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SEQUENCE 2 : LES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LORGANISATION JUDICIAIRE

PLAN

CHAPITRE

I

:

LES

PRINCIPES

FONDAMENTAUX

 

DE

L’ORGANISATION JUDICIAIRE

 

I-LES

PRINCIPES

INHERENTS

AUX

GARANTIES

DES

JUSTICIABLES

 

1. LE PRINCIPE D’EGALITE

 

2. LE PRINCIPE DE GRATUITE

3. LE PRINCIPE DU DOUBLE DEGRE DE JURIDICTION

 

II-LES PRINCIPES INHERENTS AUX OBLIGATIONS DU JUGE

1. LA NEUTRALITE DU JUGE

 

2. LA PUBLICITE

 

CHAPITRE

II :

 

LES

PRINCIPES

DE

FONCTIONNEMENT

DE

LA

JUSTICE

 

I- LE PRINCIPE DE LA SEPARATION DES FONCTIONS

JUDICIAIRES

II- LES PRINCIPES TENANT AUX INSTITUTIONS DE LA JUSTICE

1. L’INDEPENDANCE DU JUGE

2. LA FORMATION DES MAGISTRATS

L’organisation judiciaire est régie par des principes ayant trait à la nature

du secteur de la justice lui-même qui est un service public. Ce dernier est caractérisé à son tour par certains principes socles pour garantir son bon fonctionnement dans l’intérêt des justiciables. La présente étude sera divisée en deux parties dont l’une sera consacrée aux principes régissant l’organisation judiciaire (I) et l’autre aux principes régissant le fonctionnement de la justice (II). Il est à souligner que l’organisation judiciaire a été remaniée à plusieurs reprises après l’obtention de l’indépendance pour aller de pair avec l’évolution sociale des marocains et l’évolution économique internationale. Ainsi, il y a eu lieu à trois lois relatives à l’organisation judiciaire et à la procédure civile jusqu’en 1993 pour la promotion de l’Etat du droit et l’institutionnalisation des garanties aux justiciables. D’autres remaniements plus importants ont vu le jour à partir de 2005 jusqu’en

2012.

Ces interventions du législateur font l’objet d’étude durant le présent module et à travers toutes les séquences. Par ailleurs, les principes fondamentaux de l’organisation judiciaire sont

les mêmes dans tout système judiciaire et font l’objet de consécration par l’édition de règles juridiques tendant à leur renforcement.

CHAPITRE

I

:

LES

PRINCIPES

FONDAMENTAUX

DE

L’ORGANISATION JUDICIAIRE Les principes fondamentaux de l’organisation judiciaire sont au nombre de quatre : Le principe d’égalité, qui est directement lié à celui d’égalité devant la loi ; le principe de gratuité, n’excluant pas l’existence de frais de justice ; le principe de neutralité, corollaire de l’exigence d’impartialité des juges ; le principe de publicité ou de loyauté rattaché à la garantie d’avoir un procès équitable et d’être entendu par le juge. Un autre principe non moins important réside dans le double degré de juridiction qui signifie la possibilité pour le justiciable de porter son litige devant une juridiction d’un 2 ème degré s’il n’obtient pas gain de cause par le Tribunal de première instance. Il y aura lieu de passer en revue dans un premier temps les principes inhérents aux droits et garanties accordées aux justiciables (1) avant de se pencher sur les principes inhérents aux obligations du juge (2).

I-

LES

PRINCIPES

INHERENTS

AUX

GARANTIES

DES

JUSTICIABLES Ces principes sont l’égalité, la gratuité et le double degré de juridiction.

1. LE PRINCIPE D’EGALITE La loi est la même pour tous et tous doivent recevoir le même traitement devant les juridictions. C’est le contenu du principe d’égalité qui est érigé en principe constitutionnel dans tous les systèmes juridiques. L’égalité dont il est question est une égalité devant le service de la justice au niveau du traitement de l’action judiciaire intentée par le justiciable et, au niveau des droits accordés à ce dernier lors du dénouement du procès. Ce principe mène à d’autres principes liés dont le respect du contradictoire ou des droits de la défense. En effet, l’égalité de traitement ouvre au justiciable la possibilité de se faire représenter ou assister par un avocat qui est un Homme de l’art de la défense. L’égalité oblige également le juge à respecter les droits de la défense en accordant à l’avocat des délais raisonnables pour consulter les documents et écritures de la partie adverse par exemple. Elle l’oblige aussi à notifier les parties intéressées dans le délai légal de toute diligence liée au procès en question. Ces éléments ont une incidence très importante sur le résultat obtenu du procès judiciaire et permettent de rendre compte de l’efficience de la justice, du respect des droits humains et de l’Etat de droit. Il est à soulever que le principe, philosophique et constitutionnel, de l’égalité a deux tranchants dans la pratique juridique et judiciaire :

