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FRANCESKIN

Nicolas
MAP

La crise de la famille. Une réalité ?

Autrefois, surtout à la campagne, plusieurs générations vivaient dans la même maison:


les époux et leurs enfants, leurs parents et souvent aussi leurs grands-parents. Les mariages
étaient en général arrangés par la famille
La première moitié du XXème siècle a été marquée par la disparition de la famille élargie. La
famille est désormais réduite aux époux et à leurs enfants. C’est le modèle familial le plus
important, celui que l’on appelle « le modèle traditionnel de la famille ». Celui-ci se manifeste
notamment par plusieurs enfants, le travail au foyer de la mère, l’autorité du père dans les
relations quotidiennes. Plus globalement, la famille traditionnelle désigne un couple vivant
avec des enfants qui sont tous nés dans le couple actuel.

La période 1965-1975 apparaît comme une grande cassure dans la formation familiale,
avec l’évolution des idées sur le mariage, la sexualité, les rapports parents-enfants. Face à ces
changements de valeurs mais aussi aux transformations économiques et démographiques, la
loi s’est adaptée: droit à la contraception, à l’avortement, reconnaissance de l’autorité
parentale et non plus paternelle.
Ces évolutions sociologiques et législatives se manifestent dans les faits par une diminution à
la fois du nombre des mariages, ainsi que du nombre d’enfants par femme; une augmentation
des divorces, de l’union libre, et des familles monoparentales. Par sa modification structurelle,
la famille paraît donc aujourd’hui en crise.
Néanmoins, si les formes traditionnelles ont été bouleversées, la famille reste pour les
individus un lieu de solidarité et d’appartenance de premier ordre.

I. Le déclin de la famille traditionnelle

Les années soixante marquent une rupture dans la conception de la famille.


Traditionnellement unie par le mariage, la famille est composée de plusieurs enfants, la mère
effectue un travail au foyer, et les relations sont fortement empreindre par l’autorité paternelle.
Désormais, la structure familiale s’est modifiée. Plusieurs indicateurs démontrent que la
famille traditionnelle semble en crise: les taux de natalité et de nuptialité sont en baisse; le
nombre de divorce a augmenté impliquant l’accroissement des familles monoparentales.

 On constate depuis la fin de la XXnde Guerre Mondiale, une diminution du nombre


de naissances. Alors que 862 300 enfants sont nés en 1950, ce nombre est tombé à 783 500
en 2007. Cela induit une modification de la famille, désormais composée de moins d’enfants,
puisque le nombre moyen d’enfants par femme était de 2 pour l’année 2006.

Années Nombre de naissances


1950 862 300
1960 819 800
1970 850 400
1980 800 400
1990 762 400
2000 774 800
2007 783 500

 La diminution du nombre de mariages témoigne également de la modification de


la famille traditionnelle: Alors que 260 000 mariages ont été célébrés en 2007, leur nombre
était de 320 000 en 1960, et de 455 000 en 1920.
Le recours au mariage pour fonder une famille n’est donc plus systématique. Ainsi, en 2007 et
pour la première fois, le nombre d’enfants nés hors mariage est supérieur au nombre d’enfants
issus de parents mariés (50,5% contre 49,5%). En 2006, 49,5% des naissances se faisaient
hors mariage, contre 6% en 1976.

Les individus ont donc de plus en plus recours à l’union libre, mais aussi au Pacs, instauré en
1999. Mis en place pour permettre aux personnes homosexuelles de détenir un statut
contractuel, ce mode d’union séduit majoritairement les personnes hétérosexuelles, qui
représentent 93% des personnes pacsés. Alors que 22 276 Pacs ont été signés en 2000, le
nombre s’établit pour l’année 2007 à 77 362. Au total, 350 000 Pacs (Pacte Civil de
Solidarité) ont été signés depuis leur création.

 La famille traditionnelle est également remise en cause par l’augmentation du


nombre de divorces. Alors qu’en 1960, près de 30 000 divorces étaient prononcés, en 2006
ce sont près de 140 000 mariages qui se sont résiliés.
Ce phénomène tend à fragiliser encore un peu plus la conception de famille traditionnelle, qui
représente, selon l’INSEE, un couple uni détenant des enfants.
 Alors que dans les familles traditionnelles les femmes effectuent un travail au foyer,
aujourd’hui, les femmes ont largement accès au travail grâce a l’évolution des mentalités, à
l’adaptation législative, mais aussi par des nécessités économiques. Aussi, 48% de la
population active en France en 1998 était des femmes, contre 35% en 1960.

