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Partie I – Chapitre 3 : Les différentes

formes d’organisation économique et


sociale

Introduction :
On marque la différence entre un système et une organisation (ou un
régime) économique)
Un système est un modèle structuré et cohérent, autrement dit une
représentation abstraite d’une situation économique réelle. Un
système d’organisation économique est défini par :
la manière dont les hommes s’organisent pour produire, consommer et
répartir les richesses
la nature des rapports qu’ils entretiennent dans les différents actes
économiques de production, de consommation et de répartition.
Une organisation économique ou régime économique renvoie à
l’application pratique du système mis en œuvre. Ainsi, il existe
différentes ormes d’organisation économique aux logiques de
fonctionnement opposées : le capitalisme et le communisme.

I. Un ou des systèmes capitalistes ?


A. Les composantes systémiques du capitalisme
Le capitalisme en tant qu’idéal-type est un système articulant des traits
spécifiques : les formes concrètes du capitalisme sont le produit d’une
longue évolution et sont manifestées de manière différente dans le temps
et l’espace.

Idéal-type (Fiche) : Ce concept est forgé par Max Weber. Il désigne une
représentation modélisée, « stylisée », d’une réalité sociale donnée
(phénomène religieux, stade du capitalisme, organisation
bureaucratique…). On obtient un tel « idéal-type » en accentuant
délibérément les traits les plus significatifs selon le point de vue adopté (le
but de la recherche, le rapport aux valeurs).
NB : Le qualificatif « idéal » n’a pas de contenu normatif, mais renvoie
seulement à la pureté conceptuelle de la construction (qui relève du
monde des idées, pas de la réalité). Il ne s’agit pas de reproduire la
complexité du réel, fût-elle simplifiée, mais de fournir une perspective
cohérente, une réalité singulière.
On revient ultérieurement sur ce concept pour comprendre ce qu’est
l’idéal-type de l’entrepreneur capitaliste conceptualisé par Max Weber
dans L’Éthique protestante (1905).

1. L’idéologie libérale
• Principes
Le libéralisme est né au XVIIIe siècle. Son principe fondamental repose
sur la liberté individuelle, c’est-à-dire l’autonomie et la libre initiative des
individus dans l’organisation de leur existence. C’est un terme
polysémique, qui désigne à la fois :
- l’économie de marché, entre initiative privée et libre concurrence
- la garantie problématique par la loi des libertés individuelles au sein
de la cité (pourquoi « problématique » ?)
- une vision du monde essentiellement dynamique et perfectible
(dimension philosophique de la notion sur laquelle je m’attarderai
moins).

Sur le plan économique, les conceptions libérales sont attachées à:


- la liberté de la propriété privée,
- la libre concurrence,
- la liberté du travail.
Le libéralisme favorise l’expansion du capitalisme au XIX e siècle, il est le
cadre de la croissance économique et permet le développement du capital
et de la grande entreprise. Mais libéralisme et capitalisme ne sont pas
synonymes : le libéralisme n’est pas un système économique mais un
modèle de fonctionnement et de régulation. Le capitalisme peut être plus
ou moins libéral.
http://sites.radiofrance.fr/chaines/France-
culture/emissions/chemins/archives.php

Fiche : Il faut relire Adam Smith ! Cet homme n’est pas celui que vous
croyez.

L’utilitarisme : courant de pensée dû à un philosophe anglais Jeremy


Bentham (1748-1832) fondé sur le fait que le comportement et le choix
des individus sont rationnels, ils résultent d’un calcul visant à maximiser la
quantité de plaisir et à minimiser la quantité de peine. Le bonheur étant
défini ici comme la différence entre les plaisirs et les peines. Dans la
théorie utilitariste, les individus recherchent leur bonheur qui passe par la
maximisation d’un intérêt matériel. Il en découle le principe de l’Homo
oeconomicus : les choix résultent du souci de tirer le meilleur parti des
ressources dont un individu dispose. Ces choix sont donc cohérents et
hiérarchisés.
Notons que sur ce point, Bentham ne fait pas l’unanimité. Ainsi, pour
Adam Smith, les hommes ne sont pas rationnels : pour Smith, ce sont les
passions qui mènent les hommes.

• Structures
La structure juridique fondamentale du capitalisme est la propriété
privée des moyens de production. Le capital est propriété privée,
c’est-à-dire d’individus, de particuliers. La production s’effectue dans des
entreprises privées et non publiques. Les entreprises peuvent être
individuelles (propriété d’une seule personne) ou des sociétés, par actions
par exemple.
Au niveau des structures techniques : le capitalisme repose sur le
machinisme, c’est-à-dire l’utilisation de machines et de nouvelles
technologies issues de la recherche. Cette mécanisation a pour
conséquence une division accentuée du travail (la fameuse « manufacture
d’épingles » d’Adam Smith), la volonté d’accroissement de la productivité
et d’élargissement des marchés.
Fiche : « Raisonner sur les épingles : l’exemple d’Adam Smith sur la
division du travail

• Rôle de l’Etat
Dans le libéralisme économique, le rôle de l’Etat et son action économique
sont limités. L’Etat ne doit pas intervenir car il perturbe les mécanismes
du marché. Par exemple, les prix se fixent sur le marché en fonction des
décisions des agents économiques. Pourtant, des économistes libéraux
reconnaissent la nécessité d’un Etat-gendarme qui s’occupe seulement
des fonctions régaliennes : défense, justice, police. Pour d’autres, l’Etat
est obligé, au contraire, d’intervenir quand le marché est défaillant ou
impuissant comme la production de biens collectifs.
Les effets externes sont les conséquences positives ou négatives de
l’activité d’un agent économique sur d’autres agents économiques, qui ne
sont pas pris en compte par le système des prix ou le marché.
→ Exemple d’effets externes positifs : l’éduction qui a un coût mais qui
permet aux salariés d’être plus productifs car plus instruits.
→ Exemple d’effets externes négatifs : la pollution engendrée par une
entreprise de transport routier. Or, dans la théorie néoclassique, on ne
tient pas compte des effets externes.

2. La régulation du capitalisme par les mécanismes du


marché
Le fonctionnement du système capitaliste repose sur le marché, c’est un
système d’économie de marché. Théoriquement, la régulation par le
marché fonctionne à condition que la concurrence soit pure et parfaite. La
concurrence est une situation de compétition, de confrontation déclarée
ou possible entre un nombre plus ou moins élevé de vendeurs et
d’acheteurs. Dans une situation de concurrence pure et parfaite, la
fixation d’un prix d’équilibre de marché repose sur le jeu de la loi de
l’offre et de la demande. Les demandeurs, supposés rationnels,
déterminent les quantités qu’ils désirent acheter en tenant compte du prix
auquel ils peuvent se procurer la marchandise recherchée.
La fonction de demande est une fonction décroissante des prix. La
fonction d’offre est une fonction croissante des prix. L’intersection des
fonctions d’offre et de demande constitue le prix d’équilibre du marché
qui est supposé garantir la meilleure satisfaction des intérêts des offreurs
et des demandeurs. L’information et le jeu libre de l’initiative individuelle
doit assurer l’autorégulation du système (« main invisible ») qui fait
coïncider satisfaction personnelle et intérêt général.
Fiche : Loi de l’offre et de la demande et équilibre du marché

B. Evolution historique et diversité des capitalismes

1. L’économie avant le capitalisme

La réflexion sur les problèmes économiques, les questions économiques,


est ancienne. On trouve des remarques économiques dans la Bible ou
chez Aristote. Mais, pendant longtemps, cette réflexion reste subordonnée
à des principes moraux, éthiques ou religieux, les valeurs les plus
importantes étant religieuses et morales. Certaines pratiques sont
interdites car réprouvées moralement (le prêt à intérêt). L’économie
n’existe pas comme discipline autonome car d’autres principes priment.
Pour les philosophes grecs comme pour les économistes du Moyen Age,
l’économique restait soumise à de grands desseins éthiques. Les uns et
les autres n’ont pas cherché à expliquer les phénomènes économiques
mais se sont efforcés d’élaborer un ensemble de conseils et de règles
morales relatives à la vie économique inspirés par un idéal de modération
dans la recherche de la richesse. Cet idéal fut emporté par les profondes
transformations qui, au 16ième siècle, résultèrent des grandes découvertes
et du mouvement de réforme générale de la vie économique et sociale qui
s’ensuivit. Ainsi cesse la subordination de l’Economique à l’Ethique
(sources : Economie contemporaine, Tome 1, Denise Flouzat, PUF)

• Les Grecs ont-ils inventé le capitalisme ?


