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Science et Méthode .

t. 1892. 1892. Carré et Théorie des Tourbillons. et III. 1906. un volume Théorie mathématique de t. Électricité et Optique. Carré et Naud. 1896. t. Flammarion Lumière. Théorie analytique de la Propagation de la Chaleur. 1893. Paris.1 OUVRAGES DU MEME AUTEUR La Science et l'Hypothèse. Les Méthodes nouvelles de Mécanique céleste. La Valeur de la Science. 1893. II. 1899: Paris. 1895. Carré. . Théorie de l'Élasticité. Paris. Naud. 1905. I. Thermodynamique. Carré ei Xaud. Carré Capillarité. Flammarion. I. 2^ édition. 1893. Flammarion. Carré. Carré et Naud. la in-18. Dernières pensées. II. Carré et Naud. 1901. un volume in-18. 1913. et 1892. Gauthiers-Villars. Carré. Calcul des probabilités. un volume in-18. Naud.

d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. . ÉDITEUR 26. 26 1920 Tous droits de traduction. POINCARÉ Membre de l'Institut PARIS ERNEST FLAMMARION. RUE RACINE.Bibliothèque de Pliilosopfiie scientifique Science et Méthode PAR H.

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La méthode scientifique plus consiste à observer et à expérimenter. Cette question se pose au physicien comme à l'historien . que peut être l'avenir des mathé- . il est nécessaire qu'il fasse un choix. comme il n'a pas le temps de tout regarder et surtout de tout bien regarder.Science et Méthode INTRODUCTION Je réunis ici dlTerses études qui se rapportent ou moins directement à des questions de méthodologie scientifique. présager ce matiques. et on peut. et qu'il vaut mieux ne pas regarder que de mal regarder. elle se pose également au mathématicien. Le savant s'y conforme instinctivement. La première question est donc de disposait d'un : savoir . si le savant temps infini* il n'y aurait qu'à lui « Regardez et regardez bien » dire mais. comment il doit faire ce choix. et les principes qui doivent les guider les uns et les autres ne sont pas sans analogie. en réfléchissant sur ces principes.

tout le monde monde que l'espace est relatif. en mathématique. Je suis obligé. Mais qu'est-ce que le hasard? Cette le particulier. au sujet des erreurs d'observation. montre que le savant ne peut s'en passer. mais que de personnes pensent encore sait le . de traiter des sujets un peu plus abstraits. L'observation des procédés de travail du mathématicien est particulièrement instructive pour le psychologue. on peut admettre que. Je dois d'abord parler de la notion d'espace. Heureusement. ou plutôt tout le dit.^ SCIENCE ET liÉTHODB On s'en rendra mieux compte encore si Ton observe le savant à Toeuvre et tout d'abord il faut connaître mécanisme psychologique de Tinvenlion et. ces erreurs se compensent en partie. de façon à disparaître dans les moyennes cette compensation est due au hasard. J'aborde ensuite des questions qui se rap- portent plus particulièrement à certaines sciences spéciales et d'abord aux mathématiques pures. notion est difficile à justifier et même à définir . et de dire. dans certaines conditions. l'invention général. Il est donc nécessaire de donner une définition aussi précise que possible de cette notion pourtant si ce que indispensable et Ce sont somme là je si viens insaisissable. dans les chapitres qui leur sont consacrés. Dans toutes les sciences d'observation. des généralités qui s'appliquent en et par exemple le mathématique ne diffère pas sensiblement du mécanisme de Tinvention en à toutes les sciences mécanisme de . celle de l'invention . il faut compter avec les erreurs dues aux imperfections de nos sens et de nos instruments.

sur la meilleure manière de faire pénétrer "^fléchir notions nouvelles dans les cerveaux vierges. suggérer d'utiles réflexions aux philoso- phesqui s'occupent de la logique des sciences. et par coiséquent sur leur véritable origine. il suffit cepen- dant de réfléchir un peu pour apercevoir à quelles contradictions elles sont exposées. pour tous ceux qui aborderont le problème sans parti . . les derniers chapitres relatifs à la mécanique et à F. on n'a pas craint. Pourquoi les enfants ne comprennent-ils rien tions en ionner d'autres? C'est dam je le plus souvent aux défini- qui satisfont les savants? Pourquoi faut-il leur le chapitre Ciois. bien des géomètres croient qu'on peut réduire les mathématiques aux règles de la logiquB formelle. jts c'tst en même temps réfléchir sur la façon dont ces noions ont été acquises par nos ancêtres. par exemple. D'aitre part. d'abord par elles-mêmes. J'esque le lecteur comprendra l'importance de la question et j'aidû me pardonnera Taridité des pages que y consacrer. ensuite parce que.O INTRODUCTION comme sî elles le croyaient absolu. Des efl'orts inouïs ont été tentés dans œ sens pour y parvenir.stronomie seront d'une lecture plus facile. de renverser l'ordre historique de la genèse de nos conceptions et on a cherché à expliquer le fini par l'infini. Je croîs être parvenu. Les questions d'enseignement ont leur impor- tance. pèie à montrer qu'il y a une illusion décevante. la question que je me pose suivant et dont la solution pourrait. prii. c'est-à-dire au fond sur leur véritable nature.

. eit un ensemble de Soleils dont les mouvements senblent d'abord capricieux. uniquement parce que ce sont des novateurs. . et c'est ce que cherché à historique faire. Les notions qui paraissaient le mieux sont battues en établies hardis novateurs. et souvent de quels dangers. Jais Tanalogie avec les phénomènes que ces laboratoires nous permettent d'atteindre peut néanmoins giider l'astronome. les géodésiens nous )nt procuré les quelques notions que nous posséd)ns •ur la figure de la Terre. la méthode du physicien peut venir en aide à l'astronome. nos laboratoires sont trop petits. L'astronomie nous offre des spectacles grandioses et On ne p3ut méthode expé- soulève de gigantesques problèmes. Enfin. Mais cet ensemble ne peut-il être comparé à celui des molécules d'un gaz d)nt la théorie cinétique des gaz nous a fait connai.^ SCIENCE ET METHODI La mécanique semble sur le point de subir une révolution complète. Est-ce bien là une qies. par une voie détournée.re les propriétés? C'est ainsi que. car trop étonnantes J'ai suivi le plus les si j'ii possible Tordre nouvelles idées sembleraient on ne voyait comment elles #nt pu prendre naissance. Mais il y a intérêt à faire connaître leurs doctrines. La Voie Lactée. Certainement il brèche par de prématuré serait de leur donner raison dès aujourd'hui. par exemple. j'ai voulu faire en quelques lignes Thistâre du développement de la géodésie française 'ai montré au prix de quels efforts persévérants. songer à leur appliquer directement la rimentale.

sans doute. cette histoire nous enseigne en effet de quelles précautions il faut tion de entourer jne opération scientifique sérieuse et ce qu'il faut de temps et de peines pour conquérir décimale nouvelle. uni- .INTRODUCTION O méthode? Oui.

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part pourquoi «i la Science pour la Science » est à ses yeux une con- Nous ne pouvons connaître tous puisque leur nombre est pratiquement ception absurde. le coccinelles qui existent sur notre pla- ? est clair que le mot utilité n'a pas pour lui le . infini. Il faut choisir. ne laisser guider par l'utilité. ce choix sur vaut-il pas par nos le dès lors. pouvons-nous régler simple caprice de notre curiosité . mieux nous besoins pratiques et surtout moraux n'avons-nous pas mieux à faire que de compter nombre des nète U . les faits.LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCS CHAPITRE L% choix des Tolstoï quelque explique I faits.

les faits vont plus vite que nous. et elle doit si notre choix ne peut être déterminé que par le caprice ou par l'utilité immédiate. ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie. c'est uniquement ce qui peut rendre veilles de l'électricité . Pour moi. mais à coup sûr mourraient d'ennui. ne mourraient pas de maladie. il s'en pro- duit des milliards de milliards dans un millimètre cube de son corps. uniquement occupée à tendre la joue gauche. et où je vivraient des sages sans curiosité qui.SCIENCE ET METHODE 8 sens que lui attribuent les hommes d'affaires. ai-je besoin de rais me le dire. Gela est-il vrai ? Qu'il faille faire un choix^ cela n'est pas contestable. évitant les excès. pendant que le savant découvre un fait. c'est une affaire de goût et ce n'est pas ce point que je veux discuter. ne voudrais ni de cette ploutocratie avide et bornée. ni de l'autre idéal . Mais cela. retenir notre attention . Mais les savants croient qu il y a une hiérarchie . La question n'en subsiste pas moins. l'homme meilleur. des mer- ou de Tautomobilisme qu'il regarde plutôt comme des obstacles au progrès moral l'utile. Vouloir faire tenir la nature dans la science. Il se soucie peu des applications de Tindustrie. ni par conséquent de science. je ne sau- contenter ni de l'un. et derrière eux la plupart de nos contemporains. il ne peut y avoir de science pour la science. quelle que soit notre activité. ni de cette démocratie vertueuse et médiocre. et nous ne saurions les rattraper .

8l si la pensée ne le fécondait pas. puisque l'instinct les guide. et qui pourtant avaient un autre guide que leur caprice. et le plus souvent mieux que la raison ne guiderait une pure intelligence. Il faut plus précieuse qu'elle sera plus générale. mais l'instinct c'est la routine. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que les conquêtes de l'industrie qui ont enrichi ques n'auraient jamais vu pratiques avaient seuls été devancés par des tant le d'hommes jour existé. comment doit se faire notre les faits les plus intéressants sont ceux' qui . comme ils sont nombreux. ils 9 qu'on peut faire entre eux un choix judi- ont raison. et c'est pourquoi une loi sera d'autant fourmi. puisque sans cela il n'y aurait pas de science et que la science existe. Or. Ceux qui auraient travaillé uniquement en vue d'une application immédiate n'auraient rien laissé derrière eux et. il ne progresseC'est que. comme Mach. rait l'a dit pas plus chez l'homme que chez l'abeille ou la donc penser pour ceux qui n'aiment pas à penser et. tout aurait été i recommencer.LB CHOIX DES FAITS des faits et cieux . Cela nous montre choix . la plupart des hommes n'aiment pas à penser et c'est peut-être un bien. ces fous ont économisé à leurs successeurs la peine de penser. et ces si s'ils prati- hommes n'avaient fous désintéressés qui sont morts pauvres. il faut que chacune de nos pensées soit aussi souvent utile que possible. qui ne pensaient jamais à l'utile. en face d'un besoin nouveau. toutes les fois du moins qu'ils poursuivent un but immédiat et toujours le même.

ne faisait Quels sont donc les faits qui ont chance de se renouveler ? Ce sont d'abord les faits simples. qu'ils ne soient pas les uns communs et les autres rares. Mais y a-t-il des faits simples et. . tout ce que nous saurions des autres cailloux ne vaudrait rien pour lui. mais qu'ils soient répartis uniformément. Il est clair que dans un fait complexe.SCIENCE ET MÉTHODE 18 peuvent servir plusieurs fois ce sont ceux qui ont chance de se renouveler. nous en ayons 60 milliards. Supposons qn'^n lieu de 60 éléments chimiques. puisque révolution n'aurait pu y développer les instincts conservateurs. comment Qui nous dit que ce que ne recouvre pas une effroyable les reconnaître ? Dious croyons simple . celui-là n'est pas apprécié à sa valeur. devant chaque objet nouveau nous serions comme Tenfant qui vient de naître. et qu'un hasard bien moins vraisemblable encore pourrait seul les réunir de nouveau. s'il y en a. Alors. Grâce à Dieu. avait que des individus pas les et pas d'espèce et si l'hérésemblables aux pères. toutes les fois que nous ramasserions un nouveau caillou. comme lui nous ne pourrions dans un qu'obéir à nos caprices ou à nos besoins pareil monde. il n'y aurait pas de science peut-être . mille circonstances dité fils sont réunies par hasard. pensée et même la vie y seraient-elles impossibles. Le biologiste serait tout aussi embarrassé s'il n'y la . . il y aurait une grande probabilité pour qu'il soit formé de quelque substance inconnue . Nous avons eu le bonheur de naître dans un monde où il y en a. il n'en est pas comme tous les bonheurs auxquels on est ainsi accoutumé.

même s'ils ne le sont pas. L'Astronome Ta . Les faits qui paraissent simples. ou bien les éléments sont assez intimement mélangés pour ne pouvoir être distingués. seront donc plus facilement ramenés par le hasard. soit entrant lui-même comme élément dans un ensemble complexe. il faut le faire exprès. Il y en a beaucoup au contraire pour qu'un mélange qui semble homogène au premier coup d'œil se renouvelle plusieurs fois. dans l'inflnimen grand et dans Finfiniment petit. Et alors. c'est et ce que qui la justifie peut- les faits fréquents nous paraissent simples. nous avons chance de rencontrer de nouveau ce même fait simple.LE CHOIX DES FAITS 11 complexité ? Tout ce que nous pouvons dire. . de deux choses Tune. soit dans toute sa pureté. Dans le premier cas. etpour faire avec des éléments multiples un édifice bien ordonné dans lequel on distingue quelque chose. C'est ce qui justifie la méthode instinctivement adoptée par être le savant. il ne sait pas démêler. Il y a donc peu de chance pour qu'un assemblage où on distingue quelque chose se reproduise jamais. ce mélange ihtime a également plus de chance de se reproduire qu'un assemblage hétérogène le hasard sait mélanger. ou bien cette simplicité est réelle. c'est que nous devons préférer les faits qui paraissent simples à ceux où notre œil grossier discerne des éléments dissemblables. Dans le second cas. précisément parce que nous y sommes habitués. mieux encore. Mais où est le fait simple ? Les savants ont été le chercher aux deux extrémités.

donc se préoccuper d'abord d'imaginer une méthode. si grandes. trop capricieux. pour qui sait reconnaître leurs ressemblances. et on en a imaginé beaucoup. il faut . parce qu'aucune ne s'imposait. que ne le sont ces organismes eux-mêmes. Le Socioles éléments. qui subissent des variations lentes et continues quand on passe d'un point du corps à l'autre. chaque thèse de sociologie propose une méthode nouvelle que d'ailleurs le nouveau docteur se garde bien d'appliquer. trop variables. a cherché le phénomène élémentaire en découpant fictivement les corps en cubes infiniment petits. . appartenant aux orga nismes les plus divers. l'événement et lui a donné raison. parce que les conditions du problème. sont plus semblables entre elles. trop sont pour lui sont les hommes. trop complexes euxmêmes en un mot aussi. pourront être regardées comme constantes à l'intérieur de chacun de ces petits qualités. pas est comment alors choisir le fait intéressant qui celui qui recommence la méthode. l'histoire ne recommence . que chacun d'eux n'apparaît plus que comme un point si grandes que les diffé- trouvé parce . De même le Biologiste a été instinctivement porté à regarder la cellule comme plus intéressante que l'animal entier. . qui logiste est plus embarrassé dissemblables. de sorte que la sociologie est la science sément le choix des faits. puisque les cellules. le Physicien. c'est préci. cubes. rences qualitatives s'effacent et parce qu'un point est plus simple qu'un corps qui a une forme et des au contraire.SCIENCE ET MÉTHODl 12 que les distances des astres sont immenses. Et.

