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INSTITUT AFRICAIN DE MANAGEMENT

Master 1 Communication d’Entreprise

LA PRESSE « PEOPLE »
FRANÇAISE :
ENTRE LIBERTÉ DE PRESSE
ET RESPECT DE LA VIE
PRIVÉE

Travail de fin de module de Droit des médias présenté


et soutenu par

Alioune NDIAYE
1018290

Professeur : M. FALL Bouna Manel


Table des matières
TABLE DES MATIERES 2

INTRODUCTION 3

1. PANORAMA DE LA PRESSE PEOPLE FRANÇAISE 5

1.1. PANORAMA D’UN PAYSAGE NEBULEUX 5


1.2. QU’EST-CE QUE LA PRESSE PEOPLE ? 6
1.2.1. SENSATIONNALISME ET INFORMATION 6
1.2.2. DR JEKYLL ET MR HIDE 8
1.2.3. LES PAPARAZZIS 9
1.2.4. LES RAISONS D’UN SUCCES 10
1.3. LE LECTORAT 11

2. DROIT ET PRESSE PEOPLE, DES FRONTIERES FLOUES 12

2.1. PRINCIPES ESSENTIELS 12


2.1.1. LE DROIT A LA VIE PRIVEE 13
2.1.2. LA LIBERTE DE PRESSE 14
2.2. LE CARNAVAL DES HYPOCRITES 17
2.2.1. UNE AVENTURE AMBIGUË… 17
2.2.2. …A L’ISSUE INCERTAINE 18
2.3. LE POIDS DE LA DEONTOLOGIE 19

CONCLUSION 21

POST-PROPOS 23

BIBLIOGRAPHIE : 24

ANNEXES 26
Le monde entier est une scène
Shakespeare

Introduction

Le journalisme a manifestement pris naissance grâce aux menanti1 italiens.


Ces « ancêtres peu glorieux » des journalistes d’aujourd’hui avaient en commun
un goût immodéré pour les scandales en tout genre. Grâce Gutenberg,
l’imprimerie va donner au journalisme un cadre propice pour se développer.
Renaudot va créer le premier hebdomadaire de l’histoire du journalisme, Les
nouvelles ordinaires de divers endroits.

La presse va ainsi connaître un développement exponentiel qui se manifestera


par la prolifération de revues savantes et la naissance d’hebdomadaires politico-
culturels en Angleterre (Balle, 2001, p.50). Sa place dans la vie publique et la
constitution de l’espace public deviendra de plus en plus grande : la presse (et
les médias en général) fait partie intégrante de la vie moderne.

Cependant, dans les années 60, « la concurrence reprend ses droits ». Le règne
de la presse est menacé. Jusqu’alors centrée sur l’information et son explication
(Balle, 2001, P.54), la presse va devoir compter avec la radio et la télévision qui
ont décidé de s’engager dans la voie de la diversification et donc de ne plus se
cantonner aux seules fonctions récréatives et ludiques.

Concurrence oblige, la presse écrite va donc se plier à la désormais nouvelle


règle de la diversité. A partir de là, elle va se segmenter, pour atteindre des
cibles plus éclectiques. L’avènement de la « microédition » va permettre d’en
réduire considérablement les coûts. Les leviers sont prêts qui vont faire décoller
ce que Balle nomme « presse d’un seul sujet » (2001, p.62). Constituée par des
« audiences plus ou moins larges et très diverses, géographiquement et
sociologiquement » c’est une presse qui s’occupera aussi bien de chasse,
d’informatique, d’économie que «d’intérêt humain.» Ce dernier euphémisme
désigne précisément ce qu’on appelle presse people.

1
Ou « auteurs de nouvelles à la mains.» Balle, 2001
Représentée par des magazines hebdomadaires, elle s’intéresse à la vie des
personnalités publiques, des vedettes et des stars de tout bord, d’où l’anglicisme
de « people2 ». Elle est très critiquée, mais pourtant, son lectorat ne cesse de
s’élargir. Lieu de débats éthiques et déontologiques interminables, la presse
people est un réel triangle des Bermudes dont les brumes sont de plus en plus
opaques.

Notre étude se bornera à l’étude de l’un des aspects les plus problématiques de
la presse people française : le couple « respect de la vie privée et liberté de la
presse ». Pour ce faire, nous consacrerons une première partie à la clarification
de cette notion nébuleuse de presse people, son historique, sa signification ainsi
qu’à un panorama du lectorat et des titres. Dans une seconde partie, nous
étudierons la liberté de presse et la notion d’atteinte à la vie privée pour finir par
une dernière partie sur les relations plus qu’ambiguës qui existent entre les
deux domaines.

2
Qui veut dire « gens » en anglais. Un people est une star, une personnalité publique, aussi bien homme
politique, acteur, que sportif ou encore artiste. Tout au long de notre exposé nous emploierons indifféremment
« stars » « peoples » « vedettes » ou « célébrités ».
1. Panorama de la presse people française

Tous les pays du monde possèdent peu ou prou une presse people, ou en tout
cas une presse qui se donne pour objectif de satisfaire les besoins, plus ou moins
explicites d’une part du lectorat, en matière d’informations sur ses personnalités
publiques. Là réside le seul trait commun, car il existe autant de pratiques que
de pays, tout dépend du code de la presse, de la culture et des mœurs du pays3.
En la matière, la France possède un statut particulier.

1.1. Panorama d’un paysage nébuleux4

La presse people française est née après la seconde guerre mondiale. Ici Paris,
hebdomadaire consacré à la vie des stars est créé comme pour contrebalancer et
faire oublier le flot de mauvaises nouvelles qui avait envahi la France durant les
années de guerre. Il va ouvrir la voie à d’autres hebdomadaires, France-
Dimanche (1946) et à Point de Vue, en 1948.

Ce n’est qu’en 1987 qu’un nouveau titre va voir le jour, Voici. Dernier né
turbulent, ce magazine a été, à ses débuts, coutumiers des unes « chocs », de
couvertures volontairement racoleuses pour aguicher un lecteur avide de
sensationnel et de scandales. Le temps a passé, et le ton s’est assagi mais
l’image reste. En contrepoint à Voici, Gala un autre magazine est créé par le
même groupe de presse (Prisma) en 1993. Sa ligne éditoriale suit toujours le
canevas du people mais dans une variante plus « soft ».

Le filon du people étant toujours porteur, d’autres s’y sont jetés : Public (2003),
Closer (2005).

