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Loi Macron : pour nous, c’est NON Pourquoi cette loi ? L’ancien secrétaire général de

Loi Macron :

pour nous, c’est NON

Pourquoi cette loi ?

L’ancien secrétaire général de la Commission Attali en 2008 aura dû attendre d’être nommé à Bercy -par la gauche - pour essayer de concrétiser beaucoup des recommandations de ce rapport jugé en son temps trop libéral. Le projet de loi « pour la croissance et l’activité » (en lieu et place du « pouvoir d’achat » qui était mentionné initialement) a pour ambition d’incarner la vision économique du quinquennat, il est donc à fort contenu idéologique.

Cette loi arrive dans un contexte où le Premier Ministre entend redéfinir l’identité et le projet de la gauche. Or derrière l’affirmation de la volonté d’en finir avec « les idéologies », la loi Macron est l’une des plus idéologiques qui soit. Quand on affirme vouloir en finir avec les idéologies, c’est toujours pour mieux imposer celle qui domine déjà dans trop de têtes y compris à gauche : la loi Macron en est l’incarnation.

Pourquoi maintenant ?

Jamais le gouvernement n’argumente sur l’urgence d’une telle loi, bien incapable de démontrer le lien qu’il y aurait entre le niveau de la réglementation française et celui de la faible croissance.

C’est que le sens caché de la mise à l’agenda politique de cette loi est à rechercher dans l’agenda…libéral de la Commission. La loi Macron, monnaie d’échange avec Bruxelles pour obtenir un délai quant à l’objectif de ramener le déficit public à 3%, est le prototype de la loi libérale avec un grand L. Et c’est selon un procédé bien connu que nous Français en allons être les cobayes : là où la Commission européenne n’a pas le pouvoir réglementaire pour imposer ces réformes, elle pratique un chantage accepté avec empressement par notre gouvernement, qui se met en position de servitude volontaire. Là où le libéralisme amène la crise, il en profite pour étendre un peu plus son emprise. La folie, c’est de se comporter toujours de la même manière et de s’attendre à

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un résultat différent, disait Einstein. Alors refusons d’entrainer un peu plus la France dans la folie de la libéralisation de son économie.

Pourquoi NON ?

Parce que nous étions opposés à la logique de ce texte dans l’opposition, le travail du dimanche étant l’exemple le plus emblématique, et que nous le restons une fois dans la majorité. Parce qu’avec cette loi, le salarié doit s’effacer devant le consommateur, le public devant le privé, le législatif devant l’exécutif… bref les combats de la gauche devant les valeurs de la droite. Parce que nous ne pensons pas que la concurrence est bonne par nature quand la réglementation serait, elle, mauvaise en soi. Comme s’il pouvait y avoir un jeu sans règle du jeu, comme s’il ne fallait pas défendre le faible contre le fort, résister à l’extension du domaine de la lutte (économique) et même, souvent, fixer des règles pour utiliser les ressources plus efficacement.

I. Une loi qui impose le primat de l’économie sur le social

Une aggravation du travail du dimanche et de nuit

Le contrat de travail établit juridiquement un lien de subordination du salarié à son employeur. Le droit du travail garantit aux salariés une protection compensatrice de cette subordination de fait : il en va ainsi de l’interdiction du travail salarié le dimanche et la nuit. Or le projet Macron c’est :

le dimanche et la nuit. Or le projet Macron c’est : - plus de dimanches travaillés

- plus de dimanches travaillés : de 5 aujourd’hui on

passe à 12 dimanche travaillés dans le commerce de détail (non alimentaire) c’est-à-dire un par mois.

- plus de zones concernées par la fin du repos

dominical : en plus des anciennes zones, le texte prévoit des zones touristiques internationales prévues par les ministères, des zones touristiques et commerciales prévues par les seuls préfets ou encore dans les gares.

- la légalisation du travail de nuit : les commerces de

vente au détail pourront faire travailler les salariés « volontaires » dès obtention par l’employeur d’un accord collectif de 21H à minuit dans les nouvelles

zones touristiques internationales.

Quelles contreparties pour les employés ?

Les compensations pour les salariés (repos compensateur et doublement des salaires) sont finalement maintenues puisque le Conseil d’Etat a rejeté les possibilités de traitements différentsenvisagésdanslesavantsprojets.Maislesconditionsdefixationsdescontreparties changent puisqu’on renvoie soit à une décision unilatérale de l’employeur soit à des accords

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collectifs conclus à un niveau territorial. La nouvelle notion d’« accord territorial » est sans doute la plus défavorable pour les organisations syndicales du point de vue du rapport de forces : il s’agit des organisations syndicales « les plus représentatives dans la région concernée », or on ne sait pas comment elles seront définies. En dernier recours, la « décision unilatérale de l’employeur » sera certes prise après référendum, mais on sait d’expérience quelle sera la marge de résistance possible des salariés dans un référendum organisé par l’employeur, surtout s’ils n’ont aucun représentant mandaté.

Quel impact sur l’emploi et la croissance ?

Aucune étude ne montre que l’ouverture des commerces le dimanche et la nuit permette de développer l’emploi et la croissance : le problème c’est le pouvoir d’achat, pas l’horaire d’achat. Le gouvernement et ses experts économiques pensent-ils relancer la consommation en forçant les magasins à ouvrir plus longtemps ?

