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ÉLÉMENTS ET THÉORIE

DE

L'ARCHITECTURE

COURS PROFESSÉ A L'ÉCOLE NATIONALE ET SPÉCIALE

DES BEAUX-ARTS

J. GUADET

PROFESSEUR

INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BATIMENTS CIVILS

MEMBRE DU CONSEIL SUPERIEUR DE LENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS

OUVRAGE HONORÉ D'UNE SOUSCRIPTION ET COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

TROISIÈME ÉDITION AUGMENTÉE

d'une Notice sur la Vie et les Œuvres de Julien GUADET

PAR

J.-L. PASCAL

MEMBRE DE L'iNSTITUT, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BATIMENTS CIVILS

TOME I

PARIS

LIBRAIRIE DE LA CONSTRUCTION MODERNE

13, Rue Bonaparte, 13

(En face de VÉcole des Beaux-Arts.)

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ÉLÉMENTS ET THÉORIE

L'ARCHITECTURE

MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS.

JULIEN GUADET

18 S* - 1908

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ELEMENTS ET THEORIE

DE

L'ARCHITECTURE

COURS PROFESSÉ A L'ECOLE NATIONALE ET SPÉCIALE

DES BEAUX-ARTS

J. GUADET

PROFESSEUR

INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BATIMENTS CIVILS MEMBRE DU CONSEIL SUPERIEUR DE L'ENSEIGNEMENT DES BEAUX-ARTS

OUVRAGE HONORÉ D'UNE SOUSCRIPTION ET COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

TROISIÈME EDITION AUGMENTÉE

d'une Notice sur la Vie et les Œuvres de Julien GUADET PAR

J.-L. PASCAL

MEMBRE DE L'iNSTITUT, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BATIMENTS CIVILS

TOME I

PARIS

LIBRAIRIE DE LA CONSTRUCTION MODERNE

13, Rue Bonaparte, 13 [En face de V Ecole des Beaux-Arts.)

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PRÉFACE

DE LA TROISIÈME ÉDITION

NOTICE

SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

DE

JULIEN GUADET

(23 DÉCEMBRE 1834

M.

PAR

J.-L.

17 MAI I908)

PASCAL

MEMBRE DE L'iNSTITUT, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BATIMENTS CIVILS.

Le classique, disait notre maître Garnier dans une de ces bou-

tades paradoxales se plaisait son génie fait d'audace réfléchie,

c'est, pour l'architecte, tout ce qui est construit.

En donnant à cette formule l'armature de la sélection la plus

avertie, Julien Guadet, l'auteur de ce beau et bon livre, n'aurait eu,

à aucun titre, à en faire la présentation pour une édition nouvelle ;

mais la mort a arrêté la magistrale et calme production de cet esprit pondéré auquel plaisait tout spécialement la fonction éduca-

-2.0\ ~7f O

II

tive, peu après qu'il eût fini de préparer cette troisième publication

presque semblable à la seconde.

Il n'est plus ! Pour plusieurs générations qui se souviennent de

ce que fut le brillant élève de l'École des Beaux-Arts, le solide pen-

sionnaire

de l'Académie

de France à Rome, l'Inspecteur

des

travaux de l'Opéra et de ceux du Muséum d'histoire naturelle, l'ar-

chitecte de l'hôtel des Postes, à Paris, et de la reconstruction du

Théâtre français ; pour les hommes de gouvernement ou d'affaires

qui ont pratiqué l'Inspecteur général des Bâtiments civils, l'Expert

si apprécié, le rédacteur magistral, précis, lettré, de tant de rapports

officiels ou de travaux presque didactiques sur les matières les plus diverses ; pour les fervents des hautes études qui ont apprécié l'en-

seignement du chef d'atelier devenu le professeur de tous les

élèves de la rue Bonaparte, l'initiateur de leur esprit aux spécu-

lations architecturales pour les nombreux artistes du monde

entier qui en ont subi inconsciemment l'empreinte, il n'y aurait

guère qu'à faire connaître ce que représentait de bonté sereine,

d'égalité d'humeur, la noble effigie en tête de ce premier volume,

et aussi sa continuelle bonne grâce au service non seulement de

toute la jeunesse qui avait relevé directement de lui, mais de tous

ceux qui se croyaient

affaires.

le

droit de

le faire

intervenir

dans leurs

C'est pour l'avenir seulement qu'il faut faire remarquer combien

le plan méthodique de l'ouvrage de mon cher ami est en harmonie

avec la belle existence de l'artiste, à quelque rang que le place la

postérité, si le mot n'est pas trop ambitieux à parler d'un architecte.

