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Master Finance et Management des

Institutions Financières 2008-2009

PLAN

Introduction

PARTIE I : ASPECT THEORIQUE DE LA POLITIQUE FISCALE

1. Définition et principes de la politique fiscale

2. Les objectifs de la politique fiscale

3. Les contraintes de la politique fiscale

PARTIE II : SYSTEME ET POLITIQUE FISCALE MAROCAINS

1. Description brève du système fiscal marocain

2. Les grandes orientations de la politique fiscale marocaine

3. La modernisation de l’administration fiscale

Conclusion

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Introduction :

La fiscalité est à la base de la souveraineté des nations, dans la


mesure où privés de ressources financières, les gouvernements ne
pourraient plus conduire leurs politiques.

C’est aussi un instrument de régulation économique capable


d’influencer la consommation, d’encourager l’épargne ou d’orienter
le mode d’organisation des entreprises. Par conséquent, la politique
fiscale est d’une grande importance pour les gouvernements, d’où
le soin particulier qu’il faut lui accorder lors de sa conception.

L’enjeu fondamental pour une politique fiscale est d’établir le


meilleur équilibre possible entre trois éléments : efficience
économique, équité et applicabilité.

Toutefois, une politique fiscale n’est pas à l’abri de contraintes la


réduisant à faire des choix entre les différents objectifs à atteindre
et cela en fonction de la priorité des uns et de la conjoncture
actuelle.

Au niveau national, le maître mot n’est autre que « Décroissance


globale des prélèvements fiscaux ». La libéralisation des économies
et l’internationalisation des échanges ont été à l’origine de cette
tendance. Conscient de l’incidence des impôts sur l’efficacité de
l’économie, le Maroc a entrepris une série de réforme fiscale ayant,
entre autres, pour but d’améliorer la compétitivité et l’attractivité
de notre pays au niveau international.

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A travers ce document, seront abordés en première partie les


principes, objectifs et contraintes d’une politique fiscale ; tandis
qu’en deuxième partie, la lumière sera mise sur les grandes
orientations de la politique fiscale marocaine et les mesures
entreprises pour mener à bien ces recommandations.

PARTIE I :
ASPECT THEORIQUE
DE LA POLITIQUE FISCALE

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1. Définition et principes de la politique fiscale :

a. Définition de la politique fiscale

La politique fiscale est l’ensemble des mesures ou décisions


gouvernementales prises pour instituer, organiser et appliquer les
prélèvements fiscaux conformément aux objectifs des pouvoirs
publics.

C’est aussi un instrument de la politique budgétaire utilisé pour


opérer à des modifications de l’imposition ou des dépenses
publiques afin d’atteindre des objectifs sociaux (redistribution) ou
de modifier des comportements individuels (encouragement de
l’emploi).

Si la politique budgétaire peut se définir comme l'ensemble des


actions menées par les pouvoirs publics ayant un support financier,
qu'il s'agisse de dépenses ou de recettes, alors la politique fiscale
n'est que l'une des dimensions de cet ensemble. Concrètement,
elle est le produit de choix explicites ou implicites des décideurs
publics dans des domaines économiques et extra-économiques, qui

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déterminent les caractéristiques générales des prélèvements


obligatoires. Ce faisant, elle articule les aspects économiques et les
dimensions juridiques des prélèvements obligatoires

Ainsi, le gouvernement peut utiliser la politique fiscale en tant


qu’arme économique, qui par son maniement, peut influer sur la
consommation, l’investissement ou encore la création d’entreprise.

Dans une optique expansionniste, le gouvernement peut réduire les


taux d’imposition, ou augmenter ses dépenses publiques dans un
but de stimuler la demande et dynamiser la croissance économique
à court terme. Car, réduire l’impôt c’est distribuer un supplément
de revenu qui, s’il est dépensé augmente les débouchés
d’entreprises, qui si elles vendent davantage peuvent accroître leur
production, et donc, par exemple, créer des emplois.

Par contre, lorsque l’Etat alourdit la fiscalité ou réduit les dépenses


publiques (pour répondre par exemple à une situation d’inflation ou
de déficits extérieurs importants), on parle de politique restrictive.

Le challenge relié à l’établissement de la politique fiscale est de


trouver la bonne équation, lors de l’adoption des mesures fiscales,
dans les circonstances adéquates. Chose qui peut s’avérer très
difficile vue les décalages observés entre l’adoption des politiques
fiscales par le gouvernement et leur effet sur l’économie.

b. Les principes de la politique fiscale

Au-delà des impératifs économiques ou sociaux et en prenant en


considération les arbitrages opérés par le gouvernement pour
concilier entre les différents objectifs conflictuels d’une politique
fiscale, cette dernière devrait impérativement se reposer sur un

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bon système fiscal. Alors quels sont les critères d’un bon système
fiscal ?

• Le principe d’équité :

Généralement considéré comme le plus important, ce principe


stipule simplement que la distribution du fardeau fiscal doit être
équitable, c’est-à-dire que chacun doit payer sa juste part.
Cependant, il existe deux approches définissant l’équité de manière
très différente :

• Le critère d’équivalence ou du contrat volontaire :


enseigne que chaque contribuable doit payer un montant
d’impôt correspondant aux avantages qu’il retire des
prestations de l’Etat. Ce critère établit donc un lien étroit
entre l’impôt et la dépense publique et repose sur la notion
du contrat volontaire entre les citoyens et l’Etat.

• Le critère de la capacité contributive préconise que la


charge fiscale doit être distribuée entre les agents
économiques conformément à leur aptitude à contribuer au
financement des prestations de l’Etat, soit selon leur capacité
économique.

Cette capacité contributive est en général évaluée à l’aide de


l’un, ou d’une combinaison, des trois indicateurs suivants : le
revenu, la fortune et la consommation. Les deux premiers
portent l’accent de la capacité contributive sur la valeur des
biens que les contribuables sont potentiellement en mesure
d’acheter, alors que la consommation met en évidence la
mesure dans laquelle ils ont effectivement exercé leur
pouvoir économique.

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Ces indicateurs posent toutefois un certain nombre de


problèmes et notamment celui de la forte divergence de la
répartition entre les citoyens de ces différentes formes
d’aisance. Ainsi la fortune est plus inégalement répartie que
le revenu, qui est lui-même plus inégalement réparti que la
consommation. Il en résulte que le choix d’un indicateur
plutôt que d’un autre avantage ou désavantage certaines
catégories de contribuables. Un impôt sur la fortune par
exemple touche davantage les épargnants et les rentiers
tandis qu’un impôt sur le revenu est ressenti plus lourdement
par les salariés. C’est l’une des raisons pour lesquelles les
systèmes fiscaux combinent souvent au moins deux assiettes
d’impôt, à savoir le revenu et la consommation.