- L’école socratique : composée de philosophes ayant suivi l’enseignement
de Socrate (470-399 av JC) comme Xénophon, Platon, Aristote.
Ces philosophes ont surtout une réflexion politique (portant sur la vie de la
cité : polis), sur les affaires publiques, le pouvoir, la justice et les questions
de prospérité des cités et de distributions des richesses.
Xénophon (426 – 354 av JC) écrit L’économique et les Revenus : le mot
économie vient du grec : oikos (la maison) et nomos (l’administration) :
économie désigne donc au début uniquement les règles de gestion
domestique. Ces ouvrages mettent en avant le rôle fondamental de
l’agriculture dans la production de richesse et montrent que presque tous
les produits consommés en sont issus. Xénophon met en valeur le rôle de
l’épargne mais sans la relier explicitement à l’investissement ni à la
croissance. Dans les Revenus, il analyse les ressources de l’Attique et
propose d’exploiter plus intensément les mines d’argent du Laurion et
d’augmenter l’activité du port d’Athènes, le Pirée (premières analyses en
termes de flux).
Les réflexions de Platon (428-348 av JC) s’écartent de la vie matérielle et
ont une portée plus philosophique. Dans La République, il brosse le
portrait d’une cité idéale où le pouvoir résulterait de l’harmonie entre
l’individu et la société. Ainsi, Platon imagine un système communiste
original (s’appliquant à une communauté de 5000 citoyens). Les
catégories sociales ne sont pas abolies mais elles reposent sur la sélection
et non pas sur l’hérédité. La division du travail doit être très stricte. Les
guerriers défendent la cité et assurent la sauvegarde des mœurs. Afin de
les préserver de toute corruption, ils ne doivent pas avoir le droit de
pratiquer des activités économiques. Famille et propriété privée sont
abolies pour cette catégorie au sommet de la hiérarchie. En bas de celle-
ci, artisans et commerçants peuvent bénéficier quant à eux de la propriété
privée. Cette « cité idéale » n’est qu’un monde virtuel, un modèle de
réflexion où l’activité économique n’est qu’un pis-aller : prospérité et
richesse ne sont pas une fin en soi.
Aristote (384-322 av JC) dans La Politique et l’Ethique à Nicomaque,
envisage l’organisation de la cité de manière plus pragmatique. Au
communisme platonicien, il oppose l’administration familiale, qu’il
considère comme la base de toute société. La gestion domestique repose
sur un système esclavagiste. Comme les instruments de production, les
esclaves sont des instruments de l’action, indispensables à la satisfaction
des besoins domestiques. Aristote fait une distinction entre deux types de
richesses : la « véritable » concerne les biens indispensables à la vie. La
« fausse » concerne les biens superflus. Tout l’art du maître réside dans sa
capacité d’acquérir et de se servir de la véritable richesse par un juste
compromis entre la consommation et l’épargne. La finalité de l’existence
n’est pas l’accumulation de richesses mais la « vie heureuse ». Le mieux
serait de pouvoir vivre en autarcie mais cet objectif n’est pas accessible
car les échanges soit par troc soit par commerce sont nécessaires. A la
justice distributive de Platon, où les biens sont partagés de manière
égalitaire entre les citoyens, Aristote préfère la justice commutative : un
équilibre dans l’échange résultant de la satisfaction commune de chaque
partie. Il s’intéresse aussi au rôle de la monnaie dans les échanges : il lui
donne une première définition : étalon de valeur définie par les
dimensions, le poids et par l’imposition d’une emprunte pour éviter d’avoir
sans cesse à la peser. C’est ainsi un instrument de transaction et
d’épargne. Selon lui, la monnaie n’est pas la richesse. Elle ne doit être
qu’un simple intermédiaire des échanges et c’est par perversion qu’elle
est devenue principe et fin de l’échange commercial. Aristote rejoint ainsi
Platon dans la condamnation de l’enrichissement. Il oppose la
chrématistique (art d’acquérir des richesses) « naturelle » qui consiste à
acquérir les richesses nécessaires à la vie, à la chrématistique mercantile
qui consiste à acquérir un bien non pas pour sa fonction mais seulement
pour le fait de le posséder. L’activité économique est donc condamnée
lorsqu’elle s’écarte de la juste satisfaction des besoins familiaux.

- Débat sur la nature de l’économie antique : les Grecs vivaient-ils en


autarcie en ignorant commerce et industrie ou pratiquaient-ils le
capitalisme ?
(Source : Christophe Pébarthe, maitre de conférences à l’Université
Bordeaux III,
L’Histoire n°330, avril 2008).

2 théories :
1°) pour les Primitivistes, comme l’historien Moses Finlay,
l’économie antique échappe aux principes contemporains de l’économie :
les échanges jouent un rôle secondaire dans l’économie, l’idéal est
l’autarcie (l’exploitation de son territoire doit suffire aux besoins des
habitants). Le commerce se déroule surtout à l’échelle locale, seuls les
produits de luxe sont échangés sur des distances plus importantes. La
production destinée à l’exportation est faible. L’économie ne dicte pas les
comportements individuels.
2°) pour les modernistes, dont le principal représentant est le russo-
américain Michael Rostovtzeff, il n’y a pas de différence de nature entre
l’économie antique et l’économie moderne. Capitalisme : ensemble des
comportements, activités, rapports sociaux qui s’inscrivent dans une
perspective d’accumulation.
Economie de marché est définie par le fait que :
 les agents économiques agissent pour satisfaire un besoin individuel
au moyen d’un calcul rationnel par exemple en cherchant le meilleur
rapport qualité/prix ou en profitant au profit.
 Les offreurs et les demandeurs ont des intérêts divergents puisque
les premiers veulent des prix élevés et que les seconds veulent des
prix bas.
 Cette confrontation est résolue par l’établissement d’un prix qui tend
à être unique pour des transactions identiques.
Ainsi le monde grec au Ve et au IVe siècles avant Jésus Christ connait cette
rationalité économique. Ex : les mines de plomb argentifère du Laurion
(sud-est de la ville d’Athènes) ont permis à partir du VIe siècle avant JC la
production de pièces d’argent (les drachmes avec une chouette
représentée dessus). Or les Athéniens n’ont pas hésité à faire de lourds
investissements pour financer des équipements destinés à enrichir le
minerai extrait. Les Grecs ont en effet intégré à leur réflexion une variable
économique, le prix du charbon (indispensable à la séparation de l’argent
et du plomb). Ainsi, ils obtenaient de l’argent deux fois moins cher que
celui importé.
L’existence d’une économie de marché suppose aussi des prix libres. Pour
certains produits essentiels, la Cité déterminait un prix officiel, non pas un
prix fixé mais d’un prix conseillé ou un prix de références pour les
importations (preuve qu’il y avait du commerce entre cités). Mais les
marchands demeuraient libres de vendre leur cargaison aux prix de leur
choix. En 386 av JC, à Athènes, des revendeurs de blé ont spéculé afin de
faire plus de bénéfices : ils ont acheté du blé au prix le plus bas auprès
d’importateurs dans le port du Pirée et l’ont revendu au plus cher sur
l’Agora. Lors du procès qui leur est intenté, l’orateur Lysias dénonce de
telles pratiques mais ne réclame pas d’intervention directe sur les prix,
sachant que l’approvisionnement d’Athènes dépendait du marché et qu’il
serait menacé par sa disparition. Il y a donc une économie de marché
dans le monde grec. Mais la part de l’autoconsommation, de l’économie
domestique non monétarisée reste importante : un agriculteur grec du Ve
siècle av JC après avoir payé ses impôts, nourri sa famille et ses esclaves
dispose encore de 15 à 20% de sa récolte. Une fois cette part vendue, il
peut acheter de l’outillage, des esclaves. Le prix des céréales sur le
marché urbain apparait essentiel pour la survie de l’exploitation agricole.
Le marché ne s’oppose donc pas à l’autoconsommation, il en est une
condition.
• L’économie de la Rome antique
- Les patriciens et la plèbe sous la République romaine :
l’émergence de classes sociales ?
Jusqu’au 3e siècle av JC, les Romains conservent les habitudes et la
manière de vivre d’un peuple paysan. La plupart d’entre eux sont des
ruraux qui travaillaient dur. Pourtant, il y a des différences de fortune qui
se marque surtout dans la quantité de terres et d’esclaves possédés plus
que dans le luxe quotidien. Les Romains les plus riches sont ces grands
propriétaires, les Patriciens, des nobles appartenant à l’aristocratie.
Les guerres puniques contre Carthage, une puissante et prospère ville
fondée par les Phéniciens sur la rive africaine de la Méditerranée (3e – 2e
siècles av JC) vont enrichir paradoxalement Rome. Un commerce maritime
intense entre Carthage et l’Orient permet d’échanger des étoffes
précieuses, des meubles, de l’or, du bois, des bijoux… L’agriculture
carthaginoise également très prospère grâce à de bonnes techniques
agronomiques fait la fortune de grands propriétaires. Le conflit avec les
Romains est né de la rivalité des deux cités sur la Sicile, très riche
productrice de blé. En 147 av JC, Rome mène son dernier combat contre
Carthage et rase la ville : Rome devient la 1e puissance méditerranéenne.
Avec l’afflux de richesses consécutives aux Guerre puniques et aux
grandes conquêtes des 1er et 2e siècles apparait la luxuria, c’est-à-dire la
consommation privée du luxe. La plèbe bénéficie aussi d’un revenu en
hausse ce qui lui permet de vivre dans des habitations construites en ville
avec des pièces plus nombreuses et de travailler dans des boutiques
ouvertes sur la rue. Les Patriciens plus riches possèdent à la campagne
(souvent en Campanie) une ou plusieurs villas luxueuses entourées d’un
parc. Le mobilier devient plus abondant et plus riche avec des
incrustations d’ivoire et de métaux précieux. Parallèlement à Rome, toute
une partie de la population vit dans des immeubles à plusieurs étages plus
ou moins modestes.
Les guerres perpétuelles ruinent les petits propriétaires partis servir dans
l’armée. Les riches en profitent pour racheter à faible prix leurs terres. Les
meilleures terres conquises ne sont pas réparties entre les citoyens mais
laissées à leurs anciens propriétaires, les moins bonnes tombent dans le
domaine public. Ainsi la richesse d’une minorité à Rome se fait au
détriment d’une plèbe de plus en plus nombreuse et miséreuse. En plus
les esclaves fournissent une main d’œuvre bon marché, il n’y a donc pas
beaucoup de travail pour les hommes libres. Après la fin des guerres, les
soldats licenciés tombent dans la misère. Les pauvres vont trouver un
avocat dans la personne des frères Graccus. Le premier, Tiberius, élu
tribun du peuple en 133 av JC propose des réformes interdisant aux riches
de posséder des propriétés trop grandes et rendant les terres du domaine
public aux citoyens. Tiberius est assassiné par des aristocrates en plein
Capitole. Le second Caius reprend la politique de son frère quelques
années plus tard : vente de blé aux pauvres à un prix inférieur au marché.
Les nobles provoquèrent une émeute contre Caius qui se suicida. Un fossé
profond sépare désormais la classe dirigeante du petit peuple.
- L’Empire : une première mondialisation ?
C’est au 2e siècle après JC, sous la dynastie des Antonins (empereurs
Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle) que l’Empire romain connait sa plus grande
expansion en même temps qu’une période de prospérité et de paix unique
(pax romana) dans l’histoire de l’Antiquité. A l’abri des invasions barbares
derrière le limes, un système défensif comprenant des fortifications, un
réseau très dense de voies romaines apparait très propice au commerce.
L’agriculture demeure la principale activité économique. Depuis la fin de la
République, sur la péninsule italienne, la tendance est au développement
de grands domaines latifundiaires privés ou impériaux au dépens de la
petite propriété. La petite exploitation confiée à des colons doit s’acquitter
d’une rente en nature et de quelques corvées. Mais le déclin du travail
servile (conséquence du ralentissement des conquêtes) incline les
propriétaires à substituer aux cultures vivrières un élevage extensif qui a
pour effet d’aggraver la dépopulation. Au contraire, l’agriculture des
Provinces est fortement stimulée par la demande liée à une certaine
« industrialisation » du monde romain et au besoin de ravitaillement de la
capitale. L’Afrique du Nord devient le grenier à blé de l’Empire, l’Espagne
une région grande productrice d’huile, la Gaule, de vin, de blé, de lin, de
salaisons…
Les mines connaissent un grand essor durant cette période : fer de Gaule
et de Bretagne, cuivre d’Espagne… les activités industrielles gardent leur
caractère artisanal : céramiques, poteries, vêtements, bijoux, cordonnerie
font l’objet d’un commerce international dont le centre est Rome. Ce
commerce est favorisé par l’abondance et la stabilité de la monnaie
romaine et par la demande de produits de luxe des classes aisées de
Rome. Les provinces ne commercent pas seulement avec Rome mais
aussi entre elles. Il est résulte un trafic intense et une très grande activité
des ports.
Mais la prospérité du monde romain repose en fait sur un équilibre fragile
qui exige la paix intérieure et extérieure : condition qui ne va pas tarder à
disparaitre avec les crises du 3e siècle : pressions sur les frontières de
l’Empire, crise économique et sociale (coût important de l’entretien de
l’armée, les impôts rentrent mal, dépopulation qui entraine l’abandon de
nombreuses cultures, manque d’or, perte de valeur de la monnaie,
augmentation des prix…)

