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On Royal Government

By Reginald Garrigou-Lagrange

Translated by Andrew Strain

En un temps où la politique n’est plus guère considérée comme une vertu, comme une prudence ordonnée à promouvoir le bien commun de la multitude, mais comme l’art de transiger pour aboutir, pour sauvegarder les intérêts d’un parti, en opprimant souvent l’élite des citoyens et en travaillant à la ruine d’un pays, il est grandement utile de publier une traduction du De Regimine Principum de saint Thomas, tout au moins du livre Ier et des quatre premiers chapitres du livre IIème, qui sont certainement de lui.

In a time when politics is barely any longer considered a virtueas a prudence ordained to promote the common good of the multitude, but rather as an art of compromise to safeguard the interests of a partywhile often oppressing the elite citizens and working the ruin of a country, it is thus very useful to publish a translation of the De Regimine Principum of Saint Thomas, at least the first book and the four first chapters of the second book, which are certainly by him.

Le « Docteur commun » de l'Église remonte ici aux premiers principes de la vie sociale et politique. Il rappelle d’abord la raison profonde pour laquelle l’homme est un être sociable. C’est une de ses propriétés, qui se déduit de sa définition : animal raisonnable. Dernière des intelligences, l’intelligence de l’homme n’atteint d’abord son objet que d’une façon très confuse et générale, et ordinairement elle ne parviendrait pas sans le secours d’un maître aux connaissances nécessaires à une vie intellectuelle quelque peu développée, pas même aux premiers théorèmes de géométrie, dont se sert l’arpenteur pour ses travaux. Pascal enfant est cité comme un génie pour les avoir trouvés par son propre effort sans le secours de personne.

The common Doctor of the Church goes back to the first principles of social and political life. He recalls first the profound reason for which man is a social being. It is one of man’s properties, which is deduced from his definition: rational animal. Last of the intelligences, the intelligence of man only attains its object in a very confused and general fashion. Ordinarily man’s intelligence does not reachwithout the aid of a masterthe necessary knowledge for a somewhat developed intellectual life, not even to the first theorems of geometry which serve the land surveyor in his works. The young Pascal is cited as a genius for having found them by his own effort without the aid of anyone.

L’homme, dit saint Thomas, connaît naturellement ce dont il a besoin pour vivre, mais seulement en général. Il peut ainsi, par sa raison, au moyen des principes universels, parvenir à la connaissance des choses

Man, says Saint Thomas, knows naturally that which he needs in order to live, but only in general. He can in this way, by his reason, by the way of universal principles, reach to the knowledge of particular things necessary to

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particulières nécessaires à sa vie. Mais il n’est pas possible qu’un homme seul atteigne par sa raison toutes les choses de cet ordre. Il est donc nécessaire que les hommes vivent en nombre pour s’entraider, pour se consacrer à des occupations diverses, en rapport avec la diversité de leurs talents ; l’un par exemple à la médecine, un autre à ceci, un autre à cela » Ch. Ier . Ce n’est pas là un « contrat social » librement consenti, c’est une conséquence nécessaire de notre nature par suite l’autorité sociale, sans laquelle la vie en société serait impossible, vient de Dieu, auteur de la nature humaine, bien qu’il appartienne aux hommes de désigner celui ou ceux qui détiendront le pouvoir.

Le but de la Société ainsi constituée est par conséquent le bien commun, qui est supérieur au bien propre de chacun, quoiqu’en dise l’individualisme, mais qui ne doit cependant pas l’absorber, comme le prétend le communisme. « Ce bien commun de la multitude est plus grand et plus divin que celui d’un seul. » Ch. IX . C’est la paix, la tranquillité de l’ordre dans la cité ou la nation.

Ce n’est pas là seulement un bien utile, comme celui poursuivi par l’art du cuisinier, du tailleur, de l’horloger ou du médecin c’est un bien honnête, qui vaut par lui-même, par l’ordre moral qu’il implique, indépendamment même du plaisir et des utilités matérielles qui en résultent.

Ce bien honnête est capable de spécifier non pas seulement un art, mais une vertu et même des vertus éminentes : la prudence des chefs d’état, la prudence politique nécessaire à tout citoyen au moins pour bien voter, la justice légale ou sociale, l’équité. Saint Thomas a traité de chacune de ces vertus dans sa

his life. But it is not possible that a sole man by his reason attain all the things of this order. It is therefore necessary that men live together in large numbers in order to mutually aid one another, in order to consecrate themselves to diverse occupations, in keeping with the diversity of their talents; one for example to medicine, another to this, another to that Ch. 1). This is not a social contract freely consented to; it is a necessary consequence of our nature. As a result social authority is also necessary, without which life in society would be impossible. Authority comes from God the author of human nature, although it appertains to men to designate the one or those who hold it

The goal of society constituted in this way is consequently the common good, which is superior to the proper good of each individual, despite what individualism claims. The common good, nevertheless, ought not to absorb the proper good as communism claims. The common good of the multitude is greater and more divine than that of an individual (Ch. IX). It is peace, the tranquility of order in the city or the nation.

It is not only an instrumental good, like that pursued by the art of the cook, the tailor, watchmaker, or the doctor; it is an honest good, which itself has worth, by the moral order that it implies, independently even of the pleasure and of the material utilities which result from it.

