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Jean-Michel RUFEMONT

GAÏA
La

Reconquête
Tome II

Le Gardien des étoiles.

Roman
©-2007. Jean-Michel Rufemont. Tous droits réservés
...à ma fille Alexandra.
Table des Matières

Tome 2

Livre II
Australie, terres maudites

1 - Confrontés à l’inconcevable 1

Livre III
Stratégie de l’horreur et épouvante

2 - La Reconquête 45

3 - Carnage rédempteur 96

Livre IV
La vraie Vie

4 - Nouvelle Humanité 169

5 - Arles - Capitale 210

Livre V
Hallucinante cosmogonie

6 - Rencontre avec l’autre Monde 273

EPILOGUE
Le Berger des étoiles 374
Australie, terres maudites

Confrontés à l’inconcevable

L es deux engins monstrueux avaient maintenant stoppé leur progression et


se tenaient devant eux, à quelques quatre mille mètres environ. Enormes
sphères de deux milles de diamètre, ils bouchaient quasiment tout le ciel...

Mary Houston cassa leur foutu silence radio qui à l’évidence n’avait plus aucune
raison d’être et cria dans son micro, sur un ton frisant l’hystérie.
-Ce sont les mecs qui la nuit ont contacté Lary Whyspianskir et
James Whistler, et qui ont donné le couteau molléculaire à ce
dernier, vous pariez, les gars ?
Et alors...et alors, brisant cette incertitude oppressante et à leur consternation
générale et à leur grand soulagement aussi, ils entendirent chacun dans leur
foutue caboche, pas moins, la réponse claire et puissante émise par une voix
mâle, voix aux inflexions calmes et appaisantes...voix avec un léger accent
indéfinissable...venue de on ne sait où.
-Bravo, Mary Houston, belle déduction et perspicacité bien
féminine, oui, effectivement, nous sommes bien les mecs qui...

Et la voix continua dans leurs têtes affolées, leurs esprits anéantis, paralysés par
le spectacle hallucinant de ces deux monstrueux astronefs venus de nulle part.
Et la voix leur disait, poursuivant toujours sur un ton calme et amical...
Mais détendez-vous, Patrick Mac-Clelland, inutile de calculer comment vous
pourriez nous descendre avec, effectivement, vos ridicules, tout à coup, petits
canons laser, car vous ne pourriez tout simplement pas actionner la commande
de tir ; un doute encore ? bien compréhensible, je reconnais. Essayez alors de
tirer vers ce gros nuage là, sur votre gauche, pour voir, allez-y, tirez !
Le chef de mission, comme un automate, dirigea son arme vers le nuage et
tenta d’appuyer sur le bouton de mise à feu de son canon laser, et malgré toute
sa foutue volonté il fut incapable de concrétiser le geste que son cerveau
ordonnait farouchement d’exécuter à sa main, puis à son doigt : appuyer sur ce
foutu bouton devant ses yeux lui fut alors impossible, et pour finir odieux !
La voix toujours calme continua dans leurs têtes...déboussolées.
-Mes amis, je vous en prie, ne vous inquiétez surtout pas à propos de nos
intentions à votre égard, non, car nous sommes vos amis ; mais regardez par
contre ce que nous sommes capables de faire ; juste un petit aperçu, pour qu’il
n’y est plus le moindre doute dans vos esprits, sans plus. Juste un petit test.
Voyez cette petite île en dessous, située au nord-ouest de ce continent ; elle est
étroite, s’étirant du sud-ouest au nord-est, et ne fait qu’environ 30.000 km² et un
peu plus de 400 km de long...vous la voyez ? sur vos cartes elle est inscrite au
nom de Timor. Approchez vous avec vos chasseurs, vous allez voir la puissance
de feu dont un seul de nos appareil est capable, et ce avec un seul de ses
multiples canons de différents types, car nous allons désintégrer cette île, tout
simplement la volatiliser jusqu’à cent mètres de profondeur, ce qui suffira
amplement comme démonstration. Regardez bien.
Les six chasseurs se regroupèrent rapidement comme demandé, se maintenant
assez éloignés de la cible malgré tout...et ils virent effectivement ; comme le leur
dit la voix...Ah ce fut rapide ! ça oui, mais dantesque.
De l’un des deux mondes volants s’ouvrit un panneau sous sa coque, en sorti
une espèce de grande parabole concave qui fut rapidement braquée sur l’île.
L’action fut plus rapide que le temps qu’il faut pour la décrire. Brusquement, un
puissant rayon lumineux en sortit, qui balaya l’île d’Ouest en Est, puis l’engloba
dans un cône translucide puis...l’île disparut en moins de quarante secondes en
un colossal nuage de vapeur, semblait-il ; les flots se ruant aussitôt sur ce
gigantesque volume subitement vide, provoquant un monstrueux tsunami.
Des vagues énormes partirent ensuite ravager les côtes des autres îles alentours,
dans une gigantesque triangulation dévastatrice allant des Îles de la Sonde et l’île
Célèbes et d’autres cailloux au N-O, à l’Australie au Sud, et la grande île de
Nouvelle Guinée au N-E...La surface de l’océan fut longtemps parcourue par ces
ondes géantes qui ricochaient sur les côtes et se croisaient en faiblissant peu à
peu. Spectacle de totale épouvante de par son gigantisme et puissance colossale,
inimaginable quelques instants avant.
Patrick Mac-Clelland, effrondré, abandonna la lutte et pensa très fort « Et alors,
à quoi joue-t-on maintenant ? »
Et la réponse éclata dans les têtes de ces minuscules Humains consternés, mais
qui cherchaient toujours furieusement une chance de se sortir de ce mauvais pas.
Chacun de son côté avait le même genre de processus de pensée : se battre
jusqu’au bout s’il fallait, pas question de se rendre sans combattre. Ils étaient
tous sur le quivive, prêt à dégager en trombe et par surprise. « Chacun pour soi et

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Gaïa pour tous ! » Prévenir les leurs de l’arrivée d’un immense danger potentiel et
inconnu, cela seul comptait pour ces esprits chamboulés et surchauffés.
Ils entendirent alors la voix leur dire sur un ton appaisant et amical, leur
apprenant alors la chose la plus fantastique qu’aucun Humain n’aurait jamais pu
imaginer, ni encore moins rêver.
-Mes amis, sincèrement, libérez vos esprits de toute recherche stérile, d’une
possible fuite et encore moins d’une possible contre-attaque qui n’a d’évidence
aucune raison d’être, car nous sommes vos amis et alliers. Nous admirons
profondément votre farouche volonté de combattre, votre inflexibilité dans cette
lutte que vous avez commencé avec succès déjà. Ce continent est maintenant
vide de vos ennemis, qui sont aussi les nôtres, ceci du simple fait qu’ils soient les
adeptes du mal systématique et sans possibilité de se corriger, car ils sont
victimes d’une tare millénaire...Ils doivent être irrémédiablement éliminés de
cette planète, comme leur race le fut systématiquement sur les quelques mondes
où elle se répandit ; celui-ci est le dernier, et nous avons déjà bien trop attendu.
Mais, je vous prie de me pardonner, car pris par le sujet j’ai omis de me
présenter. Je me nomme Olyasten Darfolkern, et suis le commandant de cette
opération. Permettez-moi, ce en toute amitié, de vous faire une rapide mise au
point nécessaire, de vous instruire d’une cosmogonie vous étant naturellement
étrangère en son essence même, de part les mensonges et contrevérités
systématiquement divulgués et entretenus par les divers pouvoirs criminels de
l’ancien monde.
Sachez qu’au niveau de cette galaxie, comme de toutes ses semblables, il existe
un Grand Conseil Galactique, qui décida de l’élimination de ces monstres, vos
ennemis. Cette décision fut prise il y a de ça environ deux mille cinq cents
années de votre temps mais, nous, qui sommes les gardiens de ce secteur de
cette galaxie, et les exécuteurs donc des décisions de ce Conseil, attendirent en
vain cet ordre d’exécution qui fut détourné d’intérêt pendant tout ce temps, par
une guerre éclair entre deux constellations, dont une de race étrangère.
Ainsi, nous n’avons reçu cet ordre que tout récemment pour nous, c’est-à-dire
qu’il y a un peu plus de quatre siècles de votre temps sidéral. Vous aurez compris
que nos rythmes biologiques sont totalement différents des votres et, malgré que
nous soyons comme vous des humains à part entière, comme c’est le cas à ce
jour de la grande majorité sur les millions de mondes habités de cette galaxie ;
notre durée de vie est beaucoup plus grande car...nous vivons sur une autre
planète.
Mais, pour aujourd’hui, notre venue est motivée par le destin de ce continent,
antre de ces pirates depuis très longtemps ; trop longtemps à notre goût, de cette
race maudite qui est l’incarnation du mal absolu. Race qui mit ces territoires en
coupe réglée, et cela leur fut d’autant plus facile que le dernier peuple qui l’habita
récemment était d’origine scélérate et donc ignare et pour la plupart d’entre eux
analphabètes, populaces qui de ce fait ne pouvaient absolument pas résister à
cette lèpre de ces Khuigs, qui les asservirent sans que les principales victimes en
aient la moindre conscience, comme ils firent de partout d’ailleurs.

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Bref ! Nous vous en dirons beaucoup plus une autre fois sur la cosmogonie, et
autres sujets, à vos Sages en particulier ; vous pourrez les en aviser que nous
nous rencontrerons pour une coopération profitable aux deux parties. Lors de
votre retour parmi vos frères, nous vous conseillons de ne parler de cette
rencontre qu’à vos sages, et vos chefs stratèges, eux seuls décideront de la suite à
y donner.
En fait, nous avons décidé de stériliser ce continent ; ce qui signifit que plus
aucune vie n’y subsistera dans moins d’une heure, pas plus les végétaux que les
animaux ne survivront, et bien entendu, pas un seul humain. Telle est la décision
du Conseil de nos Sages. La vie y reprendra peut-être d’ici quelques siècles ou
millénaires, parcellaire au début ; et notez bien ceci de capital : Nul d’entre vous
ne devra tenter y réimplanter la vie avant un temps déterminé... que je
vais vous indiquer plus loin.
En fait, et réflexion faite, il est bon quand même que vous sachiez dès
maintenant qui sont réellement ces tristements fameux Khuigs, tout au moins un
premier aperçu sur leurs origines. C’est une race sordide de pirates de l’univers,
connue sous le nom de Hazenkeshas, originaires de la planète Zénon 0333X2-H,
de la galaxie A-256, dans l’univers parallèle 4D-GR-4, et qui se firent connaître
sur ce monde sous le nom de, Khuigs, du nom d’une de leurs tribus.
Ils sont en fait la descendance d’une antique race de sauriens, les Anumrakis,
que la Confédération Intergalactique détruisit il y a de cela des millions d’années
maintenant. Ces Khuigs sont le résultat pervers du croisement de ces sauriens
avec une population arriérée d’une planête perdue dans l’amas stellaire DK-541
de l’univers 5D-111X6. Ce sont ces Anumrakis, qui à la suite de diverses
manipulations génétiques sélectionnèrent cette espèce, la meilleure porteuse de
leurs tares. Ils sont les vrais créateurs et responsables de leurs gènes les destinant
intentionnellement à cette propagation du mal absolu, cet esprit hégémonique,
impérialiste de prédateurs arrogants qui les caractérise.
Les Hazenkeshas ayant eu vent de l’attaque de la Confédération Intergalactique
contre leur constellation, et se sachant dès lors condamnés, eurent alors juste le
temps de faire partir quelques vaisseaux aux quatres coins des univers, appareils
chargés de cette nouvelle espèce sélectionnée.
C’est ainsi que ces Khuigs survécurent, éparpillés dans le cosmos. Mais avec le
temps ils se trahirent toujours par leurs exactions répétées et d’une invariable
constance dans la propagation de leurs travers maudits reconnus par tous les
mondes habités et civilisés, car où il y avait éclosion de religions, et donc des
guerres et des populations en esclavage, immanquablement les Khuigs étaient
présents et les seuls responsables. Le mal était alors signé.
Il faut être toujours conscient que le mal est le reflet de son contraire, le bien ;
comme l’amour est l’autre extrème de la haine, et l’un ne va jamais sans l’autre ;
et si l’homme affiche toujours bien évidemment son bon côté, il suffit de savoir
que le serpent est possiblement caché sous des effets trompeurs ; ainsi, la lutte est
acharnée et éternelle. Il suffit de le savoir, l’admettre et s’y préparer sans
faiblesse.

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Trait caractéristique de leur machiavélisme et pratique d’invasion des mondes :
les khuigs répandirent diverses légendes sur leur véritable origine, si bien que
personne de ces premiers peuples et forcément les suivants ne connurent jamais
la vérité ; logique, le mal se montre toujours sous un visage attrayant. Dès qu’ils
le pouvaient, à cette lointaine époque j’entends, ils investissaient un monde
suffisamment éloigné de la surveillance des forces de sécurité galactique...fait
récurrent de leurs pratiques délétères.
Ainsi, pour en revenir à ce monde, il y a de ça plusieurs millénaires de votre
temps, nous avons encore un doute sur la date exacte de cette invasion, un de
leurs vaisseaux incrusteurs, avec un petit contingent de colons en hibernation à
son bord, investirent subrepticement cette planète et choisirent pour se
développer, d’atterrir sur ce continent parfaitement isolé que vous nommez
Australie, qui à l’époque était seulement habité par les quelques restants épars
d’une sous-espèce humaine croisée et abâtardie avec une race allogène elle-même
dégénérée, venue de la constellation Hurconium RS128 ; l’ensemble de ces gens
étant le rebut de la civilisation humaine précédente ; cas typique de personnes
qui régressèrent vers une animalité classique en un tel cas d’isolement, c’est une
constance universelle.
Dans ce cas d’invasion pirate de ces khuigs, qui n’étaient pensons-nous
qu’environ une quarantaine de mille, le commandant de la mission ainsi que les
principaux membres de son état-major, avaient un implant cérébral leur étant
secret, implant leur imposant alors de détruire coûte que coûte leur navette
spatiale une fois qu’ils avaient atterri sur un monde viable...Il subsiste quelques
vestiges de ce petit vaisseau par quelques 5.000 mètres de fond au sud de ce
continent. Cette pratique allant à l’encontre de la moindre raison humaine, a due
coûter la vie à pas mal de colonies de ces fous furieux, épargnant ainsi à chaque
fois un monde de leurs folies criminelles.
Entre parenthèse et pour la petite histoire, comme vous dites, contrairement
aux délirantes élucubrations des autoproclamés savants de l’autre monde ; comme
partout, ils importèrent une grande partie de la flore et faune si particulière de ce
continent, et pour cause. Ainsi, ces pittoresques et si étranges animaux nommés
kangourous, étaient en fait le plat de prédilection de ces monstres qui en faisaient
l’élevage ; les eucalyptus furent aussi importés, ainsi que d’innombrables espèces
animales, comme le koala, l’opossum, et sans doute bien d’autres espèces
animales et végétales.
Les Khuigs eurent alors tout le temps de se développer tranquillement pour, un
jour qu’ils se sentirent forts, émigrer vers ces régions du nord, les plus peuplées
de ce monde d’alors. La Mésopotamie en étant le centre, d’où repartait justement
une nouvelle civilisation prometteuse qui, intrigués, ces gens furent un jour
confrontés à un nouveau peuple aux moeurs étranges, sorti de ils ne savaient
d’où.
Le futur de ces peuplades était alors menacé d’un grave danger dont ils en
ignoraient forcément la teneur. Car, c’était sans compter sur la présence occulte
et insidieuse de cette vermine qui, selon sa coutume criminelle, de suite propagea
cette lèpre, ce concept de religion castratrice, jointe à leur xénophobie et racisme
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endémique...Ainsi, comme toujours en de pareils cas, ils finirent par implanter
plusieurs types de religions presque semblables dans leurs essences, ce qui,
comme prévu par ces monstres, provoqua rapidement des guerres fraticides
entre ces peuples encore trop innocents pour y voir là une manoeuvre délétère
calculée. S’en était dès lors fini des espoirs de spiritualité de cette nouvelle
humanité. Le vers était dans le fruit, il n’y avait plus qu’à laisser faire le temps
pour qu’ils disparaissent tous irrémédiablement ; ce qui aura prit ces deux
derniers millénaires.
Vous avez déjà observé qu’ils répandirent démoniaquement ce concept du
« serpent », incluant la tentation, la honte, la culpabilité, etc. C’est bien là la
marque de leur perversion et l’infamie intellectuelle la plus probante. La
populace mythomaniaque de cette race maudite fut de toujours insane,
xénophobe et brutale, s’escluant elle-même volontairement de côtoyer les autres
peuples.
Mais, à sa décharge, chaque élément avait un chip bioélectronique implanté
dans le cerveau, ce qui les rendaient dociles comme du bétail aux
commandements de leurs chefs. Cette population littéralement abêtie fut de tous
temps elle-même manipulée, endoctrinée et menée par une caste militaro-
sacerdotale radicale et forcément fanatique, qui leur inculqua l’idée délirante
qu’ils étaient la race supérieure de l’univers, et que de ce fait ils se devaient de
conquérir les mondes et mettre en esclavage les populations de ces derniers, puis
de s’emparer de leurs richesses ; concept qui devint leitmotiv lancinant chez ce
peuple de bâtards vendus corps et âme à l’un de leurs dieux pervers, criminels et
sanguinaires...Histoire dont vous connaissez la suite.
Mais, ils commirent une erreur d’implantation majeure en choisissant cette
région, et des races déjà existantes sur ce monde. Il faut dire pour mieux
comprendre, que jusqu’alors ils avaient toujours envahi des mondes aux
peuplements monoraciaux, ce qui est le cas le plus fréquent des mondes de nos
galaxies, j’entends par-là, ceux habités par notre race blanche. Ainsi, ils furent de
suite confrontés aux blancs, qui furent les plus rebelles, réfractaires pour une
bonne partie d’entre eux à leur prosélytisme sournois, ce qui dégénéra en des
guerres intestines. Ils ne purent jamais totalement réduirent les blancs au silence,
et dès lors, ils perdirent le contrôle de la machine à décervelée les masses, qui
s’emballa et généra une longue nuit d’obscurantisme et analphabétisme
généralisé de ces masses anarchiques et tribales, et toujours en révoltes durant
des siècles.
Les Khuigs perdirent de ce fait toute possibilité de reconstruire rapidement une
technologie spatiale pour repartir à la conquête d’autres mondes, malgré que la
nation qu’ils phagocytèrent en dernier, la vôtre, ait développé dans les dernières
années de leur existence (en réalité ils pillèrent la technologie qu’ils rencontrèrent
dans un vaisseau spatial accidenté, un patrouilleur d’une autre race), une
technologie spatiale leur permettant d’explorer votre système solaire, ce qu’ils
firent plus de deux générations avant le désastre final ; alors que les autres
peuples étaient manipulés, maintenus dans un rocambolesque sous-niveau
technologique, ce avec l’aide bien évidemment de leurs politiques, militaires
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obtus et scientifiques corrompus et aveugles des réalités et du pragmatisme
légendaire de vos nation.
Mais bref ! Par contre, et ça ils ne l’avaient pas prévu, ces populations humaines
des débuts de leur conquête, qui étaient pour beaucoup d’un niveau spirituel du
niveau de l’animal (obscurantisme oblige), se reproduisirent alors sur un rythme
exponentiel qui atteignit rapidement une proportion démesurée et vite
incontrôlable ; masse allant vers un chaos inévitable, cela malgré les nombreuses
guerres et révolutions qu’ils, les Khuigs, provoquèrent pour tenter de réduire
cette humanité prise de folie, et en même temps piller leurs richesses : on oubli
jamais sa vraie nature.
Ainsi, dans un paradoxe assez cocasse alors, c’est cette même masse
gigantesque qui par inertie condamna et entraina irrémédiablement les Khuigs
vers une régression inévitable ; on peut dire qu’ils furent dévorés par le propre
monstre qu’ils avaient eux-mêmes amoureusement conçu, et que sur leur monde
originel ils appellent un Holgem.
Votre grande chance fut paradoxalement qu’ils haïrent plus particulièrement
votre race, la grande race blanche, car ce fut la seule comme je viens de le dire,
qui leur résista longtemps et fut même à deux doigts de les détruire à différentes
occasions. Ils vous épargnèrent seuls, pour mieux se venger de cet affront, en
vous martyrisant. Mais ce qui sauva ces monstres fut la faiblesse impardonnable
de vos ancêtres qui furent lamentablement par trop généreux, alors qu’ils
connaissaient pourtant pertinemment le mépris supérieur dans lequel les tenaient
ces étrangers voulant leurs imposer leurs moeurs et croyances ; les soumettres,
tout simplement.
Ils le payèrent alors de leurs vies, ces quelques siècles plus tard. On ne transige
pas avec le mal, jamais, telle est la grande leçon de la Vie cosmique.
D’expérience, nous savons qu’une humanité ayant ce venin en son corps et en
son âme est irrémédiablement condamnée ; inutile donc de perdre son temps à
tenter sauver ce qui ne le mérite nullement.
Se sachant la dernière tribu de leur race perdue sur ce monde et ayant
lamentablement échoué dans leur ultime mission d’expansion universelle, car
incapables de repartir à la conquête d’un nouveau monde ; les Khuigs décidèrent
alors de cette destruction quasi générale de l’humanité, en un genre de suicide
collectif retardé...ayant définitivement sombrés dans la folie, paranoïa meurtrière
totale. Fin logique pour des malades mentaux.
La Nature, dans sa grandeur et sagesse infinie, fit une fois de plus oeuvre de
salubrité cosmique.
Dernière donnée les concernant ; lors du massacre général de 2015, ils
n’épargnèrent absolument personne, même et surtout pas ces dizaines de milliers
de hauts responsables de toutes les nations traîtres qui leurs avaient vendu leurs
âmes et les aidèrent à supplicier leurs propres populations ahuries et esclaves.
Connaissant leur machiavélisme légendaire, il ne fait aucun doute que ce fut leur
grand plaisir que de les tromper une dernière fois avec délice, quoique ces
traîtres abjects ne méritaient guère mieux. Vous pouvez donc désormais les

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appeler sans crainte par leur seul vrai nom infâme de Khuigs, car personne
d’autre ne constitue leur troupeau existant encore pour peu de temps.
Nous vous expliquerons un jour les autres sources d’attaques extérieures dont
subit cette malheureuse humanité disparue, qui ne sut et ne put se défendre de
par son matérialisme outrancier d’une part, et de part son corollaire, son esprit
perverti et dénaturé par ces religions implantées par ces maudits Khuigs : le
cercle vicieux parfait. Par extérieure il faut bien entendu comprendre : d’origines
extraterrestres. Ainsi, pour en revenir à ces territoires de ce continent australien ;
ils seront dès lors bannis, interdits de terraformage pour une durée de...
Allez ! soyons bon prince, disons 500 années de votre temps, telle est ma
décision : c’est impératif ! Vous aurez intérêt à convaincre vos semblables de ne
pas passer outre à cette sentence, car c’est un ordre irrévocable du Grand
Conseil Intergalactique, que je représente en ce jour et heure, et qui couvre de
son autorité cette galaxie.
Contrevenir à un tel ordre exposera la planète coupable à subir le même
sort ! Mais je vous sais suffisamment intelligents et pragmatiques pour ne point
aller à l’encontre de vos intérêts. Pour exécuter cette sentence donc, nous allons
écarter nos vaisseaux ravageurs l’un de l’autre pour couvrir ce continent de nos
armes. Nous volerons à un minimum de 11.430 mètres d’altitude vers le plein
sud. Suivez-nous en vous tenant légèrement au-dessus de nos appareils et au
moins à un mille nautique en arrière pour éviter d’éventuelles radiations dues à
de possibles interférences électromagnétiques. Du fait que notre vitesse sera
supérieure à celle de vos chasseurs, nous les prendrons dans un faisceau tracteur
pour vous permettre de nous suivre, vous n’aurez qu’à simplement laisser faire ;
vous retrouverez la maîtrise de vos appareils dès la fin de ce travail.
Ha ! N’ayez aucune crainte, il n’est pas question de radiations atomiques ou
autres, non, seuls ces fous criminels de Khuigs ont eu la folie et l’outrecuidance
de passer outre à cette prohibition universelle des mondes habités dans tous les
univers de ce seul cadran du cosmos, incluant bien évidemment d’innombrables
autres dimensions parallèles, leurs ensembles représentant des trillions de
trillions de mondes aux civilisations avancées. Et, seuls de tous ceux-ci, notez le
bien, ces monstres de Khuigs ont commis cet outrage innommable.
Filmez le plus possible ce spectacle horrible d’un monde annihilé, chose que
nous regrettons toujours mais devons exécuter sans faillir. Dévastation
heureusement peu commune dans l’univers, ce qui en dit long sur les pouvoirs
exceptionnels de nuisance de vos, de nos Khuigs, aussi, maintenant, rit-il. Nous
partirons de suite après l’exécution de la sentence, retournez alors à votre base et
assurez tous les vôtres de nos intentions les plus amicales envers vous tous.
Nous vous l’avons largement prouvé déjà avec nos petits dons technologiques
faient à votre James Whistler, n’est-ce pas, Mary Houston ? ainsi qu’à son illustre
prédécesseur, ce grand farceur de Lary Whyspianskir. Derniers points
importants : vous pourrez vous poser de suite après notre départ si vous le
désirez, et nous vous le conseillons même, pour y constater deux choses :
1º Du degré immense de cette dévastation qui aura lieu jusqu’à grande
profondeur, soit plusieurs dizaines de mètres ; tout y sera définitivement mort
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mais ne présentera absolument aucun danger de radiation ou autre : nous ne
sommes pas des barbares, nous.
2º Vous trouverez les trésors que ces malades mentaux, nos ennemis communs
et ennemis du genre humain, ont volé durant ces millénaires à tous les peuples
de cette planète : des centaines de tonnes d’or en lingots et monnaies diverses ;
encore plus en lingots d’argent ; des fortunes colossales, selon les standards
anciens, en pierres précieuses et couronnes royales ; des oeuvres d’art, tableaux,
statues...mais qui à notre avis sont d’aucune valeur véritablement artistique car ce
sont les oeuvres du dernier siècle d’avant l’attaque de 2015 principalement, dont
eux-mêmes, alors au faite de leur puissance, avaient fait monter artificiellement la
cote car ils avaient phagocyté tout le commerce mondial de l’art, comme tout le
commerce mondial en général d’ailleurs.
Il est évident que des barbares ne puissent promouvoir que le laid et le non-
sens, eux qui promurent les horreurs d’esthétisme comme le dadaïsme,
surréalisme, cubisme, et tant d’autres dégoûtations, insultes à l’intelligence et bon
sens. Mais en fait, que pouvait promouvoir d’autre un peuple aussi barbare,
insane et pervers ?
Vous trouverez donc ces trésors volés à vos aïeux de tous les peuples disparus ;
au centre du continent, sous ce monolithe géant de couleur rouge appelé sur vos
cartes d’époque, Ayers Rock. Après l’attaque de 2015 ils y ont fait percer une
gigantesque chambre forte souterraine pour y amasser leurs trésors, c’est bien là
une idée de malades fous furieux. Des centaines d’esclaves y trouvèrent la mort :
vos frères de sang, et les nôtres aussi, car la race blanche est la seule originaire de
cette galaxie, et de millions, milliards d’autres. Nous vous expliquerons un jour
prochain les origines des autres races peuplant alors ce monde ; vous pourrez
comparer par la même occasion avec les délirantes et mensongères théories
officielles émises sur ce sujet par les anciens soi-disant savants du monde mort.
C’est proprement sidérant !
Ce mont Ayers Rock, sera le seul de resté intact sur un rayon de 6 kilomètres,
vous pourrez y entrer à volonté car les systèmes de sécurité et fermetures d’accès
ainsi que celles des chambres fortes sont tous éliminés par nos soins, et ce
définitivement. Cependant, notre devoir est de vous aviser que ces richesses,
selon comme on les considère, ne sont somme toute que pierres et métaux, mais
qu’elles furent la cause du malheur du dernier monde disparu. Elles générèrent
l’envie, la convoitise, la soif de puissance et la jalousie, meurtres, parjures et
assassinats sans fin ; la liste des malheurs en découlant sont malheureusement
infinis.
Vous serez seuls juges de l’utilisation possible mais non obligée de ces objets
illusoires au moindre bonheur. Ils n’ont causé jusqu’alors, je le répète, que
malheurs et la mort de milliards d’êtres humain, mais ils sont votres, ils sont
désormais la concrétisation réelle, la visualisation flagrante des malheurs passés
de ce monde. Chaque lingot d’or que vous prendrez dans vos mains sera le prix
de la mort, torture et esclavage de combien d’hommes et de femmes ? Et
combien d’enfants martyrisés, violés, prostitués, immolés ? Des centaines ? Des

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centaines de milliers ? Plus ? Certainement oui ; mais nul n’y répondra vraiment
jamais, mais leur poids pèse très lourd dans le contencieux de cette race damnée.
Notre conseil est de les y enterrer à jamais mais, vous serez donc les seuls juges,
en vos âmes et consciences, seules. Pour cela, au coeur de cette caverne dont
l’entrée est au milieu de la face Nord de ce rocher, marquée d’une balise
lumineuse placée par nos soins ; vous y trouverez à l’intérieur un petit monolithe
en métal irisé, indestructible. C’est en fait un cube de moins de deux mètres de
côté ; c’est nous qui venons de l’y poser à l’instant par téléportation.
Cette machine est en réalité une arme, un désintégrateur. Si vous jugez ces
trésors indignes de vous tous, considérant à juste titre les infamies dont ils furent
la cause, il vous suffira d’appuyer sur l’unique bouton de visible sur l’une de ses
faces. Vous disposerez alors de trente minutes pour quitter cet endroit, et vous
en tenir éloignés, car la caverne et le mont Ayres Rock partiront en fumée, ils
seront désintégrés.
AVIS. La commande de destruction une fois enclenchée, est définitive. Vouloir
déplacer ou enlever cette arme aura le même résultat de destruction, instantanée.
Notre avis et conseil sont le suivant - Appuyez sur ce bouton !
Et enfin, sachez, Patrick Mac-Clelland, qu’en tant que chef de votre mission,
que tout ce que je viens de vous dire depuis le début, est gravé par nos soins sur
votre console de communications. Filmez bien cette stérilisation pour témoigner
devant vos frères de notre fraternité éternelle, s’il n’en dépend que de nous, et de
notre puissance et détermination redoutable. Nous nous reverrons.
Je vous salue, frères, au nom de tous les miens. Exécution !

Les deux appareils géants se séparèrent sur une ligne Est-Ouest, un peu au Sud
du 10ème parallèle, chacun couvrant par moitié les 4000 kilomètres de largeur du
continent. Les six chasseurs Akadis les suivirent après un temps d’hésitation :
trois derrière chaque monde volant, comme trois guèpes derrière un ballon
dirigeable...Ils braquèrent tous leurs moyens de détections vers le sol, les zooms
réglés à fond, une caméra restant en permanence sur le monumental appareil
étranger devant eux ; puis l’ensemble s’ébranla...Ils assistèrent alors à un
spectacle dantesque, effrayant, car sous eux la vie disparaissait comme par magie,
comme dans une vague nuée, leur semblait-il.
De chaque appareil partait comme un rayon fin et évasé couvrant les deux mille
kilomètres environ du territoire réservé àchacun, comme un voile à peine visible,
si ce n’était une légère irisation de l’air. Derrière cette barrière irréelle, le sol
paraissait trembler, pris de violentes vibrations, convulsions ; les roches et monts
étaient disloqués au passage d’une sorte de mascaret géant, puis aplanis ; seule
surnageait de la poussière, unique témoin de leurs existences passée ; les forêts et
lacs et rivières disparaissaient sur une ligne avançant en les gommant.
Les constructions faites par l’homme, que ce soit un simple pylône, une cloture
ou des bâtiments, étaient atomisés, plus rien n’en restait de leurs structures et
matériaux ; annihilés qu’ils étaient par une sorte de rayon spécial qui les frappait
dès leurs présence détectée. Des grands ensembles tels que les agglomérations, il

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ne restait qu’une immenses dépression, une profonde dépression de plusieurs
dizaines de mètres de profondeur.
Les animaux tentaient de fuir à la dernière seconde, inconscients peu avant de
cette mort étrange qui leur tombait alors brusquement dessus, les désintégrant en
une fraction de seconde. Ils eurent la sensation qu’ils n’avaient pas le temps de
souffrir, tant l’action létale était intense et rapide. Chaque vie animale
disparaissait en un léger flash à peine rosi, et il en fut de même des hommes et
femmes, ces milliers d’esclaves reproducteurs parqués dans un gigantesque
enclos électrifié ; pauvres hères redevenus des quasi animaux d’élevage, leurs
géniteurs pour beaucoup d’entre eux.
Ces derniers étaient sortis de leurs barraquements décrépis pour regarder,
intrigués, ce monstrueux vaisseau spatial survolant leur territoire tel un éclair, car
les quelques trois mille kilomètres et un peu plus du Nord au Sud furent
parcourus en exactement cinquante trois minutes, constata Patrick Mac-Clelland,
et de ce continent il ne restait que poussière, uniquement de la poussière ; même
l’unique grand fleuve, le Murray, ainsi que les rivières et les lacs avaient été
comme vaporisés. l’Australie était définitivement rayée de la carte de ce monde.
Arrivés au-dessus du Golfe de Springer, au Sud-Est du continent, au fond de
celui-ci, les terres ayant été totalement destructurées jusqu’à grande profondeur,
cela provoqua de gigantesques fissures dans lesquelles les eaux de l’océan
s’engouffrèrent avec fureur, emportant tout sur leur passage et comblant les
dépressions des villes et villages disparus, telles que les villes de Port Augusta,
Quorn, etc.
Ces eaux de marée haute remontèrent avec furie vers le Nord tel un mascaret
géant, comblèrent la dépression du Lac Torrens qui venait d’être asséchée et,
prenant de la vitesse dans un monstrueux maelström, continuèrent leurs
furieuses avancées pour venir finir par combler à quelques 400 km au Nord,
l’immense dépression du Lac Yere, asséché lui aussi, située à 12 mètres sous le
niveau de l’océan. Une immense mer intérieure longtemps parcourues de vagues
géantes baignait maintenant cette région sud de ce continent. Peut-être,
pensèrent-ils, que cette mer intérieure communiquant avec l’océan par un vaste
chenal sera un bien, propice au renouveau de la vie, l’accélérant tout au moins.
Sur une idée de Alison Gordon, le second du chasseur 127, ils appelèrent cette
mer, la Mer du Nouveau Monde.
Les deux appareils étrangers se regroupèrent et partirent lentement vers le Sud
puis, ayant retrouvé le contrôle de leurs chasseurs et alors qu’ils les voyaient
clairement, les six équipages virent nettement les sortes d’anneaux à l’équateur
des deux gigantesques astronefs se mettrent à tourner vertigineusement autour
d’eux, briller d’une lumière écarlate puis, durant deux à trois secondes les deux
engins devinrent gigantesques, paraissant se gonfler comme un ballon et occuper
tout le ciel, puis ils disparurent d’un coup, comme gommés.
Avaient-ils vraiment existé ? Le spectacle de désolation absolue qui régnait
maintenant au sol en était le meilleur témoignage ; seule maintenant cette Mer du
Nouveau Monde illuminait ce gigantesque néant plus mort que tous les déserts
réunis de ce Monde. Ces douze jeunes Humains venaient de faire une brutale
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connaissance avec la grande loi de l’univers et un empire galactique avec lequel il
leur faudrait dès lors compter ; mais ils furent d’avis que jusqu’alors ils n’avaient
eu qu’à se féliciter de leur attention à leurs égards, eux tous, ces si minuscules et
fragiles terriens...réalisèrent-ils brutalement.
Continuer leur reconquête était la mission maintenant officielle et demandée,
exigée par tous ces innombrables mondes inconnus...Combien avaient-ils dit
qu’il y avait de galaxies dans leurs confédérations ? Ces chiffres étaient si
vertigineux qu’ils doutaient de les avoir bien compris, il leur faudra réécouter cet
enregistrement, dont le pilote et responsable de la mission, Patrick Mac-Clelland,
s’empressa de faire cinq copies pour les distribuer à ses compagnons des autres
chasseurs, la prudence élémentaire l’exigeait.
Ils communiquèrent donc en clair maintenant, plus personne de ce secteur de
ce globe ne risquait d’intercepter leurs communications radios. Patrick Mac-
Clelland leur proposa donc d’aller à la découverte de ce fameux trésor enfoui
sous le mont Ayers Rock ; ainsi, tous répondirent irrésistiblement à ce sentiment
puissant et fantastique qui certainement fut le moteur principal de l’avancée
humaine sur ce globe, et dans la galaxie entière, la curiosité ; sentiment sans lequel
rien n’aurait été construit.
L’Ayres Rock apparut rapidement et ils allèrent en direction de sa face Nord ; la
balise lumineuse les guida de suite sur l’entrée. Ils se posèrent et en cercle autour
et débarquèrent ; le chef de mission décida d’envoyer leurs chasseurs en attente
sur géopoint, à basse altitude. Ils se dirigèrent vers la balise positionnée à plus ou
moins une vingtaine de mètres de la paroi rocheuse et, perplexe, ne virent rien
ressemblant à une entrée.
Cette balise est un engin de couleur d’un métal clair et brillant, d’environ 1,55
m dépassant du sol, visiblement plantée récemment et légèrement penchée. De
forme irrégulière, elle possède un gros renflement en son milieu. Étrange
particularité : elle semble construite d’un seul bloc, à aucun endroit de l’objet on
ne voit une quelconque trace d’assemblage d’éléments séparés, comme fentes,
vis, soudures, etc. , confrontés à une inexplicable technologie super avancée...
S’étant séparés pour prospecter le terrain aux alentours, ils revinrent bredouilles
au bout de peu de temps au point de départ ; rien dans les environs immédiats
de la balise n’indiquait une possible ouverture, encore moins sur la roche du
monolithe qui sonnait partout le plein d’une structure compacte.
Furieuse de leur recherche infructueuse, Ashley Wendkos, la psycho du
chasseur 258, donna un violent coup de pied rageur dans ce foutu engin et
s’écria, exaspérée, Sésame, ouvre-toi ! Merde ! et aussi incroyable soit-il, le miracle
eut lieu ; car brusquement, sur quinze mètres de long au pied de la paroi, la terre
s’ouvrit et découvrit un large escalier s’enfonçant sous le monolithe. Ils se
regardèrent tous les douze, éberlués, mais celle qui le fut le plus fut l’auteur de ce
rocambolesque événement ; ils sautèrent de joie et la félicitèrent.
-Il faut surtout croire à l’impossible, de nos jours, s’écria le compagnon
d’Ashley Wendkos, le pilote George Wheastone, si vous racontez ça à n’importe
qui aux Appalaches, ils vont se foutre de votre poire, c’est garantit !
-Ouais, c’est pas moi toujours qui m’en chargerai, lui répondit sa collègue.
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-Allez, go ! terminé la parlote, à l’action ! ordonna Patrick Mac-Clelland.
Ils s’engagèrent dans l’escalier et descendirent une trentaine de marche, allant
prudement vers la gueule sombre de cet antre Khuigs quant, arrivés à l’aplomb
de la paroi du monolithe, une lumière vive éclaira brusquement l’intérieur d’une
grande caverne ovale, de laquelle partaient cinq galeries. En son milieu trônait le
cube de métal irisé : le désintégrateur. Ils entrèrent, après avoir passé un sas vitré
blindé. Une ambiance climatisée régnait en ces lieux ; l’air y était sec et frais, le
sol ainsi que les murs étaient carrelés de blanc Ils suivirent au hasard la première
galerie sur leur gauche et débouchèrent dans une immense salle dans laquelle
était entreposé d’innombrables rangées de piles de gros lingots d’argent ; piles
allant jusqu’au plafond, à huit mètres de hauteur. Il devait y avoir là des milliers
de tonnes de ce métal, ce spectacle était impressionnant.
Ils revinrent sur leurs pas et s’engagèrent dans la deuxième galerie, arrivant ainsi
dans la section des arts, comme leur avait parlé leur inquiétant cicérone étranger.
Là, des salles innombrables regorgeaient de tableaux, statues et objets étranges,
et comme annoncé, tout ce fatras était un amoncellement de laideur et nullité la
plus outrageusement criarde, tout était bon pour la flamme, sans plus.
Troisième galerie ; ce fut celle des réserves d’or...Le spectacle les cloua sur place
à l’entrée d’une salle immense encore ; des montagnes de lingots de ce métal
précieux jetait leurs reflets pernicieux.
Quatrième galerie ; là ils y trouvèrent du mobilier somptueux, vaisselles
richissimes, verres en crital...
Cinquième et dernière galerie...la salle dans laquelle ils entrèrent était un délire
des sens de part les éclats lumineux jetés par toutes ces gemmes de grandes
valeurs...Il y avait là toutes les richesses volées aux pleuples de cette Terre. Ils y
reconnurent les plus grands joyaux de l’histoire du monde qu’ils avaient vu dans
des vidéos ; avec les Cullinan, le plus gros diamant trouvé, en Afrique du sud en
1905, du nom de son inventeur, pesant inicialement 3106 carats, puis qui fut
taillé en plusieurs joyaux devenus fameux.
Sur un panneau à l’entrée était affiché la liste avec photos des diamants les plus
célèbres, avec indication de sa localisation dans ce dédale de présentoirs. Ainsi il
y avait le Ashley Wendkos, du Sceptre d'Edouard VII à la Tour de Londres, pesant
530,2 carats ; le Cullinan II, de la Couronne Impériale à la Tour de Londres,
pesant 317,4 carats ; le Cullinan IV, de la Couronne de Mary à la Tour de
Londres ; le Orloff, de 189,62 carats ; le Régent, de 140,5 carats ; le Florentin, de
137,27 carats ; l’Etoile du sud, de 128,8 carats ; le Tyffany, de 128,51 ; le Koh-i-noor,
de 108,94, etc. Puis encore, des étagères de couronnes royales ; des plateaux
tapissés de velour sur lesquels étaient présentés des quantités fabuleuses de
diamants, des saphirs, puis idem de rubis, d’émeraudes...des étagères entières de
colliers de perles magnifiques...
Insoutenable débauche de beautés sulfureuses. Ils frémirent de la vision de tant
de richesses amoncelées qui avaient quelque chose d’obscène. De retour dans la
caverne centrale, les équipages se sentaient oppressés, agressés par ils ne savaient
quoi vraiment, un sourd et inexplicable malaise s’était emparé d’eux tous...

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Ce fut la petite psycho du chasseur 324, Melody Moore, qui comme toujours
avec sa grande et fameuse sensibilité eut la réponse à ce sentiment de mal-être
qui les envahissait insidieusement. Ils l’écoutèrent car ils la connaissaient bien
pour ses révélations hors du commun. Melody avait le don de sentir des choses
qui habituellement laissait de marbre le commun des mortels ; combien de fois
les avait-elle prévenu à tant d’un danger inconscient pour eux tous.
Ils l’écoutèrent.
Melody est une petite et mince jeune Femme de vingt printemps à peine, les
cheveux chatains et yeux marrons foncés ; elle était livide, comme en une sorte
de transe ; c’était l’annonce d’une intense émotion, comme ils le savaient
bien...puis elle parla, reprenant ses esprits, comme récitant un texte de
mémoire...elle avait le regard fixe, intense...les regardant d’une étrange façon...
-C’est comme nous l’a dit cet Olyasten Darfolkern, souvenez-vous bien de ses
paroles prophétiques et très lourdes de menaces « Chaque lingot d’or que vous
prendrez dans vos mains sera le prix de la mort, torture et esclavage de combien d’hommes et de
femmes ? Et combien d’enfants martyrisés, violés, prostitués, immolés ? Des centaines ? Des
centaines de milliers ? Plus ? Certainement oui ; mais nul n’y répondra vraiment jamais, mais
leur poids pèse très lourd dans le contencieux de cette race maudite ». Je rajouterai que celui
qui aura la folie d’user de ces objets de rapine de ces criminels, sera de même
maudit pour l’éternité...
Melody Moore s’anima alors, elle redevint passionnée comme à son habitude.
-Mes frères, je vous en prie, ne voyez-vous pas que cette caverne est l’antre des
enfers ? Cette grotte est la négation, un affront à la Vie sacrée et de l’honneur le
plus élémentaire. C’est la raison de notre malaise actuel...Nous commençons à
être contaminés par ces montagnes de malheurs sous forme de métaux et pierres
gorgés du sang des notres, des millions de nos frères sont morts pour elles, à
cause d’elles. Suivons le conseil avisé de cet Olyasten Darfolkern, et qu’il en soit
béni pour nous avoir révélé ces monstruosités, car il en sait quand même
infiniment plus que nous tous, non ? Faisons sauter à jamais cet antre du mal
absolu avant de succomber à cette damnation. Appuyons sur ce foutu bouton !
Moi je suis pour, dit-elle en levant énergiquement un bras, qui d’autre ? cria-t-
elle, les bravant de son regard ferme.
Comme émergeant d’un sommeil de plomb, leurs bras se levèrent
lentement...tous furent de son avis, pas un seul ne se déroba. Ils se dirigèrent
vers le monolithe irisé, le désintégrateur. C’est encore Melody qui eut la bonne
idée ; ils installèrent trois caméras autour de leur groupe et, ensemble, lentement,
tous groupés, ils joignirent chacun une main et c’est unis qu’ils enfoncèrent ce
fameux bouton. Ils plièrent bagage et ressortirent en courant, les trentes minutes
de délais annoncé par l’étranger ne les rassurait pas tellement...Les chasseurs
furent rappelés au sol et ils embarquèrent ; sauf qu’au dernier moment, toujours
cette foutue curiosité, le chef de mission se ravisa et couru récupérer la balise ; il
l’arracha facilement du sable, et s’écria.
–Je voudrais bien voir ce que tu as dans le ventre, ma belle...Sésame !

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Il courut à son chasseur et décolla en trente secondes, les autres étant déjà en
vol. Ils se rejoignirent à près de deux mille mètres d’altitude et encerclèrent de
loin l’Ayers Rock, et attendirent, toutes les caméras braquées sur l’objectif.
Ce fut cataclysmique.
Brusquement, le mont en entier parut se soulever de terre jusqu’à cent mètres
de hauteur, puis il fut prit de violentes vibrations allant croissantes et pour finir il
se disloqua en gravas qui furent projetés aux quatre vents...Il n’en resta plus
qu’une petite colline en pente douce ; une intense poussière s’éleva puis disparue
peu à peu, emportée par le vent. Le symbole de ce continent venait lui aussi
d’être rayé de la carte ; plus aucune repaire ne pouvait dès lors indiquer
l’emplacement d’un trésor sulfureux et maudit à jamais, et si tant soit peu il exista
encore. Les milliards d’humains victimes de ces monstres, venaient d’être lavés
d’un coup des symboles de leurs puissance, et de leurs calvaires.
Melody, s’écria dans son micro maintenant ouvert en permanence.
-Merci à tous, pour votre courage et grande et difficile sagesse, et n’ayez aucun
regret car nous venons tous les douze de sauver notre jeune Humanité d’une
destruction certaine. Soyez-en persuadés. Que Gaïa notre mère bénie veille sur
votre félicité ; je vous aime et suis fière de vous, merci.
-Maintenant, s’écria alors Patrick Mac-Clelland, en riant, terminé avec ces
drames épouvantables, nous sommes bien vivants, jeunes, beaux et joyeux, et
plus rien ne nous retient dans ce foutu endroit ; alors sus à l’écurie, direction le
grand levant, allons retrouver nos amis, nos frères et soeurs et sans oublier nos
maîtresses et amants. EN AVANT !
Les six appareils virèrent de bord de concert et partirent comme de minuscules
flèches vers le Nord-Est, dans un ciel d’azur et de bons présages, car ils
ramenaient aux leurs la caution inestimable des puissances cosmiques. Les
dernières Vies venaient de quitter ce continent durement chatié par un Conseil
Galactique situé quelque part dans ces cent mille années lumière de leur galaxie.
Ce continent maudit retournait au néant originel. La petite planète Terre, Gaïa,
pour ses fils et filles, perle d’azur délicatement posée sur ce sombre velour
stéllaire, venait de faire une timide entrée dans le grand carroussel de son
univers. Des millions de mondes daignaient la recevoir parmi eux, elle venait
pour ce faire d’en payer ce lourd tribut : l’emputation de ces territoires infectés et
corrompus par cette lèpre faite homme, démoniaque, l’ensemble voué
indéfectiblement à l’oubli et la damnation éternelle.

L’escadrille des six chasseurs arriva aux Appalaches peu avant 21:00 h. Pendant
que les équipages partaient retrouver les leurs, le chef de la mission alla
directement vers le Central Stratège, le PC d’attaque, avec un rapport complet
des événements gravé sur un disck-mémoire, et la balise jetée sur son épaule.
Son arrivée fut l’occasion de retrouvailles marquée par l’affection de tous, mais
à leur grande surprise, le chef de mission coupa cours à leurs effusions et
demanda à ce que le Conseil des Sages et les chefs stratèges soient de suite
réunis, ainsi que James Whistler, car il devait les aviser d’un événement bien plus
important encore, arrivé depuis le départ des deux chasseurs leurs ayant appris
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l’abandon provisoire des territoires par les Khuigs. Il leur donna rendez-vous
dans une heure, le temps d’aller se doucher, se changer et se restaurer.
La réunion demarra rapidement et sans préambule, Patrick Mac-Clelland ayant
préparé la vidéo, il les mit succinctement au courant de l’arrivée sur leur monde
de ces étrangers. Il fit quelques remarques d’appréciations personnelles, puis il
leur fit écouter l’enregistrements des monologues de cet étranger se faisant
appeler Olyasten Darfolkern, puis il leur passa la vidéo de la désintégration de
l’île Timor et la stérilisation du continent australien, suivit de leur visite dans la
caverne du mont Ayers Rock, les vues de ces richesses gigantesques, et pour
finir, leur destruction décidées par les douze patrouilleurs, sur le conseil avisé de
leur inestimable collègue, Melody Moore, suivant en cela celui de l’étranger.
A la projection du document, il serait tombé un tapis de bombes sur la base
que l’effet de stupéfaction n’aurait été pire, ce fut la consternation générale dans
cette assemblée.
-Ainsi, mes amis, dit Patrick Mac-Clelland, ayant fait notre part, et suivant les
conseils de cet Olyasten Darfolkern, la balle est dans votre camp maintenant, à
vous de décider de la suite à donner à ces nouvelles donnes qui changent bien
évidemment la vision de notre futur car, nous ne sommes plus seuls sur ce
monde, et il est de notre intérêt vital de respecter ces lois dites, Galactiques.
Pour ma part, tout commentaire de plus ne sera que superflu et perte de temps.
Il s’adressa ensuite en particulier à James Whistler, et lui tendit la balise.
-James, connaissant ton esprit brillant, tu as tout saisi de cette histoire
fantastique, voici une preuve flagrante de cette réalité, cette balise d’évidence
hors du commun, je parle de son mode de fabrication inusité...Essaie de voir ce
qu’elle a dans le ventre, si toutefois tu parviens à l’ouvrir, ce dont je doute
fort...Mais tu es l’homme des miracles, alors...à toi l’honneur de ce défi.
Ce dernier prit la balise comme si c’était un objet de grande valeur et partit
rapidement vers son labo.
-Pour ma part, mesdames et messieurs, rajouta-t-il, je vous salue bien et vais de
ce pas me coucher, car je ne vous le cache pas, toutes ces émotions m’ont
littéralement épuisé. Bonne nuit à tous ! Et il les quitta à l’instant.
En ces quelques heures seulement, la situation de ce monde venait d’être
profondément bouleversée.
La première chose que fit la président du grand Conseil des Sages, Ruppert
Burrows, fut, avant d’émettre la moindre parole, de faire une copie de ce
document ; durant ce temps il téléphona au PC des opérations des chasseurs, en
vue d’organiser le départ immédiat de l’un d’eux, un chasseur rapide devant
amener de toute urgence, en catégorie Express rouge, un document en
Euromorte, à la station Bertrand ; document à remettre en mains propres au
président du Conseil local, Georges, et ce quelque que soit l’heure d’arrivée ; ce
dernier se devant d’en faire une copie et la faire parvenir pareillement aux
responsables Espingos.
Le chasseur rapide d’attaque nº2358, armé à outrance, partit à 23:47h
exactement, le document serait livré ce lendemain, foi du pilote, Billy Hocks et
de son psycho Courtney Haward qui, malgré qu’on ne leur en demande pas tant,
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en répondaient sur leur vie, car tous maintenant étaient sur des charbons ardents
et prêt à se donner au maximum, et même au pire...fauves enragés prêt à bondir
sur leurs proies.
-Mes amis, dit alors Ruppert Burrows, s’adressant à l’aéropage groupé
silencieusement devant lui, je vais tenter d’exprimer les sentiments de la majorité
d’entre nous pour, comme l’a dit avec juste raison ce pilote avisé, Patrick Mac-
Clelland, éviter les commentaires superflus.
Nous voici donc définitivement fixés sur ces étrangers qui, c’est un grand atout
pour nous tous, se réclament d’être nos frères ; mais, ne puis-je m’empécher de
rajouter que pour eux, nous sommes leurs petits frères, et de ce fait, comme
dans toute société humaine, si nous ne marchons pas droit nous sommes
suceptibles de subir quelques punitions que je présume peu agréables...
Il vaut donc mieux éviter de leur déplaire et continuer normalement notre
mission d’anéantissement de nos ennemis communs, car telle est visiblement la
mission qu’ils nous ont confié. Vue leur puissance technologique et militaire, ils
pourraient facilement s’en charger eux-même, mais pour une raison qui leur est
propre, nous voici officiellement chargés de la besogne, ce qui n’est pas pour
nous déplaire, car dans le cas contraire nous nous serions sentis frustrés,
avouons-le.
Toute la nombreuse assemblée rit de bon coeur.
-Mais, considérant l’heure tardive, retrouvons-nous ici demain matin à 8:00h
pour de plus amples décisions éventuelles. Pour ma part, je vais aussi me
coucher, bien le bonsoir à vous tous !
Tous l’imitèrent, demain serait un autre jour, avec ses joies, ses peines et...ses
surprises.

Ce fameux lendemain fut encore la source d’un événement qui glaça le sang de
tous ces responsables de la veille, mais la nouvelle vint cette fois de James
Whistler, qui réclama la réunion en urgence du Conseil, mais surtout la présence
impérative de tous les équipages des six chasseurs de retour de l’ex-Australie.
Une fois tous réunis de nouveau, il s’adressa à eux depuis le podium...et
contrairement à son habitude, d’un garçon jovial et fort animé, ils lui trouvèrent
d’emblée un air abattu, certains lui trouvèrent même une pâleur inhabituelle...
-Mes amis, comme me l’a dit Patrick, le responsable de la mission, il m’a lancé
le défi d’ouvrir cette foutue balise et, me connaissant bien, c’était le meilleur
moyen que j’y parvienne ; ce que je fis effectivement...Peut-être aurait-il mieux
valu que je n’y parvienne point, mais le destin en ayant décidé autrement je vous
livre donc les résultats sans rien omettre, vous avez ma parole. Ainsi donc, dans
ce renflement du corps de la balise, j’y trouvais un disk-mémoire du même type
que les nôtres en usage général, ce qui est déjà fort étrange...Il dû y être téléporté,
sans l’ombre d’un doute. Le message sonore agrémenté d’images qu’il contient
est assez court, mais le plus effrayant qu’il me puisse imaginer ; je vous le passe à
l’instant, soulagé de partager ce secret qui va vous terroriser...Mais dites-vous
bien que nous sommes vivants et en bon chemin pour la reconquête ; accrochez-
vous à cette idée qui vous sera grandement salutaire, et pardonnez-moi encore
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d’avoir ouvert cette foutue balise, quoique, en y pensant bien...avais-je vraiment
un autre choix ? J’en doute.
James inséra le disk-mémoire dans le lecteur et appuya sur la commande.

L’écran géant montra une vue prise visiblement depuis l’un de ces mondes
volants, à travers la mire d’un viseur, avec de nombreuses rangées de chifres
défilant à grande vitesse sur les côtés. D’abord la vision de leurs six chasseurs en
fuite, puis qui stoppèrent et s’alignèrent sur un large front d’attaque, faisant face
aux deux mondes de métal. Ils virent divers zooms sur leurs chasseurs, puis des
vues diverses prises durant la désintégration de l’île de Timor, puis leur opération
de stérélisation du continent, les six chasseurs les suivants à distance.
Ils virent ensuite brusquement, d’une vue grand angle, le vaste intérieur du
poste de pilotage et de commandement de l’un de ces mondes volants ; poste de
pilotage où s’activaient environ une douzaine d’hommes et de femmes, tous
jeunes. Il y avait là des blonds, des bruns, des roux, avec toutes leurs gammes de
nuances ; tous ces gens leur ressemblaient parfaitement. La plupart d’entre eux
étaient occupés visiblement devant de nombreux et mystérieux appareils ; vêtus
d’une sorte de combinaison métallisée de couleur bleue pâle, nues têtes, des
bottines de cuir de couleur beige aux pieds ; un ceinturon de couleur métal
argenté avec un large fermoir doré. Certains ont des galons sur l’épaule gauche et
la poitrine à hauteur du sein gauche...
La vision se focalisa ensuite lentement sur un jeune homme calme, quoiqu’ils
soient tous jeunes, assis dans un grand fauteuil devant un impressionnant tableau
de bord et un immense pare-brise. Trente ans environ, souriant, paraissant
occuper un poste central de commandement. L’homme a les cheveux chatains
clairs taillés courts et les yeux noisettes, il est imberbe, comme tous ses
compagnons. Sur son épaule gauche et la poitrine, brillent sur un fond d’azur
sombre d’une large barrette, une rangée de cinq étoiles d’or entourant en forme
de fer à cheval, une spirale représantant visiblement une galaxie qui, suivant ses
mouvements, grâce à un support holographique, montre cette dernière soit vue
de face, à plat ou sur la tranche, se présentant alors en une sorte de galette allant
s’éffilochant et séparée en deux parties longitudinales par son milieu ; ils y
reconnurent sans risque d’erreur l’effigie de leur propre galaxie...L’homme parla.
La voix maintenant connue de tous de cet Olyasten Darfolkern s’adressa à eux
tous sur un ton courtois, et ce tout le long de son monologue, sans jamais élever
le ton. Discours type d’un homme occupant une haute fonction et connaissant
parfaitement son propos et n’admettant pas la réplique ; détail intéressant, il ne
semblait pas lire un texte, il s’exprima de façon fluide et spontanée, regardant la
caméra, détendu et serein, souriant même parfois.

-Mes amis, et plus particulièrement, vous tous, les équipages de ces six
chasseurs, car vous avez été au-dessus de toutes nos espérances, et vous tous en
général, cette jeune Humanité à la reconquête de votre monde.
Vous avez visité cette caverne maudite de nos ennemis communs et avez donc
constaté les incommensurables richesses y étant stockées. Venant de l’autre
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monde disparu, quiconque aurait trouvé un tel trésor aurait été prêt à tous les
crimes pour s’en emparer...Mais pas vous, ce fut là la preuve éclatante de votre
grandeur d’âme, et la preuve que vous êtes dignes de notre confiance et aides
passées et futures. Nous sommes fiers de vous. Mais je vous dois la vérité
absolue, car telle l’exige notre éthique et pratique ordinaire. Nous avions ordre
de vous tenter à presque l’impossible, où tout être faible aurait succombé.
Si vous êtiez ressortis sans appuyer sur le bouton de cette arme, ce qui aurait
démontré alors clairement votre vénalité et pouvoir d’être corrompus, vous
n’auriez pas dépassé le sas de la sortie que l’ensemble aurait explosé, comme il l’a
fait peu après sur votre propre initiative. A la suite de quoi, ce monde aurait vu
ses populations restantes également stérilisées, seules auraient subsisté la vie
marine et terrestre, la vie végétale, les insectes et animaux.
Ce monde serait alors redevenu un éden naturel et sauvage, mis en jachère pour
une longue durée, le temps de tuer d’éventuelles forces telluriques néfastes, cas
rare mais qui arrive parfois dans une planète de densité semblable aux 5,52 k de
celle-ci, gravitant autour de ce type de petite étoile jaune de type G. Pourquoi,
direz-vous, votre planète pourrait, je dis bien, pourrait-elle présenter de tels
risques ? Sachez qu’à ce jour c’est encore pour nous un mystère non encore
élucidé, mais quoique rare, un fait bien réel.
C’est justement ce que nous venons de faire dans toute l’Asie et en Afrique, car
ces dernières populations ayant été très gravement, volontairement contaminée
par les Khuigs, qui leur inoculèrent plusieurs maladies pour les éliminer ; leurs
restes, mêmes épars risquaient de développer une pandémie à retardement ; tous
ces continents présentaient un haut niveau pathogène inacceptable pour votre
futur ; nous venons donc de les éliminer jusqu’au dernier. Ce continent africain
en particulier est donc à nouveau vierge de l’homme ancien. Plus tard, après
deux siècles de mise en quarantaine, vous pourrez l’exploiter à nouveau à
volonté en sécurité ; idem de l’Asie.
Derniers points où nous venons également d’intervenir à votre insus et que
vous constaterez pas la suite ; comme nous l’avons fait de l’Australie. Nous
avons, lors du dernier équinoxe, rayé de la carte des territoires sur le reste de la
planète, une partie des villes qui furent traditionnellement des antres de ces
malades mentaux, les Khuigs. Territoires qui sont désintégrés sur un rayon de 50
km ; ce sont les villes de Washington, New-York, et Los Angeles, dans vos
territoires ; ainsi que les villes suivantes en Euromorte, comme la nomment vos
frères de ce continent : Londres, Paris et Rome. A leurs places ne subsiste
désormais qu’énormes trous de trois cents mètres de profondeur, remplis soit
par un fleuve ou par la mer, ou bien par les deux ensembles.
Visionnez les vidéos de ces destructions.
La stérélisation, comme en Afrique, est donc ce que nous devions faire sur ce
monde depuis le début mais, les Khuigs, emportés par leur folie homicide ont
commis ce génocide. Ayant eut bien évidemment connaissance bien avant de
leur projet, nous attendîmes le résultat, puis nous vous avons octroyé ces
quelques générations de sursis, une quinzaine au maximum, à vous, ces rares

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survivants inévitables ; tablant sur votre petit nombre initial pour voir comment
vous alliez vous comporter.
Bien nous en prit car vous devinrent rapidement et à notre grande surprise et
félicité, ces guerriers dignes de vos lointains ancêtres, et mille fois supérieurs car
vous avez éliminé d’instinct et intelligemment les sources des maux qui les
anéantirent, soit, un système commercial, politique et religieux ; l’argent maudit
étant le lien universel les unissant dans leurs esprits de rapines et de négation de
l’individu. Il ne vous restait plus qu’à réussir ce test de probité, délaisser ce trésor
australien, ce que vous fîtes avec brio.
Verdict bien souvent le plus redoutable et fatal.
Mais nous étions relativement confiants, particulièrement en la sagesse,
moralité et grand pouvoir de sensibilité et perception de votre compagne,
l’honorée Melody Moore, qui fut le moteur essentiel de cette parfaite réussite. Je
la salue ici au nom des miens ; que vous soyez honorée à jamais, Melody, ma
soeur, pour avoir sauvé votre monde ; cette Gaïa, comme vous la nommez,
étrange et joli nom qui va à merveille à cette ravissante planète qui à cette
mystérieuse beauté femelle qui donne envie de la posséder ; soyez en toujours
digne car elle est un joyau véritable.
Sachez que vous êtes, et vous pourrez en être légitimement fiers, la première
civilisation de ce monde à parvenir à ce privilège, ceci après des millions
d’années de votre temps sidéral, et du premier ensemencement humain que nous
fîmes ; puis des onze tentatives de civilisations successives qui suivirent et ont
échoué ; c’est une bonne moyenne disons, mais un peu faible.
Ces quelques millions d’années, c’est moyennement le temps requis à une
espèce humaine isolée sur un monde pour prendre conscience, au cours de ses
autodestructions successives et inévitables, de l’énormité et gravité de ses
propres erreurs qui, s’accumulant, oblitèrent ses chances d’évolution spirituelle,
et de là, sa perception de la nécessité impérieuse de devoir changer ses moeurs,
son sens directeur de la vie puis, faut-il encore que ce concept se propage dans le
temps et les inconscients collectifs successifs de ces civilisations avortées de
milliards d’individus ; ce qui en soi est un second handicap quasi insurmontable
car une telle masse sclérose toute spontanéité et sentiment créatif ; véritable
quadrature du cercle en fait.
A ce propos, et en deux mots : sachez que chaque monde possède, entre divers
autres, un réseau de radiations très particulières l’entourant, réseau constitué par
l’accumulation électro-psychique, la somme des milliards d’âmes des morts. Pour
lui donner un nom qui vous est accessible aujourd’hui ; quelques générations
avant la fin de l’autre monde, certains auteurs l’appelèrent la noosphère ; ce qui
représente le capital d’intelligence et spirituel évolutif d’une espèce ; capital
exploitable indispensable à toute évolution, mais seulement à une société évoluée
qui acquit la sagesse, le mérite.
D’évidence, ce monde disparu qui avait sombré corps et biens dans un
matérialisme suicidaire abyssal, était ainsi très loin de pouvoir atteindre de tels
niveaux évolutifs. Ils en étaient aux antipodes, si seulement même, ils eurent une
seule fois conscience de l’urgence d’une telle importance et nécessité. Leur chute
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fut donc inévitable car ils ne pouvaient ainsi percevoir cette grande évidence,
cette porte ouverte sur un futur grandiose
Vous devez certainement votre subite résurrection spirituelle au fait que vous
fûtes si peu nombreux et que vous fûtes surtout capables de décripter les maux
de vos prédécesseurs, les exclures et exploiter intelligemment ces acquis avec
ardiesse. Quoique, pour être tout à fait franc, ayant constaté cette tendance
positive en vous tous, nous vous avions fait bénéficier, ce au tout début des
premiers survivants, d’une petite aide imperceptible mais prépondérante, une
sorte de pichenette évolutive : nous vous avions senti fantastiquement déterminé
à reconquérir votre monde, et nous nous sommes de ce fait pris de passion pour
votre communauté et devenir ; ce seul sentiment confraternel nous détermina à
effectuer cette petite entorse à nos us et coutumes.
A ma connaissance, d’une si subite prise de conscience, votre cas est unique
dans la longue histoire de cet univers, ainsi que possiblement d’autres. C’est
d’ailleurs une leçon que nous retiendrons pour l’avenir, voyez que l’on en
apprend tous les jours. Généralement, et vous en êtes une preuve vivante de
plus, les sociétés qui accèdent à ce niveau y parviennent le plus souvent quand
elles prennent enfin des mesures drastiques de réduction très significative de leur
densité de population. N’oubliez jamais dans l’avenir que sur ce type de petite
planète, petite mais fort jolie, répétons-le, une société humaine ne doit jamais
dépasser une densité 4 à 500 millions d’éléments au grand maximum.
Les terres émergées ne représentant qu’environ 105 millions de km², et les
terres théoriquement cultivables même pas la moitié. Surtout que l’homme sain
d’esprit résidera principalement et durablement dans la bande territoriale au
climat tempéré et confortable, ce qui limite drastiquement les surfaces habitables.
A moins d’être un fou ou un pervers, car sauf pour besoins passagers, qui aurait
l’idée saugrenue d’aller habiter durablement dans un désert, des montagnes
gelées, l’équateur aux miasmes létales ou dans des steppes glaciales du fin du
monde ? Hérésie, pure hérésie !
L’Homme est esprit avant tout, et l’homme sain et civilisé à besoin de grands
espaces : c’est un impératif à son éternelle quête d’évolution spirituelle. Tel l’aigle
royal et majestueux, l’esprit exige l’immensité pour s’épanouir. Une société
humaine digne de ce nom ne fait pas de l’élevage, horreur seule digne des
sociétés primitives. N’oubliez pas : le confinement et la proximité suffocante de
ses semblables atrophient l’esprit et développent automatiquement des réactions
logiques et inévitables de rejet et pulsions meurtrières, d’autodestruction donc ;
en voir la preuve flagrante du dernier monde disparu qui succomba à un
écoeurant grouillement.
Ce que les société humaines arriérées et primaires nomment fièrement
grégarisme, est en réalité la marque de leur incontestable manque d’évolution
spirituelle les bloquant au niveau de l’animal, tels des lemmings qui
s’autodétruisent régulièrement ; sociétés s’excluant par cela même à leur
accession à notre grande et honorable famille galactique de la race blanche.
Bref ! Vous venez de passer brillamment le test vous donnant le plein droit de
siéger au grand Conseil Galactique, avec un pouvoir de vote de un
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1/1.520.000ème de voix, il en va de même pour les 1.236 autres nouvelles jeunes
civilisations actuellement dans le même cas que vous. Des degrés successifs vous
permettront éventuellement de vous élever lentement dans notre hiérarchie
galactique, selon vos seuls mérites.
Détail important, cette position n’est jamais définitivement acquise, car comme
la liberté elle se conquiert à chaque instant. Pour vous donner un exemple,
chacun de nos frères et soeurs se fait un point d’honneur d’assumer ses devoirs,
remplir ses charges ; ses droits lui sont définitivement acquis, nul n’a donc
besoin de s’en soucier tant qu’il respecte les conventions en usage, qui sont,
rassurez-vous, essentiellement basées sur le respect et liberté absolu et le bien-
être de tous.
Sachez que dans nos sociétés de très grande liberté et justice, qui sont aussi
protégées de déviances criminelles éventuelles par une loi inflexible, qui punit de
désintégration et sans recours tout fauteur de trouble, que cela soit un individu,
une société ou un monde...et plus si besoin. En réalité, nos soucis et pratiques
majeures sont le fruit du plaisir actif de contribuer naturellement et
bénévolement, par exemple, et en vrac : au développement et recherche
scientifique ; l’artisanat ; la culture biologique ; la protection préventive de la
nature ; l’exercice des arts ; la musique ; la pratique des sports ; les fêtes en tous
genres ; les joies de l’amour, et de la guerre parfois aussi, etc.
Nous pourrions nous désigner comme une société ludique, studieuse et
industrieuse, apparents contresens parfaitement opérant sous un bénévolat qui
est une des bases de notre civilisation. Cela est possible principalement par le fait
que nos sociétés sont basées sur l’amour des siens, le respect, l’harmonie et le
partage ; les concepts d’argent et de commerce y étant forcément inexistants
puisqu’ils sont invariablement la cause de déchéance et suicide de toutes sociétés
basées sur ces valeurs ; si l’on peut nommer valeur un élément aussi destructif.
Vous fîtes d’emblée le même choix de société que nous, c’était dire le pas de
géant que firent vos ancêtres directs dans des conditions de survivance pourtant
des plus précaires, et par-dessus tout, vous, leurs descendants, conservèrent ces
valeurs ; en cela déjà, nous vous reconnûmes pour être dignes d’être nos frères.
Cela étant dit, pour que vous ne pensiez point que la vie en nos sociétés y est
ennuyeuse et uniquement sérieuse, par le Cosmos, grand non ; car c’est
exactement le contraire : cette mission sur votre monde, par exemple, est pour
cette petite escouade composée seulement de ces deux petits vaisseaux
ravageurs, une occasion de se dérouiller les jambes, suivant l’expression
universelle, une petite fête, car c’est la première sortie, intervention militaire
armée depuis maintenant pas loin d’un bon demi-millénaire de votre temps
sidéral, c’est pour dire. Personnellement, c’est de ce fait ma troisième sortie
punitive ; je suis un privilégié en quelque sorte.
Comme vous le constatez, cette galaxie est en plein boum, vous avez la chance
et l’honneur d’en faire parti maintenant, soyez en toujours dignes. Bienvenu
parmi nous tous donc, vos frères de la race blanche, puissante et fière. Nous
sommes les seigneurs et guides spirituels de cette galaxie, hautement respectée
par ses pairs des univers citoyens. À bientôt donc, pour cette rencontre tant
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attendue des deux côtés maintenant, rencontre où vous aurez les réponses à vos
innombrables questions.
Et joyeux massacres de ces derniers Khuigs, ces infects ennemis du genre
humain !
Recevez les amitiés et salutations des miens.
Votre dévoué, frère et ami Olyasten Darfolkern, Amiral-Cinq du vaisseau
ravageur Lugh Làmh-Fada.

Dans cette assemblée tétanisée, un léger brouhaha se fit entendre, Melody


Moore venait de s’évanouir.
Les personnes les plus près d’elle se précipitèrent et lui firent rapidement
reprendre ses esprits avec quelques petites gifles efficaces... Tendue, Melody leur
déclara alors, ce qui ne fut pas pour les rassurer outre mesure.
-Écoutez-moi tous. J’ai ressenti une impression bizarre, mais je ne sais
comment expliquer la chose ; c’est lorsque je les ai vu sur cette vidéo, dans leur
astronef...Il y a une chose étrange...comme une anomalie à leur sujet ; nous
serons encore plus que grandement surpris quand nous les rencontrerons.
Préparez-vous à ce jour-là à nous devoir encore affronter l’inconcevable. Mais
il y a une chose cependant que je ne comprends pas clairement et hésite à vous
confier : j’ai comme l’idée fixe d’une...ne riez pas, s’il vous plaît, merci ; l’idée
d’une échelle, les concernant. Je sais que cela est stupide, mais pourtant
authentique et persistant dans mon esprit ; mais vous vous rappellerez alors de
mes paroles.
L’incident fut clos.
Et comme peu de temps avant, un second chasseur rapide partit vers
l’Euromorte livrer en Express rouge un double de ce document à Georges de
Bertrand, incluant les remarques des participants Akadis, dont le pilote Patrick
Mac-Clelland, James Whistler, plus connu sous le titre honorifique de Grand
Manitou, et le président et coordinateur en chef, Ruppert Burrows.
Sur ce, passés ces moments difficiles révolutionnant les esprits de tous, le
Conseil des Sages, après l’élimination nécessaire des données concernant
l’existence et la destruction du trésor de l’ex-Australie, car n’étant plus
d’actualité, mirent tous les personnels de la base et des stations de leurs
territoires au courant de la stérélisation totale de ce continent ; leur montrant les
vidéos de cette venue dans leur monde de ces exraterrestres se réclamant d’être
leurs amis. Esprits pragmatiques aussi, ils se consacrèrent dès lors et
exclusivement à peaufiner les détails de l’attaque générale, seule réelle donnée
importante pour l’heure ; le reste aura bien le temps d’être analysé plus
profondément en son temps.

Prévenus depuis plusieurs jours de leurs venues nocturnes probables, les gardes
en planque dans la casemate blindée de l’entrée de l’aven de la base Esperanza,
en Franki, virent arriver une fois de plus, par cette nuit sans lune, une noria de
perceurs espacés les uns des autres de deux à trois minutes. La dernière réunion
23
des chefs stratèges et des chefs des commandos responsables de l’attaque en
Franki, allait commencer. Cette nuit, c’était les équipes devant attaquer la cible nº
1, celles du grand sage et stratège Georges de Bertrand. La grande caverne de
l’entrée avait depuis plusieurs semaines été évacuée de tout ce qui encombrait
l’espace au sol et fut aménagée en une gigantesque salle de réunion.
Comme dit précédemment, trois espaces distincts y étaient délimités.
Un pour chaque cible, avec pour chacune une grande maquette de 9 mètres de
côté, reconstituant la ville-cible. Des ordinateurs, écrans géants et projecteurs
étaient à disposition de tous ces guerriers sur le point de partir à l’assaut final.
Une petite foule dense de 146 chefs des sections d’assaut se pressaient autour
de la maquette les concernant, au-dessus et sur un fronton était écrit le nom et
les coordonnées géographique de la ville-cible, où on pouvait ainsi y lire en
grandes lettres majuscules noires sur fond blanc.
FRANKI - Méditerranée - Côte d’Azur.
Cible Nº1 - CANNES - 43º 32',7 N - 07º 01’ E
Aérodrome - Mandelieu >>> 6,5 km W
Topographie - Concentration ennemis sur la plage centrale, nommée la
Croisette + 1 îlot résidentiel de villas situé au N-E, quartier dit le Super-Cannes.
Les deux autres emplacements avec leurs maquettes sont les cibles situées vers
l’Est : la nº 2, Marina Baie des Anges, malgré que leurs résidents soient voués
aux enfers, et pour finir, la cible nº3, Monaco, où les joueurs compulsifs allaient
découvrir un jeu étrange et des plus inattendus.
Nous retrouvons là avec grand plaisir tous nos amis depuis le début de cette
véritable épopée guerrière et civilisationnelle, car Girelles et Bertrand, ainsi que
neuf autres stations se sont jointes pour ce grand rush final sur cette cible
privilégiée, après sa meilleure exploration et connaissance par le pilote Alexandra
et Claude, son coéquier et amant passionné ; mais sans surtout oublier le
principal protagoniste de ce grand jour, Marcellin, l’ancien esclave majordome
qui par ses révélations sur les moeurs et coutumes locales révolutionna les
pratiques de leur espionnage.
Ces stations, association des communautés résultant de nombreuses affinités
tissées au fil du temps par leurs habitants, plus que par tout autre choix ou
sélection sur de vagues critères, car tous sont des guerriers accomplis, et pas une
station ne pourrait décemment revendiquer une hypothétique suprématie
guerrière ou autre...Il en sera ainsi comme dans toute chose, on combattra
d’autant mieux que ses compagnons et compagnes sont ses amis et amies, ses
frères et soeurs, son amant ou sa maîtresse ; les liens sont ainsi plus étroits et
efficaces, tout simplement.
Et puis, tentons d’imaginer un court instant quels plaisirs ineffables, quelle
émulation délirante que sera un massacre joyeux et atrocement sanglant pratiqué
en famille...Rien, avouons-le ne pourrait jamais remplacer de tels moments, c’est
d’une telle évidence. Un tel lien ainsi tissé dans le sang et les tripes de l’ennemi
est proprement indestructible.
Le bruit d’un ongle tapoté doucement contre un micro ramena un silence total,
la session commençait. Tous regardèrent avec chaleur leur ancien et guide
24
spirituel et stratégique, le grand Georges, revêtu uniquement de sa combinaison
militaire, comme eux tous présents ; il se racla la gorge.
-Mes amis, bonsoir à tous, je n’ai pas compté mais je suis certain que vous êtes
tous présent à cette ultime réunion des chefs de sections, avant ce grand jour
fatidique...d’après-demain. Qui aurait réellement pu imaginer qu’un jour nous
entendions de telles paroles...et pourtant, nous y voilà, car dans deux jours à
cette même heure, notre Humanité sera libre ! Cria-t-il.
Une formidable ovation lui répondit, les rires, cris et railleries sur leurs
ennemis fusèrent dans une grande joie...puis le calme revint lentement. Ils
regardaient l’orateur, leurs visages radieux, illuminés d’une paix et foi intense.
-Honnêtement, et vous devez l’avoir deviné, cette réunion n’était pas nécessaire
stratégiquement, car tout est au point et bien rodé depuis maintenant pas mal de
temps. Si j’ai demandé à nous réunir cette dernière fois, cela fut simplement dans
l’unique souhait de nous voir tous réunis...pour se remémorer toutes ces
innombrables années de lutte acharnée, de constance qu’il nous fallut à tous au
cours de ces générations. Pour, aussi, que nous ayons une pensée pour tous nos
ancêtres qui nous ont amené de par leur sacrifice, courage et résolutions
inébranlables, en cet instant magique où, nous, leurs fils et filles vont pouvoir
légitimement réaliser l’oeuvre pour laquelle ils ont sacrifié leurs vies.
Une sourde onde de murmures parcourue l’assistance...
-Mes amis, j’aimerais, s’il vous plaît, réciter une prière à leurs âmes esseulées qui
parcourent ce monde quasi désert et qui commencent à repeupler, comme vous
le savez, la nouvelle noosphère de ce monde, Gaïa, notre mère à tous. Je vous le
demande avec grande émotion de vous joindre à ma pensée pour les remercier et
leur dédier nos combats imminents et notre victoire, qui sera aussi la leur avant
d’être la nôtre...Acceptez-vous cette union spirituelle particulière ?
Une sourde approbation lui répondit puis, une voix anonyme perdue dans cette
foule vibrante d’émotion l’exhorta à poursuivre.
-Continue, Georges, mon frère, nous sommes tous avec toi, tu le sais bien.
-Merci à tous ; j’ai tenté composer modestement une courte prière, la voici,
répétez après moi. Georges commença à réciter d’une voix grave.
Vous, nos pères et mères qui avez tant soufferts, (la foule reprit sourdement, etc)
Vous, qui sans compter avez sacrifié vos vies,
Vous, qui avez bataillé sans discontinuer.
Gaïa, dans sa grandeur va exhausser vos souhaits.
Nous vous dédions cette bataille finale que nous allons donner.
Nous vous devons d’exister, nous vous rendrons votre honneur.
Nous sommes forts et résolus, tels que vous nous fîtes.
Que Gaïa, qui vous enfanta comme nous-mêmes,
Continue de nous protéger pour que perdure notre race.
Que Gaïa, qui d’épaves fit de vous des irréductibles,
Comme pour vous, nous fortifie encore et toujours.
Car nous répendrons la justice et l’amour sur sa splendeur éternelle.
Vive notre glorieuse race blanche, la sentinelle de l’amour.
Vive Gaïa, la mère, qui nous couva en son ventre sacré !
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Soyez tous bénis !
Après un court instant d’hésitation, une nouvelle et formidable ovation secoua
les stalactites enfin de nouveau visibles depuis le sol, car tous les perceurs et
transports préalablement stockés depuis longtemps sous cette immense voûte,
étaient maintenant et depuis plus d’une semaine dans les mains de leurs
destinataires, éparpillés dans les stations, planqués dans les forêts à leurs
alentours ; chargés qu’ils seront demain et jusqu’à la gueule, de guerriers
farouches et de marchandises les plus variées, et pour beaucoup, létales.

Les charretiers et les forestiers, en experts des dangers de la nature et


courageux coureurs d’aventures, avaient depuis des jours déjà rapidement rempli
leur contrat de captures ; s’occupant de leurs nouveaux et étranges pensionnaires
avec une immense dévotion. Tenant certains dans un état de sous-alimentation
judicieusement calculé, qui les rendaient ainsi d’une fureur si intense qu’ils en
mordaient les barreaux de leurs cages. Ils n’auraient pas été individuellement
séparés qu’ils se seraient entre-dévorés.
Tous ces gars se souviendront longtemps de ces incroyables parties de chasses,
traques et piégeages si spéciaux...Et tout ça grâce à ce cerveau si génial de leur
grand sage des sages, Georges ; tous le bénissaient pour leur avoir offert cette
fabuleuse récréation à la gloire d’Artémis ; seul un Homme de sa trempe et aussi
génial avait pu concevoir et réaliser pour finir, un événement aussi extravagant.
Il leur tardait à tous de voir leurs chers pensionnaires enfin en action...

Les stations étaient toutes sur le pied de guerre ; c’était le moment des derniers
contrôles des matériels, celui aussi des dernières recommandations et conseils
des adultes aux enfants, dont la pluparts piloteront les perceurs et transports en
tous genres, ainsi que ceux équipés des armes spéciales dont dépendra le succès
final de l’attaque. Qui, du monde disparu, aurait pu penser et surtout oser mettre
le succès de cette entreprise vitale entre les mains de jeunes garçons et filles de
12 ans et plus ? C’était bien là la marque d’un peuple sûr de lui et de sa confiance
en chacun des siens, la certitude absolue que, peu importe l’âge, chacun fera son
travail quoiqu’il arrive, que chacun ira jusqu’à donner spontanément sa Vie s’il le
faut : une telle armée, une telle race est invincible !
Dans ces innombrables jeunes qui allaient partir au combat, la tension était
palpable, comme on peut s’en douter ; ils bouillaient d’impatience de passer
enfin à l’attaque. Mais, les plus malheureux étaient ceux, et ils étaient nombreux
aussi qui, pour manque de quelques petites années ou mois en âge, devront
rester à leur station. Et l’un de ceux-là était le fils ainé de Marion, Clovis, qui
avec ses dix ans se voyait privé de ce combat par faute de deux ridicules, petites
et mesquines années, surtout qu’il voyait son pote préparer son barda, le grand
François, le fils ainé d’Alexandra, la grande amie de sa mère, avec Claude et
Hugues...

26
Clovis est déjà un grand et robuste garçon d’une dizaine d’années ; un visage
carré, un air franc et autoritaire, les cheveux noirs et brillants comme ceux d’un
corbeau, avec de magnifiques yeux bleus un peu plus clairs que ceux, célèbres de
sa mère. Sur le fond de sa peau blanche, le contraste de ces yeux clairs et
lumineux sur cette tignasse sombre et toujours peignée à la va-vite, habitude de
sa chère mère aussi, lui donne une aura mystérieuses qui ne laisse personne
indifférent, que ce soit les adultes ou les enfants. Clovis est un gars qu’on écoute
quand il parle, il a cette autorité née et qui en impose à tous, et qui même
destabilise facilement un adulte...ce dont ce dernier profite honteusement, il le
reconnait lui-même...mais parfois seulement.
Alors que Marion et Hugues étaient justement occupés, papier et crayon en
main à vérifier une fois de plus la liste des matériels entrant dans leur perceur,
Clovis arriva et se plaignit avec véhémence à sa mère, de ne point embarquer
pour piloter un perceur d’attaque pour la grande bataille décisive.
-Clovis, mon chéri, lui dit Marion, tu sais bien et depuis longtemps pourtant
que tu ne peux embarquer. Il te faut accepter nos lois ; de plus, ici, tu seras très
utile au cas ou il y aurait des complications dans la bataille, tu pourras aider en
pilotant un transport pour amener nos gens dans la base Esperanza, d’accord,
mon grand ?
-Ta mère à raison, intervint Hugues, il leur faudra des pilotes courageux et
compétents comme toi justement, pour les sauver, alors tu vois, de faire ce
travail est aussi important que d’aller lutter pour notre liberté à tous, ton rôle est
le même, semblable aux autres : gagner cette guerre et sauver tous les nôtres.
Pauvre Clovis, un jeune guerrier tel que lui, pétant le feu et obligé de ses plier à
des ordres, c’est un monde ! Mais...ruminait-il au fond de sa caboche de jeune
impétueux, j’ai peut-être pas encore dit mon dernier mot, on verra bien, se dit-il
en aparté, tout en se pliant d’apparence aux désirs des grands...
-D’accord, maman, je vois qu’il faut des pilotes ici aussi ; ils peuvent compter
sur moi ! Hugues, prends soin de ma mère, alors !
-Promis, Clovis, lui répondit ce dernier, tu as ma parole d’honneur.
-Ha ! ha ! comme c’est drôle, ricana celle-ci, comme si j’avais besoin d’un garde
du corps, non mais ! s’esclama-t-elle les poings sur les hanches, les regardant en
hochant la tête, scandalisée.
-Oui, maman, parce que tu est trop intrépide, voilà ; promets-moi de mesurer
ton ardeur à exterminer l’ennemi, j’ai envie de te revoir vivante, dit-il sur un ton
autoritaire.
-Bien, à vos ordres, monsieur mon fils ! dit-elle sérieuse en se raidissant au
garde-à-vous en claquant les talons, puis elle éclata de rire et se baissa pour le
prendre dans ses bras pour le couvrir de baisers ; je serai prudente, rien que pour
toi, je te le promets, mon chéri, t’es content ?
-Oui, merci maman, je t’aime très fort tu comprends, c’est le pourquoi de tout
cela ; mais comme tu as promis, alors je suis tranquille maintenant, merci ; j’ai
juste une petite faveur à te demander.
-Vas y, Clovis, mon chéri, de quoi s’agit-il ? répondit-elle en le reposant au sol.

27
-Pendant votre combat, à toi et Hugues, dit-il, les regardant tour à tour, la tête
levée vers eux deux, promettez-moi d’en étriper quelques uns en pensant à moi,
en mon honneur, puisque je ne puis personnellement savourer ces instants
magiques ; certainement à cause de lois totalement ineptes, à mon avis, mais
bref, je vous prie donc de me remplacer à la tâche, d’accord les tourtereaux ?
-Promis ! fut le cri d’ensemble des deux grands, tu peux compter sur nous.
-Soyez forts et irréductibles, je compte sur vous ! dit-il encore d’un ton ferme.
Puis le gamin les salua, les planta là et partit d’un pas ferme...déjà à quelques
distance, il se retourna et leur cria.
-Excusez-moi, mais j’ai beaucoup à faire aujourd’hui !
Continuant son chemin d’un pas décidé, il marmona entre ses dents : Faut dare-
dare que je me trouve une vache de planque dans un de leurs foutus engins, ça oui, et ça urge,
les mecs !
Les deux grands en questions, sidérés d’un tel aplomb de ce bout de chou, les
poings sur les hanches, le regardaient partir, puis se regardaient, puis le
regardaient s’éloigner, puis se regardaient de nouveau, incapables de sortir un
mot devant un tel culot...C’est Hugues qui réussit à parler le premier.
-Mais au fond, pourquoi aller se poser tant de questions, quand on connait la
mère...
-Franchement, il manque pas d’air ce môme, répondit-elle sidérée, tout juste dix
ans, et quelle assurance, non mais t’as vu ça ?
-Oh ! tu sais, ma chère Marion, ne t’en étonne pas, car toi la maman de ce
véritable prodige sur patte ; en apnée tu pourrais battre tous les records,
alors...fit-il d’un vague revers de main, et faisant la moue.
Elle lui donna une vigoureuse claque sur l’épaule, en s’esclaffant.
-Ah c’est malin ! mais c’est vrai qu’il a de qui tenir.
-Qui est son père ? si c’est pas indiscret, bien entendu.
-Oh non ! C’est Charlie, le forestier, le Casse-cou comme ses collègues
l’appelaient, et qui s’est malheureusement tué dans un stupide éboulement de
rochers alors qu’il poursuivait ce fameux ours solitaire qui avait agressé deux
bergers, blessant gravement l’un d’eux et tuant l’autre...ceci trois ans après la
naissance de Clovis.
-En effet, je le connaissait bien, dans la mesure où nous nous voyons si peu,
chacun avec nos jobs à courir les chemins et les sentiers, ce qui ne se prettait
guère aux rencontres...Avec des géniteurs tels que vous deux on comprend la
dynamique de ton fils, il a de qui tenir, effectivement.
-Tu sais qu’il me fait peur parfois, il n’a peur de rien, ça peut être dangereux.
-Oui...mais, je l’ai discrètement observé il y a une quinzaine de jours à un
entrainement de combat avec son prof, Gilles, puis au sabre et au couteau, et il
m’a semblé assez nettement qu’il a en plus des réflexes extrèmement rapides, une
vitesse d’analyse dans l’action assez stupéfiante. J’irai même jusqu’à affirmer qu’il
a ce don de prévoir de quelques fractions de secondes l’action de l’adversaire,
ceci quand il est bien échauffé, bien impliqué dans le combat.
Pour te dire toute la vérité, après ce constat, et pour en avoir le coeur net, je
suis allé voir, incognito, ses profs de pilotage, et tiens-toi bien, ils sont tous
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d’accord pour reconnaître que ton fils est précoce et super doué, et qu’en réalité
il aurait facilement pu assumer le pilotage d’un appareil durant l’attaque, car il est
déjà un super crack du manche et de l’attaque surprise, à tel point que personne
ne l’a surpassé à ce jour, même pas eux ses profs, c’est dire. Mais, ont-ils
supposé, qu’ils disent en tout cas, qu’au Conseil des sages, ils ont profité du
prétexte de l’âge pour le tenir en réserve, au cas où...Il aurait trop de valeur à
leurs yeux pour le risquer dans cette bataille, idem des quelques autres de ces
nouveaux doués dans son genre ; c’est leurs propres paroles.
Marion était abasourdie par ces propos.
-Crois-tu qu’il serait...elle ne termina pas sa phrase, tant cette supposition lui
paraissait inouïe et l’effrayait.
-Oui, Marion, ton fils fait bien parti de ces nouvelles générations de jeunes
prescients, je voulais t’en parler plus tard, après la bataille seulement mais, comme
c’est l’occasion qui fait le larron, voilà qui est fait ; et son prof, Gilles, s’en doute
aussi à mon avis... et lui aussi, je pense, doit réserver sa décision d’annoncer la
chose pour après la bataille.
-C’est incroyable...que va-t-il devenir ? Il y a de plus en plus de ces mômes avec
ces pouvoirs ; ils seraient plus d’une centaine parait-il, et rien qu’en Franki, est-ce
exact ?
-Oui...Et t’as vu toi-même son niveau de sureté de raisonnement, d’analyse et
d’expression ; c’est assez déroutant de voir ça de la part d’un môme de son âge,
j’en conviens aussi...Que vont-ils devenir, dis-tu ?
-Oui, Hugues, cela m’effraie un peu, je te l’avoue.
-Les Seigneurs de ce Monde !? Certainement des chefs, des coordinateurs ayant
une vision planétaire, vision cosmique supérieure, oui...une force qui entrainera
cette humanité au-delà de ses rêves les plus fous, possiblement, car qui saura, ou
voudra plutôt, résister à ces Hommes de fer et de flammes, ayant l’honneur et
l’amour chevillé au corps, hein ? Qui ? Qui pourrait le dire à ce jour ?
-Bon ! Pour le moment laissons ces idées sur le carreau car cela me dépasse
complètement, chaque chose en son temps, et occupons-nous de cette bataille
qu’il nous reste encore à gagner, faudrait quand même pas l’oublier.
-Excellente idée, mon coeur ; mon barda est déjà dans le perceur depuis hier ;
ça c’est déjà une chose de faite, et bien faite...et le tien ?
-J’ai encore quelques bricoles à prendre et c’est ok !
-Au fait, c’est enfin décidé maintenant ? c’est bien la petite Léticia, le pilote de
notre zing ?
-Oui, et il a fallu tirer au sort entre les trois postulants qui voulaient tous être
notre pilote ; ils sont adorables mais, fais-moi plaisir, Hugues, mon chéri, ne dis
jamais devant elle, « la petite Léticia », car elle en serait mortellement blessée,
d’autant qu’à 16 ans passé elle est déjà Femme, et une belle plante qui plus est, et
que surtout, je la soupçonne fort d’avoir un très gros penchant pour toi, mon bel
adonis ; en deux mots : tu les rends folles toutes ces jouvencelles.
-Merci du tuyau, je suis content car elle est un pilote remarquable et sûr, et très
jolie également, ce qui ne gâte rien...parfait tout ça.

29
-Moi aussi, de la savoir au manche me satisfait, elle est toujours calme et
méthodique, quoiqu’il arrive.
-Et, pour en revenir à boucler ton barda, si nous y allions de ce pas, ma douce
guerrière, car on connait ce que bricole peut sous-entendre de conséquences
incalculables dans une bouche féminine...
-Franchement, cette liste peut attendre, je l’ai déjà contrôlé trois fois et,
puisqu’il est question de bricole, si justement nous allions nous faire une petite
sieste crapuleuse avant le combat, hein, mon Apollon ? Ça délasse.
-Je suis partant pour quelques rounds, alors on y va ?
-Ok, matelot ! le premier arrivé viole l’autre !
Ils partirent d’un pas décidé vers le carré de Marion, bras dessus, bras dessous
en riant à coeur joie.

Un peu moins de deux heures plus tard environ, peu avant la nuit tombée, on
pouvait croiser un p’tit bout d’chou du nom de Clovis, se dirigeant comme à son
habitude d’un pas énergique vers la petite forêt située à quelques centaines de
mètres de l’entrée de la station Bertrand, forêt abritant les innombrables perceurs
et transports en attente de la bataille. Il était armé comme de juste de son
poignard, d’un bâton paralysant presque aussi grand que lui et de son pistolet,
armement habituel pour toute sortie en règle aux alentours immédiats de la
station.
Sur son épaule gauche était passée la sangle d’un sac de toile visiblement assez
lourd ; il saluait d’un ton affirmé les dernières personnes croisées et encore
dehors à cette heure tardive. Par contre, aurait été fort surpris quiconque aurait
découvert le contenu de son sac, car il y aurait inexplicablement trouvé un
casque de pilote de taille junior, dans lequel était un assortiment de matériels
inusités en de telles circonstances ; tel qu’un petit couteau molléculaire, une
petite perceuse portative avec sa petite centrale FMS, une boîte de forets ; des
outils divers, tels qu’un assortiment de tournevis, pinces, trois vrilles et un
assortiment de vis et divers systèmes de fermetures de portes, comme targettes,
loquets ; y compris une grande bouteille d’eau et un solide casse-croûte.
Celui qui aurait alors pensé que Clovis se destinait à une vocation précoce de
tecno de manutention, aurait commis la plus grande erreur d’appréciation de sa vie,
car ce bout d’chou était en réalité fébrilement occupé à mettre son plan secret en
action : celui de participer envers et contre tous à la grande bataille finale, dont
un guerrier de sa trempe ne pouvait, ne devait point être exclu ; c’était d’une telle
évidence qu’il se demandait, inquiet, si ces adultes avaient encore toute leur
raison ou étaient subitement devenus fous pour avoir cette folle audace et
prétention de vouloir l’en priver !
Un sourire fugitif apparut brièvement sur ses lèvres ; il jubilait en marmonant
sourdement pour lui-même : Personne n’arrête un élu, un prescient ! Il s’en irait temps
qu’ils s’y fassent !
Il tomba comme prévu sur un garde patrouillant ce secteur, planant à quatre
mètres d’altitude sur sa moto-AG, engin idéal pour se faufiler entre les arbres.
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Ces engins étaient encore le résultat du génie d’adaptation de leurs tecnos, car
ils avaient exploité judicieusement les millions de motos trouvées de partout
dans le monde ancien ; privilégiant le choix de ces Gros Cubes, machines aux
larges guidons et sièges confortables, telles ces Harleys et ces Japs aux culs de
juments, comme ils se plaisaient ironiquement à les appeler en ces temps
nouveaux, où le cheval avait retrouvé sa place d’honneur, car de nouveau associé
à part entière à la vie de l’Homme et, coïncidence ou logique ? depuis son retour
l’Homme souriait maintenant aux étoiles...enfin heureux.
Ils avaient viré les roues et à chacune de leurs places installé un petit module
AG qui comme par miracle, de par leur forme ovale constituée de huit anneaux
superposés, s’y encastrait à merveille. La place du moteur étant comme de
justesse occupée par une centrale FMS qui produisait largement l’energie requise
pour la propulsion de l’engin ainsi que celle de l’armement qui était constitué de
deux mitrailleuses laser, l’une placée sous la moto et l’autre montée sur un
support bipode à l’arrière du siège du pilote et remontant au-dessus de sa tête.
Armes asservies suivant automatiquement et alternativement la vision du pilote
dans la visière de son casque, depuis sa capture IR (infrarouge) d’une cible
éventuelle...Et en l’occurrence, celle représentée au sol par le corps de Clovis.
Dès que le garde identifia visuellement la cible, il sortit le doigt de la détente de
tir de la mitrailleuse laser inférieure, la seule d’opérationnelle pour cette cible au
sol. Le garde est un Homme pas loin des soixante-dix ans, de taille moyenne,
mince et vif, les yeux marrons et les cheveux gris clairs, dont on aperçoit une
courte frange sous son casque noir. Il fut surpris de voir ce môme encore dehors
à cette heure tardive ; il manoeuvra en virtuose entre les troncs sa moto capable
d’atteindre en treize secondes les 585 km/h, revint vers lui et posa son engin à
côté de la cible, et l’interpela, découvrant alors son identité.
-Ah ! c’est toi Clovis, mon drôle ! lui dit-il affectueusement, et que fais-tu
encore dehors à cette heure, et où vas-tu comme ça ?
La réponse était déjà prête depuis belle lurette, servie avec un naturel ingénu et
désarmant. Ha ma Gaïa ! que ne fallait-il pas faire pour arriver à son but...
-Salut Dominique ! Je viens porter du matos pour le perceur P-1752 ; ils ont
oublié un truc vachement important parait-il, et le pilote, Jacques, m’a demandé
de l’amener en urgence, car ils sont tous très occupés à une réunion je
crois...Sais-tu où je peux trouver son engin dans tous ces appareils ? Une vache
n’y trouverait pas son petit, hein ? dit-il en plaisantant.
-Une vache, oui certainement, répondit le garde en riant, mais attends, le 1752,
dis-tu ? il sortit un carnet de sa poche puis, s’aidant d’une minuscule lampe
dynamo, le compulsa quelques instant en tournant rapidement les pages puis,
satisfait du résultat de sa recherche, il lui indiqua fièrement l’emplacement de
l’appareil ; exprimant ainsi implicitement qu’il était nettement plus performant
qu’un simple ruminant.
-Dirige toi vers vers l’Est, par ici, lui montrant avec fermeté la direction du
bras ; c’est tout près d’ici, environ vingt-cinq à trente mètres ; dans la troisième
rangée, deuxième colonne sur ta gauche ; ce doit être environ un des dix
premiers perceurs, d’accord mon gamin ?
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-Merci, Domi, et chapeau ! ça c’est de la précision ; je le trouverai, n’aie crainte,
tchao ! et ouvre l’oeil, des fois que quelqu’un essayerait de tromper ta vigilance,
hein ? dit-il avec un imperceptible sourire malicieux.
-Sois sans crainte mon gars, celui qui blousera Dominique n’est pas encore né !
dit-il en gonflant la poitrine.
-Ouf ! tu me rassures, car qui peut savoir ce qui peut se cacher comme
entourloupes dans ce bois obscur.
-Je veille sur tout, tu peux donc y aller tranquille, Clovis, dit le garde avec
assurance.
-Merci encore alors, Dominique, mon bon, et re-tchao !
Le bout d’chou s’engagea rapidement sous les arbres et disparut à la vue du garde
qui reprit sa ronde volante et insouciante et se prétendant performante.
Quelques simples et stupides oies y auraient pourtant aussi efficacement
pourvu.
Des empires arrogants se sont lamentablement écroulés sous l’emprise de
telles erreurs et convictions profondément ancrées dans des cervelles infatuées.

La dernière semaine venant de s’écouler avait vue la fin d’une intense activité
aérienne nocturne qui durait depuis deux semaines : celle d’innombrables gros
transports, chacun escortés par une dizaine de perceurs d’attaque. Ils avaient,
peu à peu, au cours des nuits précédentes, transporté des stocks innombrables de
matériels de secours, dans des bases de replis tout près de l’ennemi, bases
naturelles ayant trouvé l’espace adéquat dans des grands tunnels de l’ancien
Autoroute A8 ; locaux répartis sur la distance entre les deux points extrèmes de
l’attaque prévue, de Cannes à Monaco. Le stock fut doublé de la même façon
dans des tunnels de l’ancien réseau ferroviaires ; deux bases dans le vieux réseau
et autant dans les tunnels de la récente la ligne TGV d’alors.
Ces bases regorgeaient de tous les nécessaires pour pouvoir abriter leurs
effectifs qui pourraient y vivre durant six mois. Gardée à chaque ouverture par
une escouade de gardes principalement constituée de Femmes et d’Hommes
trop vieux pour aller au combat. Escouades retranchées à chaque entrée derrière
des casemates blindées ayant de l’armement lourd, tels que canons laser,
mitrailleuses lourdes et lance-missiles, plus des herses fixées au sol, constituées
d’un large réseau serré de longues pointes effilées. Cet ensemble défensif était
invisible de l’extérieur, en retrait derrière un amoncellement enchevétré de
carcasses d’automobiles et ferrailles de toutes sortes.
À l’arrière de ce barrage encore, se dresse un filet métallique de quatre mètres
de hauteur en défense aussi des prédateurs comme les chiens sauvages et les
loups, le tout sera électrifié à la demande et en temps utile. Ces défenses étaient
impénétrables ; tout attaquant au sol qui s’y aventurera sera instantanément
massacré avant même de percevoir ses ennemis, et que dire d’une attaque
aérienne, où tout engin volant sera détruit avant qu’il ne puisse se positionner
pour ajuster son tir. Logiquement ces installations ne serviront jamais, mais...

32
L’extraordinaire de cette stratégie et activités d’une incroyable intensité, était
que rien, absolument rien ne permettait de soupçonner la moindre entreprise
militaire en préparation, tout simplement parce que rien de visible n’appa-
raissait sur la surface de ce monde de servitudes. Cette armée était l’armée de la
nuit, armée sombre et farouche, sournoise et intensémemnt mortifère, se glissant
lentement, patiemment, rampante, tendant ses tentacules venimeuses telle une
pieuvre des enfers vers son ennemi benoîtement endormi sur ses lauriers, dans
leurs palaces et sur leurs plages dorées. Chaque geste que ces guerriers faisaient,
chaque minute qui passait, les rapprochait toujours plus de ce moment tant
attendu de l’attaque qui sera le summum, leur délivrance qui explosera alors dans
la joie et le bonheur sacrificiel le plus total du meurtre rédempteur accompli dans
un lac de sang et hurlements de terreurs et souffrances de ces immondes porcs.
Depuis longtemps maintenant, depuis ces générations perdues dans la nuit des
temps, tous en rêvaient la nuit. Demain, était ce fabuleux grand jour, et ce soir, le
grand départ de chaque armada sur sa cible. Chacune autonome mais qui agira
dans un synchronisme précis, véritable mouvement d’horlogerie rodé depuis
longtemps avec une extrème précision.
La première action offensive aura lieu symboliquement ce dimanche 1er mai de
l’an 2.400, à 00:01 h. Soit, la première minute de ce jour béni entre tous.
Particularité assez incroyable et même fantastiquement symbolique selon
certains, depuis plusieurs jours maintenant, la météo était des plus favorable, une
vague de chaleur inusitée entretenait un climat estival, on se serait cru en été,
comme, selon les données en mémoire, ce jour fatal de ce 1er mai 2015.
Vengeance du destin ? Les Khuigs, maintenant, allaient pouvoir savourer le
spectacle qu’ils leurs réservaient, dans les mêmes conditions climatiques que
furent celles du génocide de leurs anciennes victimes oubliées : celle d’une
humanité en son entier. Leur cérémonie d’anniversaire allait tourner à la pire des
folies et dévastation finale de leur race maudite. La noosphère allait pouvoir
briller d’un éclat vengeur, illuminant Gaïa d’une aura de sang ; pour ensuite,
enfin, retrouver la grande paix stellaire due et définitive.

