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THE LIBRAE-Y

THE INSTITUTE OF MEDIAEVAL STUDIES

TORONTO

Digitized by the Internet Archive

in 2011 with funding from

University of Toronto

http://www.archive.org/details/histoiregnr01mour

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HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

A LA LIBRAIRIE BLOUD 6c GAY :

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ÉGLISE

10 volumes in-S" raisin

Prix de chaque volume : broché, 15 fr.

Tome I.

Les Origines chrétiennes.

Tome

II.

Les Pères de l'Eglise.

Tome III.

U Eglise et le monde

barbare.

Tome IV.

La Chrétienté.

Tome V.

La Renaissance et la Réforme.

Tome VI. L'Ancien Régime.

Tome VII. L'Eglise et la Révolution. Tome Vlll. L'Eglise^ contemporaine, première partie (1823-1878). Tome IX. L'Eglise contemporaine, deuxième partie (1878-1903).

Tome X.

(en préparation.)

L'Eglise contemporaine, troisième partie (1903-1914).

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POUR PARAITRE PROCHAINEMENT

Avec la collaboration de M. l'abbé AIGRAIN :

Table analytique de rHistoire générale de l'Église, un volume

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Géographie générale, ancienne et moderne, de l'Église, un vol.

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Documents pour servir à l'histoire de l'Église, trois volumes

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A LA LIBRAIRIE DESCLÉE :

La Vénérable Marie Rivier, Fondatrice des Sœurs de ta Présentation

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE

PAR

FERNAND MOURRET

PROFESSEUR d'hISTOIRE AU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

Nouvelle édition revue et corrigée

PARIS

LIBRAIRIE BLOUD ET GAY

3, RUE GARANCIÈRE, 3

1921

Reproduction et traduction interdites.

13051

Nihil obstat.

Parisiii, die 19 mai! 1929.

A. Berrué.

IMPRIMATUR :

Parisiis, die 22 mafi 1920.

f Leo-Ad., Card. Amette,

Arch. Paris.

A LA MÉMOIRE

de mon vénéré maitre

Louis-Frédéric BRUGÈRE,

Prêtre de Saint-Sulpice,

Professeur d'histoire «u Grand Séiniaaire de Paris de 1869 à 1884.

l'a duca, ta signore e in maestro.

(Dante, Dw. Comm., Inf., II. 140.

ÏINTRODUCTION

« L'histoire de l'Eglise, a dit Pascal, doit être proprement ap-

pelée l'histoire de la vérité *. » Dans son Sermon sur

la divinité

de Jésus-Christ, Bossuet a magnifiquement développé cette pensée,

elle-même et dans sa

tt La vérité est une reine qui habite en

propre lumière

régner, et Jésus-Christ est venu au monde pour établir cet empire

Parmi les fureurs du monde entier conjuré contre elle,

point mendié de secours humain. Elle s'est fait elle-même des défen-

seurs intrépides et dignes de sa grandeur

J'appelle ainsi l'histoire

Toutefois, pour le bien des hommes, elle a voulu

elle

n'a

de l'Eglise : c'est l'histoire du règne

de

la vérité. Le monde

a

L'histoire

de l'Eglise

d'après Pascal

et Bossuet.

menacé, la vérité est demeurée ferme ; il a usé de tours subtils et de

flatteries, la vérité est demeurée droite. Les hérétiques ont brouillé,

la vérité est demeurée pure. Les schismes ont déchiré le corps de

l'Eglise, la vérité est demeurée entière ^. »

La vérité dont parlent ici Pascal et Bossuet est seulement la vérité

religieuse ; mais c'est elle qui nous éclaire sur nos origines, sur nos

destinées et sur nos devoirs ; c'est elle qui est « le tout de l'homme».

Elle est

l'histoire

de la vérité religieuse.

En un sens, l'histoire de cette vérité remonte aux premiers temps

du monde, car Dieu, seul révélateur de nos origines et de nos destinées, nous a parlé par ses prophètes, avant de nous parler par son Fils

Jésus-Christ 3, et l'on peut donner le nom d'Eglise à l'ensemble de

tous ceux qui ont vécu de ces révélations, de tous ceux mêmes qui,

M souffrant d'une ignorance invincible touchant les dogmes révélés,

mais suivant les préceptes de la loi naturelle et prêts à obéir à Dieu

I . Pascal, Pensées. a. Bossuet, Sermon sur la divinité de Jésus-Christ, icr point.

