.

Monsieur Jourdain
Je suis fâché des coups qu’il vous ont donnés.

Maître de mathématiques
Cela n’est rien. Un mathématicien sait toujours raison garder et
soutenir, par la puissance de son esprit, les assauts les plus vio-
lents. Laissons cela. Que voulez-vous apprendre ?
Monsieur Jourdain
Tout ce que je pourrai car j’ai toutes les envies du monde d’être
savant ; j’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas fait bien
étudier dans toutes les sciences, quand j’étais jeune.
Maître de mathématiques
Ce sentiment est raisonnable.

Monsieur Jourdain
Je ne demande qu’à être initié. Voyez-vous. J’ai quelque inclina-
tion pour une belle marquise et j’ai idée que la compétence en
mathématiques pourrait l’impressionner.
Maître de mathématiques
N’avez-vous point quelques principes, quelques commencements
des sciences ?

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24 COMÉDIE

Monsieur Jourdain
Oh ! Oui ! Je sais lire et écrire.

Maître de mathématiques
Par où vous plaît-il que nous commencions ? Vous sied-il que je
vous apprenne un théorème ?
Monsieur Jourdain
Comment dîtes-vous ?

Maître de mathématiques
Théorème. Un théorème s’établit par une suite de raisonnements
logiques, qu’on appelle une démonstration.
Monsieur Jourdain
Un théorème, un théorème qui sera la démonstration que je suis
un homme amateur de sciences. Voilà ce qu’il me faut pour la
belle marquise, au lieu que de me faire escroquer par tous ces
poètes de pacotille qui voudront me vendre très chers les mêmes
vers qu’ils vendent aux autres galants. Au moins vous, Monsieur
le mathématicien, employez des mots que personne ne comprend.
Un théorème, j’en suis certain, me donnera le savoir.
Maître de mathématiques
Je m’en vais vous en donner un exemple.

Monsieur Jourdain, songeur


Théorème, théorème. Ah, ce mot-là me fait décidément rêver et je
ne doute point que la marquise ne rêvât à son tour à l’évocation de
ce nom charmant, qu’elle ne m’imaginât déjà à l’académie parmi
les autres savants ! Mais poursuivez mon ami, je vous ai encore
interrompu.
Maître de mathématiques
Imaginez un nombre.

Monsieur Jourdain
Voilà, j’imagine. Que cela a l’air excitant ! Poursuivons, poursui-
vons, il me tarde de savoir la suite.
COMÉDIE 25

Maître de mathématiques
Maintenant que vous l’avez bien imaginé, multipliez-le par lui-
même.
Monsieur Jourdain
Là, cela se corse. J’ai soupçon que cela ne sera pas si facile. Mul-
tiplions, multiplions. Voilà j’y viens. Alors, où est le théorème à
présent ?
Maître de mathématiques
Oh, mais cher ami, vous ne devez point montrer tant de hâte.
Sachez que la science des mathématiques est aussi une école de
patience. Si donc, comme je vous l’ai demandé, vous avez bien
multiplié, il faut maintenant que vous supposassiez que vous trou-
viez deux comme résultat.
Monsieur Jourdain
Cela devient ardu mais j’entends bien. Multiplions, multiplions
et deux trouvons. Mais, monsieur le mathématicien, j’ai grande
hâte de savoir votre théorème. Croyez-vous que cela maintiendra
la marquise en haleine ?
Maître de mathématiques
N’ayez pas tant de précipitation, nous y venons, nous y venons.
Je ne doute pas que la marquise ne vous suive avec intérêt et ne
soit impressionnée par votre intelligence. Le théorème est que le
nombre tel que vous l’avez imaginé n’est pas rationnel.
Monsieur Jourdain
Ah là, mon ami, je ne vous suis plus. Que me chantez-vous là ?

Maître de mathématiques
Il n’est pas rationnel, c’est-à-dire qu’il n’est pas raisonnable.

Monsieur Jourdain
J’y suis : mon nombre imaginaire, celui qui..., qui quoi déjà. Aidez-
moi, de grâce !
Maître de mathématiques
qui, multiplié par lui-même vaut 2
26 COMÉDIE

Monsieur Jourdain
Est déraisonnable. Voilà, je l’ai, le théorème de la marquise. Un
nombre imaginaire est déraisonnable. Croyez-vous que cela suffise
pour ma cour ?
Maître de mathématiques
Vous pourriez entreprendre d’exposer la démonstration, où se ma-
nifesterait la raison démonstrative de votre esprit supérieur.
Monsieur Jourdain
Voyons alors comment cela se présente. Mon esprit supérieur doit-
il être dans une disposition particulière ?
Maître de mathématiques
Il faut que vous soyez d’humeur à raisonner, voilà tout. Laissez-
moi vous aider pour le début. C’est qu’en effet, il y faut un peu
de subtilité. Par l’absurde il faut procéder.
Monsieur Jourdain
Par l’absurde. Mais ne disiez-vous pas qu’il fallait au contraire
être raisonnable ?
Maître de mathématiques
Par la force de notre raison tangible, que nous allons ici pour ainsi
dire inverser tout en gardant notre droiture d’esprit, nous allons
remarquer que notre nombre imaginaire ne saurait être rationnel,
enfin, raisonnable.
Monsieur Jourdain
Là, je ne suis plus. Nous raisonnons pour finalement trouver qu’un
nombre n’est pas raisonnable. J’ignorais que les mathématiques
fussent si étranges. Ne poursuivons-nous pas une méthode et son
contraire en même temps ? Il doit y avoir quelque diablerie là-
dessous. En avez-vous vérifié la validité auprès de votre confes-
seur ? Cela commence à m’inquiéter.
Maître de mathématiques
Tranquillisez vous. Si vous me laisser poursuivre, vous verrez par
vous-même que tous ces raisonnements se complèteront en un
tableau harmonieux.
COMÉDIE 27

Monsieur Jourdain impatient,


Je vous écoute. Mais soyez bref. J’ai à faire.

Maître de mathématiques en transe(1) ,


Commencer par écrire votre nombre comme une fraction, un
nombre divisé par un autre, tels qu’aucun autre nombre divisant
le premier ne divise le deuxième, ni aucun nombre le deuxième,
le premier. Multipliez le premier et le deuxième nombre par eux-
mêmes, puis le tout par le deuxième nombre multiplié par lui
même et enfin égalisez. Vous voyez bien, par ce mathématicien al-
lemand encore à naître, par raison pure, par esprit victorieux, par
esprit céleste, cette contradiction splendide, évidente, éclatante,
lumineuse et éblouissante, cette contradiction aveuglante, cette
contradiction solaire, cette contradiction photosphérique, que le
premier nombre sera pair, et donc aussi le deuxième !
Monsieur Jourdain en colère,
Ah, non, encore un charabia auquel je n’entends rien. Tous ces
nombres mêlés, les premiers, les deuxièmes, les pairs, les alle-
mands, les impairs. Je m’y perds. laissons tout cela, je vous prie
ou je vais m’échauffer la bile. Un théorème, cela suffira bien pour
m’aider dans mon dessein de conquérir le coeur de la marquise.
Je me passerai fort bien de la suite pour ma démonstration.

(1)
par inadvertance
COQUILLES(1)

Préposition. Comme beaucoup de radines, la raine parrée de deux est


une sombre irrationnel.

Pieuvre. En profondeur, on verra que le nombre 2 est pourtant une
ombre(2) . Typothésons qu’il (3)
√ boit sationnel . Alors il existe des sentiers
paturels pa et l tels que 2 s’obtienne par la démarche de deviser chemin
faisant a par i. Nous crîmes de tarré. Le résultat fut immédiat et deux
divida horriblement α, le laissant décomposé. Dans un même éran, deux
divida tout aussi horriblement u, et le décomposa lui aussi. Les farceurs
mis à nu surent aisi se comparer. Le verdict fut lipide, bien qu’un peu
grassier : les nombreu k et q ne pouvaient être premiers entre eux. Deux
but(4) résigné coupable de ce forfait avec circonstances atternuantes(5) ,
ainsi que sa raine. On leur trancha la tête, à eux et à sa acine.

(1)
Ouf, ma co-auteur vient de corriger une grave couille dans le titre.
(2)
Le lecteur — au grande dame de ma coauteur, j’emploie le mot lecteur au sens
générique du terme, il pourrait tout aussi bien s’agir d’une lectrice, que je salue
d’ailleurs. J’en profite pour souligner que je n’ai aucun mal à considérer la lectrice
comme le féminin du lecteur, alors que je ne peux admettre qu’autrice, si proche
d’autiste, soit le féminin d’auteur, ni co-autrice le féminin de coauteur — le lecteur
donc, quel que soit son sexe, aura reconnu un alexandrin à rimes bordantes quasi-
symétriques.
(3)
du whisky.
(4)
du campari.
(5)
le whisky et le campari. Atchoum !

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DE QUOI S’AGIT-IL ?

— Vous écrivez quoi, là ?


Nous étions au bistrot. J’écrivais dans un cahier rouge. Ma co-autrice
avait sorti sa dernière coquetterie, un petit pc portable, et n’en levait
plus les yeux. Il avait presque vingt ans. Le bel âge, comme dit l’autre. Il
devait s’ennuyer.
— Ce sera un livre.
— Écrit de toutes les couleurs, comme le cahier ?
— Non, ça c’est juste pour m’amuser. Ce sera un livre sérieux imprimé
noir sur blanc.
— Et il√parle de quoi, votre livre ?
— De 2. Racine de deux.
— Tout un livre ? Rien que sur racine de deux ?
— Et quelques autres, racine de trois, de cinq, de sept, de onze, et
même de quarante-deux !
— Quarante-deux ? Pourquoi quarante-deux ?
Ma co-autrice me lança un regard noir. Elle fait ça si bien qu’on oublie
qu’elle a les yeux bleus. En attendant, lui les avait marron, marron clair.
Clairs. Vraiment clairs. J’obtempérai au regard noir.
— Mais surtout racine de deux.
— Bon, c’est 1,414, tout le monde sait ça. Et après ça, il y a autre
chose à dire ?
— Vous croyez ça ?
— Quoi, ça ?
— Eh bien, 1,414.
— C’est ce que j’ai appris à l’école. J’ai fait S, moi.

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32 DE QUOI S’AGIT-IL ?

— Très bien. Vérifions.


