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Eric Vatin

LES ENFANTS D’EPIK


Les Clans

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editions-du-futur@orange.fr
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Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse

EDITIONS DU FUTUR ©
ISBN : 978-2-36148-003-5

Illustration Claude Vatin

« Toute reproduction intégrale ou partielle fait de quelque procédé que ce soit sans le consentement
de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par la loi. »

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ECOLE PRIMAIRE INTERNATIONAL DE KEURAMDOR
74999 ANNECY CEDEX

Le 06 juillet 2008

Chers enfants,

À la prochaine rentrée scolaire, vous serez ac-


cueillis dans une école toute nouvelle, spécialement créé
pour vous.
Nous sommes venus jusque chez vous pour proposer à
vos parents une méthode très particulière d’enseignement,
destinée à vous faire prendre conscience des trésors que
vous possédez au fond de vous.
Vous tous, enfants du troisième millénaire, vous avez le
pouvoir de faire de votre Terre, un monde meilleur et il
est important que nous, parents et enseignants, puissions
vous donner les meilleures armes pour votre future vie et
celle de vos enfants.
Dans notre école, vous rencontrerez d’autres enfants de
toutes les nations de la Terre, vos langages seront mélan-
gés, mais vous découvrirez une autre façon de communi-
quer.
Vous apprendrez que vos mains et vos pieds sont capa-
bles de bien plus que de toucher et marcher.
Vous trouverez que plus qu’un cœur qui cogne dans votre
poitrine, vous en avez un qui déborde d’amour pour tous
les hommes.
Vous découvrirez que l’univers est un lieu où les hommes
ont une place particulière.
Vous construirez des choses insolites et surprenantes et
vos découvertes seront de la plus haute importance.
Vous apprendrez à lire et à compter les matières que les
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enfants étudient dans toutes les écoles, mais nous vous
enseignerons aussi bien d’autres choses.
Il y aura des jeux et des divertissements, autant que les
enfants de votre âge les apprécient, mais aussi tout ce
qu’il faut pour que vous aimiez rester avec nous.
Notre école est accueillante et bien que vous soyez tous
pensionnaires, nous ferons en sorte que vos mamans et
vos papas vous manquent le moins possible bien que vous
les aimiez plus que tout.

Nous souhaitons qu’à la suite de cette lettre que vos pa-


rents vous auront lue, vous nous fassiez dès aujourd’hui
un petit mot afin de mieux vous connaître.

Noèse O’Connor
Directrice

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Lettres de France :

À la maison, mes grands frères n’arrêtent pas de


m’embêter, ils disent que je ne suis pas normal, ils di-
sent qu’à force de regarder le ciel, je vais m’y envoler.
Mais ce n’est pas de ma faute, je sais que là-haut,
c’était ma maison.
Papa et maman m’ont dit de ne pas m’inquiéter, que je
suis normal et que tous les enfants descendent du ciel.
Lorsque vous êtes venues me voir, je savais que le ciel
m’avait entendu, c’est pour ça que je veux venir chez
vous pour faire l’école.

Benjamin

J’habite à Paris, j’aime bien cette ville, on y trouve de


belles choses. Je vais à l’école maternelle et les enfants
sont tous gentils, les maîtresses aussi. Hier avec mes
parents, nous sommes allés à la Cité des Sciences et on
nous a présenté les étoiles sous un grand toit, c’était
beau. Mais lorsque j’ai vu la galaxie d’Andromède, j’ai
pleuré, je ne sais pas pourquoi ?
Tu le sais toi ? J’aimerais que tu donnes tant de répon-
ses à toutes mes questions.

Alice

Lettre du Koweït :

Mon père est très, très riche, il a des puits de pétrole par-
tout dans le pays. Chez moi, il fait très chaud et j’ai
une très grande voiture à moi avec un chauffeur. J’ai
trente dromadaires et deux avions. Je fais de
l’ordinateur, j’ai un téléphone, j’ai tout ce que je veux,
mais je n’ai pas d’étoile dans mon jardin. Mon père m’a
dit qu’il ne pourrait jamais m’en acheter une, même
avec tout l’argent du monde. Quand tu es venue dans
mon palais, j’ai tout de suite compris que toi, tu pour-

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rais m’en donner une, alors, je veux bien aller dans ton
école pour que tu m’apprennes.
Abdel

Lettres de Chine :

Mon pays est le plus haut du monde, c’est celui qui a la


plus grande muraille, c’est le plus peuplé, nous sommes
des milliards. Mais le ciel qui éclaire mes nuits est plus
petit qu’une poussière. Je vis au bord d’une rizière, et
malgré mes six ans, je travaille avec mes parents. Cha-
que jour je porte sur mon dos les dix kilos de riz pour
nourrir les hommes des villes. Je ne sais pas lire, je ne
sais pas jouer, mes parents sont pauvres. J’aimerais que
le Soleil ne se couche jamais, afin que mon cœur puisse
se nourrir de sa lumière tout le temps, je pourrais don-
ner à manger à toute ma famille. Tu es venue, je t’ai
reconnue, tu étais comme le soleil du ciel. Je veux te sui-
vre, ta lumière est une nourriture qui ne s’épuise ja-
mais, j’aimerais donner la mienne à tous les hommes.
Jia

Jia ma sœur jumelle voudrait donner de la lumière à


tous, mais moi, je veux la garder pour qu’elle me ré-
chauffe. Un jour, j’aurai besoin de sa chaleur pour mon-
ter sur le toit du monde. Je pourrai toucher les étoiles et
les mettre dans mon panier. J’en donnerais à tous les
enfants pour qu’ils les collent dans leur cahier d’écolier.
J’ai envie d’aller à l’école de la dame, elle m’a dit qu’il y
a une étoile dans mon cœur.
Kime

Lettres du Maroc :

J’aime les dattes, j’aime les figues, j’aime mon oasis,


j’aime le couscous. J’aime la vie, j’aime les filles. Mais ce
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que j’aime le mieux, c’est ma lumière, elle est plus pré-
cieuse que tout. En moi, j’ai un soleil plus brillant que
celui qui est dans le ciel, l’école qu’il y a en France est
comme ça, c’est pour ça que j’y vais.
Abbas

Dans mon pays, il y a le Soleil, la mer, la montagne et


on dit même que l’arche de Noé serait dessus. J’habite au
pied de l’Atlas, cette montagne entre désert et neige est
comme un puits de lumière planté là pour nous abreu-
ver. Ma mère file la laine de nos moutons pour nous
faire des habits. Moi je file la laine que j’ai dans mon
cœur pour me faire un vêtement de lumière. L’école des
enfants de la lumière sera ma maison. Je donnerai à
mes parents la laine que je filerai là-bas pour qu’ils s’en
fassent des vêtements.
Lina

Lettres de Russie :

J’habite au bord du lac le plus ancien du monde, son


passé a près de 25 millions d’années, c’est le Baïkal et
chez nous on dit c’est le cœur de la planète. Il est si
grand qu’il pourrait abreuver tous les hommes de la
Terre. Le froid et le soleil partagent sa nature, je me
sens bien chez moi et bien que nous ne soyons pas ri-
ches, nous vivons de tout ce que le Baïkal peut nous
donner. L’hiver, la nuit, les étoiles se reflètent à sa sur-
face et j’aime boire l’eau étoilée, alors mon cœur vibre de
leur lumière. Je veux donner de son eau à beaucoup, c’est
pour ça que je viendrai chez vous.
Guelia

Les fusées, c’est ma passion, j’aime l’espace, mon père


travaille au cosmodrome de Baïkonour, il y construit
des engins qu’on envoie dans le ciel. J’aimerais être une

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cosmonaute, j’aimerais visiter d’autres planètes,
d’autres étoiles mais mon père me dit que nous ne pou-
vons pas aller plus loin que la Lune ou Mars. Je ne veux
pas rester là, je veux partir très loin, très, très loin.
Lorsque j’ai vu les deux dames, elles m’ont dit que le
voyage que je ferai un jour pourra m’emmener plus loin
que les étoiles. Je veux aller avec elles.

Timofeï

Lettres du Brésil :

Mes parents ne savent pas écrire, nous n’avons pas de


bureau de poste dans notre village, mais cette lettre je
l’ai dicté à un blanc qui passait pour nous visiter, c’est
lui qui peut-être vous l’enverra. Je suis de la tribu des
Guaranis, nous sommes les derniers survivants de no-
tre terre, les blancs ont tout pillé, ils nous ont massa-
crés et clos dans des réserves. Nous avons perdu notre
liberté il y a bien longtemps. Ma famille descend d’une
race divine qui était dans les hautes montagnes, ils
avaient construit des temples, peut-être même des vais-
seaux spatiaux il y a très longtemps. Depuis,
l’alcoolisme et la drogue ont ravagé tout mon peuple.
Lorsque je t’ai vue, j’ai tout de suite compris que mes
ancêtres n’étaient pas morts et qu’ils vivent encore
quelque part. Je veux te rejoindre, je veux retrouver mes
racines.
Maïsa

J’ai six ans, je vis dans un ghetto à côté de Rio, ma mère


est morte le mois dernier, elle buvait. Je dois travailler
pour vivre, mon père est parti à la ville depuis deux ans,
je ne sais s’il est encore en vie lui aussi. J’ai découvert
dans une boîte que ma mère gardait, un morceau de
cristal très brillant, si je le mets dans le noir, il donne
de la lumière. Il paraît qu’il lui est apparu à ma nais-

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sance. Ma tante m’a raconté que c’est moi qui le fais
briller, que j’ai le pouvoir de donner la lumière autour de
moi, et que ce morceau de cristal était avant ma nais-
sance un bout de charbon ; c’est ça qui est magique.
Lorsque tu es venue, le cristal s’est mis à luire plus en-
core, c’est là que j’ai compris que je te suivrai.
Moacyr

Lettres d’Israël :

Je suis kibboutzim, j’habite avec ma famille et les autres


sur une terre irriguée par l’Alexander, c’est grâce à lui
que nous faisons de beaux fruits et de beaux légumes.
Mes parents vivent ici depuis près de vingt ans, moi,
j’en ai six. Tout le monde partage tout, nous n’avons
rien et nous avons tout, c’est la communauté, c’est très
bien. Nous ne manquons de rien et nous avons même
de l’argent. Mais, je ne suis pas vraiment heureux, je
n’ai pas trouvé un dieu en qui croire. La Bible, la torah,
je ne sais pas, je cherche autre chose, quelque chose qui
parle dans mon cœur, une vérité. Mon peuple se bat, les
autres se battent, mais je ne veux pas me battre contre
d’autres hommes. Tu es venue, tu m’as dit que le pre-
mier livre que je lirai est dans mon cœur. Je ne sais pas
lire encore, mais j’ai ouvert la première page de mon li-
vre et je l’ai compris. Tu as dit la vérité et je veux vivre
dans ton école.
Lilo

Mon père est israélien, ma mère est palestinienne. Ils se


sont connus sur un champ de bataille, lui, était soldat,
elle infirmière. Elle l’a soigné, il l’a embrassée et ils ne
se sont plus jamais quittés. Ma mère a renié sa religion,
elle était arabe, mon père a renié sa religion, il était juif.
Moi, je suis l’enfant de l’amour, je suis libre, je n’ai pas
de dieu. Mais mon âme a trouvé son éclat lorsque vous
êtes venu me voir. Tu es pour moi une lumière, tu n’es
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pas un dieu, une déesse, tu dis juste la vérité, mon cœur
l’a reconnu. Mon papa et ma maman sont contents que
je vous rejoigne dans votre école.

Anate

Lettres de Suède :

J’ai déjà vu une aurore boréale, c’est merveilleux, c’est le


choc des radiations solaire avec la ceinture magnétique
terrestre. Chez nous, les rayons du soleil sont très vifs,
rien ne les arrête. J’ai vu des couleurs extraordinaires,
j’ai même cru voir d’autres rayons venant de plus loin
que le soleil. Mes yeux voient bon nombre de choses
qu’aucun autre ne voit, les lumières qui entourent les
hommes, les animaux et les bruits aussi. Tout a une ou
des couleurs, les saumons sont verts, les sapins sont
rouges, voilà ce que voient mes yeux. Mais ils voient
aussi une autre lumière, celle qui entoure le cœur ; j’y
vois des rayons qui partent de tous les côtés. Mes pa-
rents n’aiment pas lorsque je raconte ça, mais la dame
qui est venue me voir a souri et elle a rassuré mes pa-
rents. J’irai en France à la rentrée, mes parents me l’on
dit et je suis content, il paraît qu’il y a d’autres en-
fants comme moi.
Sven

Mon père est le président d’une grande firme suédoise, je


n’ai ni frère ni sœur, je suis fille unique. Mes parents
vivent un peu partout dans le monde, je voyage d’hôtels
en résidences, je mange chaque jour au restaurant et on
m’offre de nouveaux habits chaque semaine. À six ans,
je parle déjà trois langues, le suédois, l’anglais et une
autre que j’ai trouvée dans ma tête, mais personne ne la
comprend. Lorsque j’ai vu la dame, elle m’a parlé dans
ma langue, je n’y croyais pas, mais elle a recommencé
et j’ai compris que je n’étais pas seule. Mon imagina-

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tion avait une réalité quelque part, alors, j’ai demandé
à la suivre.
Didda

Lettres d’Irlande :

Mon pays est une musique, la terre qui le compose est


une histoire, j’aime me promener dans les lands, ce sont
des jardins naturels que la vie a semés autour de nous.
Mais je ne respire pas que l’air des collines et des prai-
ries. Dans les montagnes, il y a une lumière qui depuis
longtemps résonne. La grandeur de toute cette nature
me dit que cet espace existe aussi en moi, je le sens.
J’adore la musique, elle résonne aussi dans mon cœur.
De tout ça, je sais que je devrai trouver ce que je suis
lorsque je serai grand. J’aime mon pays et mes parents,
mais je veux te suivre, ton cœur résonne comme les hig-
hlanders.
Chad

J’aime pas l’école, j’aime pas obéir, j’aime pas les règles et
les lois, j’aime pas qu’on m’embête, j’aime pas les autres
et j’aime pas travailler. J’aime jouer, j’aime mentir,
j’aime voler, j’aime faire mal, j’aime me cacher, j’aime
embêter les autres. Mais j’aimerais qu’on m’apprenne à
aimer autre chose. T’es venue, tu m’as regardée, tu m’as
parlée, tu m’as souri et tu m’as aimée. Je ne sais pas ce
que je t’ai fait, mais je veux venir dans ton école.
Shanley,

Lettres de Madagascar :

Mon pays est plein de couleurs, pourtant nous ne som-


mes pas riches. Mais chez nous on a le sourire, mon île
est très grande, et j’habite au bord de la mer. Mes pa-
rents vénèrent nos ancêtres, ce sont eux qui nous don-
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nent leur sagesse, les morts possèdent la vérité. Mais
j’aime la vie, je n’ai pas envie de mourir lorsque je serais
grande. Je ne veux pas que l’on m’enterre, je veux vivre.
J’ai en moi un morceau de lumière que je ne peux donner
que vivante, c’est pour ça que je suis habillée de cou-
leurs, c’est pour ça que je souris. La dame qui parle très
bien le français est venue me voir et m’a demandé si je
pouvais lire dans ses yeux. Je lui ai dit qu’elle s’appelait
Noèse et c’était vrai. Elle m’a serré dans ses bras. Mon
papa lui a souri, je vais aller dans son école en France.
Lala

Je vis sur les plateaux de la très grande île, mes parents


font la culture du café et des graines de chocolat. Je vais
déjà à l’école maternelle française de Tananarive, nous
avons de l’argent, je ne suis pas comme ceux de la cote,
je n’habite pas dans une petite maison en bois. Plus
tard, je serai président, je serai un chef ; quand je t’ai
dit ça, tu m’as regardé sévèrement et tu m’as répondu :
⎯ Si tu veux être chef, sois plus petit qu’une puce
pour que l’on t’aime. Si tu veux être président, apprends
à obéir. Si plus tard tu veux être un homme, viens dans
notre école. Alors, tu m’as mis en colère et j’ai voulu te
brûler de mon regard. Mais tu étais bien plus forte, tu
m’as neutralisé avec tes yeux, j’ai compris que tu étais
ma véritable maîtresse et que j’avais tout à apprendre de
toi.
Bako

Lettres d’Allemagne :

Chez nous, c’est organisé, ça marche au pas dans la


famille. Mon père travaille chez Mercedes à Sindelfin-
gen, il est ingénieur mécanicien, il fait des moteurs
pour les voitures. Moi, je n’aime pas les voitures, je pré-
fère la nature, j’aime bien la forêt et les animaux mais
ça dérange mes parents. Je n’aime pas les ordinateurs, je

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trouve que c’est archaïque, moi j’en ai inventé un qui
n’a pas de souris ni de bouton, il marche tout seul, mais
c’est dans ma tête. J’ai plein d’idées, mais personne pour
m’écouter. L’autre jour mon père s’est fâché lorsque je
lui ai dit que ses moteurs sont trop polluants et qu’il
pourrait en inventer d’autres qui n’utilisent pas de pé-
trole. Je suis contente que tu aies réussi à convaincre
mes parents de me laisser partir dans ton école.
Oda

Quand t’es venue me voir, j’ai eu peur, je sais que tu


voulais m’emmener avec toi. J’ai pleuré, je ne voulais pas
quitter ma maman et mon papa. Mais eux, ils
s’inquiètent pour moi, ils ont toujours trouvé très
étrange que je fasse fondre tous les objets en métal que
je touche et c’est comme ça depuis que je suis petit. Ils
ont vu des médecins et des tas de gens bizarres. Mais
personne n’a pu dire ce que j’ai, je ne suis pas normal.
T’as pris une cuillère dans ta main et tu en as fait une
bille, puis tu l’as transformée en petit soldat de fer.
Alors, j’ai vu que je n’étais pas seul, je sais que tu peux
m’apprendre beaucoup de choses. Mes parents étaient
contents, je suis pressé de te retrouver à la rentrée.
York

Lettres d’Espagne :

Je n’ai pas envie de te dire quelque chose de moi, je n’ai


pas envie de venir chez toi en France. Je n’ai pas envie
d’être avec d’autres enfants. Car la Terre, c’est pas ma
planète, je viens d’ailleurs et je veux savoir d’où je
viens…
Pourquoi tu me manques depuis que tu es venue ?
Cybele

Les Oranges, les citrons, ce sont de beaux fruits, ils

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sont pleins de soleil dans mon pays. Je suis comme eux,
je grandis avec la lumière du soleil, c’est lui qui me
donne du bonheur et de la joie. Mais pourquoi es-tu plus
brillante que lui ? j’ai besoin de toi pour grandir.
À bientôt,
Izam

Lettres d’Amérique

Je n’ai que quelques mots à te dire : Je suis tombé du ciel


à New York, le 11 Septembre 2001.
À bientôt chez toi.
Tom

Hier, on a volé un vaisseau spatial chez moi à Houston,


il est parti, comme ça, à travers le ciel. J’aurais bien vou-
lu être dedans. Tu m’as dit que je suis un enfant doué,
alors apprends-moi toutes ces choses que personne ne
connaît, je les ai en moi, mais je ne sais pas comment
les ressortir. Si je voulais, je pourrais voler comme un
oiseau, ou comme une fusée.
Apprends-moi…
Scott

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LES ENFANTS
D’EPIK,
LES CLANS

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23 AOUT 2008

J’ai vu partir mes parents ce matin, comme


s’ils nous abandonnaient. C’est dingue, ma mère était
presque naturelle, ça n’avait pas l’air de la tracasser plus
que ça. Par contre, mon père faisait une drôle de tête. Je
ne sais pas où ils sont partis, mais j’ai le sentiment que
c’est très très loin. Maman nous a donné à ma sœur et à
moi un sifflet étrange, je crois qu’elle l’a fabriqué elle-
même. Elle m’a dit :
⎯ Prends ce petit sifflet. Il est magique. Si vous avez
vraiment besoin de moi, il suffira à toi ou ta sœur de souf-
fler dedans et j’apparaîtrai immédiatement.
Je l’ai rangé précieusement dans ma tirelire, et c’est ma
sœur jumelle qui en a la clef. Comme ça, si vraiment on
veut maman, on le fera ensemble. Cléonisse, je peux lui
faire confiance, on s’aime beaucoup, bien qu’elle soit
complètement l’inverse de moi. Elle me dit toujours :
⎯ Céleste, tu m’énerves, tu pourrais un peu penser
que je suis une fille, je suis moins forte que toi, j’ai pas
tes jambes, je ne cours pas aussi vite.
⎯ C’est vrai, je m’amuse toujours à me cacher dans
notre grand jardin, je cours plus vite, et elle ne me trouve
pas tout de suite. Mais elle n’est pas si faible que ça, elle
me trouve toujours à coup sûr car elle entend mes pen-
sées, il paraît qu’elles font beaucoup de bruit. Tiens, là,
maintenant, comme je pense, je suis sûr que je la dérange,
d’ailleurs, je l’entends arriver.
⎯ Céleste, je t’avais dit d’arrêter de penser à papa et
maman, tu peux les déranger. Je suis comme toi, je ne
sais pas ce qu’ils sont partis faire, mais il faut les laisser
tranquille.
⎯ Je suis d’accord avec toi Cléonisse, mais quand
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même, c’est pas normal de les voir partir comme ça sans
rien dire. J’ai envie de rappeler maman, tu sais elle a dit
qu’on peut si on veut.
⎯ Mais tu n’as pas besoin de maman, il ne faut pas.
Heureusement que j’ai la clef, sinon elle reviendrait tou-
tes les cinq minutes.
⎯ Ils sont partis très loin, j’en suis sûr, ça m’inquiète.
⎯ De toute façon on n’est pas seul. Noèse et Steve
sont là et ils s’occuperont de nous. En plus Axelle est tou-
jours avec nous et elle nous attend pour faire une partie
de Fantôme.
⎯ Ah ! t’aimes bien ce jeu !
⎯ Pour sûr, je suis meilleure que toi, là tu ne peux pas
me distancer avec tes jambes.

Le Fantôme, mais quel est ce jeu et qui sont ces enfants ?


Céleste et Cléonisse sont les enfants de parents un peu
étranges, qui se sont rencontrés dans l’espace, bien loin
de la Terre et ont déjà vécu des aventures bien extraordi-
naires. Leur mère, Aqualuce est douée de pouvoirs sans
limites, leur père était avant de la rencontrer, vendeur
d’aspirateurs, avant de devenir voyageur galactique. Ces
deux enfants sont les fruits de leur retour sur Terre, un 11
Septembre 2001.
Axelle est un peu plus âgée qu’eux, elle est née dans
l’espace sur une autre planète. Elle n’a jamais connu sont
papa, un voyageur spatial mais elle vit avec sa maman,
Noèse, qui est mariée avec Steve, un médecin, et a deux
autres enfants, Clara et Gary qui ont juste quatre ans.
Mais cette petite fille a des pouvoirs aussi extraordinaires
que sa maman, elle voit à travers les hommes, lit toutes
les pensées, ses yeux, d’un vert émeraude très prononcé
sont comme des rayons de feu.
Laissons jouer ces trois enfants à leur jeu favori, le Fan-
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tôme. C’est un jeu qui n’existe pas ailleurs que chez eux
car ils se servent de certains de leurs pouvoirs pour le
faire. Voilà comment :
Les enfants se séparent pour se cacher. Mais le but est de
se toucher. Lorsqu’on sait que chacun a le pouvoir de
faire apparaître son image n’importe où, c’est là que les
choses deviennent difficile. Un, peut croire voir l’autre et
le toucher, mais il n’a peut-être devant lui qu’une image
vide. Pendant ce temps, l’autre tente de s’approcher pour
le toucher. Ils courent alors après des fantômes. Parfois,
ils ne sont plus trois à se poursuivre, mais six. Le jeu
s’arrête lorsque le dernier est éliminé. Voilà pourquoi ce
jeu s’appelle le Fantôme.
Ils habitent tous les trois dans une vaste propriété à
proximité du lac d’Annecy. À la rentrée prochaine la
mère d’Axelle ouvrira ici une école privée très particu-
lière. C’est l’école de "Keuramdor", la seule école au
monde qui accueillera pour la première fois des enfants
très particuliers, qui sont les enfants du 11 septembre
2001. Cela n’a rien à voir avec les attentats mais, ce jour-
là, pratiquement personne ne remarqua l’arrivée sur la
Terre d’une étrange pluie d’étoiles filantes, source de la
fécondation de milliers d’enfants aux pouvoirs nouveaux.
Cette nuit-là, en grand nombre, des parents ont donné une
vie, par crainte du grand bouleversement qui venait de se
produire. Et nous voici, sept ans plus tard, quelques jours
avant l’arrivée de 28 élèves dans cette très belle école que
deux femmes et deux hommes ont construite pour donner
à ces enfants du nouveau millénaire une chance de bâtir
l’espoir pour tous les hommes de la Terre. Ils ne sont pas
nombreux pour cette rentrée scolaire, mais l’espoir est
que chaque année, si le succès est là, les enfants soient
plus nombreux et en attirent d’autres.
Noèse O’Connor est jeune, elle a 28 ans, elle et sa Sœur
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Aqualuce ont la chance d’avoir hérité d’une grande for-
tune qui leur a permis de construire cette école en Haute-
Savoie. Tout est neuf, il ne s’agit pas d’un vieux château
plein de mystères. Mais le mystère, ce sont les enfants qui
pourraient le démontrer. Ils sont tous très jeunes, ils n’ont
pas plus de 6 ans, pratiquement tous nés le même jour,
mais chacun apportant sa personnalité, de tous les lieux
de la Terre.
Le jour de la rentrée n’est plus loin, le 2 septembre ils
devraient tous être au rendez-vous.

23
2 SEPTEMBRE 2008

Comme partout en France, l’heure de la


rentrée va sonner dans toutes les écoles. Tous les enfants
se préparent avec plus ou moins de joie. Il y a ceux qui
aiment apprendre et attendent avec impatience de décou-
vrir leur maîtresse, leur professeur. D’autres sont heureux
de retrouver leurs copains et copines. Certains craignent
par avance les matières qu’ils vont découvrir et les de-
voirs qu’ils devront faire. Il y a des enfants qui n’aiment
pas l’école et qui ne sentent pas à leur place dans ces ins-
titutions. Ceux qui n’aiment pas du tout travailler sont les
plus malheureux. Les enfants de toutes natures se retrou-
vent ce jour-là à une nouvelle étape de leur vie.

Keuramdor ouvre ses portes.

⎯ Maman, j’ai peur, c’est qui tous ces enfants qui ar-
rivent, d’où viennent-ils ?
⎯ Ne t’en fais pas, ma chérie, ils sont tous exception-
nels, ils viennent de tous les coins de la Terre, ils sont
comme toi, ils ont tous quelques choses de bon à donner.
S’ils sont parmi nous aujourd’hui, c’est aussi qu’ils sont
très sensibles et très fragiles ; l’atmosphère est si lourde
depuis ces dernières années que s’ils ne venaient pas ici,
ils seraient en grand danger. C’est pour cela que j’ai déci-
dé de créer cette école. Mais c’est aussi ton école, avec
Céleste et Cléonisse. Tu sais, Axelle, ce n’est pas toujours
facile de vivre ensemble, mais tu verras, bientôt tu ne
comprendras plus que l’on puisse vivre séparé. Va les
accueillir, cours vers ces enfants, tu es leur aînée, tu
connais mieux que tous les lieux, montre leur la nouvelle
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école.
⎯ D’accord, maman, j’y vais.
La petite Axelle a bientôt sept ans et demi, elle dépasse
d’une tête tous les enfants ; on lui en donnerait presque
neuf. Elle est fine comme sa mère, ses cheveux sont roux.
Mais ses yeux sont redoutables, leur couleur émeraude
ressort étrangement sur son visage clair.
Tout a été organisé pour l’arrivée des enfants, Noèse a
fait appel à des hôtesses pour faire venir de tous les coins
de la planète les enfants sans moyens. Certains parents
ont préféré prendre leurs dispositions et les ont conduits
jusqu’ici ce matin et voici justement un hélicoptère se
posant sur la pelouse du parc. C’est la petite Didda que
ses parents accompagnent jusqu’à l’école. Céleste et
Cléonisse se précipitent vers l’engin pour accueillir la
petite fille. Axelle est avec les autres enfants, elle leur dit
bonjour, et les invite pour leur faire visiter l’école.
Noèse a décidé que la matinée sera libre afin que tous
prennent leurs marques et s’installent dans leur chambre.
Suivant Axelle, le groupe composé de 25 enfants se laisse
guider. Le personnel les suit veillant à ce que tout se
passe sans incident. Ils découvrent l’école…
Dominant un village, Keuramdor dresse ses flancs face au
lac d’Annecy. Devant le portail en fonte coulée représen-
tant des cercles concentriques, une allée de pavés rouges
circule à travers une pelouse bien verte. Au bout, le bâti-
ment. Devant eux, le grand hall dont l’entrée est une large
et haute verrière arquée accueillante. L’intérieur est amé-
nagé avec des bancs le long des murs avec des petites
cloisons de bois afin que les enfants puissent se retrouver
en intimité par petits groupes s’ils le souhaitent. Malgré
tout, l’espace de la salle reste préservé. La moitié des
murs sont en verre, le reste est peint en jaune. Au fond,
une autre cloison arquée donne sur un jardin intérieur, où,
25
même en hiver, les enfants peuvent trouver un bout de
pelouse, des fleurs, des arbustes et une petite fontaine.
Arrangé un peu de façon sauvage et donne une impres-
sion de liberté, il est créé est pour la détente.
Maintenant, passant une porte sur le côté du grand hall,
les enfants arrivent dans les salles de classe ; au rez-de-
chaussée six classes, les sanitaires, à l’étage, six autres
classes. Le bâtiment est bien trop grand pour vingt-huit
enfants, mais au cours des années, il se remplira, espère-t-
on. Chaque salle est aménagée avec tableau vert sur les
trois murs, les fenêtres procurent beaucoup de lumière et
le bureau du maître est au centre, les tables autour afin
que tous les élèves puissent se voir. Un enfant demande :
⎯ Pourquoi autant de tableaux ?
⎯ Maman vous l’expliquera plus tard, lui répond
Axelle. Puis elle les guide vers un passage qui descend
vers un tunnel.
Tous s’étonnent de cet endroit, où les murs ne sont pas
faits de plâtre lisse et bien peint, mais au contraire leur
rugosité fait penser qu’ils sont dans une caverne natu-
relle ; l’humidité et le manque de lumière donnent un air
mystérieux et ils en ont la chair de poule. Au bout cela se
sépare en deux. Axelle passe sur la gauche, remonte et
pousse la porte, alors, ils arrivent dans l’observatoire.
Devant eux, c’est impressionnant, car ils voient tous
l’immense télescope dont la lentille centrale fait près de
trois mètres de diamètre.
Ça, c’est ma tante qui l’a construit, elle a poli la lentille
toute seule, elle a tout inventé. Elle m’a dit qu’avec cet
instrument, on peut voir plus loin que Hubble, elle m’a dit
que même en plein jour on peut voir les étoiles. Elle a un
secret, mais à vous, je peux le dire : Ce n’est pas fait avec
du verre, c’est du magnétum, un verre magnétique qu’elle
a inventé. Vous verrez, lorsqu’on pose l’œil sur
26
l’appareil, c’est magique. Les enfants se regardent et l’un
d’eux, Abdel, demande :
⎯ Je veux en acheter un pour ramener chez moi, dis-
moi combien ça coûte ? mon papa peut le payer.
⎯ Mais, ce n’est pas à vendre, c’est le seul qui a été
fabriqué et la maman de Céleste et Cléonisse n’est pas ici
pour le moment.
⎯ C’est pas grave, mon papa te l’achète, dis-moi et je
lui téléphone tout de suite, je le veux.
⎯ Je ne peux pas, va voir mon papa, il te le dira.
Le garçon s’énerve, il commence à rougir. Il crie, et veux
donner un coup de pied à Axelle qui se recule. Puis,
voyant qu’il n’y arrive pas, il sort de sa poche un télé-
phone portable et commence à appeler son père. À ce
moment, le téléphone lui échappe des mains, il s’envole
et tombe dans une main de Noèse qui lui dit :
⎯ Mon garçon, ici, tu n’as pas besoin de ça, je prends
ton téléphone, je te le rendrais lorsque tu quitteras cet
établissement. Ici, on n’a pas besoin de ce genre de vieux
jouet pour communiqué. Je vais t’apprendre à ne plus uti-
liser le téléphone, tu verras, tu vas aimer. Ne t’inquiète
pas, cela ne te manquera pas, tu vas très vite oublier. Et si
un jour tu veux un télescope, nous t’aiderons à en fabri-
quer un comme ça.
Le garçon se calme, surpris de la façon dont lui a été
confisqué son appareil. Il n’avait jamais vu un téléphone
volant ainsi.
⎯ Tu n’as pas fini d’être surpris mon petit Abdel, ici
tu vas apprendre plein de choses comme ça.
Abdel a compris tout ce qu’a dit la grande dame, pour-
tant, il ne connaît que l’Arabe comme langue. Les enfants
ne se sont pas aperçus qu’ils comprenaient le langage
d’Axelle et de Noèse, pourtant 11 langues les mélangent.

27
La journée se passe à visiter les lieux et à la fin, ils
s’installent dans leur nouvelle demeure. Les enfants par-
tageront ce soir les chambres par groupes de trois. Les
dortoirs sont dans un bâtiment séparé des classes, derrière
le grand hall d’accueil. Pour le rejoindre depuis le bâti-
ment principal, il faut emprunter un passage extérieur
protégé de la pluie et de la neige par un tunnel en verre.
L’hébergement est une grande bâtisse, sur trois niveaux.
Une partie des chambres ne donne pas sur l’extérieur,
mais dans un patio central où tous peuvent se voir par les
fenêtres, alors qu’une autre partie est face à l’entrée.
Chaque chambre est décorée de façon très gaie, pas un
mur n’a la même couleur, pas un rideau ne ressemble à un
autre. Chaque chambre est unique, comme le sont tous les
enfants constituant cette petite communauté. Au soir de
cette première journée, les enfants prennent un repas dans
le réfectoire et à la fin, Noèse prend la parole.
⎯ Bonsoir, les enfants, vous êtes tous installés, vous
découvrez notre école qui accueille pour la première fois
des enfants. Nous espérons que cette année scolaire sera
pour vous un bon moment et avec mon équipe nous fe-
rons tout pour cela. Je vais vous présenter vos éducateurs
et nos assistants. Vous pourrez nous appeler par nos pré-
noms. Voici à ma droite, notre intendant, éducateur et
médecin Steve O’Connor, il est aussi mon époux. À ma
gauche, Clara, mon autre sœur et Martin Vicaire, aussi
éducateur. N’oublions pas le personnel de service qui
vous sert ce bon repas, Marie et Joseph Zog, et notre cui-
sinier Paolo Lugzi qui adore la cuisine italienne ; si vous
aimez les pâtes et les pizzas, vous serez gâtés.
À ces mots, déjà beaucoup d’enfants sourient largement.
⎯ Je vois sur vos lèvres tous vos sourires, j’en suis
heureuse, car cela veut dire que malgré le mélange de na-
tions présentes ce soir dans notre établissement, vous
28
nous comprenez tous. Je dis cela pour que vous sachiez
que nous employons un langage qui n’est pas issu de vo-
tre culture, mais de votre nature. C’est pour cette raison
que vous êtes avec nous maintenant. Demain, nous com-
mencerons les cours et nous vous parlerons de "La Lan-
gue", un langage qui n’existe pas encore sur Terre, mais
que vous comprenez déjà. Si l’un d’entre vous veut es-
sayer, qu’il s’approche de l’estrade. Vous allez de toute
façon tous prendre la parole.
Les enfants sont tous timides, mais une fille sort du rang.
Apparemment, elle semble avoir l’habitude de se montrer
en public.
⎯ Approche-toi ma petite, monte me rejoindre.
L’enfant escalade l’estrade.
⎯ Comment t’appelles-tu, dis-nous ce que tu penses de
l’école ?
⎯ Bonjour, je m’appelle Didda, je suis suédoise, mon
papa est un homme d’affaires important. Je parle le sué-
dois, l’anglais et je parle aussi la langue, je suis contente
d’être ici, si on parle tous la Langue.
⎯ Monte mon petit, c’est à toi.
⎯ Moi aussi, mon père est riche, il cultive le cacao et
le café. Je veux apprendre à devenir président, c’est pour
ça que je suis ici.
⎯ Mais comment t’appelles-tu monsieur le président ?
⎯ Bako, Bako l’invincible.
Tous se mettent à rire, sauf lui. Noèse le prend dans ses
bras pour le rassurer. C’est un enfant bien sûr, mais sont-
ils véritablement des enfants ? Alors, Clara l’éducatrice
fait venir un autre enfant :
⎯ Je suis Chad, je viens d’Irlande, les montagnes d’ici
me rappellent mon pays. Je viens dans cette école pour
écouter et chanter la musique qu’il y a dans mon cœur.

29
Écoutez ma chanson :

Je suis né sur terre d’Irlande


Un haut pays plein de mystères.
Les montagnes sont mes lumières
Les prairies dansantes, mes sarabandes.

J’ai marché sur toutes les collines


Cherchant d’où venait cette musique
Je l’entendais comme dans un cirque
Me faire tourner dans mes bottines.

J’ai écouté très longtemps sa rime,


Mais dehors, ne la voyais pas.
J’ai très longtemps suivi ses pas
Car je l’avais en grande estime.

Mais, te présentant dans mon cœur,


Un jour, c’est toi qui m’as trouvé,
Tu t’installas dans mes pensées
Devenant un air de bonheur.

Oh, oh ! Musique de mon cœur,


Tu es pour moi mon highlander.

Tous les enfants se sont tus, Chad, par sa chanson presque


magique, a sublimé l’assemblée, calmé les esprits ner-
veux et consolé le petit Bako. Noèse est émerveillée
d’avoir entendu cet enfant qui spontanément vient de
composer une aussi jolie chanson. Quelle joie pour elle de
voir que la musique, l’art sont des pouvoirs aussi merveil-
leux que ceux que certains enfants peuvent posséder.
Lorsqu’elle l’avait découvert, elle n’avait décelé aucun
30
signe évident de pouvoirs surnaturels. Mais Aqualuce, la
mère de Céleste et Cléonisse, avait trouvé en lui la qualité
certaine des enfants nouveaux ; elle ne s’était pas trom-
pée. La poésie, la rime et les chansons sont des dons plus
grands que tous les autres et c’est par eux que l’on peut
changer un monde. Si Noèse et Steve ont conçu cette
école, ce n’est pas pour y mettre en valeur les dons surna-
turels et fracassant de ces enfants, mais pour qu’ils ap-
prennent par eux la sagesse et ne les mettent qu’au profit
de l’humanité. Le premier pouvoir de l’homme, pense
Noèse, est le verbe, c’est pour cela que Chad a de grands
pouvoirs.
Elle pense qu’il est bien tard et en accord avec les autres
éducateurs, elle décide que l’heure est venue de se cou-
cher pour tous les enfants. Demain, ils feront plus
connaissance. Alors Noèse invite les enfants à rejoindre
leurs chambres. Tous fatigués, ils suivent leur maîtresse
et les éducateurs, sans discutions. Axelle, Cléonisse et
Céleste ont décidé de se mélanger aux autres et
s’installeront dès ce soir avec les enfants. Axelle et Cléo-
nisse restent ensemble mais partageront la chambre avec
Shanley, la petite Irlandaise.

Noèse, maintenant dans sa maison, est soulagé que cette


rentrée se soit faite sans aucun problème. Malgré sa force
et ses qualités exceptionnelles, elle avait un doute. Mais
elle peut dormir tranquille, demain, c’est mercredi, les
enfants auront la journée pour jouer ensemble et com-
mencer à se connaître. Les cours ne commenceront qu’à
partir de jeudi. Cela laisse une journée entière à Noèse
pour observer les enfants et mettre en place
l’organisation, car même avec une sérieuse préparation,
rien n’est parfait.

31
VISITE INATENDUE

⎯ Axelle, que penses-tu de tous les enfants qui sont


arrivés hier ; tu les aimes bien ?
⎯ Je crois que nous allons nous entendre mais ça ris-
que d’être mouvementé demain ; c’est le premier jour de
classe et on est tous différents. Shanley qui est avec nous
dort déjà, mais j’ai lu en elle qu’elle est révoltée et qu’on
va entendre parler d’elle rapidement. On va bien s’amuser
Cléonisse.
⎯ Bonne nuit.

⎯ Lève-toi, petite sœur, il est l’heure de se préparer.


⎯ C’est dur de se lever tôt, j’ai encore envie de rester
au lit.
⎯ Axelle, ce n’est pas le moment, on doit montrer
l’exemple.
⎯ Mais regarde, la fille dort encore, je vais faire
comme elle.
⎯ Je vais chercher ta mère, tu vas voir.
⎯ Pas la peine, maman est dans la cour ; regarde par la
fenêtre, elle discute avec un homme, j’ai encore du temps,
car elle a des problèmes.
⎯ Que me racontes-tu ? C’est vrai ! Que fait-elle ?

En effet, Noèse O’Connor est devant un homme en noir,


lui-même accompagné d’un autre ayant presque le même
costume. La conversation semble durer, puis, elle les
guide vers l’entrée de son bureau se tenant dans sa rési-
dence. Cela a l’air sérieux.

⎯ Je ne comprends pas, Axelle, pourquoi les emmène-

32
t-elle chez toi, qu’est-ce qu’ils veulent ?
⎯ Cléonisse, cherche bien en toi, réfléchis.
⎯ Il est là à cause de papa et maman, ils les recher-
chent, ils viennent nous voir, ils veulent savoir où ils sont.
Il faut qu’on aide ta maman, elle a besoin de nous. Lève-
toi vite, on les rejoint.

Cléonisse a comme Axelle des dons bien surprenants, elle


sait lire dans les pensées et elle a compris ce que veut
l’homme qui parlait à sa tante. Ses parents sont impliqués
dans quelque chose d’étrange, elle doit savoir. Discrète-
ment, les deux filles sortent de leur chambre, mais la pe-
tite Shanley les a entendues et les rejoint.

⎯ Que fais-tu là, Shanley, reste dans la chambre, c’est


une affaire personnelle, on n’a pas besoin de toi.
⎯ Comment, pas besoin de moi ? Mais vous allez vers
quelqu’un que vous ne connaissez pas, vous ne savez pas
ce qu’il est capable de faire, sans moi, vous ne serez ja-
mais assez fortes pour le vaincre.
⎯ Bon, ça va, suis-nous. Mais tu ne connais pas encore
cette école, alors, fais attention, reste tranquille.

Alors que les autres élèves sont encore dans leurs cham-
bres, les trois filles descendent l’escalier qui les conduit
dehors. Discrètement, elles se glissent entre les arbres et
se rapprochent de la maison de Noèse. Par la fenêtre, l’un
des hommes les aperçoit mais ne prend pas garde.

⎯ Il faut les neutraliser, dit Cléonisse, ils veulent em-


mener papa et maman en prison.
⎯ Que proposes-tu ? lui demande Axelle.
⎯ On entre, on leur fait un grand sourire et sans qu’ils

33
prennent garde on les endort en court-circuitant leur cer-
veau, ils n’auront même pas le temps de s’en apercevoir.
⎯ Ok, et après ?
⎯ On verra.
⎯ Moi, dit Shanley, je peux les paralyser d’un coup.
⎯ Bon, alors il n’y a pas à hésiter, à nous trois on va y
arriver.

Alors, sans prendre garde, les deux hommes voient péné-


trer dans la pièce trois petites filles mignonnes et inoffen-
sives qui leur font de larges sourires et d’un regard les
paralysent et les endorment. Ils tombent sur le sol, inani-
més. Noèse, voyant ce que les trois enfants viennent de
faire, les arrête d’une voix très autoritaire :
⎯ Mais, qu’est-ce qui vous prend, vous cherchez à ce
que je ferme l’école aujourd’hui, alors que j’ai eu tant de
mal à arriver à vous réunir tous ici, dans ce lieu si privi-
légié ? je suis assez grande pour m’occuper de ces deux
hommes, ils ne nous veulent pas de mal.
⎯ Mais maman, Cléonisse a dit qu’ils sont là pour
mettre son père et sa mère en prison. Nous sommes ve-
nues les en empêcher.
⎯ Maintenant, les enfants, dans une heure vous entre-
rez en cours, ces deux policiers ne vont rien changer et
me voilà obligée à cause de vous de trouver une solution
pour qu’ils ne s’aperçoivent de rien à leur réveil.
⎯ On a fait une bêtise maman ?
⎯ Plutôt, ce sont des policiers américains, ils sont du
FBI, ils mènent une enquête sur une navette spatiale qui
aurait disparu la semaine dernière à Houston. Ils pensent
que Jacques et Aqualuce, les parents de Cléonisse et Cé-
leste, en seraient responsables.
⎯ Et toi, tu crois que c’est vrai ?

34
⎯ Je ne sais pas, mais nous devons nous protéger et
surtout protéger l’école de Keuramdor. Si nous collabo-
rons avec eux, ils nous laisseront tranquille.
⎯ Moi je sais que papa et maman ont pris cette na-
vette spatiale, ils sont partis loin dans les étoiles, ils
avaient besoin de cet engin.
⎯ Peut-être, mais Cléonisse, tu dois les protéger et ce
n’est pas en paralysant ces deux policiers et en leur fai-
sant perdre connaissance que tu les aides. Bon ! mainte-
nant, retournez dans votre chambre et préparez-vous à
votre première journée d’école. Clara va s’occuper de
vous ce matin. Cet après-midi, c’est moi qui vous ferai
cours.

Les enfants voulaient être brillant en ressemblant à leurs


parents, mais à six ans, on n’a pas l’idée des choses telles
que les voient les grands, on est une enfant, on ne pense
pas comme eux, c’est bien là toute la difficulté et aussi
tout le charme. Pendant qu’ils regagnent leur chambre,
Noèse met un peu d’ordre dans ses affaires et fait dispa-
raître quelques documents qui pourraient remettre en
cause sa neutralité pour l’affaire qui occupe les deux po-
liciers. Des documents sur le centre spatial de la Nasa,
des photos détaillées des navettes et quelques notes
d’Aqualuce, la mère de Cléonisse. Noèse se dit :
⎯ Dans le fond, ces petites ne sont pas si bêtes, c’est le
moment idéal pour faire disparaître tout ça !
Une fois les documents compromettants détruits, elle re-
vient vers les deux policiers et d’un seul regard, elle les
réveille. Une fois debout, ils n’ont pas le temps de se
questionner car elle souffle sur eux un vent d’oubli qui
leur enlève seulement le souvenir des enfants et de leur
chute.
⎯ Où en étions-nous madame O’Connor, j’ai comme
35
un trou de mémoire ?
⎯ Vous me demandiez si vous pouviez interroger les
enfants de mes amis.
⎯ Oui, c’est cela.
⎯ Ils vont prendre leur petit déjeuner avec les autres
enfants puis ils entreront en classe. Je pense que vous de-
vriez revenir pour 16 heures.
L’inspecteur Christopher Leass acquiesce et fait signe à
son collègue de le suivre.
⎯ Nous reviendrons après les cours, merci madame.
Toute cette histoire a commencé bien avant que l’école ne
soit construite. Les parents de Cléonisse et Céleste, Jac-
ques et Aqualuce, revenus sur Terre avec Noèse, ont dé-
cidé de bâtir une école capable d’accueillir les enfants
aux dons trop particuliers. Mais c’était sans compter sur
le fait qu’un jour, ils seraient rappelés par le passé,
l’espace les a repris comme s’ils devaient purger une
faute qu’ils n’ont jamais commise. L’histoire de ces en-
fants et de leurs parents se mélange comme si elle ne fai-
sait qu’une. Que peuvent tirer de ses enfants les inspec-
teurs du FBI, si leurs parents sont à des années lumières
de leur planète. Dans quelle histoire s’engage l’inspecteur
Christopher Leass ?

36
1er COURS : "LA LANGUE"

Après leur petit-déjeuner, les vingt-huit


enfants sont conduits vers la salle de classe. Leur maî-
tresse, Noèse, est accompagnée de Clara Staker, éduca-
trice.
⎯ Bonjour les enfants, avez-vous bien dormi ? Y en a-
t-il parmi vous qui auraient quelques difficultés, un pro-
blème personnel ? Je sais que vous êtes tous loin de vos
parents, mais nous sommes là, non pour les remplacer,
mais pour que vous appréciiez de vivre avec nous. Si
quelques-uns d’entre vous s’ennuient d’eux, il faut nous
le dire, vous pourrez les retrouver à tout moment. Cette
école n’est pas une prison et vous êtes libres de rentrer
chez vous. Nous sommes ensemble car nous pensons que
vous avez en vous des capacités extraordinaires et nous
souhaitons vous aider à les découvrir. A chaque vacances
vous pourrez rentrer chez vous, sauf ceux qui ne le sou-
haiteraient pas parce qu’ils sont trop loin ou pour d’autres
raisons. Qui souhaite parler et nous donner ses impres-
sions ?
Tous ces petits enfants sont bien tendres, ils sont encore
loin de l’adolescence, l’année dernière, ils étaient à
l’école maternelle. Mais une voix s’élève du groupe, c’est
Didda :
⎯ Madame, tout ça, c’est pas le problème, mais
qu’est-ce qu’on est venu faire dans cette école, qu’est-ce
que j’ai à apprendre ici, je connais déjà la langue qu’on y
parle et je sais plein de choses que mes parents m’ont ap-
pris. Je me sens très forte, que vas-tu m’apprendre ?
Aussitôt, d’autres enfants lui emboîtent le pas, mais
Noèse s’y attendait :
⎯ Didda a raison, vous êtes tous ici parce que vous
37
avez tous des pouvoirs particuliers. Mais vous êtes très
jeune et il va falloir contrôler ces pouvoirs. Vous allez
apprendre à vous connaître durant les mois et les années
où nous resterons ensemble. Vous n’avez que six ans,
mais votre esprit est déjà très éveillé, c’est pour cette rai-
son que nous vous accueillons ici. Les grands, lorsqu’ils
vous voient faire avec vos dons, s’inquiètent, ils trouvent
tout cela très anormal, vous l’avez tous déjà vécu. Je suis
votre maîtresse cette année et je dois vous donner un en-
seignement à la hauteur de vous capacités. Mais je
n’oublie pas que comme tous les enfants, vous devez ap-
prendre à écrire et à lire, plus tard, à compter. Il y aura
chaque matin les disciplines classiques et l’après-midi les
autres, celles qui nous réunissent. Mais ce matin, je vais
vous parler avant tout de "la Langue", celle dans laquelle
nous nous exprimons tous ici. Vous devez savoir que sur
terre ce langage n’est pas compris pas les hommes ordi-
naires. Écoutez-moi bien, c’est une histoire bien curieuse.

