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ENVIRONNEMENT formation d’une phase secondaire : un hydrate

d’uranyle, la schoepite (UO 2(OH)2), comme le


montrent le cliché de microscopie électronique à
I. Mécanismes d’altération balayage et le spectre de µ-RBS (Figure 1) obtenu au
moyen de la microsonde nucléaire en exploitant la
I.1. Altération aqueuse du dioxyde
résonance sur l’oxygène-16 [3, 4].
d’uranium
S. Guilbert, N. Barré, F. Carrot, P. Trocellier, J.P. Gallien, C.
L’hydrate d’uranyle se forme à partir du moment
Cachoir, en collaboration avec M.-J. Guittet, M. Gautier-Soyer, où la concentration d’uranium dans le lixiviat dépasse la
DSM/DRECAM/SRSIM, Z. Andriambololona, ANDRA, D. Gosset, limite de solubilité de ce composé. Son épaisseur et sa
DRN/DMT/SEMI et L. Bion, DCC/DESD/SESD composition peuvent être déduites du dédoublement de
L’alternative au retraitement des combustibles la marche d’uranium et de la déformation du signal
irradiés et à la vitrification des solutions de produits de d’oxygène du spectre de rétrodiffusion. La limite
fission et d’actinides est le stockage direct des théorique calculée au moyen du code géochimique
combustibles irradiés en couches géologiques PHREEQC est relativement en bon accord avec la
profondes après refroidissement en piscine. Après trois concentration mesurée expérimentalement (2,8.10-4
années d’irradiation en réacteur, le combustible contient mol.L-1).
encore 95% de dioxyde d’uranium, du plutonium, des Il a également été mis en évidence une oxy-
actinides et des produits de fission plus ou moins dation superficielle et progressive du matériau au cours
volatils ou mobiles. Le relâchement à long terme des de l’altération conjointe au passage en solution. La
radionucléides dans la géosphère à la suite d’une dissolution du dioxyde d’uranium serait favorisée par
interaction eau/combustible irradié dépendra de la les fortes concentrations en carbo-nates, jusqu’à une
solubilité du dioxyde d’uranium dans les conditions valeur seuil de la concentration de ce complexant.
d’alcalinité, de potentiel d’oxydo-réduction et de force
ionique fixées par le milieu environnant (eau, barrière
ouvragée, roche hôte).
Deux travaux de thèse se sont succédés [1, 2]
afin d’améliorer les connaissances sur l’altération
aqueuse du dioxyde d’uranium. La même démarche, Figure 1 : Cliché
qui consiste à caractériser à la fois le solide et la MEB et spectre de
solution (XPS, MEB, ICP-MS, …), a été adoptée µ-RBS : mise en
dans les deux cas. Les expériences de lixiviation ont été évidence de la
formation de
réalisées sur un dioxyde d’uranium fritté et deux types
schoepite lors de
d’eaux ont été étudiées : granitique et argileuse. Un l’altération de UO2
dispositif permettant de synthétiser l’eau souterraine par une eau grani-
équilibrée avec une pression partielle en CO2 en tique à 96°C.
conditions oxydantes ou réductrices a été mis au point.
Ce dispositif, qui a été complété et modifié au cours de
ces quatre années, permet de maintenir désormais
constants, au cours des tests, le potentiel redox et le 2000
OUO 2 O schoepite
pH de la solution.
1500
Le travail réalisé pendant la période 1996-2000
INTENSITE

repose tout d’abord sur la fin du travail de thèse de


1000 U UO
Christelle Cachoir (1994 - 1997) [1] dont l’objectif 2

était l’identification des mécanismes d’altération 500 UO 2 Uschoepite


aqueuse de UO 2 par une eau granitique en conditions schoepite

oxydantes. Le principal résultat a été la mise en 0


1,6 2,0 2,4 2,8 3,2 3,6
évidence du contrôle de la solubilité de l’uranium par la
ENERGIE (MeV)