3. Hebr., i, i. « L'Eglise catholique, dit Bossuet, réunit en elle toute l'autorité des siècles passés et les anciennes traditions du genre humain jusqu'à sa première

origine. » Bossuet, £)jsc. sur l'hist. univ., lie partie, ch, xxu.

Hist. gén. de l'Eglise.

I

7?

Division

de l'histoire

de l'Eglise

entendue

en un sens

large.

Ses grandes

périodes :

ftgi- patriarcal,

âge

mosaïque,

Age chrétien.

INTRODUCTION

en toutes choses, ont

par la vertu de la lumière divine et de la grâce, acquérir la vie éter-

pu, selon les expressions du pape Pie IX,

dit Hurter, l'ensemble des

appelés qui ont cru au vrai Dieu, l'Eglise a toujours existé *. » A

a pu considérer l'Eglise « comme se présen-

ce point de vue, on

par Eglise,

nelle * ». «

Si l'on entend

tant successivement sous trois formes. La première, universelle en

principe, mais faite pour durer seulement jusqu'à Jésus-Christ, c'est

l'Eglise patriarcale, c'est-à-dire l'ensemble des hommes qui, sans

autre organisation que celle de la famille, sans autre secours que

des débris de révélations plus ou moins altérées et des grâces plus

ou moins conscientes, ont conservé la tradition de la vérité reli-

gieuse. La deuxième, essentiellement locale, c'est l'Eglise mosaïque,

société spirituelle et temporelle tout à la fois, imposée

au seul

peuple juif, et dotée d'une organisation spéciale pour conserver effi- cacement la vérité jusqu'à Jésus-Christ. La troisième enfin, uni-

verselle et perpétuelle, c'est l'Eglise chrétienne proprement dite, ou

catholique, société spirituelle, organisée pour embrasser tous les

peuples et tous les siècles, et continuellement assistée pour l'accom-

DifRcultés

de

cette histoire.

plissement infaillible de sa mission ^. »

Il sera toujours difficile, même en profitant des grands progrès

accomplis pendant ces derniers temps dans l'histoire, des religions,

de réaliser le vaste plan d'histoire religieuse rêvé par Frédéric

Ozanam et consistant « à dégager des traditions de chaque peuple

l'élément immuable, universel, primitif * » qui est la vérité.

Le

chrétien « sait que des restes des vérités primitives subsistent encore,

mêlés à de multiples erreurs, chez les peuples- étrangers au christia-

nisme. Il sait que ces peuples

ont une âme comme

les peuples

chrétiens eux-mêmes, des désirs, des aspirations religieuses bâties

plan, faites pour la même fin. Il ne s'étonne pas. en

sur le même

conséquence, de voir ces désirs, ces aspirations se traduire par des

institutions, par des rites analogues. Ce que lui-même cherche et

trouve en vérité dans les dogmes, les rites, les sacrements chrétiens.

I. Pie IX, Encyclique Çuanto conyîeiamur, du lo août 1 863, dans Denzincek^

Bashwaht, n. 1677.

a. llunTER, Throloijiue ilugmaticae coinijenJium, 7«édit., t. I, p. 209.

3. Brvgère, Tableau de l'histoire et Je la lilt. de VtJ^Use, t. I, p. 3-4.

4. Oz.^N.\.M, Lettres, éd. de i8iji, t. I, p. 5-0, la, ib-aa.

INTRODUCTION

les autres peuples le cherchent aussi sans le trouver, et ils tâchent de suppléer par des essais, par des efforts, à la grande Miséricorde qu'ils n'ont pas reçue dans sa plénitude ^ ». Mais par là-même que la vérité religieuse se trouve fragmentée, dispersée et mêlée à toutes

sortes de corruptions, son histoire offre des difficultés pratiquement insurmontables.

*

*

Il n'en

est pas de même de l'histoire de l'Eglise entendue dans

11

11

1-

.