Dès les premières pages le jeune homme inexpérimenté y trou- vera un guide pour préciser le choix de sa carrière, un entraîneur

pouvant aider à son enthousiasme, comme aussi un modérateur

l'écartant de trop d'illusions, s'il est prudent qu'il ne s'engage pas

à l'aventure dans la série des études devant précéder la plus labo-

III

rieuse des carrières. Avant et pendant son dur apprentissage, l'élève

en ayant pris son parti aura constaté la multiplicité des con-

naissances à acquérir, le bagage scientifique sans cesse en accrois-

sement qu'il lui faudra accumuler ; mais, en

lui montrant les

heureux résultats de son effort, les petites jouissances destinées à

devenir de grands enthousiasmes, l'initiateur l'aura rassuré sur le

but final en l'avertissant sans cesse que chaque

jour

suffit

à sa

peine, que toute difficulté se surmonte, et qu'inconsciemment, il

atteindra à cette sécurité que procurent la continuité des solutions,

la spontanéité des trouvailles, l'ingéniosité, la souplesse que vise le

bel ensemble des théories contenues dans le résumé des leçons du

maître.

Après avoir entrevu ce qui peut le renseigner, l'instruire, l'élever,

l'artiste qu'il s'agit de former, auquel a été fourni, jusqu'à la des-

cription des instruments dont il aura a se servir, trouvera tout de

suite aussi, ce disciple averti, la règle de la conscience qui doit pré-

sider à toutes les opérations de son esprit, à tous les efforts de sa

création, à la mise

en œuvre

de ses inventions, à la défense des

intérêts dont il aura la charge. Plus loin il trouvera l'indication des

funestes tentations auxquelles il devra se soustraire, des devoirs

qui lui incomberont vis-à-vis des particuliers, des Administrations, des Cités ou Etats qui se confieront à lui.

Le praticien, même celui qui est rompu à toutes les difficultés de

la carrière, y rencontrera, résumée en une sorte décode, l'énumération

des devoirs pas souvent des droits auxquels il doit soumettre sous une sévère discipline sa conduite scrupuleuse, si bien

qu'une partie de l'œuvre aura pu être adoptée par la plus ancienne

des Sociétés françaises pour la règle de conduite de ses membres.

Ce sentiment de la responsabilité domine d'ailleurs vaguement

dans tout le cours de la composition, formulé plus spécialement

dans les dernières pages et résumé dans le dernier mot : l'honneur.

IV

C'est entre les préparations du commencement et les suggestions

finales, d'une si haute tenue, pour la pratique d'une carrière noble

entre toutes, que s'étend dans un ordre bien intelligible l'énumé-

ration des éléments constitutifs de la construction, l'explication en

des pages pratiques accompagnées d'exemples historiques des pro- cédés des fondations, la description variée des matériaux employés

en élévation et l'interminable liste des éléments : piles, murs, plan- chers, combles et couvertures pour franchir les petites portées

comme aussi les plus grands espaces, voûtes, chambres, degrés,

etc., tout notre vocabulaire.

La lecture des tables des matières résumerait admirablement cette longue analyse des moyens dont l'histoire de notre art nous a laissé le témoignage, en y ajoutant des ouvertures sur ceux qui n'ont pas la sanction des siècles de durée, même sur les procédés les plus

risqués dont la longue expérience permettra seule la transmission

à leur tour comme il est fait des précédents.

Il y a assez de figures, pas trop pour risquer de submerger un texte aussi nourri, comportant une accumulation de documents,

tous pris aux meilleures sources, fidèles, sérieux, exacts, auxquels

on puisse se fier, réductions souvent de grandes planches consti- tuées pour le cours professé à l'École des Beaux-Arts ou emprunts

directs à de grandes publications, à de beaux travaux, en commen-

çant par les études de la jeunesse du maître et à la documentation que lui ont fournie son séjour à Rome et ses voyages de pension- naire, en Grèce, en Orient.