La capacité contributive des citoyens exige ensuite que l’on précise


comment il faut traiter la situation de chaque contribuable par
rapport à celle des autres, on distingue pour cela deux principes :

• Le principe de l’équité horizontale requiert que


les contribuables qui ont la même capacité
contributive soient traités de façon identique. Or, il
faut bien reconnaitre que des individus ou ménages
qui disposent, par exemple, du même revenu n’ont
pas nécessairement la même capacité contributive
car leur situation personnelle est différente. C’est
pourquoi, il est usuel de corriger l’étalon de mesure
de la capacité contributive, en l’occurrence le
revenu, par déductions des charges de famille ou
frais de santé par exemple.

• Le principe de l’équité verticale stipule que les


individus qui n’ont pas la même capacité
contributive doivent être traités différemment, selon
un degré approprié d’inégalité.

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La juste répartition du fardeau fiscal relève donc finalement d’un


choix politique que seul l’Etat concerné peut faire, compte tenu de
ses options éthiques et des forces en présence à un moment
donné.

• Le principe de neutralité :

Le critère de neutralité stipule qu’un bon système fiscal devrait être


neutre ou en d’autres termes ne pas provoquer de charge fiscale
excédentaire. Cela signifie que les impôts devraient être
sélectionnés de façon à éviter, ou en tout cas à minimiser, toute
répercussion négative sur l’allocation des ressources ; ils ne
devraient pas provoquer, par effet de substitution, de distorsions
des choix économiques.

Pour saisir cette notion de charge excédentaire, il faut savoir que le


prélèvement de la plupart des impôts entraîne en fait, pour les
agents économiques, deux types de charges :

• Une charge financière correspondant à la somme d’argent


transférée à l’Etat ;

• Une charge supplémentaire qui n’est, contrairement à la


ponction fiscale, pas redistribuée par un autre canal, et dont
l’origine réside dans l’effet de substitution de l’impôt.

Or, un bon système fiscal doit être administré avec un souci


d'efficacité et d'économie. Des impôts coûteux ou difficiles à
administrer détournent les ressources vers des affectations non
productives, et diminuent la confiance accordée à la fois à l'impôt
et à l'État.

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Pis encore, des gaspillages peuvent aussi être engendrés par des
barèmes d'impôts excessifs, créant des transferts vers des activités
moins productives, mais soumises à des taux d'imposition moins
élevés, des délocalisations vers des paradis fiscaux, ou encore une
hausse significative du recours à l'économie souterraine. Lorsque
l'on observe ce type de comportement, on peut en déduire que le
principe de la neutralité fiscale, qui soutient qu'un impôt ne devrait
pas inciter les gens à changer leur comportement économique, n'a
pas été respecté.

• Autres critères d’un bon système fiscal :

Sur un plan plus pratique, un bon système fiscal devrait encore


satisfaire à de nombreuses autres exigences telles que :

• L’acceptabilité par les contribuables : Bien que l’Etat


puisse recourir à la contrainte pour prélever les montants
nécessaires au financement de ses activités, le système fiscal
devrait être acceptable pour les contribuables. L’acceptabilité
implique au moins trois exigences :

o Chaque impôt et le système fiscal dans sa globalité


devraient être suffisamment simples et transparents ;

o Le fisc ne devrait pas être trop inquisiteur et devrait


respecter la sphère privée des citoyens ;

o Le coût de l’administration fiscale devrait être


raisonnable.

• Flexibilité et stabilité : Ces deux qualités sont en fait


contradictoires. D’un coté un système fiscal devrait être
flexible pour satisfaire les besoins de la politique
conjoncturelle, qui requiert une intervention rapide, par
exemple par une modification des taux d’imposition. De

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l’autre, il devrait être stable pour permettre aux agents


économiques d’élaborer des plans à longue échéance. De
fréquentes modifications du système et du niveau
d’imposition provoquent un climat d’incertitude néfaste au
développement harmonieux de l’économie.

• Cohérence : Pris dans son ensemble, le système fiscal


devrait être cohérent, c’est-à-dire que les impôts devraient
être complémentaires pour que les lacunes des uns soient
comblées par les avantages des autres.

2. Objectifs de la politique fiscale :

Les recettes fiscales constituent la principale ressource de l’État. La


politique fiscale a donc pour objectif initial de garantir les
rentrées budgétaires minimales.

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Au-delà de l’objectif de financement des dépenses


gouvernementales et dès lors que la pérennité financière de l’Etat
est assurée, d’autres objectifs viennent s’ajouter à l’objectif initial
tel que :

• Réguler l’activité économique en modulant le niveau des


prélèvements obligatoires ;
• Rechercher une redistribution des revenus en ajustant l’impôt
aux ressources des contribuables, selon l’effet recherché.
• Mettre en œuvre des incitations fiscales pour influer sur
l’allocation des ressources.

a. Financement des dépenses publiques :

Le financement des dépenses publiques est habituellement


considéré comme la principale fonction des prélèvements
obligatoires. Etant donné que la protection de la propriété est la
principale fonction dévolue à l'Etat, l'impôt doit correspondre aux
services rendus, c'est-à-dire au paiement de l'Etat pour la
protection des droits qu'il dispense.

On est ici à l'origine de la doctrine du bénéfice selon laquelle il doit


y avoir équivalence entre l'utilité que retirent les citoyens
des services publics qu'ils consomment et le "prix" fiscal
qu'ils acquittent. Ainsi, l’Etat use de sa souveraineté sur les
citoyens pour assurer le financement de ses dépenses

Pour atteindre cet objectif de financement des dépenses


gouvernementales, l’impôt doit être productif et cet impératif de
rendement exige que l’impôt soit payé par le plus grand nombre
possible de contribuable (Universalité de l’impôt) et qu’il frappe le
plus largement possible la matière imposable (d’où la limitation des
exemptions et exonérations)

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Enfin le prélèvement fiscal doit être à la fois stable (le régime


d’impôt ne doit pas être constamment modifié, car « un vieil impôt
est toujours un bon impôt ») et élastique (le taux de l’impôt doit
pouvoir augmenter sans provoquer de trop vives réactions).
L’exigence de rendement n’implique pas nécessairement des taux
élevés. L’expérience montre qu’au-delà d’un certain seuil
l’augmentation des taux peuvent, au contraire, se traduire par une
diminution du rendement de l’impôt (Trop de taux tuent les
totaux).