Alors, tous les enfants, au début un peu nerveux, se fixent


sur leurs chaises pour écouter :
⎯ Il y a bien longtemps, les hommes habitaient un
pays merveilleux, plus grand que le soleil et plus petit que
le bout de votre nez. C’était "Le Pays". Dans ce pays, tout
était bien, personne n’avait froid, ni trop chaud, un peu
comme dans vos rêves. Imaginez un endroit si bien que
personne n’était malheureux, tout le monde s’aimait, il
n’y avait ni jeunes ni vieux. Surtout, dans ce pays, il n’y
avait pas d’horloge et plus étrange encore, pas de dis-
tance. Le temps n’existait pas. On appelle ça aujourd’hui
l’éternité, mais aucun homme ne sait en fait ce que cela
veut dire. Quelqu’un a-t-il déjà entendu ce mot, savez-
vous ce qu’il signifie ?
La petite Cybele lui répond :
38
⎯ Chez nous on est croyant, mes parents vont à
l’église chaque semaine, ils prient le dieu éternel. Ils di-
sent qu’après notre mort, on va au ciel et on reste dans
l’éternité auprès de Dieu.
⎯ Je sais, Cybele, les religions disent un peu toutes la
même chose. Pour les hommes, l’éternité n’est accessible
qu’après la mort, c’est un espace de vie dans le ciel, dans
un lieu insondable et celui qui dirige tout ça s’appelle
Dieu. Quelle que soit la religion ou la croyance, c’est tou-
jours comme ça. C’est pour ça que vous devez m’écouter
car ceci est en relation avec votre première leçon, d’où
vient la Langue ?
Donc tous ces habitants vivaient dans une espace éternel,
c’est-à-dire, sans début et sans fin. Comme vous êtes ca-
pables de me comprendre, scientifiquement l’éternité si-
gnifie l’espace sans temps ni distance ; toute la basse de
notre existence est ici. Comprenez-le, c’est important et
cela vous aidera à comprendre pourquoi vous avez en
vous des dons particuliers. Entre nous, nous parlerons de
l’Hyperscience, une matière qui n’est enseignée nulle part
ailleurs et vous, jeunes enfants, vous êtes capables de la
comprendre car cette science ne s’adresse pas à la tête
mais à vos cœurs.
Tous les habitants du pays vivaient dans l’éternité, ce qui
leur donnait des pouvoirs immenses car l’absence du
temps et des distances permettent aux hommes d’agir par-
tout à leur guise. C’est un peu compliqué mais je vous
ferai un cours complet à ce sujet. La communication était
aussi très simple, une seule langue, mais pas une langue
que l’on apprenait à l’école, mais la Langue, le langage
instinctif des hommes, tout comme les animaux que vous
rencontrez autour de vous, comme les chiens, les chats,
les oiseaux qui parlent leur langage depuis leur naissance,
sans avoir besoin de maître ou de maîtresse. C’était tout à
39
fait normal, car dans leurs gènes, c’est-à-dire dans les cel-
lules de leur corps, les hommes avaient tout en eux, de
par nature. Vous imaginez bien qu’il est plus difficile à la
nature de créer un corps humain que de créer le langage
dans un cerveau. La langue était donc présente en tous
depuis la naissance parce que les hommes étaient dans
l’espace éternel. Pour parler la langue, il faut donc vivre
dans l’éternité. C’est ce qui particularise et, cette langue
c’est à quoi je veux vous faire réfléchir. Tout ce que je
vous dis est pour vous montrer que si vous parlez la lan-
gue, c’est que vous avez déjà un pied dans l’éternité.
Vous avez en vous une particularité par rapport à vos pa-
rents, vous êtes arrivés sur terre un pied dans un autre
monde. Une grande partie des enfants du troisième millé-
naire est comme cela. Ce monde où vous vous déplacez
n’est pas vraiment votre monde. Et vous naviguez dans
un espace différent, c’est ce qui vous donne vos nom-
breux dons. Vous parlez une langue que seuls des hom-
mes qui ont un pied dans l’éternité, peuvent comprendre.
Vous vous comprenez tous malgré les différences de na-
tionalités entre vous. Pourtant, vous n’avez pas appris les
langues différentes de la Terre pour la plupart. mais votre
cœur comprend toutes les langues car toutes les langues
forment la langue. Voici pourquoi entre vous les rivent se
rejoignent. Ce qui vous rassemble en premier, c’est le
langage commun. Rassurez-vous, chacun garde sa langue
maternelle, mais entre nous, elle se mélange. Voilà, mes
enfants, c’est le premier cours que je souhaitais vous
faire. Maintenant, si vous avez bien saisi ce que j’ai ex-
pliqué dans l’espace de notre école, nous nous compren-
drons presque tous ; ici, nos langues ne sont pas des limi-
tes. Mais attention, les personnes de service à la cantine,
ou le personnel d’entretien ne peuvent vous comprendre.
Ne vous étonnez pas qu’ils soient surpris en vous enten-
40
dant. Faites attention avec les personnes de l’extérieur,
elles ne vous comprendront pas non plus car elles
n’entendent que votre langage maternel.
Maintenant, vous en savez un peu plus et j’espère, Didda,
que tu comprends pourquoi tu es avec nous aujourd’hui.
⎯ Mais, c’était quoi ce pays éternel ? lui demande
Didda.
⎯ Je comprends ta curiosité mais je vous en parlerais
un peu plus tard car, aujourd’hui il faut entendre rayon de
lumière éternel, plutôt que le pays éternel. Ce pays, vous
avez de par votre nature un pied dedans, c’est pour vous
un immense avantage et aussi une lourde charge. Chaque
chose en son temps. Didda, raconte-nous comment tu as
découvert "La Langue", je suis certaine que tes camarades
seraient très intéressés de le savoir.
La petite fille est tout d’abord un peu surprise et intimi-
dée, mais elle lui répond :
⎯ Mon papa est un grand voyageur, comme c’est un
homme d’affaires, il se déplace dans le monde entier et
maman et moi l’accompagnons. Comme nous avons
beaucoup d’argent, il a commencé à m’apprendre
l’anglais avec une dame anglaise qui est venue habiter à
la maison. Notre maison est très grande et l’on peut y vi-
vre à beaucoup, on s’y perd lorsqu’on ne la connaît pas.
La dame a remplacé ma maman bien des fois avant qu’ils
ne m’emmènent avec eux en voyage. Lorsque j’avais
quatre ans, je parlais aussi bien le suédois que l’anglais.
Mais ce que mes parents ne savaient pas, c’est qu’au
premier jour où cette dame est arrivée à la maison, je la
comprenais parfaitement. Ce devait être La Langue qui
faisait ça. Alors, comme je n’étais plus un bébé ils m’ont
emmenée partout, aux USA, en Allemagne, en France, au
Japon, en Russie, en Inde, au Brésil. En deux ans j’ai visi-
té près de cent pays et partout où je suis allée, je saisissais
41
tout ce que les gens disaient. J’aurais bien voulu leur par-
ler aussi, leur répondre, mais ils ne me comprenaient pas
car ils n’entendaient tous que des mots de suédois. Je par-
lais la Langue, mais personne ne me comprenait vrai-
ment. Alors j’étais malheureuse, même si j’avais tout
avec mes parents. Dans ma tête, je me suis inventé la
Langue, et je me la parlais toute seule. Ce n’est que le
jour où je t’ai vue et que mes parents t’ont laissée entrer
dans ma maison que j’ai réalisé que tu parlais aussi mon
langage et cela a été le plus beau jour de ma vie. Tu sais,
j’ai tout chez moi, mais je n’ai pas la Langue et ça, c’est
le plus important, c’est pour ça que je suis ici.
⎯ Je te remercie Didda, c’est un très beau témoignage
de ce qu’est la Langue. Vous comprenez tous maintenant
ce qui fait notre différence avec les autres. Ce don n’est
qu’un élément de ce qui nous rassemble. La Langue a
disparu de la terre lorsque les hommes se sont séparés en
diverses communautés et qu’ils ont commencé à se faire
la guerre. Leur désunion les a séparés en races et comme
les animaux, ils se sont transformés ; comme le chat
miaule alors que le lion rugit, bien qu’ils soient de la
même souche, ils ne peuvent plus se comprendre.
⎯ Maîtresse, dit une voix du fond de la classe.
C’est Oda, la jeune allemande :
⎯ Les hommes de la terre peuvent-ils apprendre la
langue ?
⎯ Oda, tous les hommes ont en eux la Langue, c’est
une faculté qui a toujours existé, mais pour parler la Lan-
gue, il faut avoir un cœur ouvert et franchir la barrière du
monde conventionnel. Il faut avoir la faculté d’imaginer
au-delà de l’imagination. Les hommes sont tous convain-
cus que pour connaître il faut apprendre, alors que pour
connaître, il faut partager et laisser venir en soi la vérité
comme un rayon de lumière qui traverse les murs pour se
42
transformer en chaleur. Si les hommes s’aimaient tous, ils
connaîtraient la Langue.
⎯ Madame, pour parler la Langue, doit-on ouvrir la
bouche, sommes nous obligés de parler avec notre langue,
y a-t-il un autre moyen que ça ?
⎯ Bien sûr, ma chère Maïsa, vous allez découvrir en-
semble que la télépathie est un moyen de communication
que vous possédez tous. Vous êtes jeune et vous n’avez
pas encore eu l’occasion d’utiliser cette fonction impor-
tante, tout comme vous ne savez pas vraiment compter
alors que vous en êtes tous capables. Que chacun d’entre
vous me regarde et m’écoute :
Alors, Noèse ferme sa bouche et regarde tour à tour cha-
que enfant droit dans les yeux.
⎯ Qu’as-tu entendu Maïsa ?
⎯ Vous m’avez juste appelé par mon prénom.
⎯ Et vous tous les enfants ?
Alors, tous répondent qu’elle les a appelés par leur pré-
nom. Pourtant, Noèse n’a pas ouvert la bouche et tous ont
entendu.
⎯ Vous comprenez, les enfants. La télépathie permet
de s’exprimer en silence et de transmettre tous les mots
que l’on désire. Je vous apprendrai bientôt cette Hypers-
cience et je vous en donnerai les explications.
York, demande :
⎯ Pourquoi y a-t-il un laboratoire, que va-t-on y faire ?
⎯ Nous avons un laboratoire pour que vous puissiez
mettre en pratique les dons que vous possédez. Tu nous
feras une démonstration de tes pouvoirs lorsque nous y
serons.
Comme c’est le premier jour de classe, cette matinée est
consacrée à la présentation des matières enseignées plutôt
qu’aux cours plus classique. Les enfants sont émerveillés

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de connaître maintenant toutes les possibilités que pourra
leur offrir leur nouvelle école. Tous ont des dons encore à
l’état embryonnaire, mais ils sentent qu’ici, ils pourront
s’exprimer sans les limitations des adultes. A midi, ils se
dirigent vers la cantine où ils prennent un excellent dé-
jeuner, puis ils se retrouvent dans la cour ou sous le préau
afin de jouer, la classe reprenant plus tard. Enfin ils sont
conduits au laboratoire. Là, dans ce grand espace, ils se
trouvent devant une succession d’activités consacrées à
tous les talents : c’est la salle des miroirs.
Kime et Scott trouvent un jeu, comme une maquette de
maison toute faite de miroirs, avec différentes pièces, où
ils peuvent se déplacer d’un espace à l’autre sans aucun
système mécanique ; des poupées apparaissant à leur
guise, soit dans la chambre ou dans la cuisine. C’est très
drôle, car les personnages restent sous leur contrôle
comme si c’était eux. Les deux enfants s’amusent bien,
on a l’impression qu’ils ont toujours fait ça, comme s’ils
savaient se déplacer à travers les murs en claquant des
doigts ; mais se reflétant sur tous les miroirs, ils ne savent
plus où se trouvent vraiment leurs poupées ; rêve ou réali-
té ?
Lala et Axelle sont devant un jeu de miroirs où assises
face à face, leur apparaissent des images. Ces miroirs sont
comme des réflecteurs qui font apparaître leurs idées,
leurs rêves. Chacun a l’impression de lire dans les pen-
sées de l’autre. Cette expérience est fantastique.
Oda, passe dans un tunnel, lui aussi couvert de miroirs,
elle se voit sur les cotés mais arrivée au bout, face au plus
grand miroir, elle sursaute, voyant la sortie derrière elle
se refléter sans que son image apparaisse, comme si elle
était devenue invisible. Elle se retourne, voyant l’entrée
bien lumineuse, et la lumière la traversant comme si elle
n’existait pas. Trop surprise, elle se précipite vers l’entrée
44
et se retrouve contre Noèse qui la prend dans ses bras.
⎯ N’aie pas peur Oda, tu n’as rien à craindre, cette
grande boîte est un jeu de miroirs savants qui te donne le
reflet de ce que tu aimerais être. Tu n’es pas invisible,
c’est un jeu de miroirs. Mais tu as été attiré par ce qui est
le reflet de ton âme. Si tu veux, tu peux y retourner, tu
sais ce que tu peux y découvrir.
⎯ Mais, madame, ce que je vois de moi est vide, je ne
m’y vois pas.
⎯ Alors imagine ce que tu désires être.
⎯ Je voudrais être invisible.
⎯ Alors, n’ai pas peur de voir ici ton désir se refléter.
Le petit Abdel, fils de roi du pétrole, a trouvé lui aussi un
miroir, un unique miroir très haut et très large. Lorsqu’il
passe devant, regardant son image, il a l’impression
étrange de voir son reflet se déplacer moins vite que lui.
Regardant encore, il lève la main qui était dans sa poche
et voit son image rester fixe. Il se retourne, puis regarde
encore une fois le miroir et cette fois-ci, il se voit de dos.
Le temps du miroir n’est pas le même que celui où il est,
le miroir retarde.
⎯ Comment est-ce possible se demande-t-il ?
Noèse encore une fois, le voyant faire, lui demande :
⎯ Qu’as-tu trouvé devant ce miroir, Abdel ?
⎯ Le temps est ralenti devant ce miroir, est-ce moi qui
suis responsable ?
⎯ Ce miroir est placé sur un angle particulier qui te
donne l’illusion de te voir dans le passé, c’est par un jeu
de reflet avec l’autre placé sur le mur en face que cela est
possible. Changer le temps est un de tes rêves. Cet ins-
trument pourra t’aider à t’exercer à réaliser ce que tu es
venu chercher ici avec nous.
⎯ Tu veux dire qu’un jour, je pourrai me déplacer

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dans le temps ?
⎯ Un jour, ça arrivera, c’est pour toi une question de
patience.
Benjamin et Alice ont trouvé un miroir circulaire sur le
sol, en le regardant, ils voient se refléter une multitude
d’étoiles, le ciel y est en entier représenté. Passionnés par
ces merveilles, ils s’en approchent et mettent les pieds
dessus. Aussitôt, ils sont aspirés par les astres et ils sem-
blent tomber dans le ciel infini ; ils ont peur, mais en
même temps, ce ciel leur parle et comprennent le langage
des étoiles. Puis d’un coup, ils ouvrent les yeux et se re-
trouvent au centre du disque brillant qu’est le miroir, les
étoiles ont disparu, le charme s’est arrêté. Noèse les sort
de leur rêve pour leur expliquer que c’est aussi pour eux
l’image de leur désir.
Moacyr pendant ce temps s’amuse avec un morceau de
miroir cassé ; le reproduisant, d’un il en fait dix, puis
cent. Enfin lorsqu’il a fait une multitude de morceaux, il
les prend dans ses mains et les assemble pour en faire un
grand miroir. Heureux il veut le montrer à Noèse, mais
lorsqu’elle se rapproche, le beau miroir se brise. Dans les
mains de l’enfant ne reste qu’un bout de miroir comme au
début de l’expérience. Déçu, il a des larmes aux yeux,
mais aussitôt, Noèse le console et lui montre que le mor-
ceau en question est un verre au reflet multiple et que le
grand miroir n’a été qu’illusion. Elle lui dit :
⎯ Je sais que tu seras capable bientôt de faire encor
mieux qu’avec ce miroir, tu dois apprendre à construire
avec une matière plus noble que ce bout de verre.
L’enfant lui sourit, il sait qu’en lui il est capable de faire
autre chose que rassembler des morceaux de verre cassés.
Cybèle, devant un grand miroir, s’amuse à le faire chan-
ger de teinte ; il passe du ton argent au noir, puis jaunit
avant de virer au mauve. Elle trouve drôle de pouvoir in-
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fluencer la matière qui se plie à son désir. Comme elle
aimerait le faire sur certains hommes, se dit-elle. Noèse
l’a vue, elle se rapproche d’elle et lui fait remarquer
qu’un miroir comme celui-ci peut se changer suivant les
idées qui nous passent dans la tête. Elle lui fait remarquer
qu’influencer l’esprit d’un homme n’est pas bien, mais
que parfois pour des raisons graves, cela pouvait être en-
visagé. Il faut être d’une grande sagesse pour avoir à ré-
aliser de telles choses. Elle l’apprendrait certainement.
Shanley se sent forte entre ces quatre miroirs qui reflètent
son image sur tous les côtés et qui la multiplient à l’infini.
Ce n’est plus une Shanley, mais des centaines prêtent à se
battre et d’un geste, frapper l’ennemi qui la guette. Shan-
ley est invincible, elle le sait, les miroirs lui montrent.
⎯ Shanley, l’invincibilité n’est pas dans les gestes et
par le nombre, c’est le fait de ne jamais plier sa cons-
cience à la volonté des autres, c’est garder en soi la liberté
de son esprit. Pour vaincre tes ennemis, plie-toi comme le
roseau, mais ne romps pas. Là, tu seras invincible. Mais
continue à jouer, les images que tu vois, tu les domines et
tu restes toujours plus rapide qu’elles.
La petite fille lui sourit.
Céleste connaît depuis longtemps la salle des miroirs, il
l’a vue se construire. Il sait comment ses parents ont ins-
tallé les miroirs, mais, il est devant une série de miroirs
en cercle dans un trou dont on ne voit pas le fond. Cet
ensemble l’effraie, car aucune lumière ne sort de ces mi-
roirs. Cela lui donne la peur du vide.
⎯ Pourquoi as-tu peur, Céleste, le vide est le reflet de
la mort. As-tu peur de la mort ?
⎯ Non, mon corps ne craint pas la mort, mais j’ai peur
de ce qu’il y a après la vie.
⎯ Être immortel n’est pas suffisant, il faut aussi
connaître la vie pour ne pas craindre le néant.
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⎯ C’est quoi connaître la vie, Noèse ?
⎯ C’est avoir part à tous les domaines visibles et invi-
sibles du monde, être sur Terre, sous la Terre et au-dessus
de la Terre au même moment. Tu vis déjà sur le monde
du dessus, apprends à connaître les deux autres mondes et
tes craintes seront oubliées.
Céleste connaît bien Noèse, c’est sa tante. Ses parents
sont plus que participants au monde dont parle Noèse, il
sait tout cela, mais il n’est pas encore prêt à tout connaî-
tre.
Des miroirs qui guérissent, c’est ce que Abbas aimerait
découvrir, mais il s’est arrêté devant un miroir qui pour
lui ne reflète que son image ; il tourne autour, se penche
dans tous les sens, mais contrairement aux autres qui
semblent magiques, celui-ci est d’une banalité déconcer-
tante. Le pauvre garçon est triste, il sait trop bien ce qui le
passionne, il aimerait trouver dans cette école l’éco de
son désir ; soigner les hommes. Des larmes lui coulent
presque, il est triste. Noèse s’approche de lui :
⎯ Pourquoi es-tu triste, mon petit Abbas, as-tu des rai-
sons pour verser autant de larmes ?
⎯ Ce miroir ne me parle pas, il reste froid alors
qu’autour de moi les autres trouvent ce qu’ils cherchent.
⎯ Mais qui te dit que ce miroir reste froid à ton
contact, que cherches-tu à travers lui ?
⎯ Je cherche à guérir les hommes malades, et ce mi-
roir n’agit pas comme je l’entends.
⎯ Je ne suis pas certaine qu’il reste neutre à ton
contact, un miroir ne peut apporter la guérison, mais toi,
tu le peux si tu prends confiance en toi. Regarde-toi en-
core dedans et dis-moi ce que tu vois.
Abbas regarde encore une fois le miroir, puis ferme les
yeux. Avant de les ouvrir, il sent en lui un fluide monter

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dans tout son corps et ses mains et se mettre à chauffer et
rayonner. Il a le don de guérir, mais il est encore trop
jeune pour savoir ce qu’il peut en faire. Soudain un enfant
se met à pleurer. Tout le monde se retourne, c’est Sven
qui vient de se couper le bout du doigt avec un morceau
de verre. Aussitôt, Abbas se précipite vers lui et lui prend
la main blessée. Il frotte le doigt coupé et dit à Sven :
⎯ Tu es guéris, regarde.
Sven regarde sa main, suce les gouttes de sang collées
dessus. La coupure a disparu. Il regarde celui qui vient de
le soulager et il lui sourit. Abbas en fait de même. Noèse
se rapproche de lui :
⎯ Ce miroir t’a renvoyé l’image que tu attendais et fait
ressortir tes possibilités. Avais-tu déjà soigné comme ça ?
⎯ Non, j’ai toujours joué au docteur, mais c’est tout.
⎯ Alors, qu’en penses-tu ?
⎯ Je crois que le miroir m’a permis de voir ce que j’ai
en moi.
Sven dit :
⎯ Maîtresse, je me suis coupé car devant le miroir, je
voyais comme à travers et j’ai voulu ramasser le crayon
qui était par terre, mais ma main l’a cogné et je me suis
coupé. C’est étrange, devant lui, je voyais comme par
transparence.
⎯ Comme tous tes amis, ces miroirs sont l’écho de ce
que vous êtes. Tu découvriras que tu n’as pas besoin de
miroir pour être toi-même.
Au même moment, Noèse se retourne et surprend Chad à
faire vibrer avec sa voix les miroirs qu’il a devant lui.
C’est enfant qui chantait hier une si jolie chanson ; il
exerce son art devant des glaces qu’il fait résonner. Les
images qui s’y reflètent se déforment suivant les paroles
qu’il émet. Les images s’harmonisent au son de ses cor-

49
des vocales. La lumière trouve son accord dans le son,
alors que les vibrations des deux ont toujours semblé être
de nature différente ; l’Hyperscience semble les réunir
avec beaucoup de facilité.
Maïsa pousse un cri. Devant son miroir elle ne voit pas
son visage, mais des images qui semblent venir d’un pas-
sé très lointain. Elle y voit, ses ancêtres vivants il y a des
millénaires. Elle le sait car même leur langage est diffé-
rent. Mais ce qui lui fait dire que c’est une vision du pas-
sé est la pyramide d’El Tajin qui lui apparaît comme ré-
cente et animée comme si elle venait d’être construite.
Les hommes et les femmes qui sont autour sont habillés
de vêtements typiques. Noèse la rassure. Puis tout
s’efface, et cette fois c’est une civilisation plus moderne
qu’aujourd’hui qui s’affiche, les maisons qu’elle voit
semblent reposer sur un des pilotis centraux, c’est en
pleine mer qu’elles se trouvent.
⎯ Ne vas pas si loin dans tes pensées Maïsa, contente
toi de ce que tu dois voir dans ce miroir.
Disant cela, l’image de la petite fille apparaît dans le mi-
roir.
⎯ Mais j’ai vraiment vu toutes ces choses !
⎯ Tu as vu juste ce que tu es capable de voir ; ce mi-
roir a ouvert en toi un don formidable, que tu apprendras
à contrôler en grandissant. Tu es avec nous pour appren-
dre tout cela. Aujourd’hui, c’est un jeu.
Tandis que Noèse parle avec Maïsa, le jeune York en est
à concentrer son regard au centre du miroir qu’il a choisi.
Sa maîtresse le fait reculer d’un coup, car il n’a pas vu
que le verre est maintenant percé et coule sur le sol. À
trois mille deux cent degrés, une brûlure serait grave. Dé-
jà, le miroir est troué et une tête pourrait y passer. Par
terre, la pâte commence à refroidir.
⎯ Je croyais que ton pouvoir était concentré sur le mé-
50
tal ?
⎯ Mais je voyais dans le miroir l’image d’une arme
que je voulais faire fondre.
⎯ Cette arme n’était que le reflet d’une de tes pensées.
Mais derrière le reflet il y a le miroir et il a absorbé toute
ta force. Je crois que ton don est plus important que tu ne
l’imagines. Tu dois apprendre à te contrôler. Ne t’inquiète
pas pour ce miroir, j’en ai d’autres.
Noèse se retourne étonnée du bruit qu’elle entend. Timo-
feï avec deux miroirs a reproduit la base spatiale de Baï-
konour. Dans les miroirs apparaît une fusée crachant
toute sa force depuis ses propulseurs. Le son des fusées
en sort même. D’un coup, les deux miroirs se mettent à
voler dans la pièce, effrayant les enfants. Noèse intervient
et par son regard puissant arrête l’expérience en neutrali-
sant les miroirs devenus dangereux. D’un coup, ils restent
immobilisés net au-dessus du sol. Les enfants admirent
l’exploit de leur maîtresse et Noèse se retourne face à
Timofeï :
⎯ Ici, ce n’est pas une base spatiale, fait attention à tes
gestes, tu es capable de faire des choses merveilleuses
avec tes dons, mais ils peuvent devenir dangereux. Tu
dois apprendre à contrôler tes désirs.
Noèse est surprise par les éclats de rires, elle lève les
yeux, Jia, Lina, Anate et Didda sont tous les quatre de-
vant un miroir sur lequel leurs yeux sont concentrés, des
faisceaux verts s’en dégagent et leur maîtresse leur de-
mande :
⎯ Vous riez aux éclats, nous avons envie d’en profi-
ter ; qu’est-ce qui vous fait rire ?
⎯ C’est rien, c’est juste que sur ce miroir nous voyons
nos images et que nous nous amusions à échanger nos
fluides, ça nous fait du bien, ça nous réchauffe, et ça nous
chatouille. C’est comme si on pouvait donner aux autres
51
notre force et c’est bien, lui répond Didda.
⎯ C’est super, vous comprenez que c’est une des meil-
leures choses que nous pouvons faire. Mais il faut ap-
prendre à donner avec son cœur, c’est ce que vous êtes
venus apprendre avec nous.
Et Guelia qui les écoute, dit :
⎯ Regarde ce que je fais avec mon miroir.
Noèse se penche et voit que la petite fille a reproduit dans
le miroir l’image d’une étoile si brillante que les yeux ne
peuvent la fixer. Guelia rajoute :
⎯ Au début, je pensais à un cœur, puis il m’est venu
l’idée d’une petite étoile solitaire et triste. J’ai vu apparaî-
tre la petite étoile dans le miroir, puis je me suis mise à
l’aimer, si bien qu’elle s’est mise à grossir jusqu’à ce
qu’elle devienne aussi brillante.
⎯ C’est formidable, car je peux te dire que c’est grâce
à cette étoile que tu fais briller nous sommes tous ici au-
jourd’hui. J’ai vu la même étoile s’embraser de cette fa-
çon, c’est l’astre le plus brillant de l’univers, et aussi le
plus puissant. Nous allons tous apprendre à faire briller
une étoile comme celle-ci dans notre école.
⎯ Je t’entends parler maîtresse, mais aussi, je crois
qu’à part donner et faire briller les étoiles, il faut partager,
chez moi c’est une coutume profonde. J’ai pris en main
un de tes miroirs et j’ai eu envie de partager avec les au-
tres la lumière qu’il rayonne. Je ne sais pas faire des cho-
ses extraordinaires comme mes autres camardes mais
j’aime donner aux autres le désir de partager. C’est ma
joie, ma raison d’être. Regarde dans mon miroir.
Noèse se penche et voit la salle se refléter naturellement,
sans aucune magie ou effet spéciaux. Juste la lumière de
la pièce et le reflet de chacun. Elle comprend ce que Lilo
veut lui dire. Il exprime que l’image de chacun est bonne
et que la prendre de façon simple est un don plus fort que
52
de briller avec des exploits surnaturels. Mais d’un coup,
toute la salle se trouve violemment éclairée par les rayons
du Soleil, les enfants en ont mal aux yeux et Noèse voit
qu’un des miroirs reflète dans toutes les directions la lu-
mière. Elle s’en rapproche, c’est Izam qui manipule
l’engin. Il dit :
⎯ J’ai trouvé que la salle était un peu sombre, alors,
j’ai capté les rayons du Soleil pour les concentrer dans le
miroir. Regarde, je peux prendre la lumière du Soleil pour
nous ; c’est bien elle semble m’obéir.
En effet, toute la lumière passant par les fenêtres s’est
concentrée sur le miroir, comme attiré magnétiquement.
Izam semble avoir le don de capter les rayons de lumière
et les diriger où bon lui semble.
⎯ Ton pouvoir est très impressionnant, mais je crois
que nos yeux y sont trop sensibles ; peux-tu arrêter ton
expérience ? Tu dois apprendre à te dominer, mais c’est
très bien. Nous aurons l’occasion de refaire avec toi cela
et d’apprendre comment utiliser ton pouvoir.
Le garçon arrête de se concentrer sur son miroir et d’un
coup, la pièce devient presque obscure, il fait un large
sourire.
Hélas, Noèse trouve Cléonisse pleurant devant son mi-
roir. Sur son instrument, l’image d’une petite fille de six
ans, le visage en larmes, apparaît. Aucun phénomène pa-
ranormal, n’en ressort, seulement une enfant remplie de
tristesse.
⎯ Ne pleure pas Cléonisse, je sais pourquoi tu es
comme cela. Ne t’inquiète pas, je pense que tes parents ne
sont pas en danger, même s’ils sont très loin. Ta maman
reviendra, mais elle compte sur toi pour que tu l’aides par
ta bonne humeur et ton sourire. Comme tu l’aimes, ta
force la soutiendra dans sa tâche et elle reviendra le mo-
ment venu. Elle est partie pour nous aider, tu ne dois pas
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t’inquiéter.
⎯ Tu sais, elle nous a laissé un petit sifflet pour
l’appeler en cas de besoin, j’aimerais l’utiliser.
⎯ Tu fais comme tu veux, mais pense aux enfants qui
sont avec nous, ils ont tous laissé leurs parents, même à
l’autre bout du monde. Pourtant, ils ne pleurent pas.
⎯ Oui, peut-être, mais maman et papa sont partis bien
plus loin, tu ne peux pas me le cacher, je le sais comme tu
le sais, je le lis en toi comme tu peux lire en moi. Je n’ai
pas envie de jouer cet après-midi, tout ce que les autres
font, je sais le faire aussi, tu me connais, j’ai tout en moi,
comme maman ; je suis son image en plus petite. Tu me
dis qu’elle n’est pas en danger, mais je sais qu’elle n’est
pas bien et je peux l’aider, je veux la rejoindre.
⎯ Je ne pense pas qu’Aqualuce, souhaite ta présence
auprès d’elle, mais tu peux la soutenir parce que tu es
comme elle et qu’ici, tu la remplaces. Prends ton sifflet et
appelle là, demande lui si tu peux venir avec elle.
Cléonisse a les yeux qui brillent, dès qu’elle pourra, avec
son frère elle appellera sa maman, mais pour le moment,
elle reste avec tous les élèves, la leçon n’est pas terminée.
Mais le jeune Tom qui a entendu la conversation leur dit :
⎯ Regarde dans mon miroir, je vois ta maman. C’est
la dame qui est venue me voir chez moi, je la reconnais,
elle a un peu changé mais je la vois allongée dans un lit,
elle dort. Elle n’est pas en danger, mais elle a besoin de
toi pour se réveiller, fais quelque chose.
Anate qui les a entendus se rapproche et dis à Cléonisse :
⎯ Mon miroir me dit qu’il faut donner à ta maman
beaucoup d’amour. L’amour peut tout pour tous. Je le
sais, mon cœur me le dit au plus profond de moi.
Sur le miroir d’Anate, une image étrange se reflète ; il en
sort un soleil dont les rayons jaillissent en tournoyant de-

54
puis la glace, touchant les cœurs des ceux qui se trouvent
à côté. Noèse, Anate, Tom et Cléonisse sont frappés par
les faisceaux, une vibration étrange les inonde comme
pour les mettre en contact avec une autre dimension.
Cléonisse s’effondre sur le sol, comme inanimée ; son
frère, Céleste se précipite vers elle mais la petite fille se
relève et lui dit :
⎯ Vite, allons chercher le sifflet, il faut appeler ma-
man, elle a besoin de nous.

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APPARITION, DISPARITION

Les deux enfants quittent le laboratoire et


travers le grand jardin. Cléonisse sait où est cachée la clef
de la tirelire contenant le sifflet magique que leur maman
leur avait donné lors de son départ. Elle rejoint la maison
de ses parents à l’entrée du parc. Dans sa chambre, elle
pousse une latte de bois derrière l’armoire et en fait tom-
ber une petite clef dorée. Céleste attrape la tirelire en
forme d’avion et ils ouvrent le petit coffre à trésors. Un
petit sifflet blanc, sorte de tube au bout duquel une pierre
noire est scellée. Jusqu’à présent, jamais ils n’ont osé
l’utiliser. Mais là, sans savoir vraiment pourquoi ils doi-
vent essayer de le faire marcher ; il faut voir maman, c’est
important. Alors Cléonisse prend l’instrument, y pose ses
lèvres et souffle de toutes ses forces. Elle attend, rien ne
se passe. Elle recommence et souffle encore plus fort,
aussi longtemps qu’elle peut, jusqu’à s’en faire éclater les
tympans et les poumons. Essoufflée, elle arrête ; ce sifflet
serait-il un instrument ordinaire, leur mère le leur aurait-
elle donné uniquement pour les rassurer ? Céleste ne peut
croire que leur mère les ait trompés. Elle qui a tant de
pouvoirs, pourquoi aurait-elle fait une promesse qu’elle
ne pourrait tenir ? Alors, il pense qu’elle est certainement
en danger, voire peut-être morte. Cléonisse ne peut accep-
ter les pensées de son frère, elle refuse d’imaginer qu’ils
puissent être orphelins.
⎯ Ne dis pas n’importe quoi, Céleste, maman est vi-
vante, tout à l’heure je l’ai vu dormir à travers le miroir
de Tom.
⎯ Ce n’est que l’image d’une pensée, et as-tu remar-
qué, elle était différente, ce n’était pas maman, elle avait
les cheveux courts et elle n’était pas dans une maison
56
normale ; ça ne peut pas être elle.
⎯ Justement, je l’ai reconnue, je suis certaine qu’elle
ne nous a pas entendu parce qu’elle dormait. Je recom-
mencerai un peu plus tard.
⎯ Si tu veux ; moi je rejoins les autres.
⎯ C’est ça, laisse-moi tomber, ne pense plus à maman,
va jouer avec les autres. Moi, je reste ici jusqu’à ce que
maman revienne.
Céleste quitte sa sœur pour retrouver le groupe d’enfants
qui sort du laboratoire. C’est la fin de l’après-midi,
l’école est finie et tous se retrouvent à la cantine pour
prendre un goûter. Cléonisse reste dans sa chambre, sa
maison est aussi celle de Noèse qui après avoir laissé les
enfants avec les éducateurs, rentre chez elle. Noèse sait
que sa nièce est dans sa chambre et elle sait pourquoi elle
ne veut pas rejoindre les autres. Alors, elle frappe à la
porte de la petite fille.
⎯ Je peux venir te voir Cléonisse ?
⎯ Non, je veux voir maman ; je ne bougerais pas avant
qu’elle soit revenue.
⎯ Mais ta mère est peut-être très très loin. Elle ne peut
pas venir comme ça, sur un simple désir. Tu dois com-
prendre que là où elle est, elle ne peut t’entendre.
⎯ Mais toi aussi tu t’y mets, tu penses qu’elle m’a
donné ce sifflet pour faire de la musique.
⎯ Je ne veux pas dire ça, mais elle est peut-être dans
un endroit où elle ne peut pas t’entendre. Viens goûter et
recommence plus tard à l’appeler. Mais ne tarde pas car
les policiers américains vont bientôt venir pour te ques-
tionner avec Céleste.
⎯ Alors si tu me crois, je mange et après j’appelle
maman.
⎯ Si tu veux !

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Ayant avalé quelques tartines à la pâte de chocolat et un
verre de jus d’orange, Cléonisse remonte dans sa cham-
bre. Elle reprend le sifflet et souffle encore dedans. Il n’y
a toujours pas de réponse. Elle verse quelques larmes,
regarde l’instrument et s’apprête à le jeter loin d’elle,
mais très chagrinée elle essaie une dernière fois. Aussi,
elle souffle avec grande légèreté, et l’instrument se met à
vibrer de façon curieuse, la perle noire au bout se met à
luire et change de couleur, passant du noir au blanc pour
ensuite prendre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Cléo-
nisse comprend que ce sifflet attend qu’on le manipule
avec soin, et que la douceur est plus efficace que la force.
Elle reconnaît là sa maman et l’attention qu’elle a dû ap-
porter à fabriquer cet instrument. Elle s’arrête un instant
et d’un léger souffle, elle fait vibrer légèrement le sifflet.
Et d’un coup les murs se mettent à trembler. Un souffle
terrible tourne autour d’elle, elle ne sait plus où elle est,
mais soudain, Aqualuce et Cléonisse se retrouve face à
face. Aqualuce est dans la chambre de sa fille, elle la re-
connaît c’est elle qui avait posé les papiers peints sur les
murs. Voyant sa mère, n’en croit pas ses yeux. Elle a ré-
ussi à ramener sa mère dans sa chambre.
⎯ Maman, c’est toi ! je savais que tu ne m’avais pas
menti lorsque tu nous as dit que ce sifflet était magique.
J’étais inquiète tout à l’heure, je pensais que tu étais en
danger, c’est pour ça qu’avec Céleste nous avons décidé
de t’appeler. Mais tu es changée, que t’arrive-t’il ?
⎯ Oh ! Cléonisse, je suis heureuse que tu m’aies ap-
pelée, là où je suis, j’étais endormie depuis très long-
temps. Tu as commencé l’école depuis longtemps, cela
se passe bien avec les autres enfants, où est ton frère ?
⎯ Mais maman, la rentrée c’était hier, ça fait à peine
dix jours que tu es partie, mais avec Céleste nous nous
inquiétions, et je ne sais pas pourquoi, cet après-midi,
58
j’ai eu peur pour toi et j’ai senti qu’il faillait te ramener
ici. Céleste est retourné avec les autres enfants, nous
t’avions sifflée une fois mais tu n’as pas répondu.
Aqualuce comprend qu’elle avait entendu une première
fois le sifflet l’appeler lorsqu’elle dormait profondément,
et pourquoi la deuxième fois elle a compris d’où venait
cet appel. Grâce à sa fille elle a pu se réveiller de sa
grande léthargie. Elle doit lui en rendre grâce. Mais elle
est étonné que seuls dix jours se soient écoulés depuis
son départ. A-t-elle rêvé ? Est-elle vraiment partie avec
Jacques dans l’espace ?
⎯ Tu dis que je ne suis partie que depuis quelques
jours, mais quel jour sommes-nous ?
⎯ Mais maman, je crois que nous sommes le 3 sep-
tembre.
Pas de doutes pour Aqualuce, il s’est passé quelque chose
de curieux, là où elle était, plus de soixante jours s’étaient
passés.
⎯ Suis-je vraiment partie ?
⎯ Mais oui maman, tu ne rêve pas, il paraît même que
tu as volé un engin spatial aux américains.
Pas de doutes, elle se rappelle, c’était à Houston, elle était
avec jacques, son mari.
⎯ Mais, papa, où est-il maman, il n’est pas avec toi,
est-ce que tu dois repartir ?
⎯ Je suis venue parce que tu m’as appelé, mais je ne
peux rester avec toi bien longtemps, papa est très très
loin, il a besoin de moi, mais je suis contente d’être venue
te voir, car toi et ton frère me rappelez que je vous ai et
que je ne dois pas vous oublier. Votre appel avec le sifflet
m’a guéri d’une maladie étrange. Aujourd’hui, c’est moi
qui ai eu besoin de toi, mais les autres fois où tu
m’appelleras, je serai avec vous pour vous aider si vous

59
avez besoin de moi. Comme tu es rentré hier à l’école,
est-ce que ça s’est bien passé, raconte-moi un peu ?
⎯ Oh ! maman, les enfants qui sont arrivés sont tous
supers, on se parle tous avec la Langue, comme nous l’a
expliqué Noèse. Je crois qu’on sera tous amis, et déjà,
aujourd’hui Noèse nous a montré ce que nous avons en
nous d’extraordinaire. Je suis certaine que nous allons
bien nous amuser et travailler. Mais il ne faut pas que tu
restes car il y a les policiers, ce sont des agents améri-
cains qui sont arrivés ce matin. Ils vont revenir bientôt
pour nous interroger, ils cherchent à savoir si c’est toi et
papa qui avez pris leur fusée. Maman, j’ai peur d’eux.
Que dois-je leur dire ?
⎯ Dis leur ce que tu sais, soi sincère, ils ne sont pas
venus pour te mettre en prison, c’est moi et papa qu’ils
recherchent. Lorsqu’ils arriveront, j’aurai disparu et tu
auras oublié notre conversation. Si Noèse est dans la mai-
son, va la chercher, j’ai besoin d’elle.
⎯ Je crois qu’elle est là, j’y vais.
Cléonisse s’absente un petit instant et réapparaît suivie de
Noèse, fort surprise de trouver sa sœur devant elle.
⎯ Tu ne devrais pas me voir normalement, mais lors-
que je vais partir, souffle l’oubli sur Cléonisse, qu’elle ne
se souvienne plus de mon passage.
⎯ Ne t’en fais pas Aqualuce, je sais pourquoi tu me le
demandes et je sais tout de ton voyage, nos pensées se
rejoignent. Cléonisse est rassurée, tu peux partir, les poli-
ciers sont déjà dans la cour, il ne faut pas qu’ils te trou-
vent ici. Rejoints la planète d’où tu viens, rejoints tes
amis. Notre histoire n’est pas la tienne encore et toi tu ne
dois pas être ici. L’espace-temps a été bousculée, après ta
venue il va y avoir des changements dans la zone du tem-
porel. Prends soin de toi et occupe-toi de Jacques, les en-
fants sont pour le moment en sécurité avec moi.
60
Aqualuce prend son enfant dans ses bras et l’embrasse
tendrement. Sa fille lui fait un sourire. À ce moment,
Noèse pose une main sur la tête de Cléonisse et le temps
d’un éclair, Cléonisse se retrouve seule dans sa chambre.
Elle voit qu’elle a dans sa main le sifflet magique que sa
mère lui avait confié. Elle trouve que ce n’est peut-être
pas le moment pour l’utiliser et soigneusement, elle le
replace dans la tirelire de son frère. Noèse ouvre sa porte
et lui dit :
⎯ Peux-tu descendre dans le salon, les deux agents de
la police américaine veulent te poser quelques petites
questions au sujet de maman et papa.
Lorsque Cléonisse descend, elle trouve les deux grands
hommes qu’elle avait paralysés et mis à terre avec Axelle
et Shanley. Heureusement, ils ne se souviennent de rien,
Noèse a pu leur faire oublier cet incident, justement, elle
les a rejoints. Les policiers sont impressionnants, ils ne
paraissent pas armés, mais ils sont tous deux de grande
taille. L’un a les cheveux bruns coupés à la brosse.
L’autre les a blonds et plus longs, ils lui recouvrent les
oreilles et il a des lunettes. Justement, celui-ci se présente
en parlant français sans trop d’accent :
⎯ Bonjour, je suis l’inspecteur Christopher Leass et
mon collègue, l’inspecteur Harry Black. N’aie pas peur
de nous, nos intentions ne sont pas contre toi ou ta fa-
mille. Nous menons une enquête pour comprendre cer-
tains événements étranges qui se sont passés dans notre
pays. Il semblerait que tes parents soient au courant et je
pense qu’ils pourraient nous aider à comprendre. Nous
sommes venus les voir, mais il semblerait qu’ils aient
disparu. Nous aimerions savoir où les trouver.
La petite fille n’aime pas les policiers, elle en a peur. Elle
craint qu’ils emmènent sa maman et son papa s’ils les
trouvent. Elle-même ne sait pas où ils sont partis, mais
61
elle veut les protéger. Noèse sent les craintes de sa nièce
et veut intervenir à sa place :
⎯ Cette enfant est très jeune, elle n’a que six ans. Si
vous souhaitez savoir où sont ses parents, c’est à moi
qu’il faut le demander. Luce Brillant est ma sœur, nous
vivons ensemble ici.
Les policiers hochent la tête.
⎯ Ma sœur est partie avec son mari il y a dix jours. Ils
avaient une affaire importante à régler. Je ne sais pas
combien de temps cela prendra et nous avons convenu
que je m’occuperais de ses deux enfants pendant toute
leur absence.
⎯ Savez-vous où ils sont partis ?
⎯ Je suppose que vous le savez aussi, sinon vous ne
seriez pas ici. Ils sont allés à Huston.
⎯ Vous savez dans quel but ?
⎯ Absolument pas, même si nous partageons le même
toit, ils ont leur vie.
⎯ Pour tout vous dire, monsieur et madame Brillant
ont été vus au centre spatial de Houston, des vidéos les
montrent montant dans une des navettes réelle servant à
l’entraînement des astronautes. Juste après qu’ils aient
pénétré à l’intérieur, l’engin a disparu. Lorsqu’on sait
qu’un tel appareil pèse près de cent tonnes, vous com-
prendrez que cela est totalement inhabituel. Nous ne pou-
vons pas faire une enquête officielle et traditionnelle, il y
a trop de mystère dans tout cela, nous sommes dans les
domaines du surnaturel. Nous n’avons pas averti les auto-
rités françaises, cela ne les concerne pas. Je suis avec
mon collège spécialiste des "Affaires Etranges" ; chez
nous, c’est le département SF, The Strangs Facts. Nous ne
sommes pas habilitsé à arrêter les suspects, nous ne som-
mes pas armés. Notre rôle est de comprendre les événe-

62
ments mystérieux qui peuvent se passer sur notre terri-
toire. Au-delà de notre rôle, il y a derrière nous des agents
et des juges pour appliquer la loi. J’aimerais que vous
puissiez m’aider à comprendre ce qui s’est passé. Si vous
savez quelque chose, c’est votre devoir, pour le bien de
votre sœur et son mari. Peut-être courent-ils un danger. Si
vous savez où nous pouvons les trouver, il faut nous le
dire.
Noèse comprend bien ce qu’il veut dire, elle lit en lui des
pensées honnêtes. Cet homme présente pour elle un inté-
rêt étrange. Mais elle ne peut lui dire la vérité. Cléonisse
qui les a écoutés, les regarde et dit alors :
⎯ Même si je vous disais où sont papa et maman, vous
ne pourriez pas les attraper. Ils ont déjà beaucoup voyagé
dans l’espace. Votre fusée est pour eux un jouet. Ma ma-
man est très forte, autrefois elle était commandant, elle
allait partout dans le ciel et les étoiles. Elle est certaine-
ment très loin dans le ciel, et puis elle n’a pas peur de la
police.
⎯ Ne l’écoutez pas, elle est jeune, elle a beaucoup
d’imagination, son père lui raconte beaucoup d’histoires
le soir avant de la coucher, il en écrit même. C’est un pas-
sionné de l’espace. Ma sœur aime beaucoup l’astronomie,
je crois qu’elle avait l’idée de visiter la NASA à Houston,
c’est pour cela qu’elle est partie avec son mari. Je ne
pourrais vous en dire plus à son sujet.
⎯ Peut-être n’avez-vous rien de plus à nous dire à son
sujet, mais expliquez-moi pourquoi vous avez bâti cette
école, quel est votre but, qui sont ces enfants ?
⎯ Écoutez, messieurs, êtes-vous venus ici parce
qu’une de vos navettes a disparu, ou alors, menez-vous
une enquête sur l’école que je dirige juste depuis trois
jours. Ici, nous n’avons rien à cacher, vous n’y trouverez
pas ma sœur et mon beau-frère, car ils ont pris l’avion il y
63
a dix jours. Depuis, je ne les ai pas revus et ils ne m’ont
pas téléphoné ni adressé un Email. Je ne sais pas où ils
sont.
⎯ Madame, l’affaire est beaucoup trop grave pour
mon gouvernement pour que nous en restions là. Je com-
prends vos arguments mais nous avons aussi les nôtres. Je
vais mener une enquête sur votre sœur ici, ensuite, nous
nous reverrons. Ma petite, as-tu quelque chose à nous dire
encore sur ta mère et ton père ?
Cléonisse est un peu rouge, elle sait qu’elle en a déjà trop
dit. Elle détourne d’eux son regard mais au même instant,
l’agent pose une main sur elle et se brûle vivement à son
contact, comme s’il avait touché un fer à repasser. Sur sa
main apparaît aussitôt une brûlure vive et l’homme, saisi,
fait une grimace. L’enfant est déjà parti en courant pour
rejoindre les autres. Noèse se précipite avec une serviette
mouillée pour lui apaiser la brûlure. Il lui répond :
⎯ Laissez, je vais me soigner à l’hôtel. Voyez-vous,
c’est pour ce genre de chose que nous allons nous revoir.
Les deux hommes s’éloignent et regagnent leur voiture.
C’est alors que Steve, le mari de Noèse, la rejoint.
⎯ Que s’est-il passé, j’ai vu repartir ces deux hommes,
ils n’avaient pas l’air satisfaits.
⎯ Ce sont des agents américains du FBI, ils mènent
une enquête sur Jacques et Aqualuce. Ils pensent qu’ils
ont volé une navette à Houston. Ils voudraient en savoir
plus à leur sujet. Ils ont interrogé Cléonisse. Ils font partie
d’un service spécial, le SF, et enquêtent sur les affaires
étranges.
⎯ Je ne connais pas ce service, je n’en ai jamais en-
tendu parler.
⎯ Ils reviendront nous voir, Cléonisse s’est fait remar-
quer, l’un d’eux s’est brûlé en la touchant. Je sais qu’il a

64
un doute sur moi et Cléonisse, il pense que nous lui ca-
chons quelque chose. De plus il s’intéresse à notre école,
alors qu’elle vient d’ouvrir depuis hier. Ils vont revenir,
avec plus de questions. Nous devons nous y préparer. De
toute façon, je ne sais pas où se trouve Aqualuce, elle est
dans un autre espace, à des milliers d’années lumières.
Curieusement, j’ai trouvé dans ces hommes une profon-
deur peu commune, il a quelque chose qui me plaît.
⎯ Quoi qu’il en soit, Noèse, il ne faut pas que les en-
fants soient mêlés à cette histoire.
⎯ Je crois, Steve, que c’est trop tard. La nouvelle a dé-
jà fait le tour chez les enfants, notre rôle est maintenant
de les occuper à d’autres choses. Nous devons avertir
Clara et Martin pour qu’à nous quatre nous soyons vigi-
lants.

65
LES CLANS

Cléonisse a couru vers ses amis après


avoir quitté les policiers. Elle est effrayée à l’idée que sa
maman et son papa soient recherchés par la police. Aussi-
tôt arrivée dans le grand préau, elle demande à Céleste et
Axelle de la suivre. Didda les a vus et se joint à eux.
⎯ Venez avec moi, allons dans le bois, il faut que je
vous parle, c’est très sérieux.
Ils traversent la serre qui se trouve derrière le préau puis,
ils traversent la pelouse pour rejoindre la forêt plantée de
sapins. C’est la montagne derrière, sur des kilomètres les
bois grimpent presque au sommet pour finir par des patu-
rages où broutent les moutons. À l’entrée du bois, les
trois enfants de la maison se sont construit avec quelques
branchages une petite cabane qui ne pourrait résister au
premier coup de vent, mais elle leur suffit. Tous assis
sous les branches, Cléonisse les regarde dans les yeux de
son air le plus sérieux.
⎯ La police recherche papa et maman. Ils les accusent
d’avoir volé une navette spatiale, ils les recherchent. Ils
vont revenir avec d’autres agents et ils vont tous nous
mettre en prison jusqu’à ce qu’ils les trouvent. Il faut
avertir tout le monde, nous devons nous unir pour les
chasser et les empêcher de nous prendre.
⎯ Que nous conseilles-tu Cléonisse ?
⎯ Céleste, nous devons agir dans la finesse, je crois au
fond de moi que pour chasser ces policiers, nous devons
nous armer de courage et d’amour, mon cœur me dit que
nous les vaincrons avec notre sagesse.
⎯ Je ne suis pas d’accord avec toi, Cléonisse, c’est par
la force de notre esprit que nous pourrons les faire rentrer
chez eux, tu as vu cet après-midi ce que nous avons tous
66
été capables de faire. Notre force est grande comparée à
la leur.
⎯ Je suis d’accord avec Didda, je la suis dans cette
idée.
⎯ Mais Céleste, tu dois savoir que même si maman est
capable de grandes actions, avant tout elle laisse toujours
parler son cœur.
⎯ Fais comme tu veux, je vais avec Didda chercher
ceux qui comme nous sont prêts à agir par la force de nos
pouvoirs.
⎯ Moi, je suis Cléonisse, je pense comme elle, je res-
sens les pensées des uns et des autres et je ne crois pas
que les démonstrations de force soient d’une grande utili-
té. Il faut être plus malin qu’eux.
⎯ Tu vois, Axelle est de mon avis. Nous allons toutes
les deux trouver ceux qui veulent se joindre à nous.
⎯ Allez-y, je suis certain que vous ne trouverez per-
sonne et vous serez bien obligés de nous suivre. Allez,
viens Didda, allons former notre équipe.
Les quatre enfants se séparent. Didda et Céleste rejoi-
gnent le préau tandis que Cléonisse et Axelle restent dans
le jardin à proximité du bâtiment. C’est là qu’elles ren-
contrent Jia, la petite chinoise. L’enfant contemple les
fleurs du jardin, elle est en admiration devant un chardon
bleu des Alpes, fleur verte formant un bouquet entouré
d’une corolle de feuilles blanches. Bien que ce soit un
chardon, il ne semble pas agressif. Dans son pays, elle ne
connaît pas ce type de fleur, d’autant plus qu’elle n’habite
pas la montagne.
⎯ Tu aimes les fleurs, Jia ?
⎯ Je les adore, j’aime la nature et toutes les choses
simples de la vie. Tu sais, nous avons fait des expériences
cet après-midi, mais moi, en fait, je pense qu’avec notre

67
cœur et notre seule raison, nous pouvons faire de choses
merveilleuses.
⎯ Tu as raison, Jia. Veux-tu te joindre à nous?
⎯ D’accord, je ne connais personne encore et je crois
que tu as toujours habité ici. Tu pourras me faire connaî-
tre l’école et ta région.
Plus loin, ils rencontrent Lina. Dans le jardin l’enfant est
en train de confectionner une couronne de fleurs de trèfle.
⎯ Qu’est-ce que tu fais ?
⎯ Je trouve ces fleurs très jolies, alors j’ai eu l’idée d’en
faire cette couronne. Approche toi, dit-elle à Cléonisse.
Elle couvre sa tête de son magnifique ouvrage de fleurs
qui accompagne joliment ses longs cheveux blonds.
⎯ Ça te va super bien lui dit Axelle.
⎯ Je peux vous en faire pour vous toutes, voulez-vous
que je vous apprenne ?
Toutes ravies, elles acceptent et elles commencent à
cueillir toutes les fleurs de trèfle qu’elles peuvent trouver.
C’est la fin de l’après-midi et avant le repas du soir elles
ont encore du temps libre. Tous les enfants jouent sous le
préau ou dans le jardin, sous la surveillance de leurs édu-
cateurs, Clara, Martin et Steve. Avant le repas, le petit
groupe de fille s’est adjoint de trois autres, Guelia, Maïsa
et Oda. Au moment où sonne le repas, c’est un groupe de
sept filles à la tête couronnée de fleurs qui pénètre dans le
réfectoire. Elles se font remarquer par Noèse qui leur dit :
⎯ Vous avez de jolies couronnes sur vos têtes, qu’est-
ce cela signifie ?
⎯ C’est le signe de notre clan, nous sommes les en-
fants de la couronne, cela signifie que nous sommes insé-
parables et que notre groupe défendra toujours la nature
et les choses simples. Nous laissons parler notre cœur, lui
répond Axelle.

68
Noèse connaît sa fille, elle sait qu’elle a en elle ses pro-
pres pouvoirs et elle connaît sa sagesse malgré son jeune
âge.
⎯ Allez-vous installer à table avec les autres, ne restez
pas toujours ensemble, il faut vivre avec tous, ici. Notre
communauté forme un tout.
Ce que Noèse ne sait pas encore, c’est que Céleste, de son
côté, a commencé à rassembler des enfants pour créer
aussi son clan. Après avoir quitté sa sœur, avec Didda, ils
n’ont eu aucun mal à réunir Abdel, Abbas et Timofeï,
Moacyr et Bako. Quoi que dise Noèse, deux clans se des-
sinent déjà au lendemain de la rentrée et ces deux petits
groupes se rassemblent autour du repas. Des regards
s’échangent entre les deux groupes, mais ils ne se font
pas remarquer.
Après le repas, Noèse a prévu une sortie dans la forêt
pour faire découvrir à tous les enfants le parc derrière
l’école. Tous préparés, ils partent, accompagnés de Steve,
Clara et Martin. Le groupe monte l’allée derrière le labo-
ratoire et rejoint la forêt. L’ombre de la montagne a déjà
caché le soleil, mais début septembre, la lumière est en-
core présente, ce qui leur laisse du temps pour cette pro-
menade.
Céleste a rassemblé ses nouveaux amis et il a l’intention
de leur montrer ses cachettes secrètes. Tout se passe bien
pour le groupe jusqu’à ce qu’on ne puisse plus voir les
bâtiments de l’école. C’est ce moment que choisit Céleste
resté en arrière pour faire signe à ses amis de sauter dans
le petit fossé sur le côté. Ils disparaissent d’un coup sans
qu’aucun adulte n’ait eu le temps de les voir faire. Lors-
que Noèse se retourne pour contrôler que tout se passe
bien, sept enfants ont disparu. Surprise, elle arrête tous les
enfants et demande à Steve de bien vouloir les recompter.
Pas de doutes, ils ne sont plus tous là et Céleste a aussi
69
disparu, ce qui laisse croire qu’il soit pour quelque chose
dans cette disparition.
Céleste est heureux, il aime courir dans les bois et dès
qu’ils se sont cachés dans le fossé, il a entraîné tous ses
nouveaux amis. Ils ont couru aussi vite qu’ils ont pu et il
les a dirigés dans une cavité sous des blocs de pierres
immenses. C’est un peu obscur ici, mais c’est tellement
plus sympathique lorsque l’on court après l’aventure.
C’est alors que Moacyr, attrapant un morceau de bois,
l’allume d’un simple regard et le transforme en une tor-
che flamboyante.
⎯ On voit plus clair comme ça !
Tous le regardent en ouvrant des yeux éblouis.
⎯ Mais comment as-tu fait cela ? lui demande Abbas.
⎯ J’avais besoin de nous éclairer, alors j’ai pris ce que
j’ai trouvé sous la main.
Le bout de bois qu’il a trouvé au sol s’est transformé dans
ses mains en une torche de magnésium. La lumière
qu’elle dégage est plus forte qu’un phare de camion. Les
amis sont émerveillés à la vue du pouvoir spontané de
leur ami. Mais c’est sans compter sur la vigilance de
Noèse qui de loin voit le faisceau anormal qui se dégage
du fond du bois. Sans hésiter, elle se dirige vers la source
de cette lumière et instantanément, elle se tient devant les
enfants. Elle attrape la torche des mains de l’enfant et
l’éteint d’un coup en la plantant dans la terre humide.
⎯ Mais qu’est-ce qui vous prend, les enfants ? Vous
avez envie de vous retrouver à l’hôpital. Moacyr, ta tor-
che au magnésium ne s’arrêtera que lorsque le métal sera
totalement consumé. C’est toi, Céleste, qui a eu cette
idée, je le sais. Ce n’est pas parce que tu connais la pro-
priété que tu peux te permettre ce genre de fantaisie.
Vous nous avez fait peur, nous rentrons.
Les enfants sont surpris d’avoir vu arriver aussi instanta-
70
nément la directrice. Par quelle magie a-t-elle pu faire
cela ? Noèse sait que ces enfants sont vraiment particu-
liers, ils ont tous des pouvoirs qui, mal employés, pour-
raient devenir dangereux. Pour éduquer des enfants
comme eux, il faut être comme eux. Noèse est un enfant
des étoiles, elle n’est pas née sur Terre, ses pouvoirs sont
équivalents à ceux de tous les enfants réunis et plus en-
core. Moacyr lui demande :
⎯ Tu fais comment pour te déplacer aussi vite ?
⎯ Tu fais comment pour transformer un bout de bois
en magnésium ?
⎯ Ça me vient naturellement, il me suffit d’y penser.
⎯ Moi aussi, il me suffit d’y penser, tu vois, je suis
comme toi, c’est pour cela que je suis ta maîtresse.
Les enfants un peu confus d’avoir voulu être plus fort que
tous, suivent Noèse qui les ramène vers leurs chambres.
La nuit commence à tomber. Tous les enfants se cou-
chent, mais ce qu’ils ont vécu aujourd’hui est sans aucun
doute la journée la plus fantastique de leur vie par tout ce
qu’ils ont pu voir et faire. Pourtant, ils n’en sont qu’au
tout début de leur année scolaire. À fond de son lit Cé-
leste pense à sa maman. Il sait qu’elle n’aurait pas été
contente de le voir faire le malin, mieux que les autres.
Mais que fait-elle en ce moment, où est-elle ? C’est sur
cette pensée qu’il s’endort.

