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« A Nation within Nations » : nationalisme afro-américain et réafricanisation aux États-Unis
Pauline GUEDJ
1Aujourd’hui, certains sociologues1 insistent sur le fait que le monde qu’ils appellent postmoderne est caractérisé par un
éclatement des pratiques religieuses et une individualisation des croyances. Pour Danièle ervieu!"éger, par e#emple,
nous sommes actuellement en pleine ère $e% Age dans laquelle & la croyance et la participation religieuse sont
matières ' option ( ) & *e sont des affaires privées qui relèvent de la conscience individuelle et qu’aucune institution
religieuse ou politique ne peut imposer ' quiconque ( +ervieu!"éger, 1,,, ) --.. "es religions deviennent ainsi, pour cet
auteur, des pratiques fragmentaires que le fidèle en qu/te de salut peut utiliser ' son gré, selon ses 0esoins et ses
désirs. *onsommateur, il dispose de l’éventail des religions qu’il utilise pour contenter ses 0esoins du moment en
passant d’une pratique ' une autre.
1Dans cette logique, ce sont alors les 2tats!3nis d’Amérique qui jouent le r4le de quartier général de ce & 5apping (
religieu#. 6’adonnant ' des pratiques occultes, multipliant les initiations ' des techniques de médecines alternatives et
collectionnant ' leur domicile les autels et sym0oles du 0ouddhisme, de certaines religions africaines, du juda7sme ou de
la chrétienté, les Américains sont pensés comme de grands amateurs de cette li0erté désordonnée et impulsive face au#
phénomènes religieu#.
-"e rapport de la communauté afro!américaine des 2tats!3nis ' la religion et son actuel rejet d’une affiliation ' une
pratique religieuse reconnue au# 2tats!3nis pour l’adoption de cultes considérés comme & traditionnels ( pourraient
alors rappeler les analyses des auteurs que nous évoquions plus haut. 2n effet, depuis le dé0ut des années soi#ante!
di#, sont apparues au# 2tats!3nis ce que l’on nomme les African Traditional Religions. *onsidérées comme
d’importation africaine, ces religions offrent au# $oirs la possi0ilité de se retrouver dans des cérémonies & alternatives (
o8 sont pratiquées la danse et la possession. Pouvant alterner li0rement les participations ' des cérémonies yoru0a,
a9an, vaudouisantes ou de santer:a cu0aine, les Afro!Américains auraient ainsi la possi0ilité d’agencer ' leur guise les
éléments épars d’une religion, alors personnalisée.
;*et article vise ' montrer comment cette apparition des cultes d’origine africaine au# 2tats!3nis n’est justement pas le
résultat d’un éclatement postmoderne du religieu# mais d’une histoire politique et nationaliste afro!américaine qui a
toujours entretenu des rapports étroits avec la religion. Depuis l’esclavage, les institutions religieuses ont constitué les
principau# organes politiques afro!américains. *’est au sein de leurs 2glises, qu’échappant au contr4le des planteurs,
les $oirs ont pu élire leurs premiers représentants, gérer leur communauté et ' terme définir des programmes de lutte
pour leur émancipation. 6elon <ra5ier +1,=- ) ->., la Negro Church n’était ainsi autre qu’une & $ation ' l’intérieur de la
$ation (, une communauté régie par ses propres lois et principes, offrant au# $oirs une certaine autonomie dans un
pays o8 ils étaient réduits au statut d’o0jets.
>"’apparition des religions d’origine africaine au# 2tats!3nis doit /tre ainsi replacée dans le conte#te plus large de
l’histoire politique afro!américaine et plus particulièrement du nationalisme noir. éritier direct de cette idée d’une 2glise
noire, & $ation ' l’intérieur de la $ation américaine (, le nationalisme afro!américain considère que le salut des $oirs
réside dans une tentative de constituer une $ation indépendante, ' l’a0ri des règles et des lois applica0les dans le
monde 0lanc. 2n revenant sur l’évolution du nationalisme noir au# 2tats!3nis, nous tenterons de démontrer comment
cette mouvance politique a donné l’impulsion ' un phénomène de & réafricanisation1 ( de la communauté afro!
américaine, passant par une adoption de cultes africanisants, et comment son discours et ses fondements idéologiques
s’en sont trouvés profondément modifiés. "oin d’une qu/te personnelle du salut ou des origines, ces nouvelles pratiques
religieuses, de plus en plus populaires au# 2tats!3nis, nous appara?tront alors comme des pièces majeures d’un com0at
politique contre l’oppression usant de la formation de réseau# transnationau# entre l’Amérique et l’Afrique comme d’une
nouvelle forme de séparatisme.
arcus Gar!e" : la Nation noire et le r#!e $u retour % la &erre 're
=De l’éla0oration conceptuelle d’une 2glise noire, & $ation ' l’intérieur de la $ation américaine (, che5 <ra5ier +1,=-., '
l’image populaire de la & One Nation under a Groove ( mise en musique par @eorge *linton et ses <un9adelic en 1,AB,
la communauté afro!américaine des 2tats!3nis a souvent été décrite comme une entité indépendante, régie par ses
propres lois et règles et animée par des dynamiques spécifiques, le protestantisme noir che5 <ra5ier, le groove ou le
funk che5 @eorge *linton. "e nationalisme noir, l’une des formes de lutte politique pour la défense des droits des Afro!
Américains la plus populaire au# 2tats!3nis, fera, lui, de ces principes la 0ase de ses idéologies et revendications. "a
communauté noire ne sera plus décrite alors comme un groupe d’hommes et de femmes victimes de l’esclavage et de
l’oppression mais comme une $ation indépendante et digne.
A*’est avec Carcus @arvey- que le nationalisme afro!américain conna?tra ses premières heures de gloire. Pour @arvey,
les relations entre les $oirs et les Dlancs au# 2tats!3nis ne sauraient /tre régies par une autre logique que celle de
l’e#ploitation des premiers par les seconds. "es institutions américaines et la constitution du pays, elles m/mes, sont
d’ailleurs soumises ' ce principe raciste. De plus, les $oirs et les Dlancs se différencient par de profonds déterminismes
raciau# et culturels. Du fait de ces déterminismes, leur coha0itation ne peut /tre que conflictuelle. *e n’est donc qu’en se
séparant du monde 0lanc que les $oirs pourront enfin s’autogérer et vivre li0rement.