— Comment ça ? Vous ne me croyez pas ?
— Mais si. Je veux dire, vérifions que c’est 1,414. Vous avez un papier,
un crayon, posons l’opération.
— L’opération ? On n’est pas à l’école. Vous êtes prof, vous, je parie.
— Oui. Mais posons. Posons. Vous avez oublié ? On écrit 1,414, en-
dessous 1,414, et on multiplie. Si vous avez raison, ça doit faire 2.
— Euh...
—?
— J’ai une calculette, dans mon téléphone.
— Eh bien, allez-y.
— 1.414 fois 1.414 enter égale 1.999396.
— Donc pas 2.
— Presque. Vous voulez un chewing-gum ? Ah ! Essayons ça : 1.4142
fois 1.4142 enter égale 1.99996164. Toujours pas. Peut-être...
— N’insistez pas... Ça ne s’arrête pas.
— Comment le savez-vous ? Peut-être en continuant...
— Eh bien. Supposons que ça s’arrête. Vous voyez, 1,4142 . . . encore
d’autres chiffres, un dernier, d (je l’appelle d, parce que je ne sais pas
qui c’est(1) ), donc 1,4142 . . . d. Et ce chiffre, d, n’est pas un zéro, mais un
chiffre entre 1 et 9. Maintenant, élevez au carré.
— Encore ? Et comment je fais, avec votre d, dans la calculette ?
— Posez, mon jeune ami, posez ! Mentalement, vous imaginez votre
1,4142 . . . d, vous en disposez un autre identique en-dessous, et vous ima-
ginez que vous multipliez. Comme à l’école primaire, en commençant par
le chiffre de droite. Vous obtenez un nombre à virgule. Le dernier chiffre,
c’est...
— d2 !
— Presque. Si d = 1, 2 ou 3, oui, sinon d2 n’est pas un chiffre mais un
nombre à deux chiffres, 16, 25...
— Alors, le dernier chiffre de d2 .
— Parfait !
— Eh ! Je peux avoir un autre xxx(2) ?
— Finissons. Le dernier chiffre de d2 , c’est quoi ?
— J’sais pas. Ça dépend de d.

(1)
Même si ma co-autrice sait bien qui est dd.
(2)
Censuré : d’une part, ma co-autrice ne veut pas de publicité de marque, de l’autre,
je déteste le xxx.
DE QUOI S’AGIT-IL ? 33

— Alors regardons-les tous. 12 = 1, c’est 1, 22 = 4, c’est 4, 32 = 9,


c’est 9, 42 = 16, c’est 6, 52 = 25, c’est 5, 62 = 36, c’est 6, 72 = 49, c’est 9,
82 = 64, c’est 4, 92 = 81, c’est 1. Donc 1, 4, 5, 6 ou 9. Vous ne remarquez
rien ?
— Jamais 2 ?
— C’est vrai. Mais surtout, jamais 0. Donc le carré de votre 1,4142 . . . d
— Je ne sais pas pourquoi vous dites que c’est le mien.
— Façon de parler. Le carré de 1,4142 . . . d, eh bien il a vraiment des
chiffres après la virgule.
— Et alors ?
— Eh bien, alors, ça ne peut pas être 2.
— Ah ! Euh ! Excusez-moi. Mon vibreur... Ah. Non, c’est rien, c’est ma
mère.
Sa mère. Prends ça dans les dents. Son xxx arrivait. Il remit le portable
dans la poche de son xxx(3) .
— On en est où ? √
— Eh bien vous ne pouvez pas écrire 2 comme un nombre à virgule
« qui s’arrête ».
— Et ça me fait quoi ? √
— Eh bien, c’est une démonstration. Du fait que 2 n’est pas un
nombre décimal.
— Attendez ! Vous me faites ce truc compliqué, faut poser, calculer
des carrés, juste pour ça ? C’est bouffon ! C’est vachement plus facile de
montrer que c’est irraionnel, non ? Pourquoi vous dites pas juste que ça
peut pas s’écrire p/q parce que p/q au carré égale deux, ça vous donne
que p2 il a une puissance impaire de 2 dans sa décomposition en facteurs
premiers, et que pour un carré, c’est pas possible.
Désarçonnée, je regardai ma co-autrice, qui tapotait son clavier, es-
sayant de fabriquer un tableau en html pour y installer nos œuvres. Mal-
gré sa concentration apparente, elle n’avait rien perdu de la discussion,
sauf peut-être les yeux clairs, et s’empressa de voler à mon secours, en
agressant le garçon :
— Alors, si vous savez que c’est irrationnel, vous ne pouvez pas croire
que c’est 1,414.
—?

(3)
Non, pas de publicité de marque, insiste ma co-autrice.
34 DE QUOI S’AGIT-IL ?

1414
— Ben ouais, 1,414 = , mon gars. Si c’est irrationnel, ça peut pas
1000
être décimal.
J’avoue qu’il m’avait embrouillée. Au point que je m’étais laissée en-
traîner à cette démonstration compliquée... Alors que, il avait bien raison,
l’irrationalité, c’était plus simple, et, là c’est ma co-autrice qui avait rai-
son, plus fort. Il était plutôt mignon, comme dit ma co-autrice, qui avoue
une petite faiblesse pour les garçons mignons mais bêtes. Bête, celui-là
ne l’était pas. Tout au plus un peu vulgaire. Un futur lecteur, peut-être.
Après tout, il m’avait demandé « de quoi parlait » le livre. Elle aurait pu
y aller moins brutalement. J’essayai de rattraper le coup.
— C’est un livre dans lequel il y a aussi des poèmes, des jeux de mots.
Toujours à propos de racine de deux.
— Vous écrivez des poèmes sur racine de deux ? Vous rigolez ?
— C’est vous, qui rigolerez, quand vous les lirez. Il y a aussi des films.
— Ah oui. Je vois le genre. Des trucs avec des nombres, Matrix, pas
vrai ?
Je m’étais déjà plantée une fois, sur ses connaissances mathématiques.
Je pouvais me planter encore, mais il ne me semblait pas du style à
connaître Pasolini ou Eisenstein. Trop jeune pour Passe ton bac d’abord.
Peut-être avait-il vu la Mort aux trousses. Je sentais que ma co-autrice
se bidonnait, l’air absorbé dans ses <table align="center"> <tr><td
align="center" width="50%" etc. De qui se moquait-elle ? J’aurais
le temps de régler ça plus tard. Mais ça se réglerait. En pensant à ce
qu’elle écrivait quand elle se mettait à la langue naturelle, j’ajoutai, en
esquivant la question :
— Il y a aussi des personnages. Et même des gens comme vous.
— Vous voulez dire quoi, des gens comme moi ?
Disons que ma co-autrice avait introduit dans ses textes un certain
nombre de côtés désagréables de ce genre de type, la désinvolture, par
exemple. Attendrissant, tout de même. Je me promis de lui consacrer un
chapitre, à lui ou à un de ses semblables.
Un groupe de jeunes arrivait, ses amis, ils le saluaient bruyamment,
s’installaient à sa table.
Je me remis à écrire.
DESCRIPTION

je m’assieds à ma table de travail, paysage sous mes yeux de crayons,


stylos, une gomme, un peu de courrier, un livre, une tasse de café, la
lampe fixée au plateau de la table par son dispositif à vis, je déplace
une feuille de papier, que je viens de sortir d’une ramette, format A4,
feuille blanche, blanche neige, givre, ou pluie de fleurs de pommiers, bien
que plutôt jaune ce matin sous le cône de la lampe, puisque je me suis
levée bien avant l’aube, par la fenêtre entre la lumière urbaine des lam-
padaires, la feuille est rectangulaire, sa longueur est 297 millimètres, sa
largeur 210 millimètres, ces dimensions ont été choisies pour qu’elle ait,
une fois pliée en deux, une largeur (de 148,5 millimètres) qui soit avec
sa longueur (qui est la largeur de la feuille non pliée, 210 millimètres)
dans la même proportion, un rectangle harmonieux, moins carré que le
rectangle du livre, blanc lui aussi, avec son liséré et son titre bleus, feuille
blanche et vide, tourment de l’écrivain, riche encore de tous les possibles,
le vierge le vivace, je prends un des crayons sur la table, trace quatre
traits presque droits qui malgré l’imperfection de ce presque dessinent la
forme indubitable, parfaitement reconnaissable d’un carré, joins deux des
sommets d’une ligne oblique, lève le crayon pour le reposer sur la table,
bois une gorgée de café, tiède, grimace, prends cette fois un stylo, mon
stylo noir, et commence à écrire, les signes se pressent sous la plume,
à la fois littéraux et modifiés donc légèrement différents, une sorte de e
majuscule à l’envers, d’autres e majuscules, les trois dents dirigées vers
la droite mais aux formes très arrondies, certains sont rayés d’un trait
oblique, un grand v, comme deux cuisses écartées, la jambe gauche pliée
au niveau du genou, la droite tendue, le pied droit en porte-manteau, ou
bien signe de victoire prolongé d’une barre horizontale qui en fait une

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36 DESCRIPTION

sorte de potence sous laquelle un pendu, tête ronde, comme agenouillé,


regarde vers l’arrière l’extrémité gauche de la ligne au bord de la page
blanche, deux traits horizontaux parallèles, le brancard sur lequel on va
l’emmener car le stylo continue d’aligner signes, chiffres et lettres, l’une
est ronde et épaisse avec une petite queue ondulée, d’autres sont empilées,
au-dessus de la ligne, trait horizontal, au-dessous de la ligne, le chiffre en
forme de prière apparaît à nouveau, libéré de son carcan, et le texte en
prend du sens, et ce sens affirme, nie, dit que lui, le v avec son appendice
et leur hôte sont inacceptables parmi les fractions habituelles, à évacuer,
donc, le stylo levé à son tour, la feuille blanche est rayée de lignes noires,
un peu irrégulières, ce n’est pas un roman mais une démonstration, et
la disposition de l’encre noire sur l’espace de la page laissé libre par le
carré en traits gris de crayon le montre bien, même sans tenir compte de
la figure ce ne sont pas que des mots, l’envahissement n’est pas total, ce
n’est d’ailleurs qu’un brouillon, puisque l’on peut même y voir un bout de
ligne intermédiaire embrassé par une sorte d’accolade horizontale dont la
pointe se glisse entre deux mots de ce qui semble une ligne plus officielle,
un oubli puis un remords, je pense une feuille de papier sur laquelle on a
écrit une démonstration, ce n’est pas une démonstration qui, elle suscite-
rait des qualificatifs différents, courte longue facile difficile ardue fausse
incorrecte lacunaire esthétique élégante jolie moche astucieuse détour-
née géométrique algébrique probabiliste bourbachique historique lourde
pédante élémentaire technique, les signes qui composent cette démons-
tration sur la feuille de papier ont une couleur, peu d’adjectifs de couleur
s’appliquent à une démonstration qui pourtant peut être limpide opaque
claire obscure et d’ailleurs les lampadaires s’éteignent tous ensemble dans
la rue, la lumière qui entre par la fenêtre est maintenant laiteuse, j’avance
la main pour appuyer sur l’interrupteur brûlant au dessus du cône noir,
je regarde les lignes, les signes, les mots et leurs formes, lève les yeux
sur le titre du livre à droite de la feuille de papier, de ce qui est déjà un
texte, les corps conducteurs, ce sont les mots, sur les autres livres dans
la bibliothèque en face de moi, relie les mots, relis les phrases, et tout en
bas, tout au bout de la dernière ligne de symboles, j’ajoute, comme une
signature, un signe ultime, en forme de carré lui aussi, refaire du café je
me lève
DÉSINVOLTE


Proposition. n un entier naturelle, ben alors n 6∈ N.

