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c Christophe Bertault - MPSI

Nombres complexes

1 Le corps C des nombres complexes

1.1 Construction à partir du corps R des nombres réels

Définition (Loi de composition interne) Soit E un ensemble. On appelle loi de composition interne sur E , ou plus simplement loi ( interne) sur E toute application de E × E dans E .

Explication Une loi interne est ce que vous avez appelé une « opération » dans les classes antérieures : l’addition

Par exemple, l’addition des vecteurs est une loi int erne car c’est

des réels, la multiplication des réels, l’addition des vect

une façon d’associer, à tout couple ( u, v ) de vecteurs, un autre vecteur que l’on note u + v .

Nous supposons dans ce qui suit que nous connaissons parfait ement l’ensemble R des nombres réels muni de ses deux lois + et × d’addition et de multiplication. Partant de là, nous allons construire le corps C des nombres complexes.

Au commencement est R 2 . Dans tout ce chapitre, R 2 est identifié au plan euclidien qu’on a muni d’un repère orthonormal direct ( O, ı, ) ; tout vecteur du plan est par là même identifié à ses coordonnées dans le repère ( O, ı, ) . On définit alors sur R 2 deux lois de composition internes, notées provisoirement et , en posant :

( x, y ) , ( x , y ) R 2 ,

( x, y ) ( x , y ) = ( x + x , y + y ) ( x, y ) ( x , y ) = ( xx yy , xy + yx ) .

En tant qu’il est muni de ces deux lois, R 2 est noté C et ses éléments sont appelés nombres complexes.

Nous décidons à présent d’identifier, pour tout x R , le réel x et le nombre complexe ( x, 0) ; cela signifie que nous noterons désormais x à la place de ( x, 0) . Via cette identification, R peut-être vu comme une partie de C .

Pour tous x, x R , cette identification permet d’écrire :

x x = ( x, 0) ( x , 0)

x x = ( x, 0) ( x , 0) = ( xx , 0) = x × x

= ( x + x , 0) = x + x

.

On voit donc que, sur les réels, se comporte comme l’addition usuelle + et que se comporte comme la multiplication usuelle × . Les lois et sont donc des prolongements à C des lois usuelles + et × qui n’étaient pour le moment définies que sur R . Ce résultat nous invite à laisser de côté les notations et : désormais, et seront notées respectivement + et × et appelées addition et multiplication. Le symbole × sera généralement omis.

Définition (Parties réelle et imaginaire d’un nombre comple xe) z Im ( z ) •
Définition (Parties réelle et imaginaire d’un nombre comple xe)
z
Im ( z )
• Soit z = ( x, y ) ∈ C . Le réel x est appelé la partie réelle de z et noté Re( z ) ; de même,
le réel y est appelé la partie imaginaire de z et noté Im( z ) .
• Pour tous z, z ∈ C :
z = z
⇐⇒
Re ( z ) = Re ( z )
et
Im ( z ) = Im ( z ) .
ı
O
Re( z )

Explication

Géométriquement, Re( z ) est l’abscisse du point z dans le repère ( O, ı, ) , et Im ( z ) est son ordonnée.

Nous avons décidé plus haut de noter 1 l’élément (1, 0) , identifié au réel 1 ; nous décidons à présent de noter i l’élément (0, 1) .

Définition (Forme algébrique d’un nombre complexe) Soit z C . Il existe un couple unique ( x, y ) de réels tels que z = x + iy . On a en fait x = Re( z ) et y = Im ( z ) .

Démonstration Pour tous x, y

R

:

x + iy = ( x, 0) + (0, 1) × ( y, 0) = ( x, 0) + (0, y ) = ( x, y ) .

En pratique

L’unicité de la forme algébrique d’un nombre complexe est ut ilisée fréquemment pour faire des identifications. Elle per met, quand on a une égalité du type a + ib = a + ib , d’écrire que a = a et que b = b .

Retenez bien l’idée suivante : une égalité de nombres complexes, c’est deux égalités de nombres réels.

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Remarque

Un nombre complexe est nul si et seulement si ses parties réelle et imaginaire le sont. Un nombre complexe est réel si et seulement si sa partie imaginaire est nulle. Un nombre complexe dont la partie réelle est nulle est appelé un imaginaire pur.

Définition (Affixe d’un point et d’un vecteur, image d’un nombre complexe)

Soit M un point du plan de coordonnées ( x, y ) . On appelle affixe de M le nombre complexe x + iy ; inversement M est appelé l’image de x + iy .