- Les esclaves sont-ils les prolétaires de l’Antiquité ? (sources Jean


Andreau, L’Histoire n°239, janvier 2000.)
Les historiens marxistes ont cherché à analyser les révoltes des esclaves
de l’Empire romain avec les modèles de pensée K Marx.
Entre le 3e et le 1er siècle avant JC, le nombre d’esclaves augmente
beaucoup par suite des conquêtes de Rome. A chaque guerre des
prisonniers sont faits et réduits en esclavage. La supériorité de Rome est à
l’origine d’une active traite d’esclaves au profit de négociant italiens. Les
esclaves constituent la main d’œuvre indispensable à la bonne marche de
l’économie romaine, aux champs, comme dans les mines ou les ateliers.
Ils s’occupent de toutes les taches les plus ingrates et difficiles. Pourtant
dans les domaines agricoles, la main d’œuvre servile est mêlée à une
main d’œuvre libre, notamment saisonnière. Les Patriciens possèdent
plusieurs dizaines d’esclaves utilisés comme domestiques dans leurs
demeures. Il faut 6 à 8 esclaves pour porter une litière dans la rue. Des
esclaves peuvent être de véritables « managers » de boutiques ou de
navires : ils sont artisans, commerçants, négociants. Le maître ainsi tire un
bénéfice important par l’intermédiaire des esclaves de confiance qu’il a
placé à la tête de ces entreprises. Parallèlement aux affaires de son
maître, l’esclave peut mener les siennes et gagner l’argent qui lui
permettra d’acheter sa liberté. Autre cas, les esclaves reçoivent pour leur
travail, un petit pécule, ce qui donne une certaine autonomie à l’esclave
par rapport au maître dans la conduite de ses affaires. Beaucoup de
médecins, de pharmaciens, d’enseignants sont des esclaves en qui les
Romains ont plus confiance que les étrangers libres faisant les mêmes
métiers.
A la campagne, il arrive que quelques esclaves agriculteurs reçoivent un
lot de terre à cultiver avec leur famille : ils doivent alors verser au
propriétaire une partie de leur récolte. On les appelle les « esclaves-
colons ». Ils sont très minoritaires car la majorité est employée par
équipes, sans famille dans de grandes exploitations. Ils vivent très
durement dans des sortes de casernes encadrés par des esclaves-contre-
maîtres, parfois dans des espèces de cellules, les ergastules.
L’esclavage concerne près de 20 à 40% de la population romaine. Ils
restaient soumis aux châtiments corporels (et à la torture lors d’une
enquête policière par exemple). L’esclave faisant partie du patrimoine de
son maître qui peut en user et abuser (sexuellement) à sa convenance. En
fait, les esclaves forment un groupe social hétéroclite, pas toujours pauvre
et dont la prospérité dépend de l’aisance du maître et de son bon vouloir.
Certains esclaves sont la propriété personnelle de l’empereur : véritables
fonctionnaires responsables de l’administration de l’Empire, ils sont dans
une situation privilégiée. Mais c’est aussi une classe dangereuse qui se
révolte fréquemment comme la guerre que mène Spartacus en 73 av JC.
Ancien berger Thrace, devenu gladiateur, Spartacus s’échappe de sa
caserne et lève une armée de 7000 esclaves en fuite. Après une première
victoire contre l’armée romaine, sa troupe grossit (30 000 hommes). Elle
s’attaque aux villages, Rome est menacée. 10 légions romaines viennent à
bout de la révolte. Spartacus est tué en 71 av JC, 6000 esclaves révoltés
sont crucifiés le long de la via Appia.

• Du Moyen-âge au 18e siècle : analyse historique et socio-


économique de la société
- Etienne Marcel : un révolutionnaire au Moyen-âge.
En juin 1355, le roi Jean le Bon convoque les Etats généraux afin d’obtenir
la levée de nouveaux impôts pour financer la guerre contre l’Angleterre.
La bourgeoisie (tiers-état) est représentée par un commerçant aux idées
avancées, prévôt de Paris, Etienne Marcel. Dans un élan patriotique, les
taxes sont votées. Mais après une succession de désastres militaires, le
tiers-état met en cause l’utilité des dépenses et critique le luxe
ostentatoire des nobles.
Etienne Marcel devient le porte-parole d’un mécontentement social. En
1357, lors d’une nouvelle réunion des Etats généraux, il fédère la
bourgeoisie, les artisans, la paysannerie et une fraction de la noblesse et
du clergé. Il arrache alors au roi une « grande ordonnance » qui reconnait
l’autonomie des villes, démocratise la justice, fait entrer les roturiers au
Conseil du roi, condamne les guerres privées entre nobles et rend la
convocation obligatoire des Etats généraux pour la levée de nouveaux
impôts. Etienne Marcel intègre le Conseil du roi mais les privilégiés
menacent les réformes. Il décide alors de s’appuyer sur un mouvement
social urbain composé de la petite bourgeoisie artisanale et commerçante
de Paris. Un chaperon bleu et rouge devient l’insigne de reconnaissance,
des réunions publiques sont organisées, une manifestation
insurrectionnelle lui permet de se rendre maître de la capitale en 1358.
Le Dauphin otage des révoltés doit arborer l’insigne mais après le
massacre de deux conseillers les plus impopulaires, il parvient à s’enfuir
de Paris. La ville est soumise à un blocus. Etienne Marcel tente de faire la
jonction avec la « Grande Jacquerie » qui met le feu en même temps aux
campagnes. Le roi fait assassiner Etienne Marcel et reconquiert sa
capitale. Le meneur de la jacquerie est capturé, décapité après avoir été
couronné par dérision « roi des paysans » en lui posant sur la tête un
trépied chauffé à blanc. La réaction nobiliaire est violente, les réformes
abandonnées.

