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ANALYSE CHIMIQUE

Contrôle des OGM :


les méthodes
de référence sont prêtes

Depuis avril 2004, la réglementation européenne impose l’étiquetage des OGM présents dans les denrées alimentaires.
Pour réaliser ces contrôles, le Laboratoire Communautaire de Références assiste un réseau de laboratoires européens
(ENGL), appuyés par le centre commun de recherches de la Commission Européenne d’Ispra (Italie). Il a validé des méthodes
de références pour le contrôle de la présence d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les aliments. Ces
méthodes sont mises à la disposition des industriels. En cas de litige, ce seront elles qui feront foi.

L
a transgenèse végétale modifie le
patrimoine génétique d’une plan-
te pour lui apporter des caracté-
ristiques intéressantes comme la
résistance aux parasites ou une meilleure
tenue aux pesticides. Cette technique intro-
duit dans le génome un ou plusieurs nou-
veaux gènes. La plante ainsi modifiée s’ap-
pelle un OGM (Organisme Génétiquement
Modifié). Le code génétique étant univer-
sel, l’information ainsi introduite sera utili-
sée par la plante réceptrice sans que l’on ne
connaisse l’incidence réelle de ces modifi-
cations sur l’environnement et sur la santé
humaine. Or, à ce jour, des espèces comme
le maïs et soja sont cultivées dans certains
pays sous forme OGM et peuvent entrer dans
la composition des ali-
L’essentiel ments. Pour laisser le
libre choix au consom-
 Les OGM sont désormais
acceptés dans les aliments mateur sans entraver
Les OGM sont considérés comme étant une avancée scientifique majeure. Mais ils suscitent beaucoup de craintes tant sur le plan éco-
 Ils sont soumis à une régle-
les règles du commer- logique que sur celui de la santé. On commence à les autoriser en Europe, tout en les surveillant. Il existe désormais des méthodes
mentation, tant au niveau ce international et la d’analyse normalisées…
de leur nature (certains libre circulation des
OGM sont interdits) que de biens, la commission publiés en ce sens à l’automne 2003. Ils sont il s’agit de détecter la présence d’organismes
leur quantité européenne contraint entrés en application en avril 2004. Ils impli- génétiquement modifiés. Si l’échantillon se
 Pour effectuer des les industriels de l’ali- quent un renforcement des contrôles. révèle négatif, il n’y a pas de problème et l’ali-
contrôles, des méthodes mentaire à étiqueter ment est déclaré sans OGM. Si l’échantillon
de référence ont été déve-
clairement les aliments Un renforcement des contrôles est repéré comme positif, il convient de quan-
loppées
 Deux sont plus particulière-
contenant plus de 1 % Aujourd’hui, le contrôle des aliments sus- tifier l’organisme. Deux cas se présentent
ment prisées : ELISA et PCR d’OGM. Deux nou- ceptible de contenir des OGM doit suivre une alors :
veaux textes ont été procédure clairement établie.Tout d’abord, - l’OGM n’appartient pas à la liste des OGM