Avec plus de 2,5 millions d’exemplaires écoulés par semaine pour une diffusion
annuelle e de plus de 134 millions numéros et un lectorat fort de 7,884 millions
de personnes, le secteur se porte bien. En effet, la diffusion a connu une hausse

3
Les tabloïds anglais sont en la matière un parangon indépassable
4
Dans ce panorama n’apparaîtront pas des magazines comme Paris Match ou Images du monde, parce que
n’étant pas spécialisés dans le people.
de 30% par rapport à 2002, de même que l’audience (+15%). Cela n’a pas
manqué d’attirer les annonceurs, favorisant le boom de la pagination publicitaire,
qui augmente ainsi de 50% par rapport à 20025.

Ces chiffres cachent cependant une réalité fort complexe. La presse people est
en ce sens semblable à un manteau d’Arlequin : composée de franges multiples
et d’autant de teintes qui en fondent le sens.

1.2. Qu’est-ce que la presse people ?

Une kyrielle de définitions fut donnée à la presse people, toutes influencées par
une idée de son contenu. Ainsi, certains diront que c’est une presse échotière6,
d’autres que c’est une presse de caniveau, ou encore, comme à ses débuts,
une presse à scandales ou à sensation. La ligne directrice de ces définitions, à
connotation fortement péjorative, est cependant la même : la presse people n’a
pas beaucoup de crédit autant auprès des intellectuels que des journalistes
« traditionnels.» La cause ? un discours au relent informationnel parfois douteux,
des méthodes « bruyantes », une certaine hypocrisie des groupes de presse.
Autant de raisons paradoxales d’un succès ?

1.2.1. Sensationnalisme et information

«Tom Cruise et Katie Holmes, 26 millions pour qu’elle dise oui !7» «Isabelle
Adjani SE MET A NU8» «Michel Sardou, Le cœur brisé par sa fille9» ou encore
«Baby Boom chez les stars10». Toutes ces unes ont en commun le fait d’être
sensationnelles.

5
Source INTERDECO (www.interdeco.fr)
6
Selon l’idée répandue qu’elle ne capte que les échos de nouvelles, ce qui la rend complètement déficiente.
7
Closer N° 53, semaine du 19 au 25 juin 2006
8
Gala N°469, semaine du 6 au 12 juin 2006
9
France Dimanche N°3140, semaine du 3 au 9 novembre 2006
10
Voici N°969, semaine du 5 au 11 juin 2006
Etroitement lié aux évènements, le sensationnalisme11 est souvent vecteur de
leur popularité et de la diffusion d’un titre. La sensation a donc été et continuera
d’être un accélérateur de ventes. Alors que pour la presse généraliste le
sensationnalisme n’est pas le critère déterminant de la couverture d’un
évènement, il en est autrement dans la presse people. A ce titre, Philippe
Marion12 affirme que « c’est le sensationnalisme qui détermine le choix des
évènements et des traitements, il sous-tend la ligne rédactionnelle et mobilise
une certaine relation avec le lecteur.»

Ainsi, le sensationnalisme est le pivot autour duquel s’articulent tous les


évènements relatés par la presse people. En effet, la relation avec le lecteur est
très forte, il est impliqué dans ce qu’on pourrait appeler une «spirale du
secret13.» A ses débuts, elle était appelée presse à sensation justement parce
que les informations relatées étaient de l’ordre de l’inédit, du secret éventé, le
fameux « scoop ». Mais il a fallu s’en démarquer parce qu’à côté existait une
autre presse qui faisait sensation mais ne s’occupant elle que de faits scandaleux
et sordides en tout genre (Nouveau Détective par exemple), pas spécialement
orientée vers les célébrités).

Pour actionner le ressort sensationnel, ces magazines utilisent plusieurs


méthodes.

Méthodes Moyens et effets


Elle utilise l’hyperfocalisation, c'est-à-dire le choix d’un angle
particulier qui fasse mouche dans la tête du lecteur. Par exemple,
Dramatisation et « sur-
lors de l’affaire Diana que toute la presse a relatée, Voici dans son
dramatisation »
numéro du 20/09/97 titra en une « Diana, elle était enceinte de
deux mois ! »
Il se fait grâce à la mise en page et la titraille. Points
d’exclamation, couleurs criardes, titre mis en valeurs, bandeaux
Racolage rouges, révélation et hypertrophie, tout est fait pour aguicher le
lecteur et se distinguer des autres titres. Ainsi que le dit Philippe
Marion, l’ensemble est semblable à un cri, émis pour interpeller.

11
Il ne faut pas oublier que le sensationnalisme a toujours eu droit de cité dans le monde du journalisme, avec
notamment le mythe du « scoop » qui aura un effet éminemment dopant sur les ventes.
12
Le discours de la presse à sensation, www.trends.be
13
Comme on le verra plus tard, tout est fait dans la presse people pour induire ce sentiment d’être dans le secret
des dieux.
Les magazines people intègrent le lecteur dans une « spirale du
La confidence secret » qui lui donne l’impression qu’il fait partie d’un «happy
few».

Mais une question demeure, ces nouvelles sont-elles des informations ? Car, si
une information sensationnelle peut contribuer à la diffusion d’un journal, il faut
rappeler que toutes les informations ne sont pas sensationnelles. Selon Breton et
Proulx (2002), une information est «description objective faite en vue d’être
communiquée et apporter, le cas échéant, une nouveauté pour l’auditoire». De
ce point de vue, les nouvelles relatées par les magazines people sont bel et bien
des informations au sens strict. De même si l’on se réfère à Bougnoux (2001),
lequel ajoute la notion de pertinence à la définition de l’information, on ne peut
se mettre du côté des intellectuels et du grand monde journalistique qui affirme
que c’est du « sous-journalisme.» Le problème de ces magazines se situe au
niveau des méthodes utilisées à la fois pour obtenir leurs informations et les
techniques à l’usage pour vendre le plus d’exemplaires possibles. Déjà les
frontières du débat s’élargissent pour annexer l’économie14, la notion de société
de masse, des rapports entre cette presse et les stars15 ainsi que du rôle des
journalistes (Cf. notre travail sur «l’analyse de la dialectique entre l’informateur
et l’informé16»).