- Cycles de croissance et dépression du Moyen-âge à l’époque


moderne (sources : Jacques Marseille, l’Histoire n° 239, juillet 2000).
Déjà, dans la Bible, Joseph avait prédit au pharaon « sept années de
vaches grasses, puis sept années de vaches maigres », il y a 4000 ans.
Ainsi les Hébreux, après l’Exode d’Egypte, prescrivent tous les 7 ans, une
année sabbatique pour prévenir le retour des crises : les propriétaires
terriens doivent vivre une année complète sur leur réserve pour les mettre
à l’abri d’une mévente. Dans le Lévitique, après 49 ans, il est prescrit de
sanctifier la 50e (jubilaire) en s’abstenant de semer, de moissonner, de
vendanger. Les premiers cycles évoqués par la Bible correspondent, en
gros aux cycles décrits par l’économiste français Clément Juglar (1819-
1905), les seconds par Nicolas Dmitrievitch Kondratieff en 1928.
La vie économique du Moyen-âge est justement rythmée par des
fluctuations, des cycles de hausse et de baisse de l’activité, cycles décrits
par N D Kondratieff. Le trend est la tendance de longue durée (1 ou 2
siècles) de croissance ou de dépression de l’économie. La vie des sociétés
oscille en fonction de ce trend. L’historien Fernand Braudel estime que le
trend est quoiqu’il arrive un processus cumulatif. Les crises sont
caractérisées par des accidents agricoles (c’est à dire souvent
climatiques), industriels ou monétaires. Mais contrairement à l’idée reçue
actuelle, la stabilité des prix n’est pas forcement signe de bonne santé
économique : sur les périodes de longues durées, on peut constater que la
hausse des prix est marquée par des progrès de l’activité et des revenus.
Une inflation longue et limitée peut avoir des effets positifs : soulagement
des personnes endettées, encouragement de l’investissement,
stimulation de l’esprit d’entreprises…
C’est le cas :
 Pour Venise dès le 11e siècle : la cité développe un système
capitaliste associant un bailleur de fonds sédentaire à un négociant
maritime qui prend les risques de la navigation : c’est le système de
la commenda. A une époque où l’argent est rare et plus cher que la
vie d’un homme, les bénéfices vont pour les ¾ au bailleur de fonds
et pour ¼ au marin. La commenda favorise les affaires en tant que
forme intelligente entre le capital et le travail. La cité construit
jusqu’au 13e siècle, un véritable empire maritime méditerranéen
dont elle est le centre (une sorte de mondialisation).
 entre 1250 et 1350 : l’économie est presque entièrement dominée
par la production agricole : l’augmentation du nombre d’hommes est
un signe de la prospérité. L’usage de la charrue et d’outils plus
performants, ainsi qu’un optimum climatique (Emmanuel Le Roy
Ladurie : Histoire du climat depuis l’an mil 1983), permettent
d’augmenter la productivité et le volume de la production. La
viticulture soulage aussi la pression démographique en donnant du
travail à de nombreux paysans pauvres. Les hommes plus nombreux
multiplient les fronts pionniers agricoles et font preuve d’une grande
mobilité : c’est l’âge d’or des villes et des marchands. La
méditerranée devient un lac chrétien. Dans toute l’Europe circulent
les toiles, les draps, le vin, les épices. L’espace flamand fortement
peuplé, l’Italie, le Moyen-Orient et le Nord de l’Europe avec les
marchands de la Hanse sont reliés par des routes commerciales qui
passent par les foires de Champagne (Troyes, Provins, Bar-sur-
Aube…) La Hanse désigne une communauté de marchands
d’Allemagne du Nord qui, en respectant une stricte solidarité et
discipline, effectue un intense commerce en mer du Nord (draps
flamands ou anglais, poissons de Norvège, fourrures de Russie,
céréales de Pologne ou de Prusse). Tous ces espaces sont des foyers
de consommation stimulée par une bénéfique inflation des prix (vers
200% en 1 siècle : ce qui est faible à l’échelle du temps court).
 Au 13e siècle, Thomas d’Aquin, un théologien catholique ose
réhabiliter le profit et ouvre une brèche où s’engouffrent le
commerce et le crédit. Jusqu’à présent, l’usurier était promis à
l’enfer car l’Eglise craignait l’invasion de l’argent dans la vie des
fidèles : le marchand plaisait peu à Dieu. Il y a un tabou religieux de
l’argent. Thomas d’Aquin écrit : « la monnaie a été principalement
inventée pour les échanges, ainsi son usage propre et premier est
d’être consommée, dépensée par les échanges. Par suite, il est
injuste en soi de recevoir un prix pour l’usage de l’argent prêté,
c’est en cela que consiste l’usure. » Mais un peu plus tard, Thomas
d’Aquin autorise le commerce à condition que les intentions sont
moralement bonnes et honnêtes : « recherche d’un gain modéré ».
L’évêque de Lisieux, conseiller du roi Charles V, Nicolas Oresme
(1320-1382) théorise la monnaie : il exprime le fait que la monnaie
n’est pas le fait du peuple mais le bien du peuple dont elle présente
le travail et lui appartient. 10 ans après la création du franc (né
d’une ordonnance en décembre 1360), en tant que conseiller du roi,
il propose une politique de stabilité de la monnaie visant à introduire
la morale dans les pratiques monétaires. Il a bien compris que la
monnaie peut provoquer l’essor du commerce.
 puis de 1510 à 1630 : c’est le « beau XVIe siècle » marqué par la
croissance démographique, la hausse des prix et la montée des
profits. Indice du prix de vente du froment en 1526 : 100, indice :
502 en 1563. Au même moment, la rente foncière a enregistré une
hausse de 78% en valeur réelle. L’Europe du 16e siècle prospère sur
les décombres du Nouveau Monde : l’or et l’argent des Amériques
dynamisent l’économie européenne. La multiplication des échanges,
le développement de la consommation et du luxe, le besoin des
cours princières et des armées sont des facteurs de croissance. Le
port de Séville en Espagne constitue alors un centre du monde : des
navires par centaines, chargés d’or et d’argent, de pierres
précieuses apportent leur cargaison. En effet, l’Espagne est au cœur
de la révolution des prix qui bouleverse l’Europe. Au début de la
colonisation, 700 à 800 kg d’or débarquent. A la fin du règne de
Charles Quint en 1556, les importations d’or se situent vers 30
tonnes (cela au détriment des populations amérindiennes qui
subissent de terribles violences et sont décimées). Le « boom
américain » s’accompagne d’une forte progression de la population
des villes espagnoles.
En France, Jean Bodin (1529-1596) est l’exemple de l’intellectuel
du 16e siècle : humaniste, historien, économiste. En 1568, il
démontre que la hausse des prix est un phénomène positif et qu’elle
est la conséquence de l’arrivée (heureuse) de l’or et l’argent
américains. Pour qu’il y ait abondance, il faut aussi une activité
commerciale et productive intense. Les facteurs de la production,
selon lui, sont : le trafic commercial avec l’Espagne, l’Orient et
l’Amérique ; le « peuple infini » qui travaille et consomme ; la
banque de Lyon qui accueille des financiers italiens spécialistes ; les
ententes de vendeurs qui permettent de faire monter les prix ; le
« plaisir des princes » qui augmente leur dépense de luxe… Ainsi,
dans les campagnes, une aristocratie villageoise apparait : des gros
fermiers, les laboureurs.
Mais les Guerres de religions (1562-1598) vont provoquer un
retournement de situation : baisse des prix et des profits, moindre
rentabilité de l’impôt. De même commence vers le XVIIe siècle, « le
petit âge glaciaire » identifié par E le Roy Ladurie : hivers rigoureux,
étés frais et humides : avec une baisse de températures de 1°C, les
récoltes sont bien moins bonnes et l’équilibre des populations est
menacé.
 Entre 1730 et 1817 : le 18e siècle est celui des progrès techniques
qui bouleversent la vie des individus. Une idée neuve se développe
en Europe : celle du bonheur non pas au ciel mais sur la terre, ici et
maintenant avec les fruits de son travail ou de son profit. Ce
bonheur passe par la richesse matérielle mais aussi la raison
(philosophie des Lumières). C’est le sicle de l’optimisme et d’une
croyance créatrice dans le progrès des sciences, des techniques et
de « l’esprit humain » Condorcet. Le siècle des Lumières est d’abord
celui du commerce atlantique : l’Angleterre devient la première
puissance en Europe. Son agriculture voit reculer la jachère au profit
de l’élevage, la production industrielle augmente rapidement
(prémices de la Révolution industrielle). Le trafic avec les régions les
plus lointaines est multiplié par 3 entre 1700 et 1780 : ces
échanges enrichissent particulièrement la ville de Londres en pleine
expansion. En France, les ports de Nantes et Bordeaux profitent du
commerce mondial : le commerce extérieur est multiplié par 5 en un
siècle. La croissance bien qu’inégale parait assez globale. Les
guerres se font plus rares, l’Etat intervient plus efficacement en cas
d’épidémies ou de disettes en faisant parvenir du blé depuis les
provinces moins touchées par la crise. La pression des impôts est
moins forte et mieux acceptée. La mortalité recule grâce à une
nourriture plus diversifiée. Des voies nouvelles équipent le royaume
d’un réseau routier dense et plus pratique permettant de mieux
relier les différentes provinces : les économies régionales sont moins
étanches. En 1716, Philippe d’Orléans, le régent (en attendant la
majorité du roi Louis XV), autorise John Law à créer une banque
privée émettrice papier-monnaie pour faire face à l’énorme dette
publique (1,2 milliards de livres) et au déficit du budget (77
millions). Une fièvre de spéculation touche les particuliers qui
achètent des actions par milliers : leur prix s’élève jusqu’à 40 fois la
valeur primitive. Hypertrophié, le système se trouve à la merci d’une
panique qui se déclenche le 20 février 1720. Les souscripteurs se
précipitent dans les bureaux pour retirer leur avoir. La valeur
s’effondre, Law doit se réfugier à Bruxelles. Beaucoup de petits
porteurs sont ruinés. Les effets psychologiques ont été désastreux :
perte durable de confiance dans la monnaie papier (et retard dans la
mise en place d’un système bancaire moderne en France). Mais
l’expérience permit à l’Etat de payer ses dettes et d’augmenter ses
recettes, de stimuler l’essor du commerce atlantique et au monde
rural de se désendetter.