This honest good is capable of specifying not only an art, but also a virtue and even eminent virtues: the prudence of the heads of state, the political prudence necessary for every citizen (at least in order to vote well) legal justice or social justice, equity. Saint Thomas treated each one of these virtues in his Summa

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SommeThéologique, IIa IIæ, q. 50, a. 1, 2 ; q. 58, a. 7 ; q. 120, a. 1, 2, et ces articles montrent toute la portée de la doctrine exposée dans le de Regimine Principum.

Ce bien honnête, objet de ces vertus supérieures, est subordonné comme ces vertus à la religion, au culte dû à Dieu, et aux vertus théologales ou proprement divines, qui nous unissent à Dieu et nous disposent ainsi à la vie de l’éternité.

Il s’en suit qu’un gouvernement (regimen) est bon dans la mesure où il parvient à promouvoir le bien commun de la multitude, en maintenant l’unité et l’harmonie de la société, selon la subordination naturelle des fins. Il est mauvais au contraire, s’il poursuit un bien particulier opposé au bien commun et engendre ainsi la discorde.

Or, pour tendre vers une fin unique, surtout lorsqu’elle est supérieure et difficile à réaliser au milieu de beaucoup de causes de division, il faut de l’unité dans la direction, de l’esprit de suite. Cette unité décuple les forces en les faisant converger vers le même but ; aussi tout gouvernement tire-t-il sa force de son unité ; et celle-ci doit être affermie, on le sent bien, dès qu’un peuple est menacé par ses ennemis du dehors ou du dedans. Lorsqu’au contraire l’esprit de suite fait défaut, tant dans la politique intérieure que dans la politique extérieure, lorsque les ministres commencent par défaire l’œuvre de leurs prédécesseurs, un pays va vite à sa ruine.

« Il s’en suit, dit saint Thomas Ch. III , que la monarchie est le meilleur des gouvernements », le plus un, le plus durable, celui qui est le plus fort pour promouvoir le

Theologiae IIa IIae, q. 50, a. 1, 2; q. 58, a.7; q. 120, a.1,2 and these articles show the entire range of the doctrine exposed in the de Regimine Principum.

This honest good, the object of those superior virtues, is subordinated like those virtues to religion, to the cult owed to God, and to the theological or properly divine virtues, which unite us to God and dispose us in this way to eternal life.

As a result, a government (regimen) is good according to the measure which it manages to promote the common good of the multitude, while maintaining the unity and harmony of the society, according to the natural subordination of ends. On the contrary, a government is bad when it pursues a particular good opposed to the common good and in this way engenders discord.

Now, in order to tend towards a unique end, above all when it is superior and difficult to realize in the midst of many causes of division, it is necessary to have unity of direction and consistency. This unity increases tenfold the forces by making them converge towards the same goal; all government also takes its force from its unity; and this unity must be strengthened, one senses it well, as soon as a people is threatened by its enemies from the outside or from the inside. When on the contrary, consistency is lacking, in interior politics as much as in exterior politics, when the ministers commence by undoing the work of their predecessors, a country goes quickly to her ruin.

It follows from this, says Saint Thomas Ch. III , that monarchy is the best of governments , the most one, the most durable, the one which is the strongest in order to

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bien commun ; « la monarchie, dit-il ibid., est

meilleure que le régime aristocratique et celui-

ci meilleur que la république ». La même

doctrine est conservée dans la Somme Théologique où il est dit, Ia, q. 103, a. 3, à propos du gouvernement de l’univers :

« Optima gubernatio est quæ fit per unum ». Le meilleur gouvernement est celui d’un seul. La raison en est que gouverner c’est diriger un ensemble de sujets vers une fin, ou un bien. Or le bien suppose l’unité, comme le prouve Boèce en montrant que, de même que tous les êtres désirent leur bien, ainsi tous désirent l’unité sans laquelle ils ne subsisteraient pas. Nous voyons en effet que toute chose, dans la

mesure où elle est, répugne à se laisser diviser,

et sa dissolution provient toujours de quelque

défaut ou corruption. Aussi ce à quoi tend l’intention de celui qui gouverne la multitude, c’est l’unité ou la paix. Or, ce qui de soi cause l’unité, c’est ce qui est un. Plusieurs, en effet, ne peuvent unir divers éléments et concorder

entre eux, que si eux-mêmes, d’une certaine manière s’unissent. Ce qui par soi-même est un peut donc être cause d’unité, mieux que plusieurs qui ont besoin de s’unir. C’est pourquoi la multitude est mieux gouvernée par un seul que par plusieurs. »

Il est vrai, comme il est dit dans le présent

ouvrage (Ch. III), qu’en vertu du principe optimi corruptio pessima, la tyrannie est pire que l’oligarchie, qui est la dégénérescence du pouvoir aristocratique, et l’oligarchie est

pire que la démocratie, qui est, selon la terminologie de saint Thomas, l’altération ou

la corruption de la république.