«

1-

1

iM

son sens le plus strict et le plus ordinaire, c est-a-dire de 1 histoire

de la propagation et du développement de la société visible fondée

par Jésus-Christ.

Cette histoire se divise naturellement en trois âges, déterminés

par les trois sociétés que l'Eglise a eu successivement à pénétrer de

son esprit : l'âge gréco-romain, le moyen âge et l'âge

modernes.

des temps

« Pendant l'âge gréco-romain,

de Jésus Christ

à la chute

de

Histoire

^^ l'Eglise

chrétienne.

Ses grandes

divisions.

L'âge

gréco-romain.

l'empire, l'Eglise grandit à travers les luttes qu'elle a à livrer contre

la violence et contre l'hérésie. L'empire s'affaisse, comme un moule dcjà trop étroit, et les Barbares se précipitent pour s'en arracher les

débris.

« Pendant le moyen âge, de la chute de l'empire romain à la

Réforme protestante, l'Eglise travaille à former, puis à unir les peuples nouveaux ; mais son œuvre est contrariée par la résistance

des passions humaines, et elle-même s'affaiblit à leur contact.

Le moyen âge

L'œuvre de l'unité européenne restera inachevée et aura besoin d'être

suppléée par le système de l'équilibre européen.

« Pendant l'âge moderne, de la Réforme protestante à nos jours,

la résistance éclate, repousse l'action de l'Eglise de l'ordre temporel,

l'altaque même, en plus d'un pays, dans

l'ordre spirituel, et va

L'âge

moderne.

remontant de l'Eglise à l'Evangile, puis de l'Evangile à Dieu. D'utiles

I. Léonce de Grandmaison, Préface à Chrisius, manuel d'histoire des religions,

Paris, 1912, p. A3-i4. Ce manuel, et un ouvrage plus étendu, paru en même temps.

Où en est l'histoire des religions, fournissent les éléments les plus complets d'une

histoire religieuse universelle.

INTRODUCTION

progrès extérieurs s'accomplissent, mais les âmes se vident et s'a-

giteut. L'Eglise se retrempe, se resserre et attend *. n

La vie

\e l'Egliso,

témoignage

irréfragable

de notre foi » :

C'est en considérant ces diverses phases de la vie de l'Eglise que

les Pères

engager à

foi * »

du

Concile du

Vatican ont pu voir

en

elle

et nous

y admirer

« un

témoignage

irréfragable de notre

Ce témoignage de l'Eglise est multiple : il est dans ses triomphes ; dans ses bienfaits ; il est dans son admirable adaptation à la

il est

vie des sociétés qu'elle a traversées ; il est dans son immortelle sur-

vivance. Que l'Eglise ait, dans le cours des siècles,

triomphé de

tous les obstacles de la force, de la ruse et de l'intelligence, par des

I" Par ses

Iriompbes,

moyens qui eussent perdu toute autre société ; qu'elle ait discipliné

et ennobli tout à la fois l'individu, la famille

que ne conteste plus un homme de bonne foi, tant les faits qui le

et la société ; c'est ce

montrent sont éclatants. « Ce qui est admirable, dit Pascal, incom-

a" Par

ses bienfaits,

parable et tout à fait

divin, c'est que cette Eglise, qui a toujours

duré, a

d'une destruction universelle ; et toutes les fois qu'elle a été dans cet état. Dieu l'a relevée par des coups extraordinaires de sa puis-

sance ^. »

On connaît, d'autre part, la page célèbre de Taine, montrant

dans le christianisme, à la lumière de l'histoire impartialement

étudiée, « la grande paire d'ailes indispensables pour soulever

l'homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa vie rampante et de

toujours été combattue.

Mille fois

elle a paru à la veille

u chaque fois que ces ailes défaillent ou

ses horizons bornés », et,

qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradant, la

cruauté et la sensualité s'étalant, la société devenant un coupe-

gorge Un troisième caractère de la vie de l'Eglise, moins apparent au

et un mauvais lieu * ».