En revanche, l’économie a été très perturbée pendant :


 la période de 1350 à 1450, c’est période de la Grande Peste noire
qui décime l’Europe, pendant laquelle, les prix ont été stables ou en
baisse. L’inclémence du ciel (le climat devient plus humide et frais),
les guerres (comme la Guerre de Cent Ans : 1337-1453), le manque
de terres grippent l’économie. Les défrichements intempestifs
provoquent de terribles famines. Près d’un tiers de la population de
l’Europe disparait. L’augmentation des prélèvements publics pour
les ambitions militaires des Etats, le retrait des marchands des
affaires, une pénurie monétaire qui se traduit par une baisse des
prix de l’ordre de 50% entre 1320 et 1450 précipitent encore plus
les « grands malheurs » de cette période. Dans cette période
troublée du début du 15e siècle, Jacques Cœur représente la figure
d’un homme d’affaires international. Après une fulgurante ascension
comme commerçant et financier de génie (il a l’ambition de
développer le commerce entre la France et l’Orient en entrant en
concurrence avec les commerçants italiens), puis comme argentier
du « gentil dauphin », le futur roi Charles VII. A Bourges, il fait
construire un somptueux palais où il investit l’équivalent du salaire
de quarante manœuvres pendant un siècle. Accusé par des envieux
haineux d’avoir empoisonné sa meilleure cliente, Agnès Sorel, la
favorite de Charles VII, il est innocenté mais condamné en 1453 à la
confiscation de ses biens et au bannissement.
 De 1630 à 1730, le « sombre XVIIe siècle », voit se dérégler le
système atlantique fondé sur les ressources minières rapportées
d’Amérique et que la baisse des prix se conjugue à l’accroissement
de l’impôt. Le règne de Louis XIV est particulièrement éprouvant
pour la population (de nombreuses dépenses sont menées pour le
faste royal : construction de Versailles ou des guerres). La période
1692-1694 est marquée par des saisons pluvieuses et froides,
catastrophiques pour les récoltes. Les conséquences
démographiques de ces évènements climatiques sont dramatiques :
la faim, la maladie, les épidémies déciment la population : entre 1,3
et 2,8 M de morts (autant que pendant la 1e Guerre mondiale) sur 30
M d’habitants dans le royaume de France. Fénelon écrit en 1694 au
roi Louis XIV : « La France entière n’est plus qu’un grand hôpital
désolé sans provisions. » Vauban propose un projet de capitation, un
impôt levé sans aucune exemption (sur la noblesse et le clergé y
compris) sur tous les revenus. Louis XIV refuse cet impôt payé par
les privilégiés, Vauban subit une disgrâce mais la pensée
économique évolue, elle déplace l’objet d’analyse de l’Etat vers
l’individu et permet indirectement de passer de l’absolutisme aux
Lumières, du dirigisme étatique au niveau de l’économie au
libéralisme. Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV
met en place un programme novateur de lutte contre la pauvreté :
le mercantilisme ou colbertisme : l’économie n’est pas une simple
affaire d’intendance mais un élément essentiel de la « science
royale de gouverner ». La puissance du roi suppose qu’il soit riche.
Cette richesse dépend de la quantité d’or et d’argent amassée. Le
seul moyen de l’obtenir est de vendre plus et d’acheter moins
(favoriser les excédents commerciaux). Il faut donc contrôler,
surveiller, protéger le commerce et la production des biens. L’Etat
doit être le grand ordonnateur de l’essor des entreprises : il doit
développer des manufactures, encourager la production.

2. Des approches théoriques historiques


• La thèse de Fernand Braudel
- Dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècles
(1979), F Braudel affirme que le système économique n’est pas unifié
parce que l’activité se décompose en 3 niveaux :
 La vie matérielle : partie de l’activité économique traditionnelle
souvent basée sur le troc, l’autoconsommation.
 Le marché qui peut se décomposer en 2 sous-niveaux :
o L’authentique économie de marché représente les échanges
locaux où la concurrence est réelle car les consommateurs et
les producteurs se confrontent directement.
o La sphère de circulation représente les échanges moins directs
car des marchands servent d’intermédiaires entre producteurs
et consommateurs.
 Le capitalisme résulte du développement de l’économie de marché
où les lois de la concurrence ne sont pas vraiment respectées. Il
n’est donc pas un système économique mais un des trois niveaux
qui compose toute l’économie.

- F Braudel considère que le capitalisme est monopolistique, international


et basé sur des inégalités. Le capitalisme est antérieur à la Révolution
industrielle, il apparait comme une logique transhistorique capable de
s’incarner dans des formations économiques très différentes.

• D’autres approches
- Dans Le capitalisme historique, 2002, qui se situe dans la filiation de K
Marx, I Wallerstein pense que la spécificité du capitalisme réside d’abord
dans le fait que le capital financier et physique est accumulé sans fin
suivant une « loi d’auto-expansion » impliquant un mouvement
irrépressible de transformation de toute chose en marchandise, une
véritable marchandisation du monde. Le moteur du système est le profit
rendu possible par l’échange inégal entre capitalistes et salariés et entre
pays. Le capitalisme recherche en permanence de nouveaux débouchés,
ce qui conduit à des crises voire à des guerres. La Révolution industrielle
n’est pas une marche régulière vers le progrès mais une longue transition
entre un système féodal peu productif et un système « absurde et
dangereux » car il repose sur une accumulation qui n’a d’autre but qu’elle-
même et parce qu’il détruit la société qui l’accepte.

- L’école de la régulation : c’est un courant de pensée français (Robert


Boyer, Michel Aglietta, André Orléan, Alain Lipietz) qui estime que le
capitalisme se caractérise par la succession de régimes d’accumulation
différents auxquels correspondent des modes de régulation spécifiques.
Un mode de régulation est la combinaison d’un régime d’accumulation
(formant le capital) et des formes institutionnelles (gestion de la monnaie,
rôle de l’Etat). Il y a différents modes de régulation au cours de l’histoire :
3 types de régime :
 Le capitalisme concurrentiel (19e siècle- années 1930) : prééminence
des mécanismes marchands.
 Le capitalisme monopolistique (années 30- années 80) :
intervention multiforme de l’Etat.
 Le capitalisme patrimonial (à partir des années 80) : prédominance
de la logique financière.
3. Les formes de capitalisme

• Les économies mixtes


Au cours du 20e siècle, le capitalisme devient de plus en plus administré :
les interventions de l’Etat se multiplient à partir de la Grande Guerre, puis
avec la crise de 1929 et enfin dans l’après deuxième guerre mondiale.
Pendant les Trente Glorieuses, le système capitaliste devient encore plus
administré, l’Etat contrôle, produit, régule… Les économies capitalistes
apparaissent comme des économies mixtes, c’est-à-dire un type
d’organisation où l’activité économique est régie à la fois par l’Etat et le
marché. La propriété des moyens de production est répartie entre le
secteur privé et l’Etat qui contrôle les administrations publiques et les
entreprises publiques. En revanche depuis les années 1980, le libéralisme
connait un regain.

• Les capitalismes
- Max Weber (1864 – 1920) insiste sur le rôle des valeurs dans
l’émergence du capitalisme, mettant ainsi en évidence l’importance des
facteurs culturels. L’organisation économique et sociale n’est pas
indépendante de son substrat culturel. Dans son ouvrage de 1905,
L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il montre que l’éthique
protestante fait appel à des valeurs (épargne, mode de vie ascétique,
importance du travail) qui façonnent un type d’homme prédisposé à la
recherche rationnelle du profit. L’éthique protestante n’est pas la cause du
développement du capitalisme. Elle a simplement constitué un terreau
favorable à son développement.