Mais pour cela comment les joindra a déterminé un point extrême de ne va pas rester tout près de celte va-t-il faire ? S'il la courbe. par un tracé régulier et il possédera la courbe tout entière. On cessera de rechercher les ressemblances pour s'atta- cher avant tout aux différences. de sorte qu'il serait impossible de les relier par un trait continu. il .13 LE CHOIX DES FAITS qui possède le plus de méthodes et le moins de résultats. rares dans d'autres. faits pleinement conformes sont nous apprennent plus rien de nouveau. . les qui y sont bientôt sans intérêt. . Le praticien qui ne se préoccuperait que de l'utilité immédiate observerait seulement les points dont il aurait besoin pour quelque objet spécial ces points se répartiraient mal sur la courbe ils seraient accumulés dans certaines régions. non seulement parce qu'elles seront les plus frappantes. il . . C'est donc par les faits réguliers qu'il convient de mais dès que la règle est bien établie. puisqu'ils ne C'est alors l'exception qui devient importante. commencer . et qu'ils seraient inutilisables pour d'autres applications. il répartira régulièrement les points à observer et dès qu'il en connaîtra quelques-uns. dès qu'elle est hors de doute. Un exemple simple fera mieux comprendre ma pensée je suppose qu'on veuille déterminer une courbe en observant quelques-uns de ses points. Le savant procédera différemment comme il veut étudier la courbe pour elle-même. mais parce qu'elles seront les plus instructives. et parmi les diffé- rences on choisira d'abord les plus accentuées.

et ainsi de suite. point le pius instructif sera celui du milieu. Nous connaîtrons mieux ce coin pour avoir voyagé dans les pays où nous n'avions rien à faire. maïs il va courir d'abord à Tautre bout après les deux extrémités le . De là. mais ces quelques . dans le petit coin du naonde où nous sommes appelés à vivre et à agir. ce que nous devons rechercher d'abord ce sont les cas où cette règle a le plus de chances d'être en défaut. Quand nous les envisagerons de ce biais. différentes par la matière. Je ne puis insister davantage. l'intérêt des faits astronomiques. Ainsi. Les règles particulières semblent d'abord discordantes. aideront à mieux voir ou à mieux comprendre les petits changements qui peuvent se produire plus près de nous. entre autres raisons. quand une règle est établie. celui du passé géologique en allant très loin dans l'espace. ou bien très loin dans le temps. mais en y regardant de plus près. Et voilà ce qui fait le prix de certains faits qui viennent compléter un ensemble et montrer qu'il est l'image fidèle d'autres ensembles connus. que de retrouver les similitudes cachées sous les divergences apparentes. nous pouvons trouver nos règles habituelles entièrement bouleversées et ces grands bouleversements nous . par Tordre de leurs parties. . nous les verrons s'élargir et tendre à tout embrasser. nous voyons en général qu'elles se ressemblent. elles se rapprochent par la forme. Mais ce que nous devons viser.«CIENCE ET MÉTHODE 14 extrémité. c'est moins de lointains constater les ressemblances et les différences.

bien entendu. loin de science je veux parler de cette beauté plus intime qui vient de Tordre harmonieux des parties. mais elle n'a rien à faire avec la fi. elle ne vaudrait pas la peine d'être connue.15 LB CHOIX DES FAITS f mots suffisent pour montrer que pas au hasard les faits compte pas des coccinelles. qu'il comme parce que le nombre de ces animaux. est sujet à de capricieuses variationse Il cherche à condenser beaucoup d'expérience et beaucoup de pensée sous un faible volume. Mais nous n'avons encore envisagé qu'un des côtés de la question. y prend il l'étudié parce qu'il y plaisir parce qu'elle est nature n'était pas belle. Le savant n'étudie pas la nature parce que cela est utile prend plaisir et belle. C'est elle qui donne un corps. Si la il . et c'est pourquoi un petit livre de physique contient tant d'expériences passées et mille fois plus d'expé- riences possibles dont on sait d^avaiice le résultat. . la beauté intellectuelle àelle-même et c'est pour elle. qu'imparfaite parce qu'elle serait indécise et tou- jours fuyante. un squelette pour ainsi dire aux chatoyantes apparences qui flattent nos sens. plus peut-être que pour le bien futur de l'humanité. et qu'une intelligence pure peut saisir. et sans ce support. si intéressants qu'ils soient. que le savant se suffît se condamne à de longs et pénibles travaux. Il ne le dit Tolstoï. Je ne parle pas ici. . de cette beauté qui frappe les sens. la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. la beauté de ces rêves fugitifs ne serait . de la beauté des qualités et des apparences non que j*en fasse là. le savant ne choisit doit observer. Au contraire.

qui est d'après Mach la tendance constante de la science. que nous complairons tantôt à suivre la course gigantesque des astres. qu'il est . ceux qui complètent le porles faits les plus trait et lui donnent le caractère et la vie. de Tharmonie du monde. qui nous fait choisir propres à contribuer à cette harmonie. de même que l'artiste choisit. du nôtre. parce que la grandeur est belle. com- réel le plus grands laissera loin derrière lui artistes Grecs. jamais. est une source de beauté en même temps qu'un avantage pratique.8CIENCB ET METHODB 16 donc C'est le sens la recherche de cette beauté spéciale. parmi les traits de son modèle. cette économie d'effort. et où les colonnes semblent porter sans effort ^t allègrement le poids . Et c'est parce que la simplicité-. tantôt à scruter avec le nous microscope cette prodigieuse petitesse qui est aussi une grandeur. que nous rechercherons de préférence les faits simples et les faits grandioses. s'étaient construit qui un furent ciel . Les édifices que nous admirons sont ceux où Tarchitecte a su proportionner les moyens au but. bien les le On peut monde rêver un monde harmonieux. les mesquin auprès du vrai ciel. tantôt à rechercher dans les temps géologiques les traces d'un passé qui nous attire parce qu'il est lointain. Et il n'y a pas à craindre que cette préoccupation instinctive et inavouée détourne le savant de la recherche de la vérité. Et Ton voit que le souci du beau nous conduit aux mêmes choix que celui de l'utile. Et c'est ainsi également que cette économie de pensée.

aux autres elle donnait Tempire. . Mais cette recherche désintéressée du vrai pour sa beauté propre est saine aussi et peut rendre l'homme meilleur. que le penseur n'y puise pas lectuelle qui se toujours la sérénité qu'il devrait y trouver. Je sais bien qu'il y a des mécomptes.17 LE CHOIX DES FAITS qu'on leur a imposé. sans se rendre compte des conséet pris leur place ? quences. D'où vient cette concordance ? Est-ce simplement que les choses qui nous semblent belles sont celles qui s'adaptent le mieux à notre intelligence. si les Grecs ont triomphé des barbares et si l'Europe. c'est parce que les sauvages aimaient les couleurs criardes et leg sons bruyants du tambour qui n'occupaient que leurs sens. comme les gracieuses caria- tides de rErechthéion. héritière de la pensée des Grecs. Sans doute un pareil triomphe ferait horreur à Tolstoï et il ne voudrait pas reconnaître qu'il puisse être vraiment utile. et que même temps l'outil que mieux manier? Ou bien y par suite elles sont en cette intelligence sait le a-t-il là un jeu d® révolution Les peuples dont et de la sélection naturelle? l'idéal était le plus conforme à leur intérêt bien entendu ont-ils exterminé les autres Les uns et les autres poursuivaient leur idéal. mais tandis que cette recherche menait les uns à leur perte. et même qu'il y a des savants qui ont un très mauvais caractère. On serait tenté de le croire. domine le monde. tandis que les Grecs aimaient la beauté intelcache sous la beauté sensible et que c'est celle-là qui fait l'intelligence sûre et forte.

^* SCIENCE ET MÉTHOD» Doit-on dire pour cela qu'il faut abandonner la science et n'étudier que la morale ? Eh quoi. pense-t-on que les moralistes eux-mêmes sont irréprochables quand chaire 9 ils sont descendus de leur .

nous ne risquons pas de nous faire illusion sur la portée des résultats qu'il nous donne. et qu'après eux il n'y aurait plus qu'à glaner. Pour prévoir Tavenir des mathématiques. Ils répétaient volontiers que tous les problèmes susN'est-ce pas là. tout au les fait l'inventaire de ceux qui comportent solution. ceptibles d'être résolus l'avaient été déjà.CHAPITRE II L'avenir des Mathématiques. les du mot solution s'est problèmes insolubles sont devenus 2 les . Heureusement. l'exemple du passé nous rassure. Il y a eu autrefois des prophètes de malheur. pour nous autres mathématiciens. avoir une problèmes. et comme nous savons bien ce qu'il vaut. ou. Et puis le sens élargi. la vraie méthode est d'étudier leur histoire et leur état présent. Bien des fois déjà on a cru avoir résolu tous moins. un procédé en quelque sorte professionnel? Nous sommes accoutumés à extrapoler^ ce qui est un moyen de déduire l'avenir du passé et du présent.

doivent faire un choix n'est entre les faits . d'autant plus que ces faits c'est son caprice. parmi innombrables que la nature nous offre. rant la vérité inconnue. cela a été celle . le mathématicien. II en est de même. j'allais dire c'est les crée. C'est lui qui construit de . de sorte que. qu'on obtient par l'extraction de radicaux. lui non plus. ne peut conserver les faits pêle-mêle tous les faits qui se présentent à lui. L'historien. puis celle où ne figurent que des fonctions algébriques ou logarithmiques. le physicien lui-même. cela deviendrait un peu ^ffrayant. de sorte qu'à présent je crois bien qu'il n'y en a plus. qui lui. intention n'est donc pas de les com^battre Mon nous savons bien que les mathématiques continueront à se développer. a fortiori^ en mathématiques. Les pessimistes se trouvaient ainsi toujours débordés. ne pourra jamais contenir l'univers tout entier. qui qu'un coin de l'univers. une bonne solution était celle qui n'emploie que la règle et le compas ensuite. il en est qu'on laissera de côté et d'autres qu'on retiendra. le cerveau du savant. Pour les Grecs.SCIENCE ET MÉTHODE «0 plus intéressants de tous et d'autres problèmes se sont posés auxquels on n'avait pas songé. Nos richesses ne tarderaient pas à devenir encombrantes et leur accumulation produirait un fatras aussi impénétrable que l'était pour l'ignopuisqu'ils sont morts. mais si cela était tout à fait vrai. mais il s'agit de savoir dans quel sens. toujours forcés de reculer. On me répondra « dans tous les sens » et cela est vrai en partie.

et savants du xviii® siècle ait fait avaient délaissé l'électricité. et le créé l'instrument mathé- jour où serait venu le mot d'ordre du physicien. si en les une nécessité. pour notre et. nous aurions été désarmés.l'avenir des mathématiques 21 une combinaison nouvelle en eu rapprochant lés éléments. que le physicien ou Tingénieur lui demandent de calculer un nombre en vue d'une application. Les physiciens. Sans doute il arrive quelquefois que le mathétoutes pièces maticien aborde un problème pour satisfaire à un besoin de la physique. nous devons nous borner à attendre les commandes. ni électrotechnique. que quelque besoin urgent étudier de ils la vi^ matérielle leur ont bien raison. forcés de choisir. ne sont donc pas guidés dans leur choix uniquement par l'utilité. Les physiciens non plus n'attendent pas. Comment donc fontils pour choisir entre les faits naturels? Nous l'avons été . n'avoir d'autre souci accommoder au goût de la clientèle? Si les mathé- matiques n'ont d'autre objet que de venir en aide à ceux qui étudient la nature. ni électrochimie. ce n'est pas en général la nature qui la lui apporte toute faite. Dira-t-on que. parce qu'elle n'aurait à leurs yeux qu'une curiosité sans intérêt pratique. nous autres géomètres. nous n'aurions au xx* siècle ni télégraphie. pour un phénomène. nous n'aurions pas matique. c'est de ces derniers que nous devons attendre le mot d'ordre. Cette façon de voir est-elle légitime? Certainement non. au lieu de cultiver notre science que de nous plaisir. si nous n'avions pas cultivé les sciences exactes pour elles- mêmes.