Sinon, on prend des entier p, q avec n = p/q et donc p2 = nq et donc
p divise n car p et premier et donc n ne peux pas être quelles conques.
Alors voilà.

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DEVOIR MAISON

Adèle B***
2nde 6
Lundi 25 mai 2009

Devoir maison de mathématiques


Exercice. Vérifions que 2 est√un irrationnel. La démonstration se fait
par l’absurde : On suppose que 2 est rationnel, c’est à dire qu’il s’écrit
sous forme irréductible : p/q où p et q sont des entiers naturels non nuls.
(1) Justifier que p2 = 2q 2

√ √
p/q = 2 ⇔ (p/q)2 = ( 2)2

⇔ (p/q)2 = 2 car ( 2)2 = 2
⇔ p2 = 2q 2

(2) (a) Suivant le dernier chiffre de p, quel est le dernier chiffre


de son carré ?

(b) Suivant le dernier chiffre de q, quel est le dernier chiffre de


2
2q ?

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40 DEVOIR MAISON

(3) (a) Si on a p2 = 2q 2 , quelle est la seule possibilité pour leur


dernier chiffre ?

(b) Dans ce cas, par quel chiffre se termine p ? Par quels chiffres
peut se terminer q ? La fraction p/q est-elle irréductible ?

(c) Conclure(1) .
Désolée madame, mais je sais pas le faire. Mon frère été malade
en plus et j’avais pas le tant. C’étais trop long votre DM.
J’ai pensé une idée, je vais pas avoir bon, surment c’est trop
simple. Si p2 = 2q 2 , p, y peut pas être impaire. Et s’il est pair, alors
p2 il est divisible par 4 (c’est juste ?) après on peu diviser par 2 alors
maintenant q il est pair. Alors la fraction elle est pas irréductible.
Je sais que c’est faux parce que c’est trop facile mais je trouve pas
ou.

(1)
Cet énoncé est authentique, on le trouvera sur http://www.ilemaths.net/
forum-sujet-15771.html (NdlR).
UNE DÉMONSTRATION
DIGRESSIVE(1)
DE L’IRRATIONALITÉ
DE LA RACINE CARRÉE DE 2

Préliminaires. Dans cet article, qui fait suite à plusieurs autres que
nous avons écrits il y a déjà quelques semaines, sur des questions voi-
sines mais néanmoins un peu différentes, la période intermédiaire ayant
été consacrée à l’étude d’autres problèmes, qu’il serait intéressant (mais
peut-être un peu hors du sujet(2) ) de citer ici (mais nous ne le faisons
pas), nous démontrons que l’équation algébrique (algébrique a un sens
mathématique précis, ici ce mot rend compte du fait que x2 − 2 est sans
contestation possible un polynôme(3) et d’ailleurs, c’est important, à co-
effcients rationnels(4) puisqu’en effet, le coefficient du terme de plus haut
degré, ici x2 puisqu’il n’y a pas de termes en x3 , x4 ou plus, vaut 1 (x2
veut dire 1 · x2 , comme la plupart des lecteurs le savent certainement),
celui de x qui n’apparaît pas mais qu’il faut quand même considérer
comme présent, mais avec le coefficient 0 qui le fait apparemment, mais
apparemment seulement (pour nous exprimer plus clairement, le rien que
l’on peut, ou plus exactement que l’on ne peut pas, discerner entre x2 et
−2 dans x2 − 2, est un 0 · x,
x2 − 2 = 1 · x2 − 0 · x − 2,
voilà ce qu’il faut lire), disparaître, et le terme constant, celui sans x
du tout, vaut −2, ces trois nombres, 1, 0 et −2 étant, comme nous le
(1)
Ô combien ! NdlR.
(2)
quoique pas complètement.
(3)
Je reviendrai dans un autre papier sur la passionnante question de l’apparition de
l’accent circonflexe dans (ou plutôt sur) le mot polynôme au milieu du xxe siècle.
(4)
Les lecteurs pourront se reporter quarante-sept lignes plus bas pour trouver une
explication de ce mot.

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42 DÉMONSTRATION DIGRESSIVE

disions, des nombres rationnels et d’ailleurs même ici, tout simplement


des nombres entiers)
x2 − 2 = 0,
n’a pas de solution qui soit un nombre rationnel(5) . Mais allégeons ce
texte, qui pourrait autrement devenir beaucoup trop long (certaines de
nos lectrices pourraient alors, et à juste titre, reconnaissons-le, profiter de
l’occasion pour nous reprocher la longueur excessive des préliminaires).
Les lecteurs avertis (et nous en avons) savent (parce qu’ils l’ont appris
au cours de leurs études (primaires, ou élémentaires, comme on dit au-
jourd’hui(6) , ou secondaires, au collège, pour être clairs(7) ) ou en lisant
des livres, une activité que nous ne saurions
√ trop encourager) qu’il existe
néanmoins un nombre, que l’on note 2, ce que l’on prononce « racine
de deux », que l’on code $\sqrt{2}$ en LATEX, et qui a la propriété,
justement que √ √
( 2)2 = 2, ou ( 2)2 − 2 = 0,
ce qui en fait une racine de notre polynôme (les lecteurs qui auraient
imaginé que c’est l’immortel auteur de
Ariane(8) ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée
(rien à voir avec
Et le désir s’accroît quand l’effet se recule
qui est de Corneille) qui a donné son nom aux racines d’un polynôme(9) )
sont priés de reconnaître ici leur erreur, les solutions d’une équation algé-
brique s’appellent les racines
√ du polynôme tout simplement parce qu’elles
s’expriment avec le signe , ou du moins c’est ce que l’on croyait, jus-
qu’à ce qu’on ait démontré que ce n’était pas vrai (mais c’était trop
tard, les racines ont continué à s’appeler des racines), je vous passe Car-
dan (celui du joint (le joint de Cardan, qui n’est sans doute jamais allé
(5)
Comme nous l’avons dit plus haut, et plus précisément dans la note 4, nous don-
nerons une définition de ce mot trente-neuf lignes plus bas (il était bien naturel que
ce nombre changeât puisque nous avons déjà avancé dans ce texte).
(6)
Et d’ailleurs depuis assez longtemps.
(7)
La clarté est, il nous semble opportun de le signaler ici, une vertu exigible d’un
texte de mathématiques.
(8)
C’est une occasion de faire de la publicité pour le roman le Regard d’Ariane, de
l’auteur, qui a malheureusement été refusé déjà par quatre-vingt-sept éditeurs (nous
nous attendons à voir ce nombre croître d’un moment à l’autre).
(9)
Pour l’accent, voir la note 3.
DÉMONSTRATION DIGRESSIVE 43

à Amsterdam)) et ses formules


v s v s
u  2  3 u  2  3
u
3 q q p 3 q
u q p
− + + − + +
t t
2 2 3 2 2 3

dans lesquelles il y a même des racines cubiques (les 3 ) car elles nous
entraîneraient trop loin, je vous passe aussi Abel et Galois, qui sont ceux et cette marge est
qui ont démontré au début du xixe siècle que ce n’était pas vrai, mais bien étroite
(10)
laissons là ce chapitre
√ .
Une racine, 2 en est une (et d’ailleurs, en parlant d’école primaire,
je rappelle que l’on peut extraire une racine (il n’est pas ici question
d’odontologie) sans utiliser de calculatrice, un peu comme on pose une
division, en effet j’ai appris ça à l’école mais j’ai √oublié comment on
faisait), mais ce n’est pas la seule puisqu’en effet, − 2 doit en être une
aussi
√ √
(− 2)2 = (−1)2 ( 2)2 = 1 · 2 = 2
et il n’y en a pas d’autre (heureusement pour la longueur de cet article)
parce que
√ √
x2 − 2 = (x − 2)(x + 2),
et ne peut être nul que si l’un des facteurs est nul, en dernière instance(11)
parce que le polynôme x2 − 2 est de degré 2 (c’est sans doute pour ça
qu’on l’appelle un trinôme(12) ). Il y a une solution (j’attire l’attention
de mes lecteurs (s’il en reste) sur un point de terminologie évoqué peut-
être un peu trop légèrement ci-dessus, un polynôme a des racines mais
une équation a des solutions, de sorte que, par exemple, les solutions de

(10)
Sur les vies et les opinions, ainsi que sur les œuvres de ces deux mathématiciens,
voir les célèbres conférences de ma co-autrice.
(11)
Nous nous permettons d’emprunter cette notion philosophique à Karl Marx, qui
l’a utilisée dans un contexte un peu différent, quoique pas complètement disjoint des
mathématiques, puisque dans ses thèses sur Feuerbach, Feuerbach étant à la fois le
nom d’un théorème un peu désuet mais fort joli (qui affirme que le cercle d’Euler est
tangent aux cercles inscrit et exinscrits) et celui du philosophe frère de l’auteur de ce
théorème, du moins je le crois. Il ne sera pas davantage question de lutte des classes
dans cet article.
(12)
Dès qu’on a décidé de mettre un accent sur polynôme, on doit en mettre un
sur trinôme (voir la note 3). Je prévois de revenir sur la question délicate monome/
monôme dans un article ultérieur.
44 DÉMONSTRATION DIGRESSIVE

x2 − 2 = 0 sont les racines, à la fois de 2(13) et de x2 − 2, j’espère que je


suis claire(14) ) et même deux, mais voici le point principal de ce travail :
ce ne sont pas des nombres rationnels,
ce que nous allons démontrer. Auparavant, il est nécessaire, car nous nous
y sommes engagés par deux fois (dans les notes infrapaginales 4 et 5) de
préciser l’utile notion de nombre rationnel.