Soit u un vecteur de coordonnées ( x, y ) . On appelle affixe de u le nombre x + iy .

Dans la mesure où on a identifié R 2 , C et le plan euclidien, on a en réalité M = ( x, y ) = x + iy . On

conserve cependant les trois notations différentes ; chacun e est utile dans son contexte : il est parfois plus facile de penser en termes de points, parfois plus facile de penser en termes de n ombres complexes, etc.

Explication

Le théorème suivant est une conséquence directe d’un théorème que nous avons démontré en géométrie élémentaire du plan.

Théorème (Règles de calcul sur les affixes) • Soient u et v deux vecteurs d’affixes
Théorème (Règles de calcul sur les affixes)
• Soient u et v deux vecteurs d’affixes respectifs u et v et λ, µ ∈ R . Le vecteur λ u + µ v a pour affixe λu + µv .
• Soient A et B d’affixes respectifs a et b . Le vecteur −→ AB a pour affixe ( b − a ) .
n
• Soient
A 1 , A 2 ,
, A n des points d’affixes respectifs
a 1 , a 2 ,
, a n et λ 1 , λ 2 ,
, λ n des réels. On pose
Λ =
λ k et on
k =1
n
suppose que Λ = 0. Le barycentre des points pondérés ( A 1 , λ 1 ) , ( A 2 , λ 2 ) ,
, ( A n , λ n ) a pour affixe
1
Λ
λ k a k .
k =1

Nous disposons finalement d’un quadruple point de vue sur un m ême objet mathématique : R 2 est à la fois l’ensemble de couples de réels, le plan euclidien (constitué de points), l’ensemble des vecteurs du plan et l’ensemble C des nombres complexes.

Nous allons à présent démontrer les propriétés usuelles des lois + et × sur C . Soient donc z = x + iy , z = x + iy et z = x + iy trois nombres complexes.

1)

Commutativité

de + :

z + z = ( x, y ) + ( x , y ) = ( x + x , y + y ) = ( x + x, y + y ) = ( x , y ) + ( x, y ) = z + z .

2)

Commutativité de × :

zz = ( x, y ) × ( x , y ) = ( xx yy , xy + yx ) = ( x x y y, x y + y x ) = ( x , y ) × ( x, y ) = z z .

3) Associativité de + : L’ordre des parenthèses n’a pas d’importance quand on effect ue des additions.

( z + z ) + z = ( x, y ) + ( x , y ) + ( x , y ) = ( x + x , y + y ) + ( x , y )

= ( x + x ) + x , ( y + y ) + y

= x + ( x + x ) , y + ( y + y ) = ( x, y ) + ( x + x , y + y ) = ( x, y ) + ( x , y ) + ( x , y ) = z + ( z + z ) .

4) Associativité de × : L’ordre des parenthèses n’a pas d’importance quand on effect ue des multiplications.

( zz ) z = ( x, y ) × ( x , y ) × ( x , y ) = ( xx yy , xy +

yx ) × ( x , y )

= ( xx yy ) x ( xy + yx ) y , ( xx yy ) y + ( xy + yx ) x

= x ( x x y y ) y ( x y + y x ) , x ( x y + y x ) + y ( x x y y )

= ( x, y ) × ( x x y y , x y

+ y x ) = ( x, y ) × ( x , y )

× ( x , y ) = z ( z z ) .

5) Distributivité de × sur + :

z ( z + z ) = ( x, y ) × ( x , y ) + ( x , y ) = ( x, y ) × ( x + x , y + y ) = x ( x + x ) y ( y + y ) , x ( y + y ) + y ( x + x )

= ( xx yy ) + ( xx yy ) , ( xy + yx ) + ( xy + yx )

= ( x, y ) × ( x , y ) + ( x, y ) × ( x , y ) = ( zz ) + ( zz ) .

= ( xx yy , xy + yx ) + ( xx yy , xy + yx )

6) Existence d’un élément neutre pour + : Cet élément neutre unique est 0.

z +0 = ( x, y )+(0, 0) = ( x, y ) = z .

7)

Existence d’un élément neutre pour × : Cet élément neutre unique est 1.

z × 1 = ( x, y ) × (1, 0) = ( x, y ) = z .

8) Existence d’un inverse pour + : Tout nombre complexe z possède un inverse unique pour + qu’on appelle son

opposé : c’est 1 × z , noté z .

z + ( z ) = ( x, y ) + [( 1, 0) × ( x, y ) = ( x, y ) + ( x, y ) = (0, 0) = 0.