Le fait isolé frappe tous les yeux. des esprits qui. si ce n'est peut-être pour renseignement en sera tout autrement le jour où cette combinaison prendra place dans une classe de à donner un secondaire. ce sont donc ceux qui analogues à beaucoup d'autres comme faits. parlons-en donc comme si elle était vraie. des éléments variés dont nous disposons. Eh bien. nous devons croire qu'avant Newton bien des hommes avaient vu tomber des pommes aucun n'avait rien su en conclure. sentiront Tâme du fait. mais une de ces combinaisons. sous le fait brut. Mais ce que le vrai physicien seul sait voir. nous nous sommes souvent donné beaucoup de peine pour la construire. apparaissent pas isolés. nous pouvons faire sortir des millions de combinaisons différentes. mais cela ne sert absolument à rien. som qui ne nous mais comme étroitement groupés avec d'autres. les faits qui Hes intéressent ce sont ceux qui peuvent conduire à la découverte d'une loi. ceux du vulgaire comme ceux du savant. est absolument dépourvue de valeur. mais elle est symbolique. En mathématiques nous faisons tout à fait la même chose. Les faits seraient stériles s'il n'y avait des esprits capables de choisir entre eux en discernant ceux derrière lesquels il se cache quelque chose et de reconnaître ce qui se c'est le lien qui unit plusieurs faits est profonde. : cache derrière. Il sujet de devoir . dont l'analogie mais cachée.22 8GIBNGB ET llâTHODB expliqué dan& le chapitre précédent. tant qu'elle est isolée. L'anecdote de la pomme de Newton n'est probablement pas vraie.

pour affirmer cette parenté. ce jour-là. de d'effort. si un milliard d'hommes avait dû la recommencer après lui. Le célèbre philosophe viennois Magh a rôle de la pensée. l'histoire de la science nous fournirait une foule d'exemples qui sont familiers à tous. nous leur épargnons pour plus tard d'innombrables manœuvres de cailloux. c'est-à-dire à la quantité de pensée qu'elle nous permet d'économiser. et ce mot aura été créateur. Et. nous ne serons plus en présence d'un fait. Tautre seul aura senti Tâme du fait. Souvent. Le premier n'aura vu que le fait brut. En apprenant aux enfants la table de multiplication. Quelqu'un autrefois a reconnu. ce sera celui qui aura mis en évidence leur parenté. L'importance d' jn fait se mesure donc à son rendement.23 l'avenir des mathématiques combinaîsons analogues et où nous aurons remarqué cette analogie. Celui-là n'a pas perdu son temps si même il ne calculait que pour son plaisir son opération uq lui a pris que deux minutes. . ce ne sera pas Touvrier qui aura patiemment édifié quelques-unes de ces combinaisons. il lui aura suffi d'inventer un mot nouveau. et c'est pour cela que nous n'avons pas besoin de recommencer. le véritable inventeur. . avec des cailloux ou autrement. que 6 fois 7 font 42 et il a eu Tidée de noter le résultat. Le sauvage calcule la avec ses doigts ou en assemblant de petits cailloux. mais d'une loi. elle en aurait exigé en tout deux milliards. dit que le Science est de produire l'économie de même que Et cela est machine produit l'économie très juste.

je ne serai pas payé de ma peine si je ne suis devenu par là capable de prévoir les résultats d'autres calculs an2|. Je me suis livré à un calcul compliqué et suis arrivé péniblement à un résultat. Une formule algébrique qui nous donne la solu- tion d'un type de problèmes numériques. au contraire.24 SCIENCE ET MÉTHODE En physique. est l'exemple simple qui se présente tout d'abord à l'esprit. pourvu que l'on remplace à la fin les lettres par des nombres.logues et de les diriger à coup sûr en évitant tâtonnements auxquels j'ai dû me résigner la fois. Mais ce n'est là qu'un exemple grossier. mais qu'il . s'ils m'en ont montré à la fois les ressemblances et les différences. c'est quand en reliant des éléments connus depuis longtemps. et il n'en est pas autrement en mathématiques. Ce n'est pas alors un résultat noules première veau que j'aurais acquis. les faits à grand rendement sont ceux qui rentrent dans une loi très générale. c'est une force nouvelle. si en un mot ils m'ont fait entrevoir la possibilité d'une généralisation. Je n'aurai pas perdu mon temps. tout le monde sent y a des analogies qui ne peuvent s'exprimer par une formule et qui sont les plus précieuses. Grâce à elle un seul calcul algébrique nous épargne la peine de recommencer sans cesse de nouveaux calculs numériques. si ces tâtonnements mêmes ont fini par me révéler Tanalogie profonde du problème que je viens de traiter avec une classe beaucoup plus étendue d'autres problèmes. parce qu'ils permettent d'en prévoir un très grand nombre d'autres. Si un résultat nouveau a du prix.

Notre esprit est infirme comme le sont nos il se perdrait dans la complexité du monde sens si cette complexité n'était harmonieuse. . précisément. ce qui nous permet par conséquent d'y voir clair et d'en comprendre Tensemble en même temps que les détails. . il introduit subitement Tordre là où régnait Tapparence du désordre. il n'en verrait que les délails à la façon d'un myope et il serait forcé d'oublier chacun de ces détails avant d'examiner le suivant.l'avbnir des mathématiques 25 jusque-là épars et paraissant étrangers les yns aux autres. le sentiment de Télégance? C'est Tharmonie des diverses parties. plus par conséquent . Les seuls faits dignes de notre attention sont ceux qui introduisent de Tordre dans cette complexité et la rendent ainsi accessible. mais lui seul donne lei3r valeur à tous les faits anciens qu'il relie. dans une démonstration. . mieux nous apercevrons ses analogies avec d'autres objets voisins. Teur heureux balancement c'est en un mot tout ce qui y met de Tordre. II nous permet alors de voir d'un coup d'œil chacun de ces éléments et la place qu'il occupe daûs Tenscmble. Ce fait nouveau non seulement est précieux par lui-même. plus nous verrons cet ensemble clairement et d'un seul coup d'œil. Qu'est-ce qui nous donne en effet dans une solution. leur symétrie. Les mathématiciens attachent une grande importance à Télégance de leurs méthodes et de leurs résultats ce n'est pas là du pur dilettantisme. c'est là aussi ce qui lui donne un grand rendement. tout ce qui leur donne de Tunité. parce qu'il serait incapable de tout embrasser. Mais. en effet.

tout ce que nous désirions savoir? C'est parce que. Pourquoi? Qu'estce qui nous empêche de nous contenter d'un calcul qui nous a appris. quand un calcul un peu long nous a conduits à quelque résultat simple et frappant. En un mot. de L'élégance Timprévu par peut la les généra- provenir rencontre du inat- tendue d'objets qu'on n'est pas accoutumé à rapprocher. semble-t-il. C'est encore la comparaison de l'Erechthéion qui me vient à l'esprit. là encore elle est féconde.26 iCIENCE ET MÉTHODl nous aurons de chances de deviner lisations sentiment possibles. et c'est à cause de cette adaptation même que cette solution peut être pour nous un instrument. dans des cas ana- . elle est féconde même quand elle ne résulte que du contraste entre la simplicité des moyens et complexité du problème posé. du moins ses traits les plus caractéristiques. nous ne sommes pas satisfaits tant que nous n'avons pas montré que nous aurions pu prévoir^ sinon ce résultat tout entier. mais je x>e veux pas la resservir trop souvent. ie sentiment de l'élégance mathématique n'est autre chose que la satisfaction due à je ne sais quelle adaptation entre la solution que l'on vient de découvrir et les besoins de notre la esprit. puisqu'elle nous dévoile ainsi des parentés jusque-là méconnues. C'est pour la même raison que. elle nous fait alors réfléchir à la raison de ce contraste et ie plus souvent elle nous fait voir que cette raison n'est pas le hasard et qu'elle se trouve dans quelque loi insoupçonnée. Cette satisfaction esthétique est par suite liée à l'économie de pensée.

Pour obtenir un résultat qui ait une valeur réelle. par exemple. ce n'y a rien . de sorte qu'on aperçoit immédiatement ce qu'il y faut changer pour Tadapter à tous les problèmes de même nature qui peuvent se présenter. Depuis le milieu du siècle dernier. c'est le néant.l'aVBNIR DE3 MATHÉMATIQUE» 27 logues. piais sans elle il une démonstration qui n'est pas rigoureuse. La machine peut mordre sur le fait brut. les mathématiciens sont de plus en plus soucieux d'atteindre à l'absolue rigueur. le long calcul ne pourrait pas resservir. on serait amené à conclure qu'avant 1820. . c'est l'ordre inattendu qui vaut quelque chose. ils ont bien raison et cette ten- dance s'accentuera de plus en plus. il n'y avait pas de mathématiques. Mais si on la prenait trop à la lettre. ce n'est pas seulement Tordre. il nous montre tout au moins si le calcul qu'il n'en est pas de mérite d*être entrepris. Je crois que personne ne contestera cette vérité. l'âme du fait lui échappera toujours. il ne suffît pas de moudre des calculs ou d'avoir une machine à mettre les choses en ordre. et même du raisonnement souvent à demi intuitif qui aurait pu nous permettre de prévoir. Et puisqu'il nous permet de prévoir si la solution de ces problèmes sera simple. Ce raisonnement étant court. Ce que nous venons de dire suffît pour montrer combien il serait vain de chercher à remplacer par un procédé mécanique quelconque la libre initiative du mathématicien. En mathématiques la rigueur n'est pas tout. on en voit d'un seul coup toutes les parties.

ils semblaient tous et qu'on retrouvait partout ils mais étaient rigoureux. Un jour on a imaginé le mot d'uniformité de la convergence et ce mot seul les a rendus inutiles. ce n'est donc pas assez de donner des modèles à imiter. mais parce que je crains qu'en s'allongeant. étaient parfaitement longs. il aurait fallu qu'ils prissent la peine de le dire. . cela ne veut mais pas dire qu'ils ne le voyaient pas du tout trop rapidement. Seulement toujours nécessaire de le dire est-il tant de fois. mais si les démonstrations de l'avenir doivent être bâties sur ce modèle. bien voir. ce n'est pas seulement parce que je redoute l'encombrement des bibliothèques. ceux qui les premiers se sont préoc- cupés avant tout de la rigueur nous ont donné des raisonnements que nous pouvons essayer d'imiter. Et c'est à quoi l'on a déjà réussi quelquefois par exemple il y avait tout un type de raisonnements qui se resces modèles déjà et. les traités de mathématiques vont devenir bien longs.SCIENCE BT MÉTHODl 28 géomètres de ce ce que nous temps sous-entendaient expliquons par de prolixes discours. nos démonstrations perdent cette apparence d'harmonie dont j'ai expli- qué tout à l'heure le rôle utile. et pour le ils passaient là-dessus serait manifestement excessif. fait. on n'a plus eu besoin de les répéter puisqu'on pou- . le . et si je crains les longueurs. Il faut qu'on puisse après nous se passer de au lieu de répéter un raisonnement résumer en quelques lignes. C'est à l'économie de pensée que l'on doit viser. les volontiers .

comme eux. le faites pour un objet connu.l'avenir des mathématiques vait les sous-entendre. puisque les noms sont devenus les mêmes. Nous Tenons de l'importance des j'en pourrais citer voir par un exemple quelle est mots en mathématiques. la matière. mais beaucoup d'autres. les l'infini. Quand même langage a été bien choisi. sans pourtant rien sacrifier de la rigueur. pas même les mots. on est tout étonné de voir que toutes les démonstrations. qu'elles puissent pour ainsi dire se couler dans le moule. s'appliquent immédiatement à beaucoup d'objets nouveaux. que saisne l'oublions pas. Il convient que ces choses. c'est l'un des caractères auxquels od . Un mot bien choisi suffit le plus souvent pour faire disparaître les exceptions que comportaient les règles énoncées dans l'ancien langage. les points à je encore? Et Ëb les exceptions. mais c'est surtout de nous permettre le plus souvent possible de ne pas faire service . Je ne sais si je n'ai pas déjà dit quelque part que la mathématique est Tart de donner le même nom à des choses différentes.^la forme. bien. c'est pour cela qu'on a imaginé l^s quantités négatives. diff*érentes par croire de pensée. 29 Les coupeurs de difficultés en quatre peuvent donc nous rendre un double c'est d'abord de nous apprendre à faire comme eux au besoin. parce qu'elles cachent les lois. on n'a rien à y changer. quantités imaginaires. soient semblables pai. On ne saurait combien un mot bien choisi peut économiser comme disait Mach. sont pernicieuses.

et grâce à ces d'isomorphisme qui résument en quelques syllabes cette règle subtile et la ren- . Ils des . et riant. ce sont ceux qui permettent ces heureuses innovations de lanfait brut est alors quelquefois sans grand on a pu le signaler bien des fois sans avoir rendu grand service à la science. les mots qui ont exercé la plus heureuse Parmi influence.SCIENCE ET MÉTHODE 30 reconnaît les faits à grand rendement. et ce mot a été prodigieusement fécond. il ne prend de valeur que le jour où un penseur mieux avisé aperçoit le rapprochement qu'il met en évidence et le symbolise par un mot. autres. Nous savons maintenant que dans un groupe la matière nous intéresse peu. :iue c'est la forme seule qui importe et que quand on connaît bien un groupe. Les physiciens. on connaît par cela même tous les groupes isomorphes mots de groupe et . même. Le intérêt. d'ailleurs. Nous dirions aujourd'hui qu'ils avaient envisagé les groupes isomorphes. parce qu'il donnait la le même nom à des choses différentes par matière et semblables par la forme. ils ont inventé le mot d'énergie. comment. je signalerai ceux de groupe et d'inva- nous ont fait apercevoir l'essence de bien ils nous ont raisonnements mathématiques anciens mathémamontré dans combien de cas les ticiens considéraient des groupes sans le savoir. agissent absolument de gage. ils se croyant bien éloignés les uns des se trouvaient tout à coup rapprochés sans comprendre pourquoi. parce que lui aussi créait la loi en éliminant les exceptions.

et c'est pour nos deux voisines que nous travaillons.L* AVENIR DES MATHÉMATIQUES 31 dent promptement familière à tous les esprits. Nous ne pouvons oubher quel doit être notre but. L'idée de groupe se rattache d'ailleurs à celle de transformation. parce que réfléchir sur elle-même. le passage est immédiat et peut se faire en économisant tout effort de pensée. Mais la nature des problèmes qui se posent y contribue également. qui visent l'étude des postulats. pour- quoi attache-t-on tant de prix à l'invention d'une transformation nouvelle? parce que d'un seul théo- nous permet d'en tirer dix ou vingt elle valeur qu'un zéro ajouté à la droite rème elle a la même . C'est pourquoi certaines spéculations mathématiques sont utiles. et par conséquent de la nature . D'une part. aussi nous avons tou- jours vu et nous verrons encore les mathématiciens marcher dans deux directions opposées. notre science confine à la fois à la philosophie et à la physique.» c'est réfléchir sur l'esprit humain qui l'a que créée. des fonctions à allures étranges. la science mathématique chir doit réflé- sur elle-même et cela est utile. commes celles des géométries inaccoutumées. Voilà ce qui a déterminé jusqu'ici le sens du la science mathématique. et c'est mouvement de aussi bien certainement ce qui le déterminera dans l'avenir. selon moi ce but est double. Plus ces spéculations s'écarteront des conceptions les plus communes. d'autant plus c'est celle de ses créations pour laquelle il a fait le moins d'emprunts au dehors. d'un nombre entier.