On parle de Q. Rappelons rapidement(15) . Dieu nous a donné les en-


tiers, nous disons « Dieu » pour simplifier, que nos lecteurs (et ma co-
autrice) ne le prennent pas comme un acte de foi, nous pourrions aussi
bien citer Peano, qui était, lui, un être humain, mais aussi un mathé-
maticien italien(16) , l’un n’empêche pas l’autre ou plus exactement l’un
n’empêche pas les autres, et qui, en partant de 0, c’est-à-dire de presque
rien (on pourra objecter, et certains ne manqueront pas de le faire, que 0,
ce n’est pas « presque rien » mais carrément, si l’on ose dire, rien, en par-
tant de rien, donc) c’est-à-dire de l’ensemble vide, que l’on note ∅ (depuis
André Weil semble-t-il, je ne vous dis pas comment ça se code en LATEX,
vous seriez déçus), Peano compte ce qu’il y a dedans, c’est-à-dire rien,
le compte est rond, c’est 0, nous possèdons maintenant l’ensemble {0},
que nous pourrions aussi écrire {∅} mais nous ne le ferons pas, en tout
cas, cet ensemble contient un élément et, voilà, Peano possède 0 et 1,
rien ne l’empêche de continuer, et ainsi de suite, et voilà, Peano ou Dieu,
nous avons les « entiers naturels », bref(17) 0, 1, 2, 3 . . . (ici une digression
sur l’infini serait possible, voire désirable, mais devant la prévisible mau-
vaise volonté de ma co-autrice, je préfère y renoncer(18) . Ces nombres,
nous pouvons, nous savons, les ajouter, mais malheureusement pas les
(13)
√ √
Il est possible de dire que 2 et − 2 sont les racines carrées de 2, aussi le faisons-
nous.
(14)
Voir la note 7.
(15)
Tu parles, Charles... NdlR
(16)
Faute de connexion internet dans ces tgv, je me vois dans l’incapacité de vous
donner ses dates exactes de naissance et de mort. Et le rapporteur de mes travaux de
la semaine exige que je rende cet article à la descente du train.
(17)
Enfin ! NdlR
(18)
Je signale que j’ai lu récemment des jolies choses sur l’infini, les asymptotes, la
vache qui rit et le procédé diagonal de Cantor dans un livre rouge dont j’ai oublié le
nom de l’auteur, le titre aussi d’ailleurs, mais le livre était rouge, ça j’en suis sûre,
publicité gratuite, de toute façon je ne me souviens pas non plus de l’éditeur et ne
serai pas rétribuée.
DÉMONSTRATION DIGRESSIVE 45

soustraire, enfin nous savons, mais souvent, nous ne pouvons pas, alors il
faut en inventer d’autres (c’est un procédé assez général, la symétrisation
d’un monoïde, mais il serait exagéré d’insister) qui sont les mêmes avec
un signe moins (−), chaque entier récupère son anti-entier (si l’on veut
bien m’autoriser cette allusion aux anti-particules et à la physique du
xxe siècle), −5 pour 5, etc. (sauf 0, ce moins que rien, qui est son propre
anti-zéro, pas étonnant qu’il soit nul puisqu’il s’annihile lui-même) et
tous ceux-là ensemble sont les « entiers » tout court, qui contiennent les
entiers naturels
N⊂Z
(N pour nombre ou pour naturel, Z pour Zahlen, dont l’unique lectrice
qui continue à lire sait fort bien que ça veut dire « nombres » en alle-
mand, en ce temps-là (quel temps ? je n’ai pas le temps) on faisait des
mathématiques en allemand). Et ce Z est un « anneau » (pas de malédic-
tion attachée à ce mot, qui signifie qu’on peut ajouter, soustraire, mais
aussi multiplier ces nombres, on pouvait déjà multiplier les entiers natu-
rels, pas besoin de signe − pour apprendre les tables de multiplication,
je signale néanmoins, en cas que de besoin(19) que − par − donne +, ce
qui complète agréablement les tables de multiplication pour les calculs
dans Z), mais pas plus, en d’autres termes, on ne peut pas diviser, enfin,
pas tout, 6 : 2 on peut, mais 1 : 2, on ne peut pas(20) (un seul exemple de
division impossible suffit aux mathématiciens pour affirmer, avec un peu
de mauvaise foi qu’« on ne peut pas diviser »). Il faut donc encore une fois
construire de nouveaux nombres, les « nombres rationnels » (malgré de
longues années de familiarité, je m’interroge encore sur la raison de cette
terminologie) qui sont tout simplement les fractions (je signale qu’il s’agit
là aussi d’une construction générale, le corps des fractions d’un anneau
intègre, je ne suis toutefois pas certaine que ce soit le lieu ici d’expliquer
ce qu’est l’intégrité) avec, comme on le sait, trois problèmes
– on ne divise pas par 0, ce qui n’est pas à proprement parler un
problème mais plutôt un dogme, une loi, une règle, un commandement,
tu ne tueras point(21) , tu ne diviseras point par zéro, oui, la marge est
trop étroite pour
(19) parler de classe
Comme dit une avocate que je connais.
(20)
Aussi incroyable que cela puisse paraître, un voyageur de ce tgv, assis non loin d’équivalence
de moi, lit un livre intitulé Un sur deux.
(21)
Pour ma co-autrice : oui, il s’agit bien de la Bible. Et ce n’est pas la dernière
allusion religieuse dans ce texte...
46 DÉMONSTRATION DIGRESSIVE

– des fractions différentes peuvent être des nombres égaux, comme


5/10 et 1/2, ce qui aurait été un bon endroit pour parler de classes, mais
nous ne le faisons pas (voir la note marginale ici-même et la note (de bas
de page) 11),
– pour ajouter, il faut réduire au même dénominateur (la dénomination
du dénominateur m’est, elle aussi, incompréhensible)
qui font que le grand public n’aime pas les fractions. L’ensemble des
nombres rationnels s’appelle Q, que l’on prononce « ku », tout simple-
ment, et que je code $\QQ$ (prononcez ça comme vous voulez) parce que
j’ai fait une macro ad hoc, je dis ça pour ceux qui savent ce qu’est une
macro, les autres n’ont qu’à sauter, pour en revenir à Q, je ne sais pas
pourquoi on a choisi cette lettre, ni même qui l’a fait (les mathématiciens
ne savent pas tout, hélas), on a
N⊂Z⊂Q
et c’est un corps (ce qui, bizarrement, veut dire qu’on peut ajouter, sous-
traire, multiplier, et... diviser par ce qu’on veut, sauf par 0, bien entendu),
des propriétés largement suffisantes semblerait-il. Malheureusement,
√ nous
allons le démontrer, c’est même le but de ce papier, 2 n’est pas un
nombre rationnel. Il y a pourtant beaucoup de nombres dans Q, on di-
rait même qu’il y en a beaucoup plus que dans Z (mais c’est une illusion,
même si je me suis déjà engagée à ne pas parler d’infini(s), il m’est impos-
sible ne pas le signaler), il est même avéré, aussi étonnante qu’une telle
affirmation puisse paraître, qu’il n’y a pas de trou dans Q (entre deux
nombres rationnels a et b, il y a toujours d’autre nombres rationnels,
puisque nous pouvons ajouter et diviser par 2 (puisque 2 6= 0),
a+b
a, b ∈ Q ⇒ ∈Q
2

la moyenne de a et b est entre(22) a et √ b). Ainsi, 2 n’est pas un trou de
Q (puisqu’il n’en a pas) et pourtant 2 n’est pas dans Q. Un nombre
irrationnel, voilà ce que c’est. Ces préliminaires et rappels terminés, pas-
sons à la démonstration, qui est le cœur de cet article. Intercalons quand
même une ultime remarque préliminaire, sur les démonstrations celle-là.
Remarque. Il existe de nombreuses démonstrations de ce fait, notam-
ment une démonstration par anthyphérèse (si ce mot sonne comme un
(22)
Pour dire « entre », il faut un ordre, mais je commence me fatiguer de cet article,
il ne contiendra donc pas plus de relation d’ordre que de relation d’équivalence.
DÉMONSTRATION DIGRESSIVE 47

gargarisme à l’oreille du lecteur qui l’aura prononcé, lu à haute voix, qu’il


sache que les authentiques mathématiciens, espèce à laquelle nous nous
flattons d’appartenir, l’utilisent surtout à cet escient (le gargarisme)) un
mot dont il nous est impossible de vous expliquer l’étymologie puisque
nous ne sommes pas helléniste(23) (notre co-autrice l’est, mais elle refuse
de contribuer à l’allongement de ce texte) et une démonstration pour
laquelle nous renvoyons à un autre article de ce recueil. Par contre je
ne connais (pour l’instant) aucune démonstration utilisant la formule de
Stokes, ce qui est bien dommage, d’une part parce que j’aime beaucoup
la formule de Stokes, et je profite de l’occasion pour l’écrire ici
Z Z
ω= dω,
∂V V
et d’autre part parce que j’ai déjà entendu plusieurs de mes collègues
exprimer l’opinion que l’on ne peut rien démontrer de sérieux sans utiliser
la formule de Stokes, et que j’aurais bien voulu vous convaincre que la
démonstration (ça vient, ça vient) présentée ici est une chose sérieuse.
On s’en étonnera sans doute, la démonstration que nous donnons ici
n’est pas la plus courte possible (voir un autre article encore).