1.2.2. Dr Jekyll et Mr Hide

Bicéphale, la presse people l’est certes. Le marché se partage entre des


magazines «hards» et «soft» (ou consensuels). Le hard comme son nom
l’indique, ne fait pas dans la dentelle. Il s’agira ici, de parler des scandales, de
dire le bon et le moins bon concernant la vie des stars sans leur autorisation.
Dans ce cas, on a Voici, Closer, Public, Ici Paris. Quant à la presse consensuelle,
avant de sortir un article, elle sollicite une interview, n’utilise pas de photos
volées, ne parle des stars que sous un bon jour, jamais vulgaire. Ce marché est
occupé par Gala et Point de Vue.

14
Cf. Balle, 2001, Partie sur « Le régime des médias », Chap. 3 : les médias dans le monde du 21ème siècle.
15
C’est sans doute ces rapports très ambigus qui ont motivé à Albert Du Roy son livre « Le carnaval des
hypocrites »
16
Travail de fin de module de Communication Politique et sociale, IAM, 2007
La différence se fait sentir au niveau même de la mise en page. Alors que pour la
presse hard elle est criarde, pleine de photos souvent floues, bref un vrai
manteau d’arlequin, c’est autre chose du côté de la presse soft. Ici, ce seront de
belles photos prenant toute la page, des couleurs sobres. La titraille est aussi
moins « interpellante » ou en tout cas moins « vulgaire » même si elle n’en reste
pas moins racoleuse.

Ce côté « Dr Jekyll » et « Mr Hide » crée une ambivalence qui à notre avis sert à
équilibrer le jeu de la presse people et de son public. D’une part des stars dont
les portraits sont esquissés et de l’autre des portraits posés. Dans les deux cas,
l’on se demande ce qui est vrai. Qui croire ? Les limites et la crédibilité de cette
presse « d’intérêt humain » se jouent ici.

1.2.3. Les paparazzis

Avec le développement des technologies informatiques et l’accroissement de la


concurrence directe (toujours plus féroce) et indirecte (toujours plus diversifiée)
comme la télévision ou l’Internet, les titres de la presse people usent de
nouveaux moyens pour se différencier les uns des autres. La photographie a été
le principal porteur du souffle de la presse people, grâce au phénomène des
paparazzi.

Le mot est inventé par le cinéaste italien Federico Fellini, lors de son film Dolce
Vita. C’était le surnom d’un des personnages du film, toujours en chasse
d’images de célébrités.

Photographe indépendant ou affilié à une maison d’édition, le paparazzo17


cherche par tous les moyens à obtenir des images de people, n’importe où,
n’importe quand et très souvent sans son consentement (les images volées). Il
fait littéralement une traque au people. De l’objectif photographique ultra
perfectionné à l’hélicoptère pour suivre le people sur mer, l’espionnage etc., les
moyens les plus ingénieux et les plus complexes sont utilisés pour avoir le scoop,
la photo rare. C’est ainsi que Ramonet, dans La tyrannie de la communication

17
Normalement, au singulier on doit avoir « paparazzo », mais l’usage a consacré sa forme au pluriel.
(2002), dit d’eux qu’ils sont des fossoyeurs de la vie privée. Les plus grands
« peoples » ont l’impression souvent, d’être poursuivis par une meute de
photographes. Le vocabulaire qui entoure ce métier prend des tournures
animales, ce qui selon Ramonet ramène à l’aspect bestial de la chose.

En effet, si la concurrence est très rude entre les magazines people, elle l’est
encore plus parmi les paparazzi18. Ils sont à l’affût du scoop qui sera rémunéré à
des dizaines de milliers d’euros. Peu importe si le magazine est plus tard
poursuivi pour atteinte à la vie privée. Eux ne se chargent que de faire des
photos, l’usage qui en est fait ne les concerne plus.

Dans son article sur le discours de la presse à sensation, Philippe Marion19 nous
rappelle que le lien qui unit la presse people et son lectorat (un lien fondé sur le
secret, cf. infra partie sur le lectorat) se traduit par ailleurs par le type de photos
qui sont faites par les paparazzi : flou involontaire (ou volontaire), qui dénote
l’intrusion, et donc «l’authenticité naturelle de la situation saisie.»

Leur impact dans la vente du magazine est essentiel. Ils contribuent ainsi
grandement au succès d’un genre toujours plus décrié car ayant pour fonds de
commerce la vie privée des personnalités publiques20.

1.2.4. Les raisons d’un succès

L’homme éprouve toujours le besoin de fantasmer, d’admirer, de se construire


des parangons dont il n’atteindra pas la perfection, mais qui l’aideront à vivre. La
disparition des panthéons, la déliquescence de la notion d’élite, le manque
d’idéaux, créent un sentiment de besoin. Il y’a un manque de repères. L’individu
ne sait plus vers quel idéal se tourner.

Les people deviennent alors les divinités contemporaines21 dont les médias se
font à la fois le panthéon qui les sacre et le temple qui le rend accessibles. Cela

18
Il est difficile en effet de vivre de la photographie de presse en France, raison pour laquelle plusieurs se tourne
vers la chasse au people, plus lucrative.
19
www.trends.be
20
La presse people, nouvel opium participant à la « massification » des couches populaires ?
en fait des divinités à deux faces, provoquant tout à la fois attraction et
répulsion. Semblables donc aux divinités antiques, leurs histoires intéressent les
pauvres mortels qui sont si loin du Mont Olympe et autre Walhalla, remplacés
par les médias.

A suivre leurs tribulations, le public satisfait ses besoins d’idéaux, de rêves,


d’identification. Contes d’un nouveau genre pour un public ayant dépassé l’âge
tendre, les histoires de people sont narrées à la manière de feuilletons souvent à
épisode unique. En effet, les journalistes de ces magazines utilisent le récit, qui
selon Breton et Proulx (2002, p.54) constitue le « noyau dur » de la
communication expressive. Celui-ci fait appel aux émotions, aux ressentis du
lectorat pour le captiver, lui faire vivre des aventures banales comme
d’extraordinaires odyssées, bref, pour le divertir, le faire rêver ou encore voyager
à moindre frais. D’où le recours au sensationnalisme (cf. partie Sensationnalisme
et spectacle). Les histoires parfois cocasses de hères souvent riches servent
aussi le divertissement, le loisir, et sont donc une manière humoristique de
passer le temps.

Outres ces raisons psychosociologiques et sociologiques, la presse people utilise


des techniques efficaces qui vont du centrage sur le scoop, au rôle prépondérant
des photos, en passant par l’érosion des tabous (ce qui en fait
vraisemblablement un espace de vérité) et une stratégie de séduction des
lecteurs.