- Michel Albert en 1991 dans Capitalisme contre capitalisme, oppose le


capitalisme anglo-saxon et le capitalisme rhénan. Le premier,
profondément libéral, est le système des EU et du RU : les interventions
de l’Etat sont limitées au minimum. Les agents économiques sont
rationnels (sens classique du terme) : leur motivation est le gain à court
terme. Ceci a de nombreux effets pervers : les entreprises ne sont pas
considérées comme des moyens de production mais des moyens de faire
du profit, les inégalités sociales sont nombreuses. Aux Eu, la pauvreté est
considérée comme une punition du marché. Au contraire, le capitalisme
rhénan (en Allemagne ou au Japon par exemple) valorise le consensus
social et la solidarité. L’Etat joue un rôle important, les stratégies des
entreprises sont à long terme. Elles recherchent le développement plutôt
que le gain rapide. Les salaires sont fixés non par le marché mais par des
conventions collectives. Les inégalités sont lissées par la lutte contre
l’exclusion et la fourniture de biens collectifs (santé, éducation…)

- Bruno Amable dans les Cinq capitalismes, 2005, distingue en fonction


de la concurrence sur les marchés, des relations à l’emploi, de la
protection sociale et du système financier :
 Le capitalisme néolibéral (proche du modèle anglo-saxon de Michel
Albert)
 Le capitalisme européen continental (modèle rhénan)
 Le modèle social-démocrate (nord de l’Europe)
 Le capitalisme méditerranéen (impulsion de l’Etat)
 Le capitalisme asiatique

II. Un ou des systèmes socialistes

Le modèle socialiste constitue une alternative au capitalisme : l’URSS de


1917 à 1945 est le seul Etat qui en fait l’expérience puis de 1945 à 1989
de nombreux pas adoptent un régime et une organisation collectivistes.
Mais la multiplication des difficultés en URSS et dans ses satellites a
permis d’identifier des dysfonctionnements systémiques qui ont conduit à
un retour à l’économie de marché. Pourtant, aujourd’hui encore, la Chine,
Cuba et la Corée du Nord conservent des régimes communistes
diversifiés.

A. Le modèle socialiste et ses limites

1. Une alternative au capitalisme


- Le modèle socialiste trouve ses origines dans la pensée du 19 e siècle, en
particulier dans le courant du socialisme scientifique de Karl Marx (1818-
1883 et Friedrich Engels (1820-1895).
Marx utilise quelques concepts de base comme les forces productives =
méthodes de production, niveau de la science et de la technique, les
rapports de production = ensemble des relations qui s’établissent entre
les hommes. Au sens marxiste, le mode de production est l’articulation
des forces productives et des rapports de production caractéristique d’une
société à un moment donné de son histoire. Marx pense que l’évolution de
l’humanité est résumée par l’émergence de quatre modes de production :
esclavagiste, féodal, capitaliste, socialiste.

- Le marxisme est une critique du système capitaliste libéral : les


contradictions de ce système devant aboutir inéluctablement à sa
destruction. Au mode de production capitaliste doit se substituer le mode
de production socialiste. Marx en définit 3 caractéristiques principales :
 La propriété des entreprises par aux prolétaires eux-mêmes.
 L’Etat doit se substituer au marché en assurant la régulation
économique.
 Le pouvoir doit être fondé sur la dictature du prolétariat.

- Le communisme, étape ultime des réformes socialistes, doit apporter


« à chacun selon ses besoins ». Le système après une internationalisation
devait aboutir à l’abolition des frontières et des différentes nations. Ainsi,
l’Etat dépérirait progressivement : la monnaie, l’armée, la police
perdraient leur raison d’être grâce aux progrès de la société.

- Mais Marx développe assez peu dans ces écrits un tel mode de
production et les premiers dirigeants de l’URSS qui connaissent les
travaux de Marx ont dû élaborer au fur et à mesure la pratique de la
théorie de l’économie socialiste. Ainsi, c’est plus Lénine que Marx qui pose
les bases de l’organisation économique socialiste, bases parfois éloignées
par pragmatisme des principes énoncés par Marx ou Engels. On parle alors
de marxisme-léninisme.

2. La mise en œuvre du communisme dans l’Etat : les


révolutions russes
• La situation économique et politique de la Russie au début du
20e siècle
- Au début du 20e siècle, la Russie est dirigée de façon très autoritaire par
un tsar (empereur absolu ou autocrate) Mais sous le règne de Nicolas II
(1894-1917), les oppositions au régime se renforcent : la bourgeoisie
souhaite une libéralisation du régime (parti constitutionnel-démocrate KD),
les Socialistes révolutionnaires commettent des attentats et les Sociaux-
démocrates (divisés depuis 1903 entre Mencheviks et Bolcheviks)
s’appuient sur la classe ouvrière naissante.
- En 1905, une révolution éclate : manifestation pacifique devant le palais
d’Hiver à Saint-Pétersbourg est durement réprimée « Dimanche rouge »,
grèves des ouvriers, mutinerie des marins du cuirassé Potemkine… Nicolas
II accorde les libertés fondamentales et une assemblée législative, la
Douma, élue au suffrage restreint. Mais le tsar n’applique les réformes
qu’avec réticences : la Douma est renvoyée lorsqu’elle n’est plus assez
docile (en 1906, 1907, 1912).
- La Russie est un « colosse aux pieds d’argile » (une puissance fragile)
à la veille de la guerre : 5e puissance économique du monde grâce à une
forte industrialisation. Mais la société est sous tension : grèves fréquentes
des ouvriers, misère dans les campagnes à cause du manque de terres,
bourgeoisie qui veut un régime plus libéral et démocratique.

• La Révolution de février
- Depuis 1914, la guerre aggrave les difficultés : malgré les 8 M de
soldats mobilisés, les défaites miliaires se multiplient avec des pertes
considérables, les villes russes ne sont plus approvisionnées, les prix
augmentent, la population souffre de la faim. Le tsar Nicolas II,
commandant en chef de l’armée, devient très impopulaire.
- Le 26 février 1917, à Petrograd, une manifestation de femmes réclamant
du pain puis une grève générale tourne à l’émeute. Les soldats refusent
de tirer sur les manifestants : le tsar doit abdiquer le 2 mars. Un
gouvernement provisoire dirigé par le prince Lvov et composé de députés
libéraux de la Douma avec un socialiste Kerenski se met en place : il
accorde des libertés (opinion, presse, réunion, syndicats) mais poursuit la
guerre (ce qui le rend impopulaire). Ce gouvernement est contesté par les
Soviets (conseils de délégués ouvriers, soldats ou paysans) qui exigent
des mesures plus radicales (redistribution des terres, fin de la guerre). En
juin 1917, Kerenski prend la direction du gouvernement provisoire et y fait
entrer les Socialistes révolutionnaires (SR) proches des paysans et les
Mencheviks, marxistes partisans de réformes sociales.

• La Révolution d’octobre
- Les Bolchéviks, partisans de la dictature du prolétariat veulent « tout
le pouvoir aux Soviets ». En février 1917, Lénine revient précipitamment
de son exil en Suisse, il organise avec Trotski un coup d’Etat : après un 1er
échec en juillet, celui d’octobre 1917 réussit car le gouvernement
provisoire est affaibli par le putsch du général Korlinov, (chef des
armées) : les Gardes rouges (miliciens et soldats bolchéviques)
s’emparent du Palais d’Hiver, siège du Gouvernement provisoire. Lénine et
les Bolchéviks qui n’obtiennent que 25% des voix aux élections de janvier
1918 (60% pour les SR) confisquent la totalité du pouvoir et interdisent les
autres partis politiques pour « installer le communisme en Russie ».
- Le Conseil des Commissaires du peuple composé exclusivement de
Bolchéviks décide de signer la paix avec l’Allemagne (traité de Brest-
Litovsk de mars 1918) : la Russie perd un vaste et riche espace occidental.
Des décrets nationalisent les grandes usines, collectivisent les terres,
séparent l’Eglise et l’Etat, créent une police politique : la Tcheka.
- Une guerre civile éclate alors opposant l’armée rouge dirigée par
Trotski et les partisans de Kerenski ainsi que l’armée blanche pro-tsariste
et soutenue par les puissances étrangères. L’armée rouge remporte la
victoire en 1921 mais la Russie est ruinée, la famine règne.

3. Les structures institutionnelles


- La caractéristique fondamentale du système d’organisation économique
socialiste est la suppression de la propriété privée des moyens de
production et son remplacement par différentes formes possibles de
propriétés collectives. La collectivisation est en effet un élément
essentiel du communisme. Deux formes sont possibles : l’étatisation :
l’Etat devient propriétaire des moyens de production comme dans
l’industrie et la propriété collective comme dans l’agriculture.
- La deuxième caractéristique du modèle socialiste est l’existence d’une
économie centralisée et planifiée. Le marché qui repose sur des
millions de décisions décentralisées est perçu par les économistes comme
anarchique. Il génère des déséquilibres, des gaspillages et conduit à la
surproduction et au chômage. C’est pourquoi, il faut que la décision soit
centralisée, rationnelle et planifiée : un décideur unique fixe les quantités
à produire, la nature de la production, l’arbitrage entre investissement et
consommation, la répartition sectorielle de la production et la répartition
des revenus. Ainsi, la planification stalinienne est-elle autoritaire et
impérative : l’entreprise n’a pas d’autonomie de décision, les prix sont
fixés centralement et n’expriment pas l’état de la demande mais le choix
des planificateurs. Le plan est souvent ambitieux : les objectifs sont
tendus c’est-à-dire qu’ils recherchent l’utilisation maximum des
ressources disponibles. Ils sont donc difficiles à réaliser. La planification
est triplement déséquilibrée : les priorités se font au détriment de
l’agriculture et au profit de l’industrie et particulièrement des biens de
production au détriment des biens de consommation. La croissance est
possible par une augmentation des facteurs de production : la campagne
fournit la main d’œuvre indispensable à l’industrie. Enfin, elle est
autarcique : les échanges entre l’URSS et les pays étrangers sont
fortement limités.