Vu le nombre impressionnant d’engins aériens devant participer à l’attaque, les


départs furent échelonnés en trois vagues d’assaut distinctes et successives,
commençant par ceux ayant pour cible la ville la plus éloignée, la ville-cible nº3,
Monaco. Ensuite ce furent comme de logique ceux allant attaquer la ville-cible nº
2, Marina Baie des Anges ; puis enfin ceux que nous suivrons dans cette bataille
décisive, ayant pour cible nº 1, la ville-cible Cannes.
Le premier départ eut lieu à 09:00 h précise ; les autres suivront à 45 minutes
d’intervale. Etant positionnés à Bertrand, tous leurs participants à cette grande
bataille étant déjà dehors, fébriles et excités, près de leurs engins, prêt et
impatients de prendre l’air à leur tour. On pouvait alors voir les survolants, une
noria incessante de centaines de perceurs et transports venant des stations de
l’ouest, allant se regrouper dans la vaste plaine au sud des petites villes de Lunel
et Vauvert, situées peu après Montpellier. De là, et suivant leurs destinations
stratégiques, chaque armada se séparait en trois vagues distinctes.
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La première vague partira sur la mer pour aborder sa cible depuis le grand large,
après avoir fait un immense détour vers le Sud-Est, en direction de la grande île
Corse, pour ensuite remonter vers son objectif à ras des flots.
La deuxième partira vers le N-E, vers les montagne des Alpes, faisant aussi un
crochet pour aborder l’ennemi par le Nord ; eux aussi évoluant à ras des
pâquerettes.
Pour la troisième et dernière vague de chacune des trois armadas, idem, l’arrivé
sur la cible se fera droit devant, depuis l’Ouest, avec un décalage calculé pour
arriver dans une synchronisation parfaite tous en même temps.
Les trois corps d’armées se tiendront un peu éloignés de leurs objectifs jusqu’au
dernier moment choisi. Ainsi, si par quelques hasard bien improbable l’ennemi
réagissait, il se trouverait devant une armada massive et attaquant chaque objectif
depuis trois azimuts en même temps. Mathématiquement cela réduisait par trois
le pouvoir de feu de l’ennemi ; et psychologiquement cela multipliait par dix le
sérénité des attaquants, ce qui était le plus important.
Mais...tous priaient leur mère, Gaïa la belle, pour qu’il n’en soit pas ainsi,
surtout pas ; cela n’était pas par peur, sentiment qui était très loin d’être
obsessionnel pour tous ces guerriers affirmés et redoutables, oh ! que grand
non ! Mais tout simplement ils voulaient se réserver la surprise de les surprendre
au gîte pour les massacrer à leur guise, selon leur plan très, très particulier.
Une balle entre les deux yeux aurait été un attentat à leur propre honneur,
cadeau inacceptable fait à ces monstres sanguinaires et abjects qui devront pisser
le sang jusqu’à la dernière goutte, hurler de peur et de souffrances à s’en éclater
la glotte jusqu’à leur dernier souffle. Un point c’est tout ! Ils devront aller
sombrer dans les flammes de leur enfer de tarés ; sanglants épouvantails
démembrés, éventrés, égorgés, ruisselants de tripailles, de larmes, de sang et de
toutes leur humeurs pourries et infectes de rebuts du cosmos en entier. Tous ces
débiles iront ainsi semer la terreur parmi les autres monstres locataires de ces
abysses de l’infamie, l’enfer, où il devait y avoir foule, vu l’état de décomposition
de l’ancien monde peu avant sa disparition. Victimes et tortionnaires allaient
pouvoir s’y expliquer pour l’éternité, selon le standard du lieu répandu par ses
propres concepteurs-nouveaux-locataires.
L’ambiance allait y être assurément démentielle et pour le coup, dantesque !

Les deux vagues précédentes étaient passées maintenant ; tous étaient montés
dans leurs appareils, nerveux, brûlants d’impatience d’en découdre. Plus
personne ne parlait, sauf quelques rires nerveux trouaient un silence de plomb.
Les portes furent enfin fermées et, sur un bip qui retentit brièvement sur toutes
les consoles de pilotages, ces dernières centaines d’appareils de cette troisième et
dernière vague s’élevèrent lentement des bois aux alentours des stations
composants ses effectifs d’assauts.
Le survol de leurs territoires était émouvant, car ces paysages aimés
représentaient ce pourquoi ils allaient se battre jusqu’au dernier s’il le fallait, sans
l’ombre d’une hésitation, avec ardeur et hargne...Chacun priait intimement pour
les revoir demain au grand jour cette fois, sans plus se cacher comme des parias
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qu’ils étaient depuis bientôt quatre siècles, ce qui n’était pas rien. Paysages
représentant les sacrifices suprèmes de vies innombrables pour avoir ce privilège
unique d’être là en ce moment, au coude à coude avec tous les siens, entassés
comme des sardines dans leurs caisses volantes les amenant accomplir le destin
de ce Monde neuf, celui de leur jeune Humanité qui allait, demain, en être le
maître devant ces Forces stellaires invisibles mais pourtant omniprésentes, ils le
savaient tous avec certitude maintenant, depuis ces quelques jours où ils avaient
pris connaissance des vidéos ramenées de l’ex-Ostrali.
Cela ne les effrayait aucunement, au contraire même, car ils se voyaient
confortés dans le choix initial qu’avaient fait leurs anciens, et d’être encore
vivants était bien la preuve de la justesse de leur conduite et coutumes de Vie. Ils
avaient l’assentiment d’innombrables univers. Parfait, il n’y avait plus qu’à
continuer leur chemin sans s’en laisser compter par ces gens-là. Puisqu’ils
s’affichent comme nos frères, alors c’est parfait ; personne n’a de quoi craindre
son frère, n’est-il pas vrai ? Alors, sus à ces pourris de Khuigs et n’en parlons
plus pour le moment.
En ces instant de solitude où le guerrier part au feu, chacun revoyait le film des
données de ces mystérieux étrangers les protégeant et maîtres d’une civilisation
faramineuse, qui les faisait rêver. Ils avaient bien entendu aussi visionné la vidéo
des destructions des villes. Celle qui les intéressa plus particulièrement fut la
vidéo de la capitale de la Franki d’alors, Paris, que leurs anciens avaient
ironiquement renommée « Pourrie-la-Décatie ». Ce spectacle était effrayant et en
même temps fascinant de par la puissance démesurée des armes de ces astronefs.
Le ravageur se positionna pile sur le centre de la ville, sur l’île de la Cité ; se
tenant à quelques six mille mètres d’altitude, un puissant et épais rayon lumineux
partit de sa base, atteignant le centre de la place devant le portique de la
cathédrale. Le rayon perfora le sol comme doigt s’enfonçant dans une motte de
beurre mou. Ensuite, ce rayon alla en s’élargissant rapidement comme une
corolle s’épanouissant, juste épousant la courbe du sol, mais sans rien détruire,
jusqu’à entourer la ville et alentour d’un cône d’une cinquantaine kilomètres de
rayon à sa base ; puis, le rayon se durcit, mur infranchissable, un véritable champ
de force délimitait maintenant ce cercle gigantesque qui englobait la ville de
Mante à l’Est, celle d’Ètampes au Sud, puis celle de Meaux à l’Ouest et pour finir
celle de Creil au Nord ; toutes cités qui allaient être rayées de la carte.
Aussitôt, les eaux du fleuve en amont vinrent butter sur ce barrage invisible et
prodigieux de résistance, commencèrent à remplir son lit puis vite déborder sur
les berges ; pendant qu’à l’inverse, en aval, l’effet contraire se produisait : le
fleuve se vidant rapidement vers l’océan, entrainant de gigantesques tourbillons
de boues noires. Quand brusquement, à l’intérieur du faisceau paraissant
légèrement irisé, se matérialisa un autre faisceau d’une largeur d’environ cinq
kilomètres de large ; pinceau destructeur qui balaya alors en rapides va-et-vient
successifs l’espace intérieur, creusant profondément ce gigantesque cratère
jusqu’à la profondeur annoncée de trois cents mètres, laissant un immense cercle
vide parfaitement dessiné, à la paroi circulaire verticale et au fond lisse et plat.

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Immense dévastation de 7.850 km² : future mer intérieure qui allait très
certainement influer sur le climat régional.
L’opération prit à peine quelques petites minutes, puis les faisceaux de ce
prodigieux champ de force furent brutalement annulés, permettant alors aux
eaux de se ruer pour combler ce vide démentiel. Les eaux en furies, fleuve et
océan déclenchèrent un spectacle d’apocalypse en comblant lentement cette
énorme dépression. Longtemps, comme au sud de l’Ostrali, les eaux furent un
déchaînement prodigieux, défonçant la berge circulaire de ce nouveau lac. Des
maisons, villages, des quartiers de villes entières déjà sectionnées en partie et se
trouvant brusquement au bord, basculèrent dans ce gouffre.
Nouveau lac remplaçant une si vieille et orgueilleuse capitale qui avait sombré
longtemps avant déjà, dans la folie destructrice de ses propres habitants, dont
une caste étatiste de privilégiés, ils le savaient, véritables sangsues, parasites qui
s’étaient sournoisement appropriés les biens publics et le centre de la ville,
engeance honnie par les autres misérables logeant dans les clapiers de la
périphérie. Ces scélérats, parasites vénéneux de leur nation, se nommaient eux-
même fièrement les Bobos, de Bourgeois et Bohème, dont, et c’était parfait ainsi,
pas même une esquisse ou lueur de souvenir ne subsistait d’eux désormais.
Cette capitale occidentale comme toutes les autres, n’ayant été depuis des
siècles qu’un vaste, lamentable et abject ramassis de bâtards de toutes ces ethnies
et corporations vouées, prostituées au commerce, à cet argent immonde et tueur
de la Vie honorable seulement.
Les autres vues montrant les villes au bord de mer furent des spectacles aussi
cataclysmiques.
Prenant l’exemple de la ville de New-York, qui comme toutes ces mégaploles
d’alors, était pléonastiquement cosmopolite et bâtarde par excellence ; le rayon
initial qu’envoya l’astronef se fixa, comme par hasard ? sur le plus ancien
symbole de la puissance des Zanko-Kouigs, l’Empire State Building, au coeur de
l’île de Manhattan même, ensemble étant le symbole orgueilleux de l’arrogance
capitaliste et criminelle d’antan, le coeur de leur empire donc.
La ville fut détruite pareillement, coupant en deux Long Islang sur une ligne N-
O et éliminant les villes de Stamford, Ossining, etc. Le fleuve Hudson se jetant
alors maintenant directement dans l’océan à ce niveau de ce vaste nouveau plan
d’eaux libres de toutes les anciennes traces de l’homme vénal et corrompu, de
ces bâtards, chantres de ce capitaliste libéral criminogène enfin disparu à jamais.
Car eux tous les survivants savaient parfaitement maintenant, que si les crimes
du fameux et sinistre communisme se montaient à 3, 4 voire 500 millions de
morts, chiffre déjà monstrueux, c’est qu’ils avaient été montés en exergue pour
savamment camoufler ceux, mille fois plus innombrables de ce capitalisme
hypocrite qui se chiffraient en réalité en milliards de victimes, car il fallait
compter en plus des guerres et révolutions provoquées par eux, tous les morts
par la faim sur la planète.
Tous victimes d’une misère endémique entretenue et provoquée par ce
libéralisme létal honni des gens pensant librement par eux-mêmes, car
conscients. Les morts des guerres civiles et du génocide de la Frika contaminés
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par les vaccins. Les morts du désespoir de vivre une vie superficielle sans plus
aucune spiritualité véritable, le tout généré, prolongé par leurs corollaires : la
désunion, chômage, trahison, suicide, mensonge, alcoolisme, prostitution,
drogue. Les morts par la pollution généralisée des produits alimentaires qui
augmentait ainsi les nombre des morts victimes des lobbies pharmaceutiques et
de leurs poisons officialisés et garantis « Bon pour la santé ! », et judicieusement
remboursés par les systèmes de santé étatistes. Ce monde était à vomir.
Le néant retournait enfin au néant. Ils en furent tous grandement satisfaits ; et
ce sera toujours ça de moins à devoir éliminer de ces montagnes de pourritures
de ces villes hideuses et puantes, ce avec nos faibles moyens. Merci les frangins,
ironisèrent-ils alors, s’adressant à ces étrangers des espaces stellaires.

Le garde qui avait intercepté Clovis, Dominique, les derniers perceurs disparus
à l’horizon, car il s’était positionné au-dessus du faîte des arbres pour savourer ce
spectacle inouï du départ de cette grandiose armada, entra à la station, de même
que les six autres gardes qui comme lui avaient gardé ces appareils. Ils rangèrent
leurs motos AG puis prirent leur tour de garde dans les casemates blindées,
rejoignant ceux déjà en positions ; chacun s’installant à son poste attitré, soit un
canon laser, une mitrailleuse lourde ou un lance-missiles.
La porte d’entrée de la station restait ouverte, au cas d’une arrivée impromptue
d’un de leurs appareils. Ils sont positionnés en deux lignes latérales verticales sur
deux niveaux, l’un défendant l’entrée toujours possibles de perceurs ennemis,
alors suicidaires, au-dessus de la plate-forme d’atterrissage ; tandis que ceux du
bas surveillent l’entrée sous plate-forme, lieu propice à une attaque de troupes
ennemies, aussi bien que des bêtes sauvages...qui tous viendront alors s’empaler
sur des herses mortelles, avant d’être pulvérisés par un intense tir de barrage.
Quelques rires et plaisanteries fusèrent durant un moment puis, lentement un
grand silence se fit dans leurs rangs. Chacun avait l’esprit entièrement et
uniquement tourné vers leurs guerriers partis accomplir le destin de tous. De
toutes les innombrables stations réparties sur ce continent, en Franki et Espingo,
où l’attaque devait commencer en premier, la même ambiance de recueillement
faisait planer un silence inhabituel dans ces grottes qui depuis ces longs siècles
avaient vu une ambiance fébrile de travail et préparations jamais finies pour ce
combat qui resta mythique durant longtemps...Jusqu’à ce grand soir béni entre
tous, où la concrétisation de leurs rêve le plus grandiose allait s’accomplir.
Il y avait vraiment de quoi en perdre un instant son calme traditionnel. Tous
étaient à leurs postes. Ces Hommes et Femmes âgés pour la plupart, s’étaient
regroupés vers la section des tous petits, tentant de les distraire du mieux qu’ils
pouvaient, mais sans vraiment grand succès, car tous étaient parfaitement
conscient de l’enjeu crucial immense de ces heures à venir...
Il allait leur falloir impatiemment attendre jusqu’à demain après-midi, le
message radio qui allait leur annoncer la victoire, car personne ne voulait penser
et admettre qu’il ne pourrait en être autrement ; un peuple de vainqueurs ne
pense qu’ainsi, c’est tout ! Mais cela n’enlevait point pour autant cette sourde
angoisse qui s’éfforçait coûte que coûte de forcer le barrage mental maintenant
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cette seule certitude vive dans les coeurs et les caboches de tous ces farouches
irréductibles, qu’ils soient à peine sevrés ou centenaires. Le reste ? Peuh ! Il n’en
fallait point leur conter ! Basta cosi !
Voilà comment on vit chez ces guerriers sans peur...enfin presque.
C’est Victor, le coordinateur de quart qui vint les distraires de leurs
angoissantes questions intimistes sur cet inconnu concernant l’attaque, qui
d’ailleurs n’avait pas encore commencée, alors pourquoi s’en faire autant ? Victor
est un hoctogénaire bon pied bon oeil, pas très grand et grassouillet, le cheveu
blanc et rare, des yeux noisettes brillants de malice. C’est un gars du midi, avé
l’assent chantant...et qui passait son temps à faire des blagues, des farces, des
conneries quoi, y avait pas d’autres mots ; mais dans le boulot, sérieux comme
un vieil hiboux qu’il était le Victor. Pour lui le turbin était sacré, on pouvait
compter sur lui à cent pour cent, et tous le savaient.
-Salut les jeunots ! leur lança-t-il ironique en arrivant à l’entrée de la grotte, j’ai
une question sérieuse, leur dit-il d’emblée. Quelqu’un a-t-il vu, ou même
entraperçu le jeune Clovis, le fils aîné de notre chère Marion ? Celui qui répond
affirmatif, gagne un verre de whisky ou une prune de derrière les fagots.
-Moi je l’ai vu, répondit Dominique, perché dans sa casemate accrochée tout là-
haut sous la voute dans la pénombre du peu d’éclairage ambiant, sortant la tête
de derrière l’affût de sa mitrailleuse lourde, se penchant vers le bas ; mais il y a
longtemps, dit-il, c’était hier au soir, un peu avant la tombée de la nuit.
-Et, où allait-il ? lui demanda un Victor qui palissait lentement, commençant à
entrevoir une entourloupe bien digne de ces satanés mouflets à l’avant-garde.
-Ben...dit Dominique sur un air d’évidence, il allait porter du matos, qu’il m’a
dit, pour le perceur P-17...52, oui, c’est bien ça, le 1752, celui du pilote Jacques,
qui l’envoyait porter des machins importants qu’il avait oublier. Le gamin avait
même un sac pendu à l’épaule, bien rempli et qui semblait assez lourd.
-Et l’as-tu revu par la suite ?
-Ben non ! j’ai continué ma ronde dans mon secteur, voilà tout !
-Et bien mes enfants, je vous annonce que ce sacré morpion vient de nous
baiser en beauté, car à l’heure qu’il est il fait parti de l’attaque, comme un grand ;
sans doute encore planqué dans le perceur de Jacques, qui va en faire une drôle
de tronche quand il va le voir apparaître comme par enchantement au milieu de
l’action ; je vois le tableau comme si j’y étais !
-Qu’est-ce qu’on va faire alors ? demanda Dominique, aussi inquiet que ses
autres compagnons dont les têtes aux yeux ronds d’étonnement dépassaient de
leurs affûts.
-Que veux-tu faire, c’est foutu maintenant, ne nous reste plus que prier le
cosmos pour qu’il ne lui arrive rien de facheux, à ce putain de môme, car sa
mère, alors, la pauvre...je ne voudrais pas être celui qui devrait lui annoncer une
mauvaise nouvelle...putain que non ! Par contre, j’hésite à transmettre cette
nouvelle aux stratèges, qu’en pensez-vous ?
-A mon humble avis, intervint d’autorité Boule de neige, de son vrai nom
Sidonie, une mémé encore alerte, le visage mince, les yeux noirs et brillants
perdus dans des cheveux blancs arrangés en une énorme boule toute frisée,
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coiffure exentrique et unique dont elle était très fière ; installée fermement à la
console de tir d’un canon laser, et qui lui répondit, penchée vers le Victor. Je ne
vois pas l’utilité de les préoccuper avec ce faux problème ; si ce môme y est, et
apparemment il y est bien, car où pourrait-il être ailleurs ? c’est qu’il l’a voulu,
alors on y peut rien ; à dix ans un môme est déjà responsable, non ? alors inutile
d’ennuyer les autres avec ces histoires : foutons leur la paix, ils le méritent tous
grandement, ils ont d’autres chats à fouetter, et des salopards aussi !
Rires de toutes l’assistance, avec hochements de têtes général d’assentiment.
-Bien, merci Sidonie, pour ton avis comme toujours pertinent, toujours droit au
but, hein ? lui rétorqua un Victor avec un regard malicieux.
-Tu sais, Victor, mon lapin, répliqua-t-elle en lui souriant, à nos âges faut aller
droit au but, oui, pour justement ne pas se perdre en circonvolutions
hasardeuses et stériles, sinon...Elle ne termina pas sa phrase et lui fit un chaud
sourire, reprenant sa posture de combat...latent. Pour elle le sujet était clos.
Victor les salua et s’en alla, préoccupé cependant, vers le coeur de cette cité
bienfaitrice pour eux tous. Les têtes des mitrailleurs rentrèrent dans leurs affûts,
comme escargots dans leurs coquilles, yeux rivés sur l’entrée de leur station à
travers la mire IR, à infrarouge, doigts posés à plat sur les détentes de tir...Seuls,
des lumignons bleutés et discrets répandaient une minuscule clarté en ce refuge
sacré, berceau de la nouvelle race maîtresse, demain, de ce Monde merveilleux,
celui de Gaïa, la mère de ces fils et filles. Générations qu’elle couva jalousement ;
ses enfants partis maintenant vers ce combat qui lui redonnera sa place
d’honneur dans cette haie prestigieuse de ces milliards de Mondes civilisés.
Cette seule pensée avait de quoi donner le vertige à ces mitrailleurs en faction
sous la voute ; tant, ces quelques derniers mois avaient été la source d’un
bouleversement total dans leurs vies jusqu’alors tranquilles vouées à préparer
inlassablement une guerre jusqu’alors mythique. D’abord l’annonce fantastique
du jour de l’attaque, puis brusquement, tant de révélations extraordinaires venant
de ces étrangers mystérieux venant d’un autre monde, nouvelles qui avaient
tourneboulées ces fragiles têtes blanches. Mais l’important était ce présent, le
reste n’avait plus aucune espèce d’importance.
C’était maintenant l’instant décisif tant espéré de cette guerre à mort, et de la
gagner ! Et c’est cela seul qu’ils allaient faire ! Point final !

Il le savait parfaitement car bien peu de chose lui échappait : ils étaient toujours
en route vers la cible. Eclairée par sa minuscule lampe torche, sa montre-bracelet
lui annonçait 23:18h. Encore environ un peu moins d’un quart d’heure et
l’armada, la leur, la dernière partie serait en position, à l’affût, toutes griffes et
crocs dehors, prête à bondir, fondre sur la proie. Cette seule idée aussi délirante
faisait monter des giclées d’adrénaline dans ce jeune organisme d’à peine dix ans
d’âge. Clovis, plutôt à l’étroit dans le petit placard de rangement babord du
perceur, dont il avait viré le maximum des objets pour s’y faire une niche, avait
bloqué la porte de l’intérieur avec son matos qu’il avait amené : deux loquets à
glissières avaient amplement suffi. Cette installation avait été grandement facilité
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du fait que la porte soit métallique, car il n’y avait aucun perceur identique, aucun
standard de construction...Il lui avait suffi de quelques points de soudures avec
son couteau molléculaire, et le tour était joué : ni vu ni connu, jubilait-il.
Il avait terminé son casse-croûte depuis peu, il but une gorgée d’eau, pas de
trop pour l’instant, pour ne pas avoir envie de pisser ; c’est pas tellement le
moment rêvé, rit-il en sourdine. Il avait bien rigolé quand, peu avant leur départ,
le second de l’équipage, un gamin de 15 ans bientôt, un peu gnangnan d’après
lui, ce mioche d’Ambroise, quel nom ridicule à coucher dehors, rit-il de pitié ;
quand cet Ambroise donc, avait tempesté et râlé quand il avait voulu en vain
ouvrir son placard pour y ranger du matériel...Jacques, le pilote, lui avait alors
gueulé de leur foutre la paix avec sa porte de placard à la noix, lui ordonnant de
coller ses affaires n’importe où sous les sièges, ou de se les foutre au c...
L’Ambroise avait dû faire une drôle de tête, sûr, car les guerriers au grand
complet avaient ri aux éclats...Il imaginait le tableau depuis son trou à rat. Il
l’aimait bien ce Jacques, un bon gars solide de 17 piges, franc de collier et pas
fier, sûr de lui et de confiance, un Homme quoi...Il avait bien choisi son perceur
et pilote, sûr...Il savait parfaitement que quand il sortirait de sa planque après
qu’il ait largué sur leur cible son contingent de guerriers armés jusqu’aux dents, le
Jacques ne ferait pas le jacques ; il se retint de rire à grand peine de ce trait.
Il en apercevait justement quelques guerriers par la fente du chambranle de la
porte ; les pauvres étaient serrés comme des sardines en boîte, suivant
l’expression usitée, bien qu’il n’ait personnellement jamais vu une seule de sa vie.
Jacques ne lui en ferait pas tout un plat, et même, il connaissait bien son côté
latent d’esprit frondeur, il serait en fin de compte ravi de cette entourloupe
envers les vieux sages et un tantinet casse-noix, faut bien l’admettre. Et puis
aussi, chose importante, pendant que certains de leurs engins d’assauts seront
positionnés loin de centre vital de la ville ; le sien, à Jacques, le P-1752 allait être
impliqué au coeur de la grande bataille, la place d’honneur réservée à un guerrier
tel que lui en somme, pile devant ce bord de mer nommé la Croisette.
Il ne savait pourquoi, quand et comment, mais il était certain qu’il allait y jouer
un rôle important ; seul l’avenir et le sort de la bataille allait en décider. Qui vivra
verra ! se dit-il péremptoire et serein. En fait, se dit-il ravi et fier de lui, et
s’étirant du mieux possible dans son réduit, tout baigne dans l’huile ; et il ne
pouvait fort logiquement en être autrement avec un cador de mon acabit, un de
ces « foutus prescients », comme disent en catimini ces profs de pilotage qui, les
pauvres gars, ne m’arrivent pas à la cheville lors des cours d’attaque et défense
instinctive, ce qui les rend dingues et un peu vexés aussi, faut les comprendre,
mais ils sont bien braves et super compétents, et je les aime bien tous.

Leurs dernières navettes venaient de rentrer de la ville et se rangèrent comme


de coutume près de l’ancien aérogare, dans les deux premiers hangars de cet
ancien aérodrome de Mandelieu, à 6 km à l’Ouest de la ville. Les pilotes
rejoignirent leurs quartiers, ils avaient fini leur journée de deux fois deux heures
de travail journalier ; ils pouvaient enfin retourner s’allonger béatement sur leur
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lit et rêver dans l’immensité insondable qu’étaient devenus leurs esprits lessivés
par les ondes destructurant leurs cerveaux, ondes descendant de ces étranges
petits globes pendus aux plafonds de leurs locaux..
Comme tous les jours, et suivant les rapports des pilotes, le commandant de la
base annota méticuleusement le résultat dans son carnet ; il écrivit à la date du
jour et pour la deuxième fois, après celui de 11:00h...22:00h - R.A.S ; mission
accomplie. Ils pouvaient tous aller se coucher, se dit-il satisfait...mais il ne savait
pourquoi il l’était au juste. La relève des gardes avait donc eu lieu comme de
coutume d’une façon si calme et sans la moindre contrariété, que pour tout être
ayant sa libre pensée, cela aurait été d’un ennui mortel. Pour eux, non, c’était le
rythme normal d’une mécanique baignant dans l’huile depuis si longtemps que le
concept même de sécurité était devenu une chose abstraite, n’ayant plus
tellement de signification concrète, et encore moins de raison d’être. Seuls, des
cerveaux asservis comme les leurs pouvaient invariablement accomplir la même
tâche depuis la nuit des temps maintenant, sans le moindre soupçon de révolte,
d’ennui ou contentement.
La moindre idée de la nécessité de devoir peut-être revoir les procédures, les
cycles, les locaux à contrôler et garder...mais, garder quoi ? contre qui ? Rien ni
personne depuis ces siècles n’était intervenu pour interférer si peu que ce soit
dans cette sinécure sans fin et sans plus aucun intérêt réel. Les chefs de groupes
inscrivirent scrupuleusement les observations faites durant ce changement de
bordée ; chaque page était chargée de lignes comportant de brèves annotations,
scrupuleusement identiques au fil des pages, du temps : R.A.S - R.A.S - R.A.S...
Mais il allait y avoir un énorme changement dans la ville et ces gardes
scrupuleux n’auront vraiment pas le temps de le noter dans leurs foutus carnets,
car pour une fois et la dernière, et pour varier un peu, ils auraient pu alors y
écrire en majuscules, en énormes lettres de sang, le leur : C’EST FOUTU !
Mais en écrivant très vite, en une seule et unique fois...la dernière !

Ils venaient de larguer le bloc AG Intercom local sur son géopoint, à 10 milles
nautiques au large de la ville-cible nº1 Cannes.
L’engin fluctuait à 140 mètres d’altitude, pouvant communiquer avec tout le
secteur de sa cible ainsi que toute la côte vers l’Est, sans parler bien évidemment
des coms avec les Akadis, grâce aux deux autres blocs AG assez semblables et
positionnés à haute altitude au-dessus de l’océan Atlantique, blocs spécialisés
dans ces liaisons intercontinentales. Ainsi, pour communiquer avec leurs frères
pourtant si près, les Espingos, il fallait passer par l’un de ces deux Blocs, pour
éviter au maximum les possibilités de détection au sol ; c’était un peu plus
compliqué mais la sécurité a ses impératifs incontournables et primordiaux.
Le Central-Stratège Nº1, avec à son bord le grand cador suprème, Georges, le
grand réalisateur du spectacle réservé aux Khuigs, lequel, satisfait du
déroulement des opérations respectant pour l’heure le cahier des charges,
s’adressa à ses collègues réunis autour de la grande maquette de la ville Cannes.

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-Mes amis, attaqua Georges, nous voici arrivés au moment historique que nous
espérions tant, et tant mieux car je crois bien que si nous avions attendu encore
un peu plus nous serions tous devenus littéralement barjots.
Rire général dans l’assistance, qui se relâcha un peu de cette sourde pression
psychologique de l’attente.
-Tous nos appareils, continua-t-il, ont confirmé leurs positions d’attaque, tous
nos gars sont prêt et sur les dents pour ce grand moment, je propose donc
d’envoyer comme prévu en Akadi, le message les avisant que tout est ok, et que
l’attaque est imminente, pas de commentaires de dernière minute ?
La vingtaine de stratèges se regardèrent un instant d’un air interrogatif, non,
tout était clair, on pouvait y aller franco pour ce message...Georges sortit un
papier de la poche intérieure de sa combinaison, le déplia et le donna au radio
installé derrière lui à sa console des coms.
-Agnès, dit-il en lui souriant de plaisir, envoie de suite ce message sacré à
Ruppert ; dis-lui que la première partie de l’attaque commence dans... il regarda
la grande horloge murale indiquant l’heure locale...dans 11 minutes, à 00:01 h de
ce 1er mai 2400 tant attendu par nous tous sur ce monde, notre Monde ! Vas-y
ma chérie, et demande lui ce qu’il en est en Espingo et chez eux.
Cette dernière, une gamine d’une quinzaine d’année, mignonne et blonde
comme les blés et aux yeux bleus, prit le message et le tapa à une vitesse
stupéfiante, ce pour tous ces hauts responsables ayant tous de la bouteille, et
dont leur dextérité au clavier était loin de valoir cette artiste du roulement de
tambour effréné que faisaient ses mignons petits doigts courant sur les touches.
Tous la regardaient avec envie, d’être capable d’une si merveilleuse vélocité.
C’est beau la jeunesse ! Il attendirent même pas une minute pour que la réponse
sorte du décodeur ; quelques lignes sur la feuille blanche, qui à peine expulsée de
la machine, Georges l’arracha quasiment des mains de l’opérateur ; il se racla la
gorge et se tournant vers l’assistance, il la lu avec empressement.
-« De Ruppert à tous / Esp aussi ok / Attendons vos résultats - tous prions -
personne dormira ici cette nuit - sommes tous avec vous / 10-100-1000 fois
merde pour vous tous ! Fin message ».
Tous poussèrent un ouf de soulagement, l’opération était bien partie sur ses
rails. Georges demanda alors à Agnès d’établir la liaison avec le chef d’assaut
devant mener la première attaque sur le point stratégique nº 1. Cette dernière
s’activa...Contact établi, dit-elle, puis elle lui passa le micro, la compression et le
codage était automatique et quasiment instantané, même chose en réception.
Georges prit fermement le micro en main, s’éclaicit la voix puis parla.
-De Manitou à Vilain canard - cambio.
Un court instant et la liaison fut activée, tous entendirent la réponse assourdie
sortant de la console.
-Vilain canard écoute - cambio.
-Des 2 frangins, confirmation : tout est ok - cambio.
-Ici aussi, attends confirmation voie libre, moins six minutes - cambio.
-Ok ! comme prévu à 00.01 h – de la part des frangins Ak et Esp, et de nous
tous ici : 1000 fois merde ! Terminé.
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La main légèrement tremblante par l’émotion de ce moment historique, ce qui
l’agaça, Georges tendit le combiné à une Agnès qui le regardait avec une intense
admiration dans ses yeux, puis elle n’y tint plus, se leva et le prenant par les
épaules, à la surprise de celui-ci, elle le serra un moment contre elle puis se
mettant sur la pointe des pieds l’embrassa sur les deux joues, et lui dit, la voix
rauque d’émotion, la respiration haletante.
-Georges, merci pour tous ceux qui seront libres ce soir, grâce surtout à toi,
merci encore. Puis elle se rassit, rougissante, toute étonnée de l’effronterie de son
geste spontané.
Georges, passé la surprise, lui carressa affectueusement la tête, puis lui
soulevant doucement le menton pour tourner son frais visage vers lui, il lui dit
tendrement.
-Agnès, mon bel ange blond, ce n’est pas moi qu’il faut remercier, mais chacun
de nous tous...ça fait du monde, je reconnais, et commençons donc par te
remercier toi, oui toi, qui depuis toute petite ne fais que travailler avec
acharnement pour la réussite de ce grand jour, car comme les autres, la victoire
te sera due entièrement. Tu mérites également la bénédiction de tous tes frères et
soeurs comme eux tous et toutes la méritent autant que toi et moi, et nous tous
ici et ailleurs. C’est cela une phratrie unie et solidaire et qui fait notre Force et qui
détruira l’ennemi aussi sûrement que nos armes.
Il lui sourit et lâcha son menton, Agnès le regardait toujours avec un amour
intense dans les yeux.
-Maintenant, continua-t-il, se tournant vers ses compagnons, soyons attentifs,
l’heure est là, enfin, et justement, Agnès, s’il te plaît, il la regarda avec un chaud
sourire, branche ta com sur HP intérieur, que tous puissions entendre et suivre le
début de la libération de ce Monde avec l’attaque de ce cher Vilain canard et de
ses guerriers farouches et irréductibles, nos frères, nos soeurs, nos amants, nos
maîtresses, nos amis et amies...nos enfants chéris.
Tout le monde souri, soulagés de la fin de ce moment intense mais trop fort
d’amour collectif, car c’était effectivement pas le moment de mollir. Georges,
comme toujours avait senti la piège affectif ; sacré patrouilleur que celui-là,
toujours maître de lui et de son environnement ; mais faut reconnaître il n’y a
bien que comme ça qu’on arrive à vivre longtemps.
Agnès se reprit et se tourna, joyeuse, d’un jet vers sa console, hésita
symboliquement un court instant, le doigt en arrêt sous la barrette, puis bascula
d’un coup le contact vers le haut, sur ambiance générale. Contact radio avec
Vilain canard, ouvert, s’écria-t-elle fièrement. Tous firent alors silence en
regardant la pendule murale...Il manquait maintenant quelques secondes qui
semblaient désespérément s’étirer, s’effilocher à l’infini, en une insupportable
durée d’éternité...Puis enfin, au grand soulagement de tous, les HP crachèrent
haut et clair la nouvelle la plus fantastique jamais entendue sur ces ondes radios
naissantes de ce jeune Monde.
La voix mâle bien connue de tous de Vilain canard, voix aux inflexions joyeuses
et excitée qui éclata brutalement comme un gigantesque coup de cymbale à
l’intérieur alors électrisé du Central-Stratège Nº1 ; tous se regardaient ébahis,
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tétanisés, respirations bloquées, se retenant, qui à la table, qui aux dossiers des
sièges...croyant bien mourir d’une émotion qui subitement leur broyait la
poitrine...
Et ces paroles fabuleuses vouées à la postérité les figèrent alors sur place...ne
sachant plus s’ils rêvaient...
-Et c’est parti ! Les bombardiers ODC ont envoyé la purée...Les engins se
posent et larguent nos gars tous azimuts...ça gicle ! ça grouille ! ça court ! ça
court...putain ! c’est la folie ! Ils investissent les lieux sans rencontrer réaction.
Place sous contrôle total dans moins 3, non, 2 minutes. Ces fumiers sont tous
HS, on va les baiser jusqu’au trognon. Terminé pour moi, je vais participer à la
fiesta et tenter faire jacter les cadors du coin.
Suivi de liaison par intermédiaire de mon opérateur. Tchao !
Georges, comme tous dans cette assemblée, fasciné un moment par ces paroles
inimaginable encore peu avant, réagit rapidement puis donna l’ordre à Agnès de
transmettre à tous les appareils la confirmation de ce début des opérations et de
son parfait déroulement ; puis se reprenant, il rajouta : et dis leur bien le message
suivant de la part des frangins AK et Esp et de nous tous ici : 1000 fois merde à
vous tous !
...le roulement de tambour reprit de plus belle sur le clavier...
-Ensuite, avise également les Espingos, qui de même doivent avoir attaqué.
...et les mignons petits doigts volèrent de nouveau en virtuoses sur les touches,
dans une immense, délirante et folle, folle allégresse...

Fébriles, rampantes et sournoises, les trois armadas se rapprochèrent encore


plus de leur proies ; étaux fait de volontés inflexibles servies par des muscles
endurcis et d’aciers, soutenus par des armes conçues avec amour et maniées avec
virtuosité. Fauves terrifiants et vibrants de furieuses pulsions meurtrières. Ces
trois misérables villes étaient maintenant à un bond, l’ultime, de cette Force
prodigieuse qui allait irrémédiablement les pulvériser dans une somptueuse
allégresse mortifère...L’haleine létale de ces monstres vengeurs s’insinuait déjà
dans les rues et ruelles assoupies de ces Gomorrhe jouisseuses de sang et
supplices de leurs dernières victimes...
Ainsi, comme prévu, et pour cloturer et glorifier treize générations
d’innombrables Vies volontairement sacrifiées dans un obscur labeur opiniâtre,
en cette première minute de ce dès lors mythique Dimanche de ce 1er mai de l’an
2.400, leur fantastique reconquête venait enfin de commencer sous les heureux
auspices de leur mère, Gaïa, la si belle.
Une nouvelle ère était sur le point de naître, la leur, l’Ère de l’Amour, de
l’Honneur et de l’Union sacrée.
L’Ère de GAÏA !

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Stratégie de l’horreur et épouvante

La Reconquête

V ilain canard sauta du perceur sur le tarmac de l’aérodrome de Mandelieu, à


trente mètres à peine devant l’entrée de l’ancien aérogare devenu la
caserne des gardes et de leur état-major. Comme de toujours, son second, Pédro,
suivait Vladimir comme son ombre, le Vilain canard en question.
Chacun, comme tous les attaquants, étaient équipés d’un casque spécial qui les
protégeaient du bombardement incessant effectué par les trois gros transports
équipés sous leurs coques du système qu’ils avaient attendu si longtemps, celui
de ces émetteurs ODC (Ondes de Déconnection Cérébrales) qui, dès leur
émission anéantissait instantanément les cibles humaines, ou autres, il suffisait
d’un simple réglage de longueur d’ondes adéquates pour paralyser pareillement
tous autres mammifères.
Ainsi, un humain, mais ces monstres de gardes étaient-ils encore à classer parmi
eux ? à la seconde où il recevait ces trains d’ondes, ses centres moteurs étaient
déconnectés, mais il gardait toute sa conscience intacte, sans douleur et sans
séquelles, retrouvant sa motricité normale dès la fin de l’émission.
Ce casque de protection est constitué d’une sorte de filet aux mailles assez
fines, faites de fils de coton. Une centaine de vieilles femmes, rien qu’en Franki,
en avaient fabriqué au crochet environ deux cent quatre-vingt mille unités. Ces
filets recevaient ensuite des sortes de plaquettes métalliques reliées entre elles par
un fin faisceau de fils électriques, l’ensemble tenu par un simple élastique.
Lesdits bombardiers, de gros transports, ont une espèce de grande antenne de
3,75 mètres de diamètres pendue sous l’appareil, antenne constituée d’une sorte
de treilli métallique noir aux mailles serrées, l’ensemble étant convexe.
Pendant que les trois bombardiers étaient au travail (un seul aurait largement
suffit, mais ils en disposaient exprès en surnombre) sur leurs géopoints
respectifs, à trois cents mètres au-dessus de l’aérogare et des deux plus proches
hangars sur les treize au total, car ils n’étaient pas certains que ces derniers
locaux ne soient exempts de gardes, les 19 perceurs d’attaques et les 3 transports
qui avaient amenés la troupe, étaient maintenant en survol et en observation
générale, prêt à intervenir de toutes leur puissance de feu, maintenant une
surveillance tout azimut.
Trois perceurs patrouillaient aux alentours ; la cible était ainsi le centre d’un
triangle d’observation aérienne efficace, car ils savaient bien que tout espionnage

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n’est jamais parfait et totalement confiable et peut donc réserver des surprises
désagréables lors d’une attaque ultérieure.
Leur force d’assaut était constituée de 652 guerriers, y compris les équipages ;
une centaine aurait pu suffire largement mais les effectifs le permettant
facilement, il aurait été stupide de se priver de cette supériorité numérique.
Prudence n’est point intrépidité, et de plus, il leur aurait été difficile de retenir
au sol sans raison valable tous ces gens qui mouraient d’envie de participer à ce
premier et symbolique assaut, alors...quand la joie de combattre surpasse tout.
Vladi courait vers l’entrée, entouré des onze autres éléments de leur section
d’assaut se déployant en éventail ; Pédro parlait d’un ton rapide dans son micro-
aiguille placé devant ses lèvres, le HP cintré sur l’oreille gauche.
-De Vilain canard, avis, dit-il : à ceux qui trouvent le gîte des cadors, je répète, à
ceux qui trouvent le gîte des cadors : envoyer signal fixe pour détection scanner.
Il regardait son écran de son boîtier de localisation, quand un Bip se fit
entendre, et un point lumineux pulsant se localisa sur le haut et à droite de
l’écran : il tenait la direction de la proie.
-Vlad ! lui dit-il en lui touchant le bras gauche, par-là, j’ai le contact...ce doit être
à l’étage.
Ils obliquèrent légèrement leur course, Vlad fit signe à un Homme à sa droite et
lui montra la baie vitrée devant eux à encore 8 à 9 mètres. Il lui fit le signe avec le
poing fermé qui s’ouvre d’un coup, les doigts raides ; l’autre sourit, hocha la tête.
Courant toujours et les devançant il prit à sa ceinture une corde enroulée à
laquelle était fixé un bloc d’acier de 80 gr taillé grossièrement en pointes de
diamant, il passa rapidement la gance de la corde à son poignet, et la corde de
2,20 mètres délovée, il la fit tourner au-dessus de sa tête, le tout fait en courant
lui prit moins de six secondes, et il arriva pile sur le côté de la baie au moment
où le bloc d’acier frappa la vitre à toute volée, l’explosant en mille morceaux.
Deux seconde après ce choc, ils entraient en courant du même élan dans
l’aérogare éclairé de mille feux et empestant la poudre brûlée.
Un spectacle délirant les y attendaient, malgré qu’ils s’y soient attendus.
Tous leurs gars étaient là, immobiles et souriants de satisfaction, les attendant ;
à leurs pieds gisent des centaines de cadavres baignant dans une mare de sang,
chacun avait reçu une balle dans la tête.
-Où est l’escalier ? Leur demanda Valdi en souriant de satisfaction, les félicitant
du pouce levé.
-Par ici, Vlad, lui dit un soldat qui sortit de derrière le recoin d’une cloison ; au
premier, lui dit-il, ils t’attendent avec grande impatience car ils meurent d’envie
de les saigner au plus vite ; suivez-moi, les potes.
Toute l’assemblée éclata de rire. Vilain canard et son staf s’engoufrèrent dans
l’escalier...Ils débouchèrent dans une galerie surplombant le hall et donnant dans
les anciens bureaux administratifs, pensèrent-ils, vu les décors ambiants assez
spartiates, représentant le standard de ces genre d’endroit : des cartes
géographiques et des vues idylliques de plages tropicales avec les indispensables
cocotiers et sables blonds...Ils trouvèrent leurs prisonniers, des galonnés, douze
mecs au total réunis dans une pièce, la plus grande. Leurs gars, une quinzaine
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dont six Femmes, les avaient fermement saucissonnés sur des chaises, puis les
avaient ensuite équipé chacun d’un casque anti-ondes...
Ces pourris allaient donc pouvoir causer à leurs aises.
Les prisonniers les regardaient avec la haine dans leurs yeux, mais ils ne
paraissaient pas vraiment comprendre la réelle signification de leur nouvelle
condition...Ils faisaient des efforts démesurés en se tortillant pour se libérer,
soufflant comme des boeufs dans leurs vains efforts de défaire leurs liens ;
véritables animaux pris au piège et tentant de tout pour fuir sans se soucier du
chasseur qui l’a capturé...Mais aucun ne risquait de se libérer car leur liens étaient
vérouillés par des noeuds de marins, technique amoureusement enseignée à tous
les survivants, il y avait bientôt quatre siècles de ça, par un ex-commandant de
navire, un certain survivant nommé Michael...
Le problème nº 1 apparut de suite, à savoir, comme ces types qui étaient sans
leurs uniformes, puisqu’ils dormaient quand ils furent fait prisonniers : qui était
qui ? Lequel, ou lesquels étaient les plus gradés ?
-Pas de problème, Vladi, l’assurèrent les gars, les cadors sont ces trois-là.
Jérémie, une de leur gamine de vingt printemps, de taille moyenne et assez
mince, le visage fin d’une exquise délicatesse : on aurait dit une fleur délicate et
fragile, et belle comme un jour de fête printanière ; blonde fleur des champs
donc, qui était à côté des prisonniers désignés, passa et maintint son couteau de
commando sous la gorge du premier de la rangée sur la droite, et lui envoya une
grande claque sonore sur l’arrière du crâne, la lame entailla légèrement la peau du
cou du prisonnier. Ravie, Jérémie s’écria.
-Vladimir, mon beau canard joli, lui dit-elle avec un sourire radieux, toute la
troupe de rire, c’est ce fils de pute le grand chef de ce ramassis de pourritures à
pattes ; c’est moi qui les ai trouvé dans leur piaule, et je crois bien que le grand
chef est ce grand salopard sous mon couteau, car c’est le plus grand en taille et
correspond à l’uniforme le plus grand et avec le plus de galons, donc...
C’est un quatre galons, ce monsieur ; elle lui refila une grande claque qui fit
recouler un peu de sang sur la lame de son poignard, et un gros galonné, mes
amis...il va peut-être falloir s’occuper de le faire jacter, non ? on va pas y passer la
nuit avec ces ordures !
Pédro prit une chaise par le dossier et la traina devant le gars, il s’assit à
l’envers, les bras croisés sur le dossier, menton posé dessus...Il regarda fixement
cet officier dans les yeux un bon moment sans rien dire, puis il lui demanda s’il
était consentant pour répondre à ses question.
Le gars le regarda un moment avec une haine démentielle, puis éructa.
-Vous devez quitter immédiatement ces locaux appartenants aux Maîtres, et
vous mettre en état d’arrestation, exécution ! hurla-t-il, suffocant de rage.
Tous le regardèrent comme s’ils voyaient brutalement un martien, sidérés d’un
tel niveau de folie.
-Ecoute-moi bien, mon gars, lui dit Pédro en basculant la chaise en avant,
approchant son visage de ce véritable taré galonné ; on se fout de tes Maîtres, lui
dit-il avec force, nous allons tous les tuer, tu comprends ça ? Couic ! Fit-il du

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geste du pouce sous sa gorge, nous allons les égorger comme les immondes
porcs qu’ils sont tous, tu piges ?
Le gars le regardait avec toujours la même rage, mais ces paroles répétées avec
force semblaient creuser lentement un sillon d’accès vers un cerveau atrophié,
stratifié...son regard aussi semblait lentement évoluer vers moins de fixeté.
-Tu commences à comprendre, mon gars ? lui dit calmement Pédro. Nous
sommes une armée de cent mille guerriers super équipés et entraînés...Vous êtes
tous foutus, et pour te montrer que l’on ne rigole pas, regarde ce qui t’attends si
tu ne réponds pas à mes questions...regarde bien.
Il se leva et tira la chaise du gars hors de la rangé, la tournant vers les autres
prisonniers alignés sur sa droite, de façon qu’il les voit tous parfaitement, ceci de
fait, il sortit son poignard, se dirigea vers les autres prisonniers à l’autre bout de
la rangée de chaise, il passa derrière eux et égorgea lentement trois prisonniers
qui hurlaient comme des damnés, puis il décapita tranquillement le dernier
comme s’il avait fait ça toute sa vie, et il ramena la tête qui pissait le sang vers le
cador et la lui posa sur ses genoux, le visage tourné vers lui. Il alla vers le lavabo
et se lava lentement les mains à grande eau, ainsi que son poignard qu’il remit
tranquillement dans sa gaine, puis il retourna vers le cador.
Ce dernier l’avait regardé faire comme dans un état second, mais dès qu’il vit
cette tête chaude et ruisselante de sang sur ses cuisses nues et serrées par des
cordes, il fut pris de convulsions...Jérémie les lui calma en lui filant une nouvelle
gifle monumentale derrière le crâne, ce qui redéclencha une nouvelle giclée de
sang sur la lame de son poignard toujours fixement tenu sous sa gorge ; puis elle
dit à Pédro de nouveau installé sur la chaise.
-Sois gentil Pédro, sois chou, si tu as encore besoin de faire du découpage dans
le vif, sois pas égoïste et pense un peu à moi, ok mon biquet ?
Tous de rire aux éclats, puis cela généra aussi la même demande de tous.
-Faudra tirer au sort alors, plaisanta Pédro.
Pour le cador, qui regardait toujours la tête de son collègue sur ses genoux
englués de son sang qui commençait à cailler doucement...durant ces dialogues
entre ces étrangers qui ne craignaient personne, pas même les Maîtres ; des
lueurs bizarres avaient commencé de se glisser dans son cerveau obscurci,
comme des sortes d’idées inusitées qui venaient maintenant titiller son
entendement sclérosé...
-Alors mon gars, recommença Pédro, l’interpelant, si tu réponds à mes
questions tu mouras d’une simple balle dans la tête, sans souffrance, ça c’est
certain, mais si tu fais des difficultés, tu vas mourir dans des souffrances
atroces....tu comprends ce que je dis ?
-Je ne dois pas répondre à des étrangers qui ne respectent pas les lieux
appartenants aux...Maîtres...oui, c’est ça...c’est interdit.
-Tu veux mourir d’une façon horrible alors ?
-Je...c’est interdit...les maîtres...c’est interdit...
-Parfait ! Jérémie, ma soeur chérie, et baiseuse sublime ; aurais-tu la bonté,
puisque tu es la première volontaire pour ce turbin d’équarrissage ; veux-tu donc

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avoir la bonté, re-dis-je, de m’en débiter un vivant. Je pense que quelques
morceaux suffiront pour commencer.
Jérémie sourit de joie, lui passa devant, et se penchant l’embrassa furtivement
sur les lèvres, et s’élançant vers le prisonnier de vivant en bout de la rangée allant
se rétrécissant, souriante aux anges, elle lui cria, ravie.
-Je te revaudrais ce privilège, mon beau Pédro, que tu en gémiras de bonheur,
sois sans crainte, parole sacrée d’une femelle guerrière.
-Je te crois sur parole, ma belle, lui dit-il en lui envoyant un baiser du bout des
doigts.
Toute l’assemblée de ces guerriers riaient de bon coeur ; c’était la grande fête de
la libération qui commençait dans la joie la plus pure de ce carnage naissant tant
attendu.
La guerrière Jérémie s’approcha de l’homme en bout de la rangée de chaises, le
couteau en main, d’une démarche féline ; lentement, elle le détailla du regard de
haut en bas puis, lui posant comme amicalement la main gauche sur une épaule,
elle lui dit avec un petit sourire de connivence.
-Dis-moi, mon biquet, de quel morceau de ta viande pourrie tu aimerais te
séparer en premier, hein ? dis-le à ta Jérémie chérie...que je te découpe ça subito
presto...Je suis la reine du couteau, la déesse du découpage sur pied... malgré que
tu sois assis, rit-elle aux éclats en prenant les autres à témoin, qui rièrent fort
aussi de cette sortie vraiment tordante, sacrée Jérémie...
L’homme la regardait avec des yeux fous, haletant...incapable forcément de
répondre à une telle question...
-Alors...il va me falloir trancher dans le vif ! s’esclaffa-t-elle joyeuse, les rires des
autres approuvant cet excellent humour...
Elle vint tout contre lui, s’assoit à califourchon sur ses genoux et frotta ses
seins sur sa poitrine durant un moment, puis tranquillement lui découpa les deux
oreilles pendant que l’homme hurlait de terreur autant que de souffrance, et
comme il se débattait et tournait furieusement la tête pour échapper à la lame,
celle-ci le taillait profondément de partout...il pissait le sang de tous bords.
Elle jeta enfin les deux morceaux de chair sur le carrelage vers Pédro, lui
demandant.
-Ça suffirait avec ça, mon bon ?
-Jérémie, tu me déçois, ma poulette ? t’es fatiguée aujourd’hui ou quoi ? dit-il
faisant la moue.
-Bien, dit-elle, toujours assise sur les genoux du garde, sa combinaison était
couverte de sang, ainsi que ses cuisses et avant-bras jusqu’aux coudes. Se
tournant de nouveau vers sa victime, elle continua. Va falloir encore donner de
ta personne, mon chéri, hein ? sois raisonnable, d’accord ?
Elle se leva, recula d’un pas pour mieux le détailler...elle le regarda un moment
ainsi, puis lui prit une main qui dépassait du ficelage...elle la regarda un instant, la
lui prit fermement de sa main gauche et la lui découpa lentement à hauteur du
poignet...main qu’elle jeta aussi vers Pèdro...Le gars hurlait à s’en éclater les
veines du cou...le sang pissant de son poignet en longs jets par saccades...

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Elle le regarda un instant encore à s’égosiller, lui tapota affectueusement une
joue, puis elle lui sectionna tranquillement la seconde main qu’elle jeta de même
vers Pédro...Le gars perdait son sang en abondance et n’en avait plus pour très
longtemps à vivre. Elle prit le dossier de sa chaise, tourna le dossier vers le
cacavre décapité à sa droite, et bascula la chaise sur les genoux du mort ; elle
revint devant le supplicié qui haletait et, ainsi plus à son aise, sans trop devoir se
baisser, elle lui sectionna tranquillement le pied gauche, découpant toujours
méticuleusement à l’articulation, morceau sanglant qu’elle jeta aussi vers Pédro ;
puis le deuxième pied y passa de la même forme...
Elle se releva, regarda un instant sa victime, et après un moment d’intenses
réflexions, elle redressa la chaise et la remit en ligne, agrippa la tête du gars par
les cheveux, ce dernier étant devenu aphone à force de hurler, et la lui tenant en
arrière, elle lui appliqua la pointe de sa lame sous l’oeil gauche, appuyée sur la
pommette...et elle interpela Pédro d’une voix sereine.
-Dis-moi, mon chou, tu veux un oeil pour y voir plus clair dans cette affaire ?
Tous ses collègues d’éclater de rire, car ça c’était la marque d’une grande
guerrière, assurément !
-Non, merci, ma beauté, ça ira pour l’instant, je pense, avec ces morceaux-là.
-Bien, comme tu veux, mon gros loup, mais te gênes pas surtout, si tu veux, je
te l’étripe vite fait bien fait, ok ?
-D’ac ! Répondit-il en souriant au cador.
Jérémie enleva la lame de dessous l’oeil du condamné, puis après un autre
instant d’hésitation, elle sectionna ses liens et lui dit, affectueuse.
-Tu peux partir maintenant, mon chéri, tu nous as donné le meilleur de toi-
même ; le gars étant en équilibre sur sa chaise, livide...brusquement elle lui donna
un violent coup de talon dans la poitrine, l’homme basculant en arrière, sa tête
faisant un bruit sourd sur le carrelage...l’envoyant ainsi agoniser comme une bête.
-Merci, mon ange, ça c’est du travail de pro, s’esclama Pédro, pas vrai les gars ?
interpela-t-il les autres.
Tous acquiescèrent dans un ensemble parfait, applaudissant leur soeur en riant
aux éclats ; celle-ci s’efforçant de jouer les modestes, mais on voyait quand
même bien qu’elle était très fière de sa prestation, et il y avait vraiment de quoi.
Elle alla vers le lavabo, ouvrit le robinet en grand, lava son poignard qu’elle
remis dans sa gaine, puis elle retira ses gants et les lava, ainsi que la combinaison
sur ses bras...l’eau coula longtemps, écarlate ; puis elle arracha le drap sur un des
lits derrière la rangée des prisonniersl, le mouilla et s’essuya le visage ensanglanté
ainsi que le devant de sa combinaison maculée de sang jusque sur les
cuisses...Puis, après les avoir conscienceusement essorés en les roulant dans le
drap, elle pendit ses gants bien à plat à son ceinturon pour les faire sécher ; elle
but une gorgée d’eau dans le creu de sa main puis, s’appuya ensuite à la cloison
pour regarder tranquillement, comme les autres, ce cher Pédro pour la suite des
événements...
...Ce n’était plus des lueurs mais carrément des flashs qui lui traversaient le crâne de part en
part maintenant. Non... ces morceaux humains, là, sur ce carrelage, couplés aux hurlement de
souffrance de son ancien collègue, et les effrayantes mimiques de son visage ravagé par une
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souffrance inconnue et étrange, mais qu’il sentait obscurément horrible, avaient ouvert une
brèche gigantesque dans son cerveau qui paraissait être pris de pulsions nouvelles et
insoupçonnables peu de temps avant encore...Le cador se découvrait être un autre homme.
Ils étaient deux maintenant dans sa tête, et le second, le nouveau, poussait furieusement pour
expulser l’autre : celui qu’il était jusqu’à tout à l’heure encore, et qu’il ne regrettait bizarrement
pas...pas du tout même, car il sentait obscurément qu’il l’avait trompé depuis toujours. Il
sentait de plus en plus clairement que ces gens représentaient un autre paradigme empreint de
plus de clarté, de logique...de justification, de justesse, mais...comme cela était douloureux pour
éclore dans cet esprit pris de répulsions et d’espérance...
Mais au fait, répulsions de quoi ? espérances de quoi, de qui ? de comment ? quand et
pourquoi ? Les flashs perçaient sporadiquement cette noirceur qu’il commençait à percevoir,
sentir en lui-même...Chape glauque et sinistre dégoulinant sur ces fragiles pulsions de lucidité
qui lui ravageaient maintenant sa tête malade...Et l’autre là, le nouveau, qui voulait
furieusement coopérer avec ces ennemis des Maîtres...
C’est interdit !...défendu ! les Maîtres sont nos pères ; les Maîtres sont la matrice chaude et
toujours conciliante, complice et rassurante. Mais...qu’ont dit ces étrangers ?...Ils vont aussi tuer
les Maîtres...mais, on ne peut tuer les Maîtres, nos pères ! mais alors...si eux le
peuvent...pourquoi...oui, pourquoi...
Pédro ramassa sur la carrelage, en vrac, les extrémités de ces membres et les
empila sur les genoux du cador, un pied posé en travers sur le front de la tête
décapitée...puis il prit une main et lui en carressa lentement le visage...lui tapota
la joue, puis il posa la main sur sa tête et la laissa là...des trainées de sang
commençaient à couler lentement sur le visage du cador. Pédro essuya ses gants
de cuir sur la poitrine du gars ; tous étaient équipés de tels gants pour éviter que
leurs sabres et couteaux ne glissent dans la main, vu les fleuves de sang qui
allaient faire couler en ces heures cruciales. Fleuves de sang rédempteur.
-Alors ? Que penses-tu de nos charmantes faibles Femmes, mon cher cador ?
as-tu déjà vu de si faibles personnes accomplir de si charmantes distractions ? et
je tiens à te prévenir que notre amie Jérémie est une personne délicate qui ne
ferait pas de mal à une mouche. Mais par contre nous avons de véritables tueurs
qui se feraient un doux plaisir de te charcuter avec encore plus de furie et
sadisme, crois-moi sur parole, cador. Mais au fait, quel est ton nom ?
-Je m’appelle...je m’appelle...et l’autre là, le collabo qui pousse, qui pousse...le...le
Commandant !
-Tu as un nom, lequel ?
-Je m’appelle...le Commandant !
Tous le regardaient, incrédules...yeux ronds et écarquillés...
-Et celui-là, il lui montrant l’homme à sa droite dans la rangée, comment
s’appelle-t-il ?
-Il s’appelle le Capitaine-deux !
-Et l’autre à ses côtés ?
-Il s’appelle le Commandant-second !
-Et les autres ?
Le cador les montra du regard.

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-Commandant-tiers, Lieutenant-deux, Capitaine-un, Lieutenant-cinq, et...et les
autres, montrant les cadavres par terre.
-Ce sont les seuls noms que vous avez ?
-Oui, pourquoi ? Il paraissait réellement étonné.
-Et les soldats, comment les appelez-vous?
Il regarda Pédro avec commisération, comme s’il était un demeuré.
-Soldat, c’est tout, avec un numéro chacun, dit-il sur un ton d’évidence.
-Bien...dis-moi, qui c’est qui pilotait vos chasseurs quand ils allaient chasser les
Hommes en liberté ?
-Les maîtres, toujours, il n’y a que eux qui ont le droit de tuer pour s’amuser.
-Nous avons aussi trouvé des corps de gardes dans les épaves de ceux que nous
avons descendu...pourquoi ?
-Quand un maître part pour s’amuser, il y a toujours un garde avec lui, pour sa
sécurité.
-Jamais aucun de vous n’a essayé de tuer...un maître ?
Le cador le regarda alors avec une si intense stupéfaction sur son visage qu’ils
comprirent alors le profond degré de leur asservissement.
-Combien y a-t-il de maîtres dans la ville à côté ?
-Je ne sais pas, on ne doit jamais tenter de savoir quoi que ce soit sur les
Maîtres, c’est défendu...les Maîtres sont nos pères, nous devons les protéger de
leurs ennemis.
-Et quels sont leurs ennemis, alors ?
-Vous tous, tous les étrangers !
-Et as-tu vu d’autres ennemis avant nous ?
-Non, jamais, vous êtes les premiers.
-Y a-t-il une défense secrète dans la ville ?
-Oui !
-Laquelle ?
-Les gardes, comme nous.
-Viens voir tes gardes dans quel état ils sont, et ce qui attend les autres.
Pédro fit signe à deux balèzes de tirer sa chaise jusqu’à la galerie qui
surplombait la grande salle du bas, où étaient étendus les centaines de cadavres
de ses de ex-gardes. Le cador vit alors à travers la balustrade en fer forgé, tous
ses gardes faisant un tapis de morts...Il les regardait avec des yeux ronds, voyant
aussi cette armée de guerriers discutant tranquillement...Ce constat sanglant lui
enleva ses dernières résistances.
-Tuez-moi, s’il vous plaît...j’ai failli à ma mission, car c’est nous qui devions
vous tuer tous...oui, c’est la règle du jeu.
-Y a-t-il un autre commandant dans la ville, et est-il responsable pour sa
sécurité ?
-Oui, bien sûr !
-Le connais-tu ?
-Oh non ! chaque secteur doit rester indépendant, totalement.
-Ce sont tous des barges ! Entendit-on dans les rangs de la troupe, crevons-les
tous et foutons le camp d’ici, merde !
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-Aimerais-tu vivre encore ?
-Oh non ! parce que quand les Maîtres vont savoir ça ils vont me torturer
pendant des jours et des jours, c’est la règle du jeu...Tuez-moi, s’il vous plaît ; il
demandait ça sur un ton banal, comme s’il avait dit : passez-moi le sel...à la
consternation générale.
Pédro le regarda un instant, hésitant, puis il sortit son poignard en un éclair et
le lui planta rageusement dans la gorge en remontant jusqu’aux vertèbres
cervicales, le cador le regarda un instant dans un sursaut, surpris, hocqueta, puis
il fut mort ; Pédro récupéra le casque anti-ondes et essuya sa lame sur les épaules
du mort et rengaina son arme.
-Tuez les autres rapidement, ordonna-t-il, ce ne sont que des animaux parlants,
c’est tout, et pensez de récupérer les casques.
Moins d’une minute après, ainsi que les brefs hurlement des condamnés en
témoignèrent, l’un des officiants de la dernière tuerie sortit en riant de la pièce et
s’adressa aux soldats étant dans la salle sous le balcon.
-Ho les gars ! Tirez-vous d’en dessous car il va pleuvoir de la barbaque pourrie.
A peine eut-il finit sa tirade que les deux balèzes du début prirent en force la
chaise du cador et balancèrent le tout par-dessus la rambarde ; l’ensemble fit un
vol plané pour aller s’écraser sur le carrelage avec le bruit mat du corps flasque.
-Premier service ! gueulèrent-ils en riants comme des gamins en fête.
Et de suite, les autres sortirent de la pièce en tirant les chaises par les dossiers,
puis arrivés à la rambarde jetèrent les corps toujours ficelés par-dessus
bord...puis un dernier passa un drap ensanglanté qu’il tenait par les quatres coins,
et vida les morceaux de celui qui avait été débité vivant par la fragile Jérémie, la
délicate fleur printanière. Morceaux dont la tête de trois kilo qui était tombée des
genoux du cador et qui vola et éclata comme une pastèque sur le carrelage avec
un bruit mat, puis les pieds et mains en vrac, dont un gars du bas réussit avec
dextérité à en choper une au vol, et la secoua énergiquement en lui disant :
bonsoir monsieur, comment vous sentez-vous ?
La salle entière croula sous les rires. Ha ça ! ce fut une belle partie de rigolade,
et de bons augures que ce premier contact avec l’ennemi ! On pouvait le dire
sans crainte d’erreur que la suite s’annonçait donc on ne peut mieux.

Sur ce, les bombardiers prévenus de la fin de l’opération, cessèrent d’arroser la


cible de leur ODC, l’ennemi étant totalerment anéanti ; tous purent retirer leurs
casques de protection. Vladi, qui jubilait, comme tous ses gars, reprit les
opérations en main du haut de la galerie, s’adressant à ses soldats dans la salle, en
attirant l’attention générale par un bref mais puissant coup de sifflet.
-Faites descendre le grand plateau AG et les ramasse-merdes, et embarquez y tous
ces cadavres, et une fois fait allez le planquer dans le hangar nº 4. Au fait, réalisa-
t-il, avez-vous une idée de combien vous en avez buté ?
Les gars se regardèrent un moment, regards interrogatifs et incertains, avec des
mimiques de négation. Ce fut la grande brune, la belle Audrey qui lui répondit,
sans surprise pour lui... Ces nanas sont de véritables furies, pensa-t-il en aparté, et de
première pour la comptabilité...et celle-là, la Audrey, je ne voudrais pas devoir l’affronter quand
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elle est dans son droit, c’est une vraie terreur ; il lui sourit, lui faisant un bref signe
interrogatif de la tête.
-Vu le tapis de ces charognes et le turbin qu’ils nous ont donné, dit-elle, le
visage levé vers le balcon, sur un ton ferme en donnant un coup de pied de
mépris dans le cadavre devant elle, personnellement j’en ais mouillé ma chemise.
Tous ses collègues d’éclater de rire ; nous tous aussi, gueulèrent-ils en riants.
-Je pense honnêtement, continua-t-elle imperturbable, que nous en avons buté
bien plus de neuf cent de ces fils de putes vérolés !
-Parfait ! parfait ! lui répondit joyeux Vladimir, que l’on note ce premier score
au tableau d’honneur de cette troupe d’assaut et d’élite, digne et honorée de ce
premier carnage de la reconquête. Pour un premier petit galop d’essais, c’est une
totale réussite, félicitationss à tous, mes gaillards ! Gueula-t-il ; et continuez
comme ça !
La troupe en entier l’applaudit chaleureusement.
-Bien, c’est pas le tout les gars, continua Vladi, mais y a encore du turbin sur la
planche, alors au boulot ! Ordres de missions. La section 5 - allez dans les
hangars et récupérez toutes les cartes magnétiques de contact sur leurs chasseurs
et de tout ce qui vole en AG ; je répète : tout ce qui vole en AG,
uniquement...Collez vos étiquettes sur chacune d’elles et noter y le nº de
l’appareil, puis refermez les portes des hangars.
La section 3 - passez-moi au peigne fin les moindres recoins de ce bâtiment, de
la cave au grenier, et butez tout ce qui bouge ! Gaffe aux retardataires !
Eclats de rire dans la salle !
-La section 2 - prenez des plates-formes AG et faites le tour des environs en
fouillant les recoins : les arrières du terrain ainsi que la zone industrielle située de
l’autre côté de la route d’accès ; au-delà de ce vieux zing peint en jaune et planté
sur un poteau à l’entrée de l’aérodrome, ce jusqu’à 200m alentour environ ; et
restez en vue les uns des autres, pas de témérité inconsidérée et dangereuse...
Avis : s’il y en un qui se fait buter pour cette raison, il aura droit de ma part à
une engueulade de première ! s’écria-t-il sans rire.
La salle croula encore sous les rires.
-Ensuite, la section 4 restera sur place quand le reste de la troupe partira. Vous
garderez trois perceurs et huit plates-formes ; rendez-vous invisibles et répartis
sur la cible. Vous serez nos gardiens de nos arrières, alors faites pas les cons.
Départ dans...il regarda sa montre-bracelet, à 02:55 h ; la clientelle privilégiée de
ces khuigs de merde vous attendent pour de grandes festivités.
EXÉCUTION ! Gueula-t-il en souriant de plaisir.
Ce fut comme un l’envol d’une compagnie de canards après le coup de fusil.
C’était parti, la folie de l’action guerrière reprenait son rythme endiablé ; c’était
bon après cet arret forcé au milieu de ces cadavres baignant au milieu d’une mare
de sang et les nuées de mouches arrivées de suite sur les lieux.
Comme toujours, de suite les mouches bleues en premier, les calliphore, qui
adorent la chair fraîche encore chaude, pondent dans les chairs puis s’en
vont, elles restent à peine cinq minutes ; puis c’est l’arrivée des vertes, muscina,
qui aiment la viande qui commence à sentir ; puis, l’odeur allant crescendo attire
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les grises, les sarcophaga, puis les mouches à camenbert, piophila, puis pour finir,
les mouches à lard, ophira. Ballet gastronomique de cette gent diptère
indispensable à la transformation biologique des mamifères en particulier, y
compris et surtout cette variété prétencieuse se nommant homme, antiquement
de toujours la plus nombreuse...garde-manger attitré de leur gente ailée
virevoltante et si énervante pour cette gesticulante et ridiculement lente victime.
Les soldats commençant leurs activités, Vladi fit signe à Pèdro de le rejoindre ;
ce dernier se fraya un chemin entre les gars qui cavalaient comme des lapins
pour rejoindre leurs postes, joyeux et en super forme.
-Vlad, regarde-les...ça fait plaisir à voir. Nos gars sont vraiment des fortiches.
-Il me semble que tu oublies un peu vite nos soeurs ; je n’aurais jamais imaginé
la faible Jérémie, comme tu disais, capable de découper ce mec avec autant de
sang froid et de technique, c’était impressionant.
-Ouais ! Je fus aussi fort surpris, comme quoi, dans l’action on se surpasse...et
puis, il y a tant de haine contenue depuis si longtemps aussi, rien d’étonnant à
l’éclosion d’une telle furie au contact de l’ennemi.
-Toi aussi tu fus parfait, quelle maîtrise dans le découpage...
-Oh ! restons modeste, mon bon, c’est le B-A BA du métier, quoi.
Ils rièrent tous deux de bon coeur.
-Oui, tu as raison en somme, répondit Vladi, mais bon ; avant d’aviser le
Central-Stratège Nº1, je voulais ton avis officiel d’expert du baratin et de
l’embrouille, sur ces gars, les chefs. Ils m’ont l’air d’être totalement siphonnés
mais, le cador, a-t-il dit la vérité ? Peut-on faire confiance à ses dires ?
-Je pense que oui à 95% ; plus est impossible, mais la vue de ses gars rétamés
sur la carrelage lui a léssivé le peu de raison d’être qu’il lui restait ; comme tu dis,
ils ont le cerveau liquéfié par ces ondes qui les matraquent depuis toujours. Ce
sont de vrais zombis, des robots qui n’ont plus leur libre arbitre ni forme de
pensée propre. Tel est mon point de vue.
-Bien, merci mon frère, j’avise Manitou, avec nos impressions et connaissances
actuelles de première bourre, bien entendu, qu’il peut lancer la deuxième vague
d’assaut sur la ville.
-Ok, Vlad ! Pour ma part je vai jeter un oeil sur les gars, voir si tout se passe
bien, à tout à l’heure au perceur, il regarda sa montre, puis il lui donna quelques
tapes amicales et affectueuses sur l’épaule puis partit en souriant, lui faisant un
clin d’oeil complice, le pouce en l’air.
Dans la salle du bas, un grand plateau AG équipé de ridelles d’un mètre de haut
avait été rentré en défonçant un mur et les deux baies vitrées attenantes ; deux
gars étaient aux commandes de chariots AG spécialement équipés pour ce job,
ces fameux ramasse-merdes comme ils les appelaient en se marrant. Ces engins sont
équipés sur leur avant d’une longue fourche à trois bras larges et plats de vingt
centimètres et aplatis à leurs bouts, sur quatre mètres de long ; fourche qui
avance à ras du sol pour passer en force sous les cadavres, en chargeant une
palanquée, aidée au sol par des collègues qui mettaient si nécessaire la main à la
pâte pour stabiliser le chargement, qu’ils allaient ensuite rapidement vider sur le
grand plateau en rabaissant les trois bras.
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Ce travail de déblaiement avançait ainsi assez vite, d’autant qu’il n’y avait pas à
se soucier d’abimer la marchandise...Véritable noria macabre et aérienne dans les
plaisanteries et les rires qui fusaient à coeur joie, car il y avait de quoi exulter !
Vladi, toujours sur la galerie, appuyé à la rambarde et tout en regardant
machinalement ses gars se donner à fond à ce travail assez sinistre, ouvrit le
contact radio de son micro-aiguille ; radio de faible portée permettant de parler
en clair sans risque d’interception ; il assura son micro-oreille, puis contacta le
radio de son perceur.
-Cyrille, mets-moi en contact avec Manitou...Mais attends, comme vous l’avez
certainement entraperçu et deviné le reste, on les a tous sucrés, environ 900
mecs à brouter les pissenlits par les racines, d’après la grande Audrey.
-Avons vu en parti et deviné le reste, félicitations. Roseline, le pilote demande si
on reste tel quel, et vous félicite ; sommes fous de joie, on t’embrasse, à toi !
-Merci, ne bougez pas, nous décollons à...mais passe-moi Manitou, je vous
embrasse très fort...Ce soir nous serons tous libres ! Parole de guerrier !
Braves petits, pensa-t-il ému, Gaïa, ma belle, fasse que ce soir nos enfants
connaissent la liberté...ils ont assez soufferts comme ça...et nous tous avec.
Le contact avec Manitou fut établi.
-De Manitou, cambio.
-De Vilain canard – Terminé - 900 ex-machins au tapis - Fut épique et rapide,
nos gars sont des flèches - Pouvez passer à la suite - Serons dispo dans peu de
temps, vous rejoindrons - Important : le bétail est robotisé, inutile perdre votre
temps, entrer direct dans le tas. Cambio.
-OK ! Bravo-bis - Passons à la suite. Terminé.
Vladi se détendit enfin pour la première fois depuis le début de cette action,
poussant un long soupir, puis il s’engagea dans l’escalier qu’il descendit
tranquillement, sans se presser...Il se dirigea vers la sortie pour respirer un bon
coup d’air frais ravigotant, car toute cette barbaque rétamée commençait
passablement à sentir mauvais...Il s’eventa, le vol des mouches était assez
compact maintenant...
D’où peuvent-elles sortir, se dit-il, la nature est incroyable et d’une vitalité
stupéfiante...Il en repéra une qui sortait, repue et ayant pondu la relève de son
espèce. Tiens ! c’est une mouche à camenbert ou à lard...leur festival aura été
complet pour elles aussi ; mais elles ne pourront jamais becter tous les cadavres
qui vont éclorent à partir du soleil levé, ou elle vont en crever d’indigestion.
La vision surréaliste de mouches ballonnées et zigzaguant avec difficulté, avec
des bruits de ratées de moteur et en faisant des rots, le fit éclater de rire ; un
jeune guerrier qui le croisait en courant à ce moment précis le regarda,
surpris « V’là le grand Vlad qui rit tout seul ! v’là aut’ chose maintenant. »
La reconquête est bien partie, se dit en aparté un Vladimir grandement satisfait,
aspirant avec délice une grande goulée de cet air frais de la nuit, parfumé de
multiples odeurs végétales, fragances subtiles instillant joie et vitalité frémissante
dans chaque fibre de ce grand corps fait de puissance et certitudes harmonieuses.
Nous allons saigner ces porcs puants jusqu’au dernier ! Gueula-t-il joyeux avec
force face au firmament. Et vive les mouches aussi, bordel !
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Tendu, sur ses jambes écartées, il brandit un bon moment son poing levé et
frémissant vers les étoiles...Sublime symbole de Force s’encadrant un instant
comme par magie dans le disque irradiant de cette pleine lune qui était bien
présente pour, elle aussi semblait-il, profiter de ce spectacle grandiose que ces
êtres minuscules avaient décidé d’offrir comme un présent, en un respect sacré à
cette voute stellaire grandiose, en hommage à leur mère vénérée, cette bellissima
Gaïa, splendeur stellaire qu’ils vénéraient...sa fidèle compagne azurée, sur leur
route cosmique...

Le Central-Stratège Nº1 évoluait à cent quatre-vingts mètres d’altitude ; les huit


perceurs d’attaque fortement armés l’entouraient dans un cocon protecteur assez
espacé pour permettre toute réaction. La radio venait de cracher en clair les
excellentes nouvelles de l’attaque de Vilain canard. Le contact à peine coupé, un
formidable applaudissement résonna dans la vieille carlingue de l’Airbus A-300,
recyclé en efficient PC de guerre d’une armée d’invasion planétaire
particulièrement performante, comme sans doute jamais cette planète qui vit tant
de civilisations grouiller sur sa surface, n’en connut de semblable.
-Jennifer, s’écria Georges, malgré que tu sois notre invitée privilégiée, aie
l’obligeance de nous servir une coupe de ce champagne embarqué à cet effet,
pour porter un toast au premier massacre d’une série qui s’annonce longue et
fructueuse ; les bouteilles sont dans ce frigo, lui montra-t-il d’un geste.
-Avec le plus grand plaisir et honneur, répondit l’interpelée qui s’affaira à cette
mission de haute confiance et des plus importantes et vitales.
Georges se tourna ensuite vers le radio.
-Agnès, pendant que notre Jennifer s’affaire, note le message à envoyer en
priorité et urgence à Ruppert, et qu’il fasse suivre à Pédro d’Espingo...
Le radio attendait, bloc note et crayon en main...
-Alors...voyons voir ce texte ; il dicta : 1º partie : 900 rétamés - Sont robotisés,
on peut entrer dans le tas direct - Tout est ok - et les Esp ? Terminé.
Agnès le relut...mais au moment où elle allait le taper et l’envoyer, un message
sortit du décodeur, tous se précipitèrent ; c’était justement un message de
Ruppert ; le plancton le tendit à Georges, qui les en avisa de suite.
-Ruppert fait de la transmission de pensée maintenant, voyez son message :
Esp, 1º phase ok / 650 dégommés / 2º phase sous peu, et vous ? Terminé.
Se tourant vers Agnès, il lui dit d’enlever la question sur les Espingo. Elle le
tapa et l’envoya de suite.
-Maintenant ma belle, lui dit-il, envoyons l’ordre d’attaque pour bouziller ces
derniers pourris de gardes planqués devant la gare, dans cet ancien magasin
Monoprix ; rajoute simplement le succès total de Vladi et ses gugus, et qu’ils
peuvent leur rentrer dedant direct, sans préambule, ça va les stimuler, car
logiquement les gardes y sont plus nombreux, ils auront donc plus de turbin...
Le temps que tu le tapes et l’envoies, je vois que les coupes de champ vont être
prêtes ; vas y ma jolie.

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Le bâtiment de cet ancien magasin Monoprix, dont un panneau qui pendait
lamentablement en portait encore le nom, occupe un bloc entier, à gauche et
face à la gare, entouré sur son arrière et ses côtés de trois rues assez étroites,
comme la majorité de celles de cette partie de cette ville moyenne et ancienne.
Seul l’espace donnant sur la gare était plus spacieux, constitué d’une rue allant
passer par la droite sur une voie rapide chapeautant ladite voie ferrée et
débouchant sur une voie perpendiculaire, le Bd Carnot, donnant accès à la sortie
de la ville, allant vers l’autoroute sis à une dizaine de kilomètres plus au Nord.
Mais tous ces quartiers au-delà de cette voie ferrée n’étaient plus qu’un vaste
champ de gravats, cerclé par la cloture électrifiée décrite par Marcellin. Vaste no
man's land qui était tout ce qui restait de cette partie de la ville.
Cette cloture électrifiée part du bord de mer à l’ouest, à un kilomètre du petit
Square Frédéric Mistral, derrière le vieux port, puis remonte plein nord. Les
constructions restées intactes commençaient à partir de la rue Laugier, fermant
ce Square F. Mistral, pour remonter vers le nord, coupant la voie ferrée qui
s’enfonce à cet endroit sous la voie rapide, et la suit tout du long sur son arrière.
Ce no man’s land, désert de gravats qui suivait ainsi la cloture, qui elle remonte
et passe au nord à hauteur du Square Carnot, le coupant en son milieu, puis elle
continue vers l’est, passant sur le haut de la colline délimitant le Super-Cannes à
la limite de la retombée sur le versant d’une colline, l’autre côté plongeant vers
les ruines de la ville de Vallauris. Ensuite elle redescend vers le sud, suivant le
versant du coteau, pour venir mourir au bord de mer, quelques centaines de
mètres après le petit port des pêcheurs d’antan, le Port du Mouré Rouge.
Le no man’s land suit ainsi la voix ferrée dans ses méandres, puis il la coupe de
nouveau à l’est à hauteur de la rue Ricord Laty, plongeant vers le sud, coupant
pour cela le Boulevard de la Source, puis continu, rejoignant le Boulevard
Gazagnaire jusqu’à son extrémité sud, au coin de la Place F. Roosevelt, qui fait
face au casino Palm Beach, local de jeux et plaisirs variés, y compris mortels, où
se termine l’aire de villégiature des monstres Khuigs.
Vue de la mer, face à l’Avenue Croisette, la vieille et célèbre ville de villégiature,
parée de ses atours, parfums et vernis ; senteurs de naphtaline adroitement
escamotées par ses jardins fleuris toute l’année et engraissés du sang des victimes
immolées, gardait tout son cachet apparent, masquant cette zone de mort en son
arrière...Parfait décor de théâtre qu’elle fut seulement et de toujours, ceci dès
1870, ce depuis le premier cours de tennis de Franki, érigé en ses murs en 1879.
Gloire et privilège, la gente bien y évoluait dès cette époque déjà, et comme il se
doit sur leur scène de représentation, se donnant mutuellement le spectacle
ininterrompu de leur fatuité crasse, tandis que la plèbe laborieuse, accrochée à sa
pitance salariale, gîtait sans broncher dans les coulisses de l’arrière pays ; chiens-
chiens faisant les beaux à tour de rôle pour tenter grappiller une menue monnaie,
une esquisse de sourire condescendant, le moindre satisfecit venant s’il le fallait
de la pire crapule roturière mais ayant cet attrait et charme irrésistible de la
fortune, seule et unique valeur subsistante en ce monde de vénalité
institutionnalisé en sa négation de la Vie depuis toujours.

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Ah disgrâce ! disgrâce ! quand tu nous tiens ! Mai tel était pourtant bien ce
monde autosatisfait mais ignorant superbement son sursis, pourtant inéluctable
car toujours plus vorace voleur de l’honneur limité, lui.
Mais, pendant que des perceurs survolaient les alentours du quadrilatère
d’attaque, surveillant les rues donnant sur cet ancien magasin Monoprix ; cinq
bombardiers ODC attaquèrent au même instant cette place des forces de
sécurité de l’ennemi : un bombardier ODC était positionné au-dessus, l’arrosant
verticalement, et les quatre autres sur chaque face de l’immeuble faisant un bloc.
Les deux positionnés, l’un dans la rue Buttura, dans le sens N-S, et l’autre dans
la petite rue Ardison, une transversale allant en O-E, parallèle à celle à l’opposé,
de la gare, la rue Jean Jaurès. Les bombardiers eurent du mal à s’y faufiler tant
elles étaient étroites, leurs antennes ODC étant presque collées contre le
bâtiment. Par contre celui installé sur la droite, la rue Maréchal Foch, remontant
perpendiculairement de la rue d’Antibes jusqu’à ladite gare, avait franchement
plus d’espace, d’aisance d’évolution.
L’attaque des bombardiers fut déclenchée à 03h14’ ; à 03h15’43’’ les guerriers
envahissaient les lieux par les quatres rues et leurs portes d’entrées qui volèrent
en éclat. Véritable invasion de sauterelles, ça courait, courait...Les niveaux au
complet de la caserne furent investis en moins de 03’12’’, plus vite que lors de
leurs entraînements...Et comme de bien entendu, comme à l’aérodrome de
Mandelieu, et comme de partout et de toujours dans cette ancienne société
ségrégationniste et sectaire dont ils avaient continué la tradition, pendant que la
troupe était logée à la va comme je te pousse dans les étages, leurs galonnés
s’étaient confortablement installés dans les anciens locaux administratifs, et ce
avec toutes les commodités.
Les guerriers, Hommes et Femmes étaient fous, investissant chacun son poste
de combat prévu et appris par coeur. Ils auraient pu y courir les yeux fermés
presque, tant ils avaient potassé les plans d’attaques divers incluant toutes les
possibilité d’une résistance quelconque, mais là c’était vraiment du gateau. Ils
fonçaient sur du velour, véritable autoroute de la reconquête menant vers un
carnage assuré. Marion et Hugues, encore dans leur perceur de commandement
positionné à côté d’un bombardier, à quatre mètres en l’air devant l’accès le plus
large, dans la rue Jean Jaurès, le long de laquelle courait et la doublait le large
terre-plein du parking de la gare, celle-ci située cent mètres plus à l’Est. Ils
attendaient ainsi les rapports des six chefs de section qui n’allaient plus tarder
d’arriver maintenant, vue la vitesse ahurissante d’investigation de leurs gars.
-Hugues, c’est fabuleux, regarde-les cavaler comme des enragés, qu’ils sont
vraiment, c’est dingue !
-Sûr, ils auront battus tous leurs records d’entraînement ; avec des gars pareils
la victoire totale ne va pas traîner, ma poulette, j’en suis convaincu.
Marion allait lui répondre quand les premiers rapports arrivèrent, crachés en
clair de le console radio ; son opérateur, Alexis, un jeune de 14 ans, leur dit en
riant, trépignant de joie sur son siège.
-Ils m’ont tous l’air d’être surexcités...ça va saigner à flot, les potes.

59
-Et ça sera parfait ainsi, lui répondit Marion avec un grand sourire, car tel est le
plan général : faire couler un fleuve de sang !
Le dernier rapport arriva, tous étaient prêt pour le grand carnage, il ne
manquait plus que l’ordre d’exécution donné par leur Marion, la patrouilleuse
adorée de tous et de toutes, ainsi que son chevalier servant, le majestueux et
redoutable Hugues, le géant Viking qui avait sauvé leur soeur adorée des griffes
de la folie et du désespoir...Tous lui en seront éternellement gré, car personne
dans cette société de justice et d’amour n’oubliait jamais les qualités et services
rendus à la société.
Marion, avec un sourire radieux et complice, fit signe au jeune pilote de poser
l’appareil, la belle jeune et blonde Léticia, acquiesça d’un clin d’oeil et posa son
perceur en trois secondes, porte déjà ouverte tournée devant l’entrée de
l’immeuble, c’était vraiment une crack du manche, comme disait Marion ; celle-
ci, suivie de Hugues et de son staf sortirent en trombe et s’engouffrèrent dans
l’immeuble ; ils stoppèrent au milieu de la troupe déjà à poste, et des centaines de
gardes immobiles allongés en vrac sur le carrelage et leurs matelas de couchages.
Ils étaient tous sur place, enfin, devant leurs centaines de victimes désignées qui
les regardaient, impuissants, leurs visages ravagés, déformés par la haine et la
terreur la plus totale de se voir ainsi immobilisés par l’effet d’une arme inconnue.
Ils voyaient ces guerriers étrangers affublés d’un casque grotesque mais
efficace, et ils avaient vite compris que ces guerriers brusquement sortis de on ne
savait d’où, n’était pas venus pour s’amuser...Les lames rutilantes qu’ils tenaient
fermement en main ne pouvaient point les tromper sur leurs réelles intentions,
eux qui passaient leurs vies à donner la mort la plus horrible pour complaire à
leurs Maîtres.
Ils savaient parfaitement reconnaître la lueur caractéristique du meurtre dans les
yeux, la soif de tuer. Ce frémissement imperceptible transmis du bras à la pointe
de la lame scintillante...Ils savaient qu’ils allaient tous mourir, et pas d’une façon
banale et rapide, comme avec une simple balle, non, certainement pas...Ça allait
être dur, le passage dans l’au-delà n’allait pas être une partie de plaisir, c’était une
certitude.
Marion regarda lentement autour d’elle...La vue de ces hommes, bourreaux de
sa race lui rappelèrent brusquement les gardes de l’exploitation agricole de son
enfance. Leurs comportements de brutes sanguinaires, violences gratuites et les
meurtres innombrables et d’un sadisme insoutenable dont elle avait été le témoin
durant si longtemps. Elle revécut brutalement ces moments de cauchemard dans
un flash, souvenirs qui lui remontèrent brutalement en mémoire, comme une
remontée de bile acide et douloureuse au moment de vomir...spasmes violents
qui lui tordirent le ventre durant un moment d’éternité...Hugues, à ses côtés,
perçut le tension psychique anormale de sa compagne...Il lui passa son bras droit
sur ses épaules et lui fit doucement tourner la tête vers lui...Il vit avec effroi le
regard prit de folie de sa douce ; elle était livide, oppressée...Il lui sourit et
carressa doucement la joue...lui parla doucement.
-Marion chérie...calme toi je te prie...tu ne risques plus rien, et c’est toi qui va
tous les tuer maintenant, d’accord ? Nous tous allons les saigner comme tu l’as
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tant de fois rêvé, ok, ma chérie ? Nous sommes là pour ça, uniquement,
souviens-toi, mon amour.
La voix de l’être aimé la détendit lentement...elle sembla le découvrir à ses
côtés, ce qui parut la rassurer, puis elle lui sourit faiblement et revint au présent
en respirant à fond, plusieurs fois, comme pour une plongée en apnée, l’oxygène
saturant alors son sang lui fit tourner la tête un court moment, les couleurs
revinrent teinter ses joues, ses yeux retrouvèrent leur éclat de la furie prête à
exploser ; elle était de nouveau la patrouilleuse de choc, la guerrière irréductible
bien connue de tous...Une pensée fugace la fit même sourire : Je suis une guerrière
de l’enfer, comme dit ce cher Vladi, qui venait de tuer tous ces salauds de
l’aérodrome...Vladi, Pédro, ces deux qu’elle adorait et qui l’avaient tiré de l’enfer
pour de bon, elle se devait de les honorer justement...Cette noble pensée la
ravigota définitivement.
C’était bon, pensa-telle, la tête qui tourne un peu, c’est l’ivresse précédent le
carnage libérateur...Elle dégaina alors brutalement son arme ; Hugues fit de
même...Les jointures de ses phalanges blanchirent sous sa poigne de fer serrant
le manche de son tanto comme dans un étau...Elle positionna méticuleusement
et lentement son micro-aiguille devant sa bouche...Elle prit ensuite le bras de
Hugues dans sa main gauche et le serra...le serra puis, respirant à fond, elle cria
dans son micro, regardant son amant, son frère, intensément dans les yeux avec
un amour sublime : Massacrez-les tous ! Puis ils foncèrent dans le tas.
Ce fut un carnage, une orgie de sang d’une violence inouïe.
Tous furent égorgés, poignardés au coeur, ce pour les plus chanceux ; éventrés,
certains subirent même quelques supplices irrésistibles à appliquer...En plus de la
joie de l’acte à l’arme blanche courte, la façon immémoriable et la plus jouissive
de donner la mort, car l’on voit directement dans les yeux de sa victime sa peur,
sa souffrance et la vie quitter ce corps honni que l’on vient de condamner...
Alors tout près de lui, de ce visage exécré, scrutant alors les réactions de ses
fonctions physiologiques vitales, docteur de la mort penché sur ce visage, ces
yeux dont on perçoit au fond la grande nuit qui s’y installe. On boit son désarroi
dans ses râles qui vous explosent au visage comme feux d’artifices multicolores
et, si par bonheur, on est en droit de l’espérer aussi, la proie vous supplie de
l’épargner, alors...alors, folies, ô douces folies, oui...ô Gaïa, Gaïa, toi la sublime,
c’est alors le nirvana du guerrier assuré, l’ivresse totale du tueur comblé dans sa
quête rédemptrice.
Ces centaines d’hommes mouraient ainsi prisonniers, incapables d’un moindre
geste de défense, conscients, mais leurs centres moteurs bloqués par les ODC.
Leur conscience intacte justement, dernière vengeance qu’ils avaient largement
mérité puisqu’ils avaient, durant leur vie abjecte, appliqué ce même principe à
leurs millions de malheureuses victimes innocentes et incapables de se défendre ;
et de plus, immondes pourris, tuant femmes, enfants et vieillards sans le moindre
état d’âme, et souvent dans les pires des tortures gratuites.
La grande loi universelle du talion était enfin à l’oeuvre après tant de millénaires
de la lâche et veule loi castratrice érigée par les sacerdoces de tous horizons.
Outrage insoutenable à l’honneur et le droit et devoir élémentaire et sacré de
61
défendre sa Vie et celles des siens, ainsi que ses biens, et ce devant quiconque :
princes comme manants. Mais particulièrement les princes, de toujours les plus
avides et dangereux, qui pour preuve, avaient instauré de façon inique à leur
encontre, le respect aveugle et sans réplique des peuples, en faisant ainsi de
perpétuels esclaves à discrétion, entre autres en les désarmant sous des prétextes
fallacieux et avec l’aide de preuves fabriquées de risques d’attaques terroristes,
que leurs cerbères des services secrets et leurs assassins professionels
provoquaient à cet effet, à bon esceint...
Technique vieille de millénaires de leurs pratiques délétères et sournoises.
Ô Gaïa, mon amour, respecte cette supplique ; combien de malheurs
insoutenables se répandirent sur ta beauté céleste ; protège tes derniers enfants
de si monstueuses tentations, sinon détruis-les plutôt tout de suite !
Ce fut impossible de déterminer exactement le temps que dura cette liquidation
d’un genre très particulier pour un magasin ; et malgré que tous y mirent le
meilleur d’eux-même. Cela prit pas mal de temps, oui, surtout quand on
s’attarde, mais c’est humain que voulez-vous, à contempler sa victime à l’agonie
qui, nonobstant, force jusqu’au bout sa vie à ne pas la quitter, lutte désespérée et
un peu ridicule s’il en est, surtout quand on a une lame de trente centimètres
enfoncée jusqu’à la garde dans sa viande...Alors, que voulez-vous, on perd un
peu de temps à fourrager avec ladite lame dans la gorge, qui dans la poitrine, qui
dans les tripes...ce jusqu’à expulser le dernier soupir dans cette face horrible et
haïe...Être certain qu’il est bien crevé, totalement foutu et mort pour l’éternité.
Voici pourquoi cela prenait du temps, mais dans ce travail extrèmement précis
et consciencieux, et dont pas un seul de ces braves guerriers farouches et
honnêtes ne se défilaient, comment vouliez-vous prétendre décemment pouvoir
faire autrement, et surtout plus vite ? Impossible mon bon ! Tuer son homme
prend du temps. Faut être sérieux, surtout quand on s’y applique, qu’on fignole
par amour du travail bien fait ; et eux tous donc prenaient le temps qu’il fallait,
consciencieux et jusqu’au-boutistes, et il n’y avait pas à sortir de ça, voilà !
En fin de compte, on ne savait pas de qui des vivants ou des morts étaient les
plus ensanglantés ; il fallut ouvrir les manches à incendie du magasin pour passer
la troupe à la douche. Ils firent ce grand et joyeux nettoyage de printemps dans la
petite rue parallèle à celle de la gare, la rue Ardison, pour éviter au maximum que
ne se propage dans les rues alentours, et surtout vers le bord de mer et les hôtels
où résidaient les Khuigs, le bruit des rires et cris de joies pourtant contenus mais
encore forts de ce millier de guerriers exultants, en fête...qui riaient comme de
vrais mômes qu’ils étaient tous au final.
Puis, le calme revint vite et la notion du devoir occupa de nouveau les esprits.
Comme firent leurs collègues à l’aéroport de Mandelieu, ils installèrent alors
une plate-forme AG dans chaque rue, plaquée au sol et tout contre le bâtiment,
ils ouvrirent toutes les portes extérieures donnant sur les quatres rues et les
fenêtres des étages, puis leurs fameux ramasse-merdes entrèrent en action dans des
chassés-croisés incessants et une noria sanguignolante et aérienne...Fallait pas
trainer sous les palanquées de cadavres qui s’envolaient de tous bords, car c’était
la douche assurée et sanglante...
62
Le carrelage était devenu une vraie patinoire, le vieil escalator un toboggan
vermeil et les escaliers de secours un torrent écarlate...Et bien entendu, les
mouches arrivèrent aussi pour le grand festival, quoique au début cela traînailla
un chouia faut dire puis, ces phéromones chatoyantes suivant leurs chemins
buissonniers et mystérieux, atteignirent ces bestioles en leur ville inconnue,
certainement, car peu après elles débarquèrent alors en vols compacts et sonores.
Cette année 2400 restera un fastueux millésime pour cette gente ailée.

Ils réussirent, mais sans que quiconque ne sache vraiment comment ils en
étaient arrivés à ce résultat aussi précis, et c’était bien là le plus étrange, à
comptabiliser exactement mille trois cent vingt-huit gardes tués. Pas un de plus,
pas un de moins ; garantirent sérieux deux farfouilleurs, deux espèces de
comptables d’occasion et comme tels autoproclamés, leurs bloc-notes en
témoignant, noircis de barres et constellés de taches de sang. Le chiffre devint
donc péremptoirement officiel, à la grande satisfaction générale.
Ils auraient pu tout aussi bien en compter six mille, et pourquoi pas six cent
mille mecs calanchés, comme aussi bien soixante million, que cela aurait été du
pareil au même, car pour le coup tout le monde s’en foutait bien du moment que
les clients étaient allongés dans la sciure. Comme quoi aussi, veritas ! ô veritas !
les soi-disant comptages historiques ne sont pour la plupart et ni plus ni moins
que de la merde aux yeux : les deux comptables autoproclamés, dixit.
Le magasin enfin déblayé de cette barbaque déplorable et abjecte, les gars
passèrent rapidement le rez-de-chaussée à la manche à incendie pour évacuer le
mieux possible ce lac de sang ; limitant ainsi l’éventuelle découverte du massacre
par les fenêtres depuis la rue. La prudence est l’ange gardien du guerrier averti,
tandis que l’enjoleuse et folle témérité est sa sournoise et pire ennemie.
Et comme de bien entendu, comme le firent les sections de Vladi, Hugues fit
récupérer toutes les armes et munitions que les gars trouvaient, ce qui remplit à
ras bord quatre caissons AG amenés pour l’occasion. C’était plus un magasin
mais un véritable arsenal, dit-il satisfait et en riant à Marion.
Pour finir ils récupérèrent en dernier les nombreuses petites caméras montées
sous des blocs AG, et grosses comme une petite pomme reinette, groupées par
paquets de cinq unités : une filmant vers le bas et les quatre autres sur 360º, vues
orientées un peu vers le bas, en vision panoramique...
Toutes les sections d’assaut en avaient plusieurs qui suivaient quelques soldats,
attachées sur une épaule elles flottaient au-dessus d’eux, enregistrant leurs
actions guerrières pour les montrer aux leurs restés dans les stations. Ils les
avaient lâché au plafond pour être libres de leurs mouvements à manier le
couteau libérateur. Généreux faucheurs de vies en amples gestuelles, tels ces
semeurs antiques qui eux propageaient la Vie sacrée pour la phratrie.
Dernier travail qui restait à faire, et non des moindres : récupérer les cartes
magnétiques de contact de la douzaine de chasseurs ainsi que des sept transports
divers parqués portes ouvertes et n’importe comment devant l’immeuble, sur la
rue et le terre-plein de la gare. Ainsi, pas question de traitrise. Il y avait aussi

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parmi ces appareils Khuigs, trois engins qu’ils n’avaient jamais vu auparavent,
même pas sur les vidéos d’espionnage.
Ce nouveau modèle était très étroit et de moins de cinq mètres de long environ,
très bas sur ses trois courts patins. L’engin est assez plat sur le dessous et fuselé,
allant en s’évasant sur l’arrière ; l’avant à partir du cockpit monoplace étant en
forme d’un court bec de canard ; des bouches à feu indiquent un armement
conséquent. L’impression est que ces engins devaient être redoutables en combat
aérien. Ils en donnèrent une description détaillée à Central-Stratège Nº1, qui
diffusa à tous cette information, et ils nommèrent ironiquement ce modèle
d’Affreux canard.
Les bombardiers ODC ayant quitté les lieux, les perceurs et transports
atterrirent pour récupérer la troupe au complet, tous repartirent aussitôt en
altitude vers leurs géopoints respectifs d’attente. Marion et Hugues avec leurs
section embarquèrent rapidement dans leur appareil qui décolla aussitôt à la suite
de leur troupe, allant aussi se mettre en attente de la suite des opérations.
Marion, qui regardait sa montre-bracelet depuis un moment, calculait le temps
passé à cette opération, elle avisa Hugues.
-Du moment où les bombardiers ont lâché la purée à maintenant, ça aura pris
plus de temps que je croyais, 01:48 h quand même, quel boulot !
-Ça ne m’étonne pas tu sais, lui répondit Hugues, les gars s’y sont donnés à
fond et avec application, alors...
-Déjà 05:02 h, il faut de suite aviser Georges.
Elle se tourna vers le radio, Cyrille, qui, prévoyant attendait sagement, bloc-
notes et crayon en main.
-Ah ! Cyrille, toujours en avance sur le chrono, hein ? lui dit-elle satisfaite, en lui
tapotant affectueuesement l’épaule ; note le message envoyer de suite à notre
cher Georges, « Travail terminé, 05:02h – 1328 au tapis - Sommes en attente -
Local et aire dégagé - Pouvez passer suite. Terminé ».
Elle fit un clin d’oeil au radio qui tapa le texte à la volée et l’envoya dans les
douze secondes suivantes...
-Marion ! Oh Marion ! C’est Denise qui la hélait, une grande guerrière à la
grande tignasse noire comme un corbeau, regarde, chérie, sur la droite, tout près
de nous...c’est Vladi qui nous a rejoint et nous fait un bonjour par un hublot.
Marion se précipita vers le hublot le plus près d’elle et vit son cher frère-ami-
amant-sauveur qui lui envoyait des baisers du bout des doigts, avec un sourire
radieux, puis le visage de Pèdro s’encadra dans le hublot à ses côtés...Ils
exultaient littéralement...Elle leur rendit sourires et baisers et leur fit un signe
avec le pouce levé, signe de félicitation et satisfaction générale...Puis, la pilote de
Vlad, cette autre jeune as du manche encore, décrocha, écarta son appareil pour
reprendre sa position d’attente, leur envoyant également un rapide bonjour et
leur souriant aussi de toutes ses dents, visiblement fière et ravie du travail fait par
ses redoutables guerriers...
Marion, de voir cette jeune enfant aux commandes d’un perceur d’attaque, eut
alors une pensée fugace envers son jeune fils, Clovis, qui rongeait son frein à la
station, elle en était certaine, connaissant bien son impétuosité ; elle le plaignit
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sincèrement. Il aurait été si heureux de participer à cette guerre, d’autant qu’il en
avait amplement la compétence requise...mais c’est comme ça...Pauvre p’tit bout
d’chou...fut sa dernière pensée pour son enfant qu’elle adorait, car un soldat la
hélait en plaisantant de l’autre bout de la carlingue...Pas un piètre petit moment à
soi, se dit-elle...mais à la guerre comme à la guerre, rit-elle en aparté, joyeuse, en
ce grand jour fatidique...
Gaïa, fasse que nous n’ayons pas de morts chez nous, fut son ultime et étrange
pensée, avant de répondre à ce grand échalas, le Pierrot qui, comme à son
habitude n’arrêtait pas une minute de raconter des histoires, et lui posait
justement une question pas piquée des hannetons...et.elle lui répondit.
-Et alors, Pierrot ? lui demanda-elle en riant de bon coeur, qu’est-ce qu’elles
font les Femmes quand elles bais...

