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Science et Méthode .

Carré Capillarité. Gauthiers-Villars. I.1 OUVRAGES DU MEME AUTEUR La Science et l'Hypothèse. II. 1906. 1913. Carré ei Xaud. Carré et Théorie des Tourbillons. Carré. La Valeur de la Science. 1901. un volume Théorie mathématique de t. un volume in-18. 1905. 1892. 2^ édition. I. Carré et Naud. 1899: Paris. Les Méthodes nouvelles de Mécanique céleste. 1893. la in-18. Carré. et 1892. Électricité et Optique. 1893. . t. 1895. Flammarion. Naud. et III. Carré et Naud. Calcul des probabilités. t. 1893. Théorie de l'Élasticité. Paris. Flammarion Lumière. Carré. un volume in-18. Carré et Naud. Naud. Thermodynamique. 1896. II. Théorie analytique de la Propagation de la Chaleur. Paris. Dernières pensées. Flammarion. 1892.

Bibliothèque de Pliilosopfiie scientifique Science et Méthode PAR H. . POINCARÉ Membre de l'Institut PARIS ERNEST FLAMMARION. RUE RACINE. ÉDITEUR 26. d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. 26 1920 Tous droits de traduction.

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que peut être l'avenir des mathé- . comment il doit faire ce choix. elle se pose également au mathématicien. Le savant s'y conforme instinctivement. Cette question se pose au physicien comme à l'historien .Science et Méthode INTRODUCTION Je réunis ici dlTerses études qui se rapportent ou moins directement à des questions de méthodologie scientifique. si le savant temps infini* il n'y aurait qu'à lui « Regardez et regardez bien » dire mais. en réfléchissant sur ces principes. et les principes qui doivent les guider les uns et les autres ne sont pas sans analogie. il est nécessaire qu'il fasse un choix. et on peut. présager ce matiques. et qu'il vaut mieux ne pas regarder que de mal regarder. La première question est donc de disposait d'un : savoir . La méthode scientifique plus consiste à observer et à expérimenter. comme il n'a pas le temps de tout regarder et surtout de tout bien regarder.

mais que de personnes pensent encore sait le . J'aborde ensuite des questions qui se rap- portent plus particulièrement à certaines sciences spéciales et d'abord aux mathématiques pures. l'invention général. montre que le savant ne peut s'en passer. notion est difficile à justifier et même à définir . tout le monde monde que l'espace est relatif. des généralités qui s'appliquent en et par exemple le mathématique ne diffère pas sensiblement du mécanisme de Tinvention en à toutes les sciences mécanisme de . ou plutôt tout le dit. et de dire. L'observation des procédés de travail du mathématicien est particulièrement instructive pour le psychologue. de façon à disparaître dans les moyennes cette compensation est due au hasard. dans les chapitres qui leur sont consacrés. Il est donc nécessaire de donner une définition aussi précise que possible de cette notion pourtant si ce que indispensable et Ce sont somme là je si viens insaisissable. en mathématique. de traiter des sujets un peu plus abstraits. il faut compter avec les erreurs dues aux imperfections de nos sens et de nos instruments. ces erreurs se compensent en partie. Je dois d'abord parler de la notion d'espace. dans certaines conditions. Je suis obligé. on peut admettre que. Heureusement.^ SCIENCE ET liÉTHODB On s'en rendra mieux compte encore si Ton observe le savant à Toeuvre et tout d'abord il faut connaître mécanisme psychologique de Tinvenlion et. Dans toutes les sciences d'observation. Mais qu'est-ce que le hasard? Cette le particulier. celle de l'invention . au sujet des erreurs d'observation.

O INTRODUCTION comme sî elles le croyaient absolu. prii. les derniers chapitres relatifs à la mécanique et à F. et par coiséquent sur leur véritable origine. suggérer d'utiles réflexions aux philoso- phesqui s'occupent de la logique des sciences. pèie à montrer qu'il y a une illusion décevante. Des efl'orts inouïs ont été tentés dans œ sens pour y parvenir. J'esque le lecteur comprendra l'importance de la question et j'aidû me pardonnera Taridité des pages que y consacrer. d'abord par elles-mêmes. Je croîs être parvenu. sur la meilleure manière de faire pénétrer "^fléchir notions nouvelles dans les cerveaux vierges. D'aitre part. il suffit cepen- dant de réfléchir un peu pour apercevoir à quelles contradictions elles sont exposées. c'est-à-dire au fond sur leur véritable nature. par exemple. on n'a pas craint. bien des géomètres croient qu'on peut réduire les mathématiques aux règles de la logiquB formelle. de renverser l'ordre historique de la genèse de nos conceptions et on a cherché à expliquer le fini par l'infini. Pourquoi les enfants ne comprennent-ils rien tions en ionner d'autres? C'est dam je le plus souvent aux défini- qui satisfont les savants? Pourquoi faut-il leur le chapitre Ciois. ensuite parce que. la question que je me pose suivant et dont la solution pourrait. .stronomie seront d'une lecture plus facile. pour tous ceux qui aborderont le problème sans parti . Les questions d'enseignement ont leur impor- tance. jts c'tst en même temps réfléchir sur la façon dont ces noions ont été acquises par nos ancêtres.

les géodésiens nous )nt procuré les quelques notions que nous posséd)ns •ur la figure de la Terre. Les notions qui paraissaient le mieux sont battues en établies hardis novateurs. Est-ce bien là une qies. L'astronomie nous offre des spectacles grandioses et On ne p3ut méthode expé- soulève de gigantesques problèmes. la méthode du physicien peut venir en aide à l'astronome. Certainement il brèche par de prématuré serait de leur donner raison dès aujourd'hui. songer à leur appliquer directement la rimentale. nos laboratoires sont trop petits. par une voie détournée. eit un ensemble de Soleils dont les mouvements senblent d'abord capricieux.re les propriétés? C'est ainsi que. . car trop étonnantes J'ai suivi le plus les si j'ii possible Tordre nouvelles idées sembleraient on ne voyait comment elles #nt pu prendre naissance. . Mais cet ensemble ne peut-il être comparé à celui des molécules d'un gaz d)nt la théorie cinétique des gaz nous a fait connai. et souvent de quels dangers. Jais Tanalogie avec les phénomènes que ces laboratoires nous permettent d'atteindre peut néanmoins giider l'astronome. j'ai voulu faire en quelques lignes Thistâre du développement de la géodésie française 'ai montré au prix de quels efforts persévérants. uniquement parce que ce sont des novateurs. La Voie Lactée.^ SCIENCE ET METHODI La mécanique semble sur le point de subir une révolution complète. et c'est ce que cherché à historique faire. par exemple. Mais il y a intérêt à faire connaître leurs doctrines. Enfin.

INTRODUCTION O méthode? Oui. cette histoire nous enseigne en effet de quelles précautions il faut tion de entourer jne opération scientifique sérieuse et ce qu'il faut de temps et de peines pour conquérir décimale nouvelle. sans doute. uni- .

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le coccinelles qui existent sur notre pla- ? est clair que le mot utilité n'a pas pour lui le . infini. ce choix sur vaut-il pas par nos le dès lors. les faits.LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCS CHAPITRE L% choix des Tolstoï quelque explique I faits. ne laisser guider par l'utilité. Il faut choisir. mieux nous besoins pratiques et surtout moraux n'avons-nous pas mieux à faire que de compter nombre des nète U . pouvons-nous régler simple caprice de notre curiosité . part pourquoi «i la Science pour la Science » est à ses yeux une con- Nous ne pouvons connaître tous puisque leur nombre est pratiquement ception absurde.

et elle doit si notre choix ne peut être déterminé que par le caprice ou par l'utilité immédiate. ni par conséquent de science. il ne peut y avoir de science pour la science. uniquement occupée à tendre la joue gauche. ni de l'autre idéal . ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie. ne mourraient pas de maladie. Mais cela. La question n'en subsiste pas moins. et derrière eux la plupart de nos contemporains. des mer- ou de Tautomobilisme qu'il regarde plutôt comme des obstacles au progrès moral l'utile. Gela est-il vrai ? Qu'il faille faire un choix^ cela n'est pas contestable. mais à coup sûr mourraient d'ennui. c'est uniquement ce qui peut rendre veilles de l'électricité . Il se soucie peu des applications de Tindustrie. c'est une affaire de goût et ce n'est pas ce point que je veux discuter. évitant les excès. pendant que le savant découvre un fait. quelle que soit notre activité. Mais les savants croient qu il y a une hiérarchie . et où je vivraient des sages sans curiosité qui. l'homme meilleur. ni de cette démocratie vertueuse et médiocre. les faits vont plus vite que nous. je ne sau- contenter ni de l'un.SCIENCE ET METHODE 8 sens que lui attribuent les hommes d'affaires. Pour moi. il s'en pro- duit des milliards de milliards dans un millimètre cube de son corps. retenir notre attention . et nous ne saurions les rattraper . ai-je besoin de rais me le dire. Vouloir faire tenir la nature dans la science. ne voudrais ni de cette ploutocratie avide et bornée.

puisque sans cela il n'y aurait pas de science et que la science existe. et ces si s'ils prati- hommes n'avaient fous désintéressés qui sont morts pauvres. il ne progresseC'est que. et le plus souvent mieux que la raison ne guiderait une pure intelligence. puisque l'instinct les guide. toutes les fois du moins qu'ils poursuivent un but immédiat et toujours le même. ces fous ont économisé à leurs successeurs la peine de penser. la plupart des hommes n'aiment pas à penser et c'est peut-être un bien. 8l si la pensée ne le fécondait pas. comme Mach. en face d'un besoin nouveau. et qui pourtant avaient un autre guide que leur caprice. comment doit se faire notre les faits les plus intéressants sont ceux' qui . tout aurait été i recommencer. Cela nous montre choix . mais l'instinct c'est la routine. qui ne pensaient jamais à l'utile. Il faut plus précieuse qu'elle sera plus générale.LB CHOIX DES FAITS des faits et cieux . Or. ils 9 qu'on peut faire entre eux un choix judi- ont raison. Ceux qui auraient travaillé uniquement en vue d'une application immédiate n'auraient rien laissé derrière eux et. et c'est pourquoi une loi sera d'autant fourmi. rait l'a dit pas plus chez l'homme que chez l'abeille ou la donc penser pour ceux qui n'aiment pas à penser et. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que les conquêtes de l'industrie qui ont enrichi ques n'auraient jamais vu pratiques avaient seuls été devancés par des tant le d'hommes jour existé. il faut que chacune de nos pensées soit aussi souvent utile que possible. comme ils sont nombreux.

SCIENCE ET MÉTHODE 18 peuvent servir plusieurs fois ce sont ceux qui ont chance de se renouveler. Il est clair que dans un fait complexe. il n'y aurait pas de science peut-être . Grâce à Dieu. tout ce que nous saurions des autres cailloux ne vaudrait rien pour lui. Alors. Nous avons eu le bonheur de naître dans un monde où il y en a. celui-là n'est pas apprécié à sa valeur. mais qu'ils soient répartis uniformément. comment Qui nous dit que ce que ne recouvre pas une effroyable les reconnaître ? Dious croyons simple . . Le biologiste serait tout aussi embarrassé s'il n'y la . qu'ils ne soient pas les uns communs et les autres rares. nous en ayons 60 milliards. s'il y en a. il n'en est pas comme tous les bonheurs auxquels on est ainsi accoutumé. il y aurait une grande probabilité pour qu'il soit formé de quelque substance inconnue . Mais y a-t-il des faits simples et. mille circonstances dité fils sont réunies par hasard. toutes les fois que nous ramasserions un nouveau caillou. . avait que des individus pas les et pas d'espèce et si l'hérésemblables aux pères. et qu'un hasard bien moins vraisemblable encore pourrait seul les réunir de nouveau. puisque révolution n'aurait pu y développer les instincts conservateurs. pensée et même la vie y seraient-elles impossibles. Supposons qn'^n lieu de 60 éléments chimiques. ne faisait Quels sont donc les faits qui ont chance de se renouveler ? Ce sont d'abord les faits simples. comme lui nous ne pourrions dans un qu'obéir à nos caprices ou à nos besoins pareil monde. devant chaque objet nouveau nous serions comme Tenfant qui vient de naître.

il faut le faire exprès. mieux encore. Il y a donc peu de chance pour qu'un assemblage où on distingue quelque chose se reproduise jamais. . soit dans toute sa pureté. ou bien cette simplicité est réelle.LE CHOIX DES FAITS 11 complexité ? Tout ce que nous pouvons dire. ce mélange ihtime a également plus de chance de se reproduire qu'un assemblage hétérogène le hasard sait mélanger. Mais où est le fait simple ? Les savants ont été le chercher aux deux extrémités. dans l'inflnimen grand et dans Finfiniment petit. L'Astronome Ta . c'est et ce que qui la justifie peut- les faits fréquents nous paraissent simples. etpour faire avec des éléments multiples un édifice bien ordonné dans lequel on distingue quelque chose. C'est ce qui justifie la méthode instinctivement adoptée par être le savant. Dans le premier cas. précisément parce que nous y sommes habitués. de deux choses Tune. Dans le second cas. il ne sait pas démêler. même s'ils ne le sont pas. ou bien les éléments sont assez intimement mélangés pour ne pouvoir être distingués. seront donc plus facilement ramenés par le hasard. nous avons chance de rencontrer de nouveau ce même fait simple. Et alors. Les faits qui paraissent simples. soit entrant lui-même comme élément dans un ensemble complexe. Il y en a beaucoup au contraire pour qu'un mélange qui semble homogène au premier coup d'œil se renouvelle plusieurs fois. c'est que nous devons préférer les faits qui paraissent simples à ceux où notre œil grossier discerne des éléments dissemblables.

que chacun d'eux n'apparaît plus que comme un point si grandes que les diffé- trouvé parce . trop sont pour lui sont les hommes. qui subissent des variations lentes et continues quand on passe d'un point du corps à l'autre.SCIENCE ET MÉTHODl 12 que les distances des astres sont immenses. il faut . de sorte que la sociologie est la science sément le choix des faits. cubes. trop variables. pas est comment alors choisir le fait intéressant qui celui qui recommence la méthode. puisque les cellules. trop capricieux. pourront être regardées comme constantes à l'intérieur de chacun de ces petits qualités. Et. Le Socioles éléments. et on en a imaginé beaucoup. si grandes. . rences qualitatives s'effacent et parce qu'un point est plus simple qu'un corps qui a une forme et des au contraire. sont plus semblables entre elles. trop complexes euxmêmes en un mot aussi. De même le Biologiste a été instinctivement porté à regarder la cellule comme plus intéressante que l'animal entier. c'est préci. chaque thèse de sociologie propose une méthode nouvelle que d'ailleurs le nouveau docteur se garde bien d'appliquer. l'événement et lui a donné raison. l'histoire ne recommence . qui logiste est plus embarrassé dissemblables. le Physicien. pour qui sait reconnaître leurs ressemblances. . a cherché le phénomène élémentaire en découpant fictivement les corps en cubes infiniment petits. appartenant aux orga nismes les plus divers. donc se préoccuper d'abord d'imaginer une méthode. que ne le sont ces organismes eux-mêmes. parce qu'aucune ne s'imposait. parce que les conditions du problème.

de sorte qu'il serait impossible de les relier par un trait continu. dès qu'elle est hors de doute. C'est donc par les faits réguliers qu'il convient de mais dès que la règle est bien établie. et qu'ils seraient inutilisables pour d'autres applications. Mais pour cela comment les joindra a déterminé un point extrême de ne va pas rester tout près de celte va-t-il faire ? S'il la courbe. . il . Le praticien qui ne se préoccuperait que de l'utilité immédiate observerait seulement les points dont il aurait besoin pour quelque objet spécial ces points se répartiraient mal sur la courbe ils seraient accumulés dans certaines régions. mais parce qu'elles seront les plus instructives. Le savant procédera différemment comme il veut étudier la courbe pour elle-même. . non seulement parce qu'elles seront les plus frappantes. . puisqu'ils ne C'est alors l'exception qui devient importante.13 LE CHOIX DES FAITS qui possède le plus de méthodes et le moins de résultats. faits pleinement conformes sont nous apprennent plus rien de nouveau. rares dans d'autres. les qui y sont bientôt sans intérêt. il répartira régulièrement les points à observer et dès qu'il en connaîtra quelques-uns. par un tracé régulier et il possédera la courbe tout entière. et parmi les diffé- rences on choisira d'abord les plus accentuées. il . On cessera de rechercher les ressemblances pour s'atta- cher avant tout aux différences. commencer . Un exemple simple fera mieux comprendre ma pensée je suppose qu'on veuille déterminer une courbe en observant quelques-uns de ses points.

point le pius instructif sera celui du milieu. dans le petit coin du naonde où nous sommes appelés à vivre et à agir. Quand nous les envisagerons de ce biais. celui du passé géologique en allant très loin dans l'espace. nous les verrons s'élargir et tendre à tout embrasser. l'intérêt des faits astronomiques. entre autres raisons. Les règles particulières semblent d'abord discordantes. elles se rapprochent par la forme. mais en y regardant de plus près. nous pouvons trouver nos règles habituelles entièrement bouleversées et ces grands bouleversements nous .«CIENCE ET MÉTHODE 14 extrémité. différentes par la matière. maïs il va courir d'abord à Tautre bout après les deux extrémités le . et ainsi de suite. De là. Nous connaîtrons mieux ce coin pour avoir voyagé dans les pays où nous n'avions rien à faire. par Tordre de leurs parties. nous voyons en général qu'elles se ressemblent. Mais ce que nous devons viser. quand une règle est établie. ou bien très loin dans le temps. aideront à mieux voir ou à mieux comprendre les petits changements qui peuvent se produire plus près de nous. Ainsi. mais ces quelques . ce que nous devons rechercher d'abord ce sont les cas où cette règle a le plus de chances d'être en défaut. c'est moins de lointains constater les ressemblances et les différences. Je ne puis insister davantage. Et voilà ce qui fait le prix de certains faits qui viennent compléter un ensemble et montrer qu'il est l'image fidèle d'autres ensembles connus. que de retrouver les similitudes cachées sous les divergences apparentes. .

Il ne le dit Tolstoï. et sans ce support. . mais elle n'a rien à faire avec la fi. si intéressants qu'ils soient.15 LB CHOIX DES FAITS f mots suffisent pour montrer que pas au hasard les faits compte pas des coccinelles. elle ne vaudrait pas la peine d'être connue. un squelette pour ainsi dire aux chatoyantes apparences qui flattent nos sens. de la beauté des qualités et des apparences non que j*en fasse là. Mais nous n'avons encore envisagé qu'un des côtés de la question. et qu'une intelligence pure peut saisir. Au contraire. qu'il comme parce que le nombre de ces animaux. Le savant n'étudie pas la nature parce que cela est utile prend plaisir et belle. Si la il . le savant ne choisit doit observer. Je ne parle pas ici. est sujet à de capricieuses variationse Il cherche à condenser beaucoup d'expérience et beaucoup de pensée sous un faible volume. plus peut-être que pour le bien futur de l'humanité. la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. la beauté de ces rêves fugitifs ne serait . bien entendu. qu'imparfaite parce qu'elle serait indécise et tou- jours fuyante. de cette beauté qui frappe les sens. la beauté intellectuelle àelle-même et c'est pour elle. C'est elle qui donne un corps. . y prend il l'étudié parce qu'il y plaisir parce qu'elle est nature n'était pas belle. loin de science je veux parler de cette beauté plus intime qui vient de Tordre harmonieux des parties. que le savant se suffît se condamne à de longs et pénibles travaux. et c'est pourquoi un petit livre de physique contient tant d'expériences passées et mille fois plus d'expé- riences possibles dont on sait d^avaiice le résultat.

cette économie d'effort. Les édifices que nous admirons sont ceux où Tarchitecte a su proportionner les moyens au but. bien les le On peut monde rêver un monde harmonieux. qu'il est . parmi les traits de son modèle. qui nous fait choisir propres à contribuer à cette harmonie. Et il n'y a pas à craindre que cette préoccupation instinctive et inavouée détourne le savant de la recherche de la vérité. est une source de beauté en même temps qu'un avantage pratique. de Tharmonie du monde. com- réel le plus grands laissera loin derrière lui artistes Grecs. les mesquin auprès du vrai ciel. tantôt à scruter avec le nous microscope cette prodigieuse petitesse qui est aussi une grandeur. que nous rechercherons de préférence les faits simples et les faits grandioses. que nous complairons tantôt à suivre la course gigantesque des astres. ceux qui complètent le porles faits les plus trait et lui donnent le caractère et la vie. de même que l'artiste choisit.8CIENCB ET METHODB 16 donc C'est le sens la recherche de cette beauté spéciale. tantôt à rechercher dans les temps géologiques les traces d'un passé qui nous attire parce qu'il est lointain. et où les colonnes semblent porter sans effort ^t allègrement le poids . Et Ton voit que le souci du beau nous conduit aux mêmes choix que celui de l'utile. jamais. qui est d'après Mach la tendance constante de la science. Et c'est parce que la simplicité-. Et c'est ainsi également que cette économie de pensée. du nôtre. s'étaient construit qui un furent ciel . parce que la grandeur est belle.

et que même temps l'outil que mieux manier? Ou bien y par suite elles sont en cette intelligence sait le a-t-il là un jeu d® révolution Les peuples dont et de la sélection naturelle? l'idéal était le plus conforme à leur intérêt bien entendu ont-ils exterminé les autres Les uns et les autres poursuivaient leur idéal. D'où vient cette concordance ? Est-ce simplement que les choses qui nous semblent belles sont celles qui s'adaptent le mieux à notre intelligence. et même qu'il y a des savants qui ont un très mauvais caractère. . sans se rendre compte des conséet pris leur place ? quences. Je sais bien qu'il y a des mécomptes. tandis que les Grecs aimaient la beauté intelcache sous la beauté sensible et que c'est celle-là qui fait l'intelligence sûre et forte. On serait tenté de le croire. mais tandis que cette recherche menait les uns à leur perte. héritière de la pensée des Grecs. si les Grecs ont triomphé des barbares et si l'Europe. c'est parce que les sauvages aimaient les couleurs criardes et leg sons bruyants du tambour qui n'occupaient que leurs sens. Mais cette recherche désintéressée du vrai pour sa beauté propre est saine aussi et peut rendre l'homme meilleur. aux autres elle donnait Tempire. Sans doute un pareil triomphe ferait horreur à Tolstoï et il ne voudrait pas reconnaître qu'il puisse être vraiment utile.17 LE CHOIX DES FAITS qu'on leur a imposé. comme les gracieuses caria- tides de rErechthéion. que le penseur n'y puise pas lectuelle qui se toujours la sérénité qu'il devrait y trouver. domine le monde.

pense-t-on que les moralistes eux-mêmes sont irréprochables quand chaire 9 ils sont descendus de leur .^* SCIENCE ET MÉTHOD» Doit-on dire pour cela qu'il faut abandonner la science et n'étudier que la morale ? Eh quoi.

pour nous autres mathématiciens. ceptibles d'être résolus l'avaient été déjà. un procédé en quelque sorte professionnel? Nous sommes accoutumés à extrapoler^ ce qui est un moyen de déduire l'avenir du passé et du présent. l'exemple du passé nous rassure. et comme nous savons bien ce qu'il vaut. Heureusement. ou. Et puis le sens élargi. Pour prévoir Tavenir des mathématiques. tout au les fait l'inventaire de ceux qui comportent solution. et qu'après eux il n'y aurait plus qu'à glaner. Il y a eu autrefois des prophètes de malheur. les du mot solution s'est problèmes insolubles sont devenus 2 les . Bien des fois déjà on a cru avoir résolu tous moins.CHAPITRE II L'avenir des Mathématiques. la vraie méthode est d'étudier leur histoire et leur état présent. avoir une problèmes. Ils répétaient volontiers que tous les problèmes susN'est-ce pas là. nous ne risquons pas de nous faire illusion sur la portée des résultats qu'il nous donne.

il en est qu'on laissera de côté et d'autres qu'on retiendra. Nos richesses ne tarderaient pas à devenir encombrantes et leur accumulation produirait un fatras aussi impénétrable que l'était pour l'ignopuisqu'ils sont morts. rant la vérité inconnue. de sorte qu'à présent je crois bien qu'il n'y en a plus. qui qu'un coin de l'univers. C'est lui qui construit de . le mathématicien. lui non plus. mais il s'agit de savoir dans quel sens. qu'on obtient par l'extraction de radicaux. On me répondra « dans tous les sens » et cela est vrai en partie. d'autant plus que ces faits c'est son caprice. cela a été celle . ne peut conserver les faits pêle-mêle tous les faits qui se présentent à lui. le cerveau du savant. ne pourra jamais contenir l'univers tout entier. II en est de même. intention n'est donc pas de les com^battre Mon nous savons bien que les mathématiques continueront à se développer. L'historien. Pour les Grecs. de sorte que. a fortiori^ en mathématiques. le physicien lui-même. cela deviendrait un peu ^ffrayant. toujours forcés de reculer. une bonne solution était celle qui n'emploie que la règle et le compas ensuite. Les pessimistes se trouvaient ainsi toujours débordés.SCIENCE ET MÉTHODE «0 plus intéressants de tous et d'autres problèmes se sont posés auxquels on n'avait pas songé. j'allais dire c'est les crée. mais si cela était tout à fait vrai. qui lui. parmi innombrables que la nature nous offre. doivent faire un choix n'est entre les faits . puis celle où ne figurent que des fonctions algébriques ou logarithmiques.

au lieu de cultiver notre science que de nous plaisir. nous autres géomètres. forcés de choisir. nous n'aurions au xx* siècle ni télégraphie. n'avoir d'autre souci accommoder au goût de la clientèle? Si les mathé- matiques n'ont d'autre objet que de venir en aide à ceux qui étudient la nature. si en les une nécessité. pour notre et. ne sont donc pas guidés dans leur choix uniquement par l'utilité. ce n'est pas en général la nature qui la lui apporte toute faite. Comment donc fontils pour choisir entre les faits naturels? Nous l'avons été . c'est de ces derniers que nous devons attendre le mot d'ordre. ni électrotechnique. pour un phénomène. Cette façon de voir est-elle légitime? Certainement non. nous devons nous borner à attendre les commandes. ni électrochimie. que le physicien ou Tingénieur lui demandent de calculer un nombre en vue d'une application. nous n'aurions pas matique. parce qu'elle n'aurait à leurs yeux qu'une curiosité sans intérêt pratique. Dira-t-on que. et savants du xviii® siècle ait fait avaient délaissé l'électricité. Les physiciens.l'avenir des mathématiques 21 une combinaison nouvelle en eu rapprochant lés éléments. Les physiciens non plus n'attendent pas. si nous n'avions pas cultivé les sciences exactes pour elles- mêmes. Sans doute il arrive quelquefois que le mathétoutes pièces maticien aborde un problème pour satisfaire à un besoin de la physique. et le créé l'instrument mathé- jour où serait venu le mot d'ordre du physicien. que quelque besoin urgent étudier de ils la vi^ matérielle leur ont bien raison. nous aurions été désarmés.

mais une de ces combinaisons. nous devons croire qu'avant Newton bien des hommes avaient vu tomber des pommes aucun n'avait rien su en conclure. nous nous sommes souvent donné beaucoup de peine pour la construire. tant qu'elle est isolée. mais cela ne sert absolument à rien. : cache derrière. des esprits qui. sentiront Tâme du fait. Le fait isolé frappe tous les yeux. Mais ce que le vrai physicien seul sait voir. mais elle est symbolique. nous pouvons faire sortir des millions de combinaisons différentes. Eh bien. des éléments variés dont nous disposons. dont l'analogie mais cachée.22 8GIBNGB ET llâTHODB expliqué dan& le chapitre précédent. apparaissent pas isolés. les faits qui Hes intéressent ce sont ceux qui peuvent conduire à la découverte d'une loi. som qui ne nous mais comme étroitement groupés avec d'autres. ce sont donc ceux qui analogues à beaucoup d'autres comme faits. L'anecdote de la pomme de Newton n'est probablement pas vraie. Il sujet de devoir . si ce n'est peut-être pour renseignement en sera tout autrement le jour où cette combinaison prendra place dans une classe de à donner un secondaire. parlons-en donc comme si elle était vraie. En mathématiques nous faisons tout à fait la même chose. ceux du vulgaire comme ceux du savant. est absolument dépourvue de valeur. Les faits seraient stériles s'il n'y avait des esprits capables de choisir entre eux en discernant ceux derrière lesquels il se cache quelque chose et de reconnaître ce qui se c'est le lien qui unit plusieurs faits est profonde. sous le fait brut.

Et. l'histoire de la science nous fournirait une foule d'exemples qui sont familiers à tous. Le sauvage calcule la avec ses doigts ou en assemblant de petits cailloux. il lui aura suffi d'inventer un mot nouveau. dit que le Science est de produire l'économie de même que Et cela est machine produit l'économie très juste.23 l'avenir des mathématiques combinaîsons analogues et où nous aurons remarqué cette analogie. . de d'effort. ce ne sera pas Touvrier qui aura patiemment édifié quelques-unes de ces combinaisons. avec des cailloux ou autrement. nous leur épargnons pour plus tard d'innombrables manœuvres de cailloux. que 6 fois 7 font 42 et il a eu Tidée de noter le résultat. c'est-à-dire à la quantité de pensée qu'elle nous permet d'économiser. ce jour-là. et c'est pour cela que nous n'avons pas besoin de recommencer. le véritable inventeur. Celui-là n'a pas perdu son temps si même il ne calculait que pour son plaisir son opération uq lui a pris que deux minutes. Le premier n'aura vu que le fait brut. . L'importance d' jn fait se mesure donc à son rendement. En apprenant aux enfants la table de multiplication. ce sera celui qui aura mis en évidence leur parenté. Tautre seul aura senti Tâme du fait. nous ne serons plus en présence d'un fait. Souvent. mais d'une loi. pour affirmer cette parenté. et ce mot aura été créateur. Quelqu'un autrefois a reconnu. Le célèbre philosophe viennois Magh a rôle de la pensée. elle en aurait exigé en tout deux milliards. si un milliard d'hommes avait dû la recommencer après lui.

Je n'aurai pas perdu mon temps. je ne serai pas payé de ma peine si je ne suis devenu par là capable de prévoir les résultats d'autres calculs an2|.logues et de les diriger à coup sûr en évitant tâtonnements auxquels j'ai dû me résigner la fois. s'ils m'en ont montré à la fois les ressemblances et les différences. Mais ce n'est là qu'un exemple grossier.24 SCIENCE ET MÉTHODE En physique. parce qu'ils permettent d'en prévoir un très grand nombre d'autres. Si un résultat nouveau a du prix. est l'exemple simple qui se présente tout d'abord à l'esprit. c'est une force nouvelle. tout le monde sent y a des analogies qui ne peuvent s'exprimer par une formule et qui sont les plus précieuses. Je me suis livré à un calcul compliqué et suis arrivé péniblement à un résultat. si ces tâtonnements mêmes ont fini par me révéler Tanalogie profonde du problème que je viens de traiter avec une classe beaucoup plus étendue d'autres problèmes. c'est quand en reliant des éléments connus depuis longtemps. mais qu'il . et il n'en est pas autrement en mathématiques. si en un mot ils m'ont fait entrevoir la possibilité d'une généralisation. au contraire. Une formule algébrique qui nous donne la solu- tion d'un type de problèmes numériques. les faits à grand rendement sont ceux qui rentrent dans une loi très générale. Ce n'est pas alors un résultat noules première veau que j'aurais acquis. pourvu que l'on remplace à la fin les lettres par des nombres. Grâce à elle un seul calcul algébrique nous épargne la peine de recommencer sans cesse de nouveaux calculs numériques.

Notre esprit est infirme comme le sont nos il se perdrait dans la complexité du monde sens si cette complexité n'était harmonieuse. . Teur heureux balancement c'est en un mot tout ce qui y met de Tordre. dans une démonstration. il introduit subitement Tordre là où régnait Tapparence du désordre. Les mathématiciens attachent une grande importance à Télégance de leurs méthodes et de leurs résultats ce n'est pas là du pur dilettantisme. mais lui seul donne lei3r valeur à tous les faits anciens qu'il relie. . ce qui nous permet par conséquent d'y voir clair et d'en comprendre Tensemble en même temps que les détails. II nous permet alors de voir d'un coup d'œil chacun de ces éléments et la place qu'il occupe daûs Tenscmble. mieux nous apercevrons ses analogies avec d'autres objets voisins.l'avbnir des mathématiques 25 jusque-là épars et paraissant étrangers les yns aux autres. plus nous verrons cet ensemble clairement et d'un seul coup d'œil. Les seuls faits dignes de notre attention sont ceux qui introduisent de Tordre dans cette complexité et la rendent ainsi accessible. Mais. Qu'est-ce qui nous donne en effet dans une solution. leur symétrie. parce qu'il serait incapable de tout embrasser. plus par conséquent . en effet. tout ce qui leur donne de Tunité. Ce fait nouveau non seulement est précieux par lui-même. il n'en verrait que les délails à la façon d'un myope et il serait forcé d'oublier chacun de ces détails avant d'examiner le suivant. . le sentiment de Télégance? C'est Tharmonie des diverses parties. précisément. c'est là aussi ce qui lui donne un grand rendement.

semble-t-il. elle est féconde même quand elle ne résulte que du contraste entre la simplicité des moyens et complexité du problème posé. C'est encore la comparaison de l'Erechthéion qui me vient à l'esprit. tout ce que nous désirions savoir? C'est parce que. quand un calcul un peu long nous a conduits à quelque résultat simple et frappant. de L'élégance Timprévu par peut la les généra- provenir rencontre du inat- tendue d'objets qu'on n'est pas accoutumé à rapprocher. C'est pour la même raison que. Cette satisfaction esthétique est par suite liée à l'économie de pensée.26 iCIENCE ET MÉTHODl nous aurons de chances de deviner lisations sentiment possibles. et c'est à cause de cette adaptation même que cette solution peut être pour nous un instrument. mais je x>e veux pas la resservir trop souvent. nous ne sommes pas satisfaits tant que nous n'avons pas montré que nous aurions pu prévoir^ sinon ce résultat tout entier. du moins ses traits les plus caractéristiques. Pourquoi? Qu'estce qui nous empêche de nous contenter d'un calcul qui nous a appris. dans des cas ana- . elle nous fait alors réfléchir à la raison de ce contraste et ie plus souvent elle nous fait voir que cette raison n'est pas le hasard et qu'elle se trouve dans quelque loi insoupçonnée. En un mot. ie sentiment de l'élégance mathématique n'est autre chose que la satisfaction due à je ne sais quelle adaptation entre la solution que l'on vient de découvrir et les besoins de notre la esprit. là encore elle est féconde. puisqu'elle nous dévoile ainsi des parentés jusque-là méconnues.

on serait amené à conclure qu'avant 1820. . Et puisqu'il nous permet de prévoir si la solution de ces problèmes sera simple. Je crois que personne ne contestera cette vérité. Ce raisonnement étant court. ce n'est pas seulement Tordre. ce n'y a rien . il n'y avait pas de mathématiques. on en voit d'un seul coup toutes les parties. c'est le néant. par exemple. ils ont bien raison et cette ten- dance s'accentuera de plus en plus.l'aVBNIR DE3 MATHÉMATIQUE» 27 logues. piais sans elle il une démonstration qui n'est pas rigoureuse. de sorte qu'on aperçoit immédiatement ce qu'il y faut changer pour Tadapter à tous les problèmes de même nature qui peuvent se présenter. Mais si on la prenait trop à la lettre. c'est l'ordre inattendu qui vaut quelque chose. le long calcul ne pourrait pas resservir. l'âme du fait lui échappera toujours. il ne suffît pas de moudre des calculs ou d'avoir une machine à mettre les choses en ordre. Depuis le milieu du siècle dernier. et même du raisonnement souvent à demi intuitif qui aurait pu nous permettre de prévoir. La machine peut mordre sur le fait brut. les mathématiciens sont de plus en plus soucieux d'atteindre à l'absolue rigueur. Pour obtenir un résultat qui ait une valeur réelle. Ce que nous venons de dire suffît pour montrer combien il serait vain de chercher à remplacer par un procédé mécanique quelconque la libre initiative du mathématicien. En mathématiques la rigueur n'est pas tout. il nous montre tout au moins si le calcul qu'il n'en est pas de mérite d*être entrepris.

et si je crains les longueurs. ce n'est donc pas assez de donner des modèles à imiter. nos démonstrations perdent cette apparence d'harmonie dont j'ai expli- qué tout à l'heure le rôle utile. on n'a plus eu besoin de les répéter puisqu'on pou- . mais si les démonstrations de l'avenir doivent être bâties sur ce modèle. étaient parfaitement longs. les volontiers . . cela ne veut mais pas dire qu'ils ne le voyaient pas du tout trop rapidement. ce n'est pas seulement parce que je redoute l'encombrement des bibliothèques. mais parce que je crains qu'en s'allongeant. il aurait fallu qu'ils prissent la peine de le dire. ceux qui les premiers se sont préoc- cupés avant tout de la rigueur nous ont donné des raisonnements que nous pouvons essayer d'imiter. bien voir. le . C'est à l'économie de pensée que l'on doit viser. et pour le ils passaient là-dessus serait manifestement excessif. Un jour on a imaginé le mot d'uniformité de la convergence et ce mot seul les a rendus inutiles.SCIENCE BT MÉTHODl 28 géomètres de ce ce que nous temps sous-entendaient expliquons par de prolixes discours. les traités de mathématiques vont devenir bien longs. Et c'est à quoi l'on a déjà réussi quelquefois par exemple il y avait tout un type de raisonnements qui se resces modèles déjà et. ils semblaient tous et qu'on retrouvait partout ils mais étaient rigoureux. fait. Il faut qu'on puisse après nous se passer de au lieu de répéter un raisonnement résumer en quelques lignes. Seulement toujours nécessaire de le dire est-il tant de fois.

^la forme. Nous Tenons de l'importance des j'en pourrais citer voir par un exemple quelle est mots en mathématiques. diff*érentes par croire de pensée. que saisne l'oublions pas.l'avenir des mathématiques vait les sous-entendre. quantités imaginaires. la matière. Un mot bien choisi suffit le plus souvent pour faire disparaître les exceptions que comportaient les règles énoncées dans l'ancien langage. s'appliquent immédiatement à beaucoup d'objets nouveaux. mais beaucoup d'autres. sans pourtant rien sacrifier de la rigueur. le faites pour un objet connu. Quand même langage a été bien choisi. c'est pour cela qu'on a imaginé l^s quantités négatives. sont pernicieuses. On ne saurait combien un mot bien choisi peut économiser comme disait Mach. Je ne sais si je n'ai pas déjà dit quelque part que la mathématique est Tart de donner le même nom à des choses différentes. mais c'est surtout de nous permettre le plus souvent possible de ne pas faire service . parce qu'elles cachent les lois. on est tout étonné de voir que toutes les démonstrations. c'est l'un des caractères auxquels od . 29 Les coupeurs de difficultés en quatre peuvent donc nous rendre un double c'est d'abord de nous apprendre à faire comme eux au besoin. soient semblables pai. comme eux. Il convient que ces choses. bien. qu'elles puissent pour ainsi dire se couler dans le moule. pas même les mots. puisque les noms sont devenus les mêmes. les points à je encore? Et Ëb les exceptions. on n'a rien à y changer. les l'infini.

Nous savons maintenant que dans un groupe la matière nous intéresse peu. d'ailleurs. agissent absolument de gage. comment. et riant. les mots qui ont exercé la plus heureuse Parmi influence. Les physiciens. ils se croyant bien éloignés les uns des se trouvaient tout à coup rapprochés sans comprendre pourquoi. je signalerai ceux de groupe et d'inva- nous ont fait apercevoir l'essence de bien ils nous ont raisonnements mathématiques anciens mathémamontré dans combien de cas les ticiens considéraient des groupes sans le savoir. il ne prend de valeur que le jour où un penseur mieux avisé aperçoit le rapprochement qu'il met en évidence et le symbolise par un mot. ils ont inventé le mot d'énergie. même. on connaît par cela même tous les groupes isomorphes mots de groupe et . :iue c'est la forme seule qui importe et que quand on connaît bien un groupe. autres. Nous dirions aujourd'hui qu'ils avaient envisagé les groupes isomorphes. parce que lui aussi créait la loi en éliminant les exceptions. et ce mot a été prodigieusement fécond. et grâce à ces d'isomorphisme qui résument en quelques syllabes cette règle subtile et la ren- . parce qu'il donnait la le même nom à des choses différentes par matière et semblables par la forme. Le intérêt. ce sont ceux qui permettent ces heureuses innovations de lanfait brut est alors quelquefois sans grand on a pu le signaler bien des fois sans avoir rendu grand service à la science.SCIENCE ET MÉTHODE 30 reconnaît les faits à grand rendement. Ils des .

aussi nous avons tou- jours vu et nous verrons encore les mathématiciens marcher dans deux directions opposées. le passage est immédiat et peut se faire en économisant tout effort de pensée. pour- quoi attache-t-on tant de prix à l'invention d'une transformation nouvelle? parce que d'un seul théo- nous permet d'en tirer dix ou vingt elle valeur qu'un zéro ajouté à la droite rème elle a la même . d'autant plus c'est celle de ses créations pour laquelle il a fait le moins d'emprunts au dehors. C'est pourquoi certaines spéculations mathématiques sont utiles. Mais la nature des problèmes qui se posent y contribue également. selon moi ce but est double. d'un nombre entier. et par conséquent de la nature .L* AVENIR DES MATHÉMATIQUES 31 dent promptement familière à tous les esprits. L'idée de groupe se rattache d'ailleurs à celle de transformation. D'une part. Nous ne pouvons oubher quel doit être notre but. qui visent l'étude des postulats. commes celles des géométries inaccoutumées. et c'est pour nos deux voisines que nous travaillons. Voilà ce qui a déterminé jusqu'ici le sens du la science mathématique. parce que réfléchir sur elle-même. et c'est mouvement de aussi bien certainement ce qui le déterminera dans l'avenir. la science mathématique chir doit réflé- sur elle-même et cela est utile. notre science confine à la fois à la philosophie et à la physique.» c'est réfléchir sur l'esprit humain qui l'a que créée. des fonctions à allures étranges. Plus ces spéculations s'écarteront des conceptions les plus communes.

elles nous montreront faire. Ordinairement on ne la connaît pas. mieux par conséquent elles nous le feront trait connaître en lui-même. ou simplement il vou. je le sais. ou plutôt ce que nous devons toujours chercher à faire. on ne considérait une équation comme résolue que quand on en avait exprimé la solution i d'un nombre de fonctions connues. si on savait au juste de quel chiffre ringénieur a besoin et avec quelle approximation. Ce que nous pouvons toujours faire. mais cela n'est possible qu'une fois sur cent à peine. c'est de l'aide fini . de notre armée. répondons-nous. ne rentre pas dans Tun des types intégrables. mais on pourrait calculer ce chiffre sans elle. Mais c'est du côté opposd. en réalité. qu'il faut diriger le gros Là nous rencontrons qui nous disent : « le physicien ou Tingénieur Pourriez-vous m'intégrer équation différentielle. vous savez qu'il n'y en a pas beaucoup. drait un certain chiffre qui se déduirait facilement de cette intégrale si on la connaissait. quand il se sousde plus en plus à la tyrannie du monde extérieur.32 SCIENCE ET MÉTHQDS mieux ce que Tesprit humain peut et des applications. » « Cette équation. • « Oui. il suffirait de s'entendre l'ingénieur. Autrefois. n'a pas besoin ^de l'intégrale en termes finis il a besoin de connaître l'allure générale de la fonction intégrale. j'en aurais besoin d'ici <cette à huit jours en yue de telle construction qui doit être ter- minée pour telle date. du côté de la nature. . mais alors à quoi servez-vous? » Le plus souvent.

» et . on peut la représenter toujours par une série infinie convergente qui permet de la calculer. Il reste ensuite à trouver la solution quantitative du problème. Il voulait dire tout simplement qu'il pouvait former (par la méthode des coefficients indéterminés) une série de puissances satisfaisant formellement à Téquation proposée. mais si Tinconnue ne peut être déterminée par un calcul fini. d'abord la série parce qu'elle converge très vite (cela. en le Je Leibnitz. mais nous nous savons que cet anagramme traduisant dans le langage moderne: qui avons la « . Une semblable solution aujourd'hui ne nous satisferait plus. c'est tielles. nous paraît ne rien laisser à désirer. c'est-à-dire de chercher à connaître la ainsi forme générale de la courbe qui représente la fonction inconnue. c'est pour le praticien qui désire avoir son nombre le plus promptement possible) et ensuite parce que nous aperceTons d'un coup d'œil la loi des termes (cela. Gela peut-il être regardé comme une vraie solution ? On raconte que Newton communiqua à Leibnitz un anagramme à peu près comme ceci : aaaaabbbeeeeii^ etc. naturellement. et cela pour deux raisons. Au contraire. sais intégrer toutes les équations différen- nous sommes amenés à nous dire que Newton avait bien de la chance ou qu'il se faisait de singulières illusions. parce que la convergence est trop lente et parce que les termes se succèdent sans obéir à aucune loi. n'y comprit rien du tout clef.33 l'aVBNIR des IfATHÉMATlQUES résoudre le problème qualitativement pour dire. veut dire.

Et alors l'ingénieur trouve cela dérisoire. ou régie par une loi plus ou moins harmonieuse. nous saurions la prévoir une autre fois. Il arrive toutefois qu'une solution imparfaite nous achemine vers une solution meilleure. . et il a raison. Mais alors il n'y a plus des problèmes résolus el d'autres qui ne le sont pas . Que voulez-vous de plus. il y a seulement des problèmes plus ou moins résolus. Il se préoccupe peu de savoir si cela sera utile aux ingénieurs du xxn* siècle nous. à nos contemporains. nous pensons autrement et nous sommes quelquefois plus heureux d'avoir économisé un jour de travail à nos petits-fils qu'une heure . Pourquoi? parce que si nous avions su la prévoir une fois. Nous avons réussi. il devient Quelquefois en tâtonnant. nous ne sommes pas satisfaits. Quelquefois la série est de convergence si lente que le calcul est impraticable et qu'on n'a réussi qu'à démontrer la possibilité du problème. . nous aurions voulu prévoir cette convergence. A mesure que la science se développe.34 pour SCIENCE BT MÊTHODB aux besoins esthétiques du théo- satisfaire ricien). nous dit l'ingénieur et nous. malgré tout. empiriquement pour ainsi dire. nous arrivons à une formule suffisamment convergente. puisque cela ne l'aidera pas à terminer sa construction pour la date fixée. selon qu'ils le sont par une série de convergence plus ou moins rapide. c'est peu de chose à nos yeux si nous n'avons sérieusement l'espoir de recommencer.

en nous mettant en rapport les uns avec les autres. nous ouvriront des vues sur le champ du voisin. il est temps d'entrer dans le détail.L*AVEWIiR DES MATHÉMATIQUES 35 plus difficile de l'embrasser tout entière . à sortir un peu de notre petit village. Passons en revue les diverses sciences particulières dont Tensemble forme les mathématiques . dans àes rapprochements du même genre. voyons ce que chacune d'elles a fait. nous devons voir que les grands progrès du passé se sont produits lorsque deux de ces se sont rapprochées. lorsqu'elles se sont modelées Tune sur l'autre. les progrès ad l'avenir* . Si les vues qui précèdent sont justes. nous obligeront à le comparer au nôtre. à se contenter en un mot. ils seront ainsi le meilleur que remède au danger je viens d^ signaler. ce serait s'interdire ces rapprochements. Trop se spécialiser. c'est par des rapprochements inattendus entre ses diverses parties que ses progrès peuvent se faire. alors on cherche à la couper en morceaux. malgré sciences la dissemblance de leur matière. ce serait un : obstacle fâcheux aux progrès de la Science. lorsqu'on a pris conscience de la similitude de leur forme. Si Ton continuait dans ce sens. Mais je me suis trop attardé à des généralités. de telle façon que chacune d'elles pût profiter des conquêtes de l'autre. Nous devons en même temps entrevoir. où elle tend et ce qu'on peut en espérer. Nous Tavons dit. à se spéciade Tun de ces morceaux liser. Espérons que des Congrès comme ceux de Heidelberg et de Rome.

en retard sur l'algèbre et sur mieux à faire c'est de chercher à se modeler sur ces sciences afin de profiter de leur avance. dans bien des cas. Le sentiment de un guide précieux qui fait défaut à Tarithméticien chaque nombre entier est séparé des autres. L'arithméticien doit donc prendre pour guide les analogies avec l'algèbre. aussi ceux qui existent seront plus cachés et échap- peront plus longtemps aux chercheurs. . mais si on l'avait vu. elles n'ont pas encore été étudiées d'assez près pour devenir utilisables. Les progrès de rarithmétique ont été beaucoup plus lents que ceux de l'algèbre et de l'analyse. et ce ne serait plus l'œuvre de l'avenir. et qu'on se Si l'arithmétique est l'analyse. Ces analogies sont nombreuses et si. c'est pourquoi est aisé de ia continuité est . elles sont au moins pressenties depuis longtemps et le langage même des deux sciences montre qu'on les a aperçues. C'est ainsi qu'on parle de nombres transcendants.36 8CIENCB ET HÉTHODB L'ARITHMÉTIQUE. et il comprendre pourquoi. et cependant on ne voit pas encore très bien comment on pourra passer d'une elassiflcation à l'autre. il a pour ainsi dire son individualité propre chacun d'eux est une sorte d'exception et c'est pourquoi les théorèmes généraux seront plus rares dans la théorie des nombres. ce qu'elle a de rend compte ainsi que la classification future de ces nombres a déjà pour image la classification des fonctions transcendantes. . cela serait déjà fait.

entierg» . Ainsi se constituera une sorte d'analyse indéterminée où les inconnues ne seront plus des nombres entiers. il reste à cher- combinaisons intéressantes. où 37 vient à Tesprit est la Ton trouve un paral- lélisme parfait avec celle des équations algébriques. celles qui satis- font à telle ou telle condition. divers. C'est alors cette fois Taîgèbre qui prendra modèle sur l'arithmétique. ce sera un premier pas vers la solution de beaucoup de questions d'analyse indéter- minée. Il ne faut pas croire que l'algèbre soit terminée parce qu'elle nous fournit des règles pour former toutes les combinaisons possibles cher les' . en se guidant sur l'analogie du nombre entier. soit avec le polynôme entier à coefficients quelconques. doit subsister par exemple entre la théorie des courbes algébriques et celle des congruences à deux variables.l'avenir des mathématiques Le premier exemple qui me théorie des congruences. La théorie des équations algébriques retiendra les encore longtemps Tattention des géomètres côtés par où on peut Taborder sont nombreux et . L'ALGÈBRE. soit avec le poly- nôme entier à coefficients. mais des polynômes. on arrivera à compléter ce parallé- qui lisme. Certainement. Et quand les problèmes relatifs aux congruences à plusieurs Yariables seront résolus.

Est-ce à dire que. mais que nous ne nous serions jamais posés à propos d'analyse. et aident à deviner la route à suivre. L'analyse en profite cependant comme elle profite de ceux qu'elle est obligée de résoudre pour satisfaire aux besoins de la Physique. et bien des esprits préfèrent ramener les problèmes d'analyse à la forme géométrique. il ne nous resîl . semble que la géométrie ne puisse rien contenir qui ne soit déjà dans l'algèbre ou dans l'analyse que les faits géométriques. Un grand ment que avantage de la géométrie^ c'est préciséy peuvent venir au secours de les sens rintelligence. nos sens ne peuvent nous mener bien loin. et ils nous faussent compagnie dès que nous voulons nous envoler en dehors des trois dimensions classiques. On pourrait donc croire qu'après la revue que nous venons de passer. tera plus rien à dire qui se rapporte spécialement à la géométrie. sortis de ce domaine restreint où . ne soient autre chose que les faits algébriques ou analytiques exprimés dans un autre langage. si Ton veut.SCIENCE ET MÉTB0DB 38 LA GÉOMÉTRIE. des problèmes analytiques. D'abord les considérations géométriques nous amènent à nous poser de nouveaux problèmes ce sont bien. Malheureusement. Ce serait méconnaître l'importance même d'un langage bien fait. . ne pas comprendre ce qu'ajoute aux choses elles-mêmes la façon d'exprimer ces choses et par conséquent de les grouper.

Il nous permet . comme dans tous les exemples précédents. les plus grands maîtres auraient répondu « oui » . Cette géométrie à plus de trois dimensions n'est pas une simple géométrie analytique. sans provoquer trop d'éton- nement. c'est l'analogie avec ce qui est simple qui nous permet de comprendre ce qui est complexe. Il y a une science qu'on appelle VAnalysis Situs et qui a pour objet l'étude des relations de position des c'est divers éléments d'une figure. elle est aussi qualitative et voir : elle par là surtout qu'elle devient intéressante. elle n'est pas purement quantitative. Ici encore. mais qui en est encore une image.30 l'avenir des mathématiques ils semblent vouloir nous enfermer. nous ne devons plus compter que sur l'analyse pure et que toute géométrie à plus de trois dimensions est vaine et sans objet? Dans la génération qui nous a précédés. Mais à quoi peut-elle servir ? 11 est aisé de le nous donne d'abord un langage très commode. nous sommes aujourd'hui tellement familiarisés avec cette notion que nous pouvons en parler. même dans un cours d'université. en nous rappelant sans cesse l'espace visible qui n'en est qu'une image imparfaite sans doute.donc encore de nous diriger dans cet espace qui est trop grand pour nous et que nous ne pouvons voir. ce langage nous fait nommer du même nom ce qui se ressemble et affirme des analogies qu'il ne noi^ laisse plus oublier. asbtraction faite de . qui exprime en termes très concis ce que le langage analytique ordinaire dirait en phrases prolixes. De plus.