La politique fiscale doit se préoccuper également de l’optimisation


de la dépense publique. Le gouvernement gagnerait à mettre
autant d’ardeur à se préoccuper de la rationalisation de la dépense.
De ce point de vue, le manque d’optimisation et de rationalisation
dans l’emploi de la ressource peut facilement se traduire par une
démobilisation fiscale. Dans ce domaine particulièrement sensible,
le lien est rapidement établi par les citoyens entre la ressource et
son emploi ! Une fois la politique fiscale arrêtée, tout l’art du
prélèvement fiscal est dans l’exécution. C’est la responsabilité de
l’administration fiscale !

b. Objectif économique : Régulation de l'activité


économique et stabilisation :

Pour contrôler l'équilibre macroéconomique, assurer la croissance


et tendre vers le plein emploi, on distingue habituellement les
politiques centrées sur la demande visant au soutien ou à la
relance de l'activité économique, des politiques privilégiant l'offre,
plus restrictives, favorables à l'épargne et/ou cherchant à améliorer
la compétitivité des entreprises.

• L’impôt comme instrument de régulation


conjoncturelle :

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L’utilisation de la fiscalité à des fins de lutte contre les


déséquilibres envisagés sur une courte période, fait partie des
politiques économiques d’inspiration keynésienne qui ont été
largement mises en œuvre : politiques de relance ou de freinage de
la demande selon qu’il s’agissait de lutter contre le chômage ou de
faire baisser l’inflation.

Les relations entre la fiscalité et la conjoncture économique sont


réciproquent car, d’une part, les mouvements conjoncturels
influencent le rendement de certains impôts et, d’autre part, ceux-
ci peuvent être utilisés pour agir sur ces mouvements. La
sensibilité d’un impôt par rapport à la conjoncture fait référence à
la rapidité et à l’ampleur avec lesquelles son rendement est affecté
par les variations de l’activité économique. Elle dépend d’abord de
la sensibilité de l’assiette sur laquelle il repose, mais aussi des
modalités d’évaluation de celle-ci, de son tarif et de son mode de
perception.

Le recours à la fiscalité comme instrument de régulation


conjoncturelle est parfois qualifié de politique de flexibilité fiscale.
Elle s’inscrit, le plus souvent, dans une politique d’ensemble
comprenant également des mesures relatives aux dépenses
publiques ou à la politique monétaire. Les principaux types de
décision portent surtout sur la TVA, l’impôt sur le revenu des
personnes physiques et l’investissement des entreprises.

L’abaissement des taux de TVA serait donc, au contraire, à la


fois un instrument de relance de l’activité économique et de lutte
contre l’inflation si celle-ci n’est pas due à un excès de demande
par rapport à l’offre. L’impact conjoncturel positif d’un allègement
des taux de TVA suppose cependant la réunion de conditions : il
faut d’abord que cet allègement se traduise effectivement par une
baisse des prix, c’est-à-dire qu’il ne soit pas « confisqué » par les
producteurs ou commerçants qui en profiteraient pour augmenter

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leurs marges de bénéfices ; il faut ensuite que les produits qui


bénéficient de cette baisse aient une demande élastique par
rapport aux prix.

L’utilisation de l’impôt sur le revenu à des fins de


régulation conjoncturelle ne porte en principe pas sur les
taux des diverses tranches. Elle consiste généralement à agir
par le biais d’abattements et de réductions ou majorations
exceptionnelles, ou par celui des limites des tranches. Cet impôt
est souvent utilisé comme instrument d’action sur la conjoncture
car il agit directement sur les revenus disponibles des ménages.

En tant que composante de la demande, l’investissement est


également une variable importante de la politique fiscale
conjoncturelle. Les mesures prises peuvent avoir pour objectif de
freiner ou ralentir momentanément l’investissement des
entreprises, mais elles sont davantage utilisées dans le sens de
l’encouragement.

Encourager l’investissement étranger, revient à définir de façon


cohérente, le statut fiscal des investisseurs étrangers et clarifier
davantage le régime fiscal des établissements stables, les frais de
siège, l’assistance technique, le régime fiscal des centres et
bureaux de coordination.

Un Maroc attractif doit avoir un système fiscal au moins équivalent


au point de vue avantages à la Tunisie, la Turquie ou l’Espagne….

L’utilisation de l’impôt comme instrument de régulation


conjoncturelle soulève au moins deux problèmes : d’une part, elle a
pour conséquence de compliquer encore un système fiscal déjà
très complexe et de rendre difficile les tâches de l’administration ;
d’autre part, elle risque de produire des effets tardifs, ou même à
contretemps, du fait qu’elle ajoute aux délais habituels de toute
mesure conjoncturelle, un délai relatif à la procédure parlementaire

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car, en principe, les modifications d’ordre fiscale doivent être


autorisées par le Parlement.

• L’impôt comme instrument de politique


structurelle :

L’impôt peut aussi être utilisé en tant qu’instrument de politique


structurelle : Il s’agit de mesures qui sont prévues pour exercer des
effets sur les éléments relativement stables de l’activité
économique tels que la modernisation de l’appareil productif ou
l’allègement des taux d’imposition.

Le système fiscal en tant qu’instrument de développement et de


croissance économique doit privilégier la fonction incitative de
l’Etat et adapter les incitations aux exigences du développement. Il
est grand temps de dépasser la vision résolument financière et
comptable de la fiscalité. Cette dernière doit privilégier la
croissance économique. L’objectif est d’orienter les taux à la baisse
tout en élargissant le champ d’application de l’impôt, ce qui
permettra de mieux répartir la pression fiscale différentielle en
élargissant le champ d’application de l’impôt et assurer ainsi les
conditions objectives d’exercice d’une justice fiscale réelle.

Par ailleurs, l’intégration progressive du secteur informel


permettra, de générer davantage de recettes et un allègement
significatif de la pression fiscale différentielle.

Privilégier le rôle de l’impôt en tant qu’outil de croissance ne veut


pas dire négliger l’épineux problème de la redistribution des
revenus à travers le prélèvement fiscal. Cependant, il faut
reconnaître que le rôle de l’impôt en tant qu’instrument de
redistribution reste limité, probablement à cause du niveau de la
pauvreté, mais aussi à cause de la fraude et de l’évasion fiscale.