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autorisés en Europe(1) et son seuil dépasse la De la détection à la quantification
tolérance de 0,5 % : le produit ne peut donc
pas être commercialisé.
- l’OGM présent est autorisé, il convient alors Produit alimentaire
de le quantifier dans chacun des ingrédients
pris individuellement.A cette étape, pour ne
pas avoir besoin d’étiquetage particulier, la
concentration d’OGM doit demeurer infé- Détection de l'OGM
rieure à 0,9 % pour chacun des ingrédients Méthodes de test
entrant dans la composition de l’aliment. Si Elisa (coût raisonnable)
c’est le cas, le produit est déclaré sans OGM. ou
Si un ingrédient contient plus de 0,9 % PCR (coût plus élevé)
d’OGM, l’étiquetage de l’ingrédient ou de
l’aliment est nécessaire.
Autant dire qu’avec de telles contraintes, les
industriels de l’alimentaire doivent mettre en Négatif
œuvre des méthodes d’analyses sensibles, (rien à prévoir de Résultat
fiables et reproductibles permettant de garan- paticulier pour mettre
tir à coup sûr ces limites. le produit sur le marché)
Pour unifier les procédures de contrôle dans
l’ensemble des états membres, simplifier les
Positif (OGM ≥ 0,5%)
procédures d’inspection sur les denrées ali-
mentaires, lever les litiges, il a fallu mettre en
place des procédures de référence(2). C’est le
travail mené par l’ENGL (European Network
Identification de l'OGM
of GMO Laboratories), un réseau d’environ Nouveau test d'identification
70 laboratoires européens rassemblés autour pour savoir si l'OGM est autorisé
de l’Unité de Biotechnologie et OGM du Méthode PCR et analyse
Centre commun de recherche (CCR) d’Ispra du fragment ADN
en Italie. Il a mis au point et validé les
méthodes d’échantillonnage, de préparation
et d’analyse et réalisé l’intercomparaison de
différentes procédures qui font aujourd’hui
référence. Ainsi une trentaine de méthodes
ont été validées pour l’extraction de l’ADN, la OGM non autorisé
détection, l’identification, la caractérisation produit illégal
ou la quantification d’un OGM ou d’une Résultat
famille d’OGM. Les protocoles retenus intè-
grent largement les techniques PCR (Poly-
merase Chain Reaction) et le test ELISA (Enzy- OGM autorisé
me Linked ImmunoSorbent Assay). Pour Guy
Van den Eede, directeur de l’Unité Biotech-
nologie et OGM du centre commun de Quantification de l'OGM
recherche d’Ispra, « on sait aujourd’hui trouver de
façon fiable les OGM dans les aliments,même lorsqu’ils sont Analyse individuelle de tous
présents en petite quantité ». les ingrédients
Méthode PCR préconisée
Détecter la présence d’OGM
puis mesurer
Avant de se lancer dans une analyse longue et
coûteuse, il s’agit tout d’abord de détecter
une éventuelle présence d’OGM. Pour ceci,
deux méthodes sont possibles : les tests ELI- Plus de 1%
Moins de 1% Résultat
SA et PCR. Etiquetage
Etiquetage non requis
La technique la plus rapide et la moins coû- du produit
teuse à ce stade est le test ELISA sur bande- nécessaire
lette. Les tests ELISA ont été reconnus com-
me fiables et permettent de pratiquer des
contrôles de réception sur le soja. La procé-

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La méthode PCR
La réaction de polymérisation en chaîne mélange des quatre desoxyribonucleo- sents en excès dans le tube. Chaque base
(PCR, polymerase chain reaction) est un tides constitutifs de l’ADN. La séquence ajoutée est complémentaire à la base
moyen de connaître la présence et la cible représente les segments d’ADN correspondante du brin matrice. A la fin
nature des séquences introduites dans le recherché. Elle sera recopiée de nom- du premier cycle, le nombre de brin
génome d’une plante. Cette technique breuses fois. Elle est déterminée par le obtenu est le double des brins originaux.
de biologie moléculaire permet de repé- choix des amorces spécifiques à l’OGM De 40 à 45 cycles suffisent pour obtenir
rer un gène ou son messager même s’il recherché. La réaction se déroule en une amplification suffisante pour une
est présent en quantité infime. Son prin- trois phases : concentration de départ d’une cinquan-
cipe repose sur la copie d’un fragment Phase 1. Entre 93 et 96 °C, les liaisons taine de brins. Une amplification plus
de matière génétique ADN en plusieurs qui assurent la cohésion de l’hélice importante risque d’entraîner la présen-
millions d’exemplaires. d’ADN sont rompues pour former deux ce de séquences non désirables.
Une PCR classique se déroule dans un brins simples d’ADN. Pour l’analyse qualitative, cette métho-
petit tube placé dans une enceinte char- Phase 2. Entre 55 et 65 °C (selon la lon- de d’amplification doit être associée à
gée de maintenir le tube aux tempéra- gueur et la séquence des amorces une méthode d’analyse par électropho-
tures voulues pendant une durée pro- recherchées), a lieu le processus d’hy- rèse sur gel. Quant à l’analyse quantita-
grammée. Chaque cycle comporte trois bridation. Les amorces hybrides à l’ADN tive, elle met en œuvre la PCR temps
phases et dure environ une minute. se fixent sur le brin d’ADN matrice. Elles réel. La réaction PCR est couplée à
Avant la réaction, on introduit dans le servent de point de départ à la polymé- l’émission d’un signal fluorescent, pro-
tube tous les acteurs de la PCR, à risation du brin d’ADN complémentaire portionnel au nombre de segments
savoir : l’ADN à amplifier, les amorces de l’ADN matrice. ADN recherchés. En enregistrant l’émis-
(oligo-nucléotides) spécifiques du seg- Phase 3. La réaction de polymérisation sion fluorescente à chaque cycle, il est
ment ADN recherché, de l’ADN polymé- est réalisée à 72 °C. Elle se fait par ajout possible de calculer la concentration
rase (Taq polymerase) et enfin un successif des desoxyribonucleotides pré- des brins recherchés.