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
La thèse de Séverine Guilbert, menée en ENVIRONNEMENT
partenariat avec l’ANDRA a démarré en 1996.
L’objectif était de préciser le comportement du
dioxyde d’uranium en présence d’une eau argileuse en manière à exacerber la contribution de la surface.
termes de cinétique de relâchement d’uranium en Aucune phase secondaire d’uranium n’a été observée à
solution ainsi que de contrôle thermodynamique de la la surface des échantillons par microscopie électronique
solubilité par formation d’une ou plusieurs espèces à balayage. Cette absence, que ce soit en conditions
secondaires. Pour atteindre cet objectif, le dispositif de oxydantes ou réductrices, indique qu’au cours des
lixiviation précédemment mis au point [5, 6] a expériences menées, la concentration d’uranium en
considérablement évolué et un soin tout particulier a été solution est contrôlée par la cinétique de dissolution du
apporté à la maîtrise des conditions redox. Deux dioxyde et non par un équilibre thermodynamique
compositions d’eau argileuse ont été utilisées : il s’agit [2, 7].
de l’eau de Boom, fluide circulant dans l’argile du
même nom où est implanté le laboratoire souterrain de Figure 2 : Raies de photoélectrons U4f des échantillons
lixiviés un mois dans l'eau de Boom en conditions
Mol en Belgique et d’une eau de pressage dont la
oxydantes et en conditions réductrices.
composition a été fournie par l’ANDRA.
En conditions oxydantes, après quelques 5/2 7/2
U4f U4f
semaines, quelle que soit l’eau argileuse, la vitesse de
dissolution d’UO2 se stabilise autour de 3.10-11 mol.m-
.s . En milieu réducteur, la vitesse de dissolution est
2 -1 satellite à 8,2 eV

de 4.10-12 mol.m-2.s-1, c’est à dire 30 fois plus faible


Intensité (unité arbitraire)

conditions oxydantes
qu’en conditions oxydantes. Ces valeurs sont en
accord avec les données extraites de la littérature. Les
concentrations d’uranium dans l’eau argileuse oxydée
varient de 5.10-5 à 2.10-4 mol L-1 en fonction de la
durée de lixiviation et de l’eau argileuse. L’eau la moins
chargée en carbonates conduit à des concentrations en témoin
uranium plus faibles pour des durées de lixiviation
satellites à 6,9 eV
équiva-lentes. A l’issue de 33 jours d’altération, la
teneur en uranium est de 3.10-6 mol.L-1 en conditions
réductrices, 20 fois plus faible qu’en milieu oxydant conditions réductrices
[2].
L’XPS révèle, comme dans le cas de l’eau
400 395 390 385 380 375
granitique, une oxydation superficielle et progressive de Energie de liaison (eV)
l’uranium (IV) en uranium (VI) (indiquée par le
Les résultats expérimentaux ont été confrontés à
dédoublement des raies U4f de la Figure 2), et la
des calculs de limite de solubilité ou d’indices de
formation de liaisons U-OH en conditions oxydantes.
saturation. Ces outils de modélisation (PHREEQC et
Un rapport U(VI)/U(IV) a pu être déterminé par cette
calculs analytiques) nous ont permis de proposer une
technique qui se stabilise autour de 1,5-2 en quelques
classe de solides pouvant potentiellement contrôler la
semaines. En milieu réducteur, le dédoublement du
solubilité de l’uranium. En conditions oxydantes, les
pic U4f est beaucoup moins prononcé qu’en conditions
hydrates d’uranyle tels que la schoepite contrôleront
oxydantes (Figure 2). Le rapport est stable autour de
très certainement la concentration d’uranium en solution
0,5 dès 12 jours. Ces rapports sont sans doute sous-
à moyen terme. La limite de solubilité de ces phases est
estimés, l’épaisseur altérée étant plus faible que la
d’un ordre de grandeur supérieure à la concentration
profondeur sondée par XPS. Une mesure plus précise
mesurée expérimentalement, ce qui explique qu’elles
de ce rapport sera prochainement effectuée par
n’aient pas précipité. A plus long terme, ces solides
photoémission à une énergie la plus faible possible de
vont très probablement évoluer vers les silicates