1.3. Le lectorat

Dans sa très grande majorité, le lectorat est féminin22. Morcelé il reflète bien la
disparité entre les contenus des diverses publications. Selon Bardelot, chaque
magazine a un public qui lui est propre. Grâce au « contrat de lecture », chaque
lecteur trouve un ton, une forme et un contenu dans lequel il se reconnaît23. En

21
Source Interdeco-Expert
22
En effet, les magazines people sont catégorisés dans la presse féminine. Ce pourrait être l’occasion de
développements sociologiques intéressants, le fait qu’une chose aussi décriée soit, en théorie et en pratique,
l’apanage des femmes
23
Ici, on pense notamment à l’idée de Bougnoux (2002, p.) sur les mondes propres et le monde commun, et le
rôle de lien que joue le journaliste dans la jonction des deux.
effet même si les magazines peoples ont un « sommaire24 » identique, la ligne
éditoriale est différente. Pour Voici par exemple, les peoples seront jeunes, stars
du showbiz, que tout le monde connaît, attirant par ce fait des lectrices plutôt
jeunes, entre 18 et 35 ans. Alors que pour France Dimanche, les unes seront
souvent consacrées aux vedettes sur le déclin qui ne sont presque plus à l’ordre
du jour s’attirant donc un lectorat de la même génération. Ceci influe donc
grandement sur le lecteur. Par ailleurs, il est à noter qu’en général, le lectorat de
la presse people fait partie d’une classe sociale moyenne et des couches
populaires25.

La presse people est donc un continent à part dans le monde journalistique.


Tenant à la fois de l’information et du divertissement, elle joue sur des tableaux
aux teintes non assorties. Le tissu qu’elle forme ainsi – vie privée et liberté de
presse - apparaît souvent complexe, et les nombreuses atteintes à la vie privée
qui en tissent la trame ne lui garantissent guère de crédit auprès du législateur.

2. Droit et Presse people, des frontières floues

De par son fonds de commerce même, la presse people ne pouvait manquer de


se heurter à la loi. Touchant de plein fouet à la liberté des personnes publiques,
elle crée une tension entre des notions difficilement conciliables. Une scène se
déploie donc, composée d’acteurs aux intérêts divergents. Se crée alors un récit
à plusieurs voix autour d’elle.

2.1. Principes essentiels

Les peoples, à défaut d’être des gens comme les autres, n’en sont pas moins des
êtres humains avec des droits et devoirs, comme tout citoyen. Droit à une vie
privée et à son respect.

24
Il se divise en trois parties : people, beauté et une dernière consacrée à la culture, à l’ horoscope, à la cuisine et
aux jeux.
25
Pour une analyse détaillée du lectorat, se référer au mémoire de DEA de Florence Bardelot
http://www.enssib.fr/bibliotheque/documents/dea/bardelot.pdf
La presse people, à défaut de faire partie de la noblesse n’en reste pas moins
une composante de l’empire journalistique. Ses journalistes sont ainsi soumis
aux mêmes lois et règlements et donc tenus de respecter les mêmes règles
éthiques.

2.1.1. Le droit à la vie privée

«Chacun a droit au respect de sa privée. » C’est en ces termes que l’article 9 du


Code Civil consacre le droit de chacun de chacun d’avoir son jardin secret où
toute intrusion serait une effraction. Cette loi laisse subsister un flou concernant
la définition de la notion de vie privée. Mais cette dernière est généralement
abordée en ses diverses composantes : la vie familiale, la vie sentimentale, les
loisirs, la santé et les mœurs, le droit à l’image, les circonstances de la mort ainsi
que les convictions philosophiques et religieuses. On en exclut les activités
professionnelles. Par ailleurs c’est un droit qui prend fin au décès de l’individu26,
et le caractère anodin de l’information le rend caduque ou inopérant.

Introduite en France par Benjamin Constant, dans son ouvrage De la liberté des
Anciens comparée à celle des Modernes (1819)27, le concept est souvent défini
de façon négative. Cela signifie que toute information relative à la vie privée
d’une tierce personne ne doit être divulguée sans son autorisation préalable. Les
conséquences pénales qui découlent de cette clause sur le respect de la vie
privée sont lourdes et nombreuses28. En effet, les atteintes de la vie privée
peuvent être le fait d’individus particuliers aussi bien que des médias.

Lorsqu’il s’agit de personnes « lambda » la notion de vie privée est on ne peut


plus claire29. Le problème commence dès lors qu’il s’agit de «personnes
publiques.» Difficile de tracer à ce moment une frontière nette en sphère
publique et sphère privée. Si dans certaines situations, la distinction est évidente
(prendre une « star » en photo alors qu’elle est chez elle par exemple), elle est
floue dans d’autres, surtout lorsqu’on prend en compte le droit à l’image.

26
On parle souvent de « respect dû aux morts », sur cet aspect, cf. Droit de l’information, (Auby et Ducos-Ader)
27
http://fr.wikipedia.org/wiki/vie_privée
28
Pour de plus amples informations, cf Protection de la vie privée et des données personnelles, de Nathalie
Mallet-Poujol, www.
29
Même si l’informatique et l’Internet tendent à faire naître un nouveau débat sur les libertés individuelles.
Celui-ci interdit à toute personne de publier, l’image physique d’un individu sans
son consentement, à quelque fin que ce soit. Toute photo devient par là même
pièce à conviction pour d’hypothétiques procès. Lorsqu’en outre, on énonce le
fait que le cadre professionnel n’en fait pas partie (de la vie privée), comment
être sûr que l’on n’est pas en situation de délit ? On note souvent que la plupart
des stars (ici, nous parlons strictement des chanteurs, des acteurs, des
comédiens et des artistes en général) très souvent conviées à des émissions ou
soirées, font par là même la promotion de leur œuvre. Si pour une émission
médiatique le droit est clair, en revanche, lorsqu’il s’agit d’une soirée ou d’un
autre évènement du genre, ce droit devient un paysage de brume dans lequel il
est parfois difficile de se retrouver. On en vient à ce que les journaux people
étoffent leur service juridique pour faire face à la flopée de procès qui leur tombe
dessus.