71
VENDREDI

Le réveil est à 8 heures, la classe com-


mence à 9 heures 30, les enfants se lèvent pour se prépa-
rer. Vingt-huit élèves de six ans à préparer et faire déjeu-
ner en une heure et demie est une prouesse pour quatre
éducateurs. C’est grâce à une organisation mise au point
par Aqualuce, la maman de Céleste et Cléonisse que cela
est possible. Son secret, elle le tient d’un lieu bien parti-
culier. Elle a vécu dans l’espace, vu bon nombre de peu-
ples, mais c’est chez Mac Donald qu’elle a trouvé com-
ment arriver à un bon résultat : la compétition, la récom-
pense au meilleur. Elle a décidé de récompenser chaque
semaine l’enfant qui se sera préparé le plus rapidement.
Cela les stimule à l’effort, tout comme dans les restau-
rants de cette fameuse chaîne de fast-food. Aujourd’hui,
au troisième jour d’école, les résultats semblent tenir leur
promesse. À 9 heures, ils sont tous au réfectoire et pren-
nent leur petit déjeuner. C’est alors qu’un homme frappe
à la fenêtre de la salle. Noèse et Cléonisse l’ont reconnu,
c’est un des hommes en noir, un des policiers du FBI.
Cette fois, tous les enfants ont vu ces deux hommes et le
mot "Police" fait vite le tour des tables. Noèse se lève et
leur fait face :
⎯ Pourquoi pénétrez-vous jusque dans l’école, vous
allez effrayer les enfants. Vous avez un mandat ?
⎯ Mais, Madame, rassurez-vous, nous ne venons pas
pour un interrogatoire ou une enquête aujourd’hui, mais
juste vous demander si vous seriez d’accord pour nous
autoriser à participer au cours avec les enfants. Nous
avons trouvé une brochure sur votre école et cela intéres-
serait mon collègue et moi de voir comment vous ensei-
gnez aux jeunes enfants. Chez nous, aux USA, les enfants
72
de leur âge semblent avoir des difficultés en même temps
que de grandes possibilités. J’ai vu une différence évi-
dente depuis le 11 septembre 2001, ça paraît fou, mais
c’est vrai. Je suis bien placé pour le savoir. Du reste,
l’enquête sur cette cruelle journée aurait dû nous être
confiée, elle demeure plus une affaire étrange plutôt
qu’un attentat, j’en suis persuadé.
Noèse est étourdie de cette révélation, elle connaît trop
bien les véritables raisons des événements de ce jour
étrange. Mais elle sait aussi que parfois, les policiers ont
des ruses pour arriver aux résultats qu’ils souhaitent.
⎯ Si vous voulez assister au cours de la matinée, je
vais vous installer au fond de la classe. Mais, je vous de-
mande de n’intervenir en aucun cas pendant l’heure de
classe. L’après-midi est libre et je vous prie de ne pas res-
ter au-delà du repas. Êtes-vous d’accord ?
⎯ C’est entendu, Madame, c’est pour nous une grande
joie de déjà pouvoir assister au cours du matin.
⎯ Une chose encore, messieurs. J’aimerais que vous
quittiez vous costumes noirs, ils font un peu désordre ici
et ils font peur aux enfants.
⎯ Pour ce matin, c’est un peu juste pour nous changer,
mais les autres jours, pas de problèmes.
⎯ Les autres jours ?
Noèse aurait souhaité ne pas les entendre prononcer ces
paroles. Cela veut dire qu’ils vont s’installer. Le matin est
consacré à l’apprentissage classique. Cela devrait poser
un peu moins de problèmes. Tous s’installent dans la
classe. Les policiers s’assoient au fond. Le but du cours
préparatoire étant d’amener les enfants à la lecture, Noèse
distribue aux enfants des livres de lecture. Aucun norma-
lement ne sait lire, mais c’est sans importance. Bien sûr
certains ont déjà approché l’alphabet à la maternelle. Elle
doit les familiariser avec les mots et les lettres.
73
⎯ Ouvrez tous vos livres à la première page, je vais
vous lire la première histoire que vous y trouvez.
Les enfants ouvrent le livre coloré et admirent ce qu’il y a
à l’intérieur.
⎯ Tout le monde voit le lapin blanc sur la page ?
Tous répondent positivement.
⎯ Bien, les enfants, sur l’autre page il y a les écritures,
essayez de les suivre comme des notes de musique. Je
vais lire l’histoire ensuite nous en regarderons l’alphabet
que je vais écrire au tableau afin d’en reconnaître les let-
tres dans le livre.
« Le petit lapin blanc se promène dans le champ. Il cher-
che des carottes pour les ramener dans son terrier. Il a
promis à ses enfants de leur faire un bon repas. Ce soir,
ils mangeront des carottes à la crème fraîche. Le champ
du maraîcher est grand et il ne trouve pas les carottes. Il
voit bien des pommes de terre, des radis, des choux et de
la salade, mais pas la moindre carotte. Où peuvent-elles
bien être ? Il aperçoit alors un enclos gardé par un mau-
vais chien. Dedans il y a toutes les carottes qu’il souhaite,
mais comment les attraper ? S’il saute dedans le chien le
croquera. Petit lapin blanc réfléchit un instant et d’un
coup, il a une idée : le chien a peur des hommes, je vais
me déguiser en homme avec l’épouvantail qu’il y a dans
le champ, comme ça il me prendra pour un de ses maîtres.
Le lapin se glisse dans l’allée des petits pois et attrape les
vêtements de l’homme de paille. Il se glisse dans son pan-
talon et sa chemise, il enfile les bottes et met le chapeau.
C’est fait, on y croirait. Il marche alors jusqu’à l’enclos
de carottes. Le chien le voit mais il a peur. Il se met sur
ses pattes arrière et fait le beau. Le lapin n’y prend garde
et passe devant lui. Pénétrant dans le coin des carottes, il
les cueille une à une et s’en charge les bras. Tout fier, il
ressort et passe devant le chien qui l’observe toujours.
74
Mais celui-ci voit le bout de sa queue dépasser, il com-
prend qu’il s’est fait avoir. Alors il se met à rugir. Le la-
pin l’entendant, comprend qu’il est découvert. D’un coup,
il roule sa chemise sur les carottes, fait un nœud et court
de toutes ses pattes. Il saute par-dessus la barrière du
champ, le chien ne peut pas le suivre. Il a gagné, pour lui
et sa famille les bonnes carottes à la crème. »
Après avoir lu cette histoire, Noèse tire un grand tableau
blanc où sont affichées toutes les lettres de l’alphabet.
⎯ Regardez les enfants, voici les vingt-six lettres de
l’alphabet. C’est avec elles que l’on écrit tous les mots.
Aujourd’hui, nous allons juste voir la première phrase,
c’est-à-dire le début "Le petit lapin blanc se promène
dans le champ". Nous allons replacer les lettres pour cha-
que mot.
Noèse explique sa méthode originale et les enfants ont
tous envie de participer. C’est là que les deux agents
écoutent, sidérés, la conversation avec tous les enfants.
Chacun s’exprime, mais presque tous dans un langage
différent. Malgache, Russe, espagnol, portugais, hébreux,
suédois, ce sont près de treize langues différentes qui
tournent dans la classe et chacun se comprend.
L’institutrice s’exprime en français, mais parfois les lan-
gues se mélangent dans sa bouche et chacun lu répond
dans sa langue maternelle. L’inspecteur Christopher
Leass se demande par quelle méthode elle peut parler
treize langues à la fois et comment les enfants peuvent la
comprendre et se comprendre, car ils ont tous l’air de rire
ensemble et de plaisanter à propos du lapin blanc. À la
récréation, les enfants quittent la salle de classe pour re-
joindre la cour ou le préau. Noèse se rapproche des deux
inspecteurs :
⎯ Comment avez-vous trouvé cette heure de classe ?
⎯ Comment faites-vous pour parler autant de langue
75
ensemble ? Combien y a-t-il d’enfants étrangers avec
vous ?
⎯ Personne n’est étranger chez nous, il y a juste treize
nations différentes représentées ici.
⎯ Et treize langues ?
⎯ Oui !
⎯ Les enfants vous comprennent tous et vous aussi,
quel est votre secret ?
⎯ Messieurs, sachez qu’aucune langue n’est un obsta-
cle pour se comprendre, c’est juste l’intellect qui est un
barrage à la compréhension. Plus jeune l’enfant est mé-
langé aux différents langages, plus tôt il les apprend.
Cette phrase coupe court à toutes discussions, du reste,
Noèse n’y tient pas.
⎯ Excusez-moi, je dois rejoindre les enfants dans la
cour.
Cette phrase cloue les deux policiers sur place, ils n’en
apprendront pas plus. Pendant ce temps, les enfants
s’amusent sous le préau, les policiers les inspirent et ils
mettent en route un jeu de leur composition "La chasse
aux policiers". Mais la cloche sonne, il faut reprendre la
classe.
À la fin de la matinée, c’est l’heure du repas. Noèse invite
les agents à le partager avec eux. Ils acceptent et ils
n’insistent pas pour rester au cours mais ils demandent à
revenir le lundi.
L’après-midi, c’est le temps d’aller au laboratoire. La
veille, les enfants avaient apprécié ce lieu où ils peuvent
expérimenter leur savoir. Cette fois, pas
d’expérimentation, mais Noèse, accompagnée de son ma-
ri, Steve, présente le télescope. C’est un instrument de
conception étrange, le miroir est immense, ce type
d’instrument n’existe pas dans le commerce. Vu son dia-

76
mètre, il doit être possible de voir très loin dans l’univers.
Pour regarder, il n’est pas nécessaire de grimper en haut
ou de se plier à quatre pattes en dessous. Une dizaine de
lunettes alignées face à des sièges permettent de voir à
plusieurs la même image que la lentille peut concentrer.
Le miroir peut se déplacer pour modifier son observation.
À la verticale de l’engin, autour de l’orifice dans le toi,
une couronne de petits appareils un peu étranges et bril-
lant semble faire le tour de la lentille. Un enfant de-
mande :
⎯ Maîtresse, c’est quoi les choses brillantes au des-
sus ?
⎯ Bonne question, Scott. Ce sont des déviateurs de
flux. C’est-à-dire que l’air de la terre et la lumière des
villes et du soleil polluent l’atmosphère et empêchent de
voir loin dans le ciel, les images que l’on reçoit sont dé-
formées, voire inexistantes. C’est pour ça que j’ai fabri-
qué ces appareils qui repoussent toute la pollution atour
de la lentille ; son effet dépasse la couche d’air de notre
planète. J’espère que vous m’avez compris ?
Certains enfants font un peu la grimace.
⎯ Ce n’est pas grave, Steve va vous faire une démons-
tration.
⎯ Les enfants, aimeriez vous voir la Lune, là où les
hommes se sont posés un jour ?
Cela semble peu original mais les enfants acceptent. À
partir d’une console, Steve manipule des boutons et le
grand miroir se met à bouger. L’appareil semble se caler.
Il invite un premier groupe d’enfant à prendre place dans
les sièges et à placer un œil dans la lunette. Avec grand
étonnement, les enfants voient le sol de l’astre et de façon
vraiment extraordinaire, observent les engins bien détail-
lés. Scott reconnaît le drapeau américain et demande :
⎯ C’est quoi les appareils par terre ?
77
⎯ Ce sont les traces de notre passage ; comme je vous
le disais : le socle de leur fusée qui les a amenés là et une
voiture lunaire pour se déplacer.
⎯ On peut vraiment aller partout dans le ciel ? de-
mande Maïsa.
⎯ Les hommes de la terre ne peuvent pas aller beau-
coup plus loin que la lune, voire La planète Mars. Mais je
crois qu’avec nous vous allez apprendre au cours des an-
nées que le ciel, comme tu dis, Maïsa, n’est pas une li-
mite.
Par la suite tous participent à l’observation, avec le plus
grand intérêt et de nombreuses questions. En fin d’après-
midi, ils quittent l’observatoire, c’est pour tous le week-
end. Deux jours sans école mais un long moment pour
jouer et se connaître.

78
WEEK-END

Juste sorti de l’observatoire, Céleste réunit


ses amis. Il n’est plus question de se faire remarquer
après son escapade d’hier soir.
⎯ On a un peu de temps avant le repas ce soir, qu’est-
ce qu’on peut faire ? demande-t-il aux autres.
⎯ Si on cherchait d’autres amis pour se mettre avec
nous. On n’est que six garçons plus Dida alors que les
filles sont sept. Il faut qu’on fasse un groupe plus grand
qu’elles.
⎯ Tu as raison, Bako, on va en trouver d’autres.
Le petit groupe forme déjà une petite bande qui semblent
rouler des mécaniques. Ils se mettent en chemin sur la
grande aire de jeu. Ils croisent un garçon blond. C’est
Benjamin.
⎯ Eh ! tu veux venir avec nous ? On monte une équipe
en majorité constituée de garçons. C’est pour nous défen-
dre des policiers qui viennent à l’école. Ils veulent mettre
en prison les parents de Céleste. On a un plan contre eux.
⎯ Ça ne m’intéresse pas, j’ai rien contre eux,
j’aimerais plutôt retourner à l’observatoire, les étoiles me
font rêver.
⎯ D’accord, mais si tu changes d’avis, tu sais où nous
trouver.
⎯ Merci les gars.
À peine ont-ils le dos tourné que Cléonisse rejoint Ben-
jamin et lui dit quelques mots. Alors, il suit les filles. Les
autres garçons voyant ça, rigolent et se moque de lui.
⎯ Benjamin est une poule mouillée, Benjamin est une
poule mouillée, il est avec les filles.
⎯ Ils sont bêtes, ne les écoute pas.

79
⎯ Je m’en fiche, ils ne savent pas comment je les vois,
j’ai bien d’autres idées en tête et j’aime mieux les filles.
⎯ Nous ne sommes pas contre les garçons, si tu en
connais d’autres qui veulent se joindre à nous, au
contraire, on veut bien.
⎯ Dans ma chambre, nous sommes trois et je
m’entends bien avec les deux garçons. Ils s’appellent
Kime et Lilo, regarde, ils sont justement là, à côté de la
fontaine.
⎯ D’accord, on les rejoint, si tu veux.
⎯ Salut, Kime, salut, Lilo. J’ai amené des amies avec
moi, voulez-vous vous mettre avec nous ?
⎯ Qu’est-ce que vous avez à nous donner ? leur de-
mande Lilo.
⎯ Nous n’avons rien à vous offrir, sauf notre sourire et
nos cœurs, répond Axelle.
⎯ Ça me va, marché conclu, je vous suis.
⎯ Eh ! tu ne vas pas me laisser tout seul, lui réplique
Kime.
⎯ Alors, viens avec nous.
⎯ Bon, d’accord, mais vous allez me laisser choisir
d’autres amis que j’aimerais avoir avec moi et que
j’apprécie beaucoup.
⎯ Si tu veux, à condition qu’ils ne soient pas préten-
tieux.
⎯ Je crois qu’ils vous plairont.
Kime les entraîne dans la serre derrière le préau. À
l’intérieur, deux enfants sont autour d’un garçon qui
chante, ils l’écoutent. Tous se rapprochent doucement
pour ne pas déranger. Ils s’assoient autour, le garçon est
un peu ému mais reprend sa chanson :

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Ma musique est dans ma tête,
Si tu l’écoutes, t’es pas bête.
Je la chante pour mes amis,
Et c’est pour ça qu’ils sourient.

Mes chansons sont entraînantes,


Elles font des rimes caressantes.
Bouge, tes pieds vont décoller,
Ils voleront sur le parquet.

Chansons d’Irlande, j’en demande.


Rythmes de vie, de légendes,
Accordez-moi une voix,
Pour suivre le tin whistle.

Musique de mon pays,


T’es l’idée folle de ma vie.
Tes harmonies sont le sel,
Qui donne goût à l’éternel.

Le chant rythmé de ma terre,


C’est le sang de mes artères.
Cette partition accompagne,
Le peuple dont je témoigne.

Les enfants enchantés, s’associent doucement à la chan-


son de l’enfant et ils fredonnent à leur tour la mélodie.
L’air joyeux et rythmé fait sourire les enfants. Lorsque
tout s’arrête, ils se regardent tous. Chad le petit irlandais
aime la musique et son pays, il est heureux d’avoir fait
participer les enfants qui viennent de se joindre à lui.
⎯ Vous avez aimé ma chanson ?
⎯ Nous l’avons adoré, nous aimerions que tu conti-
nues à en chanter d’autres.
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⎯ Si vous aimez mes chansons, vous êtes mes amis.
⎯ Oh ! bien sûr, on veut tous être ton ami. Veux-tu te
mettre dans notre groupe ? Tu sais, on aime la nature, les
fleurs les arbres et les étoiles. On ne veut pas avoir la
grosse tête, mais juste s’amuser ensemble et rigoler.
⎯ Alors, si c’est ça ! c’est d’accord.
⎯ Et nous, tu nous oublies, Chad ?
⎯ Non bien sûr, restez avec moi, Tom, Izam. Vous
êtes toujours mes amis.

Ces enfants sont exceptionnels, ils ont des facultés qui


vont bien au-delà de ce que les hommes possèdent en gé-
néral. Assis et rassemblés en cercle dans la grande serre,
ils ne se quittent pas des yeux et c’est à cet instant que se
produit quelque chose d’extraordinaire :
En quelques instants, la mémoire de chacun se raccorde à
celle des autres enfants, par un simple désir, chacun peut
puiser dans les souvenirs des autres pour les connaître et
les comprendre. Ils sont en train de réaliser à la façon
d’un réseau informatique un véritable réseau de mémoire
et de conscience humaine. À ce moment, pas besoin pour
eux d’informatique, d’ordinateur d’Internet. Leur seule
conscience suffit à partager le potentiel de chacun. Les
enfants se laissent pénétrer consciemment par la pensée
de chacun. Ils partagent sans problème leur passé, leur
souvenir. Ils savent que pour l’autre c’est une richesse
incomparable et que donner ne peut qu’aider à s’enrichir
d’un savoir et mieux comprendre les autres et surtout
grandir. À eux treize, ils viennent de créer le premier ré-
seau vivant humain sur Terre. Leur découverte est fabu-
leuse. Si tous les hommes pouvaient comprendre et en
faire autant, toute la terre serait changée en une instant.
La liaison dure des minutes et à un moment, les enfants se
déconnectent de chacun. Ils se regardent encore, mais
82
leurs yeux ne voient plus comme avant, ils ont pu trouver
ce qu’ils cherchent de l’un et de l’autre. Leur connais-
sance s’est multipliée. Leur action devient bien plus large,
ils savent que tout ce qu’ils feront à présent sera conduit
par le groupe. Le groupe est devenu vivant par leur union,
ils forment malgré eux un seul corps.
Noèse les a observés de loin, elle se réjouit de voir qu’ils
aient pu déjà progresser alors qu’il n’y a que quatre jours
qu’ils sont ensemble et elle pense :
« Ce petit groupe vient de faire une découverte aussi im-
portante que l’électricité au XIXe siècle. Ces enfants sont
vraiment exceptionnels, ils forment un cercle d’enfants
mystiques. Ça ne peut être autrement, c’est dans la na-
ture humaine de se rassembler par affinité. Les mystiques
ont des qualités de cœur exceptionnelles. J’attends de
voir ce que les autres vont réaliser lorsqu’ils se seront
trouvés. »
Noèse n’a pas tort, car Céleste qui mène l’autre petit
groupe, accroche d’autres enfants. Il est au-dessus du la-
boratoire où sont deux garçons et une fille qui admirent
l’observatoire. Se rapprochant d’eux il leur demande s’ils
aimeraient avoir une visite privée. Là, York, Scott et
Alice acceptent immédiatement la proposition.
⎯ On a envie d’y retourner, tu peux nous y emmener ?
⎯ Oh ! bien sûr, je suis un des enfants de la maison, je
connais les passages pour vous montrer les choses interdi-
tes.
⎯ D’accord, Céleste, mais j’ai pas envie de revoir ta
tante se matérialiser devant nous, alors soyons prudents et
ne faisons pas de choses interdites.
⎯ Ne t’en fais pas, Moacyr, j’ai le droit de pénétrer
dans le laboratoire, le tout est de ne rien toucher. Comme
ce n’est pas interdit, suivez-moi, la porte n’est pas fermée
à clef.
83
En effet, le garçon guide ses amis jusqu’à la porte qui
s’ouvre sans forcer. Les écrans de tout à l’heure sont res-
tés allumés, comme s’ils les attendaient. Les enfants sont
émerveillés, car le télescope ne vise plus le sol de la lune,
mais le grand espace. Son objectif est dirigé actuellement
sur une galaxie au ton bleu. Avec netteté, ils peuvent dis-
tinguer les étoiles qui la composent. Seule la définition de
l’écran LCD empêche d’y voir tous les détails mais pour
des enfants de six ans, quelle importance…
⎯ Ah ! si je pouvais, je me déplacerais sur ces astres
pour mieux les voir et les comprendre. Moi j’aime
l’espace, je voudrais être pilote d’engins spatiaux,
j’aimerais voler comme un oiseau d’une planète à l’autre.
⎯ Tu sais, Scott, ma mère le fait et elle est pilote de
vaisseaux de l’espace.
⎯ Oh ! j’aimerais bien la rencontrer, je voudrais être
comme elle. Tu peux me montrer ta mère, Céleste ?
⎯ J’aimerais bien, mais ma mère n’est pas là et les
agents de la police la recherchent. C’est d’ailleurs pour ça
qu’on a décidé de monter un groupe.
⎯ Moi je veux bien me mettre avec vous, mais je n’ai
pas l’intention de me frotter à la police.
⎯ Alice, le principal, c’est que nous nous accordions
ensemble. Si on a des points communs comme l’amour de
l’espace par exemple, c’est le plus important.
⎯ Tu as raison, je me sens bien avec vous, j’ai des tas
de projets dans ma tête et si on peut les réaliser ensemble,
ce serait bien.
⎯ Toi et Didda êtes les seules filles du groupe, c’est
dommage.
⎯ Eh ! j’ai d’autres copines qui aimeraient venir avec
nous, je peux vous les présenter si vous voulez.
Tous d’accords, ils quittent l’observatoire. Les amies

84
d’Alice sont sous le préau, c’est là qu’ils les rejoignent.
Ils retrouvent Anate et Cybèle ensemble, ces deux filles
semblent s’entendre parfaitement, leur tempérament est
semblable et leurs idées paraissent se compléter. Anate a
connu la guerre dans son pays, elle vient de la Palestine et
son amour pour tous, même pour les ennemis de son peu-
ple, est tel qu’elle pourrait paralyser tous ceux qui leur
veulent du mal. Cybèle est rebelle de nature et elle vou-
drait pouvoir rendre les hommes bons autour d’elle. Elle
sent en son être la capacité de pouvoir un jour influencer
le tempérament des hommes, soit pour le bien, ou pour le
mal.
⎯ Tu viens me voir, Céleste. Je sais ce que tu veux,
mais je n’ai pas envie.
⎯ Je ne t’ai encore rien dit !
⎯ Si, tu penses que tu voudrais qu’on vienne dans ta
bande.
⎯ Mais je ne te l’ai pas encore dit, Cybèle.
⎯ Oui, mais tu le penses. Tu devrais savoir que je
n’accepte aucun chef, et que je fais ce que je décide.
Alors, j’ai pas besoin de toi.
⎯ Mais, je ne suis pas chef et je n’ai aucun plan en
tête. Si tu venais avec nous, c’est toi qui pourrais faire des
plans.
⎯ Je pense qu’on pourrait tenter de les suivre, il dit
vrai. En groupe, on est toujours plus fort. Moi j’ai envie
de suivre Céleste et ses amis.
Cybèle est fière, elle regarde Anate d’un mauvais œil,
mais celle-ci sentant la haine de son ami l’entourer, par sa
force, elle la neutralise. Sans prise sur elle, Cybèle est
désarmée et elle comprend combien son amie a raison.
⎯ Bon, d’accord, on les suit. Mais s’il ramène trop sa
fraise, je m’en vais.

85
⎯ C’est d’accord, répond Anate.
Et curieusement, sans avoir rien demandé, Céleste voit les
deux filles s’accorder à leur groupe. Il est heureux de voir
qu’en peu de temps, son clan a grossi d’un bon nombre
d’amis. C’est à ce moment que la cloche du dîner retentit.
Il faut se rendre au réfectoire. On verra plus tard pour
trouver d’autres enfants qui compléteront l’équipe. En
passant devant les tables, il voit sa sœur Cléonisse ac-
compagnée par d’autres enfants. Ils sont plus nombreux
qu’eux. Cela l’énerve, ces deux filles semblent toujours
avoir raison. Il repère trois enfants qui semblent faire
bande à part. Il pourrait peut-être les attirer à lui.
⎯ On verra ça après le repas, se dit-il.
Noèse remarque toutes les pensées qui s’agitent autour
d’elle. Voyant les clans se former, elle pense que
l’expérience pourrait être positive et elle décide de laisser
faire. L’essentiel est qu’aucun ne soit laissé pour compte
ou exclu. Elle voit bien trois enfants encore en dehors de
ces groupes, mais elle pense que bientôt ils auront trouvé
leur clan.
En effet, après le repas, elle dit aux enfants que la soirée
sera libre jusqu’à 21 heures en restant dans les bâtiments
ou le jardin sous la surveillance des éducateurs, à condi-
tion de ne pas s’aventurer dans la forêt. Au-delà, la nuit
sera tombé et il faudra se coucher.
C’est facile pour Céleste, il connaît bien les lieux, il en
profitera pour aborder les trois enfants qui se sont mis à
part au repas. Il parle un instant avec Didda, mais ne re-
marque pas que les trois enfants ont quitté la table avant
eux. Didda, tu n’as pas vu partir les deux filles et le gar-
çon ?
⎯ Tu me parlais, j’ai rien vu.
⎯ Il ne faut pas que ma sœur les attrape avant moi.
Viens, on va les chercher.
86
Didda emmène toute l’équipe. Une fois dehors, Céleste
constate que les trois enfants ne sont pas là.
⎯ Où sont-ils, Didda, il faut les trouver.
⎯ Pourquoi tant d’empressement Céleste ?
⎯ Je ne sais pas, c’est comme ça. Il y a quelque chose
en moi qui me dit que c’est important. Je sais qu’on a
quelque chose à faire ensemble, mais je ne sais pas quoi ?
⎯ On est tous comme toi, on est là, au fond de nous on
sait, mais on ne sait pas quoi. Pourtant, nous sommes en-
semble.
Matin, l’éducateur, s’approche de Céleste :
⎯ N’allez pas trop loin, dans une heure, il fera nuit.
⎯ D’accord, mais vous n’auriez pas vu deux filles et
un garçon qui sont sortis du réfectoire avant nous ?
⎯ Oui, je crois qu’ils ont rejoint Clara dans les cham-
bres.
Céleste est déçu, il pensait les retrouver et les emmener
dans sa bande. Attristé, il se dirige avec les autres au bord
de la forêt pour y attendre le coucher du soleil. C’est là
qu’il entend des pleurs qui résonnent dans les bois. Il n’y
a pas de doute, se sont bien des enfants. Il s’est passé
quelque chose.
⎯ Vous entendez ces pleurs ? Il faut faire quelque
chose, on a plus le temps d’avertir les grands, suivez-moi,
il ne faut pas perdre de temps.
Les enfants suivent Céleste qui connaît mieux que tous
cette forêt. Ils mettent moins de cinq minutes pour arriver
sur le lieu où ils trouvent les trois enfants. Le garçon a la
jambe coincée sous un tronc d’arbre et il pleure. Les deux
filles ne savent pas quoi faire, Shanley tente bien de la
dégager mais elle n’arrive pas à soulever la bille de bois
qui écrase la jambe de l’enfant. Lala ne parvient pas non
plus à l’aider. Timofeï intervient alors :

87
⎯ Écartez-vous, je crois pouvoir faire quelque chose,
j’ai dans ma tête une idée si forte qu’il faut que je
l’exécute.
Personne ne sait où il veut en venir. C’est alors qu’en re-
gardant le tronc écrasant la jambe du garçon, ses yeux se
mettent à rayonner un fluide de couleur jaune.
Le tronc d’arbre se met à bouger et se soulève douce-
ment. Timofeï la lève bientôt plus haut que la cime des
arbres et la laisse retomber plus loin. Tous sont impres-
sionnés par cette performance. Mais spontanément, Ab-
bas voyant la jambe écrasée par l’arbre, se rapproche de
Sven, le petit suédois qui pleure beaucoup.
⎯ Ne t’en fait pas, je vais te soigner, ça ne va pas être
long.
En effet, le petit Marocain s’installe au-dessus de la plaie
et pose une main sur la blessure. À son contact, la chair
semble se reformer instantanément et en quelques minu-
tes, la plaie est entièrement cicatrisée. Les enfants pré-
sents ont tous vu cela et restent admiratifs.
⎯ Comment te sens-tu maintenant ?
⎯ J’ai senti une chaleur intense mais elle me faisait du
bien. Je n’ai plus mal maintenant que tu as passé ta main
sur ma jambe. Je me sens très bien, je crois que je peux
me lever.
Pendant ce temps, Alice qui a tout vu, se concentre, ferme
les yeux et semble communiquer par télépathie.
⎯ J’ai tout raconté à la maîtresse, elle arrive.
Céleste réfléchit puis dit :
⎯ C’est pas plus mal, de toute façon, on y est pour
rien. Même, si nous n’étions pas arrivés à temps, ça aurait
pu être plus grave.
Noèse n’arrive pas instantanément comme la dernière fois
et les enfants restent seuls quelques minutes. Sven, Shan-

88
ley et Lala racontent ce qu’il leur est arrivé.
⎯ Nous avions envie d’aller dans la forêt, parce que la
maîtresse nous l’avait interdit. La dernière fois, lorsque
vous êtes partis et que vous vous êtes fait gronder, on au-
rait voulu être avec vous. Nous, on aime bien l’aventure.
Tout à l’heure, nous sommes montés sur une bute et en
haut il y avait un tronc d’arbre. Sven a sauté dessus. Le
tronc s’est mis à rouler le long de la pente, Sven est tom-
bé devant et l’arbre lui a roulé sur la jambe. On ne pou-
vait rien faire et on avait peur de se faire gronder si on
nous trouvait ici. On est contents que vous soyez venus.
On aimerait bien rester avec vous, si vous voulez ?
⎯ Oh ! bien sûr, qu’on veut de vous dans notre
équipe !
⎯ Dans notre groupe, nous avons tous un don particu-
lier qui nous réunit. Il faut féliciter Timofeï d’avoir pu
soulever l’arbre qui était sur toi, Sven, et remercier Abbas
de t’avoir soigné. Je crois que si on est ensemble, c’est
parce qu’on a chacun le pouvoir d’aider les autres. Notre
tête est là pour réfléchir et notre pouvoir pour agir.
Après la remarque de Didda, les enfants se regardent tous
et échangent ensemble une pensée. Ils savent qu’au fond
d’eux, il y a un pouvoir particulier, et qu’en groupe, ils
pourront le mettre à profit pour les autres. Ensemble, ils
seront plus forts. S’ils arrivent à partager un jour leurs
qualités, ils deviendront invincibles. Ils savent qu’en res-
tant unis, leur intelligence et leur force seront multipliées.
Ils forment dès cet instant un groupe particulier capable
de résister à des forces ou des individus malveillants.
Noèse, s’est approchée d’eux, et elle s’est mêlée à leurs
pensées. Elle sait qu’ils se sont retrouvés dans la forêt par
nécessité. L’accident aurait pu être plus dramatique, mais
la chance était avec eux. Si noèse pense à la chance, elle
n’entend pas par là une source de hasard, mais plutôt des
89
circonstances nécessaires à l’union de ce groupe. Elle re-
garde Sven, Shanley et Lala, et leur sourit :
⎯ Tu viendras avec moi à l’infirmerie, dit-elle, Steve
examinera ta jambe pour voir si elle n’a pas de séquelles.
Bravo les enfants pour votre action. Vous avez fait preuve
de sang froid. C’est ainsi que nous arriverons tous à des
résultats formidables. Vous devez apprendre à rester en-
semble et s’il vous plaît, écoutez-nous lorsqu’on vous fait
des recommandations.
Noèse ramène les enfants vers leurs chambres où les au-
tres éducateurs les attendent. Elle est loin d’être étonnée
de leur aventure, "la chance", c’est elle qui l’avait provo-
qué en voyant les trois enfants solitaires dans le réfec-
toire. Si elle ne pouvait pas réellement contrôler les en-
fants, elle ne serait pas la directrice de cette école. Le
pouvoir de Noèse est grand, elle a la faculté de contrôler
la courbe du destin. Un jour, elle l’a fait pour son mari,
mais c’est une autre histoire. Elle accompagne Sven jus-
qu’à l’infirmerie, là, Steve regarde la jambe de l’enfant :
pas de cicatrice, pas de séquelles apparentes et l’enfant ne
ressent aucune douleur !
⎯ J’aimerais bien voir l’enfant qui l’a soigné, je crois
que nous pourrions partager ensemble nos connaissances.
⎯ Son père est médecin, je pense qu’il a hérité de ses
dons et d’autres aussi.
Il se fait tard maintenant pour les enfants qui se couchent.
C’est le week-end, deux jours libres pour eux, ils vont
pouvoir vraiment commencer à s’apprécier.

Le samedi et le dimanche se passent sans aucun pro-


blème, Noèse et son mari occupent les enfants à des jeux
banals, mais qui leur donnent bien du plaisir : balle au
chasseur, football pour les garçons, ateliers de danse pour
les filles, bien que quelques garçons y prennent goût aus-
90
si. Promenade jusqu’au bord du lac. En cette saison, le
temps est encore très doux. Le dimanche se passe dans la
propriété, au bord de la piscine où un pique-nique est or-
ganisé. Le soir lorsqu’il faut se coucher, les enfants sont
encore très excités et ils ne trouvent le sommeil que tardi-
vement.

91
LUNDI 8 SEPTEMBRE

Aujourd’hui, lundi, il faut se lever plus tôt


et c’est dur pour tous. Noèse qui veille sur tout est satis-
faite du rythme qui s’installe, mais au petit déjeuner, les
deux policiers se présentent encore à l’entrée de
l’établissement. Cette fois, ils ont laissé leur costume noir
et l’ont échangé contre un jean et une chemise à carreau.
Ce que les enfants remarquent avant tout, c’est leur cas-
quette de baseball. Pour s’être changés, ils se sont chan-
gés ! remarque aussi Noèse qui leur ouvre la porte :
⎯ Bonjours nous ne voulons pas vous déranger, mais
nous aimerions bien encore participer à un de vos cours
avec les enfants. Nous venons en touristes, pas comme
policiers. Je ne vous poserai pas de questions ni aux en-
fants, c’est promis.
Noèse sait trop bien ce qu’il pourrait lui en coûter de re-
fuser à des agents de police de pénétrer dans son établis-
sement.
⎯ Comme la dernière fois, mettez-vous au fond de la
classe.
Les enfants s’installent, les deux hommes aussi. Noèse
commence son cours. Mais sans tarder, la jeune Lala in-
terrompt l’institutrice pour lui dire :
⎯ S’il vous plaît, madame, pourquoi ne nous faites-
vous pas lire directement, ça irait plus vite. Moi, je sais
lire depuis longtemps, dans mon pays, des gens venaient
me voir pour que je leur fasse des lettres et des papiers
importants. Vous savez, à Madagascar, beaucoup de gens
ne savent ni lire ni écrire. C’est très précieux chez nous et
la langue française continue à être toujours appréciée.
⎯ En dehors de Lala, d’autres savent-ils déjà lire voire
écrire ?
92
Deux autres mains se lèvent, celles de Didda et Axelle sa
propre fille. Noèse en est un peu surprise, car l’enfant ne
l’a jamais dit à sa mère. Mais avec de tels enfants, il faut
s’attendre à tout. Les deux hommes ne sont que peu sur-
pris car dans leur pays, certains parents font une course
avec leurs enfants, pour la supra intelligence ; plus leurs
enfants savent lire et compter, plus ils les montrent
comme des bêtes de cirque. C’est ce que pense Christo-
pher Leass.
Noèse ne se laisse pas surprendre et invite les deux filles
à lire quelques phrases de l’histoire qu’elle leur avait ra-
contée vendredi. Les trois filles s’en sortent très bien.
Puis elle reprend le cours normalement, il y a encore
vingt cinq enfants qui ne savent pas lire, elle se dit qu’elle
devra prendre à part les trois autres pour les laisser évo-
luer à leur rythme.
Tout le reste du cours se passe bien, jusqu’à la récréation
et c’est alors qu’un incident surprenant se produit devant
les deux hommes médusés. Au moment de s’asseoir, Ti-
mofeï ne trouve pas sa chaise à sa place. Il en voit une au
fond de la classe et pour la remettre derrière son petit bu-
reau, il la déplace par lévitation ; la chaise est soulevé
devant les policiers et au-dessus des tables, traverse la
classe pour se positionner sous les fesses de l’enfant.
Noèse ne peut cacher l’événement aux policiers, com-
ment faire passer cela comme normal. Cléonisse, qui sent
sa tante en difficulté, a la présence d’esprit de répondre
tout fort :
⎯ C’est moi qui ai lancé la chaise, j’ai vu que Timofeï
n’en n’avait pas.
⎯ On ne fait pas ce genre de chose en classe, dit
Noèse, tu aurais pu blesser un enfant. Timofeï, la pro-
chaine fois, n’attends pas qu’on te lance une chaise, viens
la chercher.
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Vont-ils croire cette histoire ? se demande-t-elle. Et le
cours reprend normalement.
Les deux policiers prennent congé lorsque midi arrive,
mais demandent à Noèse s’ils peuvent revenir tous les
jours de la semaine, ce qu’elle leur accorde sans diffi-
culté.
Le mardi, ils sont là ; les enfants commencent à les ap-
précier et ils discutent avec eux. Le jeudi les deux hom-
mes commencent à participer à leurs jeux pendant la ré-
création. Le vendredi, ils sont acceptés comme faisant
partie de leur petite communauté. C’est là que Christo-
pher Leass dit à Noèse :
⎯ Cela fait une semaine que nous participons aux
cours du matin, nous serait-il possible d’assister à une
journée complète ? Les enfants nous ont dit qu’ils font
des choses vraiment nouvelles et curieuses. Nous avons
beaucoup apprécié d’être avec eux tous ces jours.
⎯ Cela fait une semaine que vous nous observez ; au
début, vous êtes venus pour ma sœur, maintenant, ce sont
les enfants qui vous intéressent. Vous me mettrez dans
une position désagréable, si je refuse, vais-je avoir un
commando de l’US Navy qui va débarquer sur mon ter-
rain ?
⎯ Vous doutez de notre sincérité, Madame ?
⎯ Pas vraiment, c’est comme si je lisais dans vos pen-
sées, mais il y a des choses qui m’échappent chez vous,
ce sont vos véritables intentions.
⎯ Mais, Madame, nous nous sommes questionnés
avec mon collègue. Nous sommes venu pour faire une
enquête sur votre sœur, comme nous vous l’avions dit la
première fois, mais au contact de ces enfants, nous ne
pouvons pas faire autrement que de rester avec eux. Je ne
sais pas, quelque chose nous échappe à nous aussi. Nous
avons besoin de rester plus longtemps ici, nous voudrions
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voir ce que vous faites.
Noèse examine les deux hommes. Lorsqu’elle le souhaite,
elle peut pénétrer leurs pensées en profondeur. Mais elle
ne le fait pas. Elle comprend que quelque chose se passe
au-delà d’elle et de ces deux hommes. Elle en a une idée
mais elle souhaite l’approfondir, c’est encore trop tôt.
Mais elle sait que leur présence est presque indispensable.
⎯ Sincèrement, si vous souhaitez rester plus long-
temps avec les enfants, je vous propose de vous installer
ici. Notre hébergement est suffisamment grand pour vous
accueillir, vous pouvez rester là le temps qu’il vous plai-
ra. Je ne vous demanderai aucune participation aux frais,
nous avons les moyens de recevoir des invités.
Les deux hommes sont surpris, ils n’en demandaient pas
tant. Christopher demande son avis à son collègue :
⎯ Rien ne nous en empêche Christopher.
⎯ OK ! c’est d’accord.
Le soir même, les deux hommes reviennent avec leurs
valises. Ils sont conduits, à l’étage au-dessus des enfants.
Pour les petits, c’est un grand plaisir. Accueillir deux po-
liciers américains, comme à la télé ou dans un film, c’est
vraiment génial. Ils ont bien leur maîtresse, les éducateurs
qu’ils aiment bien, mais, pour eux, avec ces deux hom-
mes, c’est vraiment différent, ils sont comme deux "su-
perman" auxquels ils pourront se comparer. Le soir, dans
leur chambre, Axelle, Cléonisse et Shanley se question-
nent sur les nouveaux élèves !
⎯ Tu as vu, les policiers habitent avec nous mainte-
nant. Tu crois, Axelle, qu’ils vont faire les cours avec
nous ?
⎯ J’ai entendu maman dire tout à l’heure, qu’ils
s’installent chez nous parce qu’on les a choisis, Shanley.
⎯ Que veut-elle dire par là ?

95
⎯ Je ne sais pas, mais tu sais que c’est à cause d’eux
qu’on a fait les clans. Tu étais avec nous lorsque ça s’est
passé. Ils sont à l’origine des découvertes qu’on a faites
dans nos groupes. Et puis, ne les appelons plus les poli-
ciers, mais Christopher et Harry, c’est mieux. Je ressens
qu’ils ne sont pas méchants, au contraire.
⎯ Moi, je crois qu’on va en faire des amis, ça serait
drôle d’avoir avec nous de très vieux élèves.
⎯ Je pense comme toi, Cléonisse, ce sont des amis, je
les sens comme ça. Allez, bonne nuit, à demain.
Le samedi matin, lorsque les enfants se retrouvent dans le
réfectoire, les deux agents se mélangent à eux. Une trans-
formation semble s’être effectuée en eux. Non seulement
ils ne ressemblent plus aux policiers du premier jour,
mais leur regard a changé. La semaine dans la classe avec
les enfants les a transformés. Comme c’est le week-end,
ils annoncent à tous dans la salle :
⎯ Les enfants, Harry et moi avons décidé de vous ap-
prendre ce week-end, à jouer au baseball. C’est un sport
typiquement américain, je pense qu’il est temps de vous
initier.
Tous sont surpris et enthousiastes, seuls Tom et Scott le
sont moins, car ils connaissent déjà ce sport, ils sont amé-
ricains. Noèse a été tenue au courant de cette initiative
qu’elle approuve et comme il fait beau aujourd’hui, la
grande pelouse sera toute disponible. Christopher et Har-
ry ont apporté l’équipement de baseball et à la sortie du
réfectoire, les enfants rejoignent les deux hommes. De-
vant les yeux de tous, ils ouvrent un grand sac et sortent
le matériel. Les enfants découvrent alors des accessoires
qu’ils ne connaissent pas.
Christopher sort un gant, qu’il nomme batting glove ; il
est énorme et à l’intérieur, une main d’enfant est minus-
cule. Ensuite, un manche en bois, c’est une batte, elle doit
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faire près de quatre-vingt centimètres de long. Il y a des
balles, elles sont grosses comme des balles de tennis, puis
il sort encore des protections pour les jambes, des casques
et des gants plus fins que les autres.
⎯ Voyez-vous, les enfants, tout cet équipement est
pour jouer au baseball, nous l’avons acheté hier à Ge-
nève. Avec Harry nous allons vous faire une démonstra-
tion, ensuite nous irons nous entraîner pour vous appren-
dre à frapper. Tom et Scott, savez-vous y jouer ?
⎯ Mon père a commencé à m’apprendre, je sais frap-
per, dit Scott.
⎯ Moi, je sais lancer, répond Tom.
⎯ Bien, alors vous nous ferez aussi une démonstration.
Les enfants accompagnés de leurs nouveaux professeurs
marchent jusqu’à la pelouse où Steve est en train de tracer
au plâtre les contours du nouveau terrain de baseball. Ils
commencent à distinguer la forme d’un diamant.
Christopher et Harry prennent une balle et une batte et
s’écartent l’un de l’autre.
⎯ Voyez, les enfants, le baseball est un jeu assez sim-
ple. Il y a deux équipes, les attaquants et les défenseurs.
Les défenseurs sont neuf sur le terrain et les attaquants
sont en général quatre pour commencer. Pour l’équipe
attaquante le but est de marquer des points avec les cou-
reurs. Le jeu commence comme cela : le lanceur de
l’équipe des défenseurs lance une balle très précise, que
l’attrapeur tente de prendre. Mais l’attrapeur est derrière
le batteur qui est attaquant. Le batteur doit frapper la balle
pour l’envoyer le plus loin possible, car dès qu’elle est
partie il devient coureur et doit aller vers les bases. Les
bases sont trois plaques sur lesquelles il doit passer ou
s’arrêter s’il n’a pas le temps de faire le tour et de rejoin-
dre le marbre. Je vous expliquerai ce que font les autres
défenseurs plus tard. Harry et moi allons vous faire une
97
démonstration entre lanceur et batteur. Harry va me lan-
cer la balle, je vais tenter de la frapper et courir en faisant
le tour des quatre plots que nous avons posés pour figurer
les bases.
Les enfants sont tous très intéressés et regardent attenti-
vement les deux hommes se placer. Harry s’éloigne et se
place face à Christopher. Il a mis son baseball glove.
Christopher se concentre avec sa batte. Ils se regardent
dans les yeux et d’un coup, Harry lance de façon franche
et rapide la balle que Christopher rate.
⎯ Vous voyez, les enfants, dans le jeu, je n’ai droit
qu’à trois essais, ensuite, je suis éliminé.
Harry recommence, il lance une nouvelle fois la balle et
cette fois, Christopher la renvoie avec force à l’autre bout
du terrain. Il lâche la batte et se met à courir vite, touche
les trois cônes et revient sur le premier au départ. Il est
tout essoufflé :
⎯ Voilà comment on marque un point ! Vous avez sai-
si ? Tom et Scott, venez à votre tour faire une démonstra-
tion.
Les deux garçons se placent. Tom est lanceur, Scott est
batteur.
Tom se concentre et regarde son ami. Et d’un coup, la
balle part si vite qu’aucun œil ne peut la suivre. Mais
Scott a déjà frappé la balle et court si vite qu’il est déjà
revenu. Harry et Christopher n’en reviennent, l’action a
été si rapide qu’ils n’ont eu que peu de temps pour la sui-
vre. Mais ce qui les surprend encore plus, c’est que Tom
tien dans sa main la balle qui semblait être partie si loin et
si fort.
⎯ Mais comment as-tu fait pour rattraper cette balle ?
⎯ Je voulais la récupérer, ma main l’a attirée.
Christopher qui partage la vie de ces enfants depuis une
semaine n’est pas surpris. Je comprends qu’avec eux, il
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va falloir composer. Il s’est mis en tête de les initier au
baseball mais s’ils sont tous du même style, quel intérêt
vont-ils y trouver.
⎯ Bien, vous avez tous vu comment on débute le jeu.
Pour pouvoir y jouer, il faut savoir lancer, recevoir et
frapper. Donc, nous allons commencer à apprendre à lan-
cer et recevoir. Vous allez vous séparer en deux groupes,
les lanceurs et les catcheurs. Les catcheurs prendront un
gant de baseball pour attraper la balle et les lanceurs lan-
ceront la balle vers les catcheurs en respectant ce que
j’appelle la zone de strike, c’est-à-dire le carré de récep-
tion de la balle qui se situe sous les bras et au niveau du
genou, devant le batteur. Apprenez-vous à bien lancer la
balle comme ça, c’est important pour un bon jeu.
Juste après l’explication, les enfants se séparent en deux
groupes, celui de Céleste et celui d’Axelle, comme ils les
ont composés précédemment ; la rivalité se fait déjà sentir
au moment du partage, Christopher s’en rend compte :
⎯ On n’est pas en compétition, mélangez-vous tous, je
veux deux groupes de quatorze.
Alors les enfants se replacent et ils se trouvent tous face à
face sur le terrain, un groupe de catcheurs avec des gants
et un autre de lanceurs. Les enfants commencent à
s’entraîner. Les groupes alternent, tantôt lanceurs tantôt
catcheurs. La matinée se passe très bien et Christopher
voit que tous les enfants n’ont aucune difficulté, leurs
lancers sont d’une très grande précision, leurs balles très
rapides arrivent toujours dans le gant du catcheur. C’est
cent pour cent de réussite. Lorsque vient l’heure du dé-
jeuner, Christopher retrouve Noèse.
⎯ Je me doutais bien que ces enfants étaient différents
des autres ; le jour ou dans la classe j’ai vu voler une
chaise, je n’ai rien dit, mais il y avait des détails qui ont
conforté ce que j’ai vu ce matin. Avec eux, si je veux, je
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ferai la meilleure équipe de baseball du monde.
⎯ D’accord, et vous allez avertir le FBI pour ça ?
⎯ Je ne sais pas, il se passe des choses curieuses ici,
c’est certainement en relation avec la disparition de la
navette spatiale.
⎯ Qui est devant moi, l’enquêteur ou l’homme
curieux ?
⎯ Un peu des deux.
⎯ OK et qu’est-ce qu’on fait ?
⎯ Je continue l’entraînement, vais réécrire les règles
du baseball pour eux, il leur faut un jeu à leur portée, je
crois comprendre de quoi ils sont capables.
⎯ Ah bon ? de quoi donc ?
⎯ De tout ; ces enfants ensemble n’ont pas de limite,
je suis certain qu’il suffit de diriger leur esprit pour leur
faire faire des choses démentielles.
⎯ C’est justement pour ça qu’ils sont là, pour leur évi-
ter les choses démentielles.
⎯ C’est pour cela que je vais faire de nouvelles règles
pour eux, le sport a toujours été la meilleure thérapie pour
apaiser les esprits. J’ai envie d’aller plus loin avec eux,
pour les aider.
⎯ Là, ce n’est pas le policier qui parle.
⎯ Faites attention, il est en sommeil, mais si je devais
trouver chez vous des traces de complicité en relation
avec le vol de la navette, il se réveillerait.
⎯ Alors, considérez-le comme mort.
⎯ Je le crois aussi, mais votre école a quelque chose
de spécial et je crois que j’ai mis le doigt sur quelque
chose de démentiel.
⎯ Et, j’ai à faire à quel homme, là ?
⎯ À l’homme curieux, celui que l’extraordinaire inté-
resse et passionne.
100
⎯ Alors, bienvenue.
Noèse a bien des pouvoirs, notamment celui de lire les
pensées et les influencer. Mais, avec Christopher Leass,
en aucun cas elle n’en profite. Elle ne sait pas pourquoi,
mais au premier instant où elle l’a vu arriver avec son
collègue, elle ne l’a pas craint, au contraire une confiance
s’est établie en elle et lui. Noèse sait que les enfants ré-
unis sont une véritable force à eux seuls. Leur présence
doit influencer tout leur environnement. Christopher en
est une victime, comme Harry. Mais avant tout, ils sont
consentants, ils aiment les enfants qui les entourent au-
jourd’hui. Ces deux hommes sont célibataires, rien ne les
attache à leur pays.
L’après-midi, l’apprentissage au baseball continue, cette
fois, c’est à frapper que tous s’initient. Les garçons et les
filles sans distinction frappent la balle que Harry leur en-
voie. Pas un ne rate une balle et tous l’envoient aussi loin
qu’ils peuvent. Mais le plus curieux c’est qu’aucune balle
ne s’est perdue car le jeune Timofeï s’est occupé à les
faire revenir dans ses mains. C’est ainsi que toutes les
balles faisaient d’étranges aller retours. Mais presque per-
sonne n’y a pris garde, c’est naturel…

101
LE MATCH

Trois semaines se sont passées depuis le


premier week-end où Christopher avait commencé à les
initier au baseball. Trois semaines où chaque jour les en-
fants avaient deux heures de sport. Et cet après-midi,
c’est le grand match. Tous se sont préparés, garçons
comme filles se sont entraînés à l’Overbase, le nouveau
jeu que Christopher a inventé spécialement pour eux.
Ce jeu, élaboré à partir du baseball en prend les principes
de base. Il y a toujours un lanceur, un batteur et des dé-
fenseurs, mais avec les enfants de Keuramdor tout est
changé :
Entre le lanceur et le batteur qui sont éloignés d’une ving-
taine de mètres, il y a une série de mats d’une dizaine de
mètres qui empêchent d’envoyer la balle librement. Le
lanceur doit la faire slalomer autour pour qu’elle atteigne
la zone de strike. C’est par l’astuce mentale du lanceur
que cela est possible et cela évite aussi que le batteur
l’attire directement sur sa batte. Comme au baseball, si la
balle est bonne et frappée, le batteur devient coureur et
tente de regagner progressivement les bases pour revenir
au marbre. Mais là, le jeu se complique, car les défen-
seurs peuvent faire glisser les bases sur le sol afin de
changer le parcours. La balle une fois lancée, est mainte-
nue en l’air par les attaquants qui la font tourner le plus
rapidement possible au-dessus du terrain afin que les dé-
fenseurs ne puissent pas l’attraper facilement. Elle ne doit
pas sortir de l’espace sinon l’attaquant est éliminé, sauf si
le batteur l’envoie au-delà du terrain. Mais les défenseurs
ont la possibilité de sauter en l’air le plus haut possible
pour la dévier et l’attraper. Lorsqu’ils l’ont en main, le
plus vite possible ils l’envoient vers la base devant le cou-