BEriginaire de la Fama7que, @arvey va fonder, dès son arrivée au# 2tats!3nis en 1,1=, une organisation qui conna?tra
rapidement de nom0reuses ramifications sur l’ensem0le du territoire américain ) l’Universal Negro Improvement
Association. "’3$GA, première association nationaliste d’une telle ampleur au# 2tats!3nis, se proposait de réunir les
hommes et les femmes d’& origine africaine (; autour d’un vérita0le manifeste comprenant une constitution, un
ensem0le de lois, un drapeau et un hymne. Héclamant la fin des lynchages des $oirs dans le 6ud des 2tats!3nis,
l’a0rogation de la ségrégation, le droit ' l’éducation et ' l’e#ercice des professions scientifiques pour les Afro!Américains,
mais aussi la possi0ilité pour les $oirs d’élire leur propres représentants et de s’autogérer au# 2tats!3nis, la Declaration
of Rights of the Negro Peoples of the orld +1,1=.> constitue l’un des fondements du nationalisme afro!américain et un
te#te de référence.
,Aujourd’hui, @arvey reste l’un des prédicateurs noirs les plus significatifs au# 2tats!3nis, puisque c’est lui, qui, pour la
première fois, érigea radicalement l’idée de $ation noire sur le territoire américain en un principe de lutte politique. Avec
lui, nous assistons 0ien ' la création d’une & communauté imaginaire (, pour reprendre les termes de Denedict
Anderson +1,B-., rassem0lant tous les Afro!Américains autour de valeurs communes et d’un héritage partagé, ce passé
qu’ils doivent préserver, mettre en pratique dans leur vie quotidienne et dont la charte de fondation de l’3$GA certifie
l’originalité. $é d’une réaction violente au r4le de su0alternes que l’2tat américain conférait au# Afro!Américains, le
nationalisme noir est donc indissocia0le de la politique séparatiste ' laquelle il s’intègre. "a communauté & imaginée (
1
par les Afro!Américains se doit d’/tre commandée et régie, non plus par des Dlancs esclavagistes, mais par les $oirs
eu#!m/mes. 2lle sera indépendante politiquement et économiquement ou ne sera pas.
1ICais, au!del' de la création d’une $ation noire autogérée sur le territoire américain, Carcus @arvey voit dans le retour
en Afrique le salut des $oirs. & $aturellement ( opposés au# Dlancs, les $oirs ne seront vérita0lement li0res que
lorsqu’ils auront, enfin, fait le chemin inverse de leurs anc/tres, réduits en esclavage et déportés en Amérique par les
Dlancs. 2n Afrique, dans un environnement propice ' leur nature d’hommes noirs, ils pourront vivre ensem0le
conformément ' & leurs déterminismes raciau# et culturels (. "a politique séparatiste de @arvey est donc, ' la fois, née
d’un constat, l’impossi0ilité pour les Dlancs et les $oirs de coha0iter dans le respect mutuel, et tournée vers un idéal
li0érateur, le r/ve émancipateur d’un retour des Afro!Américains ' leur Jerre d’origine. Pour Carcus @arvey, la $ation
noire des 2tats!3nis souffre d’un important comple#e dK ' son sentiment & d’e#il (. *e n’est qu’en quittant les 2tats!3nis
pour l’Afrique qu’elle sera complètement li0re.
(a Nation of Islam : nationalisme noir et fon$ation $e l)État-nation afro-américain
11*ette notion d’une $ation noire indépendante sur le territoire américain va se trouver radicalisée par les mouvements
ur0ains des !lack "e#s=, du $oorish %cience TempleA et surtout de la Nation of IslamB, qui feront leur apparition au#
2tats!3nis entre 1,1I et 1,-I. *omme @arvey, les leaders de ces organisations, tenteront de faire de la communauté
noire une entité catégoriquement séparée du monde 0lanc, fonctionnant en autosuffisance et rassem0lée autour d’un
ensem0le de sym0oles unificateurs, une religion, un drapeau, un hymne et un manifeste comme le diptyque hat
$uslims !elieve L hat $uslims ant +sMd. de la Nation of Islam. Pour les dirigeants de la Nation of Islam, en
particulier, les $oirs doivent se rassem0ler dans les ghettos, tenter d’y relancer l’économie et y pratiquer leur propre
religion. "' et seulement l', ils formeront une $ation autonome.
11Par conséquent, les dirigeants de la Nation of Islam vont éla0orer un vérita0le programme politique fondé sur des
réformes précises et entièrement tourné vers le désir de créer une communauté noire indépendante au# 2tats!3nis. "a
politique séparatiste de la Nation of Islam reposera, ainsi, sur un triple effort de distinguer politiquement, religieusement
et économiquement, les Afro!Américains du reste de la population américaine. 6ur le plan politique, les Afro!Américains
de la Nation of Islam sont régis par un chef supr/me et possèdent une nouvelle identité qui leur a été imposée par leur
leader et qui suppose l’a0andon de leur dénomination d’esclave. Gls ont ainsi une carte d’identité de la Nation of Islam et
doivent refuser de s’impliquer dans une vie politique américaine qui ne concerne aucunement les intér/ts de l’homme
noir. 6ur le plan religieu#, les $oirs américains sont les descendants directs d’un peuple élu, celui qu’Allah créa ' son
image. Gls ne sont donc ni des Américains chrétiens, ni des Africains pa7ens mais des musulmans, & citoyens ( d’une
$ation, elle aussi musulmane. 2nfin, sur le plan économique, la politique séparatiste de la Nation of Islam reposera sur
la tentative d’éla0orer un vérita0le secteur économique, constitué de terrains d’e#ploitation agricole, d’usines, de
supermarchés, mais aussi de logements et d’h4pitau#. $ourris, logés, 0lanchis, dirigés politiquement comme
spirituellement et employés par leur $ation, les mem0res de la Nation of Islam sont donc 0ien des étrangers sur le
territoire américain. Gls ne sont redeva0les en rien ' l’Amérique.
1-Cais les revendications de la Nation of Islam pousseront ' leur paro#ysme ces aspirations indépendantistes et
nationalistes, puisque les leaders de ce mouvement seront les premiers ' éla0orer la notion d’2tat!nation afro!américain
au# 2tats!3nis. "e manifeste de la Nation of Islam insiste, en effet, dès les années quarante, sur la nécessité de fonder
un 2tat indépendant noir, donnant une réalité géographique au# revendications indépendantistes afro!américaines.
"’article ; du hat $uslims #ant +sMd. fait ainsi de cette revendication une priorité ) & $ous voulons que notre peuple en
Amérique, dont les parents ou grand!parents étaient des descendants d’esclaves, o0tienne l’autorisation de fonder un
2tat séparé ou un territoire qui lui soit propre (,.