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
ENVIRONNEMENT étudié l’influence de la substitution d’une partie de
l’oxygène par de l’azote ainsi que l’incorporation
d’yttrium (qui améliore les propriétés mécaniques) sur
d’uranyle et d’alcalin ou d’alcalino-terreux plus stables la durabilité chimique du verre. Les différentes
thermodynamiquement. compositions vitreuses étudiées seront notées LaO,
Nous pouvons préciser que la limite de solubilité LaN, YLaO et YLaN, correspondant respectivement
des différentes phases testées est systématiquement aux formulations :
plus faible dans l’eau la moins chargée en carbonates. La 0 . 4 Al0 . 4 Si0 . 6 O 2 . 4 , La 0 . 4 Al0 . 4 Si0.6O2.1N0.2,
En milieu réducteur, les calculs prédictifs suggèrent un Y0.2La0.2Al0.4Si0.6O2.4, et Y0.2La0.4Al0.4Si0.6O2.1N0.2.
contrôle de la concentration d’uranium en solution par Des tests de lixiviation ont été effectués dans
U4O9. Toutefois, il ne faut peut être pas exclure une différentes conditions :
régulation à plus long terme par UO2 plus stable ⇒ statiques avec un faible rapport surface de verre/
thermodynamiquement [2]. volume de solution, S/V = 0,3 cm-1 ;
⇒ statiques avec des rapports surface de verre/

I.2. Etude de l’alteration en milieu volume de solution élevés, S/V = 50 et 500 cm-1 ;
⇒ statiques avec des solutions d’altération chargées
aqueux de verres alumino-silicate de
terre- rare en anions complexant : sulfate, carbonate, phosphate
L. Bois, N. Barré, F. Carrot, P. Trocellier, S. Gavarini en 5.10-3 mol.L-1 ;
collaboration avec M.J. Guittet, M.Gautier-Soyer, DSM/DRECAM/ ⇒ dynamiques (Soxhlet).
SRSIM, S. Guillopé, P. Verdier, Y. Laurent, Université Rennes 1, La première série de tests a permis de mettre en
G. Matzen, CRMHT, Orléans évidence la faible altération de ces verres. Les
Ces recherches ont pour cadre l’étude de concentrations en silicium sont de l’ordre de 10-5 mol.L-
1
nouvelles matrices pour le confinement spécifique de et les concentrations en lanthane de l’ordre de 10-7
certains actinides à vie longue (Am, Np, Cm, Pu) issus mol.L-1. L’examen de la surface altérée par
du retraitement du combustible usagé. Les verres sont spectroscopie XPS a montré un très faible
les matériaux les plus envisageables pour le confinement enrichissement de l’extrême surface (30 Å) en lanthane
des actinides dans la mesure où le procédé de et en yttrium [8]. Sur ce type de test, les quatre
fabrication est déjà maîtrisé. Les verres alumino- compositions vitreuses étudiées semblent pratiquement
silicatés, plus réfractaires que les verres borosilicatés équivalentes. La présence d’yttrium améliore
utilisés pour le traitement des solutions de produits de néanmoins la durabilité.
fission, paraissent intéressants. Les verres oxy-azotés, Une deuxième série d’expériences a permis
dont les propriétés mécaniques sont fortement d’obtenir des couches d’altération plus importantes à la
améliorées par rapport à celles des verres oxydes, surface du verre (Figure 3).
paraissent aussi de bons candidats. L’épaisseur de la couche altérée d’un verre LaO
Des études sur l’altération en milieu aqueux des est de l’ordre de 10 µm après 3 mois d’alté-ration. Elle
verres dans le ternaire SiO 2-Al2O3-La2O3 ont été a été identifiée par diffraction des rayons X, comme
commencées en automne 1996. Le lanthane a été étant un hydroxy-carbonate de lanthane. Dans le cas
choisi pour simuler un actinide trivalent. Nous avons des verres YLaO, l’épaisseur altérée est 10 fois plus

Figure 3 : Clichés
MEB de verres LaO
et YLaO altérés en
régime dynamique.