Dans Central-Stratège Nº1, le moral était au beau fixe tant tout se déroulait
comme prévu et maintenait sur les visages une allégresse de bon aloi.
-Pas étonnant, les potes, avec des stratèges aussi géniaux que nous !
Celui qui venait de crier cette vérité ostentatoire n’était autre que Marcellin, qui
arborait depuis le succès de l’attaque de l’aérodrome, un sourire allant jusqu’à ses
deux oreilles, et ces dernières nouvelles du carnage des équipes de Marion
n’étaient pas faites pour le calmer, ô nom de Gaïa, que non ! Tous les membres
de ce Conseil étaient enchantés de voir ainsi ce cher vieil Homme pris d’une joie
bien méritée, après la vie d’enfer qui avait été la sienne dans cette ville sinistre.
-C’est ça, crevez-les tous, répétait-il sourdement, faites-les jouir comme ils le
méritent, ces pourris de gardes, ces monstres asservis et sadiques...
Georges, son ami, lui passa affectueusement un bras autour de ses épaules, le
serrant un instant contre lui, lui disant.
-Marcellin, mon frère, tu me parais des plus joyeux, et j’en suis ravi...Le
programme des réjouissances te satisfait-il ?
-Ah ! Georges ! Georges ! si tu savais mon bonheur de voir ça, j’en ai tant rêver
à devenir fou, tu sais ; mais je pense à tous ces gens, là en bas, qui savent
qu’aujourd’hui est un grand jour de fête pour leurs bourreaux, ce qui signifit
pour eux encore plus de tortures et de morts dans leurs rangs. Ils le savent
pertinemment car ces ordures ont dû les en aviser depuis des jours déjà, pour
jouir de leur effroi avant celle de leur mise à mort...Ces monstres méritent de
mourir cent fois plutôt qu’une, ce sera mon seul regret qu’il n’en soit pas ainsi.
-Mais au moins, lui dit Georges, ils seront bien morts, rassure-t’en, et pas d’une
mort douce, tu peux être sûr, alors c’est comme s’ils mouraient plusieurs fois,
crois-moi, car avant de passer l’arme à gauche ils regretteront tous d’être nés.
-Je sais Georges, connaissant le programme...mais je donnerais cher pour
pouvoir aviser tous ces gens qu’ils vont être sauvés, les tirer de leur cauchemard
actuel, les affres de la mort incertaine ; il n’y a pas pire que ça, cette incertitude
qui tue l’âme bien avant le corps...c’est horrible.
-Sois tranquille Marcellin, dès que nos gars seront en place ils les préviendront
et les libèreront dès qu’ils le pourront, c’est prévu.
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-Merci Georges, je sais...Je n’aurais même jamais rêvé de faire un jour parti
d’une société telle que la vôtre, tant vous êtes extraordinaire de bonté et de
justice, merci.
-Cette communauté est aussi la tienne maintenant, n’oublie pas, mon frère.
Georges lui tapota l’épaule puis se tourna vers le groupe.
-Mes amis, l’aube va se lever sous peu, nous serions presque en retard même ;
c’est le moment de faire descendre notre présent à nos amis les Khuigs.
Un sourd grondement s’éleva à ses paroles...les Khuigs, leurs amis !
-Du calme ! du calme ! c’était juste une expression en l’air, bien sûr ; puis il
s’adressa au radio, Agnès, en lui faisant un de ces sourires dont il savait, en vieux
cavaleur, que pas une enjoleuse n’y résistait. Agnès, ma si jolie beauté printanière,
lui dit-il en lui carressant furtivement la joue, aie la bonté de me passer l’équipe
du transformateur, à l’entrée Nord de la ville, puis également le transport qui est
en charge de notre cadeau, les deux en duplex constant avec moi, car il va falloir
synchroniser les deux actions, et que ce soit en clair, merci.
Agnès, qui rosit sous les paroles charmeuses de son chef adoré ; Il n’y a que
Georges qui sait parler ainsi aux Femmes...c’est un vrai galant, soupira-t-elle, la poitrine
haletante un court instant ; puis elle se reprit rapidement, en digne guerrière
qu’elle était et actionna rapidement les contacts, avisant les deux responsables
concernés, puis bascula sur ambiance générale.
-Contact établi, Georges, tu peux y aller ; lui dit-elle avec un sourire d’un
charme fou, c’est tout au moins l’impression qu’elle voulait transmettre.
Ce dernier lui sourit imperceptiblement puis se concentra un instant, inspira
profondément avant d’attaquer cette troisième phase du plan d’attaque. En fait,
leur première pièce essentielle de sa fameuse mise en scène, propre à instiller la
surprise, le doute, puis l’incertitude dans l’esprit de l’ennemi.
La guerre d’influence et manipulation sournoise entrait ainsi officiellement en
jeu, en cette aube sublime qui s’annonçait d’un climat paradisiaque, commençait
ce jeux pervers d’un sadisme qui se voulait glorieusement allant cescendo et
paroxystique : amener lentement et pour finir la victime jusqu’à la folie du désir
suicidaire salvateur...mais sans l’élémentaire et indispensable moyen d’y parvenir.
Contact : De Manitou à nº 1 Electron, et nº 2 Troie, prêt ? Cambio.
Les deux répondirent instantanément : OK !
-Au top, nº 1 stoppe tout, et nº 2 pose le cadeau ; de suite après nº 1 se tient
prêt à reconnecter, ok ? Cambio.
-Ok pour nº 1...Ok pour nº 2. Cambio.
-Parez...au top.......TOP !
Alors que le levant commençait à peine à rosir, la ville plongea d’un coup dans
l’obscurité totale, les gars de la section nº1, ayant coupé le jus de la Centrales
FMS installée dans le parc de l’ancienne « Usine électrique » d’antan, au Nord de la
ville, tout près à droite en descendant de la sortie de l’autoroute A8, avec son
terre-plein du carrefour plein de carcasses de cadavres des esclaves dévorés par
les chiens sauvages et autres divers charognards.
Au même instant, dans le transport concerné, le nº 2, le pilote du cadeau réservé
aux Khuigs actionna sa télécommande et fit sortir le cadeau de sa plate-forme
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arrimée sous l’appareil et le guida, soulevé par son embase AG, vers l’avenue de
la Croisette, où il le déposa méticuleusement, pile au milieu de l’avenue, tourné
devant l’hôtel depuis toujours le plus prestigieux de la place, le Carlton, servant
de gîte, noblesse oblige, même et surtout roturière, car la seule restant en ce
monde d’horreur, à ce fameux roi des Khuigs et sa suite.
Puis la lumière revint. Cela leur avait pris quarante-huit secondes chrono !
L’appât était maintenant en place, enfin, en cette heure entre chien et loup, où
les monstres Khuigs sont encore prisonniers de ces instants pénibles et redoutés,
où la conscience encore assoupie et rebelle, fait par pulsions de violents effort
pour chasser les affres de l’incertitude de la sinistre nuit où l’âme vient torturer
son quidam.
Les proies devaient logiquement, d’ici quelques petites heures, se précipiter vers
cet étrange et imposant objet apparut subitement comme par magie sur l’avenue.
Personne ne savait quand et comment il était apparu, et encore moins de qui il
était le présent ; mais chacun se plut à penser, typique de l’esprit immature ou
débile, qui se joue des illusions faramineuses, enluminant ainsi sa triste et
dérisoire condition, que ce cadeau était une offrande secrète à leur roi, leur
seigneur et Maître...
Elle seule, la curiosité inhérente à l’espèce, allait rabattre le gibier dans la nasse.
Par delà les millénaires, un même principe de piège ingénieux et pervers allait
remplir son office désormais immuable...
L’armada ceinturait maintenant sa proie et la tenait sous une chape de mort
latente encore invisible au vulgaire...Une demi-sphère de milliers de machines
hétéroclites mais redoutablement performantes et portant des guerriers
sanguinaires, impatients et âpres à la tuerie sauvage et rédemptrice, la couvrait de
son futur et très proche suaire...
La mort pulsait violemment dans les veines de ces parfaites machines à tuer ;
des milliers de coeurs battaient sourdement dans ces poitrines haletantes, se
gonflant de puissantes giclées d’adrénaline qui allaient les propulser dans un
grandiose et fulgurant bain de sang. Carnage inscrit en lettres de feu dans ces
âmes nobles et chevaleresques, renouant ainsi avec la grande tradition de leur
race qui allait retrouver en ce jour fabuleux sa grande direction de cette planète ;
prérogative trahie par la noblesse puis la bourgeoisie antique, vendues et
perverties à l’injustice vénale du commerçant apatride et sa consoeur et
sournoise complice, la bure cachant des atours d’ors et vermeils ; couleur de leur
sang qui allait gicler de leurs corps et âmes pourris.
L’Honneur de ce nouvel Homme était sur le point de glorieusement renaître de
par le glaive et la flamme purificatrice !

La nuit avait été une orgie sexuelle et de beuverie des plus réussie. Le Khuigs,
un gros blond de type vaguement slave et à la gueule carrée, dans la quarantaine
bien sonnée, se souleva péniblement sur un coude et émergea lentement de son
brouillard éthylique, avec une monumentale gueule de bois à la clé, comme de
plus en plus souvent depuis quelques temps. « Il faudra que je fasse un peu de régime »
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dit-il à haute voix en riant... « 137 kg c’est un peu exagéré quand même, pour mon mètre
soixante-dix-neuf...20 kg de moins ne me feraient pas de mal. »
A ses côtés était son girond préféré, un beau garçon blond de seize ans,
efféminé à l’extrème et d’une sublime lascivité et dévotion à ses moindres
caprices les plus pervers. Belle bête de plaisir pensa-t-il ; mais il s’en était vite
lassé, comme des autres. Il avait décidé que ce grand jour de fête serait le dernier
de ce bel esclave. Le dernier plaisir qu’il me donnera sera le spectacle de son
agonie, pensa-t-il en souriant d’aise...
Il réfléchissait à son propos tout en le regardant dormir encore sur le
parquet...comme un véritable chien qu’il est, celui de sa race détestable de cette
couleur si blanche mais honnie d’eux tous. Race dangereuse qui avait failli en
finir avec eux les Khuigs, leurs aïeux n’étant pas assez prudents. Ils l’avaient
échappé belle plusieurs fois ; si cela n’avait été de leurs politiques et autres
vendus à leur or, s’en aurait été fini depuis longtemps de leur grande race
Hazenkeshas, car ces peuples nordiques à l’instinct si sûr les auraient anéanti
pour finir...Il s’en fallut de bien peu, ça oui...Le Khuigs en eut un bref frisson.
Sa compagne était encore endormie avec dans ses bras l’une des deux fillettes
préférées dont elle aimait jouer. Chacun ses vices en somme, pensa-t-il. Il
regardait sa femme...matronne adipeuse d’un blond vénitien décoloré, les plis de
graisse la ceinturant comme baudruche...En somme, pourquoi avons-nous et
supportons-nous des femmes si laides ? Mystère que tout cela...mais il les faut
bien pour la reproduction de notre grande lignée, car qui sait si un jour on ne
reprendra pas le chemin des étoiles ? Il faut toujours rêver dans la vie.
Bien ! éructa-t-il, il regarda sa montre-bracelet en or massif serti de diamants :
8:37 h déjà ; assez dormi comme ça ! Il donna un coup de pied dans les reins de
son girond ; ce dernier se réveillant en sursaut et fit un bond pour se lever...Il se
tourna appeuré vers le Maître, le regardant, interrogatif mais surtout sans rien
dire, car il connaissait bien le risque de lui adresser la parole sans y être invité.
-Vas ouvrir les volets, belle vermine ! lui cria le Khuigs impatient, content de ce
trait spirituel.
Le girond se précipita, ouvrit la croisée puis les deux volets sur le petit balcon,
le tout dans la même foulée...Il ne fallait jamais faire attendre un Maître pour le
satisfaire dans le moindre de ses désirs...et, malgré qu’il devait de suite se
retourner, il le savait pourtant bien, pour être prompt à obéir aux ordres
éventuels, il resta planté là, sidéré, regardant la foule déjà assez compacte malgré
cette heure matinale encore ; foule continuant de s’agglomérer sous les fenêtres
de ses Maîtres, car tous ces gens se dirigeaient vers une énorme chose étrange
posée au milieu de l’avenue, devant l’entrée de l’hôtel Carlton, leur résidence ; ses
Maîtres étant de gens importants dans leur société...
De le voir ainsi inactif, le Maître hurla.
-Que fais-tu à regarder la rue, chien puant ! Qui y a-t-il que tu ne connaisses
déjà, hein ?
Le girond se retourna à la seconde, tremblant de peur des possibles coups pour
désobéir aussi affrontément...il n’osait répondre...
-Parle, foutue vermine !
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-Maître, dit-il d’une petite voix appeurée et en baissant les yeux, c’était plus
prudent...Il y a un...il y a une grande statue devant l’hôtel...et beaucoup d’autres
Maîtres qui viennent de partout pour la regarder, Maître.
-Une statue de quoi ? Le Khuigs le regardait avec des yeux ronds de surprise,
comme si son foutu esclave rose était devenu subitement fou.
-Je ne sais pas comment ça s’appelle, Maître, pardon.
-Et ça ressemble à quoi ta statue, infâme raclure blanche, hein ? dit-il hargneux.
-On dirait un animal, Maître... mais c’est grand, et tout jaune.
Excédé par ce rébus stupide, « Voilà ce que c’est que de vouloir discuter avec ces
animaux », pensa-t-il ; le Khuigs se leva en trombe, c’est-à-dire péniblement, au
rythme d’un pachyderme soufflant comme un phoque...Il marcha vers la fenêtre
en grandes enjambée, expulsant le girond de son chemin avec une gifle
retentissante, ce dernier alla s’affaler au pied d’un fauteuil, se frottant sa joue
douloureuse, le regard vide, stupide...puis il resta là, vautré, inactif. Il lui fallait
pour s’annimer suivre un ordre, une directive quelconque d’un Maître, pour
s’éveiller un tant soit peu, sinon, laissé à lui-même un rose retombait
automatiquement dans une torpeur sans fond, vide abyssal hors de toute
sensation d’existence, parfait robot assujetti...
Le Khuigs apparut à la fenêtre et resta sidéré en découvrant effectivement une
statue sur un imposant socle de marbre blanc. Ce qu’il voyait ainsi, sans y croire
vraiment pourtant, était un invraisemblable et énorme taureau apparemment en
bronze et d’environ six mètres de haut, aux proportions admirables, et brillant de
tout l’éclat de ce métal cuivré rouge. L’animal reposait sur un imposant socle en
marbre blanc, du Carrare, certainement, pensa-t-il fier de lui, bloc de six mètres
sur trois et d’un mètre vingt de haut environ...Ça doit peser son comptant, dit-il
à haute voix.
La bête avait une posture de combat, tête baissée et cornes monumentales en
avant, sa facture en était somme toute stylisée : il était constitué d’angles vifs, tels
les muscles ainsi que la morphologie de l’animal parfaitement reproduite.
L’ensemble avait un cachet des plus réussi et fort impressionnant et, chose qui le
frappa au bout d’un long moment d’observation : il ne paraissait pas y avoir trace
d’assemblage d’éléments...pas de rivets...pas de marque apparente de soudure ou
quoique ce soit ; cet objet colossal était constitué d’un seul bloc, et malgré son
ignorance de ces choses techniques et vulgaires, il lui paraissait impossible, sinon
anormal qu’un semblable objet puisse être réellement d’un seul morceau initial.
Mais alors, QUI, et OÙ, avait-on pu construire une telle chose !?
Les rouages de ce cerveau prétencieusement supérieur mais pourtant sclérosé,
tournaient à grande vitesse, cette dernière étant cependant directement
relationnée et assujettie à la forte masse corporelle gélatineuse supportant cette
boîte crânienne au front obtus, véritable vitrine parfaitement représentative de
l’encéphale sous-reptilien qu’elle abritait...C’était l’oeuvre d’un artiste génial,
d’après lui, quoiqu’il ne soit pas spécialiste, comme tous ceux de sa race, du
reste...L’art, comme le reste était l’oeuvre des vulgaires seulement, et non pas de
seigneurs comme eux les Khuigs...
Ha ! ha ! Il manquerait plus que ça, rit-il méprisant.
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Puis, passé ces longues minutes dans la plus totale surprise à contempler cet
étrange chose, il se reprit vite car il voyait aussi la nombreuse foule qui déjà se
pressait pour admirer ce mystérieux cadeau à leur roi ; car il ne saurait en être
autre raison que cette présence outrageante pour eux tous, la cour fidèle et
empressée...Mais très vite aussi, la question était de savoir QUI avait offert ce
présent à la famille royale ?
Cette question sans réponse occupa rapidement et douloureusement tout
l’esprit de ce Khuigs qui, il le réalisa aussi vite, était scandaleusement déjà bien en
retard pour paraître dans son rang de cette foule qui grossissait à vue d’oeil. Pour
cela il se promit de mettre personnellement à mort le majordome de l’hôtel pour
ne pas l’en avoir avisé en temps et heure...Il n’y coupe pas, ce guignol galonné,
rit-il sous cape avec des lueurs de meurtre dans son regard torve aux prunelles
d’un gris-bleu délavé.
Il se rua vers sa femme et réveilla ces tas de viandes, elle et ses jouets, à grand
coups de pieds dans le tas...les insultant à grands cris. Les plaintes de douleurs
montèrent, puis il fit lever sa femme de force et la poussa violemment vers la
fenêtre ; c’est le balcon en fer forgé qui la bloqua à la poitrine, compressant ses
énormes mamelles déjà tombantes, pour ses trente-deux ans...Et elle vit aussi ce
taureau gigantesque...animal fabuleux qui lui fit une peur du diable.
Ils s’apprêtèrent aussi vite que possible pour descendre vers leur place de cour,
standing oblige, et le pire, sans avoir déjeuné...
Ce majordome de malheur allait le payer horriblement cher, fulmina-t-il en
sortant de l’appartement avec sa bonne femme et leurs jouets roses. Une des
fillettes qui pleurait de trop, se plaigant du coup de pied reçu dans le ventre, eut
alors droit de la part du Khuigs, à une gifle donnée à la volée et à poing fermé
qui, avec son énorme chevalière en or massif surmonté de son caillou de 74
carats, l’atteignit sur la tempe droite et la tua sur le coup. Son petit corps resta là,
en travers de la porte de l’appartement...petit corps de chiffon désarticulé, une
traînée de sang sortant de son oreille...
Belle opportunité pour une petite mouche bleue qui passait par-là en quête de
sa pitance, et qui s’y posa subrepticement et s’y introduisit d’emblée avec délice,
vite suivie par des consoeurs explorant aussi les alentours ; premier festival
gastronomique de ce qui allait être aussi un très grand jour diptérien...à inscrire
assurément dans leurs annales.
Le khuigs, en claquant des doigts fit signe au garde de planton d’enlever le
cadavre, puis ils partirent à grandes enjambées.
Le garde prit une jambe à la cheville puis se dirigea vers le local des communs
en traînant la cadavre avec la plus totale indifférence. Une fois entré, il ouvrit le
panneau du vide-ordure, souleva le petit corps en force, le bascula dedans le
conduit puis le lâcha, referma la porte et sortit reprendre sa posture de garde. Là,
véritable robot asservi, le dos appuyé contre un mur du couloir, il se détendit en
oberservant d’un regard stupide, l’extincteur juste en face de lui. Ses embryons
de pensées mort-nées venant effleurer en surface, puis crever comme bulle
empoisonnée, putrides.

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Tôt déjà, le personnel avait installé le trône royal sur l’avenue, devant ce taureau
menaçant. Heureusement, pensa notre Khuigs satisfait, le roi et ses proches ne
devaient pas être encore descendus...l’honneur était sauf...Son girond tenu en
laisse, ils coururent donc vers leur rang de cour, et leur destin déjà inscrit dans le
sang ; mais ça, ce Khuigs et ses semblables ne le savaient pas encore et ne
pouvaient même pas s’en douter, tant leurs esprits baignaient dans une certitude
maintenant séculaire de parfaite légalisation de leur impérialisme naturel, ce qui
était le minimum requis pour une race supérieure comme la leur.
Arrivés enfin à la sortie, tous essoufflés, car comme de bien entendu, et ce de
plus en plus souvent maintenant, l’ascensseur était encore en panne...Ils avaient
beau punir ces maudits tehniciens par des supplices horribles, rien n’y faisait, ces
abrutis n’étaient pas foutus de réparer correctement ces récalcitrantes machines
du diable et...c’était sûr qu’il allait en tuer son comptant aujourd’hui, garanti.
Mais, le temps qu’ils arrivent à l’extérieur, le roi et sa cour étaient déjà en place ;
et il eut beau se courber pour le saluer dévotement, il vit et comprit avec frayeur
que son roi n’appréciait pas son retard. Le Khuigs rentra dans son rang en
présentant un profil bas, mais avec une rage intérieure qui l’étouffait, car se dit-il,
cette journée qui devait être de réjouissance commençait mal...ça oui, il sentait
obscurément comme une menace imprécise planer sur leur assemblée.
Mais bof ! s’écria-t-il pour se rassurer, secouant ses épaules, il n’y aura qu’a tuer
un maximum de cette vermine pour se redonner de la joie au coeur...
La cour était donc installée sur un léger podium d’une marche de hauteur et
d’environ douze mètres sur six, lequel supportait deux trônes, dont un
monumental, celui du roi, en bois sculté de couleur sombre et d’une grande
richesse, couvert d’or et pierres précieuses ; sièges royaux volés comme il se doit
dans quelques chateaux...
Le roi est un homme de taille moyenne d’environ soixante ans, maigre et vouté,
le visage émacié ; le crâne à moitié dégarnie sur le dessus et le cheveux gris clair
et clairsemé lui tombant sur ses épaules effacées, tel un col de bouteille de
champagne...qu’il adore tant. Il est coiffé d’une couronne royale couverte de
diamants et autres gemmes aussi précieuses, le haut surmonté de quatre bras se
rejoignants en croix sur le dessus, le tout sur un fond central d’un velour noir.
Couronne volée à la dernière reine de ce pays Pritich, se souvint-il, leurs
anciens et plus fidèles et dévoués alliers, les plus retords et fourbes qu’ils
rencontrèrent alors chez ces peuples honnis. Eux seuls ayant eu un peu l’âme
Khuigs, sourit-il en aparté. Ses yeux sont clairs, gris pâle, mais, et c’est là la seule
chose de vivante semble-t-il dans son apparente frêle personne, son regard le
plus souvent torve, constance de la race en fait, est d’une dureté folle, intense et
cruelle...Quiconque de ses sujets qui croise ce regard se sent défaillir, alors qu’ils
sont tous d’horribles tortionnaires et assassins patentés ; sauf que ce regard de
leur roi les liquéfie...
La reine, elle...jeune femme blonde de vingt-cinq ans environ, n’est pas encore
adipeuse, mais on sent que cela ne saurait tarder, car son visage assez inexpressif
et déjà bien joufflu, présente une bouche à la lippe bien caractéristique du
gourmand prêt à se damner pour satisfaire ses vices...
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Sur le podium, et allant d’un bord à l’autre en passant derrière les deux trônes,
est une lignée de douze gardes au coude à coude et en tenue d’apparat. Leur
ceinturons sont dorés ainsi que leurs armes : pistolets, poignards et matraques
électriques qu’ils tiennent à deux mains en travers de leurs poitrines. Sur leur tête
trône une gigantesque couvre-chef : ces hauts chapeaux à poils noir des défunts
gardes royaux de l’aussi défunte royauté Pritich, les fameux horse-gards.
Coiffes aussi ridicules maintenant que quatre cents ans auparavant, d’autant
plus que ces bonnets, car pour dire vrai on ne sait trop comment appeler ces
sortes d’engins, sont pour beaucoup d’entre eux pelés comme de vieux rats
d’égouts. Mais, noblesse et garde royale oblige, ces gardes royaux, donc, sont
raides et figés dans l’importance vitale de leur fonction et...en totale securité, car
il y avait déjà belle lurette que le ridicule, lui seul, ne tuait plus son quidam.
Tout ce beau monde se pavane et attend avec impatience le début des festivités.
Il allait être temps...La soif de meurtres aiguise l’appétit, et pour inaugurer
comme il ce devait cette fête avec faste, il est prévu de décapiter une brochette
d’esclaves. Ils sont là, devant le trône, chacun à genoux devant un billot de bois
couvert de sang séché, mains liées adsn le dos.
Les victimes sont de toutes les conditions : des noirs, roses, verts...neuf
hommes, six femmes et cinq enfants ; tous immobiles et sans réactions
apparentes, attendant leur sort inéluctable, soumis jusqu’à la délivrance de
l’énorme hache à deux tranchants libérateurs que tient un garde de grande
stature. Celui-ci, immobile et nu jusqu’à la ceinture, et dévoilant un torse
puissant, se tient à côté du premier condamné, une fillette de douze ans, sa
francisque posée à terre, ses deux énormes mains posées croisées sur le manche.
Impavide et le regard vide d’expression, il regarde vers le roi, attentant son
ordre d’exécution devant ouvrir officiellement la glorieuse fête de ce quatrième
siècle de leur encore plus glorieuse domination Khuigs sur cette planète et cette
race blanche de ces esclaves maudits.

Les rapports arrivaient sans parer, les perceurs et transports envoyaient les
résultats de leurs observations sur un rythme effréné. Agnès, sur l’avis général,
avait basculé la réception radio sur ambiance générale, chacun suivant le
développement de l’invasion des Khuigs sur cette avenue. Il fallut même donner
l’ordre aux radios responsables des appareils, de seulement donner leur position,
la cible observée, portant toutes un numéro de code, et le nombre approximatif
de gibiers se rendant vers leur appât, le tout sans commentaire ; puis ils devaient
libérer le trafic immédiatement...
Le succès d’attraction escompté par ce taureau dépassait et de loin toutes leurs
prévisions, c’était la réussite totale et absolue ; d’ici peu, tous les Khuigs allaient
être présents sur cette avenue Croisette.
-Je pense fortement, mes amis, dit alors un Georges qui jubilait littéralement,
que nous tenons le bon bout...la nasse est bientôt pleine il me semble, et la
trappe va sous peu devoir se refermer.

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-Je propose, s’écria Jennifer Chancellor, s’empressant de prendre la parole,
d’applaudir comme il le mérite seul, le génial concepteur de ce plan diabolique,
notre cher Georges.
Ce fut un délire d’applaudissements bien mérités.
-Merci à vous tous, j’accepte sans fausse modestie vos compliments, car voyant
ce si éclatant résultat de mes idées, ils sont bien mérités, je l’avoue ; mais restons
les pieds sur terre car le spectacle véritable n’a pas encore commencé, et je puis
vous l’avouer aujourd’hui, je vous ai réservé une ou deux surprises dont vous
m’en direz alors des nouvelles mais, si tout cela fut, selon vos dires,
astucieusement conçu, soit, il n’en reste pas moins qu’il fallait construire ce
splendide taureau et tout le reste qui va suivre de ce festival de l’horreur absolue,
et j’en appelle donc à mon tour pour que nous applaudissions très fort celle sans
qui rien de tout cela n’aurait pu voir le jour, notre célèbre Jennifer Chancellor,
notre reine de la tecno ! Georges lui leva le bras droit, comme il l’avait vu faire
d’un champion de lutte dans les anciennes vidéos...ce qui redéclencha des
applaudissements nourris et mérités...
Décidément la reconquête baignait dans la fête.

Pilotés par des gardes, une trentaine de gros et luxueux appareils AG de ceux
résidants au Super-Cannes, avaient largué leurs cargaisons de Khuigs et leurs
esclaves roses endimanchés sur la Croisette, près de cette chose de métal, puis ils
étaient allés se poser sur le terre-plein du Jardin Roseraie, qui n’était plus que
ronces et désolation, jardin sis en bout de la plage, vers le port des yachts,
l’ancien Port Canto, qui comme tous les autres ports et marinas de la côte était
rempli d’épaves plus ou moins flottantes pour certaines encore, tas de ferrailles
pissant la rouille de toutes parts. La majorité d’entre eux étaient couverts
d’épaisses couches de fientes d’oiseaux marins qui en avaient fait leurs gîte.
C’est tout ce qui restait de ces yachts, splendides unités qui avaient été en un
temps lointain les fleurons de la richesse ostentatoire de leurs propriétaires dont
depuis longtemps aussi il ne restait pas même un vulgaire bout d’os à ronger par
un vulgaire rat ou chien sauvage, bien vivants eux par contre. Ce ballet aérien
s’était rapidement tari, montrant visiblement que la gent Khuigs habitant les
hauteurs était à poste pour la suite du spectacle.
Les rapports de leurs appareils indiquaient pareillement qu’à part quelques
retardataires, la majorité des Khuigs étaient déjà sur la Croisette, et
effectivement, vue depuis Central-Stratège Nº1 l’avenue grouillait littéralement
de monde, comme un jour de foire ; ce taureau avait très largement atteint son
but d’aspirateur de Khuigs, comme ils se plaisaient à plaisanter.
-Mes amis, mes très chers amis, vous voyez comme moi notre gibier fasciné par
ce taureau remarquable qui a rempli son rôle ; il est déjà quasiment huit heures,
et il est donc grand temps de passer à la phase offensive du plan d’attaque. La
phase trois est prompte à être enclenchée, et à partir de cet instant nous serons
en plein dans la bataille finale...que notre mère bénie, Gaïa, soit avec nous. Il se
tourna donc vers Agnès, qui, presque pâmée, le buvait des yeux.
73
-Agnès, mon petit ange, ouvre le contact sur clair, que chacun entende bien ces
paroles sacrées et terribles qui vont être prononcée en cet instant unique.
La radio, fébrile, régla minucieusement ses appareils, puis déclara le trafic
général ouvert
Georges prit le micro, qui ne broncha pas d’un cheveux et le serrant si fort
dans sa main droite que les jointures de ses doigts en devinrent blanches...puis il
parla...paroles d’or espérées depuis tant de temps...
-De Manitou, à tous, je répète, à tous ; au top, que les bombardiers ODC
entrent en action pour notre grande et fastueuse reconquête de Gaïa. Il regarda
sa montre bracelet...la trotteuse courait à perdre haleine dans son circuit
immuable...trente...vingt-cinq...vingt...quinze...dix...cinq secondes avant le top de
08 :00 h pétante...Puis Georges mit brusquement le micro devant les lèvres
d’Agnès qui, surprise, se mit à trembler d’émotion...Il lui fit signe avec le pouce
levé, et elle cria alors comme dans un rêve fabuleux et de toutes ses forces,
TOOOP !
Leur appareil ayant subitement descendu, et faisant face à la plage, tous purent
voir la Croisette par le large pare-brise...Ce fut un spectacle inoubliable, car au cri
d’Agnès, les quinze à vingt mille et plus peut-être de personnes se trouvant sur
l’avenue, s’écroulèrent comme des quilles fauchées par une gigantesque lame
invisible ; car en plus des Khuigs, il fallait compter les milliers d’esclaves sexuels
roses et ces centaines de gardes qui les avaient suivi depuis leurs résidences. Un
silence glacial s’étendit sur cette masse de corps tombés en vrac, les uns sur les
autres pour beaucoup d’entre eux...Tapis d’infamies et abjections recouvrant
cette avenue de toujours orgueilleuse et clinquante.
Ils virent avec effroi qu’au moment de donner l’ordre aux bombardiers
d’envoyer ces ODC, là en bas, l’ordre avait aussi été donné de commencer
l’exécution des condamnés à la décapitation...Ils virent le bourreau lever son
énorme francisque aux lames en arc de cercle, bras levés à la verticale au-dessus
de sa tête, prêt à l’abattre sur la petite victime d’une dizaine d’années...quand, il
fut brusquement frappé par les ODC...
L’énorme hache lui glissa d’entre ses doigts subitement inertes et sans force et
vint se planter profondément dans son crâne, entre ses deux yeux ; le garde
tomba au sol comme une masse alors qu’il était déjà mort, au grand soulagement
de tous les témoins de Central-Stratège Nº1, car de plus, ces enfants condamnés
n’étaient pas des roses, selon Marcellin qui le leur expliqua, ils devaient faire parti
du dernier arrivage venant d’Australie, car ils n’avaient pas encore de codes-
barres autour de leurs cous, ils étaient donc vierges de toute perversions ; sauf
qu’ils devaient être terrorisés à l’extrème, tétanisés devant un tel sort aussi cruel
qui allait les frapper. Comme les autres condamnés ils pourront donc être sauvés,
leur dit alors Marcellin, pour les calmer ; tous respirèrent et se détendirent enfin.
Passé ce moment de grandes émotions, Georges envoya une plat-forme
récupérer ces condamnés, puis il remit le micro devant ses lèvres et s’adressa
aux troupes d’assaut attendant dans les centaines de leurs appareils couvrant la
ville sous une chape compacte d’acier.

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-À vous, les gars du génie, prêt pour installer vos matériels...au top...Georges
hésita un court instant puis tira au maximum le fil du micro derrière lui et se
dirigea vers le pilote de leur appareil, ce jeune crack du manche, Didier, un
gamin de quinze ans, à la tignasse chatain et qui avait déjà la carrure d’un
homme ; mais ils l’étaient tous, des cracks, ces jeunes fantastiques, pensa-t-il en
souriant de fierté de sa nouvelle race de guerriers intransigeants...Didier, surprit,
hésita une infime fraction de secondes puis lança un cri si possible encore plus
fort que les filles : TOOOP !
Le jeune pilote exultait de joie, et fit du pouce levé, un signe de remerciement à
son ancien, ce sacré Georges qui savait si bien s’y prendre pour rendre les gens
heureux. Il mourait d’envie de se lever pour le serrer contre lui et l’embrasser,
mais il ne pouvait quitter son poste d’une si grande responsabilité, car être le
pilote de Central-Stratège Nº1 était l’honneur suprème pour un pilote, tel en était
en tout cas son avis.
Dès le premier ordre donné, la ville qui jusqu’alors ronronnait sous ses
habitudes, la fête n’étant pas encore commencée, fut donc prise sous l’avalanche
des ODC des 76 bombardiers s’étant rendus visibles en survolant toutes les
cibles. Devinrent également visibles tous leurs appareils, pour éviter des
collisions, vu le nombre considérables de perceurs et transports venant dans une
noria hallucinante, déposer les troupes d’assaut, puis repartir aussitôt en altitude
sur des positions programmées de surveillance de toute la zone, maintenant la
ville sous un large couvercle d’acier létal...
Cette gigantesque armada tenait ainsi la cible sous une nuée de 3.359 unités, du
jamais vu pour l’attaque d’une ville. De leurs ventres brillants sous ce chaud
soleil estival complice de cette grande fête, cette véritable ode à la Vie et Justice,
sorti en trombe un essaim exubérant de milliers de guerriers et guerrières
chauffés à blanc, la haine et l’envie de meurtre décuplant leurs forces et volontés
inflexibles d’anéantir cette race maudite dans tous les univers. Ils investirent leurs
cibles ; commença alors un long et minutieux contrôle des lieux. Chacun avait
accroché à son ceinturon une réserve de casques anti-ODC, en vue d’en équiper
le maximum d’esclaves rencontrés lors de leurs investigations des sous-sols
jusqu’aux combles, en fouillant les moindres recoins, car pas un rat n’échappera
à leur chasse.
Chaque groupe de quinze à vingt guerriers est équipé d’un plateau AG
emportant divers matériels, dont une pharmacie très fournie, des vivres et
boissons en grande quantités, dans le but d’alimenter de suite ces malheureux
esclaves pour leur redonner aussi les forces nécessaires à affronter le brutal choc
spychologique de leur libération ; traumatisme risquant d’en éliminer plus d’un,
ce risque était prévisible et imparable. D’autre part, les plus solides, surtout les
hommes les plus jeunes allaient devoir les guider et les aider à débusquer les
éventuels Khuigs qui auront réussi à se planquer, car aucun piège ne fonctionne
jamais à 100%, c’est une constance, il y a toujours des failles vite exploitées par
les proies.
Chaque plateau AG disposait aussi d’un caisson en remorque dans lequel y
étaient stockés les couteaux et matraques électriques récupérées dans les casernes
75
des gardes, ces dernières devant équiper leurs nouveaux auxiliaires et, aussi
important sinon plus, chaque caisson regorgeait de vêtements et chaussures pour
Hommes, Femmes et enfants, car en fin psychologues, leurs stratèges avaient
pensé que le simple fait de changer de vêtement allait donner à ces gens
l’impulsion salvatrice de leur salut, leur apporter une prise de conscience
instantanée bien plus réaliste et concrète qu’un long discours, le meilleur soit-il.
Si l’habit ne faisait pas le moine, comme disaient les anciens, ces horribles
combinaisons uniformes en faisaient pourtant bien des esclaves : les jeter tuait
aussitôt la fonction et l’état de servitude assujettie à ces hardes. Nouvel habit =
nouvel Homme = nouvelle Femme...C’était aussi simple que ça. La preuve leur
en fut donnée dès les premiers qui en profitèrent.
Ces vêtements communs mais civils furent pour tous ces gens émerveillés, une
totale résurrection, une fête fantastique et irréelle...Beaucoup, les plus faibles, se
refusèrent même durant un temps à y croire, ils soupçonnaient une horrible farce
de leurs Maîtres, bien dans la tradition de leur sadisme habituel. Puis enfin,
libérés de leur peur à la vue des leurs réagissant positivement sans qu’il n’y est de
coup de bâton électrique, ils se mirent aussi dans la partie ; beaucoup pleurant de
joie qui les étouffait.
Ils se rendirent à la réalité ; cette réalité aussi fantastique soit-elle et dont
personne parmi eux tous n’avait plus jamais osé rêver depuis toujours. Ce
bonheur subit fut un calvaire pour certains, trop de bonheur les anéantissait
littéralement, ils n’arrivaient plus subitement à se relever de leurs grabats, voyant
ces guerriers subitement investir leur locaux et tuer froidement les quelques
gardes s’y trouvant. Puis ils venaient vers eux en souriant, amicaux et sans
brusquerie leur mettre une chose sur leur tête et, brusquement ils retrouvaient
alors leurs mouvements...
Puis ces gens leurs parlaient alors avec douceur, avec gentillesse, complaisance.
Ils les aidaient à se lever, ils leur donnaient à manger et boire des choses
délicieuses qu’ils n’auraient jamais cru devoir exister, et ils pouvaient boire et
manger à satiété...Puis ils leurs avaient donné ces vêtements magnifiques. Les
essayer avait été une fête incroyable et délirante de rires à s’en étouffer.
Oui...c’est cela même, ils avaient ri comme des enfants, se souvenaient-ils
vaguement. Ils avaient ri, ri, ri tant et tant qu’ils en avaient mal aux côtes et à la
machoire, aussi invraisemblable soit-il. Le rire aussi pouvait faire mal, qui aurait
cru une telle chose possible avant la venue de ces étrangers ? une chose pareille
était littéralement impensable avant...seulement le simple fait de rire déjà...et
même de rire faisait pleurer ; cette découverte en rendit stupéfait plus d’un,
assurément ; pleurer de rire, quelle invraisemblable folie.
Et que disaient-ils encore ces guerriers, ces hommes et ces femmes redoutables
et si sûr d’eux ? Qu’aujourd’hui était le 1er mai 2400...Ah oui...et alors ? que cela
faisait bientôt quatre siècles qu’ils étaient en esclavage...Qui ça, nous en
esclavage ? et que eux, ces survivants...les survivants de quoi ? se préparaient
depuis ces temps lointains pour les libérer...Mais, les libérer de qui, de quoi ? et
ils s’excusaient même de n’avoir pas pu venir plus tôt...

76
Ça c’était vraiment le monde à l’envers, voilà qu’on leur demandait pardon
maintenant, il y avait bien là de quoi rendre fou le premier venu...
Et puis une fois restaurés, ils donnèrent des couteaux et bâtons électriques aux
hommes les plus robustes et leurs dirent qu’ils allaient partir avec eux pour
chasser les Khuigs...les qui ? Ah bon ! les Maîtres s’appelaient donc des
Khu...Khuigs ? c’est cela ? et qu’ils pourraient les tuer comme il voudraient.
Là, ce fut de trop, deux ou trois vieux s’évanouirent aussi sec...Car il faut bien
se rendre compte, n’est-ce pas ? TUER un Maître...C’était le rêve le plus secret
d’entre tous. Rêve enfoui au plus profond de leurs mémoire...si profond, si
désespérément lointain et depuis si longtemps, que ce rappel brutal du fond de
leurs entrailles venait d’en faire défaillir plusieurs. Ce rêve devenant si
brutalement possible et réel les anéantissait littéralement comme des quilles.
Mais quelle fantastique nouvelle ! On allait enfin tuer ces maudits...Khuigs,
maintenant ! Du coup, des femmes jeunes se joignirent à leurs hommes...leurs
yeux brillants à cette idée follement délicieuse de massacrer leurs tortionnaires.
Il fut décidé, pour tous ceux résidant loin de la plage, et étant trop faibles pour
chasser les Khuigs, qu’ils se rendent tranquillement à pied de par les rues aux
grands hôtels de la plage...Non, il n’y avait aucun risque pour eux, les rues étaient
pleines de leurs guerriers qui les attendaient pour les protéger...Dans ces hôtels,
ils y retrouveront leurs autres compagnons qui eux aussi sont libérés comme eux
et en ce même moment par leurs milliers de guerriers, et qu’arrivés là, ils
s’installent aux fenêtres et balcons, d’où ils vont assister au spectacle fantastique
du massacre de tous les Khuigs, les gardes et les roses.
Qu’eux tous, leurs sauveurs allaient les tuer tous ! Ils verront ainsi leur
tortionnaires mourir dans les plus horribles souffrances et...sans doute ne le
croirez-vous pas, tant c’est incroyable : ces guerriers dirent alors...tenez-vous
bien...ils dirent ainsi, littéralement « Ceci est une invitation, mais personne d’entre vous
n’est obligé d’y assister, bien sûr, c’est uniquement selon votre bonne envie et volonté ! » Quand
on vous dit que ce monde est devenu subitement fou et le cul par-dessus tête !
Oui ! oui ! parfaitement, c’est comme on vous le dit, une invitation !

Ces nouveaux chasseurs, hommes et femmes, armés de leurs couteaux et


bâtons électriques furent les plus âpres à la chasse et trouvèrent rapidement
quelques Khuigs isolés et cachés comme ils avaient pu...Ces derniers furent
délogés avec une joie sauvage par leurs anciens esclaves, qui les tuèrent avec une
si grande violence incontrôlable que beaucoup de ces pourris en moururent bien
trop rapidement, quel gâchis ! Mais ce furent pourtant bien ceux-là les plus
chanceux...
Ces auxiliaires, au début, leur Khuigs tué trop vite, les laissèrent avec le regret
de ne pas les avoir fait souffrir. Leurs subites pulsions fantastiquement
meurtrières et violentes les privèrent de cette joie sourde qui les étouffaient...
Ils durent donc apprendre, en contenant difficilement leur rage subitement
explosée dans leurs veine, liquide de feu qui brûlait leur âmes renaissantes et
palpitantes d’adrénaline propre à les tuer eux-mêmes. Ils se devaient d’apprendre
à tuer son homme avec méthode et sang froid, sinon, adieu la sublime joie du
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tueur rédempteur, le justicier qui jouit de cette vie qu’il prend à petit feu ; ces
cris, halètements de souffrance qui libèrent l’âme de l’ancien torturé
miraculeusement indemne et encore plus miraculeusement devenu le bourreau
libérant ses compagnons...
Mais, malgré toute leur bonne volonté, et on ne pouvait le leur reprocher, leurs
victimes mouraient toujours bien trop vite...Il y avait du mieux bien sûr, mais
l’animal crevait bien trop facilement encore...
Ces impatients se satisfaisaient de cet éphémère instant de bonheur où ils
voyaient la terreur envahir le visage de celui ou celle qu’ils découvraient, caché
sous un lit, qui un placard, une armoire, la buanderie, les toilettes, un local
technique, etc. Une de ces équipes trouva ainsi une grosse truie qui les fit même
beaucoup rire, il fallait le faire, tant leur hargne était intense. Quand ils la
trouvèrent, cachée dans l’atelier de maintenance d’un hôtel, se croyant ainsi hors
d’atteinte de ces nouveaux prédateurs...Prise au dépourvu, elle s’était cachée
derrière une pile de planches, allongée qu’elle était sur un plateau métallique ;
sauf qu’elle ne s’était pas rendue compte que le dit plateau était en fait le servant
d’une scie à ruban, cette dernière occultée par un amoncellement d’objets divers.
Mais de toute façon, comment une Khuigs aurait-elle pu comprendre, assimiler
l’essence même d’une machine, n’étant pas de la race des vulgaires...
Quand ils la trouvèrent donc, son effroi fut un plaisir intense pour tous, ils la
retournèrent sur le dos, pouvant ainsi mieux voir la terreur sur son visage bouffi.
Ils la gifflèrent à s’en faire mal aux mains...puis ils détroussèrent ce tas de
barbaque écoeurant, l’écartelèrent et lui enfournèrent sauvagement une matraque
électrique dans le vagin et lui envoyèrent des décharges qui lui arrachaient des
cris démentiels puis, inexpérimentés, et ne sachant plus que faire d’autre, ils la
maintèrent ainsi allongée un moment, hagards...
Puis, deux prédateurs de ce nouveau genre de chaque côté, la maintèrent, qui
par un pied et l’autre par un bras et, pendant qu’un cinquième désoeuvré lui
plantait sans arret et mécaniquement des coups de couteau dans une cuisse tout
en tremblant et pleurant de rage, la regardant, le regard fixe ravagé par une haine
sourde et étouffante...un sixième eut alors le réflexe, le geste définitif : il dégagea
la lame de la machine puis mit la scie en marche...
La truie ayant les jambes tournées au préalable vers la scie, ils traînèrent ce tas
de viande abject et tressautant vers cette lame qui miaulait, et la découpèrent
alors lentement en deux morceaux égaux, comme truie pour l’étal...Le tout dans
une symphonie de hurlements démentiels de celle-ci...Un de ces nouveaux
guerriers de l’apocalypse, une septième en fait, positionnée à la tête de la
charogne Khuigs, penchée en avant et visant d’un oeil en tenant
méticuleusement la tête par les deux oreilles dans l’axe de la lame qui, et ce fut
l’oeuvre d’une experte qui s’ignorait, la découpa alors rigoureusement en son
milieu, attaquant le menton et faisant sauter des dents au plafond, puis le nez en
leur juste milieu...Recto-verso, les deux faces de la même horreur absolue, de par
la bête ainsi sacrifiée comme de par sa véritable nature elle-même symbole même
de l’horreur faite humaine.

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Laissant une large trainée sanglante et de longs chapelets de tripasse derrière
eux, ils sortirent de l’hôtel en chantant et courant comme des gamins farceurs, en
tirant ces deux morceaux macabres, qui par un pied et l’autre par une main, et les
jetèrent dans la piscine qui vira rapidement au vermeil. Lieu traditionnel de
détente et félicitées, offrant dès lors le spectacle inusité d’un nouveau type de
baigneur dédoublé, à la grande désapprobation d’une mouche bleue offusquée
de se voir ainsi injustement et honteusement privée d’un si vaste, si gras et si
appétissant repas...Ètal qui attira de suite un gabian qui plongea d’un coup d’aile
sur de plat de roi, suivi illico par des confrères...
Tuer lentement et de la pire des façons est une science, et comme tel cela
demande du temps, ne supporte point l’improvisation et surtout pas la hargne
qui est alors plus prompte que la raison et commande à l’expéditif là où patience
et intelligence se devrait de prolonger un mouvement sublimement artistique et
tout en suaves méandres et ondulations. En somme, et en ces temps de
renaissance, n’est point guerrier qui simplement le veut, et ce serait bien trop
facile car il faut avoir mûri cela longtemps et lentement dans sa tête et dans ses
tripes. Il faut sentir la haine mûrir doucement jusqu’à vous occuper lentement
toute la poitrine et le ventre de ses tentacules de feu.
Les impulsifs n’ont et ne feront jamais de parfaits tueurs, c’est une évidence
acceptée par tous, et ce depuis longtemps maintenant. Nouveau paradigme né
dans les douleurs de l’enfantement de géniteurs antiquements esclaves eux-même
pourtant mais...miracle de la Vie cosmique, sans doute, ces survivants naquirent
en un jour nouveau avec dans leurs veines et leurs coeurs, ces nouvelles lois
inscrites en leurs âmes au fer rouge ; leur donnant l’instinct de la force
indispensable et préalable à toute création élémentaire, se voulant durable et
prépondérante...la mission sacrée intrinsèque d’une seule race. La Vie est un
absolu qui gère tous les êtres, du simple caillou au moindre brin d’herbe aussi
bien que de l’éléphant au minuscule et si intense beija-flor, le colibri.

Les rues maintenant grouillaient de cette foule hétéroclite de ces esclaves


libérés qui se rendaient, joyeux, vers ces hôtels du bord de mer. Ils croisaient,
n’en croyant pas leurs yeux, de nombreux engins volants qui sillonnaient ces rues
habituellement quasi désertes. Leurs équipages, trois personnes, aussi bien
hommes que femmes les saluaient avec de larges sourires, leur envoyant des
bonjours et baisers de la main...
Ces nouveaux rescapés de l’enfer évoluaient comme dans un rêve évéillé...
Ces engins qu’ils croisaient, et qui en réalité étaient au nombre exact de 548
unités quadrillant la ville, sont les mêmes dont parlait Vladimir. Des plates-
formes AG armées et servies par un pilote et deux servants pour leurs armes.
Elles mesurent cinq mètres trente de long sur deux mètres vingt-cinq de large,
le plateau lui-même faisant quarante centimètres d’épaisseur. L’avant comporte
un éperon d’un mètre de long en acier, avec une pointe de diamant pour
défoncer les portes, fenêtres ou autres. Le pilote est assis très bas derrière un
petit pare-brise. Derrière lui est une première tourelle montée sur trépied le

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surmontant, pour arroser sur le secteur avant, et sur l’arrière est le même
dispositif monté en bas, directement sur le plateau.
Ces tourelles sont généralement équipées d’une mitrailleuse lourde et d’un
canon laser, et leur installation in situ est plutôt le fait du hasard. Cette ouverture,
liberté de montage, comme dans tout ce qu’ils entreprennent, est en fait une
source de possibilités infinies de découverte illimitée de leurs matériels,
techniques et profits divers possibles à en tirer ; et même si l’erreur de calcul
et/ou prévision inévitable peut être la source de drame et perte de vie humaine,
toujours inévitable en de tels cas, il faut bien comprendre que ce procédé est en
fait positif, bien mieux que son contraire, car il ouvre l’esprit et multiplie les
chances de succès et découvertes qui sans ça resteraient forcément inexploitées
et donc les avantages aussi bien que les inconvénients inconnus ; le savoir de ce
dernier augmentant l’intérêt du précédent, car l’échec est formateur et
indispensable à la stabilité.
On apprend bien et l’on en fait alors son profit que lorsqu’on a souffert
véritablement pour acquerrir ce nouveau savoir. En fait, cela est la preuve
flagrante que toute évolution est intrinsèquement liée à l’improvisation, au
tâtonnement, est inséparable de l’hésitation et de la perpétuelle remise en
question, car rien n’est définitif ni immuable. Une société régie par des lois
contraignantes est une société morte et donc inexorablement vouée à disparaître
dans le chaos qui naîtra inévitablement du manque de l’indispensable remise en
question, élément de base de la Vie véritable.
Ce fut, bel exemple, le cas typique de ces minuscules hyménoptères, les
fourmis, qui bien qu’elles soient apparues sur Terre plus de cent million d’années
après les termites, qui eux avaient atteint le summum de leur civilisation, c’est-à-
dire que la jugeant sans doute parfaite, ces insectes ne cherchèrent plus à évoluer,
se contentant de jouir de leurs termitière et coutumes de vies
accomplies...Pendant ce temps, les fourmis évoluèrent lentement mais sûrement
car elles cherchaient continuellement du nouveau, jamais satisfaites et
perpétuellement en guerre contre l’adversité et les autres insectes ; et entre autre
contre les termites qu’elles réussirent ainsi à surpasser et déloger de leur piédestal
d’une illusoire perfection et suprématie sur Terre.
Depuis, la fourmi est le seul insecte social qui occupe toutes les couches
climatiques de la planète. Elles sont littéralement partout, y compris et surtout
sur votre tartine de confiture.
Cherchez sans cesse et vous trouverez, peut-être, tel est, il se pourrait bien le
fin mot de l’évolution...Comme le requin, arme parfaite et d’une merveilleuse
perfection, mais condamné à nager sans parer, sinon il coule et se fait alors
manger par plus petit que lui. Le moteur le plus puissant de ce mécanisme
évolutif est sans aucun doute ce sentiment propre à notre espèce, la simple et
banale curiosité, sans laquelle nous aurions très certainement disparus depuis
longtemps de la surface de cette planète, car c’est elle seule qui, depuis la nuit des
temps, couplée à l’intelligence et les contraintes climatiques nordiques, item
particulièrement formateur de l’intellect nettement supérieur du blanc, cette

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curiosité qui pousse inexorablement l’homme dans les reins comme avec une lame
rougie au feu des enfers.
Requin, lui aussi, l’Homme ne peut dès lors plus s’arrêter, sinon...
Les Khuigs, depuis longtemps condamnés par leur immobilisme et perfection
sociale maintenant séculaire, qu’ils s’illusionnaient, allaient sans s’en douter nous
en faire une magistrale démonstration, car le chaos qu’ils provoquèrent va les
éradiquer de cette planète.

Pendant que ces tous nouveaux Humains libres découvraient ainsi un nouveau
Monde plein d’espoir, ceux résidant au Super-Cannes furent amenés sur des
plates-formes AG, car ils n’auraient pu traverser à pied le no man’s land de
gravats et ferrailles traitresses et mortelles. Là en bas, sur la plage, était un autre
spectacle infiniment plus actif, car les troupes du génie étaient occupée d’installer
leurs fameux matériels.
Pour bien comprendre cette prodigieuse réalisation, il vous faut, car c’est
indispensable, d’abord imaginer cette si fameuse avenue Croisette, partant de
quelques dizaines de mètres du pied du MK-ULTRA et allant vers l’Est, jusqu’au
coin du dernier hôtel de la dite avenue, l’hôtel América Hôtel, finissant au coin
de l’avenue de Madrid, en face de la fin de la plage et du début du Jardin
Roseraie, devenu le Jardin de la Ronce et Désolation...
Prise sous le feu de onze bombardiers ODC qui plafonnent à trois cent quatre-
vingt-dix mètres, alors que sept appareils auraient largement suffi, l’avenue est
donc couverte de ces milliers de zombies paralysés par ces ODC.
Véritable tapis de viandasse puante et honnie. Nos guerriers y sont là aussi,
quelques centaines au sol, s’efforçant de ne pas marcher sur les gisants pour ne
pas tomber...Ils reçoivent et assemblent les dits matériels qui descendent du ciel,
suspendus sous de gros transports qui chacun porte vingt unités.
Ce sont de longs panneaux métallique de quinze mètres de long en moyenne
sur deux mètres cinquante de hauteur. Ils sont pourvus d’embases d’un seul côté
et chacun est numéroté et a sa place bien précise dans l’immense cloture qu’ils
sont ainsi en train d’installer tout autour de leurs victimes, et ce sur toute
l’avenue. Cloture longeant les hôtels et leurs jardins éventuels, parlant en ce cas
des vieux immeubles, tels que le Majestic, au nº 10 sur l’avenue Croisette, pour
ainsi dire en face du MK-ULTRA, puis vient le Carlton, nº58 situé à environ 600
mètres de ce dernier et le Martinez qui est à l’autre extrémité de l’avenue, au nº
73. Hôtels étant les seuls de conservés de l’époque antérieure.
Les autres, construits peu d’années avant 2015, comme nous avions déjà parlé,
sont à ras de l’avenue ; pas de jardins inutiles là...rentabilité maximale oblige,
comme le Noga-Hilton, sis au nº 50, à côté duquel fut construit un autre hôtel, le
Splendeur Palace sur le même bloc d’entre deux rues ; puis les derniers construits
qui occupent chacun un bloc.
Particularité : un de ces nouveaux hôtels, le First Alcyon Hôtel, fut construit
devant l’hôtel le Gray d’Albion, qui est en retrait de la Croisette ; pour se faire,
des rues coupant ce front de mer, l’hôtel fut construit entre la rue Macé et la rue
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des Serbes, enjambant pour cela la rue des Ètats-Unis qui passe maintenant sous
une arche de cet hôtel. La Croisette actuelle offrant ainsi actuellement un seul
mur d’hôtel à la vue, soit un front d’une douzaine d’hôtels de grand luxe, des
grands comme des plus petits, suivant la largeur des blocs d’entre les rues, ce sur
un peu plus d’un kilomètre.
Un dernier détail révélateur concernant ces hôtels et donnant une idée bien
plus précise de la longue préméditation et intentions génocidaire des Khuigs, et
ceci bien avant leurs constructions même : c’est qu’ils possèdent tous des sous-
sols, leurs anciens garages, mais que ces derniers communiquent entre eux par
un large souterrain courant sur leurs arrières et les reliants tous en un ensemble
unique, reliant aussi les trois anciens palaces, le Majestic, le Martinez et le Carlton
qui, de construction antique n’en étaient point équipés.
Les clients d’avant 2015 n’en surent jamais rien évidemment car les accès à
cette voie cachée ne furent dévoilés et ouverts qu’après ce génocide de
l’humanité et la dictature officielle des Khuigs. Ainsi fait, leurs esclaves n’avaient
point besoin de sortir à l’air libre pour circuler entre ces immeubles ; ils y
survivaient ainsi définitivement emprisonnés. Dernier détail concernant ce
tunnel : les cinq niveaux de l’ancien parking du Gray-d’Albion sont devenus un
vaste dortoir pour les esclaves ; il est donc aussi relié au réseau du front de mer.
Les derniers habitants d’antan, de cette ville vouée corps et âme au superlatif et
clinquant le plus ostentatoire, crurent à l’époque, ô coupable ironie ; tous
comblés d’honneur et d’orgueil, que leur ville allait être ainsi la plus belle, la plus
riche, la plus célèbre, la plus...la plus, superfétatoire.
Ils subirent pour cela un matraquage intensif des publicitaires, engeance vénale
par excellence et comme de toujours aux ordres des puissants investisseurs, que
comme de bien entendu personne ne connaissait jamais, cachés qu’ils restaient
sous des noms d’entreprises de façade de ces sociétés anonymes
merveilleusement bien étudiées pour cacher toute entreprise criminelle possible.
Les lobbies financiers se frottaient les mains, comme de toujours satisfaits de la
stupidité avide de s’enrichir de ces populaces définitivement corrompues à
l’attrait de leur argent, seule et unique valeur à leurs yeux aveugles...toujours prêt
à se vendre au premier beau parleur...au miroir aux alouettes.
Cannes, hétaïre enjoleuse et lascive s’offrant au chaland, seul porteur de diams
et bagouzes, sous les ombrages de ses palaces, palmiers et parasols griffés.
Sodome de ces temps modernes...roturière vénale offrant sans retenue son sexe
écartelé et ruisselant de gamètes venant des plus infâmes horizons ; vulve sordide
offrant ses plus brûlantes envies et perversions millionnaires les plus abjectes aux
seuls plaisirs infâmes de son dieu, Mammon, le dieu bâtard.

Cette cloture a près de 2.600 mètres de périmètre, dont ses panneaux


s’encastrent les uns dans les autres par des ergots latéraux ; ils ont leurs embases
stabilisatrices tournées vers l’extérieur et adaptées au local ; comme par exemple
les panneaux longeant le brise-lame qui court tout le long de la plage, où leurs
embases sont étudiées pour s’encastrer sur celui-ci, sur des mesure précises
prises il y avait bien longtemps déjà, par une certaine nuit sans lune et par les
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patrouilleurs bien connus, Alexandra et Claude, les dès lors géniaux et célèbres
révolutionnaires de leur reconquête.
A l’intérieur et en haut, les panneaux sont équipés d’une double rangée de
longues et redoutables pointes effilées de trente centimètres de longueur,
montées en quinconce et tournée vers le bas à 45º d’angle puis, une fois
terminée, cette cloture sera électrifiée, à la demande seulement...En haut, sur son
pourtour extérieur, court une large galerie monté sur des blocs isolateurs en bois,
avec double rambarde d’appui...Place d’honneur des futurs spectateurs de ce
spectacle tant attendu : des guerriers, dont ceux-là mêmes montant cette arène
d’un nouveau genre, ainsi que leurs nouveaux frères qui les rejoindront une fois
fini ce montage : ces nouveaux Hommes libres ayant participé à la chasse et
massacre des Khuigs planqués dans leurs résidences et autres.
On peut maintenant plus facilement visualiser cette avenue fameuse entre toutes,
maintenant devenue cette longue arène si particulière...Les balcons des hôtels et
toutes les hauteurs qui se comblent lentement des esclaves libérés et frétillants de
joie dans leurs nouveaux atours d’un luxe inestimable et les comblant de
bonheur et nouvelles certitudes libératrices...Âmes méritantes qui revivent sous
la chemise ou le bustier commum, atours venant d’un temps pourtant où les
hommes avaient perdu tout espoir et tout honneur...
Comme quoi c’est décidément pas l’habit qui fait le larron en foire.
Eux, porteurs de cette foi en leurs nouveaux frères et en eux-mêmes
maintenant, et de cette espérance folle qui décuple la vitalité, exultaient sans
complexe devant ces préparatifs et la vue de leurs anciens bourreaux allongés
comme chiens puants sur ce macadam de cette ancienne et sombre voie de leurs
souffrances déjà presque oubliées. Ils les insultaient à grands cris, sachant qu’ils
entendaient parfaitement, leur envoyaient des crachats et gestes obscènes
libérateurs dans ces rires nouveaux qui secouent les tripes et insufflent
l’exaltation enivrante qui fait tourner les têtes dans un fabuleux manège de foire,
kaléidoscope multicolore hallucinant emportant la conscience dans une fantasia
de délire total et arachnéen, la joie la plus délirante et folle explosant alors dans
ces coeurs et ces cervelles tourneboulés...
La fabuleuse découverte de ces nouveaux timbres de voix des compagnons et
compagnes d’infortunes, qui maintenant explosent en multitudes de papillons
multicolores aux ailes de fêtes forraines d’où fusent des éclats de scintillantes
pierres présieuses ; tableaux vivants et légers comme des rires de bébés blonds et
charnus et heureux de vivre parce que comblés d’amour. Sons irréels et pétillants
qui tel un bouquet aux effluves divines irradient des notes musicales aériennes ;
fastueux colibris de cristal, arpèges symphoniques et virevoltants, explosant en
minuscules bouquets d’allegresse s’infiltrant par toutes les pores et fibres de ces
peaux subitement ouvertes à cet inconnu et si beau et si grandiose soleil céleste,
apportant la douceur et fraicheur printanière de ces effluves de liberté
transcendante...
Ils s’embrassaient, pleuraient en riants, se touchaient, se découvraient sous leurs
nouveaux apparats vestimentaires ; découvrant subitement sous un nouveau
jour, nouvel angle, nouvel éclairage, nouvelle senteurs de ces nouveaux espaces
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illimités illuminés d’or, la soudaine beauté de la courbe d’un visage pourtant
connu, ou celle d’un sein nouvellement révélée par ce chemisier vaporeux.
L’anse majestueuse d’une croupe brutalement sublime...Ce profil viril jusqu’alors
méconnu d’un compagnon...Cette nouvelle main subitement ferme qui étreint la
vôtre et vous transmet un message d’amitié et de force et volonté irréductible qui
vous propulse une prodigieuse décharge d’énergie pure au tréfond de vous. Et
ces regards ! Ah ! ces regards nouveaux qui vous transpercent la fibre jusqu’à
l’âme...Ces regards qui vous transcendent, vous multiplient dans une énergie
cosmique illimitée qui surpasse tout et vous rend lumineux comme un soleil...
Ah ! bonheur d’être et d’exister seul et de par les autres...Surtout ne pas se
laisser totalement aller à ces ivresses, ah que non ! car il faut tenir
impérativement les yeux ouverts hors de ce rêve éveillé de cette fantastique
nouvelle réalité, pour surtout ne pas manquer ce spectacle grandiose de carnage
sanglant de l’ennemi. Carnage promis par ces nouveaux frères et soeurs,
guerriers et guerrières de cet apocalypse empreint de la force cosmique de la
grande loi sublime du talion.
Oui, ils le leur ont promis, et d’instinct, ce nouveau sentiment éclos en eux
comme un bouquet de magicien, ils leurs font aveuglement confiance ! Ce fleuve
de sang de leur ennemi qu’ils vont faire couler, sera l’unique moyen de laver leur
déshonneur pour renaître à la Vie...Eux tous, les parias jusqu’alors, en resortiront
propres et vierges, de cette virginité lumineuse de l’innocence sacrée.
Ah ! Comme il leur tarde de renaître...Ô toi ma Gaïa, mon amour ! Toi si belle,
si tu savais à quel point !
Sous peu maintenant, ils vont être ces nouveaux Humains libres et dignes de
leur mère retrouvée, Gaïa, cette planète, splendeur cosmique azurée.
Oui, ils le leur ont promis !
Là-haut, le long de ces façades symboles d’une puissance condamnée, des
mains sont crispée aux rambardes de fer et de pierre des balcons...Les âmes de
ces suppliciés se tendent vers cette avenue maudite et attendent impatientes et
voraces cet apocalypse promis. Mille, dix mille prunelles de feu fixent fascinées
cet espace qui va être celui de leur rédemption...car là en-dessous, devant eux, les
derniers panneaux s’assemblent. Les derniers ergots s’encastrent dans les chocs
violents de ce lourd métal qui résonnent dans leurs poitrines comme
d’étourdissants et prodigieux glas symphoniques.
Les derniers guerriers règlent par ci et par là un ultime détail, artisans
scrupuleux de la mort, appliqués à leur ouvrage puis...ils disparaissent, un à un ;
ne reste plus sur cette scène maintenant silencieuse et figée, que cette abjecte
charogne encore vivante mais miraculeusement assoupie et prisonnière
désormais de cette merveilleuse et magnifique barrière d’acier qui va sous peu
maintenant contenir un fabuleux enfer frénétique.

ILS LE LEUR ONT PROMIS !

Sous ce grand calme trompeur enfin revenu en ce lieu de traditionnelles fêtes


sanglantes, les vrais et seuls maîtres des lieux, ces gabians et mouettes attentifs, et
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en clients avisés, sont prêts comme toujours à venir voler un morceau de
condamné, et leurs piallements maintenant assoudissants est le signal que la
curée n’a déjà que trop attendue.
Qu’attend-on, enfin, pour de suite saigner ces monceaux de victimes ainsi à
l’étal ? Ces bipèdes sont décidément stupides et cruels. On ne fait point attendre
ainsi une clientelle aussi fidèle que la leur, certainement non. C’est du jamais vu
dans le landerneau de ces flèches stridentes parées de blanc et de gris cendré,
virtuoses de l’azur aux coulantes arrabesques trompeuses, car l’oeil froid et cruel
du prédateur insatiable, lui, reste rivé sur l’étal.
Un chaud et fantastique soleil baigne généreusement cet ensemble promis
depuis une éternité à l’allégresse suprème...De très nombreux blocvisus armés de
leurs grappes de caméras panoramiques survolent cet espace unique, prêts à
capter le moindre râle et masque d’effroi et d’agonie...Ce spectacle de cette
grande fête de libération peut donc commencer, tous les acteurs sont
définitivement en place...Mouettes et gabians puis bourreaux et victimes.
Alors... Que la fête commence !

Le P-1752, piloté par Jacques, qui est un gars solide, comme dit Clovis, est
donc un grand garçon de 17 ans, les cheveux noirs ainsi que ses yeux qui ont
pour habitude de vous fixer intensément quand il vous parle...Pas de faux fuyant
avec lui, c’est carré, sec et d’équerre, un homme quoi, comme le lui dit souvent,
et ça ne lui déplait pas, au contraire, ce gamin impossible et qu’il aime bien, ce
Clovis justement, le fils de leur Marion. Jacques avait donc largué son contingent
de guerriers dans le jardin et sur le toit de l’hôtel Majestic, puis il avait rejoint sa
position de soutient, de laquelle il avait pour mission de tenir sous le feu de son
canon laser tout le secteur du devant de cet hôtel.
Il se trouvait donc sur un géopoint situé à près de quatre cents mètres en face,
au-dessus de l’eau et à quarante mètres d’altitude, quasiment sur l’alignement sur
sa gauche de la pointe de la jetée Albert Èdouard du vieux port, le quai des
grands yachts dont une douzaine environ de ces grands et ex-luxueux bateaux y
sont encore amarrés, mais tous pissant la rouille à gogo ; jetée étant dans le
prolongement du quai du même nom, longeant ce maudit MK-ULTRA.
Son collègue, l’Ambroise, ce môme de 15 ans, cheveux chatains et yeux
marrons foncés, est de taille moyenne et un peu trop enrobé...se dit son pilote
avec commisération, en le regardant, faut dire qu’il est d’une telle gourmandise
qu’il n’arrête pas de manger des sucreries. Ils sont tous deux face à la plage, le
pilote aux commandes, prêt à tout imprévu, et ils en profitent pour casser une
croûte, relax, puisque le panorama est au beau fixe...Ils voient leurs gars qui
finissent bientôt de monter l’arène...Les façades des hôtels qui maintenant sont
noires de ces esclaves libérés par les leurs ; tous deux le savent et sont heureux
pour ces malheureux maintenant libres...
-Tu sais, Jacques, je crois bien que cette reconquête va être vite pliée, vu
l’efficacité de ces bombardiers ODC, c’est incroyable de voir ces pourris étendus
sans réactions.
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-Ça tu peux le dire...on aura longtemps attendu cette arme, lui répondit le
pilote, mais ça valait le jus en définitive, si ça continu ainsi nous allons les saigner
sans une seule perte chez nous, fantastique, non ?
Et...c’est là qu’une voix s’éleva derrière eux deux et les firent sursauter sur leurs
sièges.
-Le fantastique ne l’est peut-être pas autant que vous croyez, et de vrais
guerriers ne doivent pas se goberger de la sorte !
Ils se retournèrent d’un jet et virent ce fameux Clovis qui les dévisageait avec
un sourire sarcastique, visiblement satisfait de l’effet de surprise de son
apparition impromptue.
-Qu’est...qu’est-ce que tu fous là, toi, lui balança le pilote sidéré d’une telle
apparition, et le regardant avec les yeux comme des billes.
-Ben, comme tu vois, mon grand, je participe aussi à cette foutue guerre, et
comme les vieux ont eu la folle prétention de m’en tenir écarté, ce qui est pure
hérésie entre nous soit dit, je me suis invité tout seul comme un grand, voilà.
Puis se tournant vers l’Ambroise qui le regardait comme un martien, machoire
pendante, il lui dit avec un sourire malicieux.
-Ambroise, mon chéri, pardon pour avoir coincé la porte de ton foutu placard
qui me servit de planque ; entre nous, mon cher, je ne te le recommande point
comme lieu de résidence car on y est fichtrement à l’étroit ; par contre, mon
mignon, si tu avais un restant de casse-croûte pour ce pauvre Clovis, hein ? je
suis preneur, car j’ai une de ces dalles, que j’ te dis que ça...Et pour finir mon
propos, mon cher Ambroise adoré, maintenant tu peux refermer ta bouche, belle
amydales soit, mais ça va un moment, merci bien. Sur ce, veuillez m’excuser un
moment, car j’ai une furieuse envie de pisser qui ne peut plus attendre.
Il s’enfuit vers les toilettes.
L’Ambroise sursauta à ces paroles et, vexé, ferma son clapoir sur un bruit sec ;
déclenchant un fou rire pas piqué des vers du pilote qui, reprenant son souffle
dit au nouveau venu, rapidement de retour parmi eux.
-Franchement tu manques pas d’air, le gamin.
-Ho ! ça va, grand-père, passe-moi, veux-tu, les poncifs des grandes personnes, lui
dit-il railleur, j’ai déjà eu droit à ma leçon, avec ceux de ma mère et de son
gringalet, son fameux nain, Hugues, dit-il en s’esclaffant.
Tous les trois de rire aux éclats...Ce môme était vraiment impossible, se
répétait, hilare, le pilote mais, nom de Gaïa, quel culot et quel aplomb...C’était
bon de l’avoir avec eux en somme, ça le changera de l’Ambroise...
Celui-ci alla fouiller dans un caisson isotherme et en ressortit un casse-croûte
qu’il tendit à ce nouveau membre d’équipage, ceci sans rancune et en souriant,
car en définitive il l’adorait et enviait aussi chez ce gamin ce qui lui manquait à
lui-même, ce fabuleux culot qui lui permettait d’avancer comme un ouragan se
jouant de tous les obstacles, et ça...Ambroise savait pertinement qu’il n’y
arriverait jamais.
-Merci, Ambroise...Et l’éffronté attaqua avec ardeur son casse-dalle bien mérité,
d’après lui.
Le laissant un moment se restaurer calmemant, le pilote attaqua.
86
-Clovis, sérieux maintenant, quoique supputant ta réponse ; dis-moi si je dois
aviser Central-Stratège Nº1 de ta présence à mon bord, car j’imagine que
beaucoup de personnes doivent se demander où tu es passé, et je pense en
particulier aux notres restés à la station...
-Supputations magistrales, mon bon, lui dit un Clovis, dégustant tranquillement
son en-cas, nonchalamment allongé, ses jambes reposants sur un dossier devant
lui, j’en attendait pas moins de la part d’un crack du manche tel que toi,
Jacques...si, si, inutile de rougir ; j’ai toujours affirmé que le grand Jacques était
un as, et tu le confirmes encore à l’instant mais...tu sais pourtant bien, mon cher
frangin, que dans les meilleures histoires il y a toujours un mais...et...cela signifit
que me connaissant bien, nos chers notres, de la station, comme tu dis si bien, ont
dû vite passer à autre chose après la disparition de « ce putain de moufflet », je les
vois comme si j’y étais, et qu’ils ont donc et avec juste raison vite oublié ce fait
divers pour se concentrer sur leur mission d’importance majeure ; et en cela ils
ont eu ainsi parfaitement raison.
Alors je pose la question essentielle, à savoir, pourquoi, toi, pilote exceptionnel,
convenons-en...si, si, du perceur P-1752, à moins que tu ne veuilles subitement,
pris d’une étrange intention superfétatoire, te distinguer par un scoop des
plus...moralement discutables, et oui...voudrais-tu, disais-je, ainsi aller planter un
pataquès infernal où personne ne demande rien à personne, hein ? J’attends,
mon bon !
Le dit pilote exceptionnel, stupéfait, regardait ce mioche comme s’il était
subitement devenu une redoutable bombe inconnue et suceptible d’exploser au
moindre mouvement inconsidéré, ou un nid de scorpions prêt à exploser aussi,
dans son perceur...puis il se reprit, et prit sa décision.
-Bien...restons en là, et bienvenue à bord, matelot ! dit-il enfin soulagé par sa
judicieuse reculade diplomatique. Mais tu sais, Clovis, si tu crois être à la guerre
tu vas être déçu, car regarde, tout est calme, et en guise de champ de bataille, et
c’est tant mieux, c’est plutôt une promenade de santé, et je crois bien qu’il n’y
aura en nos rangs que de simples égratignures ; alors installe-toi confortablement
jusqu’au bouquet final, car c’est tout ce qu’il te reste à faire.
-Merci, Commandant, je savais pouvoir compter sur ton sens remarquable de
l’analyse, comme toujours...Bien, alors attendons ce bouquet final, hein ? dit-il en
riant puis, s’adressant à Ambroise, cette fois.
-Je ne sais pas encore bien pourquoi, mon cher Ambroise, mais j’ai comme la
sensation que sous peu tu vas avoir besoin de moi, et que tu seras ravi de ma
présence à ce bord...oui...j’ai cette nette impression maintenant.
-Serais-tu devin, à tes heures ? se moqua l’interpelé en riant.
-Que non...des impressions seulement, dit-il en souriant.
-Et que vois-tu me concernant ? demanda en riant le pilote.
Clovis le regarda un bon moment, d’un regard perdu dans le vague...
-Rien, Jacques...je ne vois rien, c’est le noir complet.
Un instant de ces silences étranges plana un moment sur le trio, Clovis se leva
et se dirigea vers l’arrière de la cabine, où il s’installa confortablement allongé sur
deux sièges...puis il sembla sommeiller...Les trois se sont donc confortablement
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installés pour assister au spectacle régit par leur metteur en scène de génie, leur
cher Georges...
Bolide universel le plus répandu dans ces univers civilisés, une idée, à propos
de Jacques, traversa alors comme un météore l’esprit industrieux de Clovis : « Y
a pas à dire, pour un vieux il est de première bourre, un vrai crack ! »
Tous les trois regardaient donc paisiblement par le large pare-brise, et comme
au théâtre ils virent la fin des préparatifs sur l’avenue, les monteurs avaient quitté
les lieux, laissant l’arène libre...

Privilège de l’auteur, avantage fastueux pour vous lectrice et lecteur, je vous


invite. Faisons un zoom...Magie, nous voici transportés sur place, aux premières
loges, pour assister à une première et exclusive représentation, futurement par
faute radicale d’acteurs. Regardez bien car jamais quiconque ne vit le spectacle
qui va suivre, et personne d’autre ne le reverra de nouveau. Saga, épopée
exceptionnelle due comme de juste à ces nouveaux Hommes et Femmes
d’exception ; seules les âmes nobles et généreuses seront à même d’en apprécier
la sublime grandeur et portée universelle. Vous allez assister à du sublime.

Les monstres et leurs affiliés, ces gardes et leurs jouets roses, ceux tout au
moins dont le visage, lors de leurs chutes, étaient tournés vers le haut, ou en
partie vers le haut, avaient pu assister et suivre la soudaine venue de ces
étrangers ; arrivée qui avait de suite suivi cette horrible et mystérieuse paralysie,
due certainement à ces engins bizarres qui les survolaient, avec pendues en-
dessous d’eux, ces curieuses antennes...
Nouveaux types de chasseurs qui avaient pourtant plus l’air de vulgaires
ferrailles assemblées par un fou, mais qui pourtant étaient bien là, les maintenant
prisonniers et à la merci de ces guerriers bien vivants eux, et à l’air
particulièrement efficaces et en super formes. Mais le pire étaient leurs
regards...Ces regards chargés d’une haine démentielle dès qu’ils croisaient le
leur...et ces centaines, sinon plus d’autres appareils qui survolaient leur horizon
limité. Le ciel en entier était rempli de ces engins militaires...
Il n’y avait plus à en douter maintenant, la réalité était bien là en toute son
horreur : ils étaient l’objet d’une attaque massive d’ennemis inconnus. Ce durant
un temps, puis le doute vira rapidement certitude. Il ne pouvait en être
autrement, c’est ce que certains d’entre leurs anciens craignaient par-dessus tout.
Ces guerriers ne pouvaient être que les descendants de survivants du génocide
antique...et la grande roue universelle de leur grande race allait enfin boucler son
tour sur cette planète honnie depuis des millénaires ; depuis que cette maudite
navette de leurs géniteurs les avaient largué sur ce continent perdu...
Que de chemin parcouru pourtant mais, sans cette maudite race blanche qui les
avait toujours contré dans leur expansion, sans doute auraient-ils pu réussir la
grande expansion de leur race. Mais de toujours ces maudit indigènes blancs, et
eux seuls, avaient inlassablement saboté leur plans d’égémonie...Ils avaient ainsi
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perdu des siècles d’avancée technologique...durée irrattrapable, ils le surent de
toujours, et pour finir, voilà la fin de l’aventure, finis les rêves d’égémonie
galactique...
Qu’elles furent les erreurs commises pour engendrer un tel échec ? Des
générations de leurs manipuleurs psychiques, pourtant des champions en la matière,
et des meilleurs sortis des écoles Anumrakis, se sont penchés sur la question...Ce
en vain, ces maudits nordiques leurs ont de toujours méthodiquement bousillé
leur grand rêve. Et, horreur des enfers, les revoilà encore devant eux, leurs
descendants certes, mais leurs regards ne trompent point, c’est la même haine de
toujours à leur encontre, qui dès qu’ils étaient libres ils pouvaient y lire leur haine
et mépris ; sentiments qu’ils leur rendaient bien aussi, faut dire, jusqu’à ce qu’en
fin de compte, ne pouvant les dompter totalement malgré leurs dirigeants
installés par nous-mêmes, ces traîtres vendus à leur noble cause Khuigs, nous
fûmes donc obligé, une fois leurs richesses récupérées, car il aurait été
inconcevable qu’il en fut autrement, obligé donc de les éradiquer de cette planète
minable.
Restait un mince espoir encore : pouvoir discuter avec ces gens pour tenter les
tromper une fois encore, car tant qu’il y a de la vie y a de l’espoir...

Ces monstres Khuigs, ainsi que leurs sbires et esclaves, voient tout à coup le
haut de la paroi de cette vaste prison se garnir de guerriers et de nombreux civils
aux regards aussi chargés de haine que les précédents. Ils sont maintenant des
milliers qui les observent en ricanant et les raillant d’insultes et de rires
méprisants...Puis, voilà tout à coup qu’apparaîssent des engins sortis de on ne
sait où...des sortes de plates-formes volantes chargées de dizaines de guerriers,
hommes et femmes qui sautent à terre ; ils occupent maintenant toute la
longueur de l’avenue...Ils sont puissamment armés et...commence de suite un
massacre totalement imprévu pour eux les Khuigs, celui de leurs esclaves : ces
gardes et leurs jouets roses.
Le nettoyage des parasites vient de commencer...Les enfants, ces roses devenus
fauves enragés et perdus pour la récupération sont, comme promis initialement à
Marcellin, tués le plus rapidement et proprement possible et dans la mesure du
possible encore, sans qu’ils en aient conscience, lorsqu’ils ont le visage tournés
vers le sol et qu’ainsi ils ne voient point le canon du silencieux qui va rapidement
les tuer d’une balle dans la tête. Chaque guerrier a un bloc AG attaché à son
ceinturon par un cordon, flottant au-dessus de l’épaule et soutenant un plateau
sur lequel sont rangés des piles de chargeurs et trois pistolets mitrailleurs de
rechange, car vu le nombre de balles à tirer au coup par coup, aucune arme ne
devrait pouvoir résister longtemps à un tel rythme de tir...
Armes comme de toujours équipées de silencieux ; coutume de furtivité ancrée
maintenant dans les moeurs guerrières de ces tueurs froids et précis qui avancent
ainsi en lignes sur toute la largeur de l’avenue. Ils distribuent ainsi deux modes de
morts alternatives : la balle expéditive pour ces enfant innocents transformés en
monstres sans âme, et la lame du supplice pour ces gardes bourreaux.

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Dès qu’ils trouvent un de ceux-ci, et s’il n’est pas le visage vers eux, ils le
retournent sur le dos sans ménagement et leur montrent leurs lames, puis leurs
expliquent en quelques mots le pourquoi de la chose, et ce qui va leur arriver,
pour que dans leurs dernières seconde qui leur reste à vivre, ils se voient crever
comme des chiens. Ils les tuent alors d’un coup en plein coeur ou dans la
gorge...des mutilations préalables étant aussi inévitables tant la haine est intense
des deux bords...
Tout humain, sans doute, qui n’a jamais connu l’âpreté de la guerre, et la
nécessaire logique, indispensable et nécessité justifiée de tuer, ne sait point, et ne
saura jamais, et ne peut même l’appréhender, de la tension extraordinaire
spirituelle qui habite alors l’Homme, le vrai, celui transformé par la situation, qui
dans son acte de Vie le plus puissant et vital que peut connaître un ètre, et qui le
transcende littéralement en une machine aux performances insoupçonnées et
incalculables.
Être porté par une Force spirituelle seule capable de le transcender, car si son
corps réagit violemment aux hormones qui le propulse tel un dieu invincible et
sans peur dans l’acte suprème, une autre Force indispensable et bien plus
puissante le fait alors se dépasser : la Haine, cette super adrénaline de l’âme.
Le massacre méthodique se poursuit dans un grand silence, seulement perturbé
par les flop, flop des balles fusant des silencieux, et les râles et brefs soupirs
d’agonies. L’avenue est maintenant saturée de cette odeur lourde et étrangement
excitante de la poudre brûlée...Des rats commencent à sortir des égouts sur les
talons des tueurs. Ils se repaissent alors, avides, de cette viande fraîche inespérée
et en si grande quantité, suivis de suite par les charognards ailés.
Viandes mortes comme vivantes, mais sans réaction ; mais la vivante encore
dispensant alors cette sourde énergie de la vie frémissante, la meilleure, suivant
l’avis de ces furtifs experts sans complexe...Un festival gastronomique est
maintenant en place puis...assez rapidement, ces convives vite repus réintègrent
leurs univers respectifs. Les piaillements cessent par faute de sujet de
discorde...Les équipes de tueurs se rejoignent. Le travail est terminé. Puis, une
douzaines de plates-formes survolent lentement cet espace, s’assurant qu’aucun
n’a échappé à son sort, et c’était bien ainsi car on entend encore quelques coups
de feu réglant quelques oublis.
La vermine assujettie aux monstres est maintenant définitivement éliminée, les
choses sérieuses vont donc pouvoir enfin commencer.

Venant de ces îles qui jusqu’alors les avaient caché, de l’île Sainte Marqueritte et
de Saint Honorat, la plus au Sud, arrivent maintenant au ras des flots, cinq
grandes plates-formes AG qui viennent se garer le long de l’arène : futures
poubelles ; engins flottant au-dessus de la plage et judicieusement répartis le long
de l’avenue. Ces plates-formes sont en fait celles qui avaient servi au transports
des pièces détachées récupérées sur les avions abandonnés sur les tarmacs et
dans les hangars, approvisionnant alors les ateliers de Blagnac...

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Maintenant, c’est la venue d’une nouvelle nuée de ces petites plates-formes
comme précédemment, mais sans guerriers ni pilotes dessus, elles sont
téléguidées et vides, et vont servir à évacuer les cadavres de ces esclaves pour
faire ainsi place sans entraves au grand festival reservé à leur anciens Maîtres,
noblesse oblige. Ces plates-formes sont maintenant à poste...les survolant à trois
mètres de hauteur, stoppées là...attendant quelque chose...L’ordre est arrivé aux
bombardiers de stopper les ODC, mais de rester en position pour les réactiver à
la moindre alerte éventuelle.
D’un coup, dans l’arène, les Khuigs sont libérés de ces entraves invisibles, ils
bougent enfin, puis réussissent à se lever péniblement sur leurs jambes
ankylosées..Ils se frottent les bras, le corps pour réactiver la circulation sanguine
passablement ralentie. Certains des leurs ne se relèveront jamais car quand ils
tombèrent comme des quilles, les uns se fracturèrent le crâne sur le rebord d’un
trottoir, puis d’autres, une bonne vingtaine au moins, tombèrent le visage sur un
ventre adipeux ou entre les cuisses d’un autre allongé, et ainsi le visage enfoui
dans ces chairs gélatineuses immondes, ils moururent étouffés. Des privilégiés.
Ils commencent à se reprendre et discuter, appeurés de découvrir l’étendue du
carnage de leurs esclaves ; quant apparaît maintenant une vingtaines de
grotesques engins volants qui plafonnent à deux mètres cinquante de hauteur, et
qui sont en fait ces fameuses motos AG. Grotesques, assurément sans l’ombre
d’un doute, mais d’une vélocité redoutable et efficace. Les guerriers qui les
montent comme pursangs fougeux, leurs enjoignent alors de charger en silence
les cadavres sur les plates-formes qui, à ce moment précis, descendent lentement
pour se poser le long de l’avenue, la foule s’écartant pour leurs laisser place...
Les Khuigs répugnent à optempérer, dame, eux des seigneurs, transporter des
cadavres, et qui plus est ceux de leurs anciens esclaves. Mais, ces guerriers
volants aux regards farouches déplient maintenant de longs et minces bâtons
télescopiques qu’ils sortirent d’une gaine fixée à leurs engins, et commencèrent à
toucher quelques uns du bout de ces verges flexibles, et à chaque fois la victime
fait un bond prodigieux en poussant un hurlement de douleur, se tordant sur le
sol, frénétique, et s’il ne se relève pas de suite il a droit à une nouvelle décharge
électrique.
Quelques exemples suffirent pour que rapidement tous se mirent à charger
avec empressement les plates-formes, qui une fois pleines vont vider leurs
chargement sur les grandes positionnées le long de la plage, puis reviennent se
poser pour un nouveau chargement. Noria macabre et pissant le sang. L’avenue
fut vidée en moins de vingt minutes, tant il est vrai que ces Khuigs sont si gros et
si poussifs que le moindre effort physique les essouffle rapidement ; à tel point
que la fin de ce chargement laissa sur l’avenue un véritable troupeau de phoques
soufflants à qui mieux mieux....
Les motos s’envolent comme taons hargneux et les laissent épuisés, à tenter de
récupérer de ces efforts de forçats, mais non digne de seigneurs comme eux...Ils
reprennent ainsi peu à peu quelques souffles...Les enfants et les femmes
pleurent, gémissent, demandant au ciel ce qu’ils ont bien pu bien faire pour
mériter un tel châtiment.
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Comme quoi l’horreur est suggestive avant tout, et le bourreau de penser être
en son juste droit. Pour preuve des innombrables dictatures passées et plus
atroces les unes que les autres, où les bourreaux des peuples étaient souvent
réputés (par la presse aux ordres) de bons-papas aimés par les leurs, certes, leurs
progénitures qui montaient impunément sur leurs genoux pour leur tirer la
moustache...Tableaux touchants entre tous.
Ces mêmes satrapes qui se faisaient un point d’honneur-citoyen, moustache
justement et batterie de médailles lustrées et entre deux ordres génocidaires,
d’aller à l’office dominical, plus particulièrement à l’heure vénérable où toute la
volaille engoupillée est de faction...Comme quoi aussi, chacun se construit son
honneur avec ce qu’il trouve dans la vaste et achalandée poubelle du temps.
Tout est question de récupération encore, comme l’armada de ces nouveaux
guerriers, car l’honneur, le vrai lui, est mort et bien mort en ce jour lointain où
un premier homme s’est parjuré et trompa son frère. Le reste n’est que
succédané éventé, déchet toxique, raclure de l’esprit...
À vot’ bon vouloir, m’sieurs-dam’s !

Deux plates-formes descendent vers eux...Ils les regardent avec appréhension


maintenant car ils ont appris à se méfier des nouveautés...Elles descendent
lentement...lentement...chacune au tiers de l’avenue, et sur chacune est un couple
de guerriers, un homme et une femme d’une grande prestance...Ils évoluent
lentement au-dessus de leurs têtes, puis ils se dirigent vers l’hôtel Carlton, vers le
podium de leur roi sur son trône, mais sans sa garde royale qui finit de se vider
de son sang immonde de cerbères abjects de leur soumission passée, sur une
poubelle-charogne, plate-forme de la plage.
Les deux engins stoppent devant le trône et descendent à ras du sol, la foule
s’écarte sur un large cercle...Les deux couples sautent sur le macadam et vont
vers le roi...Celui-ci se trémousse sur son trône qu’il trouve tout à coup bien trop
voyant ; dos plaqué au dossier comme pour le traverser, ses mains tremblent en
serrant les accoudoirs et, il se rend compte avec horreur mais un peu tard, qu’il
est toujours affublé de cette stupide couronne qui est par trop voyante
maintenant...
Les quatres sont maintenant devant lui et le fixe comme s’il s’agissait d’un
animal étrange d’un zoo d’un autre monde...et, horreur qui lui glace les sangs, et
chose folle et incompréhensible, son regard qui d’habitude rend les siens si mal à
l’aise ne leur fait visiblement aucun effet, mais alors, aucun, aucun.
Ces quatre guerriers qui dévisagent ainsi affrontément ce nabot autoproclamé
roi, sont nos amis Alexandra et Claude, joint en un quatuor de braises, avec
Marion et Hugues, ce fameux nain, selon cet impossible Clovis...qui justement,
ravi, les contemple de loin...Nos amis ont leurs armements de combat classique,
avec toujours, comme tous ces guerriers, leurs casques ODC sur la tête, pour ne
pas être éventuellement pris au dépourvu, les bombardiers étant toujours en
position pour un arrosage éventuel...
Ils sont là depuis bien deux minutes en observant sans rien dire cette raclure
faite roi, de par l’avilissement tacite de ses sujets, comme de toujours il en fut en
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leur monde mort...Si seulement, ce roi pouvait rentrer sous terre, se pense celui-ci in
petto, tremblant comme une feuille...Quand, brusquement, Marion fait un pas en
avant et à une vitesse qui stupéfie l’assistance, elle envoie la main droite à la
volée derrière sa tête et tire en un éclair son katana et du même jet l’abat, la
pointe stoppant sans frémir à cinq millimètres de l’oeil droit de ce roi minable,
cet avorton ruisselant de peur abjecte et écoeurante...puis elle soulève et avance
la pointe de la lame et la passe doucement sous un des bras en croix de la
couronne, et d’un rapide coup de poignet la lui enlève.
La couronne glisse jusqu’à la garde sur la lame relevée, et tous les quatres de la
contempler un instant. L’assistance retient son souffle puis, Marion fait quelques
pas sur le côté et, prenant son élan, elle tournoie sur elle-même et sabre tendu à
bout de bras, elle envoie de toutes ses forces cette couronne maudite se fracasser
sur la paroi d’acier, les gemmes explosant en milliers de soleils multicolores.
Un OOOH ! de l’assistance marque ce sacrilège...
Alexandra qui observait attentivement ces gens, leur trouva une attitude bizarre
de la part de quelqu’uns...Ils avaient l’air, lui semblait-elle, de plus en plus
étrangement regarder vers le MK-ULTRA, comme...oui, comme s’ils en
attendaient quelque chose venant possiblement de là...Un secours inconnu de
leur part ? Elle tira la manche droite de Hugues qui était à ses côtés, ce dernier se
penchant vers elle ; elle lui chuchotta cette information des plus étranges, priant
à son tour Claude d’observer aussi plus attentivement les attitudes de ces gens,
surtout leurs regards torves allant vers cet immeuble en bout de l’avenue ; et tous
trois furent vite d’accord qu’il se tramait quelque chose présentant un possible
danger pour eux tous.
La décision fut prise en un instant ; Alexandra ouvrit son micro et avisa
rapidement à mi-voix Central-Stratège Nº1 d’envoyer des équipes voir ce
bâtiment de plus près, recommandant d’aviser tous leurs appareils de se tenir sur
alerte rouge jusqu’à la fin d’alerte. Ils prévinrent Marion et réembarquèrent d’un
bond sur leurs engins qui disparurent d’un jet par-dessus les hôtels.
Dans Central-Stratège Nº1 ce fut la douche froide, Georges prit le micro,
ordonnant au radio d’ouvrir le trafic sur total, et avisa leurs appareils de ce
possible danger, puis il appela les plates-formes AG en patrouilles sur le secteur
de ce MK-ULTRA d’aller forcer quelques portes et fenêtres, contrôler ce
bâtiment du mieux possible.
Entre temps, au-dessus de l’arène, les bombardiers ODC prévenus d’un
possible danger, remirent le couvert, et les quilles s’écroulèrent à nouveau.
La plate-forme AG, PF-2647 répondit de suite à Georges, elle est pilotée par
une de nos vieilles connaissances qui maintenant a pris de la bouteille, ce gamin
irrespectueux d’alors, Justin le pêcheur, qui en son temps avait accueilli les
premiers Akadis, Elizabeth Marshall et Irvin Arquette, et qui malgré ses cheveux
blanchis, comme il le dit modestement lui-même, est un as du pilotage de ces
engins ; réflexes d’un jeune de quinze ans, de la jugeotte et une ardeur à toute
épreuve de faire l’impossible. Car, comme il le dit modestement, « Un bon pêcheur
se doit d’avoir des réflexes aiguisés et un poignet d’acier ! »

93
Son équipage se compose d’Agathe, son ravissant béguin du moment ; une
belle brune de feu dans les 38 printemps, et pas bégueule et toujours dispo...un
rêve donc que cette pouliche, et de plus une authentique fausse maigre et qui
démarre au quart de tour, justement comme Justin les aime. Agathe est en charge
de la tourelle avant, une mitrailleuse jumelée antiaérienne ; puis son pote, Arsène,
de 54 ans, en poste à la tourelle laser à l’arrière forcément. Arsène est un rapide
lui aussi pour le tir à la volée, c’est un gars costaud et rablais et d’une force hors
de la moyenne...
Justin est fier de cet équipage sur qui on peut compter sans sourciller, affirme-t-
il à qui veut l’entendre.
-Ici Justin, de la PF-2647, je suis justement en patrouille le long du quai Albert
Edouard, tout à côté de ce merdier donc, on y va dare-dare, les gars, on va vous
tirer ça au clair vite fait bien fait, à plus tard !
L’équipage est sur les dents, tous sanglés à leurs baquets, car ça peut déménager
sans prévenir ; faut pas mollir pour faire ce turbin, et faut pas être sujet au mal
de mer, ça non ! Leur plate-forme vire sur la gauche et arrive devant cette
immense rotonde d’un seul niveau, farcie de nombreuses fenêtres qui sont
occultées intérieurement par un badigeon compact de peinture blanche...
Justin, détendu mais prêt à réagir à la fraction de seconde, suivant son fameux
style de pilotage coulant mais trompeur, approche lentement le bélier pile en
plein milieu de la baie vitrée droit devant lui...l’engin stoppe un instant...Il dit
dans le micro de son casque à ses deux potes.
-Prêt ? L’honneur ou la mort sont peut-être derrière ce merdier...à trois on
fonce, cramponnez-vous mes chéris...un...deux...GO !
Le bélier défonce la croisée qui s’ouvre en grand fracas sur ses deux battants
et...ô infernale stupeur ! Ils se trouvent nez à nez avec un de ces Affreux canard.
Un coup d’oeil et Justin compte 16 de ces chasseurs rangés en éventail de
quatre bras...Dans chacun est un pilote, et celui devant lui le regarde effaré, est
tellement surpris de cette effraction qu’il perd deux secondes pour ouvrir le feu
de ses armes laser, mais la plate-forme a reculée et part en chandelle au-dessus de
la rotonde. Justin écrase le bouton d’alarme générale qui déclenche l’alerte rouge
dans tous leurs appareils, quels qu’ils soient.
Ce juste au moment où le pilote du chasseur Khuigs ouvre le feu puis sort
comme une fusée, imité instantanément par tous les autres. Les autres fenêtres
explosent sous les rayons laser des autres chasseurs qui fusent en quatre bras
vers le ciel ; gerbe de mort sortie des enfers...Tout ceci se déroule avec une
brutalité et vitesse inouïe...En dix secondes, la baie qui baignait dans un calme
serein devient le théâtre d’une furieuse bataille aérienne...une noria d’appareils se
croisent en tous sens.
Justin a réussi sur son élan ascensionnel jusque sur le toit, de tourner en plein
vol son engin en travers, offrant ainsi l’ennemi aux deux tourelles. Pendant ces
quelques courtes secondes de cette manoeuvre, les deux premiers chasseurs sont
sortis de dessous leurs pieds ; le troisième déboule et monte en chandelle en
voulant virer vers sa gauche, mais Arsène l’attendait, et dès qu’il pointe son nez,

94
il l’accroche dans son viseur et le suit en lui envoyant toute la charge de son
arme, le touchant en plein milieu.
Le chasseur Khuigs part en vrille et va s’écraser de l’autre côté du port, en plein
dans la façade d’un grand immeuble, l’hôtel Sofitel-Méditerranée faisant le coin
du Quai Saint Pierre et de la rue Jean Hibert, face au square du même nom et du
bord de mer ; puis l’épave se décroche lentement de la façade et tombe en
flammes au coin de la Rue du Port, petite rue qui remonte à droite et derrière
l’immeuble, rejoignant la rue Georges Clémenceau.
Agathe elle, s’est réservé le dernier chasseur qui sortit aussi comme un bolide
d’en dessous la rotonde, sous le nez de sa mitrailleuse qui l’attendait, et dès
qu’elle vit son bec de canard dans son viseur elle le découpa quasiment en deux
sur tout son long, l’engin qui crachait ses tirs laser partit droit devant à
l’horizontale, pulvérisant avec son arme un gros bateau étant pile sur son axe, et
vint s’encastrer dans le salon, le tout prenant feu dans un nuage d’épaisse fumée
noire...puis le bateau coula avec son chasseur faisant dorénavant partie intégrante
de cette ferraille calcinée et nauséabonde.

Cette bataille aérienne qui venait brutalement de commencer faisait maintenant


rage. Là-bas, vers les îles, on apercevait un chasseur ennemi qui tombait en vrille
vers la mer...mais deux des leurs suivaient maheureusement le même chemin...

Oh Gaïa ! Ma Gaïa ! Qu’allait-il advenir de leur reconquête dans cette effarante


virevolte ?

95
Carnage rédempteur

D ès le début de l’alerte rouge, l’équipage du perceur P-1752 se préparèrent


au pire, sortis brutalement de leur nonchalance coupable...Les paroles de
Clovis revinrent cruellement en mémoire à Jacques, le pilote : « Un guerrier n’a pas
le droit de se goberger de la sorte. » Puis, presque aussitôt et brutalement, ces engins
qui fusent de cet MK-ULTRA, partent comme des flèches ardentes, que déjà
deux de leurs appareils autour d’eux sont descendus en flamme avant leur
moindre réaction...
Jacques amorce une manoeuvre rapide vers ces chasseurs Khuigs qui giclent
dans toutes les directions, leurs lasers en action fauchant les leurs à
l’aveuglette...Clovis, qui s’est subitement reculé du poste de pilotage, hurle d’un
coup au pilote de virer sur la droite et de plonger à mort d’un coup...Ce dernier
voit en une fraction de seconde du coin de l’oeil gauche, un chasseur ennemi lui
fonçant dessus après avoir effectué une immense boucle l’amenant maintenant
sur eux depuis l’autre côté du port...
Réactions nerveuses - temps d’analyse du pourquoi - centièmes de seconde,
trop tard ! Clovis, pourtant au fond de la carlingue, voit le rayon partir du
chasseur comme dans un film au ralenti et traverser la cabine de leur
appareil...l’ennemi poursuivant sa trajectoire maintenant ascensionnelle en les
frolant...Leur appareil descend maintenant lentement vers la mer...Clovis se
précipite...il sait déjà. Jacques est sortit de cette bataille maintenant, radicalement.
Le rayon laser a traversé la carlingue de part en part et l’a décapité, sa tête gît à
ses pieds, dans une mare de sang, sa main encore crispée sur le levier de
commande de vol qui les amène lentement vers la mer.
Clovis, froid et précis enlève la main de la commande et met celle-ci sur
position neutre, stabilisant l’engin où il est, puis il frappe d’un coup bref sur la
boucle centrale du harnais pour le libérer le corps, en forçant il le bascule du
siège...Un sourd gémissement sur l’arrière le fait se retourner. Ambroise, livide et
grimaçant de douleur se tient le poignet gauche avec son autre main...son bras
gauche est sectionné juste à hauteur du poignet. Clovis se précipite vers la
pharmacie, sans une parole, l’ouvre à la volée et revient vers le blessé qui le
regarde effaré, ne comprenant pas encore ce qui vient de leur arriver...
Clovis fonctionne maintenant à deux cents à l’heure...Il le rassure d’un sourire
express et lui fait un garrot au-dessus de son moignon déjà cautérisé par le laser,
puis il sort de la boîte un paquet de compresses qu’il installe rapidement sur le
moignon puis le fixe rapidement avec un bandage ; dessérant un peu le garrot...Il
redresse en forçant le blessé contre la cloison et l’assoit tant bien que mal sur le
siège juxtaposé et lui attache le harnais de sécurité, puis lui donnant quelques
rapides paroles de réconfort, il fonce vers le poste de pilotage.
Froid et précis, Clovis prend le cadavre par un bras et le tire à un mètre
cinquante plus loin vers l’arrière dans l’allée centrale, le tourne, le ventre contre
96
un support de siège, ouvre la boucle de son ceinturon et le passe autour du
support puis referme la boucle, assurant ainsi la stabilité de ce corps qui sinon
deviendrait un danger futur...Il fonce de nouveau vers l’avant, ramasse la tête par
les cheveux et va rapidement la jeter dans le placard qui lui avait servi de
cachette ; au dernier moment, il stoppe son geste, lève la tête à sa hauteur,
regarde ce visage livide et horrible et lui dit.
-Navré mon cher Jacques...mords dans quelques chose parce que ça va valser.
Puis il la jète dedans et referme la porte d’un coup...Il fonce au cabinet de
toilette, se lave les mains pleines de sang, arrache à la volée la serviette éponge,
essuie le mieux qu’il peut sa combinaison couverte de sang, ses mains...Il rejoint
rapidement le siège de pilotage et fait de même, il essuie la commande de
pilotage et le tableau de bord ensanglanté. Puis il enroule la serviette à un
montant de siège et y fait un noeud, s’installe aux commandes, harnais bouclé,
casque connecté au système d’armenent...Il tourne la tête légèrement vers
l’arrière et s’écrit.
-Ambroise, mon chéri, cramponne-toi à la rambarde car on va danser le
charleston.
Commande bien en main, brusquement, le perceur P-1752 qui semblait perdu
pour cette bataille, partit comme une flèche dans une immense boucle verticale
et en diagonale sur le plan d’eau ; à l’intérieur, l’air s’engouffrant par tous les
trous de la carlingue, joue une furieuse symphonie ondulante allant des basses
aux plus stridentes notes...Puis il revint en pleine vitesse vers Central-Stratège
Nº1, qui ne voyait pas arriver de loin, ce chasseur ennemi qui l’avait choisi pour
cible ; quand, brusquement, au dernier moment semblait-il, celui-ci fut
transformé en torche éclatante, un bolide le frolant et repartant en chandelle
venait de le descendre...Les stratèges effarés virent en une fraction de seconde
par leurs hublots, le numéro de leur sauveur, la carlingue constellée d’une
multitude de trous sur l’avant.
C’était ce P-1752 à qui ils devaient d’être encore de ce monde...
Ils le suivirent des yeux là-bas à l’horizon maintenant, partant vers le large...Il
avait pris en chasse un autre chasseur khuigs...mais les stratèges virent alors
effrayés qu’un autre chasseur ennemi qui le suivait aussi allait le rattraper et
brusquement, le P-1752 plongea de vingt mètres et bloqua sur place, l’ennemi
qui le suivait le dépassa en trombe et avant toute réaction il fut alors pulvérisé
par le canon laser du P-1752, qui reprit aussitôt sa poursuite sur le précédent,
lequel faisait une large boucle vers la droite, essayant en vain de larguer son
poursuivant qui semblait deviner toutes ses stratégies d’esquives et tentatives de
contre-attaque, et qui le collait comme la poisse...
Durant ce temps qui semblait une éternité, tous les autres chasseurs ennemis
avaient été descendus, au prix cependant très lourd de la perte d’une douzaine
des leurs et de leurs équipages. L’un d’eux justement, avait terminé sa course
fatale, fauché en plein vol par un tir décisif, dans le clocheton droit de l’hôtel
Carlton, pulvérisant ce dernier, les deux allant s’abattre dans la rue en contrebas,
tuant au passage trois de ces infortunés esclaves récemment libérés...