1;Pour les dirigeants de la Nation of Islam, la formation d’une $ation afro!américaine indépendante ne constitue, en fait,
que la première étape nécessaire ' l’émancipation de l’homme noir. "a li0ération des $oirs américains ne sera
vérita0lement effective que lorsque ceu#!ci se verront remettre, en guise de réparation pour leurs années de soumission
servile, un territoire indépendant. *omme che5 Carcus @arvey, la simple revendication d’une autogestion des $oirs sur
le territoire américain ne suffit donc pas ' honorer le dessein des nationalistes. Cais l' o8 Carcus @arvey cherchait dans
un retour ' l’Afrique le salut des $oirs, la Nation of Islam voit dans la création d’un 2tat indépendant, ' l’intérieur des
2tats!3nis, une unique chance d’émancipation. 2ntretenant des rapports très particuliers avec l’Afrique, et méprisant '
0ien des égards les Africains du continent, les mem0res de la Nation of Islam ne pr4nent pas le retour ' l’Afrique mais la
création d’un nouvel 2tat o8 les $oirs pourront vivre ensem0le, reproduisant ainsi la vie des temps originels, o8, égau#,
ils siégeaient au# c4tés d’Allah.
1>De l’3$GA ' la Nation of Islam, nous avons donc assisté ' une première mutation dans l’idéologie du nationalisme
noir. D’un nationalisme revendiquant l’e#istence d’une $ation noire indépendante au# 2tats!3nis et dont le salut se
trouve en Afrique, nous sommes passés ' un autre, défendant l’idée selon laquelle la communauté afro!américaine ne
sera vérita0lement li0érée, que lorsqu’elle se verra remettre un 2tat indépendant. Dans les deu# cas, c’est toutefois
après un e#ode que la communauté afro!américaine conna?tra enfin la li0erté. Pour /tre conforme ' leur essence, les
$oirs doivent quitter, physiquement che5 @arvey ou sym0oliquement pour la Nation of Islam, les 2tats!3nis.
"’a0outissement des programmes nationalistes de l’3$GA et de la Nation of Islam se situe donc dans un séparatisme
radical supposant une rupture géographique entre les $oirs et les Dlancs.
1=Avec le nationalisme culturel des années soi#ante, cette notion de séparatisme va se trouver une nouvelle fois
réinterprétée, renégociée et réinventée. *herchant dans un retour spirituel ' l’Afrique l’antidote au# mau# des Afro!
Américains, le nationalisme culturel fera de la notion de culture la 0ase de son idéologie et de son com0at.
« Africa on m" min$ » : le nationalisme culturel
1AA partir des années soi#ante, des musiciens et des danseurs afro!américains se penchent sur l’Afrique pour trouver
de nouvelles inspirations. & Gle!Gfe ( de Ciles Davis, & Afro Dlue ( ou & "i0eria ( de Fohn *oltrane ainsi que les
e#périences répétées de l’Art 2nsem0le of *hicago, quartet qui monte en scène en ar0orant des costumes
& traditionnels ( africains, sont autant de témoignages de cet engouement des $oirs pour la culture de leurs anc/tres.
Pour ces artistes, se plonger dans la musique africaine pourrait permettre de revigorer l’art afro!américain en général,
d’en diversifier les références, les rythmes ou les conceptions harmoniques. Cais en m/me temps, cette entreprise
constitue une e#périence de & retour ' l’Afrique (, non pas physique cette fois, mais & artistique ( et & culturelle (. Pour
Ciles Davis, Fohn *oltrane ou "ester Do%ie, il s’agit 0ien de refaire corps avec leur culture ancestrale pour s’en inspirer
dans le présent, au# 2tats!3nis. *e nouveau type de & retour ' l’Afrique ( leur permet ainsi de se lancer dans une
entreprise personnelle de qu/te des origines.
-
1B*ette conception de la musique et de l’art comme pouvant permettre de redéfinir l’identité afro!américaine sera
a0solument déterminante dans l’éla0oration d’un nouveau type de nationalisme qui conna?t ses heures de gloire
aujourd’hui au# 2tats!3nis. Gl s’agit en fait, pour les tenants de cette mouvance politique, d’utiliser la culture pour affirmer
l’e#istence d’une essence africaine radicalement opposée ' la société 0lanche. Pour le nationalisme culturel, l’individu
est entièrement déterminé par sa culture. *’est elle qui le modèle, le structure +pattern., pour reprendre les termes de
Huth Denedict +1,;=.. "a tNche que se reconnaissent les nationalistes culturels consiste alors ' démontrer que cette
culture, qui en quelque sorte a créé l’Afro!Américain, n’est pas ' chercher au# 2tats!3nis, mais dans sa terre d’origine,
le continent africain.
1,"es Afro!Américains doivent refaire corps avec la face africaine de leur identité, celle qui détermine leur personnalité
et fonde l’unité de leur $ation. "es mouvements noirs, pr4nant cette nouvelle forme de nationalisme, demanderont alors
' leurs mem0res, non seulement d’assister ' des conférences sur le continent africain, de visiter les musées comportant
des collections d’art originaire du continent1I ou m/me d’apprendre des langues africaines, le yoru0a surtout, mais
aussi de s’& africaniser ( dans leur vie quotidienne. "es adeptes se devront alors de changer de nom, de mode
vestimentaire, de régime alimentaire, de structures familiales et, ' terme, de pratiques religieuses, afin que ceu#!ci
soient conformes ' leur personnalité ou essence d’Africains. 2tre noir revient donc, pour un mem0re de ce type de
mouvement, ' puiser dans son /tre la mémoire de l’Afrique ancestrale et ' la réactiver dans ses pratiques quotidiennes,
0ref ' se & ré!africaniser (.
1I*’est autour des personnes de Caulana Oarenga et de Colefi Oete Asante, tous deu# anthropologues afro!
américains, que le nationalisme culturel trouvera ' la fois ses fondements théoriques et ses manifestations les plus
populaires. "a &a#aida Theor', éla0orée par Caulana Oarenga +1,AB., repose sur la valorisation d’une philosophie qui
permettrait au# Afro!Américains de réadopter les valeurs de leur Afrique ancestrale. Au centre de cette philosophie se
trouve le rituel afro!américain du &#an(aa, inventé de toutes pièces par l’auteur et qui cherche ' célé0rer tous les ans
pendant sept jours, du 1= décem0re au 1er janvier, la culture africaine. *haque jour de la célé0ration du &#an(aa est lié
' un principe fondamental énoncé en langue s%ahili. Ainsi, le premier jour sera placé sous le signe de l’Umo)a +unité., et
honorera l’héritage culturel africain des participants, alors que le dernier jour Imani +foi. sera consacré ' la célé0ration
d’un espoir en la li0ération du peuple noir.