I. Bhugère, ibid., p. 3. a. Concil. Valic, sessio III, cap. III, Dbnzhiobr-Bakswart, n. 1794.

3. Pascal, Pensées.

4. Taine, les Origines delà France contemporaine, aa» édit., t. X.I, p. i4ft'i47-

INTRODUCTION

premier abord, a été plus récemment indique par le célèbre pro-

fesseur protestant Adolphe Harnack. « L'Eglise catholique, dit-il,

possède dans son organisation une faculté unique de s'adapter au cours historique des choses, en restant toujours l'ancienne Eglise *. »

Un rapide coup d'œil d'ensemble sur l'histoire de l'Eglise montre

la parfaite justesse de cette observation.

Dans les trois âges qu'elle a parcourus jusqu'à nos jours, on a vu,

en effet, l'organisation extérieure de l'Eglise s'assouplir et passer,

suivant les lois des organismes vivants, par les trois phases succes- sives de la formation, de l'apogée et du déclin ; mais son dogme, sa morale et sa hiérarchie, en sont toujours sortis avec leurs carac-

tères identiques et une vitalité rajeunie.

Du

i"

au VI*

siècle, en

présence

du monde gréco-romain,

l'Eglise catholique porte d'abord son effort de propagande sur les

grandes capitales : Athènes, Alexandrie, Rome, et sur les provinces

romaines : Gaule, Afrique, Grande-Bretagne. C'est l'œuvre de ses

missionnaires. En même temps, ses apologistes et ses docteurs tra-

duisent son dogme dans le langage philosophique des Grecs, expo-

sent sa morale et organisent sa discipline en s'aidant des formules

juridiques de Rome.

Le

iv* siècle marque l'apogée de

cette

3o Par

son admirable

adaptation

auï sociétés

qu'elle

a évangélisécs,

Par

son immortelle

survivance.

L'Eglise

pénètre

de son esprit la société

gréco-

romaine,

et survit à sa ruine.

œuvre. La liberté de l'Eglise est proclamée en 3x3 par

Milan ; le symbole catholique est fixé, en 325, au concile de Nicée ; la pensée chrétienne est exprimée dans les œuvres des Pères de

l'Edit de

l'Eglise : saint Athanase, saint Basile, saint Ambroise, saint Jean

Chrysostome, saint Augustin, saint Jérôme. Mais

au

au v^

et

vi'

siècle,

le monde romain se désagrège sous les coups des

Barbares et sous l'influence de sa propre corruption. C'est le déclin.

Saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand sont les témoins inquiets de cette décadence, et néanmoins travaillent à pr^

parer l'avenir.

L'avenir est aux Barbares. Du v* au xvi' siècle, une société nou- velle se forme, grandit et tombe à son tour. L'organisation exté-

rieure de l'Eglise suit ces phases diverses. Après s'être fortifié à

I. A. HA.RNA.C&, l'Essence da christianisme, p. iSg-iôo,

L'Eglise

organise chré-

tiennement

les peuples da

niorcn à go

cl survit

la dccadeiice

du la

Chrétienté.

L'Eglise

évangélise

les peuples

modernes et

iort, pleine de

vitalité,

de la

Révolution.

WTUODUCTIO:!

Rome, clans son centre, avec Léon le Grand et Grégoire le Grand,

le christianisme rayonne vers les diverses nations par ses évêques et

par ses moines. Saint Rémi convertit les Francs, saint Augustin de

Cantorbéry évangélise la Grande-Bretagne et saint Boniface la Ger-

manie. L'Eglise couronne son œuvre en groupant dans une vat^te

unité les peuples convertis ; c'est le Saint-Empire, inauguré par Charlemagne et Léon III, continué sous les auspices de Grégoire VU et d'Innocent III, par les souverains de Germanie. L'organisation

religieuse, sociale et politique du xiii* siècle marque l'apogce

de cet âge. C'est l'époque des croisades, de la chevalerie, des aris

roman et gothique, des grandes universités, des grands ordres reli-

gieux, de saint Dominique, de saint François d'Assise, de saint

Thomas d'Aquin et de saint Louis. Ces noms disent tout. Mais voici

que, sous l'influence de causes

schisme d'Occident, de la Renaissance, et, il faut le reconnaître,

multiples, du schisme grec, du

d'abus intérieurs trop nombreux, la société du moyen âge, la Chré-

tienté, comme on l'appelle, se démembre à son tour. Par ses papes

et par ses docteurs, l'Eglise cherche alors, comme elle l'a fait

à

la chute de l'empire romain, à sauvegarder le bien du monde qui

s'écroule, et à pénétrer en même temps de son esprit l'âge nouveau

qui va lui succéder.

