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LA CULTURE « BEUR »
ET SES MODES D’EXPRESSION

Introduction

Les années quatre-vingts, en France, ont vu l’émergence d’une multitude de nouveaux
modes d’expression culturelle propre aux descendants des immigrés d’Afrique du Nord (Algérie,
Maroc, Tunisie). Ces descendants sont connus sous différentes dénominations telles que « les
immigrés de la deuxième génération », les « enfants issus de l’immigration » ou encore les
« Beurs ». Ce terme est utilisé par les Beurs eux-mêmes pour se qualifier et pour marquer leur
différence culturelle avec les Français de « souche ». Nous utiliserons ce vocable tout au long de
cet essai pour qualifier cette génération de Français issus de l’immigration maghrébine
postcoloniale et qui, grâce à leurs « modes d’expression » particuliers, créent ce qu’il est
convenu aujourd’hui d’appeler la « culture beur ».
Cette culture, aux manifestations multiples et variées, a créée sa musique propre, son
écriture littéraire, ses œuvres cinématographiques, son humour et ses modes comportementaux.
Elle exprime souvent le mal-être de cette génération de jeunes Français issus de l’immigration,
en quête d’identité, qui sont partagés entre deux cultures : celle du pays d’origine et celle de la
patrie de naissance. Ses porte-drapeaux qui sont des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des
humoristes… revendiquent, sans complexe, une place au sein de la culture française.
Mais en fait, comment est née cette culture ? Quels en sont les modes d’expression ? Et
quels thèmes véhicule-t-elle ?
Dans cet essai, nous tenterons de répondre à ces interrogations en remontant d’abord aux
origines historiques de cette culture ; nous étudierons ensuite ses principaux modes d’expression
et nous essaierons, enfin, d’en dégager les principaux thèmes récurrents.
La culture « beur » est née en France. Ses porte-drapeaux sont des Français porteurs
d’une double culture : la culture des pays d’origines (Algérie, Maroc, Tunisie) et la culture du
pays de naissance (France). Bien que certains la considèrent encore comme une culture mineure
voire marginale, elle n’en constitue pas moins un enrichissement et une diversité au sein de la
culture française « officielle ». Elle constitue également un moyen d’intégration par excellence.
Son authenticité réside dans le caractère universel des thèmes abordés qui touchent aux
difficultés de vie de cette génération issue de l’immigration, en quête d’une identité et d’une
reconnaissance.

Naissance de la culture « beur »

L’histoire de la France postcoloniale est marquée par l’arrivée massive d’immigrés
magrébins au début des années soixante. Ces immigrés d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie
étaient pour la plupart des analphabètes. Le regroupement familial leur a permis de reconstituer
des familles généralement installées dans les banlieues et auprès des zones industrielles.
Les générations d’enfants d’immigrés, nées en France ou arrivées en bas âge avec leurs
parents, sont aujourd’hui désignées sous le vocable « beur ».
Cette appellation est apparue au début des années quatre-vingts. Et, le terme « beur » aurait été
créé à la mode verlan en inversant l'ordre des syllabes du mot arabe : a-ra-beu donne beu-ra-a,
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puis beur par contraction. Le mot a été adopté par les journaux et les chaînes de Télévision lors
de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » (1) lancée en décembre 1983 par un groupe
de jeunes maghrébins. (2)
Conscients qu’ils n’étaient pas assez « français » pour les Français de souche qu’ils
côtoyaient et pas assez « arabes » comme leurs parents, ces jeunes « beur » ont dû créer leur
mode de vie, leurs genres de musiques, leur mode vestimentaire, leur cinéma, leur littérature,
leur humour et… leur langage : celui des banlieues. Tous ces éléments comportementaux ont
créé la culture « beur ».
Cette culture exprime le plus souvent un mal-être identitaire évident chez ces jeunes
Français tiraillés entre deux cultures : celle des parents encore marqués par leurs pays d’origine
et celle de la société française qui ne les a pas encore intégrés.
Dans une interview accordée à Alec Hargreaves (3), Akli Tadjer (4) exprimait son désarroi à ne
pas pouvoir communiquer dans la langue de ses parents, quand il était en vacances en Algérie :
« J'arrivais dans le village avec mes parents. Il y avait des gosses de mon âge. Ils parlaient tous
Kabyle ou arabe, et moi je n'y comprenais rien du tout. J'étais exclu. C'était pas drôle, les
vacances. » Ce mal-être est également ressenti par ces jeunes dans leur vie quotidienne
puisqu’ils sont toujours pris pour des Arabes Nord-Africains. D’où le titre évocateur donné par
Mourad Ghazali à son livre : « Ne leur dites pas que je suis français, ils me croient arabe. » (5)
Depuis son émergence dans les années quatre-vingts jusqu'à nos jours, cette culture a
connu une vitalité et une diversité dans ses modes d’expression littéraires, cinématographiques,
musicaux, humoristiques ou médiatiques. Citons quelques exemples des icones de cette culture
qui sont des symboles de sa créativité :
- Dans le domaine de l’écriture romanesque on peut citer Azouz BEGAG, Akli Tadjer, Mehdi
CHAREF, Nini SORAYA, Fawzia ZWARI, Nina BOURAOU, Leila SEBBAR, Assia
DJEBAR…
- Le cinéma « beur » compte des figures connues comme réalisateurs, scénaristes ou
acteurs tels que Rachid BOUCHAREB, Mehdi CHAREF, Akli TADJER, Abdelkrim
BAHLOUL, Merzak ALLOUACHE, Yamina BENGUIGUI, Jemal DEBBOUZ…
- Dans le domaine de la Musique et de la chanson on peut citer Cheb KHALED, Cheb MAMI,
Rachid TAHA, Karim KACEL, FAUDEL, Magyd CHARFI...
- En matière de création humoristique, la culture beur a produit de nombreux talents reconnus en
France et ailleurs comme SMAIN, Jemal DEBBOUZ « Coluche d'une France black-blanc-
beur », Latifa ZOUBIR, Rachida KHALIL, BOODER, Saïda CHURCHILL, Nasser DJEMAI ;
dans la bande dessinée on trouve Farid BOUJELLAL, Larbi MECHKOUR…
- Enfin, dans le domaine de la presse et des médias, on trouve Beur TV, Beur FM et des Sites
Web comme Babeloued et Oumma.com qui s’adressent aux Français d’origine maghrébine.
Ainsi, tous les ingrédients d’une culture sont désormais présents pour affirmer une identité
culturelle, celle des générations « beur ».