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9) Existence d’un inverse pour × : Tout nombre complexe non nul z = x + iy possède un inverse unique pour ×

qu’on appelle

inverse : c’est

x iy x 2 + y

2 , noté z ( z étant non nul, x 2 + y 2 = 0).

1

z × z = ( x, y ) ×

1

x 2 + y 2 , x 2 + y 2 = x × x 2 + y 2 y × x 2 +

x

y

x

y

y 2 , x ×

y 2 + y × x 2 + y 2 = (1, 0) = 1.

y

x 2 +

x

Explication Pourquoi avons-nous dans le titre de cette partie qualifié C de « corps » ? Nous aurons l’occasion d’étudier la notion de corps dans un prochain chapitre, mais en voici tout de même une rapide définition. Un corps est un ensemble muni de deux lois de composition internes, disons + et × , qui vérifient toutes les propriétés que nous venons de passer en revue à l’instant : commutativité, associativité, distributivit é, élément neutre, inverse. Par exemple, R et Q, munis des lois d’addition et de multiplication usuelles, s ont des corps.

Attention ! Rappelons enfin que les inégalités n’ont aucun sens sur C . Quel sens donner à la proposition « i i +1 » ? Une inégalité sur des complexes dans une copie est un crime im pardonnable.

1.2 Conjugué et module d’un nombre complexe

Définition (Conjugué et module d’un nombre complexe) Soit z ∈ C . • On appelle
Définition (Conjugué et module d’un nombre complexe) Soit z ∈ C .
• On appelle conjugué de z , noté z¯, le nombre complexe Re( z ) − iIm ( z ) .
• On appelle module de z , noté |z |, le réel positif ou nul Re( z ) 2 + Im ( z ) 2 .

Explication Ces deux notions ont une interprétation géométrique très naturelle, comme le montre la figure ci- contre : si nous notons M l’image de z et M l’image de z¯, M est le symétrique de M par rapport à l’axe ( Ox ) , et |z | = OM . Plus généralement, si A et B sont deux points du plan d’affixes respectifs a et b , alors |b a | = AB .

Remarque La fonction module coïncide avec la fonction valeur absolue sur R , c’est pourquoi leurs notations sont identiques.

M Im ( z ) Re( z ) − Im( z ) M |z |
M
Im ( z )
Re( z )
− Im( z )
M
|z |
Théorème Pour tous z, z ∈ C : z¯ , • Re( z ) =
Théorème
Pour tous z, z ∈ C :
z¯ ,
• Re( z ) = z +
Im ( z ) = z 2i − z¯
,
z¯ = z,
¯
z + z = z¯ + z¯
et
zz = z¯z¯ .
2
• | z | = 0 ⇐⇒ z = 0 ,
Re( z ) |z |
et
Im( z ) |z |.
• z z¯ = |z | 2 ,
|z¯| = |z |,
|zz | = |z |.|z |
et si z = 0,
z z =
|z |
|z | .
• Inégalité triangulaire :
|z | − |z | |z ± z | |z | + |z |.

Explication

L’interprétation géométrique des inégalités Re( z ) |z | et Im ( z ) |z | est évidente à partir de la figure précédente.

Et que signifie l’inégalité triangulaire ? Elle signifie, sur le dessin ci-dessous, que la distance de O à ( z + z ) est inférieure ou égale à la somme des distances de O à z et de O à z .

z + z z z
z + z
z
z

Démonstration

démontrer cette inégalité avec |z z | à la place de |z + z |, remplacer z par z .

Contentons-nous de démontrer l’inégalité triangulaire |z | − |z | |z + z | |z | + |z |. Pour

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On

part de l’inégalité Re( z z¯ ) |z z¯ | = |z |.|z¯ | = |z |.|z | que

l’on sait être vraie.

 
 

réel

Re( z z¯ ) |z |.|z |

 

z z¯ +

zz¯ |z |.|z |

 

⇐⇒

 

⇐⇒

 

z z¯ + zz¯ 2|z |.|z |

2

 

⇐⇒

| z | 2 + z z¯ + zz¯ + |z | 2 |z | 2

+ 2|z |.|z | + |z | 2

 

⇐⇒

z z¯ + z z¯ + zz¯ + z z¯ |z | + |z | 2

⇐⇒

(

z

+ z )(¯z + z¯ ) |z | + |z | 2

⇐⇒

| z + z | 2 |z | + |z | 2

⇐⇒

|

z

+ z | |z | + |z |.