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c. Objectif social : La redistribution des revenus :

La redistribution vise à corriger les inégalités de la répartition des


revenus et des richesses. Elle peut prendre une forme monétaire ou
non monétaire. Traditionnellement, on distingue deux dimensions
de la redistribution :

• La redistribution horizontale ;

• La redistribution verticale.

La redistribution horizontale opère des transferts qui ne sont


pas motivés par la hiérarchie des revenus. Il s'agit donc soit
d'opérations intervenant entre ménages situés dans la même strate
de revenus, soit d'opérations fondées sur d'autres critères que le
revenu. La protection sociale répond le plus souvent à ce type de
problématique puisqu'elle vise à effectuer des transferts de
ressources au profit de personnes exposées à un risque social :
maladie, maternité, famille...

Quant à la redistribution verticale elle prend en compte la


hiérarchie des revenus et cherche à en réduire les inégalités. Dans
ce cadre, l'objectif de la redistribution fiscale est le resserrement de
l'éventail des revenus et son instrument privilégié est l'impôt
progressif sur le revenu. On dit d'un impôt qu'il est progressif
lorsque le taux moyen d'imposition croît plus vite que le revenu ce
qui signifie que l'élasticité du rendement de l'impôt est supérieure
à 1.

Il s'ensuit que la progressivité peut être entendue comme une


déviation positive par rapport à un prélèvement proportionnel au
revenu. De fait, la progressivité peut s'analyser comme la structure

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d'un prélèvement, c'est-à-dire la répartition d'un euro d'impôt entre


les contribuables classés selon leur position dans l'éventail des
revenus, tandis que les effets redistributifs mesurent l’ampleur des
variations introduites par ce prélèvement dans la distribution des
revenus. A distribution primaire des revenus donnée, l’ampleur de
ces effets redistributifs dépend à la fois du degré de progressivité
et du taux moyen d’imposition, c’est-à-dire de la masse des
revenus effectivement prélevée.

En d’autres termes, la variation d’inégalité résultant d’un


prélèvement peut être exprimée comme le produit de sa
progressivité par le taux moyen d’imposition.

d. Objectifs d’ordre écologiques :

Dans la période récente, de nouvelles préoccupations ont émergé,


par exemple la lutte contre les pandémies ou contre la dégradation
de l'environnement, pour lesquelles l'instrument fiscal semble
pertinent.

Au vue de toutes ces modifications climatologiques dues en


majeure partie à une industrialisation effrénée, l’idée d’une fiscalité
écologique ou la création d’une écotaxe ou encore un impôt vert,
semble émerger dans les pays européens pour prévenir et limiter
des dangers de la pollution industrielle.

De très nombreux mécanismes d'incitation fiscale ont été mis en


œuvre pour une fiscalité au service de l’écologie tel qu’encourager
les économies d’énergie ou prévenir la pollution.

Si les objectifs de la politique fiscale se diversifient, elle reste


néanmoins soumise à un ensemble de contraintes et nécessite des
arbitrages délicats.

3. Une politique fiscale sous contrainte :

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Les pouvoirs publics disposent de marges de manœuvre limitées


pour mener leur politique fiscale. Différentes contraintes de nature
économique, culturelle ou institutionnelle peuvent en effet
intervenir, réduisant la capacité de la politique fiscale à atteindre
ses objectifs, ou limitant son ampleur. L’impôt peut également
engendrer des effets non désirés qui altèrent en retour les
mécanismes économiques. Ainsi, on peut distinguer quatre
catégories de phénomènes.

a. Les comportements des agents économiques et


l’évitement fiscal :

Les comportements des agents économiques sont


traditionnellement considérés comme un obstacle potentiel à
l’efficacité de l’impôt. Les agents économiques disposent en effet
de la faculté de reporter sur d’autres la charge d’un impôt en
manipulant les variables économiques (salaire ou prix par exemple)
qu’ils contrôlent. C’est le phénomène de la translation dont l’impact
sur les prix ou les revenus se diffuse progressivement. Au total, des
distorsions apparaissent dans les mécanismes économiques, et en
particulier dans les choix des agents. C’est la raison pour laquelle
une seconde condition d’une fiscalité efficace est que l’impôt ne
doit pas pouvoir être translaté. En d’autres termes, son poids doit
effectivement sur le redevable légal, sans possibilité de
manipulation. Bien évidemment la capacité des contribuables à
reporter la charge fiscale est aussi un obstacle à une politique
visant à améliorer le système d’incitations au sein de l’économie.

En dehors de cette capacité à reporter de manière opportuniste la


charge de l’impôt, les comportements d’évitement entravent
également la politique fiscale. Par comportement d’évitement, on
entend généralement trois catégories de phénomènes :

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• La fraude fiscale : comprend tous les procédés visant


intentionnellement à éviter l’impôt par des procédés
irréguliers. Le contribuable est donc de mauvaise foi ;

• L’évasion fiscale : regroupe tous les procédés légaux visant


intentionnellement à éviter l’impôt, le contribuable étant de
mauvaise foi ;

• L’optimisation fiscale peut parfois utiliser les mêmes


procédés que l’évasion, mais ici le contribuable est de bonne
foi.

b. Acceptation ou contestation de l’impôt :

L'évitement fiscal, ou la délocalisation peuvent dans certains cas


s'analyser comme des manifestations du refus de l'impôt et de la
contestation du pouvoir coercitif exercé par l'Etat. En effet, dans les
sociétés modernes, le consentement à l'impôt est l'un des
fondements de la démocratie représentative. En France par
exemple, il est inscrit dans le préambule de la Constitution mais il
est associé à l'exercice du pouvoir de contrainte par l'Etat qui peut
parfois apparaître comme une violation de l'autonomie individuelle.
C'est la raison pour laquelle une contrainte importante, pourtant
parfois négligée, pesant sur la politique fiscale réside dans la
problématique de l'acceptation de l'impôt.

c. Les coûts d’administration :

Outre leur impact négatif sur la politique fiscale, les


comportements d’évitement forment une part importante des coûts
d’administration qui comprennent l’ensemble des coûts spécifiques
engendrés par le processus de taxation. Dans ce cadre, le rôle de la

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politique fiscale est aussi de réduire ou d’optimiser ces coûts et


d’améliorer l’efficience des processus de taxation. On peut
décomposer ces coûts en trois catégories :