Les modes d’expression de la culture « beur »

• La littérature

La littérature « beur » est un phénomène récent dont les premières œuvres ont vu le jour
au début des années quatre-vingts (6). Comme son aînée la littérature maghrébine d’expression
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française, la littérature « beur » accorde une place privilégiée au témoignage. C’est un véritable
besoin chez les jeunes écrivains « beur » d’exprimer leur mal-être et leur difficulté à être reconnu
comme citoyens français à part entière.
Parmi les écrivains « beur » nous prendrons deux exemples : Azouz BEGAG et Leila
SEBBAR, bien que cette dernière ne reconnaisse pas cette qualification. Nous passerons en
revue leurs œuvres littéraires en mettant l’accent sur l’œuvre la plus connue de chacun d’eux.

- Azouz BEGAG, "écrivain beur modèle"

Né dans la banlieue Lyonnaise en 1957, ce Français « beur » d’origine Algérienne est un
homme aux multiplex facettes. Il est à la fois écrivain, chercheur au CNRS, enseignant,
sociologue et politicien. C’est le modèle d’enfant issu de l’immigration qui a réussi son
intégration dans la société française. Un « French dream ».
Dans cet essai, nous essaierons de présenter l’écrivain « beur » et son œuvre littéraire.
Dès le milieu des années quatre-vingts Azouz BEGAG a inauguré sa carrière d’écrivain en
publiant, au Seuil en 1986, son premier roman LE GONE DU CHAABA. Ce roman
autobiographique a connu un franc succès et a obtenu de nombreux prix littéraires. Grace au
succès de ce premier roman, Azouz BEGAG a publié une vingtaine de livres qui traitent des
difficultés des jeunes français issus de l’immigration à trouver leurs repères entre deux cultures
différentes. Les thèmes récurrents chez Azouz BEGAG, comme chez d’autres écrivains
« beur », tournent autour de la pauvreté, du racisme, du chômage, de la crise d’identité, du
désespoir et de la révolte…
L’œuvre littéraire de BEGAG compte plusieurs romans dont (7) :
- Beni ou le Paradis privé - Seuil 1989
- Les voleurs d’écriture - Seuil 1990
- Ecart d’identité - Seuil 1991
- Les tireurs d’étoile - Seuil 1992
- Une semaine de vacances à Cap Maudit - Seuil 1993
- Ma maman est devenue une étoile - La Joie de Lire 1996
- Quand on est mort, c’est pour toute la vie - Gallimard 1997
- Dis Oualla! - Fayard 1997
- Le Passeport - Seuil 2000
- Un train pour chez nous - Thierry Magnier 2001
- Le théorème de Mamadou - Seuil 2002
- Le marteau pique-cœur - Seuil 2004
Parmi cette œuvre littéraire relativement riche, nous sélectionnons LE GONE DU
CHAABA, en raison de la place qu’il occupe, en tant que premier roman de BEGAG. Nous
nous pencherons sur les thèmes majeurs qui marquent l’écriture « beur » en général, à partir du
récit autobiographique du romancier. « Le Gone du Chaâba, c’est-à-dire le môme du bidonville,
c’est, vous l’aurez compris, l’auteur lui-même, Azouz BEGAG, nommé en juin 2005 ministre
délégué à la Promotion de l’égalité des chances au sein du gouvernement de Dominique de
Villepin. Une consécration ! » (8)
La trame du roman se présente comme suit : Le héros, Azouz, est un enfant de neuf ans
qui vit dans Le CHAABA, nom arabe de bidonville. Ses parents qui ne savent ni lire ni écrire
sont arabes, Algériens immigrés. Il a deux frères et deux sœurs. Son père est mâcon, sa mère
s’occupe de la ‘maison’ faite de tôles et de bois. Cette familles d’immigrés vit dans le
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dénuement le plus total : ‘la maison’ comporte une seule pièce où toute la famille s’entasse ; elle
n’a ni WC ni eau courante.
Malgré, cette misère et ce dénuement le petit Azouz obtient les meilleures notes de sa
classe et fera la fierté de son père. Chef du CHAABA, le père a facilité l’accueil de toute une
communauté d’immigrés qui a quitté l’Algérie juste après l’indépendance. Le père d’Azouz qui
travaille dans la construction des immeubles impose avec autorité les traditions du pays
d’origine; il bat ses enfants qui veulent quitter le bidonville contre son avis. Quand le bidonville
sera fermé, la famille habitera dans un H.L.M où le jeune Azouz écrira ses mémoires et racontera
son quotidien vécu au CHAABA.
Dans ce roman autobiographique, de nombreux thèmes directement liés aux conditions de
vie des enfants issus de l’immigration, sont traités. Parmi lesquels on trouve :
- La réussite scolaire : la joie d’Azouz est indescriptible quand l’instituteur annonce qu’il est classé