étaient imitées par un enfant. LE CANTORISME. au lieu d'être exactes. qui a rendu à la science les services que l'on sait. Cette géométrie est litative ses . je me trompe. est mais p^sque leur solution nécessaire à une foule de questions d'analyse ils se seraient posés isolément. J'ai parlé plus haut du besoin que nous avons de remonter sans cesse aux premiers principes de notre science et du profit qu'en peut tirer l'étude de l'esprit humain. seraient posés certainement. . les les autres. ils se . Cantor a introduit dans la I . uns après qu'on puisse apercevoir leur lien commun. suffirait à le démontrer. La première est le cantorisme. . l'un de ses principaux créateurs. L'importance lysis Situs de YAnalysis Situs est énorme et je ne saurais trop y insister le parti qu'en a tiré Riemann..SCIENCE ET MÉTHODE 40 leurs grandeurs. et sans . C'est ce besoin qui a inspiré deux tentatives qui ont tenu une très grande place dans rhistoire la plus récente des mathématiques. Il faut qu'on arrive à la construire complètement dans les on aura alors un instrument espaces supérieurs réellement de voir dans Thyperespace permettra qui et de suppléer à nos sens. purement qua- théorèmes resteraient figures. Les problèmes de YAnalysis Situs ne se seraient peut-être pas posés si on n'avait parlé que le langage analytique ou plutôt. On vrais si les grossièrement peut faire aussi une Ana- à plus de trois dimensions.

Quel que soit le remède adopté. De là Thorreur qu'il a quelquefois inspirée à certains esprits. à Hermitte par exemple. à certaines contradic- comblé de joie Zenon chacun de chercher le renfiède. mais il est arrivé qu'on s'est ler heurté à certains paradoxes. tions apparentes. Et alors RECHERCHE DES POSTULATS. dont Tidée favorite était de comparer les sciences mathématiques aux sciences naturelles. il part da genus supremum et ne définit. comme auraient dit les scolastiques. c'est qu'au lieu de s'élever au général en bâtissant des constructions de plus en plus compliquées et de définir par construction. nous pouvons nous promettre la joie du médecin appelé à suivre un beau cas pathologique. que per genus proximum et differenliam specificam. et je ne suis pas le seul. Je pense pour mon compte. Chez la plupart d'entre nous ces préventions s'étaient dissipées.l'avenir des mathématiques 41 science une manière nouvelle de considérer rinfini mathématique et nous aurons l'occasion d'en reparau chapitre VIL Un des traits caractéristiques du cantorisme. d'énumérer les ou moins dissimulés. que l'important c'est de ne jamais introduire que des êtres que l'on puisse définir complètement en un nombre fini de mots. qui servent de fondement aux diverses théories s'est axiomes efforcé d'autre et les postulats plus part . qui auraient d'Elée et l'école LA On de Mégare.

Mais . . ce qui ne saurait quand quand on aura tout énuméré. Je pense que ces exemples auront suffi pour montrer par quel mécanisme les sciences mathématiques dans quel sens ont progressé elles doivent dans le passé. J'arrête cette revue.8CIENCB ET MÉTHODE 42 mathématiques. Hilbert a obtenu les résultats les plus brillants. marcher dans et l'avenir. et cha-:{ue classification nouvelle sera instructive pour le philo- sophe. Il semble d'abord que cedomai le soit bien limité et qu'il n'y ait plus rien à y fai e l'inventaire sera terminé. thécaire trouve toujours à s'occuper. M. il y aura bien des manières de tout classer un bon biblio tarder. que je ne saurais songer à rendre complète.

La genèse de l'Invention mathématique est un problème qui doit inspirer le plus vif intérêt au psychologue.CHAPITRE L'invention III mathématique. et il y a quelques mois une revue intitulée V Enseignement Mathématique et dirigée par MM. J'avais arrêté quand les les résultats principaux traits de cet article de cette enquête ont été publiés. c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'esprit humain que nous pouvons espérer atteindre. a entrepris une enquête sur les habitudes d'esprit et les méthodes de travail des différents mathématiciens. On Ta compris depuis longtemps. je me bornerai à dire que la majorité des témoignages confirment mes conclusions. car je n'ai . où il n'agit ou ne paraît agir que par lui-même et sur lui-même. donc guère pu les utiliser. Laisant et Fehr. je ne dis pas l'unanimité. de sorte qu'en étudiant le processus de la pensée géométrique. C'est Tacte dans lequel l'esprit humain semble le moins emprunter au monde extérieur.

SCIENCE ET MÉTHODE

44

quand on consulte

le suffrage universel,

on n« peut

se flatter de réunir l'unanimité.

nous étonner, ou plutôt
nous n'y étions si habitués.
Gomment se fait-il qu'il y ait des gens qui ne comprennent pas les mathématiques? Si les mathématiques n'invoquent que les règles de la logique,

Un premier

doit

fait

devrait nous étonner,

celles qui sont
faits;

si

qui sont

si

acceptées par tous les esprits bien

leur évidence est fondée sur des principes

communs

à tous les

hommes

et

que nul ne

saurait nier sans être fou, comment se fait-il qu'il y
ait tant de personnes qui y soient totalement réfractaires?

Que tout
tion,

cela

monde ne

le

monde ne
rien

n'a

soit

pas capable d'inven-

de mystérieux. Que tout

le

puisse retenir une démonstration qu'il a

apprise autrefois^ passe encore. Mais que tout

le

monde ne puisse pas comprendre un raisonnement
mathématique au moment où on le lui expose,
voilà qui paraît bien surprenant quand on y réfléEt pourtant ceux qui ne peuvent suivre ce
cela
raisonnement qu'avec peine sont en majorité
est incontestable et l'expérience des maîtres de
renseignement secondaire ne me contredira certes
chit.

:

pas.

Et il y a plus comment Terreur est-elle possible
en mathématiques? Une intelligence saine ne doit
pas commettre de faute de logique, et cependant il
y a des esprits très fins, qui ne broncheront pas
dans un raisonnement court tel que ceux que Ton a
:

à faire dans les actes ordinaires de la vie, et qui

l'invention hathématiqub

45

sont incapables de suivre ou de répéter sans erreur
les

démonstrations des

plus longues, mais

mathématiques

qui

sont

qui ne sont après tout qu'une

accumulation

de petits raisonnements tout à fait
analogues à ceux qu'ils font si facilement. Est-il
nécessaire d'ajouter que les mathématiciens

mêmes ne

eux-

sont pas infaillibles?

La réponse me semble s'imposer. Imaginons une
longue série de syllogismes, et que les conclusions
des premiers servent de prémisses aux suivants
nous serons capables de saisir chacun de ces syllo:

gismes, et ce n'est pas dans le passage des prémisses à la conclusion que nous risquons de nous

tromper. Mais entre le moment où nous rencontrons
pour la première fois une proposition, comme conclusion d'un syllogisme, et celui où nous la retrouvons

comme

prémisse d'un autre syllogisme,

il

se sera

beaucoup de temps, on aura déroulé
de nombreux anneaux de la chaîne; il peut donc
écoulé parfois

arriver qu'on

l'ait

oubliée

;

ou, ce qui est plus grave,

qu'on en ait oublié le sens. Il peut donc se faire
qu'on la remplace par une proposition un peu différente, ou que, tout en conservant le même énoncé,

on

lui attribue

un sens un peu

différent, et c'est

ainsi qu'on est exposé à l'erreur.

Souvent le mathématicien doit se servir d'une
naturellement il a commencé par démonrègle
trer cette règle; et au moment où cette démonstration était toute fraîche dans son souvenir il en com:

prenait parfaitement le sens et la portée, et
risquait pas de l'altérer. Mais ensuite

il

l'a

il

ne

confiée à

8CIENCE ET MÉTHODE

46

mémoire
mécanique
sa

;

et

il

ne rapplique plus que d'une façon

et alors si la

mémoire

lui fait défaut,

il

peut rappliquer tout de travers. C'est ainsi, pour
prendre un exemple simple et presque vulgaire, que

nous faisons quelquefois des fautes de calcul parce
que nous avons oublié notre table de multiplica^tion.

A

aux mathémadue qu'à une mémoire très sûre, ou

ce compte, l'aptitude spéciale

tiques ne serait

bien à une force d'attention prodigieuse. Ce serait
une qualité analogue à celle du joueur de whist,
qui retient les cartes tombées ou bien, pour nous
élever d'un degré, à celle du joueur d'échecs qui
;

peut envisager un nombre très grand de combinaisons et les garder dans sa mémoire. Tout bon

mathématicien devrait être en même temps bon
joueur d'échecs et inversement il devrait être également un bon calculateur numérique. Certes, cela
arrive quelquefois, ainsi Gauss était à la fois un
géomètre de génie et un calculateur très précoce et
;

très sûr.

y a des exceptions, ou plutôt je me
trompe, je ne puis pas appeler cela des exceptions,
sans quoi les exceptions seraient plus nombreuses
que les cas conformes à la règle. C'est Gauss, au
contraire, qui était une exception. Quant à moi, je
suis obligé de l'avouer, je suis absolument incaMais

il

pable de faire une addition sans faute. Je serais
également un fort mauvais joueur d'échecs; je calculerais bien qu'en jouant de telle façon je m'expose
à tel danger; je passerais en revue beaucoup d'au-

l'invention mathématique

47

coups que je rejetterais pour d'autres raisons,
par jouer le coup' d'abord examiné,
ayant oublié dans Tintervalle le danger que j'avais
très

et je finirais

prévu.

En un mot ma mémoire

n'est pas mauvaise,

insuffisante pour faire de

elle serait

joueur d'échecs. Pourquoi donc ne

me

fait-elle

un raisonnement mathématique

défaut dans

mais
moi un bon
pas

diffî-

des joueurs d'échecs se perdraient? C'est évidemment parce qu'elle est guidée
rlle

la

plupart

marche générale du raisonnement. Une
démonstration mathématique n'est pas une simple
par

la

juxtaposition

de syllogismes,

ce sont

des

syllo-

gismes placés dans un certain ordre^ et l'ordre dans
lequel ces éléments sont placés est beaucoup plus
important que ne le sont ces éléments eux-mêmes.

sentiment, l'intuition pour ainsi dire de cet
ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil TenSi j'ai le

semble du raisonnement,

ne dois plus craindre
d'oublier l'un des éléments, chacun d'eux viendra se
placer de lui-même dans le cadre qui lui est préparé,

et

sans que j'aie

je

à faire

aucun

effort

de

mémoire.
Il me semble alors, en répétant un raisonnement
appris, que j'aurais pu l'inventer; ce n'est souvent

même alors, même si je ne
pour créer par moi-même, je le
réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuUion de
l'ordre mathématique, qui nous fait deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse apparqu'une illusion; mais,
suis pas assez fort

SCIENCE ET MÉTHODE

48

monde. Les uns ne posséderont ni ce
et difficile à définir, ni une force

tenir à tout le

sentiment délicat,

de mémoire et d'attention au-dessus de Tordinaire,
et alors ils seront absolument incapables de com-

prendre les mathématiques un peu élevées; c'est le
plus grand nombre. D'autres n'auront ce sentiment
qu a un faible degré, mais ils seront doués d'une

mémoire peu commune

et

d'une grande capacité

apprendront par cœur les détails les
uns après les autres, ils pourront comprendre les
mathématiques et quelquefois les appliquer, mais
ils seront hors d'état de créer. Les autres enfin posséderont à un plus ou moins haut degré Tintuition
d'attention. Ils

non seulement ils pourront comprendre les mathématiques,
quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraorspéciale dont je viens de parler et alors

dinaire,

mais

ils

pourront devenir créateurs et cher-

cher à inventer avec plus ou moins de succès, suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins
développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention

mathématique?

Elle ne consiste pas à faire de nouvelles combinai-

sons

avec des

êtres

mathématiques déjà connus.

Cela, n'importe qui pourrait le faire, mais les

com-

binaisons que l'on pourrait former ainsi seraient en

nombre infini, et le plus grand nombre serait absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
précisément à ne pas construire les combinaisons
mutiles et à construire celles qui sont utiles et qui

ne sont qu'une infime minorité. Inventer,

c'est dis-

cerner, c'est choisir.

I

49

l'invention mathématique

Comment
plus haut;

doit se faire ce choix, je

l'ai

expliqué

mathématiques dignes d'être
ceux qui, par leur analogie avec

les faits

étudiés, ce sont

d'autres faits, sont susceptibles de nous conduire à
loi mathématique de la même
expérimentaux nous conduisent
à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux
qui nous révèlent des parentés insoupçonnées entre
d'autres faits, connus
depuis longtemps, mais
qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plu»
fécondes seront souvent celles qui sont formées
d'éléments empruntés à des domaines très éloignés;
et je ne veux pas dire qu/il suffise pour inventer de
rapprocher des objets aussi disparates que possible;
la plupart des combinaisons qu'on formerait ainsi
seraient entièrement stériles
mais quelques-unes

la

connaissance d'une

façon que les

faits

;

d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de
toutes.

Inventer, je

l'ai dit,

peut-être pas tout

acheteur

à

qui

à

c'est choisir;
fait juste,

on présente

mais

il

le

mot n'est

penser à un
grand nombre

fait

un

d'échantillons et qui les examine l'un après l'autre de

façon à faire son choix.

Ici les

tellement

nombreux qu'une

pas pour

les

échantillons seraient

vie entière ne suffirait
examiner. Ce n'est pas ainsi que les
choses se passent. Les combinaisons stériles ne se

présenteront

Dans

le

même

champ de

pas à

l'esprit

sa conscience

de l'inventeur.
n'apparaîtront

jamais que les combinaisons réellement

quelques-unes

qu'il rejettera,

utiles, et

mais qui participent

j'y passais ou deux. ce qui est intéressant pour le psychologue. Mais ce que j'ai dit jusqu'ici. Depuis quinze jours. je crois que ce que j'ai de mieux à faire. à la condition de faire cette lecture avec quelque réflexion. ce sont les circonstances. de rappeler des souvenirs personnels. j'essayais 1 . Je vous je vais employer quelques expressions techniques. j'ai trouvé la démonstration de tel théorème dans telles circonstances. mais elles ne doivent pas vous effrayer. par exemple. Il est temps de pénétrer plus avant et de voir ce qui se passe dans l'âme même du mathématicien. mais cela n'a aucune importance. tions fuchsiennes. je m'efforçais de démontrer qu'il ne pouvait exister aucune fonction analogue à ce que j'ai appelé depuis les fonctions fuchsiennes . Pour cela. en lisant les écrits des géomètres. je m'as- une heure un grand nombre de combinai- table de travail. ce n'est pas le théorème. Je dirai. j'étais alors fort seyais à ma ignorant . que beaucoup d'entre vous ne connaîtront pas. vous n'avez aucun besoin de les comprendre. c'est ce qu'on peut observer ou inférer. ce théorème aura un nom barbare.50 SCIENCE ET MÉTHODE un peu des caractères des combinaisons utiles. je vais me circonscrire et vous raconter comc'est ment j'ai écrit mon premier mémoire sur les fonc- demande pardon. tous les jours. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième degré qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une première épreuve. Seulement.

pour ainsi dire. que les transformations donl. je quittai Caen. me fcrent Les péripéties du voyage mes travaux mathématiques arrimontâmes dans un omnibus quelle promenade au moment où je oublier . ce qui ne prit . je repris la conversation commen . j'avais fait usage pour définir les fonctions fucb siemes étaient identiques à celles de la géométrie noE-euclidienne.l'invention mathématique sons et je n'arrivais à aucun résultat. jusqu'à ce que deux d'entre elles s'accrochassent. 51 Un soir. je ne pus m'endormir les idées surgissaient en foule. l'analogie avec les fonctions guidait. l'idée me vint. dans mes pensées antérieures parût m'7 avoir préparé. je les sentais comme se heurter. Je voulus ensuite représenter ces fonctions par le qudtient de deux séries. celles qui dérivent de la série hypergéométrique n'eus plus qu'à rédiger les résultats. vés à Goutances. puisque. je me que quelques heures. où j'habitais alors. taient. nous pour e ne sais . pou: prendre part à une course géologique entreprise par l'École des Mines. Je me demandai vaient être les propriétés de ces séries. mettais le pied sur le marche-pied. je n'ei aurais pas eu le temps. cette idée fut parfaitement consciente et réfléchie elliptiques me . Je ne fis pas la vérification. à peine assis san^ que rien dam l'omnibus. et j'arrivai que A j'ai ce quelles desi elles exis- sans difficulté à former les séries appelées thétafuchsiennes. contrairement à mon habitude. pouformer une combinaison stable. je du café noir. moment. Le matin^ j'avais étapris : bli l'existence d'une classe de fonctions fuchsiennes.

les transformations arith- métiques des formes quadratiques ternaires iidéfià celles delà géométrie non- finies étaient identiques euclidienne. je vis que je pouvais leur quadratiques qu'il appliquer la théorie des séries thétafuchsienaes et que. et conséquences. je vérifiai le résultat à tête reposée pour l'acquit de ma conscience. par conséquent. en me promenant cée. Étant revenu à Gaen. après tous me mieux mes efforts ne servirent d'aoord faire connaître la difficulté. Je me proposai naturellement de former les seules toutes ces fonctions et j'enlevai l'un avancés et dont .SCIENCE ET MÉTHODB 52 maïs j'eus tout de suite une entière certitude. Je me mis alors à étudier des questions d'arithmétique sans grand résultat apparent et sans soupçonner que cela pût avoir le moindre rapport avec mes recherches antérieures. cl qui 1| . Un jour. Mais qu'à . De retour à Caen. il la j'en fis un l'autre siège systématijue tous les ouvnges y en avait un cependant qui tenait encore chute devait entraîner celle du corp de place. de soudaineté et de que certitude immédiate. Dégoûté de mon insuccès. et je pensai à tout autre chose. l'exemple des formes j'en tirai les me montrait y avait des groupes fuchsiens autres que ceux qui correspondent à la série hypergéométrique. j'allai passer quelques jours au bord de la mer. toujours avec les mêmes caractères de brièveté. existait des fonctions fuch- il siennes autres que celles qui dérivent de U série que je connusse jushypergéométrique. je réfléchis sur ce résultat. qu'alors. sur la falaise. l'idée me vint.

Un jour. ce sont ces apparences d'illumination subite. on continue à ne . et on en trouverait des traces dans d'autres cas où il est moins évident. en traversant le boulevard. rien trouver et puis tout à coup l'idée décisive se . signes manifestes d'un long travail inconscient antérieur. et les observations rapportées par d'autres mathématiciens dans l'enquête de V Enseignement Mathématique ne pourraient que les confirmer. Souvent^ quand on travaille une question difficile. Je ne cherchai pas à l'approfondir immédiatement. le rôle de ce travail inconscient dans l'invention mathématique me paraît incontestable. Je rédigeai donc d'un trait et sans aucune peine. il est inutile en ce qui concerne mes autres recherches. je partis pour le Mont-Valérien. et on s'asseoit de nouveau devant sa table. tous J'avais les éléments. Tout ce travail fut parfaitement conscient.L INVENTION MATHEMATIQUE 53 était déjà quelque chose. la solution de la difficulté qui m'avait arrêté m'apparut tout à coup. Pendant la première demi-heure. j'eus donc des préoccupations très différentes. on ne fait rien de bon la première fois qu'on se met i la besogne. Je me bornerai à cet exemple unique. et ce fut seulement après mon service que je repris la question. j'aurais à faire des récits tout à fait anade les multiplier logues . Là-dessus. où je devais faire mon service militaire. ensuite on prend un repos plus ou moins long. rassembler et à mon mémoire définitif les je n'avais qu'à les ordonner. Ce qui frappera tout d'abord.

Il y a une autre remarque à faire au sujet des la conditions de ce travail inconscient : c'est qu'il n'est possible et en tout cas qu'il n'est fécond que s'il est d'une part précédé. Ces efforts n'ont donc pas été aussi stériles qu'on le pense. et. sans eux. La nécessité de la seconde période de travail consci nt. Taiguillon qui aurait excité les résultats déjà acquis pendant le repos. qui ont paru abso- lument infructueux et où Ton a cru ne rien faire de bon. et d'autre part suivi d'une période de travail conscient. après l'inspiration. mais restés inconscients. Jamais (et les exemples que j'ai cités le prouvent déjà suffisamment) ces inspirations subites ne se produisent qu'après quel- ques jours d'efforts volontaires. se comprend mieux .SCIENCE ET MÉTHODE 54 On présente à Tesprit. ils ont mis en branle la machine inconsciente. elle n'aurait pas marché et n'aurait rien produit. à revêtir forme consciente. Mais repos et que a été rempli le résultat il par est plus un de ce travail comme probable que ce travail inconscient. pourrait dire que le travail conscient a été plus fructueux. tout à cités. mais indépendamment de ce travail qui joue tout au plus un rôle de déclanchement. parce qu'il a été interrompu et que le repos a rendu àTesprit sa force et sa fraîcheur. s'est produite pendant une période de travail conscient. s'est révélé ensuite au les cas que j'ai au lieu de se faire jour pendant une promenade ou un voyage. comme s'il était géomètre. seulement fait dans la révélation. où il semble qu'on a fait totalement fausse route.

Le moi inconscient ou. les il faut les vérifier. Le véritable travail de . Or. et on ne s'en aperçoit que quand on cherche à mettre la démonstration sur pied. de façon à éliminer celles qui sont inutiles ou plutôt à ne pas se donner la peine de les faire. J'ai parlé du sentiment de certitude absolue qui accompagne Tinspi- mais surtout ration. médiates. qu'on ne saurait le confier à une machine. mais il faut se garder de croire que ce soit une règle sans exception souvent ce sentiment nous trompe sans pour cela être moins vif. faut mettre en cette inspiration. Il ne s'agit pas seulement d'appliquer des règles. et le plus souvent. Et .l'inventiOx\ encore. de fabriquer le plus de combinaisons possibles d'après certaines lois fixes. et voici maintenant les réflexions qu'ils nous imposent. Tels sont les faits. joue un rôle capital dans rinvention mathématique. comme on dit. Mais on considère d'ordinaire le moi subliminal comme purement automatique. il en est ainsi. J'ai observé surtout le fait pour les idées qui me sont venues le matin ou le soir dans moa lit. Il mathématique 55 œuvre les résultats de en déduire les conséquences imordonner. dans les cas cités. l'inventeur consiste à choisir entre ces combinai- sons. le moi subliminal. quelque perfectionnée qu'on la suppose. ce sentiment n'était pas trompeur. cela résulte de tout ce qui précède. nous avons vu que le travail mathématique n'est pas ur simple travail mécanique. rédiger les démonstrations. inutiles et encombrantes. à l'état semi-hypnagogique. Les combinaisons ainsi obtenues seraient extrêmement nombreuses.

il sait . Science et Religion. après un travail inconscient un peu prolongé. ne l'accepterais pas sans répugnance. qui semblent le résultat d'un premier triage. Revoyons donc les faits et cherchons s'ils ne comporteraient pas une autre explication. il le conscient? Vous comprenez toute l'importance de cette question. Il est certain que les combinaisons qui se présentent à l'esprit dans une sorte d'illumination subite. pages 313 sqq. S'ensuit-il que le moi subliminal. elles se sentent plutôt qu'elles ne se formulent . avait échoué. (Voir aussi. sont généralement des combinaisons utiles et fécondes. dans récente.56 iCIENCE ET MÉTHODE les règles qui doivent guider ce choix sont extrême- ment fines et délicates. dans ces conditions. mieux deviner que moi subliminal n'est-il sait deviner. il a du tact. le Que moi conscient. Boutroux. il est capable de discernement. : de la délicatesse dis-je.) Cette réponse affirmative nous est-elle imposée que je viens d'exposer? J'avoue que. du auteur. il n'est pas purement automatique. a montré comment une conférence elle s'était posée à des occasions toutes différentes et quelles conç^équences entraînerait même une réponse affirmative. imaginer un crible capable de les appliquer mécaniquement? Et alors une première hypothèse se présente à nous le moi subliminal n'est nullement inférieur au moi conscient. M. il est à peu près impossible de les énoncer dans un langage précis. ayant deviné par une par les pour faits ma part. En un pas supérieur au moi sait choisir. comment. je . il puisqu'il réussit là où celui-ci mot.

par exemple. tandis que d'autres restent en deçà ? Est-ce un simple hasard qui leur Évidemment non. ce sont ceux qui. Et cela est encore très mystérieux. directe- ment ou indirectement. quels sont les êtres mathématiques auxquels . Quelle est la cause qui fait que. de l'harmonie des nombres et des formes. C'est un vrai sentiment esthétique que tous les vrais mathématiciens consemble-t-il. mais seules. toutes les combinaisons se formeraient par suite de l'automatisme du moi subliminal. parmi toutes de nos sens. les phénomènes inconscients privilégiés. Et c'est bien là de la sensibilité. Or. à moins que cette attention n'ait été attirée sur elles par d'autres causes. que l'intelligence. Plus généralement. ment notre sensibilité. ceux qui sont susceptibles de devenir conscients. ne peuvent intéresser naissent. Dans cette seconde manière de voir.L*INVENTION MATHÉMATIQUE 57 que ces combinaisons pouvaient formé que celles-là. Ce serait oublier le sentiment de la beauté mathématique. il y en a qui sont appelés à franchir le seuil. de l'élégance géométrique. parmi les mille produits de notre activité inconsciente. n'a seraient intéressantes pénétreraient dans le de la champ conscience. les plus confère ce privilège? les excitations intenses seules retiendront notre attention. On peut affectent le plus profondé- s'étonner de voir invoquer la sensibilité à propos de démonstrations mathématiques qui. celles qui intuition délicate être utiles. ou bien en a-t-il formé beaucoup d'autres qui étaient dépourvues d'intérêt et qui sont demeurées inconscientes.

de façon que Tesprit puisse sans effort en embrasser l'ensemble tout en pénétrant les détails. par suite. Les combinaisons utiles. en mettant sous nos yeux un tout bien ordonné. la sans conscience ne les connaîtra jamais quelques-unes seulement sont harmonieuses. el qui sont susceptibles de développer en nous une sorte d*émotîon esthétique? Ce sont ceux dont les éléments sont harmonieusement disposés. elles seront capables d'émouvoir cette sen. Cette harmonie est à la fois une satisfaction pour nos besoins esthétiques et une aide pour l'esprit qu'elle soutient même et qu'elle guide. les seuls faits mathématiques dignes de retenir et notre attention susceptibles d'être sont ceux qui peuvent nous faire connaître utiles. action sur la sensibilité esthétique elles sont . ce sont précisément les plus belles. mathématique. presque toutes sont sans intérêt et Qu'arrive-t-il alors? très sans utilité. nous Tavons dit plus haut. une du géomètre dont je viens de parler. et. Or. elle nous fait pressentir une loi mathématique. fois excitée. mais. je veux dire celles qui peuvent le mieux charmer cette sensibilité spéciale que tous les mathématiciens connaissent. mais que les profanes ignorent au point qu'ils une loi sont souvent tentés d'en sourire. à la fois utiles et belles. par cela même. appellera sur elles notre atten- . De sorte que nous arrivons à la conclusion suivante. Parmi les combinaisons en grand nombre que le moi subliminal a aveuglément formées. Et en temps.5S SCIENCE ET MÉTHODI ne as attribuons ce caraclère de beauté et d'élégance. sibilité spéciale et qui.

et cependiant voici une observation qui pourrait la confirmer quand une illumination subite envahit l'esprit du mathématicien. Ces limites existent cependant . se trouve parmi elles. ! . s'il . Toutes les difficultés n'ont pas disparu cependant. et s'il le fait au hasard. cette idée fausse. et cela fait comprendre assez pourquoi celui qui en est dépourvu ne sera jamais un véri- table inventeur. si elle avait été juste. aurait flatté notre instinct naturel de l'élégance mathématique. donnera et leur ainsi Toccasion de devenir conscientes. qu'elle ne supporte pas l'épreuve d'une vérification eh bien on remarque presque toujours que : . car ne produit qu'une petite partie de ces combinaisons. il y aura bien peu de chances pour que la bonne^ celle qu'on doit choisir. trop à supposer qu'il a pu former en peu de ten^ps plus de combinaisons diverses que la vie entière d'un être conscient ne pourrait en embrasser. il arrive le plus souvent qu'elle ne le trompe pas mais il arrive aussi quelquefois.59 l'inveation mathématique tion. est-il vraisemblable qu'il puisse former toutes les combinaisons possibles dont le nombre effrayerait l'imagination? cela semblerait nécessaire néanmoins. délicat dont je parlais plus haut. Ainsi c'est cette sensibilité esthétique qui joue le rôle du crible spéciale. je l'ai dit. nous n'en connaissons pas les limites et c'est pourquoi nous ne répugnons pas le . Ce n'est là qu'une hypothèse. moi conscient est étroitement borné quant au moi subliminal.

sans qu'aucune combinaison puisse se produire entre . après imposée par notre vo- . cette agitation qui leur a été Mais. ils sont. de les décrocher du mur et de les mettre en branle. parce qu'on a remué ces éléments de mille façons diverses pour chercher à les assembla et qu'on n'a pu trouver d'assemblage satisfaisant. si l'on préfère. quelques-uns d'entre eux sont détachés du mur et mis en mouvement. On croit qu'on n'a rien fait de bon. Quel va être le rôle du travail conscient préliminaire? C'est évidemment de mobiliser quelques-uns de ces atomes. accrochés au mur ce repos complet peut donc se prolonger indéfiniment sans que ces atomes se rencontrent. ces atomes sont immobiles. pendant une période de repos appa- rent et de travail inconscient. Représentons-nous les éléments futurs de nos combinaisons comme quelque chose de semblable aux atomes crochus d'Épicure. eux. une nuée de moucherons ou. Pendant le repos complet de Tesprit. Qu'on me permette une comparaison grossière. comme pourrait le faire. une comparaison plus savante. comme le font les molécules gazeuses dans la théorique cinétique des gaz. par conséquent. et. Ils sillonnent dans tous les sens l'espace. Leurs chocs mutuels peuvent alors produire des combinaisons nouvelles. pour ainsi dire. Au contraire.SCIENCE ET MÉTHODE CO Peut-être faut-il chercher Texplication dans cette période de travail conscient préliminaire qui précède toujours tout travail inconscient fructueux. j'allais dire la pièce où ils sont enfermés. par exemple.

Quoi qu'il en soit. Ils continuent librement leur danse. Il n'arrive jamais inconscient nous fournisse tout fait calcul un peu long. Je demande pardon encore une fois.' ce sont celles où l'un des éléments au moins est l'un de ces atomes librement choisis par parmi l'heure la moyen notre volonté. ma comparaison est bien grossière. tout automatique. mais je ne sais trop comment je pourrais faire comprendre autrement ma pensée.l'invention mathématique lonté. poursuivait un but parfaitement déterminé. On que le travail le résultat d'un l'on n'a qu'à appliquer des pourrait croire que le nal. Peut-être y a-t-il là un elles d'atténuer ce qu'il y avait de paradoxal dans l'hypothèse primitive. est moi sublimi- particulièrement apte à ce genre de travail qui est en quelque sorte exclu- sivement mécanique. Il semble qu'en pensant le soir aux facteurs d'une multiplication. Or. soit entre eux. où règles fixes. notre volonté ne les a pas choisis au hasard. Or. soit avec d'autres atomes restés immobiles et qu'ils seront venus heurter dans leur course. ces 61 atomes ne rentrent pas dans leur repos primitif. Les atomes mobilisés vont alors subir des chocs. les seules combinaison» qui ont chance de se former. qui les feront entrer en combinaison. c'est évidemment que se trouve ce que j'appelais tout à bonne combinaison. Autre observation. on pourrait espérer trouver le produit tout fait à son réveil. les atomes mobilisés ne sont donc pas des atomes quelconques ce sont ceux dont on peut raisonnableelle : ment attendre la solution cherchée. ou bien .

quant aux calculs eux-mêmes. ce sont des points de départ pour de semblables calculs. où je travaillais malgré moi . les méthodes de tra- . faut les faire il dans la seconde période de travail conscient. parlé d'une nuit d'excitation. encore qu'un calcul par exemple. si Ton pouvait donner ce nom à la simple absence de discipline et au désordre né du hasard. ce désordre même permet des accouplements inatsuite. Je ferai une dernière remarque: quand j'ai exposé plus haut quelques observations personnelles. elles exigent la discipline. qui est devenu partielle! ment perceptible à la conscience surexcitée et qui n'a pas pour cela changé de nature. On se rend alors vaguement compte de ce qui distingue les deux môMtnismes ou. par moi subliminal règne. celle où Ton vérifie les résultats de cette inspi- ration et où l'on en tire les conséquences. une vérification. Dans le tendus. dans ces cas. celle qui suit l'inspiration. la volonté. Tout ce qu'on peut espérer dé ces inspirations. si Ton veut. Les règles de ces calculs sont strictes et compliquées. au contraire. l'observation le prouve. Eh bien il semble que. et il n'est pas nécessaire que Tactivité cérébrale anormale soit causée par un excitant physique comme dans celui que j'ai cité. raltention. et. les cas où il j'ai comme en est ainsi sont fréquents. on assiste soi-même à son propre travail inconscient. ce que j'appellerais la liberté. la conscience. pourrait se faire inconsciemment. qui sont les fruits du travail inconscient. Seulement.62 SCIENCE ET MÉTHODE algébrique. Il n'en est rien.

question est les si me : l'intérêt de repens pas de . elles en ont bien besoin. car elles sont et restent malgré tout bien hypothétiques la grand que je ne aToir soumises au lecteur. Certes. giques que mer dans j'ai pu Et les observations psycholo- faire ainsi me semblent confirque je viens leurs traits généraux les vues d'émettre.63 l'invention mathématique vail des deux moi.

Dans cette concep- les lois précises I . Il y a là une apparente et sur laquelle on moins contradiction au a déjà beaucoup écrit.1 CHAPITRE IV Le hasard. saurait calculer. t-il ce qu'on ne . et ceux qu'ils attribuaient au hasard c'étaient ceux qu'on ne pouvait prévoir parce qu'ils étaient rebelles à toute loi. Dans chaque domaine. I « Comment oser parler des lois du hasard? Le hasard n'est-il pas Tantithèse de toute loi? » Ainsi s'exprime Bertrand au début de son Calcul des probabilités. établies une fois poui toutes. Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les phénomènes qui semblaient obéir à des lois harmonieuses. elles traçaient seulement les limites entre lesquelles il était permis au hasard de se mouvoir. ne décidaient pas de tout. La probabilité est opposée à la certitude c'est donc ce qu'on ignore et par conséquent semble.

65

LB HASARD
tîon, le

mol hasard

ce qui élait

pour Tautre

un sens

avait

hasard pour Tun,

même

et

pour

précis, objectif:

était aussi

hasard

les dieux.

Mais cette conception n'est plus la nôtre; nous

sommes devenus des déterministes absolus, et ceux
mêmes qui veulent réserver les droits du libre
arbitre humain laissent du moins le déterminisme
régner sans partage dans le monde inorganique.
Tout phénomène,
et

un

esprit

informé des
dès

le

si

minime

qu'il soit,

infiniment puissant,
lois

de

infiniment

la nature, aurait

commencement des

a une cause,

pu

siècles. Si

le

un

bien

prévoir
pareil

on ne pourrait jouer avec lui à
aucun jeu de hasard, on perdrait toujours.
Pour lui en effet le mot de hasard n'aurait pas de
sens, ou plutôt il n'y aurait pas de hasard. C'est à
cause de notre faiblesse et de notre ignorance qu'il
y en aurait un pour nous. Et, même sans sortir de
notre faible humanité, ce qui est hasard pour
l'ignorant, n'est plus hasard pour le savant. Le
hasard n'est que la mesure de notre ignorance. Les
esprit

existait,

phénomènes

fortuits sont,

nous ignorons

par définition, ceux dont

les lois.

Mais cette définition est-elle bien satisfaisante?

Quand

les

premiers bergers chaldéens suivaient des

yeux les mouvements des

ne ccnnaissaienl
pas encore les lois de TAstrônomiQ, auraient-iis
songé à dire que les astres se meuvent au hasard?
Si un physicien moderne étudie un phénomène nouveau, et s'il en découvre la loi le mardi, aurait-il
dit le lundi que ce phénomène était fortuit? Mais il
astres,

ils

SCIENCE ET MÉTHODE

66

y a plus

:

n'invoque-t-on pas souvent, pour prédire

un phénomène, ce que Bertrand appelle

les lois

du

hasard? Et par exemple dans la théorie cinétique
des gaz, on retrouve les lois connues de Mariette et
de Gay-Lussac, grâce à cette hypothèse que les
vitesses des molécules gazeuses varient irrégulière-

ment, c'est-à-dire au hasard. Les lois observables
seraient beaucoup moins simples, diront tous les
physiciens,

si

quelque

élémentaire simple,

étaient,

loi

les

comme

on

vitesses

dit,

si

organisées^

pai

réglées

étaient

molécules

les

elles obéis-

si

saient à quelque discipline. C'est grâce au hasard,
^*est-à-dire grâce à notre ignorance

que nous pou-

vons conclure et alors si le mot hasard est tout
simplement synonyme d'ignorance qu'est-ce que
cela veut dire? Faut-il donc traduire comme il suit?
Vous me demandez de vous prédire les phénomènes qui vont se produire. Si, par malheur, je
connaissais les lois de ces phénomènes, je ne pour;

<(

rais

y arriver que par des calculs inextricables

devrais renoncer à vous répondre; mais,
la

de

chance de

les ignorer, je vais

et je

comme

j'ai

vous répondre tout

y a de plus extraordinaire, c'est
réponse sera juste. »
faut donc bien que le hasard soit autre chose

suite. Et, ce qu'il

que
Il

ma

que le nom que nous donnons à notre ignorance,
que parmi les phénomènes dont nous ignorons les
causes, nous devions distinguer les phénomènes
fortuits,

sur

lesquels

le

calcul

des

probabilités

nous renseignera provisoirement, et ceux qui ne
sont pas fortuits et sur lesquels nous ne pouvons

1

67

LE HASARD

que nous n'aurons pas déterminé les
lois qui les régissent. Et pour les phénomènes fortuits eux-mêmes, il est clair que les renseignements
que nous fournit le calcul des probabilités ne cesseront pas d'être vrais le jour où ces phénomènes
seront mieux connus.
Le directeur d'une compagnie d'assurances sur la
vie ignore quand mourra chacun de ses assurés, mais
il compte sur le calcul des probabilités et sur la loi
des grands nombres et il ne se trompe pas puisqu'il
rien dire tant

distribue

des

dividendes à ses

actionnaires.

perspicace et très

Ces

un médecin très
indiscret venait, une fois les

dividendes ne s'évanouiraient pas

si

signées, renseigner le directeur sur les
chances de vie des assurés. Ce n^édecin dissiperait

polices

l'ignorance du directeur, mais

il

influence sur les dividendes qui

ment pas un produit de

aucune
ne sont évidemn'aurait

cette ignorancg.

II

Pour trouver une meilleure définition du hasard, il
nous faut examiner quelques-uns des faits que Ton
à regarder

s'accorde
le calcul

comme

fortuits, et

auxquels

des probabilités paraît s'appliquer; nous

rechercherons ensuite quels sont leurs caractères

communs.
Le premier exemple que nous allons choisir est
si un cône repose sur
sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais

celui de l'équilibre instable

;

SCIENCE BT METHODE

68

nous ne savons pas de quel côté
que le hasard seul va en décider.

;

parfaitement symétrique,

ment

vertical,

s'il

il

nous semble
cône était

Si le

son axe était parfaitesoumis à aucune autre

si

n'était

que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout.
Mais le moindre défaut de symétrie va le faire pencher légèrement d'un côté ou de l'autre, et dès qu'il
penchera, si peu que ce soit, il tombera tout à fait
de ce côté. Si même la symétrie est parfaite, une
force

trépidation très légère,

un

souffle

d'air

pourra

le

de quelques secondes d'arc; ce sera
assez pour déterminer sa chute et même le sens de
sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale.
faire incliner

Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas
ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû
au hasard. Si nous connaissions exactement les lois
de la nature et la situation de l'univers à Tinstant
initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même univers à un instant ultérieur.
Mais, lors même que les lois naturelles n*auraient
plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qn' approximativement. Si
cela nous

avec

nous

la

permet de prévoir

même

faut,

la situation ultérieure

approximation^

nous disons que

c'est
le

différences dans les

ce

qu'il

phénomène a

été

mais il n'en est
il peut arriver que de petites
conditions initiales en engen-

prévu, qu'il est régi par des lois

pas toujours ainsi,

tout

;

drent de très grandes dans les phénomènes finaux;
une petite erreur sur les premières produirait une

69

LE HASARD

erreur

énorme sur

derniers.

les

La prédiction
phénomène

devient impossible et nous avons le
fortuit.

Notre second exemple sera fort analogue au premier et nous remprunterons à la météorologie.
Pourquoi les météorologistes ont-ils tant de peine à
prédire le temps avec quelque certitude ? Pourquoi
les chutes de pluie,
les tempêtes elles-mêmes
nous semblent-elles arriver au hasard, de sorte
que bien des gens trouvent tout naturel de prier
pour avoir la pluie ou le beau temps, alors qu'ils
jugeraient ridicule de demander une éclipse par une
prière? Nous voyons que les grandes perturbations
se produisent généralement dans les régions où
l'atmosphère est en équilibre instable. Les météorologistes voient bien que cet équilibre est instable,
qu un cyclone va naître quelque part; mais où, ils
sont hors d'état de le dire un dixième de degré en
plus ou en moins en un point quelconque, le cyclone
éclate ici et non pas là, et il étend ses ravages sur
des contrées qu'il aurait épargnées. Si on avait
connu ce dixième de degré, on aurait pu le savoir
d'avance, mais les observations n'étaient ni assez
serrées, ni assez précises, et c'est pour cela que
tout semble dû à l'intervention du hasard. Ici encore
nous retrouvons le même contraste entre une cause
minime, inappréciable pour l'observateur, et des
;

effets considérables,

qui

sont quelquefois d'épou-

vantables désastres.

Passons à un autre exemple, la distribution des
petites planètes sur le zodiaque. Leurs longitudes

70

SCIENCE ET MÉTHODE

ont pu être quelconques mais leurs moyens
mouvements étaient différents et elles circulent

initiales

depuis

si

;

longtemps qu'on peut dire qu'actuellement,
au hasard le long du zodiaque. De

elles sont distribuées

très petites différences initiales entre leurs distances

au

soleil,

ou ce qui revient au

mouvements moyens, ont
différences

entre

leurs

fini

même

entre leurs

par donner d'énormes

longitudes

un

actuelles;

de seconde dans

moyen

excès d'un

millième

mouvement

diurne, donnera en effet une seconde

le

en trois ans, un degré en dix mille ans, une circonférence entière en trois ou quatre millions d'années,
et qu'est-ce que cela auprès du temps qui s'est
écoulé depuis que les petites planètes se sont détachées de la nébuleuse de Laplace ? Voici donc une
fois de plus une petite cause et un grand effet ou
mieux de petites différences dans la cause et de
grandes différences dans l'effet.
Le jeu de la roulette nous éloigne moins-^ qu'il ne
semble de l'exemple précédent. Supposons une
aiguille qu'on peut faire tourner autour d'un pivot^
;

sur

un cadran

divisé en 100 secteurs alternativement

rouges et noirs. Si elle s'arrête sur un secteur rouge,
la partie est gagnée, sinon, elle est perdue. Tout

dépend évidemment de l'impulsion initiale que nous
donnons à l'aiguille. L'aiguille fera je suppose 10 ou
20 fois le tour, mais elle s'arrêtera plus ou moins
vite, suivant que j'aurai poussé plus ou moins fort.
Seulement il suffit que Timpulsion varie d'un millième, ou d'un deux millième, pour que mon
aiguille s'arrête à un secteur qui est noir, ou au

que l'antécédent est déterminé par le' conséquent aussi bien que le conséquent par l'antécédent. III Qu'on me permette à ce propos une réflexion sujet. et c'est bat et que j'attends tout du hasard.LB HASARD 71 secteur suivant qui est rouge. une cause ne peut produire qu'un effet. on. en d'autres termes. parce que. La différence dans la cause est imperceptible. que de la un peu étrangère à mon connaissance du présent nous pouvions déduire de l'avenir. puisqu'il y va de toute ma faire Taiguille mon cœur pourquoi ^ mise. mais que le passé ne Tétait pas par l'avenir. les phénomènes physiques sont irréversibles et que Je monde tend vers Tunifortelle sorte . Il est clair qu'aucun savant ne peut souscrire à cette conclusion les lois de la nature lient l'antécédent au conséquent de celle . et la différence dans Teffet est pour moi de la plus haute importance. tandis qu'un même effet peut être produit par plusieurs causes différentes. mais non celle du passé . Il même à des instruments plus déli- m'est donc impossible de prévoir ce que va que je viens de lancer. Un philosophe a dit il y a quelques années que l'avenir était déterminé par le passé. Ce sont là des diffé- rences que le sens musculaire ne peut apprécier et qui échapperaient cats. Mais quelle a pu être l'origine de Terreur de ce philosophe ? Nous savons qu'en vertu du principe de Carnot. disait-il.

mais nous ne pourrons pas deviner lequel des deux était autrefois le plus . pour cet observateur. que pourrons-nous répondre? Nous dirons bien que l'un des corps était chaud et l'autre froid.72 mité. les températures n'arri- vent jamais à l'égalité parfaite.dans la cause et de petites différences dans l'effet. nous reconnaîtrions qu'il subsiste encore une petite différence. cent mille fois plus sensibles. en réalité. SCIENCE ET IIÉTHODE Quand deux corps de température sont en présence. et que l'un des corps est resté un peu plus chaud que Tautre. l'équilibre instable ne serai* . Et cependant. Mais si nous avions des thermomètres mille fois. L'histoire serait retournée. les effets et les causes seraient intervertis. Il arrive alors un moment où nos thermomètres sont impuissants à la déceler. pour lui le temps serait changé de signe. de grandes différences. si on nous interroge sur Tétat antérieur. Mais une fois que les températures seront devenues égales. chaud. tt nous pourrions affirmer que c'est celui-là qui a été autrefois beaucoup plus chaud que l'autre. La différence des températures tend seulement vers zéro d'une façon asymptotique. le différente plus chaud cède de la chaleur au plus froid nous pouvons donc prévoir que les températures s'égaliseront. et Waterloo précéderait Austcrlitz. Eh bien. Il y a donc alors. contrairement à ce que nous avons vu dans les exemples précédents. Flammarion avait imaginé autrefois un alors observateur qui s'éloignerait de la Terre avec unevitesse plus grande que celle de la lumière.

IV Voici maintenant d'autres exemples où nous allons des caractères un peu différents. d'une quantité finie.73 LB HASARD plus Texception. pour qu'elle soit déviée. peut-être de 90® ou de 180% la direction de sa vitesse après le choc. sillonnent ce récipient dans tous les sens à chaque instant elles choquent les parois. Et ce n'est pas tout. . ce n'est pas la petivoir apparaître . Comment devons-nous nous représenter un récipient rempli de gaz? D'innombrables molécules. Si alors la mole- . de dévier la il suffît. ou elle le subirait gazeuses. animées de grandes vitesses. apparaîtrait comme livrée au hasard. Prenons d'abord la théorie cinétique des gaz. tesse des causes. et cela ferait varier. Et cepen- dant. et ces chocs ont lieu dans les conditions les plus diverses. à cause de Tirréversibilîté univer- tout lui semblerait sortir d'une sorte de chaos en équilibre instable la nature entière lui selle. après le choc. voir. le premier élément se retrouve encore joue un important. comparable au rayon d'action des molécules choc. rôle Si une molécule ici et était déviée vers la gauche ou la droite de sa trajectoire. nous venons de le molécule avant le choc d'une quantité infiniment petite. Ce qui nous frappe surtout ici. c'est leur complexité. ou bien elles se choquent entre elles. elle éviterait dans des conditions un diffé- rentes. d'une quantité très petite.

après n chocs. Pour savoir quelle sera la distribution de ces gouttes et chaque pavé. de sorte que leur distribution aucun rapport avec leur distribution finale n'a plus initiale. il suffira de la dévier. De sorte que si le premier choc a multiplié la déviation par un très grand nombre A. pourquoi. d'une quantité infini- du second ordre. Des ions se sont répandus dans l'atmosphère.SCIENCE ET MÉTHODE 74 cule subit deux chocs successifs. ils ont été entraînés dans des tourbillons de très petites dimensions. pendant longtemps ils ont été soumis à des courants d'air constamment changeants. la vapeur se con« dense et chacun de ces ions devient le centre d'une goutte de pluie. elle sera multipliée par A". Tout è coup. premier choc. c'est-à-dire parce que les petites causes produisent de grands efl'ets. c'est-à-dire parce que les chocs sont très nombreux et que les causes sont très complexes. ment après petite le mais parce que l'exposant n est grand. Et la molécule ne subira pas deux chocs seulement. pour qu'elle le soit. avant le premier choc. elle en subira un très grand nombre par seconde. il ne en tombera sur pas de connaître la combien suffirait il . d'une quantité finie. les gouttes de pluie nous semblent-elles distribuées au hasard? C'est encore à cause de la complexité des causes qui déterminent leur formation. la température s'abaisse. Passons à un deuxième exemple. d'une quantité infiniment petite du premier ordre et après le second choc. non seulement parce que A est grand. dans une averse. elle sera donc devenue très grande.

. au bout d'un certain temps. il faudrait supputer l'effet de mille courants d'air minuscules et capricieux. simple. les cartes subissent une permutation (analogue à celle qu'on étudie dans grains fins. Et pour prendre la théorie des substitutions). Et c'est encore la même chose si on met des grains de poussière en suspension dans Teau. si. pour que ce soit telle permutation (par exemple celle qui amène au rang n la carte qui occupait le rang cp (n) avant la permutaréalisera? probabilité. c'est-à-dire uniformément. dis-je. je veux dire que tous les ordres possibles seront également pro* assez longtemps. cette tudes du joueur. le vase est sillonné par des courants dont nous ignorons la loi. Quelle est celle qui se La probabilité. les grains seront distribués au hasard. le vase était de révolution courants circulaient autour de Taxe du vase en décrivant des cercles. il mutations successives . et si les puisque chaque grain conserverait sa hauteur initiale et sa distance initiale à Taxe. il n'en serait plus de même. c'est aussi ce qui arrive quand on bat les cartes d'un jeu. On arriverait au même résultat en envisageant le mélange de deux liquides ou de deux poudres à un exemple plus grossier. et cela est dû précisément à la complication de ces courants. dans ce vase. tion). Mais si dépend des habi- ce joueur bat les cartes y aura un grand nombre de peret l'ordre final qui en résultera ne sera plus régi que par le hasard. A chaque coup.Ll HASARD 75 Situation initiale des ions. nous savons seulement qu'elle est très compliquée. S'ils obéissaient à quelque loi par exemple.

on s'efforce de s'enquérir de la situation antérieure. C'est au s'attacher à apercevoir les plus gros et à les éviter. c'est-à-dire à la complexité du phénomène que ce résultat est dû. On peut se placer encore à un troisième point de vue qui a moins d'importance que et sur lequel j'insisterai prévoir un fait et les deux premiers moins. c'est par leur union et par leur nombre que leurs effets deviennent . Mais quand il les a éliminés. Un mot enfin de la théorie des erreurs. redoutables. Ce sont ceux qui donnent naissance aux erreurs systématiques. on se contente de savoir ce qui se passe dans le voisinage du point où le fait doit se . mais on ne saurait le faire pour toutes les parties de l'univers. il en reste beaucoup de petits. en accumulant leurs effets. Ici encore.SCIENCE KT MÉTHODB 76 grand nombre des permutations successives. mais chacune d'elles ne produirait qu'un petit effet. C'est de là que proviennent les erreurs accidentelles et nous les attribuons au hasard parce que leurs causes sont trop compliquées et trop nombreuses. A combien de pièges n'est pas exposé Tobseryateur. même avec le meilleur instrument! Il doit bables. mais qui. Quand on cherche à qu'on en examine les antécédents. nous n'avons que de petites causes. en admettant qu'il y parvienne. C'est ici que les causes sont complexes et qu'elles sont multiples. peuvent devenir dangereux.

quelqu'un qui aurait été au courant de ces affaires. Mais couvreur. Sur un couvreur. dans une certaine mesure. Notre faiblesse ne nous permet pas d'embrasser l'univers tout entier. la plupart du temps. que deux de ces tranches réagissent Tune sur l'autre. Mais fait il prévu. pourquoi le toit.LE HASARD 77 produire. et on n'hésitera pas à ce (jull va faire. ou ce qui paraît avoir quelque rapport avec ce Une enquête ne peut être complète. le couvreur laisse tomber une tuile qui tue l'homme. et peut arriver que nous ayons laissé de côté des circonstances qui. en effet. faut savoir choisir. auxquelles on n'aurait jamais songé à attribuer aucune influence et qui. Tentrepreneur qui l'emploie pourra. Est-ce là une troisième manière de concevoir le hasard? Pas toujours. Les effets de cette action mutuelle nous paraissent alors dus au hasard. au premier abord. cependant. Nous cherchons à le faire aussi peu artificiellement que possible. Et pourtant. prévoir l'homme ne pense guère au couvreur à l'homme: ils semblent appartenir à deux mondes complètement étrangers Tun à l'autre. pourrait dire pour quelle raison il est parti Un homme à telle heure. et nous oblige à le découper en tranches. et néanmoins. on est ramené à la première ou à la seconde. contre toute prévision. il arrive. généralement étrangers . passe dans la rue en allant à ses affaires. ni dire que le c'est là un hasard. semblaient complètement étrangères il au fait. viennent à jouer un rôle important. travaille il a passé par telle rue. de temps en temps. Toutes les fois que deux mondes.

le mieux est de reprendre quelques-uns des exemples cités plus haut. Qu'il aurait fallu peu de chose pour que l'homme passât une seconde plus tard. pourvu que e soit très petit. ou qu'elles soient complexes. Quelle est la probabilité pour que cette impulsion ait telle ou telle valeur? Je n'en sais rien. mais il m'est difficile de ne pas admettre que cette probabilité est représentée par une fonction analytique continué. les lois très complexes. La probabilité pour que l'impulsion soit comprise entre a et a+e. ou que le couvreur laissât tomber sa tuile une seconde plus très petit tôti VI Tout ce que nous venons de dire ne nous explique pas encore pourquoi le hasard obéit à des lois. Je commencerai par celui de la roulette. C'est là une pro- . J'ai dit que le point où s'arrêtera l'aiguille va dépendre de l'impulsion initiale qui lui est donnée. l'autre. sera alors sensiblement égale à la proe et babilité pour qu'elle soit comprise entre a + a -f 2e.SCIENCE ET MÉTHODE 78 l'un à Tautre. Suffit-il que les causes soient petites. il aurait suffi d'un changement dans les conditions initiales mondes pour que la réaction n'eût pas deux de ces lieu. d'autre part. pour que nous puissions prévoir. viennent ainsi à réagir Tun sur de cette réaction ne peuvent être que et. sinon quels en sont les effets dans chaque cas^ mais au moins ce que seront ces effets en moyenne? Pour répondre à cette question.

de a c'est le -f. De a à a -f. s'applique aussi à Texemple des petites planètes. c'est la fonction ana- lytique qui représente la probabilité d'une impulsion initiale déterminée. la donc la rouge. On voit ainsi pourquoi le« phénomènes ol éissent aux lois du hasard quand de petites différences dans les causes suffisent pour amener de grandes différences dans les effets. la probabilité totale du rouge est égale à la probabilité totale du noir. tionnelles Mais. nous l'avons supposé. et. Ce que nous venons de dire pour le cas de la roulette. Leur distribution actuelle est uniforme et indépendante de cette loi. Le zodiaque peut être regardé comme une immense roulette sur laquelle le créateur a lancé un très grand nombre de petites boules auxquelles il a communiqué des impulsions initiales diverses.79 LE BASARD priété commune à toutes les fonctions analytiques. une très petite variation de l'impulsion suffît pour changer la couleur du secteur devant lequel Taiguille finira par s'arrêter. variant suivant une loi d'ailleurs quelconque. qu'il dépend donnée. Les analytiques. par conséquent.e à a + 2e c'eet probabilité de chaque secteur rouge est même que celle du secteur noir suivant. parce à toutes les fonctions en résulte que finalement nous n'avons plus aucun besoin de la donnée. La donnée de la question.e le noir. Mais le quelle que soit cette d'une propriété commune théorème reste vrai. Les petites variations de la fonction sont proporaux petites variations de la variable. Il . pour la même raison que dans le cas précédent.