du côté de la nature. ou plutôt ce que nous devons toujours chercher à faire. mais on pourrait calculer ce chiffre sans elle. quand il se sousde plus en plus à la tyrannie du monde extérieur. Ordinairement on ne la connaît pas.32 SCIENCE ET MÉTHQDS mieux ce que Tesprit humain peut et des applications. ne rentre pas dans Tun des types intégrables. répondons-nous. si on savait au juste de quel chiffre ringénieur a besoin et avec quelle approximation. on ne considérait une équation comme résolue que quand on en avait exprimé la solution i d'un nombre de fonctions connues. il suffirait de s'entendre l'ingénieur. mieux par conséquent elles nous le feront trait connaître en lui-même. » « Cette équation. Mais c'est du côté opposd. qu'il faut diriger le gros Là nous rencontrons qui nous disent : « le physicien ou Tingénieur Pourriez-vous m'intégrer équation différentielle. • « Oui. de notre armée. drait un certain chiffre qui se déduirait facilement de cette intégrale si on la connaissait. c'est de l'aide fini . mais alors à quoi servez-vous? » Le plus souvent. Autrefois. vous savez qu'il n'y en a pas beaucoup. je le sais. j'en aurais besoin d'ici <cette à huit jours en yue de telle construction qui doit être ter- minée pour telle date. Ce que nous pouvons toujours faire. . mais cela n'est possible qu'une fois sur cent à peine. n'a pas besoin ^de l'intégrale en termes finis il a besoin de connaître l'allure générale de la fonction intégrale. en réalité. ou simplement il vou. elles nous montreront faire.

naturellement. veut dire. parce que la convergence est trop lente et parce que les termes se succèdent sans obéir à aucune loi. Gela peut-il être regardé comme une vraie solution ? On raconte que Newton communiqua à Leibnitz un anagramme à peu près comme ceci : aaaaabbbeeeeii^ etc. Une semblable solution aujourd'hui ne nous satisferait plus. Au contraire. nous paraît ne rien laisser à désirer. n'y comprit rien du tout clef. en le Je Leibnitz. Il reste ensuite à trouver la solution quantitative du problème. c'est tielles. mais si Tinconnue ne peut être déterminée par un calcul fini.33 l'aVBNIR des IfATHÉMATlQUES résoudre le problème qualitativement pour dire. on peut la représenter toujours par une série infinie convergente qui permet de la calculer. » et . sais intégrer toutes les équations différen- nous sommes amenés à nous dire que Newton avait bien de la chance ou qu'il se faisait de singulières illusions. c'est pour le praticien qui désire avoir son nombre le plus promptement possible) et ensuite parce que nous aperceTons d'un coup d'œil la loi des termes (cela. mais nous nous savons que cet anagramme traduisant dans le langage moderne: qui avons la « . d'abord la série parce qu'elle converge très vite (cela. Il voulait dire tout simplement qu'il pouvait former (par la méthode des coefficients indéterminés) une série de puissances satisfaisant formellement à Téquation proposée. et cela pour deux raisons. c'est-à-dire de chercher à connaître la ainsi forme générale de la courbe qui représente la fonction inconnue.

Il se préoccupe peu de savoir si cela sera utile aux ingénieurs du xxn* siècle nous. Quelquefois la série est de convergence si lente que le calcul est impraticable et qu'on n'a réussi qu'à démontrer la possibilité du problème. puisque cela ne l'aidera pas à terminer sa construction pour la date fixée. Que voulez-vous de plus. c'est peu de chose à nos yeux si nous n'avons sérieusement l'espoir de recommencer. nous pensons autrement et nous sommes quelquefois plus heureux d'avoir économisé un jour de travail à nos petits-fils qu'une heure . nous arrivons à une formule suffisamment convergente. Il arrive toutefois qu'une solution imparfaite nous achemine vers une solution meilleure. Nous avons réussi. Mais alors il n'y a plus des problèmes résolus el d'autres qui ne le sont pas . il devient Quelquefois en tâtonnant. empiriquement pour ainsi dire. Et alors l'ingénieur trouve cela dérisoire. nous dit l'ingénieur et nous. nous ne sommes pas satisfaits. nous aurions voulu prévoir cette convergence. il y a seulement des problèmes plus ou moins résolus. selon qu'ils le sont par une série de convergence plus ou moins rapide. ou régie par une loi plus ou moins harmonieuse. .34 pour SCIENCE BT MÊTHODB aux besoins esthétiques du théo- satisfaire ricien). . nous saurions la prévoir une autre fois. à nos contemporains. Pourquoi? parce que si nous avions su la prévoir une fois. malgré tout. A mesure que la science se développe. et il a raison.

ce serait un : obstacle fâcheux aux progrès de la Science.L*AVEWIiR DES MATHÉMATIQUES 35 plus difficile de l'embrasser tout entière . c'est par des rapprochements inattendus entre ses diverses parties que ses progrès peuvent se faire. à se contenter en un mot. lorsqu'on a pris conscience de la similitude de leur forme. Espérons que des Congrès comme ceux de Heidelberg et de Rome. il est temps d'entrer dans le détail. Si les vues qui précèdent sont justes. Si Ton continuait dans ce sens. ce serait s'interdire ces rapprochements. Nous devons en même temps entrevoir. Passons en revue les diverses sciences particulières dont Tensemble forme les mathématiques . Trop se spécialiser. dans àes rapprochements du même genre. de telle façon que chacune d'elles pût profiter des conquêtes de l'autre. voyons ce que chacune d'elles a fait. à se spéciade Tun de ces morceaux liser. Nous Tavons dit. nous ouvriront des vues sur le champ du voisin. alors on cherche à la couper en morceaux. lorsqu'elles se sont modelées Tune sur l'autre. ils seront ainsi le meilleur que remède au danger je viens d^ signaler. malgré sciences la dissemblance de leur matière. où elle tend et ce qu'on peut en espérer. en nous mettant en rapport les uns avec les autres. les progrès ad l'avenir* . nous obligeront à le comparer au nôtre. Mais je me suis trop attardé à des généralités. nous devons voir que les grands progrès du passé se sont produits lorsque deux de ces se sont rapprochées. à sortir un peu de notre petit village.

36 8CIENCB ET HÉTHODB L'ARITHMÉTIQUE. dans bien des cas. . et qu'on se Si l'arithmétique est l'analyse. elles n'ont pas encore été étudiées d'assez près pour devenir utilisables. C'est ainsi qu'on parle de nombres transcendants. Ces analogies sont nombreuses et si. ce qu'elle a de rend compte ainsi que la classification future de ces nombres a déjà pour image la classification des fonctions transcendantes. elles sont au moins pressenties depuis longtemps et le langage même des deux sciences montre qu'on les a aperçues. . Le sentiment de un guide précieux qui fait défaut à Tarithméticien chaque nombre entier est séparé des autres. en retard sur l'algèbre et sur mieux à faire c'est de chercher à se modeler sur ces sciences afin de profiter de leur avance. Les progrès de rarithmétique ont été beaucoup plus lents que ceux de l'algèbre et de l'analyse. cela serait déjà fait. et il comprendre pourquoi. il a pour ainsi dire son individualité propre chacun d'eux est une sorte d'exception et c'est pourquoi les théorèmes généraux seront plus rares dans la théorie des nombres. c'est pourquoi est aisé de ia continuité est . mais si on l'avait vu. et cependant on ne voit pas encore très bien comment on pourra passer d'une elassiflcation à l'autre. et ce ne serait plus l'œuvre de l'avenir. aussi ceux qui existent seront plus cachés et échap- peront plus longtemps aux chercheurs. L'arithméticien doit donc prendre pour guide les analogies avec l'algèbre.

Ainsi se constituera une sorte d'analyse indéterminée où les inconnues ne seront plus des nombres entiers. doit subsister par exemple entre la théorie des courbes algébriques et celle des congruences à deux variables. en se guidant sur l'analogie du nombre entier. Et quand les problèmes relatifs aux congruences à plusieurs Yariables seront résolus. divers. C'est alors cette fois Taîgèbre qui prendra modèle sur l'arithmétique. soit avec le polynôme entier à coefficients quelconques.l'avenir des mathématiques Le premier exemple qui me théorie des congruences. Il ne faut pas croire que l'algèbre soit terminée parce qu'elle nous fournit des règles pour former toutes les combinaisons possibles cher les' . soit avec le poly- nôme entier à coefficients. on arrivera à compléter ce parallé- qui lisme. entierg» . L'ALGÈBRE. La théorie des équations algébriques retiendra les encore longtemps Tattention des géomètres côtés par où on peut Taborder sont nombreux et . où 37 vient à Tesprit est la Ton trouve un paral- lélisme parfait avec celle des équations algébriques. il reste à cher- combinaisons intéressantes. celles qui satis- font à telle ou telle condition. mais des polynômes. ce sera un premier pas vers la solution de beaucoup de questions d'analyse indéter- minée. Certainement.

et bien des esprits préfèrent ramener les problèmes d'analyse à la forme géométrique. On pourrait donc croire qu'après la revue que nous venons de passer. Ce serait méconnaître l'importance même d'un langage bien fait. sortis de ce domaine restreint où . tera plus rien à dire qui se rapporte spécialement à la géométrie. Est-ce à dire que. ne pas comprendre ce qu'ajoute aux choses elles-mêmes la façon d'exprimer ces choses et par conséquent de les grouper. il ne nous resîl . . si Ton veut. Malheureusement. des problèmes analytiques. L'analyse en profite cependant comme elle profite de ceux qu'elle est obligée de résoudre pour satisfaire aux besoins de la Physique. nos sens ne peuvent nous mener bien loin. semble que la géométrie ne puisse rien contenir qui ne soit déjà dans l'algèbre ou dans l'analyse que les faits géométriques. Un grand ment que avantage de la géométrie^ c'est préciséy peuvent venir au secours de les sens rintelligence. mais que nous ne nous serions jamais posés à propos d'analyse.SCIENCE ET MÉTB0DB 38 LA GÉOMÉTRIE. et aident à deviner la route à suivre. et ils nous faussent compagnie dès que nous voulons nous envoler en dehors des trois dimensions classiques. D'abord les considérations géométriques nous amènent à nous poser de nouveaux problèmes ce sont bien. ne soient autre chose que les faits algébriques ou analytiques exprimés dans un autre langage.

sans provoquer trop d'éton- nement. De plus.30 l'avenir des mathématiques ils semblent vouloir nous enfermer. qui exprime en termes très concis ce que le langage analytique ordinaire dirait en phrases prolixes. Il y a une science qu'on appelle VAnalysis Situs et qui a pour objet l'étude des relations de position des c'est divers éléments d'une figure. elle est aussi qualitative et voir : elle par là surtout qu'elle devient intéressante. Ici encore. ce langage nous fait nommer du même nom ce qui se ressemble et affirme des analogies qu'il ne noi^ laisse plus oublier. Il nous permet . mais qui en est encore une image. Mais à quoi peut-elle servir ? 11 est aisé de le nous donne d'abord un langage très commode. comme dans tous les exemples précédents. elle n'est pas purement quantitative. en nous rappelant sans cesse l'espace visible qui n'en est qu'une image imparfaite sans doute. asbtraction faite de .donc encore de nous diriger dans cet espace qui est trop grand pour nous et que nous ne pouvons voir. Cette géométrie à plus de trois dimensions n'est pas une simple géométrie analytique. nous ne devons plus compter que sur l'analyse pure et que toute géométrie à plus de trois dimensions est vaine et sans objet? Dans la génération qui nous a précédés. c'est l'analogie avec ce qui est simple qui nous permet de comprendre ce qui est complexe. même dans un cours d'université. nous sommes aujourd'hui tellement familiarisés avec cette notion que nous pouvons en parler. les plus grands maîtres auraient répondu « oui » .

. purement qua- théorèmes resteraient figures. et sans . Cette géométrie est litative ses . seraient posés certainement. uns après qu'on puisse apercevoir leur lien commun. Cantor a introduit dans la I . On vrais si les grossièrement peut faire aussi une Ana- à plus de trois dimensions. Les problèmes de YAnalysis Situs ne se seraient peut-être pas posés si on n'avait parlé que le langage analytique ou plutôt. Il faut qu'on arrive à la construire complètement dans les on aura alors un instrument espaces supérieurs réellement de voir dans Thyperespace permettra qui et de suppléer à nos sens.. l'un de ses principaux créateurs. J'ai parlé plus haut du besoin que nous avons de remonter sans cesse aux premiers principes de notre science et du profit qu'en peut tirer l'étude de l'esprit humain.SCIENCE ET MÉTHODE 40 leurs grandeurs. au lieu d'être exactes. qui a rendu à la science les services que l'on sait. étaient imitées par un enfant. L'importance lysis Situs de YAnalysis Situs est énorme et je ne saurais trop y insister le parti qu'en a tiré Riemann. LE CANTORISME. je me trompe. La première est le cantorisme. ils se . suffirait à le démontrer. les les autres. est mais p^sque leur solution nécessaire à une foule de questions d'analyse ils se seraient posés isolément. . C'est ce besoin qui a inspiré deux tentatives qui ont tenu une très grande place dans rhistoire la plus récente des mathématiques.

Chez la plupart d'entre nous ces préventions s'étaient dissipées. comme auraient dit les scolastiques. Je pense pour mon compte. et je ne suis pas le seul. c'est qu'au lieu de s'élever au général en bâtissant des constructions de plus en plus compliquées et de définir par construction. dont Tidée favorite était de comparer les sciences mathématiques aux sciences naturelles. d'énumérer les ou moins dissimulés. tions apparentes. à Hermitte par exemple. qui servent de fondement aux diverses théories s'est axiomes efforcé d'autre et les postulats plus part . De là Thorreur qu'il a quelquefois inspirée à certains esprits. mais il est arrivé qu'on s'est ler heurté à certains paradoxes. que per genus proximum et differenliam specificam. Et alors RECHERCHE DES POSTULATS.l'avenir des mathématiques 41 science une manière nouvelle de considérer rinfini mathématique et nous aurons l'occasion d'en reparau chapitre VIL Un des traits caractéristiques du cantorisme. que l'important c'est de ne jamais introduire que des êtres que l'on puisse définir complètement en un nombre fini de mots. nous pouvons nous promettre la joie du médecin appelé à suivre un beau cas pathologique. qui auraient d'Elée et l'école LA On de Mégare. à certaines contradic- comblé de joie Zenon chacun de chercher le renfiède. il part da genus supremum et ne définit. Quel que soit le remède adopté.

que je ne saurais songer à rendre complète. thécaire trouve toujours à s'occuper. Mais . ce qui ne saurait quand quand on aura tout énuméré. . Hilbert a obtenu les résultats les plus brillants. il y aura bien des manières de tout classer un bon biblio tarder. Je pense que ces exemples auront suffi pour montrer par quel mécanisme les sciences mathématiques dans quel sens ont progressé elles doivent dans le passé. marcher dans et l'avenir. et cha-:{ue classification nouvelle sera instructive pour le philo- sophe.8CIENCB ET MÉTHODE 42 mathématiques. M. J'arrête cette revue. Il semble d'abord que cedomai le soit bien limité et qu'il n'y ait plus rien à y fai e l'inventaire sera terminé.