B. Le stalinisme en URSS : le collectivisme autoritaire

• L’accession de Staline au pouvoir


- Quand Lénine meurt en 1924, cela cause un deuil immense mais une
lutte pour le pouvoir s’engage entre Trotski, organisateur de la Révolution
d’octobre et commandant de l’Armée rouge pendant la Guerre civile et
Staline, secrétaire général du parti. Trotski prône la Révolution
communiste permanente et mondiale alors que Staline veut se contenter
de l’établir d’abord et véritablement en URSS. Entre 1924 et 1928, Staline
cherche à contrôler totalement le parti communiste en plaçant ses
hommes ; il s’empare du pouvoir en 1928 après avoir exclu Trotski du
parti communiste (1927), puis l’avoir expulsé d’URSS (1929).
- Staline fonde son pouvoir sur la terreur policière : la police politique
(Guépéou puis NKVD) étend son pouvoir sur tout l’Etat soviétique : elle
cumule les pouvoirs policiers et judiciaires, prononce les condamnations à
mort, à la prison ou à la déportation au goulag (camps de travail forcé
installés en Sibérie : 6 à 10 M de détenus vers 1935). Staline déclenche de
« grandes purges » dans le parti (Grande Terreur de 1936-1938) : les
anciens bolchéviques sont arrêtés, ils s’accusent des crimes les plus
épouvantables et sont exécutés. Staline organise aussi un culte délirant de
sa personnalité.

• L’essor économique
- A partir de 1921, Lénine qui veut redresser le pays ruiné rompt avec les
idées marxistes et instaure la NEP (nouvelle politique économique plus
libérale) qui permet à l’économie de repartir après les ravages de la
guerre civile : l’industrie progresse mais l’agriculture stagne car les terres
sont morcelées en petites exploitations paysannes. En 1928, Staline
décide de passer à une vraie économie socialiste. Les terres sont
collectivisées : création des kolkhozes (fermes coopératives en propriété
collective où les paysans sont rémunérés en fonction de la quantité de
travail fourni) et sovkhozes (fermes propriétés de l’Etat, souvent
expérimentales où la main d’œuvre est salarié à un taux fixe). Cette
collectivisation des terres rencontre l’opposition des koulaks, des paysans
aisés qui étaient auparavant propriétaires de leurs terres. Staline ordonne
leur liquidation. Plutôt que livrer leur bétail au kolkhoze, les paysans
préfèrent abattre les bêtes : forte baisse de l’élevage. Des commandos
spéciaux arrivent dans les villages et exécutent ou déportent les koulaks :
c’est la « dékoulakisation ». Pour punir les paysans, le pouvoir organise
aussi une famine en Ukraine (1932-33).
- Dans le domaine de l’industrie, les plans quinquennaux (1928-1932 et
1933-37) permettent à l’URSS de devenir une puissance industrielle (3e
rang mondial en 1939 derrière les EU et l’All.). Cela permet l’augmentation
de la production d’électricité, d’acier par l’industrie lourde dans des
combinats : grands complexes industriels associant mines et production
industrielle. But : assurer à l’URSS son indépendance industrielle. Tout
cela dans une ambiance de propagande au travail (ex : Stakhanov, un
ouvrier mythique pris comme modèle pour sa productivité).
- Au niveau social, le travailleur bénéficie d’une garantie de l’emploi et
d’un système performant de sécurité sociale, le chômage n’existe pas.
L’enseignement progresse mais les revenus restent faibles et le logement
insuffisant.

• L’URSS, mythe et réalité d’un modèle


- A l’issue de la 2e Guerre mondiale, l’URSS bénéficie d’un rayonnement
mondiale : idéologique (origine révolutionnaire et marxiste) qui exerce
une certaine fascination : image d’un pays pacifiste et fraternel contre des
EU bellicistes et conquérants. Staline (au pouvoir jusqu’en 1953) est vu
comme le « petit père des peuples », protecteur attentif et bienveillant de
la population avec une autorité sévère mais juste. En fait, les crimes de
Staline et le totalitarisme vont être dénoncés par son successeur lui-
même, Khrouchtchev en 1956. Mais après quelques réformes socio-
économiques, le pouvoir renoue avec un système qui tourne le dos à la
réalité. Les dirigeants soviétiques restent persuadés de la supériorité de
leur modèle et n’entreprennent pas les réformes utiles.
- L’URSS joue un rôle international de plus en plus important : son
influence active sur le Tiers-monde révèle en fait la volonté de conquête
d’un Empire. Des pays décolonisés suivent le modèle soviétique (ex.
Ghana, Guinée en Afrique).
- Au niveau technologique : mythe du rattrapage des EU. 1949 : l’URSS
construit sa 1e bombe atomique ; en 1953 : 1e bombe
thermonucléaire (grâce à l’espionnage industriel) ; 1957 : lancement dans
l’espace d’un Spoutnik ; 1961 : 1er vol humain dans l’espace (Youri
Gagarine) => fausse image de supériorité technologique et stratégique
sur les EU. L’URSS dispose de la bombe atomique mais est incapable de
résoudre les problèmes de logement et de ravitaillement de sa population
(longues files d’attentes devant les magasins).
- Succès apparents dans tous les secteurs de la production grâce à la
planification de l’économie par les plans quinquennaux (prévisions
d’objectifs économiques obligatoires à atteindre). Le pouvoir travestit
toutes les réalités : ex les statistiques de production sont gonflées et le
travail forcé des déportés du goulag caché. Ce qui apparaît au monde
c’est le développement considérable de l’industrie : mais c’est surtout
l’industrie lourde (production de charbon, d’acier) nécessaire à la
puissance militaire, qui progresse au détriment des industries de biens de
consommation. Dans le domaine agricole, la situation semble plus
difficile : la collectivisation des terres a durablement désorganisée la
production. Les exploitations collectives, les Kolkhozes, ne sont pas très
productives contrairement aux petits lopins de terre individuels que les
paysans peuvent exploiter librement. Dans les années 1950, la puissance
économique de l’URSS impressionne le monde mais la famine de 1947 qui
touchait l’ouest de la Russie reste cachée. Défrichement des terres vierges
du Kazakhstan (1954-57) : vus d’abord dans la presse comme un modèle
de modernité et d’adhésion des masses au projet soviétique. Mais
l’épuisement des sols dû à la monoculture intensive et la baisse des
rendements de blé dès les années 60, les atteintes à l’environnement sont
cachés.

C. Les dysfonctionnements du modèle

1. 3 problèmes structurels des économies planifiées

• La pénurie
Dénoncée par un économiste hongrois J Kornaï dans Socialisme et
économie de la pénurie (1980). « Pour l’entreprise capitaliste classique,
c’est normalement la contrainte de la demande qui est limitative, alors
que pour l’entreprise socialiste c’est la contrainte des ressources. » En
raison, de l’existence de prix administrés, les prix ne peuvent servir
d’indicateur de rareté. Le rationnement se fait donc par les quantités et
non pas par les prix. Les pénuries se lisent donc dans les délais d’attente
(mois passés à attendre la livraison d’une automobile, heures passées
dans les files d’attente), les retards dans la réalisation des
investissements, les pénuries de matières premières, de matériaux de
construction, de pièces détachées… La pénurie trouve son origine dans un
marché de vendeurs déconnecté de la demande.
- Les cycles d’investissement et le marchandage : en URSS, le niveau
d’investissement est déterminé par le marchandage autour du plan
macroéconomique entre trois acteurs :
 les entrepreneurs qui ne sont pas jugés sur leur rentabilité mais sur
leur capacité à réaliser le plan ;
 les ministères des différentes branches qui cherchent à faire
accepter par les entreprises les objectifs d’investissement, en retour
ils acceptent les projets provenant de la base ; le pouvoir central qui
laisse faire ce marchandage. Cela crée des tensions sur
l’investissement.
 L’économie seconde qui rend une certaine autonomie aux agents
économiques. Ces activités non officielles, immergées, souterraines,
noires sont difficiles à évaluer. Le gouvernement sait qu’il s’agit
d’une déviation par rapport au plan et à la loi mais est assez enclin à
les tolérer.

• L’inefficience des réformes


- Les économies socialistes ont connu des crises récurrentes de nature
différente de celle qui frappent les économies de marché : dans les
années 1960, fléchissement du taux de croissance, pénuries, déclin du
taux de croissance de la productivité du travail et du capital, tarissement
des réserves de main d’œuvre. L’investissement cherchant plus à
accroitre le stock de machines existantes qu’à moderniser les
équipements ou à intégrer les nouvelles technologies, on assiste à un
vieillissement du stock de capital.
- En 1965, la réforme Liberman cherche à intensifier la croissance.
Objectif : améliorer la qualité des produits, augmenter la productivité des
entreprises, assouplir la planification en donnant plus d’autonomie aux
entreprises. Mais cette réforme est un échec relatif car les entreprises
restent jugées sur la quantité produite et on pas sur la qualité et surtout à
cause de la faiblesse des possibilités de consommation.
- La réforme de 1979 fait le contraire de celle de 1965 : elle renforce
l’autoritarisme de la planification, limite l’autonomie des entreprises.
Afin de lutter contre le gaspillage, un nouvel indice est créé : la valeur
ajoutée pour juger les entreprises les plus performantes. Les travailleurs
sont encadrés dans des brigades de travail afin de les responsabiliser.
Cette réforme échoue également.
- En 1985, M Gorbatchev met en œuvre une nouvelle réforme qui
comporte deux volets :
 un volet économique : la perestroïka : une restructuration de
l’économie qui consiste à donner plus d’autonomie aux entreprises
et à faire jouer les mécanismes du marché (instaurer une sorte de
« socialisme de marché ». Prix et salaires deviennent plus flexibles,
retour à la propriété privée dans l’agriculture, création de petites
entreprises privées dans les services.
 Un volet social : la glasnost : réforme politique qui accorde plus de
liberté individuelle.
Cette réforme va se retourner contre le pouvoir soviétique aboutissant à
l’implosion du système socialiste et la transition vers l’économie de
marché au début des années 1990.