Les méfaits de la tyrannie ne sont pas moins bien notés Ch. III , dans l’ordre spirituel que dans l’ordre temporel : « Ceux qui ambitionnent de commander plutôt que de contribuer à l’intérêt général, paralysent tout

promote the common good monarchy, he says ibid., is better than the aristocratic regime and this one is better than the republic. The same doctrine in preserved in his Summa Theologiae where it is said, Ia, q. 103, a. 3, about the government of the universe:

Optima gubernatio est quae fit per unum. The best government is the rule of one. The reason why is that to govern is to direct a group of subjects towards an end or a good. Yet the good supposes unity, as Boethius proves by showing that, just as all beings desire their good, in this way they all desire unity without which they would not exist. We see in effect that all things, insofar as they exist, find permitting themselves to be divided repugnant, and their dissolution always comes from some failing or corruption. Thus, what aims the intention of the one who governs the multitude is unity or peace. Yet, what of itself causes unity is that which is one. Many, in effect, can unite diverse elements and make concord among them, only if they themselves unite in a certain manner. What by itself is one can therefore be a cause of unity better than many who have need to unite themselves. This is why the multitude is better governed by one than by many.

It is true, as it is said in the present work (Ch. III), that in virtue of the principle optimi corruptio pessima, tyranny is worse than oligarchy, which is the degeneration of aristocratic power, and oligarchy is worse than democracy, which is, according to the terminology of Saint Thomas, the alteration or the corruption of the republic.

The ravages of tyranny are not less noted (Ch. III), in the spiritual order than in the temporal order Those whose ambition is to command rather than to contribute to the general interest, paralyze every development in their

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essor chez leurs sujets : toute supériorité chez ceux-ci leur donne le soupçon d’un préjudice causé à leur domination inique. Les tyrans suspectent les bons plus que les méchants, et toujours la vertu d’autrui leur paraît redoutable. Les tyrans s’appliquent à étouffer chez leurs sujets l’éveil de cette grandeur d’âme, fruit de la vertu, qui les empêcherait de supporter le joug de leur injuste domination ».

Saint Thomas ajoute cependant (Ch. V) que si le gouvernement d’un seul, en devenant tyrannique, ne s’acharne pourtant pas, sans mesure aucune, contre la multitude tout entière, il est encore préférable aux autres. Le gouvernement collectif, dès que la discorde s’introduit en lui, tourne peut-être plus souvent, en effet, à l’oppression. Il en résulte donc qu’il est plus avantageux de vivre sous un roi. C’est le meilleur régime. Nous retrouvons la même conclusion dans le Contra Gentes, 1. IV, c. 76, n° 4, à propos du gouvernement de l’Église.

Il importe seulement d’enlever à la monarchie l’occasion de dégénérer en tyrannie. Pour cela, dit saint Thomas (Ch. VI), le pouvoir royal doit être tempéré. Cette idée est développée dans la Somme Théologique (Ia IIæ q. 105, a. 1) où il est montré qu’il convient qu’il y ait au-dessous du roi une aristocratie dont les membres sont élus par le peuple et peuvent être choisis dans le peuple lui-même.

Saint Thomas (Sum. Theol. Ia IIæ, q. 95, a. 4) après avoir énuméré les différents régimes et le mode d’institution des lois en chacun : 1° monarchie et constitutions des princes ; 2° aristocratie et décisions des sages, ou sénatus consultes ; 3° oligarchie et droit prétorien ; 4° démocratie et plébiscite ; 5° tyrannie sans justice et sans véritables lois,

subjects: any superiority among them gives them the suspicion of a wrong caused by their unjust domination. The tyrants suspect the good more than the evil, and the virtue of the other always seems frightening to them. The tyrants apply themselves to stifling among their subjects the awakening of that grandeur of soul , the fruit of virtue, which would prevent them from bearing the yoke of their unjust domination

Saint Thomas adds however (Ch. V) that if the government of one, becoming tyrannical, does not furiously fight against the whole multitude with any measure, it is still preferable to the others. Collective government, as soon as discord introduces itself in it, turns perhaps more often, in effect, to oppression. It results from this that it is more advantageous to live under a king. It is the best regime. We find the same conclusion again in the Contra Gentes, 1. IV. C. 76, n. 4, regarding the government of the Church.

It is only necessary to remove from monarchy the occasion to degenerate into a tyranny. In order to do this, says Saint Thomas (Ch. VI), the royal power must be tempered. This idea is developed in the Summa Theologiae (Ia IIae q. 105, a. 1) where it is shown that below a king there should be an aristocracy whose members are elected by the people and can be chosen from among the people themselves.

Saint Thomas (Sum. Theol. Ia IIae q.95, a.4) after having enumerated the different regimes and the mode of institution of laws in each1 st monarchy and constitutions of princes ; 2 nd aristocracy and the decisions of the wise, or decrees of the senate; 3 rd oligarchy and praetorian law; 4 th democracy and plebiscite; 5 th tyranny without justice and without true

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ajoute : « Est autem aliquod regimen ex istis commixtum quod est optimum : et secundum hoc sumitur lex, quam majores natu simul cum plebibus sanxerunt », ut Isidorus dicit in l. V. Etym, c. 10 ». Cajetan dans son commentaire entend cette dernière phrase en ce sens que, bien que la monarchie soit le meilleur des régimes simples, le régime mixte, qui à côté du roi fait une place à l’aristocratie et aux représentants du peuple, est le meilleur non pas in ratione regiminis et simpliciter, mais pour la bonne disposition des parties et dans l’ordre des choses purement humaines.

