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« HABEMUS PAPAM! »

C était le soir du 13 Mars 2013 à peu près 18 heures T.U [1] . Depuis deux jours, la

communauté de mon école était ardemment intéressée par le conclave pour l’élection du successeur de Benoît XVI. Le conclave avait débuté la veille et depuis, on ne cessait de se rendre dans la Salle de Cinéma pour y apprendre les nouvelles. En tous cas, c’était la même histoire. On y allait, on y demeurait, puis on y sortait sans aucun changement. Pourtant, ce jour, ce n’était pas de même. Soudain, un mugissement ahurissant surgit de la salle. Je cours pour voir ce qui se passe. Sous la lueur irradiante de la lune, au-dessous du firmament bondé des étoiles scintillant dans la voûte céleste, brillant au reflet de ce jour hors de l’ordinaire, des faisceaux de projecteurs sillonnent systématiquement la foule pour donner un supplément de clarté à l’endroit. Au fait, une multitude cosmopolite et on ne peut plus œcuménique est massée à Vatican, place St Pierre en attente curieuse et cupide de l’événement qui, de par son résultat, va changer le cours de l’histoire mondiale et, surtout, ecclésiale. La chapelle Sixtine peut être vue au-devant de cette masse d’à peu près cinq cent, six cent mille,…, ou un million de gens—on n’est pas très sûr—pour ne donner que l’approximation. C’est cependant dans ce sanctuaire que, la veille, était entré un collège de 115 cardinaux qui s’y étaient enfermés en vue de procéder à cette étrange séance qu’est l’élection du successeur de St Pierre.

Par ailleurs, de rumeurs innombrables et infondées quant à la personnalité susceptible d’être désignée à la charge pontificale et plus potentiellement digne du titre de « Souverain pontife » inondent le monde par des supputations dont le principal auteur est la presse qui, sujet principal des spéculations à propos de cette élection pourtant secrète, véhicule ses propos futiles via ses principaux vecteurs dont l’Internet, la radio, la télé, les journaux et l’oral.

A en croire les hypothèses les plus réputées et, par conséquent, les plus plausibles, le chouchou de cette élection papale devrait être un homme plus ou moins jeune, capable de comprendre le monde contemporain et d’y initier pertinemment l’Eglise. Surtout, il devrait être apte à faire face aux défis actuels de ladite Eglise. Les présomptions les plus concevables se vouaient en faveur des cardinaux de Milan, Vienne, Amsterdam, Sao Paolo, Buenos Aires, Santiago et Manille. Cependant, certains allaient jusqu’à présager un pape noir !

Quoi qu’il en soit, toutes les présuppositions sont purement et simplement récusables puisqu’elles ne relèvent d’aucune autorité ecclésiale. Bien plus, les cardinaux-électeurs sont priés de ne rien divulguer du conclave ni avant ni après celui-ci. Ils prêtent même serment de secret jusqu’à la mort avant l’entrée dans la chapelle.

Le mot « conclave» provient du latin « cum clavis» [2] (avec clé). Par son étymologie même, ce mot permet de se faire l’idée du statut de ce conseil extraordinaire. Effectivement, le conclave est tenu à ‘huis clos’.

Les auteurs du vote sont exclusivement des cardinaux de la Sainte Eglise Catholique Romaine satisfaisant aux exigences du conclave à l’instar d’un âge de moins de quatre-vingt ans et d’une validité psychique.

A l’occasion d’importants évènements tels des conclaves, la vaste place St Pierre est bourrée de monde. Tous les yeux hagards des pèlerins convergés de tous les coins du globe pour assister à cet émouvant scénario sont penchés depuis deux jours, sans relâche, vers la cheminée de la chapelle Sixtine. En fait, la communication du résultat du scrutin est faite sous l’égide du vénérable système d’observation de la couleur de la fumée émanant de la cheminée : noire au cas de résultat négatif, blanche au cas du positif. Cela est fait à chaque fin de compte de voix pour un tour de vote, sachant qu’on n’effectue que quatre par jour.

On est donc au deuxième jour et le présent tour est le dernier du jour. L'actuelle couleur de la fumée qui monte est le noir. Tout le monde se demande si le deuxième jour va s’achever sans que l’Eglise n’ait encore trouvé un pape. Impatience des uns, lassitude des autres. Soudain, une fumée de couleur différente sort subitement de la cheminée. Elle est blanche! Elle est vraiment blanche!