second alors que tous ses camarades du CHAABA sont classés derniers. Il pense surtout à la fierté que
connaitra son père en apprenant la nouvelle. « Je saisis mon carnet à pleines mains, avec une
émotion si intense que j'ai envie de pousser un cri, d'embrasser le maître, en pensant à la fierté
que va connaître mon père en apprenant la nouvelle. Le maître a inscrit dans une colonne :
deuxième sur vingt-sept; et dans une autre : très bon travail. Élève intelligent et travailleur. Je
ne sais que dire, que faire, qui regarder… » (9)
- La volonté s’intégrer par l’effort : cela donne une belle leçon d'intégration dans la communauté
française. « … Deux heures. A nouveau dans la classe. L'après-midi passe doucement. Mes idées
sont claires à présent, depuis la leçon de ce matin. A partir d'aujourd'hui, terminé l'Arabe de la
classe. Il faut que je traite d'égal à égal avec les Français… » (10)
- La recherche d’une identité est la hantise du jeune Azouz qui essaye de trouver un équilibre
fragile entres deux cultures (mondes) antagonistes qui se disputent son quotidien d’adolescent.
« Il y avait une frontière entre ces deux mondes et j’ai appris à jouer sur les deux registres. A
l’école des Français, j’étais un petit Français et au bidonville des Arabes, j’étais un petit Arabe.
Je ne voulais pas qu’on puisse me percevoir comme différent… » (11). Là, se pose pour lui
comme pour les jeunes de sa génération, une question fondamentale : comment s’intégrer sans
perdre son identité ?
- La jalousie et le mépris des ses camarades arabes qui n’apprécient guère le fait qu’il obtienne
de bonnes notes ou qu’il préfère la fréquentation des petits blancs à la leur. Observons cette
confrontation entre le jeune Azouz, et ses petits camarades arabes qui ne sont pas contents de ses
brillants résultats à l’école :
Moussaoui, un camarade de classe, adresse au jeune Azouz des reproches en disant :
- Non, t'es pas un Arabe, j'te dis.
- Si, je suis un Arabe !
- J'te dis que t'es pas comme nous !
Alors là, plus aucun mot ne parvient à sortir de ma bouche. Le dernier reste coincé entre mes
dents. C'est vrai que je ne suis pas comme eux.
Une terrible impression de vide s'empare de moi. Mon cœur cogne lourdement dans mon ventre.
Je reste là, planté devant eux, et, sur mon visage, mille expressions se heurtent, car j'ai envie de
pleurer, puis de sourire, résister, craquer, supplier, insulter.
Nasser intervient : « Et en plus tu veux même pas qu'on copie sur toi ! » Un autre renchérit :
« Et en plus, t'es un fayot. Tu n'en as pas marre d'apporter au maître des feuilles mortes et des
conneries comme ça ? » Il ajoute : « Et à la récré, pourquoi tu restes toujours avec les
Français ? » (12)
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D’autres thèmes comme le racisme, l’Islam, la famille, la condition de la femme, la pauvreté, le
sentiment d’isolement, la nostalgie, sont présents dans le GONE DU CHAABA.
En ce qui concerne la langue, on constate un métissage évident. L’insertion de mots
d’arabe parlé comme : Abboué (père), bénouar (robe), le tahar (circonciseur), Chemma ou
tababrisi (tabac à priser) donne une certaine « couleur locale » au récit, et permet de reconstituer
partiellement le bilinguisme en vigueur au sein de la famille. Les parents qui sont illettrés, se
parlent encore souvent en arabe, tandis que les enfants parlent français.
Pour un premier coup d’essai, ce premier roman de BEGAG a été un coup de maître ; il a
été d’ailleurs adapté au cinéma par Christophe Ruggia. Le talent de l’écrivain ne se démentira
pas tout au long de sa carrière d’écrivain. Ses thèmes de prédilection qui sont en filigrane dans
tous ses romans, tournent autour des problèmes liés à l'immigration et à la difficulté d'intégration
des jeunes. Des thèmes qu’on retrouve également chez d’autres écrivains « beur » comme Leila
SEBBAR.

- Leila SEBBAR, « un auteur entre deux rives »

Leila SEBBAR n’aime pas être classée parmi les écrivains « beur ». Comme d’autres

l’ont fait, nous l’intégrons à cette catégorie d’écrivains qui ont largement contribué à faire

connaître la littérature « beur ». Elle est née à Aflou, d'un père algérien et d'une mère française,

tous deux instituteurs. Jeune adolescente, elle a quitté l'Algérie en 1961 pour Aix-en-Provence,

alors que ses parents sont restés en Algérie jusqu’en 1970. Ils rejoindront la France pour leur

retraite. A cette époque, l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète), opposée à l’indépendance

de l’Algérie, sème la terreur à Alger.