• Les coûts administratifs proprement dits comprennent


toutes les dépenses liées à la collecte de l’impôt : coûts de
collecte et de traitement des impôts ; coûts de réduction des
activités d’optimisation fiscale ; coûts de détection de la
fraude ;

• Les coûts de (non) mise en conformité : sont les coûts


encourus par le redevable en raison de l’impôt au-delà du
montant de celui-ci : coûts liés à l’obligation de se conformer
à la loi fiscale ; coûts imputables à l’effort de réduction de la
« facture » fiscale ;

• Les coûts de renforcement légal sont engendrés par le


risque associé aux stratégies d’évitement fiscal : coûts liés à
d’éventuelles sanctions pour les contribuables ; coûts de
monitoring du coté de l’administration fiscale.

d. Mondialisation, concurrence fiscale et coordination


internationale :

Pour les politiques fiscales, la mondialisation constitue une


contrainte et un défi nouveaux. En effet, la suppression des
entraves à la circulation des capitaux, des marchandises et des
personnes favorise la fraude fiscale internationale, les
délocalisations, et plus généralement la mobilité géographique des
bases d’imposition. Il en résulte l’érosion des assiettes imposables
nationales. Ce nouveau contexte est également marqué par
l’exacerbation de la concurrence fiscale entre différents Etats.

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Une politique fiscale efficace doit être définie en fonction de la


stratégie de développement économique et social choisie. Elle doit
avoir pour support un système fiscal juste, souple et adapté et doit
viser la réalisation d’objectifs clairs, cohérents et précis.

PARTIE II
SYSTEME ET POLITIQUE
FISCAL MAROCAINS
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Le Maroc a connu, à la fin des années quatre vingt une réforme


profonde de son système fiscal.

Cette reforme a été l’aboutissement d’un long processus qui a


permis de mettre en place un système moderne, cohérent surtout
qui donne aux contribuables des garanties autrement plus
importantes que celles qui lui étaient accordées auparavant.

Il faut cependant remarquer que le système à reformer reste par


certains de ces aspects, assez archaïque (existence d’un impôt
antiéconomique comme l’impôt des patentes, impôts locaux…) ; ce
qui explique l’effort de modernisation, d’harmonisation et de
simplification actuellement en cours (refonte du code de
l’enregistrement, de la fiscalité locale …). L’objectif étant la mise
en place d’un véritable « code des impôts », adapté à la réalité
économique et sociale marocaine.

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1. Description brève du système fiscal


marocain
Le système fiscal marocain repose essentiellement sur trois
impôts :

a. L’impôt sur les sociétés (I.S.) :

L’impôt sur les sociétés (I.S.) s’applique aux revenus et bénéfices


réalisés par les sociétés et autres personnes morales. Le taux de
l’I.S. est fixé à 30%, exception faite des institutions
financières qui sont imposées au taux dérogatoire de 37%.

Par ailleurs, trois taux spécifiques s’appliquent sont fixés à :

• 8,75 % pour les entreprises qui exercent leurs activités dans


les zones franches d'exportation, durant les vingt (20)
exercices consécutifs suivant le cinquième exercice
d’exonération totale ;
• 10% sur option, pour les banques offshore durant les quinze
(15) premières années consécutives suivant la date de
l’obtention de l’agrément ;
• 17,50% pour certaines entreprises hôtelières, minières,
artisanales, d’enseignement privés ou encore pour les
promoteurs immobiliers.

L’I.S. marocain se caractérise par de nombreuses exonérations


totales ou partielles, qui peuvent être permanentes ou temporaires,
régionales ou sectorielles.

b. L’impôt sur le revenu (I.R.) :

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L’impôt général sur le revenu (I.G.R.) institué en 1989 a été


remplacé par l’impôt sur le revenu (I.R.) à compter du 1er janvier
2006.

L’I.R. s’applique aux revenus et bénéfices acquis par les personnes


physiques et les sociétés de personnes. La base imposable
comprend les revenus salariaux, professionnels, agricoles (en
l’occurrence exonérés jusqu’en 2010), fonciers ainsi que les
revenus du capital.

En dehors d’une exonération pour les revenus annuels imposables


inférieurs à 24 000 dirhams, l’I.R. s’administre selon quatre taux
variant de 15% à 40%, le taux de 42% s’appliquant dès que le
revenu annuel imposable dépasse les 120 000 dirhams.

Dans une logique cédulaire résiduelle, certaines catégories de


revenus ont été intégrées à l’I.R. tout en conservant un taux propre
d’imposition : c’est notamment le cas des revenus de placement
mobiliers ou de certains revenus fonciers.

Comme pour l’I.S., de nombreuses mesures dérogatoires


contribuent à abaisser le niveau d’exposition à l’I.R.
(particulièrement dans les domaines relatifs à l’exportation et
l’immobilier).

c. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) :

La TVA s’applique aux opérations de nature commerciale,


industrielle, artisanale, de prestation de services, ainsi qu’aux
professions libérales et aux opérations d’importation.

Toutefois, les activités agricoles sont exclues du champ


d’application de la TVA et un nombre important de produits de
consommation intérieure sont exonérés

S’agissant des opérations commerciales, la TVA s’applique au


commerce de gros, quel que soit le montant de chiffre d’affaires

24
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

annuel réalisé, et au commerce de détail lorsque le chiffre


d’affaires annuel réalisé atteint 2 millions de dirhams

Un régime suspensif est prévu pour les entreprises exportatrices.

Le taux normal de TVA est de 20%. Il existe trois taux réduits de


7%, 10% et 14%. Des TVA spécifiques, fixées en dirhams par
volume, sont par ailleurs prélevées sur les livraisons et ventes
d’alcool et sur les ouvrages et articles de métaux précieux (or,
argent, platine). Les mesures dérogatoires au titre de la TVA
forment plus de la moitié de la dépense fiscale inscrite au budget
de l’Etat.

d. Autres types d’impôt :

 Les droits d’enregistrement et de timbre :

Des droits d’enregistrement et de timbre sont applicables sur de


nombreuses opérations listées. Sont notamment assujettis les
conventions par acte sous seing prive ou authentique (notarié,
adoulaire, hébraïque, judiciaire ou extrajudiciaire) portant sur les
mutations (vente, donation ou échange portant sur les immeubles,
les meubles, les propriétés commerciales), les baux, les
hypothèques, les actifs sociaux.