On Ta compris depuis longtemps. je me bornerai à dire que la majorité des témoignages confirment mes conclusions.CHAPITRE L'invention III mathématique. car je n'ai . c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'esprit humain que nous pouvons espérer atteindre. où il n'agit ou ne paraît agir que par lui-même et sur lui-même. de sorte qu'en étudiant le processus de la pensée géométrique. je ne dis pas l'unanimité. Laisant et Fehr. et il y a quelques mois une revue intitulée V Enseignement Mathématique et dirigée par MM. a entrepris une enquête sur les habitudes d'esprit et les méthodes de travail des différents mathématiciens. donc guère pu les utiliser. La genèse de l'Invention mathématique est un problème qui doit inspirer le plus vif intérêt au psychologue. J'avais arrêté quand les les résultats principaux traits de cet article de cette enquête ont été publiés. C'est Tacte dans lequel l'esprit humain semble le moins emprunter au monde extérieur.

SCIENCE ET MÉTHODE

44

quand on consulte

le suffrage universel,

on n« peut

se flatter de réunir l'unanimité.

nous étonner, ou plutôt
nous n'y étions si habitués.
Gomment se fait-il qu'il y ait des gens qui ne comprennent pas les mathématiques? Si les mathématiques n'invoquent que les règles de la logique,

Un premier

doit

fait

devrait nous étonner,

celles qui sont
faits;

si

qui sont

si

acceptées par tous les esprits bien

leur évidence est fondée sur des principes

communs

à tous les

hommes

et

que nul ne

saurait nier sans être fou, comment se fait-il qu'il y
ait tant de personnes qui y soient totalement réfractaires?

Que tout
tion,

cela

monde ne

le

monde ne
rien

n'a

soit

pas capable d'inven-

de mystérieux. Que tout

le

puisse retenir une démonstration qu'il a

apprise autrefois^ passe encore. Mais que tout

le

monde ne puisse pas comprendre un raisonnement
mathématique au moment où on le lui expose,
voilà qui paraît bien surprenant quand on y réfléEt pourtant ceux qui ne peuvent suivre ce
cela
raisonnement qu'avec peine sont en majorité
est incontestable et l'expérience des maîtres de
renseignement secondaire ne me contredira certes
chit.

:

pas.

Et il y a plus comment Terreur est-elle possible
en mathématiques? Une intelligence saine ne doit
pas commettre de faute de logique, et cependant il
y a des esprits très fins, qui ne broncheront pas
dans un raisonnement court tel que ceux que Ton a
:

à faire dans les actes ordinaires de la vie, et qui

l'invention hathématiqub

45

sont incapables de suivre ou de répéter sans erreur
les

démonstrations des

plus longues, mais

mathématiques

qui

sont

qui ne sont après tout qu'une

accumulation

de petits raisonnements tout à fait
analogues à ceux qu'ils font si facilement. Est-il
nécessaire d'ajouter que les mathématiciens

mêmes ne

eux-

sont pas infaillibles?

La réponse me semble s'imposer. Imaginons une
longue série de syllogismes, et que les conclusions
des premiers servent de prémisses aux suivants
nous serons capables de saisir chacun de ces syllo:

gismes, et ce n'est pas dans le passage des prémisses à la conclusion que nous risquons de nous

tromper. Mais entre le moment où nous rencontrons
pour la première fois une proposition, comme conclusion d'un syllogisme, et celui où nous la retrouvons

comme

prémisse d'un autre syllogisme,

il

se sera

beaucoup de temps, on aura déroulé
de nombreux anneaux de la chaîne; il peut donc
écoulé parfois

arriver qu'on

l'ait

oubliée

;

ou, ce qui est plus grave,

qu'on en ait oublié le sens. Il peut donc se faire
qu'on la remplace par une proposition un peu différente, ou que, tout en conservant le même énoncé,

on

lui attribue

un sens un peu

différent, et c'est

ainsi qu'on est exposé à l'erreur.

Souvent le mathématicien doit se servir d'une
naturellement il a commencé par démonrègle
trer cette règle; et au moment où cette démonstration était toute fraîche dans son souvenir il en com:

prenait parfaitement le sens et la portée, et
risquait pas de l'altérer. Mais ensuite

il

l'a

il

ne

confiée à

8CIENCE ET MÉTHODE

46

mémoire
mécanique
sa

;

et

il

ne rapplique plus que d'une façon

et alors si la

mémoire

lui fait défaut,

il

peut rappliquer tout de travers. C'est ainsi, pour
prendre un exemple simple et presque vulgaire, que

nous faisons quelquefois des fautes de calcul parce
que nous avons oublié notre table de multiplica^tion.

A

aux mathémadue qu'à une mémoire très sûre, ou

ce compte, l'aptitude spéciale

tiques ne serait

bien à une force d'attention prodigieuse. Ce serait
une qualité analogue à celle du joueur de whist,
qui retient les cartes tombées ou bien, pour nous
élever d'un degré, à celle du joueur d'échecs qui
;

peut envisager un nombre très grand de combinaisons et les garder dans sa mémoire. Tout bon

mathématicien devrait être en même temps bon
joueur d'échecs et inversement il devrait être également un bon calculateur numérique. Certes, cela
arrive quelquefois, ainsi Gauss était à la fois un
géomètre de génie et un calculateur très précoce et
;

très sûr.

y a des exceptions, ou plutôt je me
trompe, je ne puis pas appeler cela des exceptions,
sans quoi les exceptions seraient plus nombreuses
que les cas conformes à la règle. C'est Gauss, au
contraire, qui était une exception. Quant à moi, je
suis obligé de l'avouer, je suis absolument incaMais

il

pable de faire une addition sans faute. Je serais
également un fort mauvais joueur d'échecs; je calculerais bien qu'en jouant de telle façon je m'expose
à tel danger; je passerais en revue beaucoup d'au-

l'invention mathématique

47

coups que je rejetterais pour d'autres raisons,
par jouer le coup' d'abord examiné,
ayant oublié dans Tintervalle le danger que j'avais
très

et je finirais

prévu.

En un mot ma mémoire

n'est pas mauvaise,

insuffisante pour faire de

elle serait

joueur d'échecs. Pourquoi donc ne

me

fait-elle

un raisonnement mathématique

défaut dans

mais
moi un bon
pas

diffî-

des joueurs d'échecs se perdraient? C'est évidemment parce qu'elle est guidée
rlle

la

plupart

marche générale du raisonnement. Une
démonstration mathématique n'est pas une simple
par

la

juxtaposition

de syllogismes,

ce sont

des

syllo-

gismes placés dans un certain ordre^ et l'ordre dans
lequel ces éléments sont placés est beaucoup plus
important que ne le sont ces éléments eux-mêmes.

sentiment, l'intuition pour ainsi dire de cet
ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil TenSi j'ai le

semble du raisonnement,

ne dois plus craindre
d'oublier l'un des éléments, chacun d'eux viendra se
placer de lui-même dans le cadre qui lui est préparé,

et

sans que j'aie

je

à faire

aucun

effort

de

mémoire.
Il me semble alors, en répétant un raisonnement
appris, que j'aurais pu l'inventer; ce n'est souvent

même alors, même si je ne
pour créer par moi-même, je le
réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuUion de
l'ordre mathématique, qui nous fait deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse apparqu'une illusion; mais,
suis pas assez fort

SCIENCE ET MÉTHODE

48

monde. Les uns ne posséderont ni ce
et difficile à définir, ni une force

tenir à tout le

sentiment délicat,

de mémoire et d'attention au-dessus de Tordinaire,
et alors ils seront absolument incapables de com-

prendre les mathématiques un peu élevées; c'est le
plus grand nombre. D'autres n'auront ce sentiment
qu a un faible degré, mais ils seront doués d'une

mémoire peu commune

et

d'une grande capacité

apprendront par cœur les détails les
uns après les autres, ils pourront comprendre les
mathématiques et quelquefois les appliquer, mais
ils seront hors d'état de créer. Les autres enfin posséderont à un plus ou moins haut degré Tintuition
d'attention. Ils

non seulement ils pourront comprendre les mathématiques,
quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraorspéciale dont je viens de parler et alors

dinaire,

mais

ils

pourront devenir créateurs et cher-

cher à inventer avec plus ou moins de succès, suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins
développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention

mathématique?

Elle ne consiste pas à faire de nouvelles combinai-

sons

avec des

êtres

mathématiques déjà connus.

Cela, n'importe qui pourrait le faire, mais les

com-

binaisons que l'on pourrait former ainsi seraient en

nombre infini, et le plus grand nombre serait absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
précisément à ne pas construire les combinaisons
mutiles et à construire celles qui sont utiles et qui

ne sont qu'une infime minorité. Inventer,

c'est dis-

cerner, c'est choisir.

I

49

l'invention mathématique

Comment
plus haut;

doit se faire ce choix, je

l'ai

expliqué

mathématiques dignes d'être
ceux qui, par leur analogie avec

les faits

étudiés, ce sont

d'autres faits, sont susceptibles de nous conduire à
loi mathématique de la même
expérimentaux nous conduisent
à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux
qui nous révèlent des parentés insoupçonnées entre
d'autres faits, connus
depuis longtemps, mais
qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plu»
fécondes seront souvent celles qui sont formées
d'éléments empruntés à des domaines très éloignés;
et je ne veux pas dire qu/il suffise pour inventer de
rapprocher des objets aussi disparates que possible;
la plupart des combinaisons qu'on formerait ainsi
seraient entièrement stériles
mais quelques-unes

la

connaissance d'une

façon que les

faits

;

d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de
toutes.

Inventer, je

l'ai dit,

peut-être pas tout

acheteur

à

qui

à

c'est choisir;
fait juste,

on présente

mais

il

le

mot n'est

penser à un
grand nombre

fait

un

d'échantillons et qui les examine l'un après l'autre de

façon à faire son choix.

Ici les

tellement

nombreux qu'une

pas pour

les

échantillons seraient

vie entière ne suffirait
examiner. Ce n'est pas ainsi que les
choses se passent. Les combinaisons stériles ne se

présenteront

Dans

le

même

champ de

pas à

l'esprit

sa conscience

de l'inventeur.
n'apparaîtront

jamais que les combinaisons réellement

quelques-unes

qu'il rejettera,

utiles, et

mais qui participent

ce théorème aura un nom barbare. Mais ce que j'ai dit jusqu'ici.50 SCIENCE ET MÉTHODE un peu des caractères des combinaisons utiles. Seulement. je vais me circonscrire et vous raconter comc'est ment j'ai écrit mon premier mémoire sur les fonc- demande pardon. mais cela n'a aucune importance. ce sont les circonstances. Pour cela. Il est temps de pénétrer plus avant et de voir ce qui se passe dans l'âme même du mathématicien. Je vous je vais employer quelques expressions techniques. de rappeler des souvenirs personnels. ce n'est pas le théorème. Je dirai. mais elles ne doivent pas vous effrayer. tions fuchsiennes. je m'efforçais de démontrer qu'il ne pouvait exister aucune fonction analogue à ce que j'ai appelé depuis les fonctions fuchsiennes . vous n'avez aucun besoin de les comprendre. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième degré qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une première épreuve. je crois que ce que j'ai de mieux à faire. que beaucoup d'entre vous ne connaîtront pas. j'essayais 1 . par exemple. en lisant les écrits des géomètres. Depuis quinze jours. tous les jours. ce qui est intéressant pour le psychologue. je m'as- une heure un grand nombre de combinai- table de travail. à la condition de faire cette lecture avec quelque réflexion. j'ai trouvé la démonstration de tel théorème dans telles circonstances. j'y passais ou deux. c'est ce qu'on peut observer ou inférer. j'étais alors fort seyais à ma ignorant .

où j'habitais alors. l'idée me vint. je ne pus m'endormir les idées surgissaient en foule. je du café noir. jusqu'à ce que deux d'entre elles s'accrochassent. Le matin^ j'avais étapris : bli l'existence d'une classe de fonctions fuchsiennes. taient. nous pour e ne sais . pour ainsi dire. pou: prendre part à une course géologique entreprise par l'École des Mines. moment. ce qui ne prit . l'analogie avec les fonctions guidait. 51 Un soir. vés à Goutances. dans mes pensées antérieures parût m'7 avoir préparé. que les transformations donl. je quittai Caen. à peine assis san^ que rien dam l'omnibus. puisque. celles qui dérivent de la série hypergéométrique n'eus plus qu'à rédiger les résultats. Je voulus ensuite représenter ces fonctions par le qudtient de deux séries. Je me demandai vaient être les propriétés de ces séries. je me que quelques heures. je repris la conversation commen . pouformer une combinaison stable. je n'ei aurais pas eu le temps. je les sentais comme se heurter. contrairement à mon habitude. Je ne fis pas la vérification. mettais le pied sur le marche-pied. et j'arrivai que A j'ai ce quelles desi elles exis- sans difficulté à former les séries appelées thétafuchsiennes. me fcrent Les péripéties du voyage mes travaux mathématiques arrimontâmes dans un omnibus quelle promenade au moment où je oublier .l'invention mathématique sons et je n'arrivais à aucun résultat. j'avais fait usage pour définir les fonctions fucb siemes étaient identiques à celles de la géométrie noE-euclidienne. cette idée fut parfaitement consciente et réfléchie elliptiques me .

Un jour. cl qui 1| . qu'alors. je réfléchis sur ce résultat. de soudaineté et de que certitude immédiate. je vérifiai le résultat à tête reposée pour l'acquit de ma conscience. par conséquent. existait des fonctions fuch- il siennes autres que celles qui dérivent de U série que je connusse jushypergéométrique. Je me proposai naturellement de former les seules toutes ces fonctions et j'enlevai l'un avancés et dont . les transformations arith- métiques des formes quadratiques ternaires iidéfià celles delà géométrie non- finies étaient identiques euclidienne. Dégoûté de mon insuccès. j'allai passer quelques jours au bord de la mer. et je pensai à tout autre chose. Mais qu'à . il la j'en fis un l'autre siège systématijue tous les ouvnges y en avait un cependant qui tenait encore chute devait entraîner celle du corp de place. l'exemple des formes j'en tirai les me montrait y avait des groupes fuchsiens autres que ceux qui correspondent à la série hypergéométrique. De retour à Caen. toujours avec les mêmes caractères de brièveté. sur la falaise. Je me mis alors à étudier des questions d'arithmétique sans grand résultat apparent et sans soupçonner que cela pût avoir le moindre rapport avec mes recherches antérieures. et conséquences. Étant revenu à Gaen. l'idée me vint.SCIENCE ET MÉTHODB 52 maïs j'eus tout de suite une entière certitude. je vis que je pouvais leur quadratiques qu'il appliquer la théorie des séries thétafuchsienaes et que. après tous me mieux mes efforts ne servirent d'aoord faire connaître la difficulté. en me promenant cée.

