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CORRIGÉ Voici un plan que vous pouvez vous exercer à rédiger. Certains exemples sont développés

CORRIGÉ

Voici un plan que vous pouvez vous exercer à rédiger. Certains exemples sont développés à titre de modèles.

Introduction

(Amorce) L’amour occupe une place essentielle dans la littérature en général, plus particulièrement dans le roman.

I. La passion amoureuse est révélatrice de la vision de l’homme et du monde Du côté du personnage

1. Parce que être amoureux donne sa couleur au monde

Dans le roman comme dans la vie, l’amour change la vision du monde et des autres :

• Un amoureux heureux voit le monde « en rose » : début de Manon Lescaut de l’abbé Prévost, La Femme de trente ans de Balzac (document A) et Le Planétarium (document C) ; phénomène aussi visible au théâtre, parce que le spectateur voit le personnage sur scène (cf. Camille dans le début de

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Horace de Corneille : rassurée par une voyante sur son futur avec son

fiancé Curiace, elle en oublie la guerre entre leurs deux cités : « Tout me semblait Curiace ») ou en poésie (Aragon, Le Roman inachevé, « L’amour qui n’est pas un mot »).

À l’inverse, un personnage amoureux malheureux voit tout « en noir » :

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » (Lamartine), l’univers semble insupportable et hostile.

• Dans le roman, le passage d’un amour heureux à un amour malheureux

modifie la vision de l’homme et du monde : La Princesse de Clèves, de

M me de La Fayette.

2. Parce que la passion amoureuse est révélatrice des rapports

qu’on entretient avec autrui

Rapports hommes-femmes, rapports dans la famille.

• Dans l’amour vénal, l’amour infidèle : les sentiments humains et l’autre

(sorte de marchandise) sont sans valeur.

• La fidélité amoureuse : les sentiments humains sont précieux, l’autre est un égal à respecter.

3. Parce que l’amour est source de nombreux autres sentiments

Jalousie, admiration, bonheur, malheur (Pierre et Jean de Maupassant).

4. Parce que le personnage vit son amour en fonction

de ses valeurs

Pour certains, il est essentiel, pour d’autres c’est un simple moyen (Bel-Ami de Maupassant).

II. Pourquoi le roman est-il particulièrement apte à donner une vision de l’homme et de la vie à travers l’amour ?

Le genre du roman est en rapport avec la réalité de l’époque

a. Le roman a rapport avec la réalité de l’époque et rend compte de cette vision du monde Le roman rend compte de l’évolution du couple amoureux dans la représen- tation qu’il en donne. Au départ, désir et nécessité d’assurer une descendance interviennent dans des domaines fortement différenciés : amour-désir avec les prostituées et concubines (exemples) ; perpétuation de la famille et de ses valeurs avec l’épouse (exemples) ; plénitude de l’amour à égalité entre l’homme et la femme dans le cadre du mariage (exemples) ; plus tard, l’amour libre de toute contrainte sociale qui « tient » par lui-même, purement sentimental …

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b. Le roman peint un monde, un milieu, un contexte

Le roman reconstitue un monde et fait graviter tout un monde extérieur

autour de cet amour, des personnages qui réagissent à cet amour et le jugent. Selon qu’il est ou non contrarié par les mœurs, par la société, il révèle les valeurs de cette société. Exemples :

– Cas du roman par lettres qui a plusieurs narrateurs : chacun donne sa

vision de l’amour teinté de sa vision du monde (Les Liaisons dangereuses,

La Nouvelle Héloïse) ou se montre affecté par cet amour : jalousie, admira- tion, remords.

L’Éducation sentimentale : Frédéric Moreau est partagé entre une bour-

geoise vertueuse, M me Arnoux, avec laquelle il vit un amour idéal jamais consommé, et Rosanette, femme aux mœurs légères qui lui fait découvrir les plaisirs de l’amour sensuel. Créant une galerie de personnages autour des aventures amoureuses de Frédéric, Flaubert brosse une fresque de la société parisienne du milieu du XIX e siècle et révèle ainsi le vice sous le masque de la vertu. – Le roman libertin : la liberté du libertin ne va pas toujours de pair avec le

partenaire qu’il essaie de vaincre. En fait, l’érotisme engendre le plus sou- vent, dans les romans libertins du siècle des Lumières, l’inégalité, le rapport de force. La société est encore inégalitaire : la femme libre est discréditée.

