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De la démocratie en Europe

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De la démocratie en Europe
Marcel Gauchet

Marcel Gauchet, philosophe né en 1946, est l’auteur du livre plus que fameux Le
Désenchantement du monde, en 1985, où il analysait la sécularisation de la société
occidentale mais expliquait aussi que le christianisme était « la religion de la sortie de la
religion ». À une production énorme en quelques années s’ajoutent actuellement quatre
volumes consacrés à une enquête sur la crise de la démocratie hier, aujourd’hui… et demain!
Il répond aux questions de Gérard Leclerc, journaliste, écrivain et éditorialiste à
l’hebdomadaire France catholique.

Gérard Leclerc - Quelles étaient vos intentions en commençant ce nouveau travail ?

Marcel Gauchet - J’avais d’abord le désir d’aboutir à une conceptualisation rigoureuse de la


démocratie. En général on se rabat sur des notions institutionnelles qui sont justes mais qui ne
saisissent pas le phénomène dans son ensemble. Je conçois la démocratie comme le concept
englobant de la modernité et j’essaie de comprendre en quoi la modernité et la démocratie ont
partie liée.

Deuxième intention : la frustration croissante que j’ai ressentie devant ce qui tient lieu
aujourd’hui de pensée sur la démocratie – celle de Tocqueville. Le point de vue tocquevillien
a acquis une « hégémonie d’évidence » qui masque l’essentiel. J’aurais pu intituler mon livre :
De la démocratie en Europe par opposition à De la démocratie en Amérique. Le voyage de
Tocqueville aux États-Unis a permis de comprendre, en son temps, des aspects de la
démocratie européenne. Mais pour comprendre la dynamique de la démocratie dans le monde
d’aujourd’hui, il faut adopter une perspective longue, très longue, car le cadre européen
permet de comprendre des choses que l’exemple américain ne donne pas à voir.

Troisième intention : approfondir mon diagnostic de la crise de la démocratie afin d’anticiper


de manière plausible ce qui pourrait se passer lorsque nous sortirons de cette crise.

Peut-on présenter votre œuvre comme une philosophie de l’histoire ?

Non. Il s’agit d’une histoire de la philosophie du XXe siècle saisie dans la longue durée de la
modernité européenne. Vous savez que j’ai essayé de caractériser notre modernité par la sortie
de la religion ; je tente maintenant de préciser ce point en espérant parvenir à une
conceptualisation générale du fait démocratique.

La sortie de la religion n’est pas l’arrachement à la croyance religieuse mais l’abandon de la


manière d’être religieuse des sociétés. La révolution moderne qui se déroule depuis cinq
siècles se définit par le basculement de cette structuration religieuse, hétéronome, dans un
nouveau mode de structuration, autonome, des sociétés. Nous pouvons dégager les trois
composantes de cette nouvelle structuration :
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Premièrement, le Politique et plus précisément l’État-nation qui est le socle de l’autonomie.


Cette forme politique n’est pas advenue une fois pour toutes entre 1500 et 1650 mais c’est au
cours de cette période que sont posées les bases d’un processus qui se poursuit aujourd’hui.
On ne cesse de dire que la nation est « dépassée » alors que le fonctionnement d’une société
politique autonome suppose le socle de l’État-nation.

Deuxièmement, le Droit – pas le droit des juristes qui définit le légal à partir de quoi on peut
trancher les litiges mais le droit fondamental qui définit le légitime : la pierre de touche du
sentiment collectif quant à ce qui peut fonder un ordre, un pouvoir, une relation. Ce nouveau
principe de droit, c’est le droit des individus. Il y a deux systèmes de légitimité possibles, et
deux seulement : ou bien une légitimité religieuse, transcendante, source extérieure et
supérieure à l’humanité ; ou bien la légitimité qui tient au droit détenu par nature par les
individus. Il n’y a pas de troisième solution. C’est ce droit naturel moderne qui s’invente entre
1650 et 1800 et qui acquiert aujourd’hui sa pleine efficacité.

Troisièmement, l’Histoire. Bien entendu, toutes les sociétés humaines sont historiques car
elles ont cette propriété remarquable qu’elles ne peuvent pas ne pas changer. Mais quelque
chose de nouveau advient entre 1750 et 1850 : le passage à une société qui ne se contente pas
de changer mais qui s’organise pour changer, qui se déploie en vue de sa propre production
dans le temps, qui bascule du passé de la tradition (qui définissait le temps légitime par
excellence) vers l’avenir de l’autoconstitution de la communauté humaine. Ce qui donne sens
à la modernité économique, qui est ainsi rattachée à ses sources culturelles et politiques
cachées derrière le règne apparent de la nécessité.

On voit donc que l’autonomie des modernes, ce n’est pas seulement se donner sa propre loi,
c’est se produire soi-même au travers du changement.