Pendant la première demi-heure. signes manifestes d'un long travail inconscient antérieur. et ce fut seulement après mon service que je repris la question. et les observations rapportées par d'autres mathématiciens dans l'enquête de V Enseignement Mathématique ne pourraient que les confirmer. ensuite on prend un repos plus ou moins long. j'aurais à faire des récits tout à fait anade les multiplier logues . où je devais faire mon service militaire. Je rédigeai donc d'un trait et sans aucune peine. Souvent^ quand on travaille une question difficile. rien trouver et puis tout à coup l'idée décisive se . ce sont ces apparences d'illumination subite. la solution de la difficulté qui m'avait arrêté m'apparut tout à coup.L INVENTION MATHEMATIQUE 53 était déjà quelque chose. Là-dessus. Je ne cherchai pas à l'approfondir immédiatement. rassembler et à mon mémoire définitif les je n'avais qu'à les ordonner. le rôle de ce travail inconscient dans l'invention mathématique me paraît incontestable. en traversant le boulevard. Je me bornerai à cet exemple unique. et on s'asseoit de nouveau devant sa table. il est inutile en ce qui concerne mes autres recherches. Un jour. on continue à ne . Tout ce travail fut parfaitement conscient. tous J'avais les éléments. je partis pour le Mont-Valérien. Ce qui frappera tout d'abord. j'eus donc des préoccupations très différentes. et on en trouverait des traces dans d'autres cas où il est moins évident. on ne fait rien de bon la première fois qu'on se met i la besogne.

mais restés inconscients.SCIENCE ET MÉTHODE 54 On présente à Tesprit. Taiguillon qui aurait excité les résultats déjà acquis pendant le repos. seulement fait dans la révélation. tout à cités. Il y a une autre remarque à faire au sujet des la conditions de ce travail inconscient : c'est qu'il n'est possible et en tout cas qu'il n'est fécond que s'il est d'une part précédé. parce qu'il a été interrompu et que le repos a rendu àTesprit sa force et sa fraîcheur. ils ont mis en branle la machine inconsciente. à revêtir forme consciente. et. Mais repos et que a été rempli le résultat il par est plus un de ce travail comme probable que ce travail inconscient. sans eux. s'est produite pendant une période de travail conscient. où il semble qu'on a fait totalement fausse route. pourrait dire que le travail conscient a été plus fructueux. après l'inspiration. et d'autre part suivi d'une période de travail conscient. qui ont paru abso- lument infructueux et où Ton a cru ne rien faire de bon. comme s'il était géomètre. Ces efforts n'ont donc pas été aussi stériles qu'on le pense. s'est révélé ensuite au les cas que j'ai au lieu de se faire jour pendant une promenade ou un voyage. elle n'aurait pas marché et n'aurait rien produit. se comprend mieux . La nécessité de la seconde période de travail consci nt. Jamais (et les exemples que j'ai cités le prouvent déjà suffisamment) ces inspirations subites ne se produisent qu'après quel- ques jours d'efforts volontaires. mais indépendamment de ce travail qui joue tout au plus un rôle de déclanchement.

quelque perfectionnée qu'on la suppose. J'ai parlé du sentiment de certitude absolue qui accompagne Tinspi- mais surtout ration. joue un rôle capital dans rinvention mathématique. J'ai observé surtout le fait pour les idées qui me sont venues le matin ou le soir dans moa lit. dans les cas cités. l'inventeur consiste à choisir entre ces combinai- sons. faut mettre en cette inspiration. Il ne s'agit pas seulement d'appliquer des règles. Or. de façon à éliminer celles qui sont inutiles ou plutôt à ne pas se donner la peine de les faire. inutiles et encombrantes. Le véritable travail de .l'inventiOx\ encore. Tels sont les faits. les il faut les vérifier. comme on dit. Il mathématique 55 œuvre les résultats de en déduire les conséquences imordonner. le moi subliminal. rédiger les démonstrations. qu'on ne saurait le confier à une machine. à l'état semi-hypnagogique. Les combinaisons ainsi obtenues seraient extrêmement nombreuses. et voici maintenant les réflexions qu'ils nous imposent. mais il faut se garder de croire que ce soit une règle sans exception souvent ce sentiment nous trompe sans pour cela être moins vif. nous avons vu que le travail mathématique n'est pas ur simple travail mécanique. il en est ainsi. médiates. et on ne s'en aperçoit que quand on cherche à mettre la démonstration sur pied. Mais on considère d'ordinaire le moi subliminal comme purement automatique. cela résulte de tout ce qui précède. et le plus souvent. Le moi inconscient ou. de fabriquer le plus de combinaisons possibles d'après certaines lois fixes. ce sentiment n'était pas trompeur. Et .

dans récente. Science et Religion. : de la délicatesse dis-je. Revoyons donc les faits et cherchons s'ils ne comporteraient pas une autre explication. (Voir aussi. elles se sentent plutôt qu'elles ne se formulent . il est capable de discernement. il le conscient? Vous comprenez toute l'importance de cette question.56 iCIENCE ET MÉTHODE les règles qui doivent guider ce choix sont extrême- ment fines et délicates. il est à peu près impossible de les énoncer dans un langage précis. pages 313 sqq. imaginer un crible capable de les appliquer mécaniquement? Et alors une première hypothèse se présente à nous le moi subliminal n'est nullement inférieur au moi conscient. a montré comment une conférence elle s'était posée à des occasions toutes différentes et quelles conç^équences entraînerait même une réponse affirmative. Boutroux. après un travail inconscient un peu prolongé. En un pas supérieur au moi sait choisir. sont généralement des combinaisons utiles et fécondes. il n'est pas purement automatique. Il est certain que les combinaisons qui se présentent à l'esprit dans une sorte d'illumination subite. il puisqu'il réussit là où celui-ci mot. du auteur. M. il sait . mieux deviner que moi subliminal n'est-il sait deviner. qui semblent le résultat d'un premier triage. comment. ne l'accepterais pas sans répugnance.) Cette réponse affirmative nous est-elle imposée que je viens d'exposer? J'avoue que. S'ensuit-il que le moi subliminal. je . le Que moi conscient. avait échoué. il a du tact. dans ces conditions. ayant deviné par une par les pour faits ma part.

les plus confère ce privilège? les excitations intenses seules retiendront notre attention. à moins que cette attention n'ait été attirée sur elles par d'autres causes. que l'intelligence. Et c'est bien là de la sensibilité. il y en a qui sont appelés à franchir le seuil. Plus généralement. tandis que d'autres restent en deçà ? Est-ce un simple hasard qui leur Évidemment non. toutes les combinaisons se formeraient par suite de l'automatisme du moi subliminal. ou bien en a-t-il formé beaucoup d'autres qui étaient dépourvues d'intérêt et qui sont demeurées inconscientes. Dans cette seconde manière de voir. mais seules. quels sont les êtres mathématiques auxquels . C'est un vrai sentiment esthétique que tous les vrais mathématiciens consemble-t-il. Ce serait oublier le sentiment de la beauté mathématique. ce sont ceux qui. parmi toutes de nos sens. ceux qui sont susceptibles de devenir conscients. les phénomènes inconscients privilégiés. parmi les mille produits de notre activité inconsciente. par exemple.L*INVENTION MATHÉMATIQUE 57 que ces combinaisons pouvaient formé que celles-là. celles qui intuition délicate être utiles. de l'harmonie des nombres et des formes. Quelle est la cause qui fait que. ment notre sensibilité. directe- ment ou indirectement. Et cela est encore très mystérieux. Or. n'a seraient intéressantes pénétreraient dans le de la champ conscience. ne peuvent intéresser naissent. On peut affectent le plus profondé- s'étonner de voir invoquer la sensibilité à propos de démonstrations mathématiques qui. de l'élégance géométrique.

5S SCIENCE ET MÉTHODI ne as attribuons ce caraclère de beauté et d'élégance. De sorte que nous arrivons à la conclusion suivante. el qui sont susceptibles de développer en nous une sorte d*émotîon esthétique? Ce sont ceux dont les éléments sont harmonieusement disposés. à la fois utiles et belles. mais que les profanes ignorent au point qu'ils une loi sont souvent tentés d'en sourire. mathématique. et. mais. presque toutes sont sans intérêt et Qu'arrive-t-il alors? très sans utilité. elles seront capables d'émouvoir cette sen. Les combinaisons utiles. par cela même. Et en temps. elle nous fait pressentir une loi mathématique. sibilité spéciale et qui. en mettant sous nos yeux un tout bien ordonné. Parmi les combinaisons en grand nombre que le moi subliminal a aveuglément formées. Cette harmonie est à la fois une satisfaction pour nos besoins esthétiques et une aide pour l'esprit qu'elle soutient même et qu'elle guide. une du géomètre dont je viens de parler. par suite. la sans conscience ne les connaîtra jamais quelques-unes seulement sont harmonieuses. de façon que Tesprit puisse sans effort en embrasser l'ensemble tout en pénétrant les détails. je veux dire celles qui peuvent le mieux charmer cette sensibilité spéciale que tous les mathématiciens connaissent. nous Tavons dit plus haut. fois excitée. action sur la sensibilité esthétique elles sont . les seuls faits mathématiques dignes de retenir et notre attention susceptibles d'être sont ceux qui peuvent nous faire connaître utiles. appellera sur elles notre atten- . Or. ce sont précisément les plus belles.

il y aura bien peu de chances pour que la bonne^ celle qu'on doit choisir. donnera et leur ainsi Toccasion de devenir conscientes. cette idée fausse. est-il vraisemblable qu'il puisse former toutes les combinaisons possibles dont le nombre effrayerait l'imagination? cela semblerait nécessaire néanmoins. ! . il arrive le plus souvent qu'elle ne le trompe pas mais il arrive aussi quelquefois. et cela fait comprendre assez pourquoi celui qui en est dépourvu ne sera jamais un véri- table inventeur. Ainsi c'est cette sensibilité esthétique qui joue le rôle du crible spéciale. nous n'en connaissons pas les limites et c'est pourquoi nous ne répugnons pas le . Ce n'est là qu'une hypothèse. et cependiant voici une observation qui pourrait la confirmer quand une illumination subite envahit l'esprit du mathématicien. je l'ai dit. Ces limites existent cependant . trop à supposer qu'il a pu former en peu de ten^ps plus de combinaisons diverses que la vie entière d'un être conscient ne pourrait en embrasser. car ne produit qu'une petite partie de ces combinaisons. délicat dont je parlais plus haut. s'il . Toutes les difficultés n'ont pas disparu cependant. qu'elle ne supporte pas l'épreuve d'une vérification eh bien on remarque presque toujours que : . se trouve parmi elles.59 l'inveation mathématique tion. aurait flatté notre instinct naturel de l'élégance mathématique. moi conscient est étroitement borné quant au moi subliminal. si elle avait été juste. et s'il le fait au hasard.

par exemple. comme pourrait le faire. Quel va être le rôle du travail conscient préliminaire? C'est évidemment de mobiliser quelques-uns de ces atomes. comme le font les molécules gazeuses dans la théorique cinétique des gaz. On croit qu'on n'a rien fait de bon. pendant une période de repos appa- rent et de travail inconscient. j'allais dire la pièce où ils sont enfermés. Au contraire. si l'on préfère. de les décrocher du mur et de les mettre en branle. par conséquent. ils sont. Représentons-nous les éléments futurs de nos combinaisons comme quelque chose de semblable aux atomes crochus d'Épicure. et. eux. accrochés au mur ce repos complet peut donc se prolonger indéfiniment sans que ces atomes se rencontrent. pour ainsi dire. quelques-uns d'entre eux sont détachés du mur et mis en mouvement. après imposée par notre vo- . sans qu'aucune combinaison puisse se produire entre . une nuée de moucherons ou. une comparaison plus savante. Qu'on me permette une comparaison grossière. Ils sillonnent dans tous les sens l'espace. Leurs chocs mutuels peuvent alors produire des combinaisons nouvelles. cette agitation qui leur a été Mais. parce qu'on a remué ces éléments de mille façons diverses pour chercher à les assembla et qu'on n'a pu trouver d'assemblage satisfaisant.SCIENCE ET MÉTHODE CO Peut-être faut-il chercher Texplication dans cette période de travail conscient préliminaire qui précède toujours tout travail inconscient fructueux. Pendant le repos complet de Tesprit. ces atomes sont immobiles.

' ce sont celles où l'un des éléments au moins est l'un de ces atomes librement choisis par parmi l'heure la moyen notre volonté.l'invention mathématique lonté. soit entre eux. est moi sublimi- particulièrement apte à ce genre de travail qui est en quelque sorte exclu- sivement mécanique. Autre observation. On que le travail le résultat d'un l'on n'a qu'à appliquer des pourrait croire que le nal. les atomes mobilisés ne sont donc pas des atomes quelconques ce sont ceux dont on peut raisonnableelle : ment attendre la solution cherchée. poursuivait un but parfaitement déterminé. ou bien . Or. Les atomes mobilisés vont alors subir des chocs. ces 61 atomes ne rentrent pas dans leur repos primitif. notre volonté ne les a pas choisis au hasard. Peut-être y a-t-il là un elles d'atténuer ce qu'il y avait de paradoxal dans l'hypothèse primitive. c'est évidemment que se trouve ce que j'appelais tout à bonne combinaison. Ils continuent librement leur danse. soit avec d'autres atomes restés immobiles et qu'ils seront venus heurter dans leur course. ma comparaison est bien grossière. Je demande pardon encore une fois. on pourrait espérer trouver le produit tout fait à son réveil. Il semble qu'en pensant le soir aux facteurs d'une multiplication. Quoi qu'il en soit. où règles fixes. tout automatique. mais je ne sais trop comment je pourrais faire comprendre autrement ma pensée. qui les feront entrer en combinaison. Or. les seules combinaison» qui ont chance de se former. Il n'arrive jamais inconscient nous fournisse tout fait calcul un peu long.

dans ces cas. au contraire. et. une vérification. celle qui suit l'inspiration. Seulement. parlé d'une nuit d'excitation. Tout ce qu'on peut espérer dé ces inspirations.62 SCIENCE ET MÉTHODE algébrique. raltention. quant aux calculs eux-mêmes. si Ton pouvait donner ce nom à la simple absence de discipline et au désordre né du hasard. la conscience. Les règles de ces calculs sont strictes et compliquées. et il n'est pas nécessaire que Tactivité cérébrale anormale soit causée par un excitant physique comme dans celui que j'ai cité. qui est devenu partielle! ment perceptible à la conscience surexcitée et qui n'a pas pour cela changé de nature. ce désordre même permet des accouplements inatsuite. celle où Ton vérifie les résultats de cette inspi- ration et où l'on en tire les conséquences. la volonté. on assiste soi-même à son propre travail inconscient. les cas où il j'ai comme en est ainsi sont fréquents. Je ferai une dernière remarque: quand j'ai exposé plus haut quelques observations personnelles. elles exigent la discipline. les méthodes de tra- . Il n'en est rien. si Ton veut. On se rend alors vaguement compte de ce qui distingue les deux môMtnismes ou. qui sont les fruits du travail inconscient. pourrait se faire inconsciemment. encore qu'un calcul par exemple. l'observation le prouve. Dans le tendus. par moi subliminal règne. Eh bien il semble que. ce que j'appellerais la liberté. ce sont des points de départ pour de semblables calculs. où je travaillais malgré moi . faut les faire il dans la seconde période de travail conscient.