C'est l'âge des temps modernes. La formation des diverses nations

européennes par les débris du Saint-Empire, l'élargissement des relations commerciales par la découverte de l'Amérique, la diffusion

plus rapide de la pensée par l'invention de l'imprimerie, la péné-

tration de l'esprit antique dans les lettres et dans les arts de l'Europe

par la venue des savants Grecs, chassés de Constantinople : tels sont les éléments qui ont formé le monde moderne. Il débute par une

formidable hérésie, le protestantisme, qui arrache à 1 Eglise catho-

lique une grande partie de l'Allemagne, en détache l'Angleterre,

agite violemment la France.

Le

premier soin de l'Eglise

est

de

lutter contre l'erreur. Par la fondation de nouveaux ordres reli-

gieux,

par lo

concile de Trente, par une expansion nouvelle des missions étran-

gères, par la réforme de son clergé sous l'action de saint Charloji

Borromée, par les congrégations nouvelles de l'Oratoire, de Saint-

dont la Compagnie de Jésus est le plus

illustre,

INTRODUCTION

Lazare et de Saint-Sulpice, par la diffusion des doctrines de la vie

spirituelle sous l'influence de saint François de Sales, l'Eglise s'ap-

plique, tout à la fois, à combattre l'hérésie et à christianiser le monde

moderne. Un moment, en France, sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, avec saint François de Sales et saint Vincent de Paul, Bossuet et Fénelon, Petau et Thomassin, on peut croire

que l'apogée des temps modernes est venu. Mais des erreurs issues,

plus ou moins consciemment, du protestantisme : le jansénisme, le

gallicanisme, le quiétisme, le rationalisme, paralysent bientôt le

mouvement chrétien et préparent le désastre de la Révolution. \u

milieu de catastrophes sans exemple, l'Eglise de France est

successivement dépouillée de ses antiques privilèges, de ses droits et

de ses biens, persécutée dans ses ministres et dans son culte, ofliciel-

lement supplantée par une prétendue religion nationale, et le monde

entier est ébranlé par cette terrible secousse.

Les

xix'

et

xx"

siècles

ont-ils inauguré un âge not^veau,

ou ne font-ils que continuer la décadence de Vâge passé? Nous

sommes placés trop près pour en juger.

« L'œil, aimait à

dire

L'avenir

de l'Eglise

d'après

les inductions

de l'histoire.

Joseph de Maistre, ne voit pas ce qui le touche. » Mais nous pou-

vons, avec confiance, attendre pour l'Eglise de nouveaux triomphes.

En dehors des promesses que donne la foi du chrétien, il semble que

la seule étude consciencieuse du passé peut inspirer au simple histo-

rien les plus fermes espérances. Depuis la naissance de l'Eglise, toutes les formes sociales qu'elle

a rencontrées sur son chemin, toutes les puissances qui l'ont com-

battue, ont eu, comme tout organisme terrestre, leur formation,

leur apogée et leur déclin. L'Eglise seule, pour reprendre les expres-

sions du protestant Harnack, a pu « s'adapter au cours historique

des choses en restant toujours la vieille Eglise».

D'autre part, ce même

« cours historique des

choses »

nous

montre l'Eglise catholique tendant à représenter à elle seule tout le christianisme et même toute la religion. Des deux confessions

Impuissance)

du

protestantisme

et du

schisme arec.

chrétiennes qui ont pu prétendre à lui disputer la prédominance,

le protestantisme et le schisme grec, la première est en voie de se désagréger dans l'anarchie dogmatique, la seconde paraît immobi-

lisée dans une inertie, prélude

de

la mort.

