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L’entreprise peut elle faire preuve d’éthique ?

De nombreux scandales financiers font régulièrement la une des médias. L’entreprise n’est pas
nécessairement le lieu de prédilection des considérations éthiques. En définitive, on a envie de dire
qu’aucune entreprise ne saurait ignorer les question d’éthique pour des raisons pénales, mais aussi
économiques (Total et l’Erika : condamnations pénales et économiques).

L’éthique est quelque chose de prédominant dans nos sociétés. Elle est présente dans tous les
domaines d’activité (science, médical, biotechnologies). On voit mal pourquoi la sphère économique
échapperait à ce grand principe. Forcément, l’entreprise va devoir intégrer cette éthique
(préoccupations pour l’environnement, conditions de travail) même si ses préoccupations premières ne
sont pas celles là.

E KANT disait « agis comme si la maxime de ton action devit être érigée en loi universelle de
la nature ». Il s’agissait de poser la question des rapports de l’homme avec la société où il évolue.
L’éthique est à rapprocher de la morale, mais ne l’est pas en soi. C’est un mot qui a une racine latine
qui a plus un sens impératif que celui de morale. La morale est un ensemble de règles qui s’imposent à
l’individu. C’est plus large que l’éthique qui est un ensemble de règles de conduite dans un domaine
donné. Il existe une morale, mais plusieurs éthiques (médicales, religieuses, sportives).

La notion d’entreprise peut être définie de deux manières, soit largement comme toute action de
l’homme, soit au sens que JB SAY lui donnait, c’est à dire comme unité économique de production.
C’est cette dernière acception qui va être retenue dans cet exposé.

Ces deux concepts nous semblent fondamentalement opposés. Le premier, celui de l’entreprise,
relève de l’ordre du concret alors que le second relève du spirituel. Pour autant, la conciliation des
deux concepts paraît possible et souhaitable. Par contre, incontestablement, il y a un certain nombre de
facteurs qui vont peser sur cette possible réconciliation entre ces deux concepts.

Des affaires ont toujours existé en la matière tel que le Canal de Panama, les Junk Bonds,
l’utilisation dans une histoire récente du boycott a permis de mettre un terme au régime de l’apartheid
en Afrique du Sud, ou encore le scandale Enron aux USA.. Dans les années 1980, on a vu naître la
vogue de « l’éthique business », c’est à dire cette idée que finalement, le monde des affaires, de
l’économie, un besoin d’un minimum d’honnêteté dans tous les comptes des entreprises. Cette notion
de développement durable, par exemple, en fait partie. L’ONU la définit comme la capacité des
générations présentes de satisfaire leurs besoins en permettant aux générations futures de satisfaire les
leurs.

***

Les rapports entre l’éthique et l’entreprise sont conflictuels, mais complémentaires. Le renouveau
ambiguë de cette association antinomique est cependant contrarié lorsque le contexte économique se
dégrade.
Les deux notions entretiennent une relation conflictuelle mais complémentaire

Un certain nombre de réponses ont été apportées afin de concilier ces deux concepts qui sont
fondamentalement opposés, parce que le conflit y est inhérent.

On évolue dans deux sphères a priori diamétralement opposées spécifiquement dans notre pays
On a deux mondes différents parce que par définition, l’entreprise est une organisation
sociale pragmatique qui agit à la fois sur le social et sur l’économie dans un but de domination, de
profit qu’il convient de maximiser. WALRAS en parlait. Pour A SMITH, dans une société bien
ordonnée, l’homme d’affaire n’agit pas pour faire le bien être général. La société n’a pas besoin
d’intervenir dans les activités des entreprises.
L’éthique, c’est tout l’inverse, elle s’intéresse à la société, comme une sorte d’entité
permanente. La science de la morale ne vise pas la production, mais l’étude et la compréhension du
monde. Elle porte un jugement sur l’organisation sociale, peu importe de quelle éthique, il s’agit. Elle
va imposer un certain nombre de principes.
Il existe dans notre société, une méfiance vis à vis du monde des affaires. On va relever
cette tradition française de séparation de l’argent et de la morale. C’est la vindicte de l’Eglise
catholique par rapport au profit, l’argent, la spéculation. On dans est une éthique négative, de rejet, par
opposition à la démarche protestante (USA, GB, pays nordiques). Parce que dans nos sociétés, l’argent
est sale, l’Etat, très rapidement, a estimé qu’il était nécessaire de corriger les excès de l’économie de
marché pour faire respecter une certaine justice, morale dans les entreprises.
Ces notions doivent être conciliées pour en obtenir le meilleur.