La somme de ces six nombres est égale à 1. le n® battement et avant le n + . et il peut les intervertir de plusieurs manières. 132. 312. occuper les rangs fiition. 213: Chacune de ces six hypothèses est possible et ont respectivement pour probabilités elles : Pi. justement parce que ces différences sont petites et que les petits accroissements d'une fonction continue sont proportionnels à ceux de la variable. je sup- pose qu'un joueur batte un jeu de cartes. Supposons trois cartes seulement pour simplifier TexpoLes cartes qui. où intervient surtout la complexité des causes. cela recommencei^a et dans les mêmes conditions. ces six probabilités dépendent naturellement des habitudes du joueur que nous ne connaissons pas. Au second battement et aux suivants. après le battement. pourront. par exemple. Passons à un exemple entièrement différent. occupaient respectivement les rangs 123. P^^ Ps' Pi^ P57 P6. A chaque battement. il intervertit Tordre des cartes. 321. avant le battement. 231. je veux dire que p^. représente toujours la probabilité pour que les trois cartes qui occupaient après 1* les rangs 123.80 H SCIENCE ET MÉTHODE probabilités de ces petites différences peuvent alors être regardées comme proportionnelles à ces diffé- rences elles-mêmes. 123. mais c'est tout ce que nous en savons.

espérance mathématiaue sera (Pi — P«r- . Cela s'appliquerait sans changement plus de trois cartes. la démonstration serait compliquée. mon si elles sont finalement interverties. sa façon de battre restent les Mais nombre des battements si le les cartes qui. p^ que nous ne connaissons pas. 321. 21 = — avec les probabilités p^ etp3 l p^. 132. quels que soient les nombres /)| . Le grand nombre des battements. mais. 321 après len + quel que soit le 81 occupent nombre n puisque les joueur. Supposons n battements et supposons que je gagne 1 franc si les cartes sont finalement dans l'ordre initial. pourront. c'est-à-dire la complexité des causes. s'il y avait même avec trois cartes. 1* avant le 1*' habitudes du mêmes. et cela sera vrai. 231. les rangs battement. Et cela reste vrai. a produit Tuniformité. Nous n'avons plus que deux hypothèses 12. occupaient rangs 123. battement. je me contenterai de la donner pour deux cartes seulement. est très grand. 213 et la probabilité blement la de ces môme six hypothèses sera sensi- et égale à ^. 312. et que j'en perde un Alors. 123. après occuper les rangs le les dernier battement.Lt HASARD pour que ces trois cartes. dis-je.

la distribution des molécules et celle des vitesses ne tarderont pas à devenir uniformes. dans le premier cas. Tun des Il y aurait une exception toutefois. Pour en revenir à cette théorie. P| et /?2 était égal à i et l'autre nul. la distance du centre à une trajectoire quelconque demeurera constante. Les équations différentielles du problème sont-elles trop simples pour que nous puissions appliquer les . à ceux des poudres et des liquides. mon espéque sorte que 1. Ce que nous venons de voir ne s'applique pas seulement au mélange des cartes. mais puissent être déviées par des chocs sur les parois du vase où le gaz est renfermé. qui laissent subsister un invariant. et même à ceux des molécules gazeuses dans la théorie cinétique des gaz. second cas ce sera la valeur absolue de Tangle de chaque trajectoire avec les faces du parallélépipède. mais à tous les mélanges.SCIENCE ET MÉTHODE 82 — est certainement plus petite La différence^! y)<i n si est très grand. si . dans le lélépipède rectangle. Si la forme du vase est suffisamment compliquée. supposons pour un instant un gaz dont les molécules ne puissent se choquer mutuellement. On voit ainsi ce que l'on doit entendre par conditions trop simples \ ce sont celles qui conservent quelque chose. Il n'en sera plus de même si le vase est sphérique ou s'il a la forme d'un paral- pourquoi? Parce que. Cela ne marcherait plus alors parce que nos hypothèses nombres initiales seraient trop simples. de rance sera nulle nous n'avoi^s pas besoin de connaître Pi et P2 pour savoir que le jeu est équitable.

Ici encore la simplicité du résultat est née de lu besoin de savoir qu'une chose : très complication même des données. tout à l'heure la fiction 4e Flammarion. Venons enfin à la théorie des erreurs. Elles sont trop simples. et c'est justement parce que nous l'ignorons que nous savons qu'elles vont obéir à le paradoxe. A quoi sont dues les erreurs accidentelles. VII Mais nous ne J'ai repris sommes pas au bout des paradoxe». Il s'explique manière que dans les cas la loi de Gaiiss. nqus supposons seulement que cette courbe est symétrique. . qu'elles sont très petites. si quelque chose des conditions initiales demeure inaltéré. et cette loi résultante est indépendante des lois particulières que nous ne connaissons pas. que chacune d'elles peut être aussi bien négative que positive. On démontre alors que l'erreur résultante suivra la loi de Gauss. la situation initiale. Quelle est la courbe de probabilité de chacune d'elles? nous n'en savons rien. dénuée de sens précis nous savons maintenant ce qu'elle veut dire. si elles conservent quelque chose. au premier abord. Nous n'avons que les erreurs sont nombreuses.83 LE HASARD dn hasard? Cette question paraît. si elles admettent une intégrale uniforme . Tel est à peu près de la même précédents. nous l'ignorons. il est clair que la situation finale ne pourra plus être indépendante de lois .

de petites causes semblent produire de grands effets. Cela est vrai à un certain point de vue. et cependant tous ces phénomènes à un instant donné ne seraient pas distribués conformément aux lois du hasard. Or. ma probabilité de gagner sera n que la numéro lité . d'après les rence d'un millimètre sur la cause. ne les regardons pas comme réglés par le hasard. produise une différence d'un kilomètre dans l'effet. puisqu'ils le seraient comme pour nous. qui les voyant se dérouler harmonieusement et sans sortir d'un chaos primitif. la probabi- pour que la cause varie entre certaines limites sera proportionnelle à la distance de ces limites.SCIENCE ET MÉTHODV 84 de Thomme qui va plus vite que la lumière et pour qui le temps est changé de signe. J'ai dit que pour lui tous les phénomènes sembleraient dus au hasard. selon toute apparence. . pourquoi les choses ne se passentelles pas comme pour nous quand nous croyons voir de grands effets dus à de petites causes? Le même raisonnement ne serait-il pas applicable à son celle cas ? Revenons sur ce raisonnement : quand de petites différences dans les causes en engendrent de grandes dans les pourquoi ces effets sont-ils distribués lois du hasard? Je suppose qu'une diffé- effets. Si je dois gagner «ans le cas où l'effet correspondra à un kilomètre portant un numéro pair. Qu'est-ce que cela veut dire? Pour Lumen. l'homme de Flammarion. pourquoi? Parce corresponde cause à qu'il faut pour ceU un millimètre de pair.

Qu'arrivera-t-îl maintenant quand de causes produiront de petits effets? C'est grandes le cas où nous n'attribuerions pas le phénomène au hasard. à des variations très petites de Tabscisse. Mais pratiquement elle ne serait pas continue puisque. n'admettait pas cette hypothèse. et cela bien que cette distance de n millimètres soit petite. et où Lumen au contraire Tattribuerait au hasard. cette courbe pourra rester continue au sens analytique du mot. elle ne sera donc pas proportionnelle à n. Mais la probabilité pour que Feffet reste 'compris entre deux limites de n millimètres sera précisément la même. entendons-nous bien. : voilà ce que . à des variations infiniment petites de l'abscisse correspondront des variations infiniment petites de l'ordonnée. Il deviendrait impossible de tracer distantes la courbe avec un crayon ordinaire je veux dire. A une différence d'un kilomètre dans la cause correspondrait une différence d'un millimètre dans l'effet. La probabilité pour que la cause soit comprise entre deux limites distantes de n kilomètres. moyen de il Si Ton n'y aurait plus représenter la prohabilité par une fonc- tion continue.85 LE HASARD pourvu que cette distance soit très petite. ne correspondraient pas des variations très petites de l'ordonnée. Il n'y a donc pas moyen de représenter la loi de probabilité des effets par une courbe continue. sera-t-elle encore proportionnelle à n? Nous n'avons aucune raison de le supposer puisque cette distance de n kilomètres est grande.

tandis que notre . ils lui paraîmais ce traient dus à je ne sais quel caprice caprice serait tout autre chose que notre hasard. que nous appelions tout à l'heure initial. Dans le cours de cette histoire.gCIENCE ET MÉTHODE 86 Que devons-nous donc conclure? Lumen de dire que le droit la probabilité de la n'a pas cause (celle de sa cause. elles ont tant travaillé à la régulariser. elles ne créeraient au contraire que la diffé- rentiation et l'inégalité. . les changements qu'il observerait seraient pour lui imprévus et impossibles à prévoir. puisqu'il serait rebelle à toute loi. Il verrait sortir un monde de plus en plus varié d'une sorte de chaos primitif. vallées : admettre la continuité. pour lui. les causes complexes ne lui paraîtraient pas des agents de régularité et de nivellement. Mais alors. n'est luimême que le point d'aboutissement d'une longue histoire antérieure. qu'elles nous rendront finalement une courbe continue* Et c'est pourquoi nous en pouvons en toute confiance les angles. pourquoi avons-nous ce droit? C'est parce que cet état d'équilibre instable. nous. des causes complexes ont agi et elles ont agi longelles ont contribué à opérer le mélange temps des éléments et elles ont tendu à tout uniformiser : au moins dans un petit espace. qui est notre effet à nous) doit nécessairement être représentée par une fonction continue. elles ont arrondi nivelé les montagnes et comblé les quelque capricieuse et irrégulière qu'ait pu être la courbe primitive qu'on leur a livrée. Lumen n'aurait pas les mêmes raisons de conclure ainsi.

Mais ce qui est très petit grand pour Tautre. J'ai parlé de causes très très pour Tun ne complexes. Une différence est très petite.LE HASARD 87 hasard a encore les siennes. Que signifie le mot très petit? Il suffit pour le comprendre de se reporter à ce que nous avons dit qui simple plus haut. et tante. et ce peut-il être semble très complexe à l'un ne peut-il paraître à l'autre? J'ai déjà répondu en partie puisque j'ai dit plus haut d'une façon précise dans quel cas des équations différentielles deviennent trop simples pour que les lois du hasard restent applicables. a-t-il On peut petites il ou un caractère il Le peut objectif? se le demander. qui aideraient peut-être à mieux comprendre Tirréversibilité de l'univers. intervalle. VIII Nous avons cherché à vient définir le hasard. hasard. valle est très petit lorsque. la probabilité dans un les limites inter- de cet reste sensiblement cons-» pourquoi cette probabilité peut-elle être regardée comme constante dans un petit intervalle? C'est parce que nous admettons que la loi de probabilité est représentée par une courbe continue. et con- maintenant de se poser une question. étant ainsi défini dans la mesure où Tôtre. Mais il convient d'examiner la chose d'un peu plus près. Tous ces points demanderaient de longs développements. Et . car on peut se placer encore à d'autres points de vue.

mais il et c'est : relatif à l'état homme ou à tel autre. comme je l'expliquais plus haut. c'est siècles. Cela veut dire que non seulement elle ne présentera pas d'hiatus absolu mais qu'elle n'aura pas non plus de saillants et de rentrants trop aigus ou trop accentués. Dans des milliards de milliards de siècles. parée que sur notre courbe un arc. Et alors telle longueur qui aujourd'hui ne nous semble pas très petite.de cette longueur ne peut être regardé comme rectiligne. Ainsi ce mot de très petit reste relatif. puisque la courbure sera devenue dix fois moindre. devra au contraire à cette époque être qualifiée de très petite.88 ICIENCE ET MÉTHODE non seulement continue au sens analytique du mot. Il changera de sens n'est pas relatif à tel . pour cela que nos courbes de probabilité n'offrent plus que des ondulations lentes. depuis le même sens droit de faire cette commencement des et qui font tendre vers Tuniformité sans revenir en arrière. mais pratiquement continue. il constamment qu'il le puisse jamais Ce sont ces causes qui ont peu i peu abattu les saillants et rempli les rentrants. il est actuel du monde. on aura fait un pas de plus vers l'uniformité et ces ondulations seront le rayon de courbure dix fois plus lentes encore moyen de notre courbe sera devenu dix fois plus grand. et qu'un arc de cette longueur pourra être sensiblement assimilé à une droite. Et qu'est-ce qui nous donne hypothèse? Nous l'avons que. parce y a des cessent d'agir dans le causes complexes qui ne monde le dit plus haut.

Les causes complexes. Et que veut dire d'autre part plexe? J'ai le mot très com- déjà donné une solution^ et c'est celle que j'ai rappelée au début de ce paragraphe. se dissimule sous l'apparence uniforme d'un gaz. conserve un sens objectif. où la teinte il arrive un moment du mélange nouSv paraît uniforme. le microscope ne semble-t-ii pas sur le point de nous montrer quelque chose d'analogue? Ce nouveau critérium e&t donc rel^*iJ^ ^^mn^o. Et cependant. mais il y en a d'autres. elle sera uni- forme pour le presbyte qui est obligé de regarder de loin quand elle ne le sera pas encore pour le myope. c'est à cause de l'infirmité de nos sens. si la théorie cinétique est vraie.LE HASARD quand le monde 89 sera devenu plus uniforme. mais au bout de combien de temps ce mélange nous satîsfera-t-il? Quand aura-t-on accumulé assez de complications? Quand aura-t-on suffisamment battu les cartes? Si nous mélangeons deux poudres. Et quand elle le sera devenue pour toutes les vues. nous l'avons dit. l'une bleue et l'autre blanche. on adopte les idées de Gouy sur le mouvement brownien. Mais alors sans doute les hommes ne pourront plus vivre devront faire place à d'autres êtres. Il n'y a pas de chance pour qu'aucun homme discerne jamais la variété infinie qui. i^ si . dois-je dire beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands? De sorte que notre critérium. restant vrai pour tous et les hommes. produisent un mélange de plus en plus intime. que toutes les choses seseront mélangées plus encore. on pourra encore reculer lalimite par l'emploi des instruments.

qui contenaient précisément.SCIENCE ET MÉTHODE 90 premier et parce que mêmes s'il conserve un caractère objectif. on dit que ceux-ci sont con- formes aux lois un grand évéreconnaît pour cause un petit de l'histoire ». Ce n'est que par hasard que se sont rencontrées deux cellules génitales. les événements par exemple. chacune de son côté. les plus importants. ce mot a donc le même sens que dans les sciences physiques. ces la réaction mutuelle On tombera d'accord que éléments doivent être rares et que leur ren- . de quables du Il s'est donc contenté de relater du xvi* siècle les plus considérables même que les faits les plus xvii* siècle. Le plus grand hasard est la naissance d'un grand homme. tous les hommes c'est ont à peu près les sens. L'historien est obligé de faire un choix dans les événements de l'époque qu'il étudie il ne raconte que ceux qui lui semblent . alors on dit que cet événement est dû au hasard. les éléments mystérieux dont devait produire le génie. de sexe différent. IX C'est la même chose dans les sciences morales et en particulier dans l'histoire. il signifie que de petites causes ont produit de grands effets. que tout le monde a négligé. que la puissance de leurs instruments est limitée et qu'ils ne s'en servent d'ailleurs qu'ex- ceptionnellement. nement du xvn* siècle fait du XVI* siècle. Si les remar^ premiers suffisent pour expliquer les seconds. qu'aucune Mais si histoire ne rapporte.

du hasard ne s'appliquent pas à ces questions. c'est peut-être fâcheux. Si on avait utilisé les résultats de ce calcul. elle use moins qu'on ne croit de la méthode de Bridoye. et parier un million contre un combien il sou. 5 . Si la justice ne se décide pas toujours par de bonnes raisons. ne peut Un mot donné comprendre les encore sur les paradoxes lieu l'application du exemple véritables auxquels a calcul des probabilités aux sciences morales. Qu'est-ce à dire? Nous sommes tentés d'attribuer au hasard les faits de cette nature parce que les causes en sont obscures mais ce n'est pas là le Trai hasard.LE HASARD 91 contre est encore plus rare. Qu'il aurait fallu peu de chose pour dévier de sa route le spermatozoïde qui les portait . Nul mieux faire caractères du hasard. il est . il de millimètre aurait suffi de le dévier d'un dixième et Napoléon ne naissait pas et les des- tinées d'un continent étaient changées. on se serait certainement fallait exposé aux foi mêmes déceptions qu'en pariant sur la du calcul que l'opposition n'aurait jamais aucun représentant. Condorcet s'est efforcé de calculer de jurés pour qu'une erreur judiciaire devint pratiquement impossible. Les causes nous sont inconnues. On a démontré qu'aucune Chambre ne contiendrait jamais aucun député de l'opposition. ou du moins un tel événement serait tellement improbable qu'on pourrait sans crainte parier le contraire. puisque alors le système de Condorcet nous Les lois mettrait à l'abri des erreurs judiciaires.

il est clair^ qu'une petite différence sur l'argument donnera une petite différence sur le logarithme. sont et indépendamment les uns des autres. Quand des hommes ils ne se décident plus au hasard rapprochés. et là. elles troiïblent les hommes. Et c'est cela qui se conserve. Nous retrouvons toujours Mais pour le même le nombre ::. celle que je m'étais plus spécialement proposée. mais il y a une chose qu'elles ne peuvent détruire. Des causes multiples entrent chose les . critérium. ce sont leurs habitudes de moutons de Panurge. mais puisqu'elles conservent ne le quelque elles nous avons vu que c'est là ce qui distingue « trop simples ». d'autres questions à souleaurait beaucoup y si je voulais les aborder avant d'avoir résolu cultés et je n'ai Il ver. pourquoi celles du nombre tz sont-elles distribuées conformément aux lois du hasard? J'ai déjà ailleurs étudié la question en ce qui concerne les logarithmes. et même pas sont elles sont assez complexes. cela présente plus de diffi- pour le moment rien de bon à dire.SCIENCE ET MÉTHODB 92 vrai. L'application du calcul des probabilités aux sciences exactes entraîne aussi bien des difficultés. mais une grande différence sur la sixième décimale du logarithme. . Pourquoi les décimales d'une table de logarithmes. les entraînent à droite et à gauche. cela est facile. ils réagissent les uns sur les autres. causes en action.

non plus qu'une chance sur 10. Et c'est toujours au fond le même raisonnement. ou bien une cause simple. cela me prendrait trop de temps.000 nombres. quand nous trouvons un nombre rond par exemple. nous déclarons l'hypothèse confirmée. . car sans cela toute science impossible. Je ne puis ici le justifier complètement. puisqu'elles seraient en nombre infini. et nous cherchons pour l'expliquer une cause non fortuite. ou bien cet ensemble de causes complexes que nous appelons le hasard. mais je puis dire au moins ceci nous nous trouvons en présence de deux hypothèses.000 par y a seulement une chance sur 10. Y a-t-il là de notre part une simple illusion.Ll BA9ÂBD 93 Quand nous constatons un résultat simple.000 n'y a pour qu'il amène n'importe quel autre nombre et cependant ce résultat ne nous étonnera pas et il ne nous répugnera pas de l'attribuer au hasard et cela simplement parce qu'il sera moins frappant. Mais il il le nombre 10. le hasard amène un nombre rond.000. que faisons-nous? Nous ne pouvons en vérifier toutes les conséquences. Quand nous voulons contrôler une hypothèse. exemple. Et en effet il n'y a qu'une très faible probabilité pour qu'entre 10. Nous trouvons naturel d'admettre que la première doit produire un résultat simple. nous nous contentons d'en vérifier quelques-unes et si nous réussissons. et serait : . nous disons qu'un pareil résultat ne peut pas être dû au hasard. time? Il faut l'espérer. car tant de succès ne sauraient être dus au hasard. ou bien y a-t-il des cas où cette façon de voir est légi.

il est vrai. ne l'amènera pas non plus plus d'une fois sur iO. . le nous paraît plus vrai- semblable de Tattribuer à la cause simple qui deyait nous le donner presque certainement. mais la cause simple n'a pas plus de chance de le produire.SCIENCE ET METHeDB alors. si nous constatons nombre rond par exemple. ce il résultat simple. le hasard.OOO. Il n'en sera plus de même si nous constatons un résultat qui n'est pas simple.000. qu'au hasard qui ne pouvait nous le donner qu'une fois sur 10.

par exemple. tisse là que provient la relauvité .LIVRE îî LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE CHAPITRE I La Relativité de l'Espace. C'est de irréductible de l'espace. I Il est impossible de se représenter l'espace vide tous nos efforts pour imaginer . d'où seraient exclues les images changeantes des objets matériels. sont remplacées par des lignes à faible coloration et Ton ne pourrait aller jusqu'au bout dans cette voie. sans que tout s'évanouisse et aooution au néant. un espace pur. ne peuvent aboutir qu'à une représenta- où les surfaces fortement colorées.

notre globe les a parcourus dans son mouvement par rapport au soleil.96 gCIENCE ET MÉTHODfc Quiconque parle de l'espace absolu. et je dis je reviendrai ici : demain. je n'y gagnerais rien. j'ai voulu dire Demain je verrai de nouveau le dôme et le fronton du Panthéon. langage. . En somme. mais il en est une n'aurait autre. Je suis en un point déterminé de Paris. C'est là une des formes les plus banales du principe de la relativité de l'espace. C'est là une vérité qui a été pi. ma phrase : aucun sens et l'espace s'évanouirait. mais qu'on est trop souvent mot porté à oublier. dans une nuit. que le soleil se déplace à son tour par rapport à la Voie Lactée. si je : : voulais préciser mon . puisque ces 2 millions de kilomètres. emploie un vide de sens. en un jour.oclamée depuis longtemps par tous ceux qui ont réfléchi à la question. et s'il n'y avait pas de Panthéon. toutes les dimen- sions de l'univers deviennent mille fois plus grandes : . entraînant avec elle la place du Panthéon. Supposons que. place du Panthéon. que la Voie Lactée ellemême est sans doute en mouvement sans que noug De sorte que nous nous ignorerons' ignorons complètement et que toujours de combien la place du Panthéon se déplace puissions connaître sa vitesse. sur laquelle Delbeuf a particulièrement insisté. Et. Si Ton me demande Entendez-vous que vous reviendrez au môme point de l'espace. tenté de répondre puisque d'ici à demain la Terre aura marché. je serai Oui et cependant j'aurai tort. qui aura parcouru plus de 2 millions de kilomètres. par exemple.

cela ne voulait pas dire Je serai demain au point de l'espace où s'est rien : : . nous avions vu que quand je dis Je serai ici demain. Le lit où je suis couché et mon corps lui-même se seront agrandis dans la même proportion. en conséquence. livre quel sentiment éprouverîii-je en présence d'une aussi étonnante transformation? Eh bien. En réalité. ce qui était long d'un millimètre deviendra long d'un mètre. Les mesures les plus précises seront incapables de me rien révéler de cet immense bouleversement. Tout à l'heure. en même sens qu'au de géométrie. A-t-on le droit. ce qui avait un mètre de long mesurera désormais un kilomètre. le lendemain troisième matin. il ne pour cela que vaudrait mieux dire que l'espace étant relatif.97 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI le monde sera resté semblable donnant au mot de similitude le à lui-même. puisque les mètres dont je me servirai auront varié précisément dans les mêmes proportions que les objets que je chercherai è mesurer. pourvu que les autres distances aient varié dans les mêmes proportions. c'est pour mieux faire voir que leur façon de voir implique contradiction. de dire que Ton connaît la distance entre deux points? Non. je ne m'apercevrai de rien du tout. ce bouleversement n'existe que pour ceux qui raisonnent comme si l'espace était absolu. puisque cette distance pourrait subir d'énormes variations sans que nous puissions nous en apercevoir. Quand je me réveillerai. il passé du tout et que c'est nous ne nous sommes aperçus de rien. En réalité. Si comme j'ai raisonné un instant eux. Seulement.

je moi-même n'en sais rien du de l'illusion tenace que nous pensons un espace absolu. ma et que je distance du même nombre de fois^ la supposé que les dimenque du moins ce sions du monde monde restait toujours semblable à lui-même. cette fois. On peut aller beaucoup plus loin et une des théories les plus étonnantes des physiciens modernes va nous en fournir l'occasion. j'ai pensé au mouvement de la terre sur son orbite elliptique autour du Soleil. mais sa vitesse par rapport à qui nous i. Mais peu importe qu'elle soit faible. D'après Lorentzet Fitzgerald*. en tout. tandis que les dimensions perpendiculaires à ce mouvement ne seraient pas altérées. mais même voici : que cet énoncé n'est plus suffisant dois dire : Demain aujourd'hui. XI. fait croire Vide infra. El du distance je suis aujourd'hui. mais. j'ai été victime réalité. très faible. j'ai variaient. . chap. non sa vitesse absolue qui n'a aucun seni. Mais.SCIENCE ET MÉTHODE 98 Je serai demain à la Panthéon qu'aujourd'hui. sa véritable vitesse (j'entends. Et d'ailleurs. puisque toutes les dimensions parallèles au mouvement de la Terre diminueraient d'un cent millionième. tous les corps entraînés dans le mouvement de la Terre subissent une déformation. et Panthéon sera égale à un longueur de mon corps. mais j'en vais bientôt tirer. il suffit qu'elle existe pour la conclusion que Mais ce n'est pas tout. j'ai dit qu'elle était faible. Cette déformation est. à la vérité. et j'ai admis 30 kilomètres pour sa vitesse.

Pouvons-nous mettre en évidence cette déformaÉvidemment non. toutes deux. il se déforme. de sorte que bien que l'arête n'ait plus un mètre de longueur. je ne la connais pas. je ne me tion? serai aperçu de rien. Si je veux m'en assurer à Taide d'un mètre. je n'ai de la plus connaître grande et : elle alors est peut-être la 10. perpendiculaires au mouvement. celle qui est parallèle au mouvement. On me demandera alors quelle est l'utilité de l'hypothèse de Lorentz et de Fitzgerald si aucune expérience ne peut permettre de la vérifier? c'est que mon exposition a été incomplète. à lacondi. voici un cube qui a 1 mètre de côté. il s'y appliquera exactement. je mesurerai d'abord l'une des arêtes perpendiculaires au mouvement et je constaterai que mon mètre s'applique exactement sur cette arête. ni Tune ni Tautre de ces deux longueurs n'est altérée. . déformation 100 sera fois 100. et étant devenu parallèle au mouvement. pour cela je déplace mon mètre et le fais tourner de façon à l'appliquer sur mon arête. celle qui est parallèle au mouvement. puisqu'elles sont. ensuite. par suite du déplacement de la terre. en effet. Tune de ses arêtes. a subi. et. 10. à son tour. Mais le mètre ayant changé d'orientation. je n'ai parlé que des mesures que l'on peut faire avec un mètre mais on peut mesurer aussi une longueur par le temps que la lumière met à la parcourir.000 fois plus forte. les autres ne varient pas. devient plus petite. Je veux mesurer. la déformation. l'autre arête.99 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACE aucun moyen Téther).

les carrés sont ou des parallélogrammes. sphères des ellipsoïdes. nous n'avons aucun moyen de savoir si c'est la grandeur ou bien tion l'instrument qui a varié. c'est que. dans cette déformation. on pourIl est évident : I . Dans un cas comme dans Tautre. c'est seulement le rapport de la grandeur à l'instrument que nous mesurons. ou le chemin parcouru par la lumière. Mais ce que je veux faire voir. devenus des rectangles les cercles des ellipses. et si ce rapport est altéré. qu'on pourrait aller beaucoup plus loin au lieu de la déformation de Lorentz-Fitzgerald dont les lois sont particulièrement simples. Lorentz aurait pu rendre compte des faits en supposant que la vitesse de la lumière est plus grande dans la direction du mouvement de la terre que dans la direction perpendiculaire. Si les surfaces d'onde de la lumière avaient subi les mêmes déformations que les corps matériels. le monde n'est pas demeuré semblable à lui-même . mais que les corps sont plus petits dans les unes que dans les autres. mais de la mesure de cette grandeur par le moyen d'un instrument quelconque. Et cependant nous n'avons aucun moyen de savoir si cette déformation est les réelle. Il a préféré admettre que la vitesse est la même dans ces diverses directions.«CIENCE ET MÉTHODE 100 que Ton admette que la vitesse de la lumière est constante et indépendante de la direction. il ne peut être question de grandeur absolue. cet instrument peut être un mètre. nous ne nous serions pas aperçus de la déformation de Lorentz-Fitzgerald.

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE

101

imaginer une déformation tout à fait quelconque. Les corps pourraient se déformer d'après
des lois quelconques, aussi compliquées que nous
voudrions, nous ne nous en apercevrions pas pourvu
que tous les corps sans exception se déforment suirait

vant les

mêmes

lois.

En

disant

:

tous les corps sans

exception, j'y comprends, bien entendu, notre corps

lui-même, et les rayons lumineux émanés des divers
objets.

nous regardions le monde dans un de ces
miroirs de forme compliquée qui déforment les
objets d'une façon bizarre, les rapports mutuels des
diverses parties de ce monde n'en seraient pas
altérés; si, en effet, deux objets réels se touchent,
leurs images semblent également se toucher. A vrai
dire, quand nous regardons dans un pareil miroir,
nous uous apercevons bien de la déformation, mais
c'est parce que le monde réel subsiste à côté de son
image déformée; et alors même que ce monde réel
nous serait caché, il y a quelque chose que Ton ne
saurait nous cacher, c'est nousrmême nous ne pouvons cesser de voir, ou tout au moins de sentir,
Si

;

notre corps et nos membres qui n'ont pas été
déformés et qui continuent à nous servir d'instruments de mesure. Mais si nous imaginons que notre
corps soit déformé lui-même, et de la même façon
que s'il était vu dans le miroir, ces instruments de

mesure"^ leur tour nous feront défaut et la déformation ne pourra plus être constatée.
Voici de même deux univers qui sont l'image l'un
de l'autre à chaque objet P de l'univers A corrftfl;.

102

iCIKNCE ET MÉTHODI

pond dans Tunivers B un objet F qui est son image;
les coordonnées de cette image P' sont des fonctions
déterminées de celles de l'objet P; ces fonctions
peuvent d'ailleurs être tout à fait quelconques; je
suppose seulement qu'on les ait choisies une fois
pour toutes. Entre la position de P et celle de F, il
y a une relation constante; quelle est cette relation,
peu importe; il suffit qu'elle soit constante.
Eh bien, ces deux univers seront indiscernables

de Tautre. Je veux dire que le premier sera
pour ses habitants ce que le second est pour les
siens. Et il en serait ainsi tant que les deux univers
resteraient étrangers l'un à l'autre. Supposons que
nous habitions l'univers A, nous aurons construit
notre science et en particulier notre géométrie
pendant ce temps les habitants de l'univers B

l'un

;

auront construit une science, et comme leur monde
est l'image du nôtre, leur géométrie sera aussi

pour mieux dire, ce sera la
même. Mais si un jour une fenêtre nous est ouverte
sur l'univers B, nous les prendrons en pitié « Les
malheureux, dirons-nous, ils croient avoir fait une
géométrie, mais ce qu'ils appellent ainsi n'est
qu'une image grotesque de la nôtre; leurs droites

rimage de

la nôtre ou,

:

sont toutes tortues, leurs cercles sont bossus, leurs
sphères ont de capricieuses inégalités ». Et nous ne

nous douterons pas qu'ils en disent autant de nous,
et qu'on ne saura jamais qui a raison.
On voit dans quel sens large doit être entendue
Te^ pace est en réalité
la relativité de l'espace
amorphe et les choses qui sont dedans lui donnent
;

103

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI

une forme. Que doit-on penser alors de cette
que nous aurions de la droite ou
avons si peu l'intuition de la
Nous
distance?
de la
distance en soi que, dans une nuit, nous l'avons dit,
une distance pourrait devenir mille fois plus grande
sans que nous puissions nous en apercevoir, si
seules

intuition directe

toutes les autres distances avaient subi la

même

même

en une nuit l'univers B pourrait
s'être
substitué à l'univers A sans que nous
eussions aucun moyen de le savoir, et alors les
altération. Et

lignes droites d'hier auraient cessé d'être droites et

nous ne nous apercevrions de rien.
Une partie de l'espace n'est pas par elle-même et
au sens absolu du mot égale à une autre partie de
l'espace car si elle l'est pour nous, elle ne le sera
pas pour les habitants de l'univers B et ceux-ci ont
précisément autant de droits de rejeter notre opinion
que nous en avons de condamner la leur.
J'ai montré ailleurs quelles
sont les conséquences de ces faits au point de vue de l'idée que
nous devons nous faire de la géométrie non-euclidienne et d'autres géométries analogues; je ne veux
;

;

pas y revenir; et aujourd'hui je
point de vue un peu différent.

me

placerai à

un

II

Si cette intuition

de

la distance,

de la direction, de
de l'espace

la ligne droite, si cette intuition directe

en un mot n'existe pas, d'où vient que nous croyons

104

SCIENCE ET MÉTHODB

TaToir? Si ce n'est là qu'une illusion,

d*oii vient

que

cette illusion est si tenace? C'est ce qu'il convient
Il n'y a pas d'intuition directe de la
avons-nous dit, et nous ne pouvons
atteindre que le rapport de cette grandeur à nos
instruments de mesure. Nous n'aurions donc pas
pu construire l'espace si nous n'avions eu un instrument pour le mesurer; eh bien, cet instrument
auquel nous rapportons tout, celui dont nous nous

d'examiner.

grandeur,

servons instinctivement, c'est notre propre corps.
C'est par rapport à notre corps que nous situons
les objets extérieurs, et les seules relations spatiales

de ces objets que nous puissions nous représenter,
ce sont leurs relations avec notre corps. C'est notre
corps qui nous, sert, pour anisi dire, de système
d^axes de coordonnées.

Par exemple à un instant a, la présence de
A m'est révélée par le sens de la vue; à un
autre instant p, la présence d'un autre objet B m'est
révélée par un autre sens, celui de Touïe ou du
toucher, par exemple. Je juge que cet objet B
occupe la même place que Tobjet A. Qu'est-ce que
cela veut dire? D'abord cela ne signifie pas que ces
deux objets occupent, à deux instants différents, un
l'objet

même

point d'un espace absolu,

existait,

qui

même,

s'il

échapperait à notre connaissance, puisque,

p, le système solaire s'est
connaître son déplapouvons
déplacé et que nous ne
cement. Cela, veut dire que ces deux objets occupent
la même position relative par rapport à notre

entre les instants a et

corps.

I.A

RELATIVITÉ DE l'eSPACB

105

même,

qu'est-ce que cela veut dire ? Les
impressions qui nous sont venues de ces objets ont
suivi des chemins absolument différents, le nerf

Mais cela

optique pour Tobjet A,

le

nerf acoustique pour l'ob-

commun au point de vue
Les représentations que nous pouvons nous
faire de ces deux objets sont absolument hétéro-

jet B. Elles n'ont rien

de

Qualitatif.

gènes, irréductibles l'une à l'autre. Seulement je
sais que, pour atteindre Tobjet A, je n'ai qu'à éten-

dre

le

bras droit d'une certaine manière

;

lors

même

de le faire, je me représente les
sensations musculaires et autres sensations analogues qui accompagneraient cette extension, et cette

que

je m'abstiens

représentation est associée à celle de l'objet A.
Or, je sais également que je puis atteindre l'objet

B en étendant

le

bras droit

de la

même ma-

accompagnée du même cortège
de sensations musculaires. Et quand je dis que ces
deux objets occupent la même position, je ne veux
nière,

extension

pas dire autre chose.
Je sais aussi que j'aurais pu atteindre l'objet

A

par un autre mouvement approprié du bras gauche
et je me représente les sensations musculaires qui

mouvement et, par ce
même mouvement du bras gauche accompagné des
mêmes sensations, j'aurais pu également atteindre
auraient accompagné ce

;

Tobjet B.

Et cela est très important, puisque c'est de cette

me défendre contre les
me menacer soit l'objet

façon que je pourrai

dangers

dont pourraient

A, soit

l'objet B.

A chacun

des coups dont nous pouvons

106

SCIENCE ET MÉTHODE

une ou plusieurs
parades qui nous permettent de nous en préserver.
t[ne même parade peut répondre à plusieurs coups;
être frappés, la nature a associé

par exemple, qu'un même mouverient du bras droit nous aurait permis de nous
défendre à Tinstant a contre l'objet A et à Tinstant

r^;

C'est ainsi,

î

(3

De même, un même coup peut

contre l'objet B.

nous avons dit,
par exemple, qu'on pouvait atteindre indifféremment
Tobjet A, soit par un certain mouvement du bras
être paré de plusieurs manières, et

droit,

soit

par un certain

mouvement du bras

gauche.

Toutes ces parades n'ont rien de commun entre
sinon qu'elles permettent de se garer d'un

elles,

même

coup,

et c'est cela, et rien

nous entendons quand nous disons

que

cela,

que

(Jue ce sont des

mouvements aboutissant à un même point de l'espace. De même, ces objets, dont nous disons qu'ils
occupent un même point de l'espace, n'ont rien
de commun, sinon qu'une même parade peut permettre de se défendre contre eux.
Ou, si l'on aime mieux, que l'on se représente

d'innombrables

fils

pètes, les autres

télégraphiques, les uns centri-

centrifuges. Les

fils

centripètes

nous préviennent des accidents qui se produisent au
centrifuges doivent

y apporter

le re-

dehors, les

fils

mède. Des
que qiiand

connexions sont établies de telle façon
l'un des

fils

un courant, ce courant

centripètes est parcouru par
agit sur

un

relai et

un courant dans l'un des
choses sont arrangées pour que plusieurs
ainsi

fils

provoque

centrifuges, et les
fils

centri-

Et d'où vient ce caractère impérieux lui-même. naturelle a vite qu'elles étaient plus nécessaires. A ce compte. pour conquêtes de l'individu. des qu'on en voit naître : la La sélection dû amener ces conquêtes d'autant plus ce sont des conquêtes de la race. et qu'un centripète puisse ébranler divers fils centrifuges.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACB pètes puissent agir sur un même fil 107 centrifuge. simultanément. c'est ce tableau de distribution. tout ce que notre géométrie a d'instinctifi Ce que nous appelons notre intuition de la ligne droite ou de la distance^ c'est la conscience que nous avons de ces associations et de leur caractère impérieux. si un même remède fll convient à plusieurs maux. et un mutuel secours. si Ton veut. celles dont nous parlons ont dû être des premières en date. même mal peut être guéri par plusieurs remèdes. Une association nous C'est ce paraîtra d'autant plus indestructible qu'elle sera plus ancienne. puisque sans elles la défense de l'organisme aurait été impossible. il est aisé de le comprendre. pour ainsi dire. Dès que les purement juxtaposées. puistrace chez l'enfant qui vient de la plupart. toutes les fois qu'un soit soit à défaut Tun de l'autre. cellules n'ont plus été qu'elles ont été appelées à se porter . qui est toute notre géométrie. Mais ces associations ne sont pas. il a bien fallu que s'organise un mécanisme analogue à celui que nous venons de décrire pour que ce secours ne se trompe pas de chemin et aille au-devant du péril. système complexe d'associations. ou.

lève avec la patte du côté opposé. et goutte d'acide est déposée en elle un point de qu'une la peau. ]ui est l'espace. ma Il est néces- y a des points portée. puisque les parties les plus inférieures du système nerveux entrent seules voit à quelle en jeu. si cette patte est amputée. Et c'est cette multiplicité des parades. dès lors. On profondeur de l'inconscient il faut descendre pour trouver les premières traces de ces associations spatiales.SCIENCE ET MÉTHOBS 108 Quand une grenouille est décapitée. c'est cette résistance même que nous appelons l'évicette évidence dence des vérités géométriques que Ton répugnance la que n'est autre chose éprouve à rompre avec de très vieilles habitudes. permettant de combattre un mal par un second remède. si le premier fait défaut. Comment s'étonner. quelque effort que . elle Ten- rapprochée. Voilà bien cette double parade dont je parlais tout à l'heure. . III L'espace ainsi créé n'est qu'un petit espace qui ne s'étend pas plus loin que ce que mon bras peut atteindre saire . et la coordination qui en résulte. de la résistance que nous opposons à toute tentative faite pour dissocier ce qui depuis si longtemps est associé? Or. dont on s'est toujours bien trouvé. l'intervention de la pour en reculer qui resteront hors de mémoire les limites. cherche à essuyer l'acide avec la patte la plus et.

pour aller à un même point. etc. non pas un complexus de sensations simultanées. puisque les sensations que nous pourrions éprouver par Faction des corps qui y seraient placés. mais une parade à longue portée. ne seraient associées à l'idée d'aucun mouvement nous permettant de les atteindre. par exemple. D'autre part. d'ailleurs. pour avoir moins à étendre la main que sais-je encore? Ce n'est pas une. Mais nous ne sommes pas fixés au sol comme les animaux inférieurs. . Nous devons. qui ne peut qu'étendre ses tentacules. pour cela que j'ai dit tout à l'heure que l'intervention de la mémoire était et c'est nécessaire. celle des sensations des canaux semi-circulaires. et se suivant dans un ordre déterminé. nous pouvons.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE je fasse comme pour étendre la main. si l'ennemi est trop loin. Observons encore que. C'est encore une parade. Ces sensations ne nous sembleraient avoir aucun caractère spatial et nous ne chercherions pas à les localiser. c'est une parade complexe. c'est mille parades que je . je puis m'approcher plus près du but à atteindre. mais un cornplexus de sensations successives. nous représenter. marcher à lui d'abord et étendre la main quand nous sommes assez près. celle des sensations musculaires causées par le mouvement final du bras. si j'étais 109 cloué au sol polype hydraire. tous ces points seiin raient en dehors de l'espace. d'aucune parade appropriée. et dans la représentation que nous nous en faisons entrent la repré- sentation des sensations musculaires causées par les mouvements des jambes.

et que je pourrais appeler Vespace res^ treint^ était à mon rapporté à des axes de coordonnées corps . C'est la possibilité de parer un même coup. dans la notion de point. qui fait l'unité de ces parades diverses. puisque liés mon corps ne bougeait pas et que mes membres seuls se déplaçaient. comme c'est la possibilité d'être parés de la même façon qui fait l'unité des coups de nature si diverse. parce qu'elles peuvent répondre à ce même danger et qu'elles sont les unes et les autres associées à la notion de ce danger. . Quels sont les axes auxquels se rapporte naturellement l'espace étendu? c'est-à-dire le nouvel espace que je viens de définir. Mais la position que j'appelle initiale peut être arbitrairement choisie parmi toutes les positions que mon corps a successivement occupées si la mémoire plus ou moins inconsciente de ces positions successives est nécessaire à la genèse de la notion convient de faire certaine position initiale . Nous définissons un point par la suite de mouvements qu'il pour l'atteindre à partir d'une du corps. C'est cette double unité qui fait lïndividualité de chaque point de Tespace. ces axes étaient fixes. et. il n'y a pas autre chose. Toutes ces parades sont formées de sensations qui peuvent n'avoir rien de commun et cependant nous les regarderons comme puis opposer à définissant un même point de l'espace. Les axes sont donc liés à cette position initiale du corps. L'espace que j'envisageais dans paragraphe le précédent.SCIENCE ET MÉTHODE liO un même danger. qui peuvent nous menacer d'un même point de Tespace.

faute d'avoir voyagé. loin cette dans tion. son système d'axes lui serait imposé ce système aurait beau changer en réalité. qu'il avait quelques que nous sommes libres de regarinitiale nous faisons donc à chaque instant des changements inconscients de instants après. parce n'aurait pas que les axes conscience de auxquels il rap- porterait cet espace restreint ne changeraient pas ! Sans doute. et. n y a plus d'espace absolu. mais. puisqu'il serait toujours le système unique. puisqu'il serait entraîné dans le mouvement de notre planète.LA RELATIVITÉ DE l'ESPACB mémoire peut remonter plus ou De là résulte dans la défimême de l'espace une certaine indétermina- d'espace moins nition 111 . il serait toujours le même. pour lui. l'espace corps. ces axes changeraient à chaque instant. il croirait l'es- pace absolu. et c'est le passé. pour lui. qui serait fixé au sol les animaux inférieurs. coordonnées. tantôt à la position B. considérée comme initiale. mais cet être cette relativité. ils ne changeraient pas. et der à son tour comme . par conséquent. Cette faculté ferait défaut à notre être imaginaire. ne connaîtrait que l'espace restreint. Nous avons la faculté de rapporter notre espace étendu tantôt à la position A de notre corps. comme serait encore relatif (puisqu'il se rapporterait à son corps). . A chaque instant. par conséquent. il y a seulement l'espace relatif à une certaine position initiale du Il Pour un être conscient. précisément cette indétermination qui constitue sa relativité. le rocher auquel cet être serait enchaîné ne serait pas immobile. pour nous. et qui. Il n'en est .

puisque les uns ne pourraient être atteints qu'au prix des plus grands efforts. du bout de l'index de main droite. notre espace étendu nous apparaît comme homogène. Soit alors sensations les mêmes a la situation d'un certain point du corps. dans la position initiale A. à chaque instant. par exemple. Mais. Soit ensuite a' la mou- situation de cet index dans la position B. n'est pas tout. nous pouvons. ne serait pas les divers points de cet espace ne pour- raient être regardés comme équivalents.ents M et M' sont accompagnées des . tandis que d'autres le seraient facilement. Qu'est-ce que cela veut dire? nous partons d'une certaine position A. on a exécuté les vements M. à partir de cette position. à partir d'une autre position B. et b' sa situation quand. caractérisés par un certain complexus de sensations musculaires.SCIENCE ET METHODE 112 pas de même pour nous qui. Au contraire. nous pourrons exécuter des Si mouvements M' qui seront caractérisés par musculaires. Eh bien j'ai coutume de dire que les points de l'espace a et 6 sont entre eux comme les points a' et b' et cela veut dire simplement que les deux sé! ries de mouvem. effectuer certains mouvements M. et nous disons que tous les points en sont équivalents. on a exécuté les mouvements M'. la partant de cette position A. partant de la position B. soit b la situation de ce même index quand. l'espace restreint homogène . pos- sédons plusieurs systèmes entre lesquels nous pouvons choisir à volonté et à la condition de remonter par la Ce mémoire plus ou moins loin dans le passé.

Et science que. mais où je peux loger Punivers. De sorte que la relativité de l'espace et son homogénéité sont une seule et même chose. tandis que sur l'une de ces petites boules s'agiterait un lilliputien que j'appellerais moi.113 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE mêmes comme j'ai conA à la posicapable des mêmes sensations musculaires. qu'on le rapporte aux axes A ou aux axes B. j'y arriverai par tion. si je n'avais mon espace restreint étendu pour mon usage personnel. Je un acte d'imagina- m'imaginerai ce qu'éprouverait un géant qui pourrait atteindre les planètes en quelques pas si Ton aime mieux. si je veux passer au grand espace. ce que je sentirais . en même temps. qui ne sert plus seulement pour moi. puisque ses propriétés restent les mêmes. C'est cela qu'on appelle l'homogénéité de l'espace. Maintenant. lablement construit espace et préa- mon IV Pourquoi maintenant tous ces espacées ont-ils trais dimensions? RcDortons-nous au « tableau d^ '^^^'»- . moi-même en présence d'un monde en miniature où ces planètes seraient remplacées par de petites boules. de sorte que les deux points a et à! sont équivalents. c'est pour cela que l'espace est relatif. Mais cet acte d'imagination me serait impossible. Et. mon corps est resté mouvements. je sais qu'il y a un point de Tespace qui est au point a\ ce qu'un point h quelconque est au point a. en passant de la position tion B. ou.

et A2 par exemple sont l'un et l'autre associés à la parade Bl. B 2. il en figure de très complexes. Il ne s'agit donc pas de connexion physique entre deux conducteurs réels. je crains qu'on ne voie dans tout ceci. et enfin.114 SCIENCE ET MÉTHODE tributîon » dont nous parlions plus haut. il arrivera généralement que A2 et séries Si Al i . . Nous avons ensuite différents 1. liste pellerai de Nous avons Al. Comme j'ai parlé plus haut de fils centripètes ou centrifuges. tandis que ceux qui l'ont étudié ne le font qu'avec circonspection. et. et si Al est également associé à la parade B2. je sens bien que ce schéma serait par trop simpliste. de telle façon que quand. de Tautre remèdes que j'apetc. je ne me permettrais pas d'énoncer une opinion sur la structure du système nerveux que je ne connais pas. mais une description du système nerveux. ensuite parce que. . être formées de plusieurs pas suivis d'un mouvement du bras. Telle n'est pas ma pensée. l'avertisseur du danger A 3 fonctionnera. malgré mon incompétence. A des même B 2. qui peuvent même. mais d'association psychologique entre deux et : de sensations. etc. et cela pour plusieurs raisons d'abord. comme nous Tavons vu plus haut. dans le cas de l'espace étendu. il mettra ou pourra mettre en branle le relai correspondant à la parade B 4. non une simple comparaison. sur ma liste de parades. des connexions entre les plots de la première liste ceux de la deuxième. parce que. par exemple. d'un côté la liste des différents dangers possibles désignons-les par la côté.