L’inégalité de droite est ainsi démontrée. Remarquez bien q ue, contrairement aux apparences, nous travaillons

¯

bien avec des inégalités sur des réels, puisque z z¯ + zz¯ = 2Re( z z ) R .

L’inégalité de gauche en découle :

|z | = ( z + z ) + ( z ) |z + z | + | − z |, d’où :

|z | − |z | |z + z |.

Permutant les rôles de z et z , on obtient de même : |z | − |z | |z + z |.

Le résultat en découle.

En pratique

L’égalité z z¯ = |z | 2 est utilisée généralement pour déterminer la forme algébrique de l’inverse d’un

nombre complexe. Pour tout couple de réels ( a, b ) = (0, 0) :

a + ib = a ib

1

a 2 + b 2 .

La notion de module d’un nombre complexe permet une descript ion aisée des cercles et des disques dans le plan complexe.

× Théorème (Cercles, disques et affixes) Soit A un point d’affixe a et R ∈
×
Théorème (Cercles, disques et affixes) Soit A un point d’affixe a et R ∈ R
+ .
R
R
(i)
(ii)
(i) Le cercle de centre A et de rayon R est l’ensemble z ∈ C /
|z − a | = R .
A
A
(ii) Le disque fermé de centre A et de rayon R est l’ensemble z ∈ C /
|z − a | R .
R
(iii) Le disque ouvert de centre A et de rayon R est l’ensemble z ∈ C /
|z − a | < R .
(iii)
A

2 Le groupe U des nombres complexes de module 1

2.1 Définition, caractérisation

Définition (Groupe U des nombres complexes de module 1) On note U l’ensemble z C / |z | = 1 .

Explication

U = z C /

|z | = 1 = ( x, y ) R 2 /

x 2 + y 2 = 1 = ( x, y ) R 2 /

x 2 + y 2 = 1 .

Dans le plan euclidien, U est donc en réalité le cercle de centre O et de rayon 1, i.e. le cercle trigonométrique.

Pourquoi qualifier U de « groupe » dans la définition précédente ? Nous aurons l’occasion d’étudier la notion de groupe dans un prochain chapitre, mais en voici tout de même une défin ition. Un groupe est un ensemble G muni d’une loi de composition interne, disons , qui vérifie quelques propriétés intéressantes :

1)

est associative :

g, g , g

G,

g ( g g ) = ( g g ) g ;

 

2)

possède un élément neutre,

disons e :

g G,

g e = e g = g ;

3)

tout élément de G possède un inverse pour :

g G,

g G/

g g = g g = e .

Dans le cas présent, U est un groupe pour la loi × de multiplication des nombres complexes ; on peut bien dire q ue × est une loi de composition interne sur U car le produit de deux éléments de U est un élément de U .

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Explication La notation e iθ , qui cache un cosinus et un sinus, n’est qu’une notation : e iθ n’est pas « e à la puissance », ce qui n’a aucun sens. Quel rapport avec l’exponentielle classique alors ? Le choix de la notation e iθ est justifié par l’assertion (iii) du théorème suivant, où l’on montre que e iθ se comporte comme une exponentielle classique. En réalité, la notation e iθ n’est pas seulement liée par analogie à l’exponentielle usu elle ; derrière tout cela se cache une et une seule exponentielle. Mais ce n’est pas de votre âge.

Théorème (Propriétés algébriques de l’exponentielle iθ ) Soient θ, θ ∈ R et n ∈
Théorème (Propriétés algébriques de l’exponentielle iθ ) Soient θ, θ ∈ R et n ∈ N .
e iθ + e − iθ
e iθ − e − iθ
(i)
cos θ =
et
sin θ =
( formules d’Euler).
2
2i
1
(ii)
e iθ = 0
et
e iθ = e − iθ =
e iθ .
e i( θ + θ ) = e iθ e iθ .
(iii)
e inθ =
e iθ n ,
(iv)
ou encore :
cos θ + i sin θ n
= cos( nθ ) + i sin( nθ )
( formule de Moivre).
θ
e iθ = (1 + it ) 2
(v)
Posons t = tan
. Alors :
2
1 + t 2 .