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
faible dans les mêmes conditions expérimentales. ENVIRONNEMENT
L’influence de l’yttrium sur la durabilité, pressentie dans
les expériences statiques, est ici très nette. La couche
d’altération est amorphe aux rayons X. Il s’agit Nous avons également étudié l’influence de la
vraisemblablement d’un hydroxy-carbonate de lanthane présence d’anions inorganiques, présents dans les eaux
et d’yttrium, comme le montrent les expériences d’XPS naturelles (carbonate, sulfate, phosphate) sur
(Figure 4), confirmées par des expériences de RBS. l’altération des verres. En effet, les phénomènes de
La présence de l’azote augmente la corrosion du complexation des ions terre-rare peuvent entraîner une
verre par élévation du pH. La dissolution du verre augmentation des relâchements en solution. Par ailleurs,
semble se faire de façon congruente avec si des phases solides peu solubles (carbonate ou
recombinaison in situ à la surface, pour les éléments phosphate de terre-rare) se forment, il est possible que
dont la solubilité de l’hydroxyde est la plus faible [9]. le relâchement en terre rare diminue du fait d’un
L’obtention de lixiviats saturés ou proches de la contrôle thermodynamique par ces phases. Aucune
saturation a été réalisée au cours d’une troisième série influence des anions carbonate et sulfate n’a cependant
d’expériences. Dans ces conditions, seule l’analyse des été observée, contrairement aux anions phosphate.
solutions apporte une information. Les concentrations Ceux-ci forment à la surface du verre altéré, une
expérimentales en silicium, de l’ordre de 10-3 mol.L-1 et couche amorphe de type phosphate de terre-rare, mise
en aluminium sont cohérentes avec les limites de en évidence par XPS et par RBS, dont l’épaisseur a
solubilité de la silice et d’un hydroxyde d’aluminium été estimée à 150 nm par RBS. Cette couche ne
(boehmite). Les concen-trations en lanthane (et en semble pas présenter un rôle protecteur vis à vis de la
yttrium), très fortes, de l’ordre de 10-5 à 10-4 mol.L-1, dissolution du verre, dans la mesure où les
dépassent largement les limites de solubilité des relâchements en silicium et en aluminium restent
hydroxydes ou des hydroxy- carbonates similaires à ceux obtenus dans de l’eau déionisée [10].
correspondants. Il apparaît que si les relâchements en Néanmoins, l’effet positif des anions phosphate est un
silicium et en aluminium sont contrôlés par les limites de net abaissement du relâchement des ions terre-rare en
solubilité de SiO 2 et AlOOH respectivement, ceci n'est solution.
pas le cas pour le lanthane : une forte fraction colloïdale
existe probablement. On confirme aussi que la
présence d’azote dans le réseau entraîne une
importante élévation du pH par relâchement de NH4+
en solution (mesuré en chromatographie ionique),
défavorable à la durabilité du réseau silicaté [10].

O1s 80000
O 1s
160000

60000
Y3d / Si2s
120000 La3d La3d
Counts

Y 3p
Counts

Y3d
40000
80000 C1s Si / La
2p 4d
Y3p C1s
Y3s Y 3s
Al2p La 4d
20000
40000
Y 4p
Y4p
Spectre XPS d'un verre YLaO Spectre XPS d'un verre YLaO altéré
0 0
1200 1000 800 600 400 200 0 1200 1000 800 600 400 200 0
Binding Energy (eV) Binding Energy (eV)

Figure 4 : Spectres XPS d’un verre YLaO avant et après altération en régime dynamique.