11"e &#an(aa de Caulana Oarenga, très pratiqué et médiatisé au# 2tats!3nis, est aujourd’hui devenu le rituel afro!
américain par e#cellence, celui qui réunit les $oirs entre!eu#, au moment m/me o8 les Dlancs achèvent les f/tes de
$oPl. "es principes du &#an(aa, tels qu’ils sont énoncés en s%ahili, insistent très clairement sur cette idée d’une
li0ération du peuple noir passant par la redécouverte de sa culture. 6i les Afro!Américains adoptent ces principes dans
leur vie quotidienne, ils pourront, ' terme, /tre indépendants ne serait!ce que culturellement et spirituellement. 6ous
couvert de & fol9lore africain (, le &#an(aa de Caulana Oarenga s’inscrit donc dans une logique de lutte politique pour la
sauvegarde de la culture africaine et contre la main mise des Dlancs sur l’e#istence des $oirs 2tats!uniens. Ayant
redécouvert leur vérita0le culture, les Afro!Américains pourront alors se séparer & mentalement ( et
& psychologiquement ( de la société 0lanche.
11Autre figure majeure du nationalisme culturel, Colefi Oete Asante est aujourd’hui le principal représentant de
l’afrocentrisme11 au# 2tats!3nis. "es perspectives afrocentristes, telles qu’il les énonce +1,BB., proposent de remettre
l’Afrique au centre de l’istoire de l’humanité. Qictime de ce qu’il appelle l’eurocentrisme, cette tentative de faire tourner
l’évolution humaine autour du seul continent européen, la culture africaine souffre d’un profond manque de
reconnaissance ' l’origine du malaise dont souffrent les populations noires. "es $oirs d’Afrique et d’Amérique ne
connaissent pas leur histoire et la méprisent R l’afro!centrisme se propose donc de leur enseigner en adoptant un point
de vue essentiellement & africain (. *e n’est qu’en apprenant les fondements de leur culture que les $oirs pourront vivre
li0rement et conformément ' leur ethos. Ayant pleine conscience de leurs origines et de leurs déterminismes culturels, ils
pourront alors agir en accord avec leur essence et ne commettront plus les erreurs du passé.
1-Ent ainsi vu le jour au# 2tats!3nis toute une série d’écoles et de départements dans les universités se réclamant de la
méthode afro!centriste. "es départements de !lack %tudies du *ity *ollege de $e% Sor9 ou de la Jemple 3niversity de
Philadelphie, dirigé par Asante lui!m/me, constituent ainsi les deu# principau# organes dans la propagation des théories
afro!centristes. A vocation thérapeutique, ils se donnent pour 0ut d’utiliser l’enseignement pour permettre au# Afro!
Américains de faire un voyage spirituel et culturel vers l’Afrique pour s’en inspirer dans leurs agissements quotidiens.
1;"es revendications séparatistes du nationalisme culturel se concentrent donc sur la notion d’une culture africaine dont
la valorisation pourrait permettre au# Afro!Américains de se dissocier psychologiquement des Dlancs. "a $ation noire
n’est plus indépendante au# 2tats!3nis parce qu’elle possède ses propres organes politiques, ses ressources
économiques et ses représentants, mais parce que ses mem0res ont pris conscience de l’originalité de leur culture, une
culture qui n’a pas souffert des violences de l’esclavage. "es Afro!Américains sont des Africains e#ilés au# 2tats!3nis et
c’est au nom de leur culture africaine qu’ils peuvent se revendiquer comme autonomes. 2n fait, tout se passe comme si
les Afro!Américains étaient les mem0res d’une sorte d’ethos africain englo*ant, d’une culture unificatrice qui transcende
les frontières des 2tats!nations. "es Afro!Américains n’ont pas 0esoin de quitter les 2tats!3nis, de retourner en Afrique,
pour se revendiquer Africains et pour /tre conformes ' leur essence. Au# 2tats!3nis, l’Afrique est présente en eu# et elle
palpite dans leur for intérieur. a0illés avec des v/tements kente, apprenant le t%i ou le yoru0a, jouant des percussions
et pratiquant les religions traditionnelles du continent d’origine, les Afro!Américains & réafricanisés ( tentent 0ien de se
séparer psychologiquement du monde 0lanc.
()essor $es reli*ions $)ori*ine africaine aux Etats-Unis et la naissance $es mou!ements "oru+a et a,an
1>Depuis la fin des années cinquante, avec l’immigration massive des populations cu0aines, portoricaines et ha7tiennes
sur le territoire américain, sont apparus au# 2tats!3nis des cultes ' composantes africaines comme la santer:a,
l’espiritismo et le vaudou. Hapidement, les Afro!Américains en qu/te de leurs origines vont découvrir dans ces pratiques
rituelles de nouvelles traces de leur africanité et un moyen de refaire corps avec les fondements de leur identité 0afouée.
Adeptes, pour la plupart, du christianisme ou de l’islam tel qu’il est pratiqué par la Nation of Islam, ils vont trouver dans
ces cultes afro!catholiques, une première introduction au# religions et au# cultures de l’Afrique qui leur étaient
jusqu’alors presque inconnues. $om0reu# Afro!Américains tenteront ainsi d’intégrer les maisons de culte o8 sont
pratiquées ces religions, la santer:a principalement, et de s’y faire initier. *’est de cette rencontre du nationalisme
culturel et de ces cultes afro!cu0ains, portoricains et ha7tiens que na?tront les mouvements yoru0a11 et a9an1-,
aujourd’hui principales organisations religieuses & africaines ( du pays.
;
1="es fondateurs de ces deu# mouvements, Talter Oing qui prendra plus tard le nom de E0a 2funtola Eseijeman
Adefunmi G et @us 2d%ards, $ana Sao Epare Dini5ulu, étaient tous deu# des artistes, danseurs et percussionnistes, et
de fervents nationalistes culturels qui prirent, dès le dé0ut des années cinquante, la t/te d’associations tentant de
diffuser les langues, les religions et les cultures de l’Afrique. Ainsi, The Ghanas, association dirigée par @us 2d%ards,
organisait des manifestations culturelles, e#positions et cours de danse ' la SC*A de arlem, alors que la société
secrète de Dam*alla#edo, dont étaient mem0res les deu# hommes, reproduisait dans l’arrière!0outique d’un café de
l’2ast Qillage de Canhattan les pratiques rituelles du vaudou, des Soru0a du $igeria et des A9an du @hana. *’est donc
au sein d’associations culturelles et religieuses cherchant déj' ' reproduire les mUurs africaines que les deu# hommes
commencèrent leur parcours spirituel et politique. 2n éta0lissant des liens avec les *u0ains dans le cas de Oing et en
faisant directement le voyage en Afrique pour Dini5ulu, ils s’initieront tous deu# peu ' peu ' deu# religions qu’ils
considèreront comme strictement africaines et traditionnelles.