63 l'invention mathématique vail des deux moi. elles en ont bien besoin. giques que mer dans j'ai pu Et les observations psycholo- faire ainsi me semblent confirque je viens leurs traits généraux les vues d'émettre. car elles sont et restent malgré tout bien hypothétiques la grand que je ne aToir soumises au lecteur. Certes. question est les si me : l'intérêt de repens pas de .

Il y a là une apparente et sur laquelle on moins contradiction au a déjà beaucoup écrit. Dans chaque domaine. I « Comment oser parler des lois du hasard? Le hasard n'est-il pas Tantithèse de toute loi? » Ainsi s'exprime Bertrand au début de son Calcul des probabilités. La probabilité est opposée à la certitude c'est donc ce qu'on ignore et par conséquent semble. et ceux qu'ils attribuaient au hasard c'étaient ceux qu'on ne pouvait prévoir parce qu'ils étaient rebelles à toute loi. saurait calculer. t-il ce qu'on ne . Dans cette concep- les lois précises I . Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les phénomènes qui semblaient obéir à des lois harmonieuses. elles traçaient seulement les limites entre lesquelles il était permis au hasard de se mouvoir.1 CHAPITRE IV Le hasard. établies une fois poui toutes. ne décidaient pas de tout.

65

LB HASARD
tîon, le

mol hasard

ce qui élait

pour Tautre

un sens

avait

hasard pour Tun,

même

et

pour

précis, objectif:

était aussi

hasard

les dieux.

Mais cette conception n'est plus la nôtre; nous

sommes devenus des déterministes absolus, et ceux
mêmes qui veulent réserver les droits du libre
arbitre humain laissent du moins le déterminisme
régner sans partage dans le monde inorganique.
Tout phénomène,
et

un

esprit

informé des
dès

le

si

minime

qu'il soit,

infiniment puissant,
lois

de

infiniment

la nature, aurait

commencement des

a une cause,

pu

siècles. Si

le

un

bien

prévoir
pareil

on ne pourrait jouer avec lui à
aucun jeu de hasard, on perdrait toujours.
Pour lui en effet le mot de hasard n'aurait pas de
sens, ou plutôt il n'y aurait pas de hasard. C'est à
cause de notre faiblesse et de notre ignorance qu'il
y en aurait un pour nous. Et, même sans sortir de
notre faible humanité, ce qui est hasard pour
l'ignorant, n'est plus hasard pour le savant. Le
hasard n'est que la mesure de notre ignorance. Les
esprit

existait,

phénomènes

fortuits sont,

nous ignorons

par définition, ceux dont

les lois.

Mais cette définition est-elle bien satisfaisante?

Quand

les

premiers bergers chaldéens suivaient des

yeux les mouvements des

ne ccnnaissaienl
pas encore les lois de TAstrônomiQ, auraient-iis
songé à dire que les astres se meuvent au hasard?
Si un physicien moderne étudie un phénomène nouveau, et s'il en découvre la loi le mardi, aurait-il
dit le lundi que ce phénomène était fortuit? Mais il
astres,

ils

SCIENCE ET MÉTHODE

66

y a plus

:

n'invoque-t-on pas souvent, pour prédire

un phénomène, ce que Bertrand appelle

les lois

du

hasard? Et par exemple dans la théorie cinétique
des gaz, on retrouve les lois connues de Mariette et
de Gay-Lussac, grâce à cette hypothèse que les
vitesses des molécules gazeuses varient irrégulière-

ment, c'est-à-dire au hasard. Les lois observables
seraient beaucoup moins simples, diront tous les
physiciens,

si

quelque

élémentaire simple,

étaient,

loi

les

comme

on

vitesses

dit,

si

organisées^

pai

réglées

étaient

molécules

les

elles obéis-

si

saient à quelque discipline. C'est grâce au hasard,
^*est-à-dire grâce à notre ignorance

que nous pou-

vons conclure et alors si le mot hasard est tout
simplement synonyme d'ignorance qu'est-ce que
cela veut dire? Faut-il donc traduire comme il suit?
Vous me demandez de vous prédire les phénomènes qui vont se produire. Si, par malheur, je
connaissais les lois de ces phénomènes, je ne pour;

<(

rais

y arriver que par des calculs inextricables

devrais renoncer à vous répondre; mais,
la

de

chance de

les ignorer, je vais

et je

comme

j'ai

vous répondre tout

y a de plus extraordinaire, c'est
réponse sera juste. »
faut donc bien que le hasard soit autre chose

suite. Et, ce qu'il

que
Il

ma

que le nom que nous donnons à notre ignorance,
que parmi les phénomènes dont nous ignorons les
causes, nous devions distinguer les phénomènes
fortuits,

sur

lesquels

le

calcul

des

probabilités

nous renseignera provisoirement, et ceux qui ne
sont pas fortuits et sur lesquels nous ne pouvons

1

67

LE HASARD

que nous n'aurons pas déterminé les
lois qui les régissent. Et pour les phénomènes fortuits eux-mêmes, il est clair que les renseignements
que nous fournit le calcul des probabilités ne cesseront pas d'être vrais le jour où ces phénomènes
seront mieux connus.
Le directeur d'une compagnie d'assurances sur la
vie ignore quand mourra chacun de ses assurés, mais
il compte sur le calcul des probabilités et sur la loi
des grands nombres et il ne se trompe pas puisqu'il
rien dire tant

distribue

des

dividendes à ses

actionnaires.

perspicace et très

Ces

un médecin très
indiscret venait, une fois les

dividendes ne s'évanouiraient pas

si

signées, renseigner le directeur sur les
chances de vie des assurés. Ce n^édecin dissiperait

polices

l'ignorance du directeur, mais

il

influence sur les dividendes qui

ment pas un produit de

aucune
ne sont évidemn'aurait

cette ignorancg.

II

Pour trouver une meilleure définition du hasard, il
nous faut examiner quelques-uns des faits que Ton
à regarder

s'accorde
le calcul

comme

fortuits, et

auxquels

des probabilités paraît s'appliquer; nous

rechercherons ensuite quels sont leurs caractères

communs.
Le premier exemple que nous allons choisir est
si un cône repose sur
sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais

celui de l'équilibre instable

;

SCIENCE BT METHODE

68

nous ne savons pas de quel côté
que le hasard seul va en décider.

;

parfaitement symétrique,

ment

vertical,

s'il

il

nous semble
cône était

Si le

son axe était parfaitesoumis à aucune autre

si

n'était

que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout.
Mais le moindre défaut de symétrie va le faire pencher légèrement d'un côté ou de l'autre, et dès qu'il
penchera, si peu que ce soit, il tombera tout à fait
de ce côté. Si même la symétrie est parfaite, une
force

trépidation très légère,

un

souffle

d'air

pourra

le

de quelques secondes d'arc; ce sera
assez pour déterminer sa chute et même le sens de
sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale.
faire incliner

Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas
ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû
au hasard. Si nous connaissions exactement les lois
de la nature et la situation de l'univers à Tinstant
initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même univers à un instant ultérieur.
Mais, lors même que les lois naturelles n*auraient
plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qn' approximativement. Si
cela nous

avec

nous

la

permet de prévoir

même

faut,

la situation ultérieure

approximation^

nous disons que

c'est
le

différences dans les

ce

qu'il

phénomène a

été

mais il n'en est
il peut arriver que de petites
conditions initiales en engen-

prévu, qu'il est régi par des lois

pas toujours ainsi,

tout

;

drent de très grandes dans les phénomènes finaux;
une petite erreur sur les premières produirait une

69

LE HASARD

erreur

énorme sur

derniers.

les

La prédiction
phénomène

devient impossible et nous avons le
fortuit.

Notre second exemple sera fort analogue au premier et nous remprunterons à la météorologie.
Pourquoi les météorologistes ont-ils tant de peine à
prédire le temps avec quelque certitude ? Pourquoi
les chutes de pluie,
les tempêtes elles-mêmes
nous semblent-elles arriver au hasard, de sorte
que bien des gens trouvent tout naturel de prier
pour avoir la pluie ou le beau temps, alors qu'ils
jugeraient ridicule de demander une éclipse par une
prière? Nous voyons que les grandes perturbations
se produisent généralement dans les régions où
l'atmosphère est en équilibre instable. Les météorologistes voient bien que cet équilibre est instable,
qu un cyclone va naître quelque part; mais où, ils
sont hors d'état de le dire un dixième de degré en
plus ou en moins en un point quelconque, le cyclone
éclate ici et non pas là, et il étend ses ravages sur
des contrées qu'il aurait épargnées. Si on avait
connu ce dixième de degré, on aurait pu le savoir
d'avance, mais les observations n'étaient ni assez
serrées, ni assez précises, et c'est pour cela que
tout semble dû à l'intervention du hasard. Ici encore
nous retrouvons le même contraste entre une cause
minime, inappréciable pour l'observateur, et des
;

effets considérables,

qui

sont quelquefois d'épou-

vantables désastres.

Passons à un autre exemple, la distribution des
petites planètes sur le zodiaque. Leurs longitudes

70

SCIENCE ET MÉTHODE

ont pu être quelconques mais leurs moyens
mouvements étaient différents et elles circulent

initiales

depuis

si

;

longtemps qu'on peut dire qu'actuellement,
au hasard le long du zodiaque. De

elles sont distribuées

très petites différences initiales entre leurs distances

au

soleil,

ou ce qui revient au

mouvements moyens, ont
différences

entre

leurs

fini

même

entre leurs

par donner d'énormes

longitudes

un

actuelles;

de seconde dans

moyen

excès d'un

millième

mouvement

diurne, donnera en effet une seconde

le

en trois ans, un degré en dix mille ans, une circonférence entière en trois ou quatre millions d'années,
et qu'est-ce que cela auprès du temps qui s'est
écoulé depuis que les petites planètes se sont détachées de la nébuleuse de Laplace ? Voici donc une
fois de plus une petite cause et un grand effet ou
mieux de petites différences dans la cause et de
grandes différences dans l'effet.
Le jeu de la roulette nous éloigne moins-^ qu'il ne
semble de l'exemple précédent. Supposons une
aiguille qu'on peut faire tourner autour d'un pivot^
;

sur

un cadran

divisé en 100 secteurs alternativement

rouges et noirs. Si elle s'arrête sur un secteur rouge,
la partie est gagnée, sinon, elle est perdue. Tout

dépend évidemment de l'impulsion initiale que nous
donnons à l'aiguille. L'aiguille fera je suppose 10 ou
20 fois le tour, mais elle s'arrêtera plus ou moins
vite, suivant que j'aurai poussé plus ou moins fort.
Seulement il suffit que Timpulsion varie d'un millième, ou d'un deux millième, pour que mon
aiguille s'arrête à un secteur qui est noir, ou au

que de la un peu étrangère à mon connaissance du présent nous pouvions déduire de l'avenir. en d'autres termes. et c'est bat et que j'attends tout du hasard.LB HASARD 71 secteur suivant qui est rouge. mais non celle du passé . et la différence dans Teffet est pour moi de la plus haute importance. puisqu'il y va de toute ma faire Taiguille mon cœur pourquoi ^ mise. parce que. Ce sont là des diffé- rences que le sens musculaire ne peut apprécier et qui échapperaient cats. La différence dans la cause est imperceptible. que l'antécédent est déterminé par le' conséquent aussi bien que le conséquent par l'antécédent. disait-il. les phénomènes physiques sont irréversibles et que Je monde tend vers Tunifortelle sorte . Il est clair qu'aucun savant ne peut souscrire à cette conclusion les lois de la nature lient l'antécédent au conséquent de celle . mais que le passé ne Tétait pas par l'avenir. une cause ne peut produire qu'un effet. tandis qu'un même effet peut être produit par plusieurs causes différentes. on. III Qu'on me permette à ce propos une réflexion sujet. Il même à des instruments plus déli- m'est donc impossible de prévoir ce que va que je viens de lancer. Mais quelle a pu être l'origine de Terreur de ce philosophe ? Nous savons qu'en vertu du principe de Carnot. Un philosophe a dit il y a quelques années que l'avenir était déterminé par le passé.

mais nous ne pourrons pas deviner lequel des deux était autrefois le plus . les effets et les causes seraient intervertis. SCIENCE ET IIÉTHODE Quand deux corps de température sont en présence. et que l'un des corps est resté un peu plus chaud que Tautre.dans la cause et de petites différences dans l'effet. le différente plus chaud cède de la chaleur au plus froid nous pouvons donc prévoir que les températures s'égaliseront. pour lui le temps serait changé de signe. nous reconnaîtrions qu'il subsiste encore une petite différence. contrairement à ce que nous avons vu dans les exemples précédents. L'histoire serait retournée. Et cependant. Il arrive alors un moment où nos thermomètres sont impuissants à la déceler. de grandes différences. Flammarion avait imaginé autrefois un alors observateur qui s'éloignerait de la Terre avec unevitesse plus grande que celle de la lumière. cent mille fois plus sensibles. si on nous interroge sur Tétat antérieur. les températures n'arri- vent jamais à l'égalité parfaite.72 mité. Mais une fois que les températures seront devenues égales. Il y a donc alors. Eh bien. tt nous pourrions affirmer que c'est celui-là qui a été autrefois beaucoup plus chaud que l'autre. et Waterloo précéderait Austcrlitz. en réalité. pour cet observateur. Mais si nous avions des thermomètres mille fois. l'équilibre instable ne serai* . que pourrons-nous répondre? Nous dirons bien que l'un des corps était chaud et l'autre froid. La différence des températures tend seulement vers zéro d'une façon asymptotique. chaud.