Les taux applicables s’échelonnent, selon la nature de l’acte, de 1%


à 6% avec des exonérations possibles. Pour certaines catégories
d’actes, ce sont des droits fixes qui sont prévus allant de 100
dirhams à 300 dirhams.

 Les taxes intérieures de consommation


(TIC) :

Les taxes intérieures de consommation s’appliquent à un nombre


restreint de biens de consommation (produits pétroliers, alcool,
sodas, tabacs,…) mais représentent 14% des recettes fiscales en
2005.

25
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

Si les TIC sont comprises entre 7 dirhams et 20 dirhams à


l’hectolitre pour les boissons non alcoolisées ; elles montent à 550
dirhams (50 euros) à l’hectolitre sur les bières et sont comprises
entre 260 dirhams et 300 dirhams à l’hectolitre sur les vins.
L’hectolitre d’alcool est taxé à 7 000 dirhams s’il est destiné à la
production de spiritueux (eaux de vie, liqueurs, autres boissons
fortement alcoolisées), mais à 200 dirhams s’il s’agit d’alcool
dénaturé (usage industriel) ou à destination pharmaceutique.

La TIC s’applique à hauteur de 59,4% sur le prix de vente public


des tabacs autre que les cigares et à hauteur de 15% sur les
cigares.

La TIC sur les produits énergétiques s’applique selon une grille


détaillée, à l’hectolitre ou à la centaine de kilos, sur un tarif allant
de l’exonération à 376,40 dirhams.

 Les droits de douanes :

Le barème tarifaire marocain reste complexe, avec une série de


huit taux pour les biens et services non agricoles (et 38 taux allant
de 2,5% à 50% y compris les taux pour les produits agricoles. La
persistance observée des recettes douanières malgré l’application
progressive de l’accord d’association avec l’Union européenne
depuis le début de la décennie s’explique par le dynamisme des
importations et par la modernisation de l’administration chargée du
recouvrement douanier.

Les principales mesures fiscales adoptées durant les dernières


années reflètent la volonté de moderniser le système fiscal et de
l’harmoniser avec les meilleures pratiques internationales.

Par ailleurs, en vue d’assurer une meilleure répartition de la charge


fiscale des mesures d’élargissement de l’assiette fiscale sont
introduites en matière de TVA, d’IS et d’IR qui constituent le noyau
de la réforme fiscale en cours.

26
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

2. Les grandes orientations de la politique


fiscale marocaine :

En analysant la politique fiscale actuelle, on s’aperçoit qu’il existe


une série de mesures visant à atteindre plusieurs objectifs. Ces
mesures peuvent se résumer comme suit :

• La consolidation des recettes fiscales et la


rationalisation des dépenses fiscales ;

• Elargissement de l’assiette et renforcement du


rendement de la fiscalité;

• Incitation à l’épargne et l’investissement;

• Amélioration de la compétitivité entre entreprises

• Simplification, modernisation et harmonisation du


système fiscal;

a. Consolidation des recettes fiscales et rationalisation


des dépenses :

La ventilation des dépenses fiscales évaluées par type d’impôt


permet de préciser la part des dépenses afférentes à chaque impôt
et sa part dans les recettes propres de l'impôt considéré.

Par impôt, ces dépenses se présentent comme suit :

27
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

Les dépenses fiscales les plus importantes concernent la taxe sur la


valeur ajoutée : 97 mesures dérogatoires évaluées pour un
montant de 13.768 MDH en 2008. Si on exclut de ce montant les
dépenses fiscales afférentes aux réductions de taux, l’estimation
s’élève à 9.892 millions DH en 2008.

Les dépenses fiscales bénéficient pour une grande part aux


activités immobilières pour un montant de T.V.A de 1.177 millions
DH en 2008, sur un montant global de 4.526 MDH, tous impôts
confondus.

En matière d’impôt sur les sociétés, le montant des dépenses


fiscales estimées est de 3.529 MDH en 2008. La plupart de ces
dépenses bénéficient aux entreprises (3.452 MDH dont 1.378 MDH
concernent les exportateurs)

Quand aux droits d’enregistrement et de timbre, le montant des


dépenses fiscales y afférent est de 3.856 MDH, soit 14% de
l’ensemble. Elles portent sur les acquisitions immobilières pour
2.287 MDH.

Les dépenses fiscales estimées au niveau de l’impôt sur le revenu


laissent apparaître un montant de 3.246 MDH dont 1.595 MDH en
faveur des ménages.

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Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

Avec un montant de 1.361 MDH, les taxes intérieures de


consommations interviennent pour 5% dans l’ensemble des
dépenses fiscales qui portent essentiellement sur le fuel et autres
carburants utilisés par les centrales électriques, la pêche et le
transport maritime.

Les dépenses fiscales relatives aux droits d’importation s’élèvent à


1.184MDHS (soit 4 %) et concernent surtout les biens d’équipement
au titre des grands projets d’investissement et les véhicules
économiques et utilitaires.

a. Mesures d’élargissement de l’assiette fiscale :

Les multiples mesures d’élargissement de l’assiette fiscale ont visé


la réduction des taux en vigueur. Ainsi, la Loi de Finances 2008 a
supprimé la déductibilité des dotations aux provisions non
courantes, a prévu à partir de l’exercice 2009 la fin de
l’exonération au titre de différents impôts pour les promoteurs
immobiliers à l’occasion de la construction de logements sociaux et
a inséré un planning pour le passage des taux réduits dont
bénéficient certains secteurs et opérations au titre de l’IS et de l’IR
aux taux normaux sur la période 2011- 2015. En outre, les profits
de cession de valeurs mobilières au titre de l’IR ont été imposés au
taux de 15% au lieu de 10%.

La Loi de Finances 2008 a également prévu le passage du taux


réduit de l’IS qui profite aux entreprises exportatrices installées
dans les zones franches de 8,75% à 17,5% à partir du 1er janvier
2011 et l’augmentation progressive du taux réduit de l’IS de 17,5%
qui profite aux autres entreprises à raison de 2,5 points chaque
année entre 2011 et 2015.

S’agissant de la TVA, une réforme a été lancée visant


l’élargissement de l’assiette par la réduction des exonérations et le
réaménagement de la taxation de certains produits et services. De

29
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

ce fait, un certain nombre de produits et services exonérés ont été


soumis à la TVA (2005-2008).