Elle poursuit des études supérieures en littérature à l’université d’Aix-en-Provence où
elle met sur pied avec des amis étudiants la première cinémathèque. En 1963, elle s’installe à
Paris où elle vit aujourd’hui. Sa vie est partagée entre l’enseignement de la littérature française
et le recherche. Elle publie, sous forme d’essais, dans Les Temps Modernes, la revue de J. P.
Sartre : « Le mythe du bon nègre dans la littérature française coloniale au 18e siècle », sujet de
sa thèse de Doctorat.
Outre Les Temps Modernes, elle écrit dans de prestigieuses revues telles que « La
Quinzaine Littéraire », « La Lettre internationale » et « L'Actualité de l'émigration ». Durant
plusieurs années, elle collaborera également au « Panorama de France-Culture ». Romancière et
journaliste, Leila SEBBAR a publié plusieurs essais, romans et recueils de nouvelles traduits en
plusieurs langues, dont :
- Shérazade, 17 ans, brune, les yeux verts, Stock, 1982
- Les Carnets de Shérazade, Stock, 1985
- Le fou de Shérazade Stock, 1991
- Le silence des rives, Stock 1993
- L’Arabe comme un chant secret, Bleu autour, 2007… (13)
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Le fait que Leila SEBBAR soit née d’une union mixte, elle s’est trouvée malgré elle placée au
milieu de cultures, entre deux rives Algérienne et Française. La quête d’encrage dans le temps et
dans l’espace pour se construire une identité transparait de manière évidente dans ses écrits où il
est souvent question d’origine, d’exil, de mémoire, de tradition, de déracinement, du père,
d’affirmation de la liberté des jeunes filles « beur »...
Parmi les œuvres de Leila SEBBAR, nous essaierons de présenter sa trilogie romanesque
construite autour du personnage de Shérazade. Le premier roman de cette trilogie s’intitule :
« Shérazade, 17 ans, brune, les yeux verts. » C’est un roman d’aventures, un roman d’initiation
d’une « beur » fugueuse de banlieue.
Dans ce roman, le personnage de Shérazade telle que Leila SEBBAR l’a voulue est
Algérienne d’origine, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts suivant le signalement de la Police.
Farouchement libre, insoumise, sauvage et insaisissable, comme ses complices dans l’exil,
Shérazade erre dans Paris et fait des rencontres. Elle joue avec son identité, ruse avec la loi,
vole, fait des casses, côtoie les milieux de la drogue, de la prostitution, du luxe…
Leila SEBBAR a fait de son héroïne une jeune « beur » tendre, aventureuse et perspicace. Bien
que son nom évoque la narratrice mythique des Milles et Une Nuits, Shérazade représente avec la
grâce sublime et l’audace de la jeunesse, une nouvelle génération de filles « beur », libérées,
sensibles à l’amour, à l’argent et aux lumières de la ville : Les Shérazade des temps modernes.
Le second roman de cette trilogie est « Les Carnets de Shérazade » où l’héroïne
vagabonde avec son compagnon Gilles Rivière, un routier. Pendant sept jours et sept nuits, dans
la cabine d’un poids lourd, elle traverse la France de Marseille à Paris. Entre disputes,
réconciliations, ruptures et retrouvailles, elle raconte ses aventures passées, consignées dans les
carnets d’un voyage initiatique aux couleurs exotiques.
Leila SEBBAR nous peint le portrait de Shérazade à travers le regard de Gilles : « Dans
son camion, à Marseille dans les docks, il y a une fille endormie, une inconnue. Elle dort en
chien de fusil. On voit mal sa bouche renflée à cause de la position du visage sur le skaï du siège
molletonné. Elle a de longues paupières bistre, orientales. Ses yeux seront noirs. Elle est jeune,
très jeune… » (14)
Et, nous décrit les retrouvailles de Julien et de Shérazade :
« Et l’Algérie ? dit Julien à Shérazade.
- Je suis à Lure dans l’Est de la France, dit Shérazade, tu vois, c’est pas l’Algérie…
- Et qu’est-ce que tu fous là ?
- Si tu arrives pour me fliquer…
Julien prit Shérazade dans ses bras et se mit à rire et à pleurer. Shérazade l’embrassait et le
serrait en riant.
C’est toi, Shérazade, c’est toi… Je t’ai cherchée comme un fou. J’ai quitté Paris, je suis allée en
Algérie, tu n’y étais pas. J’ai pensé que tu irais voir L’Enlèvement au sérail à Aix-en-Provence,
je ne t’ai pas vue. (…) Mais tu es là… Shérazade. » (15)
« Le Fou de Sherazade » est le troisième livre de cette trilogie romancière. C’est une
histoire d’amour des temps modernes. Elle fait référence à une légende bien connue dans la
littérature arabe: Majnoun Leila (le fou de Leila). Cette histoire d’amour orientale est proche de
celle de Romeo et Juliette. Julien est épris de Shérézade mais celle-ci est insaisissable. Elle
fugue entre réalité et images, guerre et paix. Elle fugue jusqu'à Beyrouth et Jérusalem… où
pousse l’olivier. Julien court derrière sa dulcinée, au rythme de ses apparitions et disparitions.
Leila SEBBAR nous décrit la réaction de la mère de Shérézade qui a appris que sa fille
est prise en otage à Beyrouth, alors que Julien l’attendait pour le tournage d’un film dans une
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banlieue Parisienne. « J’étais là, debout, mes mains tremblaient comme si j’étais malade tout à
coup, et mon cœur qui battait à cent à l’heure… Je me suis appuyée sur le dos du fauteuil. J’ai
regardé, j’ai vu ma fille, ma fille… C’était elle sur l’écran, je me suis approchée pour lui parler,
comme une folle, j’ai touché ses joues, j’aurais voulu l’embrasser, la serrer dans mes bras, j’ai
dit : Shérazade, ma fille, ma petite fille, tu es vivante, regarde-moi, je suis là, moi, ta mère, et
Dieu te protège, je le sais, écoute-moi ma fille, ma petite fille… J’ai pas eu le temps de lui parler
plus longtemps, le journaliste a dit : Cette jeune fille a été prise en otage à Beyrouth par un
groupe inconnu, anonyme, qui ne réclame rien… » (16)
Cette trilogie romancière de Leila SEBBAR est porteuse de thèmes relatifs à l’identité et
aux repères historique et géographique des jeunes issus de l’immigration. La fiction romanesque
constitue pour Leila SEBBAR un lieu d’encrage par excellence comme le remarque Elisabeth
Mudimbe-Boyi en écrivant : « Leila Sebbar a pu trouver un lieu d’encrage dans la fiction
romanesque, les personnages de ses romans, eux sont souvent des sujets nomades ou des fugitifs
en quête d’un lieu et d’une base stables. C’est le cas dans sa trilogie Shéhérazade 17 ans, brune,
frisée, les yeux verts, Les Carnets de Shéhérazade, Le Fou de Shéhérazade, mais aussi dans les
Algériennes au Square et le Chinoix vert d’Afrique. Sebbar, en fait, résume une thématique aux
réseaux multiple : le voyage et l’errance, l’exil et la quête d’identité, dans leurs rapports avec la
géographie et l’histoire, qui toutes deux, engagent la culture et la société, le temps et l’espace. »
(17)
Au moment où la littérature « beur » commence à émerger dans le paysage littéraire
français, au début des années quatre vingt, certains observateurs et critiques littéraires de
l’époque ne cachent pas de souligner le peu d’intérêt qu’elle suscite, à l’exception de quelques
auteurs comme Mehdi CHAREF et Azouz BEGAG. D’autres critiques comme Françoise
Gaspard et Claude Servan-Schreiber, au contraire, ont prédit la naissance d’une littérature riche :
« Il n’est pas impossible que nous assistions très bientôt à l’apparition dans les rangs de
l’immigration (sic) d’une littérature exceptionnellement riche. Certains éditeurs la voient déjà
affleurer. » (18)
Les exemples d’Azouz BEGAG et de Leila SEBBAR comme auteurs porte-drapeaux de
la littérature « beur » ne diminuent en rien la valeur authentique d’autres écrivains issus de
l’immigration, même si certains des thèmes abordés restent focalisés sur l’identité. Car une
écriture émergente ne peut en effet se libérer du jour au lendemain du discours d’identitaire.