1AAprès avoir été initié ' la santer:a par des santeros, Eseijeman Adefunmi quitte les 2tats!3nis pour le $igeria afin de
parfaire son apprentissage de la religion des Soru0a. 2n effet, la santer:a, considérée comme un culte plus & africain (
que l’espiritismo pratiqué par les Portoricains, se fonde en partie sur les croyances et les rituels des Soru0a de l’actuel
$igeria. Pour Adefunmi, il s’agit donc d’effectuer un voyage au# sources du culte, jusqu’' son noyau africain. Gl n’est plus
question, pour lui, d’adorer les saints et les divinités chrétiennes présentes dans la santer:a. "a religion doit /tre purifiée
de ses influences occidentales et catholiques pour redevenir le culte des origines, un culte intégralement yoru0a et
essentiellement africain. *’est ainsi, ' Gle Gfe, en plein pays yoru0a, qu’il fut initié au système de divination d’GfV et qu’il
reWut le titre d’O*a, & Hoi des Soru0a d’Amérique (. De retour au# 2tats!3nis, Eseijeman Adefunmi fonda un village
destiné au# initiés, l’Eyotunji African Qillage, situé ' 6heldon en *aroline du 6ud, sur lequel il règne aujourd’hui encore.
"', vivaient et vivent encore une centaine de personnes qui reproduisent dans leur vie quotidienne les coutumes et
traditions des Soru0a du $igeria. 6ous la coupe d’un chef supr/me, les ha0itants d’Eyotunji élèvent des chèvres, portent
le costume traditionnel yoru0a, pratiquent la polygamie et réalisent des cérémonies africaines, telles que la cérémonie
pour les 2gungun, les anc/tres yoru0a.
1BA l’image d’Eseijeman Adefunmi, les premiers ha0itants d’Eyotunji ont presque tous traversé une phase de transition
entre une religion syncrétique afro!catholique et un culte réafricanisé c’est!'!dire artificiellement purifié de ses influences
occidentales considérées comme & impures (. "a santer:a, qui a constitué pour 0eaucoup une première approche des
religions africaines, est alors rejetée par les ha0itants du village et l’ensem0le des Soru0a actuels puisqu’ils ne voient en
elle qu’une déviation de leurs racines africaines. & Toda'+ #e Africans no longer need to hold on to the slave religion of
santer,a ( +*lar9e, 1,,A ) 1., s’e#clamait un pr/tre d’Eyotunji, lors des cérémonies rituelles pour GfV en 1,,1. "a religion
afro!catholique purifiée devient alors pour les Afro!Américains un signe d’émancipation. Hevenus au# pratiques
traditionnelles africaines, ils ont aujourd’hui la possi0ilité de se revendiquer comme purement et simplement Soru0a, des
Africains li0res.
1,"’histoire des A9an d’Amérique diffère quelque peu de celle des Soru0a en ce sens que leur premier leader, @us
2d%ards, prétend ne jamais avoir connu cette phase de transition entre un culte au# composantes occidentales et
catholiques et une religion & purifiée (. Dien que certains des premiers mem0res du mouvement aient été eu#!m/mes
des adeptes de la santer:a, les initiateurs des organisations a9an insistent sans cesse sur le fait que c’est directement en
Afrique qu’ils ont adopté la tradition et qu’ils ont amorcé leur processus d’initiation. "es religions importées au# 2tats!
3nis par les émigrés cu0ains ou portoricains n’étaient pas connues pour leurs influences ghanéennes. *’est donc en
faisant le voyage en Afrique, que les premiers A9an d’Amérique ont pu découvrir cette tradition.
-I*’est ainsi en 1,=> que @us 2d%ards, lors d’une tournée en Afrique de sa compagnie de danse, s’arr/te ' "arteh
Ou0ease, ville d’un lieu de culte nommé l’A9onedi shrine. "', la pr/tresse du lieu, $ana Epare0ea e#écute une
divination pour déterminer l’identité des anc/tres africains de son h4te. A l’issue de la séance, elle révèle ' 2d%ards que
ses anc/tres sont originaires d’un village a9an voisin et que les dieu# réclament non seulement son initiation ' la
religion, mais aussi l’o0tention d’une reconnaissance de la part de leurs enfants e#ilés en Amérique. $ana Epare0ea
profite également de l’occasion pour re0aptiser 2d%ards du nom de $ana Sao Epare Dini5ulu. *e voyage de Dini5ulu
est reconnu par les A9an d’Amérique comme le point de départ mythique de la diffusion de la tradition au# 2tats!3nis.
Dini5ulu, nommé, comme cela avait été le cas pour Eseijeman Adefunmi, & *hef des A9an d’Amérique (, rentre au#
2tats!3nis, tel une sorte de prophète dont la mission est de ramener les descendants des esclaves a9an ' leur réelle
religion et vérita0le identité, une identité dont la source se trouve au @hana et plus particulièrement dans l’A9%apem,
région située au nord d’Accra.
-1Au# 2tats!3nis, Dini5ulu, alors chargé d’une mission divine, fonde un comple#e composé d’un centre culturel et d’un
Jemple, le !osum D(ema#od(i. 6itué dans le Xueens de $e% Sor9, la structure accueille des cours de danse et de
percussions, des e#positions, des conférences sur l’Afrique et les A9an et des cérémonies traditionnelles. 2n 1,=B, la
tradition a9an possède donc au# 2tats!3nis, un centre liturgique et un centre culturel. Dini5ulu, ' la t/te de ce
& comple#e (, est un pr/tre, okomfo, et un omahene, chef supr/me, leader de la & 0ranche américaine ( de l’ethnie
a9an. "e r4le de $ana Sao Epare Dini5ulu est primordial dans la diffusion de cette tradition au# 2tats!3nis. Pr/tre le plus
important ' cette époque, il est garant de la plupart des initiations des Afro!Américains ' la pratique de cette religion.