Nous aurions des catégories bien tran- chées entre lesquelles se répartiraient d'une part les avertisseurs A. mais discrets. d'autre part les parades B . Comment. Ce serait une : . avons-nous défini un point de Tespace. il serait discontinu. Si cette loi fondamen- pas généralement vraie. ni par conséquent pour attrigories elles seraient seraient excessivement entièrement séparées buer à l'espace trois dimensions. il n'y aurait tale n'était qu'une immense confusion et il n'y aurait rien qui pût ressembler à une conception de Tespace ou à une géométrie. l'espace serait tout différent qu'il est. on devrait dire que Al et A2correspondentàun mèmepointpuisqu'ils sont tous deux en connexion avec Bl. en effet. mais les unes des autres. Mais il n'en est pas ainsi qu'on mé permette de reprendre un instant le langage des gens qui savent . Nous l'avons fait de c'est d'une part l'ensemble des averdeux façons tisseurs A qui sont en connexion avec une même parade B c'est d'autre part l'ensemble des parades B qui sont en connexion avec un même avertisseur A.115 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACB B2 seront eux aussi associés. contradiction. ces caté- nombreuses. d'un autre côté. Si notre loi n'était pas vraie. Mais. . puisque A 1 serait en connexion avec B 2 et qu'il n'en serait pas de même de A2. Il n'y aurait pas de raison pour ranger côs points dans un ordre plutôt que dans un autre. si la loi était rigoureusement de ce et toujours vraie. mais on devrait dire également qu'ils ne correspondent pas à un même point. L'espace serait formé de points très nombreux.

où chaque terme est associé au suivant et au précé- . B3. Mais il pourra se faire que le point qui correspond à une autre parade B 2 soit assez voisin du point correspondant à Al. je cherche à atteindre le point d'où vient ce coup.Hmvoir répondre à A 2.116 tCIEI^'CE déjà la géométrie. de sorte que nous pouvons écrire la suite Bl. et qui en revanche le seront à B3. mais il suffit que j'en approche assez près.A4. Et alors les choses se passeront de la façon suivante. De sorte que la parade B2 pourra répondre à Al sans . Pour celui qui ne sait pas encore la géométrie. et ne le soit pas assez du point correspondant à A 2. si le point qui correspond à Bl est suffisamment près à la fois de celui qui correspond à A 1 et de celui qui correspond à A2. Al. A3. et ainsi de suite. B4. Mais nous pourrons trouver des avertissements A2 qui seront associés à B? sans l'être à Bl. Quand je veux parer qu'entendent cherche à le il ET KÉTEODE le coup. langue me faire le faut bien puisque c'^st ia mieux ceux de <jui je comprendre. Alors la parade B 1 pourra répondre à A 1 et à A 2. B2. lequel B3 n'était pas associé à Al. Deux parades Bl et B2 seront associées à un môme avertissement A 1 et à un très grand nombre d'avertissements que nous rangerons dans la même catégorie que Al et que nous ferons correspondre à un même point de Tespace. A2. cela se traduira simplement par une dérogation à la loi énoncée plus hnut.

dimensions. Seulement. que chacun des termes de ces mais fait partie d'une très nombreuse catégorie d'autres avertisseurs ou d'autres parades qui a les mêmes connexions que lui. et que Ton peut regarder comme appartenant à un même point de l'espace. au lieu d'être entièrement séparées. reste donc presque touInutile d'ajouter n'est pas isolé. n'est qu'une propriété . y a donc un ordre dans lequel se rangent naturellement nos catégories qui correspondent aux points de l'espace. et l'expérience nous apprend que cet ordre se présente sous la forme d'un tableau à triple entrée. et c'est pour cela que l'espace a trois Il dimensions. par suite de ces exceptions. faut ranger entre B 1 et placer entre B2 entre B3 et B3 et Al et A2 on et voit bien qu'il par conséquent qu'on ne saurait par exemple B le 4. de sorte que l'espace devient continu. Tordre dans lequel ces catégories doivent être rangées n'est plus arbitraire et si Ton se reporte à la suite précédente. empiètent partiellement les unes sur les autres et se pénètrent mutuellement dans une certaine mesure. tout en comportant des exceptions. mais ne Test pas aux termes qui sont distants de plusieurs rangs. La loi fondamentale. suites jours vraie.LA HKLATIVITÉ DE l'iSPACI ii7 dent. D'autre part. ces catégories. Ainsi la propriété celle d'avoir trois caractéristique de l'espace.

M. de Cyon n'an'ayant que t-il pas dit que les souris japonaises. puisque ce sera la description du même monde dans un autre langage? Il semble bien en effet qu'il serait possible de traduire notre physique dans le langage de la géométrie à quatre dimensions. il semble que la traduction serait toujours moins simple que le texte. tenter cette traduction ce serait se donner beaucoup de mal pour peu de profit. penseront-elles. une propriété interne de rintelligence humaine pour ainsi dire. il pourrait y avoir des êtres pensants qui monde. ne va-t-il pas faire une physique à deux ou à quatre dimensions. c'est-à-dire de ces associations d'idées pour avoir un tableau de distribution différent. doit bien y être pour quelque chose. Le monde extérieur.tCIENCE ET MÉTHODE 118 de notre tableau de distribution. 11 de ces consuffirait de détruire quelques-unes nexions. s'il est capable de construire une physique. Cependant. et je me bornerai à citer la mécanique de Hertz où l'on voit quelque chose d'analogue. croyaient que l'espace a deux dimensions? Et alors cet être pensant. et qui en un sens sera cependant la même que la nôtre. Si le nombre des dimensions vient de la manière dont nous sommes faits. et qu'elle aurait tou- . mais qui seraient faits autrement que nous et qui croiraient que l'espace a plus ou moins de trois dimensions. vivraient dans notre deux paires de canaux semi-circulaires. Quelques personnes s'étonneront d'un pareil résultat. et cela pourrait être assez pour que Tespace acquît une quatrième dimension.

encore que cette descrippuisse se faire à la rigueur dans un autre dimensions semble cription de notre tion idiome. Il notre y a con- Al et la parade Bl. établi. c'est une propriété du monde extérieur. mais pourquoi cette connexion? c'est parce que la parade B. ce n'est pas par hasard que tableau de distribution s'est constitué. nous ne devons pas nous en étonner cette langue est calquée sur notre tableau de distribution et c'est afin de pouvoir vivre dans ce monde que ce tableau a été solides invariables. que la langue des trois la mieux appropriée à la desmonde. monde c'est parce qu'il s'est adapté à un qui avait certaines propriétés. . concevoir. Notre tableau de distribution n'est donc que la traduction d'un ensemble de faits extérieurs s'il a trois nexion entre l'avertissement cela est .l permet effectivement de se défendre contre le danger Al. une propriété interne de notre intelligence .119 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE jours Tair d'une traduction. et cela c'est un fait extérieur à nous. D'ailleurs. des êtres pensants dont le tableau de distribution serait à quatre dimensions et qui par conséquent penseraient dans l'hyperes- . Si . dimensions. vivant J'ai dit que nous pourrions dans notre monde. et la princi- pale de ces propriétés c'est qu'il y existe des solides naturels dont les déplacements se font sensible- ment suivant les mouvement des lois que nous appelons lois du donc la qui nous perlangue des trois dimensions est celle met le plus facilement de décrire notre monde.

. tandis que ces habiL'évidence de certains postulats tudes ont quelque chose d'essentiellement flou. mais pas de celle-là seule. ils y seraient assaillis. géométriques que notre répugnance à n'est. dont j'ai essayé d'expliquer la genèse dans les pages précédentes et qui nous est commun avec les animaux supérieurs. puisque c'est le seul moyea mais parmi tous les systèmes de postulats possibles. pourraient y vivre et s'y défendre contre les mille dangers dont pace. Et cependant celle-ci est née de celle-là. Mais ces postulats sont infiniment précis.SCIENCE ET METHODE 120 Il n'est pas certain toutefois que de pareils en admettant qu'ils y naissent. VI Quelques remarques pour finir. tels que celui de groupe par exemple. il nous faut bien des postulats infiniment précis. êtres. il a fallu chercher parmi les concepts purs celui qui s'adaptait le mieux à cet espace grossier. il en est que nous répugnerions à choisir. Il y a un congéomé- traste frappant entre la grossièreté de cette trie primitive qui se réduit à ce que j'appelle un tableau de distribution. et la précision infinie de la géométrie des géomètres. Dès que nous voulons penser. parcequ'ils ne s'accorderaient d'éviter la contradiction . il a fallu qu'elle fût fécondée par la faculté que nous avons de construire des concepts mathématiques. avons-nous dit. renoncer à de très vieilles habitudes.

élastiques 121 si floues. mais c'est l'expérience qui a guidé notre vivons. quelle dans ces deux opinions la part de la vérité et la part de l'erreur. qu'elles soient. la race si c'est semble bien prépondérante . quelle est la part de l'individu. Dans cette éducation progressive qui a abouti à la construction de l'espace. les uns disent que c'est l'expérience qui nous l'impose. c'est ce qu'il est est bien de difficile de déterminer. Dans quelle mesure un dès sa naissance dans un nous. il nous semble qu'il nous est imposé. c'est une science née à propos de rexpérience. On que géométrie n'est pas une science expérimentale. pourrait-îl renoncer à l'espace ancestral pour bâtir un espace complètement lois nouveau? La part de cependant. celles-ci ont si une limite d'élasticité. les autres que nous naissons avec notre espace tout fait. mais en l'adaptant au monde où nous voit si la Nous avons choisi l'espace le plus commode. à elle que nous devons l'espace grossier. voit. l'espace des animaux supérieurs. transporté monde entièrement difi'érent. où par exemple domi- neraient des corps se déplaçant conformément aux de mouvement des solides non-euclidiens. on . dis-je. l'espace flou dont je parlais tout à l'heure. dans quelle mesure. et quelle est celle de la race. choix comme ce choix a été inconscient. que nous avons créé Tespace qu'elle étudie. n'est-ce pas à l'ex- . d'après les considérations précédentes.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE pas suffisamment avec nos habitudes.

Citons cependant un fait qui montre que Fespace que nous ont légué nos ancêtres conserve encore une certaine plasticité. B2. ou si Ton veut à Al.SCIENCE ET UÉTHODS i32 périence inconsciente de Tindividu que nous devons lîespace infiniment plrécis du géomètre? C'est une question malaisée à résoudre. Certains chasseurs apprennent à tirer des poissons sous Teau. substituer à Tassociation tion . B i une autre associaAl. tinctivement : ils Ils le font d'ailleurs ins- ont donc appris à modifier leur ancien instinct de la direction. bien que l'image de ces poissons soit relevée par la réfraction. parce que l'expérience leur a montré que la première ne réussissait pas.

ou pour me le bonne pardonner. c'est une Pour le philo- définition qui s'applique à tous les objets définis et ne s'applique qu'à eux. . c'est celle qui satisfait aux règles de la logique. et si je suis ainsi obligé de marcher de temps en temps dans les plates-bandes à droite ou à gauche. 1. définition ? le savant. mais il me sera impossible de me renfermer dans ce sujet autant que l'exigerait la règle de Funité d'action je ne pourrai le traiter sans parler un peu d'autres questions voisines. une bonne définition. prie de vouloir bien Qu'est-ce qu'une sophe. c'est celle qui est comprise par les élèves. je vous . Je dois parler ici des définitions générales en mathématiques c'est du moins ce que dit le titre du chapitre. Mais dans l'enseignement. ce n'est pas cela. Gomment se fait-il qu'il y a tant d'esprits qui se refusent à comprendre les mathématiques? N'y a-t-il .CHAPITRE li Les définitions mathématiquas et ^Enseignement.

à ce qui fait pour ainsi dire le squelette de notre entendement. par exemple. Presque tous sont . au principe de contradiction. est-ce et constater qu'il est correct. qu'ils restent aveugles quand nous leur présentons une lumière qui nous semble briller d'un pur éclat. il ne faut pas avoir une grande expépour savoir que ces aveugles ne examens rience des sont nullement des êtres d'exception. passe encore.SCIENCE ET MÉTHODE 124 pas là quelque chose de paradoxal? Comment. mais qu'ils ne comprennent pas les âémonstrations qu'on leur expose. cette constatation. ils diront pour le plus grand nombre. à ce qu'on ne saurait dépouiller sans cesser de penser. du jeu? De même seulement reconnaître qu'on sait déjà le sens de tous les termes employés et constater qu'elle n'implique aucune contradiction? quand ils auront fait Oui. pour quelques-uns j'ai compris. Non. c'est ce qui est tout à fait prodigieux. et des gens qui en majorité la trouvent I Qu'ils obscure! et même soient incapables il ils y a sont d'inventer. mais qui Et pourtant doit préoccuper tous ceux qui veulent se vouer à l'enseignement. est-ce examiner successive- ment chacun des syllogismes dont elle se compose conforme aux règles comprendre une définition. Il y a là un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre. mot a-t-il le même monde ? Comprendre la démons- Qu'est-ce que comprendre? Ce sens pour tout le tration d'un théorème. : . voilà une science qui ne fait appel qu'aux principes fondamentaux de la logique.

faut d'abord Mais pour leur venir en que nous comprenions bien c* qui les arrête. ils veulent savoir. une ne ils éphémère. et . Ce n'est pas toujours la faute de leur professeur. souvent leur intelligence. par un fil comme elles ne sont que liées trop ténu à celles qui précèdent et à celles qui suivent. leur manque. elles retombent aussitôt dans nuit éternelle. est trop paresseuse pour le chercher et pour aide. Alors qu'arrive-t-il ? Au début. mais s'ils n'ont pas satisfaction. elles sont tout de suite oubliées. qui a besoin d'apercevoir le fil conducteur. verront plus Quand même ils seront plus avancés. elles passent sans laisser de trace dans un leur cerveau. parce uns sur les autres cette lumière que les théorèmes s'appuient les que ceux dont ils auraient besoin sont oubliés c'est ainsi qu'ils deviennent incapables de comprendre les mathématiques.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 125 beaucoup plus exigeants. instant éclairées. et non par une intelligence constamment consciente du but à atteindre. ils sentent vaguement que (juelque chose tration sont corrects. Tant qu'ils leur semblent engendrés par le caprice. plutôt que dans tel autre. ils ne croyent pas avoir compris. ils aperçoivent encore les évidences qu'on met sous mais leurs yeux. • D'autres se demanderont toujours à quoi cela . il le trouver. non seulement si tous les syllogismes d'une démonsmais pourquoi ils s'enchaînent dans tel ordre. Sans doute ils ne se rendent pas bien compte eux-mêmes de ce qu'ils réclament et ils ne sauraient formuler leur désir.

SCIENCE ET METHODE 126 ne trouvent autour d'eux. la raison d'être de telle ou telle notion mathématique. Sous chaque mot. laquelle faudrait-il favoriser? Est-ce 'se contentent de la logique pure qu'il à ceux qui vu qu'une face des choses? Ou bien faut-il dire à ceux qui ne se satisfont pas à si bon marché que ce qu'ils réclament n'est pas faut montrer qu'ils n'ont nécessaire? En d'autres termes. ils n'écoutent pas les raisonnements. ils n'ont diverses! Faut-il les com- voir. la voient ils tion seulement. Bien des enfants sont incapables de devenir mathématiciens. que fait ils s'imaginent avoir compris et Que de tendances 2. Ceux-là souvent se font illusion à eux-mêmes. transformer et évoluer. devons-nous contraindre les jeunes gens à changer la nature de leur esprit? Une nous ne possédons pas la pierre philosophais qui nous permettrait de transmuter les uns dans les autres les métaux qui nous sont confiés tout ce que nous pouvons faire c'est de les travailler en nous accommodant à leurs pareille tentative serait vaine. battre? Faut-il nous en servir? Et les si nous voulions combattre. dans la pratique ou dans la nature. propriétés. . ils comprendront A cette condi- et ils retiendront. ils n'auront pas compris s'ils . qu'à chaque stade de la démonstration sert. ils regardent les figures . auxquels pourtant il faut ensei- . il» veulent mettre une image sensible il faut que la déflnitiçn évoque cette image.

les intuitifs Il suffît comme Riemann. 3. Les différence uns aiment mieux par l'analyse la géométrie ». mais purement intelligibles. Même diants. et les mathématiciens eux-mêmes ne sont pas tous coulés dans moule.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*IIISEIGNEMB1IT 127 gner les mathématiques . et cela d'ailleurs serait-il désirable? Il est des bon des logiciens et qu'il y ait qui oserait dire s'il aimerait mieux qu'il intuitifs . il faut nous en réjouir. « » comme ils traiter parmi nos étuleurs problèmes disent. les logiciens comme Weierstrass. Je ne sais s'il est bien nécessaire de citer des exemples? Citons-en pourtant. y ait que Weierstrass n'eût jamais écrit. ou qu'il n'y eût pas eu de Riemann. ou mieux. on découpe une pomme ou une tarte. et d'abord la définition des fractions va nous fournir un exemple extrême. les autres « par Il est bien inutile de chercher à y changer quelque chose. . Il faut donc nous résigner à la diversité des esprits. autres. que l'abstraction a privées de toute matière. mieux comprises des qui conviendront aux ne seront pas celles Nous avons celles qui cherchent à faire naître une image. et celles où Ton se borne à combiner des formes vides. par exemple. parfaitement intelligibles. Dans les écoles primaires. le même de lire leurs ouvrages pour distinguer parmi eux deux sortes d'esprits. pour définir une fraction. Puisque le mot comprendre a les définitions qui seront le uns plusieurs sens.

Que sont ces « choses » ? nous ne le savons pas. depuis longtemps familiarisés avec la notion des fractions à forcé d'avoir partagé des pommes ou d'autres objets. on dira c'est Tensemble de deux nombres entiers séparés par un trait horizontal on définira par des conventions les opérations que peuyent subir ces symboles. et nous n'avons pas à le savoir. au conune fraction. entiers.128 SCIENCE KT KÉTHODE^ découpe par la pensée bien entendu et non en réalité. les « Grundlagen der Géométrie » de PenHilbert. en est peu à peu à désirer une définition purement logique. Mais quel serait l'ahurissement d'un débutant à qui on voudrait la servir? Telles sont aussi les définitions que vous trotivei dans un livre justement admiré et bien des fois couronné. Voyons en effet comment il débute par arrivé : sons trois systèmes de choses que nous appellerons points^ droites et plans. il serait même fâcheux que nous cherchions à le savoir tout ce que nous avons le droit d'en savoir. c'est ce que nous en apprennent les axiomes^^ . enfin qu'en fai- de la multiplication on retrouve le numé- rateur. et d'après ces on constatera règles. ou dans les Facultés. nombres sant. C'est très bien parce qu'on s'adresse à de» jeunes gens. la fraction par le dénominateur. . affiné une forte éducation mathématique. traire. on démontrera que les règles de ces opérations sont les mêmes que dans le calcul des on la : . car je ne suppose pas que le budget de l'enseignement primaire permette une pareille prodigalité* A rÉcofe normale supérieure. et dont l'esprit.

comme synonyme de Voilà un livre dont je pense beaucoup de bien. même en restant bien en deçà de pareils modèles. » La un cercle sur le que ne disait-il un rond. Au reste. même Le bon élève écrit cette phrase sur son cahier. Ainsi.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*ENSEIGNEMENT 129 celui-ci par exemple Deux points différents déterminent toujours une droite. c'est Sans doute. « tout : compris. défl^nition puisqu'elle n'aurait c'est le professeur qui a des élèves n'aurait rien valu. Mais. mais ni Tun ni Tautre n'ont compris. le mauvais élève y dessine des bonshommes. ne s'expose- pas déjà au même danger ? Nous sommes dans une classe de 4"*. J'ai pris des exemples extrêmes et aucun maître ne pourrait songer à aller aussi loin. je pourrais le faire sans crainte. qui est suivi de ce commentaire au lieu de déterminent^ nous pouvons dire que la droite passe par ces deux points^ ou qu^elte ioint ces deux points^ ou que les deux points sont situés sur la droite. il ne pousserait pas la lecture bien loin. pu servir à aucune démonstrapu leur donner tion. raison. mais que je ne recommanderais pas à un lycéen. nous aurions les élèves. et surtout puisqu'elle n'aurait la salutaire habitude d'analyser leurs conceptions. « être situé sur une : : droite » est « simplement défini déterminer une droite ». t-il dicte : le professeur des points du plan qui distance d'un point intérieiir appelé le cercle est le lieu sont à la centre. Mais il faudrait leur montrer qu'ils ne comprennent . alors le pro- prend fesseur la craie et trace Ah! pensent de suite un cercle tableau.

il Et comme on tenait à la certitude. on le démontre aujourd'hui. les On admettait bien d'autres choses qui quel- quefois étai'ent fausses. ne la fai^t entrer d'abord dans si on les définitions. j'ai voulu deux conceptions opposées. ni l'intuition même la certitude. Si noms lisons un livre écrit il y a cinquante ans. il y a entre elles un violent contraste. On mais ne peut on Elle nous plus. 4> Je reviendrai sur tous ces exemples seulemeat vous^ montrer .^ Ce contraste. On admettait que les règles ordinaires du calcul sont applicables aux nombres incommensurables. les amener à se rendre compte de la grossièreté de leur concept prià mitif. On admettait à cette époque qu'une fonction continue nti peut changer de signe sans s'annuJer. la rigueur. on le démontre aujourd'hui. à-dire que toute fonction continue a une dérivée. la plupart des raisonnements que nous y trouverons nous sembleront dépourvus de rigueur. c'estse fiait à l'intuition nous donner .«CIENCE ET MÉTHODE 1IK> pas ce q\i*'û& croient comprendre. et cela est faux. a fallu faire de plus en plus petite la part de riaiuitioj?v Commuât On n'a pas s'est faite taurdé cette évolution nécessaire? à s'apercevoir que la rigueur ne pourrait pas s'établir dans les raisonnements. rhistoire de la science nous l'explique. désirer d'eux-mêmes qu'on l'épure et le dégrossisse.. apprend plus en s'en est aperçu de par exemple que toute courbe a une tangente. I .

mais on n'en avait qu'une image grossière et non une? idée précise sur laquelle le raisonnement pût avoir prise. que nous devions à l'intuition. se sont arithmétisées. quand ils réfléchissaient aux fondements du calcul infinitéainsi simal. 5. . ce qu'elles ont gagné en rigueur. ou des systèmes finis ou infinis de nombres nombres entiers. On i^OBt peut parcourir librement tout leur domaine. elles perdu en objectivité. Ainsi pour le nombre incommensurable. on croyait les connaître parce qu'on se les représentait avec les sens ou l'imagination. Les mathématiques. s'est résolue en un système compliqué d'inégalités portant sur des nombres entiers. C'est là que les logiciens ont dû porter leurs efforts. C'est en s'éloignant de la réalité qu'elles ont acquis cette pureté parfaite. C'est que se sont définitivement évanouies toutes ces difficultés qui effrayaient nos pères. autre- mais ces obstacles n'ont pas disparu. par un réseau d'égalités et reliés d'inégalités. L'idée vague de continuité. comme on Ta dit. Ils ont seulement été transportés à la frontière et il faudra les vaincre de nouveau si l'on fois hérissé d'obstacles.LES DÉFINITIONS MATIîBJMATiaUES ET l'eNSEIGNEMENT 131 Longtemps dont s'occupent les mathé- les objets maticiens étaient mal définis. Il ne reste plus aujourd'hui en analyse que des entiers. Mais croit-on que les mathématiques aient atteint la rigueur absolue sans faire de sacrifice? Pas du tout.

mais parfaitement inutiles. Autrefois. quand on inventait une fonction nou- . On possédait une notion vague. La logique parfois engendre des monstres* Depuis un demi-siècle on a vu surgir une foule de fonctions bizarres qui semblent s'efforcer de ressembler aussi peu que possible aux honnêtes fonctions qui servent à quelque chose. cette propriété. appartient bien aux objets réels que Texpérience nous avait fait connaître et d'où nous avions tiré notre vague notion intuitive. ce sont ces fonctions étranges qui sont les plus générales. Aujourd'hui on rejette les éléments empiriques en ne conservant que les éléments a priori.comme un cas particulier. Il plus que ne leur reste qu'un tout petit coin.SCIENCE ET MÉTHODE 132 veut franchir cette frontière pour pénétrer dans le royaume de la pratique. celles qu'on rencontre sans les avoir cherchées n'apparaissent . et si nous ne pouvions le prouver. ou faire un effort d'intuition. ou bien de la continuité. Pour le prouver. Bien plus. les principales propriétés. Plus de continuité. c'est Tune des propriétés qui sert de définition et toutes les autres s'en déduisent par un raisonnement rigoureux. etc. qui est nos théorèmes seraient parfaitement rigoureux. par l'intuition. formée d'éléments disparates. au point de vue logique. mais il reste à prouver que devenue une définition. mais pas de dérivées. il faudra bien en appeler à l'expérience. les uns a priori^ les autres provenant d'expériences plus ou moins digérées. on croyait en connaître. C'est très bien.

c'est-à- dire parles plus bizarres. c'était en vue de quelque but pratique. aux prises avec ce musée tératologique. mais nous ne pouvons faire marché de la réalité. Quand le logicien aura décomposé chaque démonstration en Il . n'est-elle pas aussi une réalité et coup plus intéressante? Un naturaliste qui n'aurait jamais étudié l'élé- phant qu'au microscope croirait-il connaître samment cet suffi- animal? en est de même en mathématiques. ce plus générales. ces cellules et ces atomes sont-ils donc toute la réalité du corps cellules humain? La façon dont ces de beau- sont agencées. Si vous ne le faites pas. aussi bon fait la vie des êtres mathématiques. les Si la logique était le seul serait par les fonctions les et on n'en guide du pédagogue. tirera jamais que cela. et d'où résulte l'unité l'individu. Notre corps est formé de cellules et les cellules d'atomes. Il y a une réalité plus subtile. qui 6. pourraient dire les logiciens. aujourd'hui. vous n'atteindrez la rigueur que par étapes. et qui est autre chose que la logique. qui a pourtant son prix. puisque c'est pour lutter contre elle que les neuf dixièmes de vos élèves vous demandent des armes. et je n'entends pas seulement la réalité du monde sensible. on les invente tout exprès pour mettre en défaut raisonnements de nos pères.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT i33 velle. qu'il faudrait C'est le débutant qu'il faudrait mettre commencer. peut-être. Oui.

Ce n'est d'abord qu'une image sensible.134 SCIENCE ET MÉTHODB une foule d'opérations élémentaires. rectes. un trait tracé à la craie sur le tableau noir. on a décintré^ comme après la construction . d'une voûte. Nous donc obligés de revenir en arrière. Peu à peu elle s'épure. sans doute il est dur pour un maître d'enseigner ce qui ne le satisfait pas entièrement mais la satisfaction du maître n'est pas Tunique objet de l'enT. cette représentation grossière. ment le cintre^ si s'il le professeur ne rappelait ne rétablissait mom. irréprochable aux yeux du logicien. il Dans les édifices élevés par nos maîtres. cette vue d'ensemble. voilà . à quoi bon admirer l'œuvre du maçon si nous ne pouvons comprendre le plan de l'architecte? Or. toutes cor- ne possédera pas encore la réalité tout entière. c'est à rintuition qu'il faut la demander.entané- comment l'élève devinerait-il par quel caprice toutes ces inégalités se sont échafau- dées de cette façon les unes sur les autres? La définition serait logiquement correcte. Et ^pourtant. Prenons par exemple f idée de fonction continue. appui désormais inutile. qui reproduit toutes les ligDCS de rimage primitive quand tout a été terminé. ce je ne sais quoi qui fait Tunité de la démonstration lui échappera complètement. la logique pure ne peut nous la donner. on s'en sert pour construire un système compliqué d'inégalités. l'image primitive. . a disparu et il n'est resté que l'édifice lui-même. mais elle ne lui montrerait pas la réalité véritable.

et si dans la démonstration je m'appuie sur des prémisses qui leur semblent moins évidentes que la conclusion. ce que vous croyez comprendre. L'éducateur doit faire repasser l'enfant par où ont passé ses pères. sans autre Non. Plus tard. quand l'esprit de l'élève.fis DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 135 on doit d'abord se préoecaiper de ce qu'est Tesprit de l'élève et de ce qu'on veut qu'il seignement . Nos pères croyaient savoir ce que c'est qu'une fraction. A ce compte. que penseront ces malheureux? Ils penseront que la science mathématique n'es|» qu'un entassement arbitraire do subtilités inutiles. plus rapidement mais sans brûler d'étape. Il semble qu'il en est de même du développement des esprits. ou bien ils s'en amuseront comme d'un jeu et ils arriveront à un état d'esprit analogue à celui des préparation. Les zoologistes prétendent que le développement embryonnaire d'un animal résume en un temps très court toute l'histoire de ses ancêtres des temps géologiques. ou que l'aire d'une surface courbe. c'est nous qui nous sommes aperçus qu'ils ne le savaient pas. ou bien ils s'en dégoûteront. De même nos élèves croient le savoir quand ils commencent à étudier sérieusement les mathématiques. au contraire. vous ne il faut que je vous démontre ce le comprenez pas qui vous semble évident ». Si. ou que la continuité. se . familiarisé avec le raisonnement mathématique. sophistes grecs. l'histoid^e de la science doit être notre premier guide. devienne. vous ne ie savez pas. je viens leur dire : « .

Comment le ferait-il si nous laissions entre les uns et les autres cet abîme profond creusé par 9. A les logiciens ? côté des futurs ingénieurs. L'ingénieur doit recevoir une éducation mathé- matique complète. les doutes naîtront d'eux-mêmes et alors votre démonstration sera la bienvenue. il faut savoir pourquoi l'on doute. il n'a pas le temps de chercher la petite bête. il faudrait toujours y avoir recours pour combler l'abîme qui sépare le symbole de la réalité. dans les objets physiques complexes qui s'offrent à lui. Il faut que. d'autres élèves. jusqu'à ce que la rigueur parfaite puisse seule le satisfaire. Elle en éveillera de nouveaux. il reconnaisse promptement où pourront avoir prise les outils le point mathématiques que nous lui avons mis en main. comme elles poseront successivement à Tense sont posées successivement à nos pères. Il ne suffit pas de douter de tout.SCIENCE ET MÉTHODE 136 sera mûri par cette longue fréquentation. '8. Le but principal de renseignement mathéma- tique est de développer certaines facultés de T es- moins précieuse. doivent à leur tour devenir des . Le praticien en aura toujours besoin et pour un géomètre pur il prit et doit parmi elles l'intuition n'est pas la y avoir cent praticiens. mais à quoi doit-elle lui servir? à voir les divprs aspects des choses et à les voir vite. G*€st par elle que le monde mathématique reste en contact avec le monde réel et quand les mathématiques pures pourraient s'en passer. et les questions se fant. moÎDs nombreux.

Et là. la belle affaire si vous ne possédez pas fart de choisir entre toutes les combinaisons possibles.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 13Î maîtres une . savoir créer est mieux. Vous savez recon- c'est une combinaison est correcte. c'est l'intuition. et la faculté qui nous apprend à voir. sur l'importance des devoirs écrits. à l'École polytec^h- . La logique nous apprend que sur tel ou tel chemin noias sommes sûrs de ne pas rencontrer d'obstacle elle ne nous dit pas quel est celui qui mène au but. Or. comment cette faculté se développerait-elle. il faut donc qu'ils aillent jusqu'au fond connaissance approfondie et . permettez-moi d'ouvrir une parenthèse pour naître si . si dès qu'elle se montre on la pourchasse et on la proscrit. rigoureuse des premiers principes leur est avant tout indispensable. c'est par la logique qu'on démojitre. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas cultiver chez eux Tintuition. Pour le géomètre pur lui-même. car ils se feraient une idée fausse de la science ne la regardaient jamais que d'un seul côté et d'ailleurs ils ne pourraient développer chez leurs élèves une qualité qu'ils ne posséderaient pas eux-mêmes. si on apprend à s'en défier avant de savoir ce qu'on en peut tirer de bon. cette faculté est nécessaire. Sans elle. Pour cela il faut voir le but de loin. s'ils par l'intuition qu'on invente. Les compositions écrites n'ont peut-être pas assez de insister place dans certains examens. Savoir critiquer est bon. le géomètre serait comme un écrivain qui serait ferré sw: îa grammaire. mais qui n'aurait pas d'idées.

Mais on a assez d'occasions d'exercer les élèves au raisonnement correct. là elle serait plus rebutante et d'ailleurs inutile. et il faudra C'est ^ I . dans l'exposition des premiers principes qu'il faut éviter trop de subtilité. Eh mieux choisir ceux qui 10. On me dit qu'elles fermeraient la porte à de très bons élèves qui savent très bien leur cours. longs enchaînements de théorèmes où la On a de logique absolue a régné du premier coup et pour ainsi dire tout naturellement. Je serais désolé de voir la géométrie dégénérer en je ne sais quelle tachymétrie de bas étage et je ne souscris nullement aux doctrines extrêmes de certains Oberlehrer allemands. où les premiers géomètres nous ont donné des modèles qu'il faudra constamment imiter et admirer. dans les parties des mathématiques où les inconvénients que j'ai signalés ne se présentent pas. qui le comprennent très bien. J'ai dit iâtii à l'heure que le mot comprendre a plu- ceux-là ne comprennent que de la première manière. un choix. que le n'est-il pas aussi professeur de mathé- matiques doit avant tout cultiver? Je n'ai garde de Toublier. par exemple. bien. et qui pourtant sont incapables d'en faire la moindre application. on doit s'en préoccuper et dès le début. j'aime comprennent tout à fait. ni pour faire un géosieurs sens : mètre.SCIENCE ET MÉTHODB 18S nique. On ne peut tout démontrer et on ne peut tout définir. et nous venons de voir que cela ne suffit ni pour faire un ingénieur. puisqu'il faut faire Mais Tart de raisonner juste une qualité précieuse.

ou même demander un peu plus ou un peu moins. dire La donc justifiée. Mais ce n'est pas assez la définition nous est énoncée comme une convention mais la plupart des esprits se révolteront si vous voulez la leur imposer comme convention arbitraire. lui pourvu qu'en se servant correctement des prémisses qu'elle nous a fournies. . ni dans les termes. Est-il possible de remplir tant de conditions opposées ? Est-ce possible en particulier quand il s'agit de donner une définition? Comment trouver un énoncé concis qui satisfasse à la fois aux règles intransigeantes de la logique. Ils n'auront de repos que quand vous aurez répondu à de nom. à notre désir de com- prendre la place de la notion nouvelle dans l'ensemble de la science. au point de vue purement logique. que quand on aura démontré puisqu'elle affirme l'existence de l'objet délîni. définition ne sera qu'elle n'entraîne pas de contradiction. Le plus souvent les définitions mathématiques.Î. à notre besoin de penser avec des images? Le plus souvent on ne le trouvera pas. ni avec les vérités antérieurement admises. il faut la préparer Que veux-je dit souvent : jet il faut la justifier. par là? Vous savez ce qu'on a toute définition implique un axiome. et c'est pourquoi il ne suffît pas d'énoncer une définition . 11. nous apprenions à raisonner juste. . breuses questions. qu'importe de faire de le un peu plus tôt ou un peu plus tard.ES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 139 toujours emprunter à Tintuition.

Mais pourquoi avoir assemblé. ces choses du moins ne diffèrent que par la matière et se rapprochent par la forme . expliquer par quelles analogies on a été guidé et que a donné des si l'on noms analogues à des choses différentes. pourquoi cette combinaison avait-elle plus de que toutes droits à l'existence besoin répondait-elle? Comment les autres? A quel a-t-on prévu qu'elle jouerait dans le développement de la science un rôle important. particuliers. I . qu'elle abrégerait nos raisonnements et nos calculs? Y dans la nature quelque objet pour ainsi dire Timage indécise a-t-il familier. sont de véritables constructions édifiées de toutes pièces avec des notions plus simples. nous verrons bien que le nouveau-né avait le droit d'être baptisé. on sera conduit à l'énoncé général par l'étude de quelques exemples plaire . la justification précédera l'énoncé et le préparera. Liard.SCIENCE ET MÉTHODE 140 comme Ta montré M. prix qu'on pourra satisfaire toutes Si l'énoncé est assez correct pour au logicien. que leurs propriétés sont analogues et pour ainsi dire parallèles. qui en est et grossière? Ce n'est pas tout. la justification contentera l'intoutes les il y a mieux à faire encore Mais tuitif. C'est à ce les tendances. mais il le faut choix du nom n'est pas non plus arbitraire . si vous répondez à toutes ces questions d'une manière satisfaisante. fois que cela sera possible. éléments de cette 'façon quand mille autres assemblages étaient possibles? Est-ce par caprice? ces Sinon.

définition : cela. Ce n'est pas définir l'addition que de dire qu'elle consiste à ajouter. Pour l'addition on ne saurait en trouver une bonne. 12. je crois que les élèves apprennent ces définitions par cœur et qu'ils n'y attachent aucun sens. non seulement l'objet défini. tout simplement parce qu'il faut s'arrêter et qu'on ne saurait tout définir. esprit puis ces défi- nitions ne sont pas satisfaisantes au point de vue logique. on définit d'ordinaire les opérations sur nombres entiers . en géométrie. ARITHMÉTIQUE. Tout ce qu'on peut faire c'est de partî^ . mais les objets voisins dont il convient de le distinguer. en revanche. On n'a pas à définir le nombre entier . Il y a à cela deux raisons d'abord on les : les leur fait apprendre trop tôt. en analyse et en mécanique. que vous aurez fait saisir la différence et que vous aurez ajouté explicitement c'est pour cela qa'en énonçant la définition j'ai dit ceci ou sins. Mais est il d'examiner temps de comment des généralités et sortir les principes un peu abstraitr que je viens d'exposer peuvent être appliqués ce arithmétique. quand leur n'en éprouve encore aucun besoin .LES DÉFINITIONS MATHjSmATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 141 Autre chose encore chacune des parties de renoncé d'une définition a pour but de distinguer Kobjet à définir d'une classe d'autres objets voi: La ne sera comprise que quand TOUS aurez montré.

. la définition sera ainsi préparée et justifiée. on montrera . il empruntés à des problèmes classiques de règles de c'est d'elle . la Il n'y a Le mieux théorie des proportions. on peut logiquement comme Topération inverse de l'addition mais est-ce par là qu'il faut commencer? Là aussi il faut débuter par des exemples.SCIENCE ET MÉTHODE 142 d'un dire : certain nombre d'exemples concrets et de ropération que nous venons de faire s'appelle addition. l'opération que les élèves savent déjà faire par routine et la définition logique sortira de là tout On naturellement. de difficulté que pour est d'exposer d'abord la multiplication. cation reproduit le dividende. De même encore pour la multiplication on prendra un problème particulier. on fera voir ensuite qu'on arrive plus vite au résultat par une multiplication. définira la division comme l'opération inverse mais on commencera par un de la multiplication exemple emprunté à la notion familière de partage et on montrera sur cet exemple que la multipli. Montrer sur ces exemples la réciprocité des deux Pour la la soustraction. c'est autre définir . qu'on peut le résoudre en additionnant plusieurs nombres égaux entre eux. faut les préparer par de nombreux exemples. Restent les opérations sur les fractions. seulement que pourra sortir une définition logique maib pour faire accepter les définitions que l'on rencontre au début de cette théorie. opérations . chose.

la règle et je comment on peut Je partirais tout montrerais d'abord à vérifier retournement. elle n'aurait connu que le nombre entier. s'ils n'en ont pas fait. qu'après avoir défini la multipli- cation des fractions. à leurs souvenirs s'ils ont déjà fait de la géométrie. inventé autre chose. associative et distributive. On voit quel rôle jouent dans tout ceci les images géométriques et ce rôle est justifié par la philosophie et l'histoire de la science. Peut-on définir la ligne droite? un autre. c'est pour s'adapter aux besoins de la géométrie qu'elle a .LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 143 où aura soin d'introduire des données On ne craindra pas non plus de familiariser les élèves avec la notion de proportion par des images géométriques. soit J'ajouterai. en démontrant qu'elle est commutative. en ayant recours à l'intuition directe. il faut justifier cette définition. l'on fractionnaires. le plus court à la notion La chemin d'un point ligne droite. En géométrie nous rencontrons d'abord de définition connue. soit en faisant appel trois. ne simplement de l'élève me satisfait guère. et en faisant bien remarquer aux auditeurs qu'on fait cette congtatation pour justifier la définition. enfin. ce qui les préparera d'ailleurs à en faire. QÉOinÉTRIE. cette vérification est une règle par la vraie défi- . Si l'arithmétique était restée pure de tout mélange avec la géométrie.

en présence de difficultés analogues. en les justifiant par des expériences groset sières. Eh il devient bien. Il vaudra mieux montrer qu'une règle préalablement vérifiée s'applique sur un fil tendu. c'est la même chose en mathématiques. il faut bien en admettre. Quant à cette autre propriété d'être le plus court chemin d'un point à un autre. L'oncle Sarcey qui aimait à se répéter disait souvent qu'au théâtre volontiers tous les le spectateur accepte postulats qu'on lui impose au début. On règle par glissement lai un axe montrerait ensuite à vérifier la on aurait une des propriétés les plus importantes de la ligne droite. on peut partir du compas les élèves reconnaîtront du premier coup la courbe .SCIENCE ET MÉTHODE ^44 nition de la ligne droite. la ligne droite est de rotation. et on sera ainsi amené naturellement à la définition tracée. on leur fera observer ensuite que la distance des deux pointes de l'instrument reste constante. c'est un théorème qui peut être démontré apodictiquement. que Tune de ces pointes est fixe et l'autre mobile. le mal n'est pas bien grand . et Ton en si admet un peu plus qu'il n'est strictement nécesl'essentiel est saire. Il ne faut pas redouter. de multiplier les axiomes. mais qu'une fois le intransigeant sur la logique. mais la démonstration est trop délicate pour pouvoir trouver place dans l'enseignement secondaire. rideau levé. I . Pour le cercle. d'apprendre à raisonner juste sur les axiomes une fois admis. logique. Ces axiomes.

que deux de ces planches. Qu'est-ce que la philosophe? C'est l'étude d'un groupe. tant appliquées de liberté . Qu'on prenne comparerait avec le cylindre et le cône. montrerait d'abord qu'elles peuvent glisser en res- Tune sur Fautre et cela avec 3 degrés pour distinguer le plan de la sphère. surfaces sur lesquelles on ne saurait appliquer une droite à moins de ne lui laisser que deux degrés de liberté. on puis. et enfin Peut-être vous étonnerez-vous de cet incessant emploi d'instruments mobiles ce n'est pas là un . surtout. on prendrait trois planches à dessin .LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMBNT 145 du plan implique un axiome et il ne une planche à dessin et que Ton lasse remarquer qu'une règle mobile s'applique constamment sur cette planche et cela en conservant trois degrés de liberté. parce qu'elle est totalement étrangère à la notion de groupe. On La définition faut pas le dissimuler. situées dans le même pas quelqne loin qu'on les plan. et quel groupe? de celui des mouvements des corps solides. applicables sur une troisième. parce qu'elle est invé- par Texpérience et ne saurait en conséquence être regardée comme une donnée immédiate de Tintuition. Comment alors définir ce groupe le sans faire mouvoir quelques corps solides? Devons-nous conserver la définition classique des parallèles et dire qu'on appelle ainsi deux droites qui. et c'est beaucoup phique qu'on ne géométrie pour le croit plus philoso- d'abord. à la rifiable . sont applicables Tune sur l'autre. grossier artifice. Non. ne se rencontrent prolonge? Non parce que cette définition est négative.

comme métrie. les points MÉCANIQUE. érigée en axiome. . J'insisterai. pas à revenir sur la définition de la ou de Taccéiération. ils n'y pensent même pas. il serait aisé de faire sortir la notion de parallèle et le postulatum d'Euclide lui-même. Pour eux le monde de la science et celui de la réalité sont séparés par une cloison étanche. un mouvement où tous comme de cette figure ont des trajectoires rectilignes. c'est combien les Il y a une chose qui me frappe l'éducation secondaire qui ont reçu jeunes gens sont éloignés d'appliquer au monde réel les lois mécaniques qu'on leur a enseignées. assis dans une voiture et s'imaginant qu'il Taide à avancer en poussant sur Je n'ai vitesse. au contraire. ou des autres notions cinématiques on les rattachera avec avantage à celle de la dérivée. sur les notions dynamiques de force et de masse. montrer qu'une semblable translation est possible.146 8CIENCE ET MÉTHODE considération du est. probablement bachelier. Ce n'est pas seulement qu'ils en soient incapables. en faisant glisser une équerre sur une règle? De cette constatation expérimentale. Ne je mouvement des corps l'ai dit. la véritable vaudrait-il pas mieux solides qui source de la géodéfinir d'abord la translation rectiligne d'une figure invariable. Il n'est pas rare de voir un monsieur bien mis. : .

elles sont bien nombreuses et elles sont bien il diverses y a la pression des fluides sur les trer l'une . vraiment trop grossière et on n'en peut rien tirer d'utile. nous essayons d'analyser Tétat d'âme de nos nous étonnera moins. Ce n'est là qu'une définition qualitative. Ces flèches sont des êtres imaginaires qui n'ont rien à faire avec rien de ce qui existe dans la nature. le dirige de là tout Si élèves. . l'élasticité . et cela de au mépris du principe de l'action et la réaction. Voici la marche qu'il faudra suivre : il d'abord. la voici : les forces sont des on fait des parallélogrammes. quelle est pour eux la véritable définition de la force ? non pas celle qu'ils récitent. ments Faction et la réaction mutuelle normale de deux solides au contact. il faut . cela entier. n^y en a pas de bonne^ je crois l'avoir suffisam- ment montré morphique. parois des vases où ils sont enfermés la tension d'un ressort.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 147 l'avant. flèches avec lesquelles Cela n'arriverait pas. Cette définition. . mais celle qui. celle-là est ailleurs. pour faire connaître le genre force. la Il y a sensation la définition de l'eff^ort anthropo- musculaire . si on leur avait montré des forces dans la réalité avant de les représenter par des flèches. la pesanteur qui agit sur toutes les molécules d'un corps les frotte- des fils. faut mon- après l'autre toutes les espèces de ce genre. Comment il définir la force? Une définition logique. tapie dans un recoin de leur entendement.

Si une force peut en remplacer deux De là. Nous montrerons ensuite qu'on peut remplacer un poids. Est-ce suffisant? Pas encore. la direction du de la force F et celle de fil sera la direction la force équivalente F. nous trouverons le premier exemple de cette substitution dans la balance et la double pesée de Borda. mais par des forces de nature différente par exemple le frein de Prony nous permet de remplacer un poids par un frot: tement. et celui de la force équivalente F. faut définir la direction d'une force. il faut sont diffé- J . De deux Il tout cela sort la notion de Téquivalence de forces. de telle sorte que F puisse être rem- placée par F' sans que l'équilibre soit troublé. autres de même direction.«CIENCE ET MÉTHODE 148 apprendre à mesurer la force. Pour cela on montrera d'abord que Ton peut remplacer une force pai une autre sans troubler l'équilibre. on montrera par exemple qu'un poids de 20 grammes peut remplacer deux poids de leur 10 grammes. c'est qu'elle est égale à somme. Si une force F est équivalente à une autre force F' qui est appliquée au corps considéré par l'intermédiaire d'un fil tendu. alors point d'attache du le fll sera par définition le point d'application de la force F. non seulement par un autre poids. on passera à la comparaison de la grandeur des forces. Nous savons mainte- nant comparer l'intensité de deux forces qui ont même direction et apprendre à môme le faire point d'application quand les directions .

en se servant des définitions précédentes. ipiaginons un tendu par un fil poids et passant sur une poulie. et que deux forces pour lesquelles ces trois éléments sont sont toujours équivalentes et peuvent toujours être remplacées Tune par Tautre. Il faut la compléter ensuite en montrant que cela n'est vrai que Voilà notre définition.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 149 rentes. de comparer deux forces quelvconques ayant même direction que ces deux brins. fois que point le d'application. Il faut le justifier en montrant que la tension du dernier brin reste la même pour un même poids tenseur. poulies sont sans frottement. fll même est la et égale nous permet de comet. la il faut faire direction rintensité suffisent pour déterminer une force. appliquées. Pour cela. que deux forces concourantes peuvent toujours être remplacées par une résultante unique et que cette résultante reste la mêmey que le corps soit en repos ou en mouvement et quelles que soient les autres forces qui lui sont Il les autres forces faut faire voir . elle parer les tensions de nos deux brins. et cela quelles mises en jeu. soit dans le que soient mouvement. si les Une voir maître de ces définitions. nous dirons que la tension des deux brins du au poids tenseur. quels que soient le nombre et la disposition des poulies de renvoi. soit dans mêmes les Téquilibre. 11 faut faire voir enfin comme nous venons de l'égalité de de l'action que les forces le faire satisfont et de la réaction* définies au principe .

cette fois la définition doit être empruntée à la dynamique. que l'accélération de la pesanteur est la même pour les corps lourds et pour les corps légers. C'est quand on aura passé par tous ces détours qu'on pourra représenter les forces par des flèches. dans le développement des raisonnements. tendus par des poids et se faisant équilibre en tirant sur un même point. c'est de faire comprendre la distinction entre la masse et le poids. et même je voudrais que. passant sur des poulies. c'est la machine d'Atwood. devant eux un petit nombre d'expé- riences simples et bien choisies. Il ne serait pas difficile par exemple d'illustrer le parallélogramme des forces à l'aide d'un appareil formé de trois fils. il est aisé de définir la masse. et qu'elle varie avec la latitude. il y a en effet une machine qui semble faite tout exprès pour montrer ce que c'est que la masse. etc. Ici encore. Ton revînt de temps en temps du symbole à la réalité. méthodes que si vous me dites que je préconise sont depuis toutes les longtemps appliquées dans les lycées. la définition doit être préparée par des expériences.SCIENCE ET MÉTHODE 150 Tout cela. Connaissant la force. il n'y a pas moyen de faire autrement. puisque le but à atteindre. et Texpérience seule qui peut nous rapprendre. Il que suffira de citer quelques expériences vulgaires. je m'en réjouirai plus . les élèves font tous les et d'exécuter jours sans s'en douter. Maintenant. c'est Texpérieiice. on rappellera d'ailleurs les lois de la chute des corps.

elle doit tout au moins la faire désirer.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET L^BNSBIGNEMENT 151 que je ne m'en étonnerai. Dans de pareilles tempêtes sombrerait bientôt sa haute valeur éducative. Ces critiques subsistent tout entières. je ne désire que des améliorations lentement progressives. Mais c'est par elles qu'il faut passe?. j'en serais môme désolé. La définition par l'exemple est toujours nécessaire. je sais que dans son ensemble notre enseignement mathématique est bon. Ces définitions ne peuvent être que provisoires. Une bonne et solide logique doit continuer à en faire le fond. J'ai critiquer certaines eu souvent l'occasion de que je préconise définitions aujourd'hui. Il ne faut pas que cet enseignement subisse de brusques oscillations au souffle capricieux de modes éphémères. dans les cas où la véritable définition logique ne peut être donnée utilement que dans l'enseignement supérieur. je ne désire pas qu'il soit bouleversé. Vous avez bien compris que ce que j'ai dit aujourd'hui n'implique nullement l'abandon de ce que j'ai écrit ailleurs. elle ne doit pas la remplacer . . mais elle doit préparer la définition logique.

Mais pour bien faire comprendre la nature de la question. Les mathématiques peuvent-elles être réduites à. de sorte que les profanes sont disposés à s'incliner devant les qui leur soient propres? Il pleine d'ardeur et de affirmations tranchantes des adeptes. Elle a son langage spécial où il n'y a plus de mot« et où on ne fait usage que de signes. . il dans quelques en particulier le est nécessaire d'entrer détails historiques et de rappeler caractère des travaux de Cantor. Il n'est peutpas inutile être d'examiner ces affirmations d'un peu près. Ce langage n'^^st compris que de quelques initiés.CHAPITRE Les Mathématiques III et la Logique. afin de voir si elles justifient le ton péremp- toire avec lequel elles sont présentées. foi. INTRODUCTION. qui s'efforce de rétablir. la logique sans avoir à faire appel à des principes y a toute une école.

L'infini mathématique n'était qu'une quantité susceptible de croître au delà de toute limite. celui des points dans l'espace.. De nombreux mathématiciens ses traces et se sont posé môme genre. Cantor a entrepris d'introduire en mathématiques un infini actuel.LBS MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Depuis longtemps la 153 notion d'infini avait été intro- duite en mathématiques. dépasser toutes les mais qui est regardée comme les ayant déjà dépassées. constitue ce qu'il appelle un nombre cardinal transfini. Et alors le nombre des nombres entiers. c'est-à-dire une quantité qui n'est pas seulement susceptible de limites. en rangeant dans un ordre convenable les éléments d'un ensemble qui en contient une infinité. etc. Il posé des questions telles plus de points dans l'espace s'est que celles-ci Y a-t-il que de nombres entiers? Y a-t-il plus de points dans l'espace que de points dans un plan? etc. les nombres dépendre la Ils une se sont lancés sur série de questions de se sont tellement familiarisés avee en sont arrivés à fadre théorie des nombres finis de celle det transfinis qu'ils . Et il s'est amusé à comparer ces nombres cardinaux transfinis. mais cet infini était ce que les philosophes appellent un devenir. c'était une quaatité variable dont on ne pouvait pas dire qu'elle avait dépassé toutes les limites. il a imaginé aussi ce qu'il appelle des nombres ordinaux transfinis sur lesquels je : n'insisterai pas. c'est-à-dire un nombre cardinal plus grand que tous les nombres cardinaux ordinaires. mais seulement qu'elle les dépasserait.

à Fintroduire dans renseignement secondaire. je pense. iîais est-elle du moins logique. de ce qui n'était pas la logique pure en écrivant des mémoires où les formules n'alternent plus avec le discours explicatif comme dans les livres de mathématiques ordinaires. pour façon vraiment logique. on devrait commencer par établir les propriétés générales des nombres cardinaux transfînis. A enseigner Fanthraétique d'une leurs yeux. Grâce à ce détour on pourrait arriver à démontrer toutes les propositions relatives à cette petite classe (c'est-àdire toute notre arithmétique et notre algèbre) sans se servir d'aucun principe étranger à la logique. ce n'est certainement pas comme que Tesprit humain a procédé pour construire les mathématiques aussi ses auteurs ne songent-ils pas. ou pour mieux dire est-elle correcte? Il est permis d'en cela . Cette méthode est évidemment contraire à toute saine psychologie. Ils ont accumulé les formules et ils ont cru s'affranchir. Les géomètres qui l'ont employée sont cependant fort nombreux. Malheureusement. mais où ce discours a complètement disparu. c'est ce qu'on appelle les antino- mies cantorienneSy sur lesquelles nous aurons Toccasion de revenir. celle des nombres entiers ordinaires. puis distinguer parmi eux une toute petite classe. ils sont arrivés à des résultats contradictoires.154 ^ SCIENCE ET MÉTHODE nombres cardinaux de Cantor. Ces contradictions ne les ont pas découragés et règles (le ils fajçoQ se sont efforcés de modifier leurs à faire disparaître celles qui . douter.