97
Le pilote du chasseur que poursuivait Clovis, se rendant compte de sa situation
désespérée, revenant vers la baie, se faufila parmi ses ennemis en loopings
imprévisibles et fila ensuite à ras du plan d’eau, vers l’Est, puis il disparut tout à
coup à la vue de son poursuivant...Clovis ralentit et passa le bord de mer au
peigne fin puis arriva ainsi sur ce Port Canto sis en bout de la plage de l’avenue
Croisette...Il monta en chandelle à deux cents mètres pour avoir une vue
d’ensemble, survola lentement les alentours un long moment, puis redescendit et
recommença sa chasse. À l’intérieur du perceur on entendait le seul bruit saccadé
étouffé des moteurs électriques de la tourelle asservie du canon laser qui suivait
les mouvements de son casque et de ses yeux...Il sentait sa proie tout près
maintenant, doigt sur la détente de tir...Ses écrans vidéos lui assuraient la
surveillance sur ses arrières...
Il était certain de le tenir, il le sentait proche, mais fallait-il encore trouver sa
planque et...à force de fouiller tous les recoins et alentours de ce port, il
débusqua l’entrée d’un ancien garage souterrain étant dans le prolongement S-E
de la vaste esplanade du Jardin Roseraie, devenu Ronces...La double ouverture
d’accès étant en contrebas dans le milieu d’une légère courbe que faisait l’avenue
Croisette vers la droite...
Bloquant la sortie de cet ancien parking, plus haut sur l’avenue, et à quelques
vingt-cinq mètres de distance de la sortie du parking, se trouve ainsi et pile en
face, un énorme camion citerne ayant les pneus à plat ; camion qui à l’époque du
gazage vint finir sa course sur une grosse borne marquant une entrée vers le
port, voie d’accès étant parallèle et longeant celle de la sortie de ce parking...
Derrière les vitres de la cabine du tracteur, salies de poussières et de fientes
d’oiseaux, on aperçoit le haut de deux squelettes, dont un avec un restant de
casquette délavée pendante sur le crâne qui, tourné vers ce parking, semble
regarder Clovis de ses orbites creuses...Sur la rangée de dents de la machoire
inférieure pendante, est, comme accoudée et vive comme le vent, est une
minuscule souris qui le dévisage également, museau et moustaches frétillantes, se
demandant bien d’où peut bien sortir cet étrange oiseau.
Entrer là-dedans, pas question, se dit Clovis, c’est un vrai piège à rat justement,
à propos de souris ; il rit de cette association d’idée. Déterminé d’avoir la peau de
ce pourri, il repart vers les immeuble surplombant l’avenue et dégota vite fait une
plate-forme AG patrouillant le secteur ; la PF-416 croisant par-là, il branche son
intercom extérieur et explique à cet équipage qu’il ne connait pas, de le suivre
pour aller fouiller ce parking, mais de faire gaffe car le gibier est dangereux et aux
abois.
Qu’à cela ne tienne, ça tombe bien car nous aussi sommes dangereux, le rassure
le pilote, Claudette, avec un sourire éclatant et s’esclaffant. Une belle brune, une
mémé de trente-cinq balais au moins, se dit un Clovis incrédule, car pour lui la
guerre c’est fait pour les jeunes...
Retour devant l’entrée du garage ; Clovis se tient pile au-dessus du terrassement
de la sortie, et dans le sens de fuite, car il se doute que si sa proie tente la partie
ça va déménager en force, et ce sera au plus rapide, et de ce côté-là, pensa-t-il en
souriant, je ne crains personne, malgré que ce pilote soit un fortiche, faut
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reconnaître. Claudette, qui a engagé prudement sa PF-416 dans ce trou noir et
bas de plafond, avance lentement, se guidant sur l’écan de son détecteur
d’infrarouges, et se faufilant en se tenant à l’abri des piliers de soutènement...Elle
communique en permanence avec Clovis, le tenant informé de son avancée.
Ce fut un déchaînement d’énergie fulgurante. Son canon laser en action, le
chasseur fonça droit vers la sortie au devant de lui et à peine dehors il dégagea en
chandelle...Excellente manoeuvre qui aurait dû réussir mais, c’était sans compter
sur son ennemi qui le voyait foncer dans ce parking et le cueillit en plein milieu de
toute la puissance de son canon, et l’accompagna ainsi quelques secondes. Le
chasseur Khuigs, le dernier de son escadrille et de son espèce maudite, partit en
tourbillonnant en pleine vitesse droit devant lui, traversa l’avenue...sectionna la
coiffe d’un palmier et alla s’encastrer dans l’immeuble en face, le deuxième à
partir du coin de l’avenue Tristan Bernard, et pour finir explosa, incendiant le
paté d’immeubles...
Mais, quand le laser de Clovis frappa de haut sa proie dès sa sortie du parking
et l’accompagna durant quelques secondes, le faisceau de son laser, dans la
même action, coupa en deux la citerne du camion garé en haut de l’avenue. Le
carburant qu’il contenait s’enflamma alors en une gigantesque torche et le liquide
enflammé s’écoula aussitôt vers l’entrée du parking en contrebas, bouchant celui-
ci par une barrière de feu ronflante.
Claudette se mit à hurler dans les écouteurs de son casque, la flaque de feu se
répandant à l’intérieur du garage souterrain...Clovis vit la scène et filant sur le
dessus du garage, les prévint de se tenir le plus loin au fond et sur la gauche, face
à l’entrée, qu’il allait tenter de défoncer le béton du toit du parking....Il se mit à
l’opposé de leur position et commença de concentrer le rayon du laser réglé sur
Perfo-max...Le ciment rougit rapidement puis éclata en morceaux...jusqu’à ce
qu’il le traverse et découpe alors un trou de deux mètres cinquante de diamètre,
pendant qu’il actionnait l’ouverture de la porte.
Le bloc de béton s’écroula enfin au fond du garage, il les prévint de foncer vers
l’échelle métallique qu’il avait aussitôt déroulée et entré dans ce trou fumant. Les
trois patrouilleurs lui crièrent alors de les sortir de là en catastrophe, le feu
arrivant sur leurs talons, il décolla rapidement sans toutefois aller trop vite pour
qu’ils puissent se tenir aux barreaux...et il les vit sur son écran vidéo, se tenant
accrochés en grappe, mais être ratrappés inextrémis par une langue de feu qui les
entoura un bref instant, il leur cria dans l’intercom de tenir bon, qu’il les amenait
dans l’eau du port pour éteindre leurs bottes et combinaisons enflammées...Ces
quelques deux cent cinquante mètres qui paraissaient une éternité, et enfin il les
plongea dans cette eau salvatrice, éteignant leurs incendies à leurs fesses, qui
pour le compte avaient eut chaud ; puis il les déposa sur le quai, encore fumants
et essoufflés.
Après avoir fait signe par le pare-brise, sa radio étant HS, à un transport-
hôpital, qui de toute façon ayant suivit depuis le début ce combat démentiel, se
tenait prêt à intervenir dès la fin de cette bataille homérique. Clovis posa son
appareil à côté de ce courageux équipage de la PF-416. Leurs visages étaient
rouge vif et leurs sourcils et cheveux en avaient pris un sacré coup, ne restait
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quasiment de ces derniers que les endroits qui avaient été protégé des flammes
par les plaques anti-ODC de leurs casques. Il sauta à terre et aida Ambroise à
descendre pour le guider vers l’hôpital, le H-19, son identification inscrite sur
toutes ses faces, marquée en énormes lettres blanches inscrites dans un cercle
encore plus grand et de couleur rouge vif, et qui se posait un peu plus loin à côté
de son perceur.
-Clovis, lui dit le blessé reconnaissant, comme tu m’avais dit, je suis
effectivement ravi que tu es été avec nous, car sans toi...et ce pauvre Jacques,
c’est affreux.
-C’est la guerre, mon grand, faut faire avec, et c’est la preuve une fois encore
que l’on ne pourra jamais tout prévoir...Allez, courage, t’es encore vivant non ?
Alors que nous avons plus d’une vingtaine de morts...Allez, zou ! embarque dans
cet hosto et soit heureux...Il faut aussi qu’ils enlèvent le corps de Jacques et qu’ils
épongent tout ce sang, la guerre continue. Tchao, mon pote. Les infirmiers
amenèrent Ambroise, puis Clovis parla avec leur toubib responsable, Thierry, lui
disant qu’ils enlèvent le cadavre du pilote, le local où ils trouveront la tête, etc.
Il l’avisa que sa radio était foutue en émission, mais qu’il recevait correctement
et...qu’ils ne disent rien sur son identité pour l’instant, pour que sa mère ne
s’inquiète pas. Le gars, pourtant un vieux d’au moins quarante ans à son avis, lui
sourit avec complicité et acquiessa à sa requête et serra chaudement la main de
ce guerrier hors pair, le félicitant pour ses exploits...Mais Clovis le remercia et le
laissa là, ayant encore du turbin à faire, lui dit-il sérieux.
Il alla ensuite voir l’équipage de la plate-forme qui se récupéraient de leurs
frayeurs, et qui le remercièrent du fond du coeur, devant la vie à ce mioche d’un
calme holympien...Ils embarquèrent dans l’hosto pour soigner leurs ampoules
fessières, comme leur dit Clovis en riant et les saluant, en leur disant sur un ton
affirmatif.
-Salut, les potes, soignez-vous bien, et chapeau, vous avez été de première,
merci pour le coup de main ; puis il s’avança vers Claudette, lui sourit et relevant
la visière de son casque, il l’embrassa chaleureusement sur les deux joues, puis lui
dit avec un sourire malicieux.
-Pardonne-moi ma belle Claudette, de t’avoir embarqué dans une telle aventure
et de t’avoir fait rougir tes fesses qui, ma foi, sont très jolies, tchao, ma belle !
Ils le regardèrent, mi-figue, mi-raisin, sidérés par son aplomb, embarquer dans
son engin transpercé comme une passoire, mais qui décolla comme un météore.
Cet équipage de la PF-416 venait sans le savoir de croiser le chemin d’un
préscient, et ils n’étaient pas prêt de l’oublier, foutre non...Et, sans savoir son nom,
ils racontèrent à tous leur aventure avec ce pilote exceptionnel de ce P-
1752...L’armada entière fut en peu de temps au courant de ces exploits ; jusqu’à
ce que l’information arrive immanquablement à Central-Stratège Nº1, dont tous
les occupants voulaient remercier leur sauveur, ce pilote, ce fabuleux Jacques.
Mais dans le feu du récit croisé avec ces patrouilleurs de la PF-416, il ressortit
avec stupeur qu’en réalité, le pilote de ce P-1752 qui avait accompli ces exploits
surprenants, en descendant plusieurs chasseurs ennemis à lui tout seul...n’était
pas un garçon de dix-sept ans, grande Gaïa que non, mais un gamin d’une
100
dizaine d’année, pétant les flammes, ça oui, et à qui ils devaient d’être encore en
vie eux aussi. Un tel crack et si jeune, ce qui du reste les avaient étonné aussi sur
le moment, car étant convenu par tous depuis le début, que les enfants ne
pourraient participer à cette bataille avant leurs douze ans...
-Son nom ? demanda Central-Stratège Nº1...Voyons voir...mais au fait, c’est
vrai ça, il ne leur avait tout simplement pas dit, pas eu le temps quoi, faut bien
comprendre que ça chauffait, ça oui, alors...
-La couleur de ses cheveux ? Ben...réflexion faite, il n’avait pas enlevé son
casque, alors...
-Sa taille ? Ben quoi sa taille...un p’tit môme de dix ans environ, haut comme
trois pommes, comme tous quoi...
-Sa voix ? Quoi, sa voix...et basta ! Il les avait héroïquement sauvé de l’enfer et
ça leur suffisait amplement comme ça, ben merde alors ! Alors tchao, les
radoteurs !

Central-Stratège Nº1 allait le savoir, ça faisait pas un pli et devait même être fait
à l’heure actuelle...et ce Jacques, qui n’était pas Jacques, allait déclencher une
enquête jusqu’à la station Bertrand, logique aussi...Clovis regarda sa montre et se
donna un délais d’une demi-heure. Il sourit, relax, ayant reprit sa position de
soutient devant l’hôtel Majestic...Les gars du H-19 avaient bien essuyé le sang,
mais de petites flaques demeuraient encore dans des recoins, l’odeur qui en
montait n’était pas des plus agréable, mais à la guerre comme à la guerre après
tout, se dit-il, et la carlingue trouée comme une passoire servait au moins à une
ventilation efficace ; faut savoir profiter de tout, dit-il en riant.
Il ouvrit le caisson isotherme et fut satisfait d’y trouver un dernier en-cas et une
bouteille de jus de raisin, le faste, s’écria-t-il joyeux, car la guerre, ça creuse...Puis,
cette pensée pour son pote, le grand Jacques...et ce noir étrange qu’il avait vu à
son propos...bizarre, mais bof ! la vie continue, c’est simplement une question de
fréquence, sans plus, Vie en 3-4-5-6-D et Cie, ou noosphère, quelle différence
après tout...
C’est l’heure. Le P-1752 quitte sa position en faisant un détour et va lentement
en direction de Central-Stratège Nº1 positionné assez haut vers le milieu de la
baie, et à un bon mille et demi de la plage...Il vole plus haut que lui...Il croise un
perceur de sa garde rapprochée, qui d’ailleurs ne sont plus que sept, l’un d’eux
étant au tapis. Il passe tout près de l’un d’eux et devant son avant et fait un
bonjour de la main à son pilote, qui le regarde avec des yeux comme des billes,
médusé de découvrir ce môme aux commandes. Son index devant ses lèvres,
Clovis lui fait signe de garder le silence...Il continu sa lente progression et arrive
ainsi sur l’avant et à l’aplomb de Central-Stratège Nº1, les autres pilotes de
l’escadrille regardent intrigués ce que ce Jacques-là manigance...Puis, le P-1752
descend lentement au-devant du pare-brise de l’autre appareil, tourné vers lui,
face à face et à se toucher...
Didier, le pilote de Central-Stratège Nº1, fait un bond sur son siège quand il
aperçoit ce perceur descendant lentement vers eux, d’un cri il prévient tout le
monde ; tous s’avancent en courant et voient alors le numéro de la plaque sous
101
le pare-brise, et c’est ce fameux P-1752...puis...apparaît alors la frimousse hilare
du pilote, ce jeune Clovis, dont la combinaison est tachée de grandes plaques de
sang séché...et qui tient une grande feuille de papier, sur laquelle est écrit un
message en grands caractères ; tous se précipitent pour lire ces quelques mots
Emission radio HS / Réception OK.
Jacques tué au tout début, décapité.
Ambroise perdu main gauche, il va bien > hosto.
Pour l’instant, ne rien dire à ma mère, merci pour elle.
Accepterai félicitations méritées plus tard. Merci.
La bataille continue, on les aura ! A mort les Khuigs !
Vive nous et notre mère, Gaïa !
PS : faites-moi porter à boire et à manger, merci.
L’affiche disparut. Clovis les regarda en riant, très content de sa farce, leur fit
un petit bonjour ironique de la main, puis le P-1752 partit lentement pour aller
reprendre sa position de soutient...Ils le regardent partir sur leur gauche, sa
carlingue complètement trouée, et pas un de ces stratèges expérimentés ne sont
capables de sortir un seul mot...Quand enfin l’un d’eux craquant, exprima haut et
clair la pensée commune, en s’écriant, fataliste et désarmé.
-Et ben...pour dire vrai...ça m’étonne pas du tout de ce putain de mouflet !
Les têtes au complet hochèrent en silence à cette affirmation péremptoire et
criante de vérité.
-Mouflet soit, s’éleva la voix énergique de Georges, mais, et il ne faudrait
surtout pas l’oublier, un mouflet qui pourtant vient de sauver trois des notres,
plus l’Ambroise aussi, et nous tous ici présents, et qui a descendu trois appareils
ennemis, qui sans sa présence miraculeuse auraient bien pu abattre plusieurs des
notres encore, comme si douze appareils déjà au tapis ne suffisait pas...alors moi,
un tel mouflet, je le propose pour être déclaré Héros de la reconquête.
-Ouais, mon cher Georges, dit un gars désabusé, s’il ne s’est pas déjà
autoproclamé comme tel, et c’est le contraire qui m’étonnerait fort.
Tous d’éclater de rire à cette sortie des plus pertinente, connaissant bien la
modestie de l’intéressé.
-On devrait peut-être l’appeler par radio, dit une voix.
-Pour qu’il se paye de nos têtes ? Merci pour moi, dit un autre.
Alors...Agnès, le radio, subitement déchaînée par cette situation inusité et
révoltée par ces propos injustes lancés à l’encontre de ce gamin qu’elle adore, car
ils sont très amis, sauta d’un bond sur son siège, et droite comme un I s’écria
enthousiasmée et autoritaire et défiant ces vieux de cette assemblée.
-Et bien moi, je déclare notre merveilleux Clovis, le SUPER HEROS de notre
reconquête ! Voilà ! Cria-t-elle à plein poumons...Puis elle se rassit vite fait,
surprise par son propre éclat, et rouge comme une pivoine, car tous l’applau-
dissaient à profusion. Elle venait de clore magistralement ce sujet qui pédalait
lamentablement dans la choucroute, pensa le pilote admiratif et un tantinet
jaloux aussi, du succès de cette gamine effrontée.
-Y a pas à dire, se dit Didier à mi-voix et hochant lentement la tête, ces bonnes
femmes sont vraiment gonflées et capables de tout pour se distinguer...Ah, c’est
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qu’qu’chose ! Puis, jetant un regard admiratif vers ce P-1752, là-bas à dix heures,
troué de partout mais de nouveau prêt au combat...il jeta un autre regard à
droite, vers cet incendie monstrueux qu’a déclenché ce môme, et qui fait
toujours rage, une épaisse colonne de fumée noire s’élève en gros tourbillons de
ce garage souterrain...C’est vrai qu’Agnès a pourtant raison, se dit ce jeune pilote,
faut reconnaître que ce garçon est vraiment leur Super Héros, ça oui, se dit-il
admiratif et subitement heureux de faire parti d’une telle communauté incluant
un tel personnage que ce jeune enfant, digne pourtant des plus grands honneurs
et reconnaissances des siens...
Il essuya furtivement une larme d’émotion coulant sur sa joue, renifla un bon
coup puis s’arrangea une posture droite sur son siège, commande de vol dans sa
main ferme, ainsi prêt à affronter lui aussi sans frémir toute attaque éventuelle de
l’ennemi, comme leur jeune nouveau Super Héros...On va tous les crever ces
pourris de Khuigs, rajouta-t-il rageur et frémissant de la fierté légitime propre à
sa race de vainqueurs, qu’ils étaient tous de nouveau.

Dès que Central-Stratège Nº1 eut donné l’ordre de fouiller ce MK-ULTRA, en


plus des plates-formes AG qui s’y impliquèrent sur ses façades, une section
d’assaut les avisa qu’ils allaient investir la place en entrant par la grande entrée, le
long de la Croisette. Cette équipe a pour chefs, Guillaume et son inséparable
Françoise, patrouilleuse et pilote aussi, et de première, dont nous n’avions pas
encore fait connaissance, mais elle sont si nombreuses dans ce cas qu’il est
impossible de les connaître toutes et tous aussi.
Françoise est donc une ravissante jeune femme du même âge que son
compagnon, deux ans de moins peut-être, belle brune aux yeux noirs. Aussi
grande que Guillaume, mince et robuste, d’un dynamisme inépuisable et une
gaitée qui ne la quitte que difficilement...En somme, c’est un être des plus
agréable à côtoyer, selon un avis unanime.
Ils sont une vingtaine en tout, section composée d’autant d’Hommes que de
Femmes, comme toutes les sections qui investissent un local ; ils ont le soutient
des canons laser de trois motos AG. Ces engins sont idéal pour se faufiler dans
les méandres d’un bâtiment tel que celui-ci ; cette armada attaquant la cible-
Cannes, inclue 911 de ces machines redoutables et s’infiltrant de partout.
Particularité de ces véhicules AG conçus et modifiés pour l’offensive et
défense ; en plus de leur rapidité et facilité à se glisser dans un immmeuble ou
autre ; ils ont bénéficiés d’une seconde, et même d’une troisième adaptation.
En fait, l’engin emporte un deuxième guerrier qui est tourné vers l’arrière, et
commande une tourelle de canon laser. Pour cela, la moto fut équipé d’un
support métallique en arrière du siège du pilote, support contenant la tourelle
tournante et un siège baquet pour le servant. De chaque côté de la moto est un
spacieux marchepied pouvant porter chacun deux soldats.
Dernier détail, ces motos sont équipées sous la tourelle supérieure, d’une
grappe de cinq caméras à vision horizontale panoramiques et le son en
quadriphonie, merveille de reconstitution de leurs chasses, pour les leurs restés
103
au bercail des stations. La vision d’un tel engin porte à sourire tant son
esthétique est discutable, pour ne pas dire grotesque, mais ses redoutables
performances compensent très largement ce défaut pour leurs utilisations
actuelles et spécifiques, ce qui satisfait grandement leurs utilisateurs présents.
C’est encore une de ces motos qui entra fureter dans l’immeuble de l’ex-Poste,
et y découvrit ces esclaves voués à la manutention, services de voiries et santé ;
plus une section d’une trentaine de gardes qui logeaient aussi dans ce vaste local.
Ils y sont 240 personnes de plus à sauver...
Le pilote de cette moto, Gilles, le prof de sports de combat de Bertrand, un
ancien patrouilleur dont sa compagne fut tuée par des gardes, à qui il voue une
haine tenace, ressort de cet immeuble et va chercher du renfort dans les rues
voisines. Il revient rapidement aidés de deux autres motos. Rapidement les
soldats installent des casques anti-ODC sur les crânes de ces gens ; malheureux
qui se redressent d’un bond, n’en croyant pas leurs yeux. Vite mis au courant de
la situation, ils guident ces guerriers tombés du ciel dans les méandres de
l’immeuble, découvrant ainsi la section des gardes écroulés sur le carrelage.
Ils leurs enlèvent leurs ceinturons avec leurs armes et les esclaves libérés se les
bouclent à leurs tailles, donnant de furieux coups de pieds dans ces corps
immobiles, en tuant rapidement deux ou trois avec des coups de pieds dans la
tête...Bien trop rapidement du reste, à leur grande frustation ; mais leurs sauveurs
vont leur apprendre un autre jeu. Suivons-les donc.
On déshabille entièrement ces infâmes salopards ; on déroule des cordes, on y
attache une dizaine de ces pourritures et on les traîne dehors avec les motos.
Déjà le sang coule, leur viande raclant sur le bitume et les trottoirs. On les libère
au croisement d’avec la rue des Belges...qui vont en voir de drôle ; puis, un soldat
installe un casque anti-ODC sur la tête d’un premier de ces monstres. Ce dernier
se lève alors d’un bond et se met en position de défense...
Alors, ces guerriers tombés du ciel instruisent amicalement les nouveaux
libérés, leur disent de prendre chacun un poignard des gardes, se mettrent en
rond autour du condamné, et au signal de foncer sur lui et lui crever sa peau de
raclure...Spectacle rare que ce cercle de damnés rendus fous furieux de cette
haine qui brusquement explose en eux et les étouffe...Ils foncent alors vers leurs
proie qui les satisfait encore plus de cette peur panique qui brille dans ses yeux
qu’ils vont éteindre dans une rage folle de coups démentiels...
Ah, joie inespérée, de revivre et se venger dans ce même élan fabuleux.
La première fournée de cette première dizaine de gardes y passa de la sorte.
Nous avions oublié de spécifier que, ceux attendant leur tour de cette mort
justicière, avaient été collés assis contre les mur des immeubles alentours de ce
carrefour, pour qu’ils puissent apprécier à juste titre ce qui les attendait. La vision
de sa propre mort faisant partie intégrande de la vengeance, la sublimant en
quelque sorte. A chaque garde, les tueurs se relayaient charitablement mais avec
le regret de devoir donner son couteau libérateur à un collègue ; chacun tenant
mordicus à tuer son garde ; c’est Humain, que voulez-vous !
La deuxième fournée ; ces dix condamnés suivants voyant les corps de leurs
collègues lardés d’innombrables coups de lames dans tout le corps...Il faut dire
104
aussi que, pris par cette fulgurante passion de l’acte suprème, un bon nombre de
ces nouveaux tueurs d’occasion ne se retenant plus, et comment le leur en
vouloir, continuaient, même mort, de larder ces corps tant honnis de furieux
coups de cette lame irréelle miraculeusement entre leurs mains. Chaque coup
étant une délivrance douloureuse mais salvatrice ; beaucoup pleuraient de cette
révélation folle en donnant mécaniquement ces coups de couteaux...comme
voulant tuer jusqu’à l’âme de ces monstres.
Ceux de cette deuxième fournée donc, furent l’objet de plus d’attention, ces
premiers instants de meurtre ayant un tantinet apaisé cette irrésistible envie, on
pouvait maintenant mieux déguster, comme ce dessert tant convoité que le
gourmand garde pour après le repas...Ils trouvèrent dans les locaux des douches
de ces gardes, des caillebotis en bois qu’ils amenèrent dehors et ils parvinrent à y
fixer une vingtaines de couteaux à la verticale, manches insérés dans les
trous...Ensuite, ils prenaient un garde, l’installait le ventre contre terre sur le
trottoir ou le macadam, lui appliquaient sur le dos le manche d’un outil : rateau,
pelle, balais...puis ils l’amarraient par des cordages...
Une fois ainsi arnaché, son casque anti ODC alors installé sur le crâne, pour
qu’il savoure pleinement sa destinée arrivant à sa fin...Et bien entendu, faut-il le
rappeler, les autres étant appuyés contre les murs des immeuble pour ne rien
perdre de leur sort identique, sous peu...Une moto soulevait alors le garde
gesticulant, hurlant et parfois suppliant...le nirvana alors ; sa face contre terre, et
ils le larguaient de la hauteur des immeubles, le corps venant s’empaler sur les
lames verticales dans un bruit sourd. Les nouveaux guerriers de cet apocalypse
rédempteur finissant de le larder de nombreux autres coups de lames...A chaque
corps tombant dans un cri de terreur, ce qui n’était que meilleur encore, des cris
de pure joie et applaudissements frénétiques s’élevaient de cette foule surexcitée.
Ha ! quelle fête, mes aïeux !
Le troisième et dernier lot de pourris, et oui, vient toujours le moment
malheureusement où même les meilleures fêtes ont une fin, c’est la Vie. Ce
dernier lot donc...il fallait s’appliquer à ne pas gâcher ces plaisirs nouveaux et
intenses...Fallait bien refléchir du comment savourer au mieux leur massacre...et
forcément, c’est un de leurs nouveaux amis qui eut l’idée géniale, car eux, anciens
torturés, étaient bien trop pressés, ils s’en rendaient parfaitement compte et ils
comprenaient aussi que l’on ne peut passer de la soumission au meurtre d’un
seul jet et prétendre y être expert ; c’est comme le jardinage ou l’électricité, il faut
un temps d’apprentissage puis de formation sur le tas...
Alors donc, ces troisièmes du dernier lot à crever, le furent d’une façon assez
hilarante, oui, tous furent satisfaits en somme, ce fut une parfaite réussite. Leurs
nouveaux amis étaient aussi fous de joie, tout était donc pour le mieux dans ce
nouveau Monde qui s’ouvrait brusquement devant eux tous dans ces flots de
sang merveilleusement vermeil, abondant et pulsant à souhait à chaque systole
tirant un peu plus la vie de ces charognes maudites. Et, toujours pareil...ceux
attendant leurs tours...certains se faisaient pipi dessus même, eux les anciennes
terreurs pourtant, c’était d’un comique...tout à fait hilarant et inattendu.

105
Le garde à traiter était donc libéré au milieu du croisement, avec un casque anti
ODC solidement amarré sur son crâne de pourriture à pattes. Les trois motos
embarquaient chacune un tueur nouveau sur chaque cale-pied latéral, chacun
portant le mousqueton de sécurité et, armé d’un couteau, les trois motos
fonçaient dans une sarabande endiablée sur le condamné qui essayait d’esquiver
les coups de lames...Fabuleuse corrida qui dura à chaque fois une bonne
quinzaines de minutes...Ces cavaliers d’un nouveau genre se relayant toutes les
cinq minutes. Ce fut exceptionnel, les spectateurs hurlant de joie à chaque passe,
encourageant leurs tueurs...Puis, la mise à mort proprement dite, quand la bête
est au sol, vaincue ; acte de donner la mort qui devint vite relativement banal et
bien moins attrayant, frustrant même, alors que ces moments de traque de la
proie, de ces regards déments qui cherchent toujours la faille pour s’en
tirer...Stupide espérance, la place étant cerclée de ses bourreaux frémissants de
tuerie et avides de son dernier soupir.
Concernant le fameux Hôtel de Ville et de ses esclaves supplétifs, ils furent
pareillement libérés par des motos patrouillants le secteur, ainsi que Marius, le
successeur de Marcellin, leur majordome actuel ; tous ayant rejoint les balcons
des hôtels le long de la Croisette ; la joie de ces gens encore, fut un plaisir intense
pour leurs sauveurs.
Mais, y pensant bien, tant que nous y sommes, profitons-en pour relater
quelques autres faits héroïques de cette chasse à ces fauves immondes rencontrés
dans cette ville depuis longtemps sans vergogne aucune, infâme putain
mondaine, vieille hétaïre aux atours vermoulus...bien digne de la présence en ses
murs de ces monstres semi-humains : maîtres et assujétis.

Ainsi, à l’extrémité Est de cette avenue Croisette, à l’opposé donc, se trouve un


établissement faisant casino, le Palm Beach. Une section encore, commandée par
une autre de nos connaissances, Angèle, la chef cuistot préférée de Marion et de
Hugues, et qui est secondée par son pendant de la station Girelles, Fernand, le
chef provençal préféré d’Alexandra et Claude.
Les deux cuistots, suite à une rencontre fortuite d’un jour, organisée sous
l’égide de leurs amis communs et clients, s’étaient découverts une passion
mutuelle agrémentée de secrets de cuisine et recettes personnelles ; si bien que
depuis ce jour ils n’en perdaient pas une pour rester ensemble, et cette occasion
étant bien la plus magistrale et irrésistible, ils investirent donc ce casino avec
leurs guerriers et guerrières, section comme à l’accoutumé accompagnée de trois
motos AG.
Ils entrent donc en forçant les portes, et comme de partout, ils sont de suite en
présence de corps allongés sous l’effet soporifique des ondes ODC, un
bombardier étant en action au-dessus de l’immeuble...Ils installent les casques
anti-ODC sur les personnels qui...vous connaissez maintenant la suite, la même
que de partout : joie, découverte de la liberté et chasse aux infâmes : les gardes et
leurs maîtres damnés, car malgré l’heure matinale, une douzaine de clients
seulement occupaient les lieux ; des Khuigs jouant à ces jeux stupides de tenter le
sort pour s’enrichir, alors qu’ils avaient volé les richesses de l’autre monde...Ils
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fouillèrent et trouvèrent encore une trentaine de gardes qui furent dévalisés de
leurs ceinturons et armes ; procédé dès lors classique et qui vous est dès lors
familier.
Le bal pouvait commencer.
Angèle, une accorte, gaie et plantureuse brunette dans la quarantaine, et son
cher Fernand, d’environ du même âge et même teinte et même enbonpoint, mais
la tête, lui, ronde comme un melon de Cavaillon et avec une couronne de
cheveux grisonnants, déjà, rencontrèrent leur collègue local, le chef de ce
restaurant. C’est un rude gaillard dans la quarantaine lui aussi, mais gros comme
une barrique, lui, et qui ne savait pas son nom, et ne savait même pas s’il en avait
jamais eu un seul...tout son monde l’appelant de Chef. Alors, ces deux nouveaux
amis et collègues lui en donnèrent un de fameux, et en honneur d’un Maître de
leur art sacré, l’appelèrent donc de celui, auguste, d’Auguste Escoffier. Le
nouveau galonné trouvant ce nom bien étrange, mais l’adoptant in petto pour ne
pas décevoir ses nouveaux amis qui semblaient ravis de leur trouvaille...
Cet Auguste Escoffier là, donc, se révéla de suite, et ce malgré son apparence
bonnasse, cas assez fréquent chez les gras du bide, et on ne s’en méfie jamais
assez, dévoré par une furieuse haine à l’encontre de ses anciens tortionnaires, qui
pourtant, pour leur propre sécurité ménageaient leur corporation de la bouche.
Un empoisonnement est si vite arrivé, n’est-ce pas ? Mais malgré ça, il leur en
voulait à mort du mal fait aux autres malheureux ; et il avait bien compris qu’il ne
devait d’être épargné de leur sort que grâce à sa fonction professionnelle. Pas
bête l’Auguste.
Le dilemme fut le même que dans tous les cas précédents et semblables, à
savoir : comment massacrer au plus profitable, ces pourritures ?! Car déjà, les
larbins galonnés voulaient carrément leur éclater la tête à coup de queues de
billards, boules de bowling, et autres objets contondants des plus variés...Que les
trois chefs et dès lors amis eurent un mal de chien à les retenir, le temps de
trouver l’idée adéquate...Et, comme disait le Fernand, avec son accent chantant
de son midi ensoleillé et sa tchache intarissable, ce qui d’ailleurs comblait de
bonheur sa douce Angèle sortie de ses montagnes, et la faisait roucouler de
contentement et rougir aussi, dès que ce coquin lui en racontait de
sévères...disait-il donc « Fatche de con, dis, même que ce fut un putain de pastis, vé ! »
Et, malgré que personne ne demanda point ce que pouvait bien être ce fameux
pastis, ils trouvèrent une idée semblant convenir à tous ces gens qui bouillaient
d’impatience, non qu’ils ne fumassent déjà, mais il n’en saurait point tarder.
Mais là, arrivé à ce point du récit, il faut aborder un des rêves secret de
l’Auguste Escoffier, car convenons honnêtement que chacun à ses lubies, c’est
ainsi, et celui de notre Auguste Escoffier en question, et à savoir si l’original
l’aurait désavoué ou non? Telle est la question. Toujours est-il que notre auguste
chef actuel, rêvait...et vous allez voir comme c’est bébête, et d’un commum...Je
vous le donne Emile : il avait toujours rêvé de faire rôtir en entier des cochons
de lait sur la plaque rougeoyante de son gigantesque fourneau !
Voyez comme c’est cul, hein ? Quand on pense qu’il y en a qui rêvent
stupidement de faire fortune, ou d’aller se faire becter les miches par des
107
moustiques paludéens dans des îles tropicales puant l’ambre solaire, tandis notre
cher chef, notre si bonnasse et auguste, Auguste Escoffier nouvelle génération,
de ne rêver, lui, que de faire un gigantesque barbecue avec du porc, une idée fixe,
tout simplement.
Alors, ces nouveaux amis et les sous-fifres de ce chef décidément pas comme
les autres, compatissants et l’âme généreuse, et pendant que l’Auguste en
question, tout joyeux, cavalait dare-dare à ses fourneaux pour les faire rougeoyer
un max, deshabillèrent les clients de baccara et autres imbécilités moyenâgeuses,
les Khuigs donc...les enchaînèrent solidement, avec une queues de billiard fixée
dans le dos...sauf un, dont un plaisantin en cassa le bout et la lui enfourna dans
l’oignon, dit-il en s’esclaffant, et la lui fit ressortir par la bouche, ce après avoir
touillé un bon moment pour trouver le passage adéquat dans la masse
gélatineuse et hurlante du Khuigs qui n’avait pas l’air d’apprécier la manoeuvre.
Puis il les affublèrent de ce casque, nouveau révélateur de leur cuisante
destinée...Puis enfin, le piano du maître queux maison étant rougi à point, ils les
transportèrent les uns après les autres, suspendus sous une moto, et les
déposèrent délicatement et lentement, dans un vacarme assourdisant de cris de
terreur et de souffrances, sur cette plaque surchauffée et suffisamment spacieuse
pour recevoir trois de ces gros porcs et truies immondes...Durant le temps de
cuisson de cette première fournée, ils amenèrent les autres en ce lieu de la haute
gastronomie, pour qu’ils puissent aussi profiter du spectacle de leur futur et sous
peu destin embaumé à l’odeur de graillon...la leur.
Durant ce temps aussi, où l’auguste chef, aidé de deux marmitons, tournaient
amoureusement ces étranges et énormes gigots sur ce gril, plus loin, sur un coin
de la même gigantesque plaque, un autre petit chef, celui-ci, fit cuire d’énormes
entrecôtes de boeuf cette fois, et pour changer un peu, pour tous leurs nouveaux
amis et sous-fifres réunis dans une même et nouvelle fraternité de la fourchette
et du joyeux couteau ; et ils se régalèrent de ce frugal repas, bien arrosé aussi,
cela va de soi, sous les auspices de la bonne humeur et de la joie retrouvée...
Les suivants, après plus d’une bonne demi-heure de cuisson des précédents qui
étaient virés du fourneau et jetés à des mouettes et gabians sujets à de
douloureuses crises de foie, et qui tordaient le bec sur ces morceaux royaux
pourtant dorés à point, bénéficièrent d’un plus, et oui, c’est ainsi dans le travail
manuel et artisanal : on se perfectionne sur le tas ; et en l’occasion, avant de
passer à la plaque fumante, l’Auguste les lardaient donc copieusement à coups de
pics et fourchettes à rôtis : les longues et fines, les meilleures, foi du Chef en
chef Auguste...Car pour faire du jus, disait l’Auguste, cheffiant cet office délicat,
une viande ne doit pas sécher, voilà ! S’écrit-il joyeux, en fourrageant
consciencieusement avec une longue fourchette à deux brins, dans un ventre
encore sursautant de surprise et de douleurs sur son fourneau, puis piquant par
ci, piquant par là, véritable maestro de la pique culinaire, qui dans un cuisseau
charnu...qui dans un dos dodu...qui dans un oeil glauque, qui...
Voyez ! s’esclama ce maître queux exultant, il faut saisir la viande pour que le
jus n’en sorte point qu’à point ; comprenne qui pourra...C’est bien à de petits
détails comme ceux-ci que l’on voit le vrai professionnel consciencieux.
108
L’Auguste s’affaire, rit, pique, tourne...Le Maître est en délire ; pensez, lui qui
rêvait de vulgaires porcelets et se retrouve avec sur son fourneau des enfers,
quatre fournées de trois porcs et truies de 250 à 300 livres chacun.
Fier, il s’écrit que même aux enfers justement, leurs chefs diablotins en sont
ridiculisés avec leurs minables pièces maigrichonnes, certaine rancies et
badigeonnées d’eaux bénites et se retrouvant vulgaires et pas même minérales.
Tandis que moi, s’écrit-il fièrement, et il le peut dignement le bougre ; voyez ces
pièces de roi, et de plus fortement coopératives, vue la puissance de leurs
beuglements, hurlements, couinements, grincements de dents, barrissements,
cris, grognements bien sûr aussi et cela va de soi, chiasseusement, pissements,
suhintements, pètements, dégueulassement...et lui, ce magistral Chef en chef
auguste, l’Auguste, avec son quintal bien sonné, affirme qu’il connait
parfaitement ce qui se cache sous la peau de ces bêtes...
Paroles d’expert, dit-il...et, généreux, il se donne tant à cet ouvrage sacré, celui
de sa vie en fait, qu’il en a des vapeurs, et croit bien, dit-il en se poilant, la trogne
rouge et ruisselante, qu’il va bien y perdre quarante à cinquante livres. Alors, ses
amis le soutiennent de généreuses gorgées de Montrachet, Juliénas, Dom
Perignon, Saint-Emillion, etc., en fait, ce qu’eux-mêmes boivent au moment
pour accompagner les entecôtes qui se suivent sur l’autre coin du fourneau, car
rien n’est trop bon pour le cher Maître...
Puis, la trogne rubiconde, en un de ces rares moments de génie qui peuvent
assaillir un Homme, tel l’artiste brusquement inspiré et qui d’un coup de pinceau
génial transforme une simple toile en une oeuvre sublime, notre Auguste
Escoffier dernière génération, sublimé à son tour et n’y tenant plus, dans cette
illumination qui rend un mets célébrissimo et le porte à la postérité : il prend un
Cognac de cinquante ans d’âge et flambe généreusement cette dernière fournée,
pièces qui dès lors en deviennent exceptionnelles, le subtil fumet qui s’en dégage
en faisant foi.
Ce que voyant, et débordant d’amour pour ce prince de la fourchette et du
couteau vengeur, l’Angèle et le Fernand adoptèrent leur nouvel ami, digne, lui
dirent-il alors joyeux et émus, surtout avec les cadavres de bouteilles gisant à
leurs pieds, de faire parti dorénavant et à part entière de leur confrérie de la
Joyeuse Confrérie des Joyeux Rôtisseurs Associés du Nouveau Monde Libre et
Fier ; soit, pour faire plus simple, la J.C.J.R.A.N.M.L.F. Hic !
Pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué ?
...Pardon ? Ah oui ! Les gardes...et bien, ils furent amoureusement trucidés par
leurs anciennes victimes et personnels stylés et attentionnés, et qui de ce fait
même ne purent résister, de toute façon personne n’aurait pu les retenir, à cette
furieuse envie de les massacrer à coups de couteaux, hachoirs, coupe-ongles,
ciseaux à découper le lapin, et tous autres objets suceptibles de les aider dans leur
oeuvre justicière...Quand ils les laissèrent, baignant dans une immense mare de
sang et quartiers de barbaque collés jusque sur les murs et plafond...certaines de
leurs victimes furent alors difficilement identifiable comme ayant un jour
appartenu à l’espèce humaine ; si tant est qu’ils l’aient réellement été un seul jour
de leurs existences immondes.
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Ce qui par contre faisait plaisir à voir, était l’intense satisfaction du devoir
accompli par leurs massacreurs, dont l’honneur était ainsi sauf. Et...c’est bien la
première fois, dans cette hardie bataille de la reconquête, que l’on vit sortir d’un
local, joyeux, les libérateurs et esclaves, tranformés dans leurs nouveaux atours
civils. À ce propos, il fut impossible de trouver des vêtements pour l’imposante
taille d’Auguste, car étant nettement hors norme, ils durent donc se résigner
d’aller dans la salle à manger de ce Palm Beach, et virer, fracasser la magnifique
vaisselle d’une longue table pour en récupérer la splendide nappe de lin brodé,
dont ils taillèrent au couteau une toge à la romaine pour leur héros du fourneau...
Ce faisant, l’intéressé s’étant mis forcément un instant à poil pour revétir cette
digne parure, la belle Angèle, entreapercevant cette noble et puissante anatomie,
en fut charmée et estransinée et, pensa-t-elle émerveillée : que voilà de belles
choses, se dit-elle instinctivement attirée, quand elle entraperçue un bref instant
les superbes et augustes roustons de monsieur l’Auguste, persillés de poils drus
et noirs (les roustons, pas l’Auguste) mais...pas folle la guèpe, elle fit vite
volteface et sa mijorée quand elle vit le regard charbonneux et soupçonneux de
son cher Fernand qui, pas si con le mironton, avait senti le boulet chauffé à
blanc de la jalousie lui passer comme un taon rageur entre sa paire de cornes
naissantes...Mais fallait reconnaître que leur Auguste ainsi attifé avait toute la
prestance d’un César, il ne s’en fallait que de l’altière couronne de laurier.
Mais, qu’à cela ne tienne, ils étaient ainsi tous fiers de leur Empereur du
fourneau, et ils allaient par l’avenue, tous joyeux et empestant le porc rôti et la
vinasse ; avançant bras dessus, bras dessous et ne se lâchant le quignon que pour
jouer un solo de litron. Chantant à tue-tête une étrange chanson relatant les
douteux exploits sportifs d’un certain père Dupanloup : encore un coup de ce
sacré Fernand assurément. Et fallait alors voir comme son Angèle, à la face
rubiconde, comme de tous d’ailleurs, qui poussait gaillardement sa goualante
d’une voix de stantor, entre deux coups de clairon à son litron...
La hilare troupe avançait gaiement en louvoyant, bouteilles à la main et goulots
aux lèvres, dans une sorte de danse indienne titubante et refrains fleuris aux
lèvres...ce entre deux gorgées, fallait-il encore le préciser. Les motos ouvrant ce
joyeux cortège sous l’égide de Dionýsos, avançant en louvoyant itou et
dégommant joyeusement par-ci par-là, au canon laser, des palmier et réverbères
qui pourtant ne devaient absolument rien à personne...
Mais, laissons là ces guerriers méritants et joyeux lurons...qui courageusement
innovèrent dans l’art culinaire.

Autre cas typique de chasse de ces patrouilles fouillant la ville...Ils furètent


partout, les moindres coins et recoins, véritables renards affamés de carnages
outranciers ; vifs comme l’éclair et prompts à saigner tout ennemi rencontré.
Ainsi, accompagnons quelques moments une autre section, une vingtaine de
ces joyeux guerriers, Hommes et Femmes joints pour moitié en cette chasse
excitante et qu’ils espèrent tous fructueuse, car s’il y en a qui ont pour mission
précise d’investir tel ou tel autre local : l’hôtel X ou Y, par exemple, beaucoup
d’autres, comme cette section ont pour mission de fouiller la ville au hasard...ce
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qu’ils font, vous l’imaginez, avec une ardeur sans limite et une attention
décuplée. Rien ne leur échappe, le moindre indice est exploité ; chaque local
fouillé : placards ouverts, armoires, balcons, caves, greniers, soupentes, réduits,
frigos, machines diverses, parquets défoncés, lambris idem, toitures, égouts...rien
ne les arrête, ne les rébute, ne les dégoûte, ne les fatigue, ne les ennui, ne les...
Ainsi, cette équipe sous le commandement de Christian, que nous avions
rencontré rapidement lors de cette arrivée en masse de plus d’une vingtaine
d’esclaves d’une exploitation agricole, souvenez-vous, sauvés par Vladi et Pédro.
Christian donc, accompagné de sa compagne de chasse, Manuéla, une
plantureuse chasseresse brune et à l’oeil noir, et d’une furieuse détermination à
l’extermination sauvage de cette sale race de Khuigs...Ils fouillaient ainsi les rues
de ce secteur derrière le bord de mer. Ils descendent la rue d’Antibes, puis vers la
mer à gauche, par la rue Fontaine ; ensuite ils obliquèrent encore vers la gauche
dans la rue Molière...Ils arrivent au Rond-Point du Bois d’Angers, cette place
circulaire donnant directement sur l’avenue Croisette par la rue F. Amoretti, qui
y débouche, ayant sur la droite faisant angle, l’hôtel Noga-Hilton, construit avant
l’an 2000, et en face, sur la gauche de la rue, cet hôtel d’ultime génération,
d’avant 2015, le Caligula Hôtel Palace, déjà tout un programme...
Ils contournent le rond-point et vont descendre vers l’arène, à droite...Quand
ils voient en face d’eux, un ancien petit hôtel sur ce Rond-Point du Bois
d’Angers, sis au coin de cette discrète petite rue, J.B Dumas : l’Hôtel Fouquet’s.
Son nom est encore visible sur sa plaque pendante...Une fenêtre est grande
ouverte à l’étage, donc il est habité.
Une moto s’envole aussitôt vers celle-ci, plafonne pile devant la croisée et, avec
un sourire éclatant, le pilote, Martine, se penche vers eux et leur fait signe du
pouce levé qu’ils ont levé le gibier, elle redescend aussitôt et les avise que le local
a tout l’air d’être une clinique, doublée d’une maternité ; les truie Khuigs qu’ils
aperçurent étant visiblement prêtes à mettre bas. Rires de la troupe, qui
s’enfourne joyeusement dans cet antre de la bête...Des esclaves aux codes-barres
rouges sont affalés en bas ; ils les coifent des casques anti-ODC...foncent à
l’étage où ils y trouvent une dizaines de portes. Trois pièces seulement sont
occupées ; dont deux porcasses Khuigs à termes, et une qui a déjà mise bas son
rejeton-futur-monstre...pour un futur qui n’existe déjà plus.
Une esclave est justement à terre avec le petit monstre dans les bras...On lui
colle un casque sur la caillou et...incroyable, à peine lui a-t-on expliqué ce qu’est
leur nouvelle condition de libérés, que cette pauvre folle serre le bébé contre elle
pour le protéger de ces inconnus visiblement agressifs...Manuéla entra alors dans
une rage démente et, sortant alors son long poignard, les cloua tous les deux
contre la cloison : esclave et bébé-monstre, lui crachant de mépris sur son visage
d’esclave née, la mère Khuigs qui les regardait avec la terreur sur le visage...
Ils collent à celle-ci un casque révélateur, pour qu’elle participe au mieux à sa
misérable fin. Manuéla, rendue folle de rage et de dégoût, ordonne à deux
compagnons de déshabiller la truie, chose faite en trois secondes, sa chemise de
nuit étant déchirée en un éclair...Puis, deux gars lui ouvrent les jambes en grand,
et sur un geste de Manuéla, soulevent la truie pour amener son bassin au pied du
111
lit, le dépassant. Ainsi, comme truie à l’étal, Manuéla demanda amicalement à la
Khuigs, si elle avait expulsé le plancéta...
-Il faut vérifier ça, ma chérie, lui dit-elle avec son sourire de carnassier, on ne
doit pas rester avec la tripe sale, c’est pas bien, tu comprends, truie infâme ?
raclure d’humanité ! Nous allons donc vérifier si ton cloaque est propre, ok ?
Elle se recule...dégaine son sabre de cavalerie à la lame scintillante et encore
vierge de sang et amoureusement affutée comme un rasoir et avide de sang et
impatiente de...Manuéla respire à fond, lève le sabre au-dessus de sa tête, regarde
la femelle qui la regarde aussi, paralysée par la vision de cette lame et les yeux
cruels de cette femme démente et...les deux Hommes l’écartelent à fond...et dans
un han vigoureux la lame s’abat en un éclair et ouvre cette vulve honnie en deux
jusqu’au milieu du ventre...les deux guerriers écartent encore plus les
jambes...Manuéla se penche, observe un instant ce cloaque infect d’urine, de
tripailles, de merde, de sang qui coule à flot sur la moquette blanche, et dit d’un
ton rassuré.
-Parfait, madame a le cul propre, vous pouvez la refermer mes agneaux, et
merci bien pour le coup de main.
Sauf que madame ne l’entendait plus, occupée qu’elle était de trépasser, se vidant
de son sang dégueulasse et pourri...Nouveau ruisseau vermeil allant grossir ce
fleuve promis depuis une éternité, et qui maintenant coulait joyeusement à flot.
Les deux autres truies sur le point de véler, et après conciliabule et d’un
commun accord, furent réservées pour plus tard...On appela une platefome vide
pour y charger ces deux lits, d’où ces deux truies purent suivre les événements
avec leurs casques révélateurs sur la tête, mais les pieds et mains solidement
amarrés aux montants de leurs futurs lits de souffrance, qui allait être mille fois
pire que leur mise à bas...Foi de ces guerriers un tantinet brutaux et qui leur
expliquaient avec quelques torgnoles et en riant de bon coeur, leurs devenirs
présents, et sous peu...La plate-forme les passa par la fenêtre, et les deux femelles
Khuigs attendirent devant l’entrée de cet ex-hôtel, et en plein soleil, la suite des
événements.
Ce qui ne les rassura point du tout quand elles virent le corps massacré de leur
ex-collègue et ex-parturiente, ouverte jusqu’au nombril comme une pastèque,
atterrir au pied de leurs lits, puis le corps de son bébé poignardé puis éventré
suivre le même chemin, ainsi que le corps et la tête décapitée de cette esclave
dans l’âme. Leurs clameurs irréfléchies vite calmées par des gifles qui firent
sauter quelques dents et oreilles arrachée. C’est ainsi souvent que l’on découvre
la venue d’un nouveau maître irascible, en en prenant plein la gueule, et dont il
faut au plus vite s’accommoder et capter leurs façons nouvelles et les plus
radicales le plus souvent.
Le chef de cette section émérite, Christian, avisa de suite Central-Stratège Nº1
du gibier qu’ils détenaient, et suggéra de leurs utilisation lors du grand spectacle
final, et leur expliqua l’idée de son groupe. Proposition acceptée avec joie et leur
reconnaissance assurée pour cette brillante idée...
Nous retrouverons donc ces joyeux guerriers plus tard, avec leurs deux proies.

112
Encore un dernier fait guerrier particulier de cet avant-spectacle général tant
attendu...Une sorte de hors-d’oeuvre de l’horreur en quelque sorte...Mais, fichtre,
pardon, ne parlons plus de cuisine, l’odeur de celle du Palm Beach en étant
encore un brin trop forte dans nos narines délicates. Transportons-nous plutôt
dans un de ces palaces du bord de mer, là où tout est frais et parfumé de
senteurs délicates et enluminé de décors choisis et merveilleux ; en deux mots :
laissons le vulgaire et entrons dans le luxe ostentatoire et, choix de roi justement,
entrons à la suite de cette troupe d’élite, dans cet hôtel princier, ce fameux
Carlton, où gîte justement ce roi...ce roi...le roi des...bref !
Vous y êtes cordialement invité, et veuillez je vous prie avoir l’extrème
obligeance de suivre le guide. Cette section est donc commandée par nos chers
amis déjà, Alexandra et Claude...Il faut bien comprendre que si nous avons
choisi de raconter leur trajet, c’est tout simplement que l’on apprécie mieux
l’histoire de gens qui nous sont proches, ce qui est maintenant leur cas, mais et
surtout, que leurs aventures dans ce temple du luxe effréné, n’est somme toute
que démonstratif de ce qui ce passa dans la plupart de ces palaces.
Ainsi, les suivants en leurs découvertes de ce monde qui leur était jusqu’alors
inconnu, nous aurons une idée plus précise de la vie qu’y menaient ces monstres
et de celles épouvantables de leurs esclaves, et plus particulièrement en ce cas, de
ces malheureux esclaves sexuels, ces enfants marqués de rose en leurs chairs
juvéniles et pourtant innoncentes mais condamnées à l’épouvante journalière et
systématique...Candeurs virginales outrancièrement martyrisées.
L’épouvantable les y attendait possiblement à chaque détour de couloir et
derrière chaque porte...
Donc, entrons courageusement à leur suite...puisque ce livre étant ouvert il
vous faut le boire jusqu’au bout de l’enfer. Il va sans dire que cette invitation ne
s’adresse qu’aux seuls lecteurs et lectrices ayant de la tripe, exclusivement. Oui,
car il va sans dire aussi que les lâches, les veules et les faux-culs ne nous
intéressent absolument pas ; qu’ils restent donc comme à leur coutume à vomir
convulsivement leur bile dans leur bassine ou sur leur oreiller et laissent les
guerriers de la Vie poursuivrent allègrement leur grande oeuvre de salubrité pour
cette jeune et pétillante Humanité en train d’éclore sous l’action bénie de leurs
lames vengeresses. Ce qui par définition, et vous le comprenez alors
parfaitement, vous les ayant de la tripe et de l’allant à revendre, est totalement
incompatible d’avec les larves et rejets de vomissures glauques et nauséabondes
précités.
Ces guerriers investissent rapidement ce local...Ce hall aussi gigantesque que
des salles de leurs grottes : les stalactites et leurs pendants inférieurs, les
stalagmites, se transforment ici en de magnifiques colonnes de marbre brillant et
lisse comme une peau de bébé...Décors somptueux aux ors et miroirs éclatants.
Ici, une salle visiblement utilisée pour les repas, avec des tables mises dans un
décor fastueux aux couverts d’une incroyable splendeur, d’or, porcelaines et
verres de cristal éblouissants, avec encore de ces colonnes de marbre et
comptoirs et étagères de bouteilles aux élixirs les plus mystérieux.

113
Ètages supérieurs. Le groupe se scinde en escouades perforantes et avides...La
moto devant celle accompagnant la chef, Alexandra et son Claude, déboule ainsi
dans le dernier étage sur le toit en terrasse de cet hôtel judicieusement réformé
avant le génocide. Premier recoin de couloir : face à face impromptu avec un
garde qui sera rapidement tué d’une balle en plein coeur, le but de la visite de
nettoyage sont les monstres eux-mêmes, cette piétaille n’est d’aucune valeur
jouissive...Ils avancent en silence en tuant ainsi quelques gardes, ouvrent les
portes des deux côtés successifs...une...deux...cinq...huit, les fouilles en vain, la
plupart des Khuigs étant descendus sur l’avenue pour admirer cet étrange
présent fait à leur roi : ce fantastique taureau sorti de on ne savait où...
Puis, la bonne porte enfin ; ils entrent, les six de leur groupe plus une moto.
C’est ce qu’ils appellent une de ces suites réformées avant le génocide.
C’est grand, immense, riche, beau, éclatant...Le décor seulement, car de suite, et
sans préambule, l’épouvante leur saute littéralement à la gueule ! Là...pendue par
le cou à une ceinture en peau de crocodile à la poigné d’une fenêtre donnant sur
un patio extérieur, sur un immense balcon délicieusement fleuri et arboré, où un
esquis petit bassin avec une ravissante cascade qui murmure une douce musique,
balance le corps d’une fillette d’une dizaine d’années environ, corps qui oscille
doucement dans le courant d’air...Elle est tiède déjà, libérée...son corps nu porte
les ecchymoses violacées de tortures diverses sur tout son fragile petit corps
atrocement supplicié...son vagin est ensanglanté, les lèvres éclatées ; couverte de
sang gluant, une bouteille de champagne couverte de sang git sur le sol à ses
pieds...des trainées de sang figé sur ses jambes, faisant une flaque vermeille sur la
moquette blanche et épaisse à ses pieds...son visage est figé, tragique, terrifiant,
dans un rictus d’effroi et souffrances indicible...
Puis, là encore, dans ce coin...recroquevillé derrière ce magnifique bac à fleur,
gît le corps cassé en deux d’un autre enfant ; c’est un garçonnet ; combien...huit
ans ? plus ? Difficile à dire tant son petit corps porte de blessures profondes
puis, sa délivrance enfin, due à cette magnifique statuette en bronze qui gît à ses
pieds, celle d’un hermaphrodite grec qui lui a défoncé le crâne ; les murs
alentours constellés de morceaux de cervelle et giclées de sang qui a coulé puis
s’est figé en d’hideuses traînées ; odeurs de sang, de selles, d’urines séchées, de
glaire et autres atroces exhalaisons indéterminées.
Livides, ils avancent en silence...vibrants de haine, rendus fous de cette envie de
tuer...l’envie de vomir au bord des lèvres ; ils vont vers cette porte, là, l’ouvrent
et découvrent plusieurs de ces immondes persécuteurs de ces deux innocentes
victimes de leur insoutenable barbarie. Ô joie ineffables ! Ô splendide vengeance
qui s’offre enfin à ces guerriers ulcérés et avides de donner cette mort dont ils
rêvent depuis si longtemps. Ils déboulent enfin dans cet antre sinistre de cet
ennemi exécré, honni, haï, jusqu’à la vomissure libératrice...
Le local est une immense salle d’eau aux carrelages éblouissant de clarté vive et
gaie et de fraîcheur appaisante...Jardinières de fleurs délicates aux senteurs
subtiles...Une grande bassine, la nomment-ils, en fait c’est un grand jacuzzi dans
lequel barbottent deux couples de ces porcs et truies infâmes et immondes, mais
immobilisés par ces fabuleuses, géniales et providentielles ODC.
114
Ils leurs collent à chacun un casque et...faut alors voir les têtes d’ahuris qu’ils
font quand ils découvrent brusquement cette troupe armée faisant irruption dans
leur sanctuaire et, c’est Claude, qui n’y tenant pas plus, plonge d’un coup sa
matraque électrique dans ce bain parfumé et leur envoie sauvagement toute la
sauce...Du coup, les jets du jacuzzi sont superflus car les baigneurs sont
brusquement pris d’une sautillante frénésie des plus spectaculaire et rigolote
même, devant ces visions de visages révulsés par d’étranges douleurs qui les
tordent comme serpents en folie...
La matraque sort du bain, dans lequel les baigneurs reprennent lentement leur
souffle, haletants...puis de nouveau la samba endiablée recommence, sous les
rires de ces gens qui ont l’air de vraiment aimer ce spectacle que leurs offrent
bien involontairement ces pauvres Khuigs...Et ainsi, aidés, faut dire aussi, de
monumentales gifles, coup de doigts dans les yeux, coups de couteaux
superficiels pour économiser l’energie vitale de la bête, testicules arrachées, seins
lardés tordus et découpés en deux, anus éclatés par les matraques...Ces
charognes finissent enfin par crever lentement et douloureusement les unes
après les autres, clapotant dans leur miasmes et sucs vénéneux.
La troupe sort ses gourdes, se désaltère rapidement puis, ouvre cette porte du
fond, toute en bois brut et...que cache-t-elle ? Ô divine surprise encore, car qu’y
voit-on ? Tous nus et grassouillets à souhait, dans cette ambiance de sona, car
s’en est effectivement un, et en fonction...s’ébattent là l’autre partie de la meute
de ces charognards puants : une femme et un homme, enfin...faute d’autre sujet
de comparaison il faut bien les dénommer ainsi.
Et encore, dès que coiffés d’un casque révélateur de leur maintenant brève
destinée ; la joie à la vue de leurs regards affolés, car ils avaient entendu les cris
de souffrances de leurs compagnons dans leur jacuzzi, et ils se tenaient coi,
ODC oblige, espérant que ces tueurs inconnus les oublient...Déception horrible
que leur entrée fracassante en ce lieu intime...et ces regards féroces et durs
comme l’acier qu’ils arborent et qui les tuent déjà à distance...Cette découverte
de ces porcs en toute nudité et dans ce local surchauffé, exigu et étrange, stoppa
ces agresseurs un instant...Encore une installation et technique inconnue dont il
fallait d’un coup d’oeil appréhender la ou les fonctions.
Quelques secondes d’hésitation, c’est chose faite ; on peut donc passer aux
festivités. Et comme toujours ou presque, ces guerriers avançaient, découvraient
leurs proies et sans aucune parole la plupart du temps, ils les massacraient
joyeusement sans rien dire...sauf de rire aux éclats devant leurs souffrances. Ce
mutisme représentait en fait un plus à l’horreur du supplicié, de ce détachement
qu’affichait alors le bourreau envers sa victime, comme si celle-ci n’avait jamais
existée en fait, en une sorte de mort d’avant la lettre, une non-existence justifiant
ce silence glacé...
Ils tuaient ainsi sauvagement des morts vivants qui s’ignoraient !
Ils envoient bouler le porc au fond du local, avec beignes et coups de pied...Ils
attrapent la truie, un guerrier à chaque membre, l’allonge de force à grands coup
de gifles sur ce banc en bois ; dont une gifle de magistrale qui lui fait gicler l’oeil
droit de son orbite, globe sanguignolant qui se balance sur sa ravissante joue de
115
baudruche. Un soldat prend ces pincettes sises à côté de cet étrange appareil
brûlant, car sans feu apparent, sur lequel sont de gros galets surchauffés...Il en
prend un avec cet outil fort pratique...les deux tenant les jambes de la truie, les
lui écartent un max, et le galet lui est enfourné sauvagement dans sa vulve béante
et abjecte...Ils lui referment les jambes et les nouent avec une serviette, pendant
que la bête pousse des hurlements à en décrocher le plafond...Un autre lui relève
les jambes encore et lui enfourne d’un coup sa matraque électrique dans l’anus
qui éclate, lui envoie une décharge qui la fait tressauter comme un cabri...
De la fumée à l’odeur nauséabonde sort en volutes de son vagin...puis enfin,
rideau sur ce premier acte : la truie s’évanouie...Ils la traînent au dehors de ce
local et la jètent sous une douche pour la réveiller avec un jet glacé sur tout le
corps...Ranimée, ils ouvrent ses cuisses, la mettent debout et, chancelante, lui
écartant les jambes, font tomber le galet encore fumant et...madame ayant encore
des forces, ils lui réenfournent un second bien brûlant et referment de nouveau
ses cuisses avec la serviette...
Re-mattraque dans l’anus, la bête est coriace, tant mieux pour eux, car rien de
plus frustrant quand il ou elle crève trop vite. Là, c’est un morceau de roi, du
solide...et ainsi de suite. Elle eut droit à trois galets, trois douches glacées, et ils
n’ont pas compté les gifles et petits coups de couteaux dans les seins et autres
parties sensibles car ce ne sont que des amuse-gueules en somme...et trois
mattraques dans le fion, trois satisfactions pour eux tous ; corps zébré de coups
de lames, seins ouverts en deux...la charogne crève enfin, mais ayant grandement
satisfait ses bourreaux ; cette truie méritait vraiment tous leurs remerciements.
C’est au tour du monsieur maintenant. En général et contrairement à leurs
grandes gueule, les jules sont moins résistants à la douleur, ceci est un constat
reconnu par tous...Julot, qui en la circonstance s’est recroquevillé dans le coin le
plus extrème, tremblant de tous ses membres et se pissant dessus ; on sent
nettement que s’il pouvait se transmuter à travers la cloison, il leur aurait
volontier faussé compagnie...Mais voilà, tout dieu Khuigs fut-il, il reste
stupidement dépendant des choses vulgaires de ce bas monde subitement
devenu injuste et vilain tout plein...
Ils l’alpaguent par ses quatres extrémités gigotantes et récalcitrantes, ce malgré
de grandes baffes sonores pour l’inciter à la coopération...Les quatres balèzes
choisis pour l’opération le soulèvent en force malgré ses bons 130 kilos et, dans
le même jet, l’écartèlent et l’asseoient confortablement sur cet étrange engin à
chauffer des cailloux...quelle idée ! La bête n’a pas l’air d’apprécier la manoeuvre
et dans des hurlements démentiels rue des quatres fers...Ils sont alors obligés
pour ne pas qu’il tombe de son fauteuil douillet, de lui clouer les bras en croix
avec leur poignards contre la cloison en bois. Mais pas bêtes, ils lui plantent leurs
couteaux à ras du poignet, entre les deux os de l’avant-bras, le radius et le
cubitus ; ainsi, il peut toujours tirer, macache pour s’en sortir, car le premier
imbécile venu sait bien que la main est fragile et s’ouvrirait trop facilement en
deux, c’ te bonne blague !
Quand, l’un de ces guerriers, regardant la scène de ce crucifié, dubitatif, bras
croisés et pouce et index enserrant son menton, dit, subitement inspiré, que ce
116
style d’immobilisation lui rappelle vaguement un tableau qu’il a vu un jour sur un
vieux journal, au chiotte en se torchant le fondement. Mais personne ne sait à
quoi il fait référence, et de toute façon tout le monde s’en contrefout comme de
l’an 2015, lui disent-ils en riant comme des gamins farfelus, qu’ils sont tous au
fond du coeur encore.
Le Khuigs est au summum de sa jouissance et l’exprime en gueulant comme un
putois...et quand son solo de baryton a tendance à baisser un chouia, ils le
ranime pour un nouveau tour en lui chatouillant avec la matraque électrique ses
parties intimes, qui sont déjà passablement fumantes et menacent même de se
détacher...Ce que voyant, Alexandra lui coupe ses bijoux de famille et les lui
enfourne dans le clapoir en l’ouvrant avec sa lame ; ce que voyant aussi, l’un de
ces guerriers à l’âme charitable lui demande même : Monsieur désire-t-il du sel ?
ce qui a pour résultat immédiat de les faire éclater de rire et de calmer un tantinet
l’ambiance de la goualante de monsieur le Khuigs...et oui, car essayez de chanter
avec des roubignoles dans la bouche et vous verrez le résultat, à moins d’un
entraînement rigoureux ou une propension naturelle à cette étrange pratique,
mais c’est un autre sujet.
Ainsi, de baryton, pour le coup, il devient soprano mais ne sort ainsi point la
moindre foutue petite note. Ils l’encourageaient à coup de vigoureuses torgnoles,
petits coups de couteau dans sa barbaque pourrie puis, l’un de ces farceurs, de la
pointe de son couteau ; il faut dire ici, si vous ne l’aviez point remarqué, que le
couteau bien affuté est leur outil de prédilection en cette joyeuse
reconquête...Ainsi, disais-je, ce joyeux justicier lui fit sauter l’oeil gauche avec son
couteau, choisissant pertinemment ce côté car, dit-il d’un ton expert : « Comme
madame sa truie a perdu l’oeil droit, si ces deux ordures se rencontrent un jour en enfer et
décident de tailler une bavette, ils pourront ainsi se regarder dans l’oeil sans devoir loucher ! »
Ce qui, pour qui connait bien ces gens, que l’on pourrait au premier abord
considérer comme un peu brutaux, est typique de leur délicatesse et attention
pourtant bien connue.
Puis, le fondement de Monsieur le Khuigs étant jugé à point, ils lui libèrent les
bras des couteaux et, le tenant en l’air, toujours en force, ils le basculent et lui
collent sa sale gueule sur la plaque brulante et...catastrophe, patratas ! Le pourri
leur claque lamentablement dans les doigts, la pompe a lâché...on y peut plus
rien ! Merdum ! Fatalitas !
Les gars de cette section, un peu déçus, faut reconnaître, de la sortie subite et
anticipée de leur client, en quête de nouvelles aventures, quittèrent donc ces lieux
paradisiaques mais qui maintenant empestait fortement le cochon grillé.
Fichtre, ça devenait une constance ; si bien qu’en passant devant la truie à
l’entrejambe encore fumante, dont sortait de sa panse ballonnée en de cycliques
jets, des volutes de vapeur puantes ; l’une de ces joyeuses et charmantes
guerrières, Georgina, une superbe blonde platinée, s’écria en riant comme bossu,
encore, « Oh ! les aminches ! si quelqu’un veut casser un’ p’tit’ dalle, un peu de sel et de
poivre, et bon appétit, car madame la Khuigs semble cuite à point...à l’étouffé. » De les voir
rire si gaiement à cette si fine et si hilarante sortie, nul, ne les connaissant pas

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n’aurait pu pensé que ces gaillards-là venaient pourtant bien d’abattre un labeur
de première, et ce sans sourcillier.

Ainsi, tels furent ces légers aperçus de cette dure réalité de cette reconquête,
sise dans ces palaces mirobolants et autres antres de la bête. De ces aventures
vécues par ces équipes de guerriers héroïques qui se donnèrent à fond à leur
tâche, sans faiblir ni gérémiades ; purs et durs, tels ils et elles furent tous et toutes
à l’ouvrage ; précédant, inaugurant le style du grand spectacle devant avoir lieu
sous peu maintenant dans cette arène bondée de toutes parts, aussi bien de
spectateurs que d’acteurs qui promettaient alors, pour en avoir éprouvé quelques
échantillons, de les régaler dans un festival digne des plus grands dramaturges
d’antan. Car, et ils en bavaient de convoitise, leur grand Georges leur ayant
promis, faisant des mystères, des cachotteries quoi, c’était bien de lui ça, qu’ils lui
en auraient même foutu des claques d’impatience...que devant le carnage à venir,
leur disait-il visiblement fier de lui, ils allaient ridiculiser jusqu’aux barbares
antiques et Romains, les mêmes en fait, disaient-il hilare, qui pourtant avaient fait
fort dans le pervers, l’ignoble, la violence et...et tutti quanti et patin-couffin !

Durant cette gigantesque et dramatique bataille aérienne, dont en fait ils


n’eurent pas conscience de son déroulement, tant ils s’étaient enfoncés dans cet
immeuble étrange et plein de coins et recoins bizarres ; c’est la première fois
qu’ils entraient dans un tel type d’immeuble qui ne correspondait en rien au
standard habituel étudié par eux tous. Déjà, sa laideur repoussante extérieure
n’engageait en rien pour y entrer...Puis, leurs esprits pris entièrement par la
chasse, ils ne se rappelèrent pas en définitive s’ils tentèrent de communiquer :
aussi bien cette section avec Central-Stratège Nº1, que l’inverse, tant chacun fut
dépassé par les moments dramatiques qu’ils vécurent, et virent leurs attentions
focalisées sur ces derniers.
Cas types d’évènements impromptus et brutaux qui bouleversent radicalement
les meilleures stratégies et volontés. Outrepassant tous les poncifs et pouvoirs
psychiques d’analyses et mémorisations chronologiques d’événements survenant
avec brutalité. Phénomène commum, comme un fusible de sauvegarde, le choc
psychique déconnecte la perception, sinon c’est la rupture qui peut gravement
endommager l’ordinateur.
Ils avançaient donc dans ce sinistre MK-ULTRA, suivant les motos qui
ouvraient la voie en triangle ; longeant les cloisons, évoluant par sauts successifs
en se couvrant mutuellement. Ce rez-de-chaussée présente une vaste salle de
structure complexe et remplie de sortes de petits box ou des comptoirs et, dans
cet ensemble disparate, ils trouvèrent, parqués là et attachés aux cloisons par des
chaînes et des menottes, environ une centaine d’enfants et d’adolescents en
haillons, manifestement dans un état de sous-alimentation et déshydratation
avancée...Hâves, ils gémissaient de soif et de faim, croupissants dans leurs
déjections...horreur pestilentielle ; les suppliant, quand ces pauvres enfants les
virent entrer dans ce local.
118
Sur ce moment de surprise, la section fut immédiatement sur ses gardes, prêt à
tirer dans le tas, craignant d’avoir à faire à des roses, mais ils se rendirent vite
compte de leur méprise puisqu’ils qu’ils n’avaient pas de tatouage au cou.
Françoise s’agenouilla auprès d’un adolescent de seize ans environ et le
questionna sur leur identité et le pourquoi ils étaient ainsi abandonnés...Il
ressortit rapidement qu’ils étaient arrivés depuis quelques jours avec les Maîtres,
dans un avion qui avait volé longtemps, puis à par quelques aliments et boissons
obtenues au début, ils n’avaient plus rien bu ni mangé depuis des jours...
Ils se rendirent tous compte que ces malheureux gosses étaient voués au
traitement des esclaves roses et que pour motif de fête d’anniversaire ils avaient
échappé à cet horrible sort de martyr des esclaves sexuels ; ils pourront donc être
récupérés, sauf deux petits cadavres recroquevillés dans un coin : une fillette et
un garçonnet de cinq ans environ chacun. Cinq de leurs Femmes furent chargées
de les requinquer, tous donnant leurs rations alimentaires et réserves d’eau, en
attendant de sortir de ce trou d’enfer, commençant de couper leurs entraves avec
un couteau moléculaire équipant ces motos. Le reste de la section continuant de
s’enfoncer dans ce sinistre labyrinthe de l’horreur.
Les motos avancent silencieusement...Ils découvrent d’immenses salles avec des
fauteuils en gradins au devant d’un podium. Couverte par les deux autres, une
moto s’élance alors vers le milieu de cette salle, en vol stationnaire tournant sur
place, l’équipage inspecte les lieux, doigt sur la détente, et ainsi de suite, puis, ils
arrivèrent à un endroit plus isolé avec des portes rapprochées...Des
gémissements sourds les bloquent sur place...La première porte devant eux fut
défoncée par la bélier qui équipe ces motos...Ils entrent à sa suite.
S’offre à leur vue une très petite salle avec à vu de nez une vingtaine de sièges,
surplombant un petit espace, une sorte de podium, et là...c’est l’horreur.
L’innommable absolu qui les clouent sur place. Sur ce podium tenu sous le feu
d’un puissant projecteur, est un genre de lit d’hôpital, mais sans matelat, sur
lequel est couché une forme humaine, sur les lattes d’acier...Ils s’approchent
lentement, intuitivement effrayés par ce qu’ils vont découvrir.
La forme gémie de douleurs...C’est une jeune femme d’environ vingt et
quelques années, nue, un tatouage noir autour du cou...Elle est tenue écartelée
dans un carcan d’acier et de fortes sangles de cuir, sa tête idem...De ses deux
bras, de l’épaule jusqu’au bout des doigts, il ne reste plus que les os et les nerfs,
toute la chair a disparue ; des tubes partent d’une machine à ses côtés et lui
entrent par les narines, des électrodes sont implantées dans ses chairs sur
diverses parties de son corps d’une maigreur effrayante...son regard est celui de
la folie la plus hideuse...
Quand cette malheureuse les vit brusquement s’avancer, sa gorge qui n’est plus
que souffrance à force de crier, parvient encore à pousser un hurlement
démentiel à glacer les os. Ils sont atterrés d’une telle monstruosité, se rendant
compte que plusieurs de ces malades mentaux devaient régulièrement venir
assister comme au spectacle à la poursuite du supplice de cette malheureuse.
Plusieurs d’entre eux sortent en courant et ouvrent les autres portes à la volée.

119
D’autres suppliciés occupent ces locaux : des hommes et des femmes ainsi que
des enfants. Décrire les horreurs qu’ils y découvrirent est inracontable tant cela
dépassait tout ce qu’ils pouvaient imaginer...Là, c’était un crâne ouvert avec des
électrodes enfoncées dans le cerveau...Là, un ou les deux yeux extraits de leurs
orbites par des pièces métalliques...des ventres ouverts avec leurs viscères tenus
sur des sortes de tréteaux enjambant un corps squelétiques et frémissant de
souffrances abominables...
Les blocvisus enregistraient tout ce déballage de la pire folie et criminalité de
ces monstres Khuigs. Ils décidèrent à l’unanimité de l’impossibilité de sauver ces
victimes et les tuèrent rapidement d’une balle dans la tête : abréger leurs calvaires
était alors la seule chose d’humainement faisable, leur seul et unique
recours...Une lourde chape de haine palpable submergea alors ces guerriers. Ils
en auraient hurlé de leur envie brutale de pouvoir à l’instant massacrer ces
monstres responsables de telles ignominies...mais il leur faudra encore attendre.
Puis, ils se rendirent compte que de laisser de tels cadavres en l’état était une
offense à la Vie sacrée, à l’honneur de la race Humaine, et blanche de surcroît. Il
fut donc décidé de les détruire avec les canons laser des motos...La troupe se
replia laissant la place à ces armes radicales...En quelques minutes, ces gisants de
cette horreur absolue furent transformés en torches puis pulvérisés par un
torrent d’énergie de ces lasers réglés pour la circonstance sur Flamme-
large...Quand ils eurent ainsi fait disparaître ces restes outrageants de ces pauvres
victimes de la folie meurtrière la plus totale, ils détruisirent tout ce local, le
pulvérisant en un incendie qui dévora le tout...Les motos quittaient les lieux
pendant que les tourelles arrières crachaient leurs puissantes giclées d’énergie
dévastatrices.
Toute trace de ce crime imprescriptible fut ainsi effacé, les âmes de ces
malheureux pouvaient dès lors rejoindre en toute dignité leurs consoeurs
naviguant en noosphère, illuminées de nouvelles espérances légitimes. Ils se
replièrent rapidement devant le risque d’un incendie général, rejoignirent les
leurs restés avec les enfants au rez-de-chaussée, lesquels revivaient après ces
premiers soins et affections reçus par ces gens débordant d’amour.
Il était grand temps de quitter cet immeuble maudit...Chaque soldat prit un
enfant des plus faibles dans ses bras, les plus costauds en mirent un autre sur
leurs épaules...Chacune des trois motos, en se serrant, parvinrent à en prendre
chacune onze de plus, le mitrailleur arrière en ayant deux dans les bras ; et toute
cette troupe disparate se dirigea enfin lentement vers la sortie, vers cette liberté
insensée promise par ces étrangers bizarrement habillés et fortement armés.
Ils allaient vers ce monde d’amour, dont ces enfants ignoraient même le sens
véritable : élevés par des parents comme les animaux élèvent les leurs, puis jetés
brutalement dans ces parcs sensés les éduquer à coup de gifles et de bâton...
Et puis brusquement, la douceur de ces gens et leur bonté qui leur semblait
innée, et leurs descriptifs de ce nouveau Monde qui les attendait maintenant.
Tout cela avait destabilisé tous ces gosses qui tentaient vainement d’imaginer ce
fameux Monde du dehors qu’ils allaient découvrir et qui allait être le leur à part

120
entière ; ils attendaient, avides, la découverte de ce paradis. Mais, pouvait-il
vraiment exister de telles merveilles ?
Les plus petits, ces petits anges les plus innocents encore, avançaient avec dans
les yeux cette lumière de ce rêve propre à l’innocence, de cette espérance folle
sans barrière et se jouant de tout, de celle qui illumine parfois aussi les âmes
pourtant les plus sombres, de cette lueur que l’on croyait pourtant morte en soi,
et qui au moindre soufffle d’espérance libère enfin cette fulgurante propension
que l’on ne soupçonnait pas, à aller se jeter spontanément et aveuglément vers le
moindre espoir de bonheur...vers la grande Vie sacrée et flamboyante de rêves et
d’attentes les plus fous...
Les grandes portes battantes les séparant de ce flamboyant éden n’étaient plus
maintenant qu’à quelques pas...

La fulgurante bataille aérienne enfin finie...les rapports des dégats à gérer, la


recherche d’éventuels survivants dans les épaves tombée au sol, les autres ayant
sombrées corps et biens. Ils sauvèrent ainsi trois enfants pris dans les décombres
des appareils, ces quelques enfants de sauvés allégeait un peu leur douleur de la
perte des autres ; mais c’est la guerre et ses imprévus qu’il faut aussi accepter.
Tout cela mit bout à bout fit qu’il se passa un bon moment avant la reprise des
opérations, et il fut décidé de réactiver les quilles, ces abominables Khuigs.
Les bombardiers cessèrent de nouveau d’émettre leurs ODC...
Le tapis de viande pourrie de l’avenue se réanima de nouveau, retrouvant peu à
peu leurs mouvements. L’action de leur appliquer de suite un violent choc
psychologique fut mise en route. Trois minutes après leur nouveau retour à
l’indépendance de mouvements et reprise de conscience, les Khuigs virent
descendre vers eux, soutenus sous cinq appareils de ces étrangers, cinq épaves
noircies de leurs chasseurs dont ils espéraient tant le secours...Ils descendaient
lentement sur cette foule aux abois puis, brusquement, sans préavis, les amarres
furent larguées et les cinq épaves tombèrent d’un coup sur la foule, tuant cinq
carrés de ces chiens puants dans les cris et pleurs de ce troupeau infâme.
Les plates-formes avec des guerriers dessus apparurent de nouveaux, ces
derniers amarrèrent sur ces épaves des crocs lancés par leurs transports, qui les
enlevèrent. Puis apparurent de nouveau des plates-formes vides, et ces monstres
furent obligés d’y déposer, fort incités par quelques décharges électriques, les
corps de leurs morts et blessés qui furent ensuite vidés en vrac et de plusieurs
mètres de haut sur les grandes plates-formes planantes toujours sur la plage. Les
blessés finissant d’y agoniser lentement...aidés de quelques décharges électriques
follement gaies et aux sursauts insoupçonnés de ces moribonds retardataires.
Leurs râles de souffrances étant douce mélodie, complainte suave et
enchanteresse, et leurs regards suppliants, doux baume sur les souffrances
passées de ces survivants, à cause de cette charogne, là-devant ses yeux, et qui
n’en finit pas de crever à petit feu...

121
Ô toi, Gaïa ! Gaïa, véritable splendeur cosmique ! Merci de ces instants
présents inestimables, qui seuls peuvent faire renaître ces valeureux guerriers et
guerrières couvés jalousement dans tes entrailles bénies.

D’un commun accord, dans Central-Stratège Nº1, il fut décidé de la destruction


immédiate de ce maudit bâtiment MK-ULTRA, pour qu’enfin il n’y ait plus rien
à craindre, et que ces maudits Khuigs assistent à sa destruction spectaculaire.
Mais en réalité, la vraie et secrète raison est que tous mouraient d’envie de voir
expérimenté leur autre fameuse arme secrète de destruction ; celle dont ils en
devaient l’initiative à leur chère disparue, Céline, arme pour détruire ces villes et
toutes ces horreurs qui polluaient le visuel de leur planète...Cette arme tant
attendue aussi, existait maintenant, et il était irrésistible de la voir en action.
Toutes les autres opérations étant donc figées, Georges demanda le micro à son
radio...
-De Manitou, avis au Démolisseur en place sur le point M-6.
-Bien reçu, ici D-23, pilote Rosalie, qu’elle est la cible ?
-Rosalie, ma belle, inaugure ton engin du diable et bousillez-moi ce putain
d’immeuble sans plus tarder, le plus grand et infâme, ce MK-ULTRA de merde,
et tiens-toi le dos à l’arène pour ne pas arroser les nôtres.
-Ok ! Avec plaisir, et grand merci Manitou pour m’offrir cette première.
Là-bas, au-dessus du MK-ULTRA, apparut tout à coup un transport qui tient
sous sa coque une sorte d’énorme cône ; d’un diamètre de 8,50 mètres à la base
et 3,40 mètres sur sa partie haute. Ce bloc conique est constitué de 11 anneaux
empilés, l’ensemble totalisant une hauteur 5,20 mètres ; le tout de couleur noire,
le dessous présente une surface striée et de nature indéterminée.
Ce D-23 a plongé d’un coup comme un bolide vers sa première proie enfin
déclarée...L’énorme appareil se stabilisa devant l’entrée principale, à quelques
trente-cinq mètres de hauteur et dos à l’arène sise à quelques dizaines de mètres.
Rosalie est une de ces mômes tout juste sortie de l’enfance, ravissante brunette
aux yeux marrons clairs, seize années de Vie pétillante circule dans ses veines.
Un tantinet grassouillette mais d’un dynamisme des plus surprenants logé dans
1,56 mètre de hauteur et des cheveux tombant sur ses épaules, ce qui la distingue
de la coutume locale. Gaie et sans complexe, Rosalie affronte la Vie avec ardeur
et une totale maîtrise de ses qualités de pilote hors pair...
Entreprise qui est le prolongement d’elle-même, dit-elle couramment. Piloter,
elle a ça dans la peau, quoi. Le D-23 est maintenant en position, l’entrée de
l’immeuble est pile devant et sous elle, la voyant parfaitement au travers de son
large pare-brise pyramidal. Sa lourde antenne orientée vers la cible, Rosalie
dévérouille le système d’alimentation électrique sur son tableau de bord ; une
collection impressionnante de modules de Centrales FMS sont logés dans la
carlingue pour alimenter son arme gourmande en énergie : son unique défaut.
Elle pose son doigt sur la détente...respire à fond, car elle sait, elle connait
l’effrayante énergie qui va fuser de dessous son appareil, se souvenant de son
premier essai, où elle avait été appeurée pour plusieurs jours, n’ayant jamais
imaginé qu’elle put ainsi un jour disposer d’une telle puissance aussi destructrice
122
et démesurée. Son index est maintenant à seulement quelque un ou deux
dixièmes de millimètre d’établir le contact fatidique quand...ô infernale stupeur !
Les portes de l’immeuble s’ouvrent à la volée et elle voit sortir en trombe de ce
lieu maudit, trois motos suivies d’une foule hétéroclite. Abasourdie, il lui faut un
temps de réaction pour réaliser que ses gens sont les leurs, leurs guerriers portant
une floppée d’enfants en guenilles...Les trois motos en sont couvertes
également...Son doigt quitte la détente de tir, parfait automatisme...sous elle, les
siens ont de suite vu ce Démolisseur en position d’attaque, une frayeur intense
transforme brusquement leurs visages.
Une guerrière à posé à terre l’enfant qu’elle tenait dans ses bras et lui fait de
grands gestes négatifs en agitant ses bras levés. Elle connait cette Françoise, et
les autres aussi maintenant. Elle lui répond en hochant la tête négativement et lui
montre ses deux mains libres, lui signifiant qu’elle a compris qui ils sont et qu’ils
ne risquent plus rien. Puis elle ouvre enfin son intercom extérieur. Pourquoi ne
l’ai-je pas fait de suite, se dit-elle surprise de son hésitation anormale, alors
qu’aux entraînements tout fonctionne comme sur des roulettes, se dit-elle,
fachée contre elle-même, puis blême de cette peur rétroactive qui l’envahie
maintenant rapidement comme une noirceur abominable, monstre qui lui ravage
son esprit en un instant liquéfié...
-Qu’est-ce que vous foutez la-dedans, bordel de merde ! leur crie-t-elle enfin,
furieuse d’avoir eu si peur.
-J’avais prévenu Central-Stratège Nº1, lui répond l’autre, encore plus furieuse
pour le coup, vous êtes malades ou quoi ? que gueule à juste titre cette Françoise,
maintenant prise d’une colère monumentale.
Ses cris parviennemt déformés par l’intercom. Rosalie lui répond.
-Vous ne risquez plus rien, sortez tranquillement le temps que j’avise Central-
Stratège Nº1...que je les engueule un bon coup ; vous pouvez compter sur moi.
Rosalie coupe l’intercom. Elle suit du regard ces gens tirés par miracle d’une
mort horrible et bascule son contact radio avec ces foutus vieux schnocks de
Central-Stratège Nº1. Elle a retrouvé toute son énergie et elle est folle de rage
maintenant ; elle respire à fond pour se calmer, puis elle attaque.
-De D-23 - Urgent ! demande contact collectif en clair, dans dix secondes.
Elle compte lentement puis explose, hurle dans son micro : Ècoutez-moi bien
tous...à cause de votre foutue connerie et à un dixième de seconde près
j’ai failli tuer une équipe de patrouilleurs et une centaine d’enfants qu’ils
ont sauvé de ce maudit, comme vous tous, MK-ULTRA de merde !
Dans Central-Stratège Nº1, l’ahurissement fut encore pire que lors de l’attaque
des chasseurs Khuigs...Tous tombaient assis sur les sièges, comme quilles
fauchées par une réalité aveuglante, de leurs irresponsabilités aux conséquences
qui faillirent être incalculables. Aucun adjectif n’aurait pu décrire leur niveau de
consternation la plus virulente et totale. Ils réalisèrent en un éclair fulgurant, que
dès le premier jour des explications de Marcellin, il y avait de ça de nombreux
mois maintenant, ils s’étaient focalisés sur l’idée que selon ses dires, puisqu’il ne
connaissait pas ce lieu...qu’il n’y avait rien de conséquent dans cet immeuble, mis
à part les supplices de ces enfants roses et, criminelle démence, ils n’en avaient
123
donc pas tenu compte, oubliant tout simplement ce local en tant que possible
point stratégique ennemi et...suite logique du peu d’intérêt qu’il représentait ainsi,
le pire de tout...dans le feu de cette bataille aérienne sortie de cet enfer de ce
MK-ULTRA justement, ils avaient tout simplement et criminellement oublié
cette section qui allait l’investir...
Georges, seul, eut le réflexe du patrouilleur qui doit coûte que coûte continuer
la mission, il prit le micro des mains d’une d’Agnès tétanisée, livide et
tremblante...
-Rosalie...bien reçu, merci de les avoir sauvé...malgré notre monumentale et
impardonnable erreur...nous règlerons tout cela plus tard, soit sans crainte
Rosalie, tu as ma parole d’honneur...où sont-ils maintenant ?
-Georges...pardon pour mes paroles...mais j’ai eu si peur, Georges, si tu
savais...j’ai failli les tuer tous. Elle était à deux doigt de se laisser aller à cette
facilité insidieuse de pleurer, mais qui annihile toute énergie combative ; elle
connaissait ce danger mortel qui amène insidieusement à l’abandon si tentant de
la lutte ; posture des faibles et déjà condamnés à la naissance. Honteuse de cet
instant de faiblesse, elle se reprit en reniflant un bon coup.
-Rosalie, mon petit, c’est fini maintenant, détends-toi...dis-moi où ils sont, vite.
-Ils...ils sont tous sortis maintenant, mais ils vont lentement vers cette place
couverte de platanes, vers l’Ouest...Les enfants ont du mal à marcher tant ils
sont maigres et faibles ; faudrait leur envoyer un transport pour les sortir de la,
que je puisse continuer ma mission.
-Merci, Rosalie, je m’en occupe, et attends de nouveaux ordres pour ta mission
qui pour le moment est annulée. Terminé.
Georges respira un instant puis reprit le micro.
-Attention, à transport sur point L-6, les Allées de la Liberté...
-Ici T-14217, pilote Bernard, j’écoute.
-Pose-toi sur la Pantiéro, l’avenue, et récupère une centaine de gosses qui sont
avec une de nos sections, et amène les dare-dare à la base de repli la plus proche,
pour qu’ils les soignent et les alimentent...et...transmets toutes nos excuses à
notre équipe...et dis-leur que nous règlerons les détails après la bataille, ils
comprendront, éxécution !
Le T-4217 sortit apparemment de nulle part, se posa devant ces enfants qui
n’en croyaient pas leurs yeux, éberlués de voir subitement cet énorme engin
devant leurs pas...Leurs sauveurs les y firent monter, leur disant que cet appareil
ami allait les amener retrouver d’autres de leurs amis, et qu’une fois là-bas ils
pourront boire et manger autant qu’ils voudront, et puis dormir dans des lits
bien confortables et au chaud...et qu’ils se reverront tous à nouveau
demain...Derniers baisers au tous petits, puis la porte se referma et les emporta
vers un autre horizon de quiétude et sérénité.
Le groupe n’ayant de fait plus rien à boire ni à manger, sur l’intiative de leur
chef, ils groupèrent leurs gourdes, puis Françoise envoya une moto à Central-
Stratège Nº1 pour les remplir, avec mission de ramener de nouvelles rations
alimentaires, car, dit-elle au pilote, bien connu pour son éternelle bonne humeur,
ainsi que son servant, qui n’était pas en reste ; pour ça ils s’étaient bien trouvés,
124
et pour preuve, le nom dont ils avaient affublé leur moto, coutume assez
répandue ; la leur affichait de chaque côté : Fais-moi rire !
Avant son départ ils récupérèrent les disck-mémoires des caméras pour
transmettre ces vues horribles à ces foutus stratèges.
-Juste, dit Françoise au pilote, dis-leur bien qu’ils visionnent ces cassettes en
urgence, puis qu’ils avisent tous les nôtres de leurs contenus, qu’ils fassent de
même avec les autres cibles Franki, et envoient le tout à Ruppert puis aux
Espingos, qu’ils soient tous prévenus de ces horreurs commises par ces
monstres, ça leur donnera de l’ardeur au carnage...Dit-leur aussi que
nos...émotions, nous ont creusé et qu’ils nous donnent doubles rations et...que je
ne les appelle pas personnellement pour le moment, qu’il vaut mieux pour tout
le monde...car nous sommes tous encore trop furax contre eux tous, dans leur
putain de Central de merde ! Dis-leur exactement ça...Vous nous retrouvez ici,
on va se faire une pose bien méritée sous ces arbres, vers ce bâtiment, là,
montrant l’ancienne résidence de Marcellin, en bout de cette place. Go !
Les deux gars partirent en riant de bon coeur, à la tête qu’allaient faire les vieux
schnocks, dirent-ils...La moto décolla dans une large boucle ascensionnelle vers
Central-Stratège Nº1, les gourdes claquant au vent derrière l’engin, le servant
arrière leur faisant un grand signe d’un au revoir de la main. La moto était en vol
quand Rosalie reçut son ordre de boucler sa mission, aucun des leurs n’étant
dans ce foutu immeuble : elle pouvait donc y aller de bon coeur cette fois.
Elle réactiva son système d’arme, l’index s’avança lentement...puis elle écrasa
sauvagement la détente...Sa poitrine haletait maintenant, elle attendait ces
étranges quatre secondes nécessaire à elle ne savait quoi, avant que son arme
n’entre en action...ça y était. On entendit alors comme une sourde, très basse
pulsation allant s’accélérant et augmenter en intensité...l’air vibrait sourdement,
puis soudain il y eut comme le déchaînement d’une gigantesque onde de choc
émise par ces ondes infrasoniques, et l’immeuble éclata en petits morceaux et
s’affondra sur lui-même, comme si un gigantesque aspirateur caché dans ses
entrailles l’aspirait vers un néant démentiel...Quelques minutes et il n’en restait
qu’un tas de gravas guère plus haut que la cloture de l’arène, la plupart ayant
sombré dans les garages souterrains aux structures elles-mêmes démolies.
Les mystérieuses ondes accoustiques de cette arme continuant encore, le D-23
se déplaçait maintenant sur cette ruine puis latéralement vers le port. Au fur et à
mesure de son avancée, le sol s’écroulait alors dans le gouffre des sous-sols
fumants de poussière qui submergeait l’ensemble des décombres. Sur le port, le
quai fut ainsi pulvérisé, puis la pression de l’eau poussant ces parois
destructurées, elle envahie brutalement ce trou rempli de ces déblais, éliminant
ainsi peu à peu la poussière qui en sortait en épaisses volutes tourbillonnantes,
emportées vers le nord de la ville par une légère brise de mer salvatrice.
Ces ondes étranges n’avaient d’effet que sur la matière minérale principalement,
c’est-à-dire que la structure métallique de l’immeuble resta debout, tordue et
bancale, hideux et fantomatique témoin d’un monde d’ignominies ; quelques
rares petits morceaux de béton restant encore pris sur ces ferrailles. Forêt
dantesque et sinistre, inaugurant le futur de cette ville maudite, ce déjà bien avant
125
le triomphe génocidaire des Khuigs, du temps de sa précédente fausse splendeur,
de celle de la ville orgueilleuse et attitrée des puissants d’alors, qui en ces temps
de pré-mort, et du haut de leur morgue, travaillaient sournoisement à la gloire de
ceux qui allaient les détruire aussi, en un juste châtiment réservé
traditionnellement aux vendus, traîtres et parjures.
Le travail fut baclé en moins de sept minutes, Rosalie ayant insisté plus que de
raison peut-être, comme pour bien tuer cet antre de la folie et de la souffrance
innommable des innocents, le démantelant hargneusement jusqu’à l’extrème,
jusqu’à ses racines plongeants en enfer. Elle releva son index de la détente et tout
stoppa. Elle coupa les contacts sur son tableau de bord et admira son oeuvre
durant un moment, penchée sur le pare-brise, un sourire d’une intense cruauté
mélée de joie pure s’installa sur son frais visage d’ange de la mort. Le calme
revint sur l’avenue, l’espace était dégagé, libéré de cette horreur visuelle autant
que réelle, seul en subsistait son squelette, qui sera bientôt découpé, fondu,
annihilé aussi avec les terribles rayons des canon laser.
Rosalie, fière et sereine maintenant, rebrancha sa radio...
-Satisfait, Manitou ?
-De première, Rosalie, beau travail, et merci pour tout ; reprends ta position
d’attente maintenant. Terminé.
Dans Central-Stratège Nº1, ces dramatiques événements avaient laissé un
trouble profond, qui fut long à se dissiper, tant leur calme légendaire en avait pris
un sacré coup. Le chronométrage initial même étant définitivement en retard et
irrattrapable, ils n’en tinrent donc plus compte et passèrent, libérés de cette
contrainte stupide, à la suite des opérations ; ce qui allait les amener à ce moment
tant attendu par tous et toutes de leurs communautés réunies, à ce fameux
carnage, enfin, des seigneurs des lieux : ces immondes Khuigs !
Georges sourit, satisfait, voyant enfin venir son heure, en tant que père spirituel
de ce carnage, et initiateur et concepteur de la mise en scène du spectacle, dont
très peu des siens en connaissaient la trame en entier ; seulement des brides,
pour la plupart d’entre ceux qui avaient contribué à la réalisation d’une partie de
son oeuvre. Il but un grand verre d’eau fraîche, puis demanda le micro à Agnès,
qui avait retrouvé son calme, la fraîcheur de son visage juvénile.
-Mes amis, dit-il, voici si je ne m’abuse, venu ce grand moment pour lequel
nous bataillons tous depuis des lustres, ainsi que le firent aussi nos aïeux depuis
bien plus longtemps encore. Passons donc gaillardement à la royale action
libératrice, car je vois là-bas ces Khuigs désoeuvrés depuis un long moment et ils
commencent à s’ennuyer ferme...Offrons leur ce spectacle, qui je l’espère fort,
vous satisfaira tous pleinement et nous fera oublier un peu ces frayeurs passées.
Il affirma le micro dans sa main ferme et s’écria joyeux.
-Que le spectacle commence !
Il donna à Agnès un papier tiré d’une poche et lui indiqua de le brancher sur les
transports indiqués par ordre chronologique. Agnès, fière de participer
directement à ces moments historiques, le brancha sur le premier de la liste.
-Nº 1 en ligne, Georges ! s’écria-t-elle ravie.

126
Celui-ci respira un bon coup, puis avisa d’une voix ferme ses correspondants de
passer enfin à l’action, déclenchant, il le savait, une furieuse onde de joie parmi
ces équipages qui devaient bouillir d’impatience depuis longtemps, attendant
leurs tours de participer à la fête.

Dans l’arène, les porcs et leurs truies mourant de faim et de soif maintenant,
sont affalés un peu partout, et sont même contraints de faire leurs besoins sur
place, comme de vulgaires animaux. Ils attendent de savoir ce que ces gens
inconnus pouvaient bien tramer à leur encontre. Les suggestions les plus folles
concernant leur devenir parcouraient ce tapis de viandasse dégoulinante de
graisse et sueur âcre, car rien n’est plus pernicieux que l’incertitude, c’est bien
connu. Cela avait toujours été une des armes de torture préférée des dictato-
démocraties des nations civilisées d’antan, car tous les pouvoirs tendent
naturellement, mécaniquement à l'abus de pouvoir, comme le disait avec
évidence et à juste titre un certain Montesquieu : laisser planer sur la populace
cet inconnu qui tue l’âme et toute possibilité de réaction, tant la victime est
obsédée par son futur immédiat...
Car même verrait-elle un peloton d’exécution prendre ses dispositions, ou une
guillotine faire les derniers essais de son hachoir, l’individu garde toujours un fil
d’espoir, même et surtout le plus insensé possible. Plus c’est foutu et plus il y
croit ; c’est dément mais c’est ainsi, et la surprenante preuve de l’ahurissante
disposition de l’être humain a se bourrer le mou tout seul ; ce que les salopards
de tous temps et de tous bords exploitèrent à qui mieux mieux pour le tromper
joyeusement sur toutes les coutures : l’homme ancien était ainsi fait, fait
inconséquence même !
D’un coup donc, dans cette lourdeur étouffante et puante de cette chape
d’incertitude absolue, retentit brusquement le fracas d’une musique
assoudissante venant des cieux. Tous de tenter de se relever le plus vite
possible...ils cherchent, nez en l’air, d’où peut venir ce bruit qui fait vibrer jusqu’à
leurs ventres mous. Trois vaisseaux les surplombent, desquels sortent cette
musique d’enfer par des assemblages de grappes d’énormes haut-parleurs pendus
sous leurs coques. Cette musique démente est la Chevauchée des Walkyries, de
Richard Wagner ; un montage génial en boucle, fait par leur cador des coms,
Maurice, de la station Bertrand.
Maurice, qui en véritable artiste libéré des conventions et autres us et coutumes
inhibiteurs et castateurs du monde ancien, y avait gaillardement rajouté des
morceaux d’autres partitions, en faisant un patchwork sonore des plus
impressionnant et percutant, et artistiquement enchaînés les uns aux autres, telles
que les parties les plus explosives, par exemple, de Carmina Burana, de Carl
Orff ; l’incontournable Toccata en fugue et ré mineur de Bach ; la 9ème
Symphonie de Beethoven ; les célébrissimos choeurs du Nabucco et Aïda de
Verdi ; le joyeux, sublime et pétillant Zarathoustra de Strauss ; la Symphonie du
nouveau monde de Dvorak, et bien d’autres géniales partitions
harmonieusement liées en une symphonie assourdissante et percutante à souhait.
127
Le délire et l’extravagance la plus totale d’orchestres symphoniques, cuivres et
choeurs et orgues grandioses, avait été le seul maître d’oeuvre de ce monument
artistique qui allait dès lors accompagner les présentations des actes et tableaux
successifs de ce Grand-Guignol de l’épouvante ; chef-d’oeuvre éternel à la
mesure de la démentielle folie et carnage de ces monstres d’un autre monde ;
montagnes de décibels s’abattant sur ces infâmes têtes Khuigs, tels de
gigantesques couvercles sonores ; pulvérisant leurs moindres tentatives de
réfléchir, spéculer, cogiter, penser...
Les Khuigs, abasourdis, écrasés par cette musique assourdissante, voient alors,
venant lentement du large, apparaître un de ces gros appareils, un des plus
grands. Il vole lentement à quelques cinquante mètres d’altitude...Dessous est
suspendue une immense barre horizontale haubannée de trente mètres de long,
sous laquelle flotte, tenue tendue par le bas par une barre identique et lestée, un
immense drapeau carré représentant sur fond bleu pastel, l’emblème peint sur la
coque du perceur de Marion soit, un énorme soleil de vingt-cinq mètres de
diamètre avec des rayons de flammes irradiantes, sur le fond duquel et en partant
du haut, est un immense aigle royal en vol, vu de trois-quart avant, pattes
tendues et tenant dans ses serres un coeur vermeil et brillant, pointe reposant
dans le creux de deux sabres en croix, lames vers le bas et ensanglantées ;
l’ensemble surmontant un énorme globe terrestre en couleur.
Des gouttes de sang coulant des lames sur ce dernier, et à l’endroit de leurs
chutes sur le globe, des papillons et colibris survolent des bouquets de fleurs et
bosquets d’arbustes jaillissants alors de cet apport sanglant bénéfique et d’un
puissant symbolisme plus qu’évident. Sous le globe, un bandeau bleu pastel aux
embouts en volutes suivant la courbe du Soleil, et sur lequel on peut y lire ces
quelques mots en énormes lettres d’or.
GAÏA - ses Filles et Fils pour l’Éternité.
L’appareil stoppe en face et au milieu de l’avenue Croisette, restant à hauteur
des embouts des longs pontons des hôtels, le bas du drapeau à une altitude de
vingt-cinq mètres environ. On ne voit que lui de toute l’avenue croisette.
Brusquement, de derrière celui-ci et venant du large encore, de très loin, et
toujours sous l’impact écrasant de cette musique affolante, les condamnés
aperçoivent au loin cinq appareils portant des objets sous leurs coques...Ils
approchent lentement...lentement...puis ils perçoivent très nettement maintenant
que chacun transporte des multitudes de petites cages métalliques...et, horreur !
ces cages contiennent chacune un énorme rat famélique et couinant de rage de
cette faim atroce qui leur tord les tripes et le prend d’envie de tuer...
Ces appareils maudits sont sur eux maintenant, répartis tout du long de
l’avenue...l’odeur fauve et puissante de ces petits monstres les submerge
alors...on entend leurs couinements hystériques...Ils sont répartis sur cette foule
houleuse et prise de panique allant grandissante, et pas moyen de s’échapper de
ces fauves qui vont être lâchés sur eux...
Les cages descendent lentement. Les rats sentant cette chair grasse et puante à
portée de leurs crocs, deviennent fous furieux ; ce ne sont que couinements et
raffut démentiel dans ces cages qui sont maintenant près de toucher le sol au
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milieu de cette foule qui s’en écarte mais est coincée par les leurs dans leurs dos,
qui tentent la même manoeuvre vaine et désespérée et, les quelques deux mille
cages touchant le sol maintenant, sur le dernier accord fracassant de la musique
de Carmina Burana, dans ce silence subit et alors étourdissant, les portes
claquent - les fauves fusent - les cages s’envolent...et ces meutes rendues folles
furieuses se jètent griffes et gueules béantes sur ces tas de viandes puants
délicieusement la peur, le rance et la graisse sous-jacente a profusion.
S’engage alors un duel démentiel entre ces bêtes démentes, les rats comme les
Khuigs, qui ces derniers tentent en hurlant de douleur de décrocher ces fauves à
la machoire planté dans leurs chairs et qui se font alors cruellement mordre les
doigts qui lâchent alors ce fauve qui aussitôt se rejète sur sa proie...Ils sont des
centaines, des milliers de rats qui sautent aux visages, ventres, jambes, dos, têtes,
mains, bras, parties sexuelles...Impossible de s’en protéger, ils sont partout,
tornades sombres et hallucinées aux machoires béantes et dents affutées comme
des rasoirs. Certains de ces Khuigs les plus vigoureux, tentent alors d’escalader la
cloture, mais ils sont douloureusement repoussés par une décharge électrique qui
les envoie bouler au milieu de cette furie dentée qu’ils voulaient fuir et qui les
submerge et les anéanti en un éclair hurlant, frétillant de dents acérées et
pointues...
D’autres, pareillement, escalandent cette fois cette statue et se réfugient sur le
dos de ce taureau de bronze qui tombe on ne peut mieux, quand, une fois chargé
d’un maximum de ces infâmes, une violente décharge électrique les éjectent tous
au sol, dans cette horreur de rats grouillants de partout et mordants dans tout ce
qui se trouve devant leurs gueules béantes...dans les hurlements de douleurs et
de rage de la khuigsterie semblant danser un étrange charleston, leur sang pisse
maintenant à profusion de ces milliers de petites blessures...
Les corps évanouis jonchent de plus en plus ce macadam qui depuis des siècles
a vu couler le sang des innocents, et maintenant celui vénéneux de leurs
bourreaux. La frénésie se calme un peu, car les rats, animaux très intelligents et
pragmatiques, s’attaquent au plus facile, et se faisant commencent à dévorer ceux
tombés au sol et qui se roulent encore un instant de douleurs de ces millers de
machoires les découpant en morceaux...puis, sans plus de force, ils se laissent
alors dévorer vivants...
Après une bonne demi-heure de ces combats atroces et vains, vint le moment
inévitable où les rats furent repus de ce festin inespéré, et cherchèrent alors à se
cacher pour digérer en paix ; mais impossible, car de la passerelle supérieure, les
guerriers ouvrirent un feu d’enfer avec leurs armes, et tuèrent ces petits mais
redoutables fauves à quatre pattes...Ce fut un roulement de détonnations
continu, car sans silencieux cette fois-ci, pour profiter aussi de cette fête sonore
de la mitraille fusant de leurs armes et de l’odeur de poudre empestant cette aire
prise sous une épaisse fumée bleutée de ces montagnes de poudre brûlée.
Quelques derniers coups de feu sporadiques encore...un instant d’attente pour
voir si un museau ne sort point encore d’un ventre béant ou d’une vulve
dévorée...Non, tous paraissent bien liquidés, envolés, les ventres pleins et
heureux vers le paradis ratier.
129
La foule se relève, respire, pleure, hurle de peur et de douleur, essaye de
stopper ce sang qui coule de ces innombrables petites blessures...Puis lentement
un grand calme s’installe sur l’avenue, et un silence assourdissant suit ces
hurlements de frayeur, de rage impuissante, de douleurs...
Dix minutes de répit...
Descendent maintenant et à nouveau, ces plates-formes télécommandées. Mais
ils savent maintenant ce qui leur reste à faire : ils les chargent alors de tout ce qui
est mort et blessé, les rats comme les leurs ; va et vient successifs pour aller vider
leurs chargement sur les plus grandes plates-formes survolant toujours la
plage...La foule réduite possiblement de mille à mille deux cent de ses éléments
qui gisent là-bas sur ces dépotoirs géants et volants. On les entend gémir
faiblement aux coups de matraques électriques donnés depuis des motos les
survolant...puis, le grand silence revint enfin...

