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Le dossier documentaire pour préparer lEC3 de mardi sur la socialisation différentielle par le sport

GENRE & SPORT ENRE & SPORT

Pourquoi considérer la dimension genre dans le sport

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Le sport est un phénomène socioculturel dans lequel les constructions sociales de la masculinité et de la féminité jouent

un rôle clé:

On associe traditionnellement le sport à la notion de «virilité». Beaucoup de sociétés tendent à réprouver la pratique du sport par les femmes, et les femmes qui prati- quent un sport sont parfois perçues comme «masculines». Inversément, les hommes qui ne font pas de sport ou sont peu doués en sport sont parfois qualifiés d’«efféminés». Il n’y a cependant pas une façon unique d’être viril ou féminine, et le sport peut être l’occasion de renégocier masculinité et féminité plutôt que d’en réaffirmer les acceptions dominantes.

La pratique du sport est liée à un certain nombre de conventions autour de ce que sont «travail» et «loisirs», conventions souvent vécues différemment par les hom- mes et les femmes. S’occuper des malades et des personnes âgées, élever des enfants et s’acquitter des tâches domesti- ques – activités «reproductives aujourd’hui encore accomplies surtout par les femmes et les filles – ne sont en général pas consi-

dérées socialement et économiquement

comme du «travail». Les activités «produc- tives» exercées en-dehors du domicile et reconnues comme «travail» – en particu- lier lorsqu’elles sont déployées par des hommes – impliquent le droit d’avoir du temps libre à consacrer aux loisirs.

Certaines sociétés jugent le sport «produc- tif» dans la mesure où il contribue à la santé physique des travailleurs, manuels surtout. Alors même que la proportion de main-d’œuvre féminine augmente, dans certaines régions tout au moins, il y a une tendance à considérer les sports comme bénéfiques lorsqu’ils sont pratiqués par des hommes et comme une perte de temps lorsqu’ils le sont par des femmes.

Femmes et hommes s’adonnent à des acti- vités physiques distinctes, et leurs attitudes à l’égard du sport peuvent être très diffé- rentes. L’aspect compétitif d’un sport donné peut être considéré comme central par certains, tandis que d’autres voient le sport comme moment de rencontre. Le fait d’être identifié ou de s’identifier soi-même comme appartenant à une «culture», à une «ethnie», à une classe socioéconomi- que ou à une caste joue également un rôle dans la manière dont on s’adonne à la pratique d’un sport.

G ENRE & SPORT Les femmes, et parfois aussi les hommes, peuvent rencontrer différents obstacles

GENRE & SPORT

G ENRE & SPORT Les femmes, et parfois aussi les hommes, peuvent rencontrer différents obstacles con-

Les femmes, et parfois aussi les hommes, peuvent rencontrer différents obstacles con- crets à la pratique d’un sport:

Outre des lacunes générales en matière d’équipements sportifs sûrs et appropriés ainsi que le manque de compétences, de ressources et d’assistance technique, les femmes sont souvent confrontées au man- que de temps et de garderies pour leurs enfants.

Les femmes sont particulièrement exposées au harcèlement sexuel verbal et/ou physi- que et à d’autres dangers, liés par exem- ple au lieu et au moment où elles prati- quent leur sport.

Il y a un manque de modèles féminins, notamment de femmes ayant une fonction de coach ou de «leader». Les femmes sont sous-représentées dans les organes de décision des institutions sportives.

Pourquoi l’égalité hommes-femmes dans le sport? L’égalité hommes-femmes est un objectif essentiel du développement; elle fait partie des droits civils, culturels, économiques, politi- ques et sociaux fondamentaux et universelle- ment reconnus. La politique d’égalité hom- mes-femmes de la DDC vise à assurer que toutes ses interventions apportent aux femmes et aux hommes des chances accrues d’exer- cer les mêmes droits et d’accéder équitable- ment aux bienfaits du développement.

Partout dans le monde, on voit moins de fem- mes que d’hommes participer à des activités sportives. Le sport peut favoriser le bien-être mental et physique, et des études scientifiques ont établi que faire du sport réduit plus tard les risques de maladies chroniques. Il convient ainsi d’y encourager les filles aussi bien que les garçons.

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Enfance & Cultures Actes du colloque international, Ministère de la Culture et de la Communication

Enfance & Cultures Actes du colloque international, Ministère de la Culture et de la Communication – Association internationale des sociologues de langue française – Université Paris Descartes, 9es Journées de sociologie de l’enfance, Paris, 2010 http://www.enfanceetcultures.culture.gouv.fr/

Sexuation des pratiques des enfants et positions des parents : des familles peu favorables aux choix non conformes

Les familles étudiées adoptent globalement des positions équivalentes à propos de l’engagement des enfants d’une même fratrie dans les activités culturelles et sportives : les familles privilégiant les activités culturelles incitent filles et garçons à s’y engager, celles orientées vers le domaine sportif proposent des activités aux filles comme aux garçons. Dans les fratries mixtes, les frères et les sœurs investissement (ou pas) les pratiques culturelles de manière relativement indifférenciée : Frédéric et Léa ont tous deux fait de la clarinette, Denis et Julie prennent des cours de piano, Audrey fait de la flûte et son frère du piano, Léo et Oriane font du théâtre comme Noémie et Justin… Certes, filles et garçons n’apprécient pas forcément les activités instrumentales de la même manière, les premières pouvant se montrer plus persévérantes que les seconds :

Frédéric a ainsi arrêté la clarinette au bout d’un an de pratique et Jules a abandonné l’éveil musical, quand leurs sœurs ont maintenu leur activité (la sœur de Jules fait du piano) ou pratiqué plus longtemps (Léa a fait 3 ans de clarinette). Les tentatives éphémères d’inscription à des cours d’éveil musical concernent également toutes des garçons. En favorisant la conformité des filles aux attentes institutionnelles, scolaires ou associatives, la socialisation familiale les prépare davantage à investir des loisirs « sérieux » (Baudelot et Establet, 2007). L’importance des activités ludiques physiques dans la socialisation des garçons (Brugère, 1999) rend plus difficile leur engagement dans des loisirs très scolarisés comme la pratique instrumentale. Cependant, dans la population étudiée, les enfants d’une même fratrie sont tous inscrits ou ont été inscrits dans une activité culturelle quel que soit leur sexe quand les parents accordent de l’importance à ces pratiques. Cet élément ne signifie pas que les parents encouragent et renforcent la pratique des unes et des autres de la même manière, mais ils permettent néanmoins aux enfants des deux sexes d’être confrontés à des expériences similaires. Cette situation concerne notamment les familles des milieux favorisés privilégiant un style de vie cultivé. Elles prônent en effet une position plus égalitaire au sujet de l’éducation des filles et des garçons que les milieux populaires (Ferrand, Imbert et Marry, 1999 ; Schwartz, 1990). Cependant, les familles de Frédéric et Léa, Léo et Oriane ou encore David et Julie appartiennent aux milieux populaires et adoptent pourtant une position similaire. Manifestement, pour les parents concernés (et donc plutôt pour les mères), les pratiques culturelles associatives apparaissent comme des pratiques relativement neutres d’un point de vue sexué. La mère de Medhi, employée, exprime clairement ce point de vue :