Hercule s'en est tiré parce que son hydre n'avait que neuf têtes. on II est est sûr de faire justice renaître avec des changements quelques-unes d'entre elles sont la voir insignifiants. depuis si longtemps pendant entre Leibnitz et Kant. à moins que ce ne soit onze mais ici il y en a trop. en France. ont définitivement tranché le débat. temps de de ces exagérations. Ils ont montré qu'il . de nombreux travaux ont été publiés sur les mathématiques pures et la philosophie des mathématiques. les travaux nouveaux. Pour M. Couturat dans un ouvrage et d'isoler les. Couturat. 155 sans être assurés pour cela qu'il ne s'en manifesterait plus de nouvelles. et il devrait renoncer à la partie. et déjà ressorties plusieurs fois de leurs cendres. quand on a réfuté une de leurs démonstrations. Je n'espère pas les convaincre. en Allemagne. en Italie. Telle autrefois l'hydre de Lerne avec ses fameuses têtes qui repoussaient toujours. l Dans ces dernières années. car ils ont trop longtemps vécu dans cette atmosphère. en vue de dégager éléments logiques du raisonnement mathématique. Je ne fais donc appel qu'aux hommes de bon sens sans parti pris.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE s'étaient déjà manifestées. il y en a en Angleterre. intitulé : les Principes des Mathématiques. et en particulier ceux de MM. . D'ailleurs. Ces travaux ont été analysés et exposés très clairement par M. Russell et Péano.

si bien que j'ai entendu mon voisin dire à demi-voix « On voit bien que c'est le centenaire de la mort de Kant ». . ni réduits à des identités. ni établis expérimentalement).. . trois sortes de choses que nous appellerons points. ils ont montré que les mathématiques sont entièrement réductibles à la logique et que l'intuition n'y joue aucun rôle. c'est son caractère purement formel « Pensons. dit Hilbert. Que sont ces non seulement nous n'en savons devons pas chercher à le choses^ mais nous ne savoir. nous pourrons dire qu'elle passe par ces deux points ou que ces deux points : sont situés sur cette droite ». C'est ce que M. Couturat a exposé dans l'ouvrage que je viens de citer c'est ce qu'il a dit plus nettement encore à son discours du jubilé de Kant. droites et plans. Pouvons-nous souscrire à cette condamnation définitive? Je ne le crois pis et je vais essayer de montrer pourquoi.SCIENCE ET UETHODB n'y a pas de jugement synthétique a priori disait Kant pour désigner les (comme jugements qui ne peu- vent être ni démontrés analytiquement. : II Ce qui nous frappe d'abord dans la nouvelle mathématique. convenons qu'une droite sera déterminée par deux points et qu'au lieu de dire que cette droite est déterminée par ces deux points. Nous n'en avons rien.

LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 157 pas besoin. il est difficile de ne pas introduire un axiome ou un postulat qui passe inaperçu. et quelqu'un qui n'aurait jamais vu ni point. ou. il de savoir ce le n'est qu'il géomètre par pas nécessaire ni veut dire. Ce n'est donc qu'après avoir ramené tous les raisonnements géométriques à une forme purement méc*^- . Que le mot passer mot être situé sur ne provoquent en nous aucune image. C'était là qu'il devait tendre. pour démontrer un par^ ou le théorème. le premier est simplement synonyme de être déterminé et le second de déterminer. dans ceux où l'intuition joue encore un rôle. rait les théorèmes à l'autre bout. comme cette machine légendaire de Chicago où les porcs entrent vivants sortent transformés en jambons et en Pas plus que ces machines. je n'en fais pas un reproche à Hilbert. c'est bien entendu. étant donné le problème qu'il se posait. fait* Ce caractère formel de sa géométrie. dans les raisonnements où notre esprit reste actif. dans les raisonnements vivants. Il voulait réduire au minimum le nombre des axiomes fondamentaux de la géométrie et en faire l'énumération complète. pour ainsi dire. Ainsi. pourrait faire de la géo- métrie tout aussi bien que nous. or. on pourimaginer une machine où Ton introduirait les axiomes par un bout pendant qu'on recueillerait Stanley Jevons . le mathématicien n'a besoin de comprendre ce qu'il et d'où ils saucisses. le On même utile pourrait remplacer piano à raisonner imaginé par si l'on aime mieux. ni droite. ni plan.

Si les au silence? Peut-être pas. d'aufaire pour l'arithmétique et pour et d'avoir Ililbert avait fait tres ont voulu le même ils y avaient entièrement réussi. ou par quelque vague conscience de je ne sais pièces. par de simples combinaisons logiques d'un nombre fini d'axiomes. et que ces axiomes ne sont que des conventions. Le philosophe conserverait le droit de rechercher les origines de ces conventions. qu'on la mutile. Et puis la correction logique des raisonnements mènent des axiomes aux théorèmes n'est pas la chose dont nous devions nous préoccuper. Kantiens seraient-ils définitivement condamnés l'analyse. . qu'il son dessein Ce que achevé son œuvre. car en réduisant sée mathématique à une forme vide. et plus cachée. Chercher l'origine de cet instinct. qui seule fait le prix de l'édifice construit. de voir pourquoi elles ont été jugées préférables aux conventions les procédés purement contraires. il faut faire un choix le vrai géomètre fait ce choix judicieusement parce qu'il est guidé par un sûr instinct. quelle géométrie plus profonde. étudier les lois II . Les règles de la parfaite logique sont-elles toute la mathématique? Autant dire que tout l'art du joueur qui seule d'échecs se réduit aux marche des constructions que l'on peut règles de la Parmi toutes les combiner avec les matériaux fournis par la logique.158 SCIENCE ET MÉTHODE a pu être certain d'avoir réussi dans nique. pour la géométrie. Admettons que tous même que il la pen- est certain l'on ait établi théorèmes peuvent se déduire par des analytiques.

mais démontrer toutes les vérités mathématiques sans de nouveau appel à l'intuition. cipe » une propriété établit qu'elle est vraie est vraie du nombre de n + 1 i. » J'y voyais le raisonnement mathématique par excellence. Cet instinct dont nous venons de parler est nécessaire à l'inventeur. faire JI A répondu que cette question. c'est paa^ce que complète principe d'induction fois paraissait à la On sait quel est l'énoncé de ce prin- : « Si Ton me « le nécessaire au mathématicien et irréductible à la logique. Eh bien. Mais ce n'est pas à ce point de Yue que je veux me placer. ce serait encore une belle tâche pour les philosophes qui ne veulent pas que la logique soit tout. et si pourvu de tous les nombres entiers. ce n'est pas ainsi que je veux poser la question. on peut je ne dis pas découvrir. notre travaux récents? Si j'avais répondu non. j'avais autrefois non (Voir Science réponse doit-elle et Hypothèse^ chapitre I"^ être par modifiée les . mais il semble d'abord qu'on pourrait s'en passer pour étudier la science une fois créée. comme on l'a cru. ce que je veux rechercher. elle sera vraie . Je ne voulais pas dire.159 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQVE de cette géométrie profonde qui se sentent et ne s'énoncent pas. c'est s'il est vrai qu'une fois admis les principes de la logique. que tous les raisonnements qu'elle le soit de n.

Pour discuter cette manière de voir. celui de l'induction complète est seulement le plus simple de tous et c'est pour cela que je l'ai choisi pour type. C'est donc une simple convention. Ce mode de raisonnement n'en est pas moins une véritable induction mathématique qui ne diffère de Tinduction ordinaire que mêmes par sa certitude. présentant les caractères essentiels. on y verrait appliqués beaucoup d'autres principes analogues.SCIENCE ET MÉTHODE 160 mathématiques peuvent se réduire à une application de ce principe. il nous faut examiner d'un peu dit près les relations entre les définitions et les axiomes. qui a paru dans V Enseignement mathématique. Dans cette catégorie de principes. comment préten- Le principe d'induction compas un axiome proprement disent-ils. Couturat sur les définitions mathématiques. L'existence de pareils principes est une difficulté pour les logiciens intransigeants. En examinant ces raisonnements d'un peu près. n'est ou un jugement synthétique a priori] c'est tout simplement la définition du nombre entier. Le nom de principe d'induction complète qui a prévalu n'est pas justifié. revue publiée I . Reportons-nous d'abord à un article de M. IV DèFlN! IONS ET AX : 'ES. dent-ils s'en tirer? plète.

sauf une. « La définition par postulats. » Si Ton a défini préalablement toutes ces notions. ces relations sont des postulats. ce . dit M. alors cette dernière sera par définition l'objet qui vérifie ces postulats. s'applique. y Mais pour qu'on tions à remplir. Les autres axiomes de la géométrie ne suffisent pas pour définir complètement la distance. Ce point de vue est souvent légitime. parmi toutes les grandeurs qui satisfont à ces autres axiomes. celui affirme l'existence de Tobjet défini.. Eh bien.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 161 ch^z Gauthîer-Villars et chez Georg à Genève. celle qui est telle que le postulatum d'Euclide soit vrai. tion implique défi- ait ce droit. par A lequel on ce compte. Couturat. les logiciens admettent pour le principe d'induction complète. ce que j'admets pour le pos- tulatum d'Euclide. par définition. ils ne veulent y voir qu'une nition déguisée. Nous y verrons une distinction entre la définition directe et la définition par postulats. la distance sera alors. non à une seule notion.. et je l'ai admis moi-même en ce qui concerne par exemple le postulatum d'Euclide. il y a deux condi- Stuart Mill disait que toute défini- un axiome. . Ainsi certains axiomes indémontrables des mathématiques ne seraient que des définitions déguisées. mais à un système de notions elle consiste à énumérer les relations fondamentales qui les unissent et qui permettent de démontrer toutes leurs autres propriétés.

la exacte. et si nous pouwùs démontrer que ces postulats n'impliquent pas de contradiction. nous retrouverions définition . Les mathématiques sont indépendantes de Texistence des objets matériels. Ainsi de Stuart Mill devient objet. nous aurons le droit de les considérer comme représentant la définition de nous ne poufaut que nous l'admet- l'une des notions qui y figurent. Si nous a'^^ns donc un système de postulats. il tions sans démonstration et cela sera alors un axiome de sorte que si nous voulions chercher la sous le postulat. on affirme que la rectifiée. Stuart Mill entendait le mot existence dans un sens matériel et empirique. on affirme qu'il y a des choses rondes dans la nature. l'axiome sous la définition. en mathématiques le mot exister ne peut avoir qu'un sens. il voulait dire qu'en définissant le cercle. son opinion est inadmissible. et nous disons que. pour montrer qu'une définition procède par contradiction. Sous cette forme. Le plus souvent. pensée en définissant un définition n'implique pas contradiction. . nous voulons définir une notion A. Prenons le cas d'une définition par postulats. il signifie exempt de contradiction. par définition. on n'implique pas l'exemple^ on cherche à former un exemple d'un objet satisfaisant à la définition.SCIENCE ET MÉTHODE 162 ne serait plus Taxiome qui pourrait être une définition déguisée. ce serait au contraire la définition qui serait un axiome déguisé. Si vons pas démontrer cela.

il faut alors envisager toutes les propositions que l'on peut déduire de ces postulats comme montrer que. et nous verrons plus loin qu^ils ne Vont pas fait.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE un A. Tobjet B sera un exemple d'un A. parmi ces propositions. Si nous pouvons démontrer directe- ment que tous ces postulats sont vrais d'un certain objet B. il n'y en a pas deux dont une soit la contradictoire de l'autre. Quand nous. Si ces propositions sont en nombre infini. donnons nne pour nous en servir. Si ces propositioTis sont en nombre fini. puisqu'il y a des cas où ils sont vrais tous à la fois. et 1 peut plus faire cette vérification directe. on ne considérés prémisses. il faut recourir à des procédés de démonstration où en on général sera forcé d'invoquer ce principe d'induction complète qu'il s'agit précisément de vérifier. Il y en a une seconde. lats c'est tout 163 objet pour lequel certains postu- sont Vrais. Ce cas est peu fréquent et d'ailleurs peu intéressant. Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire. une vérification directe est pussible. Nous serons certains que les postulats ne sont pas contradictoires. Mais une pareille démonstration directe par l'exemple n'est pas toujours possible. définition. c'est 8 . Pour établir que les postulats n'impliquent pas contradiction. la définition sera justifiée.

Vous donnez du nombre une définition puis. si le mot a conservé son sens. c'est énoncer une vérité nouvelle. mais à un objet concret qui n'en est souvent qu'une image grossière.SCIENCE ET MÉTHODE ÎG4 Nous retrouverons donc dans la suite du discours le mot défini. La notion mathématique a reçu une défiaition très épurée et très rigoureuse. à la définition. une fois cette définition donnée. n'y pen- sez plus. si nous ne lui attribuons pas implicitement un sens différent. ce n'est plus à cette notion pure que Ton a affaire. sans sortir des mathématiques pures. vous le quand le mot nombre saviez depuis longtemi:!*^ et à . que l'expérience peut seule mettre hors de doute. au moins approximativement. c'est ce qui arrive il est le plus souvent difficile de s'en quelquefois et apercevoir. Mais. Or. rencontre encore la même on difficulté. et pour le mathématicien pur toute duit dans notre discours. Dire que cet objet satisfait. ce n'est pas elle qui vous a appris ce que c'était que le nombre. Cette difficulté se présente dans toutes les applications des mathématiques. parce que. et il est si la entré n'implique pas hésitation a disparu. de l'objet représenté par ce mot. évidemment. postulat qui a servi le de définition? Oui. mais si on veut l'appliquer aux sciences physiques par exemple. avons-nous le droit d'affirmer. vous subtile. il faut voir comment ce mot s'est intro- porte par laquelle en réalité une autre définition que celle qu'on a énoncée. en réalité. et qui n'a plus le caractère d'un postulat conventionnel.

165 FKS MATHÉMATIQUES ET LA LOGÏQTTR plume. il faut voir comment vous avez été amené à parler de nombre et à introduire ce mot dans ces deux phrases. Si chaque nouveau philosophe qui s'est occupé de cette question a cru devoir en inventer une autre. et s'il pas n'en croyait y apercevoir satisfait était de celles de ses devan- pas satisfait. ou bien admettre comme un axiome indépendant. Mais qu'il en soit ainsi. pour savoir quel est ce sens et s'il est bien le même dans telle phrase ou dans telle autre. c'est qu'il n'était ciers. VI Les définitions du nombre sonttrès nombreuses et très diverses. Ainsi voici un mot dont nous avons donné explicitement une définition A nous en faisons ensuite dans le discours un usage qui suppose implicitement une autre définition B. étonner qu'il y en ait Nous ne devons pas nous Si Tune d'elles était tant. . c'est qu'il une pétition de principe. on n'en donnerait plus de nouvelle. satisfaisante. Je ne m'explique pas davantage sur ce point pour le moment car nous aurons Toccasion d'y revenir. se retrouve plus loin sous votre . qu'il faut. ou bien démontrer. Il est possible que ces deux définitions désignent un même objet. je renonce à énumérer même les noms de leurs auteurs. c'est une vérité nouvelle. Nous verrons plus mieux rempli la que loin les logiciens n'ont pas seconde condition que la première. vous y attachez le même sens que le premier venu.

C'est qu'il est impossible de donner une défini- une phrase. c'est possible . ou au moins le mot plusieurs. donc. quand me sentiment de heurter à une je ne Tapercevais pas tout de suite. et.SCIENCE ET MÉTHODE 166 toujours éprouvé. en lisant les écrits consa- J*ai crés à ce problème. pétition de principe et. Peano joue un grand rôle dans ces nouvelles recherches. mais il me semble que M. Il est susceptible de rendre quelques services. Couturat y attache une importance exagérée qui a dû étonner M. : si. ou au moins un mot au pluEt alors la pente est glissante et à chaque riel. VII LA PASIGRAPHie* Le langage symbolique créé par M. ce sont certains algébriques qui représentent les différentes signes conjonctions commodes. Que ces signes mais soient qu'ils soient desti- . un profond malaise je m'attendais toujours à . j'avais la crainte d'avoir mal regardé. L'élément essentiel de ce langage. instant on risque de tomber dans la pétition de tion sans énoncer principe. et difficile d'énoncer une phrase sans y mettre un nom de nombre. ou. Peano luitrès même. Je ne m'attacherai dans la suite qu'à celles de ces où la pétition de principe est le plus définitions habilement dissimulée.

l'art de faire marcher et de cantonner les troupes mais ici aucune confusion n'est à craindre et on voit tout de suite que ce nom nouveau implique le dessein de révolutionner la logique. . BuraliForti. Ce ment la portée. nom en définissait très exacte- Depuis. Ce qui l'importance de ce mémoire. intitulé: Una Questione sui numeri transfinitij et inséré dans le tome XI des Rendiconti del circolo matemalico di Palermo. on l'a élevée à une dignité en lui conférant le titre de logis-Ce mot est. tique. Nous pouvons voir la nouvelle méthode à l'œuvre dans un mémoire mathématique de M. les profanes peuvent le lire grâce à une traduction interlinéaire italienne. Il est difficile d'admettre 167 c'est que le une mot si quand on Técrit o. c'est précisément parce qu'il est le plus important de tous ceux qui sont écrits dans le nouveau lanplus éminente. pour désigner l'art du maréchal des logis. Cette invention de M.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Dés à renouveler toute la philosophie. c'est qu'il premier exemple de ces antinomies que rencontre dans l'étude des nombres transfinis a donné l'on fait le et qui font depuis quelcHies années le désespoir des . c'est-à-dire l'art d'écrire un traité de mathématiques sans employer un seul mot de la acquiert. Je commence par dire que ce mémoire est très intéressant. et si je le prends ici pour exemple. pàraît-il. gage. D'ailleurs. langue usuelle. employé à l'École de Guerre. Peano s'est appelée d'abord la pasigraphie. autre afïaire. une vertu qu'il n'avait pas quand on l'écrivait si.

ni plus petit. Buralî-Forti nombre 1 de la manière suivante définir le : l=:tT'[Koo(u. Or. en chiffre dans le premier en toutes lettres dans le second. a et b. pour le considérations qui vont suivre. c'est de montrer qu'il peut y avoir deux nombres transflnis (ordinaux).A)e(weUn)l. goit ni égal à 6. aux personnes qui n'en auraient jamais J'entends trop mal le Péanîen pour oser risquer une critique. dit M. Le but de cette note. il ne peut y avoir d'autre relation que l'égalité. tel que a ne grand. définition éminemment propre à donner une idée du nombre 1 entendu parler. Cantor avait précisément démontré qu'entre deux nombres transflnis comme entre deux nombres finis. ni plus Que lecteur se rassure. savoir ce que c'est qu'un il comprendre les n'a pas besoin de nombre ordinal transfini. ou l'inégalité dans un sens ou dans l'autre. cela m'entraînerait beaucoup trop loin de mon sujet. et précisément je me demande si cette forme lui fait beaucoup gagner en rigueur et si elle compense par là les efforts qu'elle impose à l'écrivain ef au lecteur- Nous voyons d'abord M. Mais ce n'est pas du fond de ce mémoire que je veux parler ici .SCIENCE ET MÉTHODE 168 mathématiciens. attendu que j'aperçois membre crains bien que cette défi- 1 . je veux seulement m'occuper de la forme. BuraliForti. nition ne mais je contienne et Un une pétition de principe.

d'ajouter que M. Couturat a défini également et que zéro? Qu'est-ce 1. est le nombre des éléments d'une classe dont deux éléments quelconques sont identiques. Et puisque nous en sommes à ces définitions des premiers nombres. Couturat a-t-il introduit ment dans sa définition. (27) qui nous apprend que Un est un nombre. Burali-Forti part de celte soit. et qu'est-ce c'est celle qui aussi M.o. en ce sens . 0=tA : (fx = A. c'est vraiment abuser de la richesse de la langue française. Un. rappelons que M. de la classe nulle. et nul par aucun.A = ce qui veut dire en français objets qui satisfont à une un perfectionne- en écrivant : : {xe(fx)y zéro est le nombre des condition qui n'est jamais remplie. dit-il en substance. Elle est plus satisfaisante. Téquation M. court calcul. Définir zéro par nul. Couturat donne du nombre Je hâte la i définition est que plus satis- faisante. il arrive à : leNo. Mais comme vois pas que me le jamais signifie en aucun cas je ne progrès soit considérable. c'est le nombre des éléments que la classe nulle? ne contient aucun élément. ai-je dit.169 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Quoi qu'il définition en après un et.

I . Or. Hadamard et la conversation tomba sur cette antinomie. Je voudrais bien savoir qui aurait pu l'en empê- quand cher. en du mot deux. « Le raisonnement de Burali-Forti. que pour définir 1. revanche. » je ne pus le convaincre (ce qui d'ailleurs eût été fâcheux.170 SCIENCE ET MÉTHODE il ne se sert pas du mot un. j'ai dit que ses conclusions sont en opposition directe avec celles de Cantor. et peut-on dire qu'un objet n'existe pas. puisqu'il pouvait tou- jours poser Û=:r(No. il avait ce droit. — Pardon. et au contraire je ne trouve rien à — objecter à celui de Cantor. lui disais-je. un jour. Était-ce je . Mais j'ai peur que si on demandait à M. ne vous semble-t-il pas irréprochable? Non. il se sert VIII Mais revenons au mémoire de M. seulement parce que ne parlais pas le mais péanien avec assez d'éloquence ? peut-être entre nous je ne le crois pas. Couturat ce que c'est que deux. je reçus la visite de M. il ne soit obligé de se servir du mot un. Burali-Forti n'avait pas le droit de parler de l'ensemble de tous les nombres ordinaux. Q? on l'a appelé Ce fut en vain.I>). D'ailleurs. puisqu'il avait raison). Burali-Forti .

. mais si une difficulté se présente. malgré tout cet appareil pasigraphique. la Qu'est-ce que cela prouve ? Tant qu^il s'agit seulement de démontrer que un est un nombre.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 171 Ainsi. la pasigraphie suffit. résoudre. la pasigraphie devient impuissante. s'il y a une antinomie à question n'était pas résolue.

M. dont Il la DE RUSSELL. On a vu naître des logiques nouvelles M plus intéressante est celle de semble a dû se Russell. Le syllogisme classique « Socrate est un homme ». de nouveau sur qu'il n'y ait rien à écrire lalogique formelle et qu'Aristote en ait vu le fond. fait place au syllogisme i . Mais le champ que M. tandis que la logique d'Âristote était avant tout la logique des classes et prenait pour point de départ la relation de sujet à prédicat.. Russell attribue à la logique est infi- niment plus étendu que sique et il a trouvé vues originales moyen celui de la logique clas- d'émettre sur ce sujet des et parfois justes* D'abord. etc. la logique transformer.CHAPITRE IV Les Logiques nouvelles. Russell subordonne la logique des classes à celle des propositions. LA LOGIQUE Pour justifier ses prétentions.

dans les formes de ce dernier. C'est une extension considé- rable de Taricienne logique. Mais la théorie du syllogisme n'est encore que la syntaxe de la conjonction si et peut-être de . : la logique des propo- Russell est l'étude des lois suivant lesquelles se combinent les conjonctions et la 5i. la négation. Russell ouvre à la logique un domaine nouveau. M. logique. etc. Et puis ce n'est pas tout sitions de M. Les signes et. or si est vrai. idée des plus heureuses. Russell arrive à cette conclusion qu'une proposition fausse quelconque implique toutes les autres propositions vraies ou fausses. sente associative et distributive. Ainsi et reprétandis que ou Gela aussi est très intéressant. ou suivent les mêmes lois que les deux signes et +. on reconnaît aisément les formes scolastiques on retrouve ce qu'il y a d'essentiel dans la logique classique. Les propriétés du syllo- gisme classique s'étendent sans peine au syllogisme hypothétique et. M. la multiplication représente l'addition logique. En y adjoignant deux autres conjonctions et et ou^ M. B 173 est vrai. car le syllogisme classique est facile à ramener au syllogisme hypothétique» tandis que la transformation inverse ne se fait pas sans difficulté. Couturat que cette conclusion semblera paradoxale au premier abord. B. à mon B est une sens.LES LOGIQUES NOUVELLES hypothétique vrai. Et c'est là. Il suffit cependant d'avoir corrigé une dit . C : Si A est vrai. et^ ouy négation ne pas. c'est-à-dire les lois commu- X tative.

mais au début du second et du troisième. Le candidat se donne souvent beaucoup de mal pour trouver la première équation fausse. et de chercher à M. c'est-à-dire de la logique des propositions. mais dès qu'il l'a obtenue. Russell a vu juste. Russell une simple querelle de mais ne mots. au sens nouveau. c'est-à-dire de la logique des classes et des relations. ce n'est plus qu'un jeu pour lui d'accumuler les résultats les plus surprenants. se trouvent être devenues réduclogique? Il serait oiseux . A-t-on le droit de donner celte extension au sens du mot. et ce n'étaient pas de simples combinai- sons des anciennes . II On voit combien nouvelle logique est plus la riche que la logique classique sont multipliés permettent et les .SCIENCE ET MÉTHODE 174 mauvaise thèse de mathématique. pour reconnaître combien M. des symboles se comoinaisons variées qui ne sont plus en yiombre Ihnité. d'examiner cette question. Russell ne s'y est d'ailleurs pas trompé. et non seulement au début du premier chapitre. M. Accordons-lui ce qu'il demande nous étonnons pas si certaines vérités. dont quelques- uns même peuvent être exacts. au sens ancien du mot. différent. que Ton avait déclarées irréductibles à la logique. il inlro- . qui est tout tibles à la logique. Nous avons introduit un grand nombre de notions nouvelles.

ils ont seulement changé de place. Il est donc impossible qu'il y ait un moment où la contradiction commence^ ce qui montre . plus . Mais ces principes indémontrables. nous n'avons pas rencontré Je contradiction. de nature. ce sont des appels à tuition. III Ces principes pourraient-ils être considérés des définitions déguisées? Pour cela. faudrait établir que. l'on eût le moyen de démontrer pas contradiction. principes qu'il déclare 175 qu'il déclare indéfinissables. quelque loin qu'on poursuive la série des déductions. Il il qu'ils comme faudrait que n'impiiquo^. On pourrait essayer de raisonner Nous pouvons vérifier que comme les opérations velle logique appliquées à des il suit • de la nou prémisses exemptes de contradiction ne peuvent donner que des consé- quences également exemptes de contradiction. des jugements synthétiques a les regardions comme intuitifs priori.LES LOGIQUES NOUVELLES dait des mots nouveaux Et ce n'est pas tout. dans les traités de mathématiques ont-ils changé de caractère. parce que le sens du mot logique s'est élargi et que nous les trouvons maintenant dans un livre intitulé Traité de logique? Ils n ont pas changé contrions. Si donc après n opérations.1®. quand nous l'in- Nous les ren- ou moins explicitement énoncés. on ne sera jamais exposé à se contredire. nous n'en rencontrerons non plus après la n -f. introduit également des il indémontrables.

C'est à ce que je crois.SCIENCE ET MÉTHODE 176 que nous n'en rencontrerons jamais. Couturat répète souvent que indépendante de l'idée de nombre. Sur ce point tout le monde semble d'accord. Je ne m'amuserai pas à compter combien nouvelle est tout à fait I . . IV M. la pensée de de M. complète j rappelons-le bien^ nous ne le connaissons pas encore. que si suppose un acte nouveau et indépendant de notre intuition et. Russell et c'était moi qui avais compté. il faut pour chacun d'eux admettre un nouvel acte d'intuition. chacune des neuf notions indéfinissables et des vingt propositions indémontrables (je crois bien bien. d'ailleurs. pourquoi ne pas le dire. Couturat. Russell prétend. Ainsi. le rinduction complète . un véritable jugement synthétique a priori. M. car ce serait faire de principe d'induction et. mais ce que M. Nous n'avons donc pas le droit de regarder ces axiomes comme des définitions déguisées et il ne nous reste qu'une ressource. Avons-nous le droit de raisonner ainsi? Non. j'en aurais de plus) qui font le fondement quelques-unes trouvé de la logique nouvelle. on n'aura plus à en faire constituer la mathématique d'autres et on pourra tout entière sans faire intervenir aucun élément cette logique nouveau. et ce qui me paraît douteux^ à r intuition j ce c'est qu'après ces appels sera fini. de la logique au sens large.

ou d'adjectifs indéfinis. qui sont indépendants. Une termes . Quelquefois cet inconvénient ne serait pas im- possible à éviter. etc. . relation ^est incompréhensible il il est essen- sans deux est impossible d'avoir l'intuition de la même temps celle de ses deux termes. relation. sans avoir en ^ARITHMETIQUE. tels que plusieurs. tant cardinaux qu'ordinaux. il faut qu'ils soient deux et deux seulement.. Peano et J'arrive à ce ordinale et qui est Padoa. M. Gouturat commence par énoncer les cinq axiomes de Peano. (( lation » « . comme Tont démontré MM. etc. mais quelquefois aussi tiel. que M. Gouturat appelle la théorie le fondement de l'arithmétique proprement dite. et sans remarquer qu'ils sont deux. Citons cependant quelques exemples a : Le produit logique de deux ou plusieurs propo- sitions est ». le vrai et le faux » Le produit relatif de deux relations est une re. car. Une relation a lieu deux entre termes ». « Toutes les propositions sont susceptibles de deux valeurs seulement.LES LOGIQUES NOUVELLES 177 son exposé contient d'adjectifs numéraux. pour que la relation soit concevable.

2. tout entier a 4. et. M.4 il et 5 . Si je pre-nds la satisfait série 0. Deux nombres entiers sont égaux. 1. 3. par postuiaits de zéro^du comme des constituent la définition ils « suivant ». 3 aux axiomes on vérifierait qu'elle satisfaît aux axiomes 1. 2. que que 3 soit un la série 0.2. 2. 1. par exemple les trois premiers. Le suivant d'un entier est un entier i. et du nombre entier. et ainsi de satisfasse . le cas ici? Pas le moins du monde. 3. 5. si leurs sui- vants le sont. démonstration ne peut se faire par Vexemple. auquel il conviendrait d'ajouter un suivant. pour qu'une définition par postulats puisse être acceptée. mais. Mais nous avons vu que. Buite. par conséquent. Il est donc impossible de démontrer les axiomes . Le axiome 5'' principe d'induction est le com- plète. Couturat considère ces axiomes définitions déguisées. 2. 1. satisfasse à l'axiome 3. en outre. et démontrer qu'ils Est-ce satisfont à la définition. La On ne peut choisir une partie des nombres entiers. Zéro n'est le suivant d'aucun nombre entier. 2.178 SCIENCE ET MÉTHODE Zéro est un nombre entier. 4 satisfasse aux axiomes. je vois bien qu'elle aux axiomes i. pour qu'elle faut encore entier. il faut que Ton puisse établir qu'elle n'implique pas contradiction. 4. mais l'axiome 3 exige.^ que 4 soit un entier et que la série ô.

Halsted paraissait dans The Monist. si nous y regardons de près. . l'auteur poursuit un but analogue à celui de M. Alors que faire? Peut-être à la rigueur pourrait-on répéter le raisonnement du n® III. Dans ce travail. Pierre Boutroux a paru dans VEnseignement mathématique^ pendant qu'une traduction anglaise due à M. Si ces conséquences étaient en nombre fini. et çaise pensées les plus profondes. dit-il. il faut renoncer à la démonstration par l'exemple. moins toute l'arithmétique. Il faut alors prendre toutes les conséquences de ne contiennent pas de contradiction. Russell. Hil- communiqué au Congrès des Mathéma- dont une traduction frandue à M. Mais. travail capital de M. ou au nos axiomes et voir si elles . ce serait facile mais elles sont en nombre infini ce sont toutes les mathématiques. . mais sur bien des points « il s'écarte de son devancier. ce raisonnement^ c^est de rinducHon complète^ et c'est précisément le principe d'induction complète qu'il s'agirait de justifier. nous Tavons dit.LES LOGIQUES NOUVELLES 179 pour quelques nombres entiers sans les démontrer pour tous. Cependant. où Ton trouvera les ticiens à Heidelberg. Vî LA LOGIQUE J'arrive maintenant au bert qu'il a DE HUBERT.

» Nous avons vu plus haut que. trois. ce que dit M. 1 . pour M. cette fois-ci. Ah! « Les groupes formés avec deux. pour M. il me paraît nécessaire de développer simultanément les principes de la Logique et ceux de TArithmétique. trois même. qu'on a coutume de les présenter. la notion de Nombre. se trouvent impliquées déjà certaines notions arithmétiques. en citant lextuellemen passages les plus importants. si » nous et surtout plu- nous introduisons la notion de nombre. et alors la définition du nombre entier fini que nous sieurs. elles de les sont présenter^ s'applique simultanées « d'autres nous ». Nous trouverons plus plus différences les signalerons profondes loin encore. la Logique est antérieure à TArithmétique. Mais à mesure qu'elles se présen- teront. Hilbert. ou plusieurs fois répété. Ainsi. par exemple la notion d'Ensemble. dans une certaine mesure. Prenons tout d'abord en considération 1. afin d'éviter tout paradoxe. » Remarquons qu'en agissant ainsi 1 ob- nous n'impliquons nullement la notion de nombre. Russell. et..SCIENCE ET MÉTHODE 180 nous constatons que dans les principes logiques. cet objet. il n'en est plus de introduisons les mots deux.. Russell. je préfère suivre pas à pas le développement de la pensée de les « jet Hilbe rt. Ainsi nous tels dans un cercle et c'est pourquoi. car il est bien entendu que 1 n'est ici qu'un symbole et que nous ne nous préoccupons nullement d'en connaître la signification. Hilbert des principes de la Logique tels qu'ion a coutume nous trouvons pris également à la logique de M.

Aussi. toute proposition affirmative nous apprend qu'une combmaison apparest tient à la classe des êtres tive . ne pas principe. celle des êtres et celle des non-êtres et jusqu'à nouvel ordre cette répartition entièrement arbitraire. mées avec = formule d'ailleurs sa pensée de la . 181 tard. toutes les sons.LES LOGIQUES NOUVELLES trouverons L'auteur tout était à l'heure. Il et ne leur en répartit ensuite ces combinai- sons en deux classes. Pour M. VII Signalons maintenant une différence qui est de la plus haute importance. Il combinaisons de ces deux combinaisons de leurs combinai- va sans dire qu'il faut oublier la signi- deux signes fication habituelle de ces attribuer aucune. nous apprend qu'une toute proposition néga- certaine combinaison appartient à celle des non-êtres. façon la plus . etc. c'est l'une des combinaisons forles symboles 1 et il ne ^saurait concevoir qu'on introduise autre chose que des combinaisons des objets déjà définis. Hilberl introduit ensuite deux objets simples 1 et et envisage toutes les objets. Russell un objet désigne par x c'est un objet absolument indéterminé et sur lequel il ne suppose quelconque qu'il pour Kilbert. beaucoup s'apercevoir de cette à la un = fin arrivera bien trop avisé pour p^^'Hion de de son travail. Hilbert rien. à procéder à cu^^-^che-t-il vrai replâtrage.

qui est celui de la compréhension. lorsque nous augmentons le nombre des objets fondamentaux. les axiomes acquièrent du même coup une extension nouvelle et doivent. » Le contraste est complet avec la manière de voir de M. Il part de Tidée générale d'être et Tenrichit de plus en plus tout en la restreignant. nous pouvons substituer à la place de x non seulement des objets déjà connus. en y ajoutant des qualités nouvelles.SCIENCE ET MÉTHODE 182 nette. Hilbert ne reconnaît au contraire comme êtres possibles que des combinaisons d'objets déjà connus. Il ne faudra pas non plus oublier que. Russell est fidèle à son point de vue. mais n'importe quoi. être de nouveau mis à répreuve et au besoin modifiés. Lors donc qu'on déduira des propositions des axiomes consi* dérés. ou que nous sommes en train d'introduire. de sorte que (en ne regardant qu'un des côtés de sa pensée) on pourrait dire qu'il se place au point de vue de Textension. . Russell. Pour ce dernier philosophe. les axiomes (en place du quelconque ou du tous de la logique ordinaire) représentent exclusivement « l'ensemble des objets et des combinaisons qui nous sont déjà acquis en Tétat actuel de la théorie. crois et je devoir reproduire in extenso Les indéterminées qui figurent dans son énoncé. par suite. ce sont ces objets et ces combinaisons seuls que Ton sera en droit de substituer aux indéterminées.

Mais pour justifier cette défini- montrer que ces deux axiomes ne conduisent à aucune contradiction. Pour cela M. que toute quantité est égale à elle-même et que toute opération faite sur deux quantités identiques donnent des résultats identiques. Il les considère comme représentant la définition par postulats du symbole = jusqu'ici vierge de toute signification. mais les présenter ainsi serait trahir la pensée de M. Les on sent que Tauteuî . IX La fin du mémoire de M. il faut duction complète. pas. Pour mathématiques n'ont à combiner que de purs symboles et un vrai mathématicien doit raisonner sur eux sans se préoccuper de leur sens. H introduit deux axiomes qu'il énonce dans son lan- gage symbolique mais qui signifient. Hilbert se sert du raisonnement du n* III. dans le langage des profanes comme nous. Hilbert énigmatique et nous n'y contradictions s'y accumulent est tout à fait insisterons . Aussi ses axiomes ne sont pas pour lui ce qu'ils sont pour lui les '^^ le vulgaire. Avec cet énoncé ils sont évidents.183" LES LOGIQUES NOUVELLES VIII Poursuivons Texposé des idées de Hilbert. sans paraître s'apercevoir qu'il fait de Tintion. Hilbert.

on voit intervenir le principe d'induction pour la première fois à la page 114 (à moins que j'aie mal cherché. John Wiley and Sons. Hilbert et la profonde empreinte qu'ils ont laissée sur nos conceptions. est aujourd'hui celui où les logisticiens semblent triomplier. Hilbert. Ainsi. Qu'est-ce à dire? Au moment de démontrer que la définition du nombre entier par V axiome d'induction complète n'impliqim pas contradiction^ M. Rien ne saurait mieux faire mesurer rimportance des travaux géométriques de M. X LA GÉOMÉTRIE. 1904) établie d'après les principes de M. il y a quelques années à peine. La géométrie. dit M. ce qui est bien possible). Gela est vrai dans une certaine mesure. la géométrie qui. semblait le domaine où le règne de l'intuition était incontesté. Halsted (New-York.SCIENCE ET MÉTHODE 184 a vaguement conscience de la pétition de principe vainement à replâtrer les fissures de son raisonnement. on ne peut pas dire qu'il n'intervient pas. . Russell et Couqu'il a commise^ turatj parce et cherche qu'il que la difficulté est trop grande. Hilbert se dérobe comme se sont dérobés MM. mais il intervient peu. Si l'on se rapporte à la Rational Geometry de M. Couturat. est un vaste corps de doctrine où le principe d'induction complète n'intervient pas.

Le Roy). . : Le principe d'induction complète Le postulatum d'Euclide La loi physique d'après laquelle le phosphore fond à 44" (citée par M. et par elle sur le principe d'in- duction. . Notre conclusion. Comment tiel ? Hilbert démontre-t-il ce point essen- C'est en s'appuyant sur l'Analyse et par elle sur l'Arithmétique. celle du nombre entier. Quel est en somme le théorème fondamental de la Géométrie ? Cest que les axiomes de la Géométrie n impliquent pas contradiction et^ cela. celle du phosphore. dont il faut Et si montrer qu'elles ne sont pas contradictoires. on ne peut pas le démontrer sans le Mais il principe d'induction. la troisième. jamais on invente une autre démonstration. celle de la ligne droite. : . c'est d'abord que d'induction ne peut pas être regardé tion déguisée du nombre Voici trois vérités le principe comme la défini- entier. On dit Ce sont trois définitions déguisées. il faudra encore s'appuyer sur ce principe. sont en nombre infini. la seconde. la première. XI CONCLUSION.LES LOGIQUES NOUVELLE* 185 ne faut pas s'y tromper. puisque les conséquences possibles des axiomes.

nous avons vu qu'une déflnitîon n'est acceptable que s'il est établi qu'elle n'implique par contradiction. cette démonstration est au contraire. on voit qu'on celles . que nous avons exposées plus haut. Et voilà déjà une première raison de la distinction que je fais entre les trois cas il y en a une seconde. pour la première définition. les l'objet défini ? il Nous ne sciences mathématiques. nous venons de rappeler impossible que pour la seconde Hilbert avait donné une démons. il clair cela cette définition garantit. l'existence de plus est mais il : sens. il faut que j'explique la raison de cette apparente inconséquence. Pour cela on considère l'une des séries de syllogismes que Ton peut pourguivre en partant de ces axiomes comme prémisses. physiques. je ne Tadmets pas pour les deux autres. et où on cherche à établir qu'un ensemble d'axiomes ne peut conduire à une contradiction. se présentent-elles à nous comme défi. et il comme ne le mot signifie plus existence absence de signifie existence objective. sommes concerne la troisième. Dans les applications que nous avons à faire de ces trois notions. D'abord. En qui ce qu'elle que veut-il dire le faudrait. Nous avons montré également que. pas contradiction n'implique dans ici mais dans les sciences n'a plus le môme contradiction. Quand on a fini le n* syllogisme. nies par ces trois postulats ? Les applications possibles du principe d'induction sont innombrables prenons par exemple l'une de . tration complète.186 SCIENCE ET MÉTHODE Je Tadmets pour la seconde.

mais cela implique une autre définition du nombre entier et qui est la suivante un nombre entier est celui sur lequel on peut raisonner par récurrence. on n'aura à craindre aucune contradiction pour aucun des syllogismes dont le numéro tion tst entier. Jogisme. si l'absence de contradiction au moment d'un syllogisme dont le : j'ai : numéro est entier entraîne l'absence de contradic* au moment du syllogisme dont le numéro est l'entier suivant. Ainsi donc la façon dont nous avons été amenés à considérer ce nombre n implique une du nombre entier fini et cette définition un nombre entier fini est celui qui est la suivante peut être obtenu par additions successives c'est celui qui est tel que n nesc pas égal an 1. 9 . série d'opéra- un nombre qui peut être C'est donc un successives. il s'il n'y a pas eu de contradiction au n* syl- n'y en aura pas davantage au n -f- l'' et nous concluons qu'il n'y en aura jamais. dans l'espèce c'est celui dont on peut dire que. On ne \e pourrait évidemment pas si on avait n =: n 1. sert à c'est obtenu par additions compter une le + n 1* . nombre depuis lequel on peut remonter à l'unité par soustractions successives. parce que les nombres entiers sont par définition ceux pour lesquels un pareil raisonnement est légitime . parce qu'alors — par soustraction on retrouverait toujours le même nombre. Cela posé. Vous dites le droit de conclure ainsi.18"^ LES LOOïQJliS NOUVELLES peut en faire encore un autre et c'est ainsi le nombre n tions successives. qu'est-ce que nous faisons ? Nous mondéfinition : j — trons que.

mais elles le sont en vertu d'un jugement synthétique a priori'^ on ne peut pas passer de Tune à l'autre par des procédés purement logiques. nous ne pouvons nous la représenter dans l'espace géométrique. Nous n'en avons qu'une. Nous n'avons pas. qu'arrive-t-il pour la ligne droite? Je l'ai déjà expliqué répéter une fois si souvent que j'hésite à de plus : je me brièvement ma pensée. exprimable par des mots.188 SCIENCE ET MÉTHODE Les deux définitions ne sont pas identiques . nous n'avons pas le droit d'adopter la seconde. Si. parmi ces objets également susceptibles de représentation. après avoir introduit le nombre entier par un chemin qui suppose la première. Par conséquent. et non pas les derniers . Au contraire. deux définitions équivalentes irréductibles logiquement Tune à l'autre. sauf celle de satisfaire au postulatum d'Euclide. Tout d'abord. mais des cercles (de vrais cercles du vrai espace) orthogonaux à une certaine sphère. Ces objets sont « les droites non-euclidiennes » qui à un certain point de vue ne sont pas des entités vides de sens. Dira-t-on qu'il y en a une autre que nous sentons sans pouvoir 1 énoncer parce que nous avons l'intuition de la ligne droite ou parce que nous nous représentons la ligne droite. comme dans me borne à résumer le cas précédent. ce sont les premiers (les droites euclidiennes) que nous appelons droites. et puis nous pouvons nous représenter tout aussi bien les objets qui possèdent les autres propriétés de la ligne droite. elles sont équivalentes sans doute. mais seulement dans l'espace représentatif.

nous voyons que la vraie définition serait Le phosphore. Et on m'a répondu si : « Non. sauf son point de fusion. une remarque. Et pour mettre mieux en évidence la différence entre le cas de faisons encore la droite et celui du phosphore. on pourrait toujours dire qu'il y a sans doute. La droite possède . dent telles et telles propriétés en nombre fini (à dire : savoir les propriétés du phosphore qui sont énoncées dans les traités de excepté) fondent à Chimie. car l'on venait à vérifier que deux corps ressemblant au phosphore fondent l'un à 44® et l'autre à 50®. fondent comme lui à 44® ». quelque autre propriété inconnue par laquelle Ce n'était ils diffèrent. nous arrivons enfin au troisième exemple. outre le point de fusion. cette loi n'est pas vérifiable. encore un mot. à la définition du phosphore. pas tout à fait cela que j'avais voulu j'aurais dû écrire Tous les corps qui possè. car tous les corps qui possèdent toutes les autres propriétés du phosphore. c'est bien par défi- droites nition. c'est ce morceau de matière que je vois !à dans tel flacon. Pour Tcxemple du phosphore j'ai dit position est une véritable loi physique elle signifie : : « Cette pro- vériflable.LES LOGIQUES NOUVELLES (les 189 non-euclidiennes). le point de fusion 44*». Et si : XII Et puisque je suis sur ce sujet.

le rayon lumineux n'est pas rectiligne ? Assurément. que ferons-nous ? Conclurons-nous que la droite satisfait étant par définition la trajectoire de la lumière ne satisfait pas au postulatum.9 ? Ici encore tion ce qui fond à 44°. il ne s'écarte pas moins de l'axe de rotation des corps solides qui est une qu'enfin autre image imparfaite de la ligne droite est sans doute sujet au changement. parce que le rayon lumineux ne satisfait probablement que d'une façon imparfaite non seulement au postulatum d'EucIide.iClENCE ET MÉTHODE 190 dans la nature plusieurs images plus ou moins dont les principales sont les rayons lumineux et Taxe de rotation d'un corps solide. de sorte il que telle ligne qui était droite hier. que s'il s'écarte de la droite euclidienne. pas au postulatum d'EucIide (par exemple en montrant qu'une étoile a une parallaxe négative). ce corps . ou au contraire que le phosphore fond à 43*^. mais à 43°9. Conclurons-nous que le phosphore étant par défini- que nous ap[)elions phosphore n'est pas du vrai phosphore. mais aux autres propriétés delà ligne droite. changé. nous sommes libres d'adopter Tune ou l'autre définition et par conséquent Tune ou mais adopter la première ce l'autre conclusion serait stupide. . ou bien au contraire que la droite satisfaisant par définition au postulatum. cessera de l'être demain si quelque circonstance physique a . Je suppose que Ton constate que le rayon lumineux ne imparfaites. Su[)posons maintenant que Ton vienne à découvrir que le phosphoro ne fond pas à 44**.

quelquesl'autre et uns. Ces deux livres nous donneront beaucoup à réfléchir et nous avons beaucoup à y apprendre. Je ne sais fait. nition et par conséquent . profondes. MM. Mais dire qu'ils ont définitivement tranché le débat entre Kant et Leibnitz et ruiné la théorie kantienne des mathématiques. . Parmi leurs résultats. ce serait stupide sion parce qu'on ne peut pas changer le nom d'un corps toutes les fois qu'on détermine une nouvelle décimale de son point de fusion. souvent très justes. mais s'ils si réellement Font cro ils ils ont cru l'avoir se sont trompés. XIII En résumé. ils ont fait l'un et ont écrit l'un et originales. sont solides et destinés à demeurer. Russel l'autre et Hilbert un vigoureux effort un livre plein de vues . beaucoup même. c'est évidemment inexact.LES LOGIQUES NOUVELLES 191 nous sommes libres d'adopter Tune ou Tautre défiTune ou l'autre conclumais adopter la première.

Couturat se fasse de naïves illusions. il semble que M.CHAPITRE V Les derniers efforts des Logisticiens. . Russel en parti- culier a modifié sur certains points ses vues pri- Sans entrer dans le détail du débat. il leur a fallu Logistique. transformer la cela. et M. démontrer le principe d'induction complète sans aucun appel à rintuition ? II L'INFAILLIBILITÉ DE LA LOOISTiaUC En ce qui concerne la fécondité. je voudrais revenir sur les deux questions les plus importantes à mon sens les règles de la Logistique ont-elles fait leurs preuves de fécondité et qu'elles permettent de d'infaillibilité? Est-il vrai mitives. I Les logisticîens ont cherché à répondre aux consi- Pour dérations qui précèdent. La Logis- .

vont et qui s'appellera que ces distinctions. la classe 1 . Ce ne sont pas des ailes que vous nous donnez. » Comment. et il aurait pu faire tout aussi bien avec ses jambes. ce sont des lisières. Peano a publié la première édition de son et des ailes » et : Formulaire. ni plus haut. croit-on utiles qu'elles soient. prête à Tinvention « des échasses à la page suivante a II y a dix ans que M. Et alors nous avons que ces lisières le droit d'exiger nous empêchent de tomber. l'individu a?. et s'il faut 27 équations pour établir que 1 est un nombre. si beaucoup alléger notre allure? La Logistique nous force à dire tout ce qu'on sous-entend d'ordinaire. avec M. voilà dix ans que vous avez des ailes. Je ne vois au contraire dans la logistique que des entraves pour Tinventeur elle ne nous fait pas gagner en concision. . mais ce n'est pas plus rapide. d'après lui. Whitehead. c'est peut-être plus sûr. ni plus vite que la plupart des mathématiciens aptères. dont la le seul membre est classe dont le seul le seul membre est x x et qui s'appellera tx. loin de là. combien en faudra-t-il pour démontrer un vrai théorème? Si nous distinguons. Ce sera Quand une valeur ne rapporte leur seule excuse. et vous n'avez pas encore volé J'ai la plus grande estime pour M. Peano. elle nous force à avancer pas à pas. mais enfin il n'est allé ni plus loin.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 193 tique. puis membre est la classe dont ux. qui a fait de très jolies choses (par exemple sa courbe qui remplit toute une aire).

Vous serez infaillibles ou vous ne serez pas. de résoudre hic et nunc tous les problèmes possibles. pour vous c'est la . . et pourtant on voit se tromper ceux qui n'appliquent pas ces Ne dites pas : . il faut au moins que ce soit un placement de père de famille. et ils sont tombés dans la contra- règles diction . sans quoi ce serait rinluition seule qui nous permettrait de discerner entre elles mais alors il faut qu'elles ce n'est que dans une autorité soient infaillibles infaillible qu'on peut avoir une confiance aveugle. mais en revisant leur calcul. C'est donc une nécessité pour vous. dites-vous. » Oh. on verra tout de suite à quel moment ils s'en sont écartés. et cela est vrai si à <« qu'ils s'apprêtent à sacrifier la notion changer ces règles classe ». nous n'aurions rien à dire . Ici ce n'est pas cela du tout. « Nous Vous n'avez pas le droit de nous dire nous trompons. pour nous. c'est vrai. un très grand malheur. Doit-on suivre vos règles aveuglément? Oui.SCIENCE ET MÉTHODB 194 pas de gros intérêts. non plus est-ce que l'infaillibilité de Tarithmétique empêche les erreurs d'additioÉ? les règles du calcul sont infailUbles. les logisticiens ont appliqué leurs règles. en « . : mort. Pourquoi les changer et si elles de étaient infail- libles? Nous ne sommes pas obligés. c'est un malheur. mais vous vous trompez aussi ». Nous tromper. vous ne donniez aucune solution. mais au contraire . nous ne vous en demandons pas tant si. face d'un problème.

Russell cherche à concilier ces contradictions. Couturat.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 195 VOUS nous en donnez deux et qui sont contradicpar conséquent une au moins est toires et dont fausse. M. escomptant le succès de cette tenta- •Et tive. opposé deux objections principales à la définition du nombre entier adoptée par les logisticiens. d'après lui. ce qu'on ne peut faire. Couturat à la première de J'avais ces objections ? . Russell s'apprête-t-il à montrer que Tun au moins des deux raisonnements contradictoires a transgressé de code ? Pas le moins du monde. « qu'en restrei- gnant ou même en sacrifiant la notion de classe ». S'il réussit. et c'est cela qui est une faillite. et à en abroger un certain nombre. il s'apprête à changer ces lois. Que répond M. M. M. ajoute : « Si les logisticiens réussissent là où ont échoué. j'en ferai honneur à l'intuition de M. et faire honneur de la solules autres tion à la Logistique ». elle a qui a déjà eu quatre éditions . Mais non La Logistique son code ou plutôt c'est ce code qui est la Logistique elle-même. Russell et non à la Logistique péanienne qu'il aura détruite. Poincaré voudra bien se rappeler celte phrase. : existe. III LA LIBERTÉ DE LA CONTRADICTION. M.