Démonstration

(iii) Montrons que :

e i( θ + θ ) = e iθ e iθ .

e iθ e iθ =

cos θ + i sin θ × [cos θ + i sin θ = cos θ cos θ sin θ sin θ + i sin θ cos θ + cos θ sin θ

= cos( θ + θ ) + i sin( θ + θ ) = e i( θ + θ ) .

(iv)

Montrons que : e iθ n = e inθ . Supposons θ fixé et raisonnons par récurrence sur n.

Initialisation : e iθ 0 = 1 = e i0× θ .

Hérédité : Soit n N . On suppose que e iθ n = e inθ . Montrons que e iθ n+1 = e i( n+1) θ . Or en vertu du

point précédent :

e iθ n+1 = e iθ n × e iθ

= e inθ e iθ = e i( nθ + θ ) = e i( n+1) θ . Fin de la récurrence.

 

Nous savons

que cos θ = 1 1 + t t 2 2 et que sin θ =

1 + 2t t 2 . Du

coup e iθ

= 1 t 2 + 2it 1 + t 2

 

(v)

= (1 + it ) 2 1 + t 2

.

Théorème (Paramétrisation de U par l’exponentielle )

 

Pour tout nombre complexe z :

z U

⇐⇒

θ R /

z = e iθ .

 

Pour tous θ, θ R , l’égalité e iθ = e iθ implique l’égalité de θ et θ à 2π près ; en d’autres termes :

 
 

θ, θ R ,

e iθ = e iθ

=

θ θ mod 2π .

 
i Explication Le premier point signifie que U = z ∈ C / ∃ θ
i
Explication
Le premier point signifie que U = z ∈ C /
∃ θ ∈ R / z = e iθ = e iθ θ ∈ R . Ce résultat
e
n’est rien de plus que la version « nombres complexes » de la paramétrisation cartésienne
trigonométrique du cercle trigonométrique ; pour tout point M de coordonnées ( x, y ) :
M
θ
x = cos θ
M appartient au
cercle trigonométrique
⇐⇒
∃ θ ∈ R /
.
O
ı
1
y = sin θ
Pour tout réel θ , e iθ est l’affixe du point M tel que OM = 1 et ı, OM −−→ ≡ θ mod 2π .
U
Démonstration
• Montrons
que :
∀ θ ∈ R ,
e iθ
e iθ
∈ U .
Soit donc θ ∈ R . Alors :
=
cos θ + i sin θ = cos 2 θ + sin 2 θ = √ 1 = 1.
Donc en effet e iθ ∈ U .

Montrons que tout élément de U admet une écriture de la forme e iθ pour un certain θ R et qu’un tel θ est unique à 2π près.

Soit donc u U . Nous avons |u| 2 = Re( u) 2 + Im ( u) 2 = 1. Nous savons qu’il existe alors un réel θ , unique à

2π près, tel que Re( u) = cos θ et Im( u) = sin θ . On a donc bien u = e iθ et θ est unique à 2π près.

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2.2 Forme trigonométrique d’un nombre complexe

Définition (Arguments et forme trigonométrique d’un nombre complexe) Soit z ∈ C non nul .
Définition (Arguments et forme trigonométrique d’un nombre complexe) Soit z ∈ C non nul .
• Alors
z | ∈ U . Il existe donc un réel θ , unique à 2π près, tel que z = |z |e iθ . Un tel réel θ est appelé un argument de z .
|z
Il existe un unique argument de z dans l’intervalle ] − π, π ] : on l’appelle l’argument principal de z et on le note arg( z ) .
• L’écriture « z = |z |e i arg( z ) » est appelée la forme trigonométrique de z . Géométriquement, |z |, arg( z ) est un couple
de coordonnées polaires de l’image de z .

Attention ! Notez bien que zéro n’a pas d’argument, et qu’en général, fau te d’unicité, on parle d’un argument.

Théorème (Propriétés des arguments) Soient z, z ∈ C non nuls . z arg(¯z )
Théorème (Propriétés des arguments) Soient z, z ∈ C non nuls .
z
arg(¯z ) ≡ − arg( z ) mod 2π,
arg( zz ) ≡ arg( z ) + arg( z ) mod 2π
et
arg ≡ arg( z ) − arg( z ) mod 2π .
z

Démonstration Démontrons par exemple la seconde égalité.