-1"e mouvement a9an est ainsi né de la rencontre au @hana de @us 2d%ards et de $ana Epare0ea, pr/tresse
supr/me de l’A9onedi shrine. Gl s’agit alors, dans ce cas précis, d’un dou0le effort, du c4té américain comme du c4té
ghanéen, pour unir les Africains du continent et de la diaspora autour de pratiques religieuses et d’un ensem0le de
traditions que les premiers se doivent d’enseigner au# seconds. "orsque Dini5ulu pénètre dans le sanctuaire d’A9onedi
en 1,=>, la communauté afro!américaine des 2tats!3nis et le @hana partagent déj' une importante tradition de contacts
et de luttes communes. O%ame $9rumah, premier président de la répu0lique li0re du @hana et lui!m/me très proche de
$ana Epare0ea et de l’A9onedi shrine, a effectué une partie de sa formation universitaire au# 2tats!3nis. Gl est l’ami du
panafricaniste T.2.D. Du Dois qui passera d’ailleurs la fin de sa vie ' Accra, sur l’invitation de $9rumah. "es travau# de
T.2.D. Du Dois, pionnier du panafricanisme ont e#ercé une grande influence sur l’engagement politique de O%ame
$9rumah. Dien que rédigés en dehors du continent africain et par & un homme né au# 2tats!3nis, les écrits de Du Dois
constituent (, selon $9rumah, l’un des & trésors de l’histoire africaine ( +$9rumah, 1,=B ) >. 1;. Dès son retour au
@hana ' la fin des années quarante, $9rumah considère que le com0at afro!américain contre le racisme et la
ségrégation est une pièce majeure de la lutte commune pour la li0ération du continent africain et l’unité du peuple noir.
Dans les années soi#ante, un pont sym0olique se déployait donc déj' entre le @hana et la communauté afro!
>
américaine. Gl est fort pro0a0le que ce premier réseau ait été l’anc/tre de la présente conne#ion trans!Atlantique entre
les temples a9an fondés sur la c4te est des 2tats!3nis et l’A9onedi shrine de "arteh Ou0ease en A9%apem.
--Aujourd’hui, les mouvements yoru0a et a9an constituent les deu# principales organisations religieuses de
& réafricanisation ( au# 2tats!3nis. Possédant chacune des maisons de culte dans les principales villes de la c4te est
des 2tat!3nis, entre Philadelphie, $e% Sor9, Tashington et Daltimore, elles ont, depuis les années soi#ante, multiplié le
nom0re de leurs adeptes de sorte qu’il est aujourd’hui très difficile d’avancer de quelconques estimations. Puisant leurs
mem0res ' la fois au sein des populations les plus pauvres des ghettos et parmi les milieu# intellectuels et universitaires
afro!américains 1>, elles entretiennent entre elles des relations étroites. $om0reu# sont, en effet, les pr/tres a9an qui
ont été initiés ' la tradition yoru0a ou qui pratiquent aujourd’hui les deu# religions de manière simultanée. *eu#!ci
précisent alors qu’ils ont été appelés ' la fois par les divinités yoru0a, orisha, et par les entités spirituelles a9an, a*osom,
parce que leurs anc/tres étaient originaires de ces deu# ethnies d’Afrique de l’Euest. Pour refaire corps avec leur
identité première, il leur faudrait donc adopter ces deu# pratiques religieuses, ces deu# traditions. 2n introduisant la
notion d’une identité non plus panafricaine des $oirs américains comme le faisait Carcus @arvey ou les tenants du
nationalisme culturel, mais qui trouve sa source dans des régions précises du continent africain, les Soru0a et les A9an
d’Amérique ont proposé une nouvelle conception du séparatisme. $és du nationalisme culturel, ils ont ' leur tour
influencé cette idéologie pour modifier le concept de $ation sur lequel elle se fonde.
(es communautés transnationales "oru+a et a,an
-;2n se revendiquant d’une religion et d’une ethnie du $igeria et du @hana, les Soru0a et les A9an américains se
positionnent dans un réseau reliant l’Afrique et l’Amérique, continent de la diaspora. Gls sont les mem0res de
communautés qui se déploient en transcendant les frontières des 2tats!nations et en unissant en leur sein des hommes
et des femmes partageant la m/me culture, la m/me essence, réelles ou inventées. *e r/ve de voir na?tre une
communauté transcendante est le fondement des idéologies des mouvements yoru0a et a9an. *’est ce r/ve qui, par
ailleurs, détermine, dans une très large mesure, l’identité des mem0res de ces groupes, une identité conditionnée par
les réseau# dans lesquels elle s’insère.
->"es mem0res des mouvements a9an et yoru0a ne sont plus des représentants d’une tradition ancrée dans un
territoire précis. "e @hana, "arteh Ou0ease en particulier, et le $igeria constituent, pour eu#, des terres ancestrales qu’il
est 0on de visiter mais qu’il n’est a0solument pas nécessaire d’ha0iter pour pouvoir prétendre en adopter les traditions.
$om0reu# sont en effet les pr/tres yoru0a et a9an qui n’ont jamais effectué le pèlerinage en Afrique et qui font d’ailleurs
de cette originalité la preuve inattaqua0le de leur supposée africanité. 6i les divinités se sont adressées directement '
eu#, Afro!Américains ignorants tout du continent africain, c’est 0ien qu’elles cherchaient en eu# leurs enfants, ces
Africains dont les anc/tres avaient été réduits en esclavage et qui se doivent de retourner ' leur & authentique ( tradition
pour o0tenir le salut. De son c4té, l’Eyotunji African Qillage, unique tentative de donner une entité territoriale ' la culture
yoru0a des 2tats!3nis, est aujourd’hui de plus en plus réduit ' un r4le sym0olique. "es maisons de culte se multiplient,
le mouvement se décentralise et Eyotunji perd sa vocation de centralisateur de la tradition en Amérique. Aujourd’hui, les
cultures a9an et yoru0a sont donc, pour les mem0res de ces organisations, détachées de toute réalité géographique.
"es concepts de culture a9an et yoru0a rev/tent alors d’un important aspect essentialiste. De la m/me manière que
l’Afrique constituait le for intérieur des $oirs américains pour les nationalistes culturels, ce sont les traditions a9an et
yoru0a réelles ou inventées qui, selon les adeptes de ces mouvements, détermineraient leurs agissements et leur ethos.
Ayant pris leurs sources en Afrique, les traditions yoru0a et a9an sont aujourd’hui l’apanage d’ethnies se déployant entre
les 2tats!3nis et le continent africain et c’est par le 0iais de cette a0sence d’ancrage dans un 2tat ou dans un lieu précis
qu’elles vont constituer les fondements d’une nouvelle politique nationaliste et séparatiste.