« Moi, Medhi, je voulais le mettre à la danse contemporaine mais son père ne voulait pas, il disait : « ce n’est pas une fille »…il voulait un sport d’homme, c’est lui qui a choisi le judo…alors je me suis dit le théâtre, c’est plus neutre, ça peut être aussi bien pour une fille que pour un garçon, du coup, ça lui posait moins de problèmes ».

Si les parents conçoivent les pratiques culturelles comme peu sexuées, leur position change radicalement au sujet des pratiques sportives. En effet, les pratiques sportives des enfants sont très sexuées dans 25 familles sur 36, et ce constat concerne tous les milieux sociaux. Dans certaines familles, l’inscription des enfants dans des activités sexuées renvoie à un choix parental explicite. Cette situation concerne essentiellement des mères des milieux favorisés choisissant la danse pour développer la « féminité » de leur fille, et des pères des milieux populaires optant pour des sports collectifs de grand terrain pour leur fils, en raison de la virilité associée à ces activités (Messner, 1992). Le père de Kevin, ouvrier, suggère ainsi que le hockey convient bien à ses fils pour sa dimension virile, et celui Jonas, également ouvrier, regrette que son fils pratique le football, jugé « moins viril » que le rugby. De la même manière, les mères de Marine, de Linda et de Manon voient dans la danse un moyen privilégié d’incorporation d’une hexis corporelle féminine, en permettant conjointement l’apprentissage du « contrôle » et de la « grâce » :

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« Je pense à l’avenir, si elle se présente devant un patron, la nana qui est habillée en jean baskets et qui se tient mal,

je ne sais pas…si il voit une nana habillée normalement, elle croise les jambes, elle se tient droite, elle a un bouquin ou elle revoit son CV, moi, je suis le patron, j’ouvre la porte ma décision est vite prise quoi… » (mère de Linda, assistante maternelle, CAP).

Sans employer les mêmes mots, la mère de Manon, cadre commercial dans le secteur privé, défend une position analogue, en associant la danse à l’apprentissage du maintien du corps :

« La danse, ça représente pour moi une vraie petite fille, et c’est aussi le maintien du corps, pour une femme je trouve que c’est important…le classique a une rigueur sur le port, le maintien… ».

Le rôle central du corps dans la construction du genre (Guillaumin, 1992 ; Bourdieu, 1980) incite ainsi certains parents à privilégier volontairement des pratiques physiques et sportives très sexuées. Dans ce cas, et notamment dans les familles favorisées adoptant des pratiques éducatives négociatrices (Kellerhals et Montandon, 1991), la difficulté pour les parents consiste à orienter les enfants vers les activités souhaitées sans les imposer, en façonnant leur goût pour les dites activités :

Marine : la construction maternelle du goût pour la danse

Marine, 6 ans, fille unique, pratique la danse deux fois par semaine. Son père, cadre dans le secteur

public, et sa mère, professeur de lettres, sont peu sportifs, mais apprécient beaucoup les pratiques culturelles. L’inscription de Marine à la danse a été suggérée par sa mère : « J’ai proposé la danse parce que je trouve ça bien, c’est une activité physique mais aussi artistique, le fait d’associer les deux me plaît bien. Et puis la danse je trouve cela joli, féminin, je pense que toutes les petites filles ont envie d’en faire ». Avant de proposer à sa fille de l’inscrire à des cours de danse, la mère de Marine a largement cultivé le goût pour cette activité :

« On allait au vidéo club et on a découvert les DVD Barbie danseuse. On les a loué, puis comme cela lui plaisait on les

a acheté. On lui a également offert des livres sur la danse, des documentaires…tout ce qui existait d’accessible pour elle sur la danse…Elle a aussi plein de Barbies danseuses, elle a des Barbies à foison…toute une collection et c’est essentiellement des Barbies qui dansent… Elle fait aussi des petits spectacles à la maison, elle invente des chorégraphies et moi je fais le public ». Par ailleurs, Marine est inscrite dans une école proposant des partenariats avec le conservatoire. La fillette a ainsi pratiqué la danse dans le cadre scolaire. D’après sa mère, Marine a beaucoup apprécié cette

expérience et a demandé à faire de la danse. Dans cet exemple, on voit bien la difficulté à distinguer la stratégie de la mère des souhaits de la fille, l’efficacité des pratiques éducatives parentales se traduisant par l’affirmation du goût de l’enfant.

Si certaines familles adoptent des stratégies destinées à construire le goût pour des activités très sexuées, la majorité des parents ne présente pas ce choix comme une décision réfléchie et concertée. Certains paraissent même surpris d’être questionnés à ce sujet, tant cette décision leur semble « naturelle » (« ah oui, pourquoi les filles la danse et les garçons le judo…ben, je ne sais pas, euh, c’est comme ça…la danse c’est plutôt pour les filles et pas pour les garçons »). La répartition quasi systématique des frères et des sœurs de fratries mixtes dans des activités idéales typiques du masculin et du féminin s’avère néanmoins remarquable : Antoine pratique le hockey et sa sœur la danse, Jules fait du tennis et du golf et ses sœurs de la danse, Léo a fait du judo, du rugby, et du foot, sa sœur Oriane de la danse et de la gym, Max pratique le judo et le rugby quand Lise danse, Manon danse également pendant que ses frères font du rugby, Suzy et sa sœur sont inscrites à la gym et leurs frères au foot… Ainsi, tout se passe comme si les choix en matière de pratiques sportives reposaient largement sur l’idée d’un ordre naturel des sexes, justifiant la division sexuée du travail sportif par une « biologisation » du social (Bourdieu, 1998). Les pratiques sportives, en visant avant tout un travail sur le corps, accentuent la reproduction des différences sexuées, légitimée par un discours essentialiste. Dans cette répartition sexuée des activités physiques et sportives, le choix des filles