Il convient, en effet, que le gouvernement soit officiellement informé de la variété des besoins et des intérêts des différentes branches du commerce, de l’industrie, de l’agriculture, des arts et même des diverses sciences, y compris les sciences morales et politiques, sans oublier les intérêts éternels de la religion. Car enfin la paix, que doit vouloir réaliser et maintenir tout gouvernement, est le résultat de la vie sociale bien réglée selon toutes les manifestations que nous venons de dire. Le bien commun, que saint Thomas exprime assez souvent par les mots bene vivere, n’est pas seulement l’ordre de la vie économique, mais aussi celui de ce qu’il appelle vita secundum virtutem. Ce bien commun, c’est l’harmonie de la vie sociale dans toute son amplitude et son élévation, c’est la vie sociale selon la vertu, surtout selon la sagesse, la prudence et la justice, subordonnée à la religion, qui nous rappelle constamment que Dieu est la fin dernière de l’homme.

C’est pourquoi sous l’ancien régime en France, les intérêts des différentes classes de la société et des différentes régions étaient représentés par les corporations et leurs délégués, par les États provinciaux et par les États généraux, assemblée du clergé, de la noblesse et du tiers-

law—adds Est autem aliquod regimen ex istis commixtum quod est optimum: et secundum hoc sumitur lex; quam majors natu simul cum plebibus sanxerunt” us Isidorus dicit in I. V. Etym, c. . Cajetan in his commentary understands the last sentence in the sense that, although monarchy may be the best of the simple regimes, the mixed regime, which next to the king makes a place for the aristocracy and the representatives of the people, is the best not in ratione regiminis et simpliciter, but for the good disposition of parties and in the order of things purely human.

In effect, the government should be officially informed about the variety of needs and interests of the different branches of commerce, industry, agriculture, the arts, and even the diverse sciences, including the moral and political sciences, without forgetting the eternal interests of religion. For peace, which all government should desire to achieve and maintain, is the result of social life well ruled according to all the manifestations that we have just enumerated. The common good, which Saint Thomas expresses quite often by the words bene vivere, is not only the order of economic life, but also that which he calls vita secundum virtutem. This common good, it is the harmony of social life in all its amplitude and its elevation. It is social life according to virtue, above all wisdom, prudence and justice, subordinated to religion, which recalls constantly that God is the last end of man.

It is why under l’anien régime in France, the interests of the different classes of society and of the different regions were represented by the corporations and their delegates, by the Estates Provincial, and by the Estates-General assembled from the clergy, the nobility, and

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état.

Enfin, pour que le régime monarchique ne dégénère pas en tyrannie, il faut que le roi conserve une haute idée du pouvoir qui lui vient de Dieu. Aussi saint Thomas insiste-t-il beaucoup sur les vertus nécessaires au roi. Ce sont d’abord la prudence (prudentia regnativa), la justice et l’équité, ordonnées au bien commun. Mais c’est aussi la grandeur d’âme. Le roi doit être un magnanime, qui s’élève au-dessus du désir, non seulement de la volupté et des richesses, mais de la gloire et des honneurs. Ces honneurs ne suffiraient point du reste à le récompenser des graves soucis de sa charge (Ch. VII). Le roi, avec un grand esprit de foi, doit attendre sa récompense de Dieu (Ch. VIII) et seule la possession de Dieu pourra le rendre vraiment et pleinement heureux.

Les rois prudents et justes, selon l'Écriture, méritent de recevoir dans l’autre vie une récompense éminente, car une plus grande vertu est requise pour gouverner un royaume, que pour diriger une famille ou se diriger soi- même, et saint Thomas, aime à citer la parole de Bias : « le pouvoir révèle l’homme » et montre ce que vaut sa vertu. Un roi chrétien qui travaille à promouvoir le bien commun temporel, en le subordonnant au bien spirituel et surnaturel des âmes, mérite donc une grande récompense dans l’éternité, et dès ici bas, l’affection profonde de ses sujets, l’attachement loyal et dévoué jusqu’au sacrifice de la vie. Par là son pouvoir est affermi ; la paix, la tranquillité de l’ordre, est maintenue pour que tous puissent vaquer à leurs travaux, accomplir leurs devoirs, et suivre leur destinée par la connaissance et l’amour de Dieu.

the Third Estate.

Lastly in order that the monarchic regime does not degenerate into tyranny, the king must preserve a high idea of the power which comes to him from God. Also Saint Thomas emphasizes the virtues necessary to a king. They are first prudence (prudentia regnativa), justice and equity, ordered to the common good. But it is also the grandeur of soul. The king must be a magnanimous man, who raises himself above desire, not only of sensual delights and riches, but also glory and honors. These honors would not suffice at all anyways to recompense the grave worries of his charge. The king, with a great spirit of faith, must await his recompense from God (Ch. VII) and only the possession of God could make him truly and fully happy.

The prudent and just kings according to Scripture merit to receive in the other life an eminent recompense, since a greater virtue is required to govern a kingdom, than to direct a family or direct oneself. Saint Thomas, loves to cite the words of ”ias the power reveals the man and shows what his virtue is worth. “ Christian king, who works to promote the temporal common good, while subordinating it to the spiritual and supernatural good of souls, merits therefore a great recompense in eternity, and from here below, the profound affection of his subjects, including loyal and devoted attachment up to the sacrifice of their lives. His power thereby strengthened; peace, the tranquility of order is maintained so that all can attend to their work, accomplish their duties, and follow their destiny through the knowledge and love of God.