Et. il L'existence que l'absence de dans consiste classe n'est pas vide. dire mot le exempt de contradiction.SCIENCE ET MÉTHODE Que signifie en mathématiques signifie. un a sans concevoir peut être entraîné à des contradictions. c'est. ou bien qu'on peut voir ou toucher des a. être que M. Pour établir l'existence d'une classe. il faut donc établir. ce n'est pas la non-contra- diction qui prouve l'existence. tion. sans doute. par un exemple. Elle : « : exister . tants. pour qu'on puisse en déduire l'existence de la classe dont bien. affirmer qu'il deux affirmations est si elles ne signifient pas toutes deux. Mais l'une des aussi dénuée de sens que l'autre. dira-t-on. est tout autre chose contradiction. qu'il y a un individu appartenant à cette classe : comment démontre-t-on individu ? Ne faut-il pas que cette Mais. par cela seul qu'ils sont des individus. c'est l'existence qui prouve la non-contradiction. il fait partie? — Eh non si paradoxale que paraisse cette asseron ne démontre jamais Texistence d'un indi. Pour M. vidu. par définition. On sont toujours n'a jamais considérés comme exis- à exprimer qu'un individu . dit-il. Couturat. par définition. Couturat conteste C'est ce logique. affirmer que la classe a n'est pas nulle. ce qui est le sens que leur donnent les logiciens et les mathématiciens.196 . c'est. ce qui est le sens que leur donnent les physiciens ou les naturalistes. affirmer que la classe a n'est pas nulle ». avais-je dit. « l'existence de cet existence soit établie. Les individus. ou bien qu'on existe des a. le lait « Il existe qu'une des a.

soit. Eh bien. et dont on n'affirme rien. : postulats adoptés. de même qu'un accusé est présumé innocent. ne peut entraîner de contradiction. et vous ne que vous exigez de nous est pouvez nous sommer de « prendre la lune avec les Inutile d'ajouter je revendication. mais seulement qu'il » M. Mais. . émettre que de prétendre qu'une définition n'est valable que si Ton prouve d'abord qu'elle n'est pas contradictoire. il veut dire sans doute que Texistence d'un indi- vidu. seul au monde. continue M. dites-vous. mais de celle-là . Couturat. Couturat trouve sa existe dans une classe. n'est contradictoire ni en elle-même. i97 absolument parlant. propre assertion paradoxale. contraire. tant qu'il sera tout seul. nous admettrons Texistence de l'indi- nous il vous restera à démontrer n'avons que faire l'existence de l'individu « dans une classe » et pour cela il vous faudra toujours prouver que l'affirmation tel individu appartient à telle classe. Elle doit pourtant avoir un sens ' . « En tout Vonus probandi incombe à ceux qui croient que ces principes sont contradictoires. » On ne saurait revendiquer en termes plus énergiques et une exigence arbitraire et abusive plus fiers la liberté de la contradiction. » Des postulats sont présumés compatibles jusqu'à preuve du cas. ni avec les autres vidu. il ne sera certainement pas le seul. « absolument parlant ». que ne souscris pas à cette la démonstration impossible. il est évident qu'il ne pourra gêner personne.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS existe. « C'est donc.

il faut appliquer le prin- non seulement ce mode cipe d'induction complète. cela est impossible pour vous. Pour démontrer qu'un système de postulats n'implique pas contradiction. il va donc me demander si . Il n'est pas « invraisemblable » qu'on l'ait jamais employé et il n'est pas difficile d'en trouver des « exemples et des précédents ». Et dents ».SCIENCE ET UÉTHODB 198 Pardon. J'en ai cité deux dans mon article et qui étaient . mais d'y avoir eu recours sans y recoanaître le raisonnement par récurrence. nécessaire serait cela pour vous. Hilbert. de raisonnement n'a rien de « bizarre ». Ce que j'ai reproché à M. IV LA SECONDE OBJECTION. empruntés à brochure de M. comme pour nous. aujourd'hui. Hilbert est excommunié et M. Couturat ne le regarde plus comme un logisticien. qui admettons le principe d'induction comme un jugement synthétique a priori. la Ililbert. mais pas pour nous. J'avais signalé une seconde erreur des logisticiens dans Tarticle de M. M. Hilbert. mais c'est le seul correct. Il n'est pas le seul à en avoir fait usage et ceux qui ne l'ont pas fait ont eu tort. ce n'est pas d'y avoir eu recours (un mathématicien de race comme lui ne pouvait pas ne pas voir qu'il fallait une démonstration et que celle-là était la seule possible).

Pour cela. Non. aussi grand que Ton veut. Cette science n'a pas uniquement pour objet de contempler éternellement son propre nombril. il s'agit toujours du raisonnement par récurrence et de la question de savoir si un système de postulats n'est pas contradictoire. Seulement. tout nombre auquel par définition le principe d'induction s'applique? Évidemment non. Hilbert. Couturat me dira sans aucun doute qu'alors cela ne le touche pas. Nous voulons établir. il faudra secouer les définitions purement verbales et ne plus se payer de mots. Revenons à l'exemple de M. par nombre fini. comme plus haut. je ne Taî pas vue dans les pages que j'ai lues . je ne sais si je la trouverais dans les trois €ents pages qu'ils ont écrites et que je n'ai pas envie de lire. que nous ne rencontrerons pas de contradiction après un nombre quelconque de raisonnements. elle touche à la nature et un jour ou l'autre elle prendra contact avec elle. sans quoi nous serions conduits aux conséquences les plus jour où ils gênantes. mais cela intéressera peut-être ceux qui ne revendiquent pas comme lui la liberté de contradiction. M. ce jour-là. pourvu que ce nombre soit fini. Pour que nous ayons le droit de poser un sys- . Devons-nous entendre ici. il faudra bien qu'ils la commettent le voudront tirer de la science mathématique une application quelconque.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICÎENS j*ai trouvé la même 199 faute chez les logisticiens or- thodoxes. il faut appliquer le principe d'induction.

Couturat. mais comme un jugement diction. qu'ils : pas rencontrer de contradiction après un nombre fini de propositions. Mais que signifie-t-elle? il faut que nous soyons sûrs de ne Veut-elle dire tèrae de postulats. Elle n'est légitime que si . C'est là une vérité qui est admise par la plupart des savants. nous conviendrons de dire En que le nombre en question n'est pas fini? d'autres termes. voulons-nous dire : il faut que nous soyons sûrs de ne pas rencontrer de contranous arrêter ^uste au moment où nous serions sur le point d'en rencontrer une? Il suffit d'énoncer une pareille proposition pour la condamner. nous tom- bions sur une contradiction. si. mais il suppose que ce principe nous est donné. La seule démonstration possible est la démons- tration par récurrence. on admet leprincipe d'induction et si on le regarde. mais comme un jugement synthétique. façon que une de ces si par exemple. de telle propriétés faisait défaut. non comme une définition.SCIENCE ET MÉTHODE 200 il faut que nous soyons assurés ne sont pas contradictoires. non seulement le raisonnement de M. j'aurais écrit par tous avant d'avoir lu le dernier article de M. à la condition de convenir de synthétique a priori. Ainsi. le nombre fini étant par définition celui qui jouit de toutes les propriétés de nature récurrente. Hilbert suppose le principe d'induction. non comme une simple dérinition. En résumé Une démonstration : est nécessaire.

qb pour- et on obtiendrait encore un ordinal qui serait encore plus grand. mais les plus célèbres sont i® L'antinomie Burali-Fortî 2*" L'antinomie Zermelo-Kônig. 3** L'antinomie Richard. Ces antinomies sont déjà breuses. Cantor avait démontré que (il s'agit nom- : . ' maintenant aborder Texamen du non-. veau mémoire de M. notion peuvent être rangés en que de deux nombres ordinaux inégaux. linéaire. en effet. si on poutraire tous les nombres ordinaux en une série ranger vait nouvelle introduite par une lui) série linéaire. Ce mémoire a été écrit en vue de triompher des difficultés soulevées par ces antinomies cantoriennes auxquelles nous Je vais avons fait déjà de fréquentes allusions. Russell. . les nombres ordinaux des nombres ordinaux transfînis. c'est-à-dire .201 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS LES ANTINOMIES JCANTORIENNES. mais ils se sont bientôt heurtés à d'étran- ges contradictions. ouverte. il y en a toujours an qui est plus petit que l'autre. Burali-Forti démontre le conet. et cela est contradictoire. dit-il en substance. cette série définirait un nombre ordinal qui serait plus grand que tous les autres rait ensuite nombre y ajouter 1 . Cantor avait pouvoir constituer une Science de Flnfini d'autres se sont avancés dans la voie qu'il avait cru .

Russell cite encore une autre antiaomie assez amusante. mutatis mutandis^ aux autres paradoxes analogues. voici ce que c'est que l'antinomie Richard. et définissons E est 0. 2. 8. 3. 3. 2. 7. M. 1. 6. et il est aisé de voir que cet ensemble est dénombrable. 5. (Revue générale des Sciences^ 30 juin 1905. 8. 6. effectué. 4. avec beaucoup de sagacité. Richard a donné lui-même. N n'est pas égal au n* nombre de E et comme n est quelconque.202 SCIENCE ET MÉTHODE Nous reviendrons plus Tantinomie Zcrmelo-Kônig qui est d'une nature un peu différente . 5. 4. Si la n® de l'ensemble Supposons un nombre N décimale du n* nombre jusqu'à 1 l'infini. 1. N n'appartient pas à E et pourtant N devrait appartenir à cet ensemble puisque nous fini l'aA^ons défini avec un nombre de mots. la n* décimale de N sera 9 : 1. 1 Comme on le voit. l'explication de son paradoxe et que son explication peut s'étendre. Nous verrons plus loin que M. ces nombres décimaux forment un ensemble E. c'est-à-dire qu'on peut numéroter les divers nombres décimaux de cet ensemble depuis le numérotage loin sur de la façon suivante. Qi-el est le plus petit nombre entier que l'on ne . 7.) Considérons tous les nombres décimaux qu'on peut définir à l'aide d'un nombre fini de mots.

et par définition nombre ne doit pas pouvoir être défini semblable phrase. » Une fait : does fonction pro- positionnelle (c'est-à-dire une définition) ne déter- mine pas toujours une classe. après leur avoir donné une forme qui penser à TEpiménide. d'autre part. Une « propositional function » ou « norm » peut être « non prédicative ».203 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS peut pas définir par une phrase formée de moins de cent mots français ? Ce nombre existe. Et cela ne veut pas dire que ces propositions non . ce nombre n'existe pas. par une définition ce Vï 2IGZAQ-THE0RY ET N01CLA8S-THE0RY. il y en aura un qui sera plus petit que et ceptibles d'être définis par tous les autres. Ce nombre en effet se trouve défini par la phrase en italiques qui est formée de moins de cent mots français. Donc. Quelle est l'attitude de M. parmi eux. Et. en effet les nombres susune pareille phrase sont évidemment en nombre fini puisque les mots de la langue française ne sont pas en nombre infini. car sa implique contradiction. il n'hésite pas à conclure « A propositional function of one variable not always détermine a class. Russell en présence de ces contradictions? Après avoir analysé celles dont nous venons de parler et en avoir cité d'autres encore.

C. B. Mais cela n'est que le commencement et il faut savoir reconnaître si une définition est ou non prédicative . je n'ai pu trouver d'autre principe directeur que l'absence de contradiction.SCIENCE ET MÉTHODE 204 prédicatives déterminent une classe vide. D'après la zigzag theory propositionnelles) tions : « of size. Les éléments existent. mais ils n'ont pas le droit de se syndiquer pour former une classe. The zigzag theory The theory of limitation The no classes theory. . les définitions (fonc- une classe déterminent quand elles sont très simples et ne cessent de le que quand elles sont compliquées et obscures». qu'il n'y une classe a aucune valeur de X qui satisfasse à la définition et qui puisse être Tun des éléments de la classe. sinon « les complète impuissance règles qui permettraient de reconnaître si ces défini- loyal l'aveu d'une tions sont prédicatives seraient : extrêmement com- pliquées et ne peuvent se recommander par aucune raison plausible. nulle cela ne veut pas dire . pour résoudre ce problème. M. en cherchant ces règles. Russell hésite entre trois théories qu'il appelle A. Qui décidera maintenant si une définition peut être faire regardée comme suffisamment A cette question pas acceptable? simple pour être de réponse. Mais jusqu'ici. » . C'est un défaut auquel on pourrait remédier par plus d'ingéniosité ou en se servant de distinctions non encore signalées.

définition est trop . et ces critères ne pourront être justifiés que par un appel à l'intuition. Russell. Dans la no classes theory. D'après la theory of limitation of size. Russell passe à la troisième théorie. Apparent ravi nantes il in gurgite vasto Quoi qu'il en soit. Se flgure-t-on quel sera l'aspect d'une page de Logistique quand on en aura supprimé toutes les propositions où il est question de classe? survivantes éparses Il n'y aura plus que quelques au milieu d'une page blanche. Peut-être pourrait-elle être infinie. Mais nous retrouvons toujours la même difficulté. une seule lueur. Quel changement pour les logîslicîens qui ne parlent que de classes et de classes de classes! Il va falloir refaire toute la Logistique. >y c*esl distingue d'Epiménide. cette difficulté n'est pas résolue et M. à quel moment précis commencera-t-elle à Fêtre trop? Bien entendu. Russell appelle lom zigzag-giness ce caractère particulier qui Ce que sansdoute l'argument zigzag. c'est le mot M.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGîSTICÏENS 205 Cette théorie reste donc bien obscure. une Il va falloir des critères pour décider si compliquée ou trop étendue. les modifications qu'il va faire subir aux principes fondamentaux qu'il a adoptés jusqu'ici. dans cette nuit. une cesserait d'avoir droit à l'existence si classe elle était trop étendue. on voit quelles sont les hésita- tions de M. mais ne faudrait pas qu'elle le fût trop. il est interdit de prononcer le mot classe et on doit remplacer ce mot par des périphrases variées.

et elles orages qui sévissent en dehors poursuivront pas à pas leurs con- quêtes accoutumées qui sont définitives et qu'elles n'ont jamais à abandonner. sans introduire la notion de Vensemble E lui-même. Sans quoi la définition de E contiendrait un cercle vicieux on ne peut pas définir E par l'ensemble E lui-même. il en donne Texplication. E est l'ensemble de tous les nombres que l'on peut définir par un nombre fini de mots. Richard dont j'ai parlé plus lettre dans une haut et qu'on trouvera dans la Revue Générale des théories? Sciences du 30 juin 1905. celles qui servent à quelque chose. la Logistique est à refaire et on ne sait trop ce qu'on en pourra sauver. Russrf in- cline finalement. les vraies mathématiques. Quel choix devons-nous faire entre ces différentes Il me semble que la solution est contenue de M. Quoi qu'il en soit. . VII LA VRAIE COLUTIOH. Après avoir exposé l'anti- nomie que nous avons appelée l'antinomie Richard. . Inutile d'ajouter que le Cantorisme et la Logistique sont seuls en cause . Reportons-nous à ce que nous avons dit de cette antinomie au § VII. pourront continuer à se développer d'après leurs principes propres sans se préoccuper des d'elles.206 C'est vers la SCIENCE ET MÉTHODE no classes theory que M.

la conclusion se présente avec une entière évidence et l'évidence paraîtra encore plus grande quand on se reportera au texte même de sa explication vaut pour les qu il est aisé Ainsi les comme non un de lettre- autres Mais la même antinomies ainsi le vérifier. et profitons de quelques dénominations nouvelles heureusement introduites par M. cercle vicieux. mots il vrai. Appelons classe récurrente toute classe qui contient zéro. est mais Dans l'exemple choisi par M. avec un nombre fini de en nous appuyant sut la notion de l'ensemble E. Whitehead et celle de M. Et voilà pourquoi N ne fait pas partie de E. Burali-Forti. Examinons maintenant les prétendues démonstra du principe d'induction et en particulier celles de M. et qui contient n -f tient n. tiens Parlons d'abord de celle de Whitehead. Russell dans son récent mémoire. définitions qui doivent être prédicatives sont celles qui regardées contiennent exemples qui précèdent montrent suffisamment ce que j'entends par là. de nombres 1 si elle con- . Russelî appelle la « zigzagginess ?» Je pose la question sans la résoudre. nous avons défini N. Richard. Et les VIII LES DÉIWCNSTRATIONS DU PRINCIPE OMNDUCTIOfl. Est-ce là ce que M.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTÎCIENS 207 Or.

mais si on peut définit rien. Inutile d'ajouter laisse subsister les que cette objection objections particulière générales qui s'ap- pliquent à toutes les démonstrations. Or Whitehead na pas pru cette précaution. à un résultat vrai. Sans cela on retombe sur le cercle vicieux qui a engendré les antinomies. c'est le même qui a conduit aux antinomies. A cette dernière définition qui quelle condition joue un rôle essentiel dans Whitehead fait démonstration de et par con- la sera-t-elle « prédicative » séquent acceptable? toutes la entendre. nous sommes quelque sens que nous donnions à notre définition.SCIENCE ET MÉTHODE 208 Appelons nombre induciif tout nombre qui partie de toutes les classes récurrentes. n'est pas Une classe une classe vide. Le raisonnement de Whitehead est donc vicieux. les précède. « non préune c'est la frontière est indécise. faut Il d'après définition desquelles nombre ce qui classes récurrentes. il ne s'agit pas de savoir si cette classe est vide. . sûrs. toutes celles n'entre pas la par dans notion de induciif. rigoureusement dicative » dasse dont ce la délimiter. il quand il donnait des résultats était illégitime faux il reste illégitime quand il conduit par hasard . qu'il y a au moins zéro qui appartient à la classe des nombres inductifs. Une un définition qui contient cercle vicieux ne Il ne sert à rien de dire.

Mais il est obligé d'admettre deux postulats : Le premier. Whitehead. mais il est faux. puisqu'il signifie le nombre des combinaiprincipe à démontrer. comme Ta moor tré M. sons XI t'AXIOME DE ZERMELO.0. Buralî-Forti a donné une autre démonstration dans son article Le Classi jBnite {Atti di Torino^ i. Dans une démonstration s'appuie sur l'axiome suivant célèbre. M. Zermelo : Dans un ensemble quelconque (ou même dans chacun des ensembles d'un ensemble d'ensembles) nous pouvons toujours choisir au hasard un élô^ . c'est qu'il existe toujours au moins une classe infinie* Le second s'énonce ainsi : u 6 K (K — Le premier postulat t u a). comme d'ailleurs le moindre taupin s'en serait aperçu du premier coup.LSS DERNIERS EFFORTS DBS LOGISTICIENS 2U9 X M. XXXII). n'est pas plus évident que le non seulement n'est pas évident. le second : qu'on peut former avec plusieurs objets est plus petit que le nombre de ces objets. < u'ti. si l'axiome avait été énoncé dans un langage intelligible.

n'admette l'axiome de Zermelo. Et d'abord un exemple pittoresque. parce qu'une pareille que l'on opération A moins deviendra impossible. si la botte droite est pareille à la botte gauche. comme résolument. de telle façon que nous puissions numéroter les paires depuis 1 jusqu'à l'infini. combien aurons-nous de bottes? le nombre des bottes serait-il égal au nombre des paires. 4 Une démonstration vraiment fondée sur cipes de la Logique Analytique se les prin- composera d une . rejetèrent le Voyons ce qu'en l'admirent. Borel. Quelques mille fois cet fut mathématiciens. supposons que nous ayons autant de paires de bottes qu'il y a de nombres entiers. XII CONCLUSIONS. mais dès énoncé. pense M. il suffira en numéro 2 n. il souleva des doutes. parce qu'alors on pourra choisir au hacard dans chaque paire la botte que l'on regardera comme droite. qué qu'il avait appli- axiome sans renoncer.SCIENCE ET METHODE 210 ment (quand même cet ensemble d'ensembles com- On prendrait une infinité d'ensembles). Russell. chaque gauche eîTet —1 Oui. mais les considérations Il ne se prononce pas. d'après son dernier article. d'autres M. numéro 2n Non. à Ja botte gauche de la n* paire. la botte droite se distingue de la botte de donner le à la botte droite de la n* paire et le . si dans paire. auxquelles il se livre sont très suggestives.

La Logique reste donc stérile. Et pourquoi? parce que leurs définitions sont cette sorte non prédicatives et de cercle vicieux caché que présentent j'ai signalé non prédicatives ne peu> substituées au terme défini.211 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS suite de propositions . les définitions vent pas être conditions. Dans ces dIus haut. quel mécanisme? Pourquoi. on ne verra pas du premier coup^ comment on a pu passer de la première à la dernière. mais bien que le lien entre chaque propo- immédiatement. engendre Vantinomie. ÏO elle . les autres se déduiront des premières de proche en proche. les unes. c'est-à-dire en remplaçant les termes définis par leurs définitions. qui serviront de prémisses^ seront des identités ou des définitions. en appliquant à leurs raisonnements le procédé que je viens de décrire. de que tout se réduira à une immense tautologie. la Logistique n'est plus stérile. ne les voit-on pas se fondre en identités comme les raisonnements ordinaires? C'est que ce procédé ne leur est pas applicable. que Ton pourra être tenté de regarder comme une vérité nouvelle. Mais si Ton remplace successivement les diverses sition et la suivante s'aperçoive expressions qui y figurent par leur définition et cette opération aussi loin qu'on Ton poursuit si le il ne restera plus à la fin que des identités. Voilà ce que j'ai écrit autrefois. sorte par l'intuition. à moins d'être fécondée peut. les logisticiens professent le contraire et croient l'avoir démontrant effectivement des prouvé en Par vérités nouvelles.

encore qu'il en eût nombre infini. Je le mot : tous^ ainsi qu'on le voit dans les exemples mot tous a un sens bien net nombre infini d'objets. les Cantoriens l'ont ils sont tombés dans la contradiction. et c'est ainsi qu'on est exposé aux il est facile changement. Mais pour qu'elles soient applicables. si parmi les objets A il y en a qu'on ne peut définir sans faire intervenir la notion N elle-même. Autrement tous ces objets ne pourront pas s'agit être conçus d'un comme définition et alors dépend de tous si posés antérieurement à leur la définition les objets A.SCIENCE ET MÉTHODl 212 C'est la croyance à Texistence de rînflnî actuel qui a donné naissance à ces définitions non prédidans ces définitions figure m'explique catives. pour quand les objets sont en un. antinomies. il faudrait qu'il y eût un infini cités plus haut. de conserver ses classifications sans Si les objets sont en nombre indéfini^ c'est-à-dire si on est sans cesse exposé à voir surgir des objets nouveaux et imprévus. et est vrai que le Cantorisme a rendu des services. Le quand il actuel. . elle d'une notion N peut être entachée de cercle vicieux. Les règles de la logique formelle expriment simplement les propriétés de toutes les classifications possibles. il faut que ces classifications soient immuables et qu'on n'ait pas à les modifier dans le cours du raisonnement. Si Ton n'a à classer qu'un nombre fini d'objets. Il oublié. il peut arriver que l'apparition d'un objet nouveau oblige à modifier la classification. Il n'y a pas d'infini actuel.

précisément afin d'éviter les antinomies cantoriennes. le summum s'il est infini. qu'on s'entende bien : il ment à introduire de nouveaux principes qui per- . C'est justement ce qui la dis- tingue de la logistique hilbertienne. c'est de l'histoire ancienne. fini. et alors on pouvait marcher sans crainte. Par genre est pour lui antérieur à l'esgenus est antérieur à tout. Pour moi. ces conditions sont Car elles sagé présente telle ou telle relation avec tous les objets d'une classe infinie. Et nous n'avons pas seulement des classes nies .LES OE«NIERS EFFORTS DES L0GISTICIEN3 213 mais c'était quand on l'appliquait à un vrai problème. Mais cela. faut poser l'infini avant le il c'est-à-dire regarder l'infini comme actuel. Russell se place au point de vue de la compréhension. Les logîsticiens Tout oublié comme les Cantorîens ont rencontré les mêmes difficultés. dont les termes étaient nettement définis. M. Mais il et ils de savoir s'ils se sont engagés dans cette voie par accident ou si c'était pour eux une néces- s'agit sité. expriment généralement que l'objet envi- restreignant le velles. quand nous passons du genre à infi- l'espèce en concept par des conditions nouencore en nombre infini. et le fini mais . Russell a aperçu le péril et et il Il va tout changer. ne s'apprête pas seule- va aviser. la question n'est pas douteuse. Cela n'aurait pas d'inconvénient si le summum genus était conséquent pèce. Hilbert se place au point de vue de Textension. la croyance à Fiafini actuel est essentielle dans la logistique russelienne.

Pour juger attendrons qu'elle existe* la nouvelle. ce une nouvelle qui aile au les fondations. Il n'ajoute pas bâtiment. si bien que la zigzâg-theory et la no classes theory se disputent déjà sa succession. il en sape qu'il a adoré.SCIENCE ET MÉTHODE 214 mettront des opérations autrefois interdites. L'ancienne Logistique est morte. il va brûler ce est plus grave. II ne se contente pas d'adorer prête ce qu'il a brûlé . il s'apà interdire des opérations qu'il jugeait autrefois légitimes. noua .

sont-ils sur le point d'être abandonnés ou tout au ont.LIVRE III LL MÉCANIQUE NOUVELLE CHAPITRE La Mécanique I et le Radium* I INTRODUCTION Les principes généraux de la Dynamique. qui depuis Newton. renversé les dogmes scientifiques que Ton moins d'être croyait les plus solides : d'une part. les postulats fondamentaux de la Mécanique. d'autre part. d'après elles. l'impossibilité métaux. profondément modifiés ? C'est ce que bien des personnes se demandent depuis quelques années. La découverte du radium aurait. servi de fondement à la Science physique et qui paraissaient inébranlables. Peut-être de la transmutation des .

ou gauche. . elles ne dépendent que des positions et des vitesses relatives de ces crïiïérents points matériels. est une elle ne dépend pas de la vitesse acquise constante . B. La masse d'un point mobile. c'est le principe d'inertie tion sans force : que et . étant parallèle à cette vitesse. ainsi définie. avant de prendre . d'attendre des expériences plus et plus nouveautés établies et de briser nos idoles probantes. Il nombreuses n'en est pas moins nécessaire. ou si. dès aujourd'hui. parti. elle est égale point mobile. Le mouvement d'un point matériel isolé et soustrait à toute force extérieure est uniforme . déjà très sérieux. de connaître les doctrines nouvelles et les arguments. Rappelons d'abord en quelques mots en quoi consistent ces principes : A. tend seulement à accélérer ou à retarder le mouvement du point. c'est-à-dire à courber la trajectoire la . C. étant perpendiculaire à cette vitesse. elle tend à faire dévier ce mouvement vers la droite. L'accélération d'un point mobile a tion rectiligne pas d'accéléra- la résultante de toutes même direc- les forces auxquelles au quotient de cette résultante par un coefficient appelé masse du ce point est soumis . elle est la même si la force. au contraire. Toutes les forces subies par un point matériel proviennent de l'action d'autres points matériels .SCIENCE ET MÉTHODE 216 trop s'est-on hâté de considérer ces comme définitivement d*hier peut-être conviendrait-il. par ce point . sur lesquels elles s'appuient.

un point matériel A agit sur un autre point matériel B. quels que puissent être les progrès de Tautomobilisme. plus brièvement. on arrive au principe du mouvement relatifs en vertu duquel du mouvement d'un système sont les mêmes que Ton rapporte ce ^système à des axes fixes. constante et très précise. il s'écoulera encore longtemps avant qu'on doive renoncer à appliquer à nos machines les principes classiques de la Dynamique. de sorte qu'il est impossible de distinguer le les lois soit mouvement absolu d'un mouvement port à ée pareils axes mobiles relatif par rap- . . C'est le et directement principe de l'égalité de Vaction et de la réaction^ ou. qui est la planète la plus rapide. Si deux actions sont deux forces égales opposées. C'est vrai. Comment donc est-on parvenu à réaliser des itesses mille fois plus grandes que celles de Merphysiques les plus habituels. Cet astre se comporterait-il de la même manière. dit-on maintenant. le corps B réagit sur A. mais c'est parce qu'on n'a jamais opéré qu'avec de faibles vitesses. s'il allait mille fois plus vite ? On voit qu'il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter . par exemple.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 217 En combinant les deux principes B et C. Mercure. et ces D. Les observations astronomiques. soit qu'on le rapporte à des axes mobiles animés d'un mouvement de translation rectiligne et uniforme. ne fait guère que 100 kilomètres par seconde. le princive de réaction. les phénomènes semblent avoir apporté à ces principes une confirmation complète.

diques. . On que le radium émet trois sortes de que Ton désigne par les trois lettres grecques a. et le rapport de la charge électrique du projectile à sa masse. et ces déviations sont précisément celles que produiraient ces mêmes champs très grande vitesse sur des projectiles animés d'une et fortement chargés d'électricité. deux théories se trouvèrent en présence Crookes : phénomènes à un véritable bombardement moléculaire. qui sont analogues aux rayons cathosait rayons. en premier lieu. Après la découverte des rayons cathodiques. y dans ce qui va suivre. Les faits semà propos de la lumière . C'était un renouvellement du débat qui avait divisé les physiciens il y a un siècle attribuait les Crookes reprenait la théorie de l'émission. au dixième et au tiers de la vitesse de la lumière. il s'agira toujours des rayons (3. p. . On a reconnu. abandonnée pour la lumière Hertz tenait pour la théorie ondulatoire. blent donner raison à Crookes. Hertz. sauf mention expresse du contraire. à des ondulations particulières de Téther. on ne d'autre part : peut connaître la valeur absolue de cette . d'une part. ou se rapprochant plus encore de cette vitesse ? C'est à l'aide des rayons cathodiques et des rayons du radium.218 8CIENCE ET MÉTHODE cure. par exemple. Ces deux déviations dépendent de deux quantités : la vitesse. que les rayons cathodiques transportent avec eux une charge élecsont déviés par un champ ils trique négative . magnétique et par un champ électrique . égales.

il . On trouve une vitesse de 10. rapport mais. comme sa masse est également doublée. sans changer la vitesse. la théorie des ondulations parait impuissante à rendre compte de cet ensemble de faits. Les mêmes calculs. il y aurait un grand intérêt à reprendre directe de cette vitesse . Pour confirmer ces vues.-J. il faudrait une mesure que Ton comparerait avec la vitesse ainsi calculée. il est très grand On peut le comparer au rapport correspondant en ce qui concerne Tion hydrogène dans Télectrolyse on trouve alors qu*un projectile cathodique transporte . Thomson avaient donné des résultats plus de mais elles étaient sujettes à cent fois" trop faibles La question a été reprise d'erreur. ces expériences. environ mille fois plus d'électricité que n'en transporterait une masse égale d'hydrogène dans un élec- trolyte. au moins comme ordre de grandeur. ni celle de 219 mais seulement leur en effet. la charge. .000 à 30. Des expériences anciennes de J. . Taccé- lération et la déviation changées. si Ton double à la fois la charge et la masse.000 kilomètres par seconde. quant au rapport de la charge à la masse. on doublera la force qui tend à dévier le projectile.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM masse. observables ne seront pas L*observation des deux déviations nous fournira donc deux équations pour déterminer ces deux inconnues. certaines causes par Wiechert dans un dispositif où Ton utilise les on a trouvé des résultats oscillations hertziennes concordant avec la théorie. que. est clair. Quoi qu'il en soit. faits sur les rayons p du .

la force électromotrïce de self- induction tend à maintenir le courant. La lumière.000 kilomètres ou plus encore. il y aurait des moiécules matérielles réellement animées des vitesses en question. on le sait depuis longtemps. : Ces vitesses dépassent de beaucoup toutes celles que nous connaissions. elle fait n'est 300. quand .000 kilomètres par pas un transport de si Ton adopte îa théorie de rayons cathodiques. Quand un courant croît. pour les les lois ordinaires de la Mécanique leur sont encore applicables. ont donné des vitesses encore plus considérables 100. seconde mais . et il convient de rechercher si matière. La self-induc- donc à toute variation de Tintensité du courant. il est vrai. tandis que. i'émissioï^.000. il se développe une force électromotrice de self-induction qui tend à s'opposer au courant au contraire. à . de même qu'en Mécanique. La self-induction est une véritable inertie. l'inertie d'un corps s'oppose à toute variation de sa vitesse. 200. le courant décroît.6C1ENCB ET METHODE 220 radium. Tout se tion s'oppose passe comme mettre en si l'inertie si le courant ne pouvait s'établir sans mouvement Téther environnant et comme de cet éther tendaitj en conséquence. II WASSE LO GiTUDINALE ET MASSE TRANSVERSALE On sait que les courants électriques donnent lieu aux phénomènes d'induction. en particulier à la self-induction.

où la m^itière est immobile et où Télectricité circule à travers la matière. li pour établir le couvaincre encore pour la faire cette faudrait la 22i inertie cesser. il courant. le principe de la conservation de l'énergie serait violé . fère. effets d'induc- n'en était pas ainsi. est emportée par le mouvement de ce véhicule. D'abord. peut être jectiles assimilé à un courant sans doute. et il se développera des effets de self- induction qui tendront à s'opposer à cette variation. Si la vitesse d'un corpuscule cathodique vient à du courant correspondant variera varier. un courant de convection^ où Télectricité. l'intensité également. due à la self-induction qui produit les mêmes effets. Ces corpuscules doivent donc posséder une double inertie : leur inertie propre d'abord.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM maintenir constante Tintensité de ce faudrait vaincre rant. Un rayon cathodique. C'est . d'ail Crémieu et Pender ont employé une méthode où Ton mettait en évidence directement ces effets leurs. Mais Rowland a démontré que les effets ils mêmes courants de convection produisent les magnétiques que les courants de conduction doivent produire aussi les tion. attachée à un véhicule matériel. s'il mêmes . ce courant difau premier abord tout au moins. qui est une pluie de prochargés d'électricité négative. composée de leur masse réelle et d'une- masse fictive d'origine électromagnétique. et Tinertie apparente. Le calcul . Ils auront donc une masse totale apparente. d'induction. des courants de conduction ordinaire.

dans ces conditions. qu'est-ce qu'on détermine en mesurant les deux déviations ? C'est la vitesse d'une part. la part de la masse réelle de la masse fictive électromagnétique? Si que les rayons cathodiques proprement n'avait l'on mais. ou bien quand elle est déviée la force d'inertie apparente même de totale. Dans les mesures dont nous parlions au chapitre précédent. Ces rayons ne sont pas tous identiques et ne se comportent pas de la même manière sous l'action d'un champ électrique et magnétique. Comment. Voilà ce qui résulte des travaux théoriques d'Abraham. heureusedits. Ces deux masses totales dépendent. et l'on peut. ment. d'ailleurs. nous Tavons vu. et que la force d'inertie de self-induction n'est pas la même quand la vitesse du projectile s'accélère ou il en est se ralentit. donc de La masse totale apparente n'est donc pas la même quand la force réelle appliquée au corpus. faire. en recevant sur une plaque sensible des rayons du radium qui ont subi l'action des deux . cule est parallèle à sa vitesse et tend à accélérer mouvement ou bien quand elle est perpendicu- le laire à cette vitesse et tion. il n'y faudrait pas songer et celle . Il faut tend à en faire varier donc distinguer la la direc- masse totale longitu- dinale et la masse totale transversale. dans cette masse totale. et d'autre part le rapport de la charge à la masse transversale totale. de la vitesse. on a les rayons du radium qui. On trouve que la déviation électrique est fonction de la déviation magnétique.222 SCIENCE ET MÉTHODE montre que cette masse fictive varie avec la intesse. sont notablement plus rapides.

surprenant : la masse réelle est nulle. Le résultat est bien que la . la masse fictive électromagnétique dépend de cette vitesse. On pourrait supposer qu'il existe plusieurs espèces la relation entre ces de rayons. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable pour quelle raison. bien que la masse réelle n'en dépende pas et soit constante. même vitesse ? Il est plus naturel de supposer que la charge ainsi que la masse réelle sont mêmes pour tous les projectiles» et que les jours la ceux-ci ne diffèrent que par leur vitesse. en effet. ce n'est pas parce masse réelle varie avec cette vitesse mais. . 223 photographier la courbe qui représente deux déviations. rapport que nous appellerons e. Les calculs d'Abraham nous font connaître la loi suivant laquelle la masse fictive varie en fonction de l'expérience de Kaufmann nous fait conla vitesse naître la loi de variation de la masse totale. la masse totale apparente.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM ehamps. doit en dépendre. comme . par une charge déterminée et par une masse déterminée. Si le rap- port 6 est fonction de la vitesse. Telle est la méthode dont s'est servi Kaufmann pour déterminer ce rapport. caractérisés chacun par une vitesse déterminée. La comparaison de ces deux lois nous permettra donc d^ déterminer le rapport de la masse réelle à la masse totale. tous les corpuscules de même masse prendraient-ils tou. qui en a déduit la relation entre la vitesse et le rapport de la charge à la masse apparente totale. C'est ce qu'a fait Kaufmann. seule observable.

les Kanalstrahlen de Goldstein. Au point où nous en peut sembler sommes. prématurée.000 kilomètres par seconde. Le principe si la B de : la vitesse serait plus elles seraient seule- vitesse n'est pas trop la Mécanique ne serait plus vrai^ LES RAYONS. La cathode. Ce que nous appelons masse ne serait qu'une apparence . Je veux parler des rayons-canaux. émet des rayons-canaux chargés d'électricité posi- I . en même temps que les rayons cathodiques chargés d'électricité négative. toute inertie serait d'origine électromagnétique. saire de dire il est néces- un mot d'une aatre sorte de rayons. cette conclusion Peut-on appliquer la matière tout entière ce qui n'a été établi ces corpuscules si à que pour émana- légers qui ne sont qu'une tion de la matière et peut-être pas de la vraie matière ? Mais. On a étendu à tous les corps ce qu'on n'avait démontré que pour les corpuscules cathodiques.CANAUX. elle augmenterait avec la vitesse . elle croîtrait ensuite et deviendrait infinie de la lumière. pour La masse transversale ne égale à la masse longitudinale ment à peu près égales grande.SCIENCE ET MiTHODB 224 On s'est tout à fait trouvé ainsi conduit à des conceptions inattendues. sensiblement constante pour des vitesses pouvant aller jusqu'à 1. avant d'aborder cette question. Mais alors la masse ne serait plus constante.

On peut. Les résultats sont moins constants que pour les rayons cathodiques. où tuent la « couche chamois consti- pas très aisé cathode est percée de trou». négativement. et relativement très absorbables. restent confinés dans le tive. ou si. les d'apercevoir et si elle ». mais la vitesse est plus faible ainsi que le rapport s les corpuscules que les corpuscules positifs sont moins chargés négatifs. comme pour rayons cathodiques. ce qui est plus naturel. ont reçu le nom à'électroni. cathodiques. mesurer les deux déviations et en déduire la vitesse et le rapport s.L/ MÉCANIQUE ET LE RADIUM En 225 ces rayons-canaux n'étant pas repousses par la cathode. les autres . chargés les uns positivement. Ces corpuscules. comme pour les rayons cathodiques. qu'on a pu mettre en évidence leur charge positive et montrer que les déviations magnétiques et les électriques existent encore. les corpuscules positifs sont beaucoup plus gros. que Ton appelle les rayons a. si la rayons-canaux vont se propager en arrière de fe dans le sens opposé à celui des rayons fcathode. et C'est ainsi il deviendra possible de les étudier. obstrue presque complètement le tube. qu'il n'est ils . général. Le radium émet également des rayons analogues aux rayons-canaux. mais sont beaucoup plus faibles. . voisinage immédiat de cette cathode. on suppose que les charges soi^j^ égales et de signe contraire. mais.

Les charges négatives de ces planètes compenseraieot la charge positive de ce Soleil. attirés par Télectricâté de nom contraire qui charge l'électron central. L'éther serait partout identique à lui-même. La matière est tout entière formée d'électrons portant des charges énormes. . et.<? que /^ la mêmes lumière ou les oscillations hertziennes vide. par exemple.22ê SCIENCE ET UÉTHODB IV LA THÉORIE DE LORENTZ Mais les électrons ne manifestent pas seulement leur existence dans ces rayons où ils raissent animés de vitesses énormes. c'est que les charges de signe contraire de ces électrons se compensent. et ce sont eux qui nous rendront compte des principaux phénoatènes de rOptique et de l'Electricité. les voir dans des rôles bien nous appa- Nous allons différents. . une sorte de système solaire formé d'un gros électron positif? autour duquel graviteraient de nombreuses petites planètes qui seraient des électrons négatifs. Tous électrons ces baigneraient dans l'éther. En dehors des électrons et de Téther. La brillante synthèse dont nous allons dire un mot est due à Lwaitz. On peut se représenter. de sorte que la somme algébrique de toute^ ces charges serait nulle. et les perturbations s'y propageraient suivant les lois rf^?T. si elle nous semble neutre.

nous aurions des électrons immobiles. lui et il troublerait Téther autour de donnerait naissance à des ondes lumineuses. les métaux. sous Tinfluence d'une différence de potentiel. où les électrons seraient nombreux. et ainsi ils réagiraient ensuite sur Téther. d'après la théorie cinétique des gaz. par exemple. comme le font. C'est que s'expliqueraient la réfraction. Dans certains corps. si nous acceptons Tassi- milation avec la théorie cinétique des gaz. et les électrons mobiles posi- de l'autre. à Tintérieur du corps métallique. D'autre part. De même. C'est ce qui produirait les courants électriques. sauf celle de sortir du corps métallique et de franchir la surface qui le sépare du vide extérieur ou de Tair. ces électrons se mettraient en mouvement sous Tinfluence de la perturbation de il n'y aurait rien. trerait réther. les vitesses de nos élec- trons seraient d'autant plus grandes que la température serait plus élevée. Ces électrons mobiles se comportent alors. les lécules d'un gaz à* l'intérieur du vase où ce gaz moest renfermé. Quand . les électrons mobiles négatifs tendraient à aller tous d'un côté. ou de tout autre corps non métallique. un électron se mettait en mouvement pour une sion. la disper- double réfraction et l'absorption.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 227 Quand une onde lumineuse pénédans une partie de Téther. la si cause quelconque. ce qui expliquerait rémission de la lumière par les corps incandescents. et c'est pour cela que ces corps seraient tifs conducteurs. Mais. entre lesquels circuleraient des électrons mobiles jouissant d'une entière liberlô.

Je ne puis donner ici le détail des calculs . s'en cette devient attraction tend à les ramener en arrière. ainsi que nous le verrons plus loin. je me bornerai à dire que cette théorie rend compte de tous les faits connus. il se réfléchirait comme une bille de billard qui a touché la bande. Mais. quand un électron change de direction. d'ailleurs. rents. les diélectriques et les corps transparents. . mais seulement osciller au- grande et .SCIENCE ET MÉÏUODB 228 un de ces électrons mobiles rencontrerait la surface du corps métallique. et vibrations ils le plus souvent que les communiqueraient aux seraient réfringents. tels que le phénomène de Zeeman. Plus ils plus éloignent. tour de leur position moyenne. susceptibles d'oscillation. et qu'elle en a fait prévoir de nouveaux. devient la source d'une onde il lumineuse. et sa vitesse subirait un brusque changement de direction. transpa- parce électrons mobiles. Ils ne ils ne peuvent donc subir que de petits écarts peuvent plus circuler. Ils restent comme attachés à des électrons fixes qui les attirent. surface qu'il ne peut franchir. C'est pour cette raison que ces corps ne seraient pas conducteurs ils seraient. les électrons mobiles jouissent d'une liberté beaucoup moins grande. et c'est pour cela que les métaux chauds sont incandescents. Dans d'autres corps. lumineuses se . et qu'il en résulterait une perturbation.

223 LA MÉGANIQUE ET LK RADIUM CONSÉQUENCES MÉCANIQUES. n'ayant pas de masse réelle. ne sont pas gatifs. . la Mécanique n'est pas atteinte nous n'avons pas besoin de toucher à ses lois la masse réelle est constante seulement. qui. il . la masse transversale ne sera plus égale à la masse 2® Mais . nous pouvons envisager deux hypothèses : Les électrons positifs possèdent une masse 1** réelle. ou bien le mot masse n'aura plus aucun sens. la masse réelle s'évanouissant. Dans ce cas. de la vraie matière . d'ailleurs. Maintenant. la masse ne sera plus constante. électrons les sont seuls dépourvus de masse réelle. ou bien il faudra qu'il désigne la masse fictive électromagnétique dans ce cas. Mais alors. . ces perturbations sont. il y a des atomes neutres qui n'ont plus d'autre masse que leur masse réelle. à peu près négligeables. fictive beaucoup plus que leur masse grande électromagnétique . y a un autre point de vue. les mouvements sont troublés par les effets de self-induction. On négatifs pourrait même supposer qu'en dehors des électrons des deux signes. ce qu'on a toujours su. on peut supposer qu'il n'y a pas d'atome neutre. sauf pour les électrons né. et que les électrons positifs sont dépourvus de masse réelle au même titre que les électrons négatifs.

séquent.SCIENCE ET MÉTHODK 230 longitudinale. pour une même Nous avons dit charge. la vitesse de ces rayons est beaucoup trop faible. par con. la masse totale d'un électron positif est beaucoup plus grande que celle d'un électron négatif. outre sa : cette hypothèse. pour bien les faire comprendre les arguments des novateurs. l'inertie est d'origine exclusivement électromagnétique. Chacun donc se décider d'après son tempérament. devra-t-il conservateurs allant d'un côté et les amis du nouveau de Tautre? Peut-être. plus il y aura d'éther. Mais on peut admettre également que la masse réelle est nulle pour les uns comme pour les autres. elle se réduit à l'inertie de Téther. mais. Et alors il est naturel de penser que cette différence s'explique. les électrons ne sont plus rien par eux- mêmes sont seulement des trous dans l'éther. comme Kaufmann l'a fait sur les rayons p? C'est impossible. Je beaucoup plus petit. Un mot d'explication d'abord. les principes de la Mécanique seront renversés. ce qui nous ramènerait à la première hypothèse. Et. faut faire intervenir d'autres considérations. en effet. plus ces trous et autour desquels s'agite Téther seront petits. mais que la masse fictive de l'électron positif est beaucoup plus grande. parce que masse fictive. parce que cet électron est beaucoup plus petit. ils . rinertie de l'éther sera grande. plus. dans dis bien l'électron positif a. Comment décider ent'^e ces deux hypothèses ? En opérant sur les rayons-canaux. que. une masse réelle considérable. il .

la lunette. On serait donc conduit à dépointer la lunette pour ramener l'image sur la croisée des fils.CHAPITRE La Mécanique et II TOptlquo. L'ABERRATION. découvert par Bradley. c'est-à-dire sur la mais bien dans position vraie la direction de de la vitesse . La lumière émanée d'une étoile met un certain temps pour parcourir une lunette pendant ce temps. et cette croisée ne serait plus en ce même point quand la lumière atteindrait le plan du réticule. s'est déplacée. l'étoile. l'image se formerait au point qu'occupait la croisée des fils du réticule quand la lumière a atteint l'objectif. On en quoi consiste le phénomène de Taberration. Il en résulte que l'astronome ne pointera pas la lunette dans la direction de la vitesseabso lue de la lumière. de rétoile. Si donc on braquait la lunette dans la direction vraie sait . entraînée par le mouvement de la Terre.

(Je la mot bien absolu. et c'est cette ellipse qu'on observe. on pourrait donc croire que nous avons le moyen de calculer la vitesse absolue de tQut à Theure sur ce nous connaissons Terre. Tenons compte maintenant à la fois des deux nous aurons la podécrit une petite gftion apparente ellipse autour de la position apparente moyenne. nous Terrons que les dimensions de cette ellipse ne dépendent que du rapport de la vitesse de la Terre parties de la vitesse de la Terre. la direction observée serait invariable.) la Il m'expliquerai n'en est rien position apparente . à-dire si la partie constante existait seule. : rection. du la vitesse système solaire. elle soupçonné elle estvariable : . c'est- à-dire sur ce qu'on appelle la position apparente de rétoile. c'est. qui est rectiligne et uniforme la vitesse de la Terre par rapport au Soleil. Si donc la vitesse absolue de la Terre était recti- ligae et uniforme. de mais nous ne connaisnous ne connaissons la sons pas sa position vraie vitesse de la lumière qu'en grandeur et pas en diTétoile que nous observons . nous n'aurions jamais le phénomène de l'aberration mais se compose de deux parties . En négligeant des quantités très petites. Cette position qu'on observerait ainsi s'appelle la position apparente moyenne de Totoile.2d2 SCIENCE ET MÉTHODE relative de la lumière par rapport à la Terre. qui est variable. La vitesse de la lumière est connue. actuelle. qui . Si la vitesse du système solaire.

mais de la vitesse. La vitesse de la lumière n'est pas la même dans l'eau que dans l'air. le moyen de déterminer cette vitesse absolue.LA MÉCANIQUE KT l'OPTIQUE 233 par rapport au Soleil. en effet. d'aberration si : . variations les sont beaucoup nous regardons l'aberration comme du premier ordre. il . : Cela serait peut-être moins choquant qu'il ne semble d'abord. Ce résultat n'est pas rigoureux. en effet. D'ailleurs. que l'on regarde par définition comme étant en repos absolu. théoriquement du moins. par rapport à l'éther. et pourquoi nous ne pourrions déterminer cette vitesse absolue quand même nos instruments seraient dix mille fois plus précis On pourrait songer à un autre moyen. à la vitesse de la lumière. En vitesse. et l'on y a songé. Les dimensions de l'ellipse dépendront alors de la vitesse absolue de la Terre. ne pourrait-on comparer les deux positions apparentes d'une étoile possibles de l'ellipse plus petites encore. I . et. Compa rons les grands axes de Tellipse pour les différentes étoiles nous aurons. de sorte que la vitesse relative de la Terre par rapport au Soleil est seule intervenue. effet. n'est qu'approché poussons Tapproximation un oeu plus loin. Nous verrons enfin plus loin pourquoi la théorie précédente doit être rejetée. elles doivent donc un milêtre regardées comme du second ordre elles sont absolument lième de seconde environ inappréciables pour nos instruments. il ne s'agit pas. Halte-là! toutefois. ce moyen est purement théorique. l'aberration est très petite. de la par rapport à un absolu vide.

Il ne serait pas étonnant alors que les phénomènes de réfraction ne fussent pas altérés par le mouvement de la Terre.234 8CIENCE ET MÉTHODE vue à travers une lunette tantôt pleine d'air. dans l'air. quelle que soit la vitesse de cet air. puisque tout. Pour lui. où la perturbation est produite à la fois par les vibrations de l'éther et par celles des électrons mis . Lorentz a donné à cette théorie une forme plus satisfaisante. l'éther est en repos. suppose que l'éther est en repos absolu dans le vide. et qu'il est partiellement entraîné par les milieux réfringents. prismes. : trodynamique des corps en mouvement. Ce phénomène comporte deux explications 1^ On pourrait supposer que Téther n'est pas en repos. Quant à l'aberration ellemême. mais qu'il est entraîné par les corps en mouvement. est entraîné à la fois dans une même translation. . lunettes et éther. dans les milieux réfringents. 2° Fresnei. les électrons seuls sont en mouvement dans le vide. elle s'expliquerait par une sorte de réfraction qui se produirait à la surface de séparation de l'éther en repos dans les espaces interstellaires et de Téther entraîné par le mouvement de la Terre. où l'éther entre seul enjeu. tantôt pleine d'eau ? Les résultats ont été négatifs les lois apparentes de la réflexion et de la réfraction ne sont pas altérées par le mouvement de la Terre. l'entraînement est nul ou presque nul. au contraire. en repos presque absolu dans l'air. où il entre presque seul en jeu. C'est sur cette hypothèse (entraînement total dç l'éther) qu'est fondée la théorie de Hertz sur TÉlec.

et cependant on a varié les procédés expérimentaux de toutes les manières possibles. par des mesures de franges d'interférence. Elles ont été reprises avec le même résultat par Michelson. En effet. on ne pourra jamais déceler que des vitesses relatives. la vitesse de la lumière dans Tair en repos ou en mouvement. les résultats expérimentaux ont toujours été les mêmes. Pour décider entre les deux hypothèses. ou plutôt sa vitesse par rapport à Téther immobile? L'expérience a répondu négativement. Maïs si ment de Téther n'est pas entraîné par le mouve- la Terre. Quel que soit le moyen qu'on emploie. la vitesse absolue de la Terre. que dans Teau au repos ou en mouvement. les 235 ondulations se trouvent partiellement entraînées. par rapport à d'autres corps matériels. La théorie de Hertz doit donc être rejeiée^ II LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ. est-il possible de mettre en évi- dence. nous avons Texpérience de Fizeau. si la source de lumière et les appareils d'observation soot sur la Terre et participent à son mouvement. qui a comparé. j'entends les vitesses de certains corps matériels. par le moyen des phénomènes optiques. Ces expériences ont confirmé Thypothèse de Ten- ainsi traînement partiel de Fresneî. quelle .LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE en branle par Tagitation de Téther.

