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Une mise au point sur l’évolution des formes de

sociétés (en lien avec le chapitre 5)

Il faut rappeler rapidement les structures qui existent déjà en France :


• La société en nom collectif (SNC)
C’est une entreprise dans laquelle les associés qui sont tous commerçants, sont
tenus solidairement et indéfiniment des dettes sociales. Sauf dispositions
contraires des statuts, tous les associés sont gérants et peuvent agir au nom de
la société, soit conjointement, soit séparément. Les limitations au pouvoir de
chacun d’eux ne sont pas opposables aux tiers La société ne peut émettre de
titres négociables et les parts ne sont transférables qu’en la forme des cessions
de créances. La gestion financière de l’entreprise peut être contrôlée par des
commissaires aux comptes. Cette désignation est obligatoire lorsque ces sociétés
atteignent une certaine importance évaluée selon des critères et des valeurs
fixés par décret.
Ses principaux défauts :
– responsabilité solidaire et indéfinie de tous les associés
– formalisme de fonctionnement (décisions collectives)
– difficulté pour quitter la société (cessions de parts à l’unanimité)
La société en nom collectif est une forme juridique française de société. Celle-ci
est une personne morale (= expression désignant une construction juridique à
laquelle la loi confère des droits semblables à ceux des personnes physiques,
c’est-à-dire des individus – nom, domicile, nationalité, droit d’acquérir,
d’administrer et de céder un patrimoine...) possédant le statut de commerçant.
La SNC est une société que l’on ne rencontre pas souvent, victime du succès de
la SARL et de la SA, pourtant elle suscite un intérêt pour qui sait s’en servir.
Généralement on retrouve cette forme de société pour les activités commerciales
exercées par les membres d’une même famille afin de se préserver de la
participation sociale d’un tiers. La SNC est particulièrement intéressante pour
rassurer les créanciers qui sont très protégés par cette forme sociale (les
associés en nom répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales).
Autre avantage, aujourd’hui relatif avec la réforme du statut de la SARL, il n’y a
pas de capital minimum pour constituer une SNC.

• La société en commandite
Elle est formée par deux groupes d’associés. Il faut distinguer, d’une part, les
« commandités » qui en ont la gestion et qui sont tenus à l’égard des tiers
comme les associés des sociétés en nom collectif, et d’autre part, les
« commanditaires » qui ne peuvent s’immiscer dans la gestion de la société et
qui ne sont tenus chacun qu’à concurrence de la valeur de leurs apports. Sauf
entre commanditaires, les parts d’un associé ne peuvent être cédées qu’en vertu
d’un accord des autres associés.
Défaut : elle nécessite une rencontre d’intérêts de la part des détenteurs des
capitaux (commanditaires) et des entrepreneurs (commandités), alors que les
premiers peuvent s’en tenir à la détention de cet argent sans s’intéresser
particulièrement aux modalités de sa fructification. Surtout, les commanditaires
sont tout à fait exclus de la gestion de la société.

De nouvelles structures apparaissent à la faveur du changement économique


(courant XIXe-XXe siècle) :

• Les sociétés anonymes


Société commerciale dont le capital est divisé en actions librement cessibles et
négociables. Les associés ne supportent les pertes qu’à concurrence de leurs
apports. (Dans le cadre législatif français actuel, capital minimum : 37000 €)
Jusqu’en 1856 en Grande-Bretagne, à l’exception des banques, la création de
sociétés par actions est soumise à l’approbation du pouvoir politique qui donne,
ou non, une autorisation d’incorporation. Il en est de même en France, où la
société des capitaux ne se forme qu’après enquête et approbation
gouvernementale, selon le code du commerce de 1807. Autrement dit, les statuts
d’une société anonyme sont soumis au conseil d’Etat qui, en France, contrôle
tous les 6 mois le bilan de l’entreprise, fait vérifier la réalité des souscriptions et
contrôle les amortissements.