Puis, ce sont les considérations qui permettent de combiner ces

éléments comme se constitue un organisme complet avec les détails

que l'anatomie a permis de connaître, après la synthèse l'analyse, les épaisseurs des pleins, les rapports des vides, la nomenclature des

cours, portiques, vestibules, entrées, escaliers, etc., de tous les termes

qui nous sont particuliers, ou de ceux dont tout le monde se sert,

le tout aboutissant à la composition de plans traduisant les pro- grammes donnés, à la recherche des élévations et des sections des

édifices, superposant aux solutions obtenues le caractère, l'art enfin exclusivement poursuivi à travers tant de savoir.

Le beau succès exceptionnel en librairie de cette Encyclopédie

architecturale en avait fait un juste sujet de fierté, de triomphe

pour son auteur, cruellement maltraité par la maladie. On peut

dire en effet que c'est en résumé l'état actuel de nos connaissances,

de la tradition et de l'invention récente, de l'histoire et de l'expé-

rience en cours, du rêve et de la réalité, et que de longtemps on

ne refera pas, même, sur un autre plan, pareille constatation pour

jalonner l'évolution de notre art. La fixation de cette étape repré-

senterait, si on en veut chercher quelque équivalence, plus que les

résumés d'un Vitruve, les constatations d'un Philibert Delorme,

les études d'un Du Cerceau, les renseignements d'un Blondel, les notations des Rondelet, des Blouet, des Léonce Raynaud, etc., parce que jamais pareil nombre de documents n'a été réuni sous le sévère contrôle de l'esprit ferme et lucide d'un praticien aussi expérimenté, avec la ferme intention de traiter en artiste l'art de bâtir dans ses

rapports avec notre civilisation.

Peut-être trouverait-on qu'à cette rapide analyse d'une des meil-

leures œuvres pédagogiques de ce temps-ci, mon amitié pour son

auteur aurait trop escompté, comme je le disais en commençant, de la connaissance que nous avons de la haute personnalitéde ce repré-

sentant de l'art français, et que ce serait trop pécher par préten-

tion, quand le livre ira répandre

mettra aux générations qui nous suivront, que de ne pas parler ici plus longuement de sa vie parce que des articles nécrologiques

ses

idées au loin ou

les trans-

lui ont été consacrés ailleurs.

VI

Résumons donc son existence laborieuse :

Julien Guadet naquit le 23 décembre 1834 à Paris.

Ce descendant d'une famille girondine, dont un des membres,

son grand-oncle, a déjà illustré le nom en laissant une trace dans

la vie politique de notre pays pendant la Révolution française,

s'est allié par son mariage à la belle

blement connue, depuis la part qu'elle a prise à la Révolution de

famille Marie, si respecta-

1848, et, plus tard, par

celui

de sa fille à la grande

famille des

Carnot, dont le nom est si noblement associé à la forme républi-

caine.

Conduit par des tendances toutes personnelles à envisager dans

la carrière des Arts la branche spéciale de l'architecture comme plus

en harmonie avec ses facultés, capable d'en connaître la partie scien-

tifique à l'égal de l'évolution artistique au point de servir, tout

jeune, de maître et de guide dans l'enseignement de ses camarades,

en même temps qu'il se préparait, après de fortes études classiques,

à l'admission à l'École des Beaux-Arts, il y fit la plus belle carrière

d'élève jusqu'à l'obtention, en 1864, du prix de Rome, cette consé-

cration pour un seul, chaque année, des meilleurs efforts greffés sur

des dons naturels.

Son séjour à la Villa Médicis fut particulièrement fructueux et ses envois, dont plusieurs ont contribué à le documenter pour l'ouvrage didactique dont nous présentons la troisième édition, le

mirent hors de pair.

Avant son départ, il avait participé pendant plusieurs années

à la préparation et au commencement d'exécution de l'Opéra de

Paris, sous la direction

de notre chef Garnier. Au retour, il

fut

attaché, sous son maître André, aux travaux du Muséum d'Histoire

Naturelle qu'il ne

quitta que pour diriger la construction de

grandes installations provisoires pour la Poste, devant les ruines

des Tuileries, pendant qu'il amorçait la construction de l'édifice

VII

définitif dont l'exiguïté du terrain, si flagrante aujourd'hui, fut pour

lui la principale cause de mécomptes qui lui furent cruels.