Toutefois, si l’on considère les photos publiées, l’on convient que la plupart
représentent des situations dans lesquelles l’individu est dans un « cadre privé.»
En ce sens la presse célébrités viole constamment la vie privée des people. Ce
qui fait que les peines encourues par les magazines soient si lourdes30.
Cependant, il est des limites à fixer. En effet, il arrive que pour des images
anodines un magazine soit condamné. On est étonné de voir dans ces cas là le
magazine incriminé subir les foudres de certaines de ces stars, alors que sur les
photos publiées elles y sont à leur avantage, sans rien de choquant. Loin de nous
faire l’avocat du diable, nous pensons qu’il est des limites à respecter, car les
dérives sont nombreuses qui portent atteinte à la liberté de la presse.

2.1.2. La liberté de presse

Elle procède des libertés d’opinion et d’expression, telles qu’édictées dans les
articles 10 et 11 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1789 :

Article 10 : «nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes religieuses pourvu
que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.»

30
Cf. annexe 1
Article 11 : «la libre communication des pensées et des opinions est un des droits
les plus précieux de l'homme, donc tout citoyen peut parler, écrire, imprimer
librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la
loi»

La liberté de presse ne sera « pleinement consacrée » qu’un siècle plus tard,


avec l’avènement de la « Loi sur la liberté de la presse » du 29 juillet 1881. En
France, on parlera plutôt d’une «liberté conditionnée» ou «aménagée.» (Balle,
2001) En effet, la liberté de presse est encadrée par diverses lois visant à
protéger les personnes des outrages que pourrait occasionner une liberté
inconditionnelle comme c’est le cas aux Etats-Unis. Elle se base ainsi sur un
régime de la responsabilité ou «statut du contenu.» Dès lors, l’on impose au
journaliste « un minimum de discrétion », et un « minimum de sérieux31.»

Les journalistes de la presse people valsent entre divers délits qui vont de
l’atteinte à la vie privée (voir supra, «Le droit à la vie privée») à la diffamation
ou l’injure, toute effractions qui sont du ressort du droit commun.

La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui


porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou
du corps auquel le fait est imputé. »
L’injure quant à elle concerne « toute expression outrageante,
termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation
d’aucun fait32».

Pour contrebalancer les effets dévastateurs de la diffamation, le législateur va


mettre en place le droit de réponse dès 1822, avant même la Loi sur la liberté de
la presse33. Elle est définie comme étant «l’obligation qui est faite à toute
publication périodique d’insérer la réponse que toute personne nommée ou
désignée dans un article jugé nécessaire de porter à la connaissance des
lecteurs.» (Balle, 2001, pp.308 et s.) Cependant rien n’empêche la rédaction
dudit périodique d’insérer à son tour un autre commentaire, de manière à ne pas
31
Dans sa première rédaction, la loi de 1881 ne punissait la « publication ou reproduction de nouvelles fausse, de
pièces fabriquées, falsifiées ou mensongère attribuées à des tiers » que si elle avait « troublé la paix publique » et
si elle avait été faite de « mauvaise foi », (Balle, 2001, pp.307 et s.)
32
Encyclopédie universelle, article sur le « Droit de la presse », pp 954 et s.
33
AUBY J.-M. et DUCOS-ADER (1976, pp319 et s.)
sembler entériner un droit de réponse qui est avant tout un aveu de manque de
professionnalisme.

Les particuliers, on le voit, sont bien protégés par le droit de la presse, afin de ne
pas conférer à la presse un pouvoir démesuré et de ne pas porter un coup de
canif aux libertés individuelles. Ce cadre rend difficile l’exercice du « journalisme
d’intérêt humain.» Ces règles, datant d’avant la naissance de la presse people,
étaient là pour parer aux dérives d’une presse «de caniveau» plus spécialisé dans
le sordide que l’information pure. Comme nous l’avons vu, la presse people lui a
emprunté certaines de ses recettes auxquelles elle mêle d’autres ingrédients,
pour faire au final une cuisine différente. Dès lors, elle s’est mise à l’écart, car
relevant d’un genre particulier. Cette mise au ban s’accompagne par ailleurs
d’une division dans les esprits, entre un journalisme noble et un journalisme de
la fange34, même si au demeurant, ils sont soumis aux mêmes règles.35

Etant dans la marge, la presse people ne peut s’exercer sans enfreindre à un


niveau ou à un autre le code de la presse et les règles déontologiques et
éthiques qui régissent le métier de journaliste. Le droit d’informer ne confère pas
le droit d’user des moyens illégaux pour trouver l’information36.

La situation est donc claire. Et les stars l’ont bien compris. A ce sujet, il faut voir
la masse de procès37 qui jalonnent la vie de la plupart des magazines peoples
(hors «consensuels») pour se convaincre des conflits qui peuvent exister liberté
de presse et vie privée.

Dans un monde qui devient chaque jour plus mercantile, l’image devient un actif
comme un autre qui s’échange, et dont le prix dépend de sa rareté. Tout ce qui
est rare est cher, nous apprend l’économie. Les stars l’ont compris qui vont se
mettre à cultiver la rareté de leur image pour l’échanger sans tambours ni
trompettes, mais avec espèces sonnantes et trébuchantes, au plus offrant des
magazines. Le carnaval des hypocrites vient de naître.

34
Propos à nuancer, ici, nous raisonnons dans l’absolu.
35
Cf. Annexe 2
36
Il y’a là un débat éthique intéressant mais qui n’est pas le propos de cet exposé. Cf. partie sur les Paparazzis
37
Environ 400 procès par an
2.2. Le carnaval des hypocrites
2.2.1. Une aventure ambiguë…

« Être dans VOICI est grave, ne pas y être est pire » disait l’écrivain français
Frédéric Beigbeder38. Cette assertion est un résumé synthétique des relations
problématiques qui existent entre les célébrités avec les journaux people.
Aussi décriée soit-elle, cette presse leur sert de vitrine, et en un certain sens les
rend plus humains en détaillant leurs frasques et leurs tribulations à un public qui
sans cela n’aurait aucun moyen de les connaître et de les comprendre.
Cependant, elles ont longtemps subi les désagréments de ce qui à partir d’un
certain seuil, ressemble à de la chasse à l’homme. Lassées de se faire traquer, et
subodorant la manne financière que ces magazines engrangent à leurs dépens,
les célébrités ont commencé à intenter des procès pour atteinte à la vie privée39.
Cela peut aisément se comprendre, car au vu des millions d’exemplaires qui sont
écoulés chaque semaine, dont elles alimentent les contenus, il est normal
qu’elles demandent un «retour sur investissement.» Cependant, ce « juste
salaire » se fait selon des modalités pas toujours claires. On remarque ainsi qu’il
y’a trois sortes d’arrangements ou méthodes qui existent entre les stars et les
magazines.
Première méthode : arrangement entre stars et magazines
Souvent à l’initiative de la vedette, qui propose de monnayer la couverture d’un
évènement qui la concerne, ici, il existe un contrat clair qui lie la star au
magazine. Le magazine propose ainsi une certaine somme qui peut aller jusqu’à
des milliers d’euros, en fonction de la célébrité du people en question et de
l’intérêt de l’évènement, qu’il soit un mariage, un baptême, un divorce (primeur
de l’interview) ou encore plus prosaïquement, l’indication d’un endroit où il sera.
Cette méthode est le plus souvent utilisée par les magazines «softs» soucieux de
qualité et de consensualisme.
Seconde méthode : les photos volées
Plus couramment, du moins dans les magazines «hards», nous avons les photos
volées. Grâce aux paparazzis, les articles sont émaillés de photos qui
surprennent la star dans son intimité. Aux prises avec l’atteinte à la vie privée,