Supposons deux observateurs.SCIENCE ET MÉTHODB 286 que soit rorientation de l'appareil par rapport à la du mouvement orbital de la Terre. Si Taberration astronomique se produit. et voulant régler leurs montres par le moyen de signaux optiques. ce sera la montre de B qui retardera d'un temps t sur celle de A. L'explication s'appuie sur la notion du teni'ps local^ que je vais cherchera faire comprendre. et A remet sa montre à l'heure au moment où il aperçoit le signal. I . est en mouvement par direction rapport à l'observateur. lumière met un certain temps t pour aller de B en A. Cela est vrai si les observateurs cela n'est plus s'ils sont entraînés sont immobiles . car comme riger. l'autre en B. après ce nouveau réglage. Les hypothèses faites jusqu'ici rendent parfaitement compte de ce résultat général. Si Ton opérait seulement y aurait une erreur systématique. envoie à son tour des signaux à B. Cette erreur est aisée à cor- de la sorte. Mais cette façon d'opérer suppose que la lumière met le même temps pour aller de A en B et pour revenir de B en A. et qui a été introduite par Lorentz. si Von néglige les quantités très petites de Vordre du carré de Vaberration. Il suffira alors de prendre la moyenne arithmétique entre les deux réglages. Il A il la suffît de croiser les signaux. placés Tun en A. que Il faut et. la montre de A va retarder d'un temps t sur celle de B. c'est que la source qui est une étoile. Ils conviennent que B enverra un signal à A quand sa montre marquera une heure déterminée.

mettant d'apprécier des différences d'une fraction . se trouve. tandis que B fuira devant la lumière qui vient de A. et si les autres signaux qu'ils pourraient s'envoyer leur sont transmis par dans leur translation. Si donc les observateurs sont entraînés dans une translation commune ne s'en doutent leurs montres n'indiqueront pas le même temps. si Téther immobile ne peut leur transmettre que des signaux lumineux. parce qu'alors A. chacune d'elles indiquera le temps localy convenant au point où elle pas. Le phénomène que chacun d'eux observera sera soit en avance. et longtemps les expériences ont été trop peu précises pour qu'il y eût lieu d'en tenir compte. marchant tous avec la même vitesse. il ne se produira pas au même moment que si la translation n^existait pas mais. soit en retard. par exemple. Il résulte de là que la compensation est facile à expliquer tant qu'on néglige le carré de l'aberration. on ne s'en apercevra pas et les apparences ne seront pas altérées. Mais un jour Michelson a imaginé un procédé beau- des milieux entraînés avec eux . Les deux observateurs n'auront aucun moyen de s'en apercevoir. leur réglage et s'ils sera défectueux . coup plus délicat il a fait interférer des rayons qui avaient parcouru des trajets différents après s'être réfléchis sur des miroirs chacun des trajets approchant d'un mètre et les franges d'interférence per: .LA MÉCANIQUE BT l'OPTIQUE 237 dans une translation commune. ira au-devant de la lumière qui vient de B. comme on l'observera avec une montre mal réglée.

le mètre dans le sens du mouvement de la Terre. dait donc à être complétée. et cela bien que le corps et le mètre aient changé de longueur en même temps que d'orientation.238 SCIENCE ET MÉTHODE millième de millimètre. Mais il n'en est pas de même si nous mesurons une longueur. d'ailleurs. d'environ un deux cent millionième pour une vitesse comme celle de la Terre. prendra ainsi la forme d'un ellipsoïde de révol"tion tion . la déceler. sphérique lorsqu'il est en repos. Si un corps s'applique exactement sur le mètre. tandis que leurs dimensions perpendiculaires à cette transla- demeurent invariables. très faible. elle est. de mesure ne pourraient. la même contraction que les objets à mesurer. mais par le temps que la lumière met à la parcourir. non plus avec un mètre. et cependant les de résultats furent encore négatifs. et c'est précisément ce qu'a fait Michelson. même s'ils étaient beaucoup plus précis. d'ailleurs.. La théorie demanelle Ta été par et Vhypothèse de Lorentz et de Fitz-Gerald. il ne cessera pas de s'appliquer exactement sur le mètre dans une autre orientation. on ne pouvait plus négliger le carré de l'aberration. et précisément parce que le changement est le même pour l'un et pour l'autre. Cette contraction est la même pour tous les corps . les mètres avec lesquels nous mesurons subissent. par conséquent. Nos instrument. en effet. Ces deux physiciens supposent que tous les corps entraînés dans une translation subissent une contraction dans le sens de cette translation. Un corps. quand or oriente le corps et.

contraire. les surfaces d'ondes de la lumière. la distance de ce centre à la position actuelle de la source sera proportionnelle au temps écoulé depuis l'émission. d'après les théories ordi- naires. par rapport à la position actuelle S de la source.. à cause de la contraction. Toutes ces sphères sont donc homothétiques l'une de l'autre. toutes ces sphères paraîtront des ellipsoïdes allongés. Au qui sont restées rigoureusement sphériques. Mais. par rapport au point S c'est-à-dire au . ainsi que tous les objets qui lui servent de points de repère. Que va-t-il se passer alors? Supposons un obser- vateur et une source entraînés ensemble dans la translation : les surfaces d'onde émanées de la source seront des sphères ayant pour centres les positions successives de la source . lui paraîtront des ellipsoïdes allongés. et tous ces ellipsoïdes seront encore l'excenhomothétiques. Nous choisirons la loi de contraction^ de façon que le point S soit au foyer de la section méridienne de tricité Vellipsoide. de tous ces ellipsoïdes est la même et dépend seulement de la vitesse de la Terre. les observations de l'aberration astronomique pourraient nous faire connaître la vitesse absolue . la compensation est rigoureuse^ et c'est ce qui explique l'expérience de Michelson. parce qu'il a subi lui-même une déformation analogue. J'ai dit plus haut que. pour notre observateur. Cette fois. mais Tobserva- croira toujours sphérique. rayon de la sphère.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE aplati lorsqu'il sera en teur le 239 mouvement.

fort extraordinaire. tout ce que nous pouvons dire pour le moment. et cette seconde erreur compenserait exactement la première. au premier abord. Oui. par exemple. c'est qu'elle n'est que la traduction immédiate du résultat expérimental de Michelson. . : mesuré. les angles observés seraient modifiés par l'effet mais les cercles divisés de dont nous nous servons pour mesurer les angles seraient déformés par la translation ils deviendraient des ellipses. si plus précis. il est impossible d'échapper à que le principe de relativité est une cette impression loi générale de la Nature. si Ton définit les longueurs par les temps que la lumière met à les parcourir. en sa faveur. l'éther. qu'on ne pourra jamais. Cette hypothèse de Lorentz et Fitz-Gerald paraîtra. les vitesses port aux autres. Quoi qu'il en soit. II convient. par aucun moyen imaginable.SCIENCE ET MÉTHODE 240 de la Terre. Il nos iastruments élaient mille fois me faut modifier cette conclusion. mettre en évidence que des vitesses relatives. il en résulterait une erreur sur Tangie cette vitesse absolue. et j'entends par là non pas seulement les vitesses des corps par rapport à mais des corps les uns par rapTrop d'expériences diverses ont donné des résultats concordants pour qu'on ne se sente pas tenté d'attribuer à ce principe de relativité une valeur comparable à celle du principe d'équivalence. en tout cas. de voir à quelles conséquences nous conduirait cette façon de voir et de soumettre ensuite ces conséquences au contrôle de l'expérience.

cette perturbation atteint un autre électron B. au bout d'un certain temps. le calcul montre que r excitateur va reculer comme un canon qui a envoyé : . principe de l'égalité de raction et de la réaction. on arrive au résultat suivant Supposons un excitateur de Hertz placé au foyer d'un miroir parabolique auquel il est lié mécaniquement. Eh bien. en aucun cas. mais seulement les électrons qui sont seuls observables. c'est Télectron A qui a dérangé l'électron B. au moins si l'on ne considère pas l'éther. qui sera dérangé de sa position d'équilibre* Dans ces conditions. En effet. l'excitateur va donc rayonner de l'énergie dans une direction déterminée. être simultanée. nécessaire pour la propagation. Voilà un électron A qui entre en mouvement pour une cause quelconque. mais elle ne saurait. cet excitateur émet des ondes électromagnétiques. dans le la théorie deLorentz. alors même que l'électron B réagirait sur A.LA MÉGANIQUE ET l'OPTIQUE 241 III L£ PRINCIPE DE RÉACTION Voyons ce que devient. Si l'on soumet le problème à un calcul plus précis. il produit une perturbation dans Téther. puisque l'électron B ne pourrait entrer en mouvement qu'après un certain temps. il ne peut y avoir égalité entre l'action et la réaction. et le miroir renvoie toutes ces ondes dans la même direction*. cette réaction pourrait être égale à l'action. puisque notre matière est formée d'électrons.

si le corps qu'elle frappe n'est pas parfaitement absorbant. ce n'est plus un projectile c'est de l'énergie. parce que lequel il a agi réagit sur le projectile sur lui. Elle ne se produit jamais si la lumière. donc tenté de dire qu'il y a encore com- pensation entre l'action et la réaction. et l'énergie n'a pas de matériel masse: il n'y a pas de contre-partie. elle est incomplète. Et. Mais cette compensation. et ou de la cet objet va subir s'il cette poussée sera égale au recul de l'excitateur et de la lampe. au lieu d'un excitateur. Ce que nous avons envoyé au loin. alors même qu'elle est complète. Il est vrai que. Dans le cas du canon. est toujours retardée. le recul est le résultat naturel de Fégalité de Faction et de la réaction. il : rayons dans une seule direction. ou bien sont-elles accessibles à Texpérience? Ces actions ne sont autre chose que celles qui sont dues aux ipressions Maxwell-Bartholi Maxwell avait prévu ces pressions par des calculs Ces actions . une poussée mécanique comme avait été atteint par un projectile véritable. Le canon recule. si l'énergie émanée de l'excitateur lampe vient à atteindre un objet matériel. n'en est plus de même. erre dans les espaces interstellaires sans jamais rencontrer un corps matériel.iCIENCE ET METHODE 24^ ua projectile. après avoir quitté la source. mécaniques sont-elles trop petites ^our être mesurées. nous aurions pu considérer tout simplement une lampe avec un réflecteur concentrant ses Mais ici. s'il route et si l'objet On serait ne s'est pas perdu d'énergie en absorbe cette énergie en totalité.

est On a réussi enfin. Supposons que l'énergie. Bar- tholi était arrivé au môme résultat par des considé- Thermodynamique. De petites particules se détachent du noyau de la comète. Mais il y a une différence. Maxwell-Bartholi théorie de Hertz dont nous avons parlé plus haut. et par celle de Lorentz. La masse de ces particules est tellement petite que cette répulsion remporte sur l'attraction newtonienne. effets de conforme à la pression sont prévus également par la la théorie. qui les repousse comme ferait une pluie de projectiles venant du Soleil. Les effets radiométriques et les autres causes perturbatrices sont éliminés par une série de précautions minutieuses. Mais cet appareil tourne à l'envers^ dans le l'explication de sa toute différente.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE relatifs 243 à l'Électrostatique et au Magnétisme. la construction du radiomètre. bin le sens opposé au sens théorique. elles vont donc former les queues en s'éloignant du Soleil. et rotation. en poussant plus vide d'une part. paraît-il. elles sont frappées par la rations de C'est de lumière du Soleil. cette façon que s'expliquent les queues dés comètes. et petite. découverte depuis. Les l'on mais qui mêmes obtient une déviation qui est fort est. aille d'une source lumineuse à un corps quelconque à travers . La vérification expérimentale directe n'était pas La première tentative a conduit à aisée à obtenir. sous forme de lumière par exemple. et d'autre part en ne noir- cissant pas l'une des faces des palettes et dirigeant jn faisceau lumineux sur Tune des faces.

et cela. un peu plus tard. où il suffirait réfrin- vide inter- de supposer un reste de . de façon que Téther soit entraîné entièrement par la matière. qui regarde la matière comme mécaniquement liée à Téther. même dans réaction. Seulement. la compensation est-elle parfaite? L'action de la pression Maxwell-Bartholi sur la matière du milieu transparent est-elle égale à sa réaction sur la source. la matière Au moment où Tonde lumineuse atteindra une région nouvelle de ce milieu. y aurait alors compensation parfaite. comme Texige le principe de l'égalité de l'action et de la Il même dans les milieux les même dans Tair. quelle que soit cet'e matière? petite raréfié Ou bien cette action est-elle d'autant plus que le milieu est moins réfringent pour devenir nulle dans le vide? et p\m Si Ton admettait la théorie de Hertz. et sur le corps éclairé à Tarrivée. De sorte source a pour contre-partie la la malière transparente qui est au contact de cette source. cette pression poussera en avant la matière qui s'y trouve répandue et la ramènera en arrière que quand Tonde le recul de la marche en avant de quittera cette région. il faudrait répondre oui à la première question et non à la seconde. le recul de celte même matière a pour contre-partie la marche en avant de la matière transparente qui se trouve un peu plus loin. moins gents. le planétaire.244 SCIENCE ET MÉTHODE un milieu transparent. non seulement sur la source au départ. La pression de Maxwell-Bartholi agira. mais sur du milieu transparent qu'elle traverse. et ainsi de suite.

Abraham considérait ces électrons comme sphériques et indéformables il nous faudra admettre que ces électrons. Cette déformation des électrons va influer sur leurs propriétés mécaniques. Mais nous avons vu plus haut que l'expérience de Fizeau ne permet pas de conserver la théorie de donc adopter la théorie de Lorentz et. . nous devrons étendre cette hypothèse aux électrons eux-mêmes. insensible est dans Tair et devient nulle dans le vide. si subtile qu'elle soit.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE matière. la compensation. par conséquent. il faut IV CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE RELATIVITÉ Nous avons vu. si nous le regardions comme définitivement démontré. il nous oblige à généraliser Thypothèse sur la contraction de <|e Lorentz et Fitz-Gerald tous les corps dans le sens de la translation. subissent la contraction de Lorentz quand ils sont en mouvement et prennent alors la forme d'ellipsoïdes aplatis. la théorie de Lorentz. D'abord. En particulier. au contraire. j'ai dit que le déplacement de ces électrons chargés est un véritable courant de convection et que leur inertie . Si 245 Ton admet. Hertz . à regarder loi le Principe de les raisons qui Relativité portent comme une générale de la Nature. renoncer au principe de réaction. En effet. plus haut. Voyons à quelles consé- quences nous conduirait ce principe. toujours imparfaite. sphériques quand ils sont au repos.

nous n'en négatifs trons rant : . par conséquent l'intensité du courant de convection qu'ils produisent. les électrons positifs n'ont plus de masse ou tout au moins plus de masse réelle constante. ne soit pas constante et varie avec la vitesse suivant les mêmes lois que leur masse fictive . il faut chercher une explication électro- . Ensuite. mais cela à i" deux conditions Que : les électrons positifs n'aient pas de masse réelle. par conséquent les lois suivant lesquelles la self-induction de ce courant variera en fonction de la vitesse. arrêtons-nous-y un instant et voyons ce qui en découle. 2° Que toutes les forces soient d'origine électro- magnétique. D'abord. si elle existe.SCIENCE ET MÉTHODE 246 apparente est due à la self-induction de ce couexclusivement en ce qui concerne les élecexclusivement ou non. pour les électrons positifs. va modifier la distribution de J'électricité à leur surface. fondés sur la constance de la masse. être modifiés. la déformation des électrons. ou tout au moins qu'elles varient avec la vitesse suivant les mêmes lois que les forces d'origine électromagnétique. savons rien encore. C'est encore Lorentz qui a fait cette remarquable synthèse. doivent donc puisque réelle. Eh bien. mais seulement une masse fictive électromagnétique. la compensation sera parfaite et conforme aux exigences du Principe de Relativité. déformation qui dépend de leur vitesse. ou tout au moins que leur masse réelle. Les principes actuels de notre Mécanique. il n'y a plus de matière. A ce prix.

En particulier. pour que ce principe ne soit pas violé et qu'on retombe sur les lois ordinaires en supposant la vitesse très faible. V L'EXPÉRIENCE DE KAUFMANN. doivent se passer comme si l'électron subissait la déformation de Lorentz. plutôt encore. de façon à éviter de mettre cette hypothèse de la déformation à la base du raisonnement. Dans les deux cas. Ou. Considérons les électrons comme et demandons-nous comment masse en fonction de la vitesse pour ne pas contrevenir au principe de relativité. leur masse croît : l'une . en parti- ou tout au moins modide telle façon que cette la gravitation force soit altérée par la vitesse de la que les 247 forces électromagnétiques. fier la loi de connues. ou de ces accélétrique rations. . c'est celle d'Abraham l'autre où ils subissent la déformation de Lorentz. Mais on peut présenter la chose autrement.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE magnétique de toutes les forces culier de la gravitation. demandons-nous quelle doit être des points matériels doit leur varier leur accélération sous l'influence d'un champ élec- ou magnétique. Nous voilà donc en présence de deux théories où les électrons sont indéformables. au premier abord. même façon Nous revien- drons sur ce point. Tout cela paraît. cette déformation des électrons semble bien hypothétique. Nous trouverons que les variations de cette masse. un peu artificiel.

avant d'adopter définitivement cette un peu de réflexion est nécessaire. question est d'une telle importance désirer que l'expérience de qu'il Kaufmann La serait à fût reprise par un autre expérimentateur*. Au moment M. La méthode employée par Kaufmann pour mettre en évidence la loi de variation de la masse semble donc nous donner un moyen expérimental de décider entre les deux théories. et en mesurant avec grand soin l'intensité des champs. conclusion. des résultats confirmant les vues de Lorentz. Malheureusement. 1. Kaufmann. Le Principe de Relativité n'aurait donc pas la valeur rigoureuse qu'on était tenté de lui attribuer.SCIENCE ET MÉTHODE 248 avec la vitesse. aussi a-t-il loi cru devoir les reprendre avec plus de précautions. on n'aurait plus aucune raison de croire que les électrons positifs sont dénués de masse réelle comme les électrons négatifs. cette expérience est fort délicate et ne pourra être menée à bien que par un physicien de la même habileté que Kaufmann. 1 i . Toutes les précautions ont été convenablement prises et l'on ne voit pas bien quelle objection on pourrait faire. Sous leur nouvelle forme. Bucherer a de mettre sous presse nous apprenons que repris Texpérience en s'entourant de précautions nouvelles et qu'il a obtenu. Toutefois. Malheureusement. pour devenir infinie quand cette vitesse devient égale à celle de la lumière . contrairement à M. ses premières expériences n'étaient pas assez précises pour cela. mais la de la variation n'est pas la même. elles ont donné raison à la théorie d'Abraham.

. ce qui me porterait à le croire. de l'armature négative. c'est-à-dire qu'un électron isolé aura un mouvement rectiligne et uniforme. on avait du faire un vide extrêmement parfait. le Principe d'Inertie encore vrai. cependant. Du moins. ce sont les effets de soupape électrique entre mercure et vide. Cela suppose que le champ est uniforme. il semble qu'il y ait lieu d'en tenir compte. VI LS PRINCIPE Dans est la nouvelle DMNERTIE. par exemple? Il peut y avoir une différence de potentiel au contact entre le métal et le vide. On a mesuré alors la différence de potentiel de deux armatures. on s'accorde généralement à l'admettre. cela est-il certain? Ne peut-il se faire qu'il y ait une chute brusque de potentiel dans le voisinage d'une des armatures. Lindemann a fait des objections à cette façon . Quelque faible que soit la probabilité pour qu'il en soit ainsi.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUB Il 249 y a cependant un point sur lequel je désirerais c'est sur la mesure du champ mesure d'où tout dépend. entre ces armatures. afin d'obtenir un isolement complet. Ce champ était produit entre les deux armatures d'un condensateur et. attirer Tattention : électrostatique. et Ton a obtenu le champ en divisant cette différence par la distance des armatures. Dynamique. let il peut se faire que cette différence ne soit pas la même du côté positif et du côté négatif.

au départ. une fois le mouvement acquis. que je ne puis exposer est en mouvement. . mais le liquide de son sillage. je discussion. On sait qu'un corps plongé dans un fluide éprouve. le corps agiterait derrière lui une poupe liquide. sans que la force vive totale de ce liquide augmentât. en s'avançant. Mais. parfaitement dépourvu de viscosité. une fois le mouvement . de sorte que. l'éther serait agité. Un électron s'avançant dans l'éther se comporterait de la même manière autour de lui. mais cette perturbation accompagnerait le corps dans son mouvement. Il suffirait en tout cas de légères modifications à la théorie pour se mettre à Tabri des objections de Lindemann. de voir. il se perpétuerait sans résistance. Il faudrait donc un effort pour mettre l'électron en mouvement. il faudrait un grand effort pour le me:tre en mouvement. une sorte de lin^ge. transporterait simplement avec lui la perturbation du liquide. pour un observateur quand il rable. : entraîné avec 'l'électron. puisqu'il faudrait ébranler non seulement le corps lui-même. une résistance considémais c'est parce que nos fluides sont visqueux. et ne pourraient changer que si la vitesse de l'électron venait à varier. puisque le corps.250 SCIENCE ET MÉTHODE ne veux pas prendre parti dans cette ici à cause de son caractère trop ardu. puisqu'il faudrait créer l'énergie de ces champs au contraire. Tout se passerait donc comme si son inertie était augmentée. les champs électrique et magnétique qui accompagnent cet électron paraîtraient invariables. dans un fluide idéal.

à mesure que sa vitesse croît. Il en résulte qu'aucun corps ne pourra atteindre par aucun moyen une vitesse supérieure à celle de la lumière.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE 251 acquis. fluide tout au moins. la force vive est sensiblement proportionnelle à v^. les expressions mais ce que nous sont un peu plus compliquées venons de dire subsiste dans ses traits essentiels. la quantité de mouvement. la force vive deviennent infinies quand la vitesse est égale à celle de la lumière. Et. en effet. de sorte que son inertie oppose à tout nouvel accroissement de vitesse un obstacle de plus en Dans l'hypothèse . n'ont pas d'autre inertie que celle-là. Mais. Ainsi la masse. Une question se pose alors : admettons le Prin- . d'Abraham. quand la vitesse tend vers et la de la lumière^ la force vive^ la quantité de mouvement et les deux masses croissent au delà de vitesse toute limite. n'est pas proportionnelle à 1)2. qui n'est autre que l'énergie de l'éther. plus grand. n'aurait qu'à se transporter derrière l'électron sillage. Sans doute si v est très faible. Cette énergie l'inertie de l'électron. Dans l'hypothèse de Lorentz. aucun effort ne serait nécessaire pour le puisque Ténergie créée maintenir. sa masse croît. la quantité de mouvement sensiblement proportionnelle à v^ les deux masses sensiblement constantes égales entre elles. augmente parfait. celle comme un ne peut donc qu'augmenter comme l'agitation du liquide du corps plongé dans un même Et les plus électrons négatifs. la force vive.

peut : atteindre la même vitesse. sa vitesse absolue sera alors de 400.000 kilomètres. les noms d'onde de vitesse et d'onde d'accélération. La perturbation peut alors être regardée comme la superposition de deux autres. un observateur en mouvement ne doit pas avoir le moyen de s'apercevoir de soa propre mouvement.000 kilomètres. Ce n'est là qu'une apparence. Si donc aucun corps dans son mouvement absolu ne peut dépasser la vitesse de la lumière. il doit en être de même en ce qui concerne son mouvement relatif par rapport à notre observateur. îl produit dans Téther qui l'entoure une perturbation si son mouvement est rectiligne et uniforme. dans son mouvement relatif par rapport à l'observateur. Et alors on pourrait être tenté de raisonner comme il suit L'observateur peut atteindre une vitesse de 200. auxquelles Langevin a donné . . ce qui esl impossible. qui s'évanouit quand on tient compte de la façon dont Lorentz évalue les temps locaux. le corps. Mais il n'en est plus de même si le mouvement est curviligne ou varié.SCIENCE ET MÉTHODI 252 cipe de la Relativité. puisque c'est un chiffre supérieur à la vitesse de la lumière. VII L*ONOE 0*ACCÉLÉRATiON. mais peut en approcher autant qu'on veut. Quand un électron est en mouvement. cette perturbation se réduit au sillage dont nous avons parlé au chapitre précédent.

mais. Toutefois. dès qu'il y a une accélération. qui part de l'électron au moment où il subit une accélération. les effets de celte onde d'accélération. variant avec la vitesse d'après les lois exposées plus haut. en écrivant que la force est égale au produit de l'accélération parla masse. Il n'en serait pas de grande. les vitesses sont finies. et qui se propage ensuite par ondes sphériques successives avec la vitesse de la lumière. cette masse. l'énergie se conserve intégra- lement. les oscilla- déplacements sont très petits. c'est une perturbation tout à fait analogue aux ondes lumineuses. qui se dissipe sous forme d'ondes lumineuses va à l'infini à travers Téther. en particulier la perte d'énergie correspondante. un mouvement haute fréquence. il y a perte d'énergie. mais même et s'en dans les rayons du radium. et l'accélération est sont les suivants même : 1® Dans certains électrons prennent toire de très dans tous les cas où dont les principaux les gaz incandescents.LA MÉCANIQUE ET 253 l' OPTIQUE L'onde de vitesse n'est autre chose que le sillage qui se produit dans le mouvement uniforme. D'où cette conséquence dans un mouvement : rectiligne et uniforme. Quant à Tonde d'accélération. On dit alors que le mouvement est quasi-stationnaire. et les accé- . où la vitesse est très grande sans que l'accélération le soit. toutefois. sont négligeables dans la plupart des cas^i c'est-àdire non seulement dans la Mécanique ordinaire et dans les mouvements des corps célestes. On peut alors se borner à appliquer les lois de la Mécanique.

4** Dans un métal incandescent. les électrons négatifs qui constituent ces rayons. les électrons qui circulent dans la masse métallique subissent. 3° Dans l'excitateur de Hertz. . qui ne seraient autre chose que des rayons lumineux de très courte lon- l'origine des gueur d'onde. cathodiques viennent frapper l'anticathode. Les détails des lois de l'émission de la lumière par les corps noirs sont parfaitement expliqués par cette hypothèse 5° Enfin quand les rayons . au moment de la décharge. Rayons Rôntgen. les électrons enfermés dans ce métal sont animés de grandes vitesses surface du métal. lérations se l'énergie communique alors à l'éther. d'après certains physiciens. en arrivant à ne peuvent franchir. qu'ils réfléchissent et . Ce qu'ils produisent des ondulations dans serait là. et qui sont animés de très grandes vitesses. et c'est pour cela que ces gaz rayonnent de la lumière de même période que les oscillations de l'électron. subissent ils la se une accélération émet de expliqué chaau déjà ainsi considérable. ils l'éther. n° IV. Par suite de l'accélération subissent ainsi. sont brus- quement arrêtés. 2° Inversement. quand un gaz reçoit de la lumière. une brusque accélération et prennent ensuite un mouvement oscillatoire de haute fréquence. ces mêmes électrons sont mis en branle avec de fortes accélérations et ils absorbent de la lumière. Il en résulte qu'une partie de l'énergie rayonne sous formes d'ondes hertziennes.SCIENCE ET METHODE 254 très grandes. C'est ce que j'ai pitre X. C'est pour cela que le métal la lumière.

nous avons vu que la masse être définie de !• . que . La masse peut deux manières s par le quotient de la force par Taccélération. Mais lité rigoureuse cela n'est démontré que pour les vitesses auxquelles les principes généraux de la Dynamique sont appli--cables. Nous devons donc distinguer la mass© eoefflcient d'inertie et la masse coefficient d'attraction. au contraire. LA GRAVITATION. D'après la loi de Newton. il y a proportionnaentre ces deux coefficients. en vertu de la loi d€ Newton. Maintenant. qui mesure rinertie du corps 2* par l'attraction qu'exerce le corps sur un corps extérieur.CHAPITRE La ftlécanique nouvelle m et l'Astronomi6:. c'est la véritable délînition de la masse. devons- nous conclure que la masse coefficient d'attraction croît également avec la vitesse et reste proportionnelle au coefficient d'inertie. ou. coefficient d'inertie croît avec la vitesse.

dans la théorie ordinaire. de même que A' et B'. nous aurons système A deux répulsions et deux attractions qui se compenseront exactement et Faction résultante sera nulle +B . et que nous examinions l'action du sur le système A'+ B'. si donc nous avons quatre électrons. et que les charges de ces quatre électrons soient les mêmes. Deux électrons de même signe se repoussent et deux électrons de signe contraire s'attirent. deux positifs A et A'. et deux négatifs B et B'. Si donc A et B sont très près l'un de Tautre. en valeur absolue. Considérons d*abord des électrons en repos. de la vitesse. que je vais exposer brièvement.SCIENCE ET MÉTHODE 256 demeure constant? C'est une question que nous n'avons aucun moyen de ce coefficient d'attraction là décider. dépend deux corps qui mutuellement ne sont généralement pas D'autre part. mais nous sommes naturellement amenés à rechercher quelles seraient celles de ces hypothèses Nous ne pouvons faire qui seraient compatibles avec le Principe de la Relagrand nombre.ou de A' sur B. leurs actions mutuelles sont pro- portionnelles à leurs charges électriques. égale A sur A' sera. comment ce coefficient dépendra-t-il de ces deux vitesses? à ce sujet que des hypothèses. la seule dont je tivité. la répulsion de tance. Il y en a un parlerai ici est celle de Lorentz. s'attirent les si le comme coefficient d'attraction les vitesses des mêmes. à la à la répulsion de B sur même B' et dis- égale encore à rattraction de A sur B'.

ou que celle de deux charges 1. de sorte que Faction électrique totale de deux molécules Tune sur Tautre devrait être nulle. Il est clair que cette hypothèse complique un peu l'Electrostatique. mais qu'elle y fait rentrer la gravitation. Une façon que la charges soit molécule matérielle est donc de tout point assimilable au système A B dont nous venons de parler. ce serait le contraire pour les électrons négatifs. C'était. ou bien on peut admettre qu'il n'y a pas proportionnalité des attractions aux charges et que l'attraction exercée par une i sur une charge charge 1 est plus grande que la répulsion mutuelle de deux charges 1.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 257 Or. Mais l'expérience nous montre que ces molécules s'attirent par suite de la gravitation new^tonienne . les molécules matérielles doivent précisément être regardées solaires comme où circulent les autres négatifs. en somme. qu'elle est due à une cause entièrement différente. + : — + — + . le champ électrique produit par les électrons positifs et celui que produisent les électrons négatifs se superposeraient en restant distincts. Les électrons positifs seraient plus sensibles au champ produit par les électrons négatifs qu'au champ produit par les électrons positifs. les toutes les telle uns positifs. somme nulle. tn d'autres termes. et qu'elle vient simplement s'y superposer. l'hypothèse de Franklin. on peut et alors on peut faire deux hypothèses supposer que la gravitation n'a aucun rapport avec les attractions électrostatiques. et de algébrique de des espèces de systèmes les électrons.

des actions égales Qu'arrîve-t-il de signe contraire. Dans la théorie ordinaire. Il en sera de même pour les électrons négatifs. tant positifs que négatifs. subiront ensuite une impulsion mécanique par l'action de ces différents champs. mais avec un elle suivra encore les coefficient différent. qui se réduit à Vhypothèse de Franklin aux faibles vitesses: elle Telle est .p dû aux électrons négaélectrons tifs. mêmes lois.SCIENCE ET MÉTHODE 258 maintenant si les électrons sont en mouvement? Les électrons positifs vont engendrer une perturbation dans Téther et y feront naître un champ électrique et un champ magnétique. la nouvelle théorie. positifs sur les électrons négatifs (ou aux électrons inversement) il . sur les électrons positifs du tique que algébrique de ces deux champs. exerce. On peut alors sans inconvénient ne pas distinguer le champ dû au mouvement des électrons positifs et le champ dû au mouveet ment des électrons somme champ le Dans négatifs et ne considérer la résultant. c'est-à-dire dû aux électrons au contraire. Faction champ électromagné- positifs se fait d'après les en est de même de Faction sur les négatifs du cham.. Chaque électron au champ créé par les électrons de qu'au champ créé par les électrons contraire est plus sensible nom de môme nom. Considérons maintenant Taction du champ dû lois ordinaires. Les électrons. sur deux électrons de sigoe con~ traire et de même charge absolue. le champ électromagnétique. Thypothèse de Lorentz. dû au mouvement des électrons positifs.

LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 259 rendra donc compte. Laplace supposait que. comme la gravitation se ramène à des forces d'origine électrodynamique. le Principe de la Relativilé ne sera pas violé. et que. un petit angle. On sera donc tenté de rejeter la théorie précédente. mais on en ignore généralement la signification. sa vitesse de propagation se combine avec celle du corps attiré. justifiée. assez mal corps. mais fait. C'est là une hypothèse toute particulière. si la propagation de la gravitation n'est pas instantanée. en rappelant que la gravitation se propage. On voit que la loi de Newton n'est plus applicable aux grandes vitesses et qu'elle doit être modifiée. Le résultat de Laplace ne prouve rien contre la théorie de Lorentz. de la loi de Newton. On sait que les perturbations électromagnétiques se propagent avec la vitesse de la lumière. au moins dix millions de fois plus vite que la lumière. celle 12 . comme cela se passef pour la lumière dans le phénomène de l'aberration astronomique. et. elle ne peut être d'origine électrodynamique. en tout cas. par conséquent. d'après les calculs de Laplace. de telle façon que la force effectivs n'est pas dirigée suivant la droite qui joint les deux avec cette droite. De plus. entièrement différente de de Lorentz. par conséquent. précisément de la même manière que les lois de l'Electrostatique pour l'électricité en mouvement. Le résultat de Laplace est bien connu. pour ces faibles vitesses. et. pour les corps en mouvement. la théorie générale de Lorentz s'y appliquera.

L'accélération faible. et cela hypothèses suivantes A. si on les adopte.360 SCIENCE ET METHODE II COMPARAISON AVEC LES OBSERVATtONS ASTRONOMIQUES Les théories précédentes sont-elles conciliables avec les observations astronomiques? Tout d'abord. Admettons mouvedans les : l'hypothèse d'Abraham (électrons Indéformables) et conservons la sa forme habituelle loi de Newton sous . Il est vrai que les effets de l'onde d'ac- célestes^ est relativement effets constamment en célération vont cette faudrait pour bien des s' accumulant. de sorte que les de l'onde d'accélération sont négligeables et que le mouvement peut être regardé comme quasistationnaire. comme un milieu faible. B* Admettons l'hypothèse de Lorentz sur la défor- i . \\ Teffet de les moyens constamment en se mouvaient dans en résulterait que astres si par dissipée iraient ces astres résistant. mais est si lente qu'il d'années d'observation milliers qu'elle devînt sensible. Faisons donc ment comme trois elle-même accumulation le calcul en considérant le quasi-stationnaire. Ténergie des mouvements planésera constamment taires Vonde d^ accélération. Mais cet effet est excessivement beaucoup trop pour être décelé par les obserdes corps vations les plus précises. mouvements des s accélérant.

de même sens que celle qui a été observée et n'a pu être expliquée mais plus si l'attraction y petite.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET L'ASTRONOMIE mation des électrons et conservons la loi 261 de Newton habituelle. mouvement de Mercure que Teffet sera le plus sensible. des attractions et des répulsions dirigées suivant la droite qui les dépendant non seulement de leurs distances. Tisserand un calcul analogue autrefois. B d'abord le mouvement d'une et C. puisque celle-ci est de 38". et étudions planète attirée par un . de façon à la rendre compatible avec C'est dans le le Principe de la Relativité. Cette loi de Weber. plus grande vitesse. Tisserand a trouvé que. parce que cette planète est celle qui possède la. et logie. de leurs vitesses et de leurs accélérations. assez différente de celles qui tendent à prévaloir aujourd'hui. les uns sur les autres. en admettant de Weber. n'en présente pas moins avec elle une certaine ana- joint. je rappelle queWeber avait cherché à expliquera la fois les phénomènes électrostatiques et électrodynamiques en supposant que les élecavait fait la loi trons (dont le nom n'était encore inventé) pas exercent. Revenons aux hypothèses A. l'avons fait au paragraphe précédent. Admettons Thypothèsede Lorentz sur les électrons et modifions la loi de Newton. newtonienne se faisait conformément à la loi de Weber il en résulterait. comme nous C. une variation séculaire de 14". mais des dérivées premières et secondes de ces distances. par conséquent. pour le périhélie de Mercure.

les deux cinquièmes. Le seul effet sensible sera un mouvement sécudu périhélie. les effets sont très peu différents. sauf pour Mercure. conformément à la loi élec- trostatique de Coulomb. puisque.6 dans celle d'Abraham. champ qu'il si le point attirant est produit est un fixe. la moitié de ce que donnait la loi de Weber. Si Ton suppose maintenant deux corps mobiles gravitant autour de leur centre de gravité commun. laire L'effet est d'ailleurs proportionnel à n^a^^n étant moyen mouvement de rayon de son la loi de Kepler. Teffet varie donc en raison inverse de \/a^\ il est donc insensible. L'équation des forces vives subsiste. on trouvera. où Tattraction varie en raison inverse du carré des distances. mais la quantité de mouvement doit être définie comme on le fait dans la nouvelle Dynamique. le orbite. pour ce mouvement. Les hypothèses B et G ne se distinguent plus alors. en prenant pour la force vive la définition nouvelle. le champ purement élec- trostatique. Avec la théorie de Lorentz. le moment de la quantité de mouvement est une constante. avec la théorie d'Abraham. réquation des aires est remplacée par une autre équivalente. de même. Le mouvement du périhélie de Mercure serait donc de 7" dans la théorie de Lorentz et de 5" . identique à celle de New- ton. Pour les l'astre et a le planètes. quoique les calculs soient un peu plus compliqués. en vertu de .262 centre SCIENCE ET MÉTEODS fixe.

bien extrêmement petit. Ajoutons qu'en ce qui concerne Vénus mouvement du périhélie (pour une même vitesse angulaire de ce mouvement) serait beaucoup plus difficile à déceler par les observations astronomiques. le est beaucoup plus En résumé. convient d'une théorie expliquer la dans les espaces interplanétaires. III LA THËORiE DE LESAGE II de rapprocher ces considérations proposée depuis longtemps pour gravitation universelle. Cela ne peut pas être regardé ment en faveur de qu'il pour la comme un argu- nouvelle Dynamique. U vations faible astronomiques serait périhélie de Mercure^ de été observé san^ que pour Mercure. la cure. et six cents fois plus petit pour la Lune que soit grand.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET est insensible Il que n 863 l' ASTRONOMIE également pour la Lune. seul effet swsible sur être même un les obser- mouvement du sens que celui qui a expliqué^ mais notablement plus faible. il est cinq fois plus petit pour Vénus. Supposons que. en somme. circulent dans . puis- faudra toujours chercher une autre explication plus grande partie de l'anomalie de Mermais cela peut encore moins être regardé comme un argument contre elle. parce que a est pour Mercure. parce que Texcentricité des orbites et la Terre.

par les chocs de ces corpuscules. si deux corps A et B sont en présence. et cette énergie devrait se retrouver sous forme de chaleur. Il faut donc que le choc fasse perdre de l'énergie aux corpuscules. et il pousseront A vers B. sans cela. ou d'après une loi intermédiaire? Les corpuscules de Lesage ne peuvent se comporter comme des Telle est la théorie de Lesage . doivent est-ce avoir lieu les chocs prévus par cette théorie parfaitement élastiques. Mais.. en apparence. Alors. sans lui. par exemple. et nous allons la plaçant d'abord au point de vue nous en discuter de la Mécanique ordinaire.SCIENCE ET MÉTHODE 264 grandes vitesses. Mais quelle serait la quantité de chaleur ainsi produite? Observons que Tattraction passe à travers les corps. parce que les corpuscules interceptés par le corps B seraient remplacés par d'autres qui auraient rebondi sur B. puisque ces chocs se répartissent tous les sens. ou ne seront plus qu'imparfaitement compensés. non pas comme un . corps parfaitement élastiques. et que le calcul prouve que la compensation serait parfaite. des corps isolé dans l'espace ne sera pas affecté. d'abord. les chocs reçus par A dans la direction opposée à celle de B n'auront plus de contre-partie. il faut donc nous représenter la Terre. Comment. auraient frappé A. TefTet serait nul. Un également dans toutes les directions. le corps B jouera le rôle d'écran et interceptera une partie des corpuscules qui. lois des corps les d'après ou d'après celles des corps dépourvus d'élasticité. avec de très corpuscules très ténus. .

est affaiblie tout au plus d'un dix-millionième.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE écran plein. puisqu'elle aurait une plus grande épaisseur à traverser. elle serdiit relativement plus faible pour les gros corps que pour les petits. en effet. l'attraction était absorbée par les corps qu'elle traverse. rappelons que Laplace a démontré que l'attraction. Pour nous en rendre compte. si nous adoptons la théorie de Lesage. dans le mouvement de la Lune. et sa démonstration ne laisse rien à désirer si. Darwin a démontré que la théorie de Lesage ne conduit exactement à la loi de Newton qu'en supposant des corpuscules entièrement dénués d'élasticité. mais entre lesquelles*' les corpuscules de Lesage peuvent circuler librement. une inégalité très sensible. L'attraction du Soleil sur la Terre serait donc relativement plus faible que celle du Soleil sur la Lune. à la distance 1 sera alors proportionnelle. et il en résulterait. non seulement la Terre n'est pas un écran plein. mais ce n'est pas même une passoire. puisque les vides y tiennent beaucoup plus de place que les pleins. L'attraction exercée par la Terre sur une : masse à la 1 fois. Ainsi. en traversant la terre. elle ne serait plus proportionnelle aux masses. à la surface totale S des molécules sphé- . qui de petits écrans. mais comme formée nombre de molécules sphériques jouent individuellement le rôle 265 d'un très grand très petites. que la surface totale des molécules sphériques qui composent la Terre est tout au plus la dix-millionième partie de la surface totale de la Terre. Nous devons donc conclure.

sans aller au-devant de certains chocs. comme Sov. à 24. et au cube de la cules. à valent aucune résistance. à la racine carrée de la densité formé par les corpuscules. nous voyons que Cette résistance variant Tattraction varie rapport de la résistance au carré de l'attraction le en raison inverse du produit S«. Mais il faut tenir compte de la résistance éprouvée par un corps qui se meut dons un pareil milieu. à la vitesse v des corpusp du milieu La chaleur produite sera densité p.10*'^ fois celle de la lumière. tandis que comme S^pv. Nous pouvons en déduire p et la quantité de cha- cette quantité suffirait pour élever température de 10^6 degrés par seconde. de sorte que la compensation réalisée à Tétat de repos ne peut plus subsister. Nous avons donc une limite inférieure du produit Sv. en efiet. à la vitesse v. en fuyant. il ne peut se mouvoir. et la précision des observations nous permet de fixer une limite à la résis- tance du milieu. Nous avions déjà une limite supérieure de est S (par l'absorption de l'attraction par rieure de la les corps nous avons donc une limite infévitesse v. . la Terre recevrait dans un temps donné lO^o fois plus de leur produite la . au contraire. on sait que les corps célestes se meuvent comme s'ils n'éprouproportionnelle à S. or.. La résistance calculée est p et à z. devant ceux qui viennent dans la direction opposée. proportionnelle à S.266 SCIENCE ET MÉTHODE riques qui la composent. qui doit être au moins égale qu'elle traverse) .

LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 267 le Soleil n'en émet dans le même temps. M. On ne serait pas conduit à des résultats moins fantastiques si. par exemple. la force vive de ces corpuscules ne serait pas entièrement en chaleur. A la vérité. . de sorte que ce serait seulement la portion de cette force vive convertie en Chaleur qui contribuerait à produire l'attraction et que cela reviendrait au même. Il est évident que la Terre ne résisterait pas long- temps à un pareil régime. Tommasina. ne veux pas parler de la chaleur que le Soleil je envoie à la Terre. mais de celle qu'il rayonne dans chaleur que toutes les directions. Les difficultés ne sont pas écartées pour cela la vitesse de propagation ne peut être que celle de îa . Quand un objet matériel reçoit une onde lumineuse. cette onde exerce sur lui une action mécanique due à la pression Maxwell-Bartholi. contrairement aux vues de Darwin. mais l'attraction produite moindre également. Les ondes en question pourront donc jouer le rôle des corpuscules de Lesage. sup- primons les corpuscules et imaginons que Téther soit parcouru dans tous les sens par des ondes lumineuses venues de tous les points de l'espace. un emploi judicieux du théorème du viriel permettrait de s'en convertie serait rendre compte. on douait les corpuscules de Lesage d'une élasticité imparfaite sans être nulle. On peut transformer la théorie de Lesage. C'est là ce qu'admet. tout comme s'il avait reçu le choc d'un projectile matériel.

il jfaut que la lumière soit partiellement absorbée . Sans compter que. quelque pénétrants qu'ils nous paraissent. Pour qu'il y ait attraction. de telle sorte que le Soleil nous paraîtrait s'y détacher en noir. l'attraction n'est pas absorbée par les corps qu'elle traverse. le ciel entier devrait nous paraître beaucoup plus brillant que le Soleil. trants que les rayons X ordinaires. tout comme dans Thypothèse des corpuscules parla faitement élastiques. la lumière qui permettrait d'expliquer rattracLion devrait se rapprocher beausi coup plus des rayons lumière ordinaire. rente de la lumière ordinaire et être. mais alors il y a production de chaleur. La lumière qui produirait Tattraction newtonienne devrait être considérablement diffé. sans quoi le Soleil nous repousserait au lieu de nous attirer. Et encore les rayons X de ROnlgen que de la X ne suffiraient pas.SCIENCE ET MÉTHODE 268 lumière et Toii est ainsi conduit. ou elle l'est à peine il n'en est pas de même de la lumière que nous connaissons. Les calculs ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on fait dans la théorie de Lesage ordinaire. par exemple. de très courte longueur d'onde. nos yeux étaient sensibles à cette lumière. l'effet est nul. si lumière se réfléchit intégralement. pour du milieu. à un la résistance chiffre inadmissible. et le résultat conserve le même caractère fantastique. D'ailleurs. D'un autre côté. ils ne sauraient il faudra passer à travers la Terre tout entière pénéplus X' beaucoup rayons imaginer des donc . Ensuite une . Pour toutes ces raisons.

Si on ne veut pas qu'elle transformée en chaleur. Telles sont les hypothèses compliquées auxquelles on est conduit quand on veut rendre viaJble la théorie de Lesage. tout ce que nous venons de dire suppose les lois ordinaires de la iront-elles mieux si Mécanique. 11 faut donc supposer que ces corpus- lois cules ne sont pas élastiques. et alors d'imaginer une loi il est difficile de choc compatible avec le Prin- cipe de la Relativité. pouvons-nous conserver le Principe de la Relativité ? Donnons d'abord à la théorie de Lesage sa forme primitive et supposons l'espace sillonné par des corpuscules matériels. Les choses nous admettons la nouvelle Dynamique? Et d'abord. Si nous supprimons les corpuscules et si nous revenons à Phypothèse de la pression Maxwell- . ce qui conduirait à une production de chaleur énorme. et cependant une résistance du milieu très sensible. D'ailleurs. on trouverait encore une production de chaleur considérable. les de leur choc seraient conformes à ce Principe de Relativité. si ces corpuscules étaient parfaitement élastiques.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 2G9 portion de Ténergie de ces rayons X' devrait être détruite. que Ton pourra appeler X" et qui devront être beaucoup plus pénétrants encore que les rayons X'. il faut admettre qu'elle est rayonnée dans soit tous les sens sous forme de rayons secondaires. Mais. sans quoi ils phénomènes troubleraient à leur tour les d'attraction. mais nous savons qu'alors leur effet serait nul. sans quoi il n'y aurait pas d'attraction.

c'est que c'est la l'élecvibration de l'éther qui entraîne l'électron tron doit donc être en retard sur l'éther. il absorbe de l'énergie. L'action moyenne est proportionnelle à cette différence. en effet.Mectron.SCIENCE ET MÉTHODE 270 ne seront pas moindres. variant en raison inverse du carré des distances et proportionnelle à Ténergie absorbée par les deux élec- Je ne puis entrer trons. Cette action est très faible elle change de signe dans le courant de la période. ici dans le détail des calculs. . Considérons un système d'électrons plongés dans un éttier parcouru en tous sens par des ondes lumineuses. en particulier celui qui est dû à la perturbation lumineuse eUe-même. être . l'électron et celles de l'éther. va entrer en vibration sa vibration va mais il synchrone de celle de la lumière pourra y avoir une différence de phase. un de ces électrons. par conséquent à l'énergie absorbée par l'électron. . doit exercer une action mécanique sur de plus. Un électron en mouvement est assimilable à un courant de convectîon. Si. néanmoins. le résultat final est une que disons seulement attraction de deux électrons quelconques. cet . si Télectron absorbe une partie de l'énergie incidente. frappé par Tune de ces ondes. . C'est ce qu'a tenté Lorentz lui-même dans son Mémoire à l'Académie des Sciences d'Amsterdam Bartholi. l'action moyenne n'est pas nulle s'il y a une différence de phase entre les vibrations de . donc tout champ magnétique. du 25 les difficultés avril i900.

IV % CONCLUSIONS. sans produc- tion de chaleur. Il aurait trouvé que la température de la Terre devrait s'accroître de 10^^ degrés par seconde. sans quoi le lecteur aurait eu lieu d'être effrayé par leur hardiesse. et c'est ce qui a déterminé Lorentz à abandonner cette théorie.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 27i ne peut donc y avoir d'attraction sans absorp- Il tion de lumière et. d'ici quelques années. pour terminer. notre enseignement secondaire courra . Les théoil ries nouvelles ne sont pas encore démontrées doctrines . par conséquent. le droit de les traiter par le mépris. beaucoup elles s'appuient seulement sur un ensemble assez sérieux de probabilités pour s'en faut de qu'on n'ait pas . j'ai . ces théories subissent de nouvelles épreuves et qu'elles en triomphent. sans doute. Qu'on me permette un vœu. Le nœud mann de la question est dans l'expérience de Kauf- et celles qu'on pourra tenter pour la vérifier. Je me donner en peu de mots une suis efforcé de idée aussi complète que possible de ces nouvelles cherché à expliquer comment elles avaient pris naissance. Supposons que. Il aurait été beaucoup plus effrayé encore s'il avait poussé le calcul jusqu'au bout. qui ne diffère pas au fond de celle de Lesage-Maxwell-Bartholi. De nouvelles expériences nous apprendront. ce qu'on en doit définitivement penser.

L'autre n'est qu'un luxe. nos voitures n'atteindront jamais les vitesses où elle n'est plus vraie. plus de nuire au nécessaire. C'est avec la Mécanique ordinaire qu'ils doivent c'est la seule qu'ils auront jamais à applivivre quer quels que soient les progrès de l'automobilisme. Les nouveautés sont si attrayantes. on voudra ouvrir aux enfants des aperçus et. on les avertira qu'elle a fait son temps et qu'elle était bonne tout au plus pour cette vieille ganache de Laplace. quand ils ne risqueront plus de la désapprendre. quand ils auront pris le pli de ne penser que par elle. faire quelques professeurs vou- une place aux nouvelles théories. avant de leur enseigner la mécanique ordinaire. et il dur de ne pas sembler assez avancé Au moins. quand ils^s'en seront pénétrés jusqu'aux moelles. et Ton ne doit penser au luxe que quand il ne risque est si ! .272 SCIENCE ET MÉTHODE un grand danger alors : dront. sans inconvénient. leur en montrer les limites. alors on pourra. I . . Et alors. Est-il bon de les avertir qu'elle n'est qu'approchée ? Oui mais plus tard. ils ne prendront pas Thabitude de la Mécanique ordinaire. . sans doute.

Tout le monde sait comment un grand nombre de physiciens modernes se représentent la constisuive. mais que personne jusqu'à ce jour ne s'est préoccupé de résoudre. c'est de donner une idée des problèmes qui se posent. Les considérations que je veux développer ici. qui nous a ouvert un nouveau champ de recherches.LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE CHAPITRE La voie lactée et la I théorie des gaz. ont peu attiré jusqu'ici l'attention des astronomes . Je n'ai pas faire connaître. mais qui attend encore qu'on l'y je n'aurais non plus de résultats originaux à que je puis faire. les gaz sont formés d'une multitude . et tout ce tution des gaz. guère à citer qu'une idée ingénieuse de lord Kelvin.

vient à notre aide en face d'un demi-désoidre. qui constitue la nous montre que les également réparties entre toutes les directions. mais dans . y semble d'abord que les chocs désordonnés de cette innombrable poussière ne peuvent engendrer s'il Il qu'un chaos inextricable devant lequel l'analyste doit reculer. nous devions désespérer. il n'est pas nécessaire cules viennent en contact. leur attraction ou leur répulsion mutuelle les fait dévier à droite ou à gauche. cette une sorte d'ordre moyen où C'est l'étude de cet ordre loi statistique rétablit l'esprit moyen peut se reprendre. mais il n'y a pas lieu d'entendre ce mot choc dans son sens l'autre. Ces molécules agissent probablement à dis- tance les unes sur les autres. mais que théorie cinétique des gaz vitesses des molécules . cette loi suprême du hasard. Les lois de la sont déviation qu'elles subissent mêmes que les avait eu choc véritable.SCIENCE ET MÉTHODE 274 innombrable de molécules qui. C'est ce qu'on appelle quelquefois un choc. elle sont . animées de grandes vitesses. se croisent et s'entrecroisent dans tous les sens. Mais la loi des grands nombres. il que suffit les deux molé- qu'elles appro- chent assez l'une de l'autre pour que leurs attractions mutuelles deviennent sensibles. elles ne cessent de Tètre deux molécules viennent à passer assez près l'une de dans ce cas. habituel. mais cette action décroît très rapidement avec la distance. que leurs trajectoires restent de sorte sensiblement recti- que quand lignes. que la grandeur de ces vitesses varie d'une molécule à l'autre. le d'ésordre extrême.

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ

même

275

soumise à une loi, dite loi
de Maxwell. Cette loi nous apprend combien il y a
de molécules animées de telle ou telle vitesse. Dès
que le gaz s'écarte de cette Joi, les chocs mutuels
des molécules, en modifiant îa grandeur et la direction de leurs vitesses, tend à l'y ramener promptement. Les physiciens se sont efforcés, non sam
succès, d'expliquer de cette matière les propriété^
expérimentales des gaz, par exemple la loi de
cette variation

est

Mariotte.