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
ENVIRONNEMENT Des tests d’altération ont été réalisés en mode
statique à différents rapports surface matériau/volume
de solution, et en mode dynamique.
I.3. Etude de céramiques de type NZP Dans le cas des expériences à faible S/V, les
pour le confinement spécifique relâchements en lanthane et en zirconium sont en
d’actinides dessous des limites de détection de l’ICP-MS
L. Bois, F. Carrot en collaboration avec M.J. Guittet, M. Gautier- (< 0,2 ppb). L’étude de la surface altérée des pastilles
Soyer, DSM/DRECAMSRSIM
ne fait apparaître quasiment aucune modification de la
Si les verres ou les vitro-cristallins sont les surface, ce qui est un résultat encourageant en terme de
matériaux les plus facilement envisageables pour le durabilité chimique du matériau. L’analyse par XPS de
confinement des actinides, il ne faut pas exclure la surface des céramiques altérées a mis en évidence un
l’utilisation de matrices cristallisées, beaucoup plus appauvrissement relatif en lanthane, comme le montre la
stables vis à vis de la dissolution, pour le confi-nement Figure 5. Cet appauvrissement à la surface pose
spécifique de certains actinides à vie longue (Am, Np, problème puisque le lanthane simule un actinide ;
Cm, Pu). Parmi les céramiques les plus étudiées, on néanmoins il n’est pas associé à un relâchement
peut citer les titanates, les phosphates (apatite, détectable en solution. Des études de RBS vont être
monazite, NaZr2(PO4)3, phosphate de Th et U) et les entreprises pour évaluer la répartition en profondeur du
zircons. lanthane et du zirconium.
Ces recherches, commencées en automne 1999,
Simulations des spectres XPS (Zr3 d-La3 d5/2)
ont porté sur une céramique de type NaZr2(PO4)3 statique S/V faible
10
(NZP). Dans ce type d’étude, nous avons souhaité dynamique
statique S/V élevé

maîtriser l’élaboration du matériau, ce qui n’était pas le 9

cas pour l’étude des verres La-Al-Si-O-N. La 8


structure NZP est un réseau tridimensionnel de Zr/La
7
tetraèdres PO4 et d’octaèdres ZrO 6, partageant des
sommets. Dans cette structure, toutes sortes de 6
substitutions ioniques sont possibles. Les céramiques
5
NZP ont été étudiées pour leurs propriétés thermiques
(faible coefficient d’expansion thermique) ainsi que 4
pour leurs propriétés d’électrolytes solides. Elles ont 0 20 40 60 80 100
Temps (jours)
ensuite été étudiées comme matrice de confinement de
solutions de déchets nucléaires dans les années 80. Figure 5 : Evolution du rapport des intensités Zr3d/La3d
Elles se sont révélées relativement stables vis à vis de la
dissolution et de l’irradiation. Néanmoins, des études
portant sur la rétention des actinides dans ce type de Dans le cas des expériences à fort S/V, des
phase restent nécessaires. Nous avons donc entrepris vitesses d’altération de 2.10-5 g/m2/j pour Zr et 2.10-6
notre étude par un composé de formule La 1/3Zr2(PO4)3, g/m2/j pour La et 3.10-4 g/m2/j pour P ont été
le lanthane simulant un actinide trivalent. mesurées.
L’élaboration de cette phase met en œuvre des
techniques de précipitation, par ajout d’acide
phosphorique dans des solutions de chlorure de
zirconyle et de nitrate de lanthane, suivies de
traitements thermiques. Le matériau obtenu comporte
une phase de même structure que la céramique NZP
(NaZr2(PO4)3) ainsi qu’une phase de phosphate de
zirconium.