On a :

par ailleurs zz = |zz | e i arg( zz ) . L’« unicité » de la forme trigonométrique des nombres complexes montre alors

que arg( zz ) arg( z ) + arg( z ) mod 2π comme voulu.

z = |z | e i arg( z )

et

z = |z | e i arg( z ) . Ainsi zz = |z | e i arg( z ) × |z | e i arg( z ) = |zz | e i(arg( z )+arg( z )) , mais

2.3 Racines n èmes

Pour tout entier naturel n 2, nous supposons connue la fonction · racine n ème sur R + , fonction réciproque de la fonction x −→ x n bijective de R + sur R + . La fonction · est donc définie par :

n

n

x, y R + ,

y = x

n

⇐⇒

x = y n .

Pour n = 2, on parle de racine carrée et on note simplement · ; pour n = 3, de racine cubique. Nous reviendrons sur ces fonctions dans de prochaines avent ures. Notez bien — c’est un principe général — que la courbe représentative d’une fonction réciproque est le symétriqu e par rapport à la droite d’équation y = x de la courbe représentative de la fonction de départ.

y = x x −→ x 2 √ ·
y = x
x −→
x 2
·
y = x x −→ x 3 √ 3 ·
y = x
x −→
x 3
√ 3
·
y = x x −→ x 4 √ 4 ·
y = x
x −→
x 4
√ 4
·

Définition (Racines n èmes )

Soient z C et n N × . On appelle racine n ème de z tout nombre complexe ζ tel que z = ζ n .

Les racines n èmes de 1 sont généralement appelées les racines n èmes de l’unité. Leur ensemble est noté U n .

Attention ! Si z est un nombre complexe qui n’est pas un réel positif ou nul, la notation z est la plus interdite des notations interdites.

n

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Théorème Soit n ∈ N × . • La seule racine n ème de 0
Théorème
Soit n ∈ N × .
• La seule racine n ème de 0 est 0.
• Soit z ∈ C non nul , donné sous une forme trigonométrique z = re iθ . Alors z possède exactement n racines n èmes ; ce
iθ + 2ikπ
sont les nombres complexes
√ n r e
n
n
, k décrivant l’ensemble 0, n − 1 .
2ikπ
• En particulier :
U n = e
n
0 k n− 1 .

En pratique Vous devez connaître et savoir démontrer ce résultat parfaitement.

Démonstration Le cas du nombre 0 est une idiotie, car un produit de nombres complexes est nul si et seulement si l’un des facteurs l’est.

Nous allons commencer par travailler sur les racines de l’un ité ; nous généraliserons ensuite à partir de ce cas.

Racines n èmes de l’unité : Soit ω C . Notons ρ = |ω | et ϕ l’unique argument de ω dans l’intervalle [0, 2π [. Utilisons alors l’« unicité » de la forme trigonométrique d es nombres complexes :

ω n = 1

⇐⇒

ρ

e iϕ n = 1

 

⇐⇒

⇐⇒

ρ n = 1

et

0

mod 2 π

⇐⇒

⇐⇒

ρ = 1

et

k Z / ϕ = 2kπ

n

⇐⇒

ρ n e inϕ = 1.e i. 0

ρ = 1

et

k Z / nϕ = 2

 

ρ = 1

et

k 0 , n 1 / ϕ = 2kπ n

.

On a pu remplacer Z par 0, n 1 , car ϕ [0, 2π [. Nous avons donc obtenu l’équivalence suivante :

ω n = 1

⇐⇒

k 0 , n 1 /

ω = e

2ikπ

n comme voulu .

,

Cela nous fait bien un total de n racines n èmes de l’unité, car les exponentielles ainsi découvertes sont t outes distinctes.

Cas général : Soit z C non nul , donné sous une forme trigonométrique z = re iθ . On pose ζ = r e n . Il est immédiat que ζ n = z , et ζ est non nul puisque z ne l’est pas. Nous disposons donc d’au moins une racine n ème de z . Nous allons trouver toutes les autres à partir d’elle. Soit alors ω C .

n

ω n = z

⇐⇒

ω n = ζ n

⇐⇒

k 0 , n 1 /

ω ζ = e

2ikπ

n

⇐⇒

⇐⇒

ω

ζ

k 0 , n 1 /

n

= 1

( ζ = 0)

ω = r e

n

+ 2ikπ n

n

.

C’est le résultat voulu.

Explication Tâchons de visualiser ce théorème au moyen de quelques dessins.

A quoi ressemblent les racines cubiques de l’unité ?

Posons j = e

l’ensemble des trois sommets du triangle équilatéral repré senté ci-contre.