L’égalité de traitement devant la justice et l’égalité d’accès au droit. En effet, l’égalité d’accès au droit est liée au respect des missions conférées à l’avocat et des libertés individuelles d’une part et à l’instauration d’un système d’assistance judiciaire efficace qui rend service à toutes les parties pour optimiser le fonctionnement de la justice.

2. LE PRINCIPE DE GRATUITE En principe, la justice est gratuite dans la mesure où le justiciable a accès à ses services sans obligation de payer les juges ou le personnel judiciaire.

La gratuité n’exclut pas l’obligation de payer les frais de la justice notamment les taxes judiciaires et le déplacement de l’huissier de justice ainsi que les dépens.

Les dépens font l’objet du chapitre V (articles 124 à 129) du titre III du code de procédure civile. Quant aux frais, ils faisaient l’objet du décret royal portant loi n° 851-65 du 22 octobre 1966 unifiant et réglementant les perceptions et frais de justice en matière civile, commerciale et administrative devant les Juridictions du royaume.

Les justiciables démunis peuvent bénéficier du régime de l’assistance judiciaire qui les exonère du paiement des honoraires de l’avocat et des frais et dépens judiciaires.

L’assistance judiciaire a été régie auparavant par le décret royal portant loi n° 514-65 du 1 er novembre 1966 et des dispositions contenues dans la loi du 10 septembre 1993 relative à la profession d’avocat.

Elle est régie actuellement par le décret n° 2.10.587 pris pour l’application de la loi n° 28.08 relative à la profession d’avocat. Ce décret, concernant le financement de l’aide juridictionnelle, a été publié au bulletin officiel n° 5940 du 5 mai 2011.

Le principe de fonctionnement de l’assistance judiciaire est simple : elle permet au plaideur (demandeur ou défendeur) ne disposant pas des ressources nécessaires d’exercer ses droits par voie judiciaire sans débourser des frais et honoraires subséquents. Elle remplit, ipso facto, le rôle de moyen de mise en œuvre du principe de la gratuité de la justice. Dans la pratique, l’application du régime de l’assistance judiciaire donne lieu à plusieurs critiques dont la principale, est relative à la rémunération de la prestation de service octroyée par l’avocat.

Actuellement, la loi organisant la profession de l’avocat prévoit la possibilité de prélever les honoraires sur les valeurs pécuniaires attribuées par une décision judiciaire en faveur du client en présentant une demande à cet effet au Bâtonnier.

3.

LE

JURIDICTION

PRINCIPE

DU

DOUBLE

DEGRE

DE

Le principe du double degré de juridiction est un pilier de l’organisation judiciaire dans la mesure où il implique le recours du justiciable qui n’obtient pas satisfaction de la décision judiciaire à un ordre de juridiction plus élevée.

Il existe deux degrés de juridictions au Maroc, qu’elles soient de droit commun ou spécialisées, dont le Tribunal de Première Instance ou le Tribunal et la Cour d’Appel. La Cour de Cassation n’est pas un troisième degré de juridiction en ce sens qu’elle contrôle l’application de la règle de droit et non pas les faits. Il s’ensuit que la formation des magistrats et leur expérience sont plus ancrées dans une juridiction de 2 ème degré afin de contrer au maximum les erreurs judiciaires et les motivations qui laissent parfois perplexes. Le moyen de concrétiser le principe du double degré de juridiction est les voies de recours qui sont accordées au justiciable. En effet, les voies de recours possibles au Maroc sont : L’appel, l’opposition, la tierce opposition et le pourvoi en cassation et sont régies par les dispositions du code de procédure civile. L’appel est de droit dans tous les cas qui ne sont pas formellement exceptés par la loi. Il doit être formé dans le délai légal selon la matière juridique en question. Les jugements par défaut du tribunal de première instance, lorsqu'ils ne sont pas susceptibles d'appel, peuvent être attaqués par voie d'opposition dans le délai de dix jours à dater de la notification du jugement en cause.