Un certain nombre d’éléments de réponse à cet antagonisme ont été apportés depuis le 19e s.
En France, l’Etat a tenté de concilier ces deux concepts dont on va prétendre qu’ils peuvent
profiter l’un de l’autre.
Finalement, le développement économique et de l’éthique en politique vont de pair. Ces
deux concepts sont sûrement complémentaires. L’apport de cet esprit d’entreprise ou de ce système de
valeur qui fonde nos société est historiquement prouvé. C’est une évidence parce que l’activité
productrice implique une stabilité politique, il faut une sûreté. Il faut que le droit de propriété soit
assuré. L’exemple de l’ex Union soviétique montre que les Etats qui sont le plus vite sortis de l’union
soviétique, qui ont été intégrés dans l’UE, étaient les plus avancées dans le processus de
démocratisation et de développement économique.
L’entreprise est évidemment, nécessairement, l’émanation du tissu social et des acteurs de
la société. Les dirigeants appliquent des normes, valeurs, pour que la société fonctionne et pour être
reconnus par elle. L’éthique est très présente au sein du monde de l’entreprise comme le montre le
compagnonnage et la paternalisme patronal. Ce dernier a eu une très grande importance historique,
notamment avec de grands groupes industriels comme Schneider, Renault, Michelin, qui ont mis en
place, un système globalisant autosuffisant pour leurs ouvriers (englobant la quasi totalité de leurs
besoins). Il y avait une certaine soumission au pouvoir patronal. Bien souvent, un certain nombre de
ces entreprises étaient dirigées par des dynasties protestantes comme Peugeot.
L’Etat, également, a souvent été un tuteur social, moral. La loi est rapidement venue
contraindre l’entreprise à une éthique minimale. Les 1e lois sociales (travail des enfants) datent de
1848, réglementation du droit de grève, réglementation sociale. En mai 2001, une loi a été adoptée,
« loi nouvelle régulation économique » qui contraint pour la première fois les sociétés cotées en
bourse à une certaine transparence parce qu’elle leur impose d’indiquer dans leur rapport annuel, la
manière dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales de leurs
activités. On pense à la multiplication des instances répressives destinés à réguler le monde
économique (COB, CSA, conseil de la concurrence, comité d’éthique)
Un renouveau ambiguë de cette association antinomique est contrarié par un contexte économique
difficile

Un renouveau nécessaire de cette relation a parfois abouti à une récupération discutable.

Les raisons de ce renouveau sont souvent légitimes.


Il existe une capacité financière des entreprises qui ont l’envie de se positionner dans
l’environnement. Les firmes disposent de budgets élevés. On a vu fleurir un certain nombre de projets
portés par les entreprises, comme Rhône Poulenc et la fondation Ushuaia, programmes de logement de
Vivendi. C’est la volonté de faire passer une certaine image auprès du public.
SCHUMPETER affirmait que le « capitalisme portait en lui le germe de sa destruction ».
Il défend l’idée que les entreprises favorisent l’innovation technologique grâce au profit qu’elles ont
réalisé qui sont réinvestis. Ce qui rend au bout de la chaîne, le travail moins éprouvant.
On assiste à un mouvement qui a trait à la valorisation de l’être humain dans le processus
de production. Aujourd’hui, on ne saurait plus méconnaître de prendre en compte l’environnement de
l’individu. C’est dans ce contexte qu’a été développé le concept de l’entreprise citoyenne afin de
réagir conter les excès de « l’argent fou » dont parlait A MINC. Cette entreprise citoyenne s’est
concrétisée dans les faits avec les régies de quartiers, association intermédiaires.
Pour autant, ce renouveau n’est pas toujours dénué d’intentions, il est évidemment très
directement lié à une situation économique donnée.

La notion d’éthique a sans doute été l’objet d’une récupération discutable, au point qu’on a pu
y voir un produit de consommation à la mode.
L’éthique est devenue à un moment, un marché qui est aujourd’hui en difficultés. En effet, c’est
un outil de vente performant. Les industriels ont décelé assez vite l’intérêt de s’en inspirer pour
élaborer une culture d’entreprise.
La société est souvent vue comme un organisme vivant. Il faut pour l’organiser s’inspirer
des valeurs de la société dans son ensemble : intéressement de l’individu, respect de valeurs
spécifiques à l’entreprise à laquelle on appartient. On va prendre en compte des facteurs autres que de
simples facteurs techniques. C’est comme cela qu’on a vu naître des cercles de qualité, projets
d’entreprise, c’est à dire une manière de gérer le personne en le faisant participer à un projet éthique.
C’est comme cela qu’est née une quasi idéologie patronale du consensus : du zéro défauts, on a glissé
vers le zéro péchés.
Au plan international, les multinationales ont exactement la même démarche. L’activité
des 5 plus grandes multinationales équivaut au PNB des 50 pays les plus pauvres du monde. Les
multinationales qui ont été très sollicitées par les Etats, l’ONU, pour financer la modernisation d’un
certain nombre de pays émergents (financement d’infrastructures). Le risque est double. Ces
entreprises petit à petit, vont finir par prendre le pouvoir en investissant massivement dans un pays.
Autant le politique est a priori stable dans la durée alors qu’une multinationale ne l’est pas.
Finalement, il ne faut pas se voiler la face, la prise en compte de la question de l’éthique
par les entreprises est toujours remise en cause lorsque le contexte économique est dégradé. Face à la
crise, les entreprises vont très vite trouver des réflexes économiques de base (licenciement par des
entreprises largement bénéficiaires afin d’assurer une productivité à court et long terme).

Malheureusement, l’Etat lui même n’est pas exempt de critiques en la matière. Il utilise
les outils de flexibilité (CDD…).L’entreprise est avant tout destinée à faire de l’argent.

Biblio : FUKUYAMA : « la fin de l’homme, les conséquences de la révolution biotechnique »