• Le Cinéma

A l’instar de la littérature « beur » considérée encore par certain comme une « littérature
mineure » voir même une « littérature marginale », le cinéma « beur », dès sa naissance dans les
années quatre-vingts, a été relégué, selon l’expression d’Alec G. Hargreaves dans une « zone
secondaire de la production cinématographique française. » (19) Les années quatre-vingts ont
été marquées par l’apparition du cinéma « beur » ; la plupart des films réalisés à cette époque par
des cinéastes issus de l’immigration maghrébine, ont eu pour thèmes la fracture sociale ou les
problèmes d’intégration. Citons quelques exemples :
- Mehdi Charef : Le thé au harem d'Archimède et Miss Mona, 1985, 1986
- Rachid Bouchareb : Bâton Rouge 1984)
- Abdelkrim Bahloul : Le thé à la menthe 1985
- Merzak Allouache : Un amour à Paris 1986
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Quelques années après, des producteurs et des acteurs issus de l’immigration trouvent
leurs places dans le cinéma grand public. C’est le cas de acteurs : Samy Naceri dans les films du
cycle Taxi (1988, 2000, 2003) et Jamel Debbouz dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain
(2001). Et pour illustrer l’apport du cinéma « beur » dans la création cinématographique en
France, il nous parait intéressant de présenter la cinéaste franco-algérienne Yamina Benguigui et
son œuvre.
Née à Lille le 9 avril 1957 de parents algériens Kabyles, Yamina Benguigui a débuté sa
carrière dans le cinéma comme assistante réalisatrice auprès de Jean-Daniel Pollet (20), en 1977.
Adolescente, elle a été marquée par America, America d'Elia Kazan qui s'interroge sur la place
des minorités. L'autre événement cinématographique qui l’a marquée est l’attribution de la
Palme d'or au réalisateur algérien Lakhdar Mohamed Hamina à Cannes pour Chroniques des
années de braise en 1975.
A partir de 1991, elle réalise et produit de nombreux court-métrages et documentaires
pour la Télévision, notamment Femmes d’Islam (1994) et Mémoires d’immigrés qui a obtenu le
7 d’or en 1998. Ce documentaire retrace l’histoire de l’immigration maghrébine à travers les
témoignages qui mettent notamment en exergue la quête d’identité et les effets du racisme. Les
documentaires de Yamina Benguigui sont aujourd'hui étudiés en section cinéma et sociologie
dans de nombreuses universités (Berkeley, New York, Berlin).
En 2002, elle réalise son premier long-métrage Inch’Allah dimanche, qui recueille de
nombreux prix dont le prix de la critique au Festival de Toronto. Surnommée par certains
‘Madame Immigration’, elle a vu pour la première fois dans le paysage audiovisuel français
(PAF), une chaine publique (France 2) programmer en ‘prime time’ la diffusion de son téléfilm
« Aicha, Mohamed, Chaïb... engagés pour la France » sur les jeunes issues de l’immigration.
Dans cette fiction, Yamina Benguigui montre, à travers l’institution militaire, un nouveau
« créneau » d’intégration des jeunes « beur ». C’est l’histoire de trois jeunes français issus de
l’immigration maghrébine, une fille et deux garçons : Aicha, Mohamed et Chaib. Ils ont en
commun un choix de vie pour le moins surprenant : Ils veulent s’engager dans l’Armée
professionnelle. Leurs choix suscitent l’incompréhension de leurs familles. Est-ce un
renoncement à leurs racines ou, au contraire, la marque de leur adhésion à une nouvelle identité ?
Mais pour la jeune « beurette » Aicha, ce choix est synonyme d’affranchissement d’un ghetto
ethnique, selon l’expression de Mouna Izddine (21) : « Aicha raconte la «douloureuse conquête
de l’individualité par une jeune « beurette » de la troisième génération, déterminée à
s’affranchir de son étouffante cité de banlieue, ghetto ethnique, communautaire, et socio-familial
qui ne dit pas son nom ». Et d’ajouter : « Yamina Benguigui a admirablement ouvert la voie ‘ du
docu’ et du 7ème art français aux générations de beurs et de beurettes à venir. Rien que ça. »
(22)
Outre l'écriture cinématographique, Yamina Benguigui a écrit des livres : Femmes
d’Islam, Albin Michel, 1996 ; Inch’Allah dimanche, roman, Albin Michel, 2001 ; Mémoires
d’immigrés : héritage maghrébin, Canal Plus édition, 1997. (23)
Cinéaste et écrivain reconnue, Yamina Benguigui est chevalier de la légion d’honneur, des arts et
des lettres et de l’Ordre national du mérite. Elle a reçu en 2003 le prix de la paix à Florence
pour l’ensemble de son œuvre. Le cinéma « beur » en tant que mode d’expression d’une
culture semble avoir retrouvé une certaine maturité dans les thèmes abordés. Il est passé d’un
cinéma de constat (problèmes d’intégration, racisme, crise d’identité des jeunes issus de
l’immigration, vivant dans les banlieues…) à un cinéma de construction d’une image positive et
valorisante de cette même jeunesse.
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• La Musique