C'est en 187 1 qu'il prit la direction d'un des ateliers qui, depuis

plusieurs années, avaient été créés à l'Ecole des Beaux-Arts. Avant

d'être l'élève d'André il avait suivi les leçons d'un maître éminent,

Labrouste. A son tour, pendant vingt années, il forma, suivant

cette méthode individuelle qui est la nôtre, une génération d'élèves

dont l'attachement lui fut la noble récompense jusqu'à sa dernière

heure et qui demeure fidèle à sa mémoire. Quand il abandonna cette

direction pour la fonction de professeur deThéorie, son enseignement,

si apprécié pour ses leçons orales et plus encore pour l'incroyable

variété, la suite logique, l'attentive rédaction des programmes de

concours, ne pouvait lui donner la douce satisfaction dont il avait

eu le profit dans la première

mais ce fut la haute conscience qu'il mit à s'y préparer

entretenir qui donna naissance à l'énorme compilation, transfor- mée en ce bel ouvrage dont nous célébrons les mérites : les

et à s'y

partie de sa carrière pédagogique ;

Eléments et la Théorie de ïArchitecture.

Il faudrait longuement détailler les services qu'il

a rendus

comme architecte et inspecteur général des Bâtiments civils pour

faire connaître sa carrière. C'est l'incident le plus imprévu, l'in-

cendie du Théâtre français, qui lui donna l'occasion de témoigner

de son sang-froid, de son talent de constructeur, de sa haute habi- leté professionnelle dans la démolition des débris et la reconstruc-

tion rapide de

ordre comme, d'ailleurs, partout sa personnalité eut à se produire, jusqu'à la présidence de la Société Centrale des Architectes où, dans des circonstances mémorables, il fut quasi héroïque, bravant

ces ruines fumantes. Il se montra

de premier

la souffrance et la mort menaçante, pour accomplir ce qu'il consi-

dérait comme un devoir.

Expert apprécié, expérimenté, il se montra aussi versé en juris-

VIII

prudence qu'il sut se faire écouter au Conseil supérieur de l'Ensei- gnement de l'Ecole des Beaux-Arts et à celui de l'Université ; son

autorité au Conseil général des Bâtiments civils, la sûreté de sa

parole comme les qualités de sa rédaction lui donnèrent aussi jusqu'à la dernière heure la plus haute situation. Il fallut la continuité d'un mal étrange et presque la fâcheuse décision d'aller chercher dans le midi, à Lugano, un changement

d'air qui lui fut fatal pour que la maladie eût raison d'une consti-

tution résistante l'intelligence et la puissance de travail, extraor-

dinaires toujours, n'eurent aucune défaillance jusqu'à la dernière

heure.

Pour compléter ces renseignements sur une aussi noble figure

il faut encore redire que les qualités de l'homme privé, de l'homme

de famille furent à la hauteur des dons exceptionnels dont nous n'avons fait que donner une idée sommaire et que, toujours prête

à rendre service, sa bonté accueillante sans banalité était à la

discrétion de qui y avait recours.

Ce fut un bel échantillon d'humanité, de qui l'œuvre présente,

soignée, scrupuleuse, montre une des faces multiples sous les-

quelles il mérite d'être donné en exemple.

27 avril 1909.

J.-L. Pascal.

PRÉFACE

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

L'origine de ce livre est double; il a même, en quelque sorte, deux

auteurs.

Depuis 1872, j'ai toujours eu l'honneur et la grave responsabilité

d'enseigner l'architecture ; pendant vingt-deux ans, chargé de la direction

d'un atelier de plus en plus nombreux, j'ai pu constater combien les con-

naissances premières, les bases, faisaient trop souvent défaut à nos élèves :

lacune que rien ne peut ensuite combler. C'est un vif regret pour un

professeur lorsqu'il voit un jeune homme bien doué, ardent et travail-

leur, arriver mal préparé aux études, n'apportant qu'une instruction

de hasard et de circonstances, un bagage indigeste, et pas même l'idée,

pas même la notion lointaine du caractère sérieux et élevé des études, pas

une préparation méthodique, pas une ouverture d'esprit sur les horizons

d'art. Si le sol est vierge encore, si le jeune homme n'a pas, du moins,

reçu de ces prétendus commencements d'instruction qui ne sont, trop sou-

vent, qu'une souillure indélébile,

tout espoir est permis : la tâche du

professeur sera laborieuse, mais fructueuse. Si le pauvre élève arrive

déjà formé, comme on dit, le plus souvent, hélas! le professeur à qui on

le présente devrait, dans sa conscience, répondre : il est trop tard !

