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TABLE RONDE 15

Maisons de santé : quel impact sur la qualité de l’offre en santé ?

Intervenants :

Jean-Michel CHABOT - Conseiller médical du Directeur, Haute Autorité de Santé


David DARMON - Chef de clinique en médecine générale, Université de Nice
Philippe DESPIERRE - Médecin généraliste
Jean-Michel MAZUÉ - Responsable, Maison de santé de Bletterans
Jean-Pierre ROBELET - Directeur de l’offre de soins, CNAMTS

Modérateur : Claude MAFFIOLI - Membre du Collège, Haute Autorité de Santé

Ces derniers mois, les Maisons de santé occupent la scène médiatique (trop peu être),
politique et professionnelle. Aujourd’hui, alors que la loi « Hôpital, Patient, santé et
Territoire » est en discussion au Parlement, les politiques (soucieux d’aménager l’offre de
soins sur leur territoire), les financeurs, les patients (qui y voient un avantage majeur : la
continuité et la globalité des soins) et les professionnels de santé (en particulier les jeunes
désireux d’une rénovation du mode d’exercice) s‘intéressent à ce projet. Dès 2005, la HAS
avait soutenu le fait que l’exercice en Maison de santé était un facteur de qualité de pratique
et un moyen pour satisfaire l’obligation de formation et d’évaluation des pratiques
professionnelles.
Il existe désormais une Fédération des Maisons de santé, regroupant 100 à 200 Maisons de
santé. Selon la HAS, l’augmentation de leur nombre doit se faire à l’initiative des
professionnels et non par décret. Une Maison de santé se veut un espace de concertation
qui encourage les professionnels à « se saisir des chantiers » et à les mener eux-mêmes à
terme.
Les Maisons de santé répondent ainsi à plusieurs enjeux comme la qualité des soins et leur
coordination. Elles apportent également une réponse à la désertification démographique
professionnelle.

Retours d'expériences

Maison de santé pluridisciplinaire de Bletterans dans le Jura


La Maison de santé pluridisciplinaire de Bletterans située en zone rurale dans le Jura est
ouverte depuis 2001.
Elle regroupait initialement dix professionnels désireux de recentrer leur activité sur la prise
en charge globale du patient. Douze jeunes professionnels de santé se sont ensuite installés
dans cette Maison qui accueille également régulièrement des stagiaires.
La Maison est ouverte 7 jours sur 7, de 8 heures à 20 heures ; elle est intégrée dans le
système de garde. En plus des consultations, la Maison assure une mission d’éducation
thérapeutique.
Tous les praticiens de la Maison de santé sont libéraux. Les honoraires sont partagés,
permettant que les horaires de travail soient répartis de façon égalitaire et créent une
émulation – et non une concurrence. La Maison ne bénéficie d’aucune subvention de
fonctionnement.

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Les locaux sont mutualisés autant que possible. Tous les dossiers sont informatisés et
accessibles depuis n’importe quel poste de travail.
Chaque jour, tout le personnel se réunit pour discuter des dossiers de la journée. Tous les
mois ont lieu une réunion médicale et une réunion d’organisation. Les protocoles de prise en
charge ont été formalisés. Un système de web-conférence a été mis en place afin de
permettre un échange avec l’École Européenne de Chirurgie. Les exemples de prise en
charge croisée abondent.
La Maison aimerait désormais mettre en place une médecine préventive de proximité et
systématiser l’éducation thérapeutique à toutes les maladies chroniques.

Maison de santé de Malestroit en Bretagne


La Maison de santé de Malestroit en Bretagne compte 18 000 usagers. Les professionnels
de santé ont été regroupés notamment via le système d’information.
C'est la première fois qu’un système interopérable existe dans le monde libéral de la
médecine générale. Les établissements publics (hôpitaux) en sont les hébergeurs.
La base de données est accessible depuis n’importe quel point du territoire avec une
connexion sécurisée. L’Hospitalisation à domicile (HAD) sera mise en place bientôt, ce qui
sera l’occasion de discuter de nouveau des communautés d’informatisation.
La Maison de santé a aussi pour vocation d’attirer les stagiaires, afin qu’ils découvrent des
conditions attractives d’exercice dans les territoires ruraux.

L'avis d'un représentant de la jeune génération de professionnels de santé

D’après les études menées récemment, les jeunes médecins souhaitent travailler en équipe,
car ceci leur permet d'offrir une qualité de soins tout en préservant leur vie personnelle. De
plus, exercer en Maison de santé est plus rassurant pour un jeune médecin que de se
retrouver seul dans un cabinet.
La jeune génération est très favorable à la forfaitisation qui lui permet d’assumer des tâches
de prévention. Elle adhère au projet porté par les Maisons de santé, en matière de continuité
des soins et de standardisation des protocoles de prise en charge.

L'avis de l’Assurance Maladie

L’Assurance Maladie soutient le projet des Maisons de Santé, en particulier les études de
faisabilité. Elle est aussi favorable à l'installation des professionnels de santé autres que des
médecins en Maisons de santé. La coopération entre les professionnels de santé est
d'ailleurs encouragée.
L’Assurance Maladie souhaite progressivement s'affranchir du paiement à l’acte par la mise
en place d'un système forfaitaire, qui permettrait d’inclure des actes de prévention. Des
négociations sont en cours avec les médecins pour aboutir à la création d'un contrat
d’amélioration des pratiques individuelles. À travers ce contrat, les professionnels de santé
s’engageraient sur des indicateurs. Ce système devrait évoluer à l'avenir vers la mise en
place d’un système de contrat collectif. Le but principal de toutes ces mesures étant
l’efficience.

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