On rappelle qu’un amortissement est le fait d’inscrire au bilan de


l’entreprise la perte de valeur constatée sur les actifs (le bilan comptable
d’une entreprise comprend un tableau des amortissements). En effet, les
actifs sont inscrits au bilan pour leurs valeurs comptables. Cette valeur
comptable ne retranscrit pas la réalité puisque les actifs perdent de leur
valeur au cours de leur durée de vie (usure du bien, obsolescence en lien
avec diverses innovations technologiques).
L’entreprise est donc indirectement dans la main de l’État.
Mais avec la loi du 17 juillet 1856 en Grande-Bretagne, les sociétés anonymes
sont autorisées sur simple condition de publicité (leur création doit être rendue
publique, par voie d’affichage officiel). Sous le Second Empire en France, la loi
équivalente est promulguée en mai 1863 et modifié en 1867. À l’avenir les
sociétés anonymes pourront se fonder librement si leur capital est inférieur à 20
millions de francs. Cette limite disparaît en 1867. Dès lors, le capitalisme dispose
du moyen de développement fondamental, la société anonyme. En 1966, une loi
adoptée en France permet aux sociétés anonymes de s’organiser selon le modèle
allemand, avec un directoire (organe chargé de la direction de l’entreprise) et un
conseil de surveillance (qui se charge notamment de l’analyse du bilan
comptable) à la place du conseil d’administration de 1867.
La société anonyme est en principe destinée au fonctionnement d’entreprises
importantes nécessitant des moyens financiers détenus par un grand nombre
d’investisseurs, qu’il s’agisse de personnes physiques, de sociétés commerciales
ou de groupes de sociétés. Elle est gérée, soit, par un conseil d’associés élus
réunis en conseil d’administration présidé par un Président, le plus souvent
assisté par un ou des directeurs généraux, soit encore, par un directoire qui
exerce ses fonctions sous le contrôle d’un Conseil de surveillance. Les comptes
sont vérifiés par des Commissaires aux comptes.

• La société anonyme à responsabilité limitée


En France, la loi de 1925 met « l’anonymat à la disposition des petits
commerçants ». La société anonyme à responsabilité limitée est une société
hybride qui se caractérise par trois éléments :
– d’abord aucune limite au volume du capital,
– ensuite aucune condition quant au nombre de personnes employées
– enfin le gérant à tous les pouvoirs.
Par certains de ses aspects, c’est une société de capitaux (SA), par d’autres c’est
une société de personnes.
Elle est formée entre deux ou plusieurs personnes, sans pourvoir dépasser le
nombre de cent. Les associés ne supportent les pertes qu’à concurrence de leur
apport. La société est gérée par un ou plusieurs « gérants ». Les « parts »
représentatives des apports de chacun sont librement cessibles entre associés,
mais une clause des statuts peut subordonner la vente de parts à un associé
nouveau à l’agrément des autres associés. Les consultations des associés
peuvent avoir lieu par écrit.
Entre la SA et la SARL, les différences se jouent sur des questions de régime
fiscale, de modalité de direction, etc. On ne rentre pas ici dans ces détails (pour
ceux que cela intéresserait toutefois :
http://www.juridix.net/dsoc/comparaison.html)

• L’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL)


Créée en 1985, elle permet aux individus d’avoir accès à un régime protecteur
dans la constitution d’une activité indépendante sans contrainte de trouver
plusieurs personnes pour s’associer. L’EURL a été conçue en rupture avec la
conception traditionnelle de notre droit des sociétés qui exigeait qu’elles
comprennent au moins deux associés.

Evolution chiffrée :

Sociétés Société Société en SARL SA Société à Total


constituée en nom commandit capital
s en collectif e variable
moyenne
annuelle
1924-1928 5582 644 7300 2611 223 16 360
1929-1933 1682 176 6737 2446 172 11 213
1934-1938 946 108 5710 1389 171 8 324
1940-1944 686 89 6637 818 230 8 460
1945-1949 1942 190 24 537 745 405 27 819
1950-1954 1162 116 10 617 1104 220 13 219

Type de société en 1969 Nombre de sociétés en % CA en %


SARL 30,2 14,4
SA 21,6 68,3
Société en nom collectif 2,7 1,4
Société en commandite 0,3 0,3
Société en commandite 0,05 0,9
par actions
Entreprises individuelles 41,1 11,57
Total 404 908 5 478

Type de société en 1989 Nombre de sociétés


SARL 500 000
SA 150 000
Entreprises individuelles 1 800 000