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semble plus restreint que celui des garçons, ces dernières étant placées préférentiellement dans des cours de danse 2 . Finalement, peu de parents se montrent attentifs à la question de la dimension sexuée des pratiques physiques et sportives de leurs enfants, et désireux de construire ou de favoriser des choix différents :

« Oui, finalement c’est vrai que j’ai choisi les sports en fonction du sexe…en règle générale, les filles dans un sport

d’homme je ne suis pas contre, c’est super, mais si ma fille me demandait à faire du foot ça m’embêterait, pourtant je sais qu’il y en a qui arrivent à joindre les deux bouts mais il y a toujours un côté de masculinité qui va ressortir…et si Antoine voulait faire de la danse ça m’embêterait aussi…ça peut quand même changer l’attitude d’homme » (mère d’Antoine, kinésithérapeute, dont le fils pratique le hockey et la fille la danse).

Comme la mère d’Antoine, la majorité des parents ne souhaitent pas que leurs enfants s’engagent dans des pratiques à priori destinés au sexe opposé, par crainte d’une modification de l’hexis corporelle impliquant des confusions potentielles au sujet du sexe des enfants. Cette position est affirmée avec davantage de force pour les garçons que pour les filles, conformément aux travaux sur ce sujet (Kane, 2006 ; Mennesson, 2007):

« Ben il y a des hommes en gym, mais le twirling bâton…moi je me rappelle à mon époque il y avait des jeunes qui

faisaient ça et…ça faisait efféminé pour un mec…après on a peur, on ne voudrait pas qu’ils changent de bord non plus hein…Et puis mon mari alors là, si tu fais un sport de nana c’est que tu es une nana, lui il aurait été direct, il n’y a pas de pédale à la maison » (mère de Suzy, femme de ménage, ancienne pratiquante de twirling bâton, au sujet de la pratique sportive de ses fils).

« Jules fait du tennis et du golf, c’est pas mal moi qui l’ai poussé à faire ça…on ne lui a jamais proposé de faire de la danse mais je n’aurais pas voulu non plus qu’il en fasse…les garçons reproduisent le modèle de leur père et les filles celui de leur mère » (père de Jules, chef d’entreprise).

Ici encore, sous couvert d’un langage plus châtié, et avec des modèles de référence « masculins » différents (le football en milieu populaire, le tennis et le golf en milieu favorisé), on observe un rejet similaire des pratiques jugées non conformes pour les garçons dans des familles très différentes d’un point de vue social. Comme le note Michèle Ferrand (2004), certaines familles des milieux favorisés, fortement dotées en capital économique, valorisent également la différenciation sexuée dans leurs modes d’éducation. Si la majorité des parents rencontrés désapprouvent les choix sportifs non conformes d’un point de vue du genre, d’autres adoptent des positions plus égalitaires, sans parvenir forcément pour autant à les transmettre à leurs enfants, influencés par leurs pairs, les médias, et/ou d’autres autrui significatifs.

Sexuation des pratiques des enfants et rôle d’autrui significatifs : une influence variable selon les pratiques éducatives

L’importance de la culture enfantine (Delalande, 2006 ; Sirota, 2006), conjuguée au questionnement de la culture scolaire, concurrencée par les médias (Pasquier, 2005), questionne l’idée d’une transmission quasi systématique des pratiques culturelles et sportives au sein des familles. Par ailleurs, la transformation des normes éducatives modifie les modes d’autorité familiale et les formes de transmission des activités associatives (Déchaux, 2007). Si ces pratiques participent toujours de stratégies distinctives, elles répondent également à l’injonction forte faite aux parents de développer la personnalité de leurs enfants (de Singly, 1996). Cependant, si certaines valeurs

2 Le même constat peut être effectué à propos des pratiques sportives des femmes et de leurs choix professionnels (Louveau et Davisse, 1998)

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éducatives relatives à l’épanouissement de l’enfant font aujourd’hui consensus, l’autonomie qui leur est accordée varie de manière importante selon les familles (Van Zanten, 2009). Les pratiques éducatives familiales oscillent en effet entre des formes relativement autoritaires (Kellerhals et Montandon, 1991) ou conformistes (Modak, Gex-Collet et Clémence, 2009), valorisant la soumission à des règles non discutées, et des formes plus négociées, accordant de l’importance à l’autonomie et la créativité des enfants. Dans cette dernière catégorie, Modak, Gex-Collet et Clémence distinguent les familles contractuelles, où la négociation parents/enfants comporte des limites et ne concerne notamment pas l’effort scolaire, et les familles expressives, qui valorisent avant tout le développement d’une personnalité équilibrée. Pour les premières, les pratiques culturelles et sportives associatives sont plutôt vécues sur le mode du sérieux et les parents adoptent, comme la mère de Marine, de nombreuses stratégies pour susciter l’intérêt des enfants. Pour les secondes, les activités extra scolaires jouent un rôle central dans l’épanouissement des enfants et les parents sont particulièrement à l’écoute de leurs désirs. Les familles expressives se caractérisent également par une moindre sexuation des rôles parentaux. Cependant, les pratiques sportives des enfants dans les familles enquêtées adoptant des stratégies éducatives expressives 3 sont tout aussi sexuées que celles des enfants des familles plus conformistes ou contractuelles. En effet, en privilégiant les choix des enfants, ces parents filtrent moins que les autres les influences extérieures. La logique expressive place ainsi parfois les parents dans une situation de double contrainte par rapport à leurs choix éducatifs. Le souhait des enfants étonne voire déroute parfois les parents, en contredisant leur position éducative. Le cas de Maya, 6 ans, illustre bien cette situation. Dernière d’une fratrie de 3 enfants dans une famille de cadres du secteur privé valorisant un mode de vie actif, Maya pratique la danse et la natation. Sa mère, ancienne championne de taekwondo, attentive à la question de l’égalité entre les sexes, aurait souhaité que sa benjamine pratique un sport de combat :

« On a toujours dit que les petites filles ne sont pas forcément préparées pour faire de la danse et les garçons pour le judo, donc on lui a montré l’escrime, on lui a montré le judo…on lui a montré plusieurs choses mais elle a choisit la danse…c’est sûr, cela fait plutôt cliché mais on n’a pas dirigé donc elle a fait ce qu’elle a voulu…honnêtement, je ne la voyais pas dans cette activité car elle est plutôt pêchue comme enfant, même un peu garçon manqué…moi je la voyais plutôt arts martiaux ».