La famille traditionnelle connaît donc une crise dans sa formation. Le recours moins
systématique au mariage au profit de l’union libre et du pacs, l’augmentation du nombre de
divorces, mais aussi les changements au sein de la structure familiale avec la baisse du
nombre d’enfants, l’augmentation du travail des femmes et le refus de l’autorité paternelle,
tendent à bouleverser la conception traditionnelle de la famille.
Ces modifications sont issues des changements de mentalité, qui ont été accompagnés par une
adaptation législative en faveur de l’émancipation des femmes, avec les droits à la
contraception en 1967 (loi Neuwirth) et à l’avortement en 1975, des homosexuels avec la
création du Pacs en 1999.

Cependant, malgré l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle, le cœur même de la


famille n’est pas atteint. En effet, bien que la famille se soit modifiée dans sa structure, ses
rôles de solidarité et d’appartenance à un groupe restent essentiels. La famille reste ainsi une
valeur fondamentale pour les individus.

II. L’attachement des individus à la famille

Même si la famille s’est transformée, le rôle qu’elle joue, ainsi que la volonté des individus
d’en faire partie démontre que la famille n’est pas en crise.

 Les modifications structurelles de la famille ne remettent pas en cause la volonté


des individus de fonder une famille. En effet, bien que les individus aient de moins en moins
recours au mariage, considéré autrefois comme la base de création de la famille, ceux-ci ont
toujours l’envie de fonder un foyer.
Cet attachement à la famille se démontre tout d’abord par le phénomène du cocooning.
Cette pratique, qui consiste pour un enfant de refuser de quitter le domicile parental car il s’y
sent bien, tend à se développer depuis plusieurs années. Mis en avant par le film Tanguy, le
cocooning est une démonstration de l’attachement à la famille, lieu de refuge et de solidarité.

D’autre part, l’augmentation des familles recomposées marque la volonté de fonder


une nouvelle famille, malgré un premier échec. Le nombre élevé de divorce ne doit donc pas
être interprété comme l’envie de sortir de toute relation familiale, mais plutôt comme un
comportement individualiste, où la recherche de l’épanouissement personnel est primordial.
Ainsi, en 1999 existait près de 708 000 familles recomposées, dans lesquelles se trouvaient
plus de 1,5 million d’enfants, soit une augmentation de près de 10% par rapport à 1990.

Type de Famille Nombre de Famille en 1999 Nombre d’enfants


Famille traditionnelle 6 474 000 12 004 000
Famille monoparentale 1 640 000 2 747 000
Famille recomposée 708 000 1 583 000
 Cette volonté de créer (ou de recréer) une famille s’explique notamment car celle-ci
reste un lieu de solidarité de premier ordre. Alors que dans les familles traditionnelles
existait une solidarité des enfants envers les parents et grands-parents, désormais, il semble
que cette relation se soit inversée, et, se sont les grands-parents qui apportent une aide aux
enfants. L’augmentation du niveau de vie des retraités leur permet d’assurer une aide
essentiellement financière.
Cette aide financière aurait d’ailleurs permis de limiter les impacts négatifs de la crise
économiques des années 1980, puisque, selon certains spécialistes, les flux financiers apportés
par les grands-parents ont été supérieurs aux aides publiques.

Cette solidarité entre les différents membres fait de la famille un lieu d’appartenance par
excellence. Une étude a démontré que plus de 9 français sur 10 aiment se retrouver en famille
du fait de la qualité des rapports échangés. Elle constitue en cela, un rempart contre
l’exclusion. En effet, la famille permet de corriger les effets pervers d’un système de solidarité
institutionnalisée où seules les dimensions matérielles sont prises en cause, sans considération
de l’aspect humain.

Ainsi, la famille n’est pas remise en cause. La richesse des rapports échangés, la forte
solidarité qui existe entre les différentes générations, le sentiment de sécurité qui permet
d’éviter le phénomène d’exclusion, font de la famille un objectif prioritaire de la part des
individus. Cette volonté de faire partie d’une famille se démontre notamment par la croissance
des familles recomposées, ainsi que par un désir d’enfants toujours présent.

Si la famille traditionnelle connaît une évolution structurelle qui paraît remettre en


cause ses fondements, les valeurs et les buts qu’elle véhicule en font un lieu recherché par les
individus.
En effet, la famille tend à se transformer dans sa forme, mais ses objectifs restent les mêmes.
L’augmentation des divorces et donc des familles monoparentales, la diminution des mariages
pour d’autres formes d’union, remettent en cause la composition des familles traditionnelles.
Pour autant, le désir de fonder une famille, sans nécessairement passer par des formes
traditionnelles, reste bien présent car celle-ci apparaît comme un lieu de sécurité et
d’appartenance pour les membres qui la composent.

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