La tierce opposition est la voie de recours ouverte à tout tiers au litige auquel la décision judiciaire porte atteinte notamment par la déclaration d’un droit existant ou la création d’un nouveau. Quant au pourvoi en cassation, c’est une voie de recours à exercer devant la Cour de Cassation dans des cas limitativement prévus par le loi, à savoir :

1- Violation de la loi interne ; 2- Violation d'une règle de procédure ayant causé préjudice à une partie

;

3- Incompétence ; 4- Excès de pouvoir ; 5- Défaut de base légale ou défaut de motifs. Cependant, le principe du double degré de juridiction est défaillant lorsque le Jugement est rendu en dernier ressort comme c’est le cas pour certains litiges de faible valeur pécuniaire ou du juge de proximité.

II- LES PRINCIPES INHERENTS AUX OBLIGATIONS DU JUGE

Il s’agit de deux principes liés aux obligations du juge : La neutralité ou l’impartialité des juges la publicité rattaché à la garantie d’avoir un procès équitable et d’être entendu par le juge.

1. LA NEUTRALITE DU JUGE

La neutralité ou l’impartialité du juge signifie que ce dernier se garde de s’impliquer de quelque manière que ce soit dans l’affaire qui lui est soumise. Il s’ensuit qu’il ne devrait pas y avoir un conflit d’intérêts ou un motif de récusation du juge en question. A défaut, le juge peut soit se dessaisir de son propre chef soit l’être par la juridiction supérieure en vertu d’une décision suite à la récusation intentée par la partie ayant intérêt. En effet, le juge se situe à égale distance des parties dans les affaires qu’il est appelé à juger. Parmi les procédures visant à protéger le justiciable autres que la récusation, il y a le renvoi pour cause de suspicion légitime ou la prise à partie en cas d’incertitude sur l’impartialité du juge.

Cependant, ce principe ne doit pas être confondu avec l’indépendance du juge qui est inhérente au fonctionnement de la justice et non pas aux principes fondamentaux de l’organisation judiciaire.

2. LA PUBLICITE

La publicité porte sur les débats et les délibérés qui sont rendus devant le public et les avocats des parties. Ce principe est consacré par les dispositions de l’article 43 alinéa 1 er du code de procédure civile qui prévoit que :

«Les audiences sont publiques à moins que la loi n'en décide autrement.

Le président de l'audience a la police de celle-ci ; il peut ordonner que les débats auront lieu à huis clos si l'ordre public ou les bonnes mœurs l'exigent.

Les parties sont tenues de s'expliquer avec modération : Si elles manquent au respect dû à la justice, le président peut les condamner à

une

amende

n'excédant

pas

soixante

dirhams.

Le président peut toujours, en cas de trouble ou scandale, ordonner

l'expulsion tant d'une partie ou du mandataire la représentant que de

toute

personne

présente

à

l'audience.

Si

reviennent, le président peut procéder, conformément aux prescriptions

du

l'expulsion est ainsi ordonnée résistent ou

les

personnes

Code

dont

de

procédure

pénale.

Dans le cas d'insultes ou d'irrévérences graves envers le tribunal, le président de l'audience dresse procès-verbal qui est immédiatement transmis au parquet pour être procédé comme en matière de flagrant délit».

La principale fonction de ce principe est de constituer une garantie supplémentaire en faveur des plaideurs. En revanche, l’information

judiciaire en matière pénale est secrète et échappe au principe de publicité de l’audience. La publicité s’applique aussi bien à l’audience qu’au jugement et a pour corollaire la liberté de la publication des débats et décisions judiciaires même par voie de presse. Il n’en demeure pas moins que des limites au principe existent comme c’est le cas lorsque le Tribunal décide que les débats auront lieu ou se poursuivront en chambre de conseil pour éviter toute atteinte à l’intimité et à la vie privée. Quant à la publicité des jugements, elle s’exerce librement en matière contentieuse même si les débats ont eu lieu en chambre de conseil et sont prononcés hors public en matière gracieuse.