2. La transition vers l’économie de marché

• Les réformes structurelles


- Les pays de l’Europe de l’Est abandonnent dans les années 1990 le
système socialiste pour adopter l’économie de marché. La transition
dépend de l’imprégnation collectiviste : la transition est ainsi plus aisée
dans les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) que dans l’ex-URSS
où l’état de désorganisation généralisée, l’affaiblissement du pouvoir
central, l’absence de tradition démocratique rendent la transition plus
incertaine.
- Trois points de passage obligé de la transition (recommandations basées
sur les principes libéraux du « consensus de Washington » :
 Elaboration d’un Etat de droit : il s’agit de créer un environnement
propice au développement de l’économie de marché. La législation
doit assurer un cadre juridique adéquat autorisant et garantissant la
propriété privée.
 Responsabilisation des acteurs : modifier les mentalités pour
redévelopper l’initiative individuelle.
 Maitrise du cadre macroéconomique : la privatisation des entreprises
est une priorité des réformes : redistribution aux anciens
propriétaires, petite privatisation du commerce de détail, des
restaurants par vente aux enchères, grande privatisation des
entreprises publiques par rachat par le mangement (cas de la
Hongrie) ou les employés, par vente à des investisseurs tiers ou par
don pur et simple d’actions d’entreprises publiques (privatisation par
coupons en Rep Tchèque, Russie, pays baltes…). Il faut également
réformer le système financier, modifier les modalités d’intervention
de l’Etat, instaurer un régime de protection sociale, un système
fiscal…
- Le choc des réformes structurelles a d’abord provoqué une dégradation
des indicateurs macroéconomiques : chute de la production,
croissance de l’inflation, du chômage, déséquilibres extérieurs.

• Les résultats actuels


- Le bilan de la transition est contrasté. Dans les pays de la CEI
(communauté des Etats indépendants, provenant de l’éclatement de
l’URSS en 1991), les difficultés montrent que l’économie de marché ne
s’est pas encore complètement imposée : les indicateurs sont largement
dégradés à cause de la « récession transformationelle », expression de
Kornai. Les processus de privatisation ont parfois pris du retard.
L’extension de la propriété par les membres de l’entreprise (employés ou
managers) pose des problèmes de compétences et de dérive mafieuse. La
Russie a connu une crise conjoncturelle en août 1998 montrant ses
difficultés à construire une économie décentralisée et concurrentielle.
L’impuissance de l’Etat à appliquer le droit et à honorer ses paiements
a conduit à l’asphyxie des banques d’Etat. Ainsi, la réforme du système
bancaire est-elle apparue comme une priorité. Aujourd’hui (depuis la
présidence de Vladimir Poutine) le pays semble s’orienter vers un
capitalisme supervisé par l’Etat. On assiste à la renationalisation
d’entreprises stratégiques ou à la main mise sur les entreprises privées
par les amis du président.
- Pour les PECO, l’intégration à l’UE (8 Etats en 2004, 2 en 2007) est une
étape essentielle marquant la fin de la transition (du moins politique).
Néanmoins, ces pays ne bénéficieront pleinement des politiques de l’UE
que vers 2014 (PAC, libre circulation des travailleurs). Actuellement le
chômage y reste important.

• Le cas de la Chine
Le communiste Mao Tsé Toung arrive au pouvoir en Chine en 1949.
D’abord similaire au modèle soviétique avec un 1e plan quinquennal de
1953 à 1957, le choix chinois de développer l’industrie et l’agriculture
simultanément diverge ensuite à cause des tensions sino-soviétiques. Le
« Grand bon en avant » (1958-1962) reposant sur la collectivisation des
terres et la réalisation de grands projets industriels est un échec. Comme
la « Révolution culturelle » de 1966 à 1977 qui s’accompagne d’une forte
répression politique. Les réformes sont engagées par Deng Xiaoping
après la mort de Mao en 1976. Mais c’est l’arrivée au pouvoir de Jiang
Zemin en 1993 qui marque véritablement la transition
économique reposant sur une ouverture internationale au marché d’une
Chine communiste. La stratégie chinoise est aux antipodes du consensus
de Washington (contraire aux principes dominants qui qualifie toute
réforme de l’économie socialiste comme non durable). Est-ce un
« socialisme de marché » ou une nouvelle forme de capitalisme ?

III. Une organisation économique et sociale spécifique


pour les pays en développement ?

Les pays en voie de développement connaissent des situations


économiques et sociales très contrastées en fonction de leur niveau de
développement, leur rythme de croissance, de leur insertion dans la
mondialisation…

A. La naissance du Tiers-monde

C’est en 1952 que l’économiste français Alfred Sauvy forge l’expression


« tiers-monde » en référence à un troisième ensemble de pays : pauvres,
très peuplés, nouvellement décolonisés.

1. La recherche d’une voie de développement originale

- 1 an après la décolonisation de l’Indochine française (en 1955), une


conférence réunit à Bandung en Indonésie sous la présidence du chef de
l’Etat, Sukarno, 29 pays africains et asiatiques. Ces pays représentent 50%
de l’humanité. C’est la 1e fois que les 2 Grands (EU et URSS) ne sont pas
invités à une conférence internationale d’importance. Des personnalités
comme l’Indien Nerhu, l’Egyptien Nasser ou le Chinois Zhou Enlai militent
pour la décolonisation (pas encore achevée en Afrique).
- Cette conférence débouche aussi sur le refus de choisir entre les deux
blocs : c’est le non-alignement. La conférence de Belgrade sous la
présidence du chef de l’Etat yougoslave le maréchal Tito en 1961 définit
une politique de neutralité entre les deux Grands (avec une préférence
pourtant pour la politique soviétique). Aujourd’hui encore, ont lieu
régulièrement des conférences des pays non-alignés (à Cuba en 2006)
mais elles ne revêtent plus un caractère important dans la politique
internationale depuis l’écroulement du bloc soviétique et communiste en
1991. En revanche, ces pays cherchent à s’opposer à la politique et à la
domination américaine.

2. De nombreuses difficultés

- Les Etats issus de la décolonisation se rendent rapidement compte que


l’indépendance ne résout pas leurs difficultés économiques : industrie
très faible, agriculture traditionnelle peu productive ou commerciale,
exportations de matières premières à faible coût (café, cacao, minerais…)
=> économie dépendante des marchés mondiaux et termes de l’échange
défavorables (rapport entre les prix moyens à l’exportation et les prix à
l’importation). Globalement aujourd’hui les Pays en développement (PED)
ont adopté la voie capitaliste mais
- La fragilité de l’économie a des conséquences sociales : malnutrition,
analphabétisme, sous-emploi, forts contrastes de revenus. La croissance
rapide de la population aggrave ces problèmes (constitutions de
bidonvilles autour des agglomérations).
- Au niveau politique, de nombreux Etats adoptent des régimes
autoritaires ou dictatoriaux (sauf l’Inde) marqués par la corruption, le
clientélisme (favoriser une partie de la population sur laquelle on pourra
ensuite s’appuyer), instabilité politique (nombreux coups d’Etat).

B. La diversité des situations

1. Des expériences variées

- Il existe une véritable volonté de développer l’économie des pays du


Tiers-monde mais les difficultés à trouver des solutions et des stratégies
de croissance efficaces persistent : ex Nasser en Egypte, nationalise le
canal de Suez en 1956. Il dénonce l’exploitation économique de son pays
par les Anglais et les Français qui gèrent le canal. Beaucoup de nouveaux
Etats décolonisés sont tentés par l’expérience socialiste (modèle
soviétique) qui s’avère parfois catastrophique : Mozambique,
Madagascar...
- Les pays producteurs de pétrole (rassemblés au sein de l’OPEP)
bénéficient à partir de 1973 (forte augmentation du prix du pétrole : choc
pétrolier) d’importants revenus qu’ils investissent dans l’industrie ou les
infrastructures de leur pays.
- Des Etats s’industrialisent vite : NPI d’Asie orientale (Taiwan, Corée du
Sud, Singapour…) alors que d’autres ratent leur décollage et restent très
pauvres (PMA).

2. Le dualisme

- Les structures économiques et sociales des PED sont marquées par un


dualisme économique (opposition entre un secteur industriel tourné
vers l’exportation et un secteur agricole reposant sur une agriculture
vivrière), un dualisme social (profondes inégalités sociales en matière de
revenus, d’éducation, de santé) et dualisme politique (souvent une élite
politique concentre entre ses mains tous les pouvoirs).
- L’économie de subsistance coexiste avec des secteurs modernes
tournés vers le commerce mondial (industrie, finance…).
 Il n’existe donc pas un seul modèle organisationnel des PED mais
plusieurs voies.