102
reur. Le joueur est éliminé s’il n’est pas parvenu à sauter
sur une base avant l’arrivée de la balle. Le jeu se pratique
sur un terrain de cent mètres de côté ; il est spectaculaire
car la balle tournoie pendant que les bases se déplacent
dans tous les sens en glissant au-dessus de l’herbe. Une
fois, Christopher avait voulu faire jouer les enfants de
façon conventionnelle au baseball mais le jeu était si par-
fait que les enfants s’étaient tout de suite lassés. Ce nou-
veau jeu les séduit car il leur demande de faire agir les
dons qu’ils ont en eux. Ce que Noèse apprécie, c’est qu’il
leur permet de contrôler plus justement leurs pouvoirs.
Elle avait craint au début le danger d’un jeu aussi rapide
qui les mettraient dans des positions dangereuses, surtout
lorsqu’ils sautent pour attraper la balle au-dessus d’eux,
mais les enfants les plus aptes au saut se sont démarqués
et comme pour la marche, ils contrôlent leur geste. Il
n’est pas commun de voir un être sauter presque sans élan
sur une hauteur de dix mètres et retomber sur ses pieds
tout naturellement.
Les deux équipes se sont formées simplement avec les
deux groupes déjà existants, le groupe d’Axelle contre
celui de Céleste. Filles et garçons sont mélangés. Au-
jourd’hui, en ce samedi d’octobre, le temps est couvert
mais il fait encore doux. Le terrain préparé par Léon,
l’homme qui s’occupe de tout l’entretien et des aména-
gements de l’école, est sur la partie la plus plane de la
propriété, derrière la piscine ; une grande surface de pe-
louse ressemblant à un green de golf sur quatre hectares.
La forme du diamant a été gardée, mais le champ inté-
rieur n’existe plus car tous sans distinction peuvent circu-
ler dans le champ extérieur.
Ce qui est dommage aujourd’hui, c’est qu’il y a peu de
spectateurs et supporters pour encourager les équipes.
Seul le personnel de l’école est admis sur le terrain car le
103
jeu dont il est question est loin d’être conventionnel. Si
d’autres le savaient, toutes les télévisions du monde se-
raient là.
Comme au baseball, sur le terrain deux équipes de neuf
plus les remplaçants. La première équipe est menée par
Tom et Axelle. Harry est leur coach, Tom est lanceur,
Axelle est batteur au démarrage, mais ils tourneront tous.
L’autre équipe est menée par Bako, batteur, et Scott, lan-
ceur. Céleste s’est mis en retrait depuis quelque temps, il
ne dirige plus comme au début l’équipe. Les deux me-
neurs de l’équipe sont très fiers de diriger les autres, au-
delà de ce sport, ils s’entendent tous les deux pour com-
mander la bande. Ils crient à tous "On va gagner, on va
gagner, on est les meilleurs. Tous son harnachés dans
leurs vêtements capitonnés aux couleurs vives. La pre-
mière équipe se fait appeler "les Ethernautes", ils ont les
maillots jaunes, leurs noms sont brodés en vert, les autres,
"les Maternautes", sont en rouge, brodés de jaune. Après
tirage au sort, c’est l’équipe de Maternautes qui va se po-
sitionner en attaque.
Bako, devenu meneur, fait le fière. Il joue contre une
équipe de filles en majorité. Il pense qu’elles ne feront
pas le poids devant lui et ses équipiers, cinq filles et qua-
tre garçons, alors que lui n’a accepté qu’une fille, Shan-
ley, et encore, elle, c’est un garçon manqué. Alors il se
voit déjà gagnant. Il n’y a qu’un garçon dans son groupe
qui n’a pas voulu jouer avec eux, c’est Sven, il n’aime
pas les jeux de compétitions, il préfère ceux où tous parti-
cipent suivant leur aptitude sans chercher à gagner. C’est
pourquoi Shanley, la rebelle était bien contente de pren-
dre sa place. Bako sera le premier batteur, s’il marque le
point, tous les autres le suivront.
L’autre équipe est toujours menée par Axelle. Dans leur
équipe les filles et les garçons ont appris à se partager les
104
tâches. Ils forment un groupe équilibré, entre chacun il
n’y a pas de compétition, ils sont réellement unis contrai-
rement à l’autre groupe. Ce sont tous des enfants calmes
et c’est aussi pour cela qu’ils sont ensemble. Leurs
concurrents ne semblent pas les impressionner et ils sa-
vent tous que contre huit garçons plus fort qu’eux, ils ont
peu de chance de réussir, d'autant plus que ceux-là ont
comme eux des pouvoirs aussi surprenants. Ensemble, ils
ont décidé que Tom sera lanceur, il a plus l’habitude que
les autres et il jouait au baseball avant d’arriver à Keu-
ramdor.
Tous prennent place sur le terrain, le lanceur se posi-
tionne sur le monticule, ses équipiers se répartissent sur le
terrain. Comme les règles sont changées, Tom est un peu
inquiet, il a l’habitude de lancer la balle, mais pour la
faire virer autour des mâts, il faut un peu d’astuce. Cela
dit, il sait qu’il peut y arriver ; à l’entraînement il s’est
fait remarquer comme le meilleur lanceur de tous les en-
fants.
L’arbitre contrôle que tous sont à leur place, il fait signe,
le match peut commencer. Tom ajuste son tir et lance
d’un coup la balle qui vire autour des mâts et fonce vers
le gant d’Axelle en réception. Mais Bako est plus rapide
et frappe sur la balle qui s’envole rapidement au-dessus
du terrain et ses coéquipiers la font tourner en l’air. Les
défenseurs sautent pour l’attraper, mais elle trop rapide.
Les bases glissent sur l’herbe pour piéger le coureur, mais
Bako arrive à les attraper les unes après les autres non
sans mal et retourne sur le marbre. Le premier point est
marqué pour les Maternautes.
C’est maintenant au tour d’Abdel d’être batteur. Axelle
va lancer car Tom a perdu confiance en lui après le point
laissé à ses adversaires. Pour lui, il n’est plus question de
lancer la balle, au moins pour tout le match. Tom pleure,
105
Cléonisse tente de le rassurer et le consoler mais toutes
ses forces l’ont abandonné, alors elle le convainc de se
replacer dans le jeu avec les autres.
Axelle se concentre, elle a en face d’elle Abdel qui a un
large sourire, il est bien sûr de lui, derrière lui, Lina, prête
à attraper la balle. Elle regarde devant elle. Les poteaux
sont alignés et par transparence elle voit Abdel dans sa
ligne de mire. Elle prend la balle et la serre très fort, elle
se concentre…
Abdel n’a pas le temps de voir arriver la balle. Partie
comme un boulet de canon, elle frôle les trois mats qui se
mettent à vibrer. Mais Lina a déjà dans sa main la balle.
Si Axelle recommence deux fois de suite ce coup-là,
Abas sera éliminé. Elle reprend la balle et la renvoie aussi
vite, et pour la deuxième fois, Abas ne la frappe pas. Plus
qu’un coup. Axelle voit de loin que Abas fait des contor-
sions curieuses, comme s’il exerçait un rituel étrange.
Elle n’y prête pas attention mais lorsqu’elle lance la balle,
elle sent qu’elle n’en est plus maître et la balle va
s’écraser directement sur la batte d’Abdel qui la tire haut
sur le terrain de jeu. Ses équipiers la font tourner très vite,
mais les défenseurs cette fois ne se laissent pas surpren-
dre et ils font tourner aussi vite que possible les bases que
Abas devrait atteindre. La première tourne presque aussi
vite que la balle, impossible de la rattraper. Si la balle est
attrapée avant qu’il ne se soit placé, se sera fini pour lui.
Les défenseurs bondissent de plus en plus haut pour blo-
quer la balle, mais elle tourne si vite qu’elle glisse entre
leurs mains. C’est alors que Tom saute très fort pour at-
traper la balle qui arrive sur lui et le percute en pleine
tête. Inconscient après le choc, il retombe lourdement sur
le sol après une chute de plus de dix mètres. Étalé sur
l’herbe, il reste inanimé. Cléonisse non loin de lui le re-
joint, tandis que tous sont surpris par cette chute brutale,
106
Abdel en profite pour franchir sans difficulté les trois ba-
ses et revenir sur le marbre. Noèse est auprès de l’enfant,
elle l’examine et constate qu’il a une jambe fracturée aus-
si elle demande à Steve de l’emmener à l’infirmerie. Les
enfants du groupe des Ethernautes sont écœurés du point
marqué par leurs adversaires et surtout de ce qui arrive à
leur ami, mais le match doit reprendre et pour l’instant les
deux premiers batteurs ont marqué le point. Le reste de la
reprise continue à l’avantage des Maternautes, les Ether-
nautes ne se sont pas remis de la chute de leur ami et
lorsqu’ils passent en attaque, ils marquent quatre points.
Le match se déroule normalement, arrivés à la fin de la
troisième reprise, les Maternautes semblent dominer la
partie et ils pensent que contre des filles, ils seront tou-
jours plus forts. Seulement la quatrième reprise semble
montrer que les Ethernautes reprennent courage. Le pre-
mier lancer est assuré par Céleste qui a face à lui sa sœur,
Cléonisse prête à frapper. Céleste lance la balle avec
force, mais elle rebondit sur le premier poteau. Il se sent
ridicule face à ses amis et cette fois il la renvoie entre les
mats. Cléonisse la rattrape aussitôt et la frappe de sa
batte. Elle l’envoie si haut et si fort que personne ne la
voit redescendre. À son habitude, Cléonisse marche tran-
quillement sur chaque base qui semble être immobilisée
comme par magie. Enfin, lorsqu’elle arrive sur le marbre,
dans un sifflement incroyable la balle retombe en percu-
tant le sol à vitesse si excessive qu’elle explose littérale-
ment. C’est ainsi qu’elle marque le premier point de la
reprise. Dans cette partie, les Ethernautes montrent qu’ils
sont capables de tenir tête aux autres, mais les six points
marqués ne peuvent faire la différence. C’est huit points
qui les séparent à l’avantage des Maternautes, dix neuf
contre vingt sept. Il leur faudrait un miracle pour gagner
la partie maintenant. C’est pendant les quelques minutes
107
de repos que fort surpris, tous voient Tom revenir en
marchant, accompagné de Noèse. Il a le sourire, c’est
comme un miracle de le revoir avant la fin de la partie
alors qu’au début, il avait une jambe cassée. Tom court
vers Harry pour lui demander de reprendre place dans
l’équipe. Le coach est fort surpris du rétablissement spec-
taculaire de l’enfant et regardant Noèse qui lui fait signe
que oui, il accepte de le remettre sur le terrain. Tous les
enfants de l’équipe sont heureux de le retrouver et se sen-
tent stimulés par son retour.
Pour cette dernière reprise, comme au début du match, les
Ethernautes se replacent en défense et Tom insiste pour
être le lanceur de cette reprise. Axelle qui avait pris cette
place depuis son départ accepte, bien qu’elle se sente tout
à fait capable d’assurer cette place.
Tom est face à Scott, le meilleur batteur de l’équipe des
Maternautes. Sa concentration est maximale, il sait que
pour que sa balle soit bonne, elle doit se situer dans la
zone de strike, son adversaire ne lui fera aucun cadeau. Il
le regarde dans les yeux et d’un coup, la balle part, elle
fait le tour de mat et passe juste sous la batte de Scott qui
rage de ne pas l’avoir frappée. Deuxième tir ; Scott est en
concentration maximale, vis-à-vis de ses coéquipiers il ne
doit pas manquer celle-là. Tom a compris la faille de son
adversaire, il va viser le bout du genou, car c’est là que
Scott ne place pas sa batte. Il lance pour la deuxième fois
et ça marche, car Scott rate encore la balle.
Cette fois, c’est le dernier lancer et Scott n’a pas le droit
de rater cette balle. Il a compris la stratégie de Tom et
place sa batte différemment. Pour Tom, c’est aussi le
moment de changer de méthode. Il ne se décourage pas
au contraire, il a pleinement confiance en lui. Curieuse-
ment, il tourne le dos au batteur et lance la balle en ar-
rière, sans élan. Sourires aux lèvres, l’équipe des Mater-
108
nautes voit la balle tourner autour des mâts en douceur, la
balle semble se sustenter dans l’air par un autre phéno-
mène que la vitesse. Arrivée sur le dernier mât, elle en
fait un tour complet, s’arrête un instant. Scott la voit face
à lui, mais ne comprend plus. Et, instantanément, elle
fonce sur sa batte, la fait voler en arrière. La balle finit sa
course dans le gant d’Axelle. Scott est éliminé et c’est lui
qui a les larmes aux yeux maintenant. Shanley et Bako
subissent le même sort et l’équipe est éliminée. Tom vient
de montrer à tous ce qu’il est vraiment, un garçon coura-
geux, capable d’affronter ses craintes ; dans sa simplicité,
il prouve que l’on peut compter sur lui. Les Ethernautes
passent en attaque. Pour eux rien n’est joué car pour ga-
gner il faudra faire un sans faute. Neuf points à marquer
et s’ils en ratent deux, ils ont perdu. L’équipe se prépare à
affronter pour la dernière partie leurs adversaires. Axelle
sera le premier batteur, Tom terminera le match.
Axelle est face à Bako, le plus battant de tous, et celui-ci
n’a pas l’intention de faire de cadeau à cette fille trop ef-
ficace. Il la regarde avec des yeux tueurs, sa balle sera
efficace, elle ne s’en remettra pas, se dit-il. Il vise avec
précision. Axelle se concentre, prête frapper la balle. Ba-
ko, ferme les yeux, les ouvre, tire. La balle rase les po-
teaux et frappe directement le visage d’Axelle. Elle a son
casque heureusement, mais elle s’effondre, choquée par
la puissance du projectile. Bako esquisse un sourire que
Noèse ne manque pas de remarquer. Elle fait arrêter le jeu
immédiatement. Elle se rapproche de sa fille qui se relève
en lui disant que tout va bien. Elle a malgré tout une belle
ecchymose à l’œil droit.
⎯ Ton œil n’est pas beau ma chérie, il va falloir le soi-
gner.
⎯ Après le match maman, laisse-moi terminer, ça va.
Noèse se retourne vers Bako et lui dit :
109
⎯ Je sais que tu l’as fait exprès, tu ne peux cacher tes
pensées. recommence encore et je te renvoie chez toi et je
ferai en sorte que tu perdes tous tes pouvoirs.
Bako ne s’était pas imaginé que son geste serait aussi
conséquent, il sait qu’il a des pouvoirs en lui qui peuvent
être destructeurs, la lute du bien et du mal fait déjà sur-
face à son âge. Il n’est pas fier de lui, il se demande pour-
quoi il doit toujours se montrer arrogant et méchant de-
vant les autres. Il n’a pas envie de rentrer dans son pays et
il se promet de faire les efforts nécessaires. En place pour
relancer la balle, il la renvoie. Sa balle n’est pas bonne, il
n’a plus que deux coups, après le point sera donné
d’office. La balle repart, et ne passe pas les mats. Au der-
nier essai, il se concentre, lance la balle qui rebondit sur
le premier mat. Bako a perdu, voulant trop en faire, il a
aussi perdu la confiance de ses équipiers. Honteux, il se
replace sur le terrain tandis qu’Axelle se place sur la pre-
mière base. Scott remplace Bako tandis que Lilo se place
en attaque, la batte entre les mains. Scott se rappelle la
ruse de Tom et tente de faire la même chose. Il tire aussi
près du joueur qu’il peut, en laissant sa balle dans la zone
de stricke mais Lilo la renvoie aussi vite. La balle vole
au-dessus du terrain et se met à tourner de plus en plus
vite, les défenseurs essaient de l’attraper, mais ils n’y
parviennent pas tandis que Lilo court pour rattraper la
première base car entre temps, Axelle a pu rejoindre la
deuxième et troisième base et marquer le point sur le
marbre. C’est alors que Lilo comprenant qu’il n’y arrive-
ra jamais en courant, il se met à voler lui aussi. Aussitôt,
il glisse comme emporté sur une vague et il rejoint la
deuxième, l’enjambe et continue sa course. C’est un vrai
champion, un surfeur, il fait le tour du terrain si vite qu’il
rejoint la troisième base, glisse encore dessus en se rap-
prochant du but. Pendant ce temps, les défenseurs ont ré-
110
ussi à rattraper la balle. Pas une seconde à perdre pour le
garçon et il saute d’un coup sur le marbre, juste avant que
la balle ne rebondisse dessus. Le deuxième point est mar-
qué. Lilo a réalisé l’exploit de faire du surf sur une pe-
louse, il est fantastique.
Maintenant, c’est Jia, la petite chinoise qui va frapper.
Les défenseurs rigolent, elle est vraiment plus petite que
tous. Comment avec des bras si court,pourra-t-elle attein-
dre la balle lorsque qu’elle arrivera à sa hauteur ? Scott,
se sent bien puissant devant elle. Avec assurance, il lance
la balle et avec surprise, Jia la frappe de sa batte et
l’envoie en l’air. Tout aussi surprenante, avec ses petits
pieds, elle court sur la première base, mais surprise, elle
ne peut continuer plus loin, car Abdel rattrape la balle et
la renvoye sur la deuxième base. Il faudra à Jia attendre le
prochain tir pour avancer. Maintenant, c’est au tour de
Benjamin, mais frapper dans la balle n’a jamais été sa
spécialité. Il préfère regarder les astres. Les étoiles sont
ses balles préférées, il est bien embarrassé d’avoir une
batte de baseball dans la main. Avant d’aller sur le ter-
rain, Axelle lui suggère d’imaginer d’être devant une pla-
nète inconnue et d’avoir pour mission de la mettre sur
orbite autour de son étoile. Benjamin trouve que c’est une
bonne idée. Scott est toujours lanceur pour son équipe,
Benjamin se place face à lui. Entre eux, sur une distance
de moins de vingt mètre, s’échelonnent trois poteaux gros
chacun comme des mats de bateaux. Benjamin imagine
devant lui avoir à faire aux bras d’une galaxie. La pauvre
petite planète est perdue dans l’azur du ciel étoilé, elle
voudrait rejoindre son étoile d’origine qui l’a abandonnée
lorsqu’elle est passée trop près d’un trou noir. Pour reve-
nir, la planète prend son élan avec l’aide d’une super no-
va. L’enfant est bien loin dans ses rêves lorsque Scott,
concentré, lance la balle qui fait le tour des mâts et arrive
111
exactement dans la zone de strike. Avec une force inouïe,
Benjamin frappe la balle qui prend son envol si rapide-
ment qu’elle disparaît définitivement aux yeux de tous.
La balle, d’après les règles, est bonne et les adversaires ne
pouvant la ramener, Benjamin prend tout son temps pour
passer les trois bases et regagner le marbre. Lorsqu’il voit
qu’il a gagné le point, il dit à Axelle :
⎯ Tu sais, la balle, je l’ai remise en orbite autour de la
Terre.
Certainement a-t-il raison car son imagination est toute sa
puissance, c’est là une de ses qualités.
Oda prend place, c’est une fille blonde aux cheveux
cours, elle a le visage rond, elle est grande pour son âge et
comme Didda, elle est couverte de taches de rousseur.
Dans sa tête, tout est carré et tout a sa place. Cette balle,
se dit-elle, doit faire partie du jeu autrement qu’en tour-
nant autour du terrain, c’est normal que tous jouent avec
elle. Scott commence à perdre confiance en lui, pourtant
jusqu’à présent il a bien lancé la balle, il hésite un instant
et finalement l’envoie sur son adversaire. Elle est bien
placée, mais Oda ne la touche pas, elle n’a même pas
bougé sa batte, par contre York la bloque dans son gant.
Elle devrait faire attention sinon elle sera éliminée.
Deuxième lancer. Scott se sent plus fort et lance encore.
Même chose, Oda regarde la balle dans les mains de
York. Mais que fait-elle se demandent ses coéquipiers.
Dernier lancer pour elle. Scott si sûr de lui maintenant la
lance sans prendre garde, mais Oda et rapide et renvoie la
balle. Directement aux pieds d’un défenseur qui la ra-
masse. Mais curieusement la balle lui saute des mains et
elle se met à rebondir comme une balle en caoutchouc
dur. Elle fait des bonds si impressionnant que lorsqu’un
défenseur pense l’avoir en main, elle s’échappe. Si bien
que personne ne pense à faire glisser les bases et qu’Oda
112
fait le tour du jeu sans aucune difficulté.
Izam est maintenant en piste, il se demande comment
marquer un point alors qu’à l’entraînement il n’est jamais
allé plus loin que la deuxième base. Il s’interroge sur la
stratégie à utiliser pour arriver au but. Mais pas le temps
de réfléchir, la balle est déjà partie et Izam la renvoie aus-
sitôt. Elle tombe au sol, un défenseur la ramasse. Izam
rejoint fort heureusement la première base et c’est Guelia
qui le remplace à l’attaque. Elle est aussi un peu comme
lui, son don principal est avant tout de faire ressortir
l’amour du cœur des hommes, alors lancer une balle et
courir est pour elle secondaire. Scott lance la balle qui
passe à côté de la zone. C’est une mauvaise balle. Scott se
questionne, il ne comprend pas pourquoi il l’a si mal lan-
cée. Curieusement, cette fille ne lui est pas antipathique,
il ressent une attirance. Son cœur vibre en la regardant.
Non, se dit-il, je ne te veux pas de mal, seulement jouer
avec toi. Guelia lui fait un sourire, et Scott lance encore la
balle aussi mal. pendant ce temps, Izam est passé de la
base un à trois. Scott, cette fois n’a pas peur d’être mal vu
par ses équipiers et lance encore la balle. Comme s’il
l’avait fait exprès, elle passe dans le dos de Guelia et
pendant ce temps, Izam a marqué le point pour son
équipe. Scott cette fois se dit que même s’il l’aime, il doit
jouer pour son équipe. Il relance, mais vraiment, il n’y est
pour rien, car la balle percute le dernier mât. Guelia,
trouve alors l’avantage de passer sur la première base
sans avoir frappé la balle avec la batte.
Cléonisse se retrouve à ce moment batteur. Pour elle, rien
ne lui fait peur, elle est comme sa mère. Elle a appris à
contrôler son environnement, ses émotions et sa force de-
puis sa naissance. Elle peut se mettre dans la peau d’un
joueur de baseball, d’un musicien ou d’un philosophe
suivant les situations. Elle trouve ses ressources dans les
113
forces du monde, à travers l’expérience de chacun, elle
les lit et les assimile comme des programmes informati-
ques.
Elle est batteur dans cet instant. Scott sent qu’elle sera
difficile à tromper. Il réfléchit avant de lancer la balle,
mais celle-ci lui échappe des mains et file droit vers la
batte de Cléonisse qui la frappe et la met en orbite autour
du terrain. Guelia s’est avancée d’une base, ce qui libère
la place pour Cléonisse. Hélas, les adversaires on comprit
que le seul moyen de l’arrêter est de faire glisser les bases
le plus vite possible. La première base est devenue inac-
cessible, comment la rattraper, la balle tourne et bientôt
un défenseur va la récupérer. La seule solution qu’il lui
vient en tête est de concentrer sa pensée sur la base. Elle
pense si fort que la base en marbre se met à rougir, fondre
et s’enfoncer dans le sol. Elle n’est même pas refroidie
que Cléonisse se jette dessus, se brûlant terriblement les
pieds. Elle a très mal mais ne dit rien pour ne pas arrêter
la partie. La balle est rattrapée, Guelia est sur la troisième
base, Cléonisse sur la première. C’est alors que Tom ar-
rive pour conclure le match. Il manque deux points pour
égaliser et un de plus pour gagner. Tout est encore possi-
ble, pas le choix pour lui. Pour faire avancer les autres, il
faut occuper la scène sans faire de faute. Entre Tom et
Scott, le regard est dur. Scott sait qu’il joue sa dernière
balle, il faut qu’elle soit bonne. La balle part comme un
coup de canon, la batte frappe si fort qu’elle se casse en
deux. La balle monte en l’air et tourbillonne autour du
terrain. Guelia comprend qu’elle doit rejoindre le marbre.
Mais Cléonisse semble paralysé sur sa base. Tom lui dit :
⎯ Vas vite sur l’autre base, laisse-moi la place.
⎯ Je ne peux pas, j’ai les pieds brûlés.
Alors Tom comprenant sa souffrance, par sa pensée la
soulève et la déplace vers l’autre base. Il peut alors se
114
placer sur la première. La balle tourne encore mais heu-
reusement elle n’a pas encore été attrapée. Cléonisse,
pour soulager Tom court pieds nus vers la troisième base
qu’elle arrive à attraper. Tom saute d’un trait sur la
deuxième et enfin Cléonisse court et s’effondre sur le
marbre. Bako vient juste d’attraper la balle, s’il s’apprête
à l’envoyer sur la troisième base ou le marbre, tous les
efforts de Tom seront perdus. Alors il bondit vers la troi-
sième base, la touche à peine des doigts. Bako, d’un tir
précis lance la balle sur le marbre, Tom bondit instanta-
nément, s’écrase sur le marbre, la balle le frappe dans le
dos. Le point est marqué. Il ouvre un œil. Sur le tableau
est affichés vingt-huit pour les Ethernautes, vingt sept
pour le Maternautes. L’équipe des Ethernautes a gagné.
Tous les enfants se retrouvent, équipes confondues. En
arrière, Cléonisse est allongée sur l’herbe, Noèse lui
donne quelques soins car elle la plante des pieds brûlée et
elle ne peut plus marcher. Elle a sacrifié ses pieds pour
marquer un point alors qu’elle pouvait l’abandonner.
Cette fille tient beaucoup de sa mère, Noèse le sait bien.
⎯ Cléonisse, je t’ai vu faire et je pensais voir ta ma-
man lorsque tu as fait fondre ce bloc de marbre. Tu n’as
que six ans et tu agis déjà comme certains adultes. Per-
sonne ne te demandait de te sacrifier, surtout pour un
match entre vous. Ce n’est qu’un jeu. Si je ne fais rien
pour tes pieds tu ne pourras pas marcher avant deux se-
maines.
⎯ Ce que tu dis est vrai, mais maman est partie d’ici
en se sacrifiant, elle donne toujours pour les autres et je
trouve ça bien. Je veux être comme elle plus tard. J’ai un
peu mal, mais c’est rien en comparaison du plaisir d’avoir
gagné. On aurait pu laisser un point et être à égalité, mais
certains de l’autre équipe méritaient une petite leçon.
Tant pis pour mes pieds, ça valait le coup. Et puis, je te
115
connais trop bien, tu vas m’arranger ça en quelques ins-
tants, lui dit-elle avec un petit sourire.
⎯ Bon, c’est vrai, tu as raison pour la leçon, mais fais
attention, je ne serai pas toujours auprès de toi pour te
soigner.
⎯ En attendant, tu l’a fais pour Tom, tu lui as ressoudé
la jambe en trois minutes et lorsqu’il est revenu, il avait
une confiance plus grande qu’à son habitude. Je te soup-
çonne de l’avoir stimulé à ta façon, ce qui n’est pas trop
régulier dans un match.
⎯ Le jeu en valait bien la chandelle et une leçon aussi.
Et puis, Tom avait besoin qu’on s’occupe de lui, le jeu lui
avait donné la nostalgie du pays.
⎯ Je t’aime comme ma deuxième maman.
⎯ Je ne suis pas ta maman, je suis ta tante et je t’aime
comme une nièce. Tu as fait un beau match avec tes amis,
même l’autre équipe était très bien. Je ne devrais pas,
mais je suis toujours étonnée de voir des enfants aussi
jeunes se défendre comme des grands. Je t’emmène à
l’infirmerie pour te soigner, ensuite nous ferons la fête.
À la sortie du match ils sont tous devenus amis. Mais ce
que le match a changé cher les enfants, c’est la vision
qu’ils ont des autres. Oh, bien sûr, les deux groupes exis-
tent encore, mais ils se sont rapprochés. Bako a rangé ses
ambitions de chef, il a pris peur et surtout commence à
comprendre que diriger n’est pas vouloir ni ordonner et
encore moins haïr. Pour Scott, c’est un air d’amour qui
flotte sur lui. Ce garçon, si sûr de lui avant le match, se
laisse aller à rêver. Il tient la main de Guelia avec qui il a
ressenti autre chose que l’agressivité et la haine. Cette
fille lui parle d’amour à sa façon et c’est curieux, car ça
lui fait du bien. Durant tout le jeu, chaque enfant a pu dé-
couvrir une possibilité nouvelle qu’il ignorait et chacun a
fait un pas l’un vers l’autre.
116
La fin de la journée se termine par une sortie organisée en
haut de la montagne qui domine le lac. Par chance, à
l’heure où ils arrivent, le ciel est dégagé et comme c’est
l’automne dans sa pureté, ils arrivent à voir toutes les
étoiles et les bras de la voie lactée. Noèse a réservé le res-
taurant situé à côté du sommet et tous les enfants mangent
une bonne tartiflette. Après la glace, fatigués, ils
s’installent dans l’autocar qui les ramène à Keuramdor.

117
ÉGARE ?

Christopher et Harry se sont intégrés à


Keuramdor depuis bientôt deux mois ; ils sont en France,
en mission depuis le début du mois de septembre pour
enquêter sur la disparition étrange d’une navette spatiale à
Houston. Ils avaient toutes libertés pour mener leurs in-
vestigations, mais le FBI commence à s’inquiéter de ne
pas avoir de résultats. C’est pour ça que ce matin, Chris-
topher entre dans le bureau de Noèse pour lui parler :
⎯ Noèse, nous devons vous quitter, j’ai reçu de Was-
hington un message. Mon patron me demande de rentrer
avec Harry rapidement pour faire un point précis sur
l’enquête que nous menons. Il va me poser des questions
sur Aqualuce et Jacques. Que puis-je répondre à leur su-
jet??
⎯ Cela m’avait un peu échappé que vous n’étiez là
que temporairement. Si vous partez, les enfants vont vous
regretter, ils se sont trop bien habitués à vous. Si vous le
voulez, je peux vous faire un contrat de travail, comme
ça, le problème sera réglé. Si vous partez, je vais être
obligée d’embaucher un professeur d’éducation physique.
⎯ Vous savez Noèse que nous nous sommes attachés à
tous ces enfants. Lorsque nous sommes venus vous voir
la première fois, nous avions pour idée de découvrir des
éléments intéressant pour l’enquête, mais nous ne nous
attendions pas à découvrir une école avec un vivier
d’enfants extraordinaires. Ce sont eux qui nous ont chan-
gés en un sens. Ils sont très puissants, voire même dange-
reux pour notre monde dans lequel nous sommes. Si je
parle de ce que j’ai vu ici, il est certain que tous les servi-
ces secrets vont arriver rapidement et prendre vos enfants
pour faire des expériences. Tous ces gens au Pentagone
118
n’ont pas de scrupules, même si nous sommes dans une
démocratie. L’intérêt militaire est plus important que tout.
Pour vous préserver, il est indispensable que je vous éloi-
gne de mes investigations. Par contre j’aimerais que vous
me donniez quelques éléments pour calmer mes supé-
rieurs.
⎯ C’est vrai, Christopher, depuis que vous êtes ici,
vous vous occupez des enfants avec Harry, vous partici-
pez aux activités de l’école et vous en avez découvert le
secret. Néanmoins, nous n’avons jamais parlé de ce qui a
motivé ma sœur et Jacques, mon beau-frère à nous quitter
il y a plus de deux mois. La vérité est que c’est moi qui ai
demandé à Aqualuce de partir au plus vite parce qu’un
grand danger guette nos enfants et la planète entière. En
fait, je n’ai pas toujours vécu sur Terre, je suis née sur
une planète nommée ICI, située à l’autre bout de la ga-
laxie. Aqualuce et moi avons le même père, c’est ce qui
nous unis. Jacques a vécu une aventure extraordinaire, car
il a été kidnappé un jour du mois d’Août 1999 par des
extra-terrestres. Il a trouvé sa femme, des amis et moi-
même dans l’espace. Et nous sommes revenus, tenez-
vous bien : le 11 septembre 2001. Ça doit vous dire quel-
que chose. Ce jour-là, la Terre a été frappée par un très
puissant rayon de lumière qui a commencé à changer tou-
tes les consciences humaines. Mais les attentats ont étouf-
fé cet événement et pratiquement aucun homme ne s’en
est aperçu. Steve est un de ces hommes qui a été touché
personnellement par ce rayon, je l’ai rencontré ce jour-là.
Les enfants qui nous entourent, sont tous nés de cet évé-
nement. Leur esprit est celui d’êtres qui habitaient autre-
fois dans l’espace et ils nous ont accompagnés à notre
retour sur Terre, il y en a des millions et ils sont tous au-
tour de nous. Il y en a vingt-huit avec nous et ce n’est rien
en comparaison de ce que notre école devrait être. Nous
119
pouvons en recevoir plus de cent vingt, mais ce ne sera
jamais assez. Cela dit, au-delà de notre école, les enfants
que nous formerons seront capables lorsqu’ils seront
grands de retrouver leurs frères et sœurs et ils continue-
ront dans le monde entier notre tâche et réaliseront leurs
propres écoles. De toute façon ce monde doit changer,
d’autres rayons de lumières toucheront la planète pour la
transformer encore plus. C’est à cause de tout cela que les
enfants et la Terre sont en danger. J’ai le don de lire tou-
tes les pensées humaines, je suis réceptrice de toutes les
influences magnétiques et je peux capter les grandes pen-
sées, même si elles viennent du bout d’une Autre Galaxie.
Il y a dans l’espace un mauvais esprit qui veut
l’anéantissement des enfants qui sont autour de nous car
ils représentent un danger pour des forces maléfiques qui
dirigent notre monde. La Terre est le but de leur
conquête, alors Aqualuce est partie les combattre. Elle
avait besoin d’un vaisseau spatial pour rejoindre ce
groupe afin de l’affronter. Elle a pris votre navette pour
cela, elle y était obligée. Si elle était allée voir votre pré-
sident, je ne pense pas qu’il l’aurait cru, alors elle n’avait
pas d’autre choix que de voler votre engin. Votre navette
n’est même plus dans le système solaire et je ne sais
même pas si elle existe encore. Je sais qu’Aqualuce est
arrivé sur un astre où elle n’est pas seule et vous seriez
bien incapable de la rejoindre même si je vous disais où
elle se trouve ; à moins d’avoir un vaisseau spatial
comme il en existait dans le monde d’où je viens.
Voici la vérité…
⎯ Noèse, vous me faites tourner la tête. J’ai découvert
tous ces enfants et leurs pouvoirs m’ont déjà énormément
surpris, mais je m’y suis fait, j’aime le mystère et le para-
normal. Mais votre histoire que je crois sincèrement, elle
est incroyable.
120
⎯ Quand devez-vous partir, Christopher ?
⎯ Cet après-midi, nous prenons l’avion à Paris de-
main.
⎯ Bien, allez dire au revoir aux enfants et avant de
partir, rejoignez-moi dans mon bureau, nous verrons tous
les trois pour la réponse à donner à vos patrons.
Christopher ressort, il prépare ses affaires qu’il charge
dans sa voiture, ensuite, avec Harry, ils retrouvent les en-
fants sous le préau pour leur dire au revoir. Tous sont tris-
tes, ils n’imaginaient pas les voir partir un jour, ils
s’étaient tellement bien intégrés et rendus indispensables.
Après avoir aussi salué l’équipe de Keuramdor, ils re-
trouvent Noèse dans son bureau.
⎯ Nous sommes prêts, la voiture est chargée. Nous
devons partir.
⎯ Ce n’est pas une bonne nouvelle, nous devrons faire
sans vous. Mais nous reverrons nous, je l’espère.
⎯ Noèse, nos chances de revenir ici sont liées à ce que
nous allons pouvoir révéler devant notre commission. Si
vous présentez des soupçons, il y a des chances que nous
ne revenions pas seuls. Dans le cas contraire, je ne pense
pas.
⎯ Je l’entends bien, mais tout de même, donnez-moi
vos coordonnées afin que nous puissions garder contact.
Christopher et Harry donnent leur numéro de téléphone et
adresse Email.
⎯ Alors, vous avez réfléchi à ce que nous pouvons dé-
voiler à nos patrons ?
⎯ Oui ! bien sûr. Approchez-vous de moi, regardez-
moi bien et écoutez.
À ce moment, Noèse pose ses mains sur le front de cha-
cun et leur dit :
Vous avez tout oublié, vous n’êtes jamais venu ici, vous

121
n’avez rien trouvé. Il y a une confusion avec d’autres per-
sonnes, ce ne sont pas eux que vous recherchez, la piste
n’est pas bonne. Ce sont des personnes ordinaires, ils
n’ont pas pu voler de navette. Ils étaient venus faire du
tourisme. Vous ne connaissiez personne, aucun enfant.
Puis elle rajoute :
⎯ Souvenez-vous de ce mot « Overbase », cela ravive-
ra votre mémoire s’il le faut.
Maintenant, vous vous êtes trompés de chemin, ressortez,
d’ici, il n’y rien à voir.

Noèse détache ses mains de leur front et d’un coup les


deux hommes se sentent confus.

⎯ Pardonnez-nous Madame, nous nous sommes trom-


pés de route, on n’a rien à faire ici, c’est une erreur.
⎯ Je vous raccompagne à votre voiture Messieurs.
Noèse sort avec les deux hommes qui ont garé leur auto
devant l’entrée du bâtiment, leur fait signe de la tête. La
voiture descend l’allée jusqu’au portail, prend la route.
C’est fini. Noèse verse des larmes, elle s’était tant atta-
chée à eux. Hélas, pour protéger tout son petit monde,
elle n’avait pas le choix. Noèse rentre dans son bureau et
s’y enferme pour le reste de la journée, il y a malheureu-
sement des moments comme ça…

122
KIDNAPPÉE

Axelle n’a pas le moral ce soir, elle pense


à Christopher et Harry avec lesquels elle aimait jouer à
l’Overbase, le jeu qu’ils avaient inventé pour eux. Bien
sûr, Steve, son papa a proposé de jouer avec eux, mais ce
n’est pas la même chose. Pourtant, Noèse a décidé de pla-
cer au-dessus de la grande porte de l’école un blason par-
ticulier, représentant un marbre sur lequel sont croisées
deux battes avec des balles. En dessous y est inscrit
"KEURAMDOR". C’est devenu l’emblème de l’école car
elle n’en avait pas.
Cléonisse est dehors, derrière le gymnase. Elle a été auto-
risée à sortir à condition de ne pas s’éloigner. Assise sur
un rocher, elle admire le ciel d’un air nostalgique. C’est
alors qu’Axelle et Shanley la rejoignent.
⎯ Que fais-tu toute seule ici, Cléonisse ?
⎯ Je m’ennuie et je pense à nos deux policiers, cela
me donne le cafard. Je regarde le ciel et je me dis que
maman est loin là-bas dans les étoiles et j’aimerais bien la
rejoindre alors qu’elle revienne. Je ne sais pas pourquoi,
mais ce soir quelque chose m’attire à contempler le ciel,
comme si elle allait revenir.
⎯ Il est tard, maman m’a dit de venir te chercher, il
est bientôt l’heure d’aller nous coucher.
⎯ Non, restons encore cinq minutes.
⎯ Si tu veux, mais on rentre après.
À ce moment, Shanley dit d’un ton excité :
⎯ Regardez la belle étoile filante qui traverse le ciel.
Elle va vite, c’est curieux, on croirait qu’elle fait un vi-
rage.
⎯ Oh oui ! regarde, Cléonisse, on la voit même gros-

123
sir, j’en ai jamais vu une aussi grosse.
⎯ Vous avez raison toutes les deux, je me demande
bien ce que c’est. Regardez, ça se rapproche, c’est pas
une étoile, c’est un avion sans aile, on le voit bien.
L’engin passe à basse altitude au-dessus de leur tête, fait
un virage et les enfants le voient se poser de l’autre côté
de la route, dans le bois face à la propriété. Hormis les
trois filles, personne ne l’a aperçu.
⎯ Crois-tu que c’est un vaisseau spatial, Cléonisse ?
⎯ Je ne crois pas, j’en suis certaine.
⎯ Je vais prévenir maman, lui répond Axelle.
⎯ Non, ne le fais pas, je veux aller voir de plus près.
Viens avec moi, on se rapproche, insiste Cléonisse.
Comme Axelle aime aussi l’aventure, elle accorde à son
amie de l’accompagner. La troisième fille, Shanley, n’est
pas de leur avis et préfère rentrer. Elles font le tour du
bâtiment afin de retrouver l’appareil qui semble échoué.
Les deux enfants marchent jusqu’au grand portail de la
propriété. Curieusement, la petite porte métallique est res-
tée ouverte, et elles s’y faufilent.
D’un coup deux enfants et deux adultes se retrouvent face
à face dans l’obscurité. Les gamines sont surprises, elles
ne s’attendaient pas à tomber nez à nez avec des person-
nes juste devant la porte de l’école. Sur le coup, elles ne
peuvent bouger, comme paralysées. L’homme attrape le
premier enfant qui est devant lui, la petite fille crie de
toutes ses forces et court, laissant dans les mains de
l’homme son blouson. L’autre enfant, recule et rentre
dans la propriété.
⎯ Néni, rattrape là, avant qu’elle ne donne l’alerte.
Mais la jeune femme ne bouge pas et laisse l’autre petite
fille se replier dans la propriété, alors que l’homme court
sur la route pour rattraper l’autre enfant.

124
⎯ Laisse cette enfant tranquille, lui dit Néni, la jeune
femme.
⎯ Non, suis-moi, rattrapons la.
Néni descend la route bitumée que l’homme dévale à vive
allure. La course dure près de dix minutes et dans
l’obscurité, il est bien difficile de repérer un enfant entre
les branches des arbres. D’un coup, il entend un craque-
ment de branche. Il se retourne et voit face à lui la fillette.
Cette fois, elle ne peut plus s’enfuir, il se jette sur elle et
l’attrape avec force, la plaque sur le sol, elle ne peut plus
s’échapper. Néni, sa compagne arrive à sa hauteur :
⎯ Bildtrager, laisse cette fille, n’insiste pas, il vaut
mieux rentrer.
⎯ Il n’en est pas question, c’est ma mission.
⎯ Ce n’est pas ta mission, tu en as une autre.
⎯ C’est faux, je suis venu sur Terre pour enlever cette
enfant. J’ai accompli ma mission, rentrons immédiate-
ment.
Néni n’est pas agressive, elle est avec lui pour tenter de le
raisonner, mais il ne veut rien entendre. Elle l’a accom-
pagné ici pour éviter qu’il ne fasse des actes irrémédia-
bles.
⎯ Maintenant, suis-moi jusqu’au vaisseau, il faut re-
partir.
Il attrape l’enfant qui pleure et la met sur ses épaules.
Pendant ce temps, l’autre fille qui s’est échappée est arri-
vée à l’entrée du bâtiment, elle est attendue par Noèse :
⎯ Cléonisse, dis-moi où est Axelle ?
⎯ Elle s’est fait attraper par l’homme qu’on a croisé à
l’entrée de l’école, je l’ai vue courir et descendre la route.
⎯ Shanley m’a raconté l’histoire de ce vaisseau qui
s’est posé dans le bois devant l’école. Steve, Léon et Mar-
tin sont partis voir.

125
⎯ Axelle est en danger, il faut la rechercher.
⎯ Cléonisse, elle n’est pas en danger pour l’instant,
l’homme avec qui elle est n’est pas dangereux, je le
connais très bien. Vient, monte avec moi dans la voiture,
j’ai besoin de toi pour la retrouver.
Dans la voiture, à la sortie de la propriété, Noèse, d’un
ton grave dit à Cléonisse :
⎯ Ce que je vais te dire est très surprenant, mais je
n’ai pas le choix, car tu peux vraiment m’aider à retrou-
ver Axelle. L’homme qui vient d’arriver avec le vaisseau
spatial est ton père. C’est Jacques. Je pense qu’il est venu
pour te chercher. Si nous le rejoignons, nous avons une
chance de le raisonner et de récupérer Axelle.
⎯ Mais pourquoi ferait-il cela ?
⎯ Dans son esprit, c’est très flou, je n’arrive pas très
bien à savoir pourquoi. Il y a deux consciences qui se mé-
langent en lui. Tout ce que je sais, c’est que ta mère n’est
plus avec lui. Il est avec une autre personne qui n’est pas
contre nous. Il semble qu’une puissante force le contrai-
gne à faire cela. S’il te voit et t’entend, il est possible
qu’il retrouve ses esprits et la relâche. Il ne faut pas per-
dre de temps. Il veut repartir maintenant avec Axelle.
La voiture descend rapidement la route et s’arrête quel-
ques instants plus tard.
Mais pendant ce temps, Jacques, le père de Cléonisse,
remonte dans le bois vers son engin qui l’a guidé jus-
qu’ici. Noèse descend de sa voiture avec Cléonisse et el-
les commencent à suivre leur trace. Hélas, elles ont quel-
ques minutes d’écart et bientôt, ceux qu’elles poursuivent
arrivent à la hauteur du vaisseau. Heureusement Steve,
Martin et Léon sont déjà sur place et il lui est impossible
de s’approcher de son appareil. Dès qu’il sera découvert,
les hommes lui tomberont dessus et reprendront l’enfant.

126
⎯ Néni, on n’a pas le choix, il faut s’éloigner d’ici, ils
vont nous rechercher. Nous devrons attendre qu’ils
s’éloignent de l’appareil pour le rejoindre et repartir.
⎯ Mais mon pauvre, tu rêves, ils ne vont plus nous lâ-
cher maintenant qu’ils ont retrouvé l’engin.
⎯ Ça va, grimpons, faufilons-nous entre les arbres.
⎯ Jacques, rends-toi à ceux qui te cherchent, ce sont
tes amis, ils t’aideront à retrouver ta vraie conscience. Je
suis aussi là pour t’y aider, tu le sais.
⎯ Arrête de m’appeler Jacques, je suis Bildtrager et je
ne veux pas entendre d’autre nom que celui-là.
Mais pour lui, ce n’est pas facile de chercher sa route et
porter l’enfant qu’il a sur le dos, d’autant plus qu’elle re-
mue de plus en plus. Elle ne peut crier car elle a un fou-
lard qui la bâillonne, mais elle lui donne des coups de
pied. Ils marchent pendant prêt de deux heures et pensent
être hors de portée de ceux qui pourraient les poursuivre.
Il s’arrête épuisé et repose l’enfant sur le sol. C’est la fin
de l’automne et ils ont tous froid. La petite fille pleure,
elle est terrorisée.
⎯ Je veux rentrer à la maison, ramenez-moi chez moi,
j’ai froid.
Dans l’obscurité, elle ne distingue pas les visages, mais
une voix douce lui répond :
⎯ N’aie pas peur, je ne te veux pas de mal, je vais
même te réchauffer. Donne-moi ta main. Je suis Néni,
une amie de tes parents.
La petite prend sa main. Aussitôt, elle sent une chaleur lui
envahir dans tout le corps et quelques minutes plus tard,
elle n’a plus froid. Elle sent sur elle, comme un manteau
protecteur invisible.
⎯ Ça va mieux. Comment t’appelles-tu ?
⎯ Je suis Axelle, ma maman c’est Noèse, la directrice

127
de l’école et mon papa, c’est Steve.
⎯ Moi, c’est Néni, je viens de la planète Elvy, nous
sommes arrivés tout à l’heure avec un mini vaisseau spa-
tial.
⎯ Et tu viens du ciel pour m’emmener ? Pourquoi ?
⎯ Ce n’est pas moi qui veux, c’est plus compliqué.
⎯ Taisez-vous, nous allons être repérés si on vous en-
tend.
⎯ Et t’es qui toi, je ne te vois dans le noir, mais ta
voix, je la connais.
⎯ Je suis Bildtrager, je suis le mari de l’impératrice
Maldeï et si tu ne m’obéis pas, elle pourrait te faire mou-
rir.
⎯ Bildtrager, ne dites pas cela à cette enfant, vous
n’en avez pas le droit De plus vous allez la rendre ma-
lade.
⎯ Néni, ne vous en faite pas, je n’ai plus peur. Je suis
comme ma maman, je peux lire les pensées des hommes.
Je sais qu’il n’est pas méchant. Mais j’ai du mal à savoir
ce qu’il y a en lui, c’est un homme sans passé, dans sa
tête, il n’a que trois mois d’existence. Mais il cache quel-
que chose en lui.
⎯ Tu as raison. Bildtrager, dites lui qui vous êtes, reti-
rez votre masque.
⎯ Taisez-vous pour la dernière fois, je n’ai pas de
masque. Je suis, je suis… Oh ! je ne veux plus vous en-
tendre.
À ce moment, il s’effondre et se masque les yeux pour
sembler ne plus exister. À peine se sont-ils tous tus, qu’ils
entendent des voix les appeler tout près d’eux :
⎯ Axelle, Jacques, répondez-moi, je sais que vous
n’êtes pas loin. Jacques, rejoignez-nous, on s’occupera de
vous. J’arriverai à vous soigner.

128
⎯ Papa, c’est moi, Cléonisse. Écoute-moi, reviens. Cé-
leste est resté à l’école, il t’attend. Tu nous manques, ça
fait trois mois que tu es parti. Reviens papa, reviens.
Le pauvre homme ne sait plus où il en est, il entend dans
sa tête des voix qui ne lui sont pas étrangères. Mais en
même temps, ce sont des inconnus qui l’appellent. Il est
prêt à se rendre, tous se liguent contre lui. Il voit dans
l’obscurité des bois deux ombres se détacher. Mais il ne
peut distinguer les visages, car la lune n’est pas au ren-
dez-vous, elle est noire à cette époque. Juste à ce moment
deux torches se dirigent sur lui et l’enfant et les éblouis-
sent.
⎯ Rejoins-moi, papa, on a retrouvé ton vaisseau, tu ne
peux plus repartir.
Alors, Bildtrager baisse les bras. Il doit admettre de de-
voir se rendre, s’il ne peut plus rejoindre Maldeï.
C’est à ce moment précis qu’un faisceau formidable de
lumière embrase toute la forêt. Noèse lève les yeux et dis-
tingue un autre vaisseau de bonne taille, descendant sur
eux. Elle comprend que c’est Cléonisse et elle-même qui
sont en danger maintenant. Il faut fuir, car des renforts
arrivent pour rechercher ceux qui sont venus enlever un
enfant.
Elle a raison car l’engin se pose aux pieds de Bildtrager.
Et deux hommes en sortent. De loin, elle peut distinguer
Jacques rentrer dans le vaisseau avec sa fille et la jeune
femme. Un instant plus tard, la porte se referme, le vais-
seau s’élève doucement au-dessus des arbres puis accé-
lère si fort qu’en moins de trois seconde, il disparaît.
C’est terminé.
Cléonisse et Noèse ne peuvent plus bouger, elles ne
s’attendaient pas à un repli si bien préparé. Peut-être Jac-
ques ne s’en doutait pas car il était convaincu dans les
derniers instants de devoir se rendre à eux. La petite fille
129
s’effondre en pleurs.
⎯ Je ne reverrai plus jamais Axelle, elle est partie trop
loin.
Noèse retient ses larmes, elle a la gorge serrée.
J’ai la promesse de Néni, la femme qui était avec eux,
qu’elle veillera sur elle et qu’il ne lui arrivera rien. Ce qui
se passe est peut-être un plan, je pense qu’Aqualuce pré-
pare quelque chose. Si Jacques n’est pas avec elle, c’est
qu’il y a une raison que je ne m’explique pas encore.
Mais, Cléonisse, je te fais une promesse. Je vais mettre
tout en œuvre pour retrouver Axelle et ton père. Et ils re-
viendront ici un jour.
Elle rentre avec Cléonisse à Keuramdor. Là, elle retrouve
Steve qui jusqu’à présent s’était toujours montré discret.
Elle lui annonce gravement qu’Axelle s’est fait enlever et
qu’un vaisseau l’a emportée dans le vaste ciel. Son mari,
au lieu de s’effondrer, la regarde droit dans les yeux :
⎯ Je pars dès que possible à leur recherche.
⎯ Mais comment vas-tu t’y prendre ?
⎯ Ils sont partis avec Axelle, mais ils ont laissé le
vaisseau. Je vais partir avec lui.
⎯ Mais tu ne sais même pas où, c’est de la folie ! As-
tu une idée de ce qu’est l’univers. Je peux t’assurer que
ton imagination ne peut s’en représenter qu’un milliar-
dième de milliardième.
⎯ Je pense que je le peux, j’ai confiance, comme Jac-
ques lorsqu’il était avec nous.
Noèse ne répond pas. Elle regarde sa montre, il est bientôt
une heure du matin. Elle rejoint son bureau, décroche le
téléphone et compose un numéro. Elle entend la sonnerie
alternée à l’autre bout de la ligne. Quelqu’un décroche :
⎯ Hello, Hello ?
Noèse laisse la voix s’exprimer, le temps de la reconnaî-

130
tre à coup sûr.
C’est bien lui se dit-elle
⎯ Hello, Christopher ?
⎯ Yes !
Alors, Noèse dit ce simple mot :
⎯ Overbase.
Un long silence à l’autre bout, mais la personne ne rac-
croche pas.
⎯ Noèse, c’est vous ?
⎯ Oui.
⎯ J’ai l’impression que je suis sorti d’un long rêve, je
ne sais plus où j’en suis. Il me semble maintenant que je
vous avais oubliée. Excusez-moi, j’ai très mal à la tête.
⎯ Je vous comprends, vous arrivez d’un grand voyage
et vous redécouvrez une partie de votre passé.
⎯ Lorsque nous sommes partis de chez vous, vous
nous avez fait oublier.
⎯ Oui, j’en suis désolé.
⎯ Vous vous mettez en danger. Pourquoi me réveillez-
vous alors ?
⎯ Si je vous appelle, c’est qu’il s’est passé quelque
chose de grave cette nuit à Keuramdor.
⎯ Vraiment ?
⎯ Oui, Axelle a été enlevé et ses ravisseurs sont partis
dans l’espace. Nous avons récupéré un vaisseau spatial,
Steve veut partir à leur recherche.
⎯ Noèse, je suis en vacances depuis deux jours, j’ai
trois semaines devant moi. Je prends l’avion demain, je
vous rejoins. Pensez-vous que Harry puisse venir avec
moi ?
⎯ Il n’y a pas de problème, mais il faudra le réveiller.
Dites-lui simplement "Overbase".

131
Leur conversation s’arrête là. Mais Cléonisse a qui Noèse
a demandé d’aller se coucher, s’est relevée. Elle rejoint
son frère pou le réveiller.
⎯ Céleste, lève-toi tout de suite, c’est très important.
Le pauvre garçon a du mal à faire surface, il est tard, tout
le monde dore. En ouvrant les yeux, il voit sa sœur :
⎯ Pourquoi me réveilles-tu en pleine nuit ?
⎯ J’ai vu papa, tout à l’heure et il a enlevé Axelle. Ils
sont partis dans un vaisseau spatial. Il faut immédiate-
ment prendre le sifflet, il faut appeler maman l’avertir.
Elle doit pouvoir les ramener.
⎯ Axelle est partie. C’est important, tu as raison, nous
devons y aller.
Les deux enfants, sans faire de bruit descendent les esca-
liers du bâtiment et rejoignent la maison où ils habitaient
avec leurs parents. Là, Cléonisse prend le sifflet qu’elle
avait déjà utilisé. Elle regarde son frère qui lui fait signe
et souffle doucement dedans. Le sifflet se met à vibrer et
une lumière se dégage des orifices d’où l’air ressort. Les
enfants attendent quelques minutes, puis une fumée de
lumière se met à grandir autour du sifflet et bientôt en-
toure les enfants.
Les murs se mettent alors à vibrer. C’est à ce moment
qu’Aqualuce, apparaît devant ses enfants avec son ami
Fil. Les enfants n’en reviennent pas, le sifflet magique
qui leur a été offert, fonctionne à merveille. Leur mère
était il y a un fragment de seconde plus tôt dans un im-
mense vaisseau spatial, maintenant, la voici dans le salon
d’un beau pavillon une nuit d’automne sur Terre. Le
paysage est bien différent pour Fil qui ne connaît pas
cette planète mais Aqualuce n’est pas surprise, elle est
chez elle.
⎯ C’est vous qui m’avez appelée, les enfants. Il se
passe quelque chose de grave pour que je vienne à vous
132
comme ça ?
⎯ Maman, nous sommes si heureux de te retrouver. Tu
nous manques beaucoup. Depuis trois mois tout allait
bien, mais ce soir il s’est passé une chose si grave que
nous devons t’en informer. Je le prends sur moi, maman,
mais je devrais avoir des larmes et me faire consoler plu-
tôt que de prendre ce sifflet.
⎯ Dis-moi ce qui te travaille, Cléonisse.
⎯ Ce soir, j’étais avec Axelle dans le parc, derrière le
bâtiment lorsque nous avons vu un vaisseau spatial passer
au-dessus de l’école et se poser. Nous nous sommes ap-
prochés et Axelle a été prise par un homme bizarre. On
l’a poursuivit avec Noèse, mais d’autres hommes ont at-
terri et ils sont repartis dans l’espace avec Axelle.
La petite fille ne tient plus et s’effondre en larmes. Elle
est véritablement choquée et il n’y a que les bras de ma-
man qui puissent la réconforter. Aqualuce la serre ten-
drement.
⎯ Ne te retient plus mon bébé, je suis là, tu peux ver-
ser toutes les larmes que tu veux. Je te promets que nous
retrouverons Axelle, il ne lui arrivera rien.
⎯ Je pleure pour Axelle, mais il y a autre chose, tout
aussi important. Tu sais, l’homme qui a pris Axelle,
c’est…
Et la petite pleure encore plus, les mots ne peuvent sortir
de sa bouche.
⎯ Dis, je suis avec toi, tu n’as rien à craindre.
⎯ C’est papa qui a pris Axelle, c’est papa qui est arri-
vé en vaisseau de l’espace. Il l’a emmenée avec lui, mais
c’est comme s’il n’était pas dans sa tête. Je lui ai parlé,
mais il ne me reconnaissait pas, il se faisait appeler Bild-
trager. Il était accompagné d’une dame, mais celle-là
avait l’air gentil.

133
⎯ Avait-elle une couronne de serpent sur la tête ?
⎯ Non, elle avait les mêmes yeux que toi, j’ai réussi à
la voir dans la nuit. J’ai même entendu ses pensées, elle
était avec nous. Mais ils sont tous repartis et l’on a rien
pu faire.
Aqualuce se tait et réfléchit :
« Ce n’est pas rien. Si jacques est arrivé jusque
chez eux, c’est que Maldeï connaît maintenant la position
stellaire de la Terre. Elle a pu y envoyer Jacques à sa
place. Tout est à craindre aujourd’hui. Mais pourquoi
juste un enfant enlevé, quels sont ses motifs ? toute la
planète est en danger et mes enfants sont en première li-
gne. »
⎯ Est-ce que papa a dit quelque chose qui pourrait
nous aider ?
⎯ Non, il ne nous a rien dit, je l’ai juste entendu dire
qu’il était Bildtrager, le mari de l’impératrice. Papa n’est
plus marié à toi, il n’est plus notre père.
⎯ Si, il est encore ton papa mais il l’a oublié. Mais je
peux vous dire que je le ramènerai avec moi et qu’il se
souviendra de vous deux. Ce qu’il a fait, ce n’est pas lui
qui l’a voulu. Il y a des gens qui nous veulent du mal. Pa-
pa est avec ces gens pour mieux les attraper. Il vous aime
beaucoup et nous devons nous battre. Je crois que la
dame que tu as vue avec lui est de notre côté et qu’elle
protège papa et Axelle. Il ne leur arrivera rien, je te le
promets. Je ne suis pas seule, tu vois, j’ai amené un ami
avec moi. C’est Fil et il va aussi nous aider. Cléonisse,
Céleste, je vais repartir, car je ne peux rester longtemps
avec vous. Je ne suis pas autorisée à rester sur terre. Le
devoir m’appelle et il y a beaucoup de gens qui
m’attendent. Noèse s’occupe bien de vous, j’en suis cer-
taine.

134
⎯ Tu sais, papa n’est pas reparti avec le petit vaisseau
spatial avec lequel il est arrivé.
⎯ Alors, aie confiance en Noèse, elle sait ce qu’elle
devra en faire. C’est bien la preuve que papa n’est pas
devenu mauvais. Cléonisse, Céleste, je veux que vous
ayez de bonnes pensées pour papa. Ce qu’il a fait ce soir,
c’est de ma faute, c’est moi qui l’ai laissé partir sans dé-
fense. Ce que vous m’avez dit est très important, ayez
confiance, Axelle reviendra. Surtout, soyez vigilant et
dites à Noèse de faire attention aux gens qui voudraient
encore prendre d’autres enfants. Si d’autres choses arri-
vaient, appelez-moi tout de suite.
⎯ Maman, je comprends ce que tu dis, mais je sens
que tu n’es pas vraiment toi. Tu n’as pas les mêmes ré-
flexes, tu ne sembles plus avoir tes pouvoirs comme avant
; mes yeux le voient. Il faut que tu retrouves ta force, tous
les enfants et moi allons t’aider à retrouver ce que tu as
perdu. Je pense à toi tous les jours ; toi aussi pense à
nous. Ce n’est pas parce que nous sommes petits que
nous ne sommes pas importants. L’école que tu as cons-
truite, c’est ta force. Tu m’as consolé tout à l’heure, mais
c’est moi qui vais te donner du courage pour repartir. Ap-
proche toi de moi, je vais te faire un bisou.
Aqualuce, étonnée s’approche de plus près de sa fille.
Celle-ci, lui attrape les oreilles et lui tire dessus, et
l’embrasse sur le front. À ce moment, elle sent comme un
fluide étonnant l’envahir. Céleste, son fils lui attrape une
main et masque les yeux. Aqualuce se laisse faire, comme
si elle était portée par ses enfants. À ce moment, Aqua-
luce et Fil disparaissent comme s’ils n’étaient jamais ve-
nus. À cet instant, Noèse apparaît dans la chambre des
enfants.

135
MOACYR

⎯ Maman sait qu’Axelle est partie, je l’ai


retrouvé grâce à mon sifflet et je lui ai tout raconté. Elle
n’était pas seule lorsqu’elle nous est apparue il y avait un
autre homme avec elle, il s’appelait Fil, elle disait que
c’est un ami. J’ai trouvé que maman avait changé, elle ne
semble plus posséder ses pouvoirs avec lesquels elle peut
faire tant de choses. Pourquoi est-elle devenue comme ça
depuis qu’elle est partie ?
⎯ C’est une très bonne chose que tu l’aies avertie, je
pense que de là où elle est, elle pourra nous aider à re-
trouver Axelle. Si ta maman est différente et quelle sem-
ble ne plus avoir de pouvoirs, il ne faut pas t’en inquiéter,
ça fait partie du travail qu’elle fait là où elle est.
⎯ Je lui ai dit aussi que papa est devenu bizarre, elle
m’a dit que c’est normal et que c’est pour attraper les mé-
chants.
⎯ Aqualuce a un peu raison, mais il faut être sur nos
gardes.
⎯ Maman a dit que nous devions faire attention aux
gens qui voudraient encore nous prendre.
⎯ Cléonisse, je m’en occupe, j’ai appelé Christopher
et Harry, ils vont revenir pour nous aider. Pense à eux,
dans quelques jours ils seront avec nous et comme ce sont
de bons policiers, je crois que personne n’osera venir en-
lever d’autres enfants. Mais pour vous, il est très tard, al-
lez vous coucher ici, vous serez bien avec moi. Demain,
restez au lit, vous devez dormir, vous en avez besoin.
Noèse couche les deux enfants et pour s’assurer qu’ils
passent une bonne nuit, elle leur glisse sur le visage une
caresse qui leur donne un sommeil plus profond que les
abysses du pacifique…

136
Lorsque Shanley ouvre l’œil, il est encore tôt. Elle a passé
une mauvaise nuit. Noèse avait demandé à Clara de la
coucher juste après qu’elle soit venue l’avertir de la dé-
couverte étrange de ses deux amies. Mais elle sait qu’il
s’est passé quelque chose d’anormal. De plus, regardant
le lit d’Axelle et de Cléonisse et encore vide, cela ne fait
plus de doute. Elle est debout avant les autres et Clara la
retrouve seule, habillée, dans le réfectoire.
⎯ Que fait tu là ? tu devrais encore être au lit.
⎯ J’ai peur qu’il soit arrivé quelque chose à Axelle et
Cléonisse, elles n’ont pas dormi avec moi cette nuit.
⎯ Attends un peu, Noèse va arriver dans un instant,
nous partagerons un petit-déjeuné toutes le trois, elle va
t’expliquer.
Noèse s’installe avec elles devant sa tasse de thé,
⎯ Shanley, je sais que tu es très amie avec Axelle et
Cléonisse, vous partagez la même chambre et vous êtes
rebelles chacune à votre façon. Tu as vu avec elles une
chose étrange passer au-dessus de l’école. À la suite de
cela, des événements graves se sont produits hier soir.
La petite fille regarde sa maîtresse avec de gros yeux
étonnés.
⎯ Cléonisse dort encore à la maison, mais Axelle a été
enlevée par des gens venus de l’espace et ils sont repartis.
Je pense que nous ne verrons plus ma fille avant un long
moment. Mais je ferai tout pour la retrouver, je te pro-
mets. Ce n’est pas un secret, lorsque tu verras tes camara-
des, tu pourras leur dire, je répondrai à toutes leurs ques-
tions.
⎯ J’ai une question à te poser. Pourquoi avoir fait cette
école, si c’est pour nous mettre tous en danger ?
⎯ L’école vous met en danger, mais elle vous protège.

137
Si un vaisseau de l’espace venait te chercher chez toi en
Irlande, personne ne s’occuperait de te retrouver, tes pa-
rents te pleureraient en vain. Ici, nous sommes rassem-
blés, donc plus vulnérable dans un sens, mais bien plus
fort aussi et plus dangereux pour nos ennemis. Chaque
jour, vous comprendrez mieux pourquoi nous sommes
tous réunis. Vous êtes là pour éveiller vos pouvoirs et les
mettre au service de notre monde. Grâce à vous, nous
pourrons un jour retrouver Axelle. Toi et les autres, vous
êtes tombés du ciel avec vos pouvoirs et c’est une chance
pour tous les hommes. Je vous montrerai le film "Super
Man", c’est un peu votre histoire. Maintenant qu’Axelle a
été kidnappée, il faudra tous être sur nos gardes, car ils
reviendront, mais nous le savons et c’est un avantage. Il
faut retrouver les autres maintenant.