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
I.4. Etude du comportement à long terme ENVIRONNEMENT
du zircon
R. Delmas, R. Drot, D. Massare, P. Trocellier en
collaboration avec D. Gosset, DRN/DMT/SEMI, J. Tirira, De nouvelles lixiviations de demi-zircons naturels
IPSN/DES, Fontenay aux Roses, E. Balan, LMCP, à 96°C sont en cours depuis 5 mois dans un milieu
Université Paris VII
NaOH+EDTA à pH = 9,5 pour augmenter la solubilité
Le zircon (ZrSiO 4) fait partie des matériaux les de la silice et surtout celle du zirconium. Ces conditions
plus prometteurs en tant que matrice de maximisent l'agressivité du milieu naturel et doivent
conditionnement des actinides pour un stockage préciser le mécanisme de formation superficielle de Zr
définitif. C’est un minéral d'une exceptionnelle (OH)4 : in situ ou par reprécipitation. Ces lixiviations
résistance à l’altération : il existe des zircons datés de 4 sont d'une durée totale de 6 mois et les lixiviats sont
milliards d’années, ce qui en fait les plus anciens analysés chaque semaine, puis chaque mois, pour
minéraux de la planète. Les zircons naturels contiennent atteindre la vitesse stationnaire de dissolution. Lorsque
presque toujours, en substitution du zirconium, du les lixiviations seront terminées l'état de surface des
thorium et de l’uranium (quelques centaines ou milliers demi-zircons lixiviés sera analysé comparativement aux
de µg/g). Une grande densité de défauts, pouvant aller demi-zircons non lixiviés par microscopie électronique
jusqu'à l'amorphisation, due à la radioactivité de Th, U et microsonde nucléaire.
et leurs descendants, ne compromet pas l'extrême
durabilité de ce matériau. En outre l’hafnium, toujours ZIRCON de Madagascar
associé au zirconium est un absorbeur de neutrons, ce
6000
qui résout a priori les problèmes de criticité.
Des zircons naturels de taille centimétrique, 5000
originaires soit du Brésil, soit de Madagascar, ont été Zone saine
Intensité RBS

4000
sélectionnés et caractérisés : mesure de la densité, de la
radioactivité naturelle, analyse en volume par activation 3000
neutronique et microanalyse X couplée à la 2000
microscopie électronique à balayage [11]. Zone altérée
Des tests de lixiviation statiques (eau déionisée, 1000
96°C) d’un mois ont ensuite été lancés. A l’issue de 0
ces tests, les lixiviats ont été analysés : Si par 120 180 240 300 360
spectrophotométrie et Zr par spectrométrie de masse Numéro de canal
couplée à une torche à plasma (ICP-MS) et les
surfaces ont été examinées par µRBS au moyen de la
microsonde nucléaire. La concentration de Zr en Figure 6 : Comparaison des spectres de rétrodiffusion
Rutherford, obtenus sur une zone altérée (en noir) et sur
solution est voisine de la limite de détection
une zone intacte (en rouge) d’un zircon de Madagascar
(4 nanoMoles/L), le relâchement de Si est, quant à lui, lixivié en eau déionisée à 96°C pendant 28 jours.
10 à 100 000 fois supérieur. Un exemple de résultat
RBS obtenu pour un zircon de Madagascar est
présenté Figure 6. Les deux spectres correspondant Par ailleurs, les zircons naturels sont hétéro-
respectivement au cœur de l’échantillon et à la surface gènes du point de vue de leur composition, de leur
lixiviée, ont volontairement été décalés pour mieux faire densité de défauts et de la répartition spatiale de ceux-
ressortir les différences : la résonance sur l’oxygène ci. Nos expériences doivent permettre d'établir un
située à 3,05 MeV donne un signal moins intense pour domaine de vitesses d'altération pour des zircons dont
la surface altérée et la marche de Zr semble émoussée. l'histoire, par sa durée et par ses modalités (irradiation
La composition superficielle de la zone altérée est modérée, mais permanente) ne peut être reproduite en
sensiblement différente de celle de la zone intacte : elle laboratoire. Pour contrôler ces paramètres, il est
correspond à un mélange ZrSiO 4 + Zr(OH)4. nécessaire de synthétiser des zircons chimiquement