peut-être de 90® ou de 180% la direction de sa vitesse après le choc. d'une quantité finie. c'est leur complexité. d'une quantité très petite. IV Voici maintenant d'autres exemples où nous allons des caractères un peu différents. pour qu'elle soit déviée. Et ce n'est pas tout. et ces chocs ont lieu dans les conditions les plus diverses. de dévier la il suffît. Ce qui nous frappe surtout ici. nous venons de le molécule avant le choc d'une quantité infiniment petite. apparaîtrait comme livrée au hasard. Prenons d'abord la théorie cinétique des gaz. ou bien elles se choquent entre elles. Et cepen- dant. Si alors la mole- .73 LB HASARD plus Texception. voir. tesse des causes. elle éviterait dans des conditions un diffé- rentes. animées de grandes vitesses. le premier élément se retrouve encore joue un important. et cela ferait varier. comparable au rayon d'action des molécules choc. à cause de Tirréversibilîté univer- tout lui semblerait sortir d'une sorte de chaos en équilibre instable la nature entière lui selle. . ce n'est pas la petivoir apparaître . après le choc. Comment devons-nous nous représenter un récipient rempli de gaz? D'innombrables molécules. sillonnent ce récipient dans tous les sens à chaque instant elles choquent les parois. ou elle le subirait gazeuses. rôle Si une molécule ici et était déviée vers la gauche ou la droite de sa trajectoire.

d'une quantité infini- du second ordre. il suffira de la dévier. de sorte que leur distribution aucun rapport avec leur distribution finale n'a plus initiale. elle sera multipliée par A". pour qu'elle le soit. pendant longtemps ils ont été soumis à des courants d'air constamment changeants. ment après petite le mais parce que l'exposant n est grand. elle sera donc devenue très grande. il ne en tombera sur pas de connaître la combien suffirait il . ils ont été entraînés dans des tourbillons de très petites dimensions. non seulement parce que A est grand. la température s'abaisse. c'est-à-dire parce que les chocs sont très nombreux et que les causes sont très complexes. Et la molécule ne subira pas deux chocs seulement. d'une quantité infiniment petite du premier ordre et après le second choc. après n chocs. pourquoi. Passons à un deuxième exemple. De sorte que si le premier choc a multiplié la déviation par un très grand nombre A. la vapeur se con« dense et chacun de ces ions devient le centre d'une goutte de pluie. d'une quantité finie. avant le premier choc. elle en subira un très grand nombre par seconde. les gouttes de pluie nous semblent-elles distribuées au hasard? C'est encore à cause de la complexité des causes qui déterminent leur formation. c'est-à-dire parce que les petites causes produisent de grands efl'ets.SCIENCE ET MÉTHODE 74 cule subit deux chocs successifs. premier choc. Pour savoir quelle sera la distribution de ces gouttes et chaque pavé. dans une averse. Des ions se sont répandus dans l'atmosphère. Tout è coup.

Ll HASARD 75 Situation initiale des ions. je veux dire que tous les ordres possibles seront également pro* assez longtemps. les grains seront distribués au hasard. au bout d'un certain temps. A chaque coup. cette tudes du joueur. Et pour prendre la théorie des substitutions). dis-je. S'ils obéissaient à quelque loi par exemple. dans ce vase. c'est-à-dire uniformément. simple. le vase était de révolution courants circulaient autour de Taxe du vase en décrivant des cercles. il faudrait supputer l'effet de mille courants d'air minuscules et capricieux. Et c'est encore la même chose si on met des grains de poussière en suspension dans Teau. On arriverait au même résultat en envisageant le mélange de deux liquides ou de deux poudres à un exemple plus grossier. nous savons seulement qu'elle est très compliquée. et si les puisque chaque grain conserverait sa hauteur initiale et sa distance initiale à Taxe. tion). Mais si dépend des habi- ce joueur bat les cartes y aura un grand nombre de peret l'ordre final qui en résultera ne sera plus régi que par le hasard. les cartes subissent une permutation (analogue à celle qu'on étudie dans grains fins. Quelle est celle qui se La probabilité. et cela est dû précisément à la complication de ces courants. il mutations successives . c'est aussi ce qui arrive quand on bat les cartes d'un jeu. pour que ce soit telle permutation (par exemple celle qui amène au rang n la carte qui occupait le rang cp (n) avant la permutaréalisera? probabilité. le vase est sillonné par des courants dont nous ignorons la loi. . il n'en serait plus de même. si.

Un mot enfin de la théorie des erreurs. Ce sont ceux qui donnent naissance aux erreurs systématiques. A combien de pièges n'est pas exposé Tobseryateur. nous n'avons que de petites causes. C'est ici que les causes sont complexes et qu'elles sont multiples. même avec le meilleur instrument! Il doit bables. peuvent devenir dangereux. redoutables. C'est de là que proviennent les erreurs accidentelles et nous les attribuons au hasard parce que leurs causes sont trop compliquées et trop nombreuses. Ici encore. c'est-à-dire à la complexité du phénomène que ce résultat est dû. Mais quand il les a éliminés.SCIENCE KT MÉTHODB 76 grand nombre des permutations successives. on s'efforce de s'enquérir de la situation antérieure. mais on ne saurait le faire pour toutes les parties de l'univers. en accumulant leurs effets. mais chacune d'elles ne produirait qu'un petit effet. c'est par leur union et par leur nombre que leurs effets deviennent . mais qui. On peut se placer encore à un troisième point de vue qui a moins d'importance que et sur lequel j'insisterai prévoir un fait et les deux premiers moins. Quand on cherche à qu'on en examine les antécédents. on se contente de savoir ce qui se passe dans le voisinage du point où le fait doit se . C'est au s'attacher à apercevoir les plus gros et à les éviter. en admettant qu'il y parvienne. il en reste beaucoup de petits.

et nous oblige à le découper en tranches. on est ramené à la première ou à la seconde. auxquelles on n'aurait jamais songé à attribuer aucune influence et qui. ni dire que le c'est là un hasard. Mais couvreur.LE HASARD 77 produire. quelqu'un qui aurait été au courant de ces affaires. généralement étrangers . passe dans la rue en allant à ses affaires. semblaient complètement étrangères il au fait. le couvreur laisse tomber une tuile qui tue l'homme. travaille il a passé par telle rue. faut savoir choisir. de temps en temps. Nous cherchons à le faire aussi peu artificiellement que possible. prévoir l'homme ne pense guère au couvreur à l'homme: ils semblent appartenir à deux mondes complètement étrangers Tun à l'autre. Et pourtant. en effet. Toutes les fois que deux mondes. pourquoi le toit. il arrive. Mais fait il prévu. Notre faiblesse ne nous permet pas d'embrasser l'univers tout entier. cependant. dans une certaine mesure. et peut arriver que nous ayons laissé de côté des circonstances qui. pourrait dire pour quelle raison il est parti Un homme à telle heure. que deux de ces tranches réagissent Tune sur l'autre. et néanmoins. au premier abord. Tentrepreneur qui l'emploie pourra. contre toute prévision. la plupart du temps. viennent à jouer un rôle important. Les effets de cette action mutuelle nous paraissent alors dus au hasard. et on n'hésitera pas à ce (jull va faire. ou ce qui paraît avoir quelque rapport avec ce Une enquête ne peut être complète. Est-ce là une troisième manière de concevoir le hasard? Pas toujours. Sur un couvreur.

Suffit-il que les causes soient petites. les lois très complexes. l'autre. viennent ainsi à réagir Tun sur de cette réaction ne peuvent être que et. Qu'il aurait fallu peu de chose pour que l'homme passât une seconde plus tard. d'autre part. J'ai dit que le point où s'arrêtera l'aiguille va dépendre de l'impulsion initiale qui lui est donnée. ou qu'elles soient complexes. ou que le couvreur laissât tomber sa tuile une seconde plus très petit tôti VI Tout ce que nous venons de dire ne nous explique pas encore pourquoi le hasard obéit à des lois. pour que nous puissions prévoir. Quelle est la probabilité pour que cette impulsion ait telle ou telle valeur? Je n'en sais rien. Je commencerai par celui de la roulette. sinon quels en sont les effets dans chaque cas^ mais au moins ce que seront ces effets en moyenne? Pour répondre à cette question.SCIENCE ET MÉTHODE 78 l'un à Tautre. La probabilité pour que l'impulsion soit comprise entre a et a+e. il aurait suffi d'un changement dans les conditions initiales mondes pour que la réaction n'eût pas deux de ces lieu. mais il m'est difficile de ne pas admettre que cette probabilité est représentée par une fonction analytique continué. C'est là une pro- . sera alors sensiblement égale à la proe et babilité pour qu'elle soit comprise entre a + a -f 2e. le mieux est de reprendre quelques-uns des exemples cités plus haut. pourvu que e soit très petit.

une très petite variation de l'impulsion suffît pour changer la couleur du secteur devant lequel Taiguille finira par s'arrêter.e à a + 2e c'eet probabilité de chaque secteur rouge est même que celle du secteur noir suivant. parce à toutes les fonctions en résulte que finalement nous n'avons plus aucun besoin de la donnée. Les analytiques. Les petites variations de la fonction sont proporaux petites variations de la variable. La donnée de la question. Leur distribution actuelle est uniforme et indépendante de cette loi. variant suivant une loi d'ailleurs quelconque. s'applique aussi à Texemple des petites planètes. c'est la fonction ana- lytique qui représente la probabilité d'une impulsion initiale déterminée. Le zodiaque peut être regardé comme une immense roulette sur laquelle le créateur a lancé un très grand nombre de petites boules auxquelles il a communiqué des impulsions initiales diverses. tionnelles Mais. la probabilité totale du rouge est égale à la probabilité totale du noir. De a à a -f. par conséquent. pour la même raison que dans le cas précédent. de a c'est le -f. Ce que nous venons de dire pour le cas de la roulette.79 LE BASARD priété commune à toutes les fonctions analytiques. la donc la rouge. qu'il dépend donnée. Mais le quelle que soit cette d'une propriété commune théorème reste vrai.e le noir. et. Il . nous l'avons supposé. On voit ainsi pourquoi le« phénomènes ol éissent aux lois du hasard quand de petites différences dans les causes suffisent pour amener de grandes différences dans les effets.

213: Chacune de ces six hypothèses est possible et ont respectivement pour probabilités elles : Pi. il intervertit Tordre des cartes. 312. 321. par exemple. cela recommencei^a et dans les mêmes conditions. mais c'est tout ce que nous en savons. occuper les rangs fiition. occupaient respectivement les rangs 123.80 H SCIENCE ET MÉTHODE probabilités de ces petites différences peuvent alors être regardées comme proportionnelles à ces diffé- rences elles-mêmes. je veux dire que p^. le n® battement et avant le n + . je sup- pose qu'un joueur batte un jeu de cartes. Supposons trois cartes seulement pour simplifier TexpoLes cartes qui. pourront. Passons à un exemple entièrement différent. Au second battement et aux suivants. A chaque battement. où intervient surtout la complexité des causes. justement parce que ces différences sont petites et que les petits accroissements d'une fonction continue sont proportionnels à ceux de la variable. 231. avant le battement. après le battement. représente toujours la probabilité pour que les trois cartes qui occupaient après 1* les rangs 123. La somme de ces six nombres est égale à 1. ces six probabilités dépendent naturellement des habitudes du joueur que nous ne connaissons pas. P^^ Ps' Pi^ P57 P6. 123. et il peut les intervertir de plusieurs manières. 132.

213 et la probabilité blement la de ces môme six hypothèses sera sensi- et égale à ^. c'est-à-dire la complexité des causes. la démonstration serait compliquée. 231. sa façon de battre restent les Mais nombre des battements si le les cartes qui.Lt HASARD pour que ces trois cartes. Nous n'avons plus que deux hypothèses 12. Et cela reste vrai. mon si elles sont finalement interverties. 321. Le grand nombre des battements. s'il y avait même avec trois cartes. 132. je me contenterai de la donner pour deux cartes seulement. 123. mais. espérance mathématiaue sera (Pi — P«r- . a produit Tuniformité. Cela s'appliquerait sans changement plus de trois cartes. et cela sera vrai. 312. 321 après len + quel que soit le 81 occupent nombre n puisque les joueur. battement. p^ que nous ne connaissons pas. les rangs battement. occupaient rangs 123. quels que soient les nombres /)| . et que j'en perde un Alors. dis-je. pourront. après occuper les rangs le les dernier battement. 1* avant le 1*' habitudes du mêmes. est très grand. Supposons n battements et supposons que je gagne 1 franc si les cartes sont finalement dans l'ordre initial. 21 = — avec les probabilités p^ etp3 l p^.

dans le lélépipède rectangle. à ceux des poudres et des liquides. la distance du centre à une trajectoire quelconque demeurera constante. et même à ceux des molécules gazeuses dans la théorie cinétique des gaz. Tun des Il y aurait une exception toutefois. mais puissent être déviées par des chocs sur les parois du vase où le gaz est renfermé. qui laissent subsister un invariant. mon espéque sorte que 1. la distribution des molécules et celle des vitesses ne tarderont pas à devenir uniformes. dans le premier cas. P| et /?2 était égal à i et l'autre nul. mais à tous les mélanges. Si la forme du vase est suffisamment compliquée. Ce que nous venons de voir ne s'applique pas seulement au mélange des cartes. Les équations différentielles du problème sont-elles trop simples pour que nous puissions appliquer les . Pour en revenir à cette théorie. Cela ne marcherait plus alors parce que nos hypothèses nombres initiales seraient trop simples. de rance sera nulle nous n'avoi^s pas besoin de connaître Pi et P2 pour savoir que le jeu est équitable. On voit ainsi ce que l'on doit entendre par conditions trop simples \ ce sont celles qui conservent quelque chose. si . Il n'en sera plus de même si le vase est sphérique ou s'il a la forme d'un paral- pourquoi? Parce que. second cas ce sera la valeur absolue de Tangle de chaque trajectoire avec les faces du parallélépipède.SCIENCE ET MÉTHODE 82 — est certainement plus petite La différence^! y)<i n si