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Telles sont les lignes générales de la partie de cet ouvrage qui est de la main même de saint Thomas. Pour bien entendre cet enseignement, relativement surtout à la prudence politique, il faut connaître ce qui est dit dans la Somme Théologique, IIa IIæ, q. 47, au sujet de la prudence en général, de la rectitude d’intention qu’elle requiert et de ses trois actes : le conseil qui commence la délibération, le jugement pratique qui la termine, et le commandement ou imperium,qui préside à l’exécution de la chose décidée.

Le conseil considère les divers moyens capables de conduire à une fin, et ici il importe d’envisager des moyens assez différents les uns des autres, pour juger ensuite en connaissance de cause lequel est vraiment le meilleur. Il ne faut pas oublier que ce moyen le meilleur n’est pas toujours celui qui se présente tout d’abord à l’esprit ; il échappe souvent à la considération du vulgaire. Même le chef d’état le plus perspicace et le plus avisé a besoin, à cause de cela, d’avoir à côté de lui un conseil, composé d’hommes supérieurs et de compétence très variée. Il convient d’y proposer des avis assez différents les uns des autres, pour bien voir les divers côtés de chaque problème à résoudre et peser le pour et le contre comme il convient.

Mais il faut ensuite s’élever de cette multiplicité d’avis à l’unité du jugement pratique, qui discerne, parmi les divers moyens proposés comme vraiment utiles, celui qui est hic et nunc le meilleur. Ici il importe de ne pas compromettre, par d’interminables discussions entre les partis, l’unité et la rectitude du jugement pratique. Il importe de sauvegarder, disions-nous plus haut, l’esprit de

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Such are the general lines of the part of this work which is written in Saint Thomas’s hand. In order to understand well this teaching, above all in relation to political prudence, one must understand what is said in the Summa Theologiae, IIa IIae, q. 47, on the subject of prudence in general, about the rectitude of intention it requires and of its three acts: the counsel which begins deliberation, the practical judgment which ends it, and the command or imperium, which presides over the execution of the thing decided.

Counsel considers the diverse means capable of leading to an end, and here it should independently envisage the quite different means, in order to afterwards judge with full knowledge which one is truly the best. One must not forget that this best means is not always the one which first presents itself to our mind; it often escapes the consideration of the vulgar. Even the most perspicacious and wise head of state has a need, because of this, to have at his side a council composed of superior men of greatly varied competences. It is suitable to propose there the quite different opinions, one separate from another, in order to see well the diverse sides of each problem to resolve and weigh the pros and the cons as it is fitting.

But afterwards one must raise from this multiplicity of opinions the unity of practical judgment, which discerns, among the diverse means proposes as truly useful, the one which is hic et nunc the best. Here it is important not to compromise, by indeterminable discussions among the parties, the unity and the rectitude of practical judgment. It is important to safeguard, as we said above, the consistency in

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suite dans la politique intérieure et extérieure, et cela non seulement pendant une courte période, mais durant toute l’histoire du peuple, qui doit rester fidèle à son passé, à son génie propre, pour conserver le trésor de ses traditions et de sa vie.

Pour arriver à cette unité du jugement pratique, à l’esprit de suite dans la direction des affaires intérieures et extérieures et surtout pour maintenir l’efficacité du commandement, qui est le troisième acte de la prudence, il faut se rappeler ce que dit saint Thomas dans le présent ouvrage l’ordre des agents correspond à l’ordre des fins, et pour atteindre cette fin supérieure, qui est le bien commun d’un peuple, pour maintenir son unité et son harmonie au milieu de tant de causes de division, il convient de recourir à une direction supérieure vraiment une et persévérante.

Notons du reste que l’imperium ou commandement, qui dirige l’exécution des moyens préalablement choisis, procède en sens inverse de la délibération : au lieu de descendre de la considération de la fin atteindre à celle des moyens subordonnés jusqu’au dernier de tous, il commence par appliquer ce moyen infime et s’élève ensuite peu à peu aux moyens supérieurs capables de réaliser ou d’obtenir la fin poursuivie : Finis est primum in intentione et ultimum in executione. De ce point de vue on comprend que dans l’ordre d’exécution, non dans celui d’intention, on puisse dire : « politique d’abord » : pour que la vie sociale soit possible, il faut que la cité ou le pays soient habitables et que les perturbateurs soient expulsés ou mis à la raison.

Il faut. se rappeler aussi, comme l’enseigne le Docteur commun Ia IIæ, q. 57, a. 5, concl., ad

interior and exterior politics. This should not only be safeguarded during a short period, but also for the whole history of the people, which must rest faithful to their past, to their proper genius, in order to conserve the treasure of their traditions and of their life.

In order to arrive at this unity of practical judgment, consistency in the direction of interior and exterior affairs and above all in order to maintain the efficacy of commandwhich is the third act of prudenceone must recall what Saint Thomas says in the present work: the order of agents corresponds to the order of ends, and in order to attain this superior end, which is the common good of the people, in order to maintain its unity and its harmony in the midst of so many causes of division, recourse should be had to a superior direction truly one and persevering.