Quelles conséquences tirer de cet inventaire des composantes de la modernité ?

La première conséquence, c’est le caractère problématique de cette modernité autonome. Les


trois composantes que je décris matérialisent la liberté collective ; mais en même temps elles
représentent une menace de dissociation de la collectivité.

L’État-nation qui permet l’autogouvernement menace d’une oppression sans mesure la


communauté politique qu’il est supposé servir.

Le droit des individus crée les conditions de la liberté collective mais il porte le danger
d’empêcher la constitution d’une collectivité.

Quant à l’Histoire, il est vrai que nous nous faisons à travers elle, mais nous sommes devant
un processus qui nous échappe. La nature de l’Histoire est de mettre la collectivité humaine
qui se produit à travers elle dans le risque de ne pas savoir ce qu’elle fait d’elle-même.
Autrement dit, l’autonomie n’est pas la voie facile vers une réconciliation générale : elle est la
condition la plus problématique qui soit puisqu’elle pose la question de la maîtrise des
moyens de l’autonomie. Ce qui rend libre l’humanité est ce qui la menace le plus… quant à sa
liberté.
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Selon cette réflexion, comment définissez-vous la démocratie ?

La démocratie peut être définie comme la mise en forme politique des moyens de
l’autonomie. Ce régime ne va pas de soi ! D’autant plus que l’autonomie présente plusieurs
aspects. La démocratie des modernes va devoir réinventer le régime mixte : l’idéal politique
des sociétés anciennes était de réaliser le mélange des trois formes pures de gouvernement –
monarchie, aristocratie et démocratie. Cette formule mixte avait été écartée par les théoriciens
de la refondation individualiste de l’ordre social qui faisait perdre son sens au fait collectif
contenu dans les concepts de démocratie et d’aristocratie. Mais elle est réinventée avec de
nouvelles composantes : la démocratie doit articuler le Politique, le Droit et l’Histoire.

L’accord entre ces trois éléments ne va nullement de soi !

En effet ! Chaque composante possède sa dynamique et se présente comme une solution en


elle-même suffisante à la définition du collectif. Cela se vérifie à l’examen des trois grandes
idéologies contemporaines qui inspirent les principales tendances : les conservateurs sont du
côté du Politique et de l’ordre qu’il permet d’assurer ; les libéraux sont du côté du Droit ; les
socialistes du côté de l’Histoire. Pourtant, la démocratie contemporaine suppose de combiner
ces trois composantes : tel fut le problème fondamental du XXe siècle.

Ces trois composantes se sont présentées successivement, chacune sous la forme d’une
hégémonie qui chassait la précédente. À l’âge classique, on ne voit que le Politique. Au
XVIIIe siècle, l’âge du Droit chasse le précédent et on ne voit que lui. Puis, au XIX e siècle,
l’âge de l’Histoire chasse le Politique et le Droit. Ainsi Marx affirme que le processus
révolutionnaire aboutit à la destruction de l’État et du Droit.

Le problème constitutif du XXe siècle que j’analyse dans La crise du libéralisme, est le
suivant : les composantes de la société autonome sont nécessaires toutes les trois et il faut
essayer de les harmoniser. C’est le « choc 1900 » : la conviction du premier libéralisme, selon
laquelle le point de vue de l’Histoire et la dynamique sociale suffisent à tout, est mise à mal
par la découverte du retour du Politique. Non seulement il fait retour mais il s’impose de
manière massive comme État de guerre dans le moment impérial et comme État social qui
commence à s’affirmer. Il y a aussi retour de la logique pure du droit des individus qui est tout
autre chose que le droit des transactions entre des acteurs historiques. La crise, c’est de ne pas
savoir comment ajuster ces trois éléments. Et les totalitarismes peuvent être interprétés
comme des tentatives de réinventer la forme de l’unité ancienne des sociétés avec des
éléments de la modernité.

Dans ce Moment 1900, l’idée démocratique paraît triompher avec la généralisation du


suffrage universel, mais on passe en même temps à l’ère des masses avec ses partis et ses
syndicats. De fait, on ne sait pas faire fonctionner la démocratie dans la période 1900-1914 :
nous avons le souvenir d’un âge d’or parce qu’il y a eu ensuite la première guerre mondiale
mais Emmanuel Todd a montré que la Belle époque fut une période d’inquiétude – un « âge
d’or de l’autodestruction » où les taux d’alcoolisme, de suicide, de folie crèvent tous les
plafonds. On peut alors parler d’une première crise de croissance de la démocratie : toutes ses
dimensions sont déployées, son principe l’emporte… mais on n’en a pas la formule. Dans les
années trente, bien peu voyaient un avenir à la démocratie : les régimes « forts » semblaient
l’emporter.
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Le miracle du second XXe siècle, c’est que nos sociétés ont trouvé la formule du régime mixte
de la démocratie des Modernes. 1945-1975 est le moment de la stabilisation des démocraties.
On a su faire fonctionner ensemble : le Politique, réformé par l’État-Providence qui donne un
contenu social à la nation et stabilisé par le dépassement du régime d’Assemblée ; le Droit qui
prend au travers de l’État-Providence une épaisseur concrète comme droits réels des
individus ; l’Histoire rendue maîtrisable par le développement d’un appareil de pilotage
politique et administratif unique.