Quand brusquement, cette musique démente revint les écraser de millions de


décibels en furie...et là-bas, de nouveau venant du large, cinq appareils encore,
qui approchent lentement...Des cages encore, beaucoup de cages pendues
dessous, mais bien plus grandes, une centaine environ sous chaque appareil ;
et...horreur encore, et si possible pire que la précédente fois, car chaque cage
renferme un énorme chien sauvage, maigre et efflanqué, la machoire pendante et
les yeux fous d’une rage démente de cette faim atroce qui leur tord les tripes...
Ils les survolent maintenant, langues pendantes, ils regardent avec avidité cette
foule qui s’approche lentement sous eux...Ils deviennent frénétiques, mordent les
barreaux de leur cages avec des hurlements de damnés à glacer les os...Ils sentent
cette odeur de mort et de sang qui jonche l’avenue, ils sont fous furieux de cette
viande grasse et à profusion, prisonnière de cet enclos. Ils savent alors, en
chasseurs expérimentés, que ces proies divines ne pourront pas leur échapper, ce
qui les rend encore plus fous furieux de cette envie démente qui leur ravage le
cerveau de se jeter sur ce troupeau offert à leur insatiable voracité...
Dix mètres encore, les appareils répartis sur l’avenue comme précédemment,
descendent lentement...très lentement...les hurlement des fauves surpassent cette
musique démente...huit mètres...cinq mètres...quatre...trois...deux, la musique
cesse d’un coup et ne subsiste que les hurlements de ces fauves déchaînés...puis,
les portes claquent - les fauves fusent - les cages s’envolent et c’est l’affrayante
ruée sauvage d’une violence inouïe, de gueules ouvertes démesurées et crocs en
avant qui se jètent sur leurs proies paralysées d’épouvante glacée.
C’est le même combat que précédemment, sauf que le fauve est vingt fois plus
gros et plus grand et plus fort et plus vorace et plus...plus...Effrayant, car de la
taille de sa proie qui ne peut lutter contre un tueur aussi puissant et rendu fou
furieux...Les bêtes sautent aux gorges, aux ventre, aux parties sexuelles et les
broient avec une frénésie démentielle, secouant violemment leurs têtes,
machoires comme un étau plantées dans ces chairs exhalant des senteurs divines,
aux remugles de peur et sucs fastueux. Les os craquent, les crocs furieux broient
frénétiquement ces doigts qui tentent de décrocher la monstrueuse machoire
mastiquant qui un pied, qui un ventre, qui une jambe, qui un bras...Les Khuigs,
130
ces nouveaux saigneurs, s’évanouissent en masse maintenant, les fauves festoient,
chacun d’un Khuigs gras à souhait, et luxe suprème, chacun de ces nouveaux
tueurs a rapidement à sa disposition, deux, trois, voire quatre victimes autour de
lui...rien que pour lui...
Ces bêtes venues de l’enfer, passent de l’un à l’autre corps et les dévorent
vivants, mordant un peu partout au début, comme affolés de tant de pitance
offerte et inespérée, ne sachant plus où planter leurs crocs dans cette viande
offerte à profusion ; mordant furieusement dans ces corps à l’étal et encore
frémissants de vie, d’où giclent ces pulsions affolantes de peur, de cette proie à
disposition maintenant, et définitivement condamnée...
Ils mangent, grognent, mastiquent, déchiquettent, broient les os, engloutissent
des bouchées à les étouffer. Les ventres sont déchiquetés, ouverts et béants...Ils
avalent gouluement foies, rates, viscères en cordons puants et pissant de sang et
humeurs monstrueuses. Les vulves et testicule et pénis sont furieusement
arrachés en de frénétiques secouements de têtes rageurs et dans de sourds
grondements d’une furieuse joie les en étranglant...Le festin bat son plein,
hallucinant de violence et sauvagerie...puis...puis, comme tout sur ce pauvre
monde, les appétits faiblissent malheureusement, alors qu’il reste tant de ce
prodigieux festin seul digne de loups...
Les ventres ballonnés amènent peu à peu les pattes à se plier pour le repos,
repus jusqu’au vomissement. Tout se calme enfin...les fauves ne pouvant même
plus ingurgiter le moindre oeil ou phalange d’un vulgaire auriculaire...Les
gémissements des dévorés vivants et encore en l’état, sont les seuls sons
délicieux subsistant sur cette avenue rouge et glissante du sang pourri de cette
maudite Khuigsterie.
Puis, de nouveau, des chargeurs pleins étant en place, commence l’élimination
de ces canidés ex-domestiqués et ayant retrouvé leur destinée sauvage et noble
en son état naturel, et ayant vaillamment accompli leur oeuvre de salubrité, mais
qui en tant que charognards eux-mêmes, comme leurs victimes, ils doivent
disparaître de ce Monde dès lors voué à l’amour et la beauté. Mais, ce n’est point
encore l’heure de ce moment de grâce. Et, de nouveau ces infernales
plateforrmes qui descendent...les survivants s’y attellent de suite, sachant
maintenant qu’on ne doit pas traîner aux injonctions de ces nouveaux Maîtres.
Les survivants éclopés de ce deuxième carnage chargent donc sans rouspétance
les cadavres des chiens et ceux de ces quelques deux mille à trois mille morts et
blessés qui ne peuvent se relever...Nouveau va-et-vient des plates-formes ;
routine maintenant que ces rythmes aériens mortuaires dans les gémissements
des blessés et agonisants ; faibles hurlements encore, aux coups de matraques
électriques sur ces corps qui trépasssent sur ces charniers à ciel ouvert...
Les Khuigs survivants et ensanglantés, clopinent et se remettent lentement, très
lentement de ces moments d’horreur exponentielle. Ils ont maintenant
nettement plus d’espace pour évoluer suite au drastique éclaicissement de leurs
rangs. Cette fois-ci, c’est vingt minutes maintenant ; c’est le temps qu’il leur fallut
cette fois pour récupérer de cette sauvagerie ; et qui leur fut accordée par ces
Maîtres...et bénis soient-ils de cette inespérée miséricorde...quand...
131
Et de nouveau, cette musique assourdissante et qui rend fou...et ces guerriers et
leurs compagnons civils, sur cette passerelle qui les surplombe, et dont il leur
semble étrangement y reconnaître quelques faciès leurs étant familiers. Tous ces
gens, depuis le début, portent des protecteurs auditifs, qui les regardent avec,
peint sur leurs visages hilares, un incommensurable mépris et dégoût outrageant
pour ces seig...ex-seigneurs...qu’ils furent, oui, en un temps qui leur paraît
maintenant perdu dans les limbes de leur histoire pourtant glorieuse...qui le fut
un jour, tout au moins. Et ces monstrueuses punitions, oui, tel serait alors le mot
exact, leurs seraient-elles infligées pour avoir un peu rudoyé ces esclaves ?
Ce ne sont pourtant que vermines et race vouée depuis des temps
immémoriaux à leur suprématie inéluctable de seigneurs des univers !
Il en fut ainsi depuis si longtemps qu’ils ne voient et ne comprennent pas les
raisons de cette agression à leur encontre. S’ils pouvaient discuter encore...mais
non, ces gens là ne s’incommodent point de savoir le moindre de leurs
arguments, non, ils tuent, c’est tout.
Quelle monstruosité qu’une telle pratique. Serait-ce en définitive que leur manie
du dialogue dans le but essentiel et jouissif de tromper leurs victimes pour les
dépouiller, puis assassiner en douce, serait passé de mode et les condamnent
pour finir en cette nouvelle ère brutalement éclose ? Folie que tout cela, il doit y
avoir une autre raison obscure, car leurs coutumes millénaires reposent sur un
passé se perdant dans la nuit des temps...
Ils ne cherchent plus, non, ils savent maintenant que ça vient du large.
Effectivement, là-bas au loin, apparaît cette fois-ci...vingt-quatre appareils. Sous
chacun, deux cages, oui...et, nouveauté, ces engins volent en deux colonnes à se
toucher et se dirigent vers le centre exact de l’avenue. Leur approche est lente
puis, brusquement ils comprennent ce que ces cages énormes contiennent.
Horreur et damnation ! Ce sont d’énormes taureaux noir de combat, fauves
d’une puissance redoutable et radicale, dont rien ni personne ne pourra se
prémunir...Les appareils se stabilisent au milieu de l’avenue, en deux longues
rangées de vingt-quatre cages qui occupent toute sa largeur. Culs à culs, les cages
sont déposées groupes après groupes ; leurs portes tournées vers l’extérieur...
Les Khuigs fuient en courant, éperdus, aux extrémités opposées de ces fauves
redoutables quand, horreur...les vaisseaux soulèvent les cages et avancent
lentement de concert, les acculant dans ces deux culs-de-sac...Les cages se posent
doucement sur le macadam, à quelques vingt-cinq mètres de la masse compacte
et gémissante des khuigs.
De fines barres métalliques, qui enverront une décharge électrique, descendent
dans chaque cage et se posent doucement sur la croupe de chaque animal. La
musique cesse d’un coup, et au moment précis et dans un ensemble parfait où
partent les décharges électrique, les portes claquent - les fauves fusent - les cages
s’envolent, et ces monstres noirs partent furieusement à l’attaque dans une
farouche volonté d’encorner tout ce qui se trouve au devant d’eux.
A l’instant, les Khuig voient subitement ce taureau de métal s’élever
majestueusement dans les airs, et rester plafonner à quelques cinq mètres en l’air.
132
Le podium et les trônes royaux ont également été enlevés lors du dernier
déblaiement, dégageant ainsi l’espace devant ces fauves nouvelle dimension, et
plus aucun refuge n’existe devant la charge de ces monstres. Quarante-huit
taureaux rendus furieux de ce voyage et décharges électriques et qui foncent sur
tout ce qui bouge, font vite des trouées sanglantes dans les rangs de ces pauvres
Khuigs qui, voulant s’échapper à cette corne meurtrière, en sont empéchés par
les leurs qui obstruent leur chemin de fuite, et sont embrochés vivants par ce
démon qui les balancent en l’air comme poupées de chiffons, puis jouent avec
leur corps qui rendent vite l’âme...
Mais, comme la bête est sans cesse sollicitée par toutes ces proies qui courent
en tous sens, ils laissent le plus souvent le blessé agoniser tout seul, pour se jeter
sur ces autres cibles se mouvant comme diablotins farceurs. Cette peur démente
de voir ce fauve monumental vous poursuivre, énorme. Ces yeux noirs assasssins
qui vous suivent comme un laser sa cible...Sentir son souffle puissant comme
une forge sur ses talons puis...ce choc étourdissant et cette fulgurante lame de
feu qui vous transperce les reins et vous soulève comme fétu de paille...Mourir
est une chose, mais que ce soit par cet animal d’une telle puissance et démesure,
cela décuple ce sentiment de panique et d’horreur, dont l’intensité est au prorata
de la taille du tueur.
Quelques plates-formes apparaissent dès le premier signe d’essoufflement de
ces fauves noirs ; elles descendent alors à leurs verticales...une longue tige
flexible se dirige alors vers la croupe du fauve qui reçoit une autre fulgurante
décharge électrique, qui le fait aussitôt repartir à l’attaque en un bond fulgurant
et beuglement sauvage, encornant de plus belle ces diables courant de
partout...L’hécatombe est cette fois prodigieuse, car de part sa masse compacte,
la Khuigsterie ne peut échapper que bien accessoirement et pour peu de temps à
cette divine corne vengeresse, tueuse, estropieuse, ravageuse, transperceuse,
perforeuse, troueuse, dechiqueteuse, assassine, monstrueuse, frénétique, sans
pitié, sans pensée, sans rien d’autre que détruire ce qui bouge, court, saute, évite,
se cache, se couche, prie à genoux, se vide debout, se renie, se maudit, s’accuse,
s’excuse...Prodigieux carnage de la force pure, brutale et dantesque...justicière.
Trois fois, les tiges descendent ainsi et électrisent ces croupes fumantes et
ruisselantes de sang de leur victimes...dont certaines sont applaties contre des
palmiers, dont deux ou trois virent leurs têtes sectionnées sous le choc
monumental d’une de ces énormes têtes noires qui sont venues y aplatir un de
ces diables criards...et dont sous la violence de l’impact les viscères leurs
ressortent par tous leurs orifices : ventres, poitrines et bassins éclatés.
Les bêtes sont immobiles maintenant...langues sorties, pendantes, respirations
sifflantes, peinant à reprendre leurs souffle ; les cerceaux des côtes se gonflent et
s’abaissent rapidement. Ces tueurs sombres sont tous à bout de force, après ce
monumental travail effectué. Des milliers de corps jonchent l’avenue.
Combien...deux ? trois ? cinq milles Khuigs au tapis ? Difficile à dire vraiment,
le massacre est gigantesque, c’est la seule certitude.
Brusquement, un perceur descend sur chaque animal qui reçoit alors une
douche d’eau fraîche pour le laver de ce sang impur...la bête se laisse faire avec
133
un plaisir évident, puis devant-elle descend lentement une cage au bout de deux
longs câbles, cage équipée d’une porte à glissière relevée ; au fond de chacune se
trouve un grand bac rempli d’eau fraîche, ainsi qu’une mangeoire remplie
d’herbe verte, le fauve y entre de suite sans hésiter, mourant de soif...La porte se
referme alors doucement et le tout repart vers un autre horizon. En l’occurence,
chaque taureau ayant peinte sur le dos un numéro d’identification, ils sont
ramenés à leurs territoires et leurs femelles ; animal dès lors anobli par ce combat
sacré pour la liberté, il sera dès ce jour glorieux respecté et honoré jusqu’à sa
mort naturelle.

Sur ce et en clair, Central-Stratège Nº1, leur annonce à tous la fin de ces


opérations surprises et le succès complet des équipes de la cible nº 2, Marina
Baie des Anges, et celle quasiment terminée aussi de la cible nº 3, Monaco,
actions qui furent nettement plus rapides et expéditives ; si bien que Central-
Stratège Nº1 les a tous convié à venir assister au grand spectacle final, spectacle
royal donc ; bien que l’on ignore si le monarque Khuigs, dont tout le monde se
fout éperdument, fait encore parti du domaine des vivants...en sursis.
Ainsi, peu à peu et suite à cette invitation, le ciel se couvre lentement d’une
nuée nouvelle d’appareils. La mise à mort de la bête Khuigs va assurément avoir
un succès monstre. Cette fois il leur faut pas loin d’une demi-heure pour
reprendre souffle, car jamais on avait ainsi vu courir un Khuigs. Ils halètent
comme des soufflets de forges, et regardent catastrophés cet invraisemblable
tapis des leurs, les morts et blessés...sans doute, autant de chaque. Plus aucun ne
tente de savoir ce qu’il est advenu des siens, femme, mari ou enfants, c’est
maintenant chacun pour soi, ce qui est déjà grandement suffisant...Et revoilà les
plates-formess qui redescendent...et re-corvées de déblaiement.
Cette fois il leur faudra bien plus longtemps pour enlever ces corps, car ils sont
tous pesants ; aucun animal ne les accompagnant cette fois, et pour ce travail
macabre et épuisant, chaque enfant mort ou blessé est une véritable bénédiction
pour leurs reins douloureux...Ambiance dramatique des plaintes et cris de
souffrance des blessés...les morts étant de loin les plus chanceux.
Et la noria qui reprend pour aller vider ces cadavres et blessés mélangés, jetés
de haut sur ces charniers où les mouettes et gabians viennent encore, par
habitude surtout, tenter de voler un morceau saignant, mais, repues, ces volailles
marines chipottent un moment du bout du bec, puis repartent définitivement
écoeurées de ce monumental et scandaleux étalage de barbaque qui va se gâter,
ça c’est sûr, parole de charognard !
Mais, nous n’en avons pas encore fini avec la noble race taurine, combattante et
obstinée, car...il en restait encore un sur cette avenue, ou plutôt, façon de parler,
car il la survolait à quelques cinq mètres de haut. Nous parlions bien sûr de ce
fameux et mystérieux taureau de bronze, le chef-d’oeuvre des ateliers de Blagnac,
et plus spécialement de sa réalisatrice ; vous l’aviez deviné, la célèbre Jennifer
Chancellor, qui se tient maintenant toute émue dans ce Central-Stratège Nº1,
d’où elle assiste depuis le début à ces événements spectaculaires, priant le
134
cosmos que son taureau remplisse parfaitement son ultime rôle, et oui, car il n’a
point terminé de son office.
Ainsi, le dernier cadavre ou blessé fini d’évacué, cette musique dévorante aussi,
mais qui repart de plus belle. Les Khuigs se dressent et regardent, tendus et
appeurés, vers le large...où cette fois aucun appareil n’est visible...Encore un
rythme de cassé donc, et l’angoisse, de fait, n’en devient alors que plus palpable.
Ils attendent ainsi un long moment, sans que rien de nouveau ne vienne les
menacer. L’avenue s’est copieusement dégarnie, chacun dispose maintenant de
plus d’espace pour courir s’il faut, quoique cela soit un peu tard, pensent-ils
furieux...Ils se détendent lentement quand, un sourd murmure monte de cette
masse angoissée...Tous suivent les regards des voisins et voient alors ce taureau
de bronze qu’ils avaient oublié.
Ce dernier commence à se mouvoir lentement au-dessus de l’avenue ; il
descend, le fond de son embase est maintenant à moins de deux mètres sur la
foule qui s’en écarte au fur et à mesure de sa lente avancée...On dirait qu’il
cherche quelque chose dans cette masse disparate, allant d’un côté, puis de
l’autre, sans but précis...et cela dure maintenant depuis quatre ou cinq minutes
ainsi...les khuigs commencent à s’en désintéresser. Quand, une légère fumée lui
sort brusquement par ses naseaux...Regain d’intérêt de tous...
Le taureau avance encore, puis, étant à trois ou quatre mètres d’un groupe de
sept à huit Kuigs, à l’instant précis où la musique stoppe d’un coup, sortent
brutalement par ses naseaux, deux puissants jets de flammes qui transforment le
groupe de Khuigs en torches vivantes...Un hurlement démentiel s’élève dans
cette arène de nouveau prise d’une effrayante folie. Ça court de partout
maintenant, essayant de ne pas se trouver devant cet engin du diable ; mais peine
perdue car le monstre a maintenant acquis une incroyable vélocité...Il évolue plus
vite que les Khuigs...et alors...et alors, damnation...il crache ses flammes au petit
bonheur la chance on dirait, et chaque jet fait mouche...
Plusieurs fois même, il laisse les Khuigs s’agglomérer dans un coin, comme
vermine grouillante qu’ils sont, puis le taureau fait un bond en l’air et vient
brutalement se poser sur ce tas, en tuant, écrasant une bonne trentaine, puis de
suite il tourne sur lui-même et transforme en boules de feu ces fuyards autour de
lui...Les torches vivantes courent un instant de partout avant de s’écrouler en un
brasier nauséabond ; une épaisse fumée envahie l’arène qui empuantie le porc
grillé. Du reste, cette reconquête le sera sous l’égide de cette odeur...Puis enfin,
les réserves de napalm étant épuisées, ce magnifique taureau quitte la scène de
cet holocauste vengeur, et va se poser à côté des chasseurs Khuigs, au Jardin de
la Ronce, chasseurs dont, fallait-il le préciser encore, les pilotes, des gardes,
avaient été massacrés d’emblée à leur arrivée.
Quelques centaines de Khuigs finissent de griller sur le macadam, qui fond, et
n’améliore pas ainsi l’odeur ambiante...Puis les flammes se calment lentement,
car un corps nu sans apport d’énergie extérieure est très difficile à brûler. Nous
reviendrons plus tard sur cet important sujet.
Les plates-formes descendent à nouveau. C’est difficile mais surtout
douloureux de charger ces corps brûlants à mains nues, mais quelques décharges
135
électriques viennent à bout des plus récalcitrants. C’est les mains brûlées, avec de
douloureuses ampoules que ces survivants reprennent souffle au milieu des
pleurs et gémissements de tous maintenant, car ils sont conscients qu’ils vont
tous être massacrés, ça oui, mais comment ?
La question porte son poids d’angoisse, comme cela devait l’être pour celles de
leurs millions de victimes innocentes, qui elles se demandaient, pourquoi ?
Dans Central-Stratège Nº1, Jennifer et Georges recevaient avec fierté les
félicitations de leurs collègues et équipage, la prestation de ce taureau avait été
exceptionnelle et déterminante du début jusqu’à la fin, car il cloturait royalement
toutes ces épreuves au massacre et totale épouvante de leur ennemis...
Sur ce, un message sortit du décodeur, Georges lut rapidement les quelques
mots noicissant la page blanche, il les regard tous puis la lut.
-De Ruppert, « Opération Esp terminée, succès total - Et vous ? Terminé. »
Tous d’applaudir à tout rompre. Il fallut attendre pour reprendre le fil...
-Agnès, mon ange blond, lui dit Georges avec un sourire radieux, envoie à
notre cher Ruppert, le message suivant, car c’est vrai que dans le feu de l’action,
rire général, nous en avions oublié nos frères Akadis...Écris vite. « Bravo pour
nos frères Esp - Terminée pour nos cibles nº2 et nº3 - Succès total aussi - Cible
nº1, encore une petite heure et ce sera ok - Vous aviserai dès que terminé -
Pouvez porter un drink à victoire générale. Amitiés. Terminé. »
Le clavier crépita un moment, puis le texte partit dans le décodeur...

Les Maîtres les laissèrent bien récupérer cette fois, sous le poids écrasant de
cette musique démente qui malheureusement a repris...Cela faisait du bien après
ces moments d’horreur qui s’enchaînaient, chacun pire que le précédent...Que
pourrait-il maintenant leur arriver de pire, se demandaient certains optimistes
endurcis...Et voici encore des plates-formess avec ces guerriers dessus ; ils les
font s’écarter du milieu de l’avenue, les refoulant contre et tout du long de cette
enceinte d’acier, puis ils survolent cette foule houleuse et tremblante de peur et, à
l’aide de leurs longues tiges électriques, ils sélectionnent des nombreux hommes
et femmes ayant l’air en meilleure forme, et les pousse vers le milieu et tout du
long de l’avenue ainsi dégagée ; ce à l’aide de gestes et menaces de leurs terribles
tiges électriques, car ils ne leurs parlent jamais, comme à un troupeau que l’on
pousse simplement de l’aiguillon, ils les font se ranger en cinq groupes largement
espacés le long de l’avenue.
Ils durent se dévêtir entièrement puis se mettre sur deux files se faisant face et
espacées de cinq mètres environ...Ils sont ainsi cinq groupes, cinq doubles
colonnes constituées de chacune cinquantes couples mélangés au hasard et se
faisant face. Cinq cents Khuigs alignés, cinq groupes de cent individus qui se
demandent bien ce qui va leur arriver...Les plates-formes survolent à nouveau
ces colonnes puis ces guerriers jètent deux poignards au sol entre chaque
couple ; armes qu’ils reconnaissent comme étant celles de leurs gardes.
La livraison finie, les guerriers leurs font signe de se battrent entre eux...et les
encourage avec de vigoureuses décharges électriques...La musique stoppe et, ces
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ex-dieux des univers commencent à s’étriper joyeusement entre eux, et d’autant
plus vigoureusement que lentement leurs intincts de tueurs reprend vite le
dessus. C’est maintenant un combat chacun pour soi, les lames s’entrechoquent,
les feintes et contre-attaques s’ensuivent. Sur ces corps adipeux et abjects,
éclosent peu à peu les corolles vermeilles de fleurs létales ; fleurs desquelles
s’écoulent maintenant ces flots de sang vénéneux promis à leurs ancêtres, à leurs
enfants, à leurs vieux restés dans les stations.
Ils ahanent, crient, gémissent, supplient...regards fous de peur et de haine...les
rangs des combattants s’éclaicissent, et les femmes ne sont pas les plus faibles à
ce jeu de la mort...Vient vite le moment où ils n’en reste plus qu’une vingtaine
debout, soufflants comme des forges, sept hommes et cinq femmes. Les maîtres
leur font signe de stopper le combat. Ces rescapés sont maintenant obligés de
partir de front sur toute la largeur de l’avenue, d’un bout de ce massacre, pour
remonter les lieux de ce combat de gladiateurs nouveaux genres, et égorger tous
les morts et blessés jonchant l’avenue. Chose qu’ils s’empressent d’exécuter au
galop ; ouvrant les gorges d’où sortent des hurlements et suppliques envers ces
frères et soeurs qu’ils trucident sans le moindre sentiment...
Froids et méthodiques, sourds aux suppliques des leurs, ils passent froidement
de l’un à l’autre, prenant la tête par les cheveux et ouvrent cette gorge d’un seul
coup, sans hésiter, car...qui sait, peut-être ? Cette ardeur à l’éxécution vaudra à
l’égorgeur la considération de ces Maîtres particulièrement durs et sanguinaires,
suivant le principe sacré de leur race, qui veut que l’on doit plier devant plus fort
que soi, pour attendre patiemment le bon moment pour ensuite poignarder dans
le dos le sujet de cette insupportable vexation...ce qu’ils firent de toujours.
Ils sont arrivés au bout, enfin, contrat respecté. Mais, là-haut, sur cette galerie
circulaire où cette foule les encourageait ardemment à s’entretuer, des culasses
claquent, les égorgeurs se retournent et voient avec effroi une vingtaine de
canons braqués sur eux...Ils ont à peine le temps de tenter de fuir...mais pour
où ? Dans une tempête de rire de cette assistance hilare de voir leurs airs aussi
stupéfaits de ce qui les attend ; les détonnations explosent et les balles les
fauchent comme des quilles ivres qu’ils deviennent en étant touchés à une jambe,
qui se dérobe et les envoient valdinguer en virevoltant et zigzaguant en une
grotesque gestuelle d’ivrogne ivre mort, justement.
Les tirs cessent un moment ; les tireurs et spectateurs savourant les plaintes de
souffrance de ces abjects tas gélatineux se tordant de douleurs...puis les balles
fusent de nouveau des gueules des canons noirs de nuit et remontent ce corps
qui sursaute à chaque impact, évitant soigneusement les parties vitales, car
l’agonie se doit d’être maximale : ils l’ont juré à leurs ancêtres : les faire crever à
petit feu ! Enfin, la carcasse restant immobile, la bête Khuigs définitivement
crevée, une dernière balle vient fracasser ce crâne immonde qui fut le central de
l’horreur et abjection absolue.
Puis, deux plates-formes descendent, ayant un gros aimant au bout d’un câble,
elles survolent l’aire du carnage et récupèrent ainsi les couteaux jonchant
l’avenue, puis elles disparaissent. Et, à charge aux survivants encore, de charger
ces cadavres sur ces plates-formes vides qui descendent de nouveau ; c’est
137
rondement mené, car tous connaissant ce nouveau cycle de leur présent, et qui se
résume à ceci : tenter survivre et déblayer l’avenue des corps des malchanceux,
ou des plus chanceux ? et qui vivra verra !

Puis, cette musique infernale qui les assaille de nouveau et qui rend abasourdi et
incapable de réfléchir un tant soit peu...Ils cherchent vers le large la venue d’un
nouvel événement, mais rien n’apparaît...Quand, un coup de feu retentit vers le
centre de l’avenue, car là, sortant de la rue F. Amouretti, entre l’hôtel Noga-
Hilton et le Caligula Hôtel Palace, arrive trois plates-formes accompagnées de
motos. Sur une plate-forme ils aperçoivent deux lits de leur clinique, sur lesquels
lits sont deux de leurs parturientes.
La musique stoppée, un grand silence s’installe sur l’avenue, car vue leur
expérience actuelle de ces étrangers, tous craignent maintenant des outrages sur
leurs deux compatriotes chargées de la continuation de leur noble race
supérieure entre toutes. Les plates-formes et les motos se posent en face, sur le
trottoir côté plage...Ces guerriers farouches en descendent quant, arrivant du
large une autre plate-forme arrive en trombe, se pose, et en descendent deux
Hommes âgés : Georges et Marcellin. Ce dernier va rapidement vers les deux
prisonnières arrimées sur leurs lits et, arrivé devant la deuxième, il s’écrit,
oppressé et nerveux, en s’adressant au groupe de guerriers.
-C’est celle-ci, montrant du doigt l’une des deux Khuigs, qui, comme je vous
l’ai raconté le premier jour à Alexandra et Claude, avait ordonné à son esclave
sexuel rose, d’éventrer une de nos femmes en couche, puis de la violer...c’est
elle ! Crit-il maintenant, rendu fou de haine et de rage...C’est cette ordure ! Il faut
lui faire pareil, pour venger cette pauvre enfant qu’ils ont sauvagement massacré
à l’époque, où ils riaient tous de plaisir de la voir agoniser ainsi...
Il supplie à genoux ces guerriers de lui faire de même, de l’accoucher au
couteau !
-Qu’à cela ne tienne, inutile d’insister, lui dit Christian en riant et relevant ce
pauvre vieux, le plus dur sera bien de tirer au sort l’heureux élu de cet
accouchement justicier, selon la grande loi du talion. Il prend donc une
cordelette dans sa poche, la coupe en morceaux de différentes grandeurs et les
assemblant dans une main, il décrète que les deux guerriers tirant les deux plus
petits morceaux seront les heureux massacreurs de ces deux pourritures, et plus
particulièrement celle désignée par leur illustre Marcellin, qui ne peut s’empécher
de venir près des deux Khuigs, leur montrant son code-barres violet, se faisant
un plaisir sadique de leur expliquer que c’est lui qui a prévenu ces guerriers de
leurs habitudes et moeurs criminelles...Qu’ils ont déjà massacrés des milliers de
leurs semblables...qu’ils sont les derniers de leur race maudite, et qu’elles vont
être torturées autant qu’elles ont fait à leurs victimes...
Les deux gagnants du tirage au sort sont Gérald et Anne, deux éléments durs
comme l’acier de leurs sabres et couteaux, des sans pitié et résolus à l’extrème,
quoiqu’ils le soient tous et toutes...Le spectacle mérite toute l’attention car ces
deux-là vont être assurément à la hauteur de la besogne se devant être
particulièrement sanglante, comme il se doit à ces deux monstres qui
138
inaugurèrent le style de carnage qu’elles vont à leur tour apprécier à sa juste
valeur. Anne s’avance et serre Marcellin un moment contre sa poitrine, puis elle
l’embrasse affectueusement sur les joues, lui disant.
-Marcellin, mon frère, sois tranquille, nous allons venger ta compagne, et si
nous somme trop faibles, je te prie instamment de nous remettre fermement sur
le droit chemin...ta satisfaction guidera notre main et la lame qui rendra
l’honneur à vous tous ; nous serons sans pitié. Es-tu satisfait ?
-Anne, merci, mais faites vite, il me tarde tant de les entendre hurler et pisser
leur sang pourri, vas-y !
Les deux sacrificateurs s’avancent, défont les entraves qui bloquent les deux lits
sur la plate-forme, les font descendrent au sol, puis la plate-forme s’envole pour
laisser la vue libre. Gérald s’avance vers la deuxième condamnée, lui tapote
amicalement la joue et s’écrit.
-Avec Anne, ma soeur, nous avons décidé de commencer par massacrer cette
truie abjecte, se faisant, il lui donne une gifle assourdissante, pour nous faire la
main en quelque sorte, dit-il en souriant, et quand elle aura bien gueulé et
souffert un maximum, et qu’elle sera crevée, bien évidement, nous nous
porterons alors au chevet de cette autre truie encore plus abjecte, il va vers elle et
lui plante son couteau dans le gras du bras, et le tourne un moment puis le
ressort, essuyant la lame sur son ventre énorme...À bientôt mon trésor, lui dit-il
en souriant ; en attendant, regarde cette autre ordure, ce qui va a lui arriver et ce
qui va conséquemment t’arriver aussi...mais en bien pire, que tu vas regretter
d’être née. Bien, fini les discours, et au travail, ma soeur chérie, dit-il à Anne,
avec un chaleureux sourire, je t’en prie, honneur aux dames, à toi donc le
privilège de tirer les premiers hurlements de cette charogne !
Cette dernière se porte au chevet de la Khuigs, son couteau tenu fermement
dans sa main droite...La Khuigs la regarde avec terreur, haletante...quant Anne lui
plante brusquement son poignard à ras de sa paumette droite et lui fait sauter
l’oeil, en lui disant sérieuse : j’ai horreur que tu me ragardes avec cet air sur deux
airs, pourriture ! Rire de ses compagnons, couverts par le hurlement de la Khuigs
et les cris de joie de ce pauvre Marcellin qui croit qu’il va en mourir de bonheur,
tant il saute comme un jeune cabri...Gérald s’avance, plante la pointe de son
couteau sous le sternum, l’enfonce par à-coups, puis commence à descendre vers
le pubis, découpant lentement la peau du ventre tendue et qui se déchire comme
du papier...Reste à l’air le sac contenant le bébé, les tripes croulant de chaque
côté de la chose hurlante...montrant ce ventre énorme, il dit à sa compagne.
-Anne, toi qui est une Femme, tu devrais savoir mieux que moi comment
l’accoucher dans les règles, non ?
-Bien sûr, mon chéri, regarde comment l’on doit s’y prendre, tu vas vois, c’est
moins délicat qu’il n’y paraît.
Elle plante sa lame dans le haut du ventre, tranchant côté du sac et, en
appuyant dans un large mouvement circulaire, elle ouvre le sac du bébé jusqu’à la
vulve qu’elle entaille profondément ; elle tire le corps du bébé par un pied,
l’éventre, tournoie sur elle-même et le balance de toutes ses forces contre la

139
foule...qui s’écarte, le bébé allant se fracasser contre la cloture d’acier, arrosant la
foule de tripaille et de sang.
La Khuigs hurle à pleins poumons, d’autant que Gérald est en train de lui
découper le coude gauche et, le bras enfin détaché, il le prend et gifle la
suppliciée avec sa propre main morte...Gros succès et rires des leurs, et silence
oppressé dans la foule des Khuigs...puis, voyant que la Khuigs allait s’évanouir,
Anne lui tranche la gorge pendant que la victime apprécie encore son sort.
Les deux se concertent à nouveau...
-Nous avons décidé d’un commum accord, dit Anne, de laisser notre place à
deux nouveaux massacreurs, nous ne voulons point nous accaparer de si joyeux
instants pour nous seuls.
Applaudissements général saluant dignement leur grandeur d’âme et générosité
princière, car en faut-il pour laisser ainsi un carnage aussi monstreux. Nouveau
tirage au sort ; les nouveaux élus sont un couple encore : Barbara et Léon, qui
sans retenue aucune exultent de leur chance...Ils vont vers la Khuigs survivante
encore, celle qui ordonna un jour le carnage de cette esclave enceinte, ordure
pour laquelle tous éprouvent une haine indicible...Celle-ci les regarde venir...Les
deux ont les traits déformé par la haine, une rage démente de la massacrer le plus
atrocement possible.
Ils l’accouchent donc comme firent leurs prédécesseurs, car ouvrir un ventre ne
dépend que de l’outillage en somme, le résultat étant invariable, seule change
l’étendue de la découpe, et sa profondeur. Le nouveau-né n’a pas le temps de
crier qu’il est égorgé puis éventré sur la poitrine de sa mère-truie, puis ensuite
décapité, puis ces deux morceaux jetés à la foule, qui a ordre de jouer au ballon
avec, le tout avec moult coups de matraques électriques. Le match se déroule
entre leurs cris de répulsion, vomissements et pleurs variés ; ce qui est fort
curieux car à l’époque, le même sport avec un bébé d’esclave les faisait rire aux
éclats ; comme quoi il y a toujours deux poids deux mesures, et deux mondes
ennemis irréductibles : les puissants du jour, et les autres !
Léon va vers leurs collègues et leur emprunte quatre poignards...puis il va vers
la foule et désigne quatre gros porcs tremblottants et les pousse vers le lit à
coups de lames dans le dos. Il leur donne à chacun un couteau et, deux
positionnés de chaque côté de la truie, il leur ordonne de lui découper les coudes
et les genoux...quelques coups de matraque, et les quatre porcs se mettent
furieusement à l’ouvrage. La truie hurle un bon moment, puis s’évanouie...Ordre
de la réveillier avec des gifles, c’est fait, le découpage continu...Elle n’a plus la
force de crier...la dernière jambe tombe par terre.
Le duo de massacreur commande alors à deux Khuigs de jeter leurs couteaux
au loin ; de prendre chacun un moignon de cuisse puis de tirer la truie au
maximum au bord du lit, puis de l’écarteler, bassin dans le vide et offert...Barbara
dégaine son sabre et la coupe en deux, et en plusieurs fois de suite, elle coupe ce
corps en deux sur toute sa longueur, la tête étant décapitée par Léon, qui
l’alpague par les cheveux et tournant sur lui-même la jète violemment dans la
foule.

140
Ensuite, deux des Khuigs découpeurs doivent arracher à mains nues, les
poumons et le coeur de ces deux demi-carcasses...l’un vomi sur le demi-
cadavre...Ensuite ils doivent chacun se charger d’une demi-carcasse sur le dos, le
coffre présenté par la demi-cage thoracique posée comme chapeau sur leurs
têtes...Les deux autres doivent chacun prendre un bras et une jambe et les porter
ainsi sur leurs épaules ; et ils doivent ainsi et à la queue leu leu parcourir toute
l’avenue sans s’arrêter...Deux Khuigs qui, couvert de sang, ont un demi cadavre
pendant le long du dos, les tripes battantes sur leurs talons, et les deux autres
avec deux membres ensanglantés sur les épaules...et pour fêter ce joyeux carnage,
la musique entame une exubérante musique Germain d’une folle gaité.
Tous les guerriers de féliciter ces massacreurs de première, et d’y avoir impliqué
ces pourris, leur prestation fut jugé pertinente et d’une délicieuse et judicieuse
cruauté.
Marcellin exulte et les remercie chaleureusement, son ex-compagne étant bien
vengée, la pauvre, dit-il chancelant de bonheur...

Puis, voici la musique qui, nouveauté, entame une joyeuse et dynamique


partition de cors de chasses et orgues, sonnant l’hallali...alors...alors, les Khuigs
qui ne sont plus qu’environ la moitié, sentent que c’est le final, et qu’ils vont tous
y laisser leur peau, car de partout arrivent des dizaines de plates-formes qui dans
une noria endiablée larguent des centaines de guerriers armés seulement d’un
sabre et d’un couteau...L’avenue est de nouveau comble maintenant...Ces milliers
de guerriers attendent en silence, regardant leur proie avec dans les yeux, la haine
et répulsion pour ces démons abjects qu’ils vont saigner avec délice. Les Khuigs
sont répartis et collés tout le long de la cloture métallique et les guerriers, masse
compacte et vibrante de haine, au milieu de l’avenue...
Arrive maintenant, une grande plate-forme, elle se pose...Ce sont les stratèges
de Central-Stratège Nº1 et leurs invités...Marcellin et Georges en descendent, ce
dernier fait un signe, la musique stoppe illico...Il se retourne et du groupe tire
Jennifer par la main...Il regarde ce troupeau de ces monstres, il assure son micro-
aiguille devant ses lèvres. Quand il va parler, tous l’entendront par les hauts-
parleurs des perceurs envoyant habituellement la musique...Voix mâle, grave et
assurée et d’une puissance écrasante...
-A vous tous, mes fidèles amis, et frères et soeurs, en cet instant béni où vous
allez enfin exterminer le restant de cette charogne puante, je vous demande
encore quelques minutes de patience, car j’ai une promesse sacrée à honorer et
vous révéler un secret concernant notre ami Marcellin, que voici. Vous savez
tous qu’à l’époque de son sauvetage de ces monstres, il fut heureusement
remplacé par la mort accidentelle d’un de nos frères. Mais, et j’avais juré de
garder le silence jusqu’à ce jour béni, car en réalité, Marcellin, lui dit-il se
tournant vers lui et lui passant son bras sur l’épaule, ce mort providentiel était
mon ami de toute une vie, ce cher Donatien, qui offrit spontanément sa vie pour
tromper ces maudits Khuigs ; et je lui ai promis d’égorger et massacrer en son
honneur et de mes propres mains, un couple de ces ordures. Alors, viens avec
141
moi Marcellin, viens aussi venger celui qui a donné sa vie pour toi ainsi que pour
notre cause ; et toi aussi Jennifer Chancellor, à qui j’ai promis aussi que tu
pourrais en égorger un de tes propres mains aussi, et tu pourras en égorger deux
si tu veux, allons-y !
Tous trois se dirigèrent vers cette foule, leurs couteaux à la main. À l’aide de sa
matraque, Georges fait sortir trois couples des rangs et les amèna au milieu de
l’avenue, les guerriers faisant un grand cercle, et commencèrent à les encourager
de cris et sifflets joyeux. C’est Georges qui ouvre le bal. Il regarde le ciel et
montrant son couteau et hurle.
-Voici ces deux morts pour toi Donatien, que ton âme navigue en paix !
Il alpague alors un mâle par les cheveux et le regardant bien dans les yeux il lui
plante sa lame dans le bas-ventre, le khuigs pousse un han sous l’impact, puis il
blémit et hurle comme un damné quand la lame remonte et lui ouvre le ventre
en mouvements de scie, répendant ses viscères...Puis il lui crève un oeil...coupe
une oreille, le larde de partout en le tenant appuyé le dos à un palmier qui lui
laboure la viande en s’affaissant...Le tenant toujours en force contre le tronc,
Georges l’égorge lentement, se repaissant de cette mort qui monte dans ces
prunelles qui se voilent peu à peu, il le laisse tomber au sol...encore un souffle de
vie...un dernier coup en plein coeur, la bête Khuigs est enfin crevée. Il l’égorge
en crachant sur cette face honnie.
Puis il recommence la même scéance avec une truie maintenant, sauf qu’il
l’éventre en lui plantant sa lame dans son sexe, jusqu’a sa main gantée, puis la
remonte en l’étripant lentement...carnages de coups sur tout ce corps honni...il
l’égorge lentement encore. Puis, s’adressant à Marcellin, il lui dit en souriant,
heureux de ce carnage libérateur.
-Marcellin, mon frère, à toi maintenant, je vais t’aider car tes forces n’y
suffiraient pas tout seul. Georges fit signe à deux des leurs d’amener un Khuigs
contre le palmier et de le lui tenir ainsi puis...Il met son couteau ruisselant de
sang bien en main dans celle de Marcellin et, lui tenant fermement son poignet, il
lui fait éventrer sa victime...lui scier le ventre en remontant, ce que fait ce pauvre
Marcellin en pleurant et gémissant de bonheur de cet instant dont il a tant
rêvé...puis il charcute sa victime à sa guise, la main ferme amie suivant les
impulsions de la sienne...Il fait hurler ce maudit Khuigs, comme jamais il n’aurait
même osé l’espérer un jour ; l’insultant, il lui crache au visage et lui montre son
code-barres violet...puis enfin, cet instant béni où dans son rêve merveilleux et
qu’il n’a jamais oublié depuis...il l’égorge...l’égorge...l’égorge...l’égorge ; pleure et
l’égorge... l’égorge...l’égorge...l’égorge...mais cette fois, avec cette divine cataracte
de sang chaud et vermeil qui fuse de cette gorge maudite, et c’est lui qui le fait
couler, lui, Marcellin, l’esclave de ces dieux, et qu’il est en train de tuer de sa
propre main en ce jour béni entre tous...Le Khuigs agonisant à terre, il se baisse
et le poignarde en plein coeur, le corps a un derrnier spasme puis s’immoblise.
Il le regarde à travers ses larmes de joie, lui crache au visage encore, puis lui
donne un coup de pied.
Au tour de la femelle maintenant. Marcellin, fou de bonheur maintenant, lui fait
subir les mêmes supplices que celle de Georges, lui ravageant sa vulve et ce
142
ventre maudit de coups rageurs...puis il la finit comme le mâle, l’égorgeant avec
délice et jouissance sublime...et tellement heureux qu’il en pleure de bonheur et à
chaud de larmes...Les autres soldats le prennent alors affectueusement dans leurs
bras et le réconfortent de ce bonheur immense qui l’affaiblit, de peur qu’il ne le
tue lui-même et qui le fait vaciller, ivre de vengeance assouvie.
Jennifer Chancellor, elle, n’a pas besoin d’aide, oh que non ! Elle exécute son
couple de la même façon, avec la même rage et le même détermination que
Georges, donnant de furieux coups de lames dans ces monstres qui, comme les
autres beuglent à qui mieux mieux, ils satisfont ainsi pleinement leurs bourreaux.
Les trois couples de porcs baignent dans une marre de sang...
Les trois guerriers remontent sur la plate-forme, et Georges, satisfait et heureux
crie alors à l’adresse de la troupe, sa voix écrasante, amplifiée par la sono.
-Encore un instant mes frères, j’ai aussi juré d’en sabrer au moins un, que cette
lame bénie ait aussi justement son comptant de leur sang pourri.
Il s’avance à grands pas vers ce mur de Khuigs tout en tirant son sabre de
cavalerie d’un geste brusque. Arrivé devant la masse, il lève sa lame et d’un large
geste du semeur en éventre un, libérant une cascade de sang et de merde chutant
au sol avec une bassine de tripes ruisselantes, ensemble puant devançant de peu
leur propriétaire qui les suit en hurlant de douleur. Puis ainsi de trois autres,
donc deux truies, que dans sa gestuelle ample du semeur de mort, d’un revers il
en décapite un second puis, la lame revenant horizontalement en sifflant, elle
balaye la poitrine d’une truie, la pointe raclant les os en ouvrant une longue plaie
béante sur sa poitrine, coupant par le milieu ses énormes mamelles qui s’ouvrent
en deux dans un flot de sang, les demi tétons s’affalent sur le ventre et la truie
s’affale, elle, sur le bitume en hurlant. Quatrième et dernier staccato miaulant et
feutré de cette lame rédemptrice qui brutalement se baisse et sectionne d’un seul
trait les deux jambes à hauteur des mollets d’une autre truie qui bascule sur ses
moignons, jambes qu’elle avaient déjà pleines de la diarrhée jaunasse et
dégoulinante de la peur abjecte qui lui avait fait proprement dinsjoncter son
sphincter anal, et elle s’écroule dans sa propre foire alors répandue en flaque,
mélangée d’urine, nauséabonde et fumante.
Satisfait, on le serait à moins, Georges essuie sa glorieuse lame, maintenant, sur
l’épaule dodue du premier porc éventré en train de finir de passer et, rangainant
son sabre et riant et heureux comme un enfant qui a réussi un exploit prémédité,
ô combien, et sous les frénétiques applaudissements et félicitations des guerriers
et guerrières présents, Georges saute sur la plate-forme et leur crie, avec sa
puissante voix amplifiée par les haut-parleurs.
-A vous maintenant mes frères, finissez, massacrez cette charogne puante, cette
race maudite et immonde, le plus cruellement que vous pourrez, que le Cosmos
en entier entende leurs hurlement de leur divine souffrance. Bonne chance et
joyeux carnage ! Nos pères et mères vous regardent depuis leur balcon du
Walhalla, soyez dignes d’eux ; et que les forces du Cosmos soutiennent votre
bras vengeur ! Vive Gaïa !

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La plate-forme s’envole de quelques mètres, puis stationne pour assister à cet
immense spectacle final et sublime, décidé, voulu, attendu depuis quatre longs
siècles par tous leurs anciens n’ayant vécu que pour cet instant sacré.

Le carnage fut effectivement démentiel et orgiaque, jamais tueurs de purent se


gorger du sang de leurs victimes comme ce jour-là...Ce fleuve de sang promis
coulait enfin à flot et pour de bon...L’avenue était un maelström de hurlements,
de cris, de rires et de joie. Èclairs des lames qui entaillaient cette viande honnie,
faisant voler aux quatres coins cardinaux les colliers d’ors, perles et gemmes
précieuses qui, symboles outrageants de cette folie criminelle de leurs proprios,
allaient finir dans ce fleuve vermeil, comme déchets immondes eux aussi...
Les morceaux de corps jonchaient le macadam : bras, jambes, têtes entières et
ouvertes en deux, tripes, foies, coeurs, énormes fesses et mamelles gélatineuses
écoeurantes comme bouses gluantes et abjectes ; yeux collés un peu partout,
demi-carcasses ; quelques vulves pileuses itou, artistiquement découpées et dont
une trône, bien ouverte sur un crâne luisant, avec en son milieu un bel oeil bleu
et glauque qui regarde ce spectacle étrange d’un air blasé ; mains, pieds, troncs
sectionnés à la taille, leurs pendants gisants plus loin dans ces mares de tripasses,
d’urines et diarrhées glaireuses et puantes de la peur panique de ces ex-seigneurs
des univers devenus saignants à gros bouillons.
Leur sang immonde pissait à flot et en rythmes fabuleux et hystériques, systole
- systole - systole - systole - systole...Les artères crachaient à gros jets leurs flots
moussants et vénéneux ; la simple veine envoyait son petit ruisseau gonfler ce
fleuve béni, et la moindre veinule se contracter pour participer à cette oeuvre
divine...Tous ces corps ouverts et débités aux quatre vents de la rose, exhalaient
cette sublime odeur de ce carnage sacrificiel, les moindres fragances dérivant de
cette mort talionnienne justifiant les efforts héroïques des bourreaux ; glorieux
combattants de cette Vie sacrée et cosmique, dont chaque goutte de cet élixir
vermeil fortifiait la vigueur et menait leur mère, Gaïa, vers ce firmament
prestigieux qui lui était dû, et lui avait été volé par cette race maudite, qui
sombrait en ces heures cruciales, dans le grand oubli éternel, cette chape du
temps qui nivelle tout, et surtout et tant mieux, les illusoires prétentions
d’hégémonie les plus coriaces mais toujours et irrémédiablement en sursis !
Tous ressortent de ce combat d’apocalypse, couverts de sang et d’abats, car
l’hécatombe est prodigieuse, de ces milliers de cadavres. Les transports arrivent
et démontent en vitesse les panneaux de la cloture en commençant par le côté de
la mer, où tous ces guerriers se précipitent en hurlant leur contentement, pour
courir se jeter joyeusement dans cette eau bénie. Ils se déshabillent en courant et
plongent dans ce bleu fantastique et irréel qui vire au vermeil, car c’est autre
chose qu’en vidéo. Le rêve se vit dès lors les yeux ouverts, ils mettent même un
moment pour réaliser que plus un seul de leurs ennemis n’existent plus sur leur
territoire et celui des Espingos...ne reste plus que les Akadis, ce qui ne saurait
tarder.
Bien entendu, Central-Stratège Nº1, a de suite envoyé la bonne nouvelle en
Akadi, terminant ironiquement leur message par un : et vous ? Sachant
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pertinemment qu’ils ne doivent, vu le décalage horaire, attaquer que plus tard,
leur carnages devant suivre la course du soleil, pour finir à la dernière Sodome et
Gomorrhe d’un monde d’horreurs alors mort avec les Khuigs, Las Vegas.
La barrière est maintenant démontée, les panneaux déposés en vrac sur les
quais du vieux port, sur ce grand espace vers la jetée Sud, cet ancien parking et
héliport du Quai Laubeuf. Les esclaves accourent des hôtels pour voir de près
ces incroyables restes de leurs tortionnaires...leur stupéfaction est totale et
indescriptible...Il leur faudra des jours pour y croire vraiment, tant ce
bouleversement est radical et gigantesque. Les guerriers ressortent de l’eau après
y avoir barboté une bonne demi-heure, puis ils revêtent des combinaisons et
chaussures propres qui avaient été prévues et que leur amènent dix transports,
chacun servant les sections d’assaut suivant leur numéro...tout ayant été prévu et
organisé du mieux possible...Tout oui, sauf ce maudit MK-ULTRA...

Puis commence le déblaiement des corps et morceaux sur cette avenue


vermeille ; les ramasse-merdes entrent en action et commence alors une noria
épouvantable pour enlever la charogne de cette fastueuse boucherie. Les anciens
esclaves les plus robustes sont mis à contribution, et c’est avec grande joie qu’ils
participent à ce nettoyage décisif, concrétisation de leur réelle libération, car rien
ne pourrait mieux l’être que ces quartiers de viande infecte, seuls restants de
leurs tortionnaires. Circulant dans ce cloaque sanglant, ils crachent, pissent avec
dédain et mépris sur ces têtes connues et décapitées de ces monstres enfin
décimés...
Les voir ainsi est une fête. Ils hurlent leur joie, leur retour à cette vie qui les
avait fui depuis ces temps oubliés. Ils s’embrassent, se touchent, pleurent,
chantent, dansent, vont par ci, vont par là...Ivres de liberté d’aller et venir sans
but précis, sans crainte, sans cette peur panique qui vous broie les tripes...
Non, ils vont et font ce qu’ils veulent et, chose incroyable même, et dont il leur
faut un moment pour le réaliser, tant c’est fastueux et enivrant : PERSONNE,
vous entendez ? PERSONNE ne leur ordonne de faire quoique ce soit, à part
cette ahurissante demande courtoise de la part de leurs libérateurs, de bien avoir
la bonté, s’ils le veulent bien toutefois, de les aider à débarrasser l’avenue de ces
restes macabres : authentique, et aussi stupéfiant que cela puisse paraître !
Plus personne ne les commande, à tel point que certains, devenus d’une
incroyable audace, s’assoient sur le rebord d’un trottoir au milieu de toute cette
agitation délirante tout autour d’eux, et regardent, stupéfaits, ces gens qui
courent et travaillent sans que quiconque ne vienne leur dire quoique ce
soit...Ivresse totale de renaître brutalement. Renaissance et conscience jointes
dans un choc émotionnel d’une ampleur qui anesthésie, déconnecte
temporairement le cerveau...
Malgré cette noria frénétique de très nombreux ramasses-merdes, certains
équipés de larges pelles, il faudra plus d’une heure pour libérer l’avenue des
restes de ce carnage homérique. Les personnels de manutention, les code-barres
marrons et verts, branchent ensuite les manches incendies sur les bornes des
trottoirs, et ils nettoient tout ce sang caillé, bijoux et restes macabres qui partent
145
dans les égouts...Cloaque qui ressort à deux ou trois milles au large du Vieux
Port, à la sortie du collecteur central. Les poissons eux aussi vont être à la fête...
Ensuite, les sections d’assaut renforcées des volontaires ex-esclaves, puis de
plates-formes, retournent à leur points d’attaque respectifs, pour y ramasser tous
les corps qu’ils y avaient massacrés : ceux des gardes, des Khuigs et des esclaves
sexuels roses ; ces pauvres enfants déshumanisés, voués à l’horreur et l’infamie la
plus abjecte...Une nouvelle noria de ces plates-formess survolent encore la ville,
allant déverser leurs chargements macabres sur les grandes plates-formes encore
à poste au-dessus da la plage...Puis, le rythme de cet ultime nettoyage ralentit
lentement, puis stoppe complètement. Derniers tours de contrôles de tous ces
engins volants, plates-formes et motos...tout est ok.
La section d’assaut de l’aérodrome qui avait aussi participé à la tuerie
rédemptrice générale, retourna à Mandelieu chercher les plates-formes et leurs
chargements de cadavres, lesquels sont aussi déchargés sur les grandes de la
plage, ainsi de même, celles planquées dans l’ex-magasin Monoprix.
Tout est mort, fini, nettoyé...Les cinq grandes plates-formes chargées chacune
d’une énorme colline de milliers de cadavres d’humains et d’animaux, mais dont
personne n’a vraiment idée du compte exact, s’élèvent alors de quelques mètres
puis prennent la direction du grand large ; car en vue de la destruction de cette
montagne de cadavres, elles seront temporairement stockées à quelques
cinquante milles nautiques au sud de la baie, comme le firent les autres cibles de
Franki, les Espingo ayant fait de même...Il leur faut attendre la fin des opérations
en Akadi pour décréter officiellement l’anéantissement de cette race maudite.

C’est déjà plus de quatre heures de l’après-midi, et tous ayant une faim de loup
ils décident de faire un banquet sur l’avenue. Les libérés installent joyeusement les
tables et les sièges qu’ils sortent des hôtels, et les cuistots de ces derniers sont
mis à contribution pour leur préparer un casse-croûte avec ce qu’ils ont. Et c’est
ainsi qu’en discutant avec leur cher nouvel associé, Auguste Escoffier nº 2, de la
J.C.J.R.A.N.M.L.F, leur fameuse Joyeuse Confrérie des Joyeux Rôtisseurs
Associés du Nouveau Monde Libre et Fier, ouf ! qu’Angèle et Fernand
apprennent qu’il existe des entrepots frigorifiques où sont stockées les réserves
d’aliments, certainement pour toute la Franki, car Auguste vient d’apprendre
qu’il existe d’autres villes avec des esclaves, et ces entrepots se trouverait dans
l’ex ville de Saint-Laurent-du-Var, près d’une rivière, qui se révèlera être le Var,
et près du grand aéroport régional d’antan...L’Auguste avait appris ces détails par
un esclave de ce MIN, que s’appelle ce dépôt, alors qu’il avait été muté dans ses
cuisines...
Information transmise à Central-Stratège Nº1, qui y envoie huit bombardiers
ODC accompagnant dix sections armées jusqu’aux dents. Lesqu’elles trouveront
sur place une base abritant 362 gardes, qui rejoindront cruellement en enfer leurs
compagnons déjà froids, mais surtout, ils libèrent encore un contingent de
quelques mille esclaves qui ne savaient rien de ce qu’il advenait de ces

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marchandises stockées dans leur frigos. Selon leurs dires, ça arrivait et repartait
dans ces appareils volants pilotés par des gardes, et point final.
C’était là leur seule connaissance de ce monde, et on imagine leur stupéfaction
de voir arriver ces libérateurs, alors qu’ils n’avaient même pas conscience de leur
état de prisonniers, et la plus grande surprise encore, de découvrir que des
milliers de leurs semblables vivaient depuis toujours dans des villes à seulement
quelques kilomètres d’eux...Ils rejoignirent l’avenue Croisette, sidérés de pouvoir
voler et découvrir ces splendides paysages de cette côte sublime, et leurs
nouveaux amis. Appeurés quelques temps par cette foule immense de milliers de
gens exubérants et vadrouillants de partout...Puis eux aussi prirent conscience
que leur vie venait de basculer d’un coup dans un meilleur jusqu’alors
inimaginable mais pourtant devenu bien réel.
Les entrepôts regorgeaient de vivres de toutes sortes, il y avait là de quoi les
nourrir tous pour des mois...La fête passée, ces gens, accompagnés d’une section
de guerriers avec deux transports et trois perceurs, retournèrent à cet entrepôt
pour gérer et conserver en bon état ce précieux capital de vivres, sauf qu’ils
furent encadrés par un chef cuisinier et ses servants d’un de ces hôtels, en
attendant la suite...Ils aménagèrent dans les locaux alentours, hôtels et résidences
privées mais, le plus dur leur fut d’apprendre à se gérer eux-mêmes, leur temps
de travail ramené brutalement à huit heures par jours, ce qui leur laissait du
temps pour ne rien faire.

Central-Stratège Nº1 mis en place la deuxième et dernière phase : la libération


des esclaves des 483 exploitations agricoles de Franki, bases qui étaient toutes
répertoriées depuis longtemps déjà et dont les gardes allaient être militairement
éliminés. 911 appareils partirent de front vers ces derniers objectifs, ratissant leur
territoire. Les gardes furent tirés comme des lapins, massacrés rapidement, avec
dédain et sans pitié...Cent quatre-vingts plates-formes redescendirent du Nord en
zigzag pour ramasser ces derniers chargement de viande honnie et aller les jeter
sur celles stationnées au large de cette dite Côte d’Azur pourtant vérolée depuis
bien avant 2015.
A chaque camp, une petite section resta pour gérer ces travailleurs-zombies,
accompagné d’une équipe des personnels des cuisines des hôtels, avec un vrai
chef à leur tête, car il s’agissait de rapidement remplumer tous ces gens amaigris
par les privations et contribuer ainsi à ce qu’ils reprendrent goût à la vie ; et bien
sûr, ils se devaient en premier de détruire ces émetteurs de ces ondes qui les
maintenaient en cet état amorphe...

Le perceur filait à cent dix mètres d’altitude le long de la côte en direction de


l’Est, apparemment au hasard...Le pilote se retourna et s’adressa à son équipier.
-Enfin libres, chéri, s’écria Alexandra à l’adresse de Claude, depuis qu’ils
venaient de retrouver le commandement de leur perceur ; c’est fabuleux et
presque difficile d’y croire après cette vie passée à se cacher comme des voleurs.
147
-C’est tellement brutal que je ne puis m’empêcher d’avoir toujours ces réflexes
de se cacher, oui...ce qui veut dire que nous allons devoir apprendre à évoluer au
grand jour, et refouler en nous ce comportement automatique de furtivité...qui
nous a cependant permis de reconquérir notre monde, il ne faut pas l’oublier
non plus. C’était bien la seule manière d’y parvenir : furtifs et mortels, tel furent
nos atouts maîtres. De la démarche feutrée et furtive de la panthère, nous allons
pouvoir enfin vivre et nous éclater comme des singes bruyants et farceurs...
Elle rit de bon coeur...
-Tu aurais quand même pu touver une autre comparaison qu’un macaco, mais
enfin...c’est bien vrai...Mais tu sais, chéri, ces carnages m’ont comme libéré d’un
énorme poids qui m’étouffait...Maintenant je me sens d’une incroyable, d’une
fantastique légèreté morale...Je me sens être un fantasque papillon après ce
pesant pas hésitant d’un cloporte ; c’est l’image la mieux représentative de mon
état mental présent : la légèreté arachnéenne de la voile irradiante de l’aile
chamarrée de cet insecte, contre un ancien pesant et sombre cloporte.
-Cloporte...cloporte, c’est un peu vite dit, moi j’aimais bien mon beau cloporte
roux comme un soleil ; Claude la prit dans ses bras puis, réfléchissant un instant,
il s’écria joyeux : alors chouette, au diable le macaco ! Voici un papillon
irradescent, je n’y tiens plus et gagne au change ; il tenta de l’embrasser mais elle
se défila adroitement de cette étreinte qui risquait d’aller bien loin...
-Claude, pardonne-moi. Il me reste une chose à faire très importante pour
moi...c’est personnel. Je ne t’en avais pas parlé jusqu’alors car c’était un simple
projet, un rêve plutôt, barré par l’inconnu de la reconquête, mais maintenant il
est accessible et je compte bien le réaliser.
-Et si tu me disais de quoi il s’agit, hein ? Ma belle et irradiante borboleta ?
(papillon en portugais)
-Vois comme c’est simple en fait : je veux tenter retrouver le bateau de mes si
lointains arrières grands-parents, le yacht de Michael et d’Alexandra...Ça me fait
toujours une impression étrange de citer son nom, qui est aussi le mien ; alors, je
veux explorer tous ces ports pour le retrouver...Ce bateau s’appelle Beija-Flor,
c’est le nom du colibri, au Brasi, et veut dire Baise-Fleur, c’est joli, hein ?
-Ravissant et fort poétique mais, sais-tu où ce bateau était basé, dans quel port ?
il y en a des dizaines sur cette côte...
-Malheureusement non, des seuls documents qui me sont parvenus, il n’est
aucune mention du port.
-Et, si ce n’est pas indiscret, que comptes-tu faire de ce tas de ferraille ? si
toutefois il n’a pas coulé comme beaucoup d’entre eux.
-Rien, du bateau lui-même bien sûr, mais Alexandra a laissé quelques
documents, et dans l’un d’eux elle parle d’un bijou, un ensemble en or que lui
avait offert son amour-passion, son Michael, alors qu’ils étaient en croisière en
Grèce, « Pays d’azur et d’émeraude et de lumière céleste », disait-elle, et qu’ils adoraient
tous deux passionnément. Michael lui avait acheté cette modeste parure
composée d’un collier, deux pendentifs, une bague et un bracelet, dans l’île de
Lesbos, ou Mytilène, dans ce port du même nom, au Sud-Est de l’île, au fond
d’une grande baie bien protégée. Là...tu sais chéri, je connais leur histoire par
148
coeur ; ainsi donc, expliquait-elle passionnée, les artisans joailliers travaillaient
dans de nombreuses petites échoppes dans ce dédale de ruelles ondulantes entre
les maisons blanches, décor typique de ces îles grecques, où ils vendaient leurs
magnifiques créations au poids, à la balance romaine de précision, comme des
simples fruits et légumes...
Et, dans la précipitation et l’angoisse de ce désastre de 2015, cet ensemble dont
elle tenait comme à la prunelle de ses yeux, fut oublié dans son petit coffre-fort
de sa cabine, dont elle indique l’emplacement secret autant que le code du même
genre, pour l’ouvrir ; disant que si un de ses descendants le retrouve un jour par
miracle, qu’il ou elle soit béni pour l’étrernité, et de le garder précieusement car il
est le symbole puissant d’un amour démesuré et éternel...Voilà pourquoi je veux
retrouver ce bateau, tu comprends mieux maintenant, mon amour, toi aussi.
-Maintenant oui...mais j’y pense, pourquoi se casser la tête et perdre notre
temps à le chercher ; il n’y a qu’a passer un message radio à tous, et leur
demander de chercher ce bateau. Je suis persuadé que s’il existe encore, un de
nos appareils va le trouver en peu de temps, tu paries ?
-Ma foi, t’as raison, et suis bien bête de n’y avoir pas pensé moi-même...Je
l’envoie illico !
Message qui partit sur les ondes, libellé comme suit « Attention, à tous, je répète, à
tous ; d’Alexandra de Girelles, perceur P-648 ; je lance l’avis de recherche suivant : Chercher
un de ces grands bateaux à moteur ; couleur de la coque, blanche ; longueur 29 mètres ; son
nom : Beija-Flor, j’épelle : Bravo - Echo - India - Juliett - Alfa - tiret - Foxtrot - Lima -
Oscar – Romeo. Terminé. C’est le bateau de mes grands-parents, dont vous connaissez tous
l’histoire. Trouvez-le moi, s’il vous plaît, c’est important pour moi, merci à tous. »
En quelques secondes, des centaines de leurs appareils allaient fouiller tous ces
ports et marinas...Des milliers de bateaux restaient encore aux amarres, malgré
les autres milliers échoués le long de cette même côte farcie d’écueils, et qui
furent des pièges mortels pour tous ces capitaines amateurs autoproclamés, qui
tentèrent la croisière sur ces eaux de rêve...finissant inéxorablement sur ces
caillasses, selon la terminologie locale des marins locaux d’antan.
Ce qui prouve une fois encore que l’union fait la force, il ne se passa pas dix
minutes que la radio cracha la bonne nouvelle : le Beija-Flor était retrouvé,
amarré au port d’Antibes. Le pilote du perceur qui le trouva, Alice, une gamine
de quatorze ans, les attendait à la verticale du bateau...De Mandelieu il ne leur
fallut que trois minutes pour que le P-648 la rejoigne ; Alice lui fit bonjour en
souriant de derrière son pare-brise, puis elle repartit...
Alexandra stationnant à cinquante mètres d’altitude, observe ce grand port de
1.700 places, le plus grand de la côte, Port Vauban, lui indique l’antique plan sur
papier vermoulu qu’elle à sorti d’un tiroir...Cette citadelle existante depuis des
siècles, surplombant l’entrée du port, puis la grande jetée délimitant le plan d’eau
à l’Est...Plan d’ensemble assez complexe, offrant divers bassins selon la grandeur
des bateaux. Selon ce plan, le Beija-Flor est dans ce bassin qui est dans le
prolongement de l’entrée, mais derrière la quai d’honneur, passé le poste de
carburants par l’Ouest...Il est amarré vers le fond du bassin, au quai Ouest

149
faisant face à une grande prairie. Alexandra se rend compte que cette localisation
bien protégée des tempêtes l’a épargné des risques majeurs.
Sur ce quai d’honneur et devant une construction élevée en forme de
champignon, dont son plan lui donne comme étant la Capitainerie, elle aperçoit
derrière une épave d’un grand camoin rouillé, le haut du fuselage d’un chasseur
Khuigs, à environ quatre cents mètres. Ils vont le contrôler, mais il est vide.
Tous ces quais regorgent d’épaves de voitures abandonnées et rouillées, pneus
crevés, certaines vitres cassées. Spectacle de totale désolation que ces ports, car
entre les bateaux et les véhicules sur les quais, ce n’est que rouille et crasse à
perte de vue ; de ces unités qui étaient le fleuron orgueilleux de leurs
propriétaires d’alors. Et que dire du vacarme assourdissant produit par ces
milliers d’oiseaux marins qui nichent sur ces bateaux, et protestent bruyamment
de leur arrivée intempestive dans leur lieux de résidence.
Elle pose le perceur à quatre mètres devant la coupée du Beija-Flor, puis ils
descendent...Elle regarde, émue, ce bateau qui fut magnifique et un des foyer de
ses aïeux, et qu’ils adoraient, où ils s’étaient rencontrés et aimés pour la première
fois et, oû elle le savait, ils avaient vécu un amour intense et merveilleux, comme
dans un rêve éveillé...Le bateau à une légère gîte sur tribord mais il semble en
bon état de conservation, les fortes amarres ont tenu face aux tempêtes.
Ils allaient monter à bord quant arriva en trombe un perceur qui se posa à côté
du leur et en descendirent en courant, Marion et Hugues, qui avaient bien
entendu suivi le déroulement de cet appel de recherche...Marion, folle de joie,
s’élança vers eux et les deux Femmes s’étreignirent avec chaleur, puis elle lui dit.
-J’ai accouru vite fait pour savoir quel trésor se cachait dans ce bateau, hein ?
petite cachottière.
Tous de rire de bon coeur, puis Alexandra lui raconta l’histoire de cette parure
qui n’a que pour unique valeur, celle inestimable de sentimentale, ce qui est bien
plus précieux encore, voilà, lui dit-elle.
-Parfait, répliqua Marion, et si nous y allions tous, à condition toutefois que
madame l’héritière daigne nous accepter sur son navire ; mazette, quel chic ! rit-
elle en se moquant affectueusement.
-Madame, vous prie de la suivre instamment, répondit Aklexandra en riant, tout
en mettant un pied sur la coupée encore à poste.
Sur ce, sur le quai, à six ou sept mètres d’eux environ, les épaves de deux
voitures les plus proches sont d’un coup transformées en flammes ; ils lèvent la
tête et voient un perceur qui les surplombe de cinquante mètres et, stupéfaits, ils
voient son numéro d’identification : P-1752, ce fameux perceur qui accomplit
ces prouesses ; ce pilote, Jacques, devenu le héros de cette reconquête.
Tous les quatres se demandent bien le pourquoi de sa venue fracassante, et
attendent qu’il se pose, ce qu’il fait lentement...lentement...l’avant tourné vers
eux et à un mètre devant eux à la verticale...le perceur descend...descend...puis
enfin, ahuris, ils découvrent enfin le pilote ; Clovis, qui se marre comme un
bossu. Le perceur se pose et le pilote sort en courant de son engin transpercé
comme une passoire et se jète dans les bras de sa mère, Marion...qui en bégaie de
surprise et d’émotion durant au moins deux minutes.
150
L’arrivée de son fils est une fête et en même temps amène une montagne de
questions, auxquelles ce dernier arrivé dit qu’on aura tout le temps d’y répondre
plus tard, car pour l’instant il meurt de savoir ce que cache ce bateau.
Alexandra rit aux éclats et lui dit.
-Je vois, Clovis, que tu es aussi curieux que ta mère ; mais soit le bienvenu, je
suis très heureuse et fière de saluer le grand héros de la reconquête..Oui, oui, je
sais aussi...tu nous raconteras tout cela plus tard, ok ! Mais dis-moi, comment
savais-tu que Marion serais ici ?
-Franchement, ma belle, lui dit-il avec son aplomb habituel, qui laissa un instant
pantoise la belle en question, inutile d’être devin ni même d’avoir un QI de 150,
ce qui ne se trouve pas sous les pieds d’un cheval, entre nous soit dit, car tout le
monde sait parfaitement que quand on voit l’une, désignant Alexandra, l’autre
n’est jamais bien loin, ou pas pour longtemps ; et voilà, les grands, satisfaits ?
Ils l’étaient certes, mais sidérés aussi par son culot et esprit si vif.
-Alors, puisqu’il il n’y a plus personne qui se montre, dit Hugues, si nous y
allions ?
Clovis s’avance alors vers lui, et levant la tête devant ce géant, lui dit.
-Hugues, je tiens à te remercier chaleureusement pour avoir pris soin de ma
mère, merci Hugues.
-De rien, fiston, je te l’avais promis, alors...
Marion s’esclaffe et les deux mains sur ses hanches prend les deux autres à
témoin.
-C’est un monde de voir ça, hein ? comme si je ne savais pas prendre soin de
ma peau toute seule !
-Allez, en route ! s’esclama Claude, sinon on va prendre racine sur ce quai ; et
ils montent enfin les uns après les autres...déclenchant une encore plus vive
protestation de la volaille marine installée à demeure.
Par les vitres couvertes d’une épaisse crasse on aperçoit vaguement l’intérieur
d’un salon cossu...Claude constate de suite que la serrure à été fracturée...Hugues
s’avance, ouvre la porte et entre, la main sur la crosse de son pistolet, tous font
silence...C’est le calme complet, une méchante odeur de renfermé et de moisi
empeste les lieux, mélangé à une odeur bizarre et puante dégagée certainement
par les réserves de carburant. Toutes les tentures et tissus des fauteuils sont
fanés, des rideaux pendent, une épaisse poussière recouvre les meubles ; au sol,
une épaisse moquette d’un blanc jauni et taché de moisi...À gauche, un escalier
en collimation descend visiblement vers les cabines arrières. Face à eux, à gauche
encore, une coursive latérale mène vers l’avant.
-Allons de suite à l’avant, dit joyeuse Alexandra, dans sa cabine du poste
d’équipage. Ils avancent dans cette coursive babord, passent devant la porte
ouverte de la cuisine, descendent un escalier en colimaçon et débouchent dans
une autre coursive. Ils vont de nouveau vers la gauche, vers l’avant, vers le poste
de l’équipage, suivant toujours Alexandra...lls arrivent enfin devant la fameuse
porte qui est bloquée ouverte, ils entrent dans une petite cabine agréablement
décorée et dont on se rend nettement compte à la décoration que l’occupant
était une Femme...
151
Alexandra sort un papier de sa poche, le dépli...Elle trouve rapidement le coffre
encastré dans la boiserie d’une cloison et sous le châlit de sa bannette...tous de la
regarder en silence...Fébrile, Alexandra entre le code sur la molette à numéro...un
déclic, elle attend, n’osant pas l’ouvrir encore...Puis elle se décide et l’ouvre enfin
et trouve l’écrin moisi minutieusement décrit par son aïeule, l’ouvre...et tous
peuvent admirer cette parure en or d’une facture simple et pure, mais d’une
valeur inestimable aux yeux de tous...Elle trouve encore quelques babioles : un
stylo à plume marqué de son nom, quelques papiers, des billets de banque ainsi
qu’une montre-bracelet ordinaire et un magnifique nautile enroulé dans un linge,
ainsi qu’une statuette en bronze représentant Dionysos, le dieu grec de la vigne,
de l’amour et de la fête, pour eux tous.
Alexandra serre ses trésors contre son sein, des larmes d’émotion coulent sur
ses joues, heureuse, béate...
-Et si nous remontions, s’écrit Marion, car franchement ça sent pas bon...
Et les voilà repartis en sens inverse et à la queue leu leu, remontant l’escalier.
Marion ouvre la marche, suivie de Clovis, Hugues, Claude et Alexandra qui jète
un dernier regard ému sur cette cabine qui abrita les amours des siens...
Ils débouchent sur le pont principal...repassent devant la cuisine, et là, Marion
stoppe et se retourne pour, en riant, parler à Hugues dont le torse émerge à
l’instant de l’escalier, Clovis toujours sur ses talons, encore sur l’avant dernière
marche...Elle se remet en position d’aller de nouveau de l’avant quand, la tête
encore à demie tournée vers l’arrière, elle entreaperçoit vaguement du coin de
l’oeil droit, un mouvement bref de quelque chose, là-bas, à l’autre bout de la
coursive, dans le salon...
-Attention, les prévient-elle à voix basse, il y a quelqu’un dans le bateau...Puis,
sans prévenir, elle dégaine son couteau et fonce d’un coup dans la coursive,
craignant que cet inconnu ne s’échappe...et, alors qu’elle débouche dans le salon,
du coin de la cloison, à sa gauche, pendant qu’elle entend son fils lui hurler
quelque chose...se dresse brusquement devant elle un garde avec son couteau à la
main et, à la même fraction de seconde, les deux emportés par une gigantesque
vague de haine, se poignardent sauvagement en plein coeur.
Clovis, de la voir courir subitement voit en un flash aveuglant la lame qui
attend sa mère au détour de la coursive, il hurle comme un fou pour
l’arrêter...trop tard...bien trop tard, mille fois trop tard ; alors qu’il court lui aussi
pour la sauver...mais là-bas, les deux corps tombent...lentement...lentement,
comme dans un cauchemard qui lui ravage le cerveau...il court, court...sa mère
est morte déjà, il le sait...elle est à genoux, comme le garde, leurs deux corps
s’épontillent mutellement, appuyés contre l’angle de la cloison...
Il y en a d’autres...il y a dautres ennemis dans ce salon, il les sent, vers la
gauche...et cette coursive qui n’en finit jamais...il va y être enfin...En pleine
vitesse il fait un roulé-boulé par-dessus la tête de sa mère et en passant, le long
de son dos, sa main droite a agrippé la poignée de son katana qui, dès la sortie
violente de la lame de son fourreau, une sorte de trainée lumineuse suit le lame et
en deux secondes Clovis se trouve entouré d’un halo lumineux qui disparaîtra
aussitôt fini de se servir de l’arme, alors irradiante d’une scintillante clarté...
152
Alors qu’il atterrit deux mètres plus loin dans ce salon maudit et se retrouve en
un éclair en position de combat, jambes fléchies et écartées, le sabre tenu à deux
mains, lame verticale, la poignée au niveau de sa tête, sur le côté droit. Ils sont
bien là, il le savait...Un couple de porcs puants et trois roses : un garçon de 18
ans, une fille de 15 ans et une fillette de son âge.
Tous le regardent stupéfaits et terrifiés de son arrivée brutale et de son regard
froid et intense et qui déjà les tue. Le Khuigs, la haine dans les yeux, éructe
l’ordre à ses esclaves de le tuer. Ces derniers foncent aussitôt, le grand le premier
car le plus rapide...
La lame s’abat en un han de rage et de haine, le corps du garçon à le torse
ouvert en deux, de la clavicule jusqu’à la ceinture, il s’écroule...Il n’est pas encore
au sol que Clovis tournoie et sabre à bout de bras, il décapite la fille la plus
grande qui arrivait sur lui...son mouvement circulaire à peine finit, la fillette va
être aussi sur lui, visage déformée par une horrible grimace de peur et envie de
tuer mélangées, les yeux fous...Il lui décoche, en extension brutale de la jambe
gauche, un violent coup de pied sous la machoire qui craque, envoyant
violemment sa tête en arrière et brise net les vertèbres cervicales...elle
s’écroule...Il fonce, lame tenue à deux mains et levée sur le côté, pointée en avant
pour tuer les Khuigs recroquevillés dans ce coin de meuble, tremblants, abjects,
immondes ; quant à la dernière seconde, deux énormes mains le stoppent dans
sa course ; Hugues, le visage blême, les larmes inondant son visage lui dit de les
laisser faire maintenant, qu’il en a déjà fait plus que son compte en ces dix
secondes...
Tous les ont rejoints, catastrophés, anéantis par cette si brutale et impensable
mort...Hugues se penche et sépare les deux corps...Il hurle de désespoir, donne
des coups de pieds rageurs dans ce corps pourri de ce garde, le prenant
sauvagement à la gorge, tentant de le tuer de nouveau...Claude l’écarte
doucement, lui dit de les laisser faire...Avec Alexandra, il enlèvent le poignard de
sa poitrine et étendent le corps de Marion sur la table basse...Tout se déroule
comme dans un film au ralenti, tant ils sont anesthésiés ; Hugues s’est laissé
tombé dans un fauteuil, duquel s’envole un énorme nuage de poussière qui
l’engloutit ; il se relève d’un bond et éternue, et il reste là, les bras ballants,
anéanti, hagard, ses larmes coulants à flot...
Clovis, le visage sans réaction, comme déconnecté de la réalité, lentement
s’approche de sa mère, l’embrasse sur les deux joues, lui prend une main, et reste
là...Il est seul maintenant...les autres ont disparu de son champ de vision et il la
voit...elle est sereine, radieuse même, elle lui parle alors - « Clovis, mon enfant chéri,
personne ne pouvait me sauver, c’était mon destin, tu le sais...pardon...ne regrette rien, et dis à
mon cher compagnon, Hugues, qu’il fasse de même. Dis-lui qu’il m’a rendu heureuse et que je
l’en remercie. On m’attend maintenant, j’ai accompli ma mission de vous libérer...sois heureux,
Clovis, tu le mérites car tu es un coeur noble...adieu à tous, je t’aime. » Il vit alors une
forme humaine entourée de voiles blancs éclatants et vaporeux s’approcher de sa
mère qui devenait de plus en plus évanescente. Il reconnut une femme, c’était
Céline, qui prit la main de sa mère...puis, il entendit leurs rires cristallins allant

153
diminuant quand elles s’envolèrent lentement et disparurent dans une
faramineuse clarté lumineuse et scintillante...
Les trois adultes le regardaient, sidérés, Clovis était debout, une main de sa
mère dans les siennes, le visage levé et émerveillé...Ses yeux reflétaient une paix
et joie intense, de ce qu’il voyait, ostensiblement. Puis, il parut comme sortir d’un
rêve...les regarda, regarda le corps de sa mère, les corps étendus des roses et du
garde, puis les deux monstres Khuigs, son regard fut alors chargé d’une haine
intense...Il tendit la main à Hugues et le pria de se mettre à genoux devant lui, ce
que ce géant fit comme un automate, dépassant Clovis encore de plus d’une
tête...Ce dernier lui fit prendre une main de Marion dans les siennes
gigantesques...puis il leur parla, doucement, calmement, le regardant dans les
yeux, une main posée sur son épaule.
-Hugues, je viens de lui parler, elle va bien...Elle nous demande de ne rien
regretter, car c’était son destin, c’est vrai, et elle est heureuse d’avoir accompli sa
mission de nous libérer...À toi, Hugues, elle te remercie de l’avoir rendu heureuse
et de continuer ta vie de même...elle vous salue tous...Je l’ai vu partir avec
quelqu’un qui l’attendait, a-t-elle dit, qui lui a pris sa main...c’était Céline...elles
sont heureuses maintenant, voilà.
Ils mirent le corps dans un sac mortuaire et le mirent dans le perceur
d’Alexandra, qui était totalement effrondrée...Sa meilleure amie venir se faire tuer
dans ce bateau, en ce jour de pure joie, avait de quoi anéantir le plus coriace.
Mais ces paroles de ce garçon lui avaient réchauffé le coeur...cette incroyable
histoire de Céline venant chercher son amour, c’était surnaturel. Durant ce
temps, Claude, à la radio, passa la nouvelle de la mort tragique de Marion, leur
disant qu’il restait encore deux pourris de Khuigs à faire valser, que ceux que ça
intéressaient n’avaient qu’à venir, et qu’ils reconnaîtront l’endroit au léger
embouteillage qui va survenir dans peu de temps. Il raccrocha satisfait.

Ils les firent se mettre nus puis rejoindre le quai...le temps que cela prit, une
nuée de perceurs et transports couvraient le port, mis à part une bonne centaine
arrivés les premiers, plus aucun ne pouvait se poser...Le plus difficile fut les
nombreuses options du comment les massacrer, discutant devant les deux
condamnés, qui de ce fait pouvaient apprécier du sérieux de leur situation, et de
la grande compétence au carnage de ces étranges guerriers. Ils apprirent ainsi
qu’ils étaient les deux dernières charognes puantes de leur race de merde, et
qu’ils allaient rejoindre les leurs en enfer, en crevant le plus lentement et
douloureusement possible...D’un commum accord, tous donnèrent à Hugues le
privilège de commencer, mais le priant de surtout se retenir de ne pas les mettre
en bouillie de suite, réflexion qui déclencha le rire général.
La foule fit un grand cercle, tous au coude à coude.
Hugues, les yeux injectés de sang, le visage déformé par la haine, décocha un
violent coup de poing sur l’épaule du mâle, tous entendirent les os éclater avant
les hurlement de douleur du porc...La truie qui sécartait de ce monstre reçue
d’un revers une gifle à poing fermé qui lui arracha l’oreille et une partie de la joue
gauche ; il alla sur elle et au milieu de ses hurlements, il la renversa au sol puis, la
154
tenant sous son genoux lui écrasant son ventre mou, il coupa ce morceau de sa
viande pendante, lui ouvrit la bouche avec sa lame et le lui enfourna
dedans...mais la truie semblant s’étouffer, de peur qu’elle y passe, il lui arracha ce
morceau de sa bouche et la giffla avec...
Puis il demanda à un gars de tirer un sceau d’eau de mer...qu’il lui balança sur la
tête, le sel la faisant gueuler de plus belle...Il retourna vers le julot qui se tenait
son épaule de l’autre main...Il lui rabotta sauvagement un tibia de haut en bas
avec le bord de la semelle d’une de ses bottes, l’os fut mis à nu, puis il lui envoya
un coup de pied entre les jambes, que le gros porc en fit un bond de trente
centimètres ; du coup, toujours hurlant, il ne savait plus ou se tenir, l’épaule, le
tibia ou les roubignoles...Toute l’assistance riait de bon coeur...
Puis, à la surprise de tous, Hugues abandonna, car dit-il, blanc de rage, je peux
plus me retenir, les gars, je vais les crever de suite, alors il vaut mieux que ce soit
vous qui êtes calmes. Sage décision.
Ils décidèrent de s’y atteler à deux, chacun un porc et cinq minutes durant, pour
que le maximum d’entre eux en profitent ; ça ils n’étaient pas égoïstes, de vrais
frères de coeur. Cela dura presque deux heures, la femelle tint encore le coup
mieux que son julot...Au final, ils étaient en morceaux, et ils crevèrent car vidés
de leur sang pourri. Il y avait des morceaux de viande sur tout le quai...un nuage
de mouettes et gabians rendus fous de voir ces morceaux de viandes à l’étal,
tournoyaient dans un vacarme assourdissant à ras des têtes de ces guerriers hors
du commun.
Les appareils repartirent ; ils sortirent les autres cadavres du bateau et
appelèrent une plate-forme par radio pour aller jeter toute cette vainde immonde
sur celles qui étaient au large...Quand ils sortirent du bateau avec le premier
cadavre de roses, le quai était un nuage de ces oiseaux charognards, car ils
avalent tout ce qui se présente sans distinction aucune, du moment que ça
s’avale ; le tout dans un vacarme assourdissant de cris et piaillements à se
bagarrer un morceau de tripe, de foie, de coeur, un oeil, un orteil, la verge, un
doigt, une couille, une oreille, un bout de nichon-bouse, un scalp, une langue, un
quartier de fesse, un nez...
Claude reprit le micro et entra de nouveau en contact avec tous ; il leur
expliqua son idée qui était fort logique et simple. Puisqu’ils avaient perdu
stupidement une des leurs sur ces bateaux, car les croyant vides, qui pouvait
prouver que les autres bateaux ne cachaient pas d’autres de ces pourris, dans
tous ces ports et marinas ? Il proposa donc de les incendier puis de les couler
tous jusqu’au dernier ; en s’y mettant tous il y en avait pour deux ou trois heures.
Ainsi, ces milliers de yachts furent coulés ; toute cette côte fut couverte d’une
fumée noire et nauséabonde, comme l’avait été sa véritable âme corrompue et
abjecte, vouée à la seule gloire de son dieu immonde, Mammon ; tous ses
habitants de toujours vendus corps et âmes aux puissants du jour...ceux des plus
infâmes et abjects de préférence.

La Vie devait continuer, la conquête continuait aussi, le travail n’était pas fini.

155
Clovis laissa son perceur troué comme un passoire et ils repartirent avec celui
de sa mère ; Hugues lui demanda, sérieux.
-M’acceptes-tu comme psycho ?
-Non, comme mon égal ; la fonction de psycho est morte avec l’ennemi. Je sais
que ma mère t’aimait beaucoup, Hugues, c’est donc que tu es un Homme bien,
nous sommes donc partenaires, frères et amis, d’accord ?
-Marché conclu, Commandant, lui dit ce géant ravi, impressionné par ce petit
personnage d’une telle autorité...Ils se serrèrent la main...
La Vie continuait, le perceur décola avec un nouveau pilote...qui comme son
illustre mère est aussi le Super Héros de la reconquête. Clovis prit par radio les
dispositions avec Jennifer Chancellor pour l’enterrement de sa mère, selon ses
directives précises. C’est elle qui se chargera de tout, il savait pouvoir compter
sur elle. Georges, au nom du Conseil des sages lui transmit leurs condoléances, la
conquête pouvait poursuivre son chemin...Marion les suivait de là-haut, il le
savait et ça lui réchauffa le coeur, il lui envoya une pensée d’amour.

Alexandra fut incapable de piloter, c’est donc Claude qui prit le manche...
-Claude...passons sur tous ces poncifs sur la mort de Marion, notre tristesse,
etc., chacun le vit avec ses tripes et seul face à lui-même. Mais ce qui me
préoccupe le plus pour l’instant, c’est ce jeune enfant, son fils, ce Clovis. De le
voir avec ce calme apparent me chavire le coeur, car il adorait sa mère et je suis
donc certaine qu’il doit souffrir énormément et qu’il ne peut l’exprimer, peut-
être ; et j’ai peur que ce chagrin rentré ne nuise à son équilibre émotionnel,
psychique...C’est pas normal un tel calme chez un si jeune enfant.
-Oui, j’ai pensé la même chose...mais que pouvons-nous y faire ? Il semble si
sûr de lui, que pour parler franc ça me met mal à l’aise.
-Il me semble qu’il faudrait le rapprocher le plus vite possible d’autres enfants
de son âge, ou plus âgés même, c’est mieux, car il est si précoce que je le vois
mal supporter des gamins, surtout après ses exploits véritables et incroyables...
-Oui, t’as sans doute raison...non, pas sans doute, tu as raison, comme toujours,
mon ange...et, te connaissant bien aussi, quelle idée as-tu dans cette jolie
tête rousse ? car je suis persuadé qu’idée il y a, dans cette caboche. Je me
trompe ? lui dit-il en souriant.
-Si fait, tu me connais bien...mon idée est si simple et d’un commun que j’ai
bien failli ne pas y penser, et cette idée peut de plus bénéficier à deux personnes.
-Puis-je savoir enfin lesquelles ?
-Voilà...Clovis est un garçon hyper dynamique.
-Ah ! pour ça, foutre oui ! dis plutôt que c’est une bombe et n’en parlons plus !
-Donc, comme pour tout, l’harmonie se trouvant dans une judicieuse
association des contraires, le plus difficile étant le dosage. J’ai donc pensé,
discrêtement et comme par le plus pur des hasards, bien évidemment, lui faire
rencontrer une fille un peu plus âgée et qui est totalement son opposée...douce,
rêveuse, sensible, très féminine, intelligente, grande culture...

156
-Et qui est la fille rêvée pour ramener ce garçon vers des sentiments Humains,
et qui s’appelle Suzanne, ta fille !
-Mais, comment as-tu deviné ? lui dit-elle stupéfaite.
-Tu parles que je te connais quelque peu, non ? mais effectivement, ça sortirait
ta fille de disons, sa...sa sorte de fausse nonchalance, car c’est en réalité une autre
bombe cachée et qui s’ignore, elle aussi, et les ramènera tous deux sur terre ;
excellente tactique, bravo Commandant !
-Ouf ! t’es vraiment du même avis alors ?
-Oui, tu as raison, cela sera bénéfique à tous deux...mais...
-Mais ?
-Mais il faudra surtout pas que ces deux-là suspectent ta savante magouille. Il
faudra qu’ils soient persuadés qu’ils se découvrent eux-mêmes, par hasard, car
sinon...je préfère même pas y penser.
-Marché conclu...Je vais gamberger sec à la façon du comment et du pourquoi
ils se rencontrent. Ah ! ma Gaïa, que faut-il pas faire pour l’amour !
-C’est bien vrai...et te voilà virée entremetteuse, qui l’eut cru ? Poil au...
-Ah c’est malin ! dit-elle en éclatant de rire à cette plaisanterie vieille comme la
Franki, mais qui reste toujours drôle et populaire, ce qui en fait justement son
titre de noblesse.
-Tu ne crains pas cependant que le fait que ta ravissante Suzanne, étant plus
âgée ne...
-Non, dit-elle, lui coupant la parole, l’âge n’est pas une barrière, car elle n’a que
trois ans de plus que Clovis, non...ce que je crains plutôt, c’est que de ce fait elle
soit un peu plus grande que lui en taille, alors...
-Alors là, aucun problème, ma caille, dit-il d’un ton sérieux et autoritaire, car je
revois toujours mon grand-père me dire, quand j’étais adolescent, « Fiston, n’aie
crainte et n’aie pas peur de t’attaquer à Femme plus grande que toi, car quand on est couché,
dis-toi bien qu’il n’y a que les pieds qui dépassent ! »
Alexandra éclata de rire aux éclats et lui donna des claques sur la tête...Il lui
attrapa son bras au vol en riant aussi, puis la coucha d’un revers sur ses genoux...
-Ça fait du bien de te revoir rire comme une folle, mon amour-soleil...puis ils
s’embrassèrent passionnément à pleine bouche...Enfin, c’était bon, se dit-elle, de
se laisser enfin aller de nouveau dans les bras de son être-miroir. Enfin lâcher la
bride à sa passion et ce feu charnel qui uni et dévore deux êtres en une parfaite
communion de leurs âmes...Sentir contre sa joue cette poitrine virile et s’y blottir,
se faire toute petite, enserrée par ces deux bras robustes ; sentir ce souffle
d’Homme qui vous fouille et vous tourneboule l’âme, rendant la plus farouche
des guerrières, poupée de chiffon mais, qui d’un mot doux murmuré à
l’oreille...une caresse qui effleure la joue ou un sein...un regard dans lequel on se
noie dans son reflet, on revit miraculeusement à la passion dévorante puis, alors
que l’on croyait exister de nouveau, cette onde folle, brutale, qui vous étreint la
poitrine, et descend, descend...boule de feu qui vous ravage le ventre et les reins,
pour venir exploser entre ses cuisses, super-nova dévastatrice à l’appel d’un
totem de braise qui viendra appaiser cette divine souffrance de l’attente
libératrice...
157
Ah Gaïa ! Gaïa ! Ô toi, ma douce Gaïa ! Comme il est bon cet amour qui nous
transcende...Que serions-nous alors sans ce fleuve impétueux qui nous emporte,
minuscules fétus livrés à sa douce et sublime folie...Il nous fait dieu, mais des
dieux aux pieds d’argiles, heureusement, mais qui se fortifient sans cesse de cette
dévotion entière à l’autre, à cet être aimé qui délicieusement vous torture,
donnant cette perpétuelle attention à son miroir enchanté...à tous les autres aussi.
Ah Gaïa ! Ma douce Gaïa ! Qu’on voudrait y mourir.

Le lendemain, quand il fit grand jour, tous se réveillèrent peu à peu, tous
fourbus de cette journée mémorable à égorger et découper vivants leurs
ennemis. Puis, la grande nouvelle arriva : l’Akadi était libre aussi, les monstres
avaient définitivement cessé d’exister ; leur planète était libre de toute souillure
vivante, seuls restaient ces monstres de laideurs qu’étaient ces villes et sites
industriels, mais leur sort était programmé et viendra en son temps : leur
destruction et disparition.
Central-Stratège Nº1 entra alors en contact en clair avec leurs frères Espingo et
Akadis ; fini les transmission en code, la planète était la leur et plus rien ne les
empéchait de communiquer librement, comme de toutes leurs activités
maintenant ; mais, restait une tâche vitale et la plus urgente : rapidement éliminer
ces montagnes de cadavres avant qu’ils ne déclenchent une épidémie.
Le problème avait été prévu depuis des lustres, sauf qu’ils se retrouvèrent avec
beaucoup plus de morts qu’escompté ; le total des deux régions confondues
d’Euromorte devait avoisiner les deux cent cinquante mille cadavres, sinon plus,
et des pesants, pas des gringalets. Le plus maigre des Khuigs adultes devant
peser allègrement ses deux cent cinquante livres, et les gardes pas loin.
Un tel stock de milliers de tonnes de viande avariée n’était pas une plaisanterie,
mais bien une urgence sanitaire des plus pressante et, la question déterminante
était simplement la suivante : comment se débarrasser rapidement d’une telle
quantité de cadavres ? La seule réponse plausible venant de suite à l’esprit :
l’incinération. Méthode répondant parfaitement à l’impératif sanitaire ; mais, car
il y a toujours un mais, comment donc faire pour pouvoir incinérer une telle
masse de cadavres en très peu de temps, soit en un jour ou deux ?
Sempiternelle quadrature du cercle ? Non ! Leurs chercheurs avaient depuis
longtemps trouvé la réponse au problème, sur les documents collectés à l’époque
sur ce fameux réseau Internet, la panacée de l’information d’alors, la vraie, la
seule, l’unique, l’inestimable. Ils avaient donc retrouvé un rapport d’un
ingénieur ; ce dernier, ayant été un spécialiste reconnu de la question
d’incinération du corps humain. Spécialiste qui avait pondu un rapport à
l’occasion d’une sordide affaire concernant d’hypothétiques incinérations de
masse, et il avait techniquement démontré que pour incinérer un corps de poids
moyen de 70 k, il fallait une heure et demie à une température de 900ºC, soit le
standard de ce qui se passait alors dans les incinérateurs des villes.
Que dire alors de celui d’un Khuigs pesant le double, sachant que malgré tout
ce temps passé sous de puissantes flammes, les os restaient en l’état, et qu’il
158
fallait donc les broyer mécaniquement en poudre pour entrer dans l’urne (ce que
les peuples ignoraient, comme quasiment tout, en fieffés ignares qu’ils étaient)
mais, éléments très important : pour intégralement brûler un corps, cela exige un
apport constant et en grande quantité de combustible, sinon le corps qui est
composé de 71% d’eau ne brûle pas entièrement dans cette durée de temps
turbiné d’une heure et demie.
Ceci d’autre part n’ayant absolument rien à voir avec la combustion dite
« spontanée d’un corps », que l’on trouvait parfois consumé comme par magie.
Il y avait environ 50 cas semblables annuellement dans le monde ; morts
appellées de mystérieuses, d’oeuvre du diable, etc. Les charlatans et la presse à
sensation (pléonasme) exploitant la crédulité (pour rester poli) des masses
ahuries ; alors que ceci est en réalité connu depuis longtemps et scientifiquement
prouvé, car dû à une immobilisation de la personne, suite à un coma de diverses
sources : alcool, drogue, problèmes cardiaques, chute ; avec l’impossibilité de
réagir et avec une source de chaleur près de la personne : bougie, cheminée, etc.
Source qui accidentellement enflamme le ou les vêtements qui se consument,
puis brûlent la peau qui se fend, fait fondre la graisse qui imbibe les vêtements
qui alors s’enflamment, dégageant une chaleur constante de 1620ºC qui va
lentement carboniser, en six à sept heures ou plus (cela dépend de la masse
corporelle), seulement les parties du corps recouvert du vêtement, qui fait alors
office de mêche...Combustion épargnant toujours les parties du corps dénudées,
comme éventuellement les pieds, les mains, la tête ; la carbonisation stoppant
toujours à la limite des vêtements, mais laissant toujours le squelette identifiable.
Pour donc en revenir à la crémation classique, industrielle, il faut retenir que
toute combustion forcée a besoin d’un très important apport d’air fourni par une
ventillation mécanique. Pour une crémation de masse, cela demande donc de
disposer soit d’une aire immense, où de très nombreuses installations techniques
suceptibles de traiter tous ces corps ; compte tenu cependant que chaque
incinérateur ne peut en aucune façon fonctionner à plein rendement et sans
discontinuer, car aucun matériau réfractaire ni résisterait.
Telles furent les contraintes techniques auxquelles ils furent confrontés.
Quand, eurêka ! de la réflection de milliers de cerveaux surchauffés...jaillit la
lumière, et conséquemment la solution qui leur tendait les bras, ceux en
l’occurence de leur mère bénie, Gaïa ! Toujours elle...
Un VOLCAN !
Oui, ils avaient tout juste besoin d’un bon vieux volcan pétant de santé et de
lave en fusion pour résoudre leur problème, et justement, ils en avaient un à
disposition, à un jet de perceur et de transport ; un volcan magnifique qui leur
tendait sa bouche rougeoyante pour un baiser brûlant et radical : l’Etna, dont le
sommet avoisine les 3300 m. Les Akadis, qui disposent sur leur territoire, des 4
volcans sur 10 les plus dangereux du monde, jetèrent leur dévolu sur le Mont
Helen, 2500m. Une redoutable machine sournoise et imprévisible qui avait déjà
allègrement tué son comptant de ces salopards de l’autre monde.
Tout ce qui concernait ce volcan Etna leur fut de même connu par les
documents d’Internet, comme la majorité de leurs connaissances ; ses cycles, ses
159
dévastations, ses humeurs...Un risque cependant existait, celui qu’au moment où
ils auraient besoin des services de Vulcain, celui-ci ait choisi de faire la sieste ; le
risque était grand, car un volcan sommeille plus qu’il ne pétarade. Alors, dirent-
ils, tous ces cerveaux surchauffés s’entend, prenons le problème à l’envers.
Question : comment réveiller à coup sûr un dormeur, même le meilleur soit-il ?
Réponse digne d’un Seigneur de La Palice : faire un boucan épouvantable !
Diantre ! C’est fort évident...mais...avec quoi donc peut-on faire suffisamment
de bruit pour réveiller un volcan ? Ça devient lassant...et que diriez-vous alors
d’une bonne grosse bombe d’antan ? C’est ce qu’ils savaient faire de mieux en
fait ; et quand on parle d’une, pourquoi pas dix, ou cent...
Dès lors, des équipes fouillèrent les stocks de munitions des armées disparues,
où ils y trouvèrent leur bonheur, en plus d’une peur bleue car il y avait là de quoi
faire sauter dix fois la planète. Après moult études sur le comment
fonctionnaient ces armes terribles, ils partirent vers les territoires de l’Est, qu’ils
savaient déserts, avec des chargements divers de bombes de différents types,
pour y effectuer des essais sur des villes ; le tout la nuit, au cas de détections des
satellites d’observation IR.
Ils tenaient enfin le moyen de réveiller l’Etna, s’il le fallait. Il fut décidé d’un
commum accord que les Franki soient les premiers à opérer sur le volcan, le
lendemain étant le tour des Espingos...
Ce matin-là donc, sur le coup des neuf heures et après un copieux déjeuner et
avoir bien flemmardé, tous les appareils partirent vers le Sud-Est, chargés à bloc
d’un maximum de ces libérateurs et libérés, vers ce dernier spectacle offert
généreusement par leurs ex-ennemis. Spectacle posthume et des plus joyeux et
définitif, pour cloturer brillamment leur passage maudit sur cette planète. Une
nuée de milliers d’engins survolaient maintenant ce volcan, qui ne fut jamais de
toute son histoire immémoriale, autant vénéré par des Hommes.
Les plates-formes étaient déjà à poste quand ils arrivèrent...Le volcan fumait
comme toujours plus ou moins, mais il n’était pas en activité...Ils allaient devoir
le réveiller, espérant y réussir et par la même occasion offrir un beau spectacle à
cette foule survolant le cône encore enneigée, ceinturé de ces milliers d’appareils
brillants sous les feux ardents d’un soleil radieux. Tout était décidément en place
pour un événement exceptionnel et sans doute unique dans l’histoire de ce
monde, et fort possiblement de cette galaxie.
Les trois transports porteurs des bombes s’avancèrent pile au-dessus du cône, à
mille mètres plus haut, prêt à dégager séance tenante, car sous leurs bombes en
était une autre qui risquait fort de leur rougir les fesses...Ils lui envoyèrent six
gros suppositoires, comme disaient les pilotes en se marrant. Les transports
filèrent et tout se passa comme au cinéma et au ralenti. Les bombes explosèrent
avec un infime décalage de temps, et d’un coup, le bouchon de lave sauta aux
quatre vents, et un lac de lave incandescente monta du fond du cratère, la lave
remonta, le comblant.
Une fois les fumées évacuées et les bombes de rochers incandescents
retombées, la première plate-forme se positionna sur le cratère, à trois cents
mètres plus haut. Le responsable à la télécommande fit baisser lentement la
160
puissance des modules antigravitiques d’un bout de la plate-forme dont la rebord
mobile avait été au préalable débloqué ; cela commença à baisser, puis les corps
commencer à tomber en tourbillonnants...puis toute la charge glissa en suivant et
sombra dans cette mer de feu qui, alimentée brusquement en matière grasse,
repartit de plus belle en crachant une fumée du diable et une odeur d’enfer
vérirable...Les cinq plates-formes y passèrent ainsi, attendant une bonne heure
que la précédente charge soit consumée. Puis au final, ils larguèrent les plateaux
pollués de sang et déchets immondes dans le cratère, pour que tout soit
définitivement désintégré par leur mère, Gaïa. Plus rien maintenant ne restait de
ces monstres, pas même un atome de leurs vénéneuses carcasses, sauf une
dernière odeur de porc brûlé vite emportée par le vent, la preuve de ce qu’ils
avaient toujours été : d’ignobles et infâmes charognes.
Central-Stratège Nº1 avisa de suite les Espingo et les Akadis, de l’excellence de
cette tactique, et leur souhaita un excellent spectacle et joie de voir finir ainsi ces
ordures.
La Franki était désormais libre et propre, dépolluée, saine, radieuse, joyeuse,
chantante, dansante, riante, exubérante, enchantée, fofolle, farceuse, délurée,
contente, illuminée...et patin-couffin, selon le Fernand de l’Angèle...