Une fragilisation des salariés dans le cadre des plans sociaux

Le projet de loi remet en cause l’examen par l’administration des licenciements économiques de moins de 10 salariés dans les entreprises de plus de 50, ce qui peut entraîner des vagues de petits licenciements collectifs successifs pour éviter l’intervention de l’administration du travail.

De même en cas de plan social, les obligations de reclassement qui pèsent sur l’entreprise seraient regardées au niveau des moyens de l’entreprise et plus du groupe auquel l’entreprise appartient.

II. Une loi qui déréglemente, privatise et met en concurrence

La libéralisation des autocars

Le choix du train, celui du TGV plus particulièrement, est un choix stratégique de longue date qui a donné une longueur d’avance à notre pays, tant sur le plan des transports que du développement territorial et industriel. La libéralisation des autocars interviendrait pour permettre aux plus pauvres de continuer à se déplacer « là où une offre de train n’existe pas » comme l’affirme Emmanuel Macron. Or dans le même temps la Cour des comptes recommande l’abandon de nombreuses dessertes par le TGV pour y substituer les autocars.

dessertes par le TGV pour y substituer les autocars. Plutôt que d’agir sur les tarifs des

Plutôt que d’agir sur les tarifs des trains, les Français subiraient un double effet dévastateur : d’une part un mode de transport à deux vitesses…de l’autre une libéralisation qui entraînerait une réduction du champ d’action du service public de transport. Si les lignes à grande vitesse ne disparaîtront sans doute pas sous l’effet de cette concurrence, peut-on en dire autant des trains intercités, si vitaux pour nos territoires ? Nos

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objectifs environnementaux, nos politiques urbaines, le souci d’équilibre des territoires et des différents modes de transport, la pérennité de nos services publics exigent une forme d’organisation collective, abandonnée ainsi du jour au lendemain au profit de la « libre initiative », qui ne connaît que l’intérêt privé.

initiative », qui ne connaît que l’intérêt privé. ● La privatisation des aéroports Le projet prévoit

La privatisation des aéroports

Le projet prévoit la privatisation des aéroports de Nice et de Lyon, en plus de la cession de l’aéroport de Toulouse. La privatisation, même partielle, de nos aéroports les plus attractifs, c’est la répartition des tâches façon Macron : au privé les aéroports les plus stratégiques et rentables, au public les plus petits. On peut légitimement se demander ce que vient faire cette privatisation dans un projet de loi censé favoriser la croissance, et si elle reflète autre chose qu’une dérive idéologique : le privé censé être par définition plus efficace que le public ?

armements terrestres

La

privatisation

du

groupement

industriel

des

Le projet de loi autorise la privatisation du GIAT. Cette privatisation serait motivée par la volonté de créer un leader européen de l’armement terrestre.

La déréglementation des professions réglementées

Il faut mieux réglementer et non pas déréglementer. Ce projet de loi percute la conception républicaine du droit en instaurant une mise en concurrence généralisée des professions réglementées et de leurs missions de service public, en libéralisant l’installation des huissiers, notaires et commissaires-priseurs. Idem en permettant l’ouverture du capital des sociétés à d’autres professionnels libéraux.

Cette ouverture du capital aboutira à dissocier l’exercice du métier de la propriété et de la prise de décision en faisant donc prévaloir les considérations financières de court terme. Ces limitations avaient été mises en place pour dissocier l’économique de l’éthique, revenir dessus serait un recul.

III. Une loi libérale qui contourne le Parlement et empêche le débat public

Ce projet de loi organise une dépossession du parlement avec pas moins de 19 ordonnances dans des domaines aussi variés que :

- la création, l’aménagement et l’exploitation des gares routières de voyageurs par les

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personnes publiques et privées

- la centralisation par l’institut national de la propriété industrielle du registre national du commerce et des sociétés

- la création d’une profession de commissaire de justice en lieu et place des huissiers de justice, des mandataires judiciaires et des commissaires-priseurs

- la création d’une profession d’avocat en entreprise

- la création, la constitution et le domaine d’activité des sociétés d’exercice libéral et des sociétés de participations financières de professions libérales - l’adaptation des rapports entre bailleurs et locataires – ce sujet si sensible (et ce n’est certainement pas pour renforcer les droits des locataires)

- l’autorisation des projets de construction et d’aménagement

- l’instruction et la délivrance de l’autorisation des projets de construction et d’aménagement

- la transposition de directives concernant le déploiement des réseaux de communication à haut débit

- les contrats de commande publique

- les procédures devant l’autorité de la concurrence liées à la concentration économique et l’institution de la transaction

- le rôle et les prérogatives de l’inspection du travail, la nature et le montant des peines pour les délits d’entrave ainsi que les règles d’accès au corps de l’inspection

IV. Une loi qui ne comprend pas les mesures structurelles indispensables pour la relance de la croissance et de l’activité

Le soutien au pouvoir d’achat est complétement absent du texte

Aucune action sur la fuite des capitaux et l’évasion fiscale

Le soutien à l’activité, c’est aussi prendre toutes les mesures nécessaires pour que les richesses qui sont produites en France soient déclarées en France et non externalisées dans des filiales qui se trouvent dans les paradis fiscaux voisins.

Quid de l’application d’une Google tax à la française, comme le font les Britanniques avec un

impôt de 25% sur les profits détournés ?

C’est dans ces trois dimensions, le primat de l’économie sur le social, des puissances privées sur la puissance publique et de l’exécutif sur le législatif qu’il faut s’opposer à ce projet et combattre la loi Macron.

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