38
Anciennement chroniqueur littéraire dans VOICI, il l’a quitté parce qu’une fois il y a été « paparazzé.»
39
Cela ne signifie pas que toutes les plaintes soient motivées par l’appât du gain, loin de là, car certains d’entre
eux n’aspire qu’au « luxe, calme et voluptés » si chers au dessinateur Sempé.
c’est une méthode illégale, mais elle fait la spécificité de la presse people hard,
car elle inclut le public dans la spirale du secret dont on parlait plus haut.
Elle crée chez les photographes un phénomène de chasse au scoop. En effet, les
photos volées sont très bien rémunérées (300 euros en moyenne, pour atteindre
très vite des milliers d’euros).
Troisième méthode : les fausses photos volées
Il arrive que les stars, à défaut d’avoir une actualité intéressante, en viennent à
se concocter un vrai-faux scoop et à le vendre à des rédactions obnubilées par
un sensationnalisme que ne cesse d’exacerber la concurrence de plus en plus
rude. Cette connivence fait du lecteur le dindon de la farce, qui croit lire des
histoires vraies alors tout n’est qu’invention.

Cependant, la cupidité sans bornes, dont font preuve certaines célébrités, n’en
finit pas de saigner les magazines, pris à leur propre piège.

2.2.2. …à l’issue incertaine

Ces méthodes susmentionnées n’en recèlent pas moins des conséquences,


parfois fâcheuses pour l’une et l’autre partie.

Conséquence des arrangements


Dans le cas des arrangements, tout est normal parce que régi par un contrat en
bonne et due forme, grâce notamment à la présence de l’agent du people et de
l’avocat du magazine. Le contrat peut s’élever à des dizaines de milliers d’euros.
L’exclusivité possède un prix ! mais il permet à ce journal de vendre les photos
ainsi obtenues à des publications étrangères, et à la célébrité d’en contrôler le
circuit. Le droit à la vie privée n’est pas bafoué, ni le droit à l’image. C’est une
méthode qui peut toutefois sembler contraire au droit à l’information dans la
mesure ou aucun titre de la presse n’aura le droit de montrer une image de
l’évènement. Cela met sérieusement à mal le droit à l’information du journaliste.

Conséquence des photos volées


Dans ce second cas, la question ne se pose pas, l’atteinte à la vie privée est un
crime de droit commun puni par le tribunal. Toute photo d’une personne publiée
sans son consentement expose à une condamnation. D’autant plus que les
magazines ont des méthodes dignes d’un James BOND. En effet, des écoutes
téléphoniques sauvages sont effectuées à l’encontre des célébrités, de même que
des pièges leurs sont tendus pour les mettre dans des situations où le paparazzi
pourra trouver son scoop. Par ailleurs, les réseaux d’informateurs auxquels les
rédactions font appel constituent des moyens parmi d’autres d’avoir
l’information. Définitivement illégales, ces méthodes sont punies.

Conséquence des fausses photos volées


Symptomatique de l’hypocrisie et de la cupidité de certaines célébrités, les
fausses photos volées concourent à leur fabriquer une vie factice. Il arrive que
ces mêmes célébrités attaquent en justice le magazine auquel les photos ont été
vendues pour atteinte à la vie privée. Ces transactions n’étant pas censées se
dérouler réellement, les magazines sont effectivement condamnés par le
tribunal. Ils sont ainsi pris au piège par leur mode de fonctionnement brumeux :
impossibilité de dire l’affaire aux lecteurs pour se venger de la célébrité, et
désaveu du législateur. Il faut encore noter que le droit à l’information du public
est purement et simplement bafoué.

2.3. Le poids de la déontologie

Selon le Dictionnaire Universel (2005) :


La déontologie est une «morale professionnelle, [une] théorie des devoirs
et des droits dans l’exercice d’une profession» ;

La déontologie sert donc de caution morale, de code permettant de parer toute


profession des dérives qui entacheraient sa réputation.

La déontologie du journalisme est basée entre autres sur le refus de toute


compromission, l’objectivité etc. en bref de tout ce qui permet au journaliste
d’exercer sa profession normalement, sans pression extérieure. Elle suppose
cependant une attitude de respect du public, respect qui est par ailleurs
étroitement encadré par la loi (cf. annexe 2). En France, c’est la Charte
professionnelle des journalistes, publiée par le SNJ (Syndicat National des
Journalistes) qui fait office de code déontologique (Cf. Annexe 3)

La pluralité des «journalismes» qui existent, ainsi que la diversité de publics


auxquels ils s’adressent, font qu’il est difficile d’avoir un code déontologique
commun dans lequel toute la profession puisse de retrouver. C’est la raison pour
laquelle la presse people et d’autres types comme celle du genre de Nouveau
Détective, ne se reconnaîtront pas dans la déontologie du journalisme, sous
peine de disparaître totalement, ou en tout cas sous leur forme actuelle, la
Déclaration des droits du journaliste, en ses articles 1, 4 et 5 (Cf. Annexe 3) ne
leur donnant pas droit de cité.
Conclusion

Il est tentant, à l’issue d’un travail comme le nôtre de vouloir faire un jugement
de valeur. Tout au long de notre exposé, nous avons évité, avec le plus grand
soin, de nous porter en consciences savantes et de faire le procès d’une presse
que nous lisons régulièrement.

Nombreuses, les interférences entre la liberté de presse et le respect de la vie


privée le sont. Inévitables aussi. En effet, on ne peut faire commerce de la vie
privée d’une personne sans porter atteinte à la liberté de l’individu, sa liberté
d’aller et de venir, de faire ou de ne pas faire, d’être ceci ou cela, tout ce qui
constitue son intégrité.