Cela, tous ceux

qui ont enseigné le savent, et ne me contrediront

certes pas. A quoi donc cela tient-il?

Éléments et Théorie de ïArchitecture. I.

1

2

PREFACE

A beaucoup de raisons, évidemment, mais avant tout, peut-être, à

celle-ci : il n'y a pas de livre usuel fait pour ceux qui commencent à

étudier l'architecture, non plus que pour ceux qui entreprennent la tâche

de leur en enseigner les éléments. Ce livre de ï élève et du maître, f avais

voulu le tenter, et f en avais commencé la préparation : travail consi-

dérable, mais intéressant et utile, que je pouvais peut-être mener à bien,

après plus de vingt années denseignement et d 'expérience des lacunes

dont souffrent nos élèves.

Ce livre,

dans

l'Architecture.

ma pensée, devait s'appeler Les

Eléments de

Mais depuis, j'ai été chargé, d ï école des Beaux-Arts, du Cours de

Théorie de l'Architecture. Ce cours, que j'ai commencé en 1894,

comporte renseignement des principes de l'architecture. Son programme

général, que je transcris ici, est le suivant :

ÉCOLE NATIONALE ET SPÉCIALE DES BEAUX-ARTS PROGRAMME DU COURS DE THÉORIE DE L ARCHITECTURE

ce

Ce cours a pour objet fétude de la composition des édifices, dans

«

leurs éléments

et dans leurs ensembles, au

double point de vue de

«

l'art et de l'adaptation d des programmes définis, à des nécessités rnaté-

«

rielles.

« Dans la première partie, on étudiera successivement les éléments

« proprement dits, c'est-à-dire les

murs, les ordres,

les arcades,

les

« portes, les fenêtres, les voûtes, les plafonds, les combles, etc.; puis

les

« éléments plus complexes, tels que les salles, les vestibides, les porches,

« les portiques, les escaliers, les cours, etc.

« Dans la seconde partie, après avoir établi les principes généraux

« de composition, on étudiera les principaux genres d'édifices: religieux,

PREFACE

,

3

« civils, militaires, d'utilité publique et d'habitation privée, donnant de

« chacun d'eux les exemples les plus remarquables à toutes les époques

« et dans tous les pays, montrant à quels besoins ils répondaient, expo-

« sant

ensuite comment et dans quelle mesure ces besoins

se

sont

« modifiés pour arriver aux exigences actuelles et aux programmes

« les plus récents. »

La matière, on

le voit, est des plus vastes, à la fois élémentaire et

transcendante, car il n'y a pas dètudes d'art

qui ne soient de hautes

études.

En vue de ce cours, fax pourquoi ne le dirais-je pas ? étudier

à nouveau ce que j'étudiais depuis déjà quarante ans, condenser en formules

tangibles ce qui, souvent, n'est qu'un instinct, résumer l'expérience

acquise, non pas

tant pour moi-même que pour mes jeunes auditeurs,

dont le nombre toujours croissant à mes leçons a été la meilleure récom->

pense de mes efforts.

Et, naturellement, j'ai remanier et compléter ce que j'avais d'abord

préparé pour les seuls commençants, et, tout en remontant toujours aux

éléments,

bases de toutes les études,

aborder des sujets que je m'étais

d'abord interdits, tandis que, d'autre part, je ne pouvais, dans -ce cours,

que rappeler les éléments, ni y référer avec instance, mais non les expo-

ser en détail comme partie intégrante de cet enseignement.

On m'a souvent demandé déjà si je ne publierais pas ce cours. Certes

il y aurait, encore, matière à

naturel serait :

un livre intéressant, dont le titre tout

Théorie de l'Architecture.