Tout cela se défait depuis 1975…

Oui, nous sommes devant une seconde crise de la démocratie. On ne voit que la destruction
économique mais cela va beaucoup plus loin. Nous sommes encore portés par la dynamique
des trois éléments que j’ai évoqués : le parachèvement de la forme politique État-nation, la
relance de l’individualisation en droit et l’accentuation de l’orientation historique de nos
sociétés. Dans les trois cas, il y a réouverture de tous les problèmes relatifs à ces différents
éléments.

Le plus difficile à cerner, c’est l’effet paradoxal du parachèvement de l’État-nation : il fait


basculer le Politique dans l’infrastructure, ce qui nous le rend invisible. Nous sommes dans
des sociétés qui fonctionnent grâce au Politique – par exemple, les marchés n’existent que par
leur cadre politique sous-jacent. C’est particulièrement vrai en Europe à cause de l’ancienneté
du phénomène, mais il y a là une telle évidence qu’on n’y pense plus. Dans les États de
création récente, le nationalisme est clairement affirmé alors que pour nous c’est du passé. En
fait, ce n’est pas du passé : cela va de soi ! Soixante ans de paix ont fait que la contrainte
collective que représentait la mobilisation pour la défense nationale a disparu de notre horizon
intellectuel. Ce qui reste perçu dans la forme politique, c’est la Sécurité sociale. Du coup,
nous sommes dans des sociétés qui se comportent comme si elles n’avaient pas besoin de
forme politique.

Sur l’individualisme, je n’ai pas besoin de souligner ses manifestations sociales mais je veux
insister sur sa racine juridique : la logique du droit des individus. C’est ce qui le rend
intraitable : sa puissance est sans limite parce qu’il est porté par l’abstraction du droit qui ne
s’arrête jamais.

Quant à l’orientation historique, mon propos peut paraître paradoxal parce que l’effet de cette
accélération de l’activité sociale tournée vers l’avenir a fait disparaître l’avenir des
représentations collectives. C’est parce que nous sommes dans des sociétés qui travaillent à
tous les niveaux et de façon constante à se changer que l’horizon figurable a disparu.

Ce point mérite d’être explicité !

Quand l’individu est tout occupé à se changer lui-même, il n’y a pas d’avenir collectif
possible. Il n’y a même pas d’avenir personnel pensable car il y a une sorte d’altérité du
possible qui devient la seule manière de se représenter ce que sera demain.

Nous sommes devant une nouvelle crise du libéralisme mais ce n’est plus le même libéralisme
et les éléments de cette crise sont profondément différents. Je ne veux surtout pas suggérer
que cette seconde crise de croissance de la démocratie ressemble en quoi que ce soit à la
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précédente. Au contraire : cette seconde crise est aux antipodes de la première qui s’est
manifestée par des mobilisations collectives en vue de la restauration d’un contrôle des
sociétés sur elles-mêmes à n’importe quel prix. Le seul élément qui conserve une centralité
fonctionnelle, ce sont les individus. Et en fait, cette situation pousse les individus à être
toujours plus des individus et à se détourner par tous les moyens de l’engagement collectif.
Nous sommes donc à l’abri des totalitarismes mais les effets de dissociation sont
considérables.

Puisque Tocqueville ne nous donne pas les instruments de compréhension de l’histoire


européenne, comment caractérisez-vous la dialectique Europe – États-Unis ?

Mon quatrième et dernier volume s’intitulera Le Nouveau monde et c’est là que j’essaie de
donner une réponse à votre question. Pour résumer, le Nouveau monde, c’est bien sûr la
mondialisation actuelle mais c’est aussi le moment de la rencontre forte, obligée, des
Européens avec les États-Unis. Cette rencontre, capitale, se fait dans la dissymétrie : les
Européens savent qu’ils ne peuvent pas demander aux Américains de les comprendre ; mais
les Européens doivent essayer de comprendre les Américains pour intégrer ce qu’il y a
d’essentiel dans leur expérience tout en restant eux-mêmes.

Aux États-Unis, Tocqueville voit la troisième dimension dont je vous parlais : l’orientation
historique, le point de vue de la société, qui ont tant de peine à s’établir en Europe et qui
triomphent outre-Atlantique. Mais ce qu’il ne discerne pas en Europe, sinon pour le passé
périmé, c’est le rôle du Politique et du Droit : c’est-à-dire les questions qui vont ressurgir dans
les années 1900.