Les lois du marché ont changé considérablement la donne, les besoins d’un
public de plus en plus étendu posent des problèmes qui dépassent de loin le
cadre limité du journalisme. Comme nous l’avions dit au début de notre exposé,
la presse people est un phénomène social complexe. L’opacité règne en maître
dans ce milieu interlope où il n’existe pas de victimes, mais plutôt des acteurs
masqués qui trouvent chacun leur intérêt dans ce jeu de l’argent et de la gloire.
C’est à juste raison qu’Albert du Roy parle de carnaval des hypocrites.

Les magazines people traînent une réputation peu glorieuse qui fait d’eux les
hérauts de l’information inutile. Ils sont le reflet d’une époque en manque d’idéal,
plus soucieuse de paraître que d’être vraiment. Reflet donc d’un monde
mercantile où toute chose possède son prix. Dès lors le droit à la vie privée, le
droit à l’image, semblent être des virtualités auxquelles la tyrannie du people
ravit de plus en plus de territoires. Comment expliquer sinon que des
personnalités publiques vendent leur intimité au plus offrant ? Et là, on se
demande même si ce qu’elles vendent aux journaux est moins une image réelle
de ce qu’est leur vie qu’une image des désirs cristallisés du public. En effet, il ne
faut pas oublier que les peoples constituent un nouveau panthéon, et aussi aimés
que haïs, leur image se perd au sein des inconscients collectifs. Image troublante
et troublée par la mouvance de son reflet et miroir.
A partir de là, les enjeux de la presse people s’étendent, nous ramenant à
diverses théories de l’information et de la communication, et aux critiques de la
société de masse. Le people, nouvel opium du peuple qui l’empêcherait de
penser aux choses vraiment importantes ? Sûrement pas, on se rappelle que la
seringue hypodermique est maintenant sinon cassée, du moins tellement
émoussée que son efficacité demeure minime. Le mémoire de Bardelot, sur les
lecteurs des magazines people nous rappelle d’ailleurs ce qu’on aurait tendance à
oublier, que le public n’est jamais dupe. A ce propos le discours critique des
médias envers eux-mêmes sert, à la bonne heure, de garde-fou. Car à notre
avis, la question de la moralité ou de la déontologie dont l’acuité est érodée par
les enjeux financiers du secteur, n’est plus le remède idéal – si toutefois l’on
considère qu’il y’a maladie.
Post-propos

Ici prend fin ce travail qui nous a permis de porter un regard critique sur une presse
que nous lisons souvent, non parce que la vie des peoples occidentaux – en tout cas
pas tous – nous passionne, mais paradoxalement pour des raisons littéraires. En effet,
férus de littérature, nous avons trouvé dans ces écrits, principalement dans VOICI, des
récits à la prose jubilatoire, drôles, captivants, avec un vrai sens de la dramaturgie.
D’où une forte impression d’être en face de fictions lors de nos lectures. Ceci fait que
les tribulations de ces peoples, à cause de la distance culturelle qui nous en sépare,
nous apparaissent plus comme un jeu (au sens de jeu d’acteurs), c'est-à-dire relevant
plus de la Scène que du journalisme. La presse people est par conséquent le lieu d’une
catharsis d’une certaine partie du public et comme telle, elle est donc un miroir qui ne
lui renvoie que l’image de ses propres pulsions et illusions. Le phénomène est entrain
de gagner le Sénégal, sans atteindre cependant les sommets « trash » de leur cousine
occidentale. En fait, elle est très consensuelle, et brille plus par l’inanité de ses contenus
à l’iconographie prolifique (mais si mal maîtrisée) que par le désir de captiver par le
récit. Cela nous gardera, mais pour combien de temps encore ? des dérives qui
entachent le métier si noble et essentiel de journaliste, métier dont l’exercice dans
notre pays n’est pas de tout repos.

Nous laissons à la tribu des macchabées conclure notre propos :

Si la composition en est bonne et réussie, c’est aussi ce que (nous)


avons voulu. A-t-elle peu de valeur et ne dépasse-t-elle pas la
médiocrité ? C’est tout ce que (nous) avons pu faire… Comme il
est nuisible de boire seulement du (bissap) ou seulement de l’eau,
tandis que le (bissap) mêlé à l’eau est agréable et produit une
délicieuse jouissance, de même c’est l’art de disposer le récit qui
charme l’entendement de ceux qui liront (cet exposé). C’est donc
ici que (nous) y mettrons fin.
La tribu des Maccabées (125 avant J.-C.)(2 M 15, 38-39)
Bibliographie :

Dictionnaire Universel francophone, 4ème édition, Hachette-Edicef, Vanves 2002

AUBY J.-M. & DUCOS-ADER, Droit de l’information, Dalloz, Paris, 1976

BALLE Francis, Médias et Sociétés, Montchrestien, Paris, 2001

BOUGNOUX Daniel, Introduction aux sciences de la communication, La Découverte, Paris,


2002

RAMONET Ignacio, La tyrannie de la communication, Folio Actuel, Paris 2002

Encyclopédie universelle

Webographie :

http://www.enssib.fr/bibliotheque/documents/dea/bardelot.pdf
http://tecfa.unige.ch/perso/lombardf/calvin/TM/04/bernasconi-pasteur/
http://www.bbc.co.uk/languages/french/news/media/tabloids_france.shtml
http://www.lefigaro.fr/people/20060216.WWW000000353__fouiner_dans_la_vie_privee_
des_autres_est_un_mecanisme_de_survie_capital_.html
http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/riches/dossier.asp?ida=433064
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http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3224,50-802882,0.html
http://www.strategies.fr/archives/1385/page_25305/dossier_la_presse_people_rajeunit_
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http://www.challenges.fr/opinions/chall_308496.html?idfx=RSS_chal
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http://www.trends.be/articles/index.jsp?articleID=37051&sectionID=1337&siteID=12
http://www.marianne-en-ligne.fr/e-docs/00/00/4F/29/document_article_marianne.phtml
http://www.webinfocom.msh-paris.fr
http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/voyeurisme/dossier.asp?ida=435272
http://www.prisma-presse.com/
http://www.humanite.presse.fr/journal/1997-09-02/1997-09-02-786376
http://www.netguide.fr/Presse_Magazine_People_Francaise/
Annexes
Annexe 1
Source : publication du SCEREN-CNDP sur « Le droit de et à l’image »