-=& Déterritorialisées (, les cultures et ethnies a9an et yoru0a vont alors constituer des entités qui e#istent & ' cheval (
entre deu# continents, par le truchement de dynamismes transnationau#, de conne#ions entre l’Afrique et sa
& progéniture ( américaine, la diaspora +*apone, 1III.. Gl ne s’agira plus alors de parler de cultures africaines qui se
sont diffusées au# 2tats!3nis et qui ont été adoptées par la communauté noire, mais de traditions qui e#istent par et
dans un ensem0le de réseau# se déployant entre les deu# continents. "es Afro!Américains constituent les ethnies a9an
et yoru0a au m/me titre que leurs & homologues ( africains et sont dirigés par des chefs qui sont reconnus par les
ha0itants de la Jerre Cère. Gl est ' ce titre très intéressant de noter que c’est aujourd’hui une Américaine qui revendique
le titre d’Okomfohene des A9an, de chef pr/tresse de la religion ' la fois au# 2tats!3nis et au @hana. Depuis le décès de
$ana Epare0ea, pr/tresse qui avait introduit les premiers Afro!Américains ' la religion, ce ne serait donc plus une
Africaine qui serait ' la t/te du culte, mais une femme de Philadelphie qui a été choisie par les a?nés de "arteh Ou0ease
et qui s’est vu remettre la mission de faire respecter les divinités a9an des deu# c4tés de l’Atlantique. & Qictoire
culturelle (, comme le proclamait un pr/tre a9an présent ' la cérémonie d’intronisation de cette dernière, la mission de
cette femme, 0ien que contestée par la plupart des initiés américains, reste un sym0ole parfait de ce r/ve de voir se
former une communauté ethnique transnationale a9an, qui a 0esoin ' la fois de sa 0ranche ghanéenne et de sa 0ranche
américaine pour e#ister. "es traditions, les cultures, les religions yoru0a et a9an ne sont plus spécifiquement
ghanéennes ou nigérianes et ont 0esoin de se refléter dans le miroir américain pour e#ister. 2lles sont les produits des
réseau# transnationau# qui les véhiculent et les alimentent +*apone, 1III..
-A"es cultures et les ethnies a9an et yoru0a deviennent alors des & écoumènes (, pour reprendre le terme utilisé par 3lf
anner5 +1,,1.. & Hégions d’interaction et d’échanges perpétuels ( +Oopytoff, 1,BA ) 1I in anner5, 1,,1 ) 1,=., elles
constituent des entités au# marges des 2tats!nations qui se définissent par leur plurilocalité. "es Soru0a et les A9an
américains sont ainsi des & cosmopolites ( +anner5, 1,,= in *apone, 1III., des hommes et des femmes dont l’identité
est conditionnée par une série de réseau# éta0lis entre différents lieu# géographiques. "es cultures yoru0a et a9an n’ont
pas 0esoin d’/tre localisées en Afrique pour e#ister et c’est m/me parce qu’elles ne le sont plus qu’elles seront adoptées
et clamées par des Afro!Américains, qui les constituent et les réinventent de jour en jour.
-BDe leur c4té, les initiés de l’A9onedi shrine de "arteh Ou0ease au @hana ont fait de ce lien avec les populations noires
des 2tats!3nis la principale spécificité du sanctuaire auquel ils appartiennent. Ainsi, les cérémonies pratiquées '
l’A9onedi shrine sont aujourd’hui souvent précédées d’une adresse ou de li0ations en l’honneur de ces Africains e#ilés
de l’autre c4té de l’Atlantique. Depuis l’initiation de nom0reu# Afro!Américains ' "arteh Ou0ease, de nouvelles divinités
sont apparues au sanctuaire, 0ouleversant ainsi la hiérarchie des entités spirituelles de l’A9onedi shrine. *es divinités,
originaires des différentes régions du @hana et du $igeria o8 les A9an américains en pèlerinage ont séjourné, possèdent
aujourd’hui des autels et sont célé0rées au cours de cérémonies rituelles. Pour les initiés de l’A9onedi shrine, les $oirs
américains sont des Africains qui ont été déracinés. "eur permettre de réadopter leur coutumes et traditions est une
=
volonté divine, une mission dont les divinités avaient chargées $ana Epare0ea, chef pr/tresse du lieu. Afin de les aider
dans leur parcours initiatique, les ha0itants de "arteh Ou0ease n’hésitent pas ' intégrer les $oirs américains dans leurs
réseau# de parenté et ' leur décerner des titres politiques comme ce fut le cas pour Dar0ara Tallace, une femme de
Philadelphie, professeur de psychologie, aujourd’hui Heine mère du clan Asona A*rade de "arteh Ou0ease. $ana
Epare0ea, chef pr/tresse de l’A9onedi shrine avait fait de cet effort de réinstaurer le lien entre les Africains du continent
et ceu# de la diaspora son vérita0le cheval de 0ataille. 2lle a, entre les années soi#ante et quatre!vingt!di#, effectué un
grand nom0re de voyages au# 2tats!3nis afin de contr4ler la pratique de la tradition de l’autre c4té de l’Atlantique,
d’installer dans les shrine houses de certains pr/tres américains des autels érigés auparavant ' "arteh Ou0ease et de
révéler ' ceu# qu’elle appelait ses & enfants d’Amérique ( l’identité de leurs anc/tres a9an et le nom qu’ils devront en
conséquence adopter. Agyiri%ah, Epare0ea, Oorantemaa, Siren9yi%a sont autant de noms a9an originaires de "arteh
Ou0ease qui ont été décernés ' des $oirs américains intégrés au sein du groupe et qui portent ainsi la marque de leur
& a9anité ( en terre américaine.