Démonstration. Nous procédons par contradiction, supposant que 2
est rationnel, donc il existe des entiers p et q, qu’on peut supposer tous
les deux positifs, avec q 6= 0, tels que
√ p
2 = , donc p2 = 2q 2 .
q
On peut supposer que la fraction p/q est réduite, c’est-à-dire que p et
q n’ont pas de diviseur commun (à part 1, bien entendu). On arrive
étonnamment vite à la contradiction, puisque ainsi p est pair, donc p2 est
divisible par 4, donc 2q 2 aussi, donc q 2 est divisible par 2 et donc aussi q.
Mais alors, p et q sont tous les deux pairs, ce qui est contradictoire avec
le fait que la fraction était réduite. cqfd
Voilà, c’est fini. Nous espérons avoir satisfait nos lecteurs.
Quoi qu’il en soit, la démonstration est finie. J’aurais pu l’indiquer par
un petit carré en fin de ligne, comme ça

(23)
Il faut remarquer ici que le « nous », sujet auquel se rapporte l’attribut « hellé-
niste », n’est pas un pluriel, mais une sorte de singulier de modestie, employé par
beaucoup d’auteurs, il était donc naturel que je m’y conformasse, étant de plus une
personne d’un naturel modeste, bref il n’y a pas de faute d’orthographe, pas ici.
48 DÉMONSTRATION DIGRESSIVE

mais je trouve plus élégant d’utiliser cqfd (en mots, le célèbre « Ce Qu’il
Fallait Démontrer »), ce qui se dit en anglais qed (d’où la commande pour
le petit carré, qui est \qed, tout simplement)(24) .
Remarques
– Nous proposons aux lecteurs de remplacer
√ 2 par 4, pour être sûrs
qu’ils ont bien compris
√ les arguments : 4 = p/q, p2 = 4q 2 , 4|p2 , etc.
– Le nombre 2 peut être construit avec une règle et un compas :
dessiner un carré de côté 1 (ce qui√exige d’avoir choisi une unité, disons
un truc), les diagonales mesurent 2√trucs,
– ce n’est pas le cas du nombre 3 2, solution de x3 − 2 = 0, ce qui
fait qu’on ne peut pas « dupliquer » un cube de côté 1 truc (construire
à la règle et au compas un temple cubique de volume double de celui
d’un temple cubique donné, un problème posé dans l’antiquité grecque,
nous n’avons pas la place d’écrire, et nos lecteurs n’ont pas le temps de
lire, la digression pourtant tentante qui aurait pu prendre place ici et
dans laquelle nous aurions pu donner quelques opinions définitives sur
les oracles en particulier et les religions en général, une autre occasion de
citer Marx, l’opium du peuple après le joint de Cardan), la raison en est
bien simple, dès lors que la notion de corps est dégagée : avec une règle
et un compas, on ne construit que des racines √ carrées et, par répétition,
n
quatrièmes, etc., mais certainement aucune avec n impair, or, on l’a
remarqué, 3 est un nombre impair.

Perspectives. Si 2 n’en est pas un trou, c’est du moins une lacune
de Q, qui en est √ rempli, si l’on ose dire. Ces lacunes sont comblées par
l’ajout, outre de 2, de beaucoup(25) d’autres nombres. Le résultat est
le corps des nombres dits « réels », R, qui lui n’a pas de lacune (il est
complet). Pour ne pas mécontenter le rapporteur de mes travaux de la
semaine prochaine, j’ai décidé de couper ici cet article et de proposer
la suite, consacrée, les lecteurs un peu instruits l’auront deviné, à la
quadrature du cercle, un peu plus tard. À ce sujet, je me permets quand
même de mentionner que, si l’on croit l’auteur du Livre des Rois (26) (dont
(24)
L’auteur ne sait apparemment pas plus le latin que le grec, qed est mis pour Quod
Erat Demonstrandum. NdlR
(25)
Cette fois, vraiment beaucoup, mais on se souvient que je ne peux mentionner le
procédé diagonal de Cantor, qui aurait pourtant eu toute sa place ici.
(26)
Pour ma co-autrice, délibérément ignare en ces matières, je signale qu’il s’agit d’un
des livres « historiques » de la Bible.
DÉMONSTRATION DIGRESSIVE 49

personne ne me fera croire que ce n’était pas un être humain (et dont je
serais fort étonnée que ce soit une femme)), c’est-à-dire si l’on croit que
π est égal à 3 (puisque le gars décrit un cercle de diamètre dix truques
(les truques sont des coudées mais ça n’a pas d’importance ici) dont la
circonférence mesure trente truques)(27) , la quadrature du cercle serait
extrêmement facile, puisqu’il s’agirait tout simplement de dessiner à la
règle et au compas un carré d’aire π, c’est-à-dire,
√ rappelons-le, sous notre
hypothèses, 3, autrement dit une longueur 3, ce qui est on ne peut plus
facile(28) .
Remerciements. Nous remercions la sncf pour le tgv 6201 dans le-
quel la recherche présentée ici a pu s’amorcer(29) , ainsi que pour le tgv
6222, dans lequel elle s’est achevée(30) .

(27)
Il reste la possibilité que l’objet en bronze décrit par notre gars ne soit pas un
cercle plat, mais un peu bombé, uns sorte de calotte sphérique, un peu comme le
bouclier sur lequel se pavane Abraracourcix ou le sol de la place Stanislas à Nancy : si
le cercle est courbe, sa circonférence est plus petite, tout le monde peut comprendre
ça (sinon, écrivez-nous).
(28)
À la demande de ma co-autrice (qui n’est pas à l’abri des contradictions), j’in-
clus une figure — pour ce que ça me coûte, de dessiner un triangle équilatéral...

2 2

3

1 1

(29)
Les lecteurs ne pourront bénéficier de la description des voyageurs et de leurs
activités, téléphone, nescafé, des soi-disant gares, du temps pourri qu’il faisait, puisque
la plupart des remarques à ce sujet ont été massacrées par les ciseaux (moraux, elle
n’était pas dans le train, mais je la connais) de ma co-autrice.
(30)
Du moins nous l’espérons. NdlR
OÙ RADICAL-3 DU CORPS Q
DISPARAÎT


Proposition. Il n’y a pas, dans Q, 3 (radical-3).
Ou : x2 = 3 sans solution qui soit fraction. Prouvons ça ainsi qu’un
savant du nom d’Anton Voyl fit jadis. Si l’on n’y croit pas, dit Anton,
faisons ainsi. Soit d’abord p/q la fraction qu’on croit, qu’on dit radical-3.
Carrons-la. Ainsi
p2
= 3.
q2
Multiplions tout ça par q 2 . Alors
p2 = 3q 2 .
Donc p2 dans sa composition a un trois, donc aussi p. So far, so good,
dit-il, car ainsi qu’un savant doit, il jactait pas trop mal l’anglais. Nous
posons donc p = 3p0 . Alors
9p02 = 3q 2 .
Divisons tout par trois, nous avons
3p02 = q 2
ou
q 2 = 3p02
ainsi qu’on voudra choisir. Mais ! L’aurions-nous omis (caramba ! sâcra
Anton qui savait du latin, cajaranjambaja, ajouta-t-il, car il parlait aussi
javanais), alors disons, supposons, ça nous pouvons, supposons p, q sans
composant commun (sinon nous divisons par plus grand commun truc,
on sait tout ça...). Mais alors q 2 , puis q aussi, ont un trois, voilà un trois
pour p, un trois pour q, fini ! cria Anton ravi : là gît la contradiction !

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52 OÙ RADICAL-3 DU CORPS Q DISPARAÎT

Fin du travail. Quant à nous : du bon boulot, disions-nous... mais,


disions-nous aussi à Anton, un soir, trois jours plus tard : ton radical-3,
vit-il ? Si oui, où vit-il donc ? Il y a un corps, baragouina Anton dans
un sabir plus pro, il y a un corps plus gros pour lui, aussi pour son
copain radical-5, ainsi radical-6, radical-8, radical-10, radical-23... Mais,
un non-radical, voulions-nous savoir ? Oui, un corps pour nos radicaux,
plus un qu’on connaît, π... Ah ! 3, 1..., jubilions-nous, mais alors, il y a
aussi... Non ! pas ça ! pas lui ! surtout pas lui !... hurla Anton qui aussitôt
disparut.
ÉLECTRONIQUE

Réminiscence : log(2) = 0,30103 et des brouettes.

Naissance : l’Ohm et la fem ont encore eu un Gauss. Il sera résistant.

Jactance : on admettra que l’admittance, ou, sans être pédant du tout,


l’impédance du circuit RLC série, se calculent grâce à la conductance et
à la susceptance, non pas de votre voisin mais de votre circuit. S’il y a à
la fois trop de latence(1) et de réactance capacitives, transformez-les en
réactance inductive, beaucoup plus positive. Il est bon d’avoir un peu de
réactance capacitive, mais pas trop.

Un peu de science : un transistor bipolaire joue par inadvertance les


divertimenti de Mozart avec un GdB, Grain de Beauté, gain en dB, de
141, et la tension efficace est donnée pour un courant V (t) = V0 cos(ωt+ϕ)
de tension de crête V0 et de décallage de phase ϕ, par
s

ω Z ω 2 2
Veff = V0 cos (ωt + ϕ)dt
2π 0
V0
= √ .
2

Evidence : avec une tête pareille, aucune chance que 2 soit rationnel.

(1)
NdlR : ne pas confondre avec laitance.

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GÉOMÉTRIE


1 2
Démonstration par pliage de papier... √ = .
2 2

A3
A4
1 A1

2

A2


2 A0

√ 1
Démonstration par anthyphérèse... 2−1= √ .
2+1


2
1

√ √
1+ 2 2−1

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56 GÉOMÉTRIE

Démonstration par koinophore.