Atteinte à la vie privée


L’intention de nuire n’est pas obligatoirement nécessaire à la pénalisation d’une
atteinte à l’image d’une personne.
L’article 1382 du Code civil prévoit : « Tout fait quelconque de l’homme qui
cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le
réparer » Cet article peut être invoqué par toute victime d’un préjudice quelles
que soient les circonstances, toutefois, pour obtenir réparation, la victime doit
apporter la preuve de trois éléments :
- la faute ;
- le dommage ;
- le lien de causalité
La faute lourde est la faute commise avec intention de nuire.
L’usage de l’image d’une personne avec intention de nuire est donc passible de
plusieurs sanctions pénales :
- article 226-1 : un an d’emprisonnement et 45 000,00 euros d’amende pour
atteinte à la vie privée en fixant, enregistrant ou transmettant sans le
consentement de celle-ci l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé ;
- article 226-2 : un an d’emprisonnement et 45 000,00 euros d’amende pour
conserver, porter ou laisser porter à la connaissance du public ou d’un tiers ou
utiliser de quelque manière que ce soit tout enregistrement ou document obtenu
dans les conditions prévues à l’article 226-1 du Code pénal ; si l’infraction est
commise par voie de presse et/ou audiovisuelle, la détermination du responsable
se fait en application de la loi de 1881 sur la presse ;
- article 226-8 : un an d’emprisonnement et 15 000,00 euros d’amende pour
publication, par quelque voie que ce soit, d’un montage réalisé avec les paroles
ou l’image d’une personne sans son consentement, s’il n’apparaît pas à
l’évidence qu’il s’agit d’un montage ou s’il n’en est pas expressément fait
mention ; si l’infraction est commise par voie de presse et/ou audiovisuelle, la
détermination du responsable se fait en application de la loi de 1881 sur la
presse.
Pour les personnes présumées innocentes dont une image serait diffusée alors
qu’elles sont menottées, la peine encourue est de 15 000,00 € d’amende (art. 35
ter I de la loi du 29 juillet 1881 dite loi sur la liberté de la presse). Pour les
victimes d’attentat dont il aurait été porté atteinte à la dignité, la peine encourue
est de 15 000,00 € d’amende (art. 35 quater de la loi du 29 juillet 1881 dite loi
sur la liberté de la presse).
De plus, la loi informatique et liberté 78-17 du 6 janvier 1978 réprime fortement
l’usage illégal de données nominatives tant sur fichier informatique que sur
fichier mécanographique, ainsi que leurs divulgations lorsqu’elle porte atteinte
aux personnes (peines de 5 ans de prison et de 300 000,00 € d’amende ; article
226-17 et suivants du code pénal).
Annexe 2
Source : AUBY J.-M. et DUCOS-ADER, Droit de l’information, Dalloz, Paris, 1976, p.8

Article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de


l’homme et des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe
et mise en vigueur le 3 septembre 1953 :
« 1° Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté
d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des
idées sans qu’il puisse y avoir des ingérences d’autorité publique et sans
considération de frontières. Le présent article n’empêche pas les Etats de
soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma, ou de télévision à un
régime d’autorisation.
« 2° L’exercice de ces libertés comportant des devoirs ou des responsabilités
peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions
prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires dans une société
démocratique, à la sûreté nationale, à l’intégrité territoriale, ou à la sûreté
publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la
santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui,
pour empêcher la divulgations d’informations confidentielles ou pour garantir
l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire.
Annexe 3
Source : http://www.snj.fr/article.php3?id_article=10

Présentation
La Charte des devoirs professionnels des journalistes français a été
adoptée dès 1918 par le SNJ peu après sa fondation, puis révisée et
complétée en janvier 1938. S’en réclament également les autres syndicats
comme d’ailleurs, implicitement, l’ensemble des journalistes français.

Une formulation plus récente et plus complète de la charte du journaliste a


été adoptée en 1971, à Munich, par les représentants des fédérations de
journalistes de la Communauté européenne, de Suisse et d’Autriche, ainsi
que de diverses organisations internationales de journalistes. Elle s’intitule
Déclaration des devoirs et des droits des journalistes et dépasse
quelque peu le cadre de la déontologie au sens strict.

L’Union nationale des syndicats de journalistes français a demandé aux


organisations d’employeurs que ce texte figure en préambule de la nouvelle
convention collective des journalistes, afin d’imposer à tous "les principes
éthiques de la profession et les clauses nécessaires à son extension".

La charte professionnelle des journalistes français

Un journaliste digne de ce nom,

prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes ;


tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents,
la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes
professionnelles ;
ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière
d’honneur professionnel ;
n’accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle ;
s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens
déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de
quiconque ;
ne touche pas d’argent dans un service public ou une entreprise privée où
sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles
d’être exploitées ;
ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale ou
financière ;
ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte
quelconque ;
ne sollicite pas la place d’un confrère, ni ne provoque son renvoi en offrant
de travailler à des conditions inférieures ;
garde le secret professionnel ;
n’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;
revendique la liberté de publier honnêtement ses informations ;
tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières ;
ne confond pas son rôle avec celui du policier.

Paris, Juillet 1918 - révisée en janvier 1938

Déclaration des devoirs et des droits des journalistes


Préambule
Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des
libertés fondamentales de tout être humain.

Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble


des devoirs et des droits des journalistes.

La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre


responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs
publics.

La mission d’information comporte nécessairement des limites que les


journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la
déclaration des devoirs formulés ici.

Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de


la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance
et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration
des droits qui suit.

.
Déclaration des devoirs
Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le
commentaire des événements, sont :

1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-
même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;

2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;

3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les


accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas
supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les
documents ;

4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des


photographies et des documents ;

5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;

6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;

7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des


informations obtenues confidentiellement ;

8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans


fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la
publication ou de la suppression d’une information ;

9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou


du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des
annonceurs ;

10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des


responsables de la rédaction.

Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les


principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque
pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la
juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou
autre.
Déclaration des droits
1) Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources
d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui
conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne
peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de
motifs clairement exprimés.

2) Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire


à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit
dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne
serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.

3) Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou


à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou sa conscience.

4) L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute


décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise.

Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure
intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement,
mutation et promotion de journaliste.

5) En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a


droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un
contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une
rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour
garantir son indépendance économique.

Munich, 1971