We note, furthermore, that the imperium or command, which directs the execution of the means chosen beforehand, proceeds in the reverse of the order of deliberation. In place of descending from the consideration of the end to be attained to that of the subordinated means last of all, command begins by applying this infirm means and raising it afterwards little by little to the superior means capable of obtaining the end pursued: Finis est primum in intentione et ultimum in executione. From this point of view one understands that in the order of execution, but not in the order of intention, one could say politique d’abord. On order that that social life may be possible, the city or country must be habitable, and the agitators must be expelled or brought to reason.

It must be recalled also, as the Common

Doctor teaches it: (Ia IIae, q

57, a. 5, concl., ad

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3m ; q. 58, a. 4 et 5 ; IIa IIæ, q. 47, a. 1) que la prudence, en ces trois actes, requiert la rectitude de l’appétit ou l’intention droite, c’est-à-dire les vertus morales qui nous rectifient vis-à-vis des principales fins morales subordonnées : la justice, la force, la tempérance et les vertus annexes, y compris la religion, l’humilité, la pénitence, la magnanimité, la patience et la douceur. Nul ne peut être vraiment prudent sans ces vertus. Sans elles et sans le tact qu’elles donnent, on confond aisément humilité et faiblesse, magnanimité et superbe, douceur et mollesse, fermeté et raideur. De même, sans une intention droite et efficace des fins morales, on ne peut efficacement choisir et appliquer les moyens capables de nous les faire atteindre ; on ne parvient pas à l’imperium droit et efficace qui est l’acte principal de la prudence.

Or, s’il en est ainsi de la prudence dans la conduite de la vie privée, à plus forte raison en est-il de même quand il s’agit, ce qui est plus difficile, de gouverner un peuple entier. La prudence politique ne saurait donc exister sans la justice, l’équité, la force et les autres vertus qui font l’équilibre de la vie politique comme de la vie morale. Or, ces vraies vertus sont rares, bien que beaucoup prétendent les avoir, dit saint Thomas (Ch. VII) en rappelant avec Salluste que « l’ambition a contraint de nombreux mortels à la fausseté » à la simulation ou à l’hypocrisie. Par suite, tout régime qui favorise l’ambition des démagogues qui flattent le peuple pour arriver au pouvoir, conduit au pharisaïsme politique et à la ruine, car il n’y a d’union durable que dans la vérité et la justice.

C’est pourquoi le régime républicain pour durer suppose une grande vertu et une grande

3m; q. 58, a.4 and 5; IIa IIae, q. 47, a.1) that prudence, in its three acts, requires the rectitude of the appetite or right intention. That is to say that prudence required moral virtues which rectify us vis-à-vis the principal subordinated moral ends: justice, courage, temperance and the connected virtues, including religion, humility, penitence, magnanimity, patience, and mildness. No one can be truly prudent without these virtues. Without them and without the sensitivity which they give, one easily confounds humility and weakness, magnanimity and pride, gentleness and softness, firmness and rigidity. Likewise, without a right and effective intention towards the moral ends, one cannot efficaciously choose and implement the means capable of making us attain them. One will not reach the right and efficacious imperium which is the principal act of prudence.

Now, if this is the case for prudence in the conduct of private life, it is even more so when it is a matter of what is more difficult:

governing an entire people. Political prudence, therefore, cannot exist without justice equity, courage, and the other virtues, which as in the moral life also constitute the balance of political life. Yet, although many claim to have them, these true virtues are rare. Saint Thomas says as much (Ch. VII) in recalling with Sallust that ambition compels many to falsity to simulation and hypocrisy. As a result, any regime which favors the ambition of demagogues and flatters the people in order to arrive at power leads to political pharisaism and ruin. There is only durable union in truth and justice.

This is why the republican regime in order to endure supposes great virtue and great

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compétence dans les sujets, qui sont tous appelés à participer par l’élection à la direction du pays. S’il s’agit seulement d’un canton dont les intérêts sont très simples, ou d’une fédération de cantons, comme en Suisse, la chose n’offre pas grande difficulté. Mais, s’il s’agit d’un grand peuple, aux intérêts fort complexes, d’un peuple qui a non seulement une vie économique, mais une vie artistique et intellectuelle supérieure et qui, au milieu de causes multiples de division, doit sauvegarder son unité et la continuité de ses traditions, alors la difficulté augmente terriblement. Comment trouver dans les sujets, dont bon nombre sont des paysans ou des ouvriers, la compétence et la vertu nécessaires pour choisir les hommes capables de répondre aux questions difficiles qui se posent, et qui souvent déroutent des jurisconsultes, des financiers ou des diplomates de premier ordre. L’élection désignera le plus souvent des arrivistes, ambitieux incapables, qui deviendront ministres, là où il faudrait un Colbert, un Vauban ou un Louvois.

De ce point de vue un disciple de saint Thomas aimait à résumer sa doctrine sur la question de régime en disant : « Regimen perfectum in ratione regiminis, scilicet monarchia, est regimen imperfectorurn ; dum regimen imperfectum, scilicet démocratia, est regimen perfectorum ».