Jennifer avait tenu sa promesse ; tout fut parfaitement organisé comme le


voulut Clovis, pour l’enterrement de sa mère. Ce fut une cérémonie intime ;
étaient surtout présents les plus proches amis et connaissances de Marion,
principalement des stations Girelles et Bertrand. La fameuse plage de Camargue
n’avait vu autant de monde depuis bien des siècles. Tout autour du petit bois de
tamaris, pins maritimes et pins parasols, un bon millier de perceurs et transports
étaient posés sur le sable ; que les manades de taureaux et chevaux blancs en
restaient au loin, appeurés par cette subite invasion d’insectes géants
brusquement apparus dans leur espace vital...Et jusqu’aux mouettes et gabians, il
fallait le faire, impressionnés par un tel déploiement de force silencieuse et
inusité, qui allèrent continuer leur chamailleries bien plus loin, ne supportant pas
de voir un tel silence dans ce troupeau de ces si étranges bipèdes.
Devant le petit bois donc, juste en arrière du tertre portant les armes de Céline,
ils avaient creusé une fosse de trois mètres de profondeur...Tous étant enfin
présents ; d’un transport garé tout près, un cortège mortuaire démarra lentement,
composé de deux somptueux cercueils récupérés dans une ville. Trois couples,
vétus d’une aube blanche descendant jusqu’aux pieds, portaient chacun un
cercueil, contenant les corps de Marion et Céline. Ils furent descendus lentement
dans ce tombeau fait de sable, racines des plantes et des arbres...puis, ils furent
recouverts d’une lourde plaque d’acier inoxydable et la fosse comblée de sable ;
une petite barrière symbolique faite du même acier fut implantée sur
l’emplacement, pendant que deux tecnos finissaient de monter un second tertre
identique à côté du premier, y plantant, comme celui de Céline, le katana et le
tanto de Marion...

161
Clovis, calme, s’agenouilla comme Hugues, à son côté...un Hugues qui pleurait
toutes les larmes de son corps sans souci de se retenir. Puis, Georges s’avança,
posa la main sur l’épaule de son ami, Hugues, la lui serra un instant...il frola
ensuite la tête de Clovis de ses doigts, puis il fit un petit discours d’adieu qui,
pour finir, et en guise de soulagement, fit pleurer quasiment toutes les personnes
présentes, et même lui-même quand il évoqua Céline...
Voici ce discours, sobre, mais qui restera dans les mémoires.
-« Pourquoi...oui, pourquoi faut-il toujours que ce soient les plus aimés qui soient victimes
avant tout autre de cette adversité cruelle et partiale, semble-t-il...oui, pourquoi ? Ces deux
enfants de lumière, qui ont leurs courtes vies durant illuminé chacun de nos jours, ne sont plus ;
emportées par ce que certains nomment le sort...Moi, je l’appelle souffrance et châtiment. Céline,
la première, qui m’appelait « son père d’amour », oui, elle m’aimait comme tel, et moi, comme
ma fille, bien sûr...Puis, alors que ces deux jeunes femmes s’étaient découvertes un amour-
passion démesuré...nous sauvâmes Marion de la folie du désespoir, grâce à cet Homme
généreux, Hugues, d’une hauteur d’âme exceptionnelle, qui par sa sensibilité et amour
inconditionnel la ramena parmi nous tous, nous faisant revivres aussi de la joie et vigueur de
cette Femme d’exception...Voilà, mes frères et mes soeurs...elles ne sont plus.
Céline et Marion, nos enfants, comme tant d’autres, ont brilllamment accompli leurs missions
les armes à la main, la plus noble des morts. Elles ont spontanément donné leurs vies pour la
libération de leurs frères et soeurs : nous tous...Mais, la vie continue, toujours, et passés ces
moments de tristesse légitime, nous nous devons de rester dignes et responsables de leurs
sacrifices. Elles nous ont donné leurs vies, donnons leur notre fierté d’être ces Hommes et ces
Femmes libres pour qui elles se sont battues et sont mortes. Restons unis, forts et honnêtes, nous
leur rendrons ainsi le meilleur hommage qu’elles méritent...Elles furent ces farouches guerrières
d’amour et d’honneur que nous admirions, alors soyons en dignes.
Que les Forces des espaces stellaire prennent soin de leurs deux âmes passionnées.
Vive notre Gaïa ! »
La foule reprit ce vivat avec force.

Durant ce temps donc où ces malheureux esclaves libérés découvraient ce que


Vivre veut réellement dire, nos guerriers infatigables et résolus, eux, installaient
dans tous les anciens lieux de résidence de leurs ennemis, principalement les
immeubles qu’ils avaient concrètement occupés, des engins incendiaires trouvés
à foison, et de tous types, dans les stocks des militaires d’antan ; il n’y avait que
l’embarras du choix...Ces gens de ce monde mort avaient dépensé une énergie
folle et insensée et des richesses encore plus colossales pour produire de si
faramineux stocks de ces engins de mort. C’était pas étonnant, pensèrent tous
ces Hommes et Femmes, qu’ils finirent aussi tragiquement ; leur civilisation
s’était entièrement développée sous l’égide de la mort, de leur autodestruction
depuis longtemps programmée et donc inévitable.
Quand tout fut prêt, et ce fut rapide puisque chaque groupe d’assaut posa ces
engins dans ses propres cibles initiales ; les détonnateurs étant branchés sur
télécommandes radio dont le seul bouton fatidique était dans Central-Stratège
Nº1, en ce qui concerne la cible-Cannes évidemment. Central qui cette fois fit
162
scrupuleusement répéter par trois fois à chaque responsable de section dûment
répertoriée, sa confirmation que sa cible était libérée de leurs gens, prompte à
partir en fumée, et que tous avaient bien quitté les lieux. Arriva presque midi.
Tout était enfin prêt pour un magistral feu d’artifice et Georges, comme de
bien entendu, en parfait maître du suspense et maître d’oeuvre accompli, leur
appareil étant pile devant l’avenue Croisette et en son milieu, comme les milliers
d’autres, Georges alla donc avec le boîtier de mise à feu en main vers Marcellin,
et le lui mit dans sa main droite. Ce dernier le regarda alors avec une si intense
surprise que tous en rièrent. Marcellin regardait ce boîtier dans sa main, puis il
regardait Georges...puis le boîtier...puis Georges...puis...
-Marcellin, mon frère, lui dit-il avec un large sourire illuminant son visage, cet
acte de destruction de ce qui fut l’antre de nos ennemis, et plus particulièrement
les tiens, te revient de plein droit ; c’est donc toi qui au nom de tous tes
compagnons, va incendier cette ville pour en extirper jusqu’à l’odeur et
empreinte digitales de ces monstres qui n’existent déjà plus ; ainsi, plus rien ne
restera de ces pourritures, si ce n’est que cendres et fumées...Quand je te le dirai,
à midi pétante, à l’heure où ce soleil nouveau sera à son zénith, comme dans les
autres villes semblables, appuie alors sur ce beau bouton rouge, et tu
déclencheras l’apocalypse final, et regarde bien en même temps, la puissance
terrifiante que tu as sous ton doigt...
Sur la grande horloge murale, tous suivaient cette grande trotteuse qui allait
enfin clore une destinée démoniaque. Marcellin, la respiration oppressée, suivait
des yeux la trotteuse, hypnotisé par cette avancée sautillante...huit...sept...six...
cinq...quatre...il regardait Georges maintenant...trois...deux...FEU !
Frémissant, il écrasa le bouton avec rage, à s’en tordre le doigt.
Là-bas, devant eux...le front de ces hôtels de luxe vira en quelques secondes en
un souffle géant et démentiel, et dont ils subirent la prodigieuse onde de choc.
D’immenses gerbes de feu fusèrent brusquement comme des serpents furieux
par toutes les ouvertures, Gorgones frénétiques explosant, soufflant les portes et
fenêtres. Puis, ces tornades de flammes entrèrent de nouveau dans ces
immeubles et commencèrent de les dévorer avec une avidité hallucinante. La
ville ne fut plus qu’un gigantesque brasier et fumée rougeoyante montant à
l’assaut du ciel bleu...
Au bout d’un long moment de ce fascinant spectacle, Marcellin réalisa qu’il
tenait toujours son doigt écrasé sur le bouton...il le regarda, stupéfait, comme s’il
n’était pas à lui, et il dû faire un affort de volonté pour enfin l’enlever, réalisant
alors que son doigt était douloureux d’avoir tant appuyé sur ce bouton fatidique.
Puis il rit alors aux éclats, posa la télécommande sur la table de la maquette de
cette ville vouée aux flammes de l’enfer, puis en chantant une ritournelle, il dansa
une sorte de gigue endiablée, ce que voyant, tous de s’y mettre également,
chantants, applaudissants, dansants et riants aux éclats, devant ce feu d’enfer qui
dévorait allègrement cette ville infernale et déjà maudite depuis de longs siècles.

163
Le lendemain encore, après cette élimination jusqu’au dernier atome de ces
monstres et jusqu’à leurs traces infectes, ce Monde assista à un autre spectacle
inusité, et sans aucun doute jamais vu nulle part ailleurs dans le cosmos. Dans un
consensus universel, dans le plus grand sens du terme, tous les appareils pouvant
voler, que ce soient ceux d’Euromorte comme d’Akadi, prirent l’air ensemble,
symboliquement à midi, de ce Jeudi 5 mai 2400, tous chargés du maximum de
leurs guerriers et de ces nouveaux Humains libérés, privilégiant cette fois les
personnes qui lors de l’attaque étaient restées dans les stations, et se dirigèrent
vers le grand Sud, à mille mètres d’altitude, pour que chacun puisse admirer la
splendeur de sa planète, leur Gaïa vénérée...
Tous se retrouvèrent alors sur l’équateur, se mettant lentement en une file
immense qui peu à peu ceintura leur mère en entier, Gaïa.
Ces quelques 36.000 appareils de tous types faisant alors un chapelet de métal
scintillant au soleil, brillants de leurs feux quand ils étaient dans la nuit.
Couronne impériale honorant Gaïa. Ses grains espacés d’à peine 1.100 mètres se
voyaient ainsi les uns les autres ; communiant en une fervente prière d’action de
grâce envers leurs mère qui les avait porté jusqu’à ces jours fantastiques de leurs
liberté reconquise les armes à la main, seuls, et selon leur volonté propre et leur
laborieuse résurrection.
Seule méthode pour réconcilier l’Homme avec lui-même, retrouver son
honneur en combattant ; l’arracher du coeur de l’ennemi à la pointe de son
couteau et non donner procuration ; tout autre moyen n’étant que palliatif,
hasardeux et frustrant, ce qui laisse rancoeur et volonté de vengeance subsister et
source de violence souveraine. L’acte sacré de se libérer soi-même de ses
chaînes, anobli l’Homme et le libère deux fois : physiquement et moralement, la
seconde intrinsèque à la première, étant la seule d’indispensable et vitale à
l’épanouissement futur, car liberté sans âme n’est que rossignol en cage.
Quand ils furent ainsi en vol régulier à une vitesse stabilisée de cinq cents
km/h, tous branchèrent leurs radios, et un message symbolique fit le tour du
globe, passant de l’un à l’autre en direct, les unissant une fois encore en cet acte
fraternel et symbolique. Ce message lu en Franki fut le premier qui circula, et
c’est bien entendu Georges qui le lut, il disait simplement ceci :
-À vous tous, frères et soeurs de ce nouveau Monde qui est désormais le nôtre
à part entière, car nous l’avons sauvé à la pointe de nos couteaux. Faisons, je
vous prie, le voeu sacré de rester respectueux de ce Monde, notre Gaïa, de le
soigner de ses blessures faites par ces irresponsables et criminels passés. Restons
vigilants à le respecter, car nous nous respecterons ainsi nous-mêmes...sinon,
vous savez tous ce qu’alors il adviendra de notre futur. En ce jour béni de sa
prise de possession officielle, tous pouvons voir comme ce Monde est splendide
et varié ; jurons devant le cosmos qui nous est témoin, de rester toujours ces
Hommes et ces Femmes qui sont nés dans la souffrance et ne l’oublions jamais,
et qui de ce fait savent la valeur d’un bien aussi fantastique que notre planète qui
est notre vaisseau spatial et notre maison, notre foyer. Quoiqu’il arrive, restons
unis, farouchement soudés comme nous le fûmes de toujours, ce qui nous
amena seul, et inévitablement à notre présent fabuleux. Soyez tous bénis, et vive
164
l’amour, la justice du talion et notre Gaïa, cette splendeur des espaces cosmiques,
où grâce à nous tous elle a maintenant retrouvée sa place d’honneur !
Vive les Hommes libres ! Vive Gaïa ! »
Dans tous ces vaisseaux disparates, ces simples paroles provoquèrent une
épidémie de pleurs en cascades...larmes de bénédiction tombant sur cet
admirable Monde bleu ; ces océans immenses qui les stupéfiaient, dans lesquels
ils pouvaient admirer de gigantesques bancs de poissons de toutes espèces, et de
très nombreux troupeaux de cétacés : cachalots et baleines, dauphins, orques,
banc de thons aussi...Ces immensités d’eaux émeraudes étaient de nouveau
redevenues un vaste éden naturel et merveilleux, dont, heureux et fiers de la
chose, ils en devenaient de facto et de droit les héritiers et gestionnaires
rigoureux et responsables, pour protéger avec rigueur ce don fabuleux de leur
mère, leur divine Gaïa.
Ils tournèrent plus de trois jours de suite pour que chacun puisse admirer à
satiété leur bien et en faire le tour complet. L’ambiance dans les appareils était à
la fête. Musique, repas copieux et boissons adéquades. Cette prise de possession
fut particulièrement réussie et bien arrosée.

Mais durant ce temps s’accomplissait aussi une action symbolique : marquer ces
territoires de la marque incontestable de ces conquérants, comme tout
carnassier, chasseur qui se respecte. C’est un symbole, l’affirmation de puissance
sans lequel rien ni personne ne vous respecte. Ainsi, qu’une force étrangère
vienne à découvrir ce monde, ils sauront d’emblée que maîtres il y a, et qu’ils
s’affirment comme tels. Ce marquage vint de l’idée des Akadis, et il est fort
simple et ancestral dans leurs terres de l’ouest. Ils fabriquèrent d’immenses
totems en hommage aux premiers Hommes libres de ces terres, qui furent
ignominieusement exterminés par leurs ancêtres ; comme quoi 2015 n’était pas
leur coup d’essai.
Ces totems furent fabriqués en acier inoxydable, en Akadi, et transportés par
eux, un totem par transport, pendu dessous à la verticale ; simples et conçus de
la suivante manière. Sur une robuste pointe de trois mètres de long, avec à son
embase dépassant du sol, cinq bras ajustables de vingt mètres de longueur et qui
seront soudés sur place, puis leurs extrémités fixées au sol par de longs pieux. De
ce robuste socle part un mât creux cylindrique et de forme ovale, de cinquante
centimètres de diamètre à l’embase, pour une hauteur totale de vingt mètres.
Ensemble constitué de cinq sections soudées allant se réduisant de diamètre.
Quatre plats épais et large de 0,40 m sont soudés tout du long à angles droits,
servant de haubanage ; plats qui sont percés de nombreuses petites ouvertures,
fentes, cercles et figures diverses...avec sur la plupart une barre et/ou un bout de
tôle soudée en son milieu, ou autre.
Sur ces haubans et tout le long du mât, et ce de façon irrégulière, partent à
l’horizontale de fortes lames de 2 à 3 mètres de long, construites dans le même
acier et positionnées sur des espacements différents allant jusqu’à plusieurs
mètres ; ces barres sont donc flexibles et entre deux sont judicieusement tendues
à leurs pointes, un ensemble de robustes cordes à piano en acier inoxydable de
165
divers diamètres également. Ainsi, suivant la longueur et tension des cordes et la
vitesse du vent, ces cordes entrent en vibration et émettent un énorme bruit
ondulant, le tout augmenté du même effet du vent dans toutes les ouvertures des
haubans, chacune chantant sa note différente de la voisine, ce qui fait qu’ainsi,
ces mâts chantent continuellement une symphonie assourdissante les jours de
tempêtes ; ils hurlent face aux étoiles la victoire des Hommes Libres, et ce sur
toute la gamme, toutes les fréquences et toute l’année, car les endroits où ils sont
plantés sont ventés toute l’année aussi : sur la ligne d’équateur et au bord de ces
trois gigantesques océans, et aux points les plus extrèmes possibles des
territoires.
De plus, ce totem porte en son sommet un solide mâtereau plein de cinq
mètres de hauteur, sur lequel est fixé l’emblème de force de ces
Hommes irréductibles : deux immenses sabres en croix faisant face à l’océan, et
que coiffe un énorme globe terrestre stylisés, dont seuls les terres sont
représentées par un grillage, ainsi que les latitudes et longitues. Ensemble qui lui
aussi chante et hurle aussi dans le vent.
Fantastique symphonie de la Vie arrachée au couteau à la mort infâme de
l’esclavage. Sur ce globe et aux emplacements correspondants, des totems
implantés sur les territoires, chacun porte un totem identique en réduction ; celui
du local étant le double de grandeur que les sept autres, et ainsi sur chaque
emplacement...
*Le premier marquage fut la Merdika du Sud : à l’ouest, le totem fut planté sur
l’emplacement de l’agglomération de Pedarnales, qui pour l’occasion fut rasée
par un Démolisseur, sur l’ancien pays appelé justement Equateur.
A l’Est de ce continent, en territoire de l’ex-Brasi, le totem fut implanté au
Nord de l’embouchure de ce fabuleux fleuve Amazone ; il se dresse juste au Sud
de la ville de Macapa.
*Ensuite l’ex-Afrique ; à l’ouest, le totem fut planté sur la ligne d’une ville située
plus à l’Est, Chinchoua ; puis à l’extrème Est, en ex-Somalie, sur l’agglomération
qui fut aussi rasée, Jamane.
*L’Océanie : Ouest, en ex-Indonésie, au nord de l’îlot Batu ; puis à l’extrème
Est de l’archipel, l’îlot Gebé, au N-E de l’ex-Nouvelle-Guinée.
*Plus loin encore, un septième totem marque environ le milieu de cette
immensité de l’océan Pacifique, sur l’île Baker.
*Puis enfin, presque à l’extrème de cet immense océan Pacifique, sur l’archipel
des Galapagos, au Nord de l’île Isabela, beau nom pour cloturer cette oeuvre qui
leur prit plus de deux jours d’un travail...enchanté.
Tous ces territoires comme tous sur ce nouveau Monde, n’appartiennent à
personne, sauf aux oiseaux et aux Hommes, durant le temps seulement de leur
séjours ; mais ils seront uniquement propriétaire d’une illusion, car la terre
appartient à tous, et donc à personne. Contrairement aux moeurs antiques du
monde mort, dont faisaient foi les religions en tout premier, forcément, en tant
que les plus vieilles entreprises d’un capitalisme sauvage d’avant le terme,
instituant sous leur caution cette idée criminelle, que le riche, selon son bon
plaisir et bon droit de facto (droit érigés comme tels par ceux-là mêmes qui en
166
seront ainsi les principaux bénéficiaires), pouvait en acheter des immensités
considérables, et le pauvre ne pouvant que la lui louer en travaillant comme un
esclave ; en travaillant pour payer des impots jusqu’à plus de la moitié de
l’année : cas précis de la Franki d’alors et juste avant 2015, où le citoyen était un
des plus imposé de ce monde orgueilleusement autoproclamé moderne, alors
que, dans des temps plus anciens, dans ce Moyen Age tant méprisé par ces
derniers, un homme était considéré comme serf lorsqu’il devait environ
annuellement et seulement, une quarantaine de jours de travail à son seigneur.
Ainsi, ô folle ironie, ces derniers hommes d’avant 2015 se considéraient
pourtant des génies authentiques, le summum d’une civilisation car, trompés
qu’ils étaient, victimes de la voyoucratie corrompue instituée en gouvernements,
n’écoutant que les sirènes des grands médias faisant office de mégaphone
complaisant des précédents. Association de misérables qui en réalité leur
maintenait ainsi sur le cou, ce joug infamant dont ils n’avaient même plus
conscience, car englués qu’ils étaient, de plus, dans une douce et éternelle et
siropeuse logorrhée prometteuse car concocté par des spécialistes, autres
misérables dénommés psychologues et psychiatres, un gigantesque et savant
miroir pour alouettes, en clair : béotiens autosatisfaits, imbéciles heureux dont le
royaume des cieux leur appartiendra un jour (puisqu’on le leur a promis) ;
innocents les mains pleines, et criminels itou ; ahuris en tous genres ; croyants
mordicus en tout, puisque ça passe à la TV...
Totems sacrés donc, leurs emblèmes montent la garde avec pour seuls
compagnons les oiseaux, ces vastes voiliers, symboles vivants de Liberté, et le
grondement des vagues venant soutenir le chant de ces totems représentant
l’idéal éternel de ces Hommes fiers et généreux...Le chant glorieux d’Eole dans
ces symboles d’acier, informe l’étranger de la présence d’une force protégeant un
Humanisme fort et solidaire, offrant le chant d’accueil en toute sérénité.
Accueil en fanfare sous l’égide d’Éole, quel meilleur symblole de bienvenue.

Le dixième jour, ce mardi 10 Mai 2400, après leur retour joyeux de l’équateur,
les vit encore à l’ouvrage, le dernier presque. Ce fut le début de la démolition de
ces trois villes-cibles. Sur la cible-Cannes, les énormes démolisseurs avancèrent
de front, en partant de l’Ouest et, lentement, insistant plus que de raison, ils
anéantirent méthodiquement cette ville exécrée et honnie...Ils y mirent deux
jours presque. Cannes, cette cité orgueilleuse mais de clinquant, sombra pour
l’éternité dans le grand oubli définitif de l’Histoire. La mer, peu à peu envahie ces
nouveaux territoires souterrains, et pour donner le compte à cet ensemble
néfaste, ils s’y remirent avec rage et devançant le programme de démolition, ils
dévastèrent toutes les constructions jusqu’aux sommets des collines alentours.
Puis, un pilote d’un démolisseur eut l’idée géniale de penser aux constructions
des deux îles en face de la zone, à 5 milles au Sud, s’étendant en leurs longueurs,
parallèles à la côte. L’île Sainte-Marguerite, la première et la plus grande, puis,
l’île Saint-Honorat, la dernière et plus petite, les deux séparées par un chenal
d’environ cinq cents mètres...
167
Tout y passa également avec joie : le monastère et son chateau-fort sur les
rochers au Sud de l’île Saint-Honorat, là où Alexandra et Claude s’étaient cachés
une nuit, et de là qu’était partie la saga avec Marcellin. Puis furent détruites aussi
sur la grande île Sainte-Marguerite, la citadelle, les résidences, hôtels et
restaurants et la nouvelle marina et ses bateaux inaugurée en 2012 dans l’ancien
étang de Bateguier, à l’ouest de l’île.
Ainsi, ce vaste vallon cannois fut consciencieusement arasé, démoli jusqu’au
tréfond des fondations. Vu de la mer, tout ce vaste panorama était vierge du
moindre vestige habitationnel ou autre, tout était anéanti, aplati, fini, seuls
restaient encore et provisoirement visibles, cette dense forêt squelettique des
charpentes métalliques ; structures qui seront éliminées plus tard, lors de la
destruction générale de cette côte dite d’azur, et leurs matériaux nobles récupérés
en vue de leur recyclage.
- Tu sais, Georges, lui dit un Marcellin qui n’en revenait pas de voir ce qu’était
devenue cette ville d’abomination ; même dans mes rêves les plus fous, où
pourtant je les vouais aux pires atrocités, jamais je n’ai approché d’un dixième
seulement l’ampleur démesurée de ce carnage et destruction totale de cette ville
honnie par nous tous, chose que je n’aurais jamais pu seulement imaginer.
Georges, mon ami, mon frère, il faut que quelqu’un te le dise enfin, et je tiens à
l’insigne honneur que ce soit moi : tu es un génie authentique, un véritable
prodige, voilà mon sentiment, et je suis très fier et t’en remercie d’avoir le
privilège d’être honoré de ton amitié, voilà, c’est dit, ouf !
Georges éclata de rire aux éclats et serra ce cher Marcellin sur son coeur puis,
se dégageant pour le regarder de plus loin, à bras tendu et une main sur son
épaule, il lui demanda affectueusement.
-Et toi, mon cher Marcellin, serais-tu, et je le découvre, le roi des flatteurs ? Et
ils rirent en choeur à s’en étouffer, embrassés et se claquant vigoureusement les
omoplates, joyeux comme deux enfants enfin libérés de toute angoisse ; et il s’en
fallut de peu qu’ils ne dansent une gigue...quoique...

168
LIVRE IV
La vraie Vie

Nouvelle Humanité

L a reconquête terminée, les stratèges de Central-Stratège Nº1 qui étaient des


« vieux schnocks », comme avait dit Françoise, alors que son groupe
avaient failli y laisser leurs peaux lors de l’attaque de ce maudit MK-ULTRA,
avaient présenté leurs démissions de leurs Conseils des Sages ; ceci étant effectué
par radio puisqu’il était quasiment impossible d’organiser physiquement une
réunion de tous vu l’éclatement des groupes qui se dispersèrent, de par cette
nouvelle liberté à laquelle nul ne résista. Le contraire eut été inquiétant.
Cette concertation générale par radio prit facilement plus de deux jours, de
laquelle il ressortit que toutes leurs communautés refusaient leurs démission, et
présentaient à ces nobles sages, leurs excuses pour les avoir surchargé de
responsabilités au-dessus de leurs forces ; les priant de bien vouloir continuer de
faire profiter les nouveaux Hommes libres de leur sagesse toujours aussi
précieuses pour leur futur. De plus, tous votèrent la résolution suivante.
Sont déclarés Héros de la Reconquête, tous les guerriers morts au combat ;
ainsi que sont promus Super-Héros de la Reconquête, le guerrier Clovis de
Bertrand, fils de l’Héroïne Marion en plus de sa compagne Céline, leurs deux
grandes guerrières bénéficiant aussi de cet honneur, ainsi que Georges de
Bertrand, le génial créateur de la diabolique et grandiose extermination de leurs
ennemis.
Tous continuèrent d’assumer leurs rôles avec d’autant plus d’enthousiasme
qu’ils étaient lavés de toute faute et de tout soupçon.
Comme cela avait était prévu, et les engins fabriqués depuis longtemps déjà, des
transports d’Euromorte et d’Akadi mirent sur orbite une ceinture de vingt-six
blocs-coms autour du globe, à haute altitude et couvrant le 45º parallèle N,
permettant ainsi à tout engin et où qu’il soit, de rester en contact avec ses frères.
Mais surtout ce système intercontinental est une copie de l’ancien système
Internet de l’autre monde, et qui fut appelé Terra-com. Au début cela demandait
un peu de temps pour échanger des documents, mais peu à peu il fut amélioré ;
cela changea la vie de tous et l’enrichit d’une façon extraordinaire car tous purent
alors se voir, parler et s’envoyer des documents, photos et vidéos.

Lors de cette fameuse débandade libératrice, ils se visitèrent les uns les autres,
entre les trois communautés. Beaucoup de ces gens changèrent carrément de
territoires ; interchange de milliers de personnes qui voulaient découvrir leurs

169
frères éloignés...Ce fut un gigantesque chassé croisé qui se stabilisa peu à peu et
permit une bien plus étroite communion entre tous. Ces échanges furent une
véritable révolution culturelle et civilisationnelle car tous les paradigmes en
furent bouleversés ; chaque communauté adoptant gaillardement ce qu’ils
trouvaient de nouveau, attrayant et bénéfique chez leurs nouveaux frères et
nouvelles soeurs...
D’autres partirent explorer la planète, mais revinrent vite car partout ce n’était
qu’un désert sans humain, un vide effrayant de la Vie de l’Homme.
Alexandra et Claude, partirent en vitesse pour enfin visiter et découvrir ces
paysages de cette Grèce fabuleuse qu’aimaient tant ses lointains grand-parents.
Ils allèrent à la découverte de l’île de Lesbos et cette baie et son port de
Mytilène ; île qui aux 7ème et 6ème siècle avant l’autre ère, connut avec notamment
les poètes Sapho et Arion, une vie intellectuelle riche et intense. Ils se
promenèrent dans ces rues de ce village et virent toutes ces échoppes qui étaient
en un triste état, car ouvertes lors de l’attaque de 2015, dévastées par les
intempéries et les animaux. Alexandra en avait les larmes aux yeux de visiter ces
lieux enchanteurs dans les pas de ses aïeux, traces presques vierges car personne
n’avait plus jamais foulé ces terres depuis la catastrophe.
Tous deux étaient les premiers Humains venant parcourir ces terres sacrées de
toutes ces îles offrant un spectacle inoubliable depuis les airs. Cette Grèce
mythique, l’un des plus grands berceaux de leur civilisation, à eux les blancs, race
guerrière, fière et méritante, car la seule qui ait survécu d’un monde monstrueux.
Seule, de par son énergie propre et séculaire, millénaire plutôt, car des siècles
avant que cette grande Grèce n’existe, comme de Rome d’ailleurs, des grands
peuples, les Gaulois, les Scandivs, les Germains, les plus grands de l’Euromorte
d’alors, déferlèrent sur ces terres et les marquèrent de leurs empreintes et de
leurs sang, allant jusqu’en Asie et en Afrique ; vaste épopée préfigurant de la leur
actuelle, comme quoi, même par delà des millénaires, bon sang ne saurait
mentir !

Quand tous furent revenus de leurs vadrouillages de par le monde, ou tout au


moins une bonne majorité d’entre eux, le moment était grand venu de s’occuper
enfin de leurs morts entreposés dans des grottes et locaux divers. Il fallait leur
donner une sépulture digne.
Il fut alors résolu que par commodité, mais surtout par hygiène, ils emploient la
même méthode : les incinérer dans le volcan Etna, avec toutes les marques de
respect cette fois-ci.
L’opération fut donc décidée à l’unanimité, les corps toujours dans leurs sacs
étanches, furent sortis des trente-neuf tombeaux et stockés sur quinze grandes
plates-formes...Le convoi funèbre s’ébranla, accompagné de dizaines de
transports emportant quelques couples délégués de chaque stations. De
nouveau, trois autres transports emportèrent des bombes qui permirent de
nouveau de réveiller l’Etna...La crémation de ces centaines de milliers de corps
dura deux jour et demi ; les Espingos firent de même bien évidemment.

170
Ce dernier travail ingrat accompli, il fut décidé qu’à partir de ce jour, tous leurs
morts, et à l’endroit où cela arrive, seront incinérés sur de grands buchers de bois
tiré des forêts, ce qui aura le double avantage de non polluer visuellement
l’espace de tombeaux inesthétiques et vides de sens, car rien ne justifie d’occuper
l’espace sacré de Gaïa pour y garder de vulgaires os ; et autre avantage de la
méthode : celui de nettoyer, régénérer les forêts.
Ce cas ancestral des cimetières était typique de l’héritage millénaire venant
d’esprits embrumés, perturbés, manipulés et oblitérés par les croyances
religieuses, qui pour asseoir leur dictature sur les âmes, et ensuite sur les corps,
instaurèrent cette coutume de conserver les corps dans un endroit spécifique
pour y conserver attachés tout autour les vivants qui se devaient alors de les
honorer et leur rendre ainsi hommage ad vitam aeternam. Le défunt tenant alors
involontairement le rôle de fixateur de sa tribu sur le local, le maintenant ainsi à
la merci, prisonnier de la rapacité de prêtres calculateurs et sans vergogne.
Le tombeau fut ainsi avant les lieux de prières, le premier fixateur des peuples.
Pour preuve, bien plus tard apparut la construction du local de prière précité,
incluant le cimetière de la communauté. Ce local fut lors des grandes expansions
territoriales des peuples, le premier bâtiment construit sur le nouveau territoire
conquis, lieu autour duquel se forma la cité future, le coeur, le noyau atomique
en fut toujours ce local dit, autoritairement décrété de sacré, par les intéressés au
premier chef : les sacerdoces calculateurs de futures richesses tirées de ces
ignares qu’étaient leur bétail humain, gens incrédules et frustres à un point que
s’en était véritable viol de leurs âmes.
De fait, le guerrier d’alors, fier, ivre de liberté et de grands exploits et espaces
conquis, capitaux seuls payés, et durement, avec sa seule chair et son sang, était
en fait déjà prisonnier du sacerdoce ventripotent et onctueux. Il travaillait ainsi,
pauvre animal de trait d’avant la lettre, à l’établissement de la puissance du
religieux et de son enrichissement vénal, le seul et unique de son intérêt
matérialiste, d’avant la lettre encore.
Ainsi, ironie d’un sort qui les dépassait, les pires barbares perdus dans la nuit
des temps, marchaient déjà sous la coupe de prêtres douceureux et souples à
complaire illusoirement à la brute épaisse et fière de sa force brutale et
invincible, que s’illusionnaient-ils, pauvres animaux privés de conscience propre
et objective...Il en fut ainsi des empires les plus célèbres, qui sous croyances
illusoires de leurs puissances, leurs peuples étaient en fait cloués au piloris de la
voracité insatiable des hommes d’églises...Tel en fut pour les Egyptiens, Perses,
Grecs, Romains, et bien après eux tous encore...jusqu’à 09 :59 h en Occident, de
ce 1er mai 2015.
Les hommes antiques prièrent dévotement et de toujours l’illusion mortifère
qui en fait les tuait.
Et puis, pour dire net, et à l’encontre des faux esprits éclairés des cénacles auto-
baptisés de « biens-pensants », la crémation ne va nullement à l’encontre du
précepte selon lequel le corps devrait retourner à la nature, retourner à une
hypothétique poussière originelle, pour ne pas priver la terre de ce corps dont
elle vit. Foutaise ! En fait, le corps qui est brûlé voit ses composants organiques
171
transformés, atomisés peut-on dire, et donc chaque atome est un constituant de
la fumée qui, se mélangeant avec l’air, retournera au sol avec la pluie, se
mélangeant alors au grand cycle de la Vie en un éternel recommencement.
Comme l’arbre géant d’Amazonie dont les racines pompent annuellement
environ 700 tonnes d’eau du sol primitif, pour les envoyer dans l’atmosphère par
évaporation dans son feuillage ; eau qui retombera en partie sur la forêt, et une
autre part de ce capital si précieux ira propager la Vie sur la planète entière...
Atomes d’eau, atomes d’Homme, où est la différence puisque ce dernier est
majoritairement constitué d’eau ? Qui pourrait croire un seul instant à ce type
d’élucubrations métaphysiques digne de parfaits charlatans, puisqu’il est évident
qu’un être Humain, comme de tout autres êtres vivants, vient uniquement de la
jonction purement aléatoire de deux objets à l’échelle quasi atomique : l’ovule et
le spermatozoïde, c’est physiquement tout, pas plus et pas moins.
La crémation ne peut donc soustraire une chose qui n’existait physiquement
pas à un quelconque moment d’avant sa création spontanée et hasardeuse, hors
tout concept charlatanesque donc, d’une fable superfétatoire le voulant faire
découler d’une création elle-même hypothétiquement découlant de la volonté
d’un quelconque barbu céleste...mégalomane et irascible, menteur et méchant,
pour ne pas dire barbare et cruel.
Et s’il faut vraiment engraisser la nature avec des organismes biologiques, les
quantités considérable d’animaux y pourvoient largement. Et pour preuve, ceci.
Il fut prouvé que les saumons remontant les rivières de la Merdika du Nord, sont
pour beaucoup pêchés par les ours qui les amènent dans la forêt. Ours
mystérieusement et apparemment illogiquement formatés à ne manger qu’une
petite part du poisson puis laisser le reste pourrir sur place, ce qui entraîne une
décomposition organique naturelle, qui a pour résultat de constituer un très
important apport d’azote qui contribue directement à la croissance des arbres,
ces conifères géants. D’où, pas ou moins de saumons, ou d’ours les pêchant, et
la forêt végète ou croît. Extraordinaire symbiose de la narure où le végétal
dépend pour croître, d’un poisson vivant à des milliers de kilomètres de sa forêt.
Moralité : nul besoin de laisser déchoir l’animal noble par excellence qu’est
l’Homme, en tas de charogne pestilentielle et dégradante ; livrons-le à la flamme
purificatrice et légère comme l’esprit, qu’il est essentiellement.

Vint ensuite le moment de passer comme prévu depuis des générations, au


nettoyage complet des grottes. Ce travail demanda une quinzaine de jour, mais le
résultat fut sensationnel et permit à tous, alors stupéfaits, de redécouvrir ces
endroits qui les avaient protégés et fait renaîtrent à la Vie et à l’honneur...Ces
grottes sacrées retrouvèrent alors leurs ambiances naturelles, et très vite la
température y redescendit à son niveau ancestral de 13ºC. L’humidité et les
écoulements y reprirent leur travail millénaire de construction de merveilles
architecturales ; travail interrompu par seulement un minuscule espace de temps
d’une durée de quatre petits siècles, le temps d’un battement d’ailes d’un papillon
chamarré. Dame nature, Gaïa, y reprit ses droits éternels.

172
Seul quadrilatère restant de cette ex-orgueilleuse et prétentieuse Côte d’Azur : le
MIN. Ces entrepôts isothermes de stockage des vivres sont toujours en activité
et assurent maintenant la préservation des vivres de ces nouveaux Maîtres de la
planète, ces Hommes de Franki. Pour protéger la zone ils installèrent des
tronçons de ces anciennes clotures électrifiée encerclants alors les villes des X :
plus personne ne pronnonçant plus jamais le nom de cet ennemi qu’ils avaient
rayé de la carte, pour que jusqu’à leur mémoire pourrisse en enfer.
L’ensemble de ces entrepôts est ainsi entouré de cette cloture qui les encercle à
deux cents mètres plus loin des locaux, ainsi que des habitations : petits hôtels et
maisons, les protègeant ainsi des animaux dangereux. Après ces longs mois
passés à démolir et évacuer les déblais de cette côte, le calme est revenu sur la
région, où seuls les vols des transports viennent animer la nouvelle routine de
cette aire, la seule survivante de ce désastre.
Dans toutes leurs activités maintenant, ces nouveaux Humains se sont bien vite
acclimatés à leur nouvelle Vie et conditions, d’autant que divisés en trois équipes,
ils travaillent pour une durée de deux semaines, après quoi ils voyagent et
découvrent leur nouveau Monde durant un long mois, visitant leurs
communautés. Tous sont pris d’une frénésie de bougeotte et ces engins aériens
dont ils disposent en grand nombre facilitent énormément cette nouvelle façon
de vivre par monts et par vaux, d’autant que ces engins n’ont nul besoin de
carburant, offrant ainsi à quiconque et ce pour la première fois dans ce monde,
la plus totale et parfaite liberté de mouvement, la seule et unique liberté
dépendant uniquement de son bon vouloir, sans contrainte aucune, et encore
moins celui de devoir rendre des comptes à quiconque, à moins d’être exact à
son tour de travail, tant qu’au reste...
Une telle chose avait-elle déjà existée un seul jour sur cette planète ? Ils en
doutaient fort. Leur Monde neuf est un véritable paradis car chacun fait ce qu’il
veut du moment qu’il a rempli sa charge de travail envers la collectivité ; pas
plus, pas moins.
Les centres de productions agricoles existent toujours, bien qu’ils aient souvent
regroupés des zones éparses pour une gestion plus performante...Leur style de
vie aérienne leur évite cet auto-esclavagisme du monde ancien, de devoir
demeurer sur place. Comme pour la majorité des cultures, venir y travailler
seulement quelques périodes par an. Ils plaignèrent sincèrement durant un
temps, ces anciens qui sacrifaient leur vie à seulement regarder pousser des
plantes et des animaux, sans rien connaître d’autre de ce Monde merveilleux...
Rapidement même, ils réussirent à reduire de plus d’un tiers le nombre de
travailleurs nécessaires à la maintenance de cette production agricole, puisque du
fait des interventions épisodiques et minimes sur les plantations, lesquelles n’ont
pas toutes le même rythme de croissance, ni la même fréquence d’intervention,
et bien sûr, ni les mêmes effets concernant les époques de plantations et de
récoltes. Ainsi, au lieu de s’en tenir à la gestion d’un seul type de production, les
équipes passaient au gré de impératifs, de l’un à l’autre ; libérant un maximum de
personnes par les roulements de travail et de longues vacances. Seules, les
173
périodes de récoltes, ainsi qu’au MIN conséquemment, impliquait l’embauche de
tous durant une courte durée, et ensuite...à nous la belle Vie, disait-ils enchantés.
Jamais on ne vit travailleurs oeuvrer avec tant de zèle et de gaité.
Le plus contraignant était le bétail. Personne ne trouva le moyen de traire une
vache ou une chèvre ou brebis à distance ; il fallait donc du personnel en
permanence pour les tenir sous surveillance dans les paturages et récolter ces
laits si précieux pour tous. Mais bien vite aussi, et cela arrangea tout le monde,
vint le moment qu’à force de vadrouiller, certains s’en lassèrent vite et
éprouvèrent le besoin ancestral de vivre les pieds sur Terre. Ceux-là donc
s’occupèrent de ces choses terre à terre mais essentielles à la Vie, pour la plus
grand profit et contentement de tous.
Parlant de gestion du bétail, un élément extrèmement important dut être traité
en premier et rapidement : celui de la sécurité des troupeaux dont ils
regroupèrent au mieux possible les éléments. Sécurité mise en danger depuis
bien longtemps déjà par les nombreux animaux sauvages. Ainsi, durant plus d’un
mois, un millier de perceur ratissèrent le territoire du Sud vers le Nord, et avec
les canons laser firent un carnage méthodique de ces fauves en surnombre,
reduisant drastiquement leurs effectifs...
Mais, devant la vigueur de leur pouvoir de reproduction, ils décidèrent de
refaire régulièrement cette opération de salubrité de leur territoire, éliminant
ceux outrepassant une norme acceptable, car il n’était pas question que l’Homme
soit en danger sur son territoire. Les équipes de maintenance des troupeaux
furent donc équipées de perceurs, plates-formes et motos qui leurs permettaient
de les garder tout en étant eux-même en sécurité, et pouvoir chasser et abattre à
coups sûr toute source de danger survenant à l’improviste. Profitant de ces
chasses, ils récupérèrent ainsi les peaux et la viande des jeunes vaches et
taureaux, augmentant d’autant les stocks de viandes de leurs exploitations
agricoles et du MIN.
Ainsi, on comprend mieux le trafic aérien assez intense sur le MIN, celui des
perceurs ou transports qui viennent faire leur marché pour la semaine ou
quelques jours, sachant qu’en quelques dizaines de minutes on pouvait venir
gratuitement de centaines de kilomètres à la ronde. Certains jours le spectacle de
dizaines d’appareils survolant la zone, tous sur géopoint, pendant que leurs
occupants vont faire leur marché avec leurs plates-formes.
Cette côte de couleur azur toujours, maintenant sans majuscule, ayant donc de
ce fait retrouvé sa noblesse et beauté naturelle, et justement malgré ce nouvel
état naturel, offre au regard un spectacle difficile d’imaginer pour qui la connut
avant le grand bouleversement. Le littoral est méconnaissable puisqu’il a
retrouvé ses marques naturelles, le niveau du terrain délimitant partout les
nouvelles lignes d’eau. Nouvelles plages qui se forment lentement, suivie d’une
exubérante végétation qui a très vite repris ses droits, aidé en cela et comme de
partout sur ce Monde, par l’étendage des graines et noyaux dans les fientes des
oiseaux qui prolifèrent, ainsi que des insectes butinant les fleurs.
Les villes ayant été démolies en profondeurs, murs et parois artificielles alors
disparues, laissaient de grands trous qui furent vite comblés par les eaux qui, à la
174
suite des marées et de tempêtes, creusèrent encore plus profondément ces
terrains instables, aux trous séparés pour un temps par de faibles parois de terre
qui finirent par s’éfrondrer rapidement au fond de ces abîmes, comme ces
anciens parkings et souterrains des grands hôtels et autres.
Concernant la construction des maisons et autres, plusieurs équipes se
formèrent par affinité pour exploiter plusieurs sites forestiers, cela allait ainsi du
bûcheron à la scierie, aux charpentiers, menuisiers, ébénistes, etc. Toute la
gamme de la corporation du bois travaillant en chantant et débitant à une allure
folle leurs maisons qui font le bonheur de tous. Ils constituèrent ainsi
rapidement trente-quatre sites, où les scieries et ateliers de menuiseries furent
remis en état, les forêts de bois nobles alentours furent ainsi éclaircies, nettoyées,
prenant encore plus de vigueur.
Ces forêts sont un fabuleux spectacle. La vie sauvage y est à foison à tel point
que beaucoup d’espèces qui avaient disparu depuis des siècles y sont maintenant
de nouveau répandues et parfaitement installées à demeure, comme rayant d’un
revers de patte ces misérables siècles de suprématie temporaire de l’homme
d’antan. Le retour des bizons, animaux dangereux pour un si petit territoire, fut
stoppé par la destruction des ponts sur les fleuves communicants avec l’est, ainsi
que l’obstruction ou démolission des routes et tunnels dans les montagnes des
Alpes. Mais il est bon par exemple d’y revoir les castors et leurs industrieuses
activités de régulation des cours d’eau...
On peut ainsi s’imaginer la vie de nos ancêtres, ces grands Gaulois, à travers le
récit retrouvé et homérique qu’à laissé ce chef guerrier, Vénesto, fils du grand
chef Béborix, lâchement assassiné à Lutèce par les parisis : dèjà un ramassis de
diverses populaces, spécialisés dans le commerce...et l’arnaque des clients, déjà
aussi. Vénesto, fils de la noble épouse Epinoma, sa mère qui, follement éprise,
exigera d’accompagner son époux dans la mort, de mourir et être ensevelie avec
lui dans son tertre, ce qu’elle fit, l’accompagnant avec ses biens...
Sanglante épopée de la guerre contre les Romains et ce Jules César, dont
Vénesto nous le décrit, pour l’avoir vu de près, lui, et non imaginé, comme
relativement malingre, la cuisse maigre, pâle, vouté et vraisemblablement atteint
du mal sacré : l’épilepsie. Surprenante nouvelle image d’un conquérant, en totale
contradiction de l’Histoire officielle écrite par ces historiographes qui de toujours
et par complaisance et soumission surtout, gommèrent les défauts apparents des
satrapes : où les nains y sont géants et les bossus des I majuscules ; édifiant !
En revenant à ces parisis, qui déjà montrèrent cette nette tendance à trahir les
moeurs et traditions de leurs voisins et frères pourtant ; ce comportement ira en
s’affirmant toujours plus fort et deviendra constant et la marque type de toutes
grandes agglomérations, et raison de plus pour toutes celles qui deveindront des
capitales régionales, puis encore plus fort les capitales des futures nations.
Toutes seront le point de ralliement de ces populaces erratiques et donc sans
attaches culturelles et familiales, qui deviendront la base de ces cités
impersonnelles et sans âme vouées au commerce, et donc au vol et abus de
toutes sortes, y compris et surtout la trahison. Et pourquoi cela ? Parce qu’elles
ne seront constituées en tous temps que d’une populace de bâtards apatrides
175
vendus corps et âme au commerce, à Mammon, leur dieu personnifié, et lui seul ;
et Paris finira comme de juste dans l’abjection totale, sera la traîtrise
personnifiée, dégénérée et infâme, entre toutes les cités.

Très vite aussi, tous ces gens qui avaient vadrouillé un temps, revinrent, puis
beaucoup d’entre eux rejoignirent ces équipes de construction de maisons,
augmentant encore le rythme de production. Certaines équipes arrivèrent à
fabriquer une maison en six semaines environ, soit neuf par an et par site. Les
tecnos de Blagnac arrivaient tout juste à suivre le rythme pour fournir les plate-
formes allant avec ces maisons ; tecnos qui eux aussi avaient embauché
beaucoup de volontaires. Il faut dire qu’une première prévision indique la
nécessité de fabrication d’environ 2000 maisons et plates-formes, ce qui allait
leur demander de longues années d’efforts...
La maison une fois finie, construite sur un plateau métallique constitué de rails,
était tout simplement levée par un transport puis posée et soudée en quelques
points à son emplacement prévu sur cette plate-forme rudimentaire mais
parfaitement fonctionnelle. L’ensemble devenant palais véritable pour tout un
chacun, car souvenez-vous des dimensions de ces plates-formes prévues
initialement pour les déblaiements des villes : 150 mètres de large, 500 mètres de
longueur sur 5,50 mètres d’épaisseur seulement, donnant une surface totale de
75000 m², soit la grandeur d’un hameau d’antan.
Pour se déplacer rapidement aux alentours, ils disposent de ces petites plates-
formes et motos que nous connaissons bien maintenant. Les perceurs et
transports venant les accoster sont amarrés comme sur les grand voiliers
antiques, sur des tangons, espars latéraux vers l’arrière de l’engin ; ces appareils à
l’amarre suivant comme les canots d’antan le navire principal ; leurs équipages et
passagers rejoignant la base avec les petites plates-formes et motos annexes.
Il est à noter et pour mieux comprendre cette nouvelle société en gestation
rapide et qui évolue sans cesse, qu’en vue justement de cet impératif, dès qu’avait
été décidée l’attaque générale, un an et demi avant, un très grand nombre de
tecnos avaient donc été formés pour la circonstance, travail de formation qui se
poursuivait toujours, car tous ces groupes qui se disperseront dans la nature avec
leurs maisons, doivent avoir dans leurs personnel au moins une personne
capable de faire face aux impératifs techniques de tous ordres, ou presque ; la
formation avait été aussi amplifiée pour tous les autres corps de métiers,
particulièrement concernant la santé, chacun recevant un renfort d’éducation de
soins d’urgence.
La maison est donc de plein pied est surélevée de la hauteur d’une marche pour
le vide sanitaire. En forme d’anneau à double pignon d’un total de 30 mètres de
diamètre extérieur, et 48 m dans sa plus grande longueur, celle de l’extension de
la salle de Vie. La toiture couverte de lauzes d’ardoise est thermiquement isolée
avec une cloison de planches, viennent ensuite des panneaux de laine de
mouton, matériaux qui est le meilleur des isolants thermiques ; le même procédé
employé dans les yourtes des mongols, sous forme de feutre.

176
La laine est imputrescible, légère, ininflammable et peut retenir jusqu’à 30% de
son poids en eau sans perdre ses qualités et retrouver son gonflant une fois
sèche, et de plus elle est résistante aux rongeurs. Vient pour finir le plafond en
épaisses planches de bois couvrant l’ensemble habitationnel. La construction,
dont les murs extérieurs comme le plancher de triple épaisseurs, sont aussi isolés
avec de la laine de mouton.
L’ensemble comporte 14 pièces équipées de portes-fenêtres ouvrant sur
l’extérieur et réparties comme suit : 6 blocs de chambres doubles incluant une
salle de bain commune pour deux modules ; un cuisine et une salle de Vie, cette
dernière comportant une extension de 15 m de long. L’ensemble se compose
donc d’un large patio central circulaire de 5 m de diamètre, avec une fontaine
centrale entourée d’une margelle servant de banc, quatre allées en croix et des
massifs floraux ; puis une galerie couverte de 1,5 m de largeur ; puis vient la
maison en anneau de 8,30 m de largeur, celle-ci entourée d’une véranda couverte
de 3 m de largeur ; l’ensemble étant un cercle de 30,60 m de diamètre.
L’anneau présente donc 8 faces extérieures, 8 modules formant le cercle, ceci
pour les chambres et la cuisine ; cette dernière est parallèle et communique avec
la salle de Vie prolongée d’une salle à manger de 15 mètres d’extension.
Maison simple et conviviale de près de 900 m² au sol. Habitation pouvant
héberger 24 personnes et plus si besoin, maison simple mais qui satisfait
grandement tout utilisateur venant en droite ligne du confinement des grottes.
Pour tout dire, c’est pour eux tous une véritable résurrection à la Vie, au grand
air, au soleil...un rêve éveillé...un paradis authentique.
Un détail cependant rend encore plus agréable ce nouveau moyen de vivre,
c’est qu’il suffit de faire tourner la plate-forme pour par exemple suivre le soleil
ou mettre la cuisine dans le vent lors de fumée et odeurs par trop
incommodantes. Nonchalamment allongé dans un hamac sous la véranda, le
soir, après une dure et épuisante mais délicieuse journée d’un travail qui vous
enchante ; le ventre bien rempli par un excellent repas, en écoutant une bonne
musique et sirotant une bonne vieille prune de quinze ans d’âge et tout en
pelottant sa chérie. Alors, que voudriez-vous de plus simple et de plus propice au
bonheur total ? Et puis bien sûr, cette fabuleuse facilité de se déplacer comme un
escargot avec sa coquille ; le boulot fini, qui ou quoi vous empêche d’aller vous
baigner dans une rivière, un lac ou tout simplement à la mer et d’y flemmarder ?
Personne !

Ces quelques données démontrent bien ce nouveau style de Vie que ces
industrieux et géniaux habitants des lieux ont inventé ; ce sans aucun préjugé ni
crainte aucune ; véritables fourmis à deux pattes, ils essayent tout sans peur et
ainsi avancent vers un futur pas frileux et de ce fait porteur des plus grands
espoirs ; seules, l’intelligence soutenant la hardiesse et la foi en son Moi profond
sont porteurs d’évolution.
Construit dans la plate-forme, sous la maison, et dont on accède depuis la
cuisine et de l’extérieur, par de petits plateaux AG, un ascenseur comme
l’appelaient les anciens, est un immense local technique où trône une grande
177
chambre froide de stockage des vivres, puis une énorme réserve de bûches de
bois sec pour les cheminée et la cuisine, et un troisième local de stockage pour
les résidus de bois secs pour les toilettes sèches, avec de simples copeaux.
Plus de corvée de bois épuisantes en ce nouveau Monde, ni de rien d’autre du
genre du reste, car il suffit de charger un petit plateau à deux ridelles latérales
pouvant contenir une centaine de bûches environ, sous un bloc AG, et de le tirer
ou le pousser négligemment devant soi...renouvelant, relax, les stocks de bois des
cheminées des chambres, cuisine et salon-salle à manger ; idem pour évacuer les
cendres ; bois coupé avec des scies électriques, alimentées par...l’air du temps,
grâce à ces fabuleuses Centrales FMS .
Dans ces fonds se trouve la réserve d’eau douce constituée de huit réservoirs en
acier inoxydable, doublés et isolés ; chacun d’une contenance de 75 mètres
cubes, soit 600 mètres cubes d’eau douce...Six cent mille litres d’eau pour un
confort maximum : pour la cuisine, les douches, arroser le jardin, mais aussi en
cas d’incendie, dont un réseau spécifique avec un poste adéquat est disponible
dans chaque pièce. Le tout sans non plus oublier la piscine de 15 x 45 mètres, en
forme plus ou moins de haricot, avec un îlot central avec des fleurs, une cascade
et un banc avec un abri en bois, le tout relié au bord par une petit pont en bois.
Lieu de prédilection des amoureux qui vont y roucouler au clair de lune...

En fait, pour cloturer ce sujet capital, l’histoire de l’humanité peut se résumer


en une simple équation : c’est une simple histoire d’humus ! Là où l’humus
disparaît, la Vie disparaît aussi et les hommes doivent inévitablement partir. Les
migrations des peuples et la plupart des guerres sanglantes d’antan trouvèrent
leurs origines dans l’épuisement des sols. Le sort d’une civilisation se joue à long
terme sur la richesse des sols, donc de la teneur en humus de la terre qui nourrit
les hommes.
Un parfait équilibre est la symbiose humus-homme, mais faire comprendre ça à
des technocrates imbus d’eux-mêmes, et de plus tenus sous le joug de l’emprise
culturelle de la facilité à tous prix ; ce surtout pour les plus grands bénéfices de
grandes compagnies capitalistes ; c’était alors un idéal, folle utopie seule digne
d’un Don Quichotte, au grand dam des auteurs, tels les Bacon, Platon,
Campanella, More, Fourier, Saint-Simon, Morelly...et tous les nombreux
inconnus conscients de ces choses pourtant élémentaires et logiques.
A l’arrière de la plate-forme donc, dans la partie privative peut-on dire, soit sur
toute la largeur des 150 m de l’engin, et sur une bande 75 m de profondeur, fut
installée la maison sise à gauche, occupant la moitié de cette aire, et le jardin
potager à sa droite sur une surface équivalente. Maison entourée d’une vaste
pelouse de gazon avec des massifs de fleurs, incluant la piscine...endroit de
prédilection pour prendre des bains de soleil, entièrement nus sous ce Soleil
grandiose, ce nouveau dieu de cette jeune Humanité.
Cette aire de loisirs et détente comporte un cours de tennis - un cours de
pétanque - un grand bac à sable pour les enfants - un portique avec balançoires,
cordes lisse et à noeuds, anneaux, trapèze - toboggan - table de ping-pong et une
aire de repos et de lecture sous une tonnelle fleurie de bougainviller.
178
Dans l’angle du terrain, au coin de la plate-forme et derrière la maison, se
trouve un grand barbecue en pierre, avec une broche pour y faire cuire jusqu’à
des porcs et moutons entiers ; ce les jours de fête et ripaille, par beau temps, où
tout le monde se prélasse à satiété ; et dans ce cas, pas de fumées intempestives
dans les yeux ni dans la maison, car il suffit de tenir la plate-forme sous le vent.
Les 425 m restant en longueur, soit un peu plus de 6 hectares, est occupé par
un vaste paturage pour deux vaches laitières, une dizaine de chèvres et autant de
brebis. Puis sur une bande de 10 m de large, vient une étable, un poulailler, une
porcherie et une aire de compostage, cachée par une aie d’arbustes décoratifs.
Ce paturage est séparé de la partie habitation par une jolie barrière en bois, le
long de laquelle court une allée dallée de pierres et bordée de buissons floraux.
Le pré est traversé en son milieu par une piste de terre permettant de s’y
promener et vaquer à l’entretien ; ce histoire de se dégourdir les jambes car on
peut toujours se déplacer en plate-forme AG. Ce pré dispose d’une robuste
cloture entourant l’ensemble, ainsi qu’une barrière électrique amovible pour
gérer la fréquence des quatre zones alternatives d’utilisations par le cheptel ; un
abri du soleil ou de la pluie, ainsi qu’un abreuvoir y étant disponible dans chaque
zone, avec une arrivée d’eau sous pression.
Chaque année ils élèvent trois ou quatre cochons jusqu’à l’âge adulte pour en
faire des cochonnailles, ce qui à chaque début de l’hiver est l’occasion d’une
grande activité festive et de travail, où beaucoup de personnes sont embauchées
pour participer à ce travail intense de conserverie durant quelques jours.
A ce propos, ces grands travaux d’abattages et de cuissons, ont toujours lieu
dans un local approprié juxtaposé à la buanderie sise à côté du chateau d’eau
situé entre le potager et la partie résidentielle, au bord de la plate-forme.
Les animaux y sont amenés calmement, laissés là quelques heures dans le calme
complet pour se détendre puis, ils sont anesthésié par une décharge électrique
spécifique, puis tués proprement. Pour ces moments particuliers, la plate-forme
est tournée de façon que le vent emporte vers l’arrière les moindres odeurs de
l’animal sacrifié, pour ne pas stresser les autres. Lors de la fabrication de ces
cochonnailles particulièrement, les braséros à sciures servant à faire bouillir le
linge à laver, et dont ils sont abondamment fournis, font merveille avec leur très
longue durée de chauffe pour toutes ces cuissons nombreuses et variées, comme
aussi les conserves de légumes et la cuisson des confitures.
Pour la reproduction, les mâles de ces espèces sont uniquement élévés dans des
fermes à terre, où l’espace y est illimité ; il suffit alors d’y amener ses éléments
femelles aux bons moments. La ferme est pour ainsi dire autonome en
production de lait, cochonnailles, fromages, volailles et lapins pour la table. Les
veaux, porcelets, chevreaux et agneaux locaux pour la table sont en complément
éventuel de ceux du MIN ; auquel les excédents ponctuels de production y sont
aussi livrés. Bien souvent aussi, lors de leurs déplacements vagabonds, trouvant
une prairie naturelle, ils chargent les vaches, les ovins et caprins sur une grande
plate-forme à ridelles et les dépose sur ce paturage naturel, parfois pour plusieurs
jours, entouré d’une robuste cloture électrifiée.

179
Lors de grandes fiestas entre amis, les plates-formes viennent s’accoupler à celle
qui invite. Le cas typique optimal d’accouplement est de trois plates-formes qui
s’accouplent en forme de trois bras centrés sur les maisons. À noter qu’à ces
endroits de jonction les clotures comportent à cet effet de larges
portes. L’ensemble faisant un vaste hameau à angle droit de plus de deux
hectares et à trois branches, sans barrière.
Ce mode de vie exigea un autre mode d’adaptation jusqu’alors inusité pour une
maison d’habitation : celui d’un poste de pilotage incluant une table à carte ainsi
que d’une station de radio équipée d’un transpondeur, et d’une signalisation
lumineuse de la plate-forme pour la nuit, afin d’éviter les collisions toujours
possibles. La solution fut d’installer ce système de coms dans un chalet surélevé
construit dans la vaste embase pentagonale des piliers métalliques de la tour du
chateau d’eau ; une liaison avec la maison avertissait d’une demande de
communication. Par sécurité, et afin d’éviter au maximum ces risques de
collisions, il fut convenu d’éviter au maximum de naviguer la nuit, mais ce ne fut
pas une obligation. Le système de signalisation lumineuse fut tout logiquement
récupéré sur les navires d’antan, inutile donc de réinventer la roue.
Particularité de cette adaptation à ce monde marin d’antan, peu à peu, ils en
adoptèrent un certain langage et certaines coutumes. Par exemple on ne disait
plus la gauche ou la droite pour parler du navire, mais bien de babord et tribord.
On ne parlait plus des distance en kilomètres mais en milles nautiques, soit 1.852
mètres ; et la vitesse d’une ferme était exprimée en noeud, sachant qu’un noeud
vaut la distance d’un mille parcouru en une heure. Et forcément, arrivant avec un
perceur ou un transport, on accostait la ferme par babord ou par tribord...

Comme nous l’avons compris, tous se recyclèrent et s’adaptèrent lentement à


cette nouvelle Vie. Une constante toutefois, la plupart de ces guerriers
continuent dans leurs anciennes activités professionnelles, par goût et parce
qu’ils y trouvent le moyen de s’exprimer dans leur nouvelle société où tout doit
forcément continuer : il faut toujours se nourrir, se vêtir, etc. De nouvelles
activités virent le jour, comme la construction de maisons et plates-formes, qui
emploient beaucoup de monde, mais somme toute c’est un côté accessoire, car il
n’y a rien de vraiment nouveau en cela : travail immuable et admirable des
bûcherons, charpentiers, menuisiers, comme de tous autres.

Par contre, et depuis des lustres, tous rêvaient de pouvoir un jour exploiter les
ressources de la mer, cette grande inconnue...Et ce fut sans surprise que des
traditionnels pêcheurs de rivières et torrents se jetent la-dessus. Nous y
retrouvons donc notre ami le pêcheur bien connu, Justin, qui en compagnie de
confrères se lancèrent gaillardement à l’assaut de ce nouveau défit. Ils avaient
depuis longtemps recueilli toutes les informations possibles sur ce mystérieux
milieu marin et se sentirent capables d’aller pêcher du poisson de mer.
Ils sont une équipe de jeunes et de vieux, une trentaines d’Hommes et quatorze
Femmes robustes, ces dernières aussi téméraires que leurs julots...Pour se
procurer les matériels de pêche, soit pour les copier et/ou les réformer pour en
180
user, tels les gros matériels comme les chaluts, ils envahirent le meilleur port de
pêche d’antan du sud, celui de Sète, où ils trouvèrent des dizaines de bateaux
abandonnés, dont certains encore à flot. Ce fut un travail d’une année avant que
le premier poisson puisse être pêché, mais alors, quelle fête ! Si faisable, ce
poisson, une simple sardine pourtant, aurait été encadrée comme trophée...
De toutes ces épaves flottantes sises dans ce port sétois, ils découpèrent avec
facilité et désinvolture presque, couteau moléculaire oblige, les parties arrières du
pont de quelques bateaux sélectionnés comme étant en meilleur état, récupérant
ainsi les treuils et cabestans propres à la traîne et récupération d’un chalut, avec
leurs câbles, filets et tout le bastringue.
Après avoir passé de long mois à reconditionner tout cela, les remettre en état,
ils installèrent l’ensemble sur des plates-formes AG construites sur mesure.
L’avant recevant, plus pour la forme que pour sa réelle utilité, la partie de
l’antique timonerie ; certains allant jusqu’à pousser la chose, par amour de
l’exactitude et un certain respect de la tradition, disaient-ils en riant, à coupler la
vraie commande directionnelle de la plate-forme sur la vieille barre à roue,
astiquée et rutilante de tous ses cuivres...
Nouvelle vie, nouveaux temps, l’objet mythique continuait sa vie ancestrale et
pour ainsi dire immortelle maintenant ; seule différence, cette barre ne
commandait la route de ce navire bien spécial, que vers babord ou vers tribord,
comme il en fut de toujours ; mais pour un bateau volant, une commande
annexe autant qu’inusité le faisait monter ou descendre.
Ça c’était la folie de ces temps nouveaux, car de mémoire d’un port de pêcheur
on avait jamais assisté à ce spectacle ahurissant, où l’on voyait les bateaux partir
en mer maintenant, en passant par-dessus la jetée, et non plus comme av...mais
avant était mort et bien mort, dans le déshonneur et la honte ; tandis que ces
nouveaux Hommes, eux, sans peur et sans reproche, sautaient allègrement par-
dessus les jetées et les moulins, comme des conventions et préjugés, aussi
promptement qu’avant on se parjurait et se reniait.
Autre temps, autres moeurs, mais la sardine au barbecue était toujours délicieuse,
cuite à la mode antique*, soit dite à la portuge, la seule et unique mode de
cuisson qui garde à ce poisson divin toute sa saveur ; surtout avec la petite
sardine de Méditerranée, la meilleur de toutes les espèces ; sans doute l’est-elle
ainsi de part la salinité exceptionnelle de cette mer qui contient 38 g de sel par
litre d’eau, alors que les océans oscillent autour des 30-33 g/l pour la plupart
d’entre eux.
La première flottille de ces chaluts aériens se compose seulement de onze
unités, dont six équipées de chaluts et les autres se vouant à la pêche à la ligne et
les casiers pour la capture des langoustes, cigales et autres, plus la pêche des
oursins, huitres, etc. Nombre de navires plus que grandement suffisant pour
approvisionner amplement les tables.
Avantage capital de cette pêche aérienne, chaque unité survolait les eaux
extrèmement poissonneuses ; ils détectent alors un banc de poisson, le bateau

*Voir la recette dans YACHTS L’Envers du Décor, du même auteur - Lulu.


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descend à ras des flots et met son chalut à l’eau...et sous la surveillance d’un
blocvisu qui surveille et retransmet au bateau le niveau de remplissage, ils
remontent alors prestement leur chalut, ne prenant que le nécesaire à leur
consommation. Le plus souvent même ils rejetaient une grande quantité de
poisson en laissant le filet ouvert en surface, les poissons en excédents repartant
d’eux-mêmes vers leurs destinées...
Car pourquoi capitaliser dans un monde sans principe d’achat et de vente et de
troc, sans argent ! Un monde libre donc, car sans argent ce monde vit tout seul
et de façon naturelle, chacun contribuant selon ses possibilités et capacités
intellectuelles et techniques, mais surtout il ne prend que ce qu’il a besoin, selon
ses stricts besoins, un point c’est tout. Voilà la grande idéologie appliquée en son
essence dans toute sa pureté, mais pour en arriver là fallait-il essentiellement
rayer le vieux monde de la carte, et surtout ses foutues et néfastes valeurs,
corrompues et mortifères.
Avant de construire de l’éternel, on se doit d’araser les vieilles fondations
vermoulues et corrompues. Èlémentaire !
Aux tous débuts de cette pêche, des centaines d’appareils les accompagnèrent
pour les voir opérer, c’était le grand spectacle nouveau...Puis les gens partirent
aux quatre vents sur la mer, explorer ces horizons infinis, survolant d’immenses
bancs de poissons, des troupeaux de baleines ou cachalots, les dauphins qui
venaient jouer autour de ces navires d’un nouveau genre, les vols immenses
d’oiseaux marins qui les accompagnaient durant des heures...C’est une fête
fantastique de découvrir ces immensités marines d’une prodigieuse vitalité, une
totale révélation céleste, une ode à la nature, à Gaïa ; et cette pratique devint
coutume. Souvent, des appareils partent se balader, flaner au ras des flots...au
hasard, sans nul autre but que de vivre quelques heures ou journées en contact
avec la mer, en syntonie parfaite, respirer le souffle de la mère, Gaïa, la céleste.
La majorité des communautés s’étaient installées dans ce grand triangle du delta
du Rhône. Les plus extrèmes s’établissant à Montélimar, puis descendant vers le
Sud, passant par l’Ouest à Nîmes - Montpellier - Béziers - Narbonne, ainsi
jusqu’aux Pyrénées ; puis par l’Est, sur une ligne passant par Carpentras - Aix-
en-Provence et Marignanne, contournant l’Etang de Berre jusqu’à la mer.
Beaucoup au début ayant aménagé dans des hameaux et fermes isolées.
Pour mieux les situer ; pour commencer leur résidence en ces lieux, toutes les
villes de plus de trois mille habitants de ce territoire furent rasées et les déblais
évacués, ils ne gardèrent que les monuments de l’époque gallo-romaine, car ils
relevaient de l’époque de leurs lointains ancêtres, ces Gaulois farouches, leurs
racines mêmes, les seuls dont ils respectaient et honoraient la mémoire. Tous les
autres vestiges de ces peuplades récentes qu’ils méprisaient furent
systématiquement détruits, en commençant avec empressement par la plus
grande ville d’alors, et sise en haut du delta : Avignon et ses horreurs, dont il ne
reste pas même un seule pierre, un seul clou, un seul os.
Ces bateaux de pêche équipés de chambres froides ont la particularité de se
déplacer très rapidement, ce qui fait que la distribution du poisson se faisait au
centre géographique du triangle, en la ville d’Arles. Arles, cité antique qui fut un
182
lieu d’habitat celte pour être ensuite colonisé par les grecs après leur implantation
initiale, 600 ans avant l’ère dernière, à Marseille, l’antique Phocée. Puis Arles
devient romaine en -46, par Jules César qui y implanta les vétérans de ses légions.
Ils ne gardèrent de la ville qu’un ovale central, incluant les arènes et le théâtre
antique, avec une partie du jardin d’été, espace sur lequel ils établirent des cours
de pétanque à l’ombres de grands platanes. Ils gardèrent aussi l’espace des rues
entourant directement ces bâtiments, plus un quadrilatère dont nous reparlerons
plus loin. L’espace entre les deux monuments, anciennement appelé Place
Bornier, devint le point de rencontre public et pris le nom originel, grec,
d’Agora-Alpha, première et place centrale de ce nouveau monde, et qui sera
rapidement connue comme la Place des Katr’A. Place au milieu de laquelle trône
l’immense et célèbre taureau en bronze de la bataille de la reconquête. On lui a
simplement enlevé ses modules AG qui ne lui servent plus à rien car sa place en
ce lieu de rencontre de ces guerriers est définitive et sacrée.
Il n’est pas rare d’y trouver des bouquets de fleurs fraîches, bouquets de fleurs
des champs fixés à ses cornes prodigieuses qui massacrèrent tant de leurs
ennemis, et les firent exulter de bonheur devant ce spectacle aussi prodigieux.
Arles, lieu mythique et encestral pour eux tous ; avec ce vaste amphithéâtre qui
est donc tout naturellement devenu le marché central des communautés, et
principalement celui du marché aux poissons. Ils y ont installé des tauds
multicolores pour les étals, les poissons restant dans des bacs isothermes.
Chacun se plaît à penser qu’ils reproduisent ainsi un marché Gaulois, qui devait
être assurément dans ce style, simple et convivial, sauf qu’ici tout est gratuit. Le
chaland passe de l’un à l’autre, sans chichi...
Combien en voulait-il, lui demande son collègue pêcheur : 10kg de sardines ?
30 loups de 5 à 7 kg ? Autant de daurades royales ? Vingt, cinquante langoustes
ou cigales ? 20 - 40 kg de soupe de poisson encore frétillantes, avé des girelles
royales, rascasses, vives, favouilles ? Veux-tu ce thon de 100 kg ? Ce cageot en
paille tressée de 100 douzaines d’huitres pêchées dans les étangs ? Ou ce cageot
de 100 douzaines d’oursins ? Veux-tu ces 4 kg de violets ?... et ainsi à l’envie.
Puis ils se mettaient à plusieurs pour charger la commande sur le chariot AG de
ce client, équipé d’un grand caisson isotherme. Collègue et ami (e), ou amant (e),
frère, soeur...qui après avoir but un bon coup de pinard avec ces collègues, et
s’être racontés les derniers potins du coin, repartait avec sa camelotte gratuite,
vers son perceur ou transport en attente sur géopoint...Certains jours voyait un
nuage d’engins volants en attente sur un grand cercle autour du local...
De partout dans ce marché sont des sortes de scooters individuels mis à la
disposition de chacun ; ils sont en général garés sous les arches de
l’amphithéâtre. Ce sont de petites nacelles pour juste deux personnes assises,
pendues sous un gros bloc AG qui avancent au maximum au double de la vitesse
d’un piéton. Facile pour se déplacer d’un point à un autre ou aller chercher une
personne ou un objet oublié dans le perceur en attente sur géopoint.
Arles, la nouvelle capitale des Gaules, la vraie, la pure, non pas la bâtarde, car
c’est celle du sang généreux, du coeur et du ventre et de l’âme chevaleresque. Le
Théâtre, lui, retrouva son utilité antique : c’est là que les représentations
183
artistiques eurent lieux dorénavant, comme les concerts symphoniques, les
chants des choeurs et solos, ainsi que les réunions politiques, les votes, etc. Puis
par la suite, les concours de jeux d’échecs, de dames et autres jeux de société...

Les débuts de cette pêche fantastique, fut une révolution sur les tables, tous se
goinfrèrent littéralement et sans vergogne de ces poissons marins. Ce fut une
fête gargantuesque, révolution culinaire et gastronomique. Les recettes
ancestrales ressortirent des livres poussiéreux et des supports informatiques, les
plus fiables et les plus nombreux, mais surtout les plus pratiques puisque chaque
cuisine possède son lecteur de disk-mémoires avec un grand écran-papier mural ;
toutes les recettes culinaires du monde y étant à disposition, avec le suivi du
process de fabrication et le suivi vidéo pour chaque recette...
Ainsi, la plus simple des cuisinière y est un chef adulé et quasi vénéré ; ce qui
était pour le moins de rigueur pour des descendants de gens de ces territoires où
ils furent traditionnellement et de tous temps réputés pour être de la gueule.
Et à propos justement de gueule, et du quadrilatère conservé : il s’agit du cloître
de Saint Trophime, sis directement à l’Ouest du Théâtre antique. Le cloître seul
fut conservé, mais tous les objets, scultures ou autres rappelant l’origine
religieuse furent systématiquement enlevé, et ce splendide et fort pratique
bâtiment, avec son magnifique jardin central, fut recyclé pour une utilisation des
plus nobles : celle de restaurant et d’hôtel de passage et de fantaisie.
Nous y retrouvons comme maîtres et créateurs des lieux, ce trio dès lors fort
célèbre : dame Angèle, accompagnée des personnages non moins fameux : le
chef Fernand et son co-équipier Auguste Escoffier. Les trois lascards secondés
par les équipes des cuisines et serveurs de l’ancien casino de l’Auguste,
professionnels qui ne voulurent pas quitter un tel trio, et lièrent ainsi leurs sorts
aux leurs...
Ils ouvrirent donc leur immense restaurant dans les anciens réfectoires et autres
salles, abattant gaillardement des cloisons pour cela ; puis ils installèrent la partie
hôtelière dans les anciennes cellules des moines...Offrant une cuisine des plus
variée et d’excellente qualité ; ce restaurant, le premier digne de ce nom de cette
nouvelle civilisation, eut un succès immédiat et retentissant dans toutes les
communautés d’Euromorte et d’Akadi, car les convives, les sangs échauffés par
une chère royale et avé une cave à la hauteur, trouvaient là, en plus des délices et
nectars de la table, une éternelle ambiance de fête et décontraction, sans parler
de confortables chambres équipées avec goût et décorations de tableaux idoines :
peintures, dessins et statuettes érotiques, sinon lubriques ou pour le moins
paillards, ensembles forts stimulants pour la libido de ces heureux clients.
Si bien que ce cloître fut recyclé dans la bombance, la joie et l’amour égrillard et
paillard typiquement Gaulois, tradition millénaire remontant aux calendes
grecques, certains disent-ils, ce qui est un comble et une insulte puisque ces
fameux Gaulois remontent à au moins trois millénaires encore plus anciens que
ces foutus Grecs de Massalia...qui se firent dévorer par leurs amis temporaires et
Romains, comme en est l’infaillible destin du plus faible.

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Cet hôtel-restaurant, sans aucune étoile mais brillant au firmament de la
célébrité populaire, la meilleure, fut ainsi logiquement et dignement
nommé Taverne Aphrodite et Dionýsos, et leurs inspirateurs et maîtres queux,
nommés par tous les usagers de ce temple dédié dès lors à la divine gastronomie
et la sublime fornication, les appelèrent : Le Trio infernal ! Titre qui les portèrent
les tous premiers au firmament de la notoriété planétaire. Nouvelles vedettes
mondiales, en un Monde quasiment dépeuplé...mais qu’importe la gloire pourvu
qu’on ait l’ivresse...Ainsi, grâce à ce lieu d’attraction qui complète admirablement
le marché au poisson et l’Agora centrale, Arles est ainsi devenue l’endroit le plus
couru et animé de tous ces territoires de cette nouvelle Gaule sortie des entrailles
de Gaïa.
Arles, la nouvelle capitale ressuscitée d’entre les ténèbres, lieu de Vie dès lors
sacré de ses glorieux habitants, ainsi que ceux de passage, anoblis de facto de par
leur simple présence en ces murs antiques.

Notre ami le Grand Sage, Georges, mais il n’y en a qu’un, qui avait retrouvé le
calme bien mérité après ces temps de folie des préparatifs, puis de cette bataille
homérique et pleine d’imprévues, de joies et de peines aussi, malheureusement,
s’était installé comme beaucoup des leurs, dans ce grand Sud baigné par ce grand
Soleil, nouvelle divinité de lumières irréelles. Il avait trouvé son gîte et son
bonheur dans un solide et vaste vieux mas d’antan, sis dans cette plaine au Sud
des Alpilles ; ayant Arles, à l’Ouest et tout près du canal de Cramponne, pas loin
de la petite cité de Moulès. Il vit là en attendant de disposer d’une plate-forme,
mais il refusait d’en recevoir une avant que tous les siens, les jeunes gens n’aient
la leurs. Priorité à la jeunesse, disaient-il aux équipes de construction qui tenaient
pourtant mordicus d’en équiper leur Super-Héros ; mais rien n’y fit, et
connaissant sa détermination légendaire d’Homme obstiné à suivre ses décisions,
ils n’insistèrent plus que mollement et de temps à autre ; obstinés eux aussi qu’ils
étaient, car c’était bien le propre de cette race de glorieux Guerriers.
Il vit donc là plaisiblement dans son mas, un transport à sa disposition et qu’il
pilote lui-même, avec un petit groupe de fidèles amis, six anciens comme lui,
plus des tecnos et deux jeunes qui ne voulaient pas le quitter : la belle Agnès, le
radio de Central-Stratège Nº1, et son jeune ami Ambroise, qui se rétablit de son
emputation et dont elle s’occupe avec ardeur et dévouement, lui redonnant le
goût de vivre.
La cuisine et service est assuré par trois Femmes qui font ce travail depuis
toujours, aidées pour le service de la maison, comme tous les leurs le faisaient,
par deux couples libérés dans les hôtels de la ville X, plus deux autres jeunes
Femmes venant de même origine. Ces gens libérés vivent un rêve journalier les
yeux ouverts ; ambiance de paix et de calme, ce vieux mas étant devenu un
véritable et discret petit paradis pour tous ses nouveaux habitants.
Georges adorait cette région, et combien de fois avait-il parcouru ces Alpilles et
les Baux de Provence, avec ses ruines d'une importante cité du Moyen Âge.
Cette vue extraordinaire que l’on y a de toute la vallée du Rhone au Sud ; vue de
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cette fabuleuse Camargue, devenue territoire sacré de par les dépouilles de leurs
deux filles qui y reposent de leur dernier sommeil, unies dans l’unique tombeau
symbolique de ce peuple renaissant...Il voyait même l’emplacement de son mas,
là-bas, perdu dans les nombreux arbres tapissant maintenant cette immense
vallée verdoyante.
Il adorait parcourir, flaner à pied dans ces paysages de lumières, de couleurs et
contrastes violents, baignant sous un fantastique Soleil, et parfois ce vent furieux
et qui emportait tout et que les anciens appelaient mistral, et qu’il adorait pour sa
virulence et impétuosité. Souffle puissant qui lui rappelaient ses frères et soeurs
de cette nouvelle Humanité, impétueuse aussi et farouche, comme ce vent sec et
parfumé aux odeurs de la garrigue et qui de plus nettoyait le ciel du moindre
nuage, exactement comme eux tous avaient nettoyé Gaïa de la vermine la
défigurant.
Climat fabuleux pouvant être aussi rude que moelleux...Du reste, prit sous cet
envoutement de ces terres parfumées et ensoleillées à profusion, il s’était peu à
peu senti pousser les ailes lyriques du poète, enivré par ces sensations charnelles
de ces contrées, et ainsi il s’était essayé aux vers, quatrains et autres fantaisies
créatrices d’un esprit enflammé par tant de beautés et bonheur de vivre ; et voici
pour se faire une idée, sa dernière oeuvre, une chansonnette dont il se promettait
de la soumettre à un compositeur, texte qui justement se nomme Vent Royal.

Vent Royal
Que fut la vie de ces marins d’antan,
Seuls et fragiles, pas peureux pour autant,
Bravant l’inconnu avec obstination,
Hardis consuls des civilisations.
Refrain
Ô Mistral, roi de la Méditérranée,
Témoin de puissances surannées.
Honore nous de ton souffle divin,
Sauvage et fou, vivifiant ô combien.
Aide-nous, en ces temps de liesse,
Insuffle nous ta force, ton allégresse.
2
Ils partirent des vastes horizons,
Il va sans dire, sans une dernière oraison ;
Grecs, Romains, Gênois et Phéniciens,
Marin, jamais sûr de revoir les sien.
3
Qu’ont-ils endurés? Nul le saura jamais.
Seuls et fragiles, sur des mers déchaînées.
Découvrant un jour ce que l’on nomme Mistral,
Un vent de plus, mais un vent infernal.
4
Sous un ciel d’une telle limpidité,
186
Comment prévoir une telle férocité ?
Sur une mer subitement prise de folie,
Semant la mort de Sète aux Lavezzi.
5
Vent féroce tombant du septentrion,
Agressant galères, frégates et galions.
Il a tué ! Pensez aux âmes qui hantent,
De ces six cents marins de la Semillante.
6
Féroce oui ! Mais il est vent royal,
Puissant, sauvage mais jamais déloyal.
Ami de la voile qui se plie à sa loi,
Exigeant du marin qu’il soit de bon aloi.
7
Il est grandiose et s’il porte la mouette,
Il sait aussi bien enflammer les poètes.
Car il a, d’inspirations bardé,
Ces deux géants, Mistral et Daudet.

Ce vent un peu fou lui rappelait aussi par certains côtés, Jennifer Chancellor,
femelle divine toute de flammes et douceurs. Il rit à cette pensée de cette femme
merveilleuse et qu’il adorait. Ils se rendaient visite toujours, et elle avait trouvé
étrange son goût d’habiter dans cette vaste demeure austère, bien de trop pour
cette tornade sensuelle qui préférait demeurer dans son antre de Blagnac, retenue
là certainement par son harem masculin ainsi à disposition des fréquentes
pulsions amoureuses dévastatrices de la chatelaine des lieux.
Du reste, il y avait tout juste un mois de ça, se remémora-t-il en riant, elle était
venue lui rendre une visite d’amitié puis, retenue par ces longues discussions
qu’elle aimait tant avoir avec lui, comme il était déjà tard elle s’était enfin décidée
à passer la nuit au mas...et malgré ses promesses, elle l’avait carrément violé, que
dix jours n’avaient pas été de reste pour s’en remettre...
Il se promenait depuis dix minutes, habillé simplement d’un short, d’une
chemisette vaporeuse ouverte et flottant librement en arrière, des sandales de
corde aux pieds et un grand chapeau de paille sur la tête, le teint hâlé maintenant,
bien bruni par ce fastueux Soleil. S’éloignant du mas sur ce chemin pierreux et
d’un blanc éblouissant, se coulant entre une riche végétation odorante, avec
l’intention d’aller s’asseoir comme à son habitude sous son énorme olivier multi-
centenaire préféré, vieillards comme lui, mais toujours vigoureux et portant
allègrement des fruits en grand nombre. Il y avait installé une planche sur deux
pierres, et c’est là, le dos appuyé contre ce vieux tronc majestueux, qu’il rêvassait
et composait ses textes, l’esprit enivré de Soleil, des chants étourdissants des
oiseaux innombrables, et ces chants stridents de ces millions de cigales qui vous
électrisent l’âme...
Ce contact charnel avec cet arbre lui apportait une paix intense et mystérieuse ;
Georges en vint même rapidement à quitter sa chemise pour sentir directement
187
leurs deux peaux unies en une communion ainsi plus parfaite, de laquelle il tirait
de puissantes sensations de forces vives...Il en vint ainsi à le sentir rapidement et
fut en mesure de l’identifier précisément, ce pour sa plus grande stupéfaction :
l’olivier communiquait avec lui.
Au début il fut pris d’un grand doute et mis ça sur cette nouvelle joie de vivre
qui lui tournait la tête, comme à tous d’ailleurs, mais il dut vite se rendre à
l’évidence : cet arbre magnifique lui parlait un langage mystérieux mais évident,
et si lui, l’Homme, se sentait transporté d’une sourde et puissante félicité, il lui
sembla constater une évidente recrudescence de la vigueur du végétal ; il s’étoffa
et devint peu à peu plus feuillu et porta plus de fruits...à son grand étonnement.
Ainsi, chaque jour pour ainsi dire, quand il arrivait près de lui, il lui parlait en le
nommant Olivier ; puis il l’embrassait un long moment, étreignant étroitement
son tronc, peau contre peau, et Georges se sentait revivre plus fort, émerveillé
par cette communion de leurs deux âmes, car il était certain maintenant que cet
arbre, comme tous, en avait une lui aussi, d’une autre fréquence soit, mais réelle
et puissante et pouvant entrer en harmonie avec un Humain.
C’était extrèmement troublant et fantastique et en toute logique et liberté
spirituelle, comme il en était en leur nouveau monde, il se promit d’en parler
avec les siens.
Il allait donc arriver à son rendez-vous journalier avec son cher ami Olivier,
quand il entendit au loin, modulé par une chaude brise légère sentant le thym, le
romarin et le pistou et mille fragances mystérieuses qui font de ce air lumineux et
palpable un fabuleux kaléidoscope odorant, le son allant et venant de la cloche
pendue à l’entrée du mas, battre le rappel : c’était le signal qu’il lui fallait rentrer.
Il stoppa net, à dix mètres seulement de son ami l’olivier ; il le salua à regret,
s’escusant de ce contretemps imprévu, puis il fit demi-tour et se hâta vers le mas,
s’aidant de son robuste makhila, un solide pommeau en métal ouvragé lui
tombant bien en main, l’ensemble servant aussi s’il le fallait en une redoutable
arme de frappe et d’estoc. Bâton de marche fait à sa taille et en néflier, comme
toutes ces cannes typiques de ce fabuleux pays Basque aux Hommes aux âmes
fortes et toujours vives et obstinées.
Des gars de cette région avaient retrouvé un atelier de construction dans la
petite ville de Larressore, près de Bayonne ; y ayant aussi retrouvé les secrets de
fabrication de cette famille d’artisans originels ; ils avaient donc relancé la
fabrication, surtout en hiver, et lui avaient fabriqué celui-ci de magnifique, sobre
mais remarquablement sculté et bien équilibré...Son makhila faisait maintenant
parti de lui-même ; dès qu’il sortait, sa main seule le cherchait...
Il marcha d’un bon pas toujours alerte, le corps droit et toujours fort, mais un
peu préoccupé quand même, d’une nouvelle ou événement facheux ; l’âge lui
avait bien radouci son ardeur et il n’aspirait maintenant qu’au calme, ayant fait
largement sa part. Foutre, oui ! dit-il à mi-voix, souriant et hochant la tête en
s’adressant à cette vieille pie familière et espiègle qui le regardait passer à la
frôler, perchée qu’elle était comme souvent sur son vieux cep de vigne croulant
sous de grosses grappes vermeilles gorgées de sucs onctueux...

188
-Tu vas te cuiter, ma vieille, si tu manges tous ces raisins, lui jeta-t-il en riant.
Conseil qui laissa de marbre ce volatile en habit de soirée et jacasseur par
excellence.
Un perceur était posé dans la cour, et de suite il reconnut le numéro
d’identification, le P-648, celui d’Alexandra et Claude ; joyeux maintenant, car il
adorait ces deux-là, il couru presque pour les retrouver et gravit rapidement les
deux marches du perron et entra dans la fraîcheur de la vaste salle commune,
écarquillant les yeux un instant pour mieux voir dans cette quasi-obscurité
ambiante, par contraste d’avec la violente lumière du dehors...
-Georges, ne nous fais pas ces yeux de hibou ! s’écria Alexandra en riant puis le
prenant dans ses bras pour le serrer un moment sur son coeur, et comment va
notre Super-Héros ?
-Super...super, c’est beaucoup dire, mes enfants, dit-il en l’embrassant, de
même que Claude qui s’était levé du banc du même bois que l’immense et
magnifique table en olivier ; je suis pas encore foutu, ça non, mais il faudrait pas
m’en demander de trop maintenant. Et vous deux ? C’est une joie de vous
revoir, que devenez-vous ? Expliquez nous un peu ça, car si ce coin est relax, ça
manque un peu de nouvelles, faut reconnaître...Mais d’abord, asseyons-nous et
buvons un verre de vin et cassons une petite croûte en votre honneur...
Il les détailla en souriant, appréciant leurs allure décontractée, leur nouveau
hâle les transformait. Les vêtements constitué d’un short et le bustier vaporeux
qu’arborait sa visiteuse lui allaient à ravir, lui dit-il charmeur, compliment qui fit
éclore un sourire radieux sur la visage de l’intéressée. Il trouva Claude en pleine
forme et relax, dans des vêtements d’été comme les siens : short et chemisette
ouverte sur son jeune encore et puissant torse de guerrier savourant sa victoire,
l’amour et la Vie.
Tous deux portaient un ceinturon avec poignard et pistolet et de légères
sandales aux pieds et comme eux tous quasiment, un chapeau de paille sur la
tête, car pour ces gens sortis récemment de dessous la terre, leur fantastique
Soleil, qu’ils vénéraient maintenant autant que leur mère, Gaïa, était tout de
même d’une ardeur difficile à supporter longtemps sans une protection.
Au début, devant leur frénésie à se mettre nus devant ce prince du ciel,
quelques insolations, dont deux de mortelles leurs avaient vite appris à aborder
leur nouveau seigneur avec prudence et modération ; mais ils se gorgeaient tous
de sa fantastique vigueur proprement miraculeuse pour leurs organismes
renaissants et vibrants ainsi d’une merveilleuse nouvelle énergie...
Georges les trouvait beaux comme des dieux antiques, leur dit-il, de ces dieux
de l’Olympe ; ce qui les ravis hautement, quitte à froisser leurs modesties, qui
pourtant et pour l’occasion restèrent coites...
Ils s’installèrent en vis-à-vis sur les deux bancs, et c’est alors qu’Agnès apparut,
vêtue d’un unique et minuscule slip, les seins nus magnifiques et arrogants, les
saluant en les embrassant, puis elle leur apporta rapidement des pots en gré
contenant des olives noires, des cornichons et des petits oignons au vinaigre et
une motte de beurre, ainsi qu’un plateau avec un gros saucisson, un jambon

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entamé et un gros pain de campagne, avec un grand couteau, puis un plateau de
divers fromages : noblesse Franki oblige.
Pour protéger le tout des mouches, elle le couvrit d’un linge fin en lin d’un
blanc immaculé ; elle apporta ensuite les assiettes, des couteaux, des verres et une
grande bouteille de vin rosée bien fraîche et couverte de buée dans la minute où
elle la sortie d’un énorme frigo en bois ; dans lequel on aurait pu faire entrer un
cheval, remarqua un Claude, railleur...
-Et avec son cavalier, rajouta Agnès, en riant aux éclats, la pointe de son sein
droit tressautant allégrement sous le nez de Claude, qui en louchait en riant aussi
de bon coeur.
Ils trinquèrent joyeusement, Agnès y compris mais, pendant qu’ils attaquaient
gaillardement ce casse-croûte, elle piqua une olive puis les laissa rapidement pour
vaquer à ses occupations. Elle allait, leur dit-elle avec un sourire radieux et plein
de sous-entendus, remonter le moral de son cher patient, Ambroise, en lui
donnant une leçon intensive d’écucation sexuelle, qu’elle leur disait que ça ; et
elle partit en courant, jeune et splendide pouliche effervescente, la maison
retentissant des notes cristallines de son rire de fraîcheur, spontanéité et
d’innocence, enfin, presque, rectifia Georges...Puis ils l’entendirent crier à
l’intention de sa future et proche et heureuse victime : Ambroise, mon chéri ;
garde-à-vous ! J’arrive !
-Je vieillis, les enfants, leur dit leur hôte en souriant, car je croyais encore
mordicus notre douce Agnès tout juste sortie du biberon, et la voilà subitement
transformée en une magnifique femelle enflammée du croupion.
Tous les trois de rire aux éclats...puis Georges continua, impatient.
-Alors, mes enfants, que devenez-vous, insista-t-il, je suis impatient de le savoir,
tout va bien pour vous deux ?
-Impeccable, Georges, merci, lui répondit Claude, la vie est un paradis
maintenant, tous sommes heureux à nous en étouffer. Comme tous les nôtres
nous vivons comme sur un nuage, comme ivres de liberté totale et
resplendissante. Les mots ne suffisent pas à exprimer le bonheur des gens ; de
partout les yeux brillent d’un éclat fantastique ; voilà, tu vois que c’est simple en
fait, et fait curieux, quand on est heureux on ne sait trop quoi dire pour exprimer
sa joie et cette paix de l’âme qui vous submerge en entier et vous anesthésie
littéralement, c’est un peu cul-cul, non ?
Georges rit durant un moment, puis s’écria joyeux.
-Fasse notre Gaïa, qu’il en soit ainsi pour l’éternité.
-Et toi, Georges, comment vis-tu cette nouvelle Vie, dans cette grande maison
rustique et agréable ? lui demanda sa visiteuse.
-Comme vous tous, simplement heureux ; je m’y prélasse, dans ce pays
magnifique gorgé de soleils et de vents aussi furieux les uns que les autres,
éléments sauvages et sublimes...Je savoure chaque instant qui passe ; je bénis à
chaque pas de mes longues promenades toute cette nature prodigieuse et...en
fait, je ne sais trop comment l’exprimer aussi, c’est ma foi vrai que c’est cul-cul,
mais authentique.

190
Mais parlons plutôt de vous deux , qu’est-ce qui vous amène dans mon antre ?
et ne me dites pas que c’est pour mes beaux yeux, ni ceux d’Agnès, car elle un
peu trop jeune encore, enfin, je croyais ; alors...mes beaux tourtereaux ? que suis-
je sensé pouvoir, ou devoir faire pour vous ?
-Toujours bon pied bon oeil et perspicace, hein, l’ancêtre ? rit Claude, puis lui
faisant un clin d’oeil et lui désignant sa compagne d’un geste du pouce levé -
C’est madame qui a une faveur à te demander, mon bon.
Georges la regarda et en un éclair saisit son embarras et dit pour la détendre, en
lui souriant et d’une voix forte, levant les bras au ciel.
-Alors, ma beauté de flammes, que puis-je faire pour toi ? Ô toi, sublime
Walkyrie, reine d’Odin et du Walhalla.
Elle rit fort à cette déclaration enflammée.
-Georges, tu ne changeras jamais, vieux farceur et charmeur aussi ; mais c’est
vrai que j’ai besoin de ton aide...ton influence plutôt...ta réputation, ta...
-Et si tu m’expliquais tout ça en clair, la coupa-t-il.
-Oui, suis-je bête ; voici la chose alors. J’ai besoin d’obtenir rapidement une
maison, de toute urgence même.
-Et peut-on savoir pourquoi une telle impatience ? dit-il en hochant la tête,
d’après le tirage au sort ton tour légitime d’obtention de l’une d’elles vient dans
combien de temps ?
-Dans bien plus de deux ans certainement ; mais ce n’est pas pour moi que je
demande ce privilège, je suis au-dessus de ça, tu me connais pourtant bien,
Georges.
-Oui, tout à fait, et c’est d’autant plus insolite que...
-Je t’explique toute l’affaire en détail donc, voici. Suite à cette guerre, le devenir
de ton égal en notoriété, j’ai nommé, Clovis, le fils de Marion, me préoccupe
énormément, car lors du drame qui vit la mort brutale de sa mère, cet enfant
resta de marbre, incapable de pleurer alors qu’il l’adorait littéralement, et le
comble, c’est lui-même qui nous réconforta, car il avait parlé avec...l’âme de
Marion qui venait de mourir une minutes avant...Elle lui donna un message pour
nous tous, disant de ne pas rester tristes car c’était son destin tracé. Elle
remerciait Hugues de l’avoir rendu heureuse et qu’il continue sa vie sans remords
car elle était heureuse d’avoir accompli sa mission, son destin de nous
libérer...Puis, Clovis nous dit qu’il la vit avec une autre personne qui vint la
chercher, et c’était Céline. Puis il les vit partir et disparaître dans une lumière
blanche et aveuglante.
Georges la regardait, éffaré, blême...
Voilà, tels furent ses dires à l’époque, et nous sommes certains qu’il disait vrai
car son visage était alors baigné d’une paix intense, illuminé, lors de cet échange
paranormal ; que j’en ai encore des frissons dans le dos.
Mais maintenant je sens que c’est mauvais pour ce jeune enfant, et ce malgré
ses dons indéniables autant qu’anormaux, pour nous, gens ordinaires suis-je
amenée à dire, car rester seul et sans la chaleur humaine et maternelle
indispensable pour un enfant de son âge, et les échanges naturels qu’il trouverait
auprès d’autres enfants de son âge, même un peu plus âgé que lui...Et ce serait
191
encore mieux de le mettre en contact avec une ou des filles, pour lui offrir cette
douce influence de notre sexe, ce qui lui fait gravement défaut, malgré qu’il n’en
ait sans doute pas conscience.
Alexandra s’exprimait alors avec force et convictions profondes, prise par son
sujet capital...
-Ainsi, avec une maison je pourrais dès lors avoir mes quatre enfants avec moi,
malgré que François l’ainé soit déjà grand, ainsi que Suzanne, Léonie et Hélène,
la caçula, comme disent les portuges ; et prendre avec nous les trois enfants de
Marion, mon amie tant regrettée : Athéna, César, le benjamin et leur ainé Clovis,
forcément et...ainsi lui faire rencontrer ma fille Suzanne, la douce Suzanne, qui
ne cesse de rêver et qui ne vit que pour et dans ses livres et informatique...
En retour inévitable d’influence et par contraste des deux caractères justement,
Suzanne saura seule casser cette cuirasse de force de cet enfant, et l’amener vers
l’amour et la compassion, qu’il cherche sans le savoir, ce malgré qu’il soit dur
comme le roc, et c’est pas bon pour un garçon de son âge, je me répète
encore...Il faut le réhumaniser en somme, dans une ambiance familiale.
Voici pourquoi il me faut une maison sans attendre, car chaque jour de perdu
l’enfonce toujours plus dans sa froideur, et comme nous lui devons tous mille
fois assistance après ce qu’il a fait pour la communauté, c’est la meilleure et plus
urgente façon de l’aider que j’ai trouvé, et de plus ça aidera également ce pauvre
Hugues, que je sens malheureux comme les pierres, le pauvre, et qui aura peut-
être, en vivant en communauté, avec nous s’il le veut bien, l’occasion de
connaître une autre âme soeur, il le mérite grandement...
Voilà le pourquoi de cette maison...alors...j’ai pensé que...peut-être qu’un mot
de ta part, mon cher Georges, suffirait à...
-Vendu ! Tu vas avoir rapidement ta maison, et la reconnaissance de tous pour
ta brillante idée et ton dévouement envers mon cher ami Hugues, et mon aussi,
cher et jeune et inestimable collègue Super-Héros ; c’est le Super qui me gêne un
peu, rit-il, qui défrise un tantinet ma célèbre modestie.
Ils rirent de ce trait d’humour, typique de leur hôte.
-C’est vrai ? Elle n’en croyait pas ses oreilles, le regardait, les yeux ronds
comme des billes...
-Si je te le dis ma chérie, ça fait des semaines que les gars des constructions me
bassinent pour me refiler d’autorité une de leurs bicoques, sous prétexte de ma
notoriété ; et comme ils sont des dizaines d’équipes de construction, on m’en
offre bon an mal an autant et à tire-larigot, et ça fait aussi des semaines que je les
renvoie se faire pendre ailleurs, une vraie partie de ping-pong, ou de colin-
maillard...Ils vont bientôt venir me relancer jusque dans les chiottes, c’est un
monde !
Les deux d’éclater de rire aux éclats, imaginant la chose...
-Alors tu peux dire qu’en fait tu tombes plutôt bien, tu vas ainsi, ma chère, et je
t’en suis gré, me libérer de ces maniaques obsessionnels à refiler leur foutues
bicoques, de préférence à qui n’en veut point, c’est un comble. Il y a d’autres
priorités qu’un vieux schnock dans mon genre, la preuve ; et pas plus tard qu’il y
a de ça trois ou quatre jours environ, une de ces foutues équipes m’a encore
192
relancé, ils ont vraiment les idées fixes, mais pour une fois, c’est heureux. Allons
dans mon transport, je leur passe un coup de biniou et l’affaire est dans le sac,
sinon je ne m’appelle plus Georges ; et si je me souviens bien, ta maison et sa
plate-forme sont quasiment prêtes, qu’il s’en faudrait que de quelques jours.
Ils sortirent dans la cour et allèrent d’un pas vif vers le transport garé à l’ombre
d’un énorme micocoulier...
Sous le regard anxieux d’Alexandra, Georges bascula le son sur cabine puis entra
rapidement en contact avec les constructeurs...L’échange de destinataire fut
conclue en quelques secondes seulement, les motivations personnelles de
Georges acceptées sans réserve, le responsable de la livraison ne voulant même
pas les connaîtres ; la parole de leur Grand Sage suffisait amplement. Mais le plus
beau, la livraison au mas même leur fut annoncée pour dans une douzaine de
jours ; il ne leur restait plus qu’à effectuer les dernières vérifications...
Les maisons sont livrées clé en main, sauf que pas une d’elles n’avaient de
serrure, seule l’expression avait subsisté, mais sans plus aucune signification ni
entendement de ces nouveaux propriétaires, nouveau titre aussi, qui dès lors
touchaient au nirvana pur et simple. A charge pour ce dernier (e) de se choisir un
équipage, collègues qui à eux tous aient les compétences requises pour gérer cet
ensemble ; cela allant du jardinage, manutention et réparations techniques, et
gérer la ferme.
Pour tout cela il fut convenu à l’avance que chaque maison prenne au moins de
quatre à six personnes des esclaves libérés dans les hôtels des villes détruites ;
façon pratique d’avoir des gens compétents et de plus et surtout de les aider ainsi
doucement à s’intégrer dans leur nouvelle vie d’Hommes et Femmes libres, ce
qui n’était pas une mince affaire.
Les trois retournèrent vite à l’abri du mas, trinquer à cette maison tant espérée
et qui leur tombait du ciel, dit une Alexandra transportée de joie.
-Je ne sais comment te remercier, Georges, lui dit-elle ravie, je suis si heureuse
maintenant, cela m’enlève un grand poids sur la conscience, de pouvoir tenter
sauver l’âme de cet enfant.
-Où sont ils, ces deux lascards ? Hugues et Clovis ? demanda leur hôte.
-Aux dernières nouvelles, dit Claude, ils seraient partis avec des collègues de
Hugues, en Frika, voir les animaux sauvages de plus près, les filmer, etc.
-Ça m’étonne pas de la part de ces gaillards-là. Pourvu qu’ils ne prennent pas de
risques inconsidérés car ils ne connaissent pas les réactions de ces fauves, ce qui
est toujours dangereux ; mais j’ai confiance en Hugues, totalement, il prendra
soin de Clovis comme de son propre fils, j’en suis certain, et surtout celui de
Marion, qu’il adorait...Pauvre Hugues, comme tu disais, ma soeur, il doit être
bien malheureux, et je réalise brutalement qu’avec cette nouvelle vie, nous
sommes séparés des amis...On avait pas bien pensé à ce côté de la liberté, qui
aussi sépare, chacun vagabondant à son gré.
-Mais soyons tranquille, lui répondit Claude, ils vont vite se lasser de courir ces
contrées de nouveau sauvages, pour revenir au bercail. Eux aussi vont ressentir
l’absence des proches, et dès que tu vas les contacter, dit-il se tournant vers sa
compagne, je suis persuadé qu’ils vont rappliquer dare-dare.
193
-Je les contacterai uniquement quand nous serons bien installés dans cette
maison et que nous aurons tout bien en main, alors et seulement, que je puisse
gérer au mieux le cas de ce bout d’chou de Clovis.
-A mon humble avis, lui dit Georges, ne lui dit jamais ce sobriquet ridicule, car
il ne va pas l’aimer du tout, car ton bout d’chou, comme tu dis, est déjà un être en
pleine possession de ses moyens, et même au-delà des notres, alors...
-Oui, je le sais aussi parfaitement bien...je plaisantais.
-Mais, dites-moi, dit un Georges subitement joyeux, puisque tu voulais tant me
remercier, ma chère Alexandra, j’ai trouvé le moyen de te libérer de cette dette,
entre parenthèse, lui sourit-il. Claude, se tournant vers ce dernier, c’est toi qui
peux affacer la dette de madame, si tu le veux bien toutefois.
-Avec plaisir, dis-moi de quoi il s’agit et j’en fais mon affaire.
-Super ! Il faut que tu me mettes en musique un texte que je viens de terminer
et qui me plaît assez, toujours d’accord ?
-Tu parles ! fais-nous le voir illico, que je meurs d’envie de le découvrir.
Georges les pria de l’attendre un instant, le temps d’aller chercher la feuille de
papier dans sa chambre...Il revint et tendit son oeuvre à ce musicien hors pair,
qui la lut à haute voix ; Georges la redécouvrant par la même occasion sous un
autre jour, lue par un autre, ainsi surpris de lui trouver un souffle inconnu...Ils
applaudirent chaleureusement cette belle création, émus par ces mots simples
empreints d’émotions et de noblesse, celle du coeur, la seule d’authentique, et
c’est sa visiteuse qui s’écria en premier.
-Georges, c’est magnifique, ce texte est très beau et touchant ; tu nous avais
caché ce côté de ta personne, j’ignorais que tu écrivais de si jolies choses, vilain
cachotier ! rit-elle en se levant pour l’embrasser, émue et heureuse de découvrir
cette nouvelle facette de leur ami.
-Alexandra a raison, c’est fort joli et je me fais fort, transporté à mon tour par
de si belles lignes, de composer une chanson qui fera date ; tu as ma parole !
-Merci, Claude, nos talents réunis, puisque vous jugez tel mon travail, devraient
donner un bon résultat.
-Moi je verrais bien, dit Alexandra, ta chanson reprise par nos grandes vedettes,
telles que...la belle et romantique Bettie, par exemple...Hugo, aussi, qu’à chaque
fois sa belle voix de basse me chavire le coeur...
-Voyez-vous ça, s’esclaffa un Claude faussement outré, les deux poings sur les
hanches : madame se pâme littéralement en attendant sa si belle voix, nous dit-
elle en plus avec aplomb. Ha ça ! J’ t’en foutrai moi, des Hugo, Femme sans
vergogne !
Tous les trois de rire un bon coup...
-Alors c’est d’accord, tu t’en occupes, Claude ?
-Georges, c’est comme si c’était déjà fait, je l’emporte et te livre ça dans
quelques jours.
-Impec, en venant chercher votre maison, par exemple, cela serait super.
-Au fait ! s’écria Alexandra, chéri, dit-elle à son compagnon, vas chercher ta
guitare dans le perceur et chante ta dernière chanson à notre hôte ; tu vas voir,
Georges, elle est drôle comme tout, je l’adore, rit-elle par avance.
194
Claude était déjà parti en courant, qu’il fut de retour en un éclair et accorda
l’instrument...
-Mon cher, dit-il à Georges, elle est toute neuve aussi, c’est une primeur, et tu
seras donc le premier auditeur à l’entendre, et pour ce privilège, je te
demanderais de m’en donner ton avis sincère et sans détour. Cette chanson
frivole est donc sans la moindre prétention. Voici ce chef d’oeuvre, dit-il en
pouffant...et il chanta ; musique sur un ton gai et frivole, avec des accords bien
soulignés et sarcastiques, à chaque final en ‘ou’...