CHAPITRE

II :

LES

PRINCIPES

DE

FONCTIONNEMENT

DE

LA

JUSTICE

La justice est régie par des principes ayant trait au fonctionnement de ses roues. Du moment où la justice occupe une place singulière parmi les institutions publiques, elle constitue un service public d’intérêt général pris en charge par une personne publique ou par une personne privée sous le contrôle d’une personne publique. Dans cet ordre d’idées, il y a lieu de distinguer les services publics

),

I- LE PRINCIPE DE LA SEPARATION DES FONCTIONS JUDICIAIRES TENANT AU POUVOIR Il s’agit du principe unique de la séparation des fonctions judiciaires entre les magistrats du siège et les magistrats debout ou le parquet. La séparation des fonctions judiciaires, illustrée par la distinction classique entre les magistrats du siège et du Parquet, est une forme d’organisation du corps des magistrats en fonction des objectifs et missions qui leur sont déférées.

Cette distinction est consacrée par le droit positif marocain. Plus loin

encore en matière répressive, une triple séparation existe : La séparation des fonctions de poursuite et d’instruction, la séparation des fonctions d’instruction et de jugement, et la séparation des fonctions de poursuite et de jugement. La séparation des fonctions judiciaires est caractérisée par trois éléments :

a. La séparation de la poursuite et de l’instruction

b. La séparation des fonctions d’instruction et de jugement

c. La séparation des fonctions de poursuite et de jugement

En effet, la spécificité du procès pénal réside dans son découpage en phases distinctes impliquant des magistrats et des juridictions différentes. La répression des infractions nécessite une décision d’engagement des poursuites, prise par un magistrat du parquet.

II- LES PRINCIPES TENANT AUX INSTITUTIONS DE LA JUSTICE Ces principes sont l’indépendance du juge et la formation des magistrats qui peut être collégiale ou individuelle (juge unique).

1. L’INDEPENDANCE DU JUGE Combien de littérature a traité et acclamé l’indépendance du pouvoir judiciaire du pouvoir exécutif en premier plan. Ce principe est érigé en principe constitutionnel nécessite des moyens pour sa mise en œuvre et la vérification de son effectivité. En vertu de leur statut, les magistrats du Siège ne relèvent que de la loi dans l’exercice de leurs fonctions juridictionnelles, d’où leur inamovibilité. Ils sont à une institution collégiale qui le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) présidé en principe par Sa Majesté le Roi. L’indépendance est un principe fondamental de tout système judiciaire et constitue une garantie aux justiciables que l’acte de juger sera déterminé par les arguments du débat judiciaire et, indépendamment de toute interférence extérieure. En France, l’indépendance de l’autorité judiciaire est consacrée par la Constitution de la Ve République et résulte aussi bien de la séparation des pouvoirs que des garanties statutaires qui sont censées épargner

aux magistrats les pressions ou menaces pouvant peser sur leur faculté de juger. L’indépendance des magistrats du siège est garanti, du moins en théorie, par le fait qu’ils ne sont ni des agents publics ni des fonctionnaires et par conséquent sont en dehors de toute autorité hiérarchique. De surcroît, c’est le Conseil supérieur de la magistrature qui assure la gestion de leur carrière.

2. LA FORMATION DES MAGISTRATS

La formation des magistrats réfère à deux principales formations de juges qui rendent les décisions judiciaires : le juge unique ou individuel et la formation collégiale allant entre 3 et 5 juges selon la matière juridique considérée.

En effet, le législateur a effectué des réformes qui tantôt consacraient le juge unique dans les TPI comme c’est le cas aujourd’hui en matière civile, sociale et des référés tantôt consacraient la formation collégiale tel qu’en matière immobilière, dans les Cours d’Appel et la Cour de Cassation.

Ces deux formes existent dans le régime juridique marocain et démontrent à chaque fois la nécessité de leur coexistence car chaque formation est adaptée à une matière juridique et, dénote de ses propres avantages et inconvénients.

Ainsi, la responsabilité du juge unique est aisément identifiée par la qualité des décisions qu’il rend et le risque d’erreur judiciaire pour quelque motif que ce soit se trouve réduit. En formation collégiale, les débats sont collectifs et ne permettent point d’identifier le magistrat qui a réellement rendu la décision judiciaire. Par ailleurs, leur qualité est nettement meilleure ce qui se répercute sur le rendement de la machine judiciaire et son alignement aux standards internationaux.