La logique expressive conduit ainsi la mère de Maya à accepter un choix de pratique très conforme d’un point de vue sexué, qui ne correspond pas à sa position sur cette question. En valorisant les désirs de l’enfant, les parents donnent ainsi davantage d’importance aux influences extérieures, médiatiques et/ou amicales :

« Je pense qu’elle a dû en voir à la télé ou dans les livres, c’est toujours magique le tutu et les chaussons de danse, je pense que ça vient de là… ».

Dans les familles expressives, si les pratiques éducatives peuvent favoriser un rapport « heureux » aux activités sportives et culturelles, vecteurs centraux d’une éducation attentive à l’épanouissement des enfants, elles rendent aussi ces familles plus vulnérables aux influences extérieures, et plus démunies quand les enfants ne font pas preuve d’un goût affirmé pour les pratiques éventuellement envisagées par les parents. Par ailleurs, certains parents plutôt contractuels sont néanmoins conscients de l’existence de processus de différenciation entre les sexes et souhaitent questionner les stéréotypes sexués, mais ils sont contrariés dans leur volonté par l’influence des pairs et/ou de membres du réseau familial. La mère de Chloé, par exemple, se désole que sa fille veuille faire de la danse comme ses copines et

3 Si les familles contractuelles appartiennent essentiellement aux milieux favorisés, et les familles conformistes aux milieux populaires, les familles expressives concernent des parents à fort capital culturel mais aussi des parents plus modestes (Mennesson, Neyrand, 2010).

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n’a pas apprécié le DVD offert par les grands parents à ce sujet. Celle d’Eléa, 7 ans, qui affirme « être un peu garçon manqué », achète à sa fille des jeux de garçons et lui propose de pratiquer les sports de combat, mais la grand-mère contrarie également l’action maternelle :

« Moi, je lui ai acheté un circuit de voitures mais en même temps ma mère lui a offert des poupées, donc elle a des Barbies (soupir)…et elle est avec les Barbies…les Barbies, j’ai du mal…Je lui ai proposé de faire du karaté, mais non, elle est très fille…non, non, je ne veux pas aller au foot…la danse, bof, je lui ai proposé la capoeira car c’est entre la danse et un art martial mais cela ne l’intéressait pas…on verra l’année prochaine » (mère d’Eléa, cadre dans le secteur public).

La mère d’Eléa constate avec un peu de dépit que sa fille se conforme avec plaisir aux stéréotypes sexués, encouragée par sa grand-mère et ses copines (qui l’incitent à faire de la danse). Si elle refuse pour le moment de céder à la demande de sa fille, contrairement à la mère de Maya, elle est consciente de la difficulté à maintenir sa position sur la durée et espère que sa fille changera d’avis.

Ainsi, les parents attentifs à l’égalité entre les sexes et favorables à l’engagement des enfants dans des pratiques moins sexuées ou peu conformes à leur genre constatent souvent avec regret l’importance des influences amicales et/ou médiatiques, qui tendent à renforcer l’attrait de leurs enfants pour des activités sportives typiques de leur groupe de sexe. Cependant, la majorité des parents apprécient et recherchent l’investissement de leurs enfants dans des sports typiques de leur groupe de sexe. Les modes de transmission familiale de ces activités, de père en fils et de mère en fille, renforcent l’attrait des enfants pour des activités associées au féminin ou au masculin.

Transmissions sexuées et domaines de pratique : des différences importantes

Si le processus de transmission entre parents et enfants occupe toujours un rôle central dans la construction de la mémoire collective et des identités de chaque membre de la famille (Ségualen, Lapierre et Attias-Donfus, 2002), les pères et les mères ne jouent pas le même rôle et ne s’engagent pas de la même manière dans l’éducation des enfants (Bergonnier-Dupuy, 1999). Les données recueillies à propos des pratiques sportives et culturelles des enfants confirment globalement ce constat. Si les relations mère/fille et père /fils structurent majoritairement la transmission des pratiques sportives, les mères jouent un rôle central dans l’initiation et l’incitation aux pratiques culturelles des enfants, garçon et fille. Des variations sont néanmoins observables selon les configurations familiales, attestant de la complexité des processus de transmission. Les pères transmettent souvent leur passion sportive, tandis que les mères privilégient davantage la formation du goût pour le sport en général, plutôt que l’initiation à une activité précise. Ce constat renvoie en partie aux expériences différenciées des parents en matière d’activités physiques et sportives. Si les mères non sportives ne sont pas beaucoup plus nombreuses que les pères non pratiquants dans la population étudiée, leur investissement sportif ne présente pas les mêmes caractéristiques, la pratique compétitive de bon niveau étant plus fréquente pour les pères 4 . En cumulant les influences respectives des deux parents, les transmissions et les incitations 5 maternelles devancent celles des pères. Ainsi, même dans le domaine sportif pourtant associé au masculin, les pères se montrent globalement moins engagés que les mères. Par ailleurs, l’investissement des parents dans l’éducation sportive des enfants varie selon le sexe de ces derniers. Comme dans les enquêtes sur la transmission des pratiques culturelles (Octobre, 2005), les

4 De ce point de vue, les mères des familles étudiées se différencient peu de la majorité des française : si elles sont quasiment aussi investies que les hommes dans les activités physiques et sportives de loisir, les femmes ne représentent que le tiers des licenciés des fédérations sportives et le quart des compétiteurs (Davisse et Louveau, 1998). 5 Dans l’analyse, nous avons distingué les transmissions d’activités pratiquées par les parents, et les incitations à la pratique en l’absence d’activités parentales.

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mères s’occupent davantage de la pratique sportive des filles, tandis que les pères s’intéressent avant tout à celle des fils. Cet investissement différencié des parents dans l’éducation sportive des garçons et des filles organise les pratiques pédagogiques de nombreuses familles, dans les milieux populaires comme dans les milieux plus favorisés. Dans celle de Suzy, la mère, employée, initiatrice de la gymnastique pour ses filles, suit ces dernières dans leur activité, pendant que le père, ouvrier, footballeur, accompagne ses fils sur les terrains. Les pères de Max (ingénieur) ou Félix (profession intermédiaire) s’investissement beaucoup dans l’initiation sportive de leurs fils à leurs activités respectives (rugby, aïkido). Celui d’Elie, 2 ans, médecin, passionné de rugby, envisage déjà d’inscrire son fils dans son club :

« Le papa, ce sera plus le côté sportif, le ballon en général et le rugby en particulier…moi je gère les autres activités mais il y a un fort désir paternel par rapport à la pratique du rugby, il fera tout pour…ce sera vraiment leur domaine à tous les deux » (mère d’Elie, libraire).