La démocratie est un régime imparfait, comme régime in ratione regiminis, par suite du manque d’unité et de continuité dans la direction des affaires intérieures et extérieures. Aussi ce régime ne convient-il qu’aux parfaits déjà capables de se diriger eux-mêmes, assez vertueux et compétents pour se prononcer comme il convient sur les problèmes fort compliqués dont dépend la vie d’un grand peuple. Mais il est toujours vrai de dire

competence in its subjects, who are all called to participate in the direction of the country through elections. If it is a matter only of a canton whose interests are very simple, or of a federation of cantons, like in Switzerland, this does not offer great difficulty. But if it s a matter of a great people with very complex interests, of a people who not only has an economic life, but also an artistic life and a superior intellectual life, and who in the midst of multiple causes of division, must safeguard their unity and the continuity of their traditions, then the difficulty increases terribly. How to find in the subjectswhom a considerable number are farmers or workersthe competence and the virtue necessary to choose men capable of responding to the difficult questions which arise that often disconcert legal experts, financiers, or the diplomats of the first order. Election will most often appoint the self-seeking, ambitious incapables who will become ministers where there should be a Colbert, a Vauban, or a Louvois.

From this point of view a disciple of Saint Thomas liked to summarize his doctrine on the question of regime by saying Regimen perfectum in ratione regiminis, scilicet monarchia est regimen imperfectorum; dum regimen imperfectum, scilicet democratia, est regimen perfectorum.

Democracy is an imperfect regime, as a regime in ratione regiminis, as a result of the lack of unity and continuity in the direction of interior and exterior affairs. Also this regime should only be for the perfect already capable of directing themselvesthose virtuous and competent enough to pronounce as is fitting upon the very complicated problems on which the life of a great people depends. But it is always true to say as Saint Thomas noted that

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comme le notait saint Thomas que ces

these virtuous and competent men are

vertueux et ces compétents sont extrêmement rares ; et la démocratie, supposant une telle perfection chez les sujets, ne peut pas la leur

extremely rare; and democracy, supposing such perfection among subjects, cannot give it to them. From this point of view, democracy is

donner. A ce point de vue, elle est un peu en

a

bit in politics what quietism is in spirituality;

politique ce qu’est le quiétisme en spiritualité ;

it

supposes man has arrived, at the age or the

elle suppose l’homme arrivé à l’âge adulte ou

state of perfection, even though he still may be

à l’état de perfection, alors qu’il n’est peut-être

a

child. In treating him as a perfect person,

encore qu’un enfant, et le traitant comme un

democracy does not give him what is required

parfait, elle ne lui donne pas ce qu’il faut pour le devenir.

to become one.

Puisque la vraie vertu, unie à la vraie compétence est chose rare parmi les hommes, puisque la plupart d’entre eux sont incapables de gouverner, et qu’ils ont besoin d’être conduits, le régime qui leur convient le mieux est celui qui peut suppléer à leur imperfection. Ce regimen perfectum in ratione regiminis, à raison de l’unité, de la continuité, de l’efficacité de la direction vers une fin une difficile à réaliser, c’est la monarchie, surtout une monarchie tempérée, toujours attentive aux différentes formes de l’activité nationale. Mieux que la démocratie ou que le régime féodal, elle assure la paix intérieure et extérieure d’une grande nation, et lui permet de durer longtemps.

Telle est la doctrine de saint Thomas, comme le montre avec évidence le présent ouvrage. L’importance de ces idées apparaît à tous ceux qui considèrent que la paix intérieure et extérieure d’un peuple est une des principales conditions de sa vie morale et religieuse. Ce n’est pas là une chose indifférente ; il y a une vérité dans l’ordre politique comme dans l’ordre moral et dans l’ordre métaphysique ; et si l’on ne peut pas toujours la démontrer avec évidence, il importe de s’en rapprocher le plus possible. L’union durable des intelligences et des volontés n’est réalisable en effet que dans le vrai, sans lequel il peut bien y avoir, selon la

Since true virtue united to true competence is

a rare thing among men, since the majority

among them are incapable of governing and they have a need of being led, the regime which is the best for them is the one which can make up for their imperfection. This regimen perfectum in ratione regiminis, by reason of unity, continuity, and efficacy of direction towards a single end which is difficult to achieve is monarchy. Above all a tempered monarchy which is always attentive to the different forms of national activity. It is better than democracy or than the feudal regime. Monarchy assures the interior and exterior peace of a great nation, and permits her to long endure.

Such is the doctrine of Saint Thomas, as the present work shows. The importance of these ideas will be apparent to all who understand that the interior and exterior peace of a people is one of the principle conditions of their moral and religious life. It is not an indifferent thing; there is truth in the political order as in the moral order and in the metaphysical order. If one cannot always demonstrate it with evidence, it is important to come as close as possible to it. The durable union of intelligences and wills is only achievable, in effect, in truth, without which there may well bethe law of the multitudea collection of

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loi du nombre, une collection d’égoïsmes toujours prêts à revendiquer une liberté qui dégénère en licence, mais sans lequel ne sauraient exister la justice et le bien commun, qui sont le principe et la fin de l’ordre social.