Les opérations de crédit-bail ont été soumises à la TVA au taux


normal de 20% au même titre que les intérêts sur les prêts
accordés et reçus par le Fonds d’Equipement Communal à la TVA.
Aussi une dotation budgétaire a-t-elle été substituée à
l’exonération de la TVA au profit des agences pour le
développement économique et social.

En outre, l’exonération permanente de la TVA sur les


immobilisations accordées aux entreprises a été limitée à 24 mois.
Il a été également procédé à la limitation du régime suspensif aux
seules opérations d’exportation.

La réforme de la TVA se poursuivra dans le sens d’une meilleure


simplification afin de réduire progressivement le butoir à travers le
passage progressif à deux taux, la réservation du taux zéro aux
seules entreprises exportatrices et de transport international et de
la simplification des procédures de remboursement de TVA. Il est
prévu également d’harmoniser les seuils d’assujettissement en
matière de TVA et d’IR.

La réforme portera également sur les autres impôts dans le sens de


la révision progressive de la charge fiscale en liaison avec
l’élargissement de l’assiette. Il s’agit, en particulier, de la réforme
de l’IS dans le sens de la baisse des taux avec l’objectif d’atteindre
à moyen terme un taux de 25%.

Par ailleurs, un effort particulier sera mené pour faciliter


l’intégration du secteur informel dans l’économie organisée, par le
biais fiscal et douanier. L’objectif recherché est de garantir un
environnement compétitif et favorable à l’entreprise citoyenne et
de favoriser l’investissement et le développement local. Dans ce
sens, l’analyse des dérogations fiscales sera approfondie de

30
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

manière à évaluer les impacts budgétaires et économiques des


dépenses fiscales et ce, dans la perspective d’optimiser le recours
à ce type d’incitations.

Conformément aux Orientations Royales, des mesures vont être


prises par le Gouvernement en vue de la prorogation, jusqu'à fin
2013, du régime fiscal agricole en vigueur actuellement. A partir de
2014, il est prévu de mettre en place un régime d'impôts en
matière agricole, fondé sur les principes de justice fiscale et de
solidarité sociale, ainsi que sur la nécessaire préservation de la
compétitivité des activités agricoles et ce, dans le cadre de la
cohérence globale du système fiscal national. Le nouveau régime
fiscal envisagé devrait être adopté et mis en application à compter
de la loi de finance 2014.

a. Mesures d’ordre social et de soutien à l’emploi

Les mesures fiscales visant à appuyer les secteurs sociaux


adoptées au cours des dernières années ont porté sur l’exonération
des promoteurs immobiliers de tous impôts et taxes au titre des
opérations de construction de logements à valeur immobilière
inférieure à 140.000 dirhams et à superficie de 50 à 60 m², à
l’application d’un taux de droit d’importation réduit de 2,5% au
bénéfice des opérations d’importation de véhicules destinés aux
personnes handicapées, et à la baisse de la durée d’habitation de
10 à 8 ans exigée pour bénéficier de l’exonération de la taxe sur les
profits immobiliers.

Par ailleurs, en vue de se conformer aux engagements du


Gouvernement visant la réduction de la charge fiscale sur les
salaires, la Loi de Finances 2007 a introduit une importante mesure
réaménageant le barème d’imposition de l’IR en élevant le seuil
exonéré de 20.000 dirhams à 24.000 dirhams, en créant une
tranche supplémentaire pour les salaires compris entre 60.000 et

31
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

120.000 dirhams taxée au taux de 40% et en réduisant le taux


marginal de 44% à 42%.

Des mesures en faveur de la promotion de l’emploi ont également


été introduites. Il s’agit notamment de la prorogation de
l’exonération de la TVA jusqu’au 31 décembre 2010 au profit des
opérations de microcrédit et du relèvement de l’indemnité
mensuelle de stage bénéficiant de l’exonération au titre de l’IR, de
4.500 dirhams à 6.000 dirhams en 2006.

1. La modernisation de l’administration fiscale

La mise en œuvre de la Réforme fiscale s’est accompagnée de la


question de l’outil capable de la faire aboutir. Fallait-il garder le
même schéma d’organisation, fondé sur la séparation entre les
fonctions de recouvrements, confiées à la Trésorier Générale du
Royaume, et celles dites d’assiette assignées à la Direction des
impôts ? N’était-il pas opportun d’anticiper et de faire appel à des
démarches de gestion ou d’organisation qui se développaient dans
le secteur privé ou dans les autres pays ?

Avec la consolidation du processus démocratique, l’essor de la


société civile, les contribuables réagissent en citoyens et refusent
d’être traités en tant que simples redevables. L’approche de
puissance publique, centralisatrice, correspondant aux fonctions
régaliennes jusqu’alors reconnues à l’administration fiscale, devait
être abandonnée.

Ainsi, la nécessité de moderniser l’administration fiscale est


devenue un impératif pour réussir cette réforme fiscale. Une
modernisation qui s’est reposée sur quatre aspects :

• Le développement de l’autonomie de gestion ;

• La réorganisation des structures ;

• La mise en valeur des ressources humaines ;

32
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

• L’ouverture sur l’environnement.

a. Le développement de l’autonomie de gestion

En tant que levier de modernisation et aussi d’efficacité,


l’autonomisation de la gestion peut être conçue à tous les échelons
de l’administration. Néanmoins, c’est dans la création et la
responsabilisation des unités déconcentrées que le processus
trouve son champ d’expression principal. Il a été révélé que
l’essentiel des ressources humaines opère dans les services
extérieurs. De même que la quasi-majorité des décisions et autres
actes de gestion sont initiés au niveau local.

Partant de ce constat, la déconcentration et la responsabilisation la


plus poussée des échelons les plus proches du terrain ont été les
meilleurs choix possibles. Concrètement, les onze (11) directions
régionales, dont celle de Casablanca regroupant sept (7) directions
préfectorales, qui quadrillent l’ensemble du territoire national, ont
été dotées de tous les pouvoirs et moyens pour résoudre les
problèmes posés à leur niveau. L’élévation des seuils de
compétences des responsables régionaux a donné un contenu
concret à la notion de proximité.

b. La réorganisation des structures :

• La mise en place d’une organisation orientée client

La connaissance progressive de la population fiscale a permis de


faire évoluer l’administration vers une organisation orientée clients.
En effet, un effort particulier est fourni pour personnaliser les
services rendus à chaque catégorie de contribuables. Ainsi, une
nouvelle formule d’organisation fondée sur une spécialisation

33
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

adaptée à la législation fiscale est adoptée. Concrètement, la


démarche a consisté en la création d’un service des grandes
entreprises, déjà opérationnel dans les directions régionales de
Casablanca et de Rabat, des subdivisions chargées des personnes
morales et des subdivisions chargées des personnes physiques où
sont fusionnés les travaux d’assiette et de traitement du
contentieux, l’objectif étant de mettre en place un interlocuteur
fiscal unique.