Si les pères transmettent et accompagnent leurs fils dans les pratiques « masculines », les mères incitent et organisent l’investissement des filles, notamment dans les activités « féminines ». La famille de Jules illustre remarquablement ce processus de transmission de modèles à la fois sportifs et sexués de père en fils et mère en fille :

Jules : une transmission sexuée sur 3 générations

Jules, 8 ans, pratique le tennis et le golf. Ses sœurs, Ariane (11 ans) et Léa (5 ans) font de la danse classique. Ariane prend également des cours de piano. Les parents, chef d’entreprise (père) et ingénieur (mère) associent activités sportives et pratiques culturelles. Le père fait du golf et du tennis, et chante dans une chorale. La mère pratique le tennis et la danse, et joue du piano. La transmission des pratiques sportives s’inscrit dans cette famille dans les lignées masculines et féminines : le grand-père paternel fait également du tennis et du golf, et la grand-mère maternelle a pratiqué la danse classique. Dans cette famille très dotée en capital culturel (la mère est polytechnicienne, le père a fait ses études à Harvard) et économique, les pratiques sportives s’inscrivent dans un style de vie distinctif, et se cumulent avec les acticités culturelles. Cependant, dans le domaine culturel, si la transmission de mère en fille paraît efficace, celle de père en fils semble moins performante. Jules a fait de l’éveil musical, mais il a abandonné l’activité. Son père s’investit davantage dans son éducation sportive. Il a initié son fils au golf et l’encourage vivement à poursuivre le tennis. La mère, elle, orchestre les activités des filles et organise l’ensemble des sorties culturelles de la famille :

« Ma femme s’occupe des filles et moi je m’occupe de Jules, c’est très traditionnel chez nous…je pense que les garçons reproduisent le modèle de leur père et les filles le modèle de leur mère ». La transmission sexuée des activités, très efficace dans le domaine sportif, place ainsi Jules dans une situation moins favorable sur le plan culturel, son père valorisant manifestement les pratiques sportives (il est compétiteur dans les deux activités).

Toutes les familles n’illustrent pas de manière aussi idéale typique la transmission des pratiques sportives de père en fils et de mère en fille. Les modes d’influence des deux parents diffèrent en effet selon les configurations familiales. En milieu populaire, le rôle du père apparaît comme primordial dans la transmission directe d’une passion sportive aux fils, les mères intervenant de manière plus indirecte auprès des filles. Les milieux populaires constituent par ailleurs la seule configuration où les influences paternelles devancent les influences maternelles. En revanche, certaines familles à fort capital culturel se caractérisent par un rôle relativement négligeable des pères dans l’éducation sportive des enfants. Ces investissements différenciés des deux parents dans l’éducation sportive des garçons et des filles participent manifestement à la sexuation importante des choix en matière de d’activités sportives, en facilitant l’identification au parent du même sexe (Guionnet et Neveu, 2004). La transmission des pratiques culturelles s’organise de manière différente, les mères occupant une place particulièrement privilégiée dans l’initiation, l’incitation et l’organisation des pratiques culturelles des enfants.

Vie sociale

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La pratique sportive en France, reflet du milieu social

Lara Muller*

En 2003, 71 % des personnes de 15 ans ou plus pratiquent une activité physique ou sportive, même occasionnellement. Les jeunes gens sont les plus investis dans le sport. Étudier ou être diplômé, travailler ou bien encore avoir un niveau de vie élevé favorise la pratique sportive et réduit les différences entre hommes et femmes. Ces facteurs conditionnent également le choix des activités physiques et sportives exercées et les modes de pratique. Les jeunes, les personnes diplômées ou bien insérées socialement ont la pratique sportive la plus diversifiée et c’est un public plus favorisé qui utilise les structures institutionnelles.

L e développement de la pratique sportive en France depuis une ving-

taine d’années s’accompagne d’une consommation accrue d’ar- ticles de sport et de services sportifs (Liverneaux, 2004). Le nombre de licences délivrées par les fédérations sportives aug- mente également (encadré 1). En 2003, 34 millions de personnes de 15 ans ou plus ont pratiqué au moins une activité physique ou sportive (APS), régulièrement

tout au long de l’année, seule- ment à certaines périodes ou bien encore pendant les vacances (encadré 2).

Le sport : une question d’âge et de génération

Les jeunes sont très sportifs :

90 % des 15-24 ans ont pratiqué une activité physique ou sportive en 2003. Les pratiquants sont un

peu moins nombreux parmi les 25-44 ans ; après 65 ans, seule une personne sur quatre a une activité physique ou sportive (fi- gure 1). Avec 64 % de sportives contre 79 % de sportifs, la pra- tique est plus importante chez les hommes que chez les fem- mes. Les différences entre hom- mes et femmes se manifestent surtout parmi les plus âgés ; entre 15 et 24 ans, filles et gar- çons sont globalement aussi nombreux à faire du sport. Les

* Au moment de la rédaction de cet article, Lara Muller faisait partie de la Mission statistique du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.

Données sociales - La société française

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édition 2006

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Vie sociale

filles semblent « décrocher » à partir de 25 ans : entre 25 et 34 ans, elles sont moins de 80 % à pratiquer un sport, contre 90 % des garçons du même âge. Mais ces résultats sont peut-être le signe de l’apparition d’une géné- ration de jeunes filles plus sporti- ves que leurs aînées, qui font autant de sport que les garçons de leur âge et qui continueront à en faire après 25 ans.

Diplôme et niveau de vie élevés : davantage de sportifs, moins de différences entre hommes et femmes

La pratique sportive augmente avec le niveau de diplôme : 88 % des diplômés de l’enseignement supérieur ont pratiqué une activi- té physique ou sportive en 2003, contre 60 % des personnes titu- laires d’un diplôme inférieur au bac ou sans diplôme (figure 1). Le niveau de vie est également discriminant – 82 % des person- nes appartenant au quart des ménages les plus aisés ont une pratique sportive, contre 59 % dans le quart le plus défavori- sé –, et joue indépendamment du niveau d’études (La pratique des activités physiques et sportives en France, 2005). Par ailleurs, plus les diplômes et les niveaux de vie sont élevés, plus les écarts entre hommes et femmes en ma- tière de pratique sportive se ré- duisent (figure 1).