Lorsqu’après le petit-déjeuner les enfants entrent dans la


classe pour suivre le cours de français, ils voient inscrit
au tableau cette phrase :
« Enfant de la Terre, le ciel n’est pas ton ami »
Cela fait à peine trois mois qu’ils sont entrés en cours
préparatoire, mais tous savent déjà lire. Voyant cette
phrase inscrite au tableau, ils ne comprennent pas. Quand
ils sont tous installés à leur place, Noèse demande :
⎯ Qui a une idée de ce que je que je veux vous faire
comprendre ?
Shanley n’a encore rien dit aux autres enfants qui tous se
regardent ; alors, la gorge serrée elle reprend :
⎯ Toutes les planètes, les étoiles, les galaxies que nous
pouvons observer depuis ici, ne sont pas les astres vers
lesquels nous devons aller. Bien sûr, ils vous font rêver,
mais ce ne sont que les morceaux d’un univers brisé à nos
yeux. Au-dessus de nous, il y a des milliards de milliards
de galaxies, un nombre encore plus inimaginable
138
d’étoiles, mais pour nous tous, il n’y a qu’une étoile qui
doit briller et elle représente le plus formidable voyage
qu’il nous soit donné de faire. Réunis tous ensemble,
nous allons construire le plus formidable vaisseau et nous
pourrons faire ce voyage et nous deviendrons invulnéra-
bles. Mais cette étoile dont je vous parle n’est pas encore
visible à nos yeux et vous ne la verrez jamais en regar-
dant le ciel. C’est pourquoi tous les autres vaisseaux de
l’espace, les fusées qui pourraient apparaître devant vous,
vous éloigneraient plus que tout de notre but.
Shanley ne tient plus :
⎯ Alors, Axelle est en danger, comment doit-on faire
pour la faire revenir ?
Les enfants, ne comprennent pas la question.
⎯ Axelle n’est plus parmi nous, elle a été enlevée cette
nuit par de gens venus de l’espace et elle est repartie avec
eux. Ma fille n’est pas craintive, elle est très curieuse,
c’est pour cela qu’elle n’est plus avec nous et c’est aussi
pourquoi je vous ai écrit cette phrase sur le tableau, afin
qu’aucun de nous ne se laisse surprendre. D’autres gens
peuvent revenir, soyez sur vos gardes et si quelque chose
vous semble étrange, venez me voir tout de suite.
⎯ Mais, madame, mon père envoie des fusées au-
dessus de la Terre et elles sont toujours revenues.
⎯ Je suis d’accord, Timofeï, mais les fusées vont au-
dessus de l’atmosphère restent toujours au-dessus de la
Terre.
⎯ Axelle ne reviendra pas ?
⎯ Nous allons tout faire pour la ramener et je tiens à
vous dire que Christopher et Harry reviennent pour nous
aider.
À ce moment, tous les enfants retrouvent le sourire et
pendant plus d’une heure, Noèse répond à toutes leurs

139
questions. À la fin de la récréation, Cléonisse et Céleste
reviennent parmi eux. Rapidement tous connaissent
l’histoire des événements d’hier soir. Ils ne sont pas terro-
risés, bien au contraire. Connaissant la vérité, ils se sen-
tent plus forts. Noèse savait que cette vérité
n’engendrerait pas de peur, au contraire.
Cet après-midi, c’est un moment au laboratoire qui les
attend. Après le repas, le jeune Moacyr qui est resté dis-
cret jusqu’à maintenant se rapproche de Cléonisse.
⎯ Il paraît que tu as vu ta mère hier ? j’aimerais bien
la retrouver, je me rappelle d’elle lorsqu’elle est venue
me voir dans le pays où j’habitais. Je l’aime beaucoup
même si je ne l’ai pas vue longtemps. La prochaine fois
qu’elle viendra, il faut que tu me le dises.
⎯ Mais maman ne vient pas comme ça, il faut que
nous ayons une bonne raison pour l’appeler.
⎯ Nous aurons une bonne raison de la voir prochai-
nement.
⎯ Pourquoi dis-tu ça ?
⎯ Comme ça…
Moacyr inquiète Cléonisse ; que voulait-il dire ? Le repas
terminé, les enfants jouent sous le préau avant de rejoin-
dre le laboratoire c’est le début du mois de décembre et il
fait froid.

Dans le laboratoire, Noèse regroupe les enfants dans une


salle sans aucun instrument. Seulement quelques chaises,
des murs blancs et un tableau pour écrire. Les enfants
sont étonnés, ils n’avaient jamais remarqué que cette
pièce pût exister dans ce merveilleux labo, celle-ci res-
semble à une simple salle de classe.
⎯ Vous vous demandez pourquoi je vous ai amenés
ici, cette salle vous semble ordinaire. Mais vous vous

140
trompez, car c’est ici que peuvent s’exprimer sans artifi-
ces vos dons. Vous ne remarquerez aucune fenêtre, même
la porte semble avoir disparu dans le mur. Nous sommes
ici, isolés du monde, de ses radiations, des ondes radio,
du bruit et des influences solaires et terrestres. Nous
sommes dans un autre monde, même les rayons de
l’univers ne pénètrent pas cette pièce, c’est comme si
vous étiez morts. Le monde ne vous compte plus parmi
ses habitants. C’est ici que libérés de toutes contraintes,
vos pouvoirs vont apparaître pour la plupart d’entre vous.
Remarquez déjà que vos pensées sont beaucoup plus lé-
gères.
En effet, les enfants sentent tous dans leur tête le grand
calme qui les habite. Pas un n’a de mauvaises pensées,
aucun ne semble neveux.
⎯ Je me sens bizarre ici, je n’ai jamais eu l’esprit si
apaisé qu’aujourd’hui. Il n’y a en moi que l’image de mes
amis tous présents ici, c’est comme si on m’avait enlevé
une partie de ma tête, je n’ai plus d’idées et presque plus
de pensées. Il me semble avoir été une autre personne de
l’autre côté de la porte, mais ici, je ne me souviens plus.
⎯ Tu as raison, Bako, ici, coupés du monde par des
murs faits d’un matériau très particulier, rien ne peut pé-
nétrer et encore moins les pensées, les influences du
monde. La première chose que vous en remarquez est que
votre tête semble ne plus répondre normalement à votre
tempérament. C’est parce que toute notre vie sur la Terre,
nous subissons les influences des astres, des planètes et
des étoiles. Tout cela nous donne notre caractère, cons-
truit nos pensées et sans elles, nous ne sommes que des
coquilles vides. Sans les courants magnétiques et électri-
ques, astraux et éthériques, nous sommes des êtres sans
vie. Mais aussi, sans ces forces, nous avons la possibilité
de ressentir autre chose ; les forces du dedans, celles d’un
141
autre univers et aussi les dons qui nous caractérisent. Ba-
ko, ressens en toi l’être qui t’habite à cette heure-ci, tu
n’es pas le même et pourtant tu te sens être. Regarde en
toi celui qui t’anime ?
⎯ Une force calme, mais elle est tout à l’intérieur de
moi. Je ne l’avais jamais ressentie. Cette force me cha-
touille comme si elle me faisait du bien, elle me force au
calme et en même temps, je ne me force pas, c’est un
bien-être.
⎯ Isolés, ici, nous ne pouvons percevoir que
l’influence du premier univers dont je vous ai déjà parlé
et qui s’appelle Eternité. Éternité n’est pas un lieu imagi-
naire, fait de Dieu et de dieux, non, pas du tout. Mais les
hommes qui en ont senti la présence n’ont eu que des di-
vinités à y placer car ce monde reste bien trop mystérieux
à leurs yeux. Éternité est un monde qui ressemble un peu
à vous, dans le sens où tous les éléments de votre corps
collaborent à vous rendre autonome en se donnant entiè-
rement à vous ; tous les muscles, les os et les neurones ne
forment qu’un. L’unité de votre corps est indéniable, par
exemple vos mains ne se sont jamais rebellées contre vos
pieds ou votre tête pour en prendre le pouvoir. Votre lan-
gue ne parle jamais sans que vous l’ayez décidé.
Tous les enfants se mettent à rire en imaginant une telle
révolte.
⎯ Ne riez pas, car dans le monde où nous vivons, tout
est comme ça. Nous sommes dans un corps où tout s’est
rebellé. Les mains veulent la place des pieds, les yeux
voudraient remplacer le cerveau, la langue a décidé
d’écouter et les oreilles ne veulent plus rien entendre. À
tel point que ce merveilleux corps s’est coupé en morceau
tout seul. On voit une oreille d’un côté, une bouche de
l’autre et chacun se croit plus fort que l’autre. C’est pour-
quoi l’univers avec toutes ses étoiles, planètes et galaxie
142
s’est formé. Et nous, les hommes, représentons ce que
l’univers devrait être. Hélas, nous sommes formés avec
la matière qui forme les planètes et les étoiles, c’est pour-
quoi nous vivons tous séparément, comme la bouche ou
l’oreille dont j’ai parlé. Vous êtes une bouche ou une
oreille, mais vous ne le voyez même pas. Il y a d’autres
univers qui ne se sont pas coupés en morceaux et ceux-là
veulent nous guérir. Ces univers qui ne sont pas malades,
ont envoyé dans ce monde des morceaux d’eux-mêmes
afin de guérir le monde et vous êtes ces morceaux. Vous
devez maintenant trouver votre fonction dans ce monde et
retrouver ce que vous êtes. C’est à cela que sert Keuram-
dor.
Dans cette pièce, vous êtes coupés du reste du monde et
c’est le seul endroit où vous puissiez retrouver vos raci-
nes lorsque c’est nécessaire. Je vous ai amenés ici au-
jourd’hui parce qu’il s’est passé quelque chose de grave
hier. C’est pour que vous puissiez faire la différence avec
l’autre monde, celui qui nous fait bouger et nous remue
toujours ; comprendre qui est votre ami et qui est votre
ennemi. Autant que nécessaire, je vous amènerai ici pour
qu’au fil du temps vous preniez conscience de vous-
mêmes.

⎯ Madame, madame, depuis que vous parlez, j’ai mon


esprit qui s’évade, je me sens libre et je vois tout autour
de moi des chiffres. J’ai l’impression de voir devant moi
un monde fait de formules étranges, de chiffres, je vous
vois tous comme des vibrations étranges, comme si nos
corps n’étaient plus qu’une étrange association de rayons
qui s’entrecroisent selon un ordre précis faisant appel à
des équations mathématiques complexes. Je peux toutes
les déchiffrer, c’est comme si je comprenais la structure
du monde. Notre vie est une grande toile très organisée,
143
rien n’y est laissé au hasard. Nous vivons suivant une rè-
gle précise et mathématique.
À peine Moacyr a-t-il prononcé ces paroles qu’il semble
ne plus contrôler son esprit.
⎯ Oh ! mais je ne vois plus rien, je perds contact. Fai-
tes quelque chose, maîtresse, je ne n’arrive plus à me
contrôler, je ne vous vois plus.
Noèse comprenant que l’enfant ne se contrôle plus, se
précipite sur lui et posant ses deux mains sur son front, le
fait revenir dans le monde qui l’entoure. En perdant la
liaison avec les forces de la nature, Moacyr s’est laissé
emporter par son don qu’il découvre au même moment.
⎯ Reviens mon petit, ce n’est rien, tu as juste ouvert
en toi une porte, le danger de cette zone isolée est que tu
t’envoles car il n’y a plus rien pour te retenir dans le
monde dont tu fais partie.
⎯ Mais j’ai eu peur lorsque j’ai vu que je ne pouvais
pas revenir dans notre monde. Je ne voyais que des
rayons qui s’empilaient de façon géométrique, tout sem-
blait s’ordonner suivant des chiffres réguliers. Je vous
voyais tous de cette façon.
⎯ C’est fini, mais attention, ça peut revenir. Connais-
sais-tu tes facilités pour les mathématiques ?
⎯ Je ne connais les chiffres que depuis que je suis
dans ton école, avant, je n’ai jamais eu l’idée de compter.
Mais depuis quelques instants, je sens que les chiffres
n’ont plus de secret pour moi. La géométrie et l’algèbre
sont comme l’air que je respire, j’ai l’impression qu’ils
sont en moi comme une seconde nature. Lorsque je re-
garde quelque chose, je peux en écrire si je veux, la for-
mule mathématique, j’ai maintenant comme une double
vue. C’est en train de s’installer en moi au moment où je
te parle.

144
⎯ Ta nature profonde s’installe en toi, cette pièce est
faite pour cela.
⎯ Mais, maîtresse, les murs que je regarde ne livrent
pas leur secret, je ne peux pas voir comment ils sont
faits ?
⎯ C’est normal, ils n’appartiennent pas à ce monde, ils
sont faits dans un matériau que je suis allée chercher dans
un autre univers, c’est pour cela qu’ils ne laissent rien
passer.
⎯ Et t’as fait comment pour les ramener ?
⎯ Ça, c’est mon secret.
tous se questionnent, même si certains n’y ont rien trou-
vé.
⎯ Les enfants, il n’est pas évident que la salle isolée
fasse effet sur chacun aujourd’hui. Si d’autres parmi vous
ressentent quelque chose en eux, n’hésitez pas à me le
dire.
⎯ Je n’ai pas plus de dons que les autres jours, mais je
sens en moi que je peux chanter sans limite. Je sens que
les harmonies me parlent et elles m’aident à communi-
quer. Je pourrais presque parler avec les notes de musi-
que, c’est étrange et vous devenez presque musique au-
tour de moi.
⎯ Ça va aller, Chad ?
⎯ Oui, maîtresse, je ne me laisse pas déborder par mes
impressions.
⎯ Tes pensées sont vides, comment tu fais, maîtresse,
je lis ton esprit, mais tu es vide alors que les autres sont
pleins de pensées et d’idées ?
⎯ Lala, la pensée est humaine, elle est le dégagement
de toutes les constructions de la vie que nous avons au
fond de nous, nos chagrins, nos haines, nos envies et tout
ce qu’on imagine. Tu ne vois rien en moi parce que mon

145
esprit ne charrie pas d’idées. Je dis ce que je fais, et je
fais ce qui m’est demandé. Tous mes actes sont comman-
dés par une force qui sort de mon être profond et celui-ci
est fait de la même matière que les murs de cette pièce.
⎯ Tes pensées viennent d’un autre monde ?
⎯ Tu peux dire cela, Lala.
Le silence s’installe entre les enfants, ici, ils restent bien
plus calmes qu’ailleurs.
⎯ Vous êtes tous très sages, personne n’a envie de dire
quelque chose ? Ne vous inquiétez pas s’il ne s’est rien
passé pour vous, nous reviendrons et chacun aura son
moment de découverte. Cela vient lorsqu’on est prêt.
Alors Noèse se rapproche d’un mur, et lorsqu’elle pose la
main dessus, la porte réapparaît. Pour que la pièce soit
vraiment isolée de tout, les murs ne devaient avoir aucun
défaut. Elle l’ouvre et en la passant on peut voir que la
porte est aussi épaisse que les murs.
Moacyr, impressionné par l’expérience qu’il vient de vi-
vre se rapproche de Céleste.
⎯ Lorsque je suis parti dans la spirale algébrique, j’ai
vu ta mère, je sens qu’elle a besoin de moi.
⎯ Mais que racontes-tu, je ne sais même pas où est
maman, elle est très loin et je ne sais pas ce qu’elle fait.
À cet instant, l’enfant s’effondre sur le sol, il est inanimé.
Noèse se précipite vers lui et comprend vite qu’il est en
train de se dématérialiser. Vite, Steve la rejoint et sans
tarder, ils emmènent l’enfant à l’infirmerie. Sur son lit,
Moacyr devient presque transparent. Déshabillé, son
corps est aussi clair que du verre, et l’on peut voir en
transparence ses os, ses viscères et son cœur battre sous le
drap qui le protège.
⎯ Mais, que se passe-t-il Noèse ?
⎯ Steve, il n’est plus vraiment dans notre monde. Je

146
l’ai emmené avec les autres dans la salle neutralisée, il
s’est pratiquement transformé et a franchi un nouveau
palier de conscience. Il a fait une découverte en lui-
même. Je ne sais pas où il se trouve, mais il n’est plus
dans notre monde, peut-être même plus dans notre temps.
Je constate une déformation arythmique de l’espace au-
tour de lui.
⎯ Qu’est-ce que tu veux dire ?
⎯ Qu’il y a créé un trou dans l’espace-temps autour de
lui. Je ne pourrai pas le ramener tant que ce trou sera pré-
sent.
⎯ Mais que devient sa conscience, vit-il encore ?
⎯ Il est bien vivant, mais il est ailleurs, il est probable
qu’il soit occupé sur une autre planète, dans un autre
monde, dans un autre temps.
⎯ Ça peut durer longtemps ?
⎯ Une heure, une vie, le reste du temps, qui sait ?

147
L’ENFANT DE CRISTAL

Bientôt quatre jours que le jeune garçon


est dans un état cristallin et toujours aucun changement.
Entre temps, Christopher et Harry sont arrivés à Keuram-
dor. Ils ont apporté aux enfants de nombreux cadeaux. Ce
serait jour de fête si Moacyr était parmi eux, mais hélas
pour tous, c’est l’angoisse car personne ne peut le voir et
ne sait pas vraiment ce qu’il lui arrive. Cléonisse et Cé-
leste viennent voir Noèse.
⎯ Nous aimerions voir Moacyr, il nous parlait de ma-
man juste avant de s’effondrer. Il semblait vouloir nous
dire quelque chose à son sujet. La première fois, c’était
juste avant d’aller dans la salle neutralisée ; il m’a dit que
nous aurions une bonne raison de la voir. Et il a dit autre
chose à Céleste.
⎯ C’est vrai, il m’a dit qu’il avait vu maman pendant
qu’il était dans la spirale algébrique. Ça me revient main-
tenant.
⎯ Pourquoi ne m’avez-vous pas dit cela lorsqu’il est
tombé malade ? Il est possible qu’il y ait une relation vé-
ritable entre lui et Aqualuce. Tout est possible, venez
avec moi, nous allons le voir. Attention les enfants, vous
allez être très surpris, il n’est pas comme d’habitude.
Les enfants suivent Noèse jusqu’à l’infirmerie où Steve
ne le quitte pratiquement pas, bien qu’il se fasse rempla-
cer par Clara de temps à autre.
⎯ Ne soyez pas effrayés, car il a subi une transforma-
tion très étrange. Vous risquez de n’êtres pas trop à votre
aise.
⎯ Tu crois que nous sommes normaux nous aussi ?
Vous avez toujours fait des choses bizarres autour de
nous, qu’est-ce ça change ?
148
Entrant dans la chambre, les deux enfants voient leur ami
sous les couvertures mais s’approchant, ils découvrent
qu’il a presque disparu, il est aussi clair que du cristal. Ils
ont un choc, mais ils étaient prévenus.
⎯ Mais c’est quoi, qu’est-ce qu’on peut faire ?
⎯ Ne pleure pas Céleste, il n’est pas mort, il a juste
quitté notre monde. Je ne sais comment le ramener, mais
il est vivant, regarde, son cœur bat.
⎯ Je ne suis pas trop fière, mais j’ai une idée qui me
vient en tête. Il voulait absolument voir maman, je vais
l’appeler avec le sifflet magique.
⎯ Cléonisse, pourquoi pas ! Ton idée peut être juste, il
faut tenter.
⎯ Je vais chercher le sifflet magique, tu viens avec
moi, Céleste.
Les deux enfants courent à leur maison pour récupérer
l’instrument. Ils ont vite fait de revenir. Noèse les attend
dans la chambre.
⎯ Je dois vous laisser les enfants, lorsque vous faites
venir votre maman, c’est votre intimité, cet instant vous
appartient.
Seuls devant leur ami, les enfants ne se sentent pas très
rassurés. Mais, pour Cléonisse, les choses paraissent plus
claires.
⎯ Céleste, il faut te ressaisir, on peut faire quelque
chose pour Moacyr, je suis certaine que maman nous ai-
dera à le faire revenir. Pense très fort à maman, il faut
qu’elle nous entende, on doit la ramener ici.
⎯ T’as raison, Moacyr a vu maman, il y a quelque
chose, un rapport entre eux deux.
Alors Cléonisse attrape le sifflet, le frotte du bout des
doigts. Il n’y a qu’elle qui sache le faire fonctionner. Elle
le chauffe et l’effleurant juste des lèvres, elle commence à

149
souffler dedans. L’engin comme à son habitude, se met à
vibrer et se teinter de couleurs étranges. La pièce entière
se met à passer du blanc à l’indigo, puis les couleurs
tournoient partout autour d’eux et du lit. En un flash, tout
s’ébranle. Aqualuce, Céleste, Cléonisse se retrouvent
dans un lieu qui n’appartient à aucun monde. Les enfants
qui étaient dans l’infirmerie de leur école n’y sont plus et
leur mère qui se trouvait dans un autre lieu bien étrange
n’y est plus non plus. Mais devant eux, un enfant rit aux
éclats, tous sont surpris à leur façon. Les deux enfants
reconnaissent leur camarade Moacyr qui était étrange-
ment malade lorsqu’ils l’ont rejoint à l’infirmerie. Aqua-
luce, qui était enfermée dans une pyramide trop curieuse,
ne sait plus vraiment où elle en est.
⎯ Mes enfants, que se passe-t-il, pourquoi êtes vous
là, je ne comprends pas.
⎯ Calme toi, madame, c’est toi qui m’as appelé, tu es
venu me chercher, tu as besoin d’aide.
Moacyr les regarde tous. Céleste et Cléonisse se ques-
tionnent et Aqualuce commence à comprendre.
⎯ Les enfants, je suis surprise de vous voir car je suis
à cette heure dans une pyramide infernale, c’est une sorte
de jeu dans lequel je me suis retrouvée enfermée et il est
très important que je puisse en sortir rapidement. Beau-
coup de choses pourraient être bouleversées si cela se
passait mal pour moi. J’ai, il y a peu, perdu connaissance
et j’ai aussi perdu beaucoup de temps mon adversaire a
presque gagné tandis que moi j’avance doucement. Ici, je
dois tenir compte des chiffres et avancer avec eux. Mais
je ne trouve pas la solution pour sortir de là. Je suis dans
un jeu où il faut prendre les nombres et en extraire leur
racine pour avancer. Les chiffres que je pourrai découvrir
me permettront d’ouvrir les bonnes portes. En extrayant
les racines carrées j’avance sur le même niveau en pre-
150
nant les racines cubiques, je monte.
⎯ Mais, maman, ce n’est pas pour jouer que nous
t’avons appelée, c’est parce que Moacyr était très malade,
Noèse nous a dit qu’il avait quitté notre monde et peut-
être notre temps. On pensait que tu aurais une solution.
⎯ Madame, ce n’est pas eux qui t’ont appelée, c’est
moi qui voulais te voir. J’ai quitté mon corps pour te re-
trouver. Mais j’avais besoin de tes enfants pour qu’on se
rejoigne.
⎯ Mais pourquoi tout cela, mon petit Moacyr ?
⎯ Madame, moi je sais, pourquoi tu n’avances pas
plus vite, tu sais, cette Pyramide est magique, c’est la
magie des chiffres qui peut tout. Pour avancer plus vite
encore, tu dois penser autrement. Qui t’empêche
d’imaginer une autre dimension pour aller là où tu veux.
Au-delà du volume, imagine la quatrième dimension ;
prends la puissance 4 pour trouver ta porte. Tu devrais
pouvoir ouvrir autre chose.
⎯ Tu as raison Moacyr, je dois faire ce que tu me dis.
J’ai ouvert 2197 portes, je me demande à quelle porte je
dois aller ?
⎯ C’est très facile, le prochain nombre, c’est 2 401, 11
à la puissance 4, ça te fait juste 204 portes à passer avant
d’arriver.
⎯ Tu es super mon garçon, je vais faire ce que tu dis.
Je vais devoir vous quitter, le temps presse. Allez retrou-
ver les autres, et dite à Noèse que je vais bien et que vous
m’avez redonné confiance, sans vous, je ne m’en sortirai
pas.
⎯ Maman, sois prudente, ne fais pas de bêtise. En tout
cas, je ne sais pas si c’est toi qui as fait quelque chose,
mais on est content de revoir Moacyr parmi nous, en
bonne santé. Ramène-nous Axelle et papa.

151
⎯ Cela viendra, croyez-moi.
⎯ Madame, viens me voir avant de partir,
Aqualuce se rapproche de Moacyr, celui-ci lui pose sa
main sur son front et ferme les yeux un moment.
⎯ Je t’ai donné beaucoup de ce que j’ai en moi des
chiffres et des mathématiques. En faisant cela, je perds
une bonne partie de mes pouvoirs, mais je te rends bien
plus forte. Tu en as plus besoin que moi, je crois que cela
te servira.
⎯ Je ressens en mon être que les chiffres et les formu-
les algébriques circulent comme mon sang ; c’est in-
croyable comme le mystère de cette pyramide s’ouvre à
ma conscience maintenant. Je te remercie, c’est un mer-
veilleux cadeau.
⎯ Le plus important, ce n’est pas ce que je fais, mais
ce que je donne. Partager, c’est encore penser à soi tout
donner est le meilleur des sacrifices.
⎯ Moacyr, c’est un don que tu ne perdras jamais, et tu
peux apprendre à le partager avec les autres. Ce partage
est un sacrifice sans limites. Je vous aime tous, mes en-
fants. Je vous embrasse de tout mon cœur. Cléonisse, Cé-
leste, vos dons je les ai en mon être aussi et je les garde
comme un trésor ainsi que celui de Moacyr. Je pars im-
médiatement, car notre monde est en danger.
La pièce dans laquelle ils se trouvent se met à vibrer, et
d’un coup, tout redevient normal. Les deux enfants se re-
trouvent dans l’infirmerie, devant le lit de leur ami. Mais
le jeune Moacyr est encore comme un bloc de verre, rien
n’a changé pour lui. Ils se demandent s’ils ont bien rejoint
leur mère ou si c’était un rêve ? Céleste, paniqué, sort de
la pièce et appelle Noèse, qui ne tarde pas à arriver.
⎯ Nous avons soufflé dans le sifflet, nous avons re-
trouvé maman prise dans un jeu bien étrange et Moacyr

152
était avec nous, il a même aidé maman. Il était bien vi-
vant, mais lorsque nous nous sommes séparés, nous avons
retrouvé tout ici, comme à notre départ. Rien n’a changé
et Moacyr est toujours une statue de glace.
Noèse regarde l’enfant et voit comme un petit détail qui
ne lui échappe pas.
⎯ Taisez-vous, regardez !
Les enfants suivent le regard de Noèse, observent Moacyr
et voient que les cheveux commencent à brunir. Petit à
petit, la transparence du corps décroît et sa peau réappa-
raît. Il faut près de deux heures pour que toute la trans-
formation s’achève.
Noèse s’approche du jeune enfant, le tâte.
⎯ Il est chaud, il est entrain de dormir. Laissez-le, il se
réveillera lorsqu’il aura récupéré. Je crois qu’il va très
bien. Revenez après le dîner.
⎯ On a gagné, il est revenu. J’ai hâte de le revoir de-
bout, avec nous.
⎯ Ne vous inquiétez plus, je crois que vous avez fait
du bon travail.
⎯ Et maman, qu’est-ce qu’elle fait si loin, pourquoi la
voit-on toujours par petits morceaux ?
⎯ Elle fait quelque chose de difficile et je crois que
vous tous lui donnez un grand coup de main. Lorsque tout
sera terminé, je suis certaine que vous comprendrez ce
que chacun aura apporté à son grand voyage. Revenez
tout à l’heure. Allez dire aux autres qu’il va bien.
Le repas du soir se passe très bien d’autant plus que
Christopher et Harry sont avec eux. Mais à la fin, alors
que les deux américains proposent aux enfants de leur
passer un film sur leur voyage de retour aux Etats-Unis,
Cléonisse et Céleste s’éclipsent pour retrouver leur ami.
Noèse les attend avec Moacyr, assis sur son lit. Il croque

153
à pleines dents un repas appétissant. Voyant ses amis, il
arrête tout.
⎯ Je savais que vous viendriez, je suis content autant
que d’avoir pu rencontrer votre maman. Vous m’avez
trop bien aidé à la trouver. Je suis heureux d’avoir pu lui
rendre service.
⎯ On peut te prendre dans nos bras ?
⎯ Allez-y, les enfants, il n’est pas fragile comme du
verre, il est bien en chair.
Alors, les trois enfants fêtent leurs retrouvailles sur un lit
bien plus étroit qu’une salle de fête, mais quel bonheur !
Moacyr, le jeune enfant brésilien, qui restait si discret,
leur apparaît comme un camarade exceptionnel.

154
INVISIBLES

Le lendemain, tous les enfants son heureux


de retrouver leur camarade bien vivant. C’est le week-end
et ils pensent profiter des quelques heures de soleil pour
jouer à l’Overbase. Harry est tout à fait partant, mais
Christopher est resté avec Steve et Clara afin d’analyser
le vaisseau laissé par Jacques. Céleste n’a pas envie de
jouer à l’Overbase, et il s’est faufilé dans le grand garage
où sont garées les voitures et surtout l’engin amené il y a
peu par son père. Bien caché derrière l’Audi de sa mère,
il observe les deux hommes et dresse ses oreilles. Ce qu’il
entend lui fait peur et le fait rêver en même temps :
⎯ C’est dans cet appareil que Jacques est revenu il y a
quelques jours. Il aurait dû repartir avec lui, mais ses
plans ont été changés. Il s’est enfui avec un autre vaisseau
qui est venu le rechercher et ils nous ont laissé cela. Il est
en parfait état de marche, Clara l’a ramené pendant la
nuit, dans le garage en le pilotant. C’est impressionnant, il
est parfaitement silencieux, une mouche est plus
bruyante. Clara m’a dit qu’il se déplace au dixième de la
vitesse de la lumière. Son moteur est d’une conception si
simple qu’on pourrait le reproduire sans difficulté, ici sur
Terre. Il ne faudrait pas qu’il tombe dans de mauvaises
mains, ni même chez les savants de ton pays ou du mien,
les hommes ne sont pas prêts pour ce type de technolo-
gies.
⎯ Si j’en faisais part à mon gouvernement, je peux
t’assurer que votre école serait rayée de la carte en moins
d’une heure. Soit vous seriez tous enfermés dans un asile
après qu’on vous ait lobotomisé, ou mort plus simple-
ment. Tous ceux qui ont vu cet engin sont en danger de
mort, même les enfants.

155
⎯ Tous les enfants le savent.
⎯ Alors eux aussi risquent très gros.
⎯ Je pense que tu as raison et je crois qu’il faut le faire
disparaître.
⎯ Tu as une idée ?
⎯ Christopher, je ne tiens plus depuis qu’Axelle a dis-
paru. Je veux aller la rechercher dans l’espace. Je veux
partir avec ce mini-vaisseau. Je crois que j’ai une chance
de la retrouver, je m’en sens capable. Si j’y vais, je me
sentirai plus utile qu’ici. Là, à Keuramdor, je me sens
vraiment jouer un second rôle. Je me sens capable de par-
tir, j’ai dans mon sang quelque chose qui bout et je crois
que c’est le sang de mon père qui refait surface :
Un jour, il a inventé un prototype avec lequel il a emmené
ma mère ; c’était un petit engin un peu comme ça. Ils sont
partis, ils ne sont jamais revenus. Je suis orphelin depuis
ce jour. Mon père et ma mère sont partis faire un très long
voyage et je veux terminer ce qu’ils ont commencé. Je
vais partir, ça me trotte dans la tête depuis plusieurs jours.
Quelque chose m’appelle là-haut.
⎯ Qu’est-ce qu’en pense Noèse ?
⎯ Elle m’a dit que c’est normal et que je dois conti-
nuer ce que mon père a commencé. Elle m’a dit que partir
n’est pas une solution mais que si ça peut m’aider à ac-
complir un destin familial, il faut que je le fasse. Elle
pense que je trouverai en moi des choses nouvelles et que
ça pourrait nous aider. Elle n’est pas effrayée que je parte
aussi loin.
⎯ Que vas-tu faire ?
⎯ Je veux partir avant Noël, au moment où il fait froid
et que la lumière du soleil est basse à l’horizon, comme
ça, j’ai moins de chance de me faire repérer.
⎯ Tu ne vas tout de même partir seul ?

156
⎯ Je n’ai personne qui voudrait me suivre.
⎯ Si, Moi !
⎯ Mais Christopher, les enfants t’adorent, ils aiment
bien jouer avec toi !
⎯ Peut-être, mais il y a eu enlèvement d’enfant et je
dois mener l’enquête. Si Axelle est dans l’espace, je parti-
rai dans l’espace, je suis policier et mon métier est de ré-
soudre les mystères de ce type. Tu auras besoin de moi là-
haut. Je suis certain que Harry arrivera sans moi à
s’occuper de tous les enfants.
⎯ Et ton métier d’agent du FBI ; n’auras-tu pas de
problèmes avec l’agence, ne vont-ils pas se demander
pourquoi tu as disparu ?
⎯ L’affaire a été rangée dans les placards tous les
agents sont mobilisés car on craint l’arrivée de terroristes
sur le sol américain. Je ne sais pas pourquoi, cette affaire
s’est volatilisée le jour où je suis rentré, mes chefs ne
m’ont même pas demandé de rapport.
⎯ C’est bien étrange. Alors, nous pourrons partir sans
craintes. Comme tu es d’accord, il faut que tu vois
l’intérieur du vaisseau, viens voir, c’est impressionnant.
Céleste a tout entendu et les voit pénétrer dans l’appareil.
Il ne peut plus les observer, alors il décide de partir dis-
crètement. Mais à peine revenu, il informe les enfants de
son groupe :
⎯ Dans le grand garage, il y a un vaisseau spatial,
c’est Clara qui l’a ramené ici. Steve et Christopher vont
partir dans l’espace à la recherche d’Axelle. Ils partent
avant Noël, c’est génial. Il faut que je vous montre
l’engin, il est super.
⎯ Je suis pressé de le voir, mon père en fera une tête
lorsque je lui raconterai !
⎯ Eh ! je ne sais pas si ce serait bien de dire ça à tes

157
parents, c’est top secret, je ne devrais même pas vous
l’avoir dit, Timofeï.
⎯ Maintenant, c’est trop tard, il faut qu’on voit
l’engin.
⎯ Bon, d’accord, mais il nous faut un plan. L’appareil
est dans le grand garage à côté de la maison de Steve et
Noèse. Ils ferment toujours la porte à clef. C’est parce
qu’ils étaient dedans que j’ai pu m’en approcher.
⎯ Mais, c’est aussi ta maison, tu dois savoir où tes pa-
rents rangent les clefs ?
⎯ C’est juste, mais il faut que j’aille dans le bureau de
notre maîtresse et il n’y a qu’elle et mon oncle qui peu-
vent y pénétrer.
⎯ C’est foutu !
⎯ Peut-être pas. Il faudrait le lui dérober quelques ins-
tants. Pour cela, il faudrait voir Oda, elle peut se rendre
invisible.
⎯ Ouah ! c’est génial !
⎯ Attends un peu, c’est pas évident, elle n’est pas dans
notre groupe, il va falloir la convaincre.
Shanley, intervient, elle a une idée :
⎯ Je suis une fille comme elle, j’ai plus de chance que
vous de la mettre dans ma poche. Je vais me rapprocher
d’elle ; à force de discuter, j’arriverai à la persuader de
nous aider. Je lui donnerais une autre raison, elle ne se
doutera pas qu’il s’agit d’un vaisseau spatial.
Les enfants du groupe des Maternautes sont tous d’accord
pour l’idée de Shanley. Ils se quittent peu après et rejoi-
gnent Harry pour la partie d’Overbase.
La petite Irlandaise se sépare d’eux et discrètement se
rapproche de Cléonisse avec qui elle partage la chambre,
sachant que par elle ce sera plus facile de nouer un
contact avec Oda :

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⎯ Toi non plus, tu ne joues pas avec les autres ?
⎯ Depuis qu’Axelle a été enlevée, je n’ai plus trop en-
vie, tu sais dans l’équipe, elle était un des piliers.
⎯ Mais, toi aussi tu joues très bien ; tu vas manquer à
ton équipe.
⎯ De toute façon, aujourd’hui c’est pour la détente.
⎯ Je peux rester avec toi ? j’aimerais mieux connaître
tes amis, tu sais, je trouve que c’est bête de se mettre par
groupe, on passe à côté de bons moments ensemble. Je te
connais bien, on s’apprécie beaucoup, mais avec les au-
tres le courant passe moins bien.
⎯ Reste avec moi aujourd’hui et les autres jours si tu
veux.
⎯ Oh ! c’est génial, t’es comme une sœur.
Les deux filles, ensemble, regardent le petit match jus-
qu’à la fin. Elles se connaissent bien, mais elles ne se fré-
quentent pas trop dans la journée. Le soir lorsqu’elles se
couchent elles ont des moments privilégié, mais jamais
autrement.
⎯ Cléonisse, pourquoi tu n’es pas dans notre groupe
alors que tu en as toutes les qualités ?
⎯ Et toi, pourquoi tu n’es pas dans le nôtre ?
⎯ Tu sais bien que par affinités, je suis restée avec ton
frère. Mais, toi, pourquoi tu n’es pas comme lui ?
⎯ Céleste est un garçon, moi une fille et je n’ai pas la
même sensibilité que lui. Dans ton groupe, vous avez un
fort intérêt pour ce qui est les technologies et les mystères
de la science. Tu as trouvé chez les Maternautes ce qui
semble être un but pour toi.
⎯ Oui, mais j’ai envie de regarder ailleurs. Je veux
que tu m’apprennes à voir le monde comme tu le vois, tu
sembles ouvrir plus ton cœur que ta tête.
⎯ Ma maman m’a dit que tout ce qu’on fait, si ça vient

159
du cœur, c’est pour le bien de l’humanité. Alors, je fais ce
qu’elle m’a appris.
⎯ Tu peux m’apprendre à écouter avec mon cœur ?
⎯ Reste avec moi toute la journée, je suis certaine que
tu vas comprendre. Ensuite, lorsque tu auras compris, tu
pourras le dire aux autres de ton cercle.
Shanley accepte, elle se dit qu’en jouant le jeu, elle pour-
ra arriver à sympathiser avec tous les enfants du groupe,
ce qui lui permettra d’atteindre son but.
À la fin de la partie d’Overbase, les amis de Cléonisse la
rejoignent. Ils sont tous essoufflés, mais tellement heu-
reux d’avoir pu reprendre ce jeu qu’ils aiment tous.
⎯ Tiens, que fais-tu là, tu ne fais pas partie de notre
groupe, tu devrais être avec les autres !
⎯ C’est Cléonisse qui m’a invitée à partager un peu de
temps avec vous, elle veut m’apprendre à écouter mon
cœur.
⎯ Si tu l’écoutais, tu ne resterais pas avec nous.
⎯ Oh ! tu exagères de dire ça, Chad. Es-tu jaloux
qu’une de tes compatriotes soit avec nous ?
⎯ Non, mais je la connais, elle est difficile, elle n’aime
rien et elle se croit toujours la plus forte.
⎯ Mais si je suis comme ça, c’est que je suis sûr de
moi, essaies de me battre, tu n’y arriveras pas.
⎯ Oh ! ça suffit vous deux, je vous exclus immédiate-
ment de notre groupe si vous commencez comme ça. Tai-
sez-vous, je vous connais bien tous les deux. Shanley et
moi partageons la même chambre et nous nous entendons
très bien. C’est pour vous l’occasion de mieux la connaî-
tre et en même temps, nous rapprocher de l’autre groupe.
Venez tous, on va goûter, il faut rentrer car la nuit va
bientôt tomber. On se retrouve tous dans la serre.
Après avoir mangé une tartine de pain et de Nutella, toute

160
l’équipe des Ethernautes se rassemble. Shanley a bien
remarqué Oda, la seule fille qui ressemble plus à un gar-
çon que les autres garçons. Elle est toujours habillée en
jean et elle a des Adidas aux pieds. Avec ses cheveux
coupés très courts, on ne voit pas de différence. Hélas,
pour elle, cette jeune allemande ne l’a même pas encore
remarquée. Shanley se dit qu’elle devra aller de l’avant
pour que le contacte se fasse et c’est Cléonisse qui provo-
que l’occasion.
⎯ Si on faisait un jeu, quelqu’un a-t-il une idée ?
⎯ Oui, si on jouait à l’homme invisible ?
⎯ C’est une idée, mais comment tu vois ce jeu ?
⎯ C’est facile, Oda peut jouer le rôle de la femme in-
visible ; elle se rend invisible, elle se déshabille et l’on
doit la trouver.
⎯ Shanley, je ne sais pas si Oda est d’accord, explique
lui comment tu vois ça, je ne l’ai jamais vue se transfor-
mer. Tu devrais lui en parler.
⎯ Tu as raison. Voilà comment je vois le jeu, Oda.
Pour la première fois, la jeune enfant l’écoute avec inté-
rêt.
⎯ Je me souviens lorsque nous sommes allés pour la
première fois dans le laboratoire. Tu es presque devenue
invisible lorsque tu es passée entre les miroirs. J’ai été
impressionnée car j’étais à côté de toi. Je t’assure que tu
as disparu pour de bon. Je me demande si tu ne serais pas
capable, ici, de refaire la même chose ? Je pense que tu
n’as pas besoin d’une pièce particulière, si tu le fais dans
un petit coin tranquille, tu devrais y arriver. Tu sais, nous
avons tous des dons que nous ne savons pas encore mettre
en valeur.
⎯ Oh ! ça va, Shanley, je ne t’ai pas attendue pour le
refaire. Depuis ce jour, j’ai compris ce dont j’étais capa-

161
ble. Depuis, chaque nuit, lorsque vous dormez, je quitte
mon lit pour me promener dans tout le bâtiment. Je quitte
mes vêtements et je rentre dans ma peau invisible. Je
peux passer près de notre éducateur, il ne me remarque
jamais, même lorsque je fais du bruit ; il croit que c’est
un autre enfant. Une autre fois, en pleine journée, alors
qu’il faisait beau, je me suis mise toute nue et je suis sor-
tie alors que vous jouiez dans le parc à la balle au chas-
seur. Vous ne pouviez pas me remarquer, mais qu’est-ce
j’ai pu rigoler, car j’attrapais la balle et je la renvoyais
vers d’autres joueurs qui ne s’y attendaient pas. Une autre
fois, je suis entrée dans le bureau de notre directrice, mais
je crois qu’elle m’a sentie, alors je me suis sauvée. Ce
soir-là, elle est venue me dire bonsoir dans mon lit, alors
qu’elle ne le faisait jamais. J’ai eu peur et je suis restée
couchée toute la nuit.
⎯ Alors, tu peux vraiment devenir invisible ?
⎯ Depuis le jour où notre maîtresse nous a faits entrer
dans la chambre isolée, oui !
Tous sont surpris, c’est pour eux une révélation. Ils ne se
doutaient pas qu’ils vivaient tous auprès de la femme in-
visible. Et Stanley se félicite d’avoir pu mettre au grand
jour cette révélation ; elle se dit qu’elle pourrait arriver à
faire aller Oda là où elle le souhaite. Aujourd’hui, elle a
marqué des points.
⎯ Dis, tu peux nous montrer ? demande Lilo.
⎯ Je veux bien, mais pas ici dans la serre. Je le ferai
dans un endroit plus secret.
⎯ J’ai une idée, si on allait dans la salle de projection.
Je vais aller voir Clara pour lui dire qu’on va dans nos
dortoirs. Comme ça, on sera tranquille.
Ceci fait, tous se retrouvent dans la salle, qui contient
plus de cent sièges face à une scène. Oda monte et se
glisse derrière le rideau comme une artiste. Les enfants la
162
regardent disparaître. Là, elle se déshabille.
Dans la salle tous les enfants attendent, mais au bout de
quelques minutes, ils s’impatientent. L’un d’entre eux
dit :
⎯ Bon, alors, quand te montres-tu ? je vais venir te
chercher si tu ne viens pas.
À cet instant, à peine vient-il de parler, qu’il pousse un
hurlement.
⎯ Aie ! qui m’a pincé les fesses ?
⎯ C’est moi, entend-il derrière lui.
Il se retourne mais ne voit rien.
⎯ T’es trop impatient, tu me vois ?
⎯ Euh ! non.
⎯ Et là, tu me sens ?
⎯ Mais, arrête de me pincer, ça fait mal !
⎯ Je me demandais bien qui j’allais attraper le premier
et c’est toi, Tom !
Oda se déplace autour de ses amis qui ne la voient pas et
elle en profite pour pincer à chacun les fesses ou un bras,
mais jamais aucun ne peut la voir.
⎯ C’est formidable, comment tu fais, est-ce que tu
peux nous apprendre ?
⎯ Je ne sais pas, je le fais, c’est naturel. Donne-moi ta
main, Benjamin, je vais voir si je peux te le communi-
quer. Ne bouge pas, je t’attrape.
Le garçon sent qu’on lui prend la main et d’un coup, il
disparaît et sur lui il ne reste que les vêtements qui sem-
blent flotter. Alors, tous se mettent à rire de le voir dispa-
ru, invisible. Oda le relâche et d’un coup, réapparaît.
⎯ Ça fait quoi, Benjamin, de devenir invisible ?
⎯ Pardon, que voulez-vous dire ?
⎯ Qu’Oda t’a apparemment pris la main et nous
t’avons tous vu disparaître.

163
⎯ Je n’ai rien senti, je ne m’en suis même pas aperçu !
Alors, tous rient encore plus fort.
⎯ Pourquoi ne pas essayer de tous se tenir la main
pour former une chaîne invisible ? propose Oda.
Les quatorze enfants sont tous d’accord, alors ils montent
sur la scène et se tiennent la main. Oda toujours invisible
leur demande de se mettre en cercle. Shanley ne tient en-
core personne et sent sa main prise par surprise. C’est
Oda qui la lui tient et enfin elle prend celle de Cléonisse
pour fermer le cercle. C’est à ce moment que tous les en-
fants disparaissent progressivement. Oda applique toute
son énergie pour les maintenir transparents. Cette fois,
plus un rire, plus un mot. Sur la scène, une multitude de
vêtements semblent tous suspendus à un fil à linge
étrange. Mais, pour la petite fille, l’effort est trop impor-
tant et subitement, elle se met à apparaître par scintille-
ment toute nue. Effrayée de se voir, elle lâche toutes les
mains et devant tous, elle se retrouve aussi apparente que
le soleil en plein jour. Confuse, elle court se cacher der-
rière le rideau et se met à pleurer.
Cléonisse la connaît suffisamment pour la rejoindre et la
consoler.
⎯ Ne t’affoles pas Oda, personne ne t’a vue vraiment,
ça s’est passé trop rapidement. Rhabille-toi et rejoins-
nous.
⎯ J’aurais jamais dû vous écouter, c’est de la faute à
Shanley, c’est elle qui en a parlé.
⎯ Elle n’y est pour rien, il fallait bien qu’un jour tu
nous le montres. Je trouve ça super, bien au contraire. Tu
nous as fait découvrir ton don et tu l’as partagé avec nous
tous, ce qui est encore mieux.
⎯ Mais, ils m’ont vu toute nue.
⎯ Qu’est-ce que ça peut faire ? On est tous pareils.

164
Shanley entendant derrière le rideau la petite conversation
sent au fond d’elle que son idée n’était vraiment pas hon-
nête et elle s’en veut. Oda dans un sens a raison, c’est de
sa faute. Elle se dit qu’à vouloir tromper, c’est elle qui se
trouve trompée, elle n’est pas honnête et elle commence à
se haïr. Alors pour réparer son erreur, et confuse qu’à
cause d’elle Oda se soit trouvée humiliée, elle décide de
se mettre nue devant tous. Oda réapparaît à cet instant et
découvre la fille nue.
⎯ C’est sur moi que les rires et la moquerie doivent
porter, je t’ai sollicitée exprès pour que tu me montres ton
secret, j’avais un but en venant dans votre groupe. Dans
mon groupe, nous avions une idée et c’est moi qui l’ai
trouvé pour que l’on puisse utiliser ton pouvoir. Je devais
m’approcher de toi, pour que tu arrives à me faire
confiance. Si nous étions devenues bonnes amies, je
t’aurais demandé un service particulier ; dérober la clef
du garage.
⎯ Mais pourquoi voulais-tu la clef du garage, Shan-
ley ?
⎯ Cléonisse, c’est parce qu’il y a dedans le vaisseau
spatial que ton père a amené ici, tu le sais, tu étais avec
moi et Axelle lorsque c’est arrivé.
⎯ C’est bien embêtant, cela devait rester secret. Ma
tante ne voulait pas que tous les enfants sachent qu’il y
avait un tel engin parce qu’ils peuvent tous en parler à
leurs parents lorsqu’ils rentreront chez eux à Noël. Elle
pensait que cela pourrait encore attirer la police.
⎯ C’est ton frère qui nous a parlé.
⎯ Je vais lui dire ce que je pense.
⎯ Je ne peux plus rester avec vous, je vous ai trompés.
Je ne peux pas rejoindre les autres non plus, car j’ai trahi
leur confiance.

165
La pauvre fille se met à pleurer et à grelotter. Cléonisse la
recouvre de son pull qu’elle a abandonné.
⎯ Shanley, lorsque tu m’as demandé de rester avec
nous, tu m’as aussi demandé d’apprendre à écouter avec
le cœur. C’est ce que tu as fait lorsque tu as dévoilé tes
intentions. Tu as ouvert ton cœur et c’est nouveau pour
toi. Même si Oda nous a montré son secret, le plus impor-
tant, c’est que ton cœur ait pu prendre le dessus sur ta rai-
son. Moi, je veux que tu restes encore avec nous si les
autres sont d’accord.
⎯ Moi, je suis d’accord, même si tu m’as trompée et
que tu voulais profiter de moi. De toute façon je ne me
serais pas laissée faire. Je te trouve sympa et j’aimerais
être ton amie. Je vais même te montrer comment on de-
vient invisible, ensuite, nous irons faire une farce à ceux
du groupe qui t’ont envoyée vers moi.
Shanley n’en revient pas, elle pensait qu’Oda lui en vou-
drait pour le mauvais plan qu’elle avait eu. Mais, les voilà
amies maintenant. Elle sent son cœur vibrer, elle en est
émue et elle comprend les paroles de Cléonisse lorsque
tout à l’heure, elle s’est rapprochée d’elle.
⎯ Oda, pardonne-moi pour ce que je voulais faire.
Vous tous m’avez appris à écouter autrement les autres.
Je veux être ton ami, j’aimerais bien apprendre à devenir
invisible. Mais, les autres ?
⎯ Lorsque je l’aurai montré, tu m’aideras à
l’apprendre aux autres.
Shanley fini de se rhabiller. Elle a un peu honte de s’être
mise toute nue. Alors, Cléonisse demande à tous de re-
tourner vers le préau pour ne pas éveiller les soupçons.
Shanley est la dernière à sortir, alors Oda qui l’attend lui
dit :
⎯ Ce soir, lorsque tu seras couchée, ne t’endors pas je
viendrai pour t’expliquer.
166
Shanley adore lorsqu’on peut se faire des secrets. Elle
attend avec beaucoup d’impatience d’être à ce soir.
De retour vers le préau, les enfants sont rappelés pour al-
ler dîner. Comme c’est samedi soir, , ils vont ensuite à la
salle de projection où était le petit groupe pour regarder
un film. Ce soir, on y projettera Vingt Mille Lieux sous
les mers, le film de Walt Disney. Ce film n’est vraiment
pas récent, mais c’est Harry qui l’a ramené de son pays, il
l’adorait lorsqu’il était petit. Les enfants aiment, surtout
lorsque le capitaine Némo est attaqué par le calamar
géant. Shanley, elle, rêve toute la soirée à la visite pro-
mise d’Oda.
⎯ Les enfants, nous allons nous coucher, allez tous
vous préparer.
Les dents brossées, les pyjamas enfilés, tous vont se cou-
cher. Shanley s’enfonce sous sa couette, sa compagne de
chambre, Cléonisse en fait autant.
Les minutes sont longues, Shanley commence à avoir les
yeux qui lui pèsent lorsque tout à coup, elle entend un
bruit étrange au-dessus de ses couvertures. Elle ouvre les
yeux et voit au-dessus d’elle ses chaussures se promener
toutes seules. Elle comprend alors qu’Oda est dans sa
chambre.
⎯ Chut ! ne réveille pas Cléonisse, c’est notre secret.
⎯ Qu’est-ce qu’on fait, on reste là ?
⎯ Non, suis-moi, on va aller dans le garage des voitu-
res.
⎯ Mais, comment ça ? il est fermé à clef.
⎯ Oui, sauf que j’ai la clef qui l’ouvre.
⎯ Mais tu l’as eue où ?
⎯ Comme tu le proposais, je l’ai volée dans le bureau
de Noèse, c’est pour ça que je ne suis pas en avance.
⎯ Et tu es sortie malgré le froid.

167
⎯ Je n’ai pas eu le choix, sinon, j’aurais été repérée.
⎯ Tu veux dire que lorsque nous irons dans le garage,
nous devrons y aller nues ?
⎯ Oui, bien sûr, mais nous courrons pour ne pas nous
refroidir.
⎯ Oh ! tu me fais froid dans le dos.
⎯ T’es prête ou pas, renonces-tu à apprendre à être in-
visible ?
⎯ Non, non, pas du tout, je te suis.
⎯ Alors, comme tout à l’heure, donne-moi ta main.
Juste à son contact, Shanley devient invisible.
Toutes nues, les deux filles sortent de la chambre et pas-
sent devant celle de la surveillante qui ne dort pas encore.
Invisibles, elles ne se font pas remarquer. Une fois en bas,
elles sortent, mais il fait très froid. Sans vêtements, c’est
terrible car il gèle à cette époque.
⎯ Courons vite vers le garage avant qu’on se trans-
forme en glaçons !
⎯ T’as raison Shanley, le garage est devant la maison
de la maîtresse.
Les deux enfants se dépêchent d’arriver devant la porte.
C’est alors qu’Oda lâche Shanley et se met à pleurer.
⎯ Mais, qu’est-ce que tu as ?
⎯ Il faut retourner dans ma chambre, j’ai oublié la clef
dans mon pantalon.
⎯ C’est pas vrai, on a fait tout ça pour rien. Bon, ce
n’est pas grave, on y retourne.
Oda est si travaillée qu’en prenant la main de son amie,
elle n’arrive pas à se rendre invisible. Son esprit bloque le
phénomène et elles se retrouvent toutes deux aussi visible
que tous. La pauvre fille est si nerveuse qu’elle ne peut
même plus bouger. Sur le coup Shanley qui ne se laisse
jamais dominer par ses émotions ne sait quoi faire. Alors

168
elle commence à vouloir forcer la porte qui est bien fer-
mée. Elle secoue la poignée si fort que sa main passe à
travers la porte en acier. Elle se surprend elle-même, car
elle voit sa main traversant la tôle. Elle la retire et sur-
prise, constate elle-même qu’il n’y a pas de trou à la
place. Elle regarde sa main, se questionne. Alors, elle re-
commence l’opération :
Shanley traverse la feuille d’acier comme on pénètre dans
l’eau pour aller dans un bain. Alors, sans hésiter, elle
passe son corps en entier, découvrant qu’elle a la capacité
de traverser les obstacles lorsqu’elles le souhaitent. Aus-
sitôt, elle ressort, prend Oda par la main et de la même
façon que son amie avait transmis son don d’invisibilité,
elle lui fait traverser la porte du garage. Oda n’a que le
temps de comprendre ce qui se passe, elles sont toutes les
deux dans le garage.
⎯ Tu vois, Oda, tu ne dois plus te soucier, à nous
deux, on peut faire des choses vraiment formidables.
⎯ Tu m’as fait passer à travers la porte, je n’en reviens
pas.
⎯ Je ne savais pas que j’avais ce don, je n’ai jamais
essayé de passer à travers un mur ou une porte aupara-
vant, ça ne m’était jamais venu à l’idée.
⎯ En tout cas, ici, il fait plus chaud et c’est bien
mieux.
⎯ Oui, mais il faudrait que tu trouves un truc pour de-
venir invisible avec nos vêtements.
⎯ Je ne sais pas !
⎯ Moi, je crois qu’on va trouver. Apprends-moi com-
ment on devient invisible.
⎯ Oh ! c’est facile, il n’y a rien de compliqué. J’ai dé-
couvert qu’en fait, tout mon corps n’est pas vraiment vi-
sible. Si nous n’y mettions pas les couleurs, il resterait

169
transparent tout le temps.
⎯ Mais qu’est-ce que tu veux dire par là ?
⎯ Qu’au début, lorsque les premiers hommes sont ar-
rivés sur Terre, ils étaient tous transparents, ils flottaient
dans l’air et ils n’étaient que des idées, des pensées. Les
premiers hommes étaient bien plus légers que maintenant.
Ce n’est que lorsqu’ils se sont posés sur la planète qu’ils
ont pris leurs couleurs et, parce qu’ils ont vu la couleur
marron du sol, ils sont devenus marron. Tu sais, au début
les hommes n’étaient ni blancs ni roses, mais comme le
sol. Les gens qu’on dit noirs maintenant étaient les pre-
miers hommes. Ils ne savaient pas vraiment pourquoi ils
étaient là. Mais ils avaient beaucoup de pouvoirs. Plus
tard, ils se sont séparés par groupes et ils ont aussi choisi
leur couleur. C’est pour ça qu’il y a des noirs, des blancs
et des jaunes.
⎯ Que me racontes-tu, où as-tu appris cela ?
⎯ Il faut le dire à personne, mais je le sais parce que je
me rappelle qu’il y a très longtemps, j’étais comme ça,
j’ai en moi le souvenir d’un temps passé très lointain.
C’est inscrit en moi, je porte ça comme un don. Je sais
aussi que toute la technologie de ce monde ne sert à rien
et qu’il faut trouver la paix et la vérité dans les choses
naturelles. C’est pour ça que j’aime particulièrement la
nature, je sens qu’elle a beaucoup à nous donner. Je
m’accorde avec elle et elle me le rend. Pour devenir invi-
sible, c’est simple, il faut être en harmonie avec la nature,
ensuite se détacher de nos racines ancestrales, ne plus ac-
cepter de garder la couleur du début, celle que nos aïeux
ont toujours portée avec eux. Il faut se libérer de notre
passé, totalement. À partir de là, tu peux disparaître et
c’est ce que je fais lorsque je le souhaite. Si je voulais je
pourrais changer de couleur, devenir verte par exemple.
Tu veux essayer ?
170
⎯ Quoi, devenir verte ?
⎯ Verte ou invisible, c’est toi qui choisi !
⎯ Moi, je veux être rouge, c’est la couleur que je pré-
fère.
⎯ Alors, essaie !
Shanley se concentre de toutes ses forces, elle ferme les
yeux et retient presque sa respiration. Ça dure quelques
minutes, puis elle explose et râle.
⎯ Ça ne marche pas, pourtant, j’ai fait tout ce que je
pouvais.
Oda se met à rire aussitôt en voyant Shanley rouge de
concentration et d’avoir retenu sa respiration.
⎯ Je ne t’ai jamais dit de te concentrer, ni d’arrêter de
respirer. Au contraire, pour arriver à l’état primitif, tu
dois tous oublier, tu dois t’oublier complètement, presque
ne plus sentir que tu existes personnellement. C’est
comme si ton corps faisait partie de l’univers et des étoi-
les, mais autrement, comme si l’univers était en toi. Tu
dois voir une grosse étoile qui rassemble toutes celles du
ciel. Lorsque tu te sens comme ça, tu deviens invisible à
l’œil parce que tu n’es plus vraiment dans ce monde. Si tu
veux devenir rouge, tu penses juste au rouge.
⎯ Je commence à comprendre, je crois que j’ai fait la
même chose tout à l’heure pour passer à travers la porte.
Je pense pouvoir y arriver.
Shanley se détend, elle est différente, son esprit rejoint
son cœur, comme lorsqu’elle l’avait laissé parler quand
elle s’était aperçu de son erreur dans ses intentions. De là
elle arrive à se détacher de son être, sa personne et son
individualité, elle s’oublie, mais en elle une sensation, un
monde s’ouvre, comme si un univers nouveau l’invitait à
pénétrer au fond de son être. Elle pense à une couleur,
ouvrant les yeux elle voit la transparence de son corps

171
avec des reflets rouges et elle rigole.
⎯ T’as vu, j’y arrive, je suis comme toi, invisible !
⎯ Presque, parce que rouge, ça se voit.
⎯ Alors, transparente, c’est mieux.
Une pensée et la voilà totalement invisible.
⎯ Tu as raison, c’est facile. Regarde, je vais en même
temps passer à travers le mur et revenir.
⎯ Tu peux dire ce que tu veux, de toute façon, je ne te
vois pas.
⎯ C’est vrai, alors, je vais t’apprendre à passer à tra-
vers les murs. Ne restons pas invisibles, ce sera plus pra-
tique.
⎯ Et dire que ce matin je te trouvais vraiment pas
sympa, c’est fou ce qu’on peut changer !
⎯ Et dire que ce matin je te trouvais inabordable, pré-
tentieuse, c’est dingue de ne pas se connaître. Tu es ma
meilleure amie avec Cléonisse.
⎯ Toi aussi.
⎯ Bon, je vais te montrer comment je suis passée à
travers la porte. C’était la première fois mais, c’est bi-
zarre, je crois que j’ai toujours su le faire. En fait, c’est
comme toi pour devenir transparente. J’ai eu un déclic
lorsque nous nous sommes retrouvées dehors et que tu
pleurais. J’ai eu l’idée de pouvoir faire quelque chose
d’utile pour ne pas te laisser mourir de froid. Alors je me
suis dit « et si je pouvais passer à travers, nous serions au
chaud ». J’ai insisté, et j’ai vu ma main passer à travers.
Mais lorsque j’y suis arrivée, je pensais au cœur qui
s’ouvre, je pensais aux paroles de Cléonisse et je sentais
mon être si différent qu’il faisait partie d’un autre monde,
comme celui que tu me montrais pour devenir transpa-
rente. Je ne suis plus comme avant, c’est comme...
⎯ Comme des mots, des pensées et de l’amour qui

172
peuvent changer quelqu’un.
Les deux filles entendent une voix derrière elles qu’elles
connaissent bien. Mais elles ne voient personne.
⎯ Vous me cherchez, c’est étrange, je crois que je suis
invisible.
⎯ Cléonisse, si c’est toi, montre-toi, tu nous as fait
peur.
À cet instant, la fille se dévoile devant eux, tout habillée.
Elle porte dans ses mains un sac.
⎯ Comment as-tu fait pour nous retrouver, tu dormais
tout à l’heure lorsqu’on a quitté la chambre.
⎯ Je me reposais, mais je vous ai entendues. Vous
aviez dit que vous alliez dans le garage, il suffisait de
vous y retrouver. Vous n’avez pris aucun vêtement, c’est
pour ça que je vous en apporte. Dehors il fait encore plus
froid.
⎯ Mais, tu deviens invisible avec des habits, comment
tu fais ?
⎯ Vous le savez, il n’y a que la pensée qui met des li-
mites dans notre monde. Enlevez-les, le monde est bien
différent. Je vous observe depuis que vous êtes là et je
suis contente de vous trouver si amies. Tu vois, Shanley,
lorsque tu as voulu te mettre dans notre groupe, j’ai im-
médiatement vu qu’elles étaient tes intentions. Mais j’ai
vu aussi que tu avais un cœur pur. Tu caches ton jeu, je
savais que j’arriverais à faire sortir de toi le bien qui est le
moteur de ton être. Je ne pensais pas que ce serait aussi
rapide. Si tous nos amis sont aussi doués que vous, nous
allons faire très vite de grands progrès et le groupe
d’enfants que nous sommes sera bien plus à craindre que
le pire des tremblements de terre.
⎯ Tu sais passer à travers les murs de béton et d’acier
et en plus tu peux être invisible ?

