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L’UDF d’aujourd’hui

5e CARREFOUR DES CENTRES

Paris - Press Club de France, mercredi 14 octobre 2009

Ascension sociale :
quel espoir pour les jeunes générations ?

Discours de clôture d’Hervé Morin,


Président du Nouveau Centre

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,
Mes Chers amis,

Je voudrais d’abord remercier tous les intervenants d’avoir exposé les tenants et les
aboutissants du déclassement, et de nous avoir livré leur analyse du sujet. Je ne vais pas vous
refaire un long exposé sur le déclassement et ses différentes définitions. Nos invités l’ont déjà
fait brillamment, je voudrais simplement vous dire deux ou trois choses.

J’ai entamé depuis bientôt un mois un tour de France à l’écoute de nos concitoyens sur quatre
thématiques, qui touchent à leur manière ce problème du déclassement. J’ai choisi :
l’économie de l’innovation, l’aménagement du territoire (car c’est aussi un sentiment de
déclassement pour ceux qui sont dans les espaces ruraux), le logement (car il y a à la fois une
pénurie de logements, sujet qui appelle des réponses techniques mais qui est éminemment
politique), et l’égalité des chances. Sur ce dernier sujet j’avais expliqué bien avant la crise des
banlieues de 2005, à travers le sujet de la discrimination positive, que quand on empêche les
Français d’avoir un horizon, on va vers le drame social.

J’ai souhaité que l’on traite ce soir du thème du déclassement, parce qu’à travers l’analyse de
cette question, nous trouverons des pistes de réflexion pour bâtir le projet de société qui porte
l’humanisme moderne si cher au cœur de notre famille de pensée.

Nous sommes dans une société qui vit une vraie crise de confiance et qui vit à recul la
mondialisation alors que celle ci peut être une vraie chance.
Nous vivons dans une société du bonheur privé et du malheur public. Lorsqu’on les interroge,
les Français répondent massivement qu’ils sont heureux dans leur vie personnelle mais ils
pensent que cela va mal collectivement. La vérité du déclassement, c’est que malgré leur
optimisme individuel, les Français pensent collectivement qu’ils vivent moins bien qu’hier et
mieux que demain. Or on ne peut pas traiter la question de manière globale. J’avais constaté
ce phénomène avec la baisse du pouvoir d’achat.
Les Français ne sont pas concernés de la même manière par le déclassement: il y a les
statutaires, hors globalisation qui sont dans la globalisation heureuse, il y a ceux qui sont
déclassés, et il y a les classes moyennes qui vivent dans l’angoisse du déclassement.

Quand vous ne vous portez pas sur une analyse globale mais sur une analyse sectorielle, vous
observez une augmentation en moyenne du phénomène. Pourquoi le sentiment de
déclassement est-il aussi fort alors que l’Etat consacre 35% de son PIB aux transferts sociaux
et que le nombre de jeunes qui accèdent au baccalauréat ne cesse d’augmenter ?

A travers l’analyse du déclassement, nous devons porter un nouveau modèle de société.

Je voudrais que le Nouveau Centre, héritier de l’UDF porte l’idée d’une société de la
reconnaissance. Aujourd’hui, la société reconnaît les traders, ceux qui reçoivent des bonus,
les rois du CAC40. Or il existe des fonctions sociales bien plus importantes pour la
construction d’une société. Je pense à la santé, à l’enseignement, je pense aux chercheurs et
aux universitaires, je pense à ceux qui sont chargés de faire et d’appliquer la loi.

Ces personnes, qui exercent des fonctions majeures de la société, sans lesquelles l’avenir
n’existe pas, ont un sentiment profond de déclassement : elles ne sont pas reconnues au
niveau de ce qu’elles représentent pour la société française.

J’ai vu des infirmières et aides-soignants en plein mois d’août s’occuper de personnes âgées
de façon admirable. Quand je voyais ces femmes avoir une telle humanité à l’égard de
personnes en fin de vie, et quand je vois le niveau de leur rémunération et de la
reconnaissance qu’on leur accorde, je me dis que quelque chose ne fonctionne pas et à tout le
moins, mérite d’être exprimé.

Je voudrais aussi que nous portions l’idée d’une société apaisée. Nous avons souvent
construit un discours politique où l’on oppose les Français les uns aux autres : les magistrats
aux policiers, les fonctionnaires aux salariés du privé, le peuple aux catégories intermédiaires,
le peuple aux élites. Je suis convaincu qu’une société qui porte ces messages est une société
qui court un grave danger. Une société qui confronte les catégories socio-professionnelles, qui
les pousse à se comparer, donne ainsi une expression plus forte au sentiment de déclassement.

Je voudrais que nous portions l’idée de l’égalité. Je suis allé à Orléans, dans le quartier de
la Source. J’y ai rencontré des acteurs de terrain et des acteurs sociaux extraordinaires. Cela
coûte 7 millions d’euros par an à la ville pour donner des perspectives à un quartier en pleine
dérive. Les difficultés d’un quartier, ce sont les difficultés individuelles ajoutées les unes aux
autres.

Orléans la Source : baisse de 80% de la délinquance en 7 ans sans mettre des képis partout,
mais en mettant des intermédiaires pour aider les jeunes à trouver un parcours professionnel,
en développant l’accompagnement individuel, en assurant le suivi scolaire.

Je veux porter l’idée de l’égalité non pas comme le fait traditionnellement la gauche Française
d’une égalité statutaire ou monétaire. Je veux que nous parlions de l’égalité face au logement,
de l’égalité face à la santé, à la culture, au travail et à l’éducation. Il ne nous appartient pas
d’aborder l’égalité matérielle mais bien ces vraies questions. Et cela pose aussi la question du
déclassement.

Je prends l’égalité devant l’éducation, avec l’exemple de la réforme de la JAPD (Journée


d’Appel et de Préparation à la Défense). La JAPD à travers le questionnaire qu’elle réalise,
montre que 13% des jeunes d’une tranche d’âge qui y répondent, éprouvent des difficultés
majeures sur la lecture et l’écriture. C’est bien plus problématique que la question de l’égalité
matérielle.

Je veux donner une expression politique à cette problématique, pour faire progresser la
construction du message politique pour notre formation.

J’ajoute que nous devons trouver des solutions nouvelles. Il y a des grands régimes de
solidarité qui nous amènent à des niveaux de transferts sociaux considérables. Malgré cela,
notre société est en situation de malaise et de perte de confiance.

Je suis convaincu qu’au-delà des grands régimes de solidarité, il nous faut inventer de
nouveaux mécanismes responsabilisants de solidarités intermédiaires. Je veux que nous
portions l’idée des fondations – pourquoi n’ont-elles pas de rôle en France -, que nous soyons
ceux qui soutiennent et encouragent les associations, le mutualisme que l’on a sacrifié sur
l’autel du CAC40, le secteur coopératif. Les syndicats sont également un facteur de création
de solidarités nouvelles. Si vous mettez les branches professionnelles, les syndicats, le secteur
coopération, les fondations, etc., vous créez du lien social et des communautés humaines. Et
tout ceci suppose de régler la question du déclassement.

J’ai vraiment la conviction que le déclassement est un sujet dont nous devons nous emparer
car nous ne pouvons pas nous contenter de vivre sur des automatismes, sur des mécanismes
existants qui ne sont pas entièrement satisfaisants. Nous devrons être innovants. Nous
sommes le parti qui incarne un humanisme moderne, cela passe par des approches nouvelles
de tous ces sujets.

Je vous remercie.

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