La musique « beur » fait son apparition au début des années soixante dix avec Djamel
Allam, (24) en chantant à la fois son héritage Kabyle et de la variété française. Viendra ensuite
Karim Kacel, en 1984, avec la chanson Banlieue qui l’a fait largement connaître. Ce qui
différencie Kacel des chanteurs qui viendront plus tard comme Rachid Taha ou Cheb Khaled,
Cheb Mami ou Faudel, son répertoire ne fait aucune référence à sa culture d’origine. Ses
chansons s’inscrivent dans le patrimoine le plus classique de la chanson française à l’instar des
grands chanteurs comme Brassens ou Jacques Brel.
Enfin, arrive la révolution du Raï avec Rachid Taha et son groupe Carte de séjour qui
prépare le terrain à l’arrivée, quelques années plus tard, d’une nouvelle génération de chanteurs,
comme : Cheb Khaled, Cheb Hasni, Cheb Mami, Faudel… Leurs chansons romantiques ‘Raï -
love’ bien connues du public comportent souvent des mots arabes qui sont passés sans difficultés
grâce aux parrainages prestigieux de Jean Jacques Goldman (chanson Aicha pour Khaled) et
Charles Aznavour (Chanson Viens Habibi pour Mami). (25)
Dans les années quatre vingt dix, le groupe Toulousain de Zebda, avec savant mélange
entre Raï, Reggae et Funk s’est imposé dans le panorama musical francophone. Il fera parler de
lui avec son énorme tube de l’été Tomber la chemise. Respect et tolérance sont les maîtres mots
de leur discours. Les sujets les plus sensibles tels que le racisme sont traités avec humour et
dérision. Le Groupe Zebda est aujourd’hui éclaté.
Il y a aussi le groupe Iness Mezel créé en 1995 par deux jeunes femmes Fatiha et Malika
Messaoudi, sœurs issues d’un couple Kabylo-italo-franco. Le Groupe incarne un état d’esprit et
un style résolument modernes et ouverts sur le monde. Sa musique est un savant dosage de
divers styles musicaux tels que le classique, le chant lyrique, les chants africains et berbères
contemporains. En 1998, Ines Mezel a reçu un triomphe à Johannesburg, en gagnant le trophée
du « Kora All Africa Awards » et Fatiha, la chanteuse du groupe, a été consacrée Meilleur
Chanteuse d’Afrique - Meilleure Artiste d’Afrique du Nord. (26)
La musique « beur » est un mode d’expression d’une culture qui continue d’attirer les
jeunes et les moins jeunes pour ses thèmes classiques, tout en faisant place aux formes musicales
les plus « tendance », à l'électro-rap, au hip-hop ou encore à l'afro-funk.