173
⎯ Bien sûr, je suis comme ma mère, elle m’a donné
une grande partie de ses pouvoirs lorsque je suis née. Je
suis un peu comme elle.
⎯ On a remarqué, tu parles même comme une grande
personne. Bon, ce n’est pas fini, tu m’as dérangée alors
que j’expliquais à Oda comment passer à travers les murs.
Il faut qu’elle essaie.
⎯ Je crois que j’ai compris, ce ne devrait pas être dif-
ficile, je vais le faire. Je vais prendre une chose pas trop
épaisse pour commencer.
Alors, voyant une voiture elle s’avance devant et la tra-
verse en marchant. S’arrêtant au milieu, elle devient invi-
sible et ses deux amies ne savent pas si elle a traversé ou
si elle est restée dedans. Après une minute elles sont sur-
prises lorsqu’elles sentent qu’on les tient par les épaules
et se retournant, elles voient Oda, toute souriante.
⎯ J’ai fait le tour du garage, heureusement que j’ai mis
les habits que tu nous as apportés, il fait très froid dehors.
⎯ C’est super si toutes les trois on peut devenir trans-
parentes et passer à travers les murs. Mais comme on est
là, on peut voir le vaisseau spatial. Tu veux bien Cléo-
nisse ?
⎯ J’en ai autant envie que vous, je suis d’accord.
C’est alors qu’à ce moment les trois filles entendent
qu’on ouvre la grande porte du garage. Il n’y a rien pour
se cacher, alors, elles se camouflent à leur façon…

Devant le vaisseau, les trois filles sont surprises de voir


arriver Steve, Christopher, Noèse et Clara.
⎯ Toi qui étais instructeur, Clara, que penses-tu de ce
type de vaisseau, pourrions-nous voyager dans l’espace ;
si Jacques est venu jusqu’ici, c’est que ce doit être possi-
ble ?

174
⎯ Pour ma part, Steve, je crois que ce type d’engin est
fait pour voyager en périphérie d’une étoile car il ne pos-
sède qu’un moteur gravitique. Jacques a dû déjà
t’expliquer que ce genre de moteur nous permet de nous
déplacer au dixième de la vitesse de la lumière. Tu ne
pourras jamais aller plus loin que Pluton, au-delà ce n’est
pas possible. Je pense que lorsque Jacques est venu, il est
parti d’un vaisseau spatial long-courrier qui devait être
autour d’une autre planète dans le système solaire. Il a pu
partir de Mars ou de Saturne et mettre une ou deux heures
avant d’arriver ici. Je ne vois pas trop l’intérêt pour toi de
partir, à part faire un petit tour pour le plaisir.
⎯ Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu’il faut par-
tir, je crois que je peux les aider. Tu peux regarder plus en
détail s’il n’y a pas un autre système caché qui nous per-
met de faire de plus longs voyages ?
⎯ Je veux bien le faire, mais ne te fais pas trop
d’illusions.
⎯ Permets-moi d’intervenir, Clara, mais Jacques et
moi, avons fui une planète dans un vaisseau encore plus
petit et pourtant en introduisant une clef particulière, il a
mis en route un système qui nous a permis de rejoindre
Aqualuce en moins d’une minute. Jacques a donné cette
Clef à Steve.
⎯ C’est juste, attends, je vais te la montrer.
Steve ouvre le col de son pull et sort la clef spéciale. Cla-
ra ne savait pas qu’il avait hérité de cette clef. Elle sait
qu’à une époque, elle avait appartenu à son père.
⎯ Tu as donc cette clef. Je me demande pourquoi ce
vaisseau serait équipé pour la recevoir, mais je vais re-
garder.
Clara et Steve entrent dans le vaisseau, ils commencent à
explorer le pupitre de commande mais ils ne voient rien.

175
Christopher les rejoint et cherche à son tour bien que le
cockpit ne soit pas bien grand ; il est expert, ce n’est pas
un policier pour rien.
⎯ Montre-moi ta clef, Steve, je veux la voir de près.
Elle est en or, un anneau est prolongé par une tige de dix
centimètres et au bout se trouve une sphère de deux cen-
timètres, étrangement percée de trous ronds, carrés, rec-
tangulaires, triangulaires ; dans l’anneau passe une très
fine chaînette faite d’un métal robuste et précieux.
⎯ Elle est bien curieuse, j’avoue, il n’y a pas beaucoup
d’endroit où l’on puisse l’introduire.
Il passe sa tête sous le tableau de commande, là où on al-
longe les jambes.
⎯ Il y a une fente, je me demande si ce ne serait pas
ça. Passe moi la clef.
Steve lui tend, il commence à l’introduire dans le loge-
ment qu’il vient de découvrir.
⎯ Stop, ne la mets pas dedans, tu risques de tous nous
tuer, si c’est bien ça, je te certifie que le vaisseau partira
immédiatement.
⎯ Ok, c’est bien son logement.
⎯ Vous voyez, j’en connais le fonctionnement, cette
clef vous emmène là où vous souhaitez aller. Si vous pen-
sez à Axelle, elle vous y conduira en un éclair, même si
vous devez traverser l’univers. Cet engin est un des vais-
seaux les plus rapides de l’univers.
⎯ Si Jacques est venu avec lui, crois-tu qu’il a utilisé
ce type de propulsion ?
⎯ Steve, il n’a pas pu s’en servir, c’est toi qui as la
clef.
⎯ Alors, si cet engin peut se déplacer partout dans
l’espace, il n’est plus impossible que je parte à la recher-
che d’Axelle ?

176
⎯ Bien sûr, mon chéri, mais si tu résous le problème
du voyage, tu ne règles pas celui de devoir reprendre no-
tre enfant à ceux qui l’ont enlevé. Devant cinq cents sol-
dats, voire plus, que feras-tu ?
⎯ Je ne sais pas, je verrai.
⎯ Ils peuvent t’avoir tué avant même que tu aies eu le
temps de la retrouver.
⎯ C’est décidé, je dois partir.
⎯ Je ne peux te retenir. Nous avons deux autres en-
fants qui ont besoin de leurs parents, mais je me débrouil-
lerai. Je ne sais pas encore comment je vais faire avec les
autres. Si Harry reste, il prendra ta place, s’il veut bien je
lui confierai la direction technique de l’établissement.
⎯ Je suis certain que mon collègue acceptera sans pro-
blème.
⎯ Noèse, je pense que je dois partir avec Steve, il a
besoin d’un pilote pour le vaisseau. Martin me remplace-
ra sans problème.
⎯ Bon, je vois que tous se sont ligués pour faire un
beau voyage. Je vous connais tous et vous savez que vous
ne pouvez rien me cacher. Je me doutais que vous alliez
partir. Heureusement j’ai avec moi des enfants qui vont
pouvoir m’aider. Steve, quand comptes-tu partir ?
⎯ Demain soir, le temps de préparer quelques affaires.
⎯ Ça me laisse juste le temps de le dire aux enfants.
Bon, ne perdons pas de temps, il faut préparer un mini-
mum d’affaires et un peu de nourriture. Ce vaisseau n’est
vraiment pas grand, vous devrez avoir des priorités.
⎯ Noèse, Steve, il y a un gros problème !
⎯ Que se passe-t-il Clara ?
⎯ Venez vite, je crois que le vaisseau s’est mis en
route et si je ne me trompe pas, il y a un compte à rebours
en marche.

177
⎯ Moi quoi ?
⎯ Le vaisseau doit partir dans moins de quinze minu-
tes. Comment ce fait-il, Clara ?
⎯ C’est simple, Noèse, je crois que la clef de Steve est
magnétique et elle a dû déclencher le départ. Si nous ne
voulons pas voir le vaisseau partir sans nous, il faut mon-
ter immédiatement. Nous n’avons plus le choix.
⎯ Mais, je ne suis pas prêt !
⎯ Tu n’as plus le temps, Steve, installe-toi, et vous
aussi, Christopher. Je file à la maison vous chercher des
provisions et des vêtements. J’ai juste dix minutes. Clara,
j’ouvre la porte du garage, sors le vaisseau pour qu’il soit
prêt à décoller.
Sous les yeux des trois filles, l’engin sort avec les trois
passagers à l’intérieur, c’est la panique. Noèse n’avait pas
prévu ce genre de problème ; elle est très douée pour
comprendre la raison humaine, les hommes, leurs pen-
sées, leurs sentiments, mais les choses technologiques, ce
n’est vraiment pas sa partie. Elle ne peut déceler ce type
de situation par avance. Là, elle est comme le commun
des mortels : il faut faire avec…
Moins de dix minutes plus tard, elle revient avec un
énorme sac de provisions et de l’eau ainsi que des vête-
ments pour tout le monde. Comme Clara et Christopher
sont à peu près de sa taille et celle de son mari, elle a pui-
sé dans sa penderie.
⎯ Noèse, on décolle dans trois minutes, je pense que
c’est le moteur de la clef qui va fonctionner. Je décolle
immédiatement pour me dégager de l’atmosphère avant
qu’il ne se déclenche.
⎯ OK, partez, mais Steve, introduit ta clef dès que tu
es là-haut et surtout, pense de tout ton cœur à Axelle, il
n’y a qu’elle qui puisse te guider à travers ces milliards

178
d’étoiles.
Le temps d’un baiser, les portes du vaisseau se ferment, il
décolle immédiatement…

Effondrée sur le trottoir, Noèse pleure, trop surprise de


voir partir si rapidement des amis qu’elle adore et qu’elle
risque peut-être de ne plus jamais revoir. Alors les trois
filles apparaissent devant elle.
⎯ Faut pas pleurer, tata, ils vont revenir, peut-être
qu’ils seront là pour Noël.
⎯ Vous avez tout vu, je savais que vous étiez là. Je
vous sentais, mais nous étions trop occupés. Je n’aurais
jamais dû accepter qu’ils partent, il fallait détruire le vais-
seau, ça aurait été mieux. Que faisiez-vous ici, vous de-
vriez être couchées.
⎯ Tu ne vois pas à travers nos pensées ?
⎯ Non, je viens de perdre la force de regarder en vous,
mon cœur se trouve ce soir, arraché à trois êtres partis,
que j’aime beaucoup.
⎯ On a froid, rentrons, on va t’expliquer.
Les trois enfants rejoignent la grande maison que Noèse
ne peut quitter trop longtemps car ses deux autres jeunes
enfants dorment. À l’intérieur, il fait bien plus chaud.
Noèse prépare pour les enfants du chocolat chaud, ses
larmes se voient encore, son chagrin est grand. Elle avait
accepté ce départ, mais elle s’était imaginée le faire avec
douceur, elle pensait que la raison de Steve l’aurait peut-
être retenu et qu’il aurait préféré laisser à Aqualuce, par-
tie, la charge de ramener un jour sa fille disparue. En
deux semaines, perdre un enfant et un époux est bien trop
lourd, même lorsqu’on est une super-femme pourvue de
pouvoirs immenses.
Cléonisse sent bien cela, elle est aussi pleine de compré-
hension pour les choses de l’esprit, elle peut aussi perce-
179
voir les pensées.
Devant leur chocolat, les trois filles racontent à Noèse
tout ce qu’elles ont fait, devenir invisible, passer à travers
les murs et qu’elles voulaient comme tous les enfants,
voir le vaisseau spatial. Elles ne s’imaginaient pas que
tout se passerait aussi vite. Noèse comprend leur curiosité
mais les fait jurer de ne dire mot à personne du fait de
passer à travers les murs. Si tous pouvaient le faire, elle
ne pourrait plus s’assurer de la sécurité de chacun. Ce-
pendant, Cléonisse, inquiète du départ précipité, pense
qu’il serait souhaitable d’en informer sa mère. Noèse n’y
voit aucun problème et demande à être présente ; alors
Cléonisse file dans sa chambre pour attraper le sifflet ma-
gique. Toutes quatre réunies, la petite fille souffle avec
une légèreté extraordinaire dans son instrument…

Tout s’assombrit autour d’elles, et leur corps se met à vi-


brer très fort. Chacune perd pied et les repères de leur
monde disparaissent. D’un coup tout s’illuminent autour
et Aqualuce, sa sœur Doora, sa fille Cléonisse, deux en-
fants qu’elle connaît moins et Noèse son autre sœur restée
sur Terre, se retrouvent réunis. Transportées ensemble,
elles sont toutes dans un monde où aucune image d’elles
n’apparaît.
⎯ Maman t’es là, je ne te vois pas. Je suis avec mes
amies, Shanley et Oda, Noèse nous a accompagnés, tu
m’entends, tu me vois ?
⎯ Ma petite, je suis avec vous, mais je traverse une
épreuve en ce moment qui m’empêche de voir comme je
le souhaite. Je suis dans un monde totalement invisible. Si
tu m’as appelée, j’ai fait venir aussi à toi le monde dans
lequel je me trouve. Nous sommes perdues, nous ne sa-
vons pas où aller.
⎯ Maman, si je t’ai appelée, c’est parce qu’il s’est
180
passé quelque chose qui nous paraît important, c’est pour
cela que Noèse est avec nous.
⎯ Aqualuce, je te sens et même si je ne te vois pas, ce-
la n’a aucune importance. Cléonisse a souhaité te retrou-
ver et je viens avec elle car Steve, Clara et un ami que tu
ne connais pas, Christopher sont partis rejoindre Axelle,
là où elle est peut-être emprisonnée. Ils ont pris le petit
vaisseau avec lequel Jacques est venu chercher Axelle. Ils
sont partis à sa recherche. Clara les accompagne parce
qu’elle sait piloter l’engin. Ils ont trouvé dans l’appareil
le même système pour voyager que celui que Jacques
avait utilisé il y a bien des années. Steve avait la clef que
Jacques lui a confiée, c’est elle qui a mis le vaisseau en
route. Ils peuvent voyager partout dans l’espace, mais je
crains qu’ils ne soient pas vraiment en mesure d’affronter
l’ennemi qu’ils trouveront devant eux. C’est par accident
que l’engin s’est mis en marche, ils ne pouvaient pas
l’arrêter. Je me retrouve à Keuramdor, avec juste un ami
pour faire vivre notre école. Mon cœur est triste, j’ai per-
du ma grande fille et maintenant mon époux. Je com-
mence à me demander si je ne dois pas fermer l’école, je
n’y arriverai jamais seule. Je ne sais plus ce que je dois
faire.
⎯ Noèse, je t’en prie, ne pleure plus, nous sommes
toutes prises dans un grand jeu que nous ne maîtrisons
pas. Je suis comme toi, au bord du désespoir. Mais
n’abandonne pas, garde les enfants avec toi, l’école est
pour eux une grande chance et leur apporte l’espoir. Pour
nous, elle est notre seule possibilité de victoire. Depuis
que je suis partie, j’ai vu mes enfants plusieurs fois et
aussi certains de leurs camarades. À chaque fois, ils
m’ont donné ce dont j’avais besoin sur le moment, ils
sont magiques, ils nous aident. Je ne pourrai pas te re-
joindre, même avec mon vaisseau, car je suis à la recher-
181
che de moi-même, j’ai perdu Jacques et lui m’a perdue.
Mon cœur est la seule chose qu’il me reste dans ma quête,
mais je ne peux abandonner. Ce que tu m’as dit à propos
du départ de Steve, me redonne un peu confiance. S’ils
sont dans le vaisseau de Jacques et que la clef peut fonc-
tionner, c’est que notre père a guidé ses pas. Tu le sais
bien, ce ne doit pas être par hasard s’ils sont partis. Les
choses ne se font pas comme on veut, mais comme elles
le doivent. J’ai peut-être une idée. Doora, serais-tu
d’accord de me quitter pour rejoindre la Terre et aider
Noèse à s’occuper de notre école ?
⎯ Aqualuce, c’est inattendu ! nous sommes dans le
monde de l’invisible, tu es perdue et tu me demandes de
t’abandonner là ?
⎯ Doora, Noèse a besoin d’une d’entre nous, je ne
peux abandonner la route que j’ai prise, mais toi tu n’as
pas la lourde charge que je porte. Tu serais une excellente
maîtresse avec Noèse. J’en ai l’assurance. Je pense que tu
aimes les enfants plus moi encore, tu es jeune et tu as
beaucoup de patience ; je pense que tu seras plus à ton
aise, tu m’aideras davantage. Je crois que je vais pouvoir
m’en sortir sans toi, depuis que nous sommes ensemble,
je me repose trop sur toi. Ne t’inquiètes pas pour moi, je
vais trouver la force qu’il me faut pour aller au bout de
cette quête de l’inconnu. Laisse-moi ici, je m’en sortirai.
Il y a nos deux amies qui m’attendent dans le vaisseau,
j’arriverai à les rejoindre.
⎯ J’aurais aimé te suivre, mais je pense qu’il est bon
que je rejoigne Noèse et les enfants. Mais comment vais-
je faire pour les suivre ?
⎯ Je pense que pour te détacher de notre espace, il est
indispensable que tu les rejoignes. Donne leur la main,
serrez-vous les uns contre les autres pour ne former qu’un
corps, le plus dense d’entre nous t’emportera.
182
⎯ Madame, je t’ai entendu dire que tu es dans le
monde de l’invisible et que tu ne sais pas où aller. Tu
sais, l’invisible, c’est un monde avec lequel je vis. Je n’y
suis pas perdue et je te vois depuis que Cléonisse a souf-
flé dans son sifflet. Pour vivre dans le monde de
l’invisible, c’est très simple, c’est nous qui devons y met-
tre les couleurs. Ce monde ne se fige qu’à ce que nous
voulons y apporter. Je l’avais déjà expliqué à mon amie
Shanley. Le monde n’est que ce que les hommes ont bien
voulu en faire. L’invisible pur, c’est le monde parfait,
mais, il est à la limite du nôtre. Pour pouvoir t’en sortir,
tu dois le peindre à ta convenance. Prends un pinceau, de
la peinture, et fais le. Tu verras, il prendra forme. At-
tends, je suis dans la maison de Noèse, je vais te chercher
un peu de peinture. Tu viens avec moi, Cléonisse, mon-
tre-moi où tu ranges tes affaires de dessin ?
⎯ Pas de problème, suis-moi…
Les deux filles semblent disparaître, mais personne ne
peut les voir dans le monde de l’invisible. Pourtant, elles
sont dans leur maison. Il faut peu de temps pour qu’elles
reviennent. Alors Oda tend une boite de peinture à Aqua-
luce. Sans rien voir, elle se laisse guider.
⎯ Tu sens entre tes doigts le pinceau et la boite de
couleur ?
⎯ Oui, que dois-je en faire ?
⎯ Peins le monde à ta façon, tu verras !
Aqualuce commence à tremper son pinceau dans un pot
et délicatement, elle donne de la couleur à la petite fille
qui se trouve devant elle. Sa tête apparaît bleu turquoise,
tous la voient et rient de bon cœur.
⎯ Tu vois, ce n'est pas compliqué, de toute façon dans
la boîte que je t’ai donné, il y a plein de couleurs.
Aqualuce s’étonne de voir que dans le cœur de ces en-

183
fants, la magie s’installe si fort que le monde matériel et
ses barrières tombent comme des quilles avec lesquelles
on joue. Et si ce monde dans lequel elle vit depuis qu’elle
est née n’était qu’un jeu immense ? Mais, qui joue ?
⎯ Tu es merveilleuse, Oda,
⎯ Ce n’est pas tout, donne-moi une main, je vais
t’offrir mon don pour qu’il te serve lorsque tu en auras
besoin. Moi, il ne me sert à rien tandis que toi tu pourrais
l’utiliser pour ramener Axelle. Je donnerais tout pour la
revoir.
Oda, fermant les yeux, semble transmettre un fluide en
elle, c’est le don de l’invisibilité ; elle paraît s’en séparer
totalement, comme pour lui donner ce qu’elle a de meil-
leur, mais l’amour de cette enfant de six ans semble bien
plus grand que tout. Aqualuce est si touchée que les mots
lui manquent.
⎯ Mais, que deviens-tu sans pouvoir, Oda ?
⎯ Les pouvoirs sont bien moins fort que l’amitié et
l’amour, le plus important pour moi, c’est de rendre les
autres heureux, et ce n’est pas en devenant invisible
qu’on le fait.
⎯ Moi aussi, madame, je peux te donner quelque
chose.
⎯ Rappelle-moi ton nom ?
⎯ Je suis Shanley.
⎯ Ah oui ! je me souviens de toi, je suis venu te voir
dans ton beau pays d’Irlande. Tu es une fille de caractère.
Essaie de t’approcher de moi, je vais tenter de te donner
aussi des couleurs.
Elle se guide de la voix pour se rapprocher, Aqualuce at-
trape sa main, sent son visage et prend le pinceau. Alors,
d’une main adroite, elle dessine sur elle la silhouette
d’une panthère noire, les yeux jaunes et effilés, le front

184
large et intelligent. Shanley est d’un noir brillant, en la
regardant ainsi, on comprend que cette fille peut devenir
dangereuse pour ceux qui voudraient lui faire du mal. Ses
nouvelles couleurs soulignent sa puissance.
⎯ Tu te plais ainsi ?
⎯ Comment sais-tu que j’aime les panthères noires ?
j’aimerais être comme elles.
⎯ Tu l’es par ta nature, je l’avais remarqué lorsque je
suis venu te voir la première fois, je me souviens.
⎯ Approche ta tête de moi, je vais te donner le don
que j’ai en mon être.
Aqualuce se tient devant Shanley qui attrape sa tête invi-
sible. Elle lui caresse les joues et lui embrasse le front.
Lui massant le visage, elle semble l’apprêter à la rendre
plus souple pour passer à travers les murs.
⎯ Je t’ai donné aussi mon pouvoir, tu pourrais en avoir
besoin. Tu en as pris toute ma force, franchis toutes les
barrières et reviens avec tous nos amis.
⎯ Vous me gâtez les enfants, je suis vraiment touchée,
vous vous dépouillez tous pour moi.
⎯ Tu vois, Aqualuce, tu ne peux plus baisser les bras,
il y a tant d’enfants qui t’aiment, tu es leur héroïne. Je t’ai
soutenu jusqu’à aujourd’hui et voyant ce qu’ils font pour
toi, je peux te quitter en paix.
⎯ Doora, je ne te décevrai pas, je porte avec moi
comme un message d’amour, tous les dons de nos en-
fants. Nous devons nous quitter maintenant. Mais avant,
ma petite Cléonisse, viens vers moi, je vais te donner tes
couleurs.
La petite fille se rapproche de sa maman et celle-ci, d’un
trait net lui zèbre le visage et lui dit :
⎯ Tu es un serpent capable d’avaler le plus grand des
serpents. Je veux que Maldeï te craigne si elle te prend

185
avec elle, c’est pour cela que je te donne ce visage.
L’enfant est d’abord effrayée de voir ce que sa mère a fait
de son visage, elle n’est plus qu’un reptile venimeux.
Puis, elle respire un peu, ouvre les yeux. Comme si elle
voyait à la manière un serpent. Elle peut lire toutes les
pensées, elle peut aussi se glisser derrière les autres sans
qu’ils s’en aperçoivent pour les attraper par surprise.
⎯ Que m’as-tu fait maman, je ne suis plus comme
avant. Tu as changé mon être avec ta peinture.
⎯ Non, j’ai juste fait ressortir de toi celle qui ne se
laisse jamais prendre. Je t’ai donné ton image telle que tu
es.
⎯ Ma nature est comme ça, tu es mon enfant. Ta na-
ture peut te protéger si un jour tu es en danger. Mais
vraiment, il faut nous séparer. S’il te plaît, Doora, peux-tu
rejoindre les enfants et Noèse, pour que tu puisses
t’arracher à notre monde, tiens-toi serrée aux autres, afin
qu’ils t’emmènent de leur coté.
⎯ Viens avec nous, Maman !
⎯ Je ne peux pas, je ne peux pas. S’il te plaît, Cléo-
nisse, range ton sifflet car il nous retient encore.
⎯ Maman…
Alors, une fois le petit sifflet remis dans une poche, l’air
se mettent à vibrer, bourdonnant comme de gros haut-
parleurs. Le sol semble se dérober sous les pieds de cha-
cune. Doora ressent sur elle des tiraillement terrible
comme si on était entrain de lui arracher tous ses mem-
bres. La séparation des deux espaces ne se fait pas si faci-
lement, une souffrance terrible torture la femme qui ac-
compagnait Aqualuce jusqu’à maintenant. D’un coup, un
éclair jaillit, créant une déchirure entre les deux mondes.
Comme si les lois de l’espace-temps avaient été violées.

186
DES NOUVEAUX SUR LA TERRE

Sur le sol de la grande pièce, une femme


qu’elles ne connaissent pas est effondrée, inanimée.
Noèse sait qu’elle vient de faire un tel bon dans l’espace
que son esprit n’a peut-être pas encore suivi son corps. Et
si elle ne revenait jamais à elle ?
Le temps de se poser la question de toutes ses forces elle
la porte sur le canapé le plus proche. Son cœur bat, mais
si faiblement qu’elle se demande si elle ne va pas mourir
d’un instant à l’autre. Était-ce bien prudent, la faire venir
ainsi ? Le temps était-il exactement le même que sur
Terre ?
Les enfants n’ont pas encore réalisé ce qui vient de se
passer et ils voient Noèse s’effondrer au pied de la jeune
femme mourante.
⎯ J’aurais dû être plus forte devant Aqualuce. Tu es en
train de mourir pour rien.
Noèse verse ses larmes sur le visage de Doora.
⎯ Je n’ai pas eu le temps de te connaître, qui es-tu ?
Pourtant, ton visage me rappelle quelque chose.
Durant de longues minutes, ses pleurs inondent la femme,
jusqu’à ce qu’elle n’entende plus son cœur battre.
⎯ Partez les enfants, ce spectacle n’est pas pour vous,
ne restez pas là, cette femme vient de mourir. Elle n’a pas
supporté le changement d’espace.
⎯ Mais, pourquoi ?
⎯ Sortez, immédiatement.
Les enfants se reculent en hésitant. C’est à ce moment
qu’un éclair foudroie la pièce où elles se trouvent. Noèse
est éjecté de sa place, les lumières de la maison
s’éteignent à cet instant. Plus un bruit, le noir total…

187
⎯ Où suis-je, y a-t-il quelqu’un ici ?
Pas de réponse, c’est le silence total.
⎯ J’ai peur du noir, allumez la lumière.
⎯ Qui est-tu ?
⎯ Est toi ?
⎯ Je suis Doora, l’amie qui voyage avec Aqualuce.
⎯ Tu es vivante ?
⎯ Tu m’entends, donc je suis bien vivante.
⎯ Il faut allumer la lumière.
⎯ Oh ! j’ai mal à la tête, qu’est-ce qui m’arrive ? Tu es
Noèse ?
⎯ Oui, je suis Noèse. Tu es bien avec nous, alors que
je t’ai vue morte.
⎯ Mon esprit était bloqué entre deux dimensions. Le
temps me retenait, j’ai dû combattre pour m’en libérer.
⎯ Ne bougez pas, je vais au tableau électrique pour
remettre le courant.
La panique avait pris Noèse lorsqu’elle a cru voir cette
femme mourir dans ses bras. Mais ce n’était que la dé-
formation du temps qui avait créé ce phénomène. Elle
court maintenant au compteur électrique pour remettre le
circuit en fonction. Elle fait très vite, pourtant lorsqu’elle
revient, elle trouve déjà les enfants entrain d’écouter la
longue histoire de leur maman depuis qu’elle les a quittés.
⎯ Excuse-moi Noèse, je ne t’ai pas attendue pour leur
dire qui je suis, je vais reprendre pour toi. Je m’appelle
Doora, je suis une lunisse et Aqualuce nous a découverts
il y a plus de trois mois sur une planète s’appelant Trinita.
Ta mère, Cléonisse, a eu un accident en arrivant sur la
planète, elle est devenue aveugle un long moment.
Néanmoins, sa présence a changé les mentalités des
hommes et des femmes avec qui nous vivions. Avant
qu’elle n’arrive, nous n’étions que dix sur l’astre que

188
nous pensions sans aucune autre vie. Mais, avec le cou-
rage d’Aqualuce et mon intuition, nous avons trouvé un
vaisseau intact abandonné dans le sable. C’était une nef
gigantesque pouvant contenir des centaines de personnes.
Nous avons pu décoller et c’est alors qu’Aqualuce nous a
demandé de vérifier s’il n’y avait pas d’autres hommes
sur la planète. Elle avait raison d’insister car nous avons
découvert plus de cinq cents hommes et femmes empri-
sonnés dans la glace de la planète. Nous les avons sauvés
et nous sommes partis. Dans l’espace, Aqualuce a décidé
de quitter le groupe pour aller à la recherche d’elle-même
afin de s’apprêter à affronter Maldeï, notre ennemie. Je
suis partie avec elle et deux autres amies. Elle a voulu
retourner sur Lunisse, elle pensait avoir à y faire quelque
chose.
⎯ Je crois que c’est là que je l’ai revue. Elle était dans
une sorte de pyramide lorsque j’ai appelé avec mon sifflet
magique.
⎯ C’est cela. Ensuite nous sommes parties dans la di-
rection de la planète Monadis. Nous avons échoué sur une
autre planète étrange et c’est là que nous nous sommes
retrouvées. Ta mère et moi sommes très proches, nous
nous connaissons depuis dix ans. Elle m’avait rencontrée
pour la première fois à l’école de pilotage de Lunisse. Je
suis la sœur d’un de ses anciens amis et je suis aussi une
de ses sœurs. Nous avons le même père. Je suis votre
tante en quelque sorte. Et je suis aussi ta sœur, Noèse.
⎯ C’est incroyable ce que tu me dis, Doora, notre père
qui semblait être un saint homme, a fait des enfants par-
tout dans l’univers. Combien avons-nous de sœurs et de
frères dans la galaxie ?
⎯ Je ne sais pas mais je pense que nous ne sommes
pas les seules.
⎯ On peut t’appeler tata Doora ?
189
⎯ Si vous le souhaitez les enfants. Mais je suis avec
vous parce que d’autres sont partis et Noèse a besoin
d’aide pour s’occuper de son école. Je vais tâcher de
remplacer les absents, j’espère pouvoir compter sur vous
pour m’aider. Demain il faudra me présenter vos camara-
des et me faire visiter votre école.
⎯ Doora, dans notre grande maison, il y a un studio
pour Clara. Je vais ranger ses affaires, tu n’auras qu’à t’y
installer le temps qu’il faudra.
⎯ Je te remercie, Noèse, mais si tu n’as qu’un lit dans
un coin de ta maison, cela me suffira.
⎯ Pas question, je suis certaine que Clara aurait fait
comme moi.
⎯ Dis, tata Doora, tu es mariée ?
⎯ Oui, bien sûr, mon mari s’appelle Némeq, il est pi-
lote comme moi mais il est parti en mission, c’est ta ma-
man qui lui a demandé de faire l’inspection des planètes
de notre monde.
⎯ Il est loin ?
⎯ Très loin, tu ne peux pas imaginer.
⎯ Il est maintenant très tard, les enfants, je vous
conduis dans vos chambres, il faut dormir.
⎯ Mais, Noèse…
⎯ Non, non, au lit.

Les enfants se couchent, Noèse retrouve sa nouvelle re-


crue pour l’école. En quelques heures, cela fait de nom-
breux bouleversements. Un mari, parti avec une sœur et
un ami dans le fond de l’espace, une nouvelle sœur arri-
vant aussi du bout de l’univers, c’est dur à digérer. Mais
Doora lui donne une énergie inattendue, elle n’est plus
seule à devoir porter tous ces enfants, demain elle lui fera
visiter l’école, Doora découvrira tous les enfants, et elle

190
lui donnera les mêmes fonctions que Clara, elle pourra
l’assister à s’occuper des enfants. Elle pense que Doora
n’aura pas le temps de s’ennuyer, dans cette école « il y a
toujours à faire, pas le temps pour la déprime, même
pour s’amuser » pense-t-elle.
Le lendemain, Noèse trouve Doora debout avant tout le
monde, il fait encore nuit et malgré tout, elle marche dans
le parc de la propriété. Noèse la voit clairement car durant
la nuit il a neigé et tout est blanc. Peu de temps après, les
premiers rayons du soleil apparaissent, donnant des re-
flets rougeoyants, les arbres semblent tous illuminés
comme des sapins de Noël. Le sol n’est plus qu’un grand
drap blanc tiré aux quatre côtés. On ne voit plus les allées
ni la route devant l’école. Lorsque les enfants se réveille-
ront ils seront surpris. Noèse enfile un manteau et chausse
des après-ski pour rejoindre Doora ; celle-ci l’aperçoit et
la rejoins.
⎯ Je comprends pourquoi Aqualuce aime tant cette
planète, elle semble avoir en elle la diversité. Hier, avant
de me coucher, je voyais un sol noir, un ciel gris et au-
jourd’hui en me réveillant, tout a disparu, plus rien n’est
comme avant.
⎯ La diversité, c’est le plus grand cadeau que cette
planète peut offrir à tous les hommes, mais, c’est aussi
leur prison. Ici, il y a des hommes de différentes couleurs,
dans nos mondes nous avions presque tous la peau mate,
les yeux et les cheveux bruns. Ici, il y a des hommes
noirs, d’autres blancs, certains jaunes. Des hommes et des
femmes aux cheveux blonds, d’autres presque noirs.
Leurs langages sont mélangés, ils ne se comprennent pas,
ils se battent pour leurs nations et pour leurs religions.
Toutes ces différences les opposent et aucun homme sur
terre n’a encore réussi à trouver la paix absolue. Le com-
bat qui se prépare dans l’espace avec nos sœurs et nos
191
époux, a son alter ego sur cette planète. Tous les hommes
de la terre préparent chaque jour le combat du bien contre
le mal. Il n’y a que les enfants qui échappent à cette ten-
sion. Mais à l’école ils apprennent la concurrence et la
performance, c’est à partir de ce moment qu’ils devien-
nent de futurs compétiteurs, les écoles les rendent égoïs-
tes, ils ne se relèvent jamais. Chez nous, c’est le contraire,
on leur fait découvrir en eux-mêmes leurs pouvoirs, on
les met devant la compétition afin d’en démontrer la li-
mite et l’absurdité. Nos enfants apprennent à donner sans
rien recevoir en échange.
⎯ Y arrives-tu malgré la diversité et le caractère de
chacun ?
⎯ Je pense qu’en une année, sur les vingt huit enfants,
vingt huit auront donné ce qu’ils possèdent de plus cher
en eux. J’ai déjà des résultats remarquables grâce à Aqua-
luce ; bien que notre sœur soit à des milliers d’années lu-
mières, lorsqu’elle est en difficulté, il y a toujours parmi
un de nos enfants quelqu’un prêt à donner tout ce qu’il
possède pour elle. Tu en as été témoin cette nuit.
⎯ Tu veux dire que la création de cette école aurait
une relation directe avec ce qui se passe dans l’univers et
le grand affrontement que nous voyons se préparer ?
⎯ Oui, si cette école existe, c’est parce qu’il y a au-
jourd’hui de grandes possibilités pour chacun d’accéder à
une nouvelle conscience. Et comme les possibilités sont
là, le combat du contraire est présent. L’école est le résul-
tat d’un grand travail d’Aqualuce, son existence est son
atout personnel. Les enfants sont comme des membres
complémentaires d’Aqualuce, je pense qu’ils sont indis-
sociables. Veux-tu venir avec moi, nous allons préparer le
petit déjeuner des enfants ?
Doora est heureuse d’aider Noèse, ce grand changement
est tout à sa convenance. Elle découvre la cuisine et le
192
réfectoire des enfants, Marie Zog, cuisinière de service,
est toujours présente pour faire les bons repas des enfants,
Noèse, même si elle en est directrice, n’a jamais son mot
à dire car Marie connaît bien son travail.
Lorsque les enfants se lèvent, ils découvrent une nouvelle
dame qu’ils ne connaissaient pas, mais son visage les ras-
sure. À la fin du premier repas, Noèse annonce à tous la
venue d’une amie. Elle informe aussi que Christopher les
a quittés avec Steve et Clara, afin de retrouver Axelle.
Les enfants le pressentaient déjà, ils en avaient été infor-
més par Céleste. Doora s’avance vers les enfants et tous
veulent lui parler ou la toucher.
⎯ T’es magique comme Noèse, madame ?
⎯ Disons que j’ai certains pouvoirs, mais la plus
grande magie, c’est d’être avec vous et aider votre maî-
tresse à s’occuper de vous.
⎯ T’as des trucs à nous apprendre ?
⎯ On a toujours des trucs à apprendre de tous, j’espère
que vous me montrerez ce que vous avez appris ici.
⎯ On sait jouer à l’Overbase, c’est un jeu que nos mo-
niteurs ont inventé pour nous.
⎯ Ce doit être bien, vous me montrerez.
⎯ C’est quoi ton métier ?
⎯ Je suis pilote de vaisseaux spatiaux, je conduis de
grands engins qui traversent l’espace.
⎯ Ouah ! c’est génial, moi j’aimerais faire ce que tu
fais.
⎯ Si tu vas à l’école on peut t’apprendre !
⎯ Ça n’existe pas des écoles comme ça sur terre !
Doora doit apprendre la Terre, ce monde n’est pas comme
ceux qu’elle connaissait. Le premier jour elle apprend à
connaître tous les enfants, elle visite l’école. Comme c’est
dimanche, les petits n’ont pas de classe alors Noèse em-

193
mène Doora en ville pour lui montrer son nouveau
monde. Tout est enneigé et depuis le lac dans la ville, elle
peut contempler la montagne toute blanche. Rien n’est
comme dans son monde, les voitures ont des roues, les
avions ont des ailes et surtout tout est plus bruyant. Sur sa
planète, tous les vaisseaux et les engins pour se déplacer
ne faisaient aucun bruit. C’est bien étrange pour elle de
voir de la fumée sortir des moteurs, et surtout de respirer
les gaz d’échappement.
⎯ Le Terre semble bien polluée, les hommes trouvent-
ils normal de dégrader leur planète ? Pourquoi n’ont-ils
pas de moteurs gravitiques qui ne consomment absolu-
ment pas d’énergie et que mettent-ils dans leurs engins
pour faire de telles fumées ?
⎯ C’est juste, Doora, des hommes se battent pour que
les autres respectent la nature mais ce qui pollue la pla-
nète avant tout, ce sont les hommes qui possèdent
l’énergie. Ils la revendent cher et ne veulent pas que
d’autres substituts soient mis en place. Ils ont du pétrole à
vendre cher et n’ont pas intérêt à voir des moteurs non
polluants et surtout de l’énergie gratuite. Je fais en sorte
que nos enfants soient sensibles à leur environnement.
Tout se passe bien pour Doora et en l’espace de deux
jours elle s’adapte très facilement à son nouvel environ-
nement. Ce soir, comme à son habitude, elle apprécie de
se promener dans la neige. Certains diraient qu’elle est
folle car elle est pieds nus sur le sol gelé. Elle regarde le
ciel et soudain elle a une très étrange impression, comme
si elle s’attendait à voir quelque chose sortir de l’univers.
Elle ferme les yeux et secoue la tête pour chasser cette
idée, mais elle sent que quelque chose lui tire une manche
de son pull. Elle baisse les yeux et croise le regard de
Cléonisse.
⎯ Ils reviennent, tu le sens, tu es comme moi.
194
⎯ Que veux-tu dire ?
⎯ Je suis sortie car je sais que quelqu’un arrive du
ciel, je l’ai senti et je vois que ce sont eux.
⎯ De qui parles-tu ?
⎯ Je pense que tata Clara et Christopher arrivent mais
il y a quelqu’un avec eux, je ne sais pas qui ?
⎯ En effet,j’aperçois au loin dans le ciel le vaisseau,
c’est juste un petit point, mais c’est lui, regarde.
⎯ Ah ! oui, je le vois. Il faut avertir Noèse, elle nous a
dit d’être vigilent si on voyait quelque chose de bizarre.
⎯ Vas tout de suite l’avertir.
Cléonisse court chercher Noèse, celle-ci revient rapide-
ment avec Harry et voit l’engin grossir rapidement. Elle
comprend vite qui se trouve dedans, ce sont Clara et
Christopher comme le pensait sa nièce.
En haut dans le ciel le vaisseau semble arriver tranquil-
lement comme sortant d’une promenade de santé. Cette
fois, pour ceux qui sont restés au sol, ce n’est pas
l’affolement car ils connaissent ceux qui débarqueront.
De leur côté, dans le vaisseau, Clara et Christopher sont
rassurés de retrouver leurs amis. L’engin se pose enfin sur
le haut de la propriété derrière le gymnase et la piscine,
sur le terrain de sport de l’école des enfants. Leurs amis
les ont rejoints. Ils ouvrent les portes et sortent, accompa-
gnés d’une femme et deux enfants. Clara réconforté em-
brasse ses amis et sa nièce et présente immédiatement
Faguella et ses deux enfants.
⎯ En fait, Noèse, nous ne sommes revenus que pour
Dicam et Magann. Ces deux enfants sont en grand danger
et nous les avons trouvés en difficulté. Ils seraient morts
avec leur mère si nous n’étions pas intervenus. De plus,
Christopher a pris des risques et il a des révélations très
importantes à te faire qui ne peuvent attendre.

195
⎯ Clara, cache le vaisseau dans le gymnase et rentrons
tous à la maison, nous devons immédiatement discuter.
L’engin mis en sécurité, tous se retrouvent chez Noèse
qui présent à tous la nouvelle éducatrice :
⎯ Je ne vous ai pas présenté Doora, qui a pris ta place,
Clara. Je lui ai même donné ta chambre pour qu’elle
puisse se sentir chez elle ici. Doora est arrivée quelques
heures après ton départ. C’est Aqualuce qui a souhaité
qu’elle nous rejoigne. Elle est ici pour m’aider. Sans vais-
seau spatial, elle a réussi à faire un bon dans l’espace-
temps. Depuis les enfants l’ont adoptée. Elle m’a raconté
le parcours d’Aqualuce depuis qu’elle nous a quittés.
⎯ Excuse-moi, Doora, si je n’ai pas vraiment prêté at-
tention à toi depuis que nous sommes arrivés, mais je suis
très troublée par ce que Christopher a à vous dire car,
c’est très grave et j’aimerais que vous l’écoutiez tous.
Mais avant, il serait bon de coucher les enfants car ils
sont tous très fatigués.
Clara a raison,Cléonisse n’a rien à faire avec eux et leur
conversation pourrait encore entraîner les enfants à faire
fonctionner un peu trop leur imagination trop.
Noèse les couche dans sa maison, Cléonisse, dormira
dans son lit.
⎯ Je t’écoute, Christopher, que s’est-il passé ?
⎯ Sur Elvy, la planète d’où nous arrivons, il semble-
rait que Steve qui a voulu chercher Axelle de son côté, ait
été pris par Maldeï qui dirige Elvy et certainement
d’autres mondes. Nous n’avons pas de nouvelles de lui
depuis plusieurs jours. Mais le plus important ; j’ai appris
que Maldeï, qui impose sa loi à tous les humains qu’elle
croise, vient d’envoyer un commando vers Keuramdor
pour enlever tous les enfants. Ils devraient être ici dans
une dizaine de jours environs, il faut trouver une parade
le plus rapidement possible. Ça, c’est une première chose
196
car ensuite elle a annoncé que tous les enfants d’Elvy, la
planète d’où nous venons, vont être transférés dans un
camp très particulier qu’elle appelle Mines de Carbokan.
Elle veut les transformer en soldats dès qu’ils savent mar-
cher, c’est ignoble. Les femmes seront séparées de leurs
enfants, et seront emmenés sur une île particulière, je ne
sais pas ce qu’elles vont devenir. Les hommes de plus de
quarante ans vont devenir les éducateurs de ces enfants.
Une troisième chose, Maldeï est enceinte de Jacques, elle
doit accoucher dans cinq mois environ et pendant ce
temps, elle prépare l’invasion de la Terre à grande
échelle. Elle fait construire de nouveaux vaisseaux spa-
tiaux ainsi que de l’armement. Après la naissance de son
fils, elle partira pour la Terre. Là, Harry, il faut que dans
les cinq mois qui viennent tu vois les chefs de gouverne-
ments ; tu fais partie du BFI, et l’on doit faire remonter
l’information au plus haut au Pentagone. J’ai réussi à
m’introduire dans le palais, mais en sortant, je me suis
fait repérer. J’ai dû faire des choses très cruelles pour
pouvoir m’échapper, cela m’a vraiment retourné. J’ai ré-
ussi à les semer en plongeant dans l’océan et cela grâce à
un événement très particulier qui nous est arrivé. Dis leur,
Clara, car je n’en ai pas la force.
⎯ Noèse, Harry, vous savez que Christopher et moi
étions célibataires. Il y a des choses qui se passent dans
une vie comme la nôtre. Figurez-vous qu’en nous retrou-
vant dans le vaisseau, nous nous sommes découverts et
nous nous sommes unis. Nous avons découvert le vérita-
ble secret de la planète sur laquelle nous nous sommes
retrouvés. Elvy n’est pas qu’une planète maudite, sa qua-
lité est d’unir les esprits entre eux. Nous nous sommes
unis tous les deux, nous sommes comme mariés ; nos cel-
lules et nos âmes se sont mélangées, unies dans la force
de notre corps et de notre esprit, cela nous a donné une
197
invulnérabilité car nous avons cessé de vivre de la ma-
tière brute. Notre vocation est comme celle d’Aqualuce,
restaurer la lumière perdue dans ce monde. Nous sommes
appelés à repartir vers Elvy, des âmes ont besoin de nous.
De plus, Steve et Axelle sont là-bas. Nous pensons que
Faguella devrait rester avec vous pour s’occuper de ses
enfants. Qu’en penses-tu Faguella ?
⎯ Je n’ai pas vos pouvoirs, mais voyant tes amis et tes
sœurs, je suis rassuré. J’aimerais que mes enfants restent
ici ; même si des hommes sont en route pour venir cher-
cher vos enfants, je les sens plus en sécurité ici. Je pense
malgré tout que je vous serai utile sur Elvy, je connais
mieux cette planète que vous et vous ne vous en sortirez
pas seuls, vous aurez besoin de moi. De toute façon, j’ai
la maladie et un jour je disparaîtrai comme ça, et hop !
Doora en l’écoutant, comprend sa motivation, elle a aussi
d’énormes pouvoirs et lit en cette femme sa volonté de se
donner pour une cause juste. Elle lui répond ainsi, ne lais-
sant pas le temps à Clara de justifier son avis :
⎯ Faguella, si tu le souhaites, je pourrai prendre soin
de tes enfants durant ton absence. Noèse a les enfants de
l’école et les siens. Moi, je suis seule et je pourrai sans
problème m’en charger. Nous avons la place dans mon
appartement et je suis disposée à prendre avec moi deux
enfants. Je les ai vus tout à l’heure, ils semblent agréa-
bles. J’ai cru détecter en eux des pouvoirs importants, ils
seront bien ici à Keuramdor. Je les aimerais comme mes
enfants. Ils sont un peu jeunes pour aller avec les autres,
mais je veillerai à leur donner la meilleure éducation qui
soit tant que tu seras absente.
⎯ Je n’y vois aucun problème ; si Doora se sent prête,
tes enfants sont bien venus parmi les nôtres, ils ont pres-
que l’age des miens, ils joueront ensemble et je pense
pouvoir les faire inscrire à l’école maternelle de notre vil-
198
lage, je connais bien la directrice. Revenons au grave
problème qui nous attend dans quelques jours. Le com-
mando arrivera juste à la fin des fêtes de Noël et du jour
de l’an. À cette époque, de nombreux enfants seront chez
leurs parents. Je peux reculer la rentrée. Mais nous reste-
rons près d’une quinzaine. Il y a deux solutions ; soit nous
partons tous nous cacher ailleurs qu’en France ou alors
nous nous préparons à les recevoir. Dans ce cas, j’aurai
besoin de toi, Clara, ainsi que de Christopher. J’aurais
aimé qu’Aqualuce puisse nous rejoindre aussi. Il faut
trouver le moyen de la ramener ici le temps que nous
puissions repousser cette attaque. Je vais y réfléchir. Har-
ry, peut-être as-tu une idée ?
⎯ Peut-être comme le suggérait Christopher tout à
l’heure, mais si je fais intervenir mon gouvernement, je
crains que la tranquillité de Keuramdor soit ébranlée à
jamais.
⎯ Que comptes-tu faire Clara, quand penses-tu repar-
tir ?
⎯ Très rapidement afin de ne pas nous faire remar-
quer.
⎯ Je pense que vous pouvez rester une journée avec
nous, justement nous faisons la Noël avant que les enfants
rentrent chez eux. Cela les rassurera, ils vous aiment
beaucoup.
Tous sont d’accords, c’est ainsi qu’ils vont se coucher
après avoir discuté sur la meilleure riposte à donner
contre l’attaque de Maldeï.

Au matin, lorsque Cléonisse ouvre les yeux, elle réveille


Shanley.
⎯ Réveille-toi, c’est important ce que j’ai à te dire.
⎯ Quoi, pourquoi tu me réveilles comme ça ?

199
⎯ Hier soir, j’étais avec Doora lorsque j’ai vu un vais-
seau spatial s’approcher. On est resté et devine qui il y
avait dedans ?
⎯ J’sais pas, des extraterrestres peut-être ?
⎯ Mais, non, t’es bête ! Clara et Christopher sont re-
venus sans le papa d’Axelle mais il y avait avec eux deux
enfants un peu plus jeunes que nous. Il paraît qu’ils vien-
nent habiter ici pour se protéger ; ils vont rester avec
nous. Clara a dit que Christopher avait des choses impor-
tantes à dire.
⎯ Et quoi ?
⎯ Je ne sais pas, nous sommes allés nous coucher.
⎯ Oh ! c’est dommage. Tu sais comment s’appellent
les enfants, ce sont des filles, des garçons ?
⎯ Oui, je crois que la fille s’appelle Magann et le gar-
çon Dicam. Tu sais, ils n’ont pas de cheveux sur leur tête,
ils sont complètement chauves.
⎯ La fille aussi ?
⎯ Oui, pas un cheveu.
⎯ Ils sont seuls ?
⎯ Leur mère est avec eux. Je ne sais pas s’ils vont re-
partir.
⎯ Il faut que je les voie, vite je m’habille et je fais ma
toilette, comme ça, on sera les premiers.
⎯ Tu sais, je crois que je peux encore devenir transpa-
rente. Si on passait à travers les murs et on allait écouter
ce qu’ils disent, on en saurait plus.
⎯ Shanley, ce n’est pas honnête, tu sais bien que
Noèse nous remarquerait tout de même.
⎯ C’est mon être naturel qui parle, je ne devrais pas.
C’est dommage qu’ils n’arrivent qu’aujourd’hui, c’est le
dernier jour d’école avant les vacances de Noël. Demain,
mes parents viennent me chercher.

200
⎯ Oh ! c’est vrai, beaucoup de nos amis vont rentrer
chez eux. Je vais être toute seule si tu pars. Demain ma-
tin, mon père vient me chercher et on ira prendre l’avion
à Genève. On va fêter Noël à la maison, mes parents ont
préparé une grande fête, ça va être génial.
⎯ T’as de la chance, moi, je n’aurai ni ma mère ni
mon père.
⎯ Tu as quand même commandé des cadeaux au père
Noël ?
⎯ Oui, bien sûr, mais s’est beaucoup moins drôle.
⎯ Moi, pour la dernière lettre que j’ai réussi à écrire
toute seule, j’ai demandé une peluche chat et une pano-
plie d’homme invisible.
⎯ Tu crois que tu vas l’avoir ?
⎯ Le chat, c’est certain, mais pour le reste, moins sûr.
⎯ J’ai demandé un bizou de ma maman et ça c’est en-
core moins certain car je pense qu’elle est vraiment très
loin.
⎯ C’est tout ?
⎯ Oui, mais Noèse m’a dit que le père Noël passera
pour tous les enfants et que j’étais sur sa liste. Allez,
viens, j’ai pas envie de parler de ça.
Aujourd’hui, tous les enfants qui vont passer Noël dans
leur famille préparent leurs affaires. Dans l’école, il ne
restera qu’une dizaine d’enfants, les autres ont la chance
que leurs parents puissent venir de loin pour les ramener à
la maison. Cléonisse et Shanley arrivent dans le réfectoire
les premières. La salle est bien décorée, comme tout
l’établissement. Noèse veut que la fête soit un très bon
moment pour tous, surtout pour les enfants qui resteront.
Un grand sapin a été installé sous le préau, et un grand
spectacle a été préparé. À la fin, le père Noël passera dis-
tribuer des cadeaux à chacun.