dure est simple et rapide. Il suffit de placer ce pour cause de résultats trop dispersés. ment modifiée. Ceci veut dire que pour
des graines broyées, de la farine ou encore En cas de résultats positifs, une analyse com- chaque demande d’autorisation déposée en
quelques morceaux de l’aliment à contrô- plémentaire est nécessaire pour identifier Europe, l’industriel devra déposer en même
ler dans un récipient, d’y ajouter de l’eau puis doser l’OGM. A ce stade, la méthode temps que son dossier d’autorisation les
et d’agiter fortement. En plaçant la bande- préconisée est une méthode PCR qui permet méthodes d’identification et de dosage de
lette dans ce mélange, il est alors facile de de réaliser l’identification. Puis, une fois iden- l’OGM. La répétabilité, la précision et la
voir (cela prend quelques minutes) s’il y a tifié, l’OGM est quantifié par PCR temps réel. reproductibilité de celles-ci seront ensuite
ou non présence d’OGM dans le produit. Le protocole d’analyse précis (notamment vérifiées par l’ENGL. Sans méthode validée,
Mais attention, ces tests ne sont pas les réactifs utilisés) est lié à l’autorisation de l’OGM ne pourra pas être commercialisé.
reconnus comme méthodes de référen- mise sur le marché de la plante génétique- Compte tenu de la précision demandée, la
collecte des échantillons est une phase très
importante.

Détecter une protéine avec le test ELISA Une phase-clé, la constitution


de l’échantillon
Le test Elisa est un test immunolo- est présent, il se lie spécifiquement à La préparation de l’échantillon du produit à
gique qui détecte et/ou dose une pro- l’anticorps de capture. Dans un contrôler est fonction de l’aliment.Ainsi pour
téine présente dans un liquide biolo- deuxième temps, un second anticorps des aliments secs de type corn flakes, farine,
gique. Dans la technique de dosage traceur, capable de se lier à l’antigène poudre de protéines… 30 g de matière
dite “en sandwich”, les puits d’une capturé, est ajouté aux puits. Les anti- seront incubés pendant plus de 20 heures
microplaque sont tapissés d’un anti- corps traceurs non fixés sont éliminés dans 60 à 100 ml d’eau stérile selon le taux
corps de capture capable de lier spéci- par rinçage. L’anticorps traceur est d’humidité de l’ingrédient, puis homogé-
fiquement l’antigène recherché. Pen- ensuite couplé à une enzyme cataly- néisé à l’aide d’un mixer. Les pâtés, le tofu, les
dant cette opération (appelée sant la formation d’un produit coloré. yaourts, crème glacée, saucisse… sont pré-
“coating”), l’anticorps de capture se La réaction est alors quantifiée par levés à raison de 30 g et mixés sans eau. Il
fixe au plastique des puits par interac- colorimétrie à partir d’une courbe en est de même pour les aliments liquides
tion électrostatique. La solution à tes- d’étalonnage réalisée avec des (lait, boisson au soja, huile, bière…). Sur les
ter est déposée dans les puits de la concentrations connues de l’antigène aliments composites de type gâteaux four-
microplaque. Si l’antigène recherché recherché. rés, croquettes de poisson… il faut isoler la
portion susceptible de contenir des OGM.
De même dans les produits cuits (biscuits,

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Deux nouveaux textes applicables depuis avril 2004


Le règlement 1830/2003 concerne directement l’industrie ali- jet d’une évaluation scientifique de leur innocuité auprès de
mentaire. Il modifie les règles de traçabilité et d’étiquetage l’Autorité européenne de sécurité des aliments. De plus, pour
des aliments contenant des OGM de la directive 2001/18/CE. être autorisé, l’OGM doit répondre à tout un ensemble de cri-
Il précise aussi l’approche à avoir au premier stade de la mise tères, dont la présentation d’une méthode de détection
sur le marché des produits alimentaires (y compris pour les fiable et précise. Cette méthode est ensuite contrôlée dans le
produits en vrac). Ainsi, le contrôle de la présence d’OGM Laboratoire d’Ispra. « Nous en étudions la précision. Si elle don-
peut être réalisé sur la matière première, les ingrédients, les ne satisfaction, des échantillons sont ensuite analysés en
arômes, et les denrées alimentaires. aveugle par plusieurs laboratoires du réseau en suivant le même
Quant au texte référencé 1829/2003, il réglemente la mise protocole. Il s’agit là de tester la reproductibilité de la méthode
sur le marché communautaire d’OGM et entrant dans la com- et la dispersion des résultats, » explique Guy Van den Eede,
position des denrées alimentaires ou des aliments pour directeur du laboratoire ; « si les résultats entrent dans notre
l’homme et les animaux. Applicable le 18 avril 2004, il vise à cadre de tolérance, la méthode est validée comme méthode de
dresser une liste précise des OGM autorisés sur le territoire référence pour cet OGM. Sinon, nous refusons l’autorisation ».
européen. L’objectif est d’assurer la sécurité des consomma- Ainsi, dès son autorisation de mise sur le marché, chaque
teurs en allant plus loin dans l’appréhension des risques OGM se voit remettre un identificateur unique et son proto-
potentiels que la simple labellisation utilisée jusqu’à présent. cole d’analyse. Ces deux textes ont été publiés au Journal
En conséquence, toutes les graines, matières premières, den- Officiel de l’Union Européenne du 18 octobre 2003.
rées, additifs, arômes contenant des OGM devront faire l’ob-