2

3

— notation à connaître. Alors U 3 = 1, j, j 2 . Graphiquement, U 3 est

j 1 j 2 = j
j
1
j 2 = j

Et en général ? Plus généralement, U n est l’ensemble des sommets de l’unique polygone régulier — i.e. à côtés de même longueur — à n côtés de centre O , passant par le point d’affixe 1.

i − 1 1 − i
i
− 1
1
i

U 4 est l’ensemble des sommes d’un carré

2iπ e 5 4iπ e 5 1 − 4iπ e 5 − 2iπ e 5
2iπ
e
5
4iπ
e
5
1
− 4iπ
e
5
− 2iπ
e
5

U 5 est l’ensemble des sommets d’un pentagone régulier

7

iπ 2iπ j = e e 3 3 − 1 1 − iπ − 2iπ
2iπ
j = e
e
3
3
1
1
− iπ
− 2iπ
j 2 = j = e
e
3
3

U 6 est l’ensemble des sommets d’un hexagone régulier

c Christophe Bertault - MPSI

Théorème (Propriétés des racines n èmes de l’unité) Soit n ∈ N , n 2.
Théorème (Propriétés des racines n èmes de l’unité) Soit n ∈ N , n 2.
n− 1
n− 1
n− 1
2ikπ
2ikπ
(i) Pour tout z ∈ C :
( z − ω ) = =0 z − e
n
=
z n − 1
et
( z − ω ) = =1 z − e
n
=
z k .
ω
∈ U n
k
ω ∈ U n { 1}
k
k =0
n− 1
2ikπ
(ii) La somme des racines n èmes de l’unité est nulle, i.e. :
ω =
e
n = 0.
En
particulier, 1 + j + j 2 = 0.
ω ∈ U n
k =0

Démonstration

(i) Nous démontrerons ces égalités avec plus de rigueur dans le chapitre sur les polynômes. Pour le moment, contentons-nous de remarquer que les racines n èmes de l’unité sont tous les zéros de la fonction polynomiale

z −→

z n 1 ; cela explique qu’on ait :

ω

U n

n1

( z ω ) = =0 z e

k

2ikπ

n

= z n 1.

On obtient la seconde

identité en divisant la première par ( z 1) — division problématique quand z = 1, mais nous reverrons cela plus tard.

(ii) Puisque n = 1, e

2

n

=

1. Du coup :

n1

k =0

2ikπ

e n

=

n1

k =0 e

2

n

k = e

e

n

2

n 1

e

2iπ

1

2

=

2

n 1

e

n 1

= 0.

En pratique Nous étudions à présent une technique susceptible de nous fournir les racines carrées d’un nombre complexe donné sous forme algébrique . Pour les racines n èmes avec n 2, cette recherche s’avère périlleuse.

Soit donc z C , donné sous forme algébrique z = x + iy . Nous voulons calculer les racines carrées de z , i.e. résoudre l’équation ω 2 = z d’inconnue ω C donnée sous forme algébrique ω = a + ib . L’idée géniale de la méthode est cachée dans l’équivalence suivante : ω 2 = z ⇐⇒ ω 2 = z et |ω | 2 = |z |. Cette équivalence peut paraître idiote, mais c’est pourtant grâce à elle que nous allons réussir notre calcul.

ω 2 = z

⇐⇒

⇐⇒

ω 2 = z

et

|ω | 2 = | z |

⇐⇒

a 2 b 2 = x 2ab = y

et a 2 + b 2 = x 2 + y 2

a 2 = x + x 2 + y 2 ,

2

b 2 = x + x 2 + y 2

2

et

2ab = y

(effectuer la somme et la différence des équations a 2 + b 2 =

et a 2 b 2 =

)

Le résultat obtenu semble compliqué, mais on en tire aisément les valeurs de a et b : les égalités a 2 =

permettent de connaître a et b au signe près ; pour savoir si a et b sont de même signe ou de signes contraires, on utilise l’égalité 2ab = y . On obtient finalement, si z = 0, deux racines carrées ω distinctes opposées de z .

nous

et b 2 =

Exemple Les racines carrées de 12 + 5i sont ± 5 + i 2 . En effet Soit ω C , donné sous forme algébrique ω = a + ib .