Tralala itou
Seize ans et venant à la vie,
Vous regardant avec envie,
Pauvre de nous.
Sûr de nous, de notre force,
Que déjà vous êtes retorses,
Garçons si fous.
Amoureux, ah quelle farce !
D’ignobles petites garces,
Nous les bouche-trous.
2
Dites-moi, infernales coquettes,
Vous n’ pensez qu’à la bistouquette ?
Qui vous renfloue.
Si tôt, vous êtes déjà femme,
Que vous jouez à trou-madame,
C’est casse-cou.
De votre amour fou et abscon,
Somm’ nous pas de vrais faux-cons ?
Ou sapajous.
3
Pour nous l’enfer et son trop plein,
Blottis charmés entre vos seins,
Tel un licou.
Si l’organe né de la fonction,
Riez, mais gare à l’intromission,
Sous vos frou-frou,
De l’élan, qui chose subite,
Vous prendra, blonde ou presbyte,
Même à g’noux.
4
Profitez de vos prouesses,
Besognez-nous en vitesse,
Viens mon p’tit chou !
Profitez de la circonstance,
Mais surtout de la consistance,
195
Ha ! Le grigou !
A tes amours pyrotechniques,
Je m’y brûle, ô Véronique,
Miaou-miaou.
5
Je t’aim’ bien quand t’es enjoleuse,
Je te l’avoue, même pompeuse,
C’est archi fou.
De l’amour t’as l’inspiration,
Reine de la commutation,
Et moi itou.
Gourmande, faut que tu suçottes,
Vain dieu, faut être sans culotte,
Vas-y tout doux !
6
Sur moi, j’aime ton entrechat,
Faisant le compas sans faux-pas,
Où je vois tout.
Savourant ton doux mont fauve,
Certains sont parait-il chauves,
Mais lui si roux.
Avant que calin, il s’affaisse,
Que j’embrasse ce sot-l’y-laisse,
J’ veux tout itou.
7
Ton attente j’outrepasse,
Naviguant mer des Sargasses,
Pas de tabou.
Impatiente tu me mordilles,
Tout en faisant la godille,
Moi j’ m’en fous.
Faut l’ temps de décompresser,
Après une plongée en apnée,
Pouss’ tes genoux.
8
Ah ! Quell’s sublimes fesses,
As-tu crois-moi ma drôlesse,
Passe-partout.
Arrêt’ donc tes trémolos,
J’ te jure tu f’ras pas solo,
Vise le joujou.
Maint’nant faut qu’ tu te grouilles,
Car j’en ai ras la quenouille,
Ou je bris’ tout.
9
196
Profite bien de tes appâts,
Viendra le jour du branle-bas,
Pour nos atouts.
J’attends ce jour, trop obsédé,
Où tu ne pourras que biaiser,
Ou peu ou prou.
Ton charme n’est qu’éphémère,
Horreur ! Tu s’ras comm’ ta mère,
Tas de saindou.
10
Que faudra-t’il que j’ surmonte ?
Saute mouton, mastodonte ?
Que de dégoût.
Encore un dernier fantasme,
Pour un ultime spasme,
Qui sera l’ clou,
De cet amour pachydermique,
Comm’ t’es devenue, Véronique,
Pauvre de nous.

A peine eut-il fini de chanter que la salle croula sous les applaudissements de
tous les habitants du mas qui avaient accouru en silence aux premières notes ;
alignés qu’ils étaient en demi-cercle derrière l’artiste qui ne les avait ainsi point
vu. Ce fut un succès total, si bien qu’à la demande générale il fut contraint de la
bisser, et il y serait encore sans son refus énergique, pour ne point la galvauder le
premier jour d’audition publique ; et, leur dit-il, sérieux comme un hibou.
-Mes amis, merci d’avoir aimé cette chansonnette, mais sachez qu’une chanson
est aussi délicate qu’une pucelle, ainsi donc, au tout début il ne faut point en
abuser ; merci bien à vous tous.
Tous rièrent fort de cette sortie illustrant bien son propos, puis satisfaits, ils
repartirent vers leurs occupations.
-Inutile je pense, après un tel consensus sur la valeur de cette chanson, que je te
donne mon avis sur la question, dit Georges, en riant.
-Effectivement, répondit Claude, la communauté va donc bénéficier de deux
nouveaux succès, et nous lancerons ta chanson en premier, faisant ainsi honneur
à un nouvel et jeune créateur dans l’art populaire, le seul et unique en ce beau
Monde, et le plus noble et respectable par excellence.
-Merci pour le jeune.
Puis, un de ces instants de silence passa, respiration profonde des âmes,
recentrage des énergies cosmiques sur le pivot spirituel de l’Homme. Moment
indispensable où, les paroles inconsistantes se sont envolées ; petits cailloux
perturbant le lac de paix de l’esprit, d’ondes concentriques s’entrecroisant sans
cesse et générant un mini chaos de futilités et dérisions. Les deux visiteurs
relisaient calmement le texte de leur hôte, croquant, un cornichon, une olive...

197
Ils étaient à cheval sur le banc, détendus...Elle, s’était coulée, appuyée le dos
dans les bras de lui...Ainsi embrassée, elle lisait la feuille qu’il tenait devant ses
yeux...calmes et détendus, heureux de ce moment où, enlacées, leurs deux
énergies vitales s’unissent en une onde d’harmonie parfaite, sphère lisse et
scintillante de l’amour divin qui fait vibrer plus fort...Puis, elle leva les yeux et,
stupéfaite, elle se leva d’un bond et s’écria.
-Georges ! Georges, que t’arrive-t-il ? pour l’amour de Gaïa !
Ce dernier était toujours assis à la même place, en face d’eux, les deux coudes
sur la tables, le menton dans une main...regard vide, blême...il paraissait
subitement sans vie. Elle contourna la table en trois bonds et, s’asseyant à
califourchon sur le banc, le pris doucement dans ses bras, lui caressant le visage,
lui parlant doucement près de son oreille, l’embrassant sur le front, la joue...
-Georges...Georges, mon frère, réponds-moi, s’il te plaît, Georges, reviens avec
nous : Claude, Alexandra, ta chanson, ton...
Il revint enfin à lui, s’éloignant subitement d’Alexandra, les regardant, surpris
qu’elle le tienne ainsi dans ses bras, et encore plus de voir cette inquiétude sur
leurs visages...
-Que se passe-t-il ? dit-il d’une voix ferme, comme à son accoutumée.
-Georges, tu nous a fait si peur, lui dit-elle, tu étais si...
Il lui prit brusquement le bras et la fit taire...la tenant ainsi, son regard se perdit
dans le vague, regardant vers le haut...puis son visage s’éclaira d’un imperceptible
sourire. Il paraissait heureux, semblant voir quelque chose qui leur restait
caché...Puis il se calma, respira longuement, profondément plusieurs fois et les
regarda avec dans les yeux une paix intense et lumineuse...puis il parla.
-Je vais bien...mais il est grand temps que je parle enfin, et que ce soit à vous
deux n’est que mieux ; une âme d’artiste sera mieux à même je pense de
comprendre ce que je dois révéler de mes découvertes fortuites et pourtant
foutrement réelles, et de grande importance pour notre futur commun, j’en suis
certain ; êtes-vous prêt à m’écouter ?
-Parle, Georges, lui répondit-elle, nous sommes tout ouïe et impatient
maintenant d’en savoir plus, mais tu nous a fait une de ces peurs...que tu
paraissais mort sur pied.
-A ce point ? fut-il surpris ; faut dire aussi que je reviens de loin, au sens propre
comme au sens figuré. Mais avant, ma chère, aie la bonté de me donner un grand
verre d’eau fraîche, j’ai une telle soif, j’ai l’impression d’avoir passé huit jours
dans le désert sans boire.
Elle fonça au frigo, revint de suite avec un cruchon en terre et lui servit un
grand verre d’eau...Il en but deux de suite et sans respirer...Puis ils s’installèrent
de nouveau en vis-à-vis d’avec leur hôte, attendant ces révélations qu’ils sentaient
être d’importance.
Georges les regarda un bref instant sans rien dire, puis attaqua son exposé.
-Mes enfants, je réitère le fait qu’il soit heureux que ce soit à vous deux que je
dévoile ce secret qui maintenant me pèse, car à mon avis tous doivent le
connaître, et vous me donnerez donc votre avis sur la question ; ce que vous en
jugerez de raisonnable, plausible ou le contraire. Voici donc cette histoire
198
incroyable, mais rassurez-vous, grâce au cosmos, je n’ai point trouvé de trésor
matériel, ça non, mais un prodigieux trésor spirituel, ça oui. Tout cela pour vous
donner une première piste. Voici donc cette découverte qui devrait faire date
dans notre civilisation.
Mais au préalable, avez-vous des questions ou je peux commencer ?
Les deux se regardèrent un court instant et firent le signe négatif de la tête,
pendus à ses lèvres...puis, Claude, réagit et eut une idée.
-Avant de commencer cet exposé que je sens déjà d’importance, je suggère, si
tu es d’accord bien entendu, Georges, que nous installions un blocvisu avec
caméras, pour d’une part de pas perdre tes paroles, mais surtout le message que
je suppute capital, et qu’il te seras de fait inutile de répéter jusqu’à plus soif.
-Excellente idée, par contre, il n’y a pas le moindre blocvisu ici.
-Je cours au perceur et t’en rapporte un dans la seconde.
L’appareil enfin branché et flottant à un mètre au-dessus d’eux trois, leur hôte
commença son récit.
-Je ne sais en fait comment commencer cette histoire...que je dois m’efforcer de
condenser pour ne pas y être encore demain. A propos de ce fameux mais
modeste texte de chanson...Il faut savoir que jusqu’à ce jour je n’avais jamais rien
pondu de la sorte, alors que j’ai passé ma vie, comme tous d’ailleurs, à préparer
essentiellement cette bataille, ce qui nous prit toutes nos énergies, les consuma
en une frénésie d’apprendre sans cesse de nouvelles choses concernant ce
combat à devoir impérativement gagner, ce que nous réalisâmes avec brio, quand
on pense d’où nous venions : du fin fond du désespoir...
Mais cependant, cette quête matérielle et technologique, principalement, nous
éloigna immanquablement d’autres choses essentielles à l’Homme, je veux parler
là du côté spirituel de la Vie ; de ces choses impalpables mais pourtant bien
réelles et certainement d’une bien plus grande importance que nous pourrions le
croire au préalable. Tout ça pour en venir au fait suivant et authentique : si j’ai
écri ce texte, qui de part lui-même n’a aucune importance, ce fut grâce à un
nouvel ami, et à lui seul...et cet ami m’a ouvert l’esprit sur ces fameuses choses
de l’âme...Il m’a révélé une autre dimension à notre portée ; bref, vous disant qui
est cet ami, je vous implore d’avoir la bonté de me croire et de ne pas vous
moquer.
-Georges, le rassura de suite Claude, n’aie aucune crainte, tu sais pourtant bien
que pour nous tous, ta parole est d’or, tous te suivrons aveuglément sur un seul
mot de ta part, alors parle sans crainte ni retenue. Nous sommes encore plus
impatients maintenant de t’entendre.
-Merci à vous deux...Cet ami...est un arbre majestueux, un olivier multi-
centenaire !
Les deux le regardaient intensément...le temps que cette extravagante et folle
information est envahie leurs cerveaux jusqu’au tréfond de l’ultime neurone, y
jetant la révolte et consternation la plus totale ; chaos bouleversant les assises
d’un paradigme enraciné depuis des millénaires...Lutte effrénée entre les deux
lobes d’un cerveau ravagé par deux monstrueuses vagues contradictoires : la

199
logique et l’intuition ; le froid calcul contre l’inspiration vagabonde ; la
détermination mathématique contre l’hypothèse la plus irréelle...
Georges leur raconta alors ce contact étrange et mystérieux qui s´établit
lentement entre eux deux, le végétal et lui, l’Homme ; et dès lors ce besoin plus
fort chaque jour d’aller le retrouver, et la force et la félicité qu’il puisait dans ces
échanges spirituels...Puis cette brusque illumination et entendement, qui le prit
tout à l’heure...comme si son ami, le végétal, lui avait envoyé un message...il en
avait vaguement conscience.
Il leur conta qu’il prit ainsi peu à peu conscience, puis il en eut la certitude que
l’Homme alors, s’il veut évoluer, doit impérativement prendre conscience de son
implication intrinsèque et fondamentale dans la bonne marche du Cosmos...Il
doit être conscient de sa nature spirituelle avant toute chose. L’Homme, leur dit-
il, est inséparable de la bonne marche de son système solaire, qui lui-même est
impliqué de même dans celle de la galaxie ; cette dernière influant également sur
la vitalité de cet univers, lesquels participent de même encore, à celle du Cosmos
tout entier...
-Mes enfants, leur dit un Georges dont les yeux brillaient d’une foi intense, tous
nos actes, pensées, aspirations, ont une influence directe sur le père vital de notre
système : le Soleil, lui qui génère la Vie. Il génère une perpétuelle évolution et
son devenir est de répondre aux influences, pensées venant des Humains, à la
condition que ces dernières soient positives ; pour cela il a besoin des
Hommes...Les énergies positives venant en retour de l’Homme seront alors
amplifiées pour le plus grand bénéfice de ce dernier, sinon...
Voir en cela ce que fut la situation du dernier monde disparu, où cette
humanité avait sombré dans un non-sens total, ces hommes n’ayant plus d’âme
ni plus aucun espoir. Les climats devinrent alors comme fous, le Soleil entrant
dans une phase de plus en plus anarchique et meurtrière car il lui était alors
imparti le devoir de détruire cette humanité négative et destructrice de l’essence
même de la Vie.
Il déclencha alors des catastrophes sur un rythme accéléré : tremblements de
terre et tsunamis ; sècheresses catastrophiques répondant à des innondations qui
l’étaient tout autant ; incendies ravageant des contrées entières ; instaurations
sous quelques étiquettes que ce soit de dictatures fascistes et oppressives, puis
des guerres, révoltes populaires ; guerres civiles, religieuses et ethniques ;
famines, pandémies et ravages divers. Les enfants se révoltant contre les parents,
les dénonçant aux satrapes ; les parents les martyrisant, les prostituant, les
abandonnant...Et tous ces malheurs correspondaient toujours avec l’apparition
de ces fameuses taches solaires, fait recurrent mais que personne n’expliquait.
Monde d’horreurs et d’abjectes infamies qui généra sa destruction céleste, le
Soleil ne pouvant que répondre négativement à cette humanité qui se reniait elle-
même et qui de par ce fait il se devait de détruire, dans une réponse à l’égal de
l’énergie négative apportée par ces hommes fous et pervers à son encontre...
S’ensuivit alors une période allant se calmant : l’humanité ayant quasiment
disparu, ce monde n’ayant quasiment brusquement plus de forces intelligentes, le
Soleil entra lentement comme en catalepsie, puisqu’il ne recevait plus d’énergies
200
des hommes alors inexistants. Il n’avait donc plus de but, de raison de construire
ou de détruire. Les catastrophes diminuèrent lentement pour au final
disparaîtrent puis, tout dernièrement, ce qui correspondrait avec notre essort,
une nouvelle phase solaire repartit, porteuse d’énergies nouvelles et bénéfiques.
Voyez par vous-même comme cette planète est maintenant d’une formidable et
extraordinaire quiétude et paix générale, alors qu’il y a peu encore elle était
devenue un enfer véritable...cela devrait suffire à nous éclairer.
Nous devons créer l’équilibre céleste, la bonne marche constructive de cet
univers, qui est vivant, comme chacune de ses cellules : les systèmes solaires avec
chacun ses planètes, chacune aussi essentielle à l’ensemble que les créatures
vivant dessus ; en particulier, nous les Humains, qui bénéficions d’une
conscience, et si tel est le cas, ce n’est point par hasard, car il n’y a pas de hasard
dans la Vie.
Tout ce qui vit est une construction où chaque fonction y est déterminée et
bien précise...et la nôtre, Humains, de part nos énergies mentales positives et
constructives, c’est-à-dire, de savoir, avoir un but réel dans notre évolution, un
désir de devenir, en bien, en bon, en meilleur chaque jour...est de faire évoluer
notre Soleil de façon à ce qu’il fabrique les énergies spatiales nécessaires à cette
harmonieuse réalisation qui fortifiera l’ensemble : l’évolution de l’Homme et du
Cosmos, les deux intrinséquement liés et inséparables, dans le bon comme dans
le mauvais, mais c’est l’Homme seul en ses pensements et actions qui détermine
le processus : construire ou détruire...
L’ancienne et profonde négativité de nos prédécesseurs fut comme un cancer
psychique qui détruisit l’organisme.
Il s’arrêta de parler, les regardant paisiblement, heureux et satisfait, enfin libéré
mais conscient qu’il venait de semer le trouble dans ces deux esprits pourtant
éveillés et libres de préjugés...Il les laissa calmement digérer ces révélations,
attendant leurs premiers sentiments à propos de cette prodigieuse bombe
intellectuelle...Et comme il s’y attendait un peu, c’est Alexandra qui la première
ouvrit le bal...Un peu blême, elle sourit faiblement et articula, s’éfforçant sans
grand succès à l’humour.
-Ce qu’il y a de bien avec toi, mon cher Georges, c’est que l’on est jamais déçu
question surprises. OUF ! tu me la coupes ! c’est du titanesque ton truc !
-Merci bien, ma chérie, renchérit son compagnon, je n’ai ainsi plus rien à
rajouter : mêmes sentiments ! Putain, ça décoiffe ! Je propose même une action
d’urgence : buvons un bon coup de pinard pour faire passer la pillule !
Ce qu’ils firent allègrement et généreusement surtout, deux verres chacun
n’étant pas de trop, ni de reste.
-Alors, reprit leur hôte, parlons net : suis-je fou, ou une lueur de raisonnable
vous paraît-elle concevable ?
-Plus j’y pense, et je ne fais plus que ça d’ailleurs, dit Alexandra, avec l’esquisse
d’un frèle sourire...ce concept trouve en moi un étrange echo...Je ne sais
comment l’expliquer vraiment ; le choc passé, et quel choc...je me trouve
bizarrement devant un terrain qui ne m’est pas totalement étranger, alors ?
-Et cet ami, cet olivier majestueux, rajouta Claude, pouvons-nous le voir aussi ?
201
-Bien entendu, et ne riez pas, je l’appelle Olivier, et nous nous tutoyons...Je
serais bien entendu heureux de vous le présenter, mais avant, car ce n’est pas de
voir un arbre commun qui vous éclairera, je veux, pour éviter tout voyeurisme
négatif, connaître votre réel sentiment sur la chose, à savoir : croyez-vous
possible et sensé une telle implication aussi directe de l’Homme en son milieu
stellaire, son action directe sur la bonne marche du Cosmos ?
-Pour moi, oui, lui répondit Claude, je suis au courant de ce dont tu as parlé, de
cette longue époque de catastrophes allant croissantes, lors du dernier monde, et
il est maintenant d’autant plus évident, de l’avoir souligné, de cette
transformation spectaculaire de ce Monde-ci, où maintenant, et c’est vrai, tout
n’est que paix et douceur de vivre ; la relation de cause à effet saute alors
littéralement aux yeux, oui.
-Pour moi aussi, inutile de répéter les mêmes paroles, dit sa compagne.
-Bien, dans ce cas, allons de ce pas voir Olivier, je vous apprendrai la meilleure
façon de communiquer avec lui, c’est simple en fait : il suffit d’établir le contact
charnel autant que psychique, se recueillir intensément et sincèrement ; porter
son esprit vers la nature, le moindre brin d’herbe, les arbres, les animaux,
l’espace, les étoiles, la pluie, les nuages, les oiseaux, et le Soleil surtout, ainsi que
notre chère mère, Gaïa, ainsi que sa compagne de route, la Lune, qui
l’accompagne dans ce carroussel céleste ; les autres planètes aussi de ce système
solaire, puis la galaxie...Tous ces êtres forment un tout cosmique, universel.
C’était le crédo sacré des indiens de chez les Akadis, que leurs ancêtres
massacrèrent ignominieusement, eux qui pourtant vivaient en harmonie
profonde avec la nature.
Pour le contact physique, je n’ai rien trouvé de mieux à ce jour que de me
mettre nu et ma peau contre la sienne, d’égal à égal, tout simplement et
naturellement, échangeant nos énergies vitales et spirituelles. Maintenant, je ne
vous affirme pas que vous sentirez quelque chose car j’ignore si ce contact, cette
union de nos deux esprits est le résultat d’une harmonique spécifique entre nous
deux, ou s’il vous sera offert la même possibilité. Au pire vous pourrez toujours
admirer un arbre magnifique et bien plus que centenaire, et toujours vigoureux ;
ainsi que les lieux de mes promenades en ce fabuleux jardin d’éden. Sachant tout
cela, toujours d’accord pour la visite ? Olivier devrait être ravi, car votre venue
imprévue a coupé court à notre rendez-vous journalier.
Ils acquiescèrent en choeur, impatients de partir sur le champ, mais intimidés à
ce qui les attendait ; faut dire que c’est pas commun d’avoir rendez-vous avec un
arbre.
Le long du chemin fut une balade inoubliable pour ces deux habitants des
cieux. Claude fut surpris et admira le makhila de son compagnon, dont ce
dernier lui dévoila la longue pointe acérée incluse sous la poignée mobile, faisant
de cette canne une arme redoutable...Chemin faisant, ils découvrirent ce paradis
dont leur vantait leur hôte, surpris de ressentir une paix insoupçonnée en foulant
ce chemin de pierrailles éblouissant sous le soleil.
Ce Soleil qu’il leur allait falloir reconsidérer de fond en comble, il se pourrait
fort bien, ainsi que de tout leur univers.
202
Et ils le virent...Etait-ce le fait d’en avoir tant parlé, mais ils le trouvèrent
vénérable et resplendissant, et furent intimidés par tant de majesté réelle : cet
olivier était un arbre magnifique et imposant. Georges enleva son ceinturon qui
ne le quittait jamais, comme tous d’ailleurs, avec son poignard de commando
aiguisé comme un rasoir et une matraque électrique dont la décharge réglée sur
maxi était capable de renverser un cheval, puis il se déshabilla, ne gardant que
son slip. Ce que firent illico ses invités ; leurs ceinturons équipés de même, sauf
Claude avait un pistolet de plus que sa compagne ; puissance de défense et
d’attaque ainsi plus diversifiée à eux deux...
Ils entourèrent l’arbre, se pressèrent contre sa peau, la face contre lui, tout en se
tenant mutuellement, les mains sur les épaules. Georges leur dit de fermer les
yeux et de se concentrer sur le beau et le bon, l’univers, qu’il allait les présenter à
son ami, le priant de les écouter puis, il ordonna le silence de tous...
Longtemps, longtemps après...Combien de minutes, heures ? Aucun d’eux n’en
avait la moindre idée, ils retrouvèrent leurs esprits et, stupéfaits, les deux
Hommes retrouvèrent une Alexandra en pleurs et le visage rayonnant d’une paix
intense, mais dès qu’elle s’écarta du tronc, elle chancela, épuisée, les deux
Hommes la retenant pour ne pas qu’elle tombe à la renverse. Ils la calèrent assise
contre l’arbre, se rhabillèrent rapidement puis alors et seulement la vêtirent...Elle
les regardait, sans réaction, comme n’étant pas là...
Claude la fit se lever, la maintenant en équilibre et lui tapota la joue, l’appelant
par son nom, ce qui la sortit enfin de cette étrange léthargie où elle paraissait
pourtant être heureuse. Ses larmes ne coulaient plus...Puis elle revint à elle,
retrouvant ses esprits, et c’est là qu’elle leur parla de la plus ahurissante des
aventures qu’elle venait de vivre, mai avant, leur dit-elle, rentrons au mas nous
reposer et boire de l’eau fraiche car je meurs littéralement de soif...
Désaltérés tous les trois, ils s’installèrent de nouveau autour de la table ;
Georges remis le blocvisu en route...
-Voici, commença-t-elle d’une voix de nouveau normale...Croyez-moi ou non,
mais je viens de visiter ce qu’il me semble devoir être...la galaxie ; puis, mais là
vous n’allez certainement pas me croire, mais tant pis...j’ai rencontré, et lui ai
parlé...ma lointaine aïeule, la fameuse Alexandra, qui...
Les larmes se remirent à couler sur ses joues ; il lui fallut faire un violent effort
sur elle-même pour pouvoir continuer et cesser de pleurer ; elle y parvint enfin,
but deux gorgées d’eau, puis continua son récit.
-Georges, mon frère chéri, tout ce que tu as dit est vrai...totalement,
entièrement vrai. Alexandra m’a dit la joie de tous nos aïeux, de notre grande
victoire, Michael aussi bien entendu, et qu’ils sont alors libérés eux aussi par
notre nouvelle humanité de justice et d’amour, car ils étaient tous en attente de
notre devenir. La vie solaire étant comme en sommeil, plus rien n’évoluait plus ;
puis nous avons gagné cette bataille et libéré cette partie de notre galaxie qui
recommence à revivre de nouveau, à construire positivement, et ce d’autant plus
fort que notre démarche est honnête et sinsère, le peu d’énergies déployées par le
petit nombre que nous sommes, compensées, décuplées par l’ardeur intense de
nos sentiments purs et loyaux.
203
Mais, m’a-t-elle dit, il nous faut maintenant suivre les préceptes indiqués par
l’homme qui a permis cette étrange rencontre, dit-elle, parlant de toi, Georges,
mais elle ne te connait pas. Ils ne nous voient pas comme nous nous voyons les
choses ; pour eux nous sommes un peu comme des lumières pâles et vascillantes
qui s’illumineront alors après la mort terrestre, pour briller comme des soleils,
qu’ils sont tous, avant de revenir pour une autre destinée, sous une quelconque
forme de Vie ; aussi bien celle d’un chat, un insecte ou un olivier, justement...
Et, me dit-elle encore, eux tous qui sont purs, sont du haut de la noosphère,
partie intégrante de Gaiä, oui...Gaïa est vivante et son âme est constituée aussi de
ces âmes naviguant en noosphère ; de plus, leurs âmes englobent une espace
stellaire prodigieux et vont jusqu’à intégrer le Soleil, le père de la vie ; et sachez
qu’il est heureux maintenant, d’avoir pour mission de renvoyer, amplifié, ce qu’il
reçoit, soit votre amour et respect pour la grande Vie...C’est ainsi que les astres et
leurs planètes communiquent en une prodigieuse symbiose spirituelle qui est à la
base de la Vie universelle.
Il n’y a qu’un état...pas de paradis ni de temps de punition, m’a-t-elle dit en
riant ; foutaise que tout cela, rit-elle, tout juste bonne pour les gogos. Par contre,
ceux qui furent mauvais durant leur passage terrestre le payent durement en une
vie terrestre qui est un enfer véritable, le seul : ils sombrent dans le magma de la
planète et y sont prisonniers pour l’éternité. Le mal est comme une lèpre planant
dans les espaces cosmiques, gigantesques forces noires du maléfice absolu, et
depuis ces fameuses collisions antédéluviennes, il vogue au hasard, suivant les
grands fleuves d’énergies, jusqu’à rencontrer l’intelligence habitant une planète,
où alors, vorace et immonde, il s’abat dessus les êtres y demeurant. Ce qui
justement arriva à cette planète il y a de ça des centaines de millions d’années,
répendant le malheur sans fin ; jusqu’à ce que nos derniers ennemis, ces derniers
porteurs du mal furent détruis, libérant alors la planète pour une grandiose Vie
cosmique retrouvée, dès lors possible, grâce à nous tous et nos anciens...
Voilà, là est le seul revers de la médaille : l’enfer, se sont ceux du dernier monde
qui le vécurent, et qui vont y retourner pour toujours...Ici, dit-elle encore, ces
malheureux s’écartent de nous avant de sombrer lentement, désespérément dans
la géhenne...ils sécartent de nous les purs, nous tous, vos ancêtres directs, tant ils
ont honte. À notre vue, de nos êtres faient de cette prodigieuse lumière
cosmique, l’essence de la Vie, les aveugle et les torture avant de disparaître,
engloutis, torturés dans les affres de cet enfer terrestre d’éternité...
Il faut que vous sachiez aussi que Gaïa, notre mère, fut gravement malade et
faillit mourir de désespoir de voir ses enfants du monde mort devenus de tels
monstres et larves abjectes ; alors, en un sursaut ultime, aidée par le Soleil qui
avait rendu fous de désespoir ces peuples infâmes, elle les renia, les vomit de ses
entrailles, les condamnant à la géhenne puis...écoute bien, ma fille, me dit-elle
alors, tant c’est fantastique.
Une force inconnue vint des lointains espaces stellaires lui insuffler une
nouvelle volonté ; alors, enfin sereine, elle nous créa nous tous, nous ces
nouveaux enfants, humains porteurs de cet amour qui avait fui ce système
solaire. Elle nous recréa à l’image de ses premiers enfants vieux d’innombrables
204
millions d’années, vos ancêtres si lointains que personne n’en a le souvenir.
Depuis, elle est heureuse et confiante, de vous voir stabilisés sur le chemin noble
de l’amour et de justice. Continuez à la chérir...Gaïa-nous-je, puisque nous
sommes un tout, vous le rendrons au centuple.
Puis elle rajouta. Si vous saviez le bonheur, que dis-je, l’extase que de faire
naître la Vie. Ah ! mon enfant, me dit-elle émerveillée, car c’est nous, oui, nous
seuls qui donnons la grande Vie cosmique...Je suis autorisée à te révéler ce grand
secret : lors de l’extraordinaire rencontre des gamètes d’un couple, c’est nous qui
envoyons du bout du doigt, de l’index, cette...étincelle, disons, ce fameux flash
qui seul enclenche le moteur de Vie ; cette minuscule molécule de pure énergie
solaire...cet atome de notre père, le Soleil...Sinon, le processus de création n’a pas
lieu, reste stérile.
Elle me dit ensuite qu’elle ne comprend pas comment cet échange put avoir
lieu, c’est inusité, dit-elle, mais ne la surprend qu’à moitié car elle sait que la Vie
dans le cosmos est farouchement puissante, est capable de choses dépassant
l’entendement...Ils sont tous heureux et vont nous accompagner dans notre
démarche, insistant pour que nous nous vouions corps et âmes au respect et
l’amour de la Vie stellaire en son entier, en commençant par notre propre
système solaire, dont forcément notre Gaïa et le Soleil, le père nourricier de
toutes choses dans cette minuscule partie de cette galaxie.
Mais, a-t-elle rajouté, ne tombez pas dans l’hérésie coupable et impardonnable,
respectez toutes vies, soit, mais n’oubliez jamais que l’Homme doit rester le
seigneur de cette planète, et il doit donc créer son espace vital au dépend de
quelques autres vies s’il le faut, comme les animaux sauvages et les forêts, tous
incompatibles à la Vie de l’Homme, dans les endroits qu’il aura choisi de vivre.
Restez les maîtres de votre environnement en créant l’équilibre dans une
répartition territoriale judicieuse pour chaque espèces, alors et seulement
l’harmonie sera créatrice de Vie et d’évolution.
L’Homme ne doit pas subir, jamais, mais maîtriser son espace vital, c’est un
droit et un devoir imprescriptible envers son espèce noble entre toutes, car la
Vie intelligente n’existe que par lui, l’Homme, et le Cosmos en entier est un Être
vivant créatif et souverain ; et qui dit création dit intelligence et donc évolution,
car seule perdure la Vie en expansion : ce qui est statique est voué à disparaître,
car incompatible avec le mouvement, le souffle profond de la Vie.
Alexandra souffla un instant, puis continua.
-Tel est donc son message. Instruisons tous les nôtres dès le berceau, que ce
monde recherche sans cesse l’harmonie, soit la félicité et influ ainsi sur
l’ensemble du Cosmos ; et enfin, pour nous aider a progresser plus rapidement
dans cette quête, elle nous conseille de développer la néotique, l’étude de la
conscience...
Puis, elle m’a remercié d’avoir retrouvé et gardé sa parure, et m’a assuré que
mon amie morte ce jour-là, ainsi que sa compagne, ont retrouvé là-bas la grande
paix des univers. À ce propos, me dit-elle, ton amie, s’appelant ici-bas, Marion, te
remercie et te bénit de vouloir t’occuper de ses enfants, et son fils, Clovis, qui
vous apprendra beaucoup de choses, et qui, je te l’annonce à l’avance, pour t’ôter
205
le moindre doute sur l’authenticité de cet échange : Clovis va revenir dans dix
jour à partir d’aujourd’hui, ici dans un final d’après-midi, dans ce mas de cet
homme qui établit ce contact, me dit-elle alors, et te voyant, parlant de moi
disait-elle, avant que je ne parle, l’enfant saura de suite de mon intention de le
convier à vivre avec vous, ce qui le satisfera pleinement.
Et puis...et puis, me souhaitant de continuer ma vie dans l’harmonie, comme
jusqu’alors, elle m’a quitté dans une faramineuse lumière aveuglante...
Je suis alors partie à travers les étoiles, avec l’impression d’une main tenant
l’une des miennes, me guidant pour visiter des galaxies et des univers en
tranches, en spirales, en boules...et j’en pleurais de tant de beautés à couper le
souffle...J’ai vu les galaxies respirer, oui...respirer, se gonfler puis se rétracter...J’ai
vu des soleils exploser en de gigantesques feux d’artifices, puis aussi j’ai vu de
gigantesques nébuleuses s’écrouler sur elles-mêmes et d’un chaos cataclysmique
créer des soleils, des planètes...
J’ai vu des galaxies se lover l’une autour de l’autre, comme faisant l’amour...J’ai
vu notre étoile, notre Soleil, je ne savais pas comment mais je savais que c’était
lui ; il tournait dans ce prodigieux carroussel cosmique, montant et descendant
en longues ondulations, tout en changeant de bras de la spirale galactique...J’ai vu
tant de choses, tant de merveilles, que je craignais ne plus pouvoir revenir et
supporter le commun...
Voilà, heureusement il n’en est rien et suis heureuse de vous retrouver...
Alexandra se servit de nouveau un verre d’eau qu’elle but d’un trait, pendant
que les deux Hommes la regardaient, effarés...puis elle reprit son exposé.
-Et ma question pour finir, comme toi au début, Georges : suis-je folle, ou
trouvez-vous cela plausible ? Puis-je avoir vécu une aussi folle aventure, et être
là, assise à cette table, comme quelques heures avant, comme si de rien n’était ?
Qu’en pensez-vous, vraiment ?
Un long moment passa dans un silence pesant, les deux Hommes
réfléchissaient intensément, quoique en pure perte car cette exoaventure, si l’on
peut parler là d’aventure, était de part sa nature même impossible d’appréhender
dans son ensemble, en son essence même...Ce fut Claude qui réagit.
-Pourquoi ne te croirions-nous pas, chérie ? ta version confirme celle de
Georges, et puis dans dix jours donc, selon tes dires, nous verrons arriver Clovis,
alors...et s’il devine tes intentions, ce dont je ne doute pas un seul instant, nous
aurons là la meilleure des confirnations dont nous puissions rêver. Sur ce, je
propose de nouveau que nous trinquions joyeusement à ton retour au bercail, et
cette fantastique révélation qui nous propulse d’un seul coup d’un seul vers les
étoiles...
Je vous avoue que savoir que mes pensements, mes intentions et mes actes
influent sur la marche du Cosmos, ça m’en file un sacré coup sur le caillou.
Mazette ! Vous parlez d’un programme ; je savais que j’étais génial...oui, oui, et
on ne rit pas s’il vous plaît ; mais de là à construire l’univers...que dis-je, des
univers, pas de fausse modestie, ça vous en file un coup...je me répète...Tiens !
pour ce coup, je vais me fabriquer des cartes de visite à l’entête suivant :
Claude de Girelles : Constructeur d’univers ; ça impose...
206
Il s’arrêta de parler, car les deux autres étaient pliés de rire, ce qui fut salutaire à
tous, cassant enfin cette douloureuse tension psychique.
Claude, se leva, stoppa le blocvisu puis alla chercher une bouteille de vin dans
le frigo, les verres dans la déserte, les rempli, puis ils trinquèrent et burent à la fin
de cette suite d’événements inusités et totalement destabilisateurs au sens
commun...Confrontés qu’ils étaient tous maintenant à ce nouveau paradigme
qu’ils allaient devoir intégrer dans leur jeune société.
Les verres vidés d’un trait quasiment, Georges les rempli de nouveau.
-C’est ma tournée, deux ne seront pas de reste je crois, pour faire passer ce
morceau. Après la confirmation de Clovis, ce dont je ne doute pas non plus, il va
falloir que je réunisse le Conseil des Sages, et monter un dossier pour présenter
ça à toutes nos communautés...en espérant que ce défit soit accepté dans un
consensus général.
-Pas de problème, à mon avis, dit Alexandra, depuis toujours nos gens sont
justement accoutumés à relever des défits, c’est devenu une seconde nature pour
nous tous. L’impossible nous fait rebondir à chaque fois toujours plus haut,
alors, un de plus n’y changera rien. Au contraire même et surtout, en ce moment
nouveau où nous dispersons aux quatre vents, cela va justement souder encore
plus la société en ce défit cosmique cette fois. Aucun ne se dérobera à cette
mission sacrée et universelle, cet idéal nous portant au-delà du commun ; ce sera
le lien ultime, sacramentel, le ciment définitif entre nous tous, j’en fais le pari.
-Fasse que Gaïa t’entende, dit Georges, en levant les yeux au ciel.
-Et si c’était elle justement, Gaïa, l’instigatrice de tout cela, hein ? s’écria un
Claude subitement excité.
Les deux autres le regardèrent, sidérés, estomaqués par cette idée qui les
aveuglait depuis le début et dont ils n’avaient pas songé un seul instant...
En somme...l’arbre qui cache la forêt.
-Honnêtement, pour aujourd’hui je vous avoue que j’ai mon compte de ces
choses stellaires, lui répondit leur hôte sans rire. Et si nous parlions d’autre
chose ; j’ai besoin de décompresser pour laisser refroidir et ne plus se casser la
tête. Alors, de quoi pourrions-nous donc parler de plus terre à terre, hein ? Un
bon vieux sujet bien nul et ringard et à ras des paquerettes !
Les deux autres rirent de cette bonne idée adoptée à l’unanimité ; instants de
silence, moment de respirations spatiales...

-Dis-moi, Georges, lui dit Alexandra, toi qui aime tant le Soleil et le vent,
aimerais-tu connaître ceux de cette contrée fabuleuse, la mythique Grèce ? Nous
pouvons y être en quelques trois heures à peine. J’aimerais te faire découvrir
cette région d’une splendeur divine vue du ciel, toutes ces îles de la mer Ègée,
sur cette mer d’un bleu incroyable, et ce vent du Nord, l’été, le meltem, digne en
tous points de ton mistral, j’en fais le serment...Ce serait un excellent intermède
pour tous les trois ; quelques jours d’absence et nous nous refaisons un mental
tout neuf. Accepte vite, que je serais si heureuse de t’y guider...
-Comment pourrais-je te refuser ce plaisir, ma belle, quand partons-nous ?

207
-Youpiiiii ! s’écria-t-elle en se levant d’un bond et manquant de renverser son
verre vide, elle força Georges à se lever aussi pour danser une gigue endiablée.
C’est Claude qui stoppa cette danse frénétique, disant en riant.
-Arrête cette folie, ma chère, que tu vas nous casser notre vénérable Grand
Sage.
-Merci, Claude, effectivement, je n’ai plus l’âge de remuer le squelette de la
sorte, car il faut accepter cette vérité inéluctable inhérente au corps : on ne pas
être et avoir été.
-Mais j’y pense, dit-elle, si tu veux amener d’autres personne de ton mas on
pourrait prendre ton transport et les en faire aussi profiter ; c’est toi qui décide.
-Excellente idée, je crois qu’ils seront tous d’accord ; Claude, lui dit-il, sonne la
cloche à l’entrée, ils vont tous rappliquer et nous leur poserons la question, dont
je me doute de la réponse : ce sera un grand OUI général !
Effectivement, en deux minutes ils étaient tous là, et la proposition de ce
voyage fut acceptée par tous et avec allégresse. Comme il était déjà un peu tard,
il fut décidé de partir le lendemain matin de bonne heure ; ils profitèrent de la
soirée au jour tardif pour charger le transport de l’avitaillement complet pour
une semaine, ainsi que des hamacs pour le couchage.
Tous passèrent une excellente soirée agrémentée d’un excellent repas.
Alexandra, intarissable et passionnée leur contant cette Grèce merveilleuse dont
elle et Claude étaient tombés amoureux...comme ses chers aïeux Alexandra et
Michael le furent en leur temps. Èmerveillés, elle conta aux anciens esclaves
libérés cette histoire fabuleuse de ses deux lointains ancêtres qui vécurent un
amour éternel...Puis ils sortirent s’installer à la fraîche sur la table dans la cour,
mise sous une tonnelle couverte de plantes grimpantes et fleuries, embaumant
l’air de senteurs sucrées...
Agnès, aidée de son patient, un Ambroise qui avait très nettement repris du poil
de la bête grâce au dévouement spirituel autant que charnel de sa dulcinée,
montèrent rapidement un tas de bûches et firent un grand feu de camp...Ils
sirotèrent avec délice diverses liqueurs, dont un vieil alcool de poire de quinze
ans d’âge, tiré de derrière les fagots, leur assura en riant le maître des lieux ; puis,
à la demande de tous, Claude prit sa guitare et leur chanta quelques chansons de
son répertoire, dont la petite dernière, Tralalaitou, qui fut de nouveau bissée sous
une volée d’applaudissements et de rires.
Puis, lentement et séparément, les convives partirent se coucher, en vue de
cette excursion prometteuse de nouveaux horizons fabuleux et fortes émotions.
Alexandra et Claude rejoignirent la grande chambre qui leur avait été assignée ;
grande pièce de fraîcheur aux grandes tommettes carrées rouges et de grosses
poutres au plafond. Une envoutante odeur de frais et de propre meublait cette
pièce ancestrale. La fenêtre grande ouverte sur la respiration nocturne de la
nature, laissant entrer à foison cette violonneuse musique des grillons et autres
cricris par millions ; ululements des chouettes et hiboux ; électriques et ondulantes
symphonies à la gloire céleste de la Vie.
Leurs toilettes faites, Alexandra enleva précautionneusement le collier d’or de
son aïeule, la bague et le bracelet, mais elle ne portait jamais les pendentifs,
208
trouvant cela ridicule ; elle déposa méticuleusement cette précieuse parure sur la
table de nuit...puis, seulement et alors, après ce rythme devenu maintenant
immuable et sacré, nus, ils se couchèrent avec délice dans ce grand lit
campagnard en bois de noyer, aux draps frais en coton épais et même un peu
rugueux, délicieusement parfumés à la lavande...
Et après cette journée de folies insensées, ils s’aimèrent passionnément,
tendrement, puis avec la fougue de jeunes et nouveaux amants follement épris
l’un de l’autre...Ce fut une nuit d’amour sous les auspices de cette vénérable
bâtisse plongeant ses racines de pierres jusqu’aux entrailles de leur chère Gaïa.
Les forces telluriques remontant des abysses pour les envelopper de forces
bénéfiques, lentes pulsions subtiles mais puissantes de la terre mère, cette
sublime Gaïa qui couvait jalousement ce couple issu de ses rejetons sacrés,
nouvelle multitude exubérante partant joyeusement à la découverte de leur jeune
Monde et univers.

209
Arles - Capitale

L ors de la reconquête, des centaines d’appareils de tous types venant de


l’ennemi furent récupérés, et malgré leur niveau supérieur technologique
indéniable et de haute finition, personne n’en voulu !
Les tecnos de Blagnac eurent beau les faire nettoyer de fond en comble par
leurs anciens esclaves, et ce plusieurs fois ; les laisser ouverts pour s’aérer
totalement durant des semaines...puis les faire nettoyer de nouveau, rien n’y fit ;
pas un seul n’accepta de mettre son cul dans un fauteuil touché par des X ou
leurs cerbères, tous damnés. Ce fut définitif et sans recours. La plupart, dirent-
ils, préféraient se déplacer à cheval plutôt que dans un de ces engins maudits.
Le seul recours qui exista fut de démonter ces engins et récupérer ces matériels
pour les remonter sous la peau de leurs perceurs et transports classiques et
connus de tous, étant inclu que les sièges et parties par trop visiblement venant
de cette origine maudite, n’avaient pour destination final que le bûcher. C’est à
ce compte là et lui seul que ces engins pourront être réutilisés en parties.
Cependant, et heureusement, les gros appareils furent d’abord transformés en
premier, laissant les petits pour la fin, dont ces fameux petits chasseurs, du
modèle de ceux ayant contribué à la bataille aérienne qui causa la mort de plus de
vingt des leurs : ces maudits Affreux canards. Nous disions donc heureusement,
car une nouvelle mode vint un jour d’outre-Atlantique, de chez leurs frères
Akadis, qui bien entendu avaient vécu la même aventure homérique que les
euromortes, et qui rebâtissaient aussi gaillardement leur nouveau Monde sur les
mêmes principes et mêmes valeurs que les gens d’ici...
Les visites et échanges des uns et des autres ne cessaient jamais et s’étaient de
beaucoup intensifiées, la route Atlantique devint un véritable autoroute aérien, et
chaque nouvelle expérience positive d’un groupe était de suite partagée avec les
autres. L’union sacrée suivait parfaitement son cours, sans l’ombre du moindre
nuage, au contraire même, avec une plus grande passion et frénésie.
Et un jour donc, arriva La Nouvelle, lors de l’arrivage trois fois par semaine des
fruits tropicaux et autres, comme lors des échanges de marchandises
commestibles réguliers, et attendus des deux bords. Nouvelle étant la suivante :
leurs frangins Akadis, des jeunes, avaient relancé une vieille coutume d’une
course automobile antique et fort célèbre en son temps, sise en la ville
d’Indianapolis, en l’État du même nom.
Et pour continuer cette course, ils utilisèrent, car eux aussi ne sachant pas quoi
en faire, ces fameux chasseurs monoplace à l’avant en bec de canard, dont les
systèmes d’armements et divers aménagements intérieurs furent enlevés ; les
coques repeintes de couleurs vives et variées. Ce fut la seule utilité qu’ils leurs
trouvèrent ; géniale adaptation que celle de transformer un engin de mort en
celui d’un bolide de sport, d’un engin ludique. Ils inventèrent donc à cet effet un

210
nouveau type de circuit et de nouvelles règles ; car de terrestres, les engins
devenant volants il en allait de toute autre chose.
Ces courses ont un grand succès, et ils attendaient avec impatience des équipes
euromortes pour se mesurer ensembles en de grandes courses intercontinentales.
Inutile de dire que la trouvaille fut de suite adoptée par tous les jeunes fanas et
fadas de vitesse de Franki et d’Espingo, en cela rien de nouveau sous le soleil.
Le circuit est en fait une extrapolation de l’original, soit un ovale beaucoup plus
grand, mesurant 1,3 km de long pour chacune des lignes droites ; dont une, pour
donner du piment au pilotage, comporte une sorte de double et large chicane en
forme de S allongé ; les deux virages des deux bout ayant chacun 600 mètres de
diamètre intérieure et pour une largeur de piste de 60 mètres ; les engins pouvant
donc doubler aussi bien par-dessus ou par-dessous que sur les côtés ; dimensions
plus adéquates aux vitesses de pointe de ces engins qui frolent les 1000 km/h ;
ce qui donne un circuit très rapide de plus de 4000 mètres au total.
Cette piste est à 12 mètres de hauteur, balisée à l’intérieur comme à l’extérieur
par un réseau de blocs AG positionnés sur géopoint et sous lesquels sont
suspendus de grands câbles cassables en cas de choc violent. Câble en bout
duquel est un poids constitué d’une outre en plastique de 5 litres, cassable en cas
de choc direct, et contenant de l’eau colorée fluorescente en jaune à l’intérieur de
la piste, et en vert clair pour l’extèrieur. Des capteurs optiques détectent tout
passage en dessous et/ou en dessus de la piste, deux limites qu’il est interdit de
dépasser.
Chaque contact avec un câble latéral déclenche une sirène assourdissante ainsi
qu’un signal lumineux persistant trois secondes sous le bloc AG concerné,
sanctionnant ainsi franchement l’erreur de pilotage du bolide, qui affiche un
numéro peint en grand sur toutes ses faces, et qui sont tous repeints au choix du
pilote, de couleurs vives et exubérantes.
L’intérêt de cette course étant de rester sur la piste et d’arriver forcément le
premier au bout des trois cents tours accomplis, ce qui se révéla vite moins
évident qu’il n’y paraissait au premier abord, où, pressé par les concurrents, on
avait vite fait de partir dans les décors, comme en aquaplaning d’antan, pour le
plus grande surprise de tous. Décors heureusement vides de spectateurs, qui
suivent le course depuis l’intérieur de l’anneau, confortablements assis dans des
fauteuils installés en gradins sur un autre anneau constitué de plates-formes AG.
Comme d’autres aussi bien installés, en restant dans leurs engins planants au-
dessus de la piste, mais la majorité des spectateurs préfèrent et de loin se joindre
à la foule des gradins, c’est ainsi une occasion rêvée d’y retrouver les amis et
familiers, et pouvoir ainsi tailler une bavette...
Il y eut ainsi rapidement en Franki une trentaine d’engins de course, chacun
repeint à la marque du pilote, et l’habitude fut prise de pratiquer ces
compétitions aux alentours de la capitale, Arles, qui offrait après la compétition,
la ressource d’un bon moment passé à la Taverne Aphrodite et Dionýsos, du
fameux Trio infernal. Puis, des compétitions eurent lieu entre Espingos et
Frankis...dorénavant les Akadis n’avaient qu’a bien se tenir.

211
Cependant, et dès le début de l’arrivée de cette nouvelle de chez les Akadis, et
pendant que les mordus de vitesse se préparaient à ce type de course,
s’entraînaient, etc., l’idée de spectacle et de sport faisant soudain son chemin
dans les têtes locales, il apparut évident que eux aussi pouvaient remettre à
l’honneur un sport spécifique à la région, et ce fut la si fameuse course
camarguaise d’antan, faites avec les taureaux du cru, particulièrement adapté à ce
genre de compétition, car vifs et légers, mais surtout d’âme combative.
Ces courses ne dataient pas d’hier, les gens du cru les combattaient déjà dans
l’antiquité ; la première course officielle eut justement lieue mille ans plus tôt, en
1402 exactement, en l’honneur d’un Comte de Provence, un certain Louis II.
Du coup, il fut décidé de conserver toutes les arènes en bon état dans les villes
de la région en possédant, et à seigneur tout honneur, l’année suivante, la
première course eut lieu dans l’arène de la capitale, Arles, dont les installations
du marché au poisson furent enlevées pour cette grande occasion. Il fallut une
année pleine pour être en mesure d’organiser la première course : la sélection des
taureaux, la capture et le dressage de ces magnifiques chevaux blancs camarguais
demanda tout ces longs mois.
Puis il fallut aménager des parois de protection ; retrouver parmi les vestiges
des anciens clubs taurins, les réglements et pratiques exactes de ces courses car
ils fut de suite question de respecter à la lettre le réglement de ces antiques
compétitions.. Rien qu’à dans Arles exitait alors 21 clubs de cette sorte, sans
parler que chaque villes alentours avaient aussi les leurs.
Pour la première course, il convièrent des délégations de jeunes Espingos et
Akadis, pour venir découvrir ce nouvel ancien sport local. Détail : ils ne leur
avaient rien dit auparavant. Ce fut la surprise totale et l’engouement pour ce
genre de sport hautement énergique et dangereux...Des troupeaux de ces nobles
animaux : taureaux, chevaux et leurs femelles furent de suite exportés en
Espingo et Akadi. Lesquels jeunes nouveaux aficionados se donnèrent deux ans
pour se retourner et lancer des défis à leurs frères Frankis...
Les courses de taureaux camarguais renaissaient et se répandirent de par le
Monde. La nature de ces animaux généreux que sont ces taureaux et chevaux
allait dès lors pouvoir s’exprimer sans limites, pour le plus grand plaisir des
futurs amateurs, car ces courses génèrent toujours une immense joie collective
de part l’occasion de se réunir à nouveau entre amis et familiers.

La croisière en Grèce fut un succès total ; tous revinrent enchantés de ce


voyage comme sur une autre planète, pas moins. Nul ne pensait qu’il puisse
exister de tels paysages aussi irréels et pourtant physiquement palpables ; autres
horizons ayant une autre respiration, une autre âme. Ce fut là que les deux
contactés, Alexandra et Georges, sentirent toute la puissance de la création
cosmique et la place qu’y tenait l’Homme pourtant si minuscule, mais qui de par
son esprit est une composante majeure du système de la Vie...
Devant tant de beautés à couper le souffle, Georges ressentit et émit
l’hypothèse ardie selon laquelle une telle nature aussi fabuleuse avait directement
212
influé sur le mental de tous les grands penseurs grecs antiques. Selon lui, aucun
Homme de leur temps habitant un autre endroit du monde ne pouvait
développer les grands principes humanitaires et philosophiques issus justement
quasi exclusivement de ces lieux privilégiés et uniques...
L’âme y respirait ici sur un autre souffle bien plus profond, plus intense et
vrai...Gaïa y influait directement sur et dans la pensée Humaine, sublimant le
psychisme et le portant à son zénith. Mais malheureusement pour eux et pour
cette humanité qui sera déchue, ils succombèrent aussi à l’âme noire de
Mammon et au monothéisme à multi-facettes et géométrie variable, véritable
lèpre létale sournoisement inhibitrice de l’égo.
Alexandra, fortement troublée par ces assertions, ne savait trop comment
interpréter ces affirmations de Georges, mais elle fut bien incapable de le
contredire, sentant en elle une sourde pulsion lui rappelant son voyage
exoplanétaire ; un étrange écho résonnant dans son Moi profond, lui confirmant
ces paroles et d’autant sous les feux de ce Soleil à nul autre endroit aussi
omniprésent qu’ici.
De voir ces îles de la mer Ègée, ces joyaux véritables resplendissants sous les
mêmes feux de leur astre solaire qui là paraissait un autre, illuminant cette
prodigieuse immensité d’azur, et qui là, encore, méritait alors toute la noblesse
du titre, de celle de la Nature somptueuse et se donnant à profusion aux yeux de
ces minuscules créatures, ces Hommes nouveaux qui la méritaient amplement de
par leur virginale spiritualité faite d’amour, de force indomptable, légitime et
protectrice, et de générosité spontanée intrinsèque au ciment de la phratrie.
Cette semaine passa donc à une vitesse folle, tous voulant prolonger ce séjour
de rêve, mais un rendez-vous important attendait les deux grands chef de cette
expédition de villégiature : la livraison de la maison, mais surtout et avant tout,
l’hypothétique arrivée en temps et heure précise d’un certain Clovis, dont la date
de retour en temps et en heure annoncée, allait déclencher la mise en route d’un
plan révolutionnaire parmi cette jeune Humanité, qui pour l’instant et sans le
savoir encore, était entièrement dépendante de la venue exacte de ce « p’tit bout
d’chou ». Étrange destin pour un si jeune enfant.
Chacun au mas, avait repris son train-train. Ayant deux jours devant eux,
Georges amena ses deux invités, Alexandra et Claude, visiter les Alpilles, puis les
alentours du mas. Ils firent de longues promenades à pied, les deux aimèrent
beaucoup cette campagne ruisselante de soleil et de chants des oiseaux et
cigales ; ces dernières en bien moins grand nombre que dans les îles couvertes
d’oliviers de la mer Ionienne et jusque dans les Golfes de Patras et de Corinthe,
mais bien suffisantes pour entretenir ici aussi, cette musique électrique qui
caractérise la stridulation de ces insectes quasiment indestructibles et résistants à
tous les fléaux, de par la durée de vie exceptionnellement longue de ses oeufs qui
subsistent en cet état durant dix-sept longues années, record de longévité.
Entre la Grèce et cette Provence revenues d’un autre temps, ces deux journées
passèrent vite, et ce fameux dixième jour annoncé, aucun des trois ne quitta le
mas...attendant l’arrivée de Clovis.

213
La journée entière se traîna à une lenteur désespérante, contrairement aux
autres. Ils s’étaient installés sous la tonnelle, à la fraîche, buvant un jus de raisin
bien frais...Ils avaient discuté de tant de choses qu’un grand silence meublait
maintenant le lieux...Claude avait même tenté de gratter sa guitare mais sans
succès ni réel plaisir, ce qui était pour lui des plus inusité...
Ils n’y croyaient presque plus, alors qu’il était déjà dix-neuf heures passées
quand, ils furent brusquement pris dans le faisceau d’un puissant projecteur, et
quasiment aveuglés, ils virent entre leurs doigts en visières devant leurs yeux, un
gros transport se poser avec maestria dans le peu de place restante dans la cour,
entre le perceur d’Alexandra et le mas ; le projecteur s’éteignit enfin et ils virent
derrière le pare-brise de l’appareil, un Clovis hilare, qui les saluait de la main.
Tous les trois de se précipiter vers l’engin tandis que ses occupants sortaient de
mêmes, tout au moins Hugues et Clovis, ce dernier tenant à l’épaule la sangle
d’un gros sac de voyage, les autres restant à l’intérieur et les saluant de loin...
Clovis laissa tomber son sac à terre puis ils tombèrent dans les bras les uns des
autres, ravis de se revoir après de si longues semaines d’absence, quand Hugues
coupa court aux effusions.
-Mes amis, ne m’en veuillez surtout pas si je vous quitte à peine arrivé, mais la
mission est accomplie, je vous laisse Clovis, sur sa demande expresse et subite,
autant que mystérieuse...Je vais de ce pas avec mes collègues qui m’attendent
impatiemment, les montrant d’un revers du pouce dans l’appareil, pour aller
nous faire un gueuleton mémorable chez l’Aphrodite et Dionýsos, et peut-être
revoir ces trois diables de cuistots, si toutefois nous avons la chance de les
trouver réunis.
Je sens que ça va chauffer un max, s’éclaffa-t-il...Clovis se fera un plaisir de
vous raconter nos aventures en ces terres tropicales. Sur ce, Commandant, dit-il
sérieux à l’adresse de Clovis, je repasse dans deux jours environ, sinon appelle-
moi et j’arrive comme un bolide, ok ?
-Merci, Hugues, prenez tout votre temps et amusez-vous bien, vous l’avez pas
volé, à bientôt ; vas-y, que les autres s’impatientent.
Hugues serra la main à tous les quatre, remonta dans le transport, s’installa aux
commandes, il leur fit un petit au revoir de la main, puis l’appareil s’éleva
lentement et partit vers l’Ouest, vers Arles, et cette fiesta tant espérée.
-Clovis, s’écria Georges, pour casser la glace de ces instants particuliers où lors
de retrouvailles les amis éprouvent un moment de flottement, hésitation bizarre
à renouer le fil du contact pourtant si désiré : complexité de l’esprit Humain...Tu
me vois heureux de retrouver mon collègue si particulier et unique, mon double
de Super-Héros, y a pas à redire, nous sommes bien les deux meilleurs, viens
donc m’embrasser, que je meurs d’envie de te serrer sur mon coeur.
Georges se baissa pour embrasser cet enfant exceptionnel et qui avec ses treize
ans maintenant, avait forci, bien grandi, avec une forte charpente et sa peau
brunie lui donnait une autre envergure, celle d’un être sûr de lui et de sa force.
Clovis est équipé de ses bottes de brousse et de sa combinaison climatisée, un
chapeau de brousse en toile sur la tête ; il arbore une attitude martiale, celle d’un
être en pleine possession de ses moyens, sûr de lui. Ils eurent alors le sentiment
214
d’être devant un Homme accompli. Ils s’assirent à la table sous la tonnelle,
servirent un verre de jus de raisin au nouveau venu, puis ils trinquèrent
joyeusement au retour de leur enfant prodige...pensèrent les trois adultes sans le
dire vraiment.
-Alors, le baroudeur, lui dit Claude, en souriant et lui tapotant l’épaule, content
de cette expédition ? Ça fait grand plaisir de te revoir, bienvenu parmi nous tous.
-Pleinement oui, ce fut pour nous tous comme la découverte d’une autre
planète, tant la Vie sauvage y est intense. Toutes les espèces y sont représentées
et se livrent une lutte effrénée pour vivre ; en vrai, ces terres sont le domaine
d’une intense et éternelle guerre pour la Vie. C’est à celui qui mangera l’autre,
lequel tentera d’echapper au premier, et s’il y parvient, ce n’est que pour
repousser l’échéance que de quelques jours, semaines ou mois, mais l’échéance
est inéluctable. La force de la Vie y est si forte et si prodigieuse qu’elle en devient
presque palpable ; c’est impressionnant de tant de vitalité, et au final, d’équilibre.
Une force, un ordre mystérieux y établit une sorte de balance numéraire des
cheptels et des prédateurs, ces derniers dépendant des autres, sont limités en
nombres par les résultats de leurs prises : tuent-ils de trop ? les proies diminuent,
et diminu aussi leur nombre, qui de par cela même permet au troupeaux de se
reconstituer, et ainsi de suite.
Ce spectacle, pour celui qui sait le voir, est un fantastique exemple du jeu de la
Vie, ceci étant valable pour tous...J’entends par là et surtout, pour un Homme
intelligent et responsable ; autrement dit, notre espèce qui est prédatrice par
essence même, se doit de se limiter en son expansion territoriale, comme nous
l’ont révélé à juste titre ces fameux et inestimables amis inconnus...Au fait, se sont-
ils manifestés de nouveau ?
-Pour l’instant non, lui répondit Alexandra, c’est toujours le grand inconnu à
leur sujet ; mais ton rapide exposé sur ces contrées lointaines donne bien envi
d’y aller voir ; et chapeau pour la leçon que tu en as tiré ; et tes compagnons,
ont-ils ressenti ces mêmes choses que toi ?
-Non, je crains bien que non, mis à part Hugues qui est un Homme fabuleux et
à l’esprit ouvert et vaste et généreux. Je n’aurais jamais pu trouver meilleur
compagnon, vraiment, et nous nous entendons à merveille et formons une
équipe de choc. Mais je ne voudrais surtout pas dire des paroles blessantes, car
cela n’est absolument pas dans mon intention mais, malgré que je leur porte une
grande et sincère affection, et je vous prie de garder ces remarques pour vous, la
plupart des autres compagnons me semblent disons...superficiels, futiles mêmes,
mais ce sont de braves gens que j’aime de tout coeur, et je comprends aussi,
qu’avoir passé leur vie entière à se cacher et lutter si durement pour revivre, a de
quoi rendre pour quelques temps, j’espère tout au moins, inconséquent et léger ;
ceci est leur droit aussi, et je le respecte et leur en suis gré d’être et de rester eux-
mêmes, francs de colliers et sans complexe, c’est capital et excellent.
-Clovis, dit Georges, tu es mon invité...que dis-je : tu es ici chez toi, alors dis-
moi ce dont tu pourrais avoir envi, que j’ai au moins ce plaisir de te faire plaisir ;
manger - boire autre chose - danser - visiter mon domaine, que sais-je...tes désirs
seront des ordres et tous se mettront en quatre pour te satisfaire, Commandant.
215
Clovis rit enfin de bon coeur, il se détendit, puis se renversa contre le dossier
de sa chaise...regarda autour de lui...ce beau mas, cette grande cour, l’allée qui
partait dans la végétation...
-Merci beaucoup Georges, mais il ne me manque rien, vraiment, nous avions
tout ce qu’il faut dans l’appareil ; mais pour ce qui est de visiter ton domaine,
quel chic, rit-il, demain oui et avec grand plaisir car cette région est magnifique,
l’ayant survolée rapidement en venant, je meurs d’envie de la mieux connaître, et
une balade en votre compagnie à tous trois sera la bienvenue et la meilleure des
façons de la découvrir, assurément.
Alexandra, depuis un bon moment maintenant, hésitait à le questionner
davantage...une peur sournoise la prenait, peur que cette prédiction ne soit qu’un
rêve...Puis, n’y tenant plus et prenant son courage à deux mains, reprenant sa
vraie nature de guerrière intrépide, elle se lança à l’assaut pour en avoir le coeur
net...elle lui sourit chaleureusement...
-Clovis, dit-elle, puis-je te poser une question plus personnelle ?
-Bien entendu, Alexandra, répondit-il en lui souriant chaleureusement, de quoi
s’agit-il ?
-Tu vas peut-être trouver cela un peu bête, ou indiscret mais...
Elle sentait, commençant à paniquer, sa poitrine qui allait partir à battre la
chamade et ne plus pouvoir se retenir...et elle lâcha alors le morceau, se libérant
d’un coup de cette tension qui l’oppressait.
-Clovis, que comptes-tu faire maintenant...je veux dire, où comptes-tu viv...
Il se leva d’un bond, lui fit signe de se taire et lui attrappa son bras et le serra, le
serra, la regardant intensément dans les yeux...Puis il se mit debout devant elle
entre ses jambes écartées, jeta sa coiffe sur la table, lui prit sa tête entre ses mains
et l’amena contre la sienne, front contre front...Il ferma les yeux et resta ainsi
durant environ trois longues minutes semblant des heures...Il se redressa enfin,
et lui sourit de toutes ses dents, il l’embrassa avec force sur les deux joues et lui
dit alors, déclenchant une cataracte de pleurs à cette pauvre Alexandra qui n’en
pouvait décidément plus.
-Je comprends pourquoi maintenant cette subite et impérieuse envie de revenir
qui m’a prise d’un coup. C’est avec vous deux bien sûr que je veux vivre, et cela
m’enchante d’autant plus que ma soeur et mon frère seront réunis avec vos
enfants que je ne connais pas encore. Merci beaucoup, Alexandra, je t’en serai
éternellement reconnaissant car tu ne sais pas à quel point cela me rend heureux,
de vivre avec la meilleure amie de ma mère ; merci à toi aussi, Claude, de nous
accepter parmi vous, je me montrerai digne de votre hospitalité, soyez-en sûr.
-Mais je n’en ai jamais douté, mon grand, lui dit Claude, sache que tu y seras
chez toi, ainsi que les tiens et à part entière et sans distinction, ne sommes-nous
pas tous frères déjà ? Alors, Clovis, moi qui n’en ai jamais eu un de vrai de
frangin, tu me rendras aussi heureux d’être mon vrai frère...ok comme ça ? Ainsi
on ne se doit rien.
-Merci, frangin ! Clovis rit, mais on sentait nettement qu’une émotion intense
lui bloquait sa maîtrise habituelle...Ils se serrèrent la main pour sceller cet accord,
qui était dès lors imprescriptible. Alexandra avait vu enfin tarir le flot de ses
216
larmes de joies et d’émotions...après avoir essuyé son visage, elle put s’exprimer
enfin de nouveau.
-Clovis, comme Claude, ma joie est sans borne de nous savoir très bientôt tous
réunis ; nous allons recevoir la maison dans seulem...
Il lui coupa la parole.
-Deux jours...oui, je sais tout, navré...et j’ai tout vu de ton extraordinaire
aventure extragalactique...et merci pour les nouvelles de maman, je savais qu’elle
est bien, comme tous d’ailleurs, mais suis heureux de la confirmation que tu as
ramené, merci encore pour tout cela.
-Tu sais lire dans les pensées ? lui demanda un Georges interloqué, tout autant
que les deux autres.
-Non, pas dans le sens où tu l’entends, Georges ; en la circonstance, et c’est la
première fois que cela se passe avec une telle amplitude, et j’en suis le premier
surpris ; j’ai eu accès à la mémoire seulement, pas la pensée donc, et j’ai donc
accédé à cette banque de données concernant ce voyage astral et ce qui y est
directement relationné ; je fais référence à ta propre aventure toute aussi
fantastique, Georges, celle avec cet arbre...Pour autant, je puis parfois lire dans la
pensée, oui, mais seulement et d’une certaine façon et dans des cas très
particuliers de tension psychique ponctuelle, mais pas avec tous...
Il y a aussi une question d’affinité, de raisonnance ou de fréquence, si tu
préfères...Comme toi, Georges, avec cet olivier...ce fut avec toi et pas un
autre...Je tendrais en ce cas de parler d’amour, au sens spirituel ; accord de deux
âmes, fréquences, syntonie, au choix ; mais ce que je perçois le plus souvent ne
sont que des impressions générales, parfois fortes...qui m’indique un shéma du
futur dans les instants suivants, et c’est parfois vague aussi...
Il réfléchit un moment, puis continua, sa voix devenant hésitante.
-Par exemple, lors de la mort de...maman, j’ai vu en un éclair la main tenant ce
poignard qui allait la tuer, mais tout était irrémédiablement trop tard...Le destin,
le sort était déjà joué. Alors sa voix devint atone, puis le regard fixe, il murmura.
Je l’aimais tant...Alexandra, je l’aimais tant, si tu savais...Il la regardait maintenant
d’un air de tristesse infinie, comme suppliant...
Jamais elle ne l’avait vu ainsi, et son coeur de Femme, son coeur de mère en fut
chaviré ; au bord des larmes elle aussi, elle lui prit son bras et l’attira doucement
contre elle entre ses jambes...il se laissa faire...elle le serra très doucement sur son
sein...puis lui posa une main sur sa tête, la lui caressant doucement, les doigts
dans ses cheveux et le berça très lentement...elle murmura alors une berceuse
d’une grande douceur...il leva une main et, hésitant, la lui passa enfin autour du
cou...et il se détendit alors lentement...lentement...et...remontèrent alors en
déferlantes successives et puissantes, les souvenirs de cette merveilleuse peau
blanche comme le lys, sous un léger hâle...C’était la douce peau de maman...ce contact
moelleux de ce sein lourd et chaud, de maman....et cette odeur enivrente de Femme,
enfouissant son visage dans son cou alors...odeurs folles de maman...maman...c’est ma
maman...je t’aime, maman...
Il se blottit alors fébrilement contre elle et se laissa aller comme un tout petit
enfant malheureux...sa carapace de fer enfin brisée, les larmes enfin coulèrent sur
217
ses joues puis, se fut d’abondance et dura longtemps, sa poitrine se levait en de
profonds sanglots qui lui remontaient du fond de l’éternité...
Les deux Hommmes, stupéfaits de cet événement inattendu, n’en revenaient
pas. Ce gamin dur comme l’acier venait de succomber sous leurs yeux incrédules
à ce charme fascinant de la Femme...et qu’avait-elle fait ? Rien, ou si peu, mais le
môme en avait quand même craqué ; et tous deux en furent soulagés, car il était
ainsi réhumanisé, ou tout au moins en bon chemin de l’être. Les deux allèrent
plus loin et Georges dit, mi-souriant et à voix basse à son compagnon.
-Après ce coup là, impec, il est bon pour tomber dans les bras de la fille...au
fait, est-elle jolie ?
-Jolie, dis-tu ? un véritable petit ange tombé du ciel, et d’un romantisme à en
faire craquer le pire des barbares, enfin, j’imagine...que j’en vois mon nouveau et
tout neuf petit frère bon comme la romaine, en deux mots : il est cuit à l’avance !
-Parfait, parfait...lui y gagnera l’amour et ses tourments, et nous un Homme à
part entière, car rien ne vaut la Femme, et encore pire si elle est jolie, pour
réveiller la machine qui sommeille sous la peau Humaine masculine.
-Tiens !? j’avais entendu parler du cochon qui y sommeille, mais jamais de la
machi...
-C’est pareil, les deux en fait, lui répontit un Georges riant sous cape ; car
reconnais qu’avant de découvrir la Femme et sa flamme, ces deux grandes et
éternelles inconnues, l’Homme, ce cochon éternel, lui, se comporte vraiment
comme une machine programmée à l’outrecuidance et à la virilité aveugle et
sotte, jusqu’au fameux jour fatal OÙ, à Femme de flammes et fatale il succombe,
et alors, adieu Berthe !
Voici le fauve devenu agneau et qui, comme je le découvris un jour dans une
chanson d’antan, d’un authentique génie du verbe, un certain tonton Georges,
aussi, où il chantait de sa grosse et sympathique voix bourrue, l’histoire d’un gros
méchant loup tombé amoureux d’une « petite fleur », et qui tranformé par la
passion, venait alors lui manger dans sa menotte. Image admirable de nos
présentes réalités.
Puis, regardant de nouveau les deux toujours embrassés ; appeurés, ils
s’enfuirent vers le mas, sous le regard en coin et meurtrier d’une Alexandra
furibonde à leur encontre...louve protégeant son petit...De longues minutes
passèrent ainsi...Clovis retrouva lentement son calme, son équilibre coutumier ;
se trouvant un peu ridicule, il s’excusa auprès d’Alexandra, qui tenta minimiser
l’événement.
-Clovis, mon chéri...Tu sais, il n’y a rien là que de plus normal et naturel que de
pleurer lors d’une forte émotion, de plus, il est meilleur de le faire que de garder
sa peine rentrée, cela libère l’esprit de contraintes qui peuvent nuire au bien-
être...Et puis, c’est naturel et l’on y peut rien, alors, autant se laisser aller à ce que
la nature a choisi de meilleur pour nous tous, les Humains...
Nous sommes ainsi fait, alors...lui dit-elle avec le meilleur de ses sourires le plus
sincère, consciente d’un conflit spirituel en ce jeune et puissant esprit
inexpérimenté de ces choses de la Vie, nonobstant pas toujours des plus faciles à

218
gérer même pour des adultes, faut avouer, alors que dire d’un si jeune enfant,
même aussi doué ou précoce soit-il.
Ledit enfant respira profondément, comme rassuré par ces paroles simples
exprimées avec sincérité la plus évidemment authentique, il le savait d’instinct.
Ce sentiment fraternel finit de lui libérer ces tensions inconnues qui lui
bloquaient depuis si longtemps son penchant inné à se porter instinctivement à
la compassion et la recherche de ce contact de l’autre et...c’est ainsi qu’il
découvrit alors une chose qu’il n’aurait cru possible quelques heures avant : ce
bonheur ineffable qu’il ressentit au contact et dans les bras de cette Femme.
Plaisir profond, bouleversant et inconnu et qui chamboule les sentiments et
sensations. Il ne savait plus trop quoi en penser, malgré qu’elle l’eut rassuré
entièrement avec ces quelques paroles simples. Ètait-ce là ce que les Hommes
désignaient en se gaussant, mais cependant irrémédiablement attirés, comme les
grands et mystérieux pouvoirs des Femmes ?
Il se promit de se tenir sur ses gardes car, réflections faites, et bien faites, cette
Femme admirable, belle de surcroit et qu’il aimait plus qu’aucune autre
maintenant, lui avait en un rien de temps fait perdre son foutu contrôle qu’il
avait eut tant de mal à se construire...Alors, gaffe, se dit-il : me voilà ainsi
prévenu du danger de la Femme, les autres n’ont qu’à bien se tenir, et ainsi
rassuré par cette énergique décision, il lui dit.
-Merci, Alexandra...je ne sais comment te remercier...Je me sens bien mieux
maintenant, c’est vrai, faut croire que de pleurer libère ; et merci pour ce
réconfort spirituel dont j’avais bien besoin en somme.
-Je suis heureuse de te voir reconnaître ces choses que tout un chacun admet et
accepte naturellement, tu y trouveras toujours le réconfort et la libération de ton
Moi. Use toujours sans retenue de ce pouvoir spirituel dont la nature, en sa
grandeur, nous a fait ce don inestimable, celui de nous ressourcer en nous-
même, y puiser cette force qui nous porte au-delà de nous-même et contre tous
les avatars de la Vie. Force que tu ne trouveras en aucun autre lieu qu’en toi-
même...Mon fils chéri, sache que nous sommes les dieux véritables de cette
merveilleuse planète, et la nature nous a fait forts et donné l’intelligence pour la
servir, la protéger, voilà notre grandiose destin et lui seul, porter le nom de Gaïa
parmi les étoiles et les galaxies, les univers. Tel est notre credo, voie sacrée.
Clovis l’écoutait, fasciné par la grandeur d’âme et l’esprit universel de cette
Femme extraordinairee, sa mère...C’est ma mère, se répétait-il enchanté, de cet
esprit aussi vaste et serein...Il rêva un instant, puis sa pensée logique et
rationnelle revint enfin sur terre...
-Mais, dit-il soudain soucieux, je m’emballe alors qu’il reste un problème
majeur, et j’en ai presque honte, car que devient mon équipier dans tout ça,
Hugues, car il n’est absolument pas question que je l’abandonne.
-Oh ! Clovis, pardonne-moi ; il est évident pour Claude comme pour moi-
même que notre intention est de l’accueillir aussi parmi nous tous, car nous
l’aimons aussi tous deux et avons pour lui une sincère et grande estime et amitié,
et j’allais bien sûr t’en parler ; mais crois-tu qu’il voudra se joindre à notre
groupe ? Il n’est pas obligé non plus, et peut-être même a-t-il d’autres projets ?
219
-Non, crois-moi, je le connais bien mon Hugues, sous cette montagne se cache
en réalité un coeur immense de sensibilité, générosité et d’amour fidèle...Tu sais
qu’il adorait maman, et le mot n’est pas trop fort...Il s’est alors voué à moi, par
un espèce de transfert affectif assez étrange, et m’appelle son fils, c’est sincère et
spontané car Hugues est un Homme d’un seul bloc, sans demi-mesure, entier.
Alors je m’inquiète beaucoup pour lui, car justement il ne peut continuer cette
vie exclusivement avec un enfant, que je suis, faut être réaliste. Il est un Homme
jeune et il lui faut vivre une Vie entière et normale, ce qui inclu qu’il doit
rencontrer de nouveau une autre Femme qui l’aimera et le rendra heureux,
comme il le mérite grandement...Ainsi, de vivre de nouveau en communauté lui
apportera certainement l’opportunité d’une rencontre bénéfique à son équilibre
et son bonheur, tu comprends ? Et ça, j’y tiens par-dessus tout.
-Je comprends parfaitement oui, que tu es un ami véritable pour lui, et a saisi
malgré ton jeune âge ces impératifs inhérents aux adultes. Merci grandement
pour lui, tes sentiments à son encontre t’honorent...Mais, y pensant plus en
détail, comment vois-tu le meilleur moyen de le lui demander sans risquer de le
mettre mal à l’aise ; je ne sais comment faire, ne le connaissant pas suffisamment
bien pour cela ; en clair : vaut-il mieux que tu te charges de lui présenter cette
offre de résider avec nous, ou penses-tu qu’il est mieux que je le fasse ?
-Je réponds là sans hésiter, car connaissant bien la mécanique des couples, je...
-La mécanique des couples ? s’escaffa-t-elle sidérée, tu ne manques pas d’air,
mon drôle !
-Ben oui, quoi ! Le comment fonctionne le système de s’accrocher l’un à l’autre
entre personnes de sexes opposés, c’est élémentaire voyons. J’ai parfaitement
décodé ça en Frika, et chez toutes les espèces quasiment ; il y existe du reste des
parades amoureuses qui sont assez curieuses, mais bon....la nôtre n’y faisant
évidemment pas exception.
-Ben voyons...de là à dire que nous sommes des cochons, y a pas loin, rit-elle,
mi-faussement scandalisée.
-Les Hommes, certainement oui, et ils en sont tous fiers, d’après ce que j’ai
entendu dans le transport avec cette équipe de gros-bras...Et de plus ils
paraissent en être satisfaits, ou tout au moins pas incommodés, alors...
-En parlant de ta fameuse mécanique, comme tu dis si bien, tu vas bientôt avoir
l’âge de connaître l’initiation d’une de nos chères et inestimables Aphrodites. Il
ne faudra pas louper ça, tu comprendras mieux alors cette mystérieuse
mécanique qui gère nos glandes et conséquemment nos Vies, nous adultes.
-Telle est bien mon intention, et figure-toi que j’en suis même impatient.
-Parfait...alors, qui de nous deux vaut-il mieux qu’il lui annonce, à ce cher
Hugues, hein ?
-Suivant cette fameuse mécanique donc, il vaut cent fois mieux que ce soit toi,
car Hugues ne pourra résister à une telle offre venant d’une Femme aussi belle et
charmante que toi, c’est mathématique en somme, car tu es vraiment très belle et
a un charme fou, alors les connaissant, quel Homme sensé pourrait résister à une
merveille comme toi, dis-moi ?

220
Mais elle ne put répondre car elle en resta sans voix, de telles paroles émises par
une si jeune personne...puis au bout d’un moment, elle lui dit en riant de bon
coeur.
-Tout ce que je parviens à dire, c’est que t’es un drôle de numéro, mon
fils chéri ; alors entendu, je lui parlerai.
Il sauta de joie un instant, puis s’exprima alors avec l’accent provençal, le
caricaturant sciemment pour détendre l’atmosphère.
-Vouais ! vouais ! tè ! vé ! où sont donc passés nos deux lascards, Georges et
Claude ?
Elle rit aux éclats, de ce retour pragmatique à la réalité, avec ce simulacre
d’accent du midi.
-Je les crois dans le mas, ils nous ont quitté j’imagine pour ne pas nous
importuner, rendons-leur grâce de cette délicatesse.
-Allons les retrouver ! Alors, tu viens...ma libératrice, lui dit-il d’un sourire
complice et lui tendant la main.
Ils allèrent donc vers la maison, main dans la main...il était heureux
maintenant...Mais il stoppa au bout de quelques pas, la retenant, et levant la tête
lui dit en la regardant dans les yeux.
-Alexandra...Merci de me donner ce même amour que celui de ma mère, je...je
le sens d’instinct et...je veux que tu saches que je t’aime tout autant maintenant,
comme pour elle...Puis-je te demander une faveur ?
Cette pauvre Alexandra, avec son coeur gros comme ça, était encore au bord des
larmes, elle se força à se contrôler pour lui répondre.
-Bien entendu Clovis, mon chéri, demande-moi ce que tu veux, je te l’accorde
d’avance et sans condition...comme une mère que je suis à son fils que tu es
maintenant, et je te remercie de ce cadeau royal que tu me fais ainsi, de
m’accepter comme telle, lui sourit-elle avec chaleur.
-Merci...pourrais-je donc, lorsque nous serons entre nous j’entends, la cellule
familiale, t’appeler...Maman ? car d’employer ce petit mot me manque
énormément, et ce manque est la dernière ombre à mon bonheur le plus
profond, l’acceptes-tu ?
Elle tomba littéralement à genoux devant lui, éperdue d’un bonheur indicible, le
prit dans ses bras, le serra à l’étouffer et le couvrit de baisers, les larmes aux yeux
de nouveau...
-Clovis, mon amour chéri, je n’osais pas te le demander, suis-je bête, hein ?
Bien sûr, et c’est pour moi aussi le plus grand plaisir et honneur que tu puisses
me faire...Nous voici unis par l’amour éternel, mon fils...Ah ma Gaïa ! J’en perds
mes forces de tant de joie, et ne sais plus quoi dire...vraiment, d’être heureux
rend foufou, je suis comme sur un nuage...
-Maman, lui dit-il alors, en savourant intensément ce mot magique et en lui
serrant une main avec force, le regard brillant d’une joie sourde, allons retrouver
nos deux compagnons, mais avant...j’ai une ultime faveur à te demander.
-Vas-y, mon fils, rit-elle avec bonheur tout en essuyant ses larmes du revers
d’une main, de quoi s’agit-il ?

221
-J’aimerais que tu leur annonces cette nouvelle, notre accord, notre filiation, à
eux deux seulement, Claude le découvrirait tout seul plus tard bien sûr, mais je
tiens que devant lui aussi, Georges le sache, car je le considère, comme nous tous
je l’imagine, comme mon père spirituel à part entière, pour tout dire : je l’aime
profondément et j’ai un immense respect et admiration pour lui...Mais je n’ai
jamais osé le lui dire, sommes-nous bête parfois...
-Claude comme moi-même et comme tous les autres sans doute, éprouvons les
mêmes sentiments pour Georges, oui...et pareil que toi, je crois bien que
personne n’a osé les lui avouer, ce qui est stupide et d’une injustice flagrante, et
que nous allons réparer de ce pas, grâce à toi, mon fils béni. Allons-y avant que
mon courage ne me fasse défaut.
Ils repartirent d’un pas léger, fous de joie et se tenant toujours par la main et
firent ainsi une entrée fracassante dans la grande salle commune en riant tous les
deux aux éclats. Les deux Hommes qui allaient trinquer, chacun un verre de vin
blanc en main, restèrent ainsi le geste en suspend, regardant les deux nouveaux
venus, sidérés d’une telle transformation en leur attitude, car de pleurs en
cataracte, les voici riant comme deux fadas, et pleurant de joie cette fois, comme
quoi la larme s’accommode parfaitement à toutes les sauces...
Les deux arrivants s’immobilisèrent un instant, surpris de voir la tête d’ahuris
que faisaient les deux Hommes. Elle et lui se regardèrent, complices, puis
explosèrent de nouveau en un grand rire irrésistible et dévastateur ; et comme les
deux Hommes se regardaient mutuellement encore plus surpris, les deux rieurs
rirent encore de plus belle...
Puis le calme revint par épuisement des rieurs...ainsi que de la lassitude des
deux ahuris, fatigués aussi que l’on se paie ainsi leurs têtes...L’un d’eux, Claude,
s’enquit, sans rire, lui, de cette joie subite et intempestive, ce qui faillit bien
redéclencher une nouvelle crise de fou rire, mais les deux mi-rieurs cette fois, se
reprirent à temps, et le plus jeune s’exprima, mi-pouffant cependant.
-Pardon de nous moquer...gentiment cependant, mais la tête que vous fîtes
valait dix, assurément mais, sérieux cette fois. Alexandra, sur notre accord
commun, a une déclaration à vous faire, et qui ne saurait attendre plus
longtemps ; il se tourna vers elle et lui fit signe de parler, lui faisant un sourire
radieux.
Celle-ci hésita un court instant, reprit la main gauche de Clovis dans la sienne,
comme pour se donner du courage...puis elle se lança.
-Mes amis, j’ai...non...Nous avons, Clovis et moi-même, décidé de vous
informer officiellement de notre décision commune de nous unir en une seule et
unique famille, avec sa soeur Athéna et le petit dernier, César, ce qui inclu la
syntonie totale de nos destinées communes, à savoir que : nous somme dès lors
mère et fils, et fils et mère sans aucune distinction, nous nous reconnaissons et
acceptons tous deux comme tels, avec une immense joie respective et, pour mon
plus grand bonheur et sur la demande expresse de mon fils, Clovis, il m’appellera
maman, à sa convenance, lorsque nous serons en famille, seulement...Nous
tenions à ce que vous sachiez ces conventions, vous deux ensembles réunis, et
vous seuls, vous demandant de rester discrets sur cet accord.
222
Les deux Hommes l’écoutaient, fascinés par ces surprenantes nouvelles...n’en
revenant pas du tout d’un tel revirement aussi imprévisible et aussi rapide
surtout...Ils en avaient même, et c’est dire, oublié de boire leur vin...Ah ! la
Femme et ses foutus pouvoirs...c’était pas un vain mot ! Fichtre non !
-Maintenant, suite à notre long et fantastiquement bon dialogue, je continu à
m’exprimer en nos noms réunis, mais sur l’initiative de mon fils, Clovis...elle
répétait ce nom, ‘mon fils’ avec un plaisir intense, et cette déclaration, poursuivit-
elle, s’adresse maintenant exclusivement à toi, Georges.
Ce dernier la regarda alors, encore plus surpris...
-Oui, Georges, toi mon frère chéri, voici ce que nous n’osions point te dire, par
timidité, et par bêtise plutôt, et qui se révéla être une grande injustice, et si nous
avons voulu que tu saches aussi notre accord familial, c’est que nous t’estimons,
et pensons fort aussi qu’il en est de même de tous les nôtres dans nos
communautés, c’est aussi le sentiment de Claude, je le sais. Sache donc que nous
t’estimons être notre père spirituel, et avons pour toi, mon cher Georges, un
amour infini, respect, estime et admiration sans mesure. Voilà ce que nous
tenions que tu saches, et pardon pour cette franchise qui te gêne peut-être, mais
si on ne pouvait exprimer ses sentiments à ceux que l’on aime profondément, où
irait-on ? Dites-le moi.
Georges était littéralement anéanti d’émotion, mais son ami Claude vint en
expert psycho à son secours ; il se leva d’un bond, fit signe d’attendre, se dirigea
à grands pas vers la desserte pour y prendre deux verres, puis vers le frigo pour y
prendre une carafe de jus de fruit, puis il s’écria alors et seulement, ravi.
-Merveilleux, il faut trinquer de suite à ces grands et nobles événements.
Les verres remplis, ils trinquèrent tous les quatre joyeusement...On ne parla
plus de ces sentiments généraux, mais la flamme sacrée de l’amour et de l’amitié
brilla encore plus intensément...
Puis, pour définitiverment couper court, Clovis, demanda, sautant du coq à
l’âne.
-Où a-t-on installé les chercheurs, informaticiens et les biblios ? car je ramène
de la Frika des informations que je pense être d’une grande importance,
concernant particulièrement les cheptels des grands herbivores, qui là-bas aussi,
cela semble évident, doivent être contrôlés, soit limités, avant qu’ils ne détruisent
le capital végétal. Je parle là surtout des grands animaux tels que les
hippopotames, rhinocéros et éléphants, surtout ces derniers qui dévastent des
régions en entier car n’ayant pas de prédateurs naturels ; seuls, les fleuves les
arrêtent, mais entre deux de ces barrières naturelles, ils détruisent tout, dévastent
d’immenses régions, c’est désastreux, vraiment.
-Je me souviens d’avoir vu un antique document de cet ordre, répondit Claude,
cela c’est passé au Brasi, en Merdika du Sud, où, dans ce vaste Pantanal, vaste
territoire de 1,2 million de km² innondé ; les gens y introduisirent des buffles
venant d’Asia. Buffles qui sans contrôle efficace se répandirent en troupeaux si
énormes qu’ils dévastèrent des régions immenses, avant que décision soit enfin
prise de les éradiquer, mais en certains endroits le mal fut irréversible, car l’action

223
corrective tarda de trop, comme de toujours en ces temps d’irresponsabilités
collectives chroniques, et là plus particulièrement, car tropicales.
Ce qui de toujours et partout multiplia le coefficient de négativité ; comme ici
au Nord, où en dessous le 38ème parallèle, commençait la foutoir le plus complet.
Epoque aussi où l’homme était prompt à commettre des conneries à la pelle,
mais par contre se perdait en d’interminables palabres pour seulement oser
envisager une action corrective...Qu’ils soient tous crevés en fait, fut une
véritable bénédiction pour nous tous et pour notre Gaïa, la belle...
Qu’en est-il devenu de ces contrées exposées aux plus de deux cent million de
bovins d’avant l’attaque, ce qui était le premier cheptel commercial au monde ?
Je n’ose y penser...Ont-ils tout bouffé ? Mais en fait non, comme Clovis l’a si
brillamment exposé, car les prédateurs in situ ont dû voir leurs nombres exploser
aussi, et je pense là aux léopards (onça-pintada), pumas (leão), loups (lobo
guara), crocodiles (jacare), serpents (cobra), anacondas (sucuri), piranhas, alors,
j’imagine cette Frika livrée au bon vouloir de tels monstres pachydermes, qui
doivent y répandre le chaos...
-Mais, chéri, intervint une Alexandra stupéfaite, tu ne m’avais jamais parlé de
tes connaissances si vastes et de toutes ces cordes à ton arc ?
-Non pas de mon arc, mon bel oiseau du paradis, mais de ma guitare dont tu
connais les cordes, ça oui, tant qu’à mon arc, il n’a qu’une corde, ça oui aussi,
mais comme celui d’Odin il tire une seule flèche mais qui atteint dix cibles d’un
seul coup !
Il rit, ravi de ce trait, d’esprit, laissant sa compagne sans voix....pour une fois.
-Du reste, continua-t-il, et avant d’en finir avec ces buffles de près d’une tonne,
soit bientôt le double d’une de nos vaches, peut-être serait-il bon de rappeler à
nos grosses-têtes, que la viande et le lait de ces bêtes énormes et rustiques,
comportent beaucoup moins de gras, et donc moins de cholestérol que nos
vaches traditionnelles ; ils consomment moins de paturage, se contentent
d’herbages plus rustiques, etc.
Question : dans ce cas-là, pourquoi ne pourrait-on pas aussi revoir le contenu
de notre assiette, et donc par la même occasion, de l’assiette de notre santé ? Et
de plus, soi-disant que la viande, le lait et fromage sont délicieux, alors...Clovis,
lors de ta visite pense à leur poser la question, veux-tu ?
-Compte sur moi ; les soins du corps sont aussi important que celui de l’âme, tu
prêches un convaincu.
S’adressant à tous trois, Claude rajouta.
-Veuillez me pardonner ce long exposé un peu hors de propos, je me suis laissé
embarqué par la passion...
-Au contraire, lui dit Clovis, merci pour ces informations passionnantes et
instructives, et fort à propos je trouve, on en sait jamais de trop, la preuve.
Puis ce fut Georges qui répondit directement à la question initiale de Clovis.
-Nos Grosses-têtes, donc, campent pas bien loin d’ici, vers l’Est, juste après
l’ex-ville de Cavaillon. Nous les avons installé, ce avec leur accord bien
évidemment, dans l’ancienne abbaye de Sénanque, du XIIe siècle de l’autre ère,
sise aux pieds du village de Gordes, dans un vallon typiquement provençal
224
baignant dans un calme idyllique et entouré de champs de lavande qu’ils
cultivent comme de par le passé.
L’abbaye était devenu un gros producteur d’eau de lavande ainsi que du miel
traditionnel de ces moines d’antan, qui y ont vécu jusqu’à ce fameux jour fatal.
L’abbaye étant donc en bon état et suffisemment vaste pour accueillir tous ces
gens dans des locaux interconnectés, ce qui est essentiel à leurs travaux de
recherches et compilations en tous genres.
Entre nous, j’admire la patience de tous ces gens sans qui nous n’en serions
certainement pas là, libres et souriants...Ils sont en réalité notre capital le plus
précieux, ne l’oublions jamais, et notre devoir le plus impérieux est de leur
fournir sans condition tout le nécessaire à une vie de plénitude et serénité, car
chaque trouvaille qu’ils font est pour le bien de tous, sans condition aussi, selon
nos us et coutumes, mais là, l’importance en est encore plus sensible, stratégique
et vitale, pour dire mieux. Que notre reconnaissance et amour leur soient acquis
à jamais, nous leur devons tant.
Ainsi donc, continua Georges, nous avons regroupé tous nos trésors livresques
et vidéos dans l’église elle-même, la biblio maintenant donc, où comme de
partout bien évidement nous avons enlevé les vestiges de ces élucubrations et
affronts au bon sens et honnêteté les plus élémentaires, je parlais là des statues,
tableaux, ustensiles et Cies, tout ce fatras nauséabond et pernitieux d’antan. Pour
être clair : nous y avons assaini l’ambiance ! On peut donc maintenant y respirer
librement ces odeurs virginales de l’esprit libre et serein et celles pastorales de
cette sublime campagne alentour.
Dès le début, pour aménager l’ensemble nous y envoyâmes six cents guerriers
et tecnos qui durant treize longues semaines y firent le ménage et remirent
l’abbaye et le village en parfait état fonctionnel, entourant ces deux aires de
vastes clotures de sécurité électrifiées. Tous, et y compris les personnels les y
assistants habitent dans ce village de Gordes, qui est une pure merveille,
construit en spirale sur une colline, offrant une vue magnifique sur ces paysages
bucoliques, fleuris, odorants et enchanteurs. En bref, presque aussi beau qu’ici,
rajouta-t-il avec un sourire ironique.
Rires de trois autres...
-Les chercheurs, qui bon an mal an y sont dans les 840 personnes, ont ainsi
aménagé pour la plupart d’entre eux, de préférences dans les nombreux hôtels,
car ce village était alors fort célèbre pour son cachet d’authenticité provençale. Les
personnels les y assistant et qui sont quasiment aussi nombreux sinon plus,
travaillent, comme en la plus grande majorité des activités, en trois équipes qui
s’y relaient tous les quinze jours, suivis d’un mois de vacances. Brutal et heureux
changement de leur vie passée. Ils demeurent donc ainsi tout près d’eux, dans les
plus grandes demeures privés d’alors...
C’est de ce fait le seul village antique qui retrouva une vie vraiment organisée, et
ce jusqu’à quand ? Je n’en ai pas la moindre foutue idée. Ainsi, nous avons tenu,
exigé plutôt, que tous ces chercheurs résident en dehors de leurs lieux de travail,
pour qu’ils aient ainsi l’obligation et l’opportunité de se distraire, connaître autre

225
chose que leur foutu et tant vénéré travail de recherche, et pour tout dire : avant
qu’ils n’en deviennent carrément fadas, voici la pure vérité.
Tous les quatre de rire à cette dernière remarque, mais sachant bien que dans
les grottes il leur fallait parfois obliger ces gens par trop studieux à laisser leurs
travaux pour sortir s’oxygéner et prendre un peu le soleil, ce avant qu’ils ne
périclitent, ensevelis sous les moisissures...
-Merci, Georges, toujours précis et bien informé ; j’irai leur rendre visite d’ici
un jour ou deux, après toutefois avoir visité ton domaine, mon cher, comme déjà
nous en avons parlé, ce que peut-être nous pourrions faire...dès demain ?
-Tope là ! s’écria un Georges ravi, les deux en riant se tapèrent mutuellement la
main, scellant ainsi cet accord.
-Par contre, Georges, pour cette balade j’ai une faveur à te demander.
-Dis-moi ça vite fait : accepté d’avance !
-Pour le casse-croûte de demain donc, pourrais-je avoir au moins un
magnifique pan-bagnat ? que j’adore et n’ai pas mangé depuis des lustres...avec
cette délicieuse huile d’olive d’ici, et les fabuleux anchois que pêche maintenant
Justin et son équipe...
-Un seul pan-bagnat ? s’écria un Georges offusqué, mais tu galèjes, mon fils.
Tè ! vé ! je vais t’en faire préparer une brouette pleine et à ras bord même.
Tous d’éclater de rire devant les yeux ronds de convoitise de Clovis...
-Mais pour l’instant, dit alors leur hôte, en guise de casse-croûte, il serait grand
temps de penser de passer à table pour le dîner, voyez qu’il fait déjà nuit. Je crois
bien que ce soir, nous avons entre autre au menu, une splendide soupe au pistou,
un génial assortiment de charcutailles, bien sûr, avec du melon tout juste arrivé
de la région de Cavaillon ; lequel melon pourra être marié suavement avec le
jambon venant, lui, de chez nos frères basques, que je ne vous dis que ça, ou
sinon accompagné d’une bonne rasade de liqueur de cassis ; puis un plateau
d’huitres ou d’oursins, mets fastueux offert gracieusement par dame nature. Et
comme plat principal, un délicieux civet de lièvre mitonné à la provençale,
noblesse oblige ; et sachez que ce noble animal, sautillante bestiole venant de la
garrigue, a passé sa vie à se préparer avec ostentation un bouquet particulier,
spécialement à notre intention, en ne mangeant que des plantes odorantes et
provençales.
Brave bête, soupira-t-il en levant les yeux au ciel de contentement...
Tous de rire de la mimique de ce pitre de Georges, qui continua son récit.
-Le tout arrosé, et je ne vous en fais point l’injure de la réclame, de nos jus de la
treille de diverses régions, produits de nos chers viticulteurs, autres géniaux
artisans-guerriers qui se dévouent corps et âmes à élaborer chaque année un peu
mieux leurs divins élixirs pour le plaisir de nos palais et la maintenance de cette
joie unique et métaphysique que l’on ne rencontre qu’autour d’une table bien
garnie, en compagnie d’amis (es) et de familiers ; plaisirs des dieux de l’Olympe,
s’il en fut.
Tous de rire et de l’applaudir de cette tirade poétique et alléchante ô combien.
Puis leur hôte, satisfait de son effet, continua allègrement son petit discours de
circonstance.
226
-C’est dingue, nous avons tant parlé que nous n’avons pas vu les heures défiler,
faut reconnaître qu’avec de si fantastiques nouvelles...Faudra surtout marquer ce
jour exceptionnel de joies et d’amour, d’une splendide pierre blanche !
Il se leva de table, s’apprêtant à les quitter...
-Je cours voir nos gens pour les aviser que nous avons des invités affamés, et
préparer également vos chambres, sans oublier ta brouette de pans-bagnats, mon
fils chéri, dit-il en faisant un clin d’oeil complice à Clovis.
Tous rièrent encore de bon coeur...Ah ! ce sacré Georges, c’était bien de lui
tout craché, il avait toujours le chic pour amener n’importe quel sujet à la
rigolade. On ne se lassait jamais de l’écouter...Ils buvaient ses paroles, attendant
d’autres facéties...
-Et ce soir, continua leur hôte souriant et l’oeil pétillant de malice et
décidément en verve, j’y tiens tout particulièremnent en l’honneur de notre jeune
invité ; avec tous les habitants du mas réunis nous ferons encore une de ces
délicieuses soirées autour d’un feu de bois, sous le charme de notre grande
vedette, Claude, et de sa guitare magique. Resservez-vous à boire à volonté, le
temps que j’y aille, à tout de suite.
Il allait partir, quand il se ravisa.
-Au fait, Clovis, j’y pense seulement à l’instant, pardonne-moi ; je t’envoie ton
cher Ambroise, qui gîte aussi dans ce mas, oui, oui. Si toutefois sa chère
dulcinée, notre douce mais sulfureuse Agnès ne l’a pas encore achevé par ses
cours intensifs d’éducation sexuelle, et que donc cette fois il n’y gît pour de bon.
Sur ce il les quitta à grands pas et riant aux éclats, comblé et heureux...les
laissant derrière lui écrouler sous les rires, suite à cette dernière sortie pertinente
et drôle...chacun s’imaginant selon son style, ce pauvre Ambroise en si piteux
états...Triste mais heureuse fin dans les bras de son Aphrodite.