pain…), là où l’ADN peut être dégradée par hétérogènes, comme c’est le cas pour le char- den Eede. Pour résoudre ce problème, un pro-
les conditions de process (cycle thermique en gement d’un navire. Comment dans ce cas tocole d’échantillonnage a été élaboré pour
présence d’eau), il est préférable de prélever réaliser un échantillon représentatif de la car- la réception des gros volumes de graines. Fruit
à l’intérieur même du produit. gaison hétérogène? « La méthode de prélèvement par d’un programme de recherche européenne,
Mais le problème le plus difficile à résoudre tube n’est pas adaptée pour l’échantillonnage de lots hété- il a donné naissance à deux logiciels :
a été celui du contrôle des très gros volumes rogène de faible concentration », explique M.Van - KeSTE (Kernel Sampling Technique Eva-
luation) évalue les techniques d’échan-
tillonnage utilisées pour la détection de
contaminants sur des lots importants(3). Il
est actuellement utilisé lors du contrôle sous
OGM : l’Europe a son réseau d’expertise douane des lots de graines de soja impor-
Le réseau européen de laboratoires de vail de l’ENGL ne s’arrête pas là. Le tées en Europe.
référence pour les OGM a été mis en réseau participe aussi à la validation - CoDE (Contaminant Distribution Estimate) :
place le 4 décembre 2002. Il s’est vu des méthodes d’analyse, lors des encore en développement, cet outil quantifie
confier trois missions : demandes d’autorisation de mise sur l’erreur accordée aux différents protocoles
- Améliorer la traçabilité des OGM le marché des OGM. Il sera chargé d’échantillonnage. Ce logiciel servira comme
dans la chaîne alimentaire aussi des expertises, notamment en outil de support à l’harmonisation des diffé-
- Elaborer et valider des méthodes de cas de litige. rentes méthodes d’échantillonnage, tout en
détection et de quantification des OGM En France, quatre laboratoires adhè- associant une estimation des risques.
dans les denrées alimentaires et les ali- rent à la démarche : L’ENGL et le centre de recherche d’Ispra assu-
ments pour animaux. - L’équipe de méthodologie de la rent la diffusion de toutes ces techniques qui
- Contribuer au contrôle de l’utilisa- détection des OGM de l’Unité de Phy- sont mises à la disposition des industriels.
tion des OGM en Europe. topathologie et méthodologies de la En plus des informations diffusées sur les
Pendant quatorze mois, 70 labora- détection de Versailles (PMDV), Inra, sites Internet, des formations spécifiques et
toires (dont quatre français) ont testé www.inra.fr des validations de protocole d’analyse peu-
et validé les techniques analytiques et - Le laboratoire de Strasbourg, DGC- vent être réalisées par l’Unité Biotechnolo-
les protocoles d’analyse des OGM CRF, www.minefi.gouv.fr/DGCCRF gie et OGM d’Ispra.
sous la direction de l’unité de Biotech- - Le laboratoire National de la Protec- Marie-Odile Mizier
nologie et OGM du centre commun tion des Végétaux d’Orléans.
de recherche d’Ispra (Italie). Aujour- - Le laboratoire BioGEVES, Groupe (1)Site d’information sur les OGM autorisés en Europe :
d’hui, ces méthodes sont au point et d’Etudes et de Contrôle des Variétés http://gmoinfo.jrc.it.
peuvent être transférées vers les labo- des Semences de Surgères (pour les (2)Site d’information sur les méthodes de référence :

ratoires d’analyse et l’industrie. Le tra- graines), www.geves.fr http://gmotraining.jrc.it


(3)Site d’information sur les techniques d’échantillonnage :

http://biotech.jrc.it/sampling.htm

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