• La mise en place d’une administration «


multiservices »

Dans le même ordre d’idées, la démarche adoptée par la direction


des Impôts a aussi consisté à regrouper en un même lieu les
différents services fiscaux, pour lutter contre l’éparpillement ainsi
que la complexité des circuits et des démarches administratifs.
L’expérience pilote a été menée au sein des directions régionales
de Rabat, de Tanger et de la direction préfectorale de Ain Chok-Hay
Hassani avec la mise en place d’une administration « multiservices
». Cette organisation est appelée à se généraliser et à s’étendre à
toutes les directions régionales.

c. La mise en valeur des ressources humaines :

Le poids pris par l’innovation et la capacité d’adaptation dans le


processus de création de la valeur tendent à faire du capital
humain un véritable vecteur stratégique. Cette donné est d’autant
plus importante que l’action de toute organisation s’inscrit
désormais dans un contexte informationnel en perpétuel essor.
Aussi, a-t-il été décidé d’accorder une attention particulière à la
mise en valeur des ressources humaines.

Ce choix se traduit, entre autres, dans la valorisation des


compétences par des nouvelles nominations de personnes
méritantes aux postes de responsabilité. Il se traduit également

34
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

dans la mise en œuvre d’une démarche de participation active de


ces ressources à la définition des objectifs de la direction.

Cependant, la valorisation des ressources humaines se concrétise


surtout dans la mise en œuvre d’une politique de formation,
repensée à la lumière des nouveaux besoins et des nouvelles
contraintes.

d. L’ouverture sur l’environnement

Pour pouvoir se libérer de ses propres pesanteurs, du poids de « la


culture d’entreprise » qui, souvent, bloquent l’initiative et
l’innovation, toute organisation a besoin de s’ouvrir sur le
monde extérieur. C’est cette ouverture qui, par un effet de
miroir, lui permettra de se comparer, d’enrichir son horizon et
de reformuler en conséquence les problèmes. Dans la ligne de
cette analyse, les responsables de la direction ont sciemment
érigé l’ouverture sur l’environnement en impératif stratégique.
La communication, la concertation et la transparence ont servi
de supports à cet effet.

• La communication

A travers les actions de communication, l’administration fiscale vise


à recentrer toutes ses missions autour du contribuable et à établir
avec celui-ci une relation de confiance. Il s’agit de mettre à la
disposition de celui-ci une information fiable et claire de nature à
réduire les incompréhensions et donc les occasions de contentieux.
L’objectif ultime de la direction est de renforcer l’adhésion à l’impôt
et la promotion du civisme fiscal.

• La concertation

35
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

Dans le même ordre de préoccupations, la direction des impôts a


fait le choix de développer sa capacité d’écoute pour répondre aux
attentes de ses partenaires.

Concrètement, les opérateurs économiques sont invités, à travers


leurs organisations respectives, à participer à l’élaboration et à
l’enrichissement des projets de lois de finances. Ils sont également
sollicités pour donner leurs avis sur les projets de notes circulaires.
La fréquence et la permanence des rencontres avec les ordres
professionnels et les chambres de commerce ont favorisé
l’institutionnalisation de la concertation.

• La transparence

La question de la transparence est abordée au niveau de la


direction des impôts notamment en relation avec le contrôle fiscal
et la lutte contre l’économie informelle.

Le contrôle fiscal, corollaire du système déclaratif, outre son rôle


dissuasif, permet à l’administration d’avoir un rôle pédagogique en
amenant le contribuable à prendre conscience de ses obligations
civiques en matière fiscale. Ce contrôle, qui s’opère dans un cadre
respectant les droits et garanties des contribuables, permet de
protéger les contribuables transparents contre toute forme de
concurrence déloyale.

Le risque est de voir les entreprises manquer le rendez-vous de la


transparence. En effet, pour être profitable à tous, la transparence
devrait être aussi l’œuvre des entreprises. Il est clair que
l’instauration d’une plus grande transparence permet au contrôle
fiscal d’assurer sa mission première qui consiste à réguler le
système fiscal et d’éviter le recours à des mesures exceptionnelles
de régulation comme les mises à niveau comptable ou les
amnisties.

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Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

CONCLUSION

Arme efficace de politique économique et sociale dans les


pays développés, la fiscalité dans les pays en voie de
développement ne contribue pas d’une manière
satisfaisante au développement car elle est souvent
inadaptée aux structures socio-économiques. De par ses
principes, ses objectifs et les moyens qu’elle met n
œuvre, la politique fiscale de ces pays n’arrive pas à
mobiliser les potentialités d’épargne afin de favoriser
l’accumulation du capital et par là l’investissement. Elle
n’arrive pas non plus à opérer une meilleure
redistribution des revenus pour atténuer les injustices
sociales, souvent au seuil de l’intolérable.

D’autre part, la politique fiscale demeure tributaire des


décisions politiques des gouvernants. Elle est par
conséquent sujette à l’incohérence et l’instabilité, car
souvent, une loi de finance défait ce que la loi précédente

37
Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

a apporté. Instabilité qui peut être fatale pour


l’investissement qui cherche à se développer dans un
environnement politique et juridique stable.

Au Maroc, plusieurs chantiers et réformes ont été


entrepris pour une fiscalité plus harmonieuse, souple et
cohérente. Des mesures fiscales incitatives ont vu le jour
pour promouvoir l’attractivité de l’économie marocaine
notamment par l’amélioration de la compétitivité fiscale
et douanière. A cet égard, la politique fiscale marocaine
évolue dans le sens de la baisse des tarifs.

BIBLIOGRAPHIE

• « Finances publiques » de Loïc Philip ;

• « Les Finances de l’Etat Au Maroc » de Anas

Bensalah Zemrani ;

• « L’Etat, acteur économique » de Luc Weber ;

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Master Finance et Management des
Institutions Financières 2008-2009

• « Finances publiques: une approche

économique » de Alain Euzéby et Marie-luise

Herschtel ;

• Rapport sur les dépenses fiscales (Projet de loi

de 2009) ;

• Principales mesures fiscales par objectif de

1990 à 2008.

39

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