Considérons maintenant la Voie Lactée
là aussi,
nous voyons une poussière innombrable, seulement
les grains de cette poussière ne sont plus des atomes,
;

ce sont

des astres

,

ces grains se

avec de grandes vitesses

;

ils

meuvent aussi

agissent à distance les

uns sur les autres, mais cette action est si faible à
grande distance que leurs trajectoires sont rectiliet cependant, de temps en temps, deux
gnes
d'entre eux peuvent s'approcher assez pour être
déviés de leur route, comme une comète qui a passé
trop près de Jupiter. En un mot, aux yeux d'un
géant pour qui nos Soleils seraient pour nous nos
atomes, la Voie Lactée ne semblerait qu'une bulle
de gaz.
Telle a été l'idée directrice de lord Kelvin. Que
pouvons-nous tirer de cette comparaison ? Dans
quelle mesure est-elle exacte ? C'est ce que nous
allons rechercher ensemble ; mais avant d'arriver à
une conclusion définitive, et sans vouloir la préjuger, nous pressentons que la théorie cinétique des
gaz sera pour l'astronome un modèle qu'il ne devra
;

276

flCIENCE ET

MÉTHODE

pas suivre aveuglément, mais dont
ment s'inspirer. Jusqu'à présent,

il

pourra

utile-

Mécanique
attaquée
qu'au
système
solaire,
s'est
ne
ou à
Cteleste
quelques systèmes d'étoiles doubles. Devant cet
ensemble présenté par la Voie Lactée, ou les amas
d'étoiles, ou les nébuleuses résolubles, elle reculait,
parce qu'elle n'y voyait que le chaos. Mais la Voie
î^actée n'est pas plus compliquée qu'un gaz
les
méthodes statistiques fondées sur le calcul des prola

;

babilités

applicables

à

celui-ci,

le

sont aussi

à

Avant tout, il importe de se rendre compte
ressemblance des deux cas, et de leur diffé-

celle-là.

de

la

rence.

Lord Kelvin s'est efforcé de déterminer par ce
on en est
les dimensions de la Voie Lactée
réduit pour cela à compter les étoiles visibles dans
nos télescopes mais nous ne sommes pas sûrs que
derrière les étoiles que nous voyons, il n'y en a pas
d'autres que nous ne voyons pas ; de sorte que ce
que nous mesurerions de cette manière, ce ne serait
pas la grandeur de la Voie Lactée, ce serait la portée
de nos instruments. La théorie nouvelle va nous
offrir d'autres ressources. En effet, nous connaissons

moyen

;

;

les

mouvements des

étoiles

les plus

voisines

de

et nous pouvons nous faire une idée de la
grandeur et de la direction de leurs vitesses. Si les
idées exposées plus haut sont exactes, ces vitesses
doivent suivre la loi de Maxwell, et leur valeur
moyenne nous fera connaître, pour ainsi dire, ce
qui correspond à la température de notre gaz fictif.
Mais cette température dépend elle-même des

nous,

277

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAi

dimensions de notre bulle gazeiize. Comment va, en
effet, se comporter une masse gazeuse abandonnée
dans le vide, si ses éléments s'attirent d'après la loi
de Newton ? Elle va prendre la forme sphérique de
plus, par suite de la gravitation, la densité va être
plus grande au centre, la pression croîtra aussi de la
superficie au centre à cause du poids des parties
extérieures attirées vers le centre enfin, la tempéla température et la
rature croîtra vers le centre
pression étant liées par la loi dite adiabatique,
comme il arrive dans les couches successives de
;

;

:

notre atmosphère.
sera nulle, et

il

A

même,

la surface

même

en sera de

de

la

la pression

température

absolue, c'est-à-dire de la vitesse des molécules.

Une question

se pose ici

:

j'ai

parlé de la

loi

adiabatique, mais cette loi n'est pas la inême pour

tous les gaz, puisqu'elle dépend du rapport de leurs

deux chaleurs spécifiques pour Tair et les gaz analogues, ce rapport est de 1,42; mais est-ce à l'air
qu'il conviendrait d'assimiler la Voie Lactée? Evidemment non elle devrait être regardée comme un
gaz monoatomique, comme la vapeur de mercure,
comme Targon, comme Thélium, c'est-à-dire que le
;

;

rapport des chaleurs spécifiques devrait être pris

une de nos molécules ce
système solaire mais les planètes sont de bien petits personnages, le Soleil seul;
compte, de sorte que notre molécule est bien monoa-i
tomique. Et si nous prenons même une étoile

égal à 1,66. Et, en
serait par

double,

exemple

il

est

effet,

le

probable que

;

l'action

d'un

astre

étranger qui viendrait à en approcher deviendrait

>

SCIENCE ET MÉTHODE

278

assez sensible pour dévier le

mouvement de

transla-

tion général du système bien avant d'être capable

de troubler les orbites relatives des deux composantes rétoile double, en un mot, se comporterait
;

comme un atome

indivisible.

Quoi qu'il en soit, la pression, et par conséquent
température, au centre de la sphère gazeuse
seraient d'autant plus grandes que la sphère serait
la

plus grosse, puisque la pression s'accroît du poids

de toutes les couches superposées. Nous pouvons
supposer que nous sommes à peu près au centre de

Voie Lactée, et en observant la vitesse moyenne
étoile?»^ nous connaîtrons ce qui correspond à la température csjitrale de notre sphère
la

propre des

gazeuse et nous déterminerons son rayon.
Nous pouvons nous faire une idée du résultat par
faisons une hypothèse
les considérations suivantes
:

Voie Lactée est sphérlque, et les
masses y sont réparties d'une façon homogène ; il
en résulte que les astres y décrivent des ellipses
ayant même centre. Si nous supposons que la
plus simple

:

la

vitesse s'annule à la surface,

nous pouvons calculer

au centre par l'équation des forces
vives. Nous trouvons ainsi que cette vitesse est
proportionnelle au rayon de la sphère et à la racine
carrée de sa densité. Si la masse de cette sphère
était celle du Soleil et son rayon celui de l'orbite
terrestre, cette vitesse serait (il est aisé de le voir)
celle de la Terre sur son orbite Mais dans le cas
cette vitesse

que nous avons supposé, la masse du Soleil devrait
être répartie dans une sphère de ravon 1.000.000 de

«

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ
fois plus

grand, ce rayon étant

rapprochées

la distance

279

des étoiles

donc lO^^ fois
plus petite; or, les vitesses sont du même ordre,
donc il faut que le rayon soit 10^ fois plus grand,
les plus

;

la densité est

soit 1.000 fois la distance des étoiles les plus rapprochées, ce qui ferait environ un milliard d'étoiles

dans la Voie Lactée.
Mais vous allez dire que ces hypothèses s'écartent
beaucoup de la réalité d'abord, la Voie Lactée n'est
pas sphérique et nous allons revenir bientôt sur ce
;

point, et ensuite la théorie cinétique des gaz n'est

pas

compatible

avec

l'hypothèse

d'une

sphère
calcul exact conformé-

homogène. Mais en faisant le
ment à cette théorie, on trouverait un résultat différent sans doute, mais du même ordre de grandeur ;
or, dans un pareil problème, lès données sont si
incertaines que Tordre de grandeur est le seul but
que nous puissions viser.
Et ici une première remarque se présente; le
résultat de lord Kelvin que je viens de retrouver
par un calcul approximatif, concorde sensiblement
avec les évaluations que les observateurs ont pu
-faire

avec leurs télescopes

;

de sorte

conclure que nous sommes

qu'il

faudrait

tout près de percer
Voie Lactée. Mais cela nous permet de résoudre
une autre question. Il y a les étoiles que nous
voyons parce qu'elles brillent mais ne pourrait-il
y avoir des astres obscurs qui circuleraient dans les
espaces interstellaires et dont l'existence pourrait
rester longtemps ignorée ? Mais alors, ce que nouj
donnerait la méthode de lord Kelvin, ce serait le
la

;

SCIENCE ET MÉTHODE

2S0

nombre

en y comprenant les étoiles
son chiffre est comparable à celui

total des étoiles,

obscures

;

comme

que donne le télescope, c'est qu'il n'y a pas de
matière obscnro, ou du moins qu'il n'y en a pas tant
que de matière brillante.
Avant d'aller plus loin, nous devons envisager le
problème sous un autre biais. La Voie Lactée ainsi
constituée est-elle bien l'image d'un gaz proprement
dit ? On sait que Crookes^ a introduit la notion d'un
quatrième état de la matière, où les gaz devenus
trop raréfiés ne sont plus de vrais gaz et deviennent
ce qu'il appelle la matière radiante. La Voie Lactée,
vu la faiblesse de sa densité, sera-t-elle Timage de
la matière gazeuse ou celle de la matière radiante ?
Ce sera la considération de ce qu'on appelle le
libre parcours qui nous fournira la réponse.
La trajectoire d'une molécule gazeuse peut être
regardée comme formée de segments rectilignes
raccordés par des arcs très petits correspondant
aux chocs successifs. La longueur de chacun de ces

segments

est ce

qu'on

cette longueur n'est

appelle

pas la

le

même,

libre parcours

;

bien entendu,

pour tous les segments et pour toutes les molémais on peut prendre une moyenne c'est ce
cules
que l'on appelle le parcours moyen. Celui-ci est
d'autant plus grand que la densité du gaz est plus
faible. La matière sera radiante si le parcours moyen
est plus grand que les dimensions du vase où le
gaz est enfermé, de façon qu'une molécule ait
chance de parcourir le vase entier sans subir de
choc; elle reste gazeuse dans le cas contraire. II
;

;

. c'est-à-dire sans passer assez près d'une autre étoile pour être sensiblement déviée de sa route ? Qu'entendons-nous par assez près ? Cela est étoile a-t-elle des forcément un peu arbitraire mettons que cela soit la distance du Soleil à Neptune. mais celle de la matière radiante de Crookes. Qu'arrive-t-il alors pour la Voie Lactée ? C'est une masse de gaz dont la densité est très faible. mais dont les dimensions sont très grandes une . dans un petit vase et . le rayon de ces sphères sera vu sous un angle d'un dixième de seconde environ. nous étoiles de la . Avonsnous des chances pour que ces cercles recouvrent un grand nombre de fois la sphère céleste ? Loin de là ils n'en recouvriront que la seize millième partie. t-elle passer moyenne des entre ces sphères ? A la distance Voie Lactée.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ résulte de là qu'un 281 même fluide peut être radiant gazeux dans un grand vase c'est peut-être pour cela que. il faut pousser le vide d'autant plus loin que le tube est plus grand. Néanmoins. ce qui représenterait une déviation d'une dizaine de degrés supposons donc chacune de nos étoiles enveloppée d'une sphère de garde de ce rayon une droite pourra. Ainsi. n'avons pas à les modifier sensiblement. . Plaçons sur la sphère céleste un milliard de petits cercles d'un dixième de seconde de rayon. et nous avons un milliard d'étoiles. chances de la traverser sans subir de choc. comme nos conclusions précédentes sont heureusement très peu précises. . dans un tube de Crookes. la Voie Lactée n'est pas l'image de la matière gazeuse.

ces amas sont beaucoup plus petits que la Voie Lactée. . puisque c'est là la Mais : n'est forme d'équilibre que prendrait un gaz isolé dans Il existe. de telle façon qu'un amas soit une sphère homogène chaque étoile décrirait alors une ellipse et toutes ces orbites seraient parcourues dans le même temps. des amas d'étoiles dont la forme est globulaire et auxquels s'appliquerait mieux ce que nous venons de dire jusqu'ici. les que par innombrables des molécules. direz-vous. puisqu'elle est plus épaisse au centre mais elle ne serait pas aussi accentuée. or. et bien qu ils soient plus denses.SCIENCE ET MÉTHODE 282 autre difficulté la Voie Lactée il y a une pas sphérique. . Il gaz n'atteignent suite des chocs y aurait peut-être . Malheureusement. en revanche. ils nous donneront plutôt quelque chose d'analogue ration serait stable. Mais. de sorte qu'au bout d'une période Tamas retrouverait sa configuration primitive et que cette configu- amas ne on observe une condensation au centre. les paraissent pas homogènes . Herschel s'était déjà préoccupé d'expliquer leurs remarquables apparences. et nous avons jusqu'ici raisonné comme si elle Tétait. on l'observerait quand même la sphère serait homogène. Tespace. à de la matière radiante leur équilibre adiabatique . On peut donc plutôt comparer un amas à un gaz en équilibre adiabatique et qui prend la forme sphérique parce que c'est la figure d'équilibre d'une masse gazeuse. dont ils font même probablement partie. Il supposait que les étoiles des amas sont uniformément distribuées.

Nous avons donné plus haut une valeur pour les dimensions de la Voie Lactée. nous aurions encore une matière que Ton pourrait regarder comme gazeuse si par hasard il y avait eu dans Tamas des étoiles dont la vitesse était plus grande. mais arrivées à arrière et le la surface. elles reviendront traverseront de nouveau . Il est clair alors qu'une masse partie sans vitesse de la surface arrivera au centre avec des vitesses différentes. elles Font quitté pour n'y plus revenir. . ceci entraîne un certain embarras. Or. nous avons admis que les vitesses propres des étoiles. il serait curieux d'examimer les amas connus. elles finiront par être déviées par un choc. 13 . jusqu'à présent. suivant qu'elle sera partie de la surface dans le voisinage du milieu du disque ou bien du bord du disque la vitesse serait notablement plus grande dans le dernier cas. en après un grand nombre de traversées. elle n'est pas sphérique et on se la représenterait plutôt comme un disque aplati. doivent être comparables à celles qu'atteindraient de semblables masses. elles en sont sorties depuis longtemps. et nous l'avons déduite des vitesses propres observées . . dans ces conditions.LA \OIE LACTÉE ET LA TOÉORIE DES GAI 283 moyen d'arranger cela. Mais revenons à la Voie Lactée. Pour toutes ces raisons. Supposons que les étoiles de Tamas aient justement assez d'énergie pour que leur vitesse s'annule quand elles arrivent à la surface alors. de chercher à se rendre compte de la loi des densités et de voir si c'est la loi adiabatique des gaz. celles que nous observons. elles pourront traverser Tamas sans choc.

D'autre part. de sorte que le système tendra vers la forme sphérique. car par suite des chocs. un pareil équilibre ne saurait être que provisoire. et c'est pour cette raison qu'il plan. manquent pour faire le la Terre sur Torbite . seule figure d'équilibre d'une masse gazeuse isolée. vont acquérir à la longue des vitesses nota-^ blés dans le sens perpendiculaire à la Voie Lactée et finiront par sortir de son plan. Ou bien le système tout entier est animé d'une lotation commune. les molécules. mais d'ailleurs distribuées uniformément dans tous les sens parallèlement à ce : en est ainsi. l'observation des mouve^ ments propres doit nous révéler une prépondérance des composantes parallèles à la Voie Lactée c'est à voir. ou du rayon du disque? Les données me. comme Jupiter.SCIENCE ET MÉTHODE S84 même qui sont du ordre de grandeur que celle de mais quelle est la dimension ainsi? Est-ce Tépaisseur? mesurée avons nous que est-ce le rayon du disque? C'est sans doute quelque chose d'intermédiaire mais que pouvons-nous dire alors de l'épaisseur elle-même. . me borne à vous faire entrevoir la possibilité de fonder une évaluation au moins approchée sur une discussion approfondie des mouvements calcul. Et alors nous nous trouvons en présence de deux ou bien les étoiles de la Voie Lactée hypothèses sont animées de vitesses qui sont en majorité parallèles au plan galactique. S'il . je veux dire les astres. je propres. tst aplati comme la Terre. comme . car je ne sais si une discussion systématique a été faite à ce point de vue.

Si les nébuleuses spirales sont d'autres Voies Lactées. sa distance est 10. par leur mouvement apparent. 285 comme que la rotation soit rapide. sera une rotation très rapide. Ils ne nous apprendront rien sur la rotation elle-même. et on pourrait étudier leurs mouvements propres. il faut l'équilibre stable soit possible. étrangères à la nôtre. une vitesse lO^^ plus lente que celle de la Terre. mais sur sa rotation. lui serait donc équivalente au point de vue de l'aplatissement. les observables nous mouvements propres paraîtront uniformément distri- bués et il n'y aura plus de prépondérance pour les composantes parallèles au plan galactique. elles ne sont pas entraînées dans cette rotation. une vitesse de rotation qui sera /lïP fois plus petite que celle du Soleil. soit un trentième de seconde d'arc par siècle. bien . mais il faut s'entendre sur le sens de ce mot. Il est vrai qu'elles sont très une nébuleuse a les dimensions de la Voie Lactée et si son rayon apparent est par exemple de 20".000 fois le rayon de la Voie Lactée. si Mais cela ne fait rien. presque trop rapide pour que l'aplatissement est considérable. Les étoiles fixes. La densité de la Voie Lactée est 10**^ fois plus faible que celle du Soleil. puisque ce n'est pas sur translation de notre système que nous leur la deman- dons des renseignements.r VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ I>A tous corps les qui tournent. nous révèlent bien la rotation diurne de la Terre. puisque nous faisons partie du système tournant. Dans cette hypothèse. éloignées . rapide sans doute. Seulement.

Je ne discuterai pas relative de plus longtemps la valeur ces deux hypothèses parce qu'il y en a une troisième qui est peut-être plus vraisemblable. ces nébuleuses ne sont donc pas formées d'étoiles . Malheureusement. ils celle d'Orion. si rapide qu'elle soit relativement. On sait que parmi les nébuleuses irrésolubles. dans cette deuxième hypothèse. soit qu'elles aient . la rotation possible de la Voie Lactée. Quoi qu'il en soit. Les spectres des deux premières familles ont été irrégulières déterminés. les sont discontinus. en un mot. quelque chose.1 ^88 SCIENCE ET MÉTHODl que leur distance soit immense. et d'ailleurs les pointés sur les nébuleuses ne peuvent être très précis il faudrait donc des milliers d'années d'observations pour apprendre . d'autres Voies Lactées très tée. d'ailleurs leur dis- tribution sur le ciel paraît dépendre de la Voie Lac- une tendance à s'en éloigner. les nébuleuses généralement considérées comme spirales sont indépendantes de la Voie Lactée on admet qu'elles sont comme elle formées d'une multitude d'étoiles. Les travaux récents de Stratonoff tendent à nous fuire regarder la Voie Lactée elle-même comme une nébuleuse spirale. est bien lente au point de vue absolu. et c'est là . elles font donc partie du système. la figure de la Voie Lactée serait une figure d'équilibre définitif. que ce sont. on peut distinguer plusieurs familles comme : les nébuleuses nébuleuses planétaires et annulaires. éloignées de la nôtre. les nébuleuses spirales. soit au contraire à s'en rapprocher. Au contraire.

Mais ce n'est pas tout que ces nébuleuses ne peuvent pas être .LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE PES GAZ la troisième Comment 287 hypothèse dont je voulais vous parler. expliquer les apparences si singulières présentées par les nébuleuses spirales. que la rotation du noyau central soit rapide (vous savez ce que j'entends par ce mot). et c'est pour cela que l'aile marchante semble en retard. par exemple. ni même à un gaz en équilibre relatif sous l'empire d'une rotation uni- forme . mais en s'éloignant. il faut les comparer à un gaz en mouvement permanent dans lequel régnent des courants intestins. il est évident que c^est Vaile mar- chante qui est en retard sur le pivot et cela déter- mine il le sens de la rotation. et les étoiles vont tendre à s'évader par l'équateur et formeront des courants divergents . comme leur moment de rota- tion reste constant. tous les rayons spiraux sont courbés dans . trop rapide pour l'équilibre stable. est clair assimilées à un gaz en repos. Dans cette manière de voir.ïla rotation. il n y aurait pas un véritable mouvement permanent. et qui sont trop régulières et trop constantes pour être dues au hasard ? Tout d'abord. leur vitesse angulaire va diminuer. le noyau central perdrait constamment de la matière qui s'en irait pour ne plus revenir et se viderait progressivement. le même sens. . et que le rayon vecteur augmente. Supposons. alors à l'équateur la force centrifuge l'emportera sur l'at-r traction. il suffit de jeter les yeux sur une de ces images pour voir que la masse est en rotation on peut même voir quel est le sens èz.

D'ailleurs. Dès qu'une inégalité s'est produite. Une question subsiste . et. l'étoile perd sa vitesse et finit par s'arrêter. l'essaim s'étant courbé. il exercée par les couches centrales de l'essaim sur couches extrêmes. A mesure qu'elle s'éloigne. à ce moment ramène vers le noyau l'attraction la ressaisit et la y aura donc des courants centripètes. elle tend à s'accentuer par cette cause* . au bout d'un certain temps. On peut admettre toutefois que la rotation du noyau est plus rapide que celle tend à ralentir le pivot et celle des rayons. un régime les permanent s'établit. pourquoi ces essaims cen- tripètes et centrifuges tendent-ils à se concentrer en rayons au lieu de se disséminer un peu partout ? Pourquoi ces rayons se répartissent-ils régulièrement? Si les essaims se concentrent. l'at- traction exercée sur le pivot par l'aile marchante du pivot sur l'aile marchante tend à accélérer la marche de cette aile qui n'augmente plus son retard. en effet. si nous reprenons la comparaison avec une troupe en bataille qui exécute une conversion. il faut que la force centrifuge composée soit compensée par Tattraction . c'est à cause de l'attraction exercée par les essaims déjà existants sur les étoiles qui sortent du noyau dans leur voisinage.288 SCIENCE ET MÉTHODE Mais nous pouvons modifier Thypothèse. Il faut admettre que les courants centripètes sont au premier rang et les courants centrifuges au deuxième rang. de sorte que finalement tous les rayons finissent par tourner avec une vitesse uniforme.

appeler votre attention sur une question. mais ce serait un équilibre instable. Ce que je viens de vous dire des courants intestins vous montre qu'il pourra y avoir quelque intérêt à discuter systématiquement l'ensemble des mouvements propres. Cette configuration nous donnerait donc l'équilibre. nous trouverons une configuration d'équilibre analogue avec quatre rayons courbes. égaux entre eux et se coupant à90*. que tous les astres soient dans deux plans rectangulaires de façon que leur distribution soit symétrique par rapport à ces deux plans. S'il y a rotation au contraire. ni pour que la symétrie s'altère. celle que nous faisons maintenant. Mais je voudrais. cet équilibre pourra être stable. Supposons qu'il n'y ait pas de rotation. Par symétrie. il n'y aurait pas de raison pour qu'ils sortent de ces plans. Je ne suis pas en état de préciser davantage : il me suffit de vous faire entrevoir que ces formes spi::^ raies pourront peut-être être expliquées un jour en ne faisant intervenir que la loi de gravitation et des considérations statistiques rappelant celles de la théorie des gaz. et si la rotation est assez rapide. pour terminer.LA VOIE LACTÉE BT LA THÉORIE DES GAZ Pourquoi ment? Cela les 289 rayons se répartissent-ils régulière- est plus délicat. celle de l'âge de la Voie Lactée ou des Nébuleuses. c'est ce qu'on pourra entreprendre dans une centaine d'années. Si ce que nous avons . quand on fera la seconde édition de la Carte du ciel et qu'on la comparera à la première.

Ce qui correspOind ici à la viscosité (et qui dépend des chances de choc des molécules) est excessivement faible. pas toujours cependant. Si ces chocs sont rares. une vitesse énorme. c'est qu'elles sont très vieilles. de sorte que le régime actuel pourra persister pendant un temps extrêmement long. et une fois sortie elle n'y rentrera plus. Nos nébuleuses spirales seraient assimilables à des gaz animés de mouvements permanents. Considérons notre atmoà la surface doit régner une température sphère infiniment petite et la vitesse des molécules y est : voisine de zéro. cet équilibre n'est pas définitif et ne saurait durer toujours. notre atmosphère se vide donc ainsi avec une . et nous aurons Une limite inférieure de leur âge.SCIENCE ET MÉTHOBS 290 cru voir venait à se confirmer. nous pourrions nous en faire une idée. si s'établir qu'à la suite d'un les nébuleuses ont atteint cet équilibre. de sorte que nos Voies Lactées ne pourront vivre éternellement ni devenir infini- ment vieilles. par suite des chocs. mais les gaz en mouvement sont visqueux et leurs vitesses finissent par s'user. il ne pourra se produire qu'après un temps très long. si réellement la Voie Lactée (ou au moins les amas qui en font partie). et alors elle va sortir de l'atmosphère. Mais il ne s'agit q le de la vitesse moyenne. Cette espèce d'équilibre statistique dont les gaz nous donnent le modèle ne peut grand nombre de chocs. Nous en aurions également une limite supérieure. une de ces molécules pourra acquérir (rarement il est vrai). Et ce n'est pas tout.

Mais ici une difficulté se bien. se fondant sur d'auconsidérations. La Voie Lactée va aussi de temps en temps perdre une étoile par le même mécanisme. Aussi bien est-il intéressant de poser des problèmes. âge qui doit si peu étoiles qui la en même durer? ou bien doivent-elles y arriver toutes successivement.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ 291 extrême lenteur. Faut-il croire que l'évolution de la Voie Lactée a commencé quand la matière était encore obscure? Mais comment les composent sont-elles arrivées toutes temps à Tâge adulte. Certains physiciens. et celles que nous voyons ne sont-elles qu'une faible minorité auprès de celles qui sont ou qui s'allumeront un jour? Mais comment que nous avons dit plus haut sur l'absence de matière obscure en proportion notable? Devrons-nous abandonner l'une des deux hypothèses. cette façon présente. notre minimum serait bien plus grand que cela. et laquelle? Je me borne à signaler la éteintes concilier cela avec ce difficulté sans prétendre la résoudre. cinquante millions d'années environ. . même quand la solution en semble bien lointaine. estiment que les Soleils ne tres peuvent avoir qu'une existence éphémère. nous allons trouver des chiffres énormes. et cela également limite sa durée. Eh il est certain que si nous supputons de Tâge de la Voie Lactée. je terminerai donc sur un grand point d'interrogation.

ne peuvent être entrepris sans de longues études qui épargnent bien des tâtonnements. Est-ce là . j'imagine qu'il répondrait « Je suis porté à croire un luxe : que la utiles . géodésie est une des sciences les plus car c'est une de celles qui nous coûtent le plus cher. Ces études ne peuvent se faire que sur une bonne carte. Tout le monde comprend quel intérêt nous avons forme et les dimensions de notre & connaître la globe mais quelques personnes s'étonneront peutêtre de la précision que l'on recherche. » Je voudrais essayer de vous faire une réponse un peu plus précise. ceux de la paix comme ceux de la guerre. inutile ? A quoi servent les efforts qu'y dépensent les géodésiens ? Si l'on posait cette question à un parlementaire. Mais une carte ne sera qu'une fantaisie sans aucune valeur si on veut la construire sans l'appuyer sur une . des saécomptes et des frais inutiles. Les grands travaux d'art.CHAPITRE II La Géodésie française.

mesures géodé- donc. sans bonne carte. au contraire. Si la Terre était aplatie. et les conquêtes de la science n'ont de valeur que si elles en préparent de nouvelles. Ces raisons suffiraient sans doute pour justifier bien des dépenses. ce n'était pas seulement pour connaître la forme de notre planète. mais ce sont des raisons propres à convaincre des hommes pratiques. cette découverte serait par elle-même sans grand intérêt. pas de grands travaux publics. . Maupertuis et La Condamine affrontaient des climats si divers. cette ossature. il y en a de à tout prendre. ce sont les siques qui nous la donnent pas de bonne carte . Si donc on venait à découvrir une petit bosse sur l'ellipsoïde terrestre. n'a que peu de prix. sans géodésie. Autant faire tenir debout humain dont on aurait retiré le squelette. en effet.293 LA GÉODÉSIE FRANÇAISE un corps ossature solide. Eh bien quand. en recherchant la cause de cette bosse. Newton triomphait et avec lui la doctrine de la gravitation Mécanique céleste moderne. et toute la . Elle deviendra précieuse. de plus importantes. nous avons Tespoir de pénétrer de nouveaux secrets. Ce n'est pas sur celles-là qu'il convient d'insister plus hautes et. ici . au xviii* siècle. Nous poserons donc la question autrement : la géodésie peut-elle nous aider à mieux connaître la nature? Nous en fait-elle comprendre l'unité et l'harmonie ? Un fait isolé. système du Monde ! tout entier. il s'agissait du. si. Or.

c'est peut-être le voyage au centre de la Terre qui nous a conduits dans les régions les plus inexplorées. en commesures. Mais ces roches profondes que nous ne pouvons atteindre. Notre vénéré doyen nous a. pour ainsi dire. et nous renseigner sur leur répartition. Ce n'est pas parant là un songe creux. curieux de il . M. au contraire. dans tous les cas. Des observations nouvelles modifieront peut-être ces conclusions dans les détails. sous les continents. La géodésie peut donc les peser de loin. Eile nous fera ainsi voir réellement ces mystérieuses régions que Jules Verne ne nous montrait qu'en imagination. Sous les Océans. montré de quel côté il faut chercher et ce que le géodésien peut apprendre au géologue.SCIENCE ET MÉTHODE 294 Et aujourd'hui. Les puits de mines et les sondages ont pu nous faire connaître une couche de 1 ou 2 kilomètres d'épaisseur. un siècle et demi après la victoire des newtonienSj croit-on que la géodésie à nous apprendre? n'ait plus rien Nous ne savons pas ce qu'il y a dans l'intérieur du globe. Paye. c'est-à-dire la millième partie de la masse totale. il les profondeurs des roches d'une très dans a y grande densité. est arrivé à un résultat toutes les fait pour nous surprendre. mais qu'ya-t-il dessous? De tous les voyages extraordinaires rêvés par Jules Verne. bien y a des vides. exercent au loin leur attraction qui agit sur le pendule et déforme le sphéroïde terrestre.

plus que toutes les autres peutet Torigine être.295 LA GÉODÉSIE FRANÇAISB connaître et la constitution intérieure de Terre. L'observation directe pouvait seule trancher notre Académie la question. je crois que nous avons le droit d'en être fiers. Il faut bien qu'il y ait des rivalités. malgré de dire : entre les lui. gigantesque pour l'époque. presque toujours . maintenant. et Cassini qui. Pendant que Maupertuis un degré de méridien sous et Glairaut mesuraient le cercle polaire. mais si l'individu le droit œuvre. nul n'a mon hommes. dans chaque pays. la okême au penseur qui veut spéculer sur le passé de cette planète. parce qu'elles sont toujours fécondes. ou du moins elles sont néces- saires. 11 est aisé d'en apercevoir la raison. ceci est collaborateurs. Nous sommes amenés ainsi à chercher quelle a été la part de la France. en tous cas. ainsi que l'exige la théorie de la gravitation. des Sciences qui Ce fut entreprit cette tâche. pourquoi ai-je intitulé ce chapitre la Géodésie française ? C'est que. cette science a pris. Et. bien entendu. un caractère national. Bou-^ . trompé par des mesures inexactes. Ce n'est donc pas entre les nations que les rivalités s'exercent. de longues discussions s'élevèrent entre les newtoniens qui croyaient la Terre aplatie. Au début du xyu!"" siècle. Cette part. Eh bien ! dans ces entreprises qui exigent de longs efforts et tant de s'efface. croyait notre globe allongé. Les rivalités scientifiques sont toujours courtoises.

le savant avait eu le malheur de déplaire à Voltaire. pas les les Laponnes. . Nos missionnaires s'exposaient à de grandes fatigues. le pays un déserty et où opérait Maupertuis même il y goûta. . dans ce temps-là. et la différence des temps compense bien et l^s Suédois poursuivent aujourd'hui des celle des latitudes. Les voyages n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui. Le nom de Maupertuis nous est parvenu fortement égratigné par les griffes du docteur Akakia . ces douces satisfactions arctiqnes ne connaissent pas. dans un pays où il y a de vraies banquises. Certes. des caravanes de touristes et de jeunes Anglaises. Il en fut d'abord flatteries des rois sont mais les loué outre mesure aussi redoutables que leur disgrâce.296 SCIENCE ET MÉTHODE guer et La Cîondamine se dirigeaient vers les mon- tagnes des Andes. Les Russes mesures analogues au Spitzberg. de confortables steamers transportent. Mais ils ont de tout autres ressources. de nos jours. Mais. l'agence Gook n'existait pas et Maupertuis croyait pour de bon avoir fait une expé- dition polaire. quelque chose. n'était parmi du cœur que dit-on. dans des régions soumises alors à l'Espagne et qui forment aujourd'hui la République de rÉquateur. vrais navigateurs C'était à peu près la région où. chaque été. Peut-être n'avait-il pas tout à fait tort. car les lendemains en sont terribles Voltaire lui-même en a su qui était alors le roi de l'esprit.

doublé de >ès peu de science et de beaucoup de ridicule.Tt injustes. marquis du cercle polaire. La nature est-elle gouvernée par le capricOy ou . ce serait plutôt de la théorie qu'où ferait peu de cas. cher aplatisseur du monde et de Cassini. on n'estimait que les découvertes que Ton peut faire sans sortir de chez soi. Ces deux vers (qui remplaçaient les hyperboliques louanges de la première heure) sont fo. comme autrefois les Argonautes. sans nul doute. Alors. C'est là méconnaître ie but de la science. mais de l'enchaîner dans diviniser. il ne parle plus de le : . Aujourd'hui. et môme. permettez-moi cependant quelques réflexions sur deux vers de Voltaire. sir Isaac Maupertuis il lui a écrit « Il n'y a que le roi de Prusse que je mette de niveau avec vous. il ne lui manque que d*être géomètre ». Je ne veux pas raconter ces luttes héroï-comiques. Mais bientôt la scène change. mais de son orgueil despotique. Il ne parle plus de son esprit sublime. flatterie Voltaire a appelé Maupertuis. Dans son Discotiri sur la modération (il ne s'agit pas de la modératioii dans les éloges et dans les critiques). Voltaire était trop éclairé pour ne pas le comprendre. faire un asile d'aliénés. tre suprême. le poète a écrit : Vous avez confirmé dans des lieux pleins d ennui Ce que Newton connut sans sortir dérobez lui. ou de descendre de TOlympe b conseil des dieux pour contempler ses travaux. et.LA GÉODÉSIE FRANC ildS 297 mon aimable maîà penser.

l'expérience serait myope. Toute l'Europe est armée contre elle. il semblerait que ces luttes gigantesques duslui en hommes de sent absorber toutes ses forces. Isolées. La France est déchirée à l'intérieur. des Laplace qu'elle le doit c'est aussi à la longue patience des Maupertuis et des La Condamine. ni celle pris sa revanche au siècle suivant. Les il ce temps ne reculaient devant aucune entreprise. ce n'est pas seulement au génie des Clairaut. reste encore pour servir la science. Dès lors. elle ne vaudra pas celle de Newton qui avait reçu même de son collaborateur Glairaut.298 1 SCIENCE ET MÉTHODE rharmonie y règne-t-elle? voilà la question c'est quand elle nous révèle cette harmonie que la science . devancée par l'Angleterre au xvu* siècle. la théorie serait vide. Certes. . Maupertuis a donc droit à sa part de gloire. Négliger l'un pour l'autre serait un nonsens. est belle et par là digne d'être cultivée. toutes deux seraient inutiles et sans intérêt. parce que son œuvre était nécessaire. Mais d'où peut nous venir cette révélation. c'est donc là notre but. Nous arrivons à ce qu'on peut appeler la seconde période héroïque de la Géodésie. des d'Alembert. et si la France. Elle n'est pas à dédaigner pourtant. ces deux termes. Loin de là. sinon de l'accord d'une théorie avec l'expérience? Chercher si cet accord a lieu ou s'il fait défaut. Del ambre et Méchain furent chargés de mesure! . que nous devons comparer Tun à l'autre. sont aussi indispensables l'un que l'autre. c'étaient des hommes de foi. a si bien Télincelle divine .

En France. Mais. Delambre avait à lutter contre le mauvais vouloir de municipalités soupçonneuses. il n'y avait plus de clochers. qui se voient de si loin. Mais dans le pays que Delambre traversait. Méchain opérait en Espagne. mais c'étaient des allié» qui sentaient un peu le fagot. les périls plus cette fois en même sont tout aussi grands. n'était-ce pas un sacrilège? Les révolutionnaires étaient les alliés de TEspagne. Ce Quel était ce ment la fut bien autre chose : de la toile blanche ! téméraire qui. et qu'on peut viser avec précision. Là. Les pay. . éleva alors des pyramides de planches qu'on recouvrit de toile blanche pour les rendre plus visibles.LA GEODESIE FRANÇAISE 299 un arc allant de Dunkerque à Barcelone. les escadres ennemies nous en fermeraient les chemins. l'époque est si troublée que les obstacles. On ne va Laponie ou au Pérou . servent souvent de signaux aux géodésiens. on ne manquait pas de clochers : ments mystérieux mais s'y installer avec des instru- et peut-être diaboliques. sans espagnols étaient hostiios. Je ne sais plus quel proconsul avait passé par là. les difficultés étaient autres mais elles n'étaient pas moindres. et il se vantait d'avoir fait tomber tous les clochers qui s'élevaient orgueilleusement au-dessus de l'humble demeure des On sans-culottes. osait arborer Todieux étendard de contre-révolution? Force fut de border la toile blanche de bandes bleues et rouges. sur nos sommets récem- affranchis. si les expéditions sont moins lointaines. On sait que les clochers.

grâce aux exhortations des curés. la peste et les noires intrigues sont donc déchaînés contre moil » Le fait est qu'il rencontra chez ses collaborateurs plus d'orgueilleux entêtement que de bonne volonté et que mille incidents retardèrent son travail. écrit Méchain. . la guerre. il venait de demander son quand il mourut. la crainte de la peste était bien . amèrement dans sa correspon- écrit-il. peut-être avec quelque exagération. à la condition de faire vinaigrer tous ses papiers. aux lettres pastorales des évéques. Dégoûté et malade. » Heureusement. Ce furent Arago et Biot qui eurent l'honneur de rappel. ces farouches Espagnols se contentèrent de me« nacer. La peste n'était rien. c'était Tantisepsie du temps. on menace de venir nous égorger. Le savant français rencontra toutes sortes de difficultés dont dance. L'entreprise était bien conçue et bien préparée. « il se plaint L'enfer. Quelques années après.300 8CIENCE ET MÉTHODE Sans cesse. première qu'on cherchait à faire franun large bras de mer en observant les signaux dressés sur quelque haute monC'était la fois chir aux triangulations tagne d'une île éloignée. Méchain n'obtint qu'après de longues semaines la permission de débarquer. Tenfer et tous les fléaux qu'il vomit sur la terre. les tempêtes. elle échoua cependant. Méchain expédition en Espagne : il fit une seconde se proposait de prolon- ger la méridienne de Barcelone jusqu'aux Baléares. toutes ces îles se défiaient des îles plus redoutable voisines et craignaient d'en recevoirle fléau.

les opérations avancèrent assez vite. Elles étaient heureusement terminées. à la protection de plusieurs évêques et surtout à celle d'un célèbre chef de brigands. le dey n'aurait rien dit. Il eut du moins la consolation d'apprendre qu'il était mort avec courage et chrétiennement. Là. Mais deux lions.301 LA GÉODÉSIE FRANÇAISI reprendre Tœuvre inachevée et de la mener à bonne fin. La prison elle-même n'était plus sûre. et Biot était rentré en France quand la tem- pête éclata. Arago ne put échapper à la populace qu'en se constituant prisonnier. Dans sa prison. présent que voyait à Napoléon. Pourquoi cet étranger montait -il sur les montagnes pour faire des signauxl? C'était évidemment pour appeler Tarmée française. au milieu de la vermine et dans la plus affreuse misère. il s'embarque pour Marseille sur un navire algérien. Le dey Le navire le il y avait à bord souverain africain en- menaça de la guerre. moment où TEspagne entière prenait armes pour défendre contre nous son indépendance. Grâce à l'appui du gouvernement espagnol. il dut s'évader et gagner Alger. Les journaux de ce temps-là C'était le les donnaient quelquefois des nouvelles prématurées. Le . Ce navire est capturé par un corsaire espagnol et voilà Arago ramené en Espagne et traîné de cachot en cachot. il n'avait d'autre distraction que de lire dans les journaux espagnols le récit de sa propre exécution. que de ses sujets et de ses S'il ne s'était agi hôtes. et les prisonniers furent relâchés.

on enverra . Delà. D'une montagne voisine de Nice. Aujourd'hui. puisqu'il y un astronome à bord mais l'astronome avait le mal de mer. traversant à pied la Kabylie au milieu de mille périls. on aperçut ce mince filet de lumière qui avait parcouru 300 kilomètres au-dessus des mers. le général Perrier. non seulement la France a occupé la première place. terribles aventures. et. ce qui est plus extraordinaire. il put retourner avait . Arago se rendit à Alger. Enfin. et les marins algériens. on a conçu des projets plus hardis encore. il fut retenu en Afrique et menacé du bagne. en France ses observations qu'il avait conservées sous sa chemise. mais elle a tenu la scène presque seule. nous ne sommes pas restés inactifs et notre carte d'État-major est un modèle.SCIENCE ET MÉTHODE 302 point aurait dû être correctement fait. abordèrent à Bougie. sur les deux rives de la Méditerranée. Jusqu'ici. Pendant de longs mais. L'opération avait réussi. ses instruments avaient traversé sans dommage ces . C'est seulement depuis une quarantaine d'années que la France a repris son rang. qui voulaient aller à Marseille. Elle le doit à un savant officier. Dans les années qui suivirent. la jonction de l'Espagne et de l'Afrique. on attendit une atmosphère calme et limpide. qui a exécuté avec succès une entreprise vraiment audacieuse. Longtemps. Enfin. Des stations furent installées sur quatre sommets. Cependant les méthodes nouvelles d'observation et de calcul nous vinrent surtout d'Allemagne et d'Angleterre.

Et il ne faudra pas qu'il s'égare en route. nous sommes environnés de pièges et nous devons nous défier de mille causes d'erreur insoupçonnées. L'avenir de la géodésie française est actuellement entre les mains du Service géographique de l'ar- mée.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 303 des signaux en Corse. l'activité de la géodésie française ne s'est pas ralentie. comme celui de la métropole. Mais à mesure qu'on recherche plus d'exactitude. impeccables. La distance n'est que de 200 kilomètres. et je citerai aussi le pendule de M. après s'être réfléchi sur un miroir placé en Corse. Là encore. la France ne s'est pas laissé distancer. car il doit revenir exactement ati point de départ. qui permet de déterminer la pesanteur avec une précision inconnue jusqu'ici. successivement dirigé par le général Bassot et . lés difficultés s'accroissent considérablement. Depuis. Nos appareils pour la mesure des bases et des angles ne laissent rien à désirer. se couvre de triangles mesurés avec précision. On est devenu de plus en plus exigeant et ce que nos pères admiraient ne nous suffit plus aujourd'hui. Nous n'avons plus à racoîiter d'aussi mais l'œuvre scientifique étonnantes aventures accomplie est immense. le colonel Defforges. non plus en vue de déterminations géodésiques. 11 faut donc créer des instruments de plus en plus . mais le rayon lumineux devra faire te voyage aller et retour. mais pour mesurer la vitesse de la lumière. Le terrritoire de la France d'outre-mer.

soucieux de ce qu'ils appellent leur gloire. de nos colonies. collaborateurs et l'imposer à ses auxiliaires indigènes. L'Académie a longtemps retenti de la querelle de Bouguer et de La Condamine. Plusieurs gouvernements étrangers ont fait appel pour organiser leur service géodépreuve que Pinfluence scientifique dehors ne s'est pas affaiblie. Le lever de nos côtes. Je ne veux pas dire que les militaires soient exempts de passions. au France la de Nos ingénieurs hydrographes apportent aussi à rœuvre commune un glorieux contingent. Je citerai enfin le niveUemeut général de la France qui à nos officiers sique : c'est la . Il serait plus difficile de concilier les prétentions rivales de savants jaloux de leur îndépeaatdance. faire de On ne saurait trop s'en la géodésie. quoique séparés par de grandes distances. Du reste. mais la discipline impose silence aux amours- propres trop sensibles. dans notre armée. Tétude des marées leur offrent un vaste champ de recherches. Pour scientifiques ne féliciter. il y eut souvent des ëiscussions dont quelques-unes soulevèrent de longs échos. Entre les géodésiens d'autrefois. la science a toujours marché de pair avec J'ajoute qu'une le courage. Ce sont là des qualités militaires. suffisent pas .8CIBNCE ET METBODE 304 par le général Berthaut. organisation militaire assure l'unité d'action indispensable. on sait que. il les aptitudes faut être capable de supporter de longues fatigues sous tous les climats il faut que le dbef sache obtenir Tobéissance de ses . et qui devraient cependant opérer de concert.

et la rapidité les capitaines avec laquelle ils Maurain et ont accompli leur mission. qui les a surnommés « los hombres de hierro ». Mais nos officiers ont rencontré des difficultés imprévues dues au climat. La mission définitive partit ensuite sous le commandement de M. les exercer. pas été contestés et notre gouver- nement a tenu à MM. la conquête scientifique des Cordillères.000 mètres. elle y avait tous les droits. Arec de tels hommes. en tra- versant des pays difficiles et en gravissant les som- mets a fait les plus escarpés. déterminé jadis par La Condamine. du reste. notre empire colonial leur ouvre d'immenses espaces mal explorés.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 305 i'exécute par les méthodes ingénieuses et précises de M. sans rien aperdent de la . puisque nos ancêtres avaient fait. Elle l'admiration de M. Ce n'est pas tout l'Association géodésique internationale a reconnu la nécessité d'une : mesure nouvelle de Tare de Quito. Lallemand. Plus d'une fois. Les résultats obtenus ont justifié les espérances que l'on avait conçues. le général Alfaro. prési- République de l'Equateur. C'est la France qui a été chargée de cette opération . les hommes de fer. Le travail ne leur manquera pas. nous sommes sûrs de Tavenir. mérite tous les éloges. d'ailleurs. le lieutenant-colonel (alors commandant) Bourgeois. pour ainsi dire. dans les nuages et dans la neige. l'un d'eux a dû rester plusieurs mois à l'altitude de 4. Ces droits n'ont. Lacombe ont exé- cuté une première reconnaissance.

titude il n'en est résulté qu'un un surcroît de dépenses.306 SCIENCE ET UËTHODB cevoir des signaux qu'il avait à viser et qui refusaient de se démasquer. Mais. grâce à leur persévé- rance et à leur courage. retard et l'exac- . sans que des mesures ait eu à en souffrir.

.tX)NCLUSIONS GÉNÉRALES Ce que j'ai cherché à expliquer dans les pages qui comment le savant doit s'y prendre précèdent. Le savant qui les a constatés n'a rien appris qu'un différent . et j'ai choisi naturellele plus étudiées. Il y a une hiérarchie des faits . j'ai dû ment questions que j'avais les faire choix. un aussi. puisque aussi bien la naturelle infir- mité de son esprit l'oblige à faire un choix. Je Tai expliqué d'abord par des considérations générales. D'autres que moi auraient sans doute fait un choix mais peu importe. car je crois qu'ils seraient arrivés aux mêmes conclusions. en rappelant d'une part la nature du problème à résoudre et d'autre part en cherchant à mieux comprendre celle de l'esprit humain. Je l'ai expliqué ensuite par des exemples je ne les ai pas multipliés à Tinfini moi . qui est le principal instrument de la solution. . ils ne nous enseignent rien qu'eux-mêmes. c'est pour choisir entre les faits innombrables qui s'ofTrent à sa curiosité. les uns sont sans portée. bien qu'un choix soit toujours un sacrifice.

parce que Tenchevêtrement de ces circonstances dépasse la portée de notre esprit. ce sont les faits complexes. d'autre a.6CIENCE ET MÉTHODE 308 fait. Les faits à petit rendement. Les . Et c'est ce qui nous a obligés à examiner d'un peu près ce que c'est que le hasard. Et un choix. Ces faits-là. parce que les circonstances multiples dont ils dépendent obéissent aux lois du hasard et arrivent ainsi à se compenser mutuellement. sur lesquels des circonstances multiples peuvent exercer pend de une influence sensible. c'est du nôtre. chacun d'eux nous enseigne une loi nouvelle. ce sont ceux que nous jugeons simples. soit qu'ils prennent une apparence de simplicité. semble-t-il se produisent mais ne sont pas destinés à se renouveler. Les faits à grand rendement. soit qu'ils le soient réellement. pour que nous puissions toutes les discerner. des faits à grand rendement. parce qu'ils ne sont influencés que par un petit nombre de circonstances bien définies. Mais je devrais dire plutôt que ce sont les faits que nous jugeons complexes. c'est à ceux-ci que le puisqu'il faut faire savant doit s'attacher. ce n'est pas de cet esprit supérieur que nous pouvons nous servir. y fois. Et c'est là ce qui arrive le plus souvent. Sans doute cette classification est relative et déla faiblesse de notre esprit. Sans doute un esprit plus vaste et plus fin que le nôtre en jugerait-il différemment. Mais peu importe. part. et n'est faits une Il pas devenu plus capable de prévoir des nouveaux. circonstances trop nombreuses et trop diverses.

Partout nous avons vu le rôle de Tintuition et de l'esprit de généralisation sans lequel ces trois étages de mathématiciens. si j'ose m'exprimer ainsi. lois et à rechercher les faits susceptibles de conduire à une loi. deviennent accessibles au savant. j'ai montré à l'œuvre l'esprit du mathématicien. comprendre les définitions fondamentales. Dans un cas comme dans l'autre. différente à bien des égards de Tinduction physique. ou dans les brumeuses années de notre enfance. le vrai raisonnement mathématique est une véritable induction. La méthode de démons* tratîon n'est pas la même pour le physicien et pour le mathématicien. nous a construit notre notion ins. et sous trois formes l'esprit du mathématicien inventeur et créateur. Et dans la démonstration elle-même. elles consistent à remonter du fait à la loi. qui se découragerait devant l'extraordinaire complication des problèmes où ces ne sont pas applicables. celui du géomètre inconscient qui chez nos lointains ancêtres. de l'espace celui de l'adolescent à qui les maîtres de l'enseignement secondaire dévoilent les premiers principes de la science et cherchent à faire tinctive . mais procédant . seraient réduits à une égaie impuissance. la logique n'est pas tout. Mais les méthodes d'invention se ressemblent beaucoup. Pour mettre c« point en évidence. Nous avons vu que ces considérations s'appliquent non seulement aux sciences physiques. mais aux sciences mathématiques.CONCLUSIONS GÉNÉRALES faits où les lois 309 du hasard s'appliquent.

Et alors nous pouvons faire le choix des faits avec plus de discernement que nos devanciers qui regardaient ces bassins comme distincts et séparés par des barrières infranchissables. Il y a des faits communs à plusieurs sciences. mais parmi ces faits simples nous devons préférer ceux qui sont placés à ces espèces de nœuds du Saint-Gothard dont je viens de parler. Pourquoi ? C'est parce qu'à mesure que ces sciences se sont développées. qui semblent la source commune de cours d'eau divergeant dans toutes les directions et qui sont comparables à ce nœud du Saint-Gothard d'où sortent des eaux qui alimentent quatre bassins différents. Les exemples que j'ai empruntés aux science» physiques nous ont montré des cas très divers de faits à grand rendement. . l'Optique et TAstronomie. mal dissimulés par l'emploi d'un langage inaccessible comme efforts elle du qu'on a particulier faits au profane. et alors nous avons aperçu une espèce de dessin général de la carte de la science universelle. Une expérience de Kaufmann sur les rayons du radium révolutionne à la fois la Mécanique. elles s'éclairent encore mutuellement par l'analogie. Et quand les sciences n'ont pas de lien direct. Ce sont toujours des faits simples qu'il faut choisir.SCIENCE ET MÉTHODE 310 au général. Tous les pour renverser cet ordre et pour ramener l'induction mathématique aux règles de la logique n'ont abouti qu'à des insuccès. nous avons mieux reconnu les liens qui les unissaient.

sur les lois de son développement. cette petite bosse serait par elle-même sans grand intérêt. . puisque les gaz sont. Timage de la Voie Lactée. et que ces faits qui ne semblaient intéressants que pour le physicien. mais parce que cette bosse lui donne des indications sur la distribution de la matière à l'intérieur du globe et par là sur le passé de notre planète. à un certain point de vue. c'est là mais c'est un fait seulement parce que cela lui révèle l'existence d'une petite bosse sur le géoïde terrestre. Win . non cer sa lunette de quelques secondes pour viser signal qu'il a planté à grand'peine. petit fait. Et enfin quand le géodésîen voit qu'il faut dépla- un un bien à grand rendement. sur son avenir. ouvriront bientôt des horizons nouveaux à l'Astronomie qui ne s'y attengaz.CONCLUSIONS GÉNÉRALES Quand on a 311 étudié les lois auxquelles obéissent les on savait qu'on s'attaquait à un fait de grand rendement et pourtant on estimait encore ce rendement au-dessous de sa valeur. dait guère.

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64 II LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE Chap. la efforts 152 172 • . L — n. — Le choix des — L'avenir des Mathématiques — L'invention mathématique IV. IL faits . — — — III. — Les derniers des Logisticient Chap. — Le hasard !•'.TABLE DES MATIÈRES *^1 INTRODUCTION LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCE Chap. 7 i9 • 43 . ^ LIVRE . — Les Logiques nouvelles — Y. — La Relativité de l'Espace — Les définitions mathématiques 95 et l'Ensei- gnement 123 — Les Mathématiques et Logique — lY. • . III. 192 .

255 • • • 273 231 « LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE \ Chap. . — I. — — I.. . . — La Mécanique et le Radium. . • . . 215 * . CONCLUSIONS GÉNÉRALES la tliéorie des gaz. . .314 TABLE DES MATIERE! LIVRE in LA MÉGANIQUE NOUVELLE Page» Ghaf.. . II. •• . • j • — La Mécanique et l'Optique. • 290 307 . III. IL — La voie lactée et — La Géodésie française. — La Mécanique nouvelle et TAstronomie.

8339-12-19 — - PARIS. — IMP. HEUMERLi ET c". .

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