• L’humour

Le premier humoriste « beur » qui a triomphe sur une scène française est Smaïn. Il
présente son personnage comme suit : « Je suis né en Algérie de parents inconnus. Je suis arrivé
en France à l'âge de 2 ans. J'ai grandi en banlieue. Quand j'ai eu 12 ans, on m'a envoyé chanter
dans une chorale, celle des Petits Chanteurs de Saint-Eustache. Vous imaginez, moi, le petit
beur, avec une croix autour du cou, chantant l'Ave Verum Corpus de Mozart ? Eh bien, voilà, je
pense à ça: à tout ce chemin que j'ai dû parcourir pour me faire une place... » (27) Il
a commencé sa carrière en 1986 dans un spectacle de one-man-show intitulé « A Star Is Beur ».
Selon l’Express : «… un-one-man show qui a peut-être plus fait contre le racisme que tous les
discours des hommes politiques. » (28)
Quinze années plus tard on verra émerger l’humoriste Jamel Debbouz qu’on surnommera le
« Coluche d'une France black-blanc-beur ». Depuis, de nombreux comiques issus de
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l’immigration ont investi la scène de l’humour « beur ». Parmi ces humoristes on peut citer :
Rachida Khalil, Booder, Saïda Churchill, Nasser Djemai, Jean-Rachid, Mustapha, Miloud et
autres Marzouk…
Les thèmes abordés par la majorité des humoristes tournent souvent autour des origines,
de la famille, de la condition de la femme musulmane vivant en Europe, de la discrimination, le
racisme etc. Ce n’est pas le cas de la jeune humoriste Saida Churchill qui explore d’autres sujets
comme ‘la manipulation des informations’ sans aborder la condition des « beurettes ». Mais en
fait, y a-t-il un humour « beur » ? Pour Booder : « Quand tu as grandi dans les quartiers, tu as
forcément plein de choses à raconter, que tu sois beur, blanc, noir, portugais ou antillais. »
Pour Smaïn, même son de cloche : « Il n'y a pas d'humour beur. Il y a des gens qui parlent de
leur condition avec humour, un point c'est tout. L'humour est universel. »

• La Presse et les Medias
Il est facile de remarquer dans le paysage audiovisuel français (PAF) l’existence de
Radios et de Télévision à connotation "beur" A titre d’exemple :
- Beur FM est une radio communautaire à vocation généraliste, laïque et indépendante. Bien
qu’elle soit une radio d’expression française ses programmes comprennent des émissions en
langue arabe ou kabyle. Elle couvre un espace franco-maghrébin, celui des populations
françaises d’origine maghrébine (arabe, juive, berbère, pieds noir). Sa vocation : informer,
divertir, cultiver de façon laïque et indépendante. (29)
- Beur TV ou « La Chaîne Méditerranée » est une chaine de Télévision privée créée en 2003.
Elle est destinée aux français d’origine maghrébine, de maghrébins vivant en France, des Juifs,
des pieds noirs, des Français ayant séjourné au Maghreb… Elle est volontairement : laïque,
moderne et indépendante. Cette chaine est quotidiennement regardée par plus de quatre millions
de téléspectateurs. Beur TV a développé des partenariats avec des Télévisions maghrébines sur
des événements politiques, culturels ou sportifs avec les Télévisions Algérienne, Tunisienne et
Marocaine. (30)
- Le Site Web Oumma.com est crée en 1999. Il appartient à l’Association Oumme.com relevant
de la loi 1901. Il est à vocation civique, culturelle, informative. Il est essentiellement destine à
faire connaître l’Islam de France. (31) Tous
ces médias tendent à forger une ‘identité française’ propre aux populations issues de
l’immigration maghrébine, dans le cadre de la diversité culturelle et ethnique.
• Le Langage
Le langage des banlieues est un moyen d’expression des « beur » et des jeunes
appartenant aux diverses communautés. Ce langage n’est pas invention exclusive des jeunes
issus de l’immigration maghrébine, mais ils y contribuent comme la plupart des jeunes des cités.
Ce langage est constitué d’une mosaïque d’emprunts issus des divers courants de l’immigration
(arabe, berbère, africain, asiatique, tsigane…) avec une dominante empruntée au français
populaire, à l’argot. Ce langage évolue à toute allure grâce à l’invention perpétuelle de jeux de
mots. Il est surtout véhiculé par la culture hip-hop, surtout le rap. Il peut être comparé au
langage argotique le « slang » : « sale langue », des jeunes new-yorkais du Bronx et de Harlem,
qui s’est développé à la fin des années soixante. Pour un touriste amoureux de la langue de
Voltaire, entendre dans le métro parisien une phrase comme « Ma meuf, … elle bad-trippe
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grave. », le laisserait pantois. Il serait loin d’en deviner le sens exact : Traduction : « Ma copine,
… elle s'inquiète beaucoup. »
Si ce langage se développait avec le temps, on pourrait craindre, chez les jeunes de
banlieues, un appauvrissement de la syntaxe. Les défenseurs de la langue y verraient-ils un péril
linguistique qui menacerait l’avenir de la langue française ? Jean-Pierre Goudaillier, professeur
à la Sorbonne et auteur de Comment tu tchatches !, craint qu'une véritable fracture linguistique
vienne se superposer à la ‘fracture sociale’ et enferme les jeunes des cités dans une sorte de
ghetto culturel. (32). Quant à Jean-François Dortier : « Le parler jeune des banlieues n'est pas un
langage dégradé du français qui aurait vocation à se généraliser à toute la société. Il relève d'un
code interne à un milieu destiné à marquer provisoirement sa différence. » (33)
Conclusion
Au terme de cet essai, il nous paraît nécessaire de signaler que la culture « beur » est un
phénomène qui s’inscrit dans la logique de l’histoire postcoloniale de la France. Ses modes
d’expression constituent un moyen d’affirmation et de revendication identitaire, une certaine
façon d’enrichir le ‘socle culturel commun’ de la nation française. La richesse de cette
culture se reflète à travers les œuvres littéraires, cinématographiques et dans la musique et
l’humour qu’elle produit. C’est un symbole de vitalité de la nouvelle génération de Jeunes
français issus de l’immigration maghrébine. Certaines de ces œuvres littéraires et
cinématographiques, produit de cette culture, sont enseignées dans de prestigieuses universités
Européennes et Nord Américaines. Les thèmes majeurs véhiculés par cette culture tournent
autour de la recherche d’identité, les problèmes d’intégration et la quête de reconnaissance d’une
citoyenneté à part entière…
Reconnaître l’authenticité et l’apport de cette culture signifie contribuer à la définition
d’une société française multiculturelle et démocratique. Nous pensons comme Marie-Hélène
Buffet (34) que : « C'est dans cette culture plurielle que la République puisera les ressources de
l'intégration. Il n'y a pas de raison à priori pour que la revendication identitaire soit
contradictoire avec l'intégration républicaine. Ni l'une ni l'autre ne peuvent s'ignorer, chacune à
besoin de l'autre : l'identité pour trouver sa place dans une communauté historique métissée
depuis longtemps, la République pour donner plus de chance encore à la démocratie
culturelle. »
La réussite sociale de certaines icônes parmi les jeunes « beur » issus de l’immigration
maghrébine, comme Azouz BEGAB ou Rachida DATI, actuel membre du gouvernement
français, (35) constitue un exemple positif d’intégration. Cet exemple soulève, cependant, deux
questions : Comment s’intégrer sans perdre son identité ? Peut-on s’intégrer sans faire l’objet de
récupération politique ?