M me de Merteuil, lorsqu’elle est découverte, est conspuée, socialement

morte. En revanche, les hommes qui accumulent les conquêtes variées sont glorifiés (Valmont). M me de Tourvel ne peut que mourir, après avoir perdu sa vertu. En fait, la relation amoureuse n’est jamais apaisée dans le roman libertin.

c. Le roman s’inscrit dans la durée ; l’évolution de l’histoire d’amour

trahit la vision du monde L’évolution de l’histoire d’amour donne une idée de la vie : selon que l’his- toire d’amour échoue ou réussit (exemples), optimisme ou pessimisme du romancier.

d. L’amour est source de conflits

Or la vision de l’homme et du monde apparaît mieux dans les conflits (riva- lité amoureuse).

e. Du côté du romancier

Le romancier, l’amour et la réalité

Le romancier, dans sa fiction, choisit de représenter l’amour en prenant position par rapport à la réalité : la représentation de l’amour se construit :

– soit par opposition à la réalité (amour idéalisé des grands romans précieux du XVII e siècle, dans les romans contemporains de Delly…) ;

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– soit par sélection d’éléments empruntés à la réalité (romans réalistes du XIX e siècle, Zola) ;

– soit par amplification de ceux-ci (romans de Hugo).

Le romancier et son personnage Importance du choix du héros dans la représentation de l’amour : force de

ce modèle, porteur des valeurs ou des contre-valeurs du romancier.

La vie que le romancier imagine pour son héros trahit sa propre conception de la vie : un héros idéalisé – par rapport à la réalité – révèle de la part du romancier le besoin de rêver sa vie (Fabrice del Dongo de La Chartreuse de Parme par rapport à Stendhal). • Le roman permet l’incursion dans l’âme des personnages

– L’existence d’un narrateur permet de faire mesurer l’effet de l’amour sur

ses personnages : amour destructeur, amour qui grandit, amour qui permet de supporter les aléas de la vie…

– La focalisation interne permet de mesurer le retentissement de l’amour sur

le comportement. • Le romancier juge de son personnage amoureux Le regard du romancier sur ses personnages, notamment sur son histoire amoureuse ou son comportement amoureux, trahit son jugement sur eux :

ironie de Sarraute (document C) à propos du couple de jeunes mariés, notamment de la femme (voir le commentaire). Les couples inventés par la fiction reflètent davantage les rêves et les craintes de ceux qui les ont conçus et de ceux à qui sont destinées les œuvres littéraires dans lesquelles ces couples apparaissent (Les Choses de Perec).

III. D’autres types d’amour que la passion amoureuse sont révélateurs du regard du romancier sur l’homme et le monde

L’amour prend plusieurs formes ; de nombreux romans sont construits autour d’un héros guidé par un amour qui n’est pas la passion amoureuse. Ils révèlent aussi la conception de l’homme et du monde. Dans ce cas, le regard du romancier sur son héros – positif ou négatif – indique sa vision de l’homme et du monde : il a les mêmes valeurs s’il semble avoir de la sympathie pour son personnage ; il a des valeurs oppo- sées s’il semble désapprouver son personnage.

1. L’amour d’autrui

• Amour maternel, paternel, filial… : révèle une primauté de la valeur du lien familial (exemples). • Amour d’un pays : révèle la primauté de la valeur de la solidarité (exemples).

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2. L’amour d’une idée

• Amour de la justice sociale : La Condition humaine de Malraux. • Amour de Dieu : Le Journal d’un curé de campagne de Bernanos.

3. L’amour de soi

Le héros qui s’aime lui-même et rapporte tout à soi : les héros ambitieux (Rastignac chez Balzac, Bel-Ami chez Maupassant) ou Julien Sorel (Le Rouge et le Noir de Stendhal) qui ne voient le monde que par rapport à soi, jugent les gens et le monde en fonction de ce qu’ils froissent ou non leur amour-propre et leur ambition.

4. Et quand il n’y a pas d’amour ? L’absence d’amour tout aussi

révélatrice

Dans ce cas même, le roman révèle aussi une vision de l’homme et du monde. Exemples :

– Pas de passion amoureuse : Thérèse Desqueyroux et plus encore La Fin de la nuit de Mauriac : le monde est un désert amoureux. Thérèse quitte tout. – Le personnage qui n’aime rien, indifférent à tout : L’Étranger de Camus. Rend compte de l’angoisse de Camus devant l’étrangeté du monde :

l’homme n’a pas de prise sur le monde, son autonomie lui échappe… : « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre. » – Monsieur Ouine de Bernanos (1946) : un univers de personnages qui ne s’aiment pas (autour de l’histoire du meurtre d’un petit vacher), qui gravite autour de M. Ouine, correct professeur retraité, mais en fait maître des âmes, démon du village damné. Aucun amour dans ce roman : valeur sym- bolique de cette absence d’amour qui est révélateur du désespoir de Bernanos.

Conclusion

L’amour est essentiel dans presque toutes les œuvres qui comportent une histoire et des personnages (roman ou théâtre, cinéma…), parce que c’est une composante primordiale de la vie réelle. La façon de vivre l’amour révèle une vision de l’autre et du monde. Mais la façon de le raconter tout autant. Le « nouveau roman » a cru pouvoir se débarrasser de cette dimension ; or la production moderne de romans, ainsi que le cinéma, populaire ou non, font rarement l’économie du sentiment amoureux.

© Hatier 2007

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