Livre utile, oui, mais incomplet aussi, car il y manquerait précisé-

ment la matière fondamentale, les éléments. Si le livre que je préparais

comme professeur d'atelier devait s'arrêter trop tôt peut-être, ce qui est

PREFACE

//// défaut facilement réparable celui que je préparerais connue

professeur de théorie ne commencerait qu'à la seconde étape du chemin

à parcourir.

Et voilà pourquoi le livre vraiment utile aux élèves, qu'ils soient

débutants ou déjà avancés dans leurs études, doit être une fusion de ces

deux programmes : l'exposition des éléments les théories qui s'en

dégagent, fai donc pris le parti de foudre en une seule mes deux prépa-

rations, d'ajouter en sous-œuvre les premiers éléments au cours de

théorie : chose d'autant plus logique que les lignes de démarcation sont, en

pareille matière,

bien arbitraires, et

que si un cours a le droit dêtre

incomplet lorsqu'il suppose des études antérieures déjà faites, le livre doit

être complet, au contraire, lorsqu'il a surtout en vue les études premières,

ces études si importantes d'où

découle

tout le

reste, comme

dans une

exploration tout dépend du choix heureux du premier sentier.

Dès lors, ce livre devait recevoir le titre qui résulte naturellement

de cette double destination, et s'appeler :

Éléments et théorie de l'Architecture.

Mais théorie initiale seulement, car, pour la dernière partie et la

plus élevée de la théorie, c'est-à-dire la composition générale des édifices,

ce serait dépasser le cadre que je me suis donné. Si, plus tard, j'aborde ce

sujet, ou si quelque autre Faborde à son tour, ce sera un autre ouvrage,

et il y aura alors à voir comment il pourra être conçu. Aujourd'hui,

je me limite,

et je dois me limiter : les études d'architecture sont trop

vastes pour être enfermées eu deux ou trois volumes; et pour passer en

revue les œuvres et non plus seulement les moyens de l 'architecture, ce

n'est plus un livre élémentaire qu'il faudrait.

Or, je tiens à bien marquer le caractère très voulu

de cet ouvrage :

c'est un livre élémentaire. De même que dans l'enseignement des lettres

il y a des leçons transcendantes de littérature d'un Villemain ou d'un

PREFACE

5

Nisard, et plus modestement les livres de classes, qui peuvent, après

tout, être signés d'un Burnouf ou d'un Quicherat, c'est bien le livre

élémentaire, le livre de classe, à la portée des débutants, que je prétends

publier.

Et pourquoi ? Parce qu'il manque, je le répète encore une fois.

Oui, je l'affirme, depuis que j'ai l'honneur d'enseigner l'architecture,

il m'est arrivé bien souvent une chose assena-normale. Des jeunes gens se

destinant à l'étude de notre art ou leurs parents me demandaient

l'indication d'un livre élémentaire qui pût les guider dans leurs pre-

miers travaux, ou les y préparer si le moment n'était pas encore venu

de spécialiser leurs études. La même question a été évidemment posée à

tous ceux qui s'occupent d'enseignement, et tous nous avons répondre

de même : cet ouvrage n'existe pas. On trouve bien des Vignole, qui

présentent une théorie telle quelle ou plutôt des tableaux de proportion

des ordres d'architecture ; on trouve des livres excellents, comme les trai-

tés de Rondelet ou de Léonce Reynaud, mais qui ne sont pas élémen-

taires ; on trouve enfin des dictionnaires les matières élémentaires se

trouvent à côté des discussions d'ordre plus élevé. Mais ces livres, excel-

lents à consulter plus tard comme répertoire, ne peuvent présenter l'ordre

logique des études, puisqu'ils obéissent au hasard de l'ordre alphabétique:

ils définissent d'abord /'abaque, qui n'est certes pas la première chose à

connaître, et c'est après plusieurs volumes qu'on rencontrera le mur, qui

certes doit apparaître dans les études avant l'abaque.

Tout art, toute science a cependant ses livres élémentaires, ses guides

du débutant; et si la logique et ïenchaînement s'imposent quelque part,

c'est bien lorsqu'il s'agit d'initier à une étude nouvelle des jeunes gens qui

n'en ont pas encore l'idée. Pourquoi donc cette lacune ?

Sans doute, le catalogue des publications architecturales est riche; des

6

PREFACE

hommes de grand talent ont fait connaître les plus beaux monuments,

les uns, comme Penrose, en s attachant à un édifice