Les étudiants, les cadres et les personnes exerçant une profes- sion intermédiaire sont les plus sportifs : neuf sur dix ont une pratique sportive. Avec des taux voisins de 80 %, celle des ou- vriers et des employés est plus réduite. Les chômeurs (74 %) ont un comportement plus proche des actifs ayant un emploi

Données sociales - La société française

(82 %) que des inactifs (47 %). La vie active ou étudiante s’ac- compagne d’une dynamique de sociabilité qui n’est d’ailleurs pas spécifique au domaine sportif :

ces catégories de personnes sont aussi très actives en matière de sorties et de pratiques culturelles (Muller, 2005). Aussi l’âge n’est-il pas la cause unique de l’absence de pratique sportive. Les deux

Encadré 1

La pratique licenciée en France

Depuis 1949, les fédérations spor- tives agréées par le ministère en charge des sports fournissent à l’administration des données sur les licences qu’elles délivrent. Le nombre de licences constitue un indicateur précieux de l’évolution de la pratique sportive, mais il est imparfait. Il est affecté d’un biais, le nombre de licences étant supé- rieur à celui des licenciés, car une personne peut posséder plusieurs licences. Il ne recoupe que partiel- lement la population qui a une pratique sportive : d’une part, les licences « dirigeants » ne corres- pondent pas nécessairement à une pratique effective, d’autre part et surtout, beaucoup de pratiques se font sans licence.

Le nombre annuel de licences déli- vrées par les fédérations sportives

agréées est passé de 1,9 million en

1949 à 15,2 millions en 2004. Jus-

qu’au milieu des années cinquante, cette croissance a été favorisée par le développement des fédérations scolaires et universitaires. Elle concerne ensuite toutes les famil- les de fédérations sportives, no- tamment les fédérations « unisport » – olympiques et non olympiques – qui progressent plus vite que les autres. Depuis le mi- lieu des années quatre-vingt, la croissance s’est ralentie. Tout au long de la période, la part des fem- mes, en progression constante et régulière, a été déterminante dans l’évolution du nombre de licences délivrées. Elles ne représentaient ainsi que 19,4 % des licences en

1962 contre le tiers en 2004 (Bois-

son, Crosnier, 2004).

658

tiers des personnes sans activité sportive ont plus de 50 ans, mais six non-pratiquants sur dix sont des femmes et huit sur dix n’ont pas le baccalauréat – des propor- tions bien plus élevées que dans la population générale (enca- dré 3). Avoir des enfants en bas âge constitue également un frein aux activités physiques ou sporti- ves. Mais les personnes vivant en couple sont plus souvent sporti- ves que les autres, quels que soient leur âge et leur sexe. Habi- ter une grande ville est aussi plus propice à la pratique d’un sport, sauf Paris (Collin, 2004).

Encadré 2

L’enquête « Participation culturelle et sportive »

Le dispositif d’enquêtes permanen- tes sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de l’Insee permet, depuis janvier 1996, d’étudier chaque année l’évolution de divers indicateurs sociaux, à partir d’un échantillon de 8 000 logements. En mai 2003, la partie variable de l’EPCV – financée par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et le Ministère de la Culture et de la Communica- tion – portait sur la participation à la vie culturelle et sportive. C’est la première enquête en France qui approfondit les deux thèmes si- multanément. 5 626 ménages de France métropolitaine ont répon- du à cette enquête ; dans chaque ménage, une personne âgée de 15 ans ou plus, tirée au sort, a été interrogée.

La partie du questionnaire consacrée à la pratique sportive comportait une liste de 27 discipli- nes ou familles de disciplines al- lant du football, du vélo et du tennis à la pétanque, la pêche, la voile en passant par la randonnée pédestre, le tennis de table, le ca- noë et la gymnastique. Sont consi- dérées comme « sportives » les personnes qui répondent avoir pra- tiqué au moins l’une de ces activi- tés physiques ou sportives, au moins une fois au cours des douze mois précédant l’enquête.

édition 2006

Vie sociale

8

Les jeunes ont l’exclusivité de certains sports

Les sports collectifs (football, volley-ball, basket-ball, handball,

rugby), sont l’apanage des jeunes, de même que les sports de com- bat, le patin à glace, le hockey, le roller et le skate (figure 3). Les deux tiers des footballeurs ont ainsi moins de 30 ans. Ces sports se pratiquent très tôt, mais sont

Figure 1 - Taux de pratique sportive selon le sexe, par âge, niveau de diplôme, niveau de vie

selon le sexe, par âge, niveau de diplôme, niveau de vie Données sociales - La société

Données sociales - La société française

659

aussi souvent abandonnés par la suite au profit d’autres discipli- nes (Les adolescents et le sport, 2004). Leur public est donc es- sentiellement composé de jeunes. Plus généralement, les taux de pratique des 15-29 ans sont plus élevés que ceux de leurs aînés dans toutes les disciplines. Les jeunes sont notamment plus nombreux à pratiquer la course à pied, l’athlétisme, les sports de raquettes (tennis, tennis de table, badminton, squash), la muscula- tion ou encore le ski.

Seuls le vélo, la natation, la ran- donnée pédestre, la pétanque et la gymnastique attirent plus de 10 % des « seniors ». Ce ne sont pas néanmoins des activités spé- cifiques aux plus de 50 ans. Elles se pratiquent à tous les âges, car chacun peut s’y adonner selon ses possibilités, du loisir à la compétition : elles arrivent en tête chez les jeunes comme chez les plus âgés. Rassemblant donc un grand nombre d’adeptes, elles sont qualifiées de pratiques « de masse ». Aux âges intermédiai- res, les sportifs s’investissent moins que les plus jeunes dans la plupart des activités. Ils s’a- donnent à tous les sports, avec cependant une participation va- riable selon le niveau de vie ou le diplôme.