Quant aux religions

8

INTRODUCTION

dont on a pu opposer l'influence ou l'iniportance numérique à l'ii-

Itiipuistaiicc

de

l'islamisme,

du

bouddhismo

et de

la religion

iKiturelle.

lluence et à l'importance numérique du christianisme, le boud- dhisme et l'islamisme, leur premier contact avec la critique histori-

que et philosophique semble en faire évanouir les fondements apo-

logétiques et les dogmes essentiels. La « religion naturelle », prônée

par la philosophie

tive de l'histoire des religions en a ruine les bases. Le catholicisme

semble donc, même à qui se maintient sur le seul terrain de l'his- toire, rester seul en présence d'un agnosticisme absolu, source d'un anarchisme radical. Qui des deux l'emportera? « L'avenir appren- dra à ceux qui viendront après nous si la lutte qui se prépare est réellement plus grave que celles qui l'ont précédée, si elle doit être

pour le christianisme l'occasion d'un triomphe plus éclatant ou le

du xviu' siècle, a

fait son temps ; l'étude posi-

commencement de la vérification des prophéties relatives à la fin des

Immortelle

vitalité

du

catholicisme

romain.

choses. Mais cette incertitude ne saurait ébranler la confiance du

chrétien fidèle. Quelles que doivent être les vicissitudes de son avenir. l'Eglise trouve dans son passé des preuves suffisantes de sa divine

origine. En faisant même abstraction de la force initiale, de la per-

sonne du fondateur, en ne considérant de l'histoire ecclésiastique

que ce qui commence aux apôtres, on est conduit à se dire qu'ils ont

fondé une institution plus qu'humaine, que Dieu était vraiment en

eux, et qu'il est encore avec leur œuvre * », la soutenant de sa puis-

sante main et la conduisant à ses glorieuses destinées.

I. DucHESKB, les Origines chrétiennes, a* édition, p. 467-468.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

SUR LES PRINCIPAUX DOCUMENTS £X OUVRAGES A CONSULTER.

DOCUMENTS.

I. Le premier document à consulter est le livre des Actes des apôtres, rédigé, ou du moins terminé à Rome, suivant l'opinion gé-

nérale, l'an 64, par saint Luc. Les Actes racontent l'histoire des

origines et de la diffusion de l'Eglise, d'abord parmi les Juifs, en- suite parmi les païens, pendant les trente années qui suivirent la mort

de Jésus-Christ. Le rôle de saint Pierre est prépondérant pendant la

première partie (ch. i à ix), et celui de

conde (ch. X à xxvm) *.

Les actes apocryphes de saint Jean, de saint André, de saint Tho-

mas, de saint Philippe, de Pierre et de Paul, de Paul et de Thécla, ne doivent être utilisés en histoire qu'avec beaucoup de précautions. Les traditions qu'ils rapportent sont mélangées de fictions, roma-

saint Paul pendant la se-

nesques et puériles pour la plupart, par où se sont exprimées cer-

taines tendances soit morales, soit dogmatiques du christianisme

populaire. Quelques-uns fournissent de très intéressants renseigne-

ments sur les premières hérésies, surtout sur le docétisme et l'encra-

tisme. La liturgie a beaucoup à retenir de ces textes apocryphes, qui

nous ont conservé plusieurs modèles de prières archaïques, et la des-

cription de plusieurs rites, la plupart entachés de gnosticisme. Ils ont été publiés par Lipsius et Bonnet, sous le titre d'Acta aposiolo-

rum apocrypha, Leipzig, 1891-1898.

I Sur la valeur historique des Actes des apôtres d'après les travaux critiques les plus récents, voir F. Prat, les Sources des actes des apôtres, dans les Recherches de

lO

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

IT. On a coutume de désigner sous le nom

de Pères aposto-

liques les écrivains ecclésiastiques qui vécurent dans l'entourage des

apôtres ou qui furent leurs disciples. Les œuvres que nous possé- dons de ces écrivains ont une valeur inappréciable pour l'histoire de

l'Eglise primitive. L'édition la plus commode et la meilleure est

celle de Funk, Patres apostolici, 2 vol. Tubingue, 1901. Les prin-

cipaux Pères apostoliques sont : l'auteur de la Didachè, l'auteur

de YEpître de Barnabe, saint Clément de Rome, saint Ignace d'An-

tioche, saint Polycarpe, Hermas, Papias, et l'auteur de VEpîlre à

Diognète.

La Didachè, ou Doctrine des douze apôtres, découverte