201
Lorsque les enfants descendent au réfectoire, ils y décou-
vrent Clara et surtout Christopher. Tous lui font la fête.
Seul, Timofeï semble rester dans son coin, tout seul. Au
début, personne ne le remarque, mais Cléonisse voit ses
larmes et s’approche de lui.
⎯ Que t’arrive-t-il Timofeï, pourquoi pleures-tu ?
⎯ Tous sont contents, car ils rentrent chez eux ; je me
faisais aussi une joie de revoir mes parents et de leur ra-
conter tout ce qu’on fait ici. Mais Noèse a reçu un appel
téléphonique de mes parents qui ne peuvent venir me
chercher. Il y a beaucoup de neige chez moi et aucun
avion ne peut décoller. Ils ne savent pas quand ils pour-
ront venir. Je vais faire Noël tout seul, sans papa ni ma-
man.
⎯ Tu sais, mes parents sont partis et Céleste et moi
nous ne les aurons pas non plus. Mais Noèse va nous gâ-
ter à leur place. Je suis un peu triste comme toi, mais
lorsqu’ils reviendront, ce sera la fête. Je suis certaine que
Noèse va te gâter comme l’auraient fait tes parents. Tu
sais, tu ne seras pas le seul enfant à passer les fêtes sans
tes parents, ici. Il y aura avec nous, Moacyr et Maïsa, tu
sais, eux, ils n’ont plus leurs parents. Lala préfère rester
avec nous, Chad et Kime ont demandé à leurs parents de
passer Noël ici. Jia n’a pas le choix, ses parents travaillent
et n’ont pas les moyens de fêter Noël, en plus ce n’est pas
leur coutume. À nous tous, bien au contraire, on va vrai-
ment s’amuser. Ne t’en fais pas, dès que tes parents le
pourront, ils viendront te chercher.
⎯ Je suis content que tu me dises ça, je n’ai pas envie
de faire Noël tout seul.
⎯ Allez, viens avec moi, on va voir Christopher.
Le petit garçon sèche ses larmes, mais ne veut plus quitter
Cléonisse. Bako dit à ses copains :

202
⎯ Vous avez vu, Cléonisse a un amoureux.
Tous rient et cela l’énerve. La matinée passe vite, car ils
ont encore classe, mais on joue pour le dernier jour. Ce
midi, c’est repas de fête, Marie, Joseph Zog et Paolo
Lugzi ont fait vraiment très fort. Ce midi, on ne se met
pas à table, mais le réfectoire a été transformé en salle de
spectacle et les tables autours sont remplies de petits
fours salés et sucrés. Il y a des frites, du ketchup et de la
mayonnaise. Des bûches de Noël au beurre et plein
d’autres choses. Des bonbons et des chocolats et surtout
des Kinders. Tout ce que les enfants aiment pendant les
fêtes ce sont les chocolats. Enfin, Noèse annonce que le
spectacle va bientôt commencer.
⎯ Chers enfants, vous allez pour la plupart rentrer
chez vous, mais pas avant d’avoir assisté à la petite pièce
de théâtre que Doora, Harry et moi avons préparée. Ma-
rie, Joseph et Léon vont vous conduire à la salle de spec-
tacle pendant que nous nous préparerons.
Les enfants sont heureux et ils se regroupent pour sortir.
Pendant ce temps, Noèse et ses amis se préparent. Chris-
topher et Clara avaient déjà commencé à répéter pour
Noël et ils vont jouer aussi.
Tous sont installés devant la scène, dans le noir. Timofeï
est toujours à côté de Cléonisse, il s’est mis devant pour
bien voir. Un bruit curieux se fait entendre et tout le
monde écoute ce qu’il y a. c’est bizarre, on ne voit rien
pour le moment. C’est alors que la lumière s’allume dou-
cement pour montrer au centre du décor deux bébés…

203
CONTE DE NOËL POUR TOUS

Devant la scène une voix raconte :


⎯ Une nuit d’hiver, près de Bethléem, il
y a deux mille ans, dans une étable sont nés deux enfants
de la même mère. Cette femme s’appelait Marie, le père,
Joseph. Les parents de ces enfants n’étaient pas riches et
ils n’avaient pas les moyens d’en élever deux. Mais ils
avaient un cœur si généreux, un amour de la vie si grand
que peu d’hommes vivant sur Terre ne pouvaient leur être
égaux.
La femme pleure devant le berceau et à cet instant, une
étoile en haut du ciel (le décor) se met à briller de mille
éclats. Et un chant de louange retentit.

Enfants de lumière, guides de la vie,


Arrivés dans le monde de l’oubli.
Parents glorieux, père et mère du vivant,
En sacrifice, égarés dans le temps.
Ne pleurez pas l’avenir,
La souffrance va finir.

Vous chérubins êtes les grands guérisseurs,


D’un peuple égaré dans la douleur.
Porteurs de vie, vous êtes semblables à eux,
L’humanité est aussi votre lieu.
Ne pleurez pas l’avenir,
La souffrance va finir.

Le premier ici se sacrifiera,


L’autre parcourant la terre se donnera.
204
Mais tous deux feront briller les cœurs,
Pour les enfants qui souhaitent le bonheur.
Ne pleurez pas l’avenir,
La souffrance va finir.

Un enfant pour la Terre, l’autre pour le ciel,


Tu garderas celui pour l’éternel.
Je prendrai celui du nom de Noël,
Enfant païen, enfant spirituel.
Ne pleurez pas l’avenir,
La souffrance va finir.

C’est à cet instant que Noèse, déguisée en reine blanche,


avec une sorte de robe de mariée et des ailes dans le dos
arrivent devant le berceau fait de paille. Autour de celui-
ci, la vierge Marie (Clara) et Joseph (Christopher) vétus
l’un d’une liquette grise et braies, l’autre d’une longue
robe beige et râpeuse.
⎯ Pourquoi vos enfants pleurent-ils ainsi, femme ?
⎯ Je viens d’accoucher de deux enfants que je n’ai
jamais demandés et je n’ai pas les moyens de les élever
tous les deux. Je dois en abandonner un pour que l’autre
vive. Ils sont très beaux et je pleure de devoir en laisser
un périr ici mais nous n’avons pas le choix. Je les aime
tous deux, lequel prendrai-je ?
⎯ Ne pleure plus, femme, tu es mère de deux enfants
au destin de lumière et aucun ne périra maintenant. Quels
sont les noms de tes enfants ?
⎯ Le premier s’appellera Jésus, le deuxième Noël.
⎯ Deux noms pleins de lumière. Comme tu ne peux
élever les deux enfants, si tu le désir, je peux en prendre
un avec moi pour l’éduquer et lui donner un avenir. Je
m’en occuperai comme étant mon enfant.

205
⎯ Il fait froid ce soir, c’est l’hiver, entre mes seins il
n’y a qu’une seule place. Prends celui que tu veux, je n’ai
pas le courage de faire un choix.
⎯ Et toi, Joseph, que penses-tu de cela ?
⎯ Je suis un charpentier, je ne sais pas ce qu’est un
bébé, je ne peux m’en occuper.
⎯ Que décides-tu, Marie ?
⎯ Prends un de mes enfants, tout de suite et ne reviens
jamais.
⎯ Je prends Noël avec moi, Jésus sera ton fils, ce sera
un roi. Lorsque je disparaîtrai, les rois de toutes les na-
tions seront autour de toi et ils acclameront ton enfant.
⎯ Mais, personne ne sait que nous sommes dans cette
étable et qui es-tu pour savoir tout cela ?
⎯ Je suis Vaélia, la reine de l’amour ; l’enfant que je
te prends, j’en ferai un païen qui guidera tous les enfants
de la Terre, alors que toi, tu feras de ton enfant un fils Cé-
leste qui guidera tous les hommes.
À cet instant, la lumière de la scène s’éteint. Lorsqu’elle
revient, trois rois se tiennent avec des cadeaux tout autour
du berceau ; ce sont les rois mages. Vaélia disparaît à ce
moment avec l’enfant dans ses bras. Avec la lumière de
l’étoile qui brille au dessus, le décor de la crèche est for-
midable. La lumière s’éteint et la voix du début reprend :
⎯ Voici donc devant vous la véritable histoire de la
naissance de Jésus et de son frère Noël. C’est pour cela
que le 25 Décembre on fête Noël et la naissance de Jésus.
Car, l’histoire de tous les livres ne dit pas que Marie avait
eu des jumeaux. Vaélia emmena très loin de la Palestine
l’enfant ; elle monta vers le nord. Voici sa maison.
La lumière alors revient et devant tous les enfants, le dé-
cor est totalement changé. Maintenant l’enfant est plus
grand (Noèse, cette fois n’a pas pris un baigneur en plas-

206
tique mais un de ses jeunes enfants qui paraît être le petit
Noël). Ils sont dans une maison qui semble être très
froide car des glaçons semblent tomber des plafonds mais
elle est tout de même confortable. Il y a une grande table
remplie d’outils, de planches, de ficelles et de peintures.
⎯ Mon petit bonhomme, que voudras-tu faire lorsque
tu seras grand ?
⎯ Tu sais, tante Vaélia, je ne veux pas grandir, je veux
toujours rester enfant.
⎯ Mais pour quelle raison, Noël ?
⎯ Parce que les enfants rêvent, ils jouent, ils ne sont
pas méchants et ils voient les elfes. Dès qu’ils grandis-
sent, ils perdent tout cela, ils n’écoutent plus leur cœur et
ils deviennent des êtres coupés du monde de l’imaginaire.
Ils pensent que l’imaginaire n’existe pas, alors que c’est
la vie des grands qui n’est que leurre et un jour, ils ne rê-
vent plus et ils meurent…
⎯ Je voudrais que tous les enfants restent petits et
purs, ils découvriraient d’autres mondes plus beaux et
plus réels. Les grands ne connaissent pas le chemin de la
vie.
⎯ Qu’est-ce qui te fait dire ça, mon enfant ?
⎯ Je vois bien que ce monde nous fait grandir et ça
veut dire que le temps passe. Le temps est une invention
des hommes. Je n’aime pas le temps, je ne veux pas gran-
dir.
⎯ Mon enfant, tu as raison, la vie, il faut aller la cher-
cher dans le cœur de chacun et pas ailleurs. Le temps est
un espace où se bousculent les pensées de tous les hom-
mes. Si tu connais l’autre espace sans le temps, tu es un
bienheureux. Pour aider les enfants à le rester, je vais
t’apprendre à construire pour eux des jouets. Je vais aussi
te faire connaître le monde des elfes. Si ton cœur est pur,

207
tu resteras enfant pour toujours, même lorsque tu auras
une longue barbe blanche.
À ce moment Vaélia montre à Noël comment fabriquer
un jouet. Ensemble, ils en montent plusieurs et à la fin,
Noël dit :
⎯ Les jouets que nous avons fait sont si beau que je
vais les donner aux enfants du village.
⎯ C’est une très bonne idée.
Le petit garçon, aidé de sa mère prend un grand sac avec
les jouets, s’avance entre les sièges de la salle et com-
mence à les distribuer. Tous les enfants en ont un chacun.
Ensuite, il retourne sur la scène et la lumière s’éteint.
Alors la voix reprend :
⎯ Le petit Noël après avoir donné pour la première
fois des joués est très heureux ; son plaisir n’est pas d’en
recevoir mais d’en donner. Il est si content, qu’il décide
de donner des cadeaux aux enfants de son village à cha-
cun de ses anniversaires. Il prend cette habitude bien qu’il
grandisse, mais il n’est pas complètement heureux et il le
fait savoir à sa mère.
C’est à cet instant que les projecteurs éclairent les nou-
veaux décors ; un atelier rempli de jouets sur des étagè-
res. La pièce en est pleine. On ne sait pas quelle est
l’époque mais il y a des poupées et des nounours des voi-
tures radiocommandées des avions, des panoplies de
princesses et beaucoup d’autres choses. (Cette fois le fils
de Noèse a été remplacé par Céleste qui est plus grand.
⎯ Tu vois, tante Vaélia, j’ai fabriqué plein de jouets
mais les enfants du village ne sont pas nombreux pour
que je donne tout. J’ai envie d’aller plus loin pour les dis-
tribuer.
⎯ Tu grandis mon fils, c’est normal que tes idées aient
envie d’espace. Il faut que tu donnes les jouets que tu fa-
briques à l’extérieur du village, il faut sortir de chez nous
208
pour les distribuer aux enfants des villes environnantes.
Une idée lorsqu’elle est juste ne se garde pas pour soi,
mais elle se partage avec tous.
⎯ Mais comment tous les transporter, mes bras ne suf-
fisent pas !
⎯ Je vais te faire un grand panier que tu mettras sur
ton dos, ainsi tu pourras tout emporter.
On voit Vaélia prendre un peu d’osier dans ses mains,
puis, se retournant, elle sort d’un placard une grande hotte
et la montre à Noël.
⎯ Je l’ai terminée, comme demain c’est ton anniver-
saire, tu pourras la charger pour faire ta distribution.
L’enfant est content et sourit. C’est à ce moment que la
lumière s’éteint et la voix reprend :
Noël devient vraiment grand et la veille de son anniver-
saire, il est encore nostalgique. Il se pose bien des ques-
tions sur l’efficacité de ses actions, les enfants sont-ils
tous heureux ? Il y en a sur Terre bien plus que dans trois
villages et deux villes. S’il doit aller plus loin, aucun vé-
hicule ne pourra le transporter partout à la fois.
C’est à ce moment que la lumière se met à briller en dé-
couvrant le décor. Apparaît un paysage de neige où Vaé-
lia est avec son fils (L’enfant est de la taille d’un adulte,
on voit que c’est Harry qui tient le rôle).
⎯ Je suis seul pour fabriquer tous ces jouets et en plus,
je ne pourrai jamais en faire plus si je vais plus loin. Les
enfants de la Terre sont bien trop nombreux pour qu’à
moi tout seul je puisse partager mon anniversaire avec
eux.
⎯ Tu n’es pas seul, les elfes du pôle sont là pour
t’aider. Regarde, tu es encore un enfant, ils apparaissent
encore à tes yeux.
Alors, Vaélia claque des doigts et apparaissent autour
d’eux des dizaines de petits elfes (dessinés sur le font du
209
décor).
⎯ Regarde-les, ils sont là par centaines pour t’aider à
fabriquer tes jouets.
⎯ Oh ! c’est fantastique, je ne les avais plus remarqués
depuis un moment, avais-je trop grandi ? je les reconnais,
ce sont ceux qui me tenaient compagnie lorsque j’étais un
petit enfant.
À cet instant, une armoire qui se trouve sur le côté de la
scène semble craquer et laisser tomber une grande quanti-
té de jouets, ce qui surprend tous les enfants.
⎯ Oh ! avec tout ça, je vais pouvoir distribuer des
jouets à tous les enfants du monde…
C’est encore le noir dans la salle et la voix reprend :
⎯ Noël avec l’aide des elfes a fabriqué des quantités
incroyables de jouets pendant des années mais ils se sont
entassés dans tous les coins de sa fabrique et il pleure à la
veille de son anniversaire.
La scène s’éclaire devant un personnage vieilli, il a une
grande barbe blanche, il est bien plus gros et a une canne
dans la main et il est vêtu d’un grand manteau rouge et
une grosse ceinture. Des jouets sont tous empilés sur un
côté, ils paraissent très nombreux.
⎯ Tous ces jouets, fabriqués depuis des années et mal-
gré mes bottes, je ne peux faire le tour de la Terre pour
les distribuer. Ah ! si je pouvais, je volerais partout à la
fois pour les donner à tous les enfants. Mon cœur est
triste de ne pouvoir aller plus loin.
On voit la bonne fée apparaître à cet instant :
⎯ Mère, il y a bien des années que vous n’étiez venue
auprès de moi.
⎯ Des années, mon fils, tu exagères ! Je viens juste de
te quitter. Voyons un peu. Hum ! la dernière fois c’était il
y a huit cents ans, les gens du village t’appelaient Saint

210
Nicolas. Maintenant, tu as terminé ta formation et tu es
devenu prêt à répandre tous tes cadeaux sur la Terre, va
voir dehors ce qui t’attend.
Le vieil homme regarde vers la porte ; le décor se roule à
ce moment et laisse apparaître un traîneau attelé avec des
rennes.
⎯ Regarde, cet attelage t’a toujours attendu ici. Tu
n’as plus qu’à le charger et partir.
⎯ Regarde-moi, penses-tu qu’aussi vieux, je vais pou-
voir faire le tour de la Terre pour faire ma distribution ?
⎯ Mais, qui dit que tu es vieux ?
⎯ Regarde ma barbe blanche, regarde mon gros ven-
tre ; je ne suis plus l’enfant du début. Je ne voulais pas
vieillir afin de rester enfant. Pourtant, j’ai fait comme tout
le monde, je suis devenu un vieillard.
⎯ Un vieillard de deux mille ans ! Ne crois-tu pas
qu’au contraire tu es encore bien jeune. Tu n’es jamais
malade, jamais fatigué et tu es toujours aussi joueur. Tu
n’as jamais vieilli dans ton âme. Et même ton embonpoint
et ta grande barbe blanche font de toi un homme sage et
bon. Noël, il faut que je te dise, maintenant que tu es paré
pour faire ton grand travail, écoute-moi bien.
Ta mère est Marie, la mère de Jésus qui est ton frère ju-
meau. Jésus a été élevé et a grandi pour amener un mes-
sage d’amour sur la Terre. Son destin était d’ouvrir une
voie dans le cœur de chaque homme afin que tous puis-
sent retrouver le chemin de la liberté absolue. Les hom-
mes n’acceptent pas d’être changés comme ça, surtout
lorsqu’on leur demande d’écouter leur cœur et d’oublier
leurs désirs. Les hommes sur Terre ont toujours été mani-
pulés par les hiérarchies supérieures de Mars et de Venus.
De nos jours, c’est aux enfants que le message s’adresse
avant tout, avant que leur cœur ne soit étouffé par les
pensées corrompues des adultes. Jésus n’a plus de succès
211
mais il est présent dans le cœur de chacun. Ton rôle est de
la plus haute importance, car c’est à toi de faire vibrer en
eux la ressouvenance. En leur offrant un cadeau le jour de
ton anniversaire, tu leur rappelles que toi et ton frère êtes
nés pour donner à tous de l’espoir et de la joie. Recevoir
un cadeau ce jour-là, c’est fêter la venue de la lumière sur
la Terre. Tous les enfants doivent le sentir. Tu le sais, dé-
jà tu envoies tes elfes auprès des tout petits pour leur tenir
compagnie. Tes elfes les consolent et ils les guident au
pays des rêves. Tu le fais depuis bientôt deux mille ans.
Maintenant, il est l’heure pour toi de les faire rêver cette
nuit. L’autre jour, c’est moi qui ai influencé le dessinateur
Haddon Sundblom pour qu’il te dessine dans un joyeux
costume rouge et blanc. Coca-Cola t’appelle maintenant
le Père Noël et tous les enfants t’attendent. Leur monde
est sur une planète cachée aux adultes car ils perdent les
rêves lorsqu’ils apprennent à compter. Pour rester enfant,
mieux vaut conter que de compter. Les jouets en bois ou
les poupées sont de véritables rêves vivants si ceux qui
les ont fabriqués y ont mis tout leur cœur et leur amour.
Les mains qui fabriquent laissent la trace du créateur sur
l’objet. Si tu es bon, le joué sera bon ; si tu es mauvais, le
jouet sera mauvais. L’âme du créateur reste à vie sur les
objets. Il en est de même pour les hommes. Ils ont tou-
jours sur eux la trace de leur créateur.
⎯ Je sais tout ça depuis toujours, Vaélia. Je suis un
païen, contrairement à mon frère Jésus. Pour pouvoir tirer
les enfants vers la lumière, il faut être comme eux. Les
jouets ne sont que le support, c’est la lumière qui est à
l’intérieur qui est la plus importante et je sais que ce sont
les parents qui doivent aussi la donner avec moi. Les pa-
rents devront être comme moi des Pères Noël et je dois
aussi ne pas les oublier. Si les hommes du vingtième et du
vingt et unième siècle vivent Noël avec amour pour les
212
autres, je ne serai plus seul et même si je ne peux passer
dans leur famille, ils le feront à ma place.
⎯ Alors, Père Noël, pars maintenant.
Il charge sa grande hotte dans le traîneau et y prend place.
Le rideau devrait se baisser mais à cet instant un phéno-
mène imprévu dans le spectacle arrive :
⎯ Dis, Cléonisse, je n’ai pas envie que ça se finisse
comme ça.
⎯ Pardon ? Mais, Timofeï, comment tu vois ça ?
⎯ Bouge pas et regarde :
C’est à ce moment que le traîneau, les rennes en cartons
et Harry dessus avec les cadeaux se mettent à décoller.
L’attelage se tourne vers la salle et avance doucement en
passant bientôt au-dessus des spectateurs. Les enfants res-
tent tous émerveillés et pensent que c’est prévu dans le
spectacle. Mais pas du tout en fait car c’est Timofeï qui
par son désir et son don pousse à l’extrême la petite pièce
que Noèse avait montée pour les divertir. Noèse, encore
déguisée en Reine Vaélia ne panique pas, elle a repéré le
petit Timofeï qui manipule le traîneau ; alors elle dit à
Harry :
⎯ Père Noël, lance-nous tes jouets.
Harry pas trop confiant attrape les quelques joujoux qu’il
a avec lui et pendant ce temps, Noèse rejoint Timofeï.
⎯ Vas-y doucement, fait faire demi-tour à l’attelage et
pose le sur le devant de la scène.
Le petit garçon fait ça soigneusement et le traîneau se
pose enfin. À ce moment, tous les enfants applaudissent
et crient de joie. Les comédiens improvisés enlèvent leurs
masques et viennent tous saluer. Cette petite pièce imagi-
née par Noèse a plu à tous. Un goûter est prévu à la can-
tine et il faut ressortir. Les enfants commencent à longer
le chemin couvert jusqu’au bâtiment lorsqu’ils voient de-

213
vant l’entrée de l’école quelque chose de vraiment bi-
zarre. C’est un traîneau, mais vrai cette fois, et des rennes
y sont attelés. Un gros homme habillé de rouge et avec
une longue barbe blanche les attend, cette fois, ce n’est
pas un comédien mais ça semble être le vrai Père Noël, il
a des tas de cadeaux sur son traîneau. Les enfants accou-
rent dans la neige pour le rejoindre. Les adultes sont là
pour calmer l’excitation des enfants.
⎯ Calmez-vous, les enfants, le Père Noël est venu
pour chacun, il va vous écouter chacun votre tour pour
connaître votre désir afin de le réaliser s’il le peut le jour
de Noël.
C’est Chad le petit irlandais qui commence :
⎯ Cher Père Noël, je voudrais avoir dans ma chaus-
sure un jouet qui fait de la musique lorsque je chante,
quelque chose qui m’accompagne.
⎯ Hum ! ça me paraît difficile, mais je vais y réfléchir.
Moacyr se rapproche et demande à son tour :
⎯ Je n’ai pas de parents, pourrais-tu m’en amener à
Noël ?
⎯ Mon brave petit, vois-tu, même avec toute la magie
du monde, si tes parents ne sont plus ici sur Terre, je ne
pourrai jamais les refaire revivre. Mais par contre tu peux
un jour trouver des gens qui voudraient t’adopter. Il y a
sur cette planète de nombreux enfants sans parents, cer-
tain ont la chance de rencontrer une nouvelle famille.
Cette école est déjà un peu ta famille, les hommes et les
femmes qui la font t’aiment beaucoup. Tu as déjà de la
chance, mais je peux faire que la chance soit un jour en-
core plus forte et que tu aies la chance d’avoir des êtres
que tu pourras appeler Papa et Maman.
Tous les enfants passent un à un pour lui demander le
jouet de leur rêve, Cléonisse passe la dernière :

214
⎯ Tu as les yeux un peu rouges, ma petite, que
t’arrive-t-il ?
⎯ J’aurais tellement voulu que Maman soit là pour
Noël, mais elle est très loin et j’ai peur de ne plus jamais
la revoir, ni mon papa.
⎯ Ton frère me disait à peu près la même chose tout à
l’heure. Ne t’inquiète pas, elle va revenir, tiens-toi prête à
l’accueillir lorsqu’elle reviendra, j’y veille.
Les enfants, je crois que votre maîtresse nous invite à
prendre un bol de chocolat chaud et j’adore ça. Entrons
dans la salle prévue pour cette fête, je vous donnerai des
cadeaux qui vous feront patienter jusqu’à Noël.
⎯ Tu sais, tu ressembles vraiment au Père Noël, ta
barbe, elle est vraie ?
⎯ Tu t’appelles comment ?
⎯ Moi, c’est Shanley !
⎯ Oh ! j’ai déjà entendu parler de toi avant que tu
n’arrives ici. Je me suis toujours demandé si tu méritais
mes jouets. Mais depuis que tu es avec tous tes amis à
Keuramdor, je n’ai plus de doute, tu es une fille coura-
geuse et tu es en fin de compte méritante. Essaie, tire ma
barbe.
⎯ Je peux !
⎯ Va y…
⎯ Aie ! ça fait mal.
⎯ Tu sais quoi !
⎯ Non !
⎯ Tu es le vrai Père Noël.
⎯ Chut, c’est un secret.
Tous les enfants déballent les petits cadeaux que le Père
Noël leur a laissés. Et lorsque Céleste veut le remercier, il
a disparu. Il se précipite dehors mais il n’y a plus de traî-
neau, comme s’il s’était envolé…

215
Le soir, après avoir passé une journée merveilleuse, tous
les enfants vont se coucher. Sauf Cléonisse qui rejoint son
frère Céleste. Cachés dans un petit coin derrière les dor-
toirs, ils ont une conversation :
⎯ Tu sais, la nuit dernière, j’étais avec Doora et Noèse
et j’ai vu arriver Christopher et Clara qui ont amené avec
eux les deux nouveaux. Ils avaient l’air inquiets et je me
demande s’ils ne nous cachent pas quelque chose de
grave. Ils nous ont couchés pour qu’on n’entend pas ce
qu’ils avaient à se dire. Il faut aller voir dans le pavillon,
ils ne sont pas couchés. Il faut savoir, si c’est important, il
faudra prévenir maman.
⎯ Tu as raison allons-y, profitons que Marie s’est ab-
sentée quelques instants. Je vais m’habiller pour ne pas
prendre froid, vas en faire autant, on se retrouve ici dans
cinq minutes.

216
DÉPARTS

⎯ Suis-moi, Céleste, je vois de la lu-


mière dans le grand salon. Ils doivent être ici. Si on passe
par l’entrée, personne ne nous remarquera. Notre cham-
bre est juste au dessus, si on se penche légèrement, on
devrait entendre du haut de l’escalier tout ce qu’ils disent.
Les deux enfants connaissent bien la maison, ils y habi-
tent depuis qu’ils sont tout petits. Ils ont raison, personne
ne les entend entrer ni monter l’escalier. De leur chambre,
ils arrivent à entendre la conversation :
⎯ Demain matin, vers six heures, aussi nous ne déran-
gerons pas les enfants et mieux vaut être parti avant que
les premiers parents n’arrivent.
⎯ Tu as raison, Clara. Nos petits sont si bien dans
leurs rêves de Noël qu’ils ne penseront pas trop à vous.
⎯ Noèse, as-tu un moyen de contacter Aqualuce, pour
l’avertir de la venue de ce commando ?
⎯ Comme je t’en avais parlé, Cléonisse a le sifflet qui
la met en liaison avec sa mère. Il faudrait que je puisse le
lui emprunter, mais je ne sais pas si elle pourra pour au-
tant nous aider. Si elle est très loin dans l’univers, même
si elle a un vaisseau spatial à sa disposition, il se peut
qu’elle arrive trop tard.
⎯ De toute façon, même si nous n’avons pas retrouvé
Steve, nous rentrerons pour vous aider.
⎯ Avec Doora, nous allons nous préparer. Nous
n’allons pas fuir car s’ils ne trouvent personne ici, ils
pourraient devenir encore plus dangereux et peut-être
faire des dégâts encore plus considérable autour de nous,
voire aller jusqu’en ville et là, tout serait à craindre.
Les deux enfants se regardent et ne comprennent pas de
quoi ils parlent. Qu’est ce commando, pourquoi y aura-t-
217
il des dégâts ? Il faut tendre l’oreille.
⎯ Christopher, penses-tu que Harry devrait prévenir
les services du FBI, c’est quand même important, il s’agit
d’une invasion extraterrestre.
⎯ Je pense que l’armée est capable d’arrêter cinquante
enfants et adolescents mais, avec des dégâts et s’ils ne
viennent pas en fin de compte, on sera tous pris pour des
fous.
⎯ Nous devrons peut-être nous défendre seuls, ne pas
compter sur une armée, c’est certainement ce que l’on
aura de mieux à faire. Dans moins de dix jours, cinquante
soldats vont arriver pour enlever tous les enfants de Keu-
ramdor et lorsque nous les aurons devant nous, il faudra
nous battre pour défendre notre territoire et les renvoyer
dans l’espace avec le désir de ne plus revenir ici. Nous
sommes une dizaine contre des êtres formatés pour nous
battre. Il n’est pas question pour nous d’acheter des ar-
mes, il n’est même pas question de tuer, même si eux en
ont la possibilité. Combien sommes-nous à avoir des
pouvoirs supranaturels pour leur résister ?
⎯ Noèse, Christopher et moi sommes invulnérables.
J’ai vu des gardes tirer sur lui lorsqu’il s’est échappé du
palais de la reine Maldeï. Par deux fois les rayons l’ont
touché et si ses vêtements ont pris feu, il n’avait pas une
brûlure sur le dos. Nous pourrons les repousser.
⎯ Tu sais, Noèse, j’ai toujours mes pouvoirs lunisses.
Je peux me défendre devant des enfants, même s’ils sont
armés.
⎯ Je te fais confiance, Doora, je connais tes qualités.
C’est d’accord, Clara, Faguella et Christopher, partez
demain matin de bonne heure.
⎯ Ne t’en fais pas, Faguella, je m’occuperai te tes en-
fants comme s’ils étaient les miens. Je vais les éloigner de

218
l’école quelque temps afin que les autres ne les décou-
vrent pas.
⎯ Je n’ai aucune raison de m’en faire, tu seras leur
mère lorsque je serai absente.
⎯ Excusez-moi, les amis, je m’absente un instant…
Les enfants écoutent avec attention la conversation, main-
tenant, ils ont compris que des hommes venus de l’espace
vont arriver jusqu’ici pour les prendre comme ils ont pris
Axelle. Ils se regardent tous les deux, inquiet. C’est à ce
moment que Noèse, montée sur la pointe des pieds les
surprend sur le bord de l’escalier.
⎯ Cléonisse, tu es toujours dans toutes les histoires et
encore une fois, voici que tu nous espionnes. Maintenant
que tu as tout entendu, alors, tu vas pouvoir dormir tran-
quille. Chaque fois que les grands parlent, tu veux tout
connaître. Si je ne te convie pas à nos histoires, ce n’est
pas pour le plaisir de faire des secrets, mais pour vous
protéger des problèmes que nous devons régler à votre
place. Tu devras attendre d’être grande pour faire comme
nous.
⎯ Mais j’ai vu arriver Clara, Christopher et les autres
hier, je me doutais qu’il se passait quelque chose. Il faut
que je sache, c’est moi qui ai le sifflet et je suis la seule à
savoir le faire fonctionner. Tu ne me le prendras pas.
Doora arrive à ce moment :
⎯ Noèse, je pense que les enfants qui restent avec
nous pendant les fêtes doivent être au courant. Tu sais, ils
ont tous des dons et si nous les conjuguons, nous pour-
rons faire face aux envahisseurs. Il ne faut plus mettre de
barrière entre nous, même si Cléonisse n’a que six ans et
demi, elle est une femme en miniature, son esprit comme
la plupart des enfants qui vivent ici est plus avancé que
leur corps. Je crois qu’elle a en elle un raisonnement et
elle sait où elle veut aller. Tu le sais, pense à ta fille dis-
219
parue, ne la prenais-tu pas pour toi-même, ne vivait-elle
pas avec ton image pour modèle. Ne crois-tu pas que
Cléonisse et Céleste vivent à l’image de leurs parents ?
Aqualuce est un être unique, je la connais, c’est ma sœur,
comme la tienne. Tu sais qu’être ses enfants et ceux de
Jacques, c’est unique et l’on fait et l’on devient comme
les parents.
⎯ Tu as raison, Doora, je voudrais les voir comme des
petits enfants, sans autre chose que leurs sourires et leurs
pleurs. Mais le sang d’Aqualuce et de Jacques coule dans
leurs veines.

⎯ Cléonisse, Céleste, je vais avoir besoin de vous,


nous allons avoir de la visite dans quelques jours et il
faudra qu’ensemble nous préparions les enfants qui res-
tent avec nous. Gardez le silence jusqu’à demain soir,
c’est la seule exigence que j’ai maintenant et ça, je veux
que vous me le promettiez.
⎯ On te promet Tata, nous, ce qu’on veut, c’est que
plus personne ne disparaisse et on veut qu’Axelle re-
vienne.
⎯ Noèse, je vais aller me coucher car demain nous
nous lèverons de bonne heure et les enfants doivent dor-
mir aussi. Je les garde avec moi si tu veux bien. Dicam et
Magann dorment déjà, ça ne me fait rien d’en avoir deux
de plus.
⎯ Oh ! oui, génial, on veut dormir avec tata Doora,
elle va nous raconter des histoires de maman.
⎯ Calmez-vous, les enfants, allez vous mettre en py-
jama et pas de bruit pour ne pas réveiller tous les enfants
qui dorment déjà.
Dans le grand lit avec leur tante, les deux enfants sont très
contents et Doora leur raconte tout bas des histoires pas-

220
sées avec leur mère depuis plusieurs mois. Ils
s’endorment ensuite.
Une main les réveille en les caressant, il est encore tôt.
⎯ C’est l’heure, Clara, Christopher et Faguella vont
partir, voulez-vous venir leur dire au revoir ?
⎯ C’est encore tôt, on est bien au lit.
⎯ Tu viens, Cléonisse, Céleste. Ils vont partir dans un
quart d’heure.
⎯ Dicam et Magann sont déjà debout ?
⎯ Bien sûr, ils sont avec leur maman et ils lui font un
câlin.
⎯ Alors, je me lève, je veux voir Christopher.
⎯ Et moi, Clara.
Tous bien couvert, ils sont devant l’engin spatial. Chacun
embrasse l’autre et Faguella se rapproche de Doora pour
lui dire des mots plus fort qu’aux autres :
⎯ Doora, je n’ai pas pris beaucoup de temps pour te
parler de mon mal qui est le fléau qui a contaminé toute
notre planète. Mais je suis toujours en sursis, la mort peut
me prendre n’importe quand et n’importe où. Il se peut
que je ne revienne pas la prochaine fois. Si c’était le cas,
mes enfants deviendraient les tiens complètement. Je sais
que je peux compter sur toi pour les élever.
⎯ Mais, Faguella, tu es en forme, on ne meurt pas
comme ça !
⎯ J’ai parlé avec Noèse, elle a vu un homme mourir
comme ça, c’était un de ses amis et même Jacques aurait
dû mourir de la maladie. Il a été sauvé, mais moi, je
n’aurai pas la chance d’avoir à mes pieds de l’herbe de
vie pour guérir. Tu seras une bonne mère, j’en suis cer-
taine.
Puis, Faguella fait un câlin à ses deux enfants, c’est pour
eux la première fois qu’ils la voient partir pour aussi loin.

221
Le court moment qu’ils passent ensemble est comme un
terrible déchirement pour les trois et Faguella leur répète
plusieurs fois :
⎯ Doora est une maman pour vous…
Tous grimpent dans le vaisseau. Ceux qui sont restés le
regardent décoller puis, d’un coup, disparaître.
Cléonisse et Céleste ont assisté au départ, ils ont le cœur
serré, il est encore très tôt et Doora prend les enfants pour
les recoucher.

C’est le matin et tous les enfants se réveillent avec des


étoiles dans les yeux. Leurs affaires sont prêtes et ils em-
portent tous des cadeaux et des objets qu’ils ont fabriqué.
Cléonisse et Céleste se mélangent à eux mais leur mine
est bien différente, ils ont juré le secret. Les parents arri-
vent maintenant et tous sont joyeux des les retrouver, ils
auront tant de choses à raconter. Les enfants qui restent là
ont un pincement au cœur et Timofeï se rapproche de
Cléonisse.
⎯ Je sais qu’avec toi je ne m’ennuierai pas mais j’ai
envie de tous les envoyer balader, les faire virevolter dans
l’air. Je le peux mais je me retiens.
⎯ Ils ne sont pour rien à la tempête qu’il y a dans ton
pays, garde tes forces pour autre chose, tu pourrais en
avoir besoin.
⎯ J’explose dans ma tête.
⎯ Tu auras l’occasion de te défouler.
⎯ Hein !
⎯ Oh ! rien, je disais ça comme ça.
Enfin, chacun ayant retrouvé sa famille, les voitures re-
partent et d’un coup, l’école semble vide. Seuls neuf en-
fants sont restés, avec ceux de Faguella et de Noèse ; ils
ne sont plus que treize. Noèse se rapproche du petit

222
groupe :
⎯ Personne ne reste dans les dortoirs, nous allons
chercher vos affaires, tout le monde vient s’installer dans
ma maison, elle est suffisamment grande, nous passerons
Noël ensemble, vous êtes tous un peu mes enfants.
Ils sont tous ravis, ils passeront un Noël comme en fa-
mille. Timofeï prend Cléonisse à part :
⎯ Pourquoi m’as-tu dit que j’aurai l’occasion de me
défouler, tout à l’heure ?
⎯ Moi, j’ai dit ça ?
⎯ Oh ! arrête, j’ai bien entendu, je crois que tu gardes
un secret et je n’aime pas ça.
⎯ J’ai le droit d’avoir des secrets, justement, c’est se-
cret.
⎯ Et tu ne trouves pas bizarre que ta tante nous prenne
chez elle ?
⎯ Non, c’est Noël, c’est bien d’être à la maison.
⎯ Moi, je ne serai plus ton copain si tu ne me dis pas
ce que tu sais.
Cléonisse aime bien Timofeï, même s’il est du clan des
Maternautes ; s’ils étaient plus grands, ils s’aimeraient.
Les propos de Timofeï la peinent, elle veut le garder
comme copain. Tant pis si elle dit ce qu’elle sait, de toute
façon il faudra que Noèse informe les enfants avant que le
commando arrive. Alors, elle se met à l’écart et lui expli-
que tout en détail. Son ami lui répond :
⎯ Et tu n’as pas averti ta mère ! Il faut qu’elle sache,
j’aimerais bien être là lorsque tu l’appelleras avec ton sif-
flet.
⎯ Viens avec moi, on va l’appeler.
⎯ Tu as ton sifflet sur toi ?
⎯ Il est bien caché, on va le chercher.
Cléonisse emmène Timofeï vers la maison sans se faire

223
remarquer. Dans l’entrée, il y a un grand miroir entouré
d’un cadre en bambou dont l’un des côtés a une petite
fente. L’écartant, Cléonisse arrive à en sortir le petit sif-
flet magique.
⎯ Viens, on rejoint les autres aux dortoirs, on y restera
pour appeler maman.
Ils se faufilent et rejoignent les autres, faisant mine de
rassembler leurs affaires. Lorsque avec Clara et Doora,
les enfants se regroupent pour repartir, Cléonisse et Ti-
mofeï s’enferment dans une chambre.
⎯ C’est bon, ils partent, je vais pouvoir utiliser le sif-
flet sans me faire remarquer.
Elle attrape son petit instrument et délicatement souffle
dedans. Une vapeur blanchâtre commence à en sortir.
Rien ne se passe et Cléonisse en est étonnée, elle com-
mençait à avoir l’habitude de le faire fonctionner du pre-
mier coup. Elle recommence ; cette fois, plus de fumée,
mais les murs se mettent à vibrer si fort que tout semble
tomber autour d’eux. Alors, Cléonisse se met à avoir peur
et elle appelle sa maman :
⎯ Maman, maman, je ne comprends pas, j’ai
l’impression que le sifflet ne marche pas. C’est moi,
Cléonisse. Est-ce que tu te caches, je ne te vois pas. Ma-
man, c’est important, je dois te dire des choses importan-
tes, très importantes. À Keuramdor, on a besoin de toi.
Noèse n’est pas certaine de pouvoir s’en sortir, dans les
jours à venir car nous attendons des visiteurs sans scrupu-
les qui veulent nous emmener dans l’espace avec les au-
tres. Il faut que tu viennes nous aider, j’espère que tu
m’entends, je ne peux pas te voir.
Madame, c’est vrai, si vous m’entendez, je suis Timofeï,
vous êtes venue me voir dans mon pays, je me rappelle de
vous. Si vous pouvez me comprendre, je veux vous aider,
j’ai des qualités qui peuvent vous servir, je voudrais vous
224
les donner. Je peux déplacer tous les objets dans l’air
comme je veux, prenez mon don, il peut vous servir. Je ne
sais pas où vous êtes, mais revenez, pour nous aider.
D’un coup, la magie du sifflet semble s’épuiser totale-
ment et tout redevient normal autour d’eux. Lorsque
Cléonisse comprend que tout espoir de contact avec sa
mère a disparu, elle est triste et inquiète. Ouvrant la main
dans laquelle elle tenait le sifflet, elle voit du sable qui en
coule sur le sol et elle comprend qu’il s’est passé quelque
chose. Et elle se dit :
« Et si c’était maman qui m’avait glissé ce sable dans ma
main, cela voudrait dire qu’elle m’a entendu. »
Timofeï ouvre ses mains et voit aussi qu’elles sont rem-
plies de sable. Les deux enfants se regardent et ils pensent
qu’un contact s’est fait avec Aqualuce. C’est à ce moment
que Noèse ouvre la porte de la chambre :
⎯ Ne restez pas seuls les enfants, il faut venir à la mai-
son, les autres sont déjà installés.
Cléonisse voit que ses yeux sont dirigés vers son sifflet.
⎯ Elle viendra, j’en suis certaine, elle m’a entendue.
⎯ L’espérance est un grand pouvoir, on l’oublie trop
souvent. Continue à espérer, tes rêves se réaliseront. Ve-
nez mes chéris, ne restez pas seuls, on va préparer Noël…

225
C’EST NOËL

Quatre jours se sont passés depuis que la


plus grande partie des enfants sont rentrés à la maison
pour fêter Noël, ce soir c’est le réveillon et chacun fait un
vœu. Lala aimerait pouvoir offrir des cadeaux à sa fa-
mille, là-bas à Madagascar ; dans sa tête, elle le demande
au père Noël. Tandis que Kime, le petit chinois rêve de se
déplacer en un clin d’œil pour rendre visite à ses parents.
Jia pense aussi à sa famille et si elle pouvait leur donner
de la force qu’elle ressent, elle leur donnera le courage de
venir la voir, ici, à Keuramdor. Chad rêve de jouer avec
toutes les harmonies de la nature et composer la plus belle
mélodie qui soit, afin que tous puissent s’élever au som-
met de leur âme pour pouvoir vivre en harmonie avec
tous les hommes. Maïsa aimerait que le père Noël lui ap-
porte le livre qui raconte la véritable histoire de la Terre,
elle voudrait connaître la vie passée et future du monde.
Un livre qui raconte le début et la fin, mais, il n’en existe
aucun dans les librairies. Écrire l’équation qui compose le
monde dans lequel il vit, c’est un souhait, mais avoir une
famille, c’est le désir de Moacyr. Timofeï aimerait tant
revoir ses parents à Noël ; dommage que le temps chez
lui soit si déplorable, ah, s’il pouvait se déplacer aussi
facilement que lorsqu’on lance une balle de baseball !
Cléonisse et Céleste n’ont qu’un désir commun, revoir
leur mère. Noèse, Harry et Doora se sont occupé de tous
les enfants ce soir ; c’est un réveillon vraiment pas ordi-
naire. Tous autour du sapin, ils ont chanté, mangé, joué et
ils se sont raconté des histoires. Noèse n’a pas encore dit
aux enfants le grand danger qui les guette, elle pense qu’il
est mieux de fêter Noël la tête libre. Lorsqu’elle sera
prête, elle leur annoncera. Maintenant, c’est l’heure pour

226
tous de se coucher mais avant, il faut mettre ses chaussu-
res au pied du bel arbre de Noël. Lala qui sait déjà écrire
demande si elle peut placer dans son soulier un petit mot
pour être certaine que le Père Noël saura ce qu’elle dé-
sire. Doora lui confirme que c’est une bonne idée et cha-
cun veut en faire autant. Tous marquent à l’aide de leurs
parents intérimaires leur profond désir sur des petites car-
tes que Noèse leur a données. Enfin, c’est l’heure de se
coucher en attendant que le vieil homme passe cette nuit.
Treize enfants, ça ne se couche pas aussi facilement, sur-
tout à la veille du jour de Noël ; il n’y a que les deux en-
fants arrivés dernièrement qui ne savent pas vraiment ce
que c’est, et eux dormiront avec Doora dans la même
chambre. Pour les autres, Cléonisse accueille dans sa
chambre ses quatre copines, alors que les autres garçons
dormiront dans la chambre de Céleste. Les chambres
d’Harry et Noèse ne sont pas loin et ils ne trouvent pas le
sommeil immédiatement, les enfants sont trop bruyants.
À un moment Harry, d’une voix plus forte menace de
chasser le Père Noël s’ils n’arrêtent pas, ce qui a pour
conséquence de les calmer un peu. Enfin, alors que les
adultes ont déjà trouvé le sommeil, les enfants
s’endorment.

Il y a beaucoup de bruit dans le séjour et tous ceux qui


étaient encore endormis se réveillent presque en sursaut.
Noèse est vraiment surprise et imagine tout de suite le
pire.
« Et si c’était le commando que nous attendons ? »
Mais elle n’a pas le temps de continuer à penser car déjà
les enfants descendent tous pour voir si c’est le père Noël
et, elle en fait autant. Et là vraiment, c’est une surprise
incroyable. Car devant les yeux ébahis de tous, le Père
Noël est devant le pied du sapin avec une petite hotte
227
dans les mains. Les enfants sont tous heureux de le voir
en chair et en os, mais pour Noèse et Harry, ils en ont le
souffle coupé et le vieil homme le comprend immédiate-
ment :
⎯ Noèse, pourquoi t’étonnes-tu de me voir ? alors que
tu es aussi magique que moi et que nous descendons tous
les deux de la même étoile. Je connais ton père, nous
avons fait les quatre cents coups lorsque nous étions plus
jeunes. J’ai eu envie de te rendre visite ce matin car hier,
j’ai apprécié ta petite pièce de théâtre. C’est la première
fois que quelqu’un racontait la vérité sur mon frère Jésus
et moi, aucun homme n’avait encore osé la raconter parce
qu’elle n’est écrite dans aucun livre. Cette histoire, ma
mère adoptive l’avait gardée secrète. J’ai bien ri, c’était
très bien joué. Mais tu sais, je n’ai jamais fabriqué de
jouets avec autant d’ardeur comme tu me le faisais faire,
moi, maintenant, je me contente de passer commande
chez Matel, Ficher-Price, Mécano et Légo, c’est ce que
les enfants demandent. Lorsque j’ai pris les chaussures de
chacun, j’ai compris que ma hotte ne serait pas suffisante
pour rendre heureux ces enfants, alors j’ai pris l’initiative
de prendre un peu de poudre magique pour leur donner ce
qu’ils souhaitent pour la plupart.
L’homme, tout en rouge, avec un bon ventre et une
grande barbe blanche se met à fouiller dans le fond de son
sac et sort une petite enveloppe blanche qu’il tend à Lala.
⎯ Ouvre ça ma petite !
Lala semble déçue mais prend l’enveloppe qu’elle com-
mence à ouvrir. Dès que le papier se déchire, des étincel-
les en sortent et crépitent tout autour. Les petits arcs élec-
triques remontent le long de la main de la petite fille et
l’entourent comme si elle était tout électrique. On lit sur
son visage une joie, c’est étrange. Tout s’arrête au mo-
ment où elle en sort complètement l’image. Elle la re-
228
garde et des larmes coulent sur ses joues.
⎯ Mais comment tu as fait Père Noël, tu viens juste de
regarder mon mot.
⎯ Comment crois-tu que je distribue tous les cadeaux
en une seule nuit ? Il faut bien savoir être partout à la fois.
Lala regarde encore la photo qu’elle tient dans ses mains
et voit ses parents et ses frères et sœurs devant des ca-
deaux. Ils ont le sourire, elle comprend que son vœu a été
exhaussé. Par sa pensée, le Père Noël a apporté à sa fa-
mille des cadeaux et des joués. Elle commence à com-
prendre que croire avec ses yeux d’enfant est le meilleur
moyen d’espérer un monde meilleur un jour. Mais, ce
n’est pas tout car dans sa tête, il se passe quelque chose
d’étrange : elle entend autour d’elle les pensées de cha-
cun. Elle est devenue réceptive aux pensées humaines,
elle entend tout ce qui se passe dans la tête de chacun.
Elle regarde Noèse qui semble hermétique à son don,
mais celle-ci lui envoie une pensée qu’elle entend comme
une voix qui lui est adressée.
⎯ Lala, croire au père Noël, c’est ouvrir son cœur, à la
magie de la vie. Tu sais lire dans toutes les pensées hu-
maines, fais en bon usage.
Le père Noël se retourne vers Kime, il a juste le temps de
lui dire :
⎯ Avec ce que je t’apporte, tu pourras aller où tu veux,
mais, attention, ne te laisse pas prendre à ce jeu, tu pour-
rais t’y perdre. Reviens tout de suite.
Kime disparaît dans l’instant, tous sont étonnés, Noèse ne
comprend pas.
⎯ Rassurez-vous, elle va revenir dans moins de trois
minutes, ça me laisse le temps de donner à Jia son ca-
deau. Approche toi de moi, j’ai une petite boite pour toi,
tien, prends la.
Il lui tend une petite boite en métal tout rouge qui tient
229
dans le creux de sa main. Elle la prend délicatement mais
ne sait à quoi elle peut servir.
⎯ Ouvre-la, regarde ce qu’il y a dedans.
Elle pousse le couvercle et elle y trouve de la poudre bril-
lante.
⎯ Prends la poudre avec tes doigts et mets en dans tes
mains, tu vas voir.
Elle le fait, et aussitôt, ses mains deviennent lumineuses,
et de rayons en sortent, comme le prolongement de ses
mains et ses doigts. Elle dirige un de ses doigts vers le
père Noël et une force semble le pénétrer, comme si Jia
pouvait donner de la force qu’elle semble posséder et re-
cevoir d’une source forte et inconnue. À cet instant le
vieil homme se met à rire comme si on le chatouillait.
⎯ Arrête, Jia, je n’aime pas les chatouilles, ça me fait
trop rire ; donne de ta force à ceux qui en on vraiment
besoin, tu peux le faire en pensée, inutile de voir ceux à
qui c’est destiné.
Alors, la petite fille pense à ses parents auxquels elle
voudrait donner de sa force pour leur donner le courage
de la rejoindre ici quelques jours. Elle ferme les yeux et
lance vers eux des rayons de force et d’amour. De ses
mains des rayons bleutés sortent et semblent traverser les
murs de la maison pour se perdre dans le lointain. Quel-
ques secondes plus tard, elle ressent comme un éco ve-
nant du cœur de sa famille, comme s’ils avaient déjà été
touchés.
⎯ Tu as le don de la force, ma petite, fais très atten-
tion, ne donne la force qu’à ceux qui en feront bon usage.
Tes parents sont rassurés de te sentir en eux, ils viendront
bientôt, j’en suis certain.
La petite Jia pleure de joie, ce cadeau est le plus beau qui
soit. À cet instant, son frère arrive d’on ne sait où avec
des grands cris :
230
⎯ Je les ai tous vus, papa et maman avaient fait
comme un sapin de Noël dans la maison et ils pensaient à
nous. J’ai vu un éclair de lumière les toucher, mais ils
n’étaient pas morts, au contraire, ils riaient et tous les
deux ont pensé à toi, Jia, ils ont dit ton nom.
Tous sont étonnés par Kime pour avoir voyagé aussi loin
en quelques secondes et par Jia qui a pu transmettre de sa
force à ses parents aussi éloignés. Mais le Père Noël ne
s’arrête pas là car il y a encore d’autres enfants à gâter :
⎯ Viens avec moi, Chad. Samedi soir, tu as fait un
veux lorsque je suis venu vous rendre visite avant Noël.
Tu m’avais demandé un instrument étrange pour faire de
la musique. Je ne vais pas te le donner tout de suite. En
attendant, prends ce petit sifflet et porte le à ta bouche.
L’enfant le prend et le pose sur ses lèvres. Il en sent le
goût :
⎯ Mais, il est en sucre, je le sens fondre dans ma bou-
che. Je ne pourrai jamais faire de musique avec lui.
⎯ Alors, mange-le si tu l’aimes, l’important, pour la
musique, c’est le goût que l’on a pour la faire. Dis-moi
comment tu le trouves ?
⎯ Il est sucré et il a le bon parfum de fraise, j’adore ça,
ça me donne envie de chanter.
⎯ Alors, chante-nous une chanson, j’ai envie de
t’entendre.
À cet instant, Chad, sans même chercher l’inspiration se
met à sortir des vers dans une harmonie si parfaite que sa
voix ressemble à un orchestre :

Noël, Noël, toi qui es bonté,


Tu nous donnes la paix.
Noël, Noël, toi qui es bonté,
Tu nous donnes la gaieté.

231
Noël, Noël, toi qui es douceur,
Tu réchauffes nos cœurs.
Noël, Noël, toi qui es douceur,
Tu nous donnes à espérer.

Noël, Noël, toi qui es bonté,


Tu nous donnes la paix.
Noël, Noël, toi qui es bonté,
Tu nous donnes la gaieté.

Noël, Noël, toi qui es douceur,


Tu réchauffes nos cœurs.
Noël, Noël, toi qui es douceur,
Tu nous donnes à espérer.

Cette chanson lui fait tourner la tête et il sent en lui mon-


ter des harmonies qui lui permettent d’entendre le chant
de l’univers. Chad comprend qu’en lui circulent des flui-
des nouveaux. Avec ce qu’il possède maintenant, il peut
créer des mélodies qui par leur gamme peuvent apaiser
les hommes. Noèse sentant ce qu’il vient d’acquérir le
met en garde :
⎯ C’est un cadeau merveilleux que tu viens de rece-
voir, mais attention, tu devras toujours bien l’employer
car dans de mauvaises mains, ces harmonies peuvent être
destructrices.
Le Père Noël lui fait un clin d’œil et passe à l’enfant sui-
vant :
⎯ J’ai deux choses pour toi, Maïsa, viens voir.
La petite fille se rapproche du bonhomme et celui-ci lui
tend deux livres qu’elle prend immédiatement. Elle en
ouvre un et dedans elle voit son reflet, le feuilletant, elle
se voit à chaque fois différente et enfin elle comprend
232
qu’en se plongeant en elle, il lui est possible de lire le
passé du monde ; dans la première page, elle voit la pre-
mière seconde de l’univers. Cette image est si puissante
qu’elle referme immédiatement le livre avec un peu de
peur.
⎯ Lire le passé est un art, il te faudra presque toute
une vie pour pouvoir le faire à ton aise et l’histoire du
monde est presque infinie. Ne prends pas peur, tu vas ap-
prendre.
Elle ouvre le deuxième livre, et là elle ne voit que des pa-
ges blanches :
⎯ C’est le livre du futur ?
⎯ Bien sûr, et sais-tu pourquoi ces pages sont blan-
ches?
⎯ Je devrai l’écrire moi-même.
⎯ C’est cela, le futur, c’est toi et tes amis qui allez le
faire, tu ne peux savoir comment il sera, tout dépend de
ce vous mettrez dans votre vie. C’est le monde que tu
imagines qui sera dans ce livre, c’est pour cela que tu es
ici avec tous tes amis et éducateurs.
Rouvrant le livre, à la première page est inscrit le jour de
ce Noël.
⎯ Ce jour est déjà écrit, je sais tout ce qui se passera.
⎯ C’est parce que toi et les autres avez déjà écrit son
histoire ; la sagesse est de ne pas le dévoiler. Fais bon
usage de ce cadeau. Il me faut passer à Moacyr, il m’a
demandé une chose bien difficile.
Le jeune garçon se redresse, il est un peu triste au-
jourd’hui.
⎯ Il faut qu’en toi il y ait de la joie sinon je ne pour-
rais plus faire mon métier. Tu veux une famille, des pa-
rents. C’est une chose trop difficile de réaliser ce vœu en
un instant. Mais, je puis te dire que de nouveaux parents

233
vont bientôt arriver et ils sauront te prendre dans leur
bras. Tu les connais et ils seront heureux de t’avoir pour
enfant. Je ne peux te les amener car ils sont occupés, c’est
une question de jours. En attendant, je sais que tu as de
jolis pouvoirs en toi qui ne demandent qu’à être guidés ;
tiens, prends ce petit cadeau.
Attrapant le paquet, il déballe une bille de verre
qu’instantanément il transforme en miroir. Juste refroidi,
il regarde dedans et à sa surprise, il ne voit pas son image
mais celle de Christopher et Clara. C’est alors que des
larmes coulent sur son visage. Il comprend les paroles du
Père Noël, seraient-ce ses nouveaux parents ?
⎯ Oh ! merci Père Noël, je comprends ce qu’il y a
dans ton magnifique cadeau, je patienterai le temps qu’il
faut, je sais que tu dis vrai, je l’ai vu et je les ai vus.
⎯ Timofeï, fais aussi bon usage de tes dons, comme
les autres enfants. Mais mon cher Timofeï, je ne t’oublie
pas, j’ai trouvé ta lettre et je sais que tu aimerais retrouver
tes parents. Les avions ne décolleront pas ces jours-ci,
mais j’ai deux cadeaux. Le premier, c’est ce paquet que je
t’offre et l’autre tu l’auras que lorsque je partirai. Mais,
ouvre tout d’abord celui-là.
Timofeï prend le paquet, il est très gros et il se demande
ce qu’il y a dedans. Il le déballe et oh ! surprise, il décou-
vre un traîneau comme celui du Père Noël. Il est en bois
et six rennes en peluche semblent le conduire ; les ani-
maux semblent presque vivants. Il le déballe et après
l’avoir posé sur le sol, il frappe dans ses mains et alors
comme dans le spectacle, le traîneau avec les reines se
met à faire le tour du séjour. Moacyr contrôle parfaite-
ment le déplacement du convoi, alors, le Père Noël lui
dit :
⎯ Vois-tu, mes rennes ont beaucoup travaillé cette
nuit, je te prends avec moi pour finir ma tournée. Tu
234
m’emmènes à Baïkonour à l’aide de tes pouvoirs, sitôt
que j’aurai terminé avec tous, ici.
Entendant cela, le garçon saute de joie, il ne s’imaginait
pas pouvoir voyager avec le Père Noël. Il est heureux et il
en a des larmes aux yeux, il pourra certainement retrouver
ses parents. Il n’y a plus que céleste et Cléonisse qui
n’ont rien eu et il pense que le brave homme a fait tout ce
qu’il pouvait, il est inutile de lui demander l’impossible.
Leur mère est à l’autre bout de l’univers et le Père Noël
ne se déplace que sur la Terre. Alors le vieil homme se
retourne vers eux et leur dit :
⎯ Désolé pour vous deux, mais le train a eu du retard,
le taxi va arriver et cela me laisse le temps de donner des
cadeaux à Magann et Dicam, Noèse, Doora et Harry.
Les deux enfants de l’autre monde ne comprennent pas,
mais cela lui importe peu et il se retourne vers eux ; le
Père Noël parle La Langue, comme Noèse et les autres et
il leur tient ce propos :
⎯ La vie n’est pas facile pour tous, votre maman est
repartie très loin. Mais cette planète, la Terre, vous ac-
cueille comme ses enfants. Acceptez le sacrifice de votre
mère, elle sera en vous pour toujours, elle se mélangera à
Doora et elle ne fera qu’une avec elle. Aimez Doora
comme votre maman, elle en a le cœur. Aimez les enfants
qui sont autour de vous, ce sont vos frères et vos sœurs.
Alors il leur tend un paquet ; l’une découvre une poupée
qui parle et l’autre un gros ours en peluche. Alors les
deux enfants les prennent à pleine main pour leur faire un
gros câlin. Il reste les trois adultes et le Père Noël leur dit
en leur tendant une enveloppe à chacun :
⎯ Noèse, pour toi, juste une pincée d’espérance pour
que tu puisses attendre ta fille. Doora, un peu de poudre
de bonheur avec les deux enfants que tu as maintenant
avec toi.
235
Harry, un nuage de courage et de magie pour que tu sois
fort devant les ennemis que tu pourrais retrouver face à
toi.
C’est à ce moment que la sonnette du portail retentit dans
la maison.
⎯ Il y a quelqu’un qui arrive, dit Cléonisse.
⎯ Va voir qui c’est, lui dit le Père Noël.
Alors, encore en pyjama et en chausson, sans réfléchir
elle sort et court pour voir et son frère la suit. Arrivé de-
vant le grand portail, un taxi redémarre, et restent sur le
trottoir, deux femmes qu’ils ne semblent pas connaître. Il
leur faut quelques instants pour distinguer leur maman car
elle semble sortir directement d’un magazine de mode.
Les femmes sont habillées avec des combinaisons noires
et brillantes, elles portent des bottes qui leur montent sous
les genoux, elles sont maquillées. L’une est noire avec
des cheveux longs, l’autre a les cheveux très court, blond
et roux à la fois. Ce n’est que lorsqu’ils voient les yeux
bleus de l’une d’entre elle qu’ils reconnaissent leur mère.
Les deux enfants ouvrent la porte et se précipitent dans
les bras de leur mère.
⎯ Maman, c’est le Père Noël qui t’a amené dans sa
hotte, comment t’as fait pour arriver ?
⎯ J’ai juste pris l’avion, le TGV et le taxi, comme tout
le monde !
⎯ Ben non, pas comme tout le monde, viens voir, le
Père Noël est à la maison, il nous a apporté des cadeaux.
Viens, il est très gentil, tu verras.
⎯ D’accord, laissez-moi arriver.
⎯ Céleste dit à sa maman :
⎯ Dis, t’as drôlement changé, tu ressembles à une star
de la télé. C’est qui la dame avec toi ?
⎯ Elle s’appelle Weva, c’est une de mes amies, elle

236
m’accompagne. Allez, rentrons, vous allez prendre froid.
⎯ Tu sais, Maman ?
⎯ Non, que veux-tu me dire ?
⎯ Tu es le plus beau cadeau de Noël qui soit !
Alors, Aqualuce ambrasse avec beaucoup de tendresse
ses deux enfants.