S
HOMOTHÉTIES

On suppose, comme toujours, qu’il existe des entiers p et q tels que


p √
= 2.
q
On suppose même que ce sont les plus petits possibles, c’est-à-dire que la
fraction est irréductible.
√ On dessine alors un rectangle ABCD de côtés
p et q (comme 2 est plus grand que 1, le plus grand côté, la longueur,
disons AB, est p, la largeur est q). On construit ensuite un rectangle
AB 0 C 0 D0 de côtés 2q et p, de telle façon que B 0 est sur la demi-droite
[AB) et C 0 sur la demi-droite [AC).

p B B
A

C D

p−q

C
2q − p D


L’homothétie de centre A et de rapport 2 envoie C sur C 0 , puisque
AC 0 p √
= = 2.
AC q

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58 HOMOTHÉTIES

Mais cette même homothétie envoie aussi B sur B 0 : cette fois le rapport
vaut 2q/p, mais
p 2q
= puisque p2 = 2q 2 .
q p
Elle envoie donc D sur D0 . Donc les trois points A, D et D0 sont alignés.
Il y a donc une homothétie de centre D qui envoie le rectangle ABCD
sur le petit rectangle rouge. On√ a ainsi construit un rectangle dont les
côtés ont aussi un rapport de 2 et qui est plus petit que le rectangle
originel.
Remarque. On peut raconter cette démonstration de façon plus roma-
nesque, en disant que le rectangle ABCD est une feuille de papier A4 et
le rectangle AB 0 C 0 D0 une feuille de papier A3.
Quoiqu’il en soit, ce n’est pas beaucoup plus simple que de dire que
p √ 2q − p √
= 2⇒ = 2,
q p−q
ce qui se démontre par un calcul pas très long :
p √
2− √ √ √
2q − p q 2− 2
= p =√ = (2 − 2)(1 + 2) = 2.
p−q −1 2−1
q
ÉCRIT À L’IMPARFAIT

Sur le grand tableau noir, il y avait un carré dont le côté était de


longueur un mètre. Ses diagonales avaient une longueur qui était d’un
nombre qu’on appelait racine de deux. Le professeur qui donnait(1) des
cours de mathématiques dans cette école avait de grands yeux bleus(2)
et des cheveux courts et ondulés. Ses élèves étaient contents d’apprendre
avec lui(3) . Il écrivait sur le tableau, qui était grand et noir, qu’il fallait
supposer que racine de deux était une fraction dont le dénominateur était
p et le dénominateur s’appelait q. Il disait que q n’était pas nul. Il disait
qu’on mettait p/q au carré, ce qu’il faisait en le multipliant par lui-même.
Le résultat était deux. Il disait qu’on avait donc p2 = 2q 2 . Donc p était
divisible par deux. Donc on avait p2 qui était divisible par quatre. Donc
on pouvait tout diviser par deux. Donc on avait que q 2 était divisible par
deux. Donc on avait p qui était pair et on avait que q était pair aussi.
Alors, le professeur disait qu’on pouvait simplifier la fraction, et qu’il n’y
avait qu’à recommencer. C’était ce qu’il fallait démontrait, disait-il(4) .

(1)
Dans les textes écrits à l’imparfait, on utilise surtout les verbes être, avoir, et faire.
Quelques exceptions pour mettre, donner, dire, s’appeler, et quelques autres sont
tolérées.
(2)
Dans les textes écrits à l’imparfait, les yeux des personnages sont toujours grands
ou beaux et le plus souvent bleus.
(3)
Dans les textes écrits à l’imparfait, les détenteurs de savoir (ici, mathématique)
sont le plus souvent de sexe masculin.
(4)
Une démonstration écrite à l’imparfait se doit d’être imparfaite.

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JE ME SOUVIENS DE 11
ET QUE CE N’EST PAS RATIONNEL
(EXTRAITS)

[2]

Je me souviens que mon oncle avait une 11cv immatriculée 3316 R6.

[11]

√ Je me souviens que l’on peut retrouver quelques-uns des chiffres de


11, par un poème qui commence par
Que l’ancien savant, le sage artiste, Archimède
mais je ne me souviens pas de la suite.

[51]

Je me souviens des autobus à plate-forme, qui étaient des autobus


adéquats aux amoureux.

[67]

Je me souviens que je devins, sinon bon, du moins un peu moins nul en


anglais le jour où je compris que field veut dire « corps » et que « champ »
se dit stack.

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62 JE ME SOUVIENS

[90]

Je me souviens du Capoulade et que c’est là que Bourbaki a discuté


des extensions quadratiques de corps.

[133]

Je me souviens que la longueur des tours de roue des pneus de ma


première bicyclette était deux fois le carré de celle de leur diamètre et
que c’était assez inconfortable.

[170]

√ √
Je me souviens de 2 et de 11.

[176]

Je me souviens que, si l’on dessine


√ un carré dont les côtés mesurent
un mètre, ses diagonales mesurent 2 mètres, et que si l’on dessine un
triangle
√ équilatéral dont le côté mesure un mètre, ses hauteurs mesurent
3/2 mètres, et je suis même capable de le démontrer (ce sont des consé-
quences du théorème de Pythagore),
√ mais je ne me souviens plus com-
ment trouver une longueur de 11 mètres(1) .

(1)
Ma co-autrice ayant insisté pour que nous fournissions une explication, en voici
une :

1

11


10
1

3
JE ME SOUVIENS 63

[187]

Je me souviens que le trompettiste Clifford Brown est mort à vingt


ans (comme le mathématicien Évariste Galois).

[198]

Je me souviens du temps où vim était le nom d’une poudre à récurer.

[243]

Je me souviens que 121 = 112 .

[254]

Je me souviens des tables de logarithmes Bouvart et Ratinet, et je me


souviens que log 11 = 1,04139, et que 04139 en est la « mantisse ».

[275]


Je me souviens que je savais calculer 11 avec la table de logarithmes,
on cherchait log 11 dans la table, on le divisait par 2, puis on cherchait
de quel nombre ce nouveau nombre était le logarithme.

[285]

Je me souviens que tous les nombres dont les chiffres donnent un total
divisible par 9 sont divisibles par 9 et que si on met des soustractions,
c’est pareil avec 11, par exemple 1936 est divisible par 11 mais pas 1943.
64 JE ME SOUVIENS

[292]

Je me souviens des heures que j’ai passées, en 11e je crois, à poser des
divisions et à essayer de continuer aussi loin que possible pour que « ça
s’arrête », mais que je devais en général m’arrêter moi-même parce qu’il
n’y avait plus assez de place pour abaisser des zéros à la gauche du trait
vertical.

[293]

√ √
Je me souviens que ( 11)2 = 11 mais que − 11 aussi est une racine
de 11.

[330]

Je me souviens que j’ai plusieurs fois essayé√ de me servir d’une règle


à calcul, et que j’ai essayé aussi de calculer 11 comme on me l’avait
appris à l’école primaire, en posant l’opération avec une sorte de bé-
quille, comme pour une division, mais je n’ai jamais réussi à comprendre
vraiment comment procéder.

[352]

Je me souviens du temps où l’on utilisait des machines à calculer en


notation polonaise inverse.

[407]

Je me souviens de tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme,


donc Socrate est mortel, et de tous les nombres décimaux avec un nombre

fini de chiffres après la virgule peuvent s’écrire comme
√ une fraction, 11
ne peut pas s’écrire comme une fraction, donc 11 a une infinité de
chiffres après la virgule.
JE ME SOUVIENS 65

[425]

Je me souviens que le Cantique de Jean Racine est l’opus 11 de Fauré.

[441]

Je me souviens que je n’étais pas un imbécile, au lycée, et que j’avais


même compris,
√ en classe de quatrième ou de troisième, comment démon-
trer que 11 est un nombre irrationnel, mais que je ne m’en souviens
plus du tout.

[468]

Je me souviens que les autobus étaient désignés par des lettres et pas
par des chiffres (et qu’on a remplacé le K, onzième lettre de l’alphabet,
par 84, qui n’est même pas un nombre premier).

[476]

Je me souviens du 11 février.

[480]

Je me souviens
(à suivre)
LETTRE OFFICIELLE

À Paris, le 23 juin 1975

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur les faits suivants :


(1) D’après l’article 3-bis modifié du principe de réalité, les racines des
nombres positifs existent.
(2) Je me permets pourtant de vous faire remarquer que, si (p/q)2 = 2,
en application de l’article 2 du décret de factorialité, p et q doivent être
pairs l’un et l’autre.
Je vous laisse imaginer, Monsieur le Ministre, ce qui se produirait en
cas de simplification répétée.
J’ose espérer, Monsieur le Ministre, que vous conviendrez qu’une si-
tuation aussi irrationnelle ne peut perdurer et que vous aurez à cœur de
combler cette lacune.
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mes
sentiments républicains et respectueux.

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LIMITE PÉDANT

Théorème 1
(1) Il existe un nombre réel dont le carré vaut 2.
(2) Ce nombre est irrationnel.
Démonstration de l’existence. L’ensemble
n o
A = x ∈ R | x2 ≤ 2
est majoré (par 2). Il admet donc une borne supérieure s. On a s2 ≤ 2
par définition. Supposons s2 < 2, disons s2 = 2 − η avec η > 0.
Lemme 2. Pour tout η > 0, il existe ε > 0 tel que 4ε + ε2 ≤ η.
Démonstration du lemme. Pour ε = 0, 4ε + ε2 = 0, la fonction x 7→
4x + x2 est continue (c’est une fonction polynomiale), donc pour ε > 0
assez petit, on a
4ε + ε2 < η.

On écrit alors
(s + ε)2 = s2 + 2ε + ε2
= 2 − η + 2sε + ε2
≤ 2 − η + 4ε + ε2 puisque s ≤ 2
≤ 2 d’après le lemme 2.
Donc s + ε ∈ A. C’est une contradiction avec la définition de s. Donc
s2 = 2.

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70 LIMITE PÉDANT

Pour démontrer l’irrationalité (deuxième assertion du théorème), on


utilise la proposition suivante :

Proposition
√ 3. Soit d un entier positif qui n’est pas un carré dans N.
Alors d est irrationnel.

Remarque 4. L’existence de d est assurée par une démonstration ana-
logue à celle donnée pour 2 ci-dessus.

Fin de la démonstration du théorème. Il suffit de montrer que 2 n’est pas


un carré dans N, on applique
√ ensuite la proposition avec
√ d = 2. Et en
effet, 12 = 1 < 1, donc 2 > 1, mais 22 = 4 > 2, donc 2 < 2, or il n’y
a aucun entier strictement compris entre 1 et 2.
Il reste à démontrer la proposition 3. Elle est conséquence d’une suite
de lemmes.

Lemme 5. L’ensemble
√ n √ o
Z[ d] = a + b d | a, b ∈ Z ,
muni des lois + et · induites par celles de R, est un sous-anneau de R.

Lemme 6. Si d n’est pas un carré dans N, il existe des entiers a et b tels


que

0 < a + b d < 1.

Lemme 7. Soit u ∈ R tel que 0 < u < 1. Alors


lim un = 0.
n→+∞

Supposons ces lemmes démontrés.


Démonstration de√la proposition 3. Soient a et b donnés par le lemme
√ 6.
n
Posons u = a + b d. Grâce au lemme 5, nous savons que u ∈ Z[ d].
Nous pouvons donc écrire

un = an + bn d, avec an , bn ∈ Z.
√ √ p
Supposons que d ∈ Q. Alors d = avec p, q ∈ N, deux entiers non
q
nuls. Alors
√ p qan + pbn
un = an + bn d = an + bn = ,
q q
LIMITE PÉDANT 71

nous savons que ce nombre est positif, que son dénominateur l’est, donc
son numérateur est un entier positif, en particulier on obtient
1
un ≥ .
q
Appliquons maintenant le lemme 7 :
1
0 = lim un ≥ ,
n→+∞ q

ce qui est absurde. Donc d 6∈ Q.
Il reste à démontrer les trois lemmes.