Des activités conditionnées par le niveau de diplôme et le niveau de vie

La pratique de la plupart des ac- tivités physiques et sportives aug- mente avec le niveau de vie, en particulier quand elles nécessi- tent un équipement spécifique et des déplacements, comme le ski, le golf, la voile et la planche à voile, le canoë, l’aviron ou le ski nautique. Ces activités physiques

édition 2006

8

Vie sociale

et sportives coûteuses sont trois à cinq fois plus répandues chez les ménages aisés que chez les moins aisés. Mais des écarts de pratique existent aussi selon le niveau de vie pour de nombreux autres sports, comme la gym- nastique, le tennis de table, la course à pied, le roller ou le skate (figure 4). De même, plus le niveau de vie s’accroît, plus la pratique des activités très répan- dues et supposées plus accessi- bles – comme le vélo, la natation ou encore la marche – augmente. À l’inverse, la boxe et les autres sports de combat, la pêche, la

chasse, la danse, les sports auto- mobiles et les sports collectifs sont les seules activités aussi ré- pandues quel que soit le niveau de vie. Le niveau de diplôme a d’ailleurs un effet similaire sur les disciplines exercées.

Ces écarts de pratique selon le niveau de vie s’amplifient avec l’âge. Après 50 ans, les personnes issues des ménages ayant un faible niveau de vie font tout au plus du vélo ; c’est uniquement chez les personnes les plus aisées que la pratique dépasse 10 % pour les sports autres que les ac-

tivités de masse (figure 5). Parmi les personnes de 30 à 49 ans ayant les revenus les plus faibles, cinq activités seulement concer- nent plus de 10 % d’adeptes : le vélo, la natation, la pétanque, la pêche et la randonnée pédestre. Les personnes de 30 à 49 ans les plus aisées consacrent également du temps à ces activités, mais avec un taux de participation bien plus élevé ; de plus, elles pratiquent d’autres sports, comme le ski, la course à pied, la randonnée en montagne, les sports de raquettes, la moto ou encore la musculation.

 

Encadré 3

 

Les raisons de la non-pratique :

 
 

les problèmes de santé et le faible intérêt pour le sport

 

Les problèmes de santé et le senti- ment d’être trop âgé sont les rai- sons de l’absence de pratique sportive les plus fréquemment évoquées. Cela concerne surtout les personnes de 60 ans ou plus (figure 2) – et plus particulière- ment celles issues de ménages moins favorisés. L’absence d’inté- rêt pour le sport, partagée par un quart des non-pratiquants, est la réponse la plus fréquente dans toutes les autres classes d’âge et ressort un peu plus souvent dans les milieux aisés. Les contraintes

professionnelles ou scolaires puis les contraintes familiales sont les deux autres raisons le plus souvent avancées. Le coût financier est évo- qué surtout dans les milieux modes- tes et par les chômeurs mais loin derrière les autres raisons. Les diffi- cultés d’accès aux équipements sportifs, l’éloignement, les horaires d’ouverture sont en revanche rare- ment cités.

Le niveau de vie du ménage corres- pond à son revenu par équiva- lent-adulte et résulte du rapport

entre le revenu global du ménage et la somme des unités de consom- mation. Ces unités sont calculées selon l’échelle de l’OCDE qui af- fecte un coefficient d’une valeur de 1 à la personne de référence, de 0,5 à tous les autres adultes du mé- nage, et de 0,3 aux enfants de moins de 15 ans.

 

Le taux de pratique sportive est égal au nombre de pratiquants sportifs divisé par le nombre total d’individus dans la population considérée (multiplié par 100).

Figure 2 - Principales raisons de ne pas pratiquer d'activités physiques et sportives selon l’âge

 

en %

   

15 à 29 ans

30 à 59 ans

60 ans ou plus

Ensemble

 

Problèmes de santé

14

23

60

41

Trop âgé

2

5

48

26

Aucun sport ne plaît, n'aime pas

38

29

19

25

Contraintes professionnelles ou scolaires

28

26

2

14

Contraintes familiales

16

23

4

13

Trop cher

9

14

3

8

Personne avec qui pratiquer

4

4

1

3

Accès difficile, éloignement, horaires

1

2

1

1

Champ : personnes de 15 ans ou plus ne pratiquant aucune activité physique ou sportive en 2003.

 

Source : Insee, enquête « Participation culturelle et sportive », 2003.

 

Données sociales - La société française

 

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Figure 3 - Taux de pratique des activités physiques ou sportives et part des pratiquants selon l’âge

ou sportives et part des pratiquants selon l’âge Peu de parité dans les pratiques sportives Autant
ou sportives et part des pratiquants selon l’âge Peu de parité dans les pratiques sportives Autant

Peu de parité dans les pratiques sportives

Autant d’hommes que de fem- mes pratiquent le vélo, la nata- tion et la plongée, la marche ou le roller. Le sport reste néan- moins fortement structuré au- tour de l’opposition entre des sports traditionnellement mascu- lins et des activités très fémini- sées. Les trois quarts des personnes pratiquant le football, le rugby, les autres sports collec- tifs, ainsi que la pêche, la chasse, la pétanque ou le billard sont des hommes. Les sportives représen- tent 50 à 75 % des pratiquants de gymnastique, de danse, d’é- quitation, de patin à glace ou de randonnée (figure 6). Ces disci- plines ne rassemblent pas pour

Figure 4 - Les activités physiques et sportives les plus pratiquées selon le niveau de vie

 

Taux

 

Niveau de vie

 

de

       

pratique

1 er quartile

2 e quartile

3 e quartile

4 e quartile

45

à 50 %

     

vélo

40

à 44 %

vélo

natation, plongée

35

à 39 %

vélo

30

à 34 %

natation, plongée

randonnée pédestre

25

à 29 %

vélo

natation, plongée

pétanque, billard

ski, surf

 

randonnée pédestre

20

à 24 %

natation, plongée

pétanque, billard

pétanque, billard, course à pied, footing, athlétisme

15

à 19 %

pétanque, billard

randonnée pédestre

course à pied, footing, athlé- tisme, ski, surf, randonnée en montagne, gymnastique

gymnastique, randonnée en montagne

10

à 14 %

course à pied, footing, athlé- tisme, randonnée pédestre, pêche, football

course à pied, footing, athlé- tisme, ski, surf, pêche, gym- nastique

pêche, musculation, tennis de table, badminton, squash

tennis de table, badminton, squash, tennis, pêche, muscu- lation, moto, kart

5 à 9 %

gymnastique, musculation, ten- nis de table, badminton, squash, basket-ball, volley-ball, handball, ski, surf, randonnée en monta- gne, tennis, moto, kart, auto- mobile, danse, roller, skate

football, randonnée en monta- gne, tennis de table, badminton, squash, moto, kart, automobile, musculation, tennis, basket-ball, volley-ball, handball

football, moto, kart, automobile, tennis, basket-ball, volley-ball, handball, danse

football, canoë, aviron, ski nau- tique, roller, skate, voile, planche à voile, basket-ball, volley-ball, handball, danse

Champ : personnes de 15 ans ou plus.