Le lendemain tous se retrouvèrent autour de la table pour prendre leur petit


déjeuner. L’humeur était à la fête, en vue de cette belle journée qui s’annonçait
sous les auspices d’un soleil radieux, comme tous les jours quasiment
maintenant. Les terribles conditions climatiques du passé, comme ils l’avaient
tous lu et vu sur les vidéos de cette époque maudite, avaient disparu comme par
enchantement.
Gaïa était devenue un véritable paradis céleste et, ils en vinrent rapidement à la
conclusion que la Nature, mot abstrait regroupant une infinité de concepts, était
en réalité la représentation d’un être vivant et par trop complexe et gigantesque
pour être saisi dans son ensemble par un quelconque esprit Humain.
Cette Nature englobait tous ces paradigmes se superposant en un tout
grandiose, mystérieux et magique, et cette Nature, Gaïa donc, leur grandiose et
vénérée Gaïa, la belle galactique, avait peu à peu, ils s’en aperçurent un jour
comme par hasard et par une sorte de révélation découlant de la réalité, qui d’un
coup leur devint aveuglante : Gaïa, lorsque jugé nécessaire par elle, ne faisait
pleuvoir que la nuit et, chose encore plus stupéfiante, ils constatèrent alors que
ces faits n’existaient que sur les régions habitées par l’Homme, par eux, ces
nouveaux Humains, car en tout autres points du globe les pluies tombaient
227
comme depuis toujours à n’importe qu’elle heure du jour et de la nuit, sans
distinction aucune ; sauf que ces pluies ne causèrent plus jamais de catastrophe,
tout au moins pour ces régions nouvellement habitées. Pas plus que de tempêtes
et cyclones arrachant tout sur leur passages, ou incendies anéantissant des forêts
entières, fléaux dévastant les habitations d’antan.
Bien plus extraordinaire encore, ces régions de Provence et de Camargue unies
en un tout unique de par la douceur climatique et beauté naturelle, se virent,
surtout la Camargue, mystérieusement débarrassée de cette plaie de toujours
qu’étaient les moustiques. Oui, comment une telle chose put se faire restera un
mystère pour tous, mais pourtant bien réel et définitif. Cette vaste région choisie
pour demeure par ces Humains nouveaux, devenant ainsi salubre et conviviale,
pour la plus grande félicité d’eux tous.
Les Espingos et les Akadis constatèrent aussi chez eux ces mêmes et
extraordinaires transformations climatiques et adoptèrent en un seul élan le
nouveau paradigme, suite à la vidéoconférence mondiale où tous apprirent de
Georges et Alexandra, ces nouvelles données sur la cosmogonie et plus
particulièrement sur le fonctionnement du système solaire, avec ses planètes, et
surtout l’étroite liaison qui unissait l’Homme à ce fonctionnement des univers en
un somptueux Être vivant vibrant à l’unisson avec l’Homme, qui de par son
niveau spirituel et volonté lui donnait la direction de son évolution à être suivie.
Constructive et positive maintenant que l’Homme avait retrouvé sa grandeur et
indépendance spatiale, menant leur système solaire et la région galactique
alentour, vers une harmonie constructive de grandeur illimitée, sortant de ces
quelques petits millénaires de désolation spirituelle. La vie maintenant repartait
avec comme plus d’ardeur, comme pour rattraper ce court temps perdu ; temps
de désolations et négativités déstructurantes, suicidaires...
Ils pouvaient maintenant comparer en vidéo, les vues grossies de leur astre, ce
Soleil qui durant les dernières générations de l’autre époque, n’était plus qu’un
gigantesque et horrible brasier crachant mille morts alentours. Ils avaient
retrouvé des documents vidéos retraçant cette mortelle évolution de l’astre
solaire, ce durant de nombreuses décénies, jusqu’à ce jour fatal de 2015. Le film
de cette montée fulgurante en machine de destruction était parfaitement
évidente et visible, nul ne pouvait contester cette évidence.
Leur soleil était alors devenu une gigantesque machine de mort !
Et maintenant, les nouvelles vues de ce nouveau Soleil le représentaient en un
nouvel astre totalement méconnaissable, mais bénéfique. S’en était finies de ces
monstrueuses langues de feux dévastatrices qui propageaient des vagues de
désolations sur la Terre, que ce soit des cataclysmes naturels ou des ravages
parmi les peuples causés par de vastes guerres, révolutions et pogroms toujours
plus sanglants, le tout sous l’égide de dictatures se disant démocratiques, les pires,
les plus sournoises et les plus horriblement dévastatrices...
Non, leur Soleil était maintenant un magnifique astre apaisé, équilibré et
propageant seule la Vie et l’harmonie, car visiblement il était heureux et comblé
de par la nourriture hautement spirituelle et constructive qu’il recevait
maintenant de ces Hommes nouveaux. Cette région galactique était maintenant
228
guérie de ce cancer létal qui l’avait un instant obscurci ; la Vie, la grande Vie
repartait maintenant dans sa grande et prodigieuse expansion cosmique.
L’abcès avait enfin crevé.
Reconnaissante, Gaïa, la belle, et bénie soi-elle, était devenue pour ses enfants
sortis de ses entrailles, un véritable éden. Ils se riaient à juste titre, méprisaient
ces dieux antiques, tous plus jaloux, fous, méchants et sadiques les uns que les
autres, qui sur les seuls dires de leurs Ministres, cerbères hypocrites, vénaux et
fanatiques, avaient mené des dizaines de milliards d’innocents abrutis de songes
creux vers une fin lamentable ; horrible et interminable agonie, nonobstant
inévitable et juste.
Alléluia ! Chantaient-ils maintenant à pleins poumons et face à ce grand Soleil
nourricier. Tous, du fond de leurs coeurs priaient Gaïa, les planètes et leur Soleil,
de devenir plus grandioses et généreux de cette prodigieuse Vie cosmique, unis
en une somptueuse harmonie d’amour qui faisait vibrer chaque être vivant en
résonnance, en une grandiose symphonie scintillante de lumière céleste, celle de
cette sourde joie de vivre qui envahissait les coeurs et les esprits de tous.
Ah Gaïa ! ma douce Gaïa, mon amour, comme il était bon et délicieux de vivre
pour toi et par toi...fiers et responsables, farouches et obstinés, toujours, et
toujours prêt à défendre la Vie noble et sublime, de partout et en tous temps, et
sans condition ni tergiversation. Nous tous, tel est notre credo, sommes tes
chevaliers servant ta grandeur céleste et admirable ; nous te servons et t’aimons,
et attendons tes bienfaits en retour, juste pacte d’égalité et de justice ; que ton
nom, Gaïa, ô toi si belle, rayonne à jamais parmi le Cosmos !

En vue de cette longue balade a effectuer en grande partie à pied, car ils allaient
jusqu’aux Alpilles dans le transport, puis ensuite le quitter pour flaner et y
découvrir ces paysages ; la table du petit déjeuner fut copieuse et variée, ce fut en
fait un repas substantiel et traditionnel.
Les compagnons habituels de Georges, étaient aussi là, l’ambiance était
détendue et festive et chacun de ces habitués des lieux, avant de déjeuner,
prenaient dans de petits bocaux en terre et/ou des flacons de verre, des
cuillerées et/ou gouttes diluées dans un verre d’eau, ainsi que des sortes de
comprimés ou gélules variés et les avalaient de façon habituelle pour eux tous.
Intriguée par cette pratique, Alexandra demanda à leur hôte ce qu’il en était ; et
celui-ci lui répondit en s’excusant de ne pas avoir pensé de les en aviser.
-En fait, leur dit Georges, personne n’est malade, non, nous sommes tous en
excellente santé grâce à cette habitude prise de prévention plutôt que d’attendre
qu’un problème éventuel se manifeste, et ce malgré que la maladie soit pour ainsi
dire éradiqué parmi nos rangs. C’est encore un cadeau de notre chère Gaïa, mais
cela n’empêche point de devancer le problème éventuel en prenant ces sortes de
potions, littéralement magiques.
Tout en se restaurant, tous l’écoutèrent avec grand intérêt, comme de toujours
quand Georges avait la générosité de les instruire de ses vastes et si précieuses
connaissances, en vrai sage qu’il était.

229
-Ainsi donc, vous vous rappelez j’espère, les documentations retrouvées sur
divers savants d’alors et qui furent persécutés, certains emprisonnés, d’autres
assassinés, cela je parle juste de notre cher et beau pays, la Franki d’alors, où des
juges et politiciens, vendus aux lobbies des laboratoires pharmaceutiques, avaient
monté de toutes pièces des exactions criminelles contre ces savants honnêtes
entre tous...
1- Le Sérum physiologique du Dr. René Quinton, fabrique sise en la ville
d’Alicante.
2- Le Silicium organique G-5, de Loïc le Ribault, qui fut persécuté par les
pouvoirs politiques ; il s’expatria pour sauver sa peau, et dont la fabrique est
aussi en Espingo, à Cerviago, en Asturias.
Puis, venant de chez nos frères Akadis, cette fois.
3- Nous avons un extrait de pépins de pamplemousse.
4- De l’Aloès véra...une plante miracle.
5- La Vitamine C, naturelle, tirée de l’Acérole, le fruit tropical de la Merdika
centrale et du sud, qui est le fruit qui en contient le plus : 1475 mg pour 100g.,
suivi par la baie d’églantier, 1250 mg. pour 100g, l’orange et citron avec 55 mg
pour 100 g, le persil -170 mg pour 100g.
Nous allons bientôt disposer du chlorure de magnésium, tiré du sel qui en
contient dix pour cent ; autre panacée qui a fait largement ses preuves puisque le
magnésium est un autre constituant essentiel de nos organismes, multipliant le
pouvoir de défense de nos organismes par quatre...rien que ça !
-Et quels sont les avantages pour la santé de ces produits ? demanda Clovis.
-Bonne question, mon fils ; prenons le nº 1 : le sérum physiologique du
Dr.Quinton, qui fut découvert et brillamment exploité dans les débuts de 1900,
sauvant des milliers d’enfants entre autres atteints de la tuberculose et autres
maladies typique de la misère endémique d’alors. Cette panacée n’est ni plus ni
moins que de l’eau de mer filtrée à froid, j’insiste, à 2 microns et donc identique
à notre propre sérum physiologique.
-Le nº2, le Silicium organique est tiré d’un sable spécial, dont la surface du grain
contient des...disons des micro-organismes, qui traîtés, en font un produit
buvable aux pouvoirs traitants d’un très large spectre. En mot il soigne tout.
-Le nº3, de nos frères Akadis : l’extrait de pépins de pamplemousse. C’est un
puissant antibiotique naturel qui a l’extraordinaire pouvoir de détruire 800
souches de bactéries et virus, 100 souches de champignons et beaucoup de
parasites unicellulaires, et surtout il foudroie un des pires dangers pour
l’organisme, la levure Candida Albicans, véritable bombe aux 100 substances
redoutables et sournoises.
En nº4, voici la plante Aloès véra, connue depuis l’antiquité, même
qu’Alexandre le Grand aurait conquis les îles Socorotas dans l’océan Indien rien
que pour soigner les blessées de son armée avec cette plante fameuse entre
toutes. Plante dont les feuilles longues comme des épées contiennent un gel de
consistance ferme, qui est le principe actif et soigne tout, soit en application
locale pour tous maux, ou absorbé aussi. Cette plante est d’un fubuleux pouvoir
curatif et régénératif des tissus, telles que les plaies, brûlures, etc.
230
Puis en nº5 vient la vitamine C tirée de l’acérole, arbres fruitiers que les Akadis
remirent rapidement en exploitation et qui abonde en ces regions tropicales de
tout ce continent sud. Il faut savoir que l’organisme ne fabrique pas cette
vitamine C qui est cependant grandement indispensable à la santé, comme de
tout le reste, et pour exemple typique, le fameux et tristement célèbre cancer
d’alors, qui était une des causes directe du manque de cette vitamine.
Mais bien sûr, pensez bien que les laboratoires phamaceutiques ne le dirent
jamais au public, et qui de plus, concernant la prise de cette vitamine, ils
recommandaient exprès des dosages journaliers nettement trop insuffisants,
donc volontairement inéfficaces.
Il était mille fois plus rentable pour eux de pomper des milliards pour de
oiseuses recherches d’un hypothétique médicament contre le cancer ;
médicament que bien sûr ils ne trouvèrent jamais, si seulement ils le cherchèrent
vraiment, ce dont on est en droit de douter fort, ce que nous faisons. Beaucoup
de gens disaient que cet argent, des sommes colossales, étaient détournées vers la
recherche d’armements...puis par la suite, idem pour le sida, qui lui aussi avait
l’immense avantage de faire traîner les malades sous allopathie.
Une onde de révolte passa sur la tablée. Le calme revenu, Georges fut satisfait
de voir ses compagnons toujours prompts à se mobiliser pour une cause noble.
-Du reste, parlant de santé dans cette époque maudite, le fait essentiel à retenir
est que ces nombreuses maladies, dite modernes, commencèrent à se développer
exactement à partir du début du XXe siècle, avec ce qui allait devenir la plus
puissante industrie planétaire : celle du pétrole, néfaste pour la santé ; car
rapidement, tout ou presque sur terre découla de ce produit fossile,
principalement dans l’alimentation, médicaments, les produits de beauté, puis les
plastiques, ces derniers servant d’emballages et contaminaient ainsi encore plus la
chaîne alimentaire d’accès journalier et systématique.
Vint le jour où la chose devint incontournable pour ces milliards de condamnés
à une contamination systématique et non-stop. Seuls les organismes forts passant
en partie au travers de cette folie criminelle, car il fut pourtant prouvé par de
courageux chercheurs indépendants, courageux car beaucoup d’entre eux furent
simplement assassinés pour avoir dénoncé ouvertement que tous les dérivés du
pétrole étaient nocifs pour l’homme. Intégralement nocifs, articula-t-il pour
relever l’importance de la gravité du propos.
Mais cette industrie devint si puissante qu’elle ordonna de cacher ces données
aux populations. Du reste, et là c’était flagrant, la première compagnie pétrolière
au monde, qui était de Merdika du Nord, encore, devint un des pionniers puis
une des plus grosses compagnie de l’industrie pharmaceutique naissante elle
aussi. Avec le recul des siècles, le fait est encore plus saillant ; les procédés et
intentions sont parfaitement clairs : c’étaient les mêmes qui s’enrichissaient sur le
dos des peuples, dans un ballet orchestré de mains de maîtres.
Les premiers envoyant lentement les gens (le temps de s’enrichir grassement) vers
une mort sciemment provoquée par les dérivés pétroliers et une alimentation
contaminée ; et la suite logique du programme : les seconds (les mêmes en fait)
les finissant en les bourrant au passage de médicaments d’entretien à long terme,
231
de leurs états maladif. Remèdes se contentant pour la plupart de calmer les
douleurs, thérapies illusoires parfaitement adaptées à une populace devenue
inconséquente, donc abrutie et modelable et exploitable à souhait.
Ainsi, tous, en une sinistre symphonie macabre glorifiant leur autoproclamée
Glorieuse ère moderne pour la première fois sur ce monde (les superlatifs étant à l’infini et
les seuls de gratuits), consensus donc réunissant les malades, les biens portants
en sursis et les industriels-financiers-tueurs sans morale ni principe : leurs
véritables assassins ! Tous filant le parfait amour : suicidaire et criminogène.
Selon l’ouvrage publié en Franki d’alors, Pierre Fontaine, dans son livre, La
Guerre froide du pétrole, écrit deux générations avant 2015, livre qui fut vite mis
aux rancart, mais très judicieusement ressorti 40 ans plus tard sur l’Internet libre,
la seule presse vraie d’alors. Livre où il dénonçait les criminelles exactions
planétaires de cette industrie et de ses promoteurs, lesquels, pour toujours plus
voler les peuples, prétextaient depuis toujours, des réserves très limitées de cette
source d’énergie, l’or noir, comme nommée alors par la presse complice de cet
honteux mensonge, car ainsi, ils montaient injustement et sans cesse les prix de
vente de cette source d’énergie devenue vite indispensable et incontournable.
Mais alors...alors, et le peuple ne le sut jamais, presse corrompue oblige, un
scientifique, un Pritich pourtant, du nom de Fred Hoyle, expliqua, je cite à peu
près de mémoire, [...] L’univers est entre autre surchargé de micro-particules
constituées de carbone et d’hydrogène (composition du pétrole), éléments qui
furent en partie à l’origine de la constitution des planètes, et de la nôtre en
l’occurence. Ces éléments furent donc une sorte de ciment qui lia l’accrétion de
l’ensemble en un corps stellaire. Ce qui justifierai alors les cataclysmes
antédéluviens, où selon des écrits, du feu tomba sur la terre ; ce composé de
carbone et hydrogène donc, qui au contact de l’oxygène s’enflamma
La Terre regorgerait donc de cette matière qui donna ce fameux pétrole fossile,
qui serait donc présent en quantité astronomique dans les couches géologique.
Cela n’empécha jamais à ces organisations criminelles de provoquer des guerres
pour s’approprier ces ressources, supposément limitées, alors qu’on en trouvait
toujours davantage de partout, cela bien sûr, suivant les intérêts stratégiques de
ces criminels de Merdika du Nord et de la Pritich, les deux associés, ou ennemis,
selon leurs intérêts du moment ; mais quoiqu’il en soit, toujours ennemis
fanatiques du reste du monde d’alors.
Tous les convives exprimèrent bruyamment leur révolte. Georges, le calme
revenu, satisfait de la réaction de ses compagnons, continua calmement son
exposé, mais avant il finit de boire sa tasse en porcelaine fine remplie de café
maintenant refroidi ; il s’essuya les lèvres avec sa magnifique serviette de table en
lin d’un blanc éblouissant, aux armes en filigrane d’un ex-grand hôtel de luxe ; on
pouvait y lire à contre-jour : Hôtel du Louvre, surmonté de cinq étoiles en arceau
coiffant le nom ; puis il reprit.
-Oublions donc ces temps sinistres et débiles ; en clair, et pour résumer : tous
ces produits-ci, les désignant d’un geste sur la table, sont naturels et sans effets
secondaires sur l’organisme, ce qui est le propre et exclusif à la thérapie naturelle,
comme l’homéopathie que l’on recommence à fabriquer des deux côtés de
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l’Atlantique ; homéopathie, entre parenthèses, que ces salopards, encore, avaient
interdite fin 2012 comme toutes les autres thérapies douces, ce qui fut une des
grandes causes du début, enfin, de la révolte de ces peuples se réveillant,
confrontés brutalement à leur sordide et honteuse condition de bétail ; malgré
qu’il soit bien trop tard.
Des groupes de courageux éléments eurent beau faire sauter les sièges sociaux
de quelques unes de ces grandes entreprises criminelles, ce en Euromorte et
Akadi, assassiner des centaines de responsables détectés, employés et
actionnaires, idem pour les banquiers...Mais il était bien trop tard pour enrayer la
machine de mort dès lors engagée sur les rails de leur destin inéluctable et fatal.
Ce qui est sûr, de nos jours, c'est que ce sont les mêmes multinationales qui
contrôlaient alors les industries pharmaceutiques, les agrotoxiques, les semences
et les transgéniques, et ce jusqu’en 2015 ; la relation de cause à effet était donc
signée, et de surcroit aveuglante pour qui sait voir un chat dans l’animal désigné,
et subséquemment un pourri dans un de ces politicards prostitués à Mammon.
Grondement d’écoeurement parmi la tablée...
-Voyez par vous-même, continua calmement Georges, que nous sommes tous
en pleine forme, malgré les ans qui devraient écraser nos épaules, selon les
préceptes d’antan. Pour ma part j’ai déjà passé la centaine et me sens en pleine
possession de mes moyens, comme mes compagnons et compagnes de luttes
passées, ici présents. Alors, mes chers et jeunes amis, je vous encourage
vivement de faire de même...Et pour toi qui est très jeune, Clovis, jointe à ta
haute spiritualité, une telle pratique acquise de si bonne heure devrait t’amener
beaucoup plus loin en âge...Vivre jusqu’à cent trente ? cent cinquante ans ? plus
encore...pourquoi pas après tout. Avec tes dons naturels et une telle longévité, tu
feras un fameux guide pour tous les nôtres, je te le souhaite de tout mon coeur,
mon fils chéri.
Ce dernier, Clovis, assis presque en face de l’orateur, le regardait intensément,
l’oeil fixe, comme ailleurs...puis brusquement il se leva et, appuyé contre la table,
les deux mains posées à plat dessus, il lui répondit d’une voix vibrante.
-Georges, pour l’instant c’est toi notre guide spirituel, et je vois...oui, je te vois
vivre encore passablement longtemps et qui plus est, tu...oui, tu vas être la cause
directe d’une immense chose qui approche...approche...Je ne sais quoi vraiment,
mais c’est hyper bénéfique pour nous tous...Oui, c’est toi qui va nous mener vers
un inconnu grandiose, et dans pas très longtemps je pense...C’est tout ce que je
vois, Georges, et si nous tous t’aimons déjà, nous allons te vénérer ensuite...
Je vois...comme une immense porte s’ouvrir sur les étoiles...Je ne comprends
pas ce message mais, je le sens, c’est une révélation faramineuse qui va
bouleverser notre civilisation ; ne m’en demandez pas plus car je ne sais de quoi
il retourne vraiment...Je n’ai pas la clé pour ouvrir ces portes, je ne connais pas le
code...Je suis navré ; puis il tomba assis, comme assommé, mais serein.
Tous s’étaient arrêtés de manger et le regardaient avec des mines stupéfaites,
machoires pendantes, yeux écarquillés, fourchettes en l’air ; ils regardaient ce
gosse, totalement ahuris...

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-C’est...c’est encore une de tes étranges visions, mon fils ? demanda un Georges
hésitant un instant, avec une petite voix étranglée. Es-tu sûr de ta...vision ?
-Oui Georges, comme de toujours, mais sois sans crainte, tu seras surpris le
premier mais découvriras vite que c’est un bien pour nous tous, alors sois
tranquille et reste confiant, lui sourit-il.
-Merci de me rassurer mon cher enfant...moi qui croyais en avoir fini des
grandes causes et croyais avoir acquis le droit de me laisser aller vivre peinard, je
vois que je me trompais de beaucoup...Mais, sourit-il joyeux, quoique un tantinet
forcé, si c’est pour le bien de nous tous, alors, comme de toujours le vieux
guerrier Georges répond présent ! Vous pouvez compter sur moi et de toute la
force de mon âme et de ma carcasse, et de ma farouche résolution toujours aussi
intacte qu’à mes vingt printemps...Et me voilà maintenant impatient de savoir de
quoi il retourne ; c’est un monde quand même !
Tous de rire...mais un peu jaune faut dire.
Le transport décolla enfin et après avoir fait de larges cercles concentriques sur
la région, pour la faire découvrir à ses invité, Georges posa l’engin sur le rocher
de ces fameuses Alpilles ; on ne voyait quelles de cent kilomètres à la ronde. Ils
débarquèrent et partirent visiter cet immense îlot rocheux posé en travers et au
Nord de la capitale Arles, sentinelle ayant une vue sur toute la Camargue au Sud
et les régions alentours. Campagne riche de cultures diverses, de primeurs, arbres
fruitiers, vignes et de forêts d’oliviers. Campagne splendide où la Vie chaude et
dorée s’y coulait à profusion. Tous furent enchantés d’admirer ces paysages
bucoliques revivant richement sous la main amicale, cette fois, de cet Homme
nouveau, généreux et sans calcul mortifère car désintéressé de la moindre
spéculation, mot n’ayant même plus aucun sens véritable et devenant lentement
oublié, en ce Monde de respect de la Vie et des Êtres.
-Quelle paix admirable, s’écria Alexandra, qui aurait cru possible un tel paradis,
et si vite...Je ne me lasse pas de le visiter entre nos périodes d’éradications des
villes et autres ; à chaque fois, ces trentes jours de vacances après les quinze jours
passé dans cet enfer de démolition, sont attendus avec impatience...C’est une
merveilleuse renaissance.
-Où en êtes-vous de ces travaux, maintenant ? lui demanda Georges.
-La côte est entièrement dégagée...un plaisir à voir ; plus une seule et minable
baraque ne bouche l’horizon...C’est de nouveau vierge à perte de vue, de l’est
vers l’ouest, et nous remontons actuellement vers le nord, le long de la vallée du
Rhone, le plus pollué, et là ça va être du sport en arrivant bientôt à Lyon, peut-
être pire qu’à Marseille même, avec toutes ces zones industrielles horribles à
vomir...Mais nous avons tous un courage d’acier, nous serons les dents et taillons
avec fureur dans ces montagnes de pourritures immobilières, usines, autoroutes,
chemins de fer et...et tutti quanti, rit-elle un instant.
Tous ses compagnons de rire avec elle.
-Faut dire aussi, continua-t-elle, que les tecnos de Blagnac n’arrivent pas à
suivre le rythme des demandes, entre les plate-formes pour les maisons et celles
pour les déblaiements, et la future expédition vers l’Asia aussi, en plus des
excavatrices et tout le toutim ! Ces pauvres gars travaillent d’arrache pied aussi ;
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et on va d’ici un mois maintenant pouvoir ouvrir une autre groupe de démolition
autonome qui devrait s’attaquer à la vallée de nos chères grottes ; en
commençant par démolir Toulouse, en gardant bien sûr les terrains de Blagnac,
puis partir vers l’Ouest jusqu’à Bordeaux, puis redescendre vers le Sud. Et
comme toujours, d’abord les grandes villes, puis les autres en décroissant
d’importance, jusqu’aux agglomérations de 2 à 3000 habitants que nous
éliminerons en dernier ; le plus pressé étant de virer ces plus grosses horreurs de
nos paysages, ces chancres véritables.
Voilà le programme actuel, qui n’a pas changé en fait, seulement son extension
tant souhaitée va se réaliser ; puis ensuite un autre groupe de démolition sera mis
aussitôt en chantier, etc. Au fait, ça me revient, rajouta-t-elle, Hugues et Clovis
vont faire parti de ce second groupe ; Hugues aux travaux lourds, forcément, et
Clovis sera un des équipages de pilotes qui en double, iront délester les déblais
en mer.
Il faut aussi souligner le travail colossal de récups effectué avec ces petites
plate-formes AG, ce avant les démolitions des grandes ville. Ce travail est fait
pour la plupart par nos anciens encore gaillards, qui trouvent là oeuvre à leur
mesure. Ils sont de partout accompagnés bien entendu par des petites sections
armées et équipées de motos AG, sans tirailleur arrière cette fois, et qui les
couvrent de tous dangers d’animaux ou autres, car il y en a toujours de planqués
dans les recoins d’immeubles ; et avant que nos gars de récups ne les explorent,
les quartiers doivent être visités par nos guerriers, et étages par étages, maison
par maison ; ces gars-là font un travail admirable car le danger est grand ; pas un
jour qui passe sans quelques fauves de tués, planqués dans ces ruines.
C’est un sacré turbin que ces récups...mais ils ont déjà stocké des quantités
impressionnantes de matériels de tous ordres, stockés dans de grands immeubles
tels que des supermarchés d’antan, que pour cela nous laissons provisoirement
en place lors des destructions...Nous avons des réserves de tout pour des
décénies, y compris beaucoup de superflu même, le luxe quoi ! Mais
heureusement que beaucoup se remettent à fabriquer de plus en plus de biens
essentiels ; à mon avis, je vois l’avenir bien assuré.
-J’imagine sans peine, lui dit Georges, la dureté de ce travail de déblaiement,
physiquement et moralement : détruire sans fin, ça doit pas être marrant.
-Ça non, dit-elle en respirant profondément, mais on s’accroche, comme je l’ai
dit. Mais depuis un an bientôt, le travail s’est grandement amélioré aussi, grâce à
nos géniaux gars de Blagnac, et notre grande et si précieuse Jennifer, car ils ont
complètement modifié la conception des modules d’extraction des déblais :
aspirateurs, vis sans fin, godets, etc. Engins qui depuis les débuts étaient
solidaires des plate-formes, qui de ce fait étaient statiques et donc inutiles le
temps d’aller décharger en mer. Ce fut une erreur de première conception faite
dans la précipitation ; mais maintenant chaque appareil est totalement autonome,
pendu sous de gros modules AG, surmonté d’une cabine insonorisée et
climatisée et, luxe suprème, ils nous ont gâté les gars, on peut dire : ces cabines
sont couplées à un système giroscopique.

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C’est spectaculaire, si vous voyiez ça ; le bloc AG et sa cabine sont montés à
l’avant d’une énorme poutre métallique de huit mètres de longueur, sous laquelle
et en son milieu environ est pendu sur rotule le moteur de l’outil d’extraction,
avec au-dessus, sur la poutre donc, un autre bloc AG et une grosse Centrales
FMS pour alimenter l’ensemble. A l’arrière de la poutre, part le tube de rejet qui
surplombe la plate-forme de chargement qui vient s’accoupler à notre engin.
Le bras aspirateur venant vers l’avant, sous la cabine donc, est soutenu par de
forts câbles d’acier directionnels ; et suivant les efforts de charge, notre cabine
peut se déplacer d’avant en arrière sur la grosse poutre, pour éventuellement
venir contrebalancer la charge, si bien que l’on peut envoyer le bras de l’outil
aller fouiller les décombres en toutes les positions les plus invraisemblables et
jusqu’à vingt-six mètres de fond ; ce tout en restant confortablement assis à
l’horizontale, stable et sans trop de secousses exagérées, sinon parfois, mais c’est
inévitable et de courte durée.
Quand on voit la puissance démesurée de ces engins...Vu de loin ils paraissent
de gigantesques insectes venus d’un autre monde, et qui dévorent avec avidité
ces vestiges de villes encore plus horribles à voir qu’eux-mêmes...c’est un
spectacle dantesque assurément.
Voilà en gros le travail de ces équipes ; on arrive maintenant à charger un train
de quatre-vingts plate-formes en cinq ou six jours, une vingtaine restent le temps
qu’ils aillent décharger, ça n’arrête jamais. Ça débite pas mal maintenant, on a
pris le rythme, et de plus on s’est aperçu qu’en mouillant abondamment les
décombres avant l’extraction, puis ensuite, en refaisant un passage avec un
bombardier ravageur, les blocs ainsi imbibés d’eau explosent encore plus
facilement, et c’est logique en fait, puisque l’on sait que les ondes sonores se
propagent cinq fois plus vite dans l’eau que dans l’air, éliminant aussi 80 % de
poussière, ce qui est grandement appréciable.
La majorité des structures métalliques restant enfouies, puisqu’avant tout on
coupe les parties aériennes au canon laser, pour les enlever avant les opérations
de déblaiements proprement dites ; structures restantes qui peuvent être enlevées
ensuite en force par quelques transports accouplés parfois, si nécessaire. Il n’y a
plus alors que se pointer avec nos...insectes, pour sucer cette moelle pourrie de ces
décombres, et effacer ces horreurs de nos paysages, et v’là l’travail ! Dit-elle en
riant, satisfaite de son exposé.
-Merci, ma belle, lui dit tout sourire un Georges ravi ; voilà d’excellentes
nouvelles qui réchauffent le coeur, on y voit là le rapport d’une vraie pro, bravo !
Tous de l’applaudir chaleureusement et de les remercier, avec Claude, d’oeuvrer
à nettoyer leur Gaïa de ces horreurs immondes, de ces traces de cet autre monde
tant déshonoré et damné pour l’éternité. Puis, la balade se poursuivant
tranquillement, le moment tant attendu arriva d’enfin casser la croûte. Une
grande nappe fut étalée sous un bouquet majestueux de pins parasols, et ils
attaquèrent le frichti avec grand appétit. La joie fut générale de voir la tête de
Clovis quand il ouvrit un cabas que lui tendit Georges, et qu’il y découvrit une
dizaine de magnifiques pan-bagnats, et encore plus quand il mordit dans le

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premier, les yeux au ciel de plaisir intense, il était aux anges, les yeux brillants de
gourmandise cette fois, sa convoitise étant enfin comblée.
Deux heures plus tard environ, et après une courte sieste à l’ombre des pins, et
alors qu’ils avaient repris leur randonnée pédestre, subitement, Georges s’arrêta
et s’adressant à tous, il leur dit sur un ton grave.
-Mes enfants, mes amis, je viens d’un coup de trouver ce qui me turlupinait
depuis un temps, et ce sans vraiment m’en rendre compte, et vous allez voir que
c’est fort simple et vous fais donc une demande officielle d’une petite
faveur...voici. Lorsque je mourai, je tiens que mon bûcher funéraire soit monté
sur ce petit plateau rocheux, celui-ci, leur montra-t-il, ainsi je partirai dans les
étoiles devant ce paysage de rêve, de cette Provence que j’adore ; tel est mon
testament sans codicille, le reste...Puis-je compter sur vous pour le réaliser ?
Pour être stupéfaits, çà ils le furent, et ne purent qu’accepter de respecter la
volonté de leur cher ami et père spirituel...Georges fut enchanté, sachant que sa
volonté serait respectée à la lettre. Ils rejoingnirent le transport en fin d’après-
midi, fatigués mais ravis de cette longue balade sous un soleil de plomb. Ce
fameux Soleil dont des générations des leurs avaient rêvé toute leur vie durand
du fond de leur grottes...
Arrivés au mas, ce fut Claude, qui eut l’idée géniale et adéquate pour
brillamment cloturer cette journée en beauté.
-Et si ce soir nous allions dîner à la Taverne Aphrodite et Dionýsos ; ainsi,
Clovis, en plus de nous régaler et divertir, nous ferons une surprise à Hugues et
tes compagnons de Frika, qu’en penses-tu, mon frère ?
-Youpiii ! s’écria ce dernier, je cours me doucher et me changer et on y va aussi
sec, car depuis le temps que je les entends en parler, j’ai bien envi de connaître ce
lieu de perdition, soi-disant.
-Oh ! tu sais, mon fils, lui dit en riant Alexandra, lui prenant la main, perdition,
est de beaucoup exagéré ; en réalité on y mange excellemment et on y rit
beaucoup, ça oui, et comme il y a des chambres pour les couples pris d’une
subite frénésie amoureuse, cela met du piquant à l’ambiance, voilà en gros le
pourquoi du succès grandement mérité de ce restaurant unique pour l’instant, et
si particulier, et grâce à la géniale idée de leurs créateurs : Angèle, Fernand et leur
diable de collègue, Auguste Escoffier, nom complet auquel il tient par-dessus
tout maintenant qu’il a appris l’origine du nom.

Ils y arrivèrent de bonne heure en soirée, tactique fort conseillée si l’on voulait
avoir une chance de trouver une table bien placée, c’est-à-dire au coeur de la
fête, d’autant qu’ils vinrent avec d’autres personnes du mas, dont cinq vieux
compagnes et compagnons de Georges, ainsi que deux jeunes Femmes du
personnel du mas, anciennes libérées des X...Odette, une belle Femme aux
cheveux chatains clairs et yeux marrons clairs, approchant la trentaine, et qui
fricotait déjà avec un tecno du mas ; ainsi que sa compagne d’infortunes passées,
Marina, beauté juvénile d’environ vingt-deux ans, au doux regard de ses deux
grands yeux noirs, dans un fin visage à la peau de pèche encadré d’une cascade

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de magnifiques cheveux de jais, avec, selon l’éclairage, de fugitifs et inusités
reflets d’acier bleuté.
Grande et bien faite, elle a une prestance naturelle. Comme beaucoup de ses
compagnes et pour cacher ce tatouage infamant autour du cou, elle porte un
bandeau en dentelle fine et moirée, la sienne de couleur chair. Calme et réservée,
elle paraît toute douceur, dans sa jolie robe légère et décolletée.
Depuis les débuts de sa libération, un soupçon de mélancolie attire les mâles
fougueux comme papillon d’une flamme, mais cependant, plusieurs s’y sont
brûlés les ailes. Marina, cette sage et délicieuse fleur virginale, qu’elle doit
certainement être encore, suppose-t-on tout au moins, attend son prince
charmand. Elle dit à qui veut l’entendre qu’elle saura le reconnaître quand elle le
verra, et qu’alors elle sera toute à lui, et à lui seul. Mais le temps passant tous se
lassèrent d’espérer de la voir tomber amoureuse un jour, et plus personne ne
prêta plus attention à son devenir sentimental...
Un peu ça va, dit-on, mais trop c’est trop, quoi !
Le rêve c’est bien et indispensable, soit, mais pour ces guerriers, gens
pragmatiques et d’action avant tout, était incompréhensible cet atermoiement
jugé bientôt intempestif, non qu’ils ne soient brutaux, non, loin s’en faut,
cependant ils étaient Homme de toutes leurs fibres, et toute proie esseulée
aiguisait les appétits, c’est la Nature ; et ces mâles disaient alors, péremptoires,
suivant le dicton en vigueur « Belles cuisses ne sauraient décemment rester jointes ! » Et
tout un chacun sait parfaitement bien que le dicton populaire est le seul et
authentique diseur de vérité.
Ils trouvèrent une table centrale largement suffisante pour eux tous, car
identiques, ces lourdes tables campagnardes pouvent recevoir douze convives
sur deux bancs à dossiers chevillés à la table. Ils étaient dans la troisième des cinq
salles démesurées juxtaposée en enfilade. Le local est immense et bruyant d’une
musique de fond, ambiance de rires et discussions enflammées des nombreux
convives déjà en place...Clovis n’en revenait pas d’un tel décor et folle ambiance
qui allaient bien au-delà de ses plus folles suppositions ; décor qu’il admirait les
yeux ronds d’étonnement, émerveillé.
L’édifice imposant de cet ancien cloître décoré de pièces et tableaux rustiques
de la campagnes, tels que outils, sellerie ainsi que des drapeaux, banderoles et de
nombreux éclairages sur les murs...L’ensemble, mélangé à une décoraion
franchement érotique et paillarde, jetait une ambiance de fête et décontraction
parmi une clientelle qui ne l’était pas moins. Àu premier coup d’oeil on
comprenait le pourquoi du succès de ce restaurant ; c’était tout simplement un
temple dédié à la bonne chère, la bonne humeur, à la fête et à l’amour !
Ils choisirent leurs plats dans les menus succincts posés sur la table. Mises
directement et sans nappe, de splendides assiettes en porcelaine avec des
couverts ne leurs devant rien, et de riches verres à pieds en cristal. Déjà et à
peine installés, les serveurs et serveuses, « Garçons et Garçonnettes », nombreux
et joyeux de travailler en une telle liberté et ambiance, vinrent leur apporter des
boissons : pichets d’eau, jus de fruit, vins blancs et vins rouges accompagnant un
énorme plateau chargé d’amuse-gueules, de la charcutaille avec les condiments
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indispensables et allant de soi, et des melons. Enfin, le nécessaire indispensable
afin d’attendre confortablement la suite.
Clovis, comme de toujours attentif à son environnement, observait avec
attention cet ensemble fastueux et trouva géniale l’adaptation de la technologie
spatiale à ce genre d’endroit, car si les rangées de tables étaient suffisamment
espacées les unes des autres, le personnel nombreux y circulait cependant avec
aisance et dextérité, et surtout sans se fatiguer, car il admira et trouva fort
astucieux le système de transport des grands plateaux AG servant à amener les
victuailles aux tables, puis les débarrasser.
Ainsi chaque serveur porte un léger baudrier en tissus coloré, maintenant
verticalement sur une épaule, une petite antenne émétrice dépassant sa tête
d’environ trente centimètres de hauteur ; en bout, un petit bouton éméteur qui
permettait à son plateau AG de le suivre docilement à cette hauteur et ce où qu’il
aille. Puis il constata au bout d’un moment d’observation, que ce personnel
empruntait des couloirs virtuels précis, selon qu’ils venaient ou allaient aux
cuisines...qu’il soupçonna gigantesques, si seulement il y en avait qu’une...
Ainsi, arrivé devant un bout de la table à servir, le garçon ou garçonnette
prenait la poignée à l’avant du plateau AG et le faisait descendre sur la table, le
plateau restant en l’état, mais ne pouvant s’approcher suffisamment à cause des
dossiers des bancs, les convives faisaient circuler le plateau AG le long de la
tablée et disposaient eux-mêmes sur la table les plats, assiettes et accesssoires,
tels que boissons, condiments, panières de pain de campagne, etc.
Sans chichi et comme à leurs habitudes, les convives se servaient donc eux-
mêmes, idem pour desservir la table, tous ramassant les plats et asssiettes
empilées et ainsi prêts pour être enlevés ; le tout, selon la grande tradition, à la
bonne franquette, plaisantant avec les personnels qui étaient leurs égaux en
toutes choses...
C’était leur travail à eux, ces serveurs, derniers rescapés de l’enfer, le seul qu’ils
savaient bien faire, ni plus ni moins, de donner de la joie et du plaisir, de la Vie
charnelle à ces convives, leurs sauveurs pour la plupart d’entre eux, et qui par
ailleurs oeuvraient en d’autres activités, chacun de leurs côtés à assurer et parfaire
la marche de cette civilisation révolutionnaire et égalitaire, volontariste, la
première dans l’Histoire de ce Monde d’Honneur, maintenant. Ce lieu était en
fait celui où ils venaient se ressourcer au contact charnel de la phratrie, dans la
fête et l’abondance, cette panacée tant rêvée par de si grandes quantités de leurs
ancêtres. C’est pour cela surtout que cette si géniale Taverne Aphrodite et
Dionýsos était si précieuse à conserver cette union sacrée de ces guerriers, qu’ils
restaient avant tout.
Les deux jeunes Femmes de la tablée, ravie, retrouvèrent des connaissances de
l’autre vie...celle que tous tentaient d’oublier le plus vite possible, ce malgré de
sournoises remontées de souvenirs d’horreur inévitables...
Georges, en arrivant avait fait le tour des salles pour tenter de repérer Hugues
et sa compagnie de vieux briscards, mais en vain. Renseignement pris auprès
d’un garçon sympathique, il lui fut assuré qu’ils avaient réservé deux grandes
tables jointes dans la salle où justement Georges et son groupe étaient installés.
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-Ils doivent arriver vers les 20 :30 h, lui dit en souriant de plaisir ce serveur
nommé Bernard, comme l’indiquait son étiquette signalétique ; et ça va encore
chauffer comme hier, quelle équipe ils font, c’est des sacrés gaillards ; heureux de
tels convives à servir, puis il le quitta pour poursuivre son service, son plateau
chargé à bloc de plats fumants et qui docile le suivait comme un toutou...
De retour à sa table, Georges les avisa que Hugues ne saurait tarder
maintenant, et il leur montra plus loin, les deux tables jointes réservées au
groupe...S’ensuivit une chaude et joyeuse discussion entre eux tous, tout en
attaquant sévèrement les amuse-gueules qui en prirent une sacrée gifle, sans
parler des flacons d’élixirs de la treille, car en cette Humanité nouvelle, Hommes
et Femmes se comportent royalement à la table, inutile donc de les prier de se
servir d’abondance, car telle est leur coutume fermement établie et sans
complexe.
Agathe, une compagne de Georges, héla une garçonnette pour lui demander, si
des trois célèbres chefs, Angèle était de service cette semaine.
-Non, lui répondit grâcieusement Estelle, Angèle est en vacance et reprend la
semaine prochaine seulement. Auguste, lui, est partit en Kosse pour visiter une
fabrique de Whisky...nous reste donc ce cher Fernand, pour cette quinzaine.
-Fernand !? s’écria un Claude tout joyeux, Estelle, ma chérie, veux-tu aller lui
demander s’il n’est pas trop débordé pour que ses vieux amis, Alexandra et
Claude, puissent aller lui dire un petit bonjour, d’accord ?
-Avec plaisir, il sera content, j’y vais de ce pas, à tout à l’heure.
Ils n’eurent guère à attendre qu’ils virent leur cher Fernand venir vers eux à
grand pas, coiffé de son étrange et gigantesque chapeau de fonction qui fit
beaucoup rire Clovis. Les trois amis s’embrassèrent, heureux de se revoir, puis
après quelques échanges de paroles, Fernand s’excusa de devoir les quitter si vite,
le devoir de sa charge le réclamant urgentement dans son antre et devant ses
fourneaux ; les aléas du métier, dit-il en souriant, repartant aussi vite qu’il était
venu...heureux lui aussi d’oeuvrer pour ses clients-guerriers.
Puis enfin, Clovis, qui l’air de rien surveillait l’entrée de la salle, aperçut la
grande carrure de géant de Hugues qui dépassait toutes les têtes, quoique sa voix
de stantor l’ayant précédé en ces lieux. Il se leva et lui faisant de grand signe des
bras, il le héla, criant son nom par deux fois pour couvrir le brouhaha des
conversations. Ce dernier l’entendit et l’apercevant, courut vers lui et le prenant
sous les bras, l’enleva comme une plume pour l’embrasser et le serrer sur sa
poitrine.
-Sacré gamin, pense un peu que ça fait moins de deux jours loin de toi et que
déjà tu me manques, Commandant de mon coeur ! cria-t-il de sa grosse voix.
-Moi aussi, Hugues, tu me manquais fort, lui répondit Clovis, en souriant d’aise.
Hugues, le reposa à sa place, et salua toute la tablée, échangeant deux ou trois
mots ou plaisanterie avec chacun des autres convives puis, c’est alors qu’il
découvrit vraiment les deux inconnues lui faisant face et...son regard se fixa vite
sur cette belle et jeune pouliche en bout de tablée, celle avec cette chevelure
magnifique aux étranges reflets, et qui elle aussi le regardait d’un air bizarre, lui

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sembla-t-il, lui souriant timidement même puis, parvenant à quitter ce sombre
regard qui l’hypnotisait, il demanda à Clovis.
-Clovis, mon fils, aurais-tu la bonté de me présenter à ces deux ravissantes
personnes, ci-devant ?
Ce dernier se leva et fit les présentations d’usage ; et comme Clovis était le
dernier du banc et qu’il restait la dernière place vacante à son côté, Hugues s’y
assit d’autorité...et, miracle, juste en face de cette merveille qui ne le quittait plus
des yeux...
Là-bas, ses compagnons l’appelaient à grands cris...
-Navré, dit-il, mais vu que c’est notre soirée d’adieu de ce groupe d’exploration,
je ne peux pas les laisser, je me dois de les accompagner mais, dit-il en regardant
intensément la fille et lui prenant sa main gauche dans la sienne énorme ; Marina,
lui dit-il d’une voix aux inflexions soudain étranges...demain sans faute je serai au
mas, nous avons à parler sérieux tous les deux, ne penses-tu pas ?
Elle hocha lentement la tête sans le quitter des yeux...lui souriait...Sa tête lui
tournait et elle ne savait pas pourquoi, mais elle s’en moquait bien car elle savait
qu’elle venait de rencontrer son prince charmant, mais qu’elle était affreu-
sement incapable de seulement pouvoir sortir une unique parole...même pas un
petit ‘oui’, elle ne pouvait que le boire des yeux...c’était tout, encore et encore, et
sans vergogne...
-Demain matin, je ramène chacun des gars dans leurs pénates respectives, et
parole de guerrier, je serai au mas avant midi, si toutefois, Georges, dit-il alors en
se tournant vers ce dernier, tu me fais l’honneur de m’inviter à ta table ? Lui dit-il
avec un sourire de connivence.
-Mais, l’allais justement t’y convier, mon cher, et pour le plaisir de tous.
-Merci, mon ami, mais j’ai cependant une requête expresse à formuler, puis-je ?
-Et comment donc !
-Surtout, vieux briscard, demain donc, n’envoie pas, et ce sous aucun prétextes,
cette jeune beauté hors du mas, désignant Marina du geste, car j’ai pas mal de
chose à lui dire. Merci à tous et pardonnez-moi, mais il faut que j’y aille,
entendez-les ces lascards, avant qu’ils n’en fassent pire...
Il embrassa le dessus de la main de Marina, qui manqua de peu d’en défaillir,
puis il embrassa la tête de Clovis et lui passa ses doigts brièvement dans les
cheveux et les quitta, il fit quelques pas puis se ravisa et revint près de la table.
-Au fait, j’allais oublier : j’ai eu Jennifer Chancellor au bigophone, quoiqu’ il n’y
ait qu’une Jennifer, et elle a sauté sur l’occasion et vient aussi demain au mas, en
milieu de matinée ; comme convenu depuis le début elle amènera ton nouveau
perceur tout neuf, Clovis, lui dit-il.
-Le nôtre, matelot, rectifia ce dernier en souriant.
-Si tu le dis, Commandant, merci...et, m’a-t-elle dit, elle embarquera notre vieux
transport pour le réviser car l’appareil doit participer à la grande expédition
d’exploration qui doit bientôt partir vers les territoires de l’Est.
-Mon fils ainé, François, va participer à cette grande aventure, lui répondit une
Alexandra soudain soucieuse, il s’est porté volontaire et y sera le pilote d’un
transport justement...
241
-Bravo ! s’esclama Hugues, il est en âge de partir dans cette grande épopée, il
doit être heureux, non ?
-Oui, lui répondit-elle d’une petite voix, il est complètement excité...Mais c’est
difficile de voir son grand fils partir si loin et vers ce grand inconnu plein de
dangers...y a de dramatiques précédents dans ces contrées ; heureusement qu’il
me reste Clovis, maintenant, dit-elle en souriant à ce dernier.
-Sois tranquille, tenta de la rassurer Hugues, je connais ton François, c’est un
homme solide et sérieux...Enfin voilà ; donc, à demain à tous, et il les quitta pour
de bon cette fois, non sans avoir lancé un regard fort appuyé à Marina, le tout
souligné d’un chaud sourire, ce qui fit se pâmer encore plus cette dernière...De la
tablée de ses compagnons le voyant enfin arriver, monta une joyeuse et bruyante
exclamation. « Haaa ! Enfin, c’est pas trop tôt ! Trinque avec nous, Hugues, t’as
trouvé une poupée ou quoi ? »
-Vé ! les gars ! s’exlama l’un d’eux, il est tout chose notre pote...Tchin-tchin !
Hugues, à l’aventure et aux belles girelles, mon gars...cria un autre...puis leur
tablée se calma un peu, pour un moment...
-Demain va être un jour chargé, mes enfants, leur dit un Georges, tout content
de ces bonnes nouvelles, faudra pas se coucher trop tard, que nous soyons en
forme pour profiter de ces moments particuliers : Hugues et sa déclaration, je
suppute...
-Ah ça ! pour supputer, tu peux y aller franco ! s’esclaffa un Claude hilare.
Tous de rire...sauf Marina, qui n’était toujours pas là...apparamment partie en
plongée profonde...
-Hugues, disais-je, puis Jennifer, maintenant et j’en suis ravi, puis normalement,
la livraison de votre maison ; demain est donc un grand jour annoncé, s’esclama
Georges.
Pendant que les autres discouraient sur ces événements prochains, Clovis,
brusquement songeur, en arriva en un clin d’oeil à la conclusion qu’il se trouvait
subitement devant un cas d’école, pouvait-on dire, de cette fameuse mécanique
des couples...Il était certain que son cher Hugues et cette belle pouliche, comme
disait souvent son équipier, allaient tous deux et sous peu faire des étincelles, en
deux mots, ils étaient bons comme la romaine et, la dévisageant avec plus
d’attention maintenant, cette grande beauté lui plut aussi, il envisageait
maintenant sereinement de l’avoir à son bord...et puis rien ne vaut une belle
girelle pour s’occuper du frichti, faut avouer, dit-il à haute voix, pris par son
intense réflexion.
-Faut avouer quoi ? lui demanda Alexandra qui l’entendit, surprise de son
propos, le regardant l’air étonnée, assise plus loin sur la gauche, sur le banc d’en
face.
Surpris de s’être laissé ainsi aller, et découvrir en ses pensées intimes, il lui
répondit, hésitant quelque peu.
-Rien, ma...ma chérie, se reprit-il, l’air de réfléchir intensément, mais avec un
sourire bizarre, rien...Je pensais toutefois et simplement que nous avons là un de
ces cas typiques de ma fameuse théorie sur la mécanique des...tournant

242
ostensiblement et exagérément la tête vers elle, il lui montra d’un rapide coup
d’oeil en coin, Marina, sur sa droite.
Alexandra, hésita un court instant puis saisissant le cheminement de la pensée
de son fils, elle éclata d’un grand rire qui se répercuta en écho et roula sous
l’immense voute de pierres de plus d’un millénaire...puis se calmant, elle lui dit
entre deux pouffées de rires.
-Tu manques pas d’air, mon fils !
-Je sais, tu me l’as déjà dit, rit-il aussi, complice, follement heureux de cette
complicité avec sa mère, et qui lui réchauffait l’âme.
Puis, devant l’air de totale incompréhension de leurs propos de toute la tablée,
ils éclatèrent de rire tous les deux, laissant les autres encore plus dans le
brouillard, et véxés, qui plus est. Enfin calmés, il se tourna vers Marina, lui
faisant alors des signes des doigts de sa main gigotant devant son visage, attirant
ainsi son attention et la ramenant à la surface ; il lui dit alors complaisamment.
-Oh ! Marina, ma belle ! sois sans crainte, ma chérie ; si Hugues t’a dit qu’il
vient demain, tu peux y compter, d’accord ? de toute façon, dis-toi bien que c’est
de la simple mécani...Ho pardon ! C’est mathématique, voulais-je dire ; rajouta-t-
il avec un étrange sourire où perçait l’ironie.
Alexandra, là-bas, repartit de nouveau à rire en écho à cette sortie de son
fils...sauf que les autres n’y prêtaient plus attention, véxés qu’ils étaient pour de
bon, ils avaient trouvé autre sujet de conversation leur étant propre, ce qui les
confortait encore plus dans leur rire...de mère et fils, et de fils et mère, pensaient-ils,
follement joyeux.
Ainsi, et jusque tard en soirée, faisant mentir un Georges, qui dès lors se
moquait de devoir se coucher tard, se poursuivit cette merveilleuse soirée de fête
et de bonne chère où visiblement encore une fois, Cupidon venait d’y tirer une
flèche d’or qui fit mouche, en plein dans deux coeurs méritants et sensibles ;
d’où tous l’espérèrent, allait jaillir un grand et sublime amour éternel qui
comblera le firmament de pulsations frénétiques, de joies et de bonheur de
chaque jour, pour porter leur Soleil vers une plus grande oeuvre de construction
universelle, fruit de la béatitude et de l’harmonie la plus profonde et légère,
comme la plume virevoltant dans la brise lumineuse et irradiante d’un doux et
chaud matin de printemps embaumé de mille fragrances subtiles et ténues et
vives comme jeune biche sautillant allègrement par-dessus les haies...

Et le lendemain fut effectivement un de ces grand jour à marquer d’une grande


pierre blanche.
C’est Jennifer qui, comme annoncée ouvrit le bal. Elle arriva sur le coup des
neuf heures avec le perceur prévu mais, à la folle joie de Clovis, l’heureux pilote
de cet engin, c’était un de ces tous nouveaux modèles que très peu avaient vu et
reçu à ce jour. L’appareil est plus grand de plus de quatre mètres cinquante
environ, mais ce n’est plus cette caisse carrée d’antan.
Il est fuselé et les angles arrondis et plus large que haut, avec sa verrière avant
plus en forme, bombée et en retrait d’un étrange avant la dépassant de plus d’un
mètre, sorte de bec de forme légèrement cônique et arrondi à son bout,
243
l’ensemble donnant une silhouette élancée et harmonieuse, évoquant
indéniablement un engin profilé pour la vitesse et une possibilité d’évolutions
serrées, complexes et souples.
Tous applaudirent chaleureusement Jennifer pour la conception de cet appareil
remarquablement bien dessiné et beau à voir assurément. De plus, celui-ci se
distingue particulièrement, car de chaque côté de la carlingue brillante est peint
l’emblème de reconnaissance de leur phratrie : sur fond d’un grand soleil, le
fameux aigle tenant un coeur en ses serres, au-dessus de deux sabres se croisant
sur un globe terrestre ; l’ensemble de couleur vives donne à l’appareil une
signature virile et solennelle, d’autant plus qu’à côté trône en gros catactères le
numéro d’identification de l’appareil, le Nº 1 souligné de la courte phrase en
grandes et belles lettres d’or ouvragées entourées d’un trait de couleur bleu nuit :
CLOVIS Super-Héros. L’heureux gagnant regardait admiratif ce magnifique
appareil qui était désormais le sien, et il en restait sans voix, c’est dire l’émotion
qui l’étreignait.
Ils montèrent à bord à une douzaine, le pilote officiel n’y résistant plus, et tous
confortablement assis dans des sièges nettement plus moelleux et spacieux, d’un
total de dix-huit places assises. L’appareil s’envola avec dextérité sous la
commande d’un Clovis, heureux et comblé. Ils firent quelques passages au-
dessus du mas puis ils se posèrent de nouveau dans la cour ; les passagers
descendirent ravis de cet essai, mais les deux restèrent à bord à converser, Clovis
assis sur le siège de pilotage retourné, et Jennifer sur le premier siège passager
tout près de lui.
-Tu vas piloter une petite merveille de notre plus récente technologie ; ce sont
nos frères d’Akadi qui ont fait le plus gros boulot de modernisation.
-Merci Jennifer, merci de cette faveur que je me doute bien je te dois en
particulier, mais dis-moi, tu me parlais de vitesse ; est-il beaucoup plus rapide
que nos vieux coucous, dorénavant ?
-Je pense bien ; sache que nos frères et amis d’Akadi ont retrouvé et surtout su
reproduire une technologie de la fin de l’autre monde, que le public lui-même à
l’époque ignorait, car elle était réservée aux forces militaires, aviation et marine.
On peut surtout dire qu’avec l’argent des impots volé aux peuples aveugles et
sots, en l’occurence et exclusivement : les nôtres, anciens Akadis et aussi les
Ruskofs, les autres nations étant technologiquement hors circuit depuis
longtemps déjà, de part la corruption des politiques et une mentalité de caste
orgueuilleuse et incompétente des états-majors militaires ; les deux entretenant
un invraisemblable retard récurrent de leurs autoproclamés, scientifiques, pour la
plupart, qui comme ici en Franki par exemple, étaient des fonctionnaires plus
que des chercheurs.
Le jeu de mot de l’époque disait que la Franki avait une pléthore de chercheurs,
dans les 35.000 individus environ, payés principalement à s’autosatisfaire,
dénigrer et ruiner la réputation des quelques personnes compétentes et honnêtes,
et surtout passer la pommade aux politicards qui les subventionnaient avec
l’argent volé au peuple, et ce et sans rien exiger de résultats en retour ; politicards

244
qui s’assuraient ainsi un électorat captif et complaisant. En fait, ce qui manquait
cruellement à la Franki, c’était tout simplement d’avoir des trouveurs !
Clovis éclata de rire aux éclats, la trouvant bien bonne.
-Les militaires volèrent donc ce moyen fantastique de se déplacer rapidement et
donc beaucoup plus économiquement. Il s’agit de la MHD, acronyme de
magnétohydrodynamisme. Par des procédés magnétohydrodynamiques, dont je
te le dis de suite j’ignore dans le détail le pourquoi et le comment ça fonctionne ;
le milieu dans lequel évolu l’engin : eau ou air, est en fait accéléré à l’avant et
autour de l’engin lui-même, créant une sorte de vide à sa tête, comme une sorte
de dard qui annihile la masse de résistance ; ainsi, n’étant plus freiné, retenu par
friction sur celle-ci, le perceur s’engouffre dans une sorte de tunnel de vide, si tu
vois mieux ainsi l’image, et peut ainsi atteindre une vitesse théorique illimitée.
Air sidéré de Clovis, devant de telles possibilités.
-En fait, si les anciens avaient déjà des engins de mort, exclusivement, pouvant
atteindre de 10 à 12000 km/h en l’air, et vraisemblablement peut-être de la
moitié sous l’eau. Ce nouveau perceur, lui, te permettra de te balader à la vitesse
plus modeste, mais confortable de...5700 km/h maxi, ce qui me paraît bien plus
que suffisant.
Clovis la regardait avec les yeux ronds, sidéré pour de bon, tentant d’imaginer
une telle vélocité...
-Je vois que tu commences à appréhender le toutim, rit-elle...ce qui implique
que pour voler à ces vitesses, il te faut passer par une mise à niveau prévue à
Blagnac mardi prochain ; stage de quatre à cinq jours, cela dépend du niveau
d’assimilation, et je ne doute donc pas qu’en trois jours tu ais tout pigé. D’ici là,
ton perceur est limité à la vitesse classique, le système MHD étant
temporairement déconnecté par sécurité, car ces vitesses hypersoniques ne
peuvent être atteintes qu’au-dessus des planchers des trafics ordinaires et sous
certaines conditions que tu apprendras aussi ; sinon, bonjour les dégats.
Clovis retrouva rapidement son allant.
-Fantastique, vraiment ! Merci de m’en donner un de si bonne heure, et tu peux
croire que je serai à Blagnac ce mardi à la pointe du jour ! Mais franchement,
Jennifer, j’ai quelques scrupules à accepter un tel présent, d’autres que moi en
auraient plus besoin sans doute, et je pense plus particulièrement aux équipes qui
vont partir dans cette grande campagne d’exploration vers l’Est.
-Oublie ces scrupules qui t’honnorent, mon cher Clovis, et j’en attendais pas
moins de toi ; celui-ci revient de droit à notre Super-Héros, donc pas de
discussion ; et sache que pour cette fameuse expédition, tous seront équipés de
ce modèle, alors...C’est pourquoi il fut si rare d’en voir jusqu’à maintenant ;
songe qu’il faut plus du triple de temps pour les construire et que l’expédition
partira avec exclusivement, 56 perceurs de ce modèle...Ça va être quelque chose,
tu sais, cette expédition, car ils seront soutenus par 28 gros transports rapides,
mais sans la MHD, eux pour l’instant, ça viendra plus tard.
L’ensemble de l’expédition supportée par onze plate-formes, avec logements,
fermes, cantines, ères de loisirs, hôpitaux, etc. Elle regroupe un corps d’armée de
3640 personnes tout compris, dont pas loin de 2900 guerriers et équipages, puis
245
les personnels rampants, tous venant de nos trois phratries, plus les divers
matériels de guerre et sauvetages de rescapés éventuels. C’est une énorme
organisation, et ils partent pour un temps indéterminé...un an ? deux ans ? plus ?
personne n’en a la moindre idée.
-Mais, demanda un Clovis fort impressionné par de tels chiffres, cette
opération est-elle absolument indispensable ? Qu’a-t-on à craindre de ces
contrées ?
-Clovis, mon chéri, sache que de toujours les pires dangers qui ont frappé nos
territoires sont venus de ces contrées de l’Est, comme tu dis...Durant de longs
siècles il en fut ainsi, et si nous contrôlons parfaitement la côte, avec son océan,
nous devons impérativement savoir ce qui peut venir de...
JENNIFEEER ! CLOVIIIS ! HOU ! HOU ! Où êtes-vous ?
On les appelait. Ils sortirent en vitesse du perceur, revenant à la réalité ; c’était
Odette, qui les hélait depuis le seuil du mas.
-Aaah ! Vous voilà enfin ! Vite, on vous cherche de partout pour trinquer à ce
nouvel appareil, dit-elle, les Hommes y tiennent absolument, vite ! vite ! Odette
était excitée comme une puce, pensa Clovis en riant aux éclats, ce qu’il fit
remarquer à Jennifer, qui pouffa de rire aussi.
-Venant des Hommes, dit cette dernière en rigolant et ayant rejoint Odette et la
prenant par la taille pour rentrer, le contraire m’aurait fort étonnée, ma chérie, ils
n’en loupent pas une pour trinquer, ça c’est certain ! Elles rièrent de bon coeur ;
allons-y alors avant qu’ils ne s’étranglent de soif, ces pauvres chéris !
Ils entrèrent donc rapidement dans la pénombre rafraîchissante de la pièce, où
ils furent accueillis par une énorme Aaaah ! enfin !
La grande salle commune était comble, la table croulait sous les verres et
bouteilles et plateaux de fromages et cochonnailles et...comme d’habitude en fait,
où le moindre prétexte y était toujours judicieusement exploité pour faire
bombance et honorer Bacchus et la Corne d’abondance ; car on ne sort jamais
indemne de siècles de privations et de hargne vengeresse contenue à s’en
étouffer, oh que non ! Cent fois non !
Les beaux jours venus, on se jète avec une frétillante frénésie sur les plaisirs
charnels qui vous ont fait défaut, car si l’homme est esprit, il a aussi un système
digestif fort élaboré et dictatorial, alimentant un prodigieux intestin de 7,50
mètres de long, qui ne se remplit pas avec des promesses ni encore moins avec
des courants d’air. C’est Humain, c’est normal, c’est naturel, c’est logique, c’est
inévitable, c’est juste, c’est certain, et ça suffit comme ça et n’en parlons plus, e
basta così !

Midi était encore loin de sonner qu’arriva le transport amenant Hugues, et


comme la cour était encombrée il alla le poser en arrière dans un pré, à une
centaine de mètres du mas, derrière une haute haie de magnifiques lauriers roses.
Pour ceux qui croient mordicus au sort, hasard, chance, prédestination et tout
le saint-frusquin...Il se dirigea donc tout naturellement vers la porte arrière du
mas ; porte qui donne directement dans la cuisine et, faut-il le rappeler encore
pour saisir toute la trame de cet événement exceptionnel, somme toute : ces
246
appareils sont absolument silencieux, c’est capital, pour en saisir toute la portée ;
si bien que personne ne savait que Hugues venait d’arriver.
Celui-ci, décontracté et regardant sa montre, satisfait d’être largement en avance
sur l’heure initialement prévue, sautant allègrement quelques buissons de
romarin et cueillant au passage un brin de thym odorant et gorgé de soleil, allait
donc d’un pas martial, comme à son habitude, vers cette fameuse porte de
service...Il sauta les deux marches de pierre usées en creux par des siècles
d’usages intensifs et journaliers, et lança une main vers la poignée pour ouvrir
quant...à l’instant la porte s’ouvrit à la volée vers l’intérieur et la personne sortant
rapidement lui tomba littéralement dans les bras ; et ce n’était autre que la douce
et belle Marina, qui poussa un han de surprise en venant se cogner le visage sur
la poitrine musculeuse de son prince charmant, qui en resta comme deux ronds
de flan.
La plus grande surprise passée pour les deux tourtereaux, ils tombèrent pour de
bon embrassés en un de ces baisers passionnés digne de record en apnée, sauf
que la dulcinée fraîchement éclose, était littéralement pendue à la renverse,
jambes flageolantes et bras ballants en arrière, dans ceux robustes et en conque,
de son viril chevalier : qu’il la lâche et elle choit ! Vous voyez le tableau, pour
dire l’état de sidération de la belle, pourtant bien éveillée ; tableau touchant et
bucolique et d’une candeur irréelle, sachant la pureté des sentiments éprouvés
par ces deux-là.
C’est de cet amour immense et généreux dont le vulgaire rêve toute une vie
minuscule, et dont il en ignorera tout toute sa petite vie durant, forcément.
L’Amour avec un grand A est réservé aux âmes nobles, uniquement et c’est
heureux, car qu’en ferait donc un esprit chafouin et/ou frileux, pour le moindre ;
pouvez-vous nous le dire ?
Les deux surnagèrent enfin à ce naufrage total et irréversible de la raison
structurée et, se regardant enfin à bout de bras, la belle pouvant se tenir de
nouveau sur ses quilles, ils se sourirent...se sourirent...se sourirent, à n’en plus
pouvoir puis, ô miracle ! Hugues entendit enfin la voix velouté de sa chérie, qui
put enfin lui dire dans un souffle.
-Hugues, je...je...je t’attendais depuis toujours, c’est toi que...c’est toi que j’aime
et je suis à toi, si tu veux bien, dis ? finit-elle sa tirade avec une petite voix
touchante, ô combien.
La réponse du galant fut un hurlement qui ameuta les gens de la cuisine, qui
sortirent en courant, se cognèrent aussi à eux deux, quand il s’écria fou de joie et
la prenant pour la porter dans ses bras.
-Si je veux ? Par ma Gaïa ! Viens là, ma belle, c’est sûr que tu ne me quittes
plus, ferait beau voir !
Et tous de sauter et crier leurs allégresse. Hugues portant sa conquête dans ses
bras, entra dans la cuisine qu’il traversa en ouragan, les gens à sa suite telle une
volée de moineaux, et ils allèrent de ce pas vers la salle commune, où ils firent
une fracassante entrée des plus réussie et remarquée.
Tous les convives restèrent un instant bloqués et surpris, le verre en main, car
ils trinquaient toujours, souvenez-vous, vieille habitude locale...Hugues posa sur
247
les grandes tomettes rouges sa chérie rayonnante et vive maintenant, ayant même
repris des couleurs, et il leur annonça la nouvelle de sa voix douce fluette faisant
trembler les carreaux des fenêtres et le lustre.
-Mes amis, sachez vite que Marina et moi, décidons à l’instant de nous unir en
un couple, voilà !
Et les deux restèrent sans voix, sous les applaudissements frénétique de tous les
habitants et invités de ce mas rustique qui en avait pourtant vu d’autres...Ces
moments de joies passés, Claude demanda avec un sourire malicieux.
-Hugues, toi qui devait avoir une longue conversation avec Marina, ta chérie
maintenant, je vois que tes arguments furent brefs mais efficaces, bravo ! Ça c’est
digne d’un grand guerrier !
L’interpelé, rougissant et tout fier, se tourna vers Georges.
-Georges, mon vieil et fidèle ami, pardonne-moi de me voir contraint de
t’enlever une de vos servantes, mais l’amour surpasse tout...j’espère que tu ne
nous en voudras pas.
-Vous en vouloir ? s’écria ce dernier surpris, mais tu galèges mon frère, je vous
souhaite le plus parfait bonheur et félicité, voici de vrai le fond de ma pensée.
Puis allant vers Marina et la prenant dans ses bras pour l’embrasser, il lui dit.
-Marina, mon ange rêveur, soit heureuse avec ce grand escogriffe que je
connais depuis bien longtemps, et puis t’assurer de sa grande noblesse d’âme. Tu
as su attendre et ton instinct ne t’as point trahi, ma chérie, tu ne pouvais pas
trouver Homme meilleur que celui-ci ; soyez heureux comme vous le méritez
grandement tous deux, je vous offre ma modeste bénédiction la plus sincère, et
allez en paix.
Une grande émotion étreignit le coeur de tous, et quelques larmes perlèrent aux
bords de paupières prestement essuyées...Puis les deux leurs racontèrent alors en
riant de contentement, leur rencontre inusité sur le pas de la porte de la cuisine,
et qu’ils n’eurent pas besoin de dire une seule parole, qu’ils tombaient illico dans
les bras l’un de l’autre, l’amour ayant explosé entre eux deux, qu’ils n’avaient pas
eu besoin de parler, voilà, leur dit une Marina rayonnante de bonheur, se
pelotonnant contre son gigantesque Hugues, dont le roi n’était visiblement pas
son cousin...Et qui pourrait en douter encore, ce fut là une exceptionnelle
occasion de retrinquer, continuer de plus belle en fait, à cet heureux événement
qui satisfaisait tous les convives, et heureux de voir cette chère enfant, Marina,
trouver enfin chaussure à son pied, et son amoureux enfin heureux aussi, comme
tous l’espéraient en secret...
Clovis, heureux de cette subite nouvelle concernant son Hugues, lança un clin
d’oeil complice à sa mère ; tous deux se sourirent chaleureusement, satisfaits de la
tournure prise par leur future organisation commune. Profitant de cette joie
générale, il lui fit comprendre par signe d’enfin demander à Hugues s’il acceptait
de se joindre à eux, avec sa compagne. Alexandra comprit et passa aussitôt à
l’action, lui faisant un autre coup d’oeil...Elle respira un grand coup puis se lança
dans son dernier coup de poker : un carré d’as, espérait-elle. Elle frappa dans ses
mains pour réclamer un peu de silence...

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-Mes amis, merci...Je n’en ai pas pour longtemps, rassurez-vous, juste une
requête à formuler, et qui s’adresse à Hugues, requête qui était prévue depuis
longtemps, mon cher ami, Clovis peut en témoigner, dit-elle en le regardant.
Tous les visages se tournèrent vers ce dernier, mais il resta impassible, sauf qu’il
sourit enfin imperceptiblement et lança un clin d’oeil complice à son cher
Hugues, quand ce dernier le regarda avec étonnement.
-Oui, voici donc, et cela bien sûr s’adresse maintenant aussi à sa compagne,
Marina...Vous vous concerterez donc après mes propos pour savoir si cela vous
convient, mais nous le souhaitons tous ardemment...Nous allons aujourd’hui
même recevoir une maison, enfin j’espère bien comme prévu...et mon fils Clovis
ayant accepté de vivre avec nous, nous vous convions à faire de même.
Acceptez-vous de vivre avec nous tous, en famille ?
Un instant de stupéfaction rendit muet les deux interpelés...Ils se concertèrent
rapidement du regard, puis la voix de Hugues tonitruante annonça leur entier
accord et remerciements à tous, Alexandra, Claude, et son fils Clovis, il alla vers
lui et le prit dans ses bras et lui dit en l’embrassant.
-Sacré garnement va ! tu ne m’avais rien dit ! Chouette alors ! Le même jour je
trouve une compagne, une maison et une famille...Merci ma Gaïa, merci...Je ne
sais plus quoi dire, tiens !
Il posa Clovis à terre, restant pantois, la paupière humide même, de ces
nouveautés subites et si extraordinaires.
-Bienvenu parmi nous à tous deux, leur dit Claude, en les embrassant, joyeux
de tous ces événements successifs et impromptus...Entre nous, je n’ai jamais vu
une famille grossir aussi vite, s’esclaffa-t-il.
-Et attends, lui dit Marina en lui prenant soudain le bras, attends un peu que je
te ponde une floppée de marmots !
Tous d’éclater de rire à l’air agréablement surpris de ce dernier.
-Oui mais, seulement en suivant les normes du plan démographique...plutôt
limité, et c’est heureux, que nous ne recommencions pas à nous répandre
comme une abominable malédiction purulente, comme le firent les autres tarés
d’avant.
-Cela va de soi, mon cher Claude, tu prèches une convertie, je plaisantais.
-Ouf ! Tu m’as fait peur ; s’éclaffa l’autre.
-Et moi, dit alors Clovis en riant de bon coeur, je n’ai jamais eu autant de
parents d’un seul coup, tout le monde me dis mon fils !
-Faux ! lui répondit Claude en lui faisant un clin d’oeil, pour moi tu seras
toujours mon petit frère, n’est-ce pas, frangin ?
Clovis fit rapidement trois pas vers lui et leva sa main droite, paume tendue.
-Tope là ! Frangin de mon coeur !
Ce qu’ils firent, sous les applaudissements de toute l’assemblée...

Mais le destin allait encore frapper, les laissant encore tous plus sidérés.
Quelques instants plus tard donc, tous constatèrent brusquement le jour
s’obscurcir par les deux fenêtres de la salle, comme si un nuage venait d’occulter
249
la luminosité extérieure, comme par temps d’orage quand un gros nuage noir
bouche le ciel ; intrigués, tous de se précipiter dehors pour voir cet événement
incongru, alors que le temps était toujours au beau, et chacun qui sortait le nez
au ciel, poussait un énorme cri de surprise Haaa ! Hooo !
Devant leurs yeux ébahis, ils découvrirent une immense et énorme plate-forme
bouchant réellement le ciel en presque son entier. Tous en parlaient mais
personne n’en avait encore vu une de si près. L’engin frolait la cime des arbres
alentours, et là-haut, pile au-dessus d’eux, minuscules et se tenant au bastingage
de cet invraisemblable engin aussi démesuré, trois gaillards leurs faisaient
bonjour de la main, riant de leur surprise légitime, car parler de cinq cents mètres
de long et cent cinquante mètres de large, c’est une chose, mais quand on
découvre à l’improviste la bête devant sa porte, sur sa tête plutôt, ça laisse sur le
flanc même le plus fanfaron.
Les gars leur firent signe d’attendre, ils éloignèrent un peu l’appareil puis
l’immobilisèrent de façon à amener une partie de la coupée arrière au-dessus de
l’espace vide de la cour. Puis, chacun des trois sur une petite plate-forme AG se
posèrent au sol ; tous se précipitèrent vers eux en une bruyante et joyeuse
bousculade.
-Salut les amis, leur cria le premier Homme, je m’appelle Rémi, puis montrant
ses deux collègues d’un geste, voici Gilbert et Louis...ça vous dit de visiter votre
maison ? Qui d’entre vous, mes charmantes dames, est Alexandra, l’heureuse
élue ?
Celle-ci s’avança vers lui et lui sourit.
-Me voici, Rémi, et merci à vous trois d’être ponctuels, nous êtions si
impatients de la recevoir, peut-on y aller maintenant ?
Ils embarquèrent sur ces trois plates-formes, ce qui exigea un deuxième voyage
de l’une d’elles...Une tourmente envahit cet engin gigantesque, et malgré qu’ils le
sachent, ils furent agréablement surpris de trouver le bétail dans le paturage ; les
biquettes en premier, comme de toujours, espiègles, vives et expertes, venant
mendier des caresses à travers la barrière ; tandis que là-bas de l’autre côté de ce
paturage à perte de vue, on entendait les coups de clairons tonitruants d’un coq
semblant les saluer à sa façon. Puis ils envahirent la maison en un tourbillon
effréné ; tout fut visité de fond en comble et en un clin d’oeil...
Puis la sentence péremptoire tomba : cette maison fut définitivement classée
de : super, sensas, extra, sublime, idéale, magnifique, jolie, agréable, confortable,
spacieuse, belle, immense et...et patin-couffin ! Puis ce fut le tour des locaux
techniques dans les fonds de cette immensité, desquels ils remontèrent une heure
plus tard, forts impressionnés de tant de gigantisme en tout, et pour finir et se
remettre de ces vives émotions, tous se mirent à poil et, prenant une douche
express aux cinq pommes de douche, plongèrent ensuite dans cette belle piscine
d’un azur irrésistible et à l’eau chaude à souhait.
-Voilà ce qui manque le plus à mon mas, décréta un Georges barbottant à
souhait, ravi et comblé de ces instants uniques ; une belle piscine comme celle-ci
n’y serait pas superflue, dit-il en souriant d’aises.

250
-Navrée de te l’avoir prise, dit Alexandra nageant à ses côtés, mais je n’aurais
franchement plus le courage de te la redonner, mon cher Georges, cette maison
est définitivement adoptée par ses chanceux héritiers.
-Loin de moi cette idée, ma fille, rassure-toi, votre joie à tous me comble et me
suffit amplement, alors...

Comme de rigueur en ces cas-là, les trois livreurs restèrent trois jours avec les
heureux et nouveaux bénéficiares de cette maison, ce pour leur apprendre les
secrets de fonctionnement des parties techniques aux tecnos sélectionnés depuis
longtemps par Alexandra et Claude.
Les trois tecnos de la fabrique repartirent le même jour que Clovis qui, partant
suivre son stage de mise à niveau à Blagnac, fit un détour et les ramena à leur
unité de production de l’ex-Bordeaux, puis il fit demi-tour et repartit dare-dare
vers Blagnac. Mais comme promis un peu trop vite à Jennifer qui l’y attendait, il
n’y arrivra pas au lever du jour...
Durant son stage, il fut convenu que d’ici là, les enfants et les derniers habitants
retenus seraient enfin arrivés et installés dans la maison. Au final, ils allaient s’y
retrouver presque au complet, deux chambre restant vides, dont une
traditionnellement réservée pour des visiteurs de passages qui se voyaient
toujours offrir le gîte et le couvert. La Vie, la grande et précieuse Vie allait
prendre en charge cette unité, une de plus qui allait augmenter ces groupes
volants sous tous les horizons. Nouvelle civilisation aérienne sillonnant ce
nouveau Monde, ces gens allant de ci, de là, au gré de leurs fantaisies et des
activités professionnelles.

Quand Clovis revint le matin du quatrième jours après son stage à Blagnac, il
trouva dans son nouveau foyer, et selon ses propres dires, une ambiance super
sensas, tous étant maintenant accoutumés à leur fabuleuse résidence. Ce
particulièrement de la part des jeunes enfants qui eux ont la faculté de
s’approprier avec une déconcertante facilité, le plus incroyable et inconcevable
pour en faire un tout assimilé en un instant, l’impensable se voyant rendu au
rang de commun et ordinaire en un tour de main, et sans même parler que c’est
un dû pour eux tous ; frais et innocents bambins qui de plus se rient des efforts
d’adaptation des adultes...C’est beau la jeunesse !
Son fabuleux perceur supersonique, que du reste il venait de longuement tester
en solitaire avant de venir : il n’avait pas pu y résister...Et d’abord, pourquoi
l’aurait-il fait en plus, question stupide, s’était-il dit à haute voix et s’ésclaffant ; si
bien qu’il était parti se faire la main vers la Frika, là au moins, dit-il en riant, je ne
risque guère d’y rencontrer d’affluence de trafic. Etant parti de Blagnac peu après
le lever du jour, sa virée l’avait amené jusque après les ruines de la ville du Cap,
là-bas tout au Sud de la Frika et du Cap de Bonne Désespérance, à plus de 35º de
latitude Sud.
Faisant ensuite un grand virage vers l’Est, puis remontant plein pot en
survolant comme un météore la grande chaîne des lacs, pour ensuite, après avoir
passé le lac Victoria, obliquer de quelques degrés vers babord, direction Arles,
251
latitude 43º 40’ 41’’ N, où la ferme l’y attendait dans les environs de la capitale.
Son fabuleux périple lui avait pris un peu moins de trois heures à cette vitesse
fantastique de 3077 noeuds à l’heure, où il venait de couvrir pas loin de 16.000
km. Quasiment la moitié du globe.
Impressionné il calcula vite fait qu’il pourrait en faire le tour complet en
seulement sept heures. Clovis se prit à penser qu’ils étaient vraiment des dieux
maintenant...Une planète saisie en un tour de main pour ainsi dire...et hop ! dans
la poche ! rit-il aux éclats, à l’idée de cette fantastique donnée.
Le perceur avança lentement son pivot d’encrage situé devant lui sous le pare-
brise, vers un des bras horizontaux de stationnements, positionné sur un long
tangon sis sur la gauche de l’engin, et vint y verrouiller son appareil dans un
sourd claquement métallique. Il déconnecta la commande de vol et bascula le
levier qui dès lors permettra au perceur de suivre docilement les évolution de la
plate-forme mère, y étant maintenant totalement assujetti. Il détacha lentement
son harnais de sécurité et soupira d’aise, content de lui et de son fabuleux engin.
Il prit le disk-mémoire de la caméra qui avait filmé les paysages survolés lors de
cette incroyable virée, pour le montrer à ses nouveaux compagnons. Il ouvrit la
porte et positionna la commande sur infrarouge, de telle sorte qu’elle obéisse à la
présence ou non d’une personne. Il enfourcha son gros cube, sa moto AG, une
grosse Jap au cul de jument, la sortit de son support de verrouillage en la faisant
monter de vingt centimètres, puis il sortit lentement de l’appareil, la porte se
refermant dès qu’il fut à deux mètres de distance.
Il était neuf heures et demi à peine...Il posa sa moto sur la pelouse près de la
piscine, personne n’était en vue...Il s’avança vers la maison, vers la grande porte-
fenêtre latérale grande ouverte donnant sur l’immense salle commune. Il monta
le degré d’un bond souple, traversa la véranda puis entra. De la musique vive et
gaie et moyennement forte occupait seule l’espace...Personne...Il traversa le salon
et se dirigea au fond à droite vers la cuisine, et là, il stoppa un instant, satisfait et
heureux, souriant, car il entendit sa mère qui disait d’une voix rilleuse à
quelqu’un d’autre.
-Mais, Annita, ma chérie, si tu mets le sucre avant ta farine, tu vas nous faire
manger des boulets indigestes, ne crois-tu pas ?
Et les deux Femmes d’éclater de rire...et il entra.
Ce ne fut qu’un cri, un verre se brisa par terre et sa mère se précipita vers lui
pour le serrer à l’étouffer et le couvrir de baisers...et de farine, puis de lui dire,
visiblement rassurée maintenant de le voir là.
-J’étais si inquiète, mon chéri ; Jennifer m’a appelé il y a plus de deux heures
maintenant, disant que tu les avais quitté tôt ce matin...et avec ce nouveau
perceur...hein ? Qui sait si...
-Fallait pas te faire du mouron pour si peu, maman, pardonne-moi de t’avoir
inquiété pour rien, mais je n’ai pu résister d’aller faire une petite balade pour
étreiner mon appareil, le tester à ma façon. Je suis donc allé faire le tour du
continent de la Frika...et me voilà.
-Le tout de la Frika ? C’est insensé, mon chéri, et en si peu de temps ?

252
-Guère que trois heures, oui...et 16.000 km parcourus, incroyable mais vrai, et
j’ai calculé que le tour du globe ne prend de fait qu’à peine sept heures, vous
imaginez un peu ça ? dit-il en regardant en souriant la compagne de sa mère, une
Femme sympathique dans la quarantaine, avec son bandeau de dentelle autour
du cou...Maman, pourrais-tu, s’il te plaît, me présenter ta compagne ?
Celle-ci se repris, confuse de cet oubli impardonnable.
-Oh pardon ! Voici, Annita, une de nos nouvelles et chères compagnes. Annita,
voici mon fils, Clovis. Annita est une des deux chefs confirmées et a l’importante
mission de nous régaler avec ses recettes culinaires.
Clovis la salua et lui dit, avec un large sourire.
-Bienvenue parmi nous tous, Annita, il me tarde de découvrir tes qualités de
chef, dont te vante maman.
-Merci, Clovis, pour ma part, il me tardait de te connaître, car ta mère parle de
toi à longueur de journée, se moqua-t-elle affectueusement ; ce n’est que des :
« Et quand va-t-il arriver ? Et cela lui plaira-t-il ? Et ses affaires sont-elles bien rangées ? »
Je suis ravie de découvrir que tu me parais bien plus tranquille et gentil que je me
l’imaginais alors avec inquiétude. Que Gaïa soit louée de connaître enfin ce
Clovis, fort sympathique au demeurant ; ce sera un plaisir que de pouvoir te
régaler, j’espère bien en tous cas.
Tous les trois de rire, Alexandra embrassant sa compagne de deux bises
sonores sur les joues, puis ils s’embrassèrent tous en coeur pour finir, heureux et
sereins.
Laissant Annita à sa recette, mère et fils partirent tous deux vers la gauche et
par la véranda extérieure vers la chambre de Clovis, attenante à la cuisine. Fou de
joie, il y retrouva sa soeur Athéna, et son petit frère César, et ce fut encore des
embrassades. César qui, gènes paternel oblige et malgré ses huit ans, était bientôt
aussi grand que lui, et non pourtant qu’il ne soit un gringalet, loin s’en fallait,
mais ce gamin était bien parti pour être de la même veine que son père, son cher
Hugues : un géant.
Puis, accompagnés des deux autres enfants, ils allèrent dans l’autre chambre
attenante, celle des enfants d’Alexandra, mais il n’y avait personne. Revenus à la
vaste salle commune, ils y trouvèrent les deux plus jeunes filles d’Alexandra,
Léonie et Hélène, qui furent aussi enchantées de connaître enfin ce Clovis dont
leur chère mère leur rabattait les oreilles des exploits inouïs de ce pourtant
encore, jeune guerrier.
Sauf que, mais sans le montrer, elles furent un peu déçues, la plus grande
surtout, Léonie, de découvrir stupéfaite, qu’un si grand Super Héros était somme
toute de son âge, et ce mystère la laissa songeuse un bon moment, le jaugeant à
la dérobée, d’un oeil qui se voulait expert...
Léonie est une jolie fille mince de quatorze ans, les cheveux chatains clairs
coupés moyennement courts, et de jolis yeux marrons un peu foncés ; 1,55
mètres, vive et jolie, mais toujours excitée dans ses rêves de conquête d’un
amoureux, qui ne peut forcément être qu’un noble guerrier chevaleresque...Sa
soeur, Hélène, la benjamine, qui est la fille de Claude, a huit printemps, 1.36
mètres, mince aussi et les cheveux taillés courts et noirs, comme ses yeux rieurs à
253
cet âge d’insouciance par excellence ; elle est effrontée et de caractère gai,
accommodant.
-Léonie, demanda Alexandra à sa grande fille, dis-moi, chérie, où est passée
Suzanne ?
-Ho ! elle est partie il y a dix minutes seulement avant l’arrivée de Clovis, avec
Jérome et Christiane, pour aller chez les chercheurs de l’abbaye de...Chénoque,
c’est bien le nom ? dit-elle, incertaine.
Alexandra éclata de rire et rectifia gentiment l’erreur de sa fille.
-Non, chérie, c’est l’abbaye de Sé-nan-que, épela-t-elle lentement ; et que va-t-
elle faire là-bas, l’a-t-elle dit ?
-Oh ! Imagine un peu : visiter la bibliothèque, forcément, et connaître ces gens
qui passent leur vie dans des livres et des documents vidéos, je crois...Tu la
connais pourtant, maman, et tu sais bien que ce milieu la fascine, elle qui est
toujours le nez dans ses bouquins, ses vidéos et compagnies...On va en faire un
rat de biblio, ça oui, si ça continu ainsi, dit Léonie d’un ton un tantinet
sarcastique, sa mimique laissant ostensiblement percer son peu d’intérêt pour ces
choses de l’esprit, le tout en faisant un sourire charmeur à ce beau et jeune
guerrier, taxé d’héroïsme de surcroît...
Quoique, un peu trop jeune peut-être, pensa-t-elle en redressant sa silhouette et
gonflant sa poitrine juvénile, sous l’oeil scrutateur du galant, mais somme toute
paraissant d’une allure virile ; digne s’il fallait de faire office, à son avantage bien
entendu, cela allant de soi, de chevalier servant...Mais, l’observant un peu mieux
du coin de l’oeil cette fois, elle eut comme la désagréable impression que, malgré
son air un peu trop courtois peut-être, ce dernier n’était pas vraiment du genre ni
n’avait encore moins l’intention de servir de faire-valoir à quiconque...
Puis, l’ayant mieux observé maintenant, elle fut chagrin de constater que c’était
définitivement et pas du tout son genre, mais alors, pas du tout du tout !
Dépitée par cette fulgurante autant que surprenante révélation, elle laissa choir
ses rêves...fugaces, ô combien, malheureusement, de conquête masculine...Rêves
un peu précoce sans doute ? Et, vaincue, elle lui fit alors son plus chaud sourire,
tout ce qui lui restait de possibilité présente, en attendant la première occasion de
lui révéler ses charmes secrets. Rien n’était donc joué ; merci ma Gaïa !
Clovis lui sourit à son tour, et de toutes ses charmantes dents et yeux veloutés
et pétillants. Ce qui la fit remonter d’un bond sur son dada de possible conquête
ultérieure et rapprochée, car après tout, une vraie Femme, se dit-elle in petto, et
en se cambrant fièrement, ne désarme jamais. Léonie avait lu ça dans sa vieille
revue, Romantico, qui garantissait à coup sûr la capture d’un galant, se promettant
pour plus tard de l’enjoler insidieusement et surtout définitiverment dans « La
toile d’araignée onctueuse de ses doux charmes envoutants et irrésistibles », comme ils
disaient dans la revue...
Cependant que sa soeur, cette petite bêtasse insensée et effrontée, quelle
horreur, sautait au cou de ce héros comme les autres, pour elle et ses jeunes
années, et l’embrassait sur les joues à bouche que veux-tu, ce qui comblait
visiblement d’aise le sujet de ses « désirs les plus intimes et brûlants », elle avait encore
lu cette phrase chargée des mystères les plus profonds, dans sa fameuse revue de
254
conseils de charmes accrocheurs, et la trouvait, affolante de plaisirs et souffrances
inconnus et...et...Damnation ! que l’amour est cruel, pensa-t-elle ulcérée, surtout
celui froidement ignoré ou délaissé...
Puis, elle tira, un peu trop sèchement peut-être, oh ! si peu, sa sainte-nitouche
de soeur des bras du galant, et s’avança pour à son tour l’embrasser décemment
du bout des lèvres, elle, baissant d’un soupçon ses paupières et battant un
tantinet des cils, comme ils disaient dans Romanti...quand, ô ma Gaïa ! le galant
la prit gaillardement à pleins bras et la serra contre lui d’un élan viril, et la tenant
ainsi un long...si long moment...où elle se sentit chavirer quand brutalement elle
huma dans le creux de son cou à la délicate douceur de peau de pèche, sa
délicieuse odeur de jeune mâle impétueux, relevé de la fragrance lourde et
envoutante de ces mystérieux tropiques...lui sembla-t-il, mais elle n’en aurait pas
juré pour autant ; mais par contre, rien à voir, ah ça non ! avec celle âcre de vieux
boucs de leurs vieux guerriers, mais alors pas du tout...
Puis il l’embrassa joyeusement sur les deux joues, de deux énergiques baisers
sonores et confraternels...Joyeusement, et c’est tout, oui, mais...Elle se sentit malgré
tout transportée comme sur un nuage, lorsqu’il lui dit, la tenant fermement à
bout de bras et lui souriant de nouveau d’un sourire éblouissant, pour elle en
tous cas, montrant ses éclatantes dents de carnassier farouche et sans peur...il ne pouvait
en être autrement ; et qu’il lui dit alors, ce qui la laissa flageolante et toute
empourprée ; ah c’est malin ! de quoi se foutre des baffes, oui...
-Léonie, ma belle (il l’a dit), je suis véritablement enchanté, et je te prie bien de
me croire, de découvrir des jeunes filles aussi jolies et charmantes que vous...Je te
trouve, ma chère, délicieusement féminine et avoir un charme fou, vraiment, tu
vas faire des ravages dans les coeurs des garçons. Bravo...ma soeur !
La cata, voilà, ce « ma soeur ».
Puis il la lâcha et se tournant vers sa mère, qu’il appelait aussi maman,
étrange ça, faudra creuser le sujet...il lui demanda, sautant alors du coq à l’âne, et
elle se demanda bien si en fin de compte, cet âne n’était pas elle-même, dans
cette dramatique et sordide histoire d’amour incomprise et surtout mort-née...Il
demanda donc, s’il avait le temps d’y aller aussi, à cette foutue abbaye
de...SSS...Sinoche, pour leur remettre des documents de son survol de la Frika ;
disait-il ça négligemment (et déjà explorateur à cet âge ; ah ma Gaïa ! por favor, il
me le faut tout à moi)...et causer avec les scientifs, tu parles d’un trip... « Comme
ça je ferai certainement la connaissance de Suzanne, j’espère bien, et la ramènerai au bercail
dans mon perceur, et en prendrai le plus grand soin, promis ! » Dit-il, sûr de lui, tel un vrai
coq de combat ; avec cet affreux sourire éclatant et qui lui donnait ce charme si
affolant du félin le plus redoutable et indomptable...
Et ça ne loupa pas et fallait s’y attendre, et comme un et un font deux et le
printemps vient inéluctablement après l’hiver...re-cata ! « D’accord, mon chéri »
répondit toute alanguie la mère-poule, qu’elle honte ! et pas la moindre retenue
d’un sourire niais... « Je suis ravie et espère bien que tu y rencontres Suzanne...et j’espère
surtout qu’elle te plaiera aussi. »
-Bla-bla-bla-bla-bla...Beurk ! Tu parles Charles ! Un rat de biblio avec un si
beau et grand guerrier...Non mais, on aura tout vu ! Enfin quoi, je pose
255
calmement la question, et la seule d’intérêt : que voulez-vous qu’il en fasse ? Mais
faut être honnête aussi et reconnaître ses propres fautes éventuelles, ça c’est
difficile...et les experts le disent pourtant clairement dans Romantico, « La Femme
fatale », mon genre on peut dire, quoi... « souvent gâche ses chances en se précipitant trop
ostensiblement sur sa proie éventuelle », encore...À mon avis, cet éventuelle est de trop !
Mais c’est vrai aussi que ce pauvre chou, qui arrive tout seul de cette horrible
Frika et ses dangers immenses, avec tous ces monstres pleins de crocs et de
griffes acérées, brrrr, ça m’en file des frissons...Alors qu’il était tout seul là-bas,
ce pauvre amour...Faut le laisser s’acclimater lentement, y a que ça...et puis crac !
Alors, patience Léonie, ma belle, qu’il a dit, c’est bien la preuve qu’il est conscient
des réalité, non ? Alors accroche-toi ferme, et tu l’auras ; promis juré ! Parole de
Femme fatale...et irrésistible ! Voilà !
Le sujet de ces tourments intimistes, lui, totalement inconscient de ces affres
provoquées par une imagination enflammée et débridée qui plus est, demanda,
insouciant et serein, de nouveau à sa chère mère, à combien de kilomètres était
située cette fameuse abbaye.
-Oh ! c’est tout près d’ici, mon chéri, dit-elle, une petite quarantaine de
kilomètres, pas plus.
-Super ! s’écria celui-ci, dans ce cas j’y vais avec ma moto ; j’ai envi de prendre
l’air, et sur ce, il mit une paire de grandes lunettes de soleil qu’il prit dans une
sacoche et enfourcha son engin d’un seul bond, tel un vrai fauve...Pensa une
Léonie à la respiration subitement oppressée, devant cet air martial d’aventurier
intrépide qu’arborait ainsi le galant, chevauchant cet impressionnant monstre de
métal étincelant...
-Attends deux secondes, Clovis, lui dit sa mère, je cours te chercher un chip de
positionnement géolocal...Elle revint rapidement et lui tendit un petit micro-disk
rouge pendu par une chaînette à un porte-clé d’identification ; il inséra le chip
dans un petit lecteur sur le guidon. L’écran s’alluma, il tapa le nom de l’abbaye
sur le clavier et les coordonnées ainsi que le plan de route s’affichèrent
instantanément, il enclencha le bouton de ‘suivi’, et la moto fut prête à se diriger
automatiquement vers l’azimut désigné...Ne restait plus au pilote qu’à régler
vitesse et altitude du vol choisi, ou piloter à vue, en libre, suivant sa fantaisie, ce
qu’il fit.
La moto est un de ces modèles Jap, un gros-cube, comme dit Clovis, tout fier de
son engin. Effectivement, la machine est impressionnante avec son grand guidon
relevé et son pare-brise ; des chromes de partout et des sacoches en cuir rouge
vernis astiqué, pendues de chaque côté, avec des clous de métal brillant et des
pompons multicolores. Le gros réservoir chromé aussi, qui astucieusement
transformé fait office de frigo-bar permettant une autonomie alimentaire de trois
jours pour deux personnes. Les deux tourelles de canons laser dessus et dessous
sont toujours en place, car pourquoi s’en priver ?
A l’instant de partir, il demande encore où est passé son cher Hugues, pour lui
dire un petit bonjour.

256
-Il est dans l’écurie, là-bas au bout, lui répond Hélène d’un seul jet, ravie de le
renseigner...Si tu y vas, Clovis, tu m’amènes, dis ? le supplia-t-elle avec une moue
touchante.
-Allez ! embarque, drôlesse ! et il la fit monter a cheval devant lui, sur le bout de
l’immense selle large comme un fauteuil, et la plaqua sur sa poitrine nue, sa
chemise dehors de son short, flottant libre...T’auras pas peur, ma beauté ?
-Oh non ! Clovis, pas avec toi, dit-elle rosissante et fondante...en gloussant
comme une dinde, trouva sa soeur qui regardait tout ça, pincée, mais d’un air se
voulant détaché.
Puis, souriant aux deux Femmes, le pilote enclencha une commande, et...ziiiip !
Ils étaient déjà partis en un léger déplacement d’air par-dessus la cloture de la
ferme, et la moto filaient vers l’étable, et on entendait le rire un soupçon
hystérique de la passagère blottie dans les bras de ce pilote remarquable et si
follement si sûr de lui...
Alexandra se dirigea vers la maison, pour préparer la table pour midi, dit-elle à
une Léonie qui paraissait ailleurs, figée, le regard fixé vers un point imaginaire
situé au-delà de la cloture...Devant son mutisme, la mère haussa les épaules, la
laissa et entra.
La moto atterrit en douceur à quelques trois mètres de la porte de l’étable ;
Clovis appela Hugues à pleins poumons.
Une voix peu claire lui répondit, et seulement deux bonnes minutes plus tard ce
dernier enfin apparut à la porte ; il était vêtu de son seul short et le visage en
sueur et tout rouge ; il s’appuya au chambranle, s’essuya la bouche d’un revers du
bras, s’éclaicit la voix et lança un joyeux quoique enroué.
-Salut gamin ! Il se racla de nouveau la gorge...T’as pas peur, Hélène, de monter
sur cet engin du diable, surtout avec un pilote aussi néophyte ?
-Oh non ! Hugues, s’écria-t-elle d’un seul jet, scandalisée d’une telle assertion,
j’irai partout où il veut m’amener, voilà ! lui répondit-elle fièrement.
Le Hugues en question éclata de rire de sa grosse voix à faire trembler la plate-
forme entière...ou presque.
-T’as besoin de moi, fiston ?
-Non, c’était juste pour te saluer à mon retour, tout est ok ; j’ai mon brevet
pour ce bolide, dit-il montrant le perceur en faisant un geste du pouce par-dessus
son épaule...Je te raconterai, c’est super sensas, j’ai battu le record de leur
stage...Je les ai scié, se marra-t-il, en donnant les réponses avant la fin des
questions. Fallait voir la tête des profs, les pauvres ; surtout quand je leur ai de
plus indiqué des problèmes éventuels auxquels ils n’avaient pas pensé.
-Toujours égal à toi-même quoi, le contraire serait surprenant.
Là-dessus, on vit apparaître Marina, de la paille dans les cheveux et toute
dépoitraillée et bizarrement alanguie, elle les salua avec un petit sourire timide,
sembla-t-il aux deux jeunots...venant se blottir contre son chéri, qui lui passa un
bras autour de la taille...
-Tu m’expliqueras ça plus en détail plus tard, rajouta Hugues, tu veux bien ? car
je suis très ocupé en ce moment, lui sourit-il bizarrement.

257
-Bon, on y va...Et excusez-moi de vous avoir dérangé en cette si fine partie,
leur dit Clovis en souriant...Allez, tchao, les amoureux ! et vu comme vous êtes
partis, ne nous faites pas des triplés au moins et, ziiiiip ! La moto était déjà partie
à tout berzingue, les rires cristalins des deux passagers emportés par le vent de la
course, les deux amoureux en question restant les bras ballants du culot de ce
môme infernal...mais qu’ils adoraient.
-Bon, c’est pas l’ tout, ma poulette...où en étions nous de cette fabrique de bébé
justement, hein ? dit le grand Hugues en propulsant sa Marina dans l’étable d’une
grande claque sur les fesses, puis fermant la porte d’un coup de talon un
soupçon rageur et tirant le vérou d’un coup sec...Comme ça, ma colombe, dit-il
la regardant avec son air d’ogre affamé, qui la rendait toute estransinée ; j’ suis
sûr de te finir en beauté...Il la renversa sur la botte de paille...et bientôt et sans
tarder, deux pies sur un proche arbuste perchées, entendirent monter crescendo
d´étranges râles et soupirs confondus avec de bien surprenantes suppliques...qui
les laissèrent un court instant sans voix, ce qui était bien le plus surprenant de
l’ensemble.
La moto se posa en douceur en bout d’une savante et harmonieuse arabesque,
pile au pied d’une Léonie qui n’avait étrangement pas bougé d’un millimètre. Sa
soeur descendit de cette moto du diable et, toute rose et guillerette, remercia
Clovis en l’embrassant sur la joue pour cette balade qui l’avait...toute transtourné et
électrisé, textuel ! Ce dernier rit de bon coeur puis, quel odieux traître, il se pencha
et encercla par surprise la taille de Léonie, l’attira d’un coup puis l’embrassa sur
la joue...au coin de la bouche, presque, oui, il s’en fallut de peu, et de ne pas avoir
eu le reflexe de tourner un peu la tête, elle se serait encore foutue des baffes,
vraiment.
Puis le galant la lâcha d’un coup et s’envola comme un météore, ses
magnifiques et longs cheveux de jais et sa chemisette flottant au vent de cette
course...Lançant un grand rire joyeux, en fonçant vers sa foutue abbaye et
son...sa...bref !
Léonie, nerveuse, on le serait à moins, se tourna vers sa soeur qui avait les yeux
dans les nuages et, la prenant d’un coup par un bras et la secouant comme un
prunier, lui demanda pourquoi elle avait ri sur cet engin, comme une bêtasse...et
que lui avait donc dit ce...Clovis ; exigeant une réponse sur le champ.
L’interpelée, surprise et révoltée de tels procédés aussi autoritaires, lui conta,
sur un ton railleur et toute fière et suffisante, que ce cher Clovis lui a dit « Qu’elle
sentait la douce odeur d’une jeune et ravissante pouliche batiffolant dans un pré de luzerne
fraîche et couverte d’une scintillante rosée printanière »...puis...il l’avait embrassé dans le
cou, que ça lui avait fait de l’électricité de partout, disait-elle les yeux encore dans
les nuages...Puis cette effrontée demanda, fondante, c’est un comble, à sa soeur,
blème et qui s´étouffait de rage...
-Il est beau, hein ? tu trouves pas toi, Léonie ?
Sur ce, il se passa un événement étrange et incroyable. Léonie partit, le pas
raide et saccadé, tel un automate vers la piscine et...toute habillée elle se jeta dans
l’eau en hurlant comme une folle.

258
-Maman ! Maman ! cria Hélène ; sa mère apparut empressée sur la véranda ;
Léonie s’est jetée à l’eau toute habillé, et en criant des choses bizarres, il faut la
sortir non ? demanda-t-elle inquiète.
Voyant là-bas, rassurée, la touffe de cheveux remontée à la surface, Alexandra
lui fit alors calmement raconter ce qui avait provoqué ce comportement si
surprenant...Saisissant en un clin d’oeil ce type de problème bien spécifique,
inhérent à cet âge particulièrement ingrat, elle sourit et dit à sa benjamine de ne
pas se préoccuper pour sa soeur.
-Ce bain va la rafraîchir et la calmer, ma chérie, t’inquiète pas va, d’ici un quart
d’heure elle ira mieux ; mais surtout, ne lui parle pas et laisse la tranquille,
d’accord ? Ta soeur a du chagrin et a besoin de calme, c’est important pour elle,
tu comprends ?
-Qui c’est qui lui a fait du chagrin à ma soeur, hein ? demanda la gamine
troublée.
-J’ai pas le temps de te l’expliquer maintenant, chérie...mais le plus important
est de laisser Léonie tranquille, d’accord, mon coeur ?
-Oui maman...mais c’est énervant à la fin, tu sais, elle est toujours énervée pour
un rien, Léonie, et elle se croit une reine ou je sais pas quoi, et elle fait des
discours devant sa glace, et...
-Ça lui passera, mon coeur, va plutôt jouer à la balançoire avec Athéna et César,
c’est mieux pour toi.
-Je préfère aller travailler au jardinnage avec Pierrot, regarde, il taille les
arbustes, ça me plait...je peux y aller, dis ?
Là-bas au loin, au fond du jardin potager, on aperçoit effectivement ce fameux
Pierrot au travail, affublé d’un immense chapeau de paille.
-Alors va-y et travaille bien, à tout à l’heure, que je vais finir par être en retard
avec vos histoires à dormir debout, allez zou, file !
-Tu dors debout toi, maman ?
-Veux-tu aller retrouver Pierrot, drôlesse !
Et durant que sa mère rentrait vaquer à ses occupations, Hélène partit
joyeusement en sautillant d’un pied sur l’autre en chantonnant une scie
enfantine, longeant la cloture dans l’allée...et, quand elle passa ainsi plus près de
la piscine et de sa soeur trempant toujours ; elle jeta un bref coup d’oeil en
arrière pour s’assurer que sa mère était bien rentrée dans la maison. Alors,
mutine, elle ne put résister à ce plaisir ineffable de faire un sourire narquois et
tirer la langue à Léonie, tout en lui faisant une horrible grimace...
Puis elle continua son chemin en chantant une cantilène improvisée,
« Tralalalalère...il est si beau mon pilote de moto, ce p’tit chou...tralalalalère...qu’il m’embrassa
dans le cou et que ça me fit de l’électricité partout », puis elle continua son chemin en
riant aux éclats, satisfaite et certaine du résultat, et pas besoin de se retourner
pour confirmation.
Léonie, qui ouït douloureusement ces paroles sacrilèges, battit furieusement la
surface de l’eau de ses deux mains à plat, en criant entre ses dents serrées à
craquer, ses yeux crachant des flammes, et ce malgré toute cette maudite

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flotte...Oooh ! si je t’attrappe toi, je te...je te...puis elle se laissa couler pour ne
plus voir tout ça.

Cette balade à moto fut un pur régal ; soleil radieux et chaud, paysages
magnifiques de cette région paradisiaque ; ils avaient bien choisi d’y établir les
scientifs. L’abbaye fut bientôt visible et reconnaissable aisément avec son
immense drapeau faseyant doucement dans une légère brise embaumée des
fleurs de ce sublime maquis. D’immenses champs de lavande s’étendent
alentours.
Une pensée nostalgique et douce lui vint, ce drapeau était l’emblème de sa
mère, cette héroïne vénérée par tous ; il lui envoya un baiser virtuel puis posa la
moto devant l’entrée ; il en descendit et laissa ses lunettes pendues sur le guidon ;
il entra de son allure éternellement virile et martiale...
Ah ! si Léonie pouvait le voir ainsi, la pauvrette...un si splendide guerrier si
autoritaire et racé...
Il admira l’architecture de ces lieux séculaires, enfilant les pièces et couloirs au
hasard, jusqu’à tomber sur quelqu’un suceptible de le renseign