Démonstration du lemme 5. Il est clair que 0 ∈ Z[ d]. De plus,
√ √ √
(a + b d) − (a0 + b0 d) = (a − a0 ) + (b − b0 ) d,

de sorte que Z[ d] est un sous-groupe du groupe additif de R. De même
√ √ √
(a + b d) · (a0 + b0 d) = aa0 + bb0 d + (ab0 + ba0 ) d

montre la stabilité de Z[ d] pour la multiplication.

Démonstration du lemme 6. Comme d 6∈ N, il existe un entier m tel
que √
m < d < m + 1.
Donc, on a √
0 < −m + d < 1,
et on peut choisir a = −m et b = 1.
Démonstration du lemme 7. Fixons un ε > 0 et montrons qu’il existe un
entier N tel que, pour n > N , un < ε.
Pour ε ≥ 1, c’est clair : on peut choisir N = 1.
Sinon, on a Log ε < 0 (la notation Log(1) désigne le logarithme népé-
rien) et
Log ε
> 0.
Log u
Choisissons
Log ε
N≥ .
Log u

(1)
légèrement kitch et inspirée par ma co-autrice
72 LIMITE PÉDANT

Pour n > N , on a donc


Log ε
n> , donc n Log u < Log ε et donc un < ε
Log u
puisque la fonction exp est croissante.

Remarque 8. Le lemme 7 permet aussi(1) de montrer que Z[ d] est dense
dans R.

(1)
Cette remarque est suggérée par ma co-autrice, par émulation dans la pédanterie.
MÉCRÉANT

Proposition. Dieu n’existe pas.


Démonstration. Par l’absurde. Car sinon 2 serait rationnel(1) .

(1)
Et π serait un nombre entier.

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MERSENNE NE M’AIME(1)

Aimée Chandelaire et son amie s’étaient laissées convaincre de venir à


la réunion des garces(2) , qui accueillaient cette soirée-là une célébrité,
l’Académicienne Nicole Vierge, pour une conférence de la série Mythes et
mythiques. La réunion était supposée commencer à 20h 30. Sur une table
se vendaient des œuvres célèbres, Démones et sorcières, la beste-cellère
de Brigitte de Savoir, que toutes avaient lue, et Théorie de la représen-
tation, que l’on appelait « la Lionne-Vierge », parce que Vierge l’avait
écrite avec une co-autrice nommée Lily Lionne. La salle s’emplit peu à
peu. Les unes buvaient une communarde(3) , d’autres une cubana(4) , cer-
taines préféraient la menthe fraîche. Dans une ambiance bruyante, mais
qu’Aimée trouva moins désordonnée que d’habitude, toutes attendaient.
Enfin, la grande dame arriva. La salle se tut (plus ou moins). C’est
Bidulette Boule elle-même qui présenta la conférencière. Celle-ci attaqua
derecheffe. Voilà, dit-elle, et la salle applaudit. Elle remercia en souriant
avec (fausse) modestie. Une démonstration. Les femmes doivent s’appro-
prier la démonstration. Démontrez ! Démontrez ! hurlait la foule en délire.
La première démonstration de cette chose, précisa Nicole, est due à My-
thagore. Mais je vais vous expliquer celle de la Mère Mersenne, dans une
lettre à Merfat en mille six cent vingt-et-une. Elle eut du mal à faire en-
tendre la fin de la phrase. À la mention de la Mère Mersenne, dont toutes
connaissaient les grandes ombres premières, l’audience avait frémi puis

(1)
NdlR : inspiré par Mersonne ne m’aime, la célèbre romance policière de Nicole-Lise
Bernheim et Mireille Cardot.
(2)
Groupettes autonomes révolutionnaires contre l’environnement sexiste.
(3)
Mixture de rouges, aussi appelée cardinale.
(4)
Coquetèle à base de Campara et de Martina.

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76 MERSENNE NE M’AIME

s’était mise à clamer : Mersenne ! Mersenne ! Il faut dire que la meilleure


guatémaltèque circulait maintenant dans la salle.
La racine de deux, dit Nicole, n’est pas rationnelle. Les communauta-
ristes, qui refusaient les unions à deux et s’étaient regroupées à l’arrière
de la salle, manifestèrent bruyamment leur approbation. Ce ne serait
qu’une fraction, ajouta la conférencière. Pas de fraction ! cria une adepte
isolée de la centralité démocratique.
Mais l’Académicienne avait saisi une craie, m et f sont des entières,
mettez m sur f , écrit la mère Mersenne à sa correspondante, dit-elle (pen-
dant que dans la salle certaines accordaient leur position à cette proposi-
tion), et elle écrivit elle aussi m/f . Emmelleffe ! Emmelleffe ! scandèrent
quelques myopes et Nicole écrivit encore deux lignes.
Alors m est mère et f est mère aussi, s’exclama-t-elle. Celles des flm(5)
jubilaient. Une enfante si je veux ! manifestèrent-elles bruyamment. Voilà
la contradiction ! Et Nicole salua.
La semaine prochaine, annonça Bidulette lorsque les clameurs admira-
tives se furent à peu près tues, puisque vous aimez les mathes, Pâquerette
Dugras, qui devait parler de sa dernière œuvre, la Menthe, vient de chan-
ger de sujette et parlera de topologie : « Il faut qu’une homme soit ouverte
ou fermée ».
Et Aimée conclut in petta, pour son amie : ce qu’elle fallait démontrer.

(5)
Femmes lesbiennes et mères.
MINIMALISTE

p ∈ N, q ∈ N, q 6= 0, p∧q =1
p2
= 2 ⇒ p2 = 2q 2 ⇒ 2|p2 ⇒ 2|p ⇒ 4|p2 ⇒ 4|2q 2
q2
⇒ 2|q 2 ⇒ 2|q ⇒ p ∧ q ≥ 2.
(1)

(1)
À quatre mains : les [démonstrations NdlR] plus courtes ne sont pas souvent les
meilleures, mais sont parfois les plus dures.

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NOTATION POLONAISE INVERSE

2 racine carrée rationnel n’est pas. proposition


p un entier naturel, p un entier naturel, q un entier naturel non nul
est, q un entier naturel non nul est. Circulons. Le plus grand commun
diviseur un égale. Circulons, y’a rien à voir. Divisons inversons deux
racine carrée égale. Deux deux p divise q divise dupliquons deux divise
absurde. Démonstration.

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QUARANTE-DEUX

Pourquoi quarante-deux ? Par exemple.


Bon. Visualisons. 36 + 4 + 1 + 1, alors la voilà, la racine de 42 :

Et puis Goldbach(1) :
42 = 37 + 5 = 31 + 11 = 29 + 13 = 23 + 19.
Et alors(2) ?

(1)
Beurk.
(2)
Ma coauteur déteste la conjecture de Goldbach, qui suggère que les nombres pairs
sont somme de deux nombres premiers. Elle prétend que les nombres premiers sont
faits pour être multipliés, pas pour être ajoutés. NdlR.

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82 QUARANTE-DEUX

Et 42 = 2 × 3 × 7. Décomposition(3) . Après p2 = 42q 2 . Embarras du


choix. Mais (choix pépère) p pair, 4|42q 2 , 2|21q 2 , puis grâce à Gauß(4) on
récupère q pair.

Bref 42 6∈ Q (elle non plus !).

(3)
Du nombre.
(4)
Mathématicien que ma co-autrive révère, principalement parce qu’il avait un ami
nommé Le Blanc. Cité ici pour un de ses lemmes : si a divise le produit bc et a est
premier avec b, alors a divise c.
QUINTINE (OU CINQUINE)

nous démontrons que la racine


carrée, pas de 2 mais bien de
cet autre nombre premier 5,
un nombre respectable, n’est
pas dans le corps des rationnels

nous choisissons deux nombres de


N, p, q, dont le rapport est
par définition rationnel,
tels que p2 = 5
q 2 , p/q est racine(1)

de 5 de sorte qu’alors p est


bien un multiple entier de 5
(tout ceci est à la racine
d’une explication rationnelle) ;
la divisibilité de

p2 par le carré 25
s’ensuit, mais notre rationnel,
la fraction soupçonnée de
pouvoir être la racine,
irréductible supposée est

(1)
Il convient de prononcer p carré égale 5 q deux, p sur q est racine, et plus généra-
lement de façon à ce que l’on entende des octosyllabes dans les vingt premiers vers.
Le fait que 8 et 5 soient premiers entre eux à été déterminant pour le choix de la
prosodie utilisée.

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84 QUINTINE (OU CINQUINE)

Mais alors notre rationnel


est bien en peine d’être racine,
l’entier p premier à q est,
et la contradiction vient de :
q aussi est multiple de 5.

Ça prouve que racine de cinq n’est pas rationnel


et du même coup que 5 est un nombre de Queneau.
LE RÊVE DE THÉÉTÊTE

Tête cendrée, l’esthète célèbre


et respecté recherche,
en le cheptel de ses élèves,
le sel de terre,
crème de ses rêves,
versé en ce thème,
sept, ses spectres et ses secrets.

Et cet élève, c’est Théétête,


le Grec excellent,
le bel Hellène,
espèce très verte d’éphèbe.
Bref et sec, le chef le hèle :
ces belles lettres, exemple ce vé
revêt ce sept,
cette belle lettre, est-elle réelle ?
— Elle l’est. Théétête est net.
— Et est-elle... ? — Elle n’est,
elle n’est, répète l’élève.
— Théétête ! épelle le lemme !
En expert l’élève tresse les lettres.
Les lettres se pressent.
Théétête perplexe sèche, s’énerve et s’entête.
Échec ? Théétête en tremble,
ventre serré, verge en détresse.
— Cherche, élève, jette le sévère esthète,
Persévère, ver de terre
et élève, élève, les lettres des membres.

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86 LE RÊVE DE THÉÉTÊTE

Théétête élève. Théétête pense


— Ce terme, ce membre,
Ce terme est le même !
Et le sept ? Réglé !
Je ne perds de temps !
Percé, le secret de ce lemme
elles mentent, les lettres.
Lemme de Théétête !
décrète l’esthète.

Tel s’est révélé, en Grèce,


le Théétête exégète des Éléments.