-,"e nationalisme de réafricanisation des A9an et des Soru0a repose donc intégralement sur cette idée d’une
communauté ethnique non ancrée dans un territoire, sur laquelle chaque mem0re du mouvement peut appuyer ses
revendications identitaires. 6i l’A9an qui vit au# 2tats!3nis ne se pense pas comme Américain, c’est parce que l’entité
dans laquelle il se reconna?t se déploie en dehors m/me des frontières de l’2tat!nation, transcende l’Amérique. Gl ne se
revendique plus comme autonome au sein du territoire américain parce qu’il s’y est constitué une $ation indépendante,
une & Nation #ithin a Nation (, mais parce que sa $ation a9an ou yoru0a est une & Nation #ithin Nations ( qui e#iste
au# marges des frontières de sa terre d’& e#il (. "es $ations a9an et yoru0a sont des entités englo0antes,
transcendantes, des communautés transnationales, et c’est dans cette dimension qu’elles rev/tent leur & efficacité (
politique et séparatiste. 6i c’était la revendication d’un 2tat et la tentative de faire de l’islam, religion universelle,
l’apanage des seuls Afro!américains, qui constituaient le fondement du programme de li0ération des $oirs de la $ation
of Gslam, c’est au contraire dans la & déterritorialisation ( des communautés africaines et dans l’adoption de religions
elles!m/mes démarquées de leur conte#te africain, que se trouve le salut pour les A9an et les Soru0a. *’est par le 0iais
d’une conscience d’appartenir ' une communauté & ethnicisée ( et transcendante que ces mouvements articuleront
leurs revendications politiques et non plus par le 0iais d’une lutte pour l’acquisition d’un territoire.
;IGl e#iste donc, aujourd’hui, au sein de la communauté afro!américaine des 2tats!3nis, un & nationalisme
transnational ( se fondant sur l’idée de l’e#istence d’ethnies se déployant entre les 2tats!3nis et l’Afrique. *’est d’ailleurs
dans cette idée de communauté ethnique transnationale qu’il faut voir la principale innovation des mouvements
nationalistes de réafricanisation. *e ne sont plus les catégorisations raciales qui seront utilisées par les Afro!Américains
réafricanisés pour justifier leur autonomie et leur droit ' l’indépendance sur le territoire américain. "es mem0res de
l’3$GA de Carcus @arvey étaient des & $oirs ( qui cherchaient, dans un r/ve de retour ' l’Afrique, ' se dissocier du
monde 0lanc et ' vivre li0rement. "es adeptes de la Nation of Islam étaient, eu#, des représentants d’une race
supérieure et divine que les actions acharnées des Dlancs avaient conduit ' mépriser. De leur c4té, les A9an et les
Soru0a sont des & $oirs ( sur le territoire américain, qui se sont appuyés sur des conne#ions entre l’Afrique et sa
diaspora pour se revendiquer comme les mem0res d’ethnies & déterritorialisées (. Jout se passe donc comme si les
mem0res de ces mouvements s’étaient détachés d’une catégorisation raciale discriminante, qui leur avait été imposée
au sein m/me du territoire américain par la majorité 0lanche, grNce ' l’adoption d’une identité ethnique passant par
l’éla0oration de réseau# transnationau#. "es identités ethniques a9an et yoru0a sont aujourd’hui des identités
transnationales et c’est en tant que telles qu’elles se doivent d’/tre considérées et étudiées.
-onclusions
;1Heplacée dans son conte#te politique, l’apparition des religions d’origine africaine au# 2tats!3nis se manifeste donc
comme une nouvelle tentative pour les Afro!Américains de lutter contre le racisme et l’oppression. Plus qu’une qu/te
individuelle des origines pour chacun des hommes et des femmes constituant la communauté afro!américaine, il faudra
alors voir dans leur essor un com0at politique s’inscrivant dans une lourde tradition nationaliste. Avec le & nationalisme
de réafricanisation ( des A9an et des Soru0a, nous assistons ' l’émergence d’un nouveau type de nationalisme qui use
de la formation de réseau# transnationau# entre l’Amérique et l’Afrique pour reconceptualiser l’idée de $ation noire, une
$ation aujourd’hui pensée comme ethnique, englo0ante, dépassant les frontières des 2tats!nations. Point d’ancrage de
théories nationalistes considérant que l’homme noir est conditionné par ses déterminismes culturels, la culture de la
$ation noire devient alors & voyageuse (1=. 2lle e#iste au cUur d’un ensem0le de réseau, d’un vaste & net#ork ( qui la
constitue et l’alimente de jour en jour.
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Notes
1 Qoir par e#emple, ervieu!"éger +1,,,..
1 6ur la notion de & réafricanisation (, voir *apone +1,,,a..
- 6ur Carcus @arvey, voir *ronon +1,>>..
; "’e#pression & people of African descent ( utilisée par @arvey est aujourd’hui systématiquement employée par les
mem0res des mouvements de réafricanisation a9an et yoru0a que nous évoquerons plus tard.
> Pour une retranscription de la déclaration, voir Cara0le et Cullings +1III ) 1>,..
= 6ur les !lack "e#s, voir Daer et 6inger +1,,1..
A 6ur le $oorish %cience Temple, voir Drent Jurner +1,B;..
B 6ur la Nation Of Islam, voir 2ssien 3dom +1,=;. et @uedj +1III, 1II-..
, Pour une retranscription des revendications politiques de la Nation of Islam, voir Cara0le et Cullings +1III ) ;1>..
1I A ce titre la visite des collections africaines du Cusée d’istoire $aturelle de $e% Sor9 peut s’avérer particulièrement
édifiante. Accusés ' plusieurs reprise d’& afrocentrisme ( +o%e, 1,,B., les panneau# e#plicatifs sont entièrement
dédiés ' ce nouveau pu0lic qui cherche dans les collections du musée des preuves de son ancestralité africaine.
11 6ur l’éla0oration des théories de l’afrocentrisme au# 2tats!3nis, au @hana, en Afrique du 6ud, au# Antilles ou au
Drésil, voir <auvelle!Aymar, *hrétien et Perrot +1III..
11 6ur les Soru0a et la religion des orisha, voir *apone +1,,,0. et *lar9e +1,,A.. 6ur la diffusion de la santer:a au#
2tats!3nis, voir Drandon +1,,-..
1- 6ur les A9an, voir Dright +1,AA..
1; 6ur l’influence des théories politiques afro!américaines et plus particulièrement des écrits de Carcus @arvey et de
T.2.D. Du Dois sur la pensée de O%ame $9rumah, voir "aronce +1III..
1> $om0reu# sont en effet les professeurs d’université qui participent au# cérémonies a9an et yoru0a. A $e% Sor9, le
département de !lack %tudies du *ity *ollege compte plusieurs initiés a9an et yoru0a parmi son personnel enseignant.
A Philadelphie, la Jemple 3niversity propose des séminaires et cours du soir consacrés ' la spiritualité africaine. Gls sont
en général animés par des officiants américains ou africains et sont orchestrés par Colefi Oete Asante, lui!m/me très
proche d’une des principales maisons de culte a9an de la ville.
1= 6ur cette idée de & cultures voyageuses ( ou & traveling cultures (, voir *lifford +1,,A ) 1A..