 

Lecture : 29 % des personnes au niveau de vie le plus faible (1 er quartile) font du vélo contre 47 % des personnes au niveau de vie le plus élevé. Source : Insee, enquête « Participation culturelle et sportive », 2003.

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Vie sociale

Figure 5 - Nombre de sports comportant plus de 10 % de pratiquants selon le niveau de vie et l'âge

de 10 % de pratiquants selon le niveau de vie et l'âge autant un nombre élevé
de 10 % de pratiquants selon le niveau de vie et l'âge autant un nombre élevé

autant un nombre élevé de fem- mes. Il existe en effet 1,9 mil- lion de danseuses mais aussi 8 millions d’amatrices de vélo, activité aussi répandue chez les hommes que chez les femmes.

Le choix des disciplines reflète des aspirations et des modes de pratique différents. Avec 15 % des pratiquants contre 4 % des pratiquantes, les hommes se di- rigent beaucoup plus que les femmes vers la compétition et sont en outre plus fréquemment licenciés (26 % contre 15 %). Ainsi, il y a davantage d’hommes que de femmes dans les sports collectifs et les sports d’opposi- tion (arts martiaux, boxe, etc.), où la compétition est la plus dé- veloppée.

Les femmes fréquentent toutefois les structures institutionnelles presque autant que les hommes :

Figure 6 - Part et nombre de femmes dans les activités physiques et sportives

 

Part

   

Part

 

Activités physiques et sportives

de femmes

(en %)

Effectif

(en milliers)

Activités physiques et sportives

de femmes

(en %)

Effectif

(en milliers)

Danse

79

1

928

Musculation

40

1

549

Gymnastique

78

4

850

Tennis

39

1

297

Equitation

64

814

Golf

39

296

Natation, plongée

57

7

543

Pétanque, billard

38

3

713

Patinage, hockey

56

843

Tennis de table, badminton, squash

37

1

579

Randonnée pédestre

56

5

531

Basket-ball, volley-ball, handball

35

967

Vélo

48

8

303

Arts martiaux

32

253

Randonnée en montagne

48

2

585

Moto, kart, automobile

28

913

Roller, skate

47

110

Sports de combat

24

85

Ski, surf

44

2

995

Pêche

23

1

094

Course à pied, footing, athlétisme

41

3

254

Rugby

16

72

Canoë, aviron, ski nautique

41

806

Football

14

533

Voile, planche à voile

40

546

Chasse

7

95

Champ : personnes de 15 ans ou plus.

Source : Insee, enquête « Participation culturelle et sportive », 2003.

 

Données sociales - La société française

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édition 2006

Vie sociale

8

26 % des sportives font partie d’un club ou d’une association sportive, contre 30 % des spor- tifs. Elles recherchent donc aussi un encadrement technique, no- tamment pour la gymnastique et la danse, sans pour autant se placer dans une optique de com- pétition. À l’inverse des hommes, les femmes pratiquent toutefois leur sport plus souvent de façon autonome. À cet égard, il est légi- time de se demander si les struc- tures sportives institutionnelles sont suffisamment adaptées à leurs attentes.

Les structures institutionnelles profitent davantage à un public jeune ou aisé

Un tiers des pratiquants sportifs réalise l’une de ses activités dans un cadre institutionnalisé, c’est-à-dire dans un club ou une association sportive, avec une licence sportive ou bien en sui- vant des cours ou des entraîne- ments. En particulier, les sports collectifs, les arts martiaux et les sports de combat sont forte- ment institutionnalisés. En rai- son de la nature des activités pratiquées, la population fré- quentant les clubs ou les asso-

Données sociales - La société française

ciations est donc en moyenne plus jeune que celle des autres pratiquants. Toutefois, au sein de chaque discipline, y compris

à âge fixé, les étudiants, les per-

sonnes diplômées de niveau baccalauréat + 3 ou au-delà, et les personnes appartenant à la moitié des ménages les plus ai- sés fréquentent davantage les structures institutionnelles. Le milieu social exerce donc un impact sur les modes de pra- tique. On peut voir là des choix élitistes ou encore des stratégies éducatives particulières. Les personnes qui participent à des compétitions officielles consti- tuent quant à elles une popula- tion plus jeune encore, en majorité masculine, et encore plus souvent issue de milieux favorisés.

Cette représentation de l’individu

à travers ses caractéristiques so-

ciodémographiques peut paraître réductrice pour l’étude de prati- ques dans le choix desquelles les goûts jouent aussi un rôle impor- tant. Elle met cependant en lu- mière le poids et le rôle de l’éducation et du milieu social dans des pratiques dont on af- firme souvent probablement un peu trop vite qu’elles sont prati- quées par de plus en plus de monde et dans tous les milieux sociaux.

663

 

Pour en savoir plus

Boisson J.P., Crosnier D.,

«

Un demi-siècle de licences spor-

tives », ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associa-

tive, Stat-Info n° 04-06, no- vembre 2004.

Collin C., « Les Franciliens sont aussi sportifs que les provinciaux et fréquentent da- vantage les équipements cul- turels », Île-de-France à la page, n° 237, Insee, juin 2004.

Liverneaux E., « Le poids écono- mique du sport en 2002 », minis- tère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Stat-Info n° 04-05, novembre 2004.

Muller L., « Pratique sportive et activités culturelles vont souvent de pair », Insee Première, n° 1008, mars 2005.

«

La pratique des activités phy-

siques et sportives en France »,

Résultats de l’enquête menée en

2003

dans le cadre d’un partena-

riat entre le ministère de la Jeu-

nesse, des Sports et de la Vie associative, le ministère de la Culture et de la Communication

et l’Insee, Éditions de l’Insep,

2005.

« Les adolescents et le sport », Résultats de l’enquête menée en

2001

par le ministère de la Jeu-

nesse et des Sports et l’Institut na-

tional du sport et de l’Éducation physique, Éditions de l’Insep,

2004.

édition 2006

En complément un pdf sur la socialisation par le rugby :