ω 2 = 12 + 5 i

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

ω 2 = 12 + 5i

a 2 + b 2 = 13, a 2 = 13 + 12 ,

2

5

a = ± √ 2 ,

b

( a, b ) =

5

2 ,

ω = 5 + i

ou

2

et

|ω | 2 = | 12 + 5 i |

⇐⇒

a 2 b 2 = 12 b 2 = 13 12

1

= ± √ 2

2

et

et

2ab = 5

et 2ab = 5

2ab = 5

2

1

ou

( a, b ) = − √ 2 , − √ 2

5

1

ω

= 5 + i

2

comme annoncé.

a 2 + b 2 = 12 2 + 5 2

a 2 b 2 = 12 2ab = 5

( a et b

sont de même signe car 2ab = 5 0)

La technique précédente de calcul des racines carrées d’un n ombre complexe est ce dont nous avons besoin pour résoudre les équations du second degré à coefficients complexes.

Théorème (Equation du second degré à coefficients complexes) Soient a, b, c ∈ C avec
Théorème (Equation du second degré à coefficients complexes) Soient a, b, c ∈ C avec a = 0. Les solutions de
l’équation az 2 + bz + c = 0 d’inconnue z ∈ C sont − b 2a ± δ , où δ est l’une quelconque des deux racines carrées du discriminant
b
c
b 2 − 4ac.
La somme de ces solutions vaut − a
et leur produit
a .

8

c Christophe Bertault - MPSI

Démonstration Pour tout z C :

az 2 + bz + c = a z 2 + a z +

b

c

a = a z +

2a 2

b

= a z +

2a 2

b

2a 2 = a z +

δ

b

2

c

a = a z +

4a 2 +

2a b 2 b 2 4ac 4a 2

2a +

b

2a . z +

δ

2a

b

2a = a z b δ

δ

2a

Or un produit de nombres complexes est nul si et seulement si l’un de ses facteurs

z b + δ

2a

Exemple Les solutions de l’équation 4z 2 + 8z 3 5i = 0 d’inconnue z C sont 3 ± 5 + i 2 2 .

C sont − √ 3 ± 5 + i 2 √ 2 . En effet Le

En effet Le discriminant de cette équation du second degré est ∆ = (8 3) 2 4.4.( 5i) = 16(12 + 5i) . Or nous

avons trouvé tout à l’heure les racines carrées de 12 + 5i ; par exemple, 5 + i en est une. Du coup, δ = 4 × 5 + i

2

2

est une racine carrée de . Les solutions recherchées sont donc bien 8 3 ± δ = 3 ± 5 + i

2.4

3 ± δ = − √ 3 ± 5 + i 2 . 4 2 √

2 2 .

2.4 L’exponentielle complexe

.

Définition (Exponentielle complexe) Soit z C , donné sous forme algébrique z = x + iy . On appelle exponentielle ( de)

z , notée e z , le nombre complexe

e z = e x e iy .

Théorème (Propriétés de l’exponentielle complexe)

(i) L’exponentielle complexe est 2-périodique, i.e. : z C , e z +2iπ = e z .

(ii) Equation fonctionnelle : Pour tous z, z C :

e z + z = e z e z .

L’exponentielle transforme les sommes en produits.

(iii) L’exponentielle complexe ne s’annule pas, et pour tou s z C , ζ C × :

e z = ζ

⇐⇒

k Z / z = ln | ζ | + i arg( ζ ) + 2 ikπ .

Explication

L’assertion (iii) implique que 0 est le seul nombre complexe qui n’est l’exponentielle d’aucun nombre

complexe ; pour tout ζ C non nul , il existe z C — une infinité en fait, via la 2-périodicité — tel que ζ = e z .

Démonstration

(i)

Facile :

z C ,

(ii)

Soient z, z C .

e z +2= e Re( z ) e iIm( z )+2= e Re( z ) e iIm( z ) = e z .

e z + z = e Re( z + z ) e iIm( z + z ) = e Re( z )+Re( z ) e iIm( z )+ iIm( z ) = e Re( z ) e Re( z ) e iIm( z ) e iIm( z ) = e z e z .

(iii) L’exponentielle réelle ne s’annule pas, nous le savon s déjà, et la fonction θ −→ produit de ces deux fonctions, l’exponentielle complexe ne s’annule donc pas.

e iθ non plus car

e

=

1 ;

Soient alors z C et ζ C × . Utilisons l’« unicité » de la forme trigonométrique des nombres complexes.

e z = ζ

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

⇐⇒

et

e Re( z ) = |ζ | Re ( z ) = ln | ζ |

k Z / z = ln | ζ | + i arg( ζ ) + 2 ikπ.

e z

= |ζ |

arg e z arg( ζ ) mod 2π

et

et

Im(