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BIBLIOGRAPHIE

(1) Thioli, Boris - Vingt ans après la Marche des beurs - L’Express du 20/11/2003
http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/integration/dossier.asp?ida=412853
(2) Laronde, Michel : La ‘Mouvance Beure’ : émergence médiatique - The French
Review, vol.161, No.5, April 1988 Printed in USA
(3) Hargreaves, Alec G., “Interview with Akli Tadjer, 26 April 1988” Immigration and
Identity in Beur Fiction, New York/Oxford: Berg, 1991, p.17.
http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP2303acu.html
(4) Tadjer, Akli : http://www.evene.fr/celebre/biographie/akli-tadjer-19534.php
(5) Ghazali, Mourad : « Ne leur dites pas que je suis français, ils me croient arabe »
éd. Presses de la Renaissance, 2006
http://www.oumma.com/Ne-leur-dites-pas-que-je-suis
(6) Le premier roman « beur » a été écrit par Mehdi CHAREF : « Le Thé au harem d'Archi
Ahmed », Mercure de France, 1983. Voir Article de Mustapha Harzoune – Littérature :
Les chausse-trapes de l’intégration - Revue Hommes et Migrations Numéro 1231-
mai - juin 2001. http://www.hommes-et-migrations.fr/articles/pdf/1231.pdf
(7) Lane, Brigitte (octobre 1997) et Netter, Carole (avril 2007) - Présentation d’Azzouz
BEGAG - http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/begag/presentation.html
(8) Gazsi, Mélina : Azzouz BEGAG, un parcours exemplaire - Actualités en France -
Série n° 69/02 - www.ambafrance-by.org/IMG/doc/2Begag.doc
(9) BEGAG, Azouz Le Gone du Chaâba - Le Seuil, Coll. 'Virgule', 1986, pp. 87- 90.
(10), (11), (12): Ibid
(13) http://clicnet.swarthmore.edu/leila_sebbar/librairie/index.html
http://www.bibliomonde.com/auteur/leila-sebbar-1173.html
(14) Les Carnets de Sherezade, Stock 1985 p.13
(15) Ibid p.174
(16) Le fou de Sherezade, Stock, p.108
(17) Mudimbe-Boyi, Elisabeth : Essai sur les cultures en contact, Afrique, Amériques,
Europe - Edition Karthala Paris 2006 collection : Lettres du Sud - pp. 214-215
(18) Gaspard, Françoise et Servan-Schreiber, Claude : La fin des immigrés, Seuil,
Paris 1984
(19) Hargreaves, Alec G : La représentation cinématographique de l’ethnicité en
France : stigmatisation, reconnaissance et banalisation - Questions de
Communication, 2003,4, 127- 129
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(20) Pollet, Jean-Daniel : cinéaste français (1936-2004)
http://www.fabula.org/actualites/article9235.php
(21) Izddine, Mouna : Yamina, pionnière du cinéma beur - Société et Culture - revue
Maroc Hebdo International - numéro 763 du 19 au 25 Octobre 2007.
(22) Ibid
(23) Benguigui, Yamina - Biographie - Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yamina_Benguigui
(24) Allam, Djamel - http://matoub.kabylie.free.fr/djamel-allam.htm
(25) Evolution du rai - les Cheb http://filoumektoub.free.fr/maghreb/rai/cheb1/cheb1.htm
(26) Mezel, Iness - http://matoub.kabylie.free.fr/iness-mezel.htm
(27) Smain, L’Express du 27/10/2005
http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/proust/dossier.asp?ida=435435
(28) Ibid
(29) Beur FM : http://www.beurfm.net
(30) Beur TV: http://beurtv.over-blog.com
(31) Site Web Oumma.com: http://www.oumma.com/Identification-du-site-Oumma-com
(32) Goudaillier, Jean-Pierre - La langue des jeunes des cites, Comment tu tchatches
http://casnav.scola.ac-paris.fr/docs/conf/langue_des_jeunes_des_cit%C3%A9s.pdf

(33) Dortier, Jean-François - Sur le langage des cités - Magazine Sciences Humaine
http://www.scienceshumaines.com/--tu-flippes-ta-race,-batard----sur-le-langage-des-
cites_fr_4808.html
(34) Buffet, Marie-Hélène : Mots pluriels - no 23. mars 2003.
http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP2303mhb.html
(35) Rachida Dati est nommée ministre de la Justice, garde des Sceaux du gouvernement
François Fillon. C’est la première personnalité issue d'une famille d'immigrés
Maghrébins à occuper un poste aussi élevé dans un gouvernement français.





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