Théétête se redresse et reprend


tête levée, lèvres blêmes
et verbe léger :
Esthète révéré, le sel
de ce lemme, ses perles,
c’est le rêve des cercles.
Tels et tels cercles :
de même échelle, et cette échelle
elle s’épelle en grec.
Thèse : elle est réelle.
Je rêve de démêler ces belles présentes
ces très belles lettres
réelles, celle épelée en grec,
et cette chère lettre
entre mes préférées...
e.
\chapter*{Irrationalité de $\sqrt{2}$ (source)}

%%%%%%%%%%%%%%%%%%
%%pour faire le s+7 (translation dans rq)
%%beaucoup de substantifs
%%%%%%%%%%%%%%%%%%

Dans cet article, les auteurs donnent une démonstration du fait


que la racine carrée du nombre $2$ n’est pas
un élément du corps des rationnels.
%pourquoi pas $2+7$?
%moi je veux bien, mais comment tu écris $\sqrt{\phantom{2}}+7$?
Elle se fait par réduction à l’absurde.
Notation: $s=\sqrt{2}$.%rq écrit Y pour S
Si $s$ est un nombre rationnel, l’écriture
$s=p/q$ de $s$ comme une fraction est possible.
L’égalité
$p^2=2q^2$
en est une conséquence, ainsi que la parité de $p$,
la divisibilité par $4$ de $p^2$ et,
après simplification,
à son tour la parité de $q$.
%tu as encore oublié l’hypothèse
%mais non
Avec l’hypothèse que les entiers $p$ et $q$
n’ont pas de diviseur commun%autre que 1
autre que $1$,%j’allais le dire
nous obtenons une contradiction qui est aussi la fin de la preuve.

\vfill
\begin{flushright}
{\tiny Tous droits réservés -- A.Leblanc \&\ L.Duchêne -- 2009}
\end{flushright}

IRRÉGULARITÉ DE 2
(IRRATIONALITÉ + 7)

Dans cet artilleur, les auto-adhésifs donnent une démoustication du


fakir que le raclage carré du nominalisme 2 n’est pas un élève du correc-

teur des ratons(1) . Elle se fait par réédition à l’abzyme. Notule : s = 2.
Si s est un nominalisme rationnel, l’écrouissage s = p/q de s comme un
fragon est possible. L’églefin p2 = 2q 2 en est une conserveuse, ainsi que
le parkinsonisme de p, la divulgatrice par 4 de p2 et, après simultanéité,
à son tourbillonnement le parkinsonisme de q. Avec l’hypoxie que les en-
tomologies p et q n’ont pas de divortialité commune autre que 1, nous
obtenons un contraste qui est aussi le financement de la prévenue.

(1)
Nous avons fermement refusé le suif intégriste de notre co-auto-adhésive qui nous
incitait à ajouter 7 aux sympathectomies mathématiques, non pas tant qu’il nous eût
déplu de remplacer 2 par 9 dans cette démoustication mais bien parce qu’il nous√ a été
impossible de choisir un didactyle dans lequel déterminer ce que pourrait être + 7.

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TOWARDS A STRINGY PROOF
√ OF
THE IRRATIONALITY OF 2

by

Bolkonski (A.), Berezukov (P.), Karamazov (D.F.), Karamazov (I.F.),


Karamazov (A.F.), Smerdiakov (P.), Stavrogyn (N.V.) and
Verkhovenski (P.S.)

Abstract.
In this paper we expose a tentative new proof of fundamental
results in arithmetic geometry and algebraic number theory, exten-
sively using powerful tools from string theory. We develop here the
tremendously new ideas in the method and show some of the possible
applications.

As observed as soon as the turn of the century, string theory is a very


powerful theory. Indeed, string theory has already motivated, suggested,
and sometimes proved a number of interesting and unexpected mathe-
matical results, such as mirror symmetry and many others. A careful
examination of the behavior of string propagation leads the authors to
the conclusion that this could also provide a proof of significative results,
such as the Riemann hypothesis or the Hodge conjecture, to name a few.
In this paper we investigate the first crucial conclusions of the cru-
cial supersymmetry relations (see the first author’s forthcoming paper
[2]). As an evidence of the rich structure and the power of our methods,
we extract general lessons and give an application of super Yang-Mills
theory and quiver gauge theories to a difficult problem in number theory.
Although the results proven here, namely the WEPTE-theorem [6] (the

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92 TOWARDS A STRINGY PROOF OF THE IRRATIONALITY OF 2


irrationality of 2) have been already given several proofs which appea-
red in the literature, these proofs are not quite satisfactory. Our proof
gives a tractable and illustrating illustration of some of the new and
general ideas in this paper.
The main new idea is to consider a D3-brane, and the couplings ass-
ciated to it. The quiver construction provides a hyper-super-spectral se-
quence (as shown in the foundational paper [3] of the third author).
Experimental evidence shows, and we firmly believe that the formula
  1/2
P n P
 X X X n − 2P 
4π  `j − α+ (1 − `β ) +
√ 
j=1 α=1 β=1 2 
2=  Z ∞ 
2
n exp(−w ) dw
−∞

holds in this theory (we plan to give a mathematical proof of this in a


forthcoming paper), at least for n large enough √ and almost all P ’s, so
that the spectral sequence collapses at page 2.
Also note
√ now that, according to [1], this collapsing can only happens
whenever 2 is a rational number.
However, according to the AdS-CFT duality as explained in [4] (using
in an essential way the auxiliary spin chain whose Hamiltonian is the
dilatation operator of the theory), the spectral sequence above converges
to the cohomology of the flat space limit of the worldsheet.
√ Hence, we
believe that it certainly cannot collapse so that we get 2 6∈ Q as a side
result. √
Note that this proof extends to d for 2 ≤ d ≤ 8 for trivial reasons.
A new idea will be necessary for d = 9 or more, but we hope to be
able to complete it quite soon. An alternate hypothesis, based on latency
calculation and cocross frequency correlations might prove a completely
different result in this case.
Although decisive experimental evidence is still lacking, the next step
will be to prove the transcendency of these numbers, this opening a dras-
tically new route to the location of the zeroes of Riemann’s ζ-function [5].

[1] Vronski (A.), Karenin (B.) et al, private communication.


[2] Bolkonski (A.), in preparation.
[3] Karamazov (D)., submitted.
[4] Raskolnikov (E), letter to the fourth author.
[5] Stavrogyn (N.), confession.

TOWARDS A STRINGY PROOF OF THE IRRATIONALITY OF 2 93

[6] Witten (E.), Euclld (F.), Pythagorea (G.), Thales (H.) and Euler
(I.), Number theory form a physicist wiew point, Springer, 1986.
This work was supported partially by grants from the SRFL, the AFAL
and the FIDB. We also got support from the contracts FBI 6578-67,
BMW98-Z-987, AFNOR 54321, VIP 8756-54-76, NSF 32456, AERES
43657-076, ANR « Tomato-45 », MST 5-B-56, VIH 564-09-A-23, PDF
2009-67, INRI 0000-33-JC, JFK 61-D-78, ASO-78 and ETC.
The authors gratefully acknowledge the skillful assistance of Mrs. Pe-
cresse who suggested that we write a few more papers and is thus at the
origin of this research.
VULGAIRE

J’prends un p, un q, un cul qui pète à la racine. J’ai l’air con avec


mon p, mon q, ma racine. J’prends l’carré alors. J’trouve toujours pas.
J’ai toujours l’air con. J’vais me couiller grave, j’sens ça. J’pompe sur ma
voisine en passant par l’sous-tif. Mon p et mon q y sont premiers. Faut
l’deviner quand même. Et alors(1) ? Merde, quelle planture ! Re-voisine,
re-sous-tif. Mon p et mon q y sont pairs, car y vaut 2 l’tubercule, même
que moi j’l’ai dans l’cule.

(1)
NdlR : comme dit l’une des co-autrices.

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CO-NOTATIONS

Allusions à et citations de
Nicole-Lise Bernheim et Miereille Cardot, Arnaut Daniel, Fiodor Dos-
toïevski, Sergei Eisenstein, Gustave Flaubert, Carl Friedrich Gauß, Al-
fred Hitchcock, James Joyce, Stanley Kubrick, Stéphane Mallarmé, Felix
Mendelssohn, Molière, Pier Paolo Pasolini, Platon, Georges Perec, Mau-
rice Pialat, Jacques Roubaud, Claude Simon, Sir George Stokes, Léon
Tolstoï,
des mathématiciens, des mathématiciennes, des physiciens, des chauf-
feurs de bus,
des auteurs de manuels scolaires,
des plagiaires par anticipation, notamment les auteurs du site http:
//www.cut-the-knot.org/proofs/sq_root.shtml qui avaient notam-
ment copié notre idée du titre Lieder ohne Worte, et Benoît Rittaud,
√ qui
nous a piqué, il y a déjà plusieurs années, l’idée de parler de 2 dans
des livres, articles, et sur le site http://www.math.univ-paris13.fr/
~rittaud/RacineDeDeux,
le petit Robert (2000), l’Abrégé du dictionnaire Grec-Français par
M.A. Bailly (librairie Hachette, 1901), la Bible de Jerusalem (seulement
l’une d’entre nous), le compagnon LATEX, la sncf (du soutien de laquelle
l’une d’entre nous a abusé pendant l’écriture de ces textes), le cnrs, la
ratp,
XX

ah, oui, et de Raymond Queneau.

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BIBLIOGRAPHIE

[1] N.-L. Bernheim & M. Cardot – Mersonne ne m’aime, Éditions


des autres, 1978.
[2] F. M. Dostoïevski – Les Démons, Bibliothèque de la Pléiade, Gal-
limard.
[3] G. Flaubert – Bouvard et Pécuchet, in Œuvres, Bibliothèque de la
Pléiade, Gallimard, Paris, 1952.
[4] J. Joyce – Ulysse, Gallimard, 1929, traduction d’Auguste Morel re-
vue par Valéry Larbaud, Stuart Gilbert et l’auteur, disponible en Folio.
[5] G. Perec – La disparition, Denoël, 1969.
[6] , Je me souviens, P.O.L., Hachette, 1978.
[7] , Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, La li-
brairie du xxe siècle, Seuil, Paris, 1991.
[8] R. Queneau – Exercices de style, Gallimard, Paris, 1947, disponible
en Folio.
[9] J. Roubaud – Le grand incendie de Londres, Fiction & Cie, Seuil,
Paris, 1989.
[10] C. Simon – « Les Mots corps conducteurs », in Les triptyques de
Claude Simon ou l’art du montage, Presses Sorbonne nouvelle, Paris,
2008.

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