237
LES YEUX D’ENFANTS

L’incroyable vient de se réaliser, un vœu


impossible qui ce fait, les deux enfants n’en reviennent
pas. Et ils se demandent comment le Père Noël a pu bien
faire pour que leur mère revienne le jour de Noël. Ils arri-
vent dans la maison où Noèse et Doora les accueillent.
Doora est une grande amie de Weva, la femme qui ac-
compagne Aqualuce, mais elle ne la reconnaît pas. Ce
n’est que lorsque que l’étrangère se rapproche d’elle pour
l’embrasser qu’elle se doute que son amie a été transfor-
mé ; autrefois, Weva était brune mais elle avait la peau
mate. Aqualuce explique qu’elles ont dû se camoufler
pour pouvoir passer les frontières. Doora était avec Weva
il y a encore quelques semaines, c’est incroyable, il y a
une heure, ils ne s’imaginaient pas pouvoir se retrouver,
mais elle s’étonne de ne pas retrouver Yéniz une autre
amie. Cléonisse et Céleste sont déçus car le Père Noël a
disparu, Noèse leur explique qu’il avait à faire et que Ti-
mofeï est parti avec lui pour retrouver ses parents, il re-
viendra à la fin des vacances. Doora demande à Aqua-
luce :
⎯ Où est Yéniz et où as-tu mis ton vaisseau spatial ?
⎯ Avec notre amie, nous avons eu un gros problème,
elle est à New York je l’espère.
Aqualuce ne veut pas s’étendre plus longuement sur le
problème, peut-être pense-t-elle que ce n’est pas le mo-
ment.
⎯ Concernant le vaisseau, il est juste enterré dans le
désert du Nevada, pas loin du grand canyon.
Doora connaît déjà cette région car depuis qu’elle vit sur
Terre, elle se documente et apprend toute l’histoire et la
géographie de la planète. Il est presque midi, au pied du
238
sapin, le Père Noël a déposé d’autres cadeaux que les en-
fants déballent avec intérêt. Il y a des jouets pour tous. Le
jour de Noël est un moment heureux qu’ils partagent avec
joie. Mais le soir, les enfants épuisés se couchent tôt. Et
les adultes se retrouvent autour d’un vin chaud dans le
salon. Aqualuce leur raconte son histoire depuis son dé-
part avant la rentrée scolaire :

⎯ Avec Jacques, nous avons volé une navette spatiale


à Houston, peu de temps après nous nous sommes retrou-
vés au-dessus de la Terre. Il ne me fallut qu’un instant
pour me rapprocher de celle qui causa notre départ.
J’appris plus tard qu’elle s’appelait Maldeï et que c’était
la chef des armées Lunisse autrefois. Elle porte
l’ancienne couronne de serpent de Belzius, l’empereur
que j’ai combattu avec Jacques. Cette couronne est la
source de tous nos problèmes. J’ai laissé Jacques avec
cette femme volontairement mais en lui effaçant toute sa
mémoire afin qu’il ne dévoile pas nos secrets. Je ne sais
s’il a pu résister, et je m’en veux vraiment de l’avoir lais-
sé.
⎯ Tu sais, Aqualuce, Doora nous a déjà raconté une
partie de ton histoire et nous en savons encore plus main-
tenant que Clara et Christopher sont partis à la recherche
d’Axelle. Notre nouvel ami s’est retrouvé nez à nez avec
Maldeï à une réunion importante et il a appris beaucoup
de choses sur ses plans.
⎯ Je suis au courant, Cléonisse et Timofeï m’ont aver-
tie. C’est pour cela que je suis revenu ici pour pouvoir
affronter ce commando.
⎯ Nous devons regrouper tout ce que nous savons,
cette histoire est un vrai puzzle, j’ai l’impression que
beaucoup d’éléments nous échappent. Depuis ton départ,
beaucoup de choses ont évolué, Nous avons deux compa-
239
gnons de plus, Christopher et Harry qui étaient des agents
du FBI venus enquêter sur toi et Jacques. Steve est parti
et s’est fait prendre par Maldeï, maintenant, nous suppo-
sons qu’il se trouve sur Elvy, mais où est-il et que fait-il ?
De Jacques, aucune trace de lui, peut-être sur Elvy, lui
aussi. Entre temps, je dois te dire que Clara et Christopher
sont tombés amoureux et sur Elvy, ils ont percé un secret
important qui les a transformés. Ils sont repartis il y a
quelques jours pour mener une enquête plus profonde afin
de retrouver tout le monde. Je pense qu’ils sont retournés
sur Elvy. Enfin Doora a avec elle deux enfants qui se sont
échappés de cette planète avec leur mère. La pauvre est
malade et elle est repartie avec Clara et Christopher pour
les aider, mais, je m’en fais un peu pour elle. Doora est
presque mère adoptive. Et en plus nous avons un com-
mando qui ne va pas tarder à arriver avec les meilleures
intentions qui soient. Le pire, c’est que ces soldats n’ont
pas plus de seize ans, ce sont des enfants que Maldeï a
dressés pour son armée.
⎯ Cela fait beaucoup de choses, mais il faut trouver
une réplique à l’attaque de Maldeï. Avant, je dois vous
dire ce qui nous est arrivé depuis que nous sommes sur
Terre. J’ai tout d’abord à vous dire que je suis enceinte
depuis que je suis parti, je commence aujourd’hui mon
cinquième mois. Mais cela ne m’affecte en rien pour le
moment.
⎯ Comment, toi aussi ?
⎯ Pardon ?
⎯ Christopher qui a assisté au discours de Maldeï nous
a dit qu’elle est enceinte d’un nommé Bildtrager et
qu’elle devrait accoucher fin Mai.
⎯ Mais, que viens-tu de dire, comment appelles-tu ce-
lui de qui elle est enceinte ?

240
⎯ Il s’appelle Bildtrager, c’est tout ce que nous savons
de lui et paraît-il qu’il serait le chef d’une mine, la mine
de Carbokan.
À ce moment, Aqualuce ne se sent pas très bien et Noèse
est obligée de la soutenir. Elle titube et tous s’inquiètent.
Enfin elle se ressaisit et dit :
⎯ Maldeï est enceinte de Jacques, elle s’est fait faire
un enfant par lui.
⎯ Mais, comment le sais-tu ?
⎯ Bildtrager, c’est en mauvais allemand le mot, "Por-
teur d’image". C’est comme ça que je l’ai appelé en le
quittant.
⎯ Tu es sûr ?
⎯ Tout à fait et je sais où est Jacques, car les mines de
Carbokan sont très connues, c’est le site où a toujours été
extrait le minerai qui sert à la fabrication des moteurs
éthériques des vaisseaux spatiaux. C’est une mine entiè-
rement automatisée, ce sont des robots qui font le travail,
c’est curieux qu’on ait besoin de jacques là-bas.
⎯ Christopher nous a dit que les enfants sont conduits
dans les mines.
⎯ Alors, il est possible que Maldeï ait remplacé les ro-
bots par des enfants.
⎯ Tu penses que les soldats qui vont arriver sont des
enfants de Carbokan ?
⎯ Peut-être. Et on ne peut rien faire pour le moment,
sauf se protéger d’eux.
Toutes ses révélations font passer la joie de savoir Aqua-
luce enceinte aux oubliettes. Elle pense néanmoins que
Jacques ait pu de façon forcée, féconder son ennemie,
alors, elle reprend le cours de son histoire.
⎯ Pour en revenir à notre arrivée sur Terre, nous
étions dans un lieu étrange et en le quittant, nous avons

241
été projetées sur l’orbite terrestre. Nous n’avons pas choi-
si où nous nous poserions et nous avons atterri dans le
désert du Nevada. Là, nous avons été repérées par
l’armée et ils nous ont arrêtées. Nous avons eu la chance
que notre vaisseau s’enfonce dans le sol et ne soit pas re-
marqué. Les militaires devaient nous conduire au FBI
mais nous avons pu nous échapper et voler une voiture
grâce à la peinture d’Oda. De là, nous nous sommes
transformées pour ne pas être repérés. C’est là que j’ai
maquillé Weva, Yéniz, moi-même ainsi que la voiture.
Nous sommes allées à Las Vegas et nous avons joué dans
un casino. Nous avons gagné beaucoup d’argent, là, le
directeur nous a fourni de nouveaux papiers. Je m’appelle
aujourd’hui Kime Badjer et Weva, Jenifer Fremann. Avec
Yéniz, nous avons traversé les Etats-Unis avec un Hum-
mer rose que nous avions volé à l’armée américaine.
Nous sommes arrivés à New York et là, nous avons ap-
pris que Hillary Rodham, qui vient d’être élue comme
prochaine présidente allait participé à l’arbre de Noël des
enfants pauvres de la ville. Nous avons réussi à nous rap-
procher d’elle et là, nous avons eu un moment très privi-
légié car, nous avons pu lui parler pendant plus d’une
heure. Nous lui avons fait goûter à la vie au-delà de la
sphère terrestre et nous avons décrit nos anciens mondes.
Elle est intelligente et son cœur nous a suivis. Elle
connaît maintenant le but que nous avons en venant ici,
elle a été touchée par la lumière que nous portons tous
dans nos cœurs. Et si je ne m’inquiète pas pour Yéniz,
c’est qu’il s’est passé quelque chose de très particulier
entre elles deux. Hillary a partagé l’esprit de Yéniz et el-
les sont reliées ensemble par un fil que je pourrais pres-
que appeler Amour. Elles se sont comprises profondé-
ment. Après notre échange particulier, nous avons quitté
la présidente, mais pour ne pas nous faire remarquer,
242
nous nous étions recouvertes de peinture invisible. C’est
dans le couloir devant son bureau qu’un agent très entraî-
né nous a remarqué et a tiré sur nous. Yéniz est tombée
après avoir reçu deux balles. Nous n’avions pas le choix
et nous nous sommes sauvées. Weva ne comprend pas
que j’ai pu laisser notre amie là-bas, mais si je l’ai fait
c’est que mon intuition me dit qu’il le faillait. Je ne re-
grette pas, et je suis certaine qu’elle s’en est sortie.
Harry est totalement stupéfait de cette nouvelle irration-
nelle, il se demande comment elles ont pu s’approcher de
la femme la plus protégée du monde, ce qui le trouble
fortement, car il s’informe chaque jour de ce qui se passe
dans le monde et son pays, mais, il n’a entendu parler de
rien, même s’il savait que la future présidente avait fêté le
Noël des pauvres à New York.
Noèse surprise de son attitude pour sa camarade lui de-
mande :
⎯ Aqualuce, je ne comprends pas que tu aies aban-
donné notre amie, elle est peut-être morte et si elle est
blessée, elle aura besoin de toi, à moins que les agents
l’aient fait parler pour qu’elle dévoile ses secrets et nous
mette en danger.
⎯ Je suis certaine qu’il n’y a rien de tout cela.
Mais Weva n’est pas remis de l’abandon de son amie
avec qui elle vit depuis plus de sept ans. Doora qui la
connaît très bien aussi, est choquée. Constatant cela, Har-
ry souhaite détendre un peu l’atmosphère en proposant un
autre verre de vin chaud, une spécialité de montagnard.
Mais à peine a-t-il dit cela que le téléphone sonne. Il est
presque une heure du matin et ils sont fort surpris. Noèse
qui est la plus proche du poste décroche est sur le coup,
ne comprend pas. Elle tend l’appareil à Aqualuce :
⎯ C’est pour toi, je n’ai pas compris son nom, elle a
un accent américain.
243
Elle prend le téléphone et aussi surprise que Noèse, son
visage se met à rayonner, ce doit être une bonne nou-
velle…
⎯ Attends, je mets le haut-parleur, pour que tous en-
tendent, si tu peux répéter.
⎯ Bonjour, vous tous, c’est moi, Yéniz, je vais très
bien, je suis à l’hôpital. On m’a extrait une balle de ma-
gnum qui s’est arrêté dans les poumons, juste avant
d’entrer dans le cœur. Le chirurgien m’a dit que j’étais
presque miraculée car rien ne peut arrêter un tel projec-
tile, sauf de l’acier. Je vais croire que je suis en acier. Je
vais très bien, je récupère vite. En début d’après midi, j’ai
encore eu la visite d’Hillary, c’est elle qui s’est occupé de
moi depuis que j’ai été blessée. Nous sommes amis, elle
m’a demandé d’être sa conseillère. Dès maintenant. Elle
m’a expliqué que dans quelques jours, elle prendra ses
fonctions de présidente des Etats-Unis et que je devrais la
suivre à la Maison Blanche.
⎯ Mais pourquoi la présidente s’occupe-t-elle de toi ?
lui demande Doora.
⎯ Elle a vu le policier tirer et elle a eu la sensation
d’être blessée, je ne sais pas pourquoi, elle est moi, nous
sommes comme deux sœurs. J’ai cru mourir lorsque j’ai
reçu ces deux balles, l’autre a touché un de mes mollets,
il n’est pas beau à voir, mais après coup, j’ai compris que
c’était la chance qui était avec nous et ça a été le meilleur
moyen pour me rapprocher d’Hillary. L’agent qui a tiré a
été guidé par une main invisible, je sais que j’ai ma place
ici. Hillary a trouvé tes coordonnées en recherchant
l’école de Keuramdor sur Internet et elle me les a don-
nées. Je suis au NewYork-Presbyterian Hospital, vous
pourrez me rappeler. C’est un peu raté pour être avec
vous pour le réveillon de la nouvelle année, mais je peux
vous dire que lorsque Maldeï arrivera au printemps, ici,
244
l’armée sera prête à l’accueillir, je m’en occupe.
⎯ Quand penses-tu sortir de l’hôpital ?
⎯ Weva, on doit encore opérer ma jambe, j’en ai pour
au moins quinze jours, j’ai encore des tuyaux branchés
dans le bras.
⎯ Où habiteras-tu en sortant ?
⎯ Hillary me laisse un appartement à New York, tu
sais, Aqualuce, je suis bien, ici, je veux rester sur cette
planète tout le reste de ma vie. Ce monde n’a rien à voir
avec ceux que nous connaissions. Sur notre ancienne pla-
nète, j’étais conseillère militaire de notre chef, le poste
que Hillary me propose me va très bien ; je serai une de
ses secrétaires.
⎯ Nous viendrons te voir dès que nous pourrons.
⎯ C’est d’accord, juste une chose.
⎯ Oui ?
⎯ Ne m’appelez plus jamais Yéniz, ici, je m’appelle
Mia Ericsson, c’est mon nouveau nom sur Terre.
Elle raccroche le téléphone et tous sont sur les fesses.
C’est incroyable comme les choses peuvent évoluer. Tous
regardent Aqualuce, ils comprennent qu’elle savait déjà
ce qui se passerait après cette rencontre incroyable.
⎯ Si Yéniz est proche de la personne la plus puissante
de ce monde, les futurs événements pourraient tourner en
notre faveur.
⎯ Je suis d’accord avec toi, Noèse, mais avant tout,
préparons-nous à affronter ceux qui vont tomber du ciel
dans quelques heures.
Ils réfléchissent tous un bon moment et enfin, Doora
pense avoir une idée.
⎯ Les soldats embarqués dans le vaisseau sont des en-
fants, même s’ils ont été entraînés à tuer, nous ne devrons
pas faire de morts en ripostant. Je pense qu’il faut les ar-

245
rêter et les chasser.
⎯ Ou les capturer si on peut, dit Noèse, mais nous ne
sommes que cinq contre cinquante, ce sera difficile.
⎯ Et si nous incluions nos enfants, nous serions pres-
que quinze.
⎯ Comment. Les enfants ?
⎯ Bien sûr, nos enfants ! Ils ont tous des pouvoirs que
nous pourrions utiliser pour tendre un piège à nos enva-
hisseurs. Nous ne pouvons pas leurs cacher ce qui va
nous arriver.
⎯ Tu as raison, d'autant plus que Cléonisse le sait, elle
nous a entendus et c’est aussi grâce à elle qu’Aqualuce
est avec nous.
⎯ Il est fort possible que les soldats qui vont arriver
n’aient pas de pouvoirs, nous leur serons supérieurs,
même en nombre réduit. Il faut leur tendre un piège, bien
que nous ne sachions pas comment ils arriveront.
Aqualuce reprend la parole, elle a aussi une idée :
⎯ Un piège, c’est ce qu’il faut faire et pour qu’il mar-
che, nous devrons mettre un appât.
⎯ Et tu penses à quoi ?
⎯ Aux enfants ; mettons les devant eux, ils n’auront
pour but que de les prendre pour les ramener sur Elvy.
⎯ C’est dangereux, comment vois-tu la chose ?
⎯ L’idée de nos ennemis est de capturer nos enfants,
ils ne s’imaginent pas que c’est eux qui pourraient l’être.
Ces cinquante enfants ont été formatés dans les mines de
Carbokan pour devenir des guerriers sans conscience,
c’est ce que j’imagine. Je pense que nous pourrions les
récupérer et les reconditionner avec notre matériel. Il suf-
firait d’emmener chacun dans la Pièce Isolée, lorsqu’ils
seront coupés du monde, les influences astrales de
l’univers et celle que Maldeï leur a inoculées disparaîtront

246
; nous avons de grandes chances de le récupérer au stade
où ils étaient avant d’arriver dans les mines.
Noèse, a un frison dans le dos, elle se demande quelles en
seront les conséquences ?
⎯ Tu imagines, Aqualuce, cinquante enfants de plus,
ici, c’est le triple de ce que nous avons en charge. Com-
ment pourrons-nous nous en occuper ?
⎯ C’est vrai, lorsque nous avons créer cette école,
nous avions un plan d’évolution qui nous permettait de
pouvoir faire venir trente à quarante enfants de plus par
an. Nous avons matériellement une capacité d’accueil de
cent cinquante enfants, donc, si nous faisons les comptes,
avec ces enfants en plus, il nous restera encore soixante
douze places.
⎯ Mais, il y a aussi…
⎯ Je t’en prie, Noèse, il ne faut pas que tu penses
comme un terrien, tu sais trop bien que nous faisons bou-
ger des forces surnaturelles autour de nous. Je pense qu’il
y a cinquante enfants à sauver et pour cela, ne réfléchis-
sons pas. Il faut agir c’est tout.
Aqualuce a raison et les autres le comprennent bien. Il est
tard, tous vont se coucher. Lorsque les enfants seront ré-
veillés, le plan de contre-attaque prendra forme, ces petits
ont parfois des idées surprenantes et très intéressantes.

Sur le paysage enneigé, le soleil fait déjà briller les nua-


ges, alors qu’il est encore tôt et qu’il est bas à l’horizon.
Mais, déjà, Harry explique à Noèse son idée :
⎯ Avec dix de ces appareils, nous pourrions les pren-
dre tous, qu’en penses-tu ?
⎯ Mais comment comptes-tu en ramener un si grand
nombre ?
⎯ Appelons Mia, son amie pourra peut-être nous ai-

247
der.
⎯ Hillary n’est pas en poste, il ne faut pas compter sur
elle.
Cléonisse est avec sa mère lorsqu’elle les entend parler,
elle comprend qu’ils ont un problème :
⎯ Mais qu’est-ce que vous voulez faire, pourquoi vous
taisez-vous lorsque j’arrive. Harry, tu semblais avoir une
idée, dis-moi ce que c’est ?
⎯ Noèse, comme Cléonisse est parfaitement au cou-
rant de ce qui va nous arriver et comme nous avons be-
soin des enfants, il faut leur dire et les préparer. J’ai
confiance en eux, ils ont beaucoup de pouvoirs.
⎯ Tu as raison, je vais lui parler.
⎯ Cléonisse, tu sais que des gens vont venir ici afin de
vous prendre avec eux. Mais nous allons les recevoir à
notre façon et ils seront bien surpris. Harry a une idée
mais il doit récupérer du matériel dans son pays. Comme
il n’est plus un policier actif, il lui sera très difficile de
faire venir rapidement ce qu’il souhaite et surtout dans la
quantité dont il a besoin. C’est pour cela que nous nous
questionnions lorsque tu es arrivée.
⎯ Mais, maman, vous êtes bêtes, c’est facile de
l’avoir, je connais la meilleure façon pour que vous ayez
ce que vous voulez très vite.
⎯ Ah, oui ! comment ?
⎯ Il faut que nous appelions en urgence le père Noël,
lui, il ira chercher les choses dont vous avez besoin, il les
mettra dans son traîneau et vous les rapportera.
Tous se questionnent et se regardent. Pendant ce temps,
tous les enfants descendent les escaliers et arrivent, se
mélangeant aux grands. Ils ont encore dans leurs yeux les
lumières de Noël, la magie de ce merveilleux jour est en-
core en eux. Axelle qui est aussi dans ses pensées et ses

248
rêves, met un disque sur le lecteur de CD, c’est justement
une chanson interprétée par Alain Souchon que tous se
mettent à écouter :

"Lunettes bleues lunettes roses…"

⎯ Nous sommes comme vous, les enfants, nous avons


encore nos lunettes roses.
⎯ C’est vrai Aqualuce, je les ai aussi, dit Harry.
Les enfants se mettent tous à rire, mais Cléonisse vois
Noèse toute triste et bientôt, elle se met à pleurer. La pe-
tite fille se rapproche d’elle alors que la musique et les
chansons résonnent dans la pièce et elle lui dit :
⎯ Tu n’as plus tes lunettes roses, c’est ça qui te rend
triste, je le sais. Mais c’est parce qu’Axelle te manque, ce
n’est pas drôle de faire Noël lorsqu’un enfant est absent,
je serais comme toi si j’étais à ta place. Tu sais, elle est
ma meilleure amie et elle me manque aussi. Ce n’est pas
avec des armes et des fusées que nous la ferons revenir,
mais avec du rêve et de l’espoir. Rappelle-toi ce que t’a
donné le Père Noël : de l’espérance, une pincée
d’espérance. Tu te rends compte, ça, c’est du rêve, prend
son cadeau et saupoudres-en sur toi. Je t’ai vu, hier, tu ne
l’as pas fait. Maintenant, ferme les yeux, c’est moi qui
vais te guider. Cette école, c’est la nôtre, elle est à tous
les enfants, elle n’est pas le royaume des grands. C’est
nous qui la faisons vivre et toi tu nous accompagnes.
Demain, il y aura beaucoup de méchants ici et pour nous,
ce sera un jeu. On jouera à la guerre et comme on rêve
que tout s’arrange, on gagnera. Le rêve d’un être pur est
plus fort que la parole ou la pensée. Notre monde a été
inventé grâce à un rêve. Tu ne nous as jamais parlé de

249
Dieu, mais moi, je le connais, ce n’est pas un homme, pas
un être, il n’y a pas d’église pour lui, pas de prière. Dieu,
c’est tout ce qui est autour de nous, la force magnétique
qui nous construit. L’univers est une toute petite partie de
Dieu et lui n’a pas de conscience, il est la force, le méca-
nisme qui maintient tout en place, les lois physique et ma-
thématique. L’univers a besoin des hommes pour savoir
qu’il existe. Dieu, c’est nous, c’est tout ce qui fait la vie.
Et la vie, c’est nous, Dieu existe grâce au Rêve. Avec des
lunettes roses, nous referons le monde autrement qu’avec
des lunettes noires ou grises. Enlève tes lunettes grises
que le départ d’Axelle a posées sur toi. Viens dans ma
tête, et regarde le monde, tu verras pourquoi être un en-
fant est un don du ciel. Moi, je veux rester enfant, je ne
veux plus grandir. Pour pouvoir faire le métier que
j’aime : enfant.
Noèse se laisse emporter par Cléonisse et son esprit
s’évade un instant de sa tête devenu au fil des jours plus
dure qu’une carapace en acier. Enfin, profitant de cette
nouvelle liberté, elle voit autour d’elle autrement. Elle se
met à rêver et imaginer l’école pleine d’enfants de tous
âges. Elle court déjà avec eux et elle aime jouer et ne pas
penser à la difficulté. Le rêve, Cléonisse a raison, c’est ce
qui fait que tout est possible. Rien ne se fait sans le rêve.
Alors elle remercie Cléonisse de l’avoir transporté dans
une réalité nouvelle et elle se retire pour revenir en elle.
Lorsqu’elle ouvre les yeux, tout a changé, même ses
oreilles n’entendent plus comme avant. Et surtout, les
couleurs de la vie sont revenues.
Aqualuce regarde sa sœur et elle lui sourit.
⎯ Cléonisse est une enfant, elle a six ans, mais der-
rière son apparence, elle est plus âgé que nous, si âgé,
qu’elle a la sagesse de la jeunesse. Pour un adulte, son
idée de faire appel au Père Noël est saugrenue, mais si on
250
a un cœur d’enfant, on se dit que ce n’est pas idiot. Moi,
j’y crois, le Père Noël, nous devons tous l’appeler ensem-
ble.
⎯ Tu as raison, pour Axelle et ceux qui sont partis, je
te suis, je veux reprendre mes yeux d’enfant.
⎯ Noèse, je le sais. Il viendra tout à l’heure, je l’ai vu
en rêve il y a un instant.
À ce moment précis, on frappe à la porte. Les enfants
courent pour voir qui est là. Et, comme par miracle, en
ouvrant la porte ils aperçoivent le Père Noël.

251
LES ENFANTS DU CIEL

Noèse est encore toute étourdie des paro-


les magiques de Cléonisse. Elle reconnaît au fond d’elle
avoir ces temps-ci oublié de rêver. La disparition
d’Axelle l’a beaucoup troublée, elle aimerait avoir de ses
nouvelles, mais c’est presque impossible, elle ne sait
même pas où elle se trouve. Avant qu’Aqualuce parte
avec Jacques, elle pouvait capter des pensées très lointai-
nes, parfois à des milliers d’années lumière, mais depuis
que Keuramdor s’est ouvert, elle semble avoir perdu
quelques-unes de ses facultés.
Elle voit les enfants courir vers le vieil homme toujours
vêtu de rouge. C’était Noël hier, mais l’être magique est
encore parmi eux et il entre dans la maison :
⎯ Dois-je m’installer ici ? En quatre jours cela fait
trois fois que je viens. J’ai entendu vos appels et je me
suis dit qu’il y avait peut-être urgence. Me voici. Mais je
pense que c’est toi, Harry qui a le plus besoin de mes ser-
vices.
⎯ Euh ! Père Noël, c’était juste une idée. Parce que
nous risquons de devoir nous confronter à des hommes
peu scrupuleux. Je pensais pouvoir assurer notre défense
avec des engins spéciaux. Ce sont les enfants qui ont pen-
sé que vous pourriez nous aider.
⎯ Sache, Harry, que je n’ai pas pour vocation
d’intervenir contre des êtres même s’ils ne sont pas bons.
Le Père Noël n’offre que des cadeaux à ceux qui savent
rêver.
⎯ C’est totalement irrationnel, mais nous rêvons tous,
ici ; même moi, qui suis un agent du FBI. Je n’ai pas fait
de liste pour Noël mais si j’en avais une à faire, je sais ce
que j’y mettrais.
252
⎯ Et qu’y mettrais-tu ?
⎯ Euh ! juste une dizaine de fusils FEAR 3000, le
modèle secret de la police, avec une centaine de cartou-
ches d’avance.
⎯ Tu crois que c’est un cadeau pour Noël ?
⎯ Pour nous, oui.
⎯ Je n’ai jamais eu une liste de Noël aussi étrange,
c’est difficile, je ne fabrique pas encore ce jouet dans mes
ateliers. Mais avec le temps, ça viendra peut-être. J’ai
laissé ma hotte sur le traîneau, va la chercher si tu veux
bien.
Harry ne comprend pas mais fait ce que l’homme lui de-
mandé. Il sort et un instant plus tard rapporte ce que le
Père Noël lui à demander. Elle est légère et il ne voit rien
dedans ; il est un peu déçu. Le vieil homme la lui prend et
aussitôt la secoue fort. Il plonge une main dedans et en
sort une chose emballée dans du plastique. Tous regar-
dent comment il peut faire. Il donne à Harry le paquet et
lui demande :
⎯ Est-ce cela que tu désire ?
Harry déballe la chose. C’est un fusil avec un canon
énorme, les enfants en sont effrayés. L’homme n’en re-
vient pas.
⎯ Mais, comment avez-vous fait ?
⎯ Tu doutes toujours du Père Noël ?
⎯ Non, pas du tout.
⎯ Alors, prends le reste.
Et, comme un magicien, le grand homme continue à sortir
de sa hotte des paquets et des paquets avec des grosses
boites.
⎯ Voilà, je crois que j’ai fini, j’espère que tu es satis-
fait de tes jouets. Maintenant, je vais aller me coucher,
j’ai une grande nuit à faire, il faut que je récupère, tous

253
ces enfants m’ont épuisé.
Sans plus attendre, il se retourne, fait un signe à tous. On
le regarde monter dans son traîneau et partir bien haut
dans le ciel…

Harry se trouve à la tête d’un paquet d’armes dont il osait


à peine rêver. Et tous le regardent étonnés. Aqualuce lui
demande :
⎯ Mais, qu’est-ce que tu vas faire avec ça ?
⎯ Ce que nous allons faire ! ces engins sont pour nous
tous.
Harry décrit toute sa stratégie et chacun écoute, même les
enfants, car eux aussi, ils auront un rôle à jouer si ces en-
vahisseurs arrivent. Chacun commence à comprendre sa
fonction. C’est le plan du spécialiste, qui sera mis en œu-
vre. Harry, avant d’être inspecteur au FBI, était dans
l’armée américaine. Il était dans les commandos parachu-
tistes. La dernière fois qu’il a sauté avec son corps
d’armée, c’était en Afghanistan, il était à la poursuite
d’Oussama Ben Laden. Son équipe était très entraînée et
à travers cette première guerre d’après le 11 Septembre
2001, il avait fini de croire aux vertus des armes. Harry
avait déjà dans l’armée la particularité de s’occuper des
affaires étranges, c’est pour cela qu’en rentrant dans son
pays, il avait répondu à une demande du FBI et qu’il avait
rencontré Christopher qui l’avait formé. Harry sait gérer
des situations de crise et organiser une défense. Agissant
aujourd’hui avec les moyens du bord, il a vu comment
monter ses défenses devant le commando qui devrait
bientôt arriver…

Ce soir, c’est la veille du réveillon du jour de l’an ; dans


moins de deux jours l’année deux mille huit sera enterrée.
Et toujours rien ne se profile à l’horizon. La nuit, il y a un
254
tour de garde qui est organisé et ce soir, ce sont Doora et
Jenifer qui s’y collent. Une est dans l’observatoire pour
surveiller tout ce qui circule dans le ciel, l’autre à côté
contrôle avec un radar les mouvements au sol. Comme il
y a beaucoup d’avions et de voitures, leur tâche n’est pas
rendue facile. Doora profite que Jenifer l’a rejointe pour
aller se faire une tasse de thé, il est deux heures du matin.
Lorsqu’elle revient, elle trouve sa compagne étalée sur le
sol ; inquiète, elle se précipite vers elle. Elle la ranime,
celle-ci s’est est en fait tombée de fatigue, elle est confuse
car elle a déréglé le télescope avec lequel elle inspectait le
ciel.
⎯ Je suis si fatiguée que j’ai perdu connaissance, et en
tombant, j’ai bousculé la console de commande, je crois
que j’ai perdu les réglages.
⎯ Tu n’as rien observé dans la zone que tu avais dans
l’objectif ?
⎯ Non, le ciel reste vide, je me demande s’ils arrive-
ront un jour, combien de temps devrons-nous rester sur
nos gardes ?
⎯ Je n’en sais rien, repose-toi, je vais jeter un œil dans
ton appareil, profitons qu’il ait changé de place.
Doora pose l’œil dans le puissant télescope et elle est fort
surprise. Elle relâche son attention un instant, se frotte les
yeux et les replace dans les oculaires. Non, elle ne semble
pas rêver, elle observe bien quelque chose d’étrange et
demande immédiatement à Jenifer confirmation :
⎯ Regarde à ma place, je ne sais pas si je rêve ?
Jenifer place à son tour ses yeux et regarde avec cette fois
une grande attention :
⎯ L’engin est en position stationnaire au-dessus de
nous, c’est bien un vaisseau de l’ancienne flotte lunisse,
je peux te le confirmer, j’ai peut-être déjà voyagé dedans.

255
Cet engin peut contenir jusqu’à deux cents équipiers. Je
pense qu’ils ne prendront pas le risque de se poser ici, à
l’intérieur il doit y avoir des minis navettes pour venir
jusqu’ici.
⎯ Alors, il ne faut plus les perdre de vue, mettons la
caméra en marche pour suivre leurs mouvements, s’ils
arrivent, nous devons être prêts, allons prévenir les autres.
⎯ Je reste là, Doora, je te promets que je ne
m’endormirai plus, va les avertir.
Sans demander son reste, elle court immédiatement re-
joindre les autres. Arrivée dans le grand pavillon, elle ré-
veille Aqualuce qui est encore tout habillée sur son lit.
⎯ Ça y est, ils arrivent, leur vaisseau est au-dessus de
nous, à trois milles kilomètres, autant dire qu’ils sont déjà
là.
⎯ Je me doutais que le vaisseau allait rester là-haut,
nous devons nous attendre à voir trois ou quatre navettes
descendre d’ici peu. Il faut réveiller tout le monde et pré-
parer les enfants, tu sais qu’ils seront leurs appâts. Allons
les habiller, nous devrons les placer au centre entre
l’école et le laboratoire.

Il ne faut pas beaucoup de temps pour que tous soient


prêts. Les enfants sont plus dure à lever, mais de savoir
qu’il va y avoir de l’action, ils en sont presque heureux ;
pourtant, c’est leur vie et leur liberté qui est en jeux. Har-
ry et Aqualuce vont à l’observatoire pour voir si le com-
mando envoyé par l’infâme Maldeï a déjà décidé de pas-
ser à l’action. Lorsqu’ils arrivent, Jenifer est fort heureuse
de les retrouver :
⎯ Venez voir la vidéo, il y a trois navettes qui se sont
détachées du grand vaisseau, je crois qu’elles descendent
maintenant, nous devons nous préparer.

256
Aqualuce et Harry observent le départ des appareils, il
n’y a plus de doute, dans quelques heures tout au plus, les
guerriers seront là. Le télescope qu’elle a fabriqué avec
Noèse est très performant, il est plus précis que Hubble,
car Noèse y a adapté un système très spécial. Trois engins
se dirigent vers eux, comme c’est la nuit, il est certain que
le chef du commando espère agir par surprise. Le calcula-
teur détermine qu’ils seront sur Keuramdor dans moins
d’une heure, ce qui leur laisse peu de temps pour se pré-
parer. Cette nuit, ils seront quatorze avec les enfants pour
recevoir ces intrus. La technique d’Harry consiste à met-
tre les enfants en évidence au centre du préau en laissant
toutes les lumières pour qu’ils soient immédiatement re-
pérés. De larges banquettes ont été mises en cercle pour
les protéger et Harry et trois de ses fusils mystérieux sera
caché avec eux, ainsi qu’une quantité impressionnante de
cartouches. Dans chaque angle du grand hall se trouvent
installés des murs de sacs de sables camouflés par des
rideaux derrière lesquels seront installés Noèse, Jenifer,
Léon et Martin l’éducateur suppléant. Ils seront cinq dans
cette vaste pièce tandis qu’Aqualuce et Doora se trouve-
ront en appui mobile, elles seront comme chacun bien
équipés ; toutes deux sont vêtues de blanc, une cagoule
sur la tête, elles ressemblent à des chats. Les enfants,
c’est-à-dire, Céleste, Moacyr, Maïsa, Lala, Kime, Chad,
Jia et Cléonisse sont tous en combinaison bleue, faite de
silicone et de Kevlar, une réalisation de dernière minute
de Noèse ; avec cela, ils devraient être protégés si des tirs
d’armes lasers devaient les toucher. C’est presque
étrange, les enfants ne sont pas effrayés à l’idée d’avoir
bientôt devant eux des hommes qui viennent les enlever
pour les emmener sur leur planète. Tous maintenant sont
prêts, il n’y a qu’Aqualuce et Doora qui restent à surveil-
ler l’arrivée des navettes. Dans le froid et la neige, elles
257
guettent le ciel mais elles ne voient rien venir. Aqualuce
pense :
« Se seraient-ils trompés de cible, sont-ils partis vers une
autre dans un centre de vacance comme il en existe plu-
sieurs dans la région ? Ce serait terrible car aucun
d’entre eux n’est préparé. »
C’est à cet instant que Doora la secoue pour lui dire :
⎯ Aqualuce, ils sont là, postés dans les bois de l’autre
côté de la route, je le sens, cachons-nous. Elles ne veulent
pas être trop loin de leurs assaillants pour pouvoir inter-
venir au corps-à-corps s’il le faut. Elles s’allongent der-
rière des congères de neige que le vent a amenées ; elles
ne sont pas protégées et elles se mettent en danger. Elles
observent le portail et c’est là qu’elles voient tout un
groupe s’en approcher. L’un deux semble poser quelque
chose sur la porte métallique, il se recule et d’un coup,
dans un éclair bleuté, mais presque sans bruit, le portail
disparaît, volatilisé, comme transformé en gaz. Sur vingt
mètre, il n’y a plus d’entrée et maintenant, c’est un com-
mando de trente hommes, tous vêtus de tenus kaki portant
un casque intégral qui pénètre dans la vaste propriété. Ils
sont tous équipés d’armes de poing et Aqualuce aperçoit
des pistolets gravitiques pour attraper et transporter les
enfants qu’ils comptent prendre avec leurs gadgets. Enfin
derrière eux arrivent une vingtaine d’autres guerriers qui
transportent des cages sur coussin magnétique, cela est
plus pratique que des roues, surtout dans la neige. Ceux-
là semblent rester en retrait pour récupérer les enfants. Un
homme plus grand que les autres semble donner les or-
dres discrètement en les dirigeant par signe. Aqualuce se
rend compte que tous les guerriers ne sont pas des adultes
mais bien des adolescents qui, hélas semblent totalement
manipulés par un fort esprit. L’homme, si c’est le chef,
est la cible prioritaire se dit-elle. Ils semblent repérer les
258
lumières du grand préau et un petit groupe s’y dirige. Ça
y est, dans moins de trente secondes, ce sera le contact
inévitable, le moment de vérité.

Noèse voit à travers la vitre les mouvements des hommes


qui arrivent ; ils semblent se séparer par groupes, certains
commencent à contourner le bâtiment, ils ne paraissent
pas vouloir pénétrer dans le grand hall qu’ils sont en train
d’encercler. Dans la tête des assiégés, une seule idée, être
plus rapide, c’est leur seule chance. D’un coup, un projec-
tile traverse une des grandes baies vitrées. Jenifer le re-
père immédiatement, c’est un neutralisant magnétique ;
s’ils ne sont pas sortis de là dans cinq secondes, ils seront
tous paralysés. C’est à cet instant que l’engin métallique
repart dans la direction d’où il est arrivé, comme si une
main invisible venait de le relancer à son envoyeur. Dans
le groupe des enfants, Kime a un léger sourire, il semble
avoir lui-même renvoyé l’engin. Lorsque celui-ci re-
tombe, on entend un cri, il y a un flash, puis plus rien. Le
chef qui s’est rapproché et a dû constater l’échec de cette
tentative et il crie un mot que personne ne comprend, sauf
que c’est l’assaut maintenant. Tous les guerriers entrent
par toutes les baies vitrée qui sont maintenant par terre,
ils sont une vingtaine se glissant dans la salle et c’est
alors qu’Harry se redresse et tire avec son arme sur le
premier qui se présente devant lui. Au coup de feu, à une
vitesse inestimable, le projectile percute la personne et de
façon inattendue, c’est une boule de latex qui s’étale et
forme autour de la personne un filet de fibre qui s’enroule
sur l’assaillant. Plus celui qui est touché bouge, plus la
glue se transforme en véritable prison. En quinze se-
condes le latex durcit suffisamment pour que celui qui est
touché soit immobilisé, comme paralysé et il ne lui est
plus possible de se libérer. C’est alors que tous ceux qui
259
étaient cachés sortent, visent et tirent sur le groupe de
guerriers. Les grands tirent avec leur arme et les enfants
ne restent pas inactifs. Chad lance un cri si intense que les
soldats lâchent leurs armes, paralysés par sa voix. Le
temps qu’ils se baissent pour les ramasser, certains se
sont fait prendre par les filets de caoutchouc. Ceux qui
sont restés se mettent en joue pour tirer à leur tour, et
c’est alors que Cléonisse qui s’est rendu invisible fait un
croche-pied au dernier qui tombe sur les autres et en voilà
encore qui se retrouvent prisonniers. Un homme du
commando semblant plus souple que les autres, fait des
bonds et des roulades, il ressemble à un gymnaste, rien ne
semble pouvoir l’arrêter, il fonce sur Harry ; c’est alors
qu’un énorme bloc, un rocher qui était devant l’entrée du
bâtiment et servait à la décoration, traverse la pièce en-
tière, percutant l’équilibriste et le mettant KO. Voyant
cela, les autres enfants sortent de leur cachette et com-
mencent à affoler les derniers soldats ; c’est à cet instant
que Harry et les autres attrapent les derniers. Par surprise,
cinq soldats arrivent et se replacent en position d’attaque.
Comme Harry est entouré d’enfants, il est protégé par
eux, mais ceux qui sont restés dans les coins sont plus
vulnérables. Moacyr, le jeune brésilien voit qu’un homme
va tirer sur Noèse et aussitôt, plus vite que l’éclair, il fait
fondre l’arme de l’agresseur qui la relâche pour ne pas se
brûler. Jia, dont le cœur aime à donner, remplit de force
Harry qui dans l’instant se trouve avoir des réflexes dé-
cuplés. Il prend ses armes les unes derrière les autres, tire
et à chaque fois, fait mouche. Bientôt, la vingtaine de
guerriers sont tous emprisonnés enroulés dans leur cami-
sole de caoutchouc. Le chef s’est replié vers les autres à
l’extérieur. Il court pour rejoindre un véhicule qui a été
amené jusqu’ici, c’est peut-être un petit blindé de poche,
il semble posséder des canons. Aqualuce est juste à coté,
260
sous la neige. Elle se redresse et tire sur lui deux coups.
Les balles de latex font aussitôt leur office et l’homme se
trouve englué, absolument immobilisé. Il reste encore
près d’une vingtaine de soldats, mais ils sont désemparés,
et se laissent tirer comme des pigeons dans un jeu. Tous
les défenseurs sont sortis et réduisent le reste des cin-
quante agresseurs en momies de caoutchouc. C’est fini, la
bataille n’aura duré que dix minutes. Tous les enfants
sont sortis et ils rient, ils éclatent de joie. Pas un des hom-
mes du commando n’est debout. Noèse est assise sur un
rocher, elle ne semble pas très bien. Cléonisse l’a repérée
et s’en rapproche.
⎯ Tu tiens ton bras, t’es pas bien, tu es blessée ?
⎯ Oh ! ça va, ne t’inquiètes pas.
⎯ Si, montre-moi.
Elle s’approche d’elle et voit du sang qui coule sur son
blouson. Elle lui prend le bras et voit une vilaine blessure
d’où s’échappe beaucoup de sang.
⎯ Ne reste pas comme ça, il faut te soigner, je vais
chercher quelqu’un.
Elle revient avec Doora, qui regarde la blessure.
⎯ Ce n’est pas beau, je ne sais pas si tu pourras garder
ton bras.
⎯ Quoi ?
⎯ Attends, ne bouge pas.
À ce moment, les yeux de Doora deviennent orangés, des
rayons en sortent, irradiant le membre. Cela ne s’arrête
qu’au bout de dix minutes, les plaies semblent refermées,
le sang qui s’était échappé ne forme plus qu’une croûte.
⎯ C’est bon, j’ai amputé, regarde si cela te convient ?
⎯ Je vois que ma main se promène au bout de mon
bras, je suis d’accord.

261
À cet instant, les deux femmes rigolent, heureuses d’avoir
vaincu le mauvais plan de Maldeï, l’infâme être qui terro-
rise toute la galaxie. Mais Noèse qui a oublié sa blessure
pense à tous ceux qui sont englués dans les camisoles de
latex.
⎯ Ne laissons pas ceux qui sont prisonniers dans la
neige et le froid. Il faut les rentrer sous le préau, nous de-
vons les placer dans la chambre isolée afin de les dé-
conditionner.
Les enfants rentrent à la maison pour se recoucher, tandis
que Harry, Noèse, Aqualuce, Doora, Jenifer, Léon et
Martin regroupent les prisonniers. Un peu plus tard, après
avoir repris leur souffle, ils commencent à les amener
dans la chambre isolée ; ils le font par petits groupes et le
résultat est très surprenant, car arrivés soldats, ils en res-
sortent presque enfants. La coupure d’avec leur monde
est comme un rayon guérisseur qui les fait renaître à une
autre vie. Leurs yeux retrouvent immédiatement un
rayonnement d’amour qu’ils semblaient avoir perdu tout
le temps où ils avaient été enfermés dans la prison qui
leur servait de camp d’entraînement pour oublier leur en-
fance, leur être intime, leur conscience.

C’est l’après-midi et le dernier est passé dans la chambre


magique. Il ont tous été conduits dans leurs chambres et
ont compris qu’ils étaient avec des amis que leur vie est
maintenant changé, épuisé, ils acceptent d’aller se cou-
cher très tôt. Tombant de sommeil et voulant oublier les
sombres heures de leur vie, ils se plongent tous dans un
sommeil tout particulier. Lorsque tout semble terminé,
que les cinquante adolescents qui étaient il y a encore
quelques heures des soldats prêts à tuer, se sont retrans-
formés en enfants, Aqualuce se dirige vers une pièce du
garage, pour l’occasion transformée en prison. Il y a à
262
l’intérieur le grand chef du commando, un dénommé Da-
ribard, déjà connu par Jenifer comme un officier très au-
toritaire et sans pitié. Elle pense qu’il serait bon que lui
aussi passe dans la chambre isolée pour le déconditionner
des attaches qu’il a pour le monde, afin qu’il ait une nou-
velle chance dans sa vie, avant d’être renvoyé d’où il
vient. Ils se mettent à quatre pour l’y conduire. Il passe à
son tour dans l’endroit le plus magique de Keuramdor
mais lorsque après avoir traversé cette pièce il en sort, il
n’est plus qu’un légume, un simple d’esprit. Toute sa vie
devait être basée sur l’action du mal, il ne devait être diri-
gé que par des forces négatives qui avaient entièrement
pris son esprit, sa conscience. Il n’a plus de repères main-
tenant et il ne peut même pas retrouver en lui une parcelle
d’amour et de raison, c’est un homme mort pour une vie
différente que celle de la simple matière, ce n’est plus
qu’un animal. À la sortie, Noèse demande à Aqualuce :
⎯ Dans son état, que veux-tu faire de lui, peut-être de-
vrions-nous le déposer devant un hôpital pour le faire
soigner ?
⎯ Je ne crois pas que ça puisse servir à quelque chose,
de toute façon dans son vaisseau il reprendra conscience,
son monde n’est pas ici. Renvoyons-le sur sa planète.
⎯ Mais si Maldeï découvre que son plan a échoué, elle
enverra un bataillon complet pour venir nous chercher !
⎯ Je ne pense pas, au contraire s’il ne revenait pas elle
ferait ce que tu dis, mais si elle voit que nous l’avons
vaincue, elle hésitera à revenir tout de suite ; bien sûr, je
ne pense pas que ça la retienne de vouloir envahir la pla-
nète plus tard, mais elle sait que ce ne sera pas aussi fa-
cile que ça. En plus, là-haut, Daribard est attendu par les
membres de son vaisseau spatial, s’il ne revient pas ils
pourraient venir le chercher.

263
Alors, ils reconduisent Daribard dans une des trois navet-
tes. Aqualuce qui connaît parfaitement ce type de vais-
seau planétaire programme le retour automatique de
l’engin ainsi que des deux autres. L’homme à l’intérieur
décolle juste après et les navettes suivantes le suivent au-
tomatiquement.
De retour à l’école, les enfants jouent avec Harry à
l’Overbase sur la neige et ils rient tous de bon cœur. Cé-
leste voit revenir sa maman et se précipite vers elle :
⎯ Dis, Maman, demain c’est la nouvelle année, tu fais
la fête avec nous ?
Aqualuce n’a pas pensé à cela mais Noèse a entendu :
⎯ Il n’est pas trop tard pour que je vous emmène tous
à Disney Village à Paris, nous prendrons notre avion pour
nous y rendre.
⎯ Ouah ! super génial, on va chez Mickey !
Surpris, tous les enfants regardent Céleste sauter de joie
et ils comprennent vite.
Tous se préparent rapidement, il faut rejoindre l’aéroport
où se trouve l’avion de Noèse et d’Aqualuce.
Doora restera avec Léon pour surveiller leurs nouveaux
pensionnaires mais les autres partent pour fêter leur vic-
toire. Arrivés à l’aéroport, le Falcon les attend, c’est
Aqualuce qui pilote l’avion, c’est son métier à l’origine ;
même si elle n’a pas appris à piloter sur terre, elle est de-
venue expert en aviation ici. Elle a passé ses diplômes
pour pouvoir conduire ce type d’engin, comme un vérita-
ble pilote de ligne ; elle est fortunée, cela aide, son avion
lui a toujours permis de sillonner le monde à la recherche
des enfants du troisième millénaire et c’est grâce à cet
appareil qu’elle a trouvé les enfants de Keuramdor.
Tous en fête, ils s’installent dans l’avion et une heure
après se posent à l’aéroport du Bourget. C’est en taxi
qu’ils rejoignent Disney et là le restaurant les attend.
264
Heureux les enfants ne sont pas fatigués et ils profitent de
la grande nuit du réveillon. À Minuit tous se font la bise,
ils ont oublié qu’hier soir, ils ne savaient pas s’ils seraient
encore vivants aujourd’hui. La plus grande victoire pour
cette bataille exeptionnelle est qu’il n’y a pas de vaincus
parmi ceux qui se sont battus car même les méchants ont
été délivrés de leur prison qui les tenait comme des âmes
mortes depuis des mois. Après avoir célébré la nouvelle
année, ils rentrent chez eux, épuisés par une très longue
journée.

Ce matin du 1er de l’an, les enfants dorment profondé-


ment et ils seraient incapables de se souvenir comment ils
sont rentrés cette nuit.
Aqualuce est déjà debout avec Noèse et Jenifer ; elles
sont toutes deux habillées comme au jour où elles sont
arrivées ici.
⎯ Je ne veux pas que les enfants me voient partir, no-
tre séparation serait impossible autant pour eux que pour
moi. Nous partons maintenant, fais leur de ma part le plus
gros câlin qui soit.
⎯ Sais-tu où tu vas, Aqualuce ?
⎯ Je repars chercher notre vaisseau spatial que nous
avons laissé dans le désert, ensuite je laisserai mon cœur
nous guider. Informe notre amie Mia que nous avons ar-
rêté celui qui était venu chercher nos enfants et avec Doo-
ra et Harry, continuez de vous occuper bien de nos petits.
Je te promets, nous reviendrons et cette fois nous reste-
rons.
⎯ Je sais, Aqualuce, que tu fais au-delà de la Terre un
travail formidable qui se verra plus tard. Retrouve Jac-
ques et ramène le ici, il manque beaucoup à tes enfants,
même s’ils n’en parlent pas beaucoup.

265
⎯ Sortie d’ici, je n’existe plus, je m’appelle Kime et
Weva, Jenifer.
⎯ As-tu besoin d’aide pour reprendre ton vaisseau ?
⎯ Non, je me débrouillerai, j’ai mon idée.
⎯ Je sais, je comprends.
⎯ Noël a été formidable, je ne suis pas prête d’oublier.
⎯ Partez vite, je sens que tes enfants vont bientôt se
réveiller. De toute façon, nous ne sommes jamais sépa-
rées, nos cœurs nous unissent, car ils vivent en dehors du
temps.
Aqualuce fait une grande accolade à sa sœur, leurs senti-
ments sont très fort, chacune possède une souffrance au
fond d’elle, l’une attend sa fille égarée dans l’espace,
l’autre n’a aucune nouvelle de son époux lui aussi perdu
dans la galaxie. Et elles se relâchent, comme deux histoi-
res qui se séparent pour vivre chacune de leur côté. L’une
a pris en charge des enfants qu’elle veut éveiller à la vie
et préparer à donner une nouvelle âme à la Terre ; l’autre
sillonne l’espace pour ramener à la raison les âmes per-
dues dans le cosmos de la vie.
La Voie Lactée est presque trop petite pour contenir tous
les espoirs qu’elles ont de réaliser leur mission : que tous
les êtres vivants trouvent un jour la porte de l’Amour
pour y demeurer.
Aqualuce lui dit un dernier mot démontrant son engage-
ment à sa mission :
⎯ Noèse, l’important, ce n’est pas notre vie, mais, la
Vie…

Noèse regarde sa sœur marcher avec sa valise vers le taxi


qui l’attend. Elle monte avec Jenifer et part en traversant
le matin brumeux. Elle reste avec Doora qui a aussi le
cœur serré. Doora la secoue, et lui dit :

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⎯ Redresse-toi, et au contraire sois heureuse, hier a été
notre première victoire contre l’infâme Maldeï. Nous
avons avec nous les enfants les plus incroyables du
monde, soit fier d’eux. Ils sont le renouveau de
l’humanité et devant nous se trouve une des plus belles
tâche de ce monde : donner à nos enfants les armes de la
vie ; en faire de combattants de la Lumière.
Cette nouvelle année sera la victoire des enfants de la
Lumières contre les feux du mal qui veulent prendre la
Terre. Préparons-les ; ils nous surprendront !

⎯ Tu as raison Doora, ils vont écrire la suite…

267
Cet ouvrage a été imprimé par
COPIE-MEDIA
33693 MERIGANC
En décembre 2009
Pour le compte des EDTIONS DU FUTUR ©

N° d’édition : EF2009/04

Dépôt légal : Décembre 2009

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