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000
ENVIRONNEMENT
Publications
[1] CACHOIR C. (1997). Thèse de l’Université Paris -Sud Orsay,
purs et sans défauts d'irradiation ou des zircons dopés 260 p.
en actinides et lanthanides. [2] GUILBERT S. (2000). Thèse de l’Université Paris -Sud
Nous avons synthétisé des zircons par une Orsay, 160 p.

méthode de type sol-gel à partir d’un mélange en [3] CACHOIR C., GALLIEN J.P., TROCELLIER P. (1996). Ann.
Chim. Fr., 21, 567-592.
proportions stœchiométriques de tétraéthoxyde de
[4] TROCELLIER P., CACHOIR C., GUILBERT S. (1998). J.
silicium en milieu éthanol absolu et de nitrate de zirconyl Nucl. Mater. 256, 197-206.
en milieu éthanol + eau (1/1). Le processus de
[5] GALLIEN J.P., TROCELLIER P., TOULHOAT P. (1996). J.
gélification est complet après environ 100 heures à 40° Trace Microprobe Techn., 14, 343-352.
C. Une fois le gel neutralisé par une solution [6] CACHOIR C., GUITTET M.J., GALLIEN J.P., TROCELLIER
d’ammoniaque à 20%, il est déshydraté à 110°C P. (1996). Radiochim. Acta, 74, 59-63.
pendant 2 heures puis dénitré à 700°C pendant la [7] GUILBERT S., GUITTET M.J., BARRÉ N., GAUTIER-
même durée. Le bilan des réactions s'écrit : SOYER M., TROCELLIER P., GOSSET D.,
ANDRIAMBOLOLONA Z. (2000). J. Nucl. Mater. (sous
presse).
ZrO(NO3)2 + Si(OC2H5)4 + 3 H2O Ô ZrSiO4 +
[8] BOIS L., BARRE N., GUILLOPÉ S., GUITTET M.J.,
2 HNO3 + 4 C2H5OH GAUTIER-SOYER M., DURAUD J.P., TROCELLIER P.,
VERDIER P., LAURENT Y. (2000). J. Nucl. Mater., 277, 57-
Le gel est ensuite broyé, pastillé puis recuit à 66.
haute température (3 à 4 heures entre 1400 et 1500 ° [9] BOIS L., GUITTET M.J., BARRE N., TROCELLIER P.,
C) pour donner un fritté parfaitement cristallisé dont la GUILLOPÉ S., GAUTIER-SOYER M., VERDIER P.,
LAURENT Y. (2000). J. Non Cryst. Solids, (sous presse).
densité correspond, à la porosité résiduelle près, à la
densité nominale du zircon. La diffraction de rayons X [10] BOIS L., BARRÉ N., GUITTET M.J., GUILLOPÉ S.,
TROCELLIER P., GA UTIER-SOYER M., VERDIER P.,
a permis d’optimiser la température et la durée du LAURENT Y. J. Non Cryst. Solids, (note soumise).
recuit [11]. [11] TROCELLIER P., DELMAS R., TIRIRA J., MASSARE D.,
Au cours de l’un des essais, du nitrate d’uranyl a DROT R., GOSSET D. Waste Management, (note soumise).
été substitué au nitrate de zirconyl à hauteur de 10%
molaire afin de produire un zircon dopé en uranium. La
même procédure peut être appliquée avec les actinides
et les lanthanides.
La lixiviation de ces zircons sera étudiée de la
même façon que pour les zircons naturels. Certains
zircons seront irradiés par des particules chargées pour
créer une concentration contrôlée de défauts près de la
surface avant lixiviation.

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L.P.S. – Rapport d’activité 1996-2000