Excitation générale ! Soulagement de la foule, chahut, vacarme total. On hurle, chante, crie, se bascule, prie. Des drapeaux surgissent inopinément de la foule et s’épanouissent comme de voiles de bateaux. Par ces drapeaux, on peut identifier aisément la nationalité de la plupart des gens présents. « Les Mexicains et les Brésiliens sont les plus nombreux », nous renseigne la télé. Apparemment, le continent américain y est le plus amplement représenté.

La foule se multiplie et les yeux sont dorénavant tournés vers le balcon suspendu au-dessus de l’entrée de la Basilique St Pierre. C’est là sur la ‘loggia’ que paraitra le cardinal chargé d’annoncer la nouvelle au peuple enthousiaste et, ensuite, le nouvel Evêque de Rome. Après une attente un peu longue au cours de laquelle se sont enchaînés quelques rites méconnus, le cardinal surgit enfin à la place en compagnie de quelques collègues. L’homme mince et élégant prend le microphone et proclame la nouvelle par une formule latine consacrée : « Annuncio vobis gaudium magnum : habemus papam ! » (Je vous annonce avec une grande joie : nous avons un pape !). A cette annonce, la foule retentit d’allégresse. Puis, Son Eminence annonça le nom du nouveau pape. Qui était-il ? C’était Son Eminence Jorge Mario Bergoglio, le cardinal de Buenos Aires ! Les cardinaux avaient donc opté pour le premier pape non européen dans l’histoire. Il a pris le nom de François I.

Un pape non européen, incompréhensible ! Un pape d’Amérique, affolant ! En outre, dans la foule, c’est un tollé inouï. La foule hurla à tel point que même un téléspectateur à distance fut contraint de réduire le volume aussi longtemps qu’il n’eut voulu s’écraser le tympan. Des drapeaux argentins, brésiliens, mexicains et américains flottaient dans l’assemblée. Visiblement, tous les Américains étaient ravis de cette annonce. Un pape du continent américain, c’est tout ce qu’ils souhaitaient. Dans l’entretemps, le nouveau pasteur surgit à la loggia. Il était apparemment las et bouleversé sinon, c’est du moins ce qu’on pouvait observer. Néanmoins, il apparut sur la place et prononça un discours laconique puis on pria. Enfin, Sa Sainteté se retira pour aller se reposer.

Au fait, qui est cet homme qui vient d’être élu au pontificat dans un temps si bref ? A coup sûr, c’est un homme humble, instruit et affermi dans la foi. Ayant fait la chimie mécanique avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus, il est sans doute avisé des théories des sciences modernes. Ayant été longtemps archevêque de Buenos Aires, ville fortement chrétien, il s’impose comme très bon pasteur. Emanant de la communauté jésuite, c’est un homme probe et déférent. Bref, c’est le véritable pontife dont l’Eglise aurait besoin. Au dire des gens, il aurait obtenu quelques votes lors du conclave qui aboutirait à l’élection de Benoît XVI, celui-là qui finira par devenir « pape émérite ». Selon un mythe, il aurait même été élu lors dudit conclave et aurait refusé la charge. Selon une autre histoireplus probable, à Buenos Aires, il ne voyageait jamais dans une automobile privée. Par contre, il se servait du transport public.

En tout cas, les adeptes de toutes ces théories s’accordent au fait qu’il est un homme vertueux et délicat, et un vrai « papabile» [3] . Personne ne doute de son efficacité et de sa compétence pour la résolution effective de différents défis actuels de notre Eglise dont notamment les polémiques sur la prêtrise des femmes, le mariage des prêtres, la reconnaissance de l’usage des condoms et les scandales des prêtres accusés de pédophilie.

De surcroît, le fait que l’Argentine est une nation immensément chrétienne laisse à présager que le nouveau souverain pontife jouira du support cordial de ses compatriotes et de ses frères et sœurs continentaux pour un plus ample accomplissement de ses desseins. Que Dieu lui prête vie et grâce!

Mais qu’est-ce qui va changer dans son pontificat? Attendons pour voir, l’avenir nous réserve des surprises.

Par Bertin Iradukunda

Etudiant au Petit Séminaire Saint Jean de Nkumba Burera, Rwanda

Le 28 Mars 2013

[1] T.U: Temps Universel [2] Exactement, lorsque le dernier cardinal entre dans la chapelle on ferme la porte à clé jusqu’à la fin du conclave [3] Papabile (Italien):Papable