*

Sans doute, dira-t-on, mais saint Thomas écrivait au temps de saint Louis, lorsque la France recevait les bienfaits d’une monarchie très chrétienne, tempérée par une aristocratie terrienne conservatrice et par l’organisation des communes, qui veillaient aux intérêts du peuple, dans les différentes régions. Depuis lors, les temps sont bien changés, beaucoup de peuples, comme la France, vivent en démocratie, ils considèrent le suffrage universel comme une conquête, et, malgré les inconvénients de ce suffrage (inconvénients qui n’apparaissent bien qu’à l’élite , ils ne sont pas près d’y renoncer. La question de fait est par suite beaucoup plus complexe que celle de principes ; il y a de la marge de la théorie à la pratique, des considérations abstraites aux directions hic et nunc opportunes et efficaces.

”ien certainement, et c’est ce qui explique la grande prudence et la longanimité de l'Église en ces questions, comme le montrent les concordats c’est pourquoi aussi un essai de dictature dans un pays, même lorsque beaucoup le désirent, ne doit être tenté qu’à coup sûr, sans quoi il pourrait faire plus de mal que de bien.

Mais ce qui importe évidemment, c’est de revenir à la considération attentive des principes que saint Thomas énonce dans ce traité et dont bon nombre s’appliquent à tout régime légitime. Ces principes relatifs au bien

egoisms always ready to demand a liberty which degenerates into license. Without this union of intelligences and wills, justice and the common good, which are the principle and the end of the social order, cannot exist.

*

*

Without a doubt, one will object that Saint Thomas was writing at the time of Saint Louis, when France was receiving the benefits of a truly Christian monarchy, tempered by a conservative aristocracy and by the organization of communes, which watched over interests of the people in the different regions. Since then, the times have very much changed; many people live in democracy as in France. They consider universal suffrage as a conquest, and, despite the inconveniences of this suffrage (inconveniences which appear only good to the elite), they are not about to renounce them. The question of fact is consequently much more complicated than that of principles; there are from the margin of theory to practice, from abstract considerations to the directions hic et nunc opportune and efficacious.

This complexity is undoubtable, and it is this which explains the great prudence and the forbearance of the Church on these questions, as the concordats show. It is also why an attempt at dictatorship in a country, even when many desire it, should only be attempted if success is certain. Otherwise, it could cause more evil than good.

But what is evidently important is to return to the attentive consideration of the principles that Saint Thomas lays down in this treatise, a good number of which apply to any legitimate regime. The principles relative to the common

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commun et à sa subordination à la fin dernière de l’homme sont ceux qui s’opposent à la conception païenne de l'État moderne, issu de la Révolution, à cet État qui veut s’élever au- dessus des organismes les plus naturels, comme la famille, pour les asservir, et qui souvent prétend imposer une obéissance aveugle à des décrets injustes et impies qui n’ont plus de la loi que le nom.

Le Souverain Pontife, dans sa dernière Encyclique sur la Royauté du Christ disait précisément contre cette conception antichrétienne et antinaturelle de l'État : « Les hommes réunis en société ne sont pas moins sous la puissance du Christ que les particuliers. Le bien privé et le bien commun ont la même source… Que les chefs des nations ne refusent donc pas de rendre par eux-mêmes et par le peuple à la puissance du Christ leurs hommages publics de respect et d’obéissance, s’ils veulent, en sauvegardant leur autorité, promouvoir et accroître la prospérité de la patrie ! … « Dieu et Jésus- Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l’autorité ne tirant plus son origine de Dieu, mais des hommes, écrivions-Nous en gémissant au début de Notre Pontificat, il arriva que les bases mêmes de l’autorité furent renversées, dès là qu’on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d’obéir pour les autres… » C’est pourquoi, si les hommes reconnaissent en particulier et en public le pouvoir royal du Christ, il en résulte nécessairement des bienfaits incroyables, qui pénètrent aussitôt la société civile, comme une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix ».

Ce sont les fondements mêmes de cette doctrine, sans laquelle aucune forme de gouvernement n’est durable que le de Regimine

good and to its subordination to the last end of man are those which are opposed to the pagan conception of the modern State, issued forth from the Revolution. This State which desires to raise itself above all the most natural organisms, such as the family, in order to enslave them, and which often intends to impose a blind obedience to unjust and impious decrees which are laws in name only.

The Sovereign Pontiff, in his last encyclical on the Kingship of Christ spoke precisely against this anti-Christian and anti-natural conception of the State Men reunited in society are not less under the power of Christ than individuals. The private good and the common good have the same source… The heads of nations do no refuse therefore to give by themselves and by the people to the power of Christ their public homage of respect and obedience, if they wish, while safeguarding their authority, to promote and increase the

prosperity of the country !

Christ having been excluded from the legislation and public affairs, and authority no

longer taking its origin from God but from men, We wrote, while weeping at the beginning of Our pontificate, it has passed that even the bases of authority have been overturned, as soon as one suppresses the fundamental reason of the right command for some, the duty to obey for others is also suppressed…. This is why, if men recognize in particular and in public the royal power of Christ, unbelievable benefits will necessarily result, which immediately penetrate civil society, such as a just liberty, order and tranquility, concord and peace.

God and Jesus

These are the same fundamentals of this doctrine, without which no form of government is durable that de Regimine

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Principum expose excellemment, et c’est par le retour à ces principes qu’on travaillera efficacement à l’assainissement des intelligences, sans lequel aucune restauration de l’ordre social n’est possible.

Principum excellently shows, and it is by the return to these principles that one will work efficaciously for the purification of intelligences, without which any restoration of the social order is not possible.