Le Politique et le Droit sont présents dans l’histoire américaine !

Oui, mais d’une tout autre manière. Le Politique est présent sous la forme de la souveraineté
des États-Unis qui est l’État-nation le plus puissamment ancré du monde actuel : la vitalité des
Américains dans leur affirmation nationale n’est pas à démontrer et leur capacité d’intégration
est très forte. Par ailleurs, les États-Unis sont une société de changements très importants mais
les Américains estiment qu’ils restent une société du Droit – la société de la Révolution
américaine telle qu’elle naît à la fin du XVIIIe siècle sous le signe du droit des individus. Ce
qui permet ce fonctionnement, c’est le cadre religieux providentiel qui fait des États-Unis un
monde hors du monde. L’Amérique, c’est la terre élue par Dieu pour la réalisation de la
Liberté – le reste de la planète étant voué à la perdition et relevant dans le meilleur des cas
d’actions charitables.

Comment peut-on dépasser le point de vue tocquevillien ?

Il faut faire une nouvelle lecture des États-Unis afin de comprendre pourquoi ils ne peuvent
pas être la réponse à nos questions. Certes, l’expérience américaine est profondément
semblable à la nôtre mais le cadre politique y est toujours solidement en place, ce qui change
tout. En Europe, nous avons l’impression que les instruments collectifs d’une maîtrise de
notre destin n’existent quasiment plus alors que cette idée ne traverse l’esprit d’aucun
Américain – qu’il soit ou non content de la politique menée par le gouvernement de son pays.
Je crois donc que la juste appréciation de ce qui nous apparente aux Américains ne comporte
pas de réponse aux questions que nous nous posons en Europe. L’antiaméricanisme est un
réflexe absurde qui méconnaît profondément les États-Unis, mais nous n’avons rien à attendre
des Américains.
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Le véritable événement qui fera diverger l’Europe et les États-Unis dans l’avenir, c’est la crise
d’identité qui menace les États-Unis du fait de la mondialisation. L’Europe est
intellectuellement adaptée à la mondialisation en raison de son histoire (longue pratique des
relations internationales, expérience du décentrement, crise de conscience coloniale, etc.) car
elle a le sens de la diversité des manières d’être du monde. La société américaine n’a pas le
sens de sa propre relativité, à cause de la dimension religieuse de son identité. C’est ce que
nous avons vu le 11 septembre : les Américains sont atteints pour la première fois sur leur
territoire et ils découvrent qu’ils sont dans le monde ! Les guerres se passaient au loin, dans
des pays étrangers plus ou moins considérés comme des repaires de bandits. Le 11 septembre
a provoqué le choc qui décentre les États-Unis et la mondialisation en provoquera d’autres en
ce siècle.

Pour les Européens, le problème identitaire n’est pas celui de leur place dans le monde : ils
ont relativisé leurs expériences dans les conflits qui les ont opposés au fil des siècles, lors des
grandes découvertes, lors de la colonisation qui a permis de connaître des peuples exotiques.
Le problème des Européens, c’est de savoir qui ils sont, c’est le rapport à leur propre passé,
c’est l’illusion que l’on peut fonder une identité collective sur le droit des individus, sans
référence au passé historique… Au contraire, les Américains savent qui ils sont et ne doutent
pas une seconde de leur passé historique. Les Américains ont quelque chose à nous apprendre
sur les ressorts de la vitalité d’une collectivité politique. Nous avons quelque chose à leur dire
sur la diversité du monde, la relativité des expériences.

Selon cette prospective, nous commençons à discerner la tâche qui nous attend à
l’échelle des décennies qui viennent…

Nous avons à refaire ce que nos prédécesseurs immédiats avaient su réaliser entre 1945 et
1975 non sans peine et pas toujours de manière satisfaisante : il ne s’ agit pas de revenir au
passé mais de reconstruire un régime mixte par recomposition des éléments de la modernité
autonome – ceci dans le dépassement des unilatéralismes idéologiques qui ne nous font voir
que certains aspects du problème. Nous avons plus que jamais besoin d’esprits politiques
larges sachant connaître ce qu’il y a d’indispensable chez ceux dont ils ne se sentent très
éloignés.

Je ne dis pas que ce travail de recomposition aura lieu : il est possible que l’heure de l’histoire
européenne soit passée. Mais si nous sommes à la hauteur du passé de l’Europe et de
l’invention de la démocratie nous pouvons aboutir de nouveau à des régimes démocratiques
qui fonctionnent.

Propos recueillis par Gérard Leclerc

Pour citer cet article : « Marcel Gauchet et la crise de la démocratie », France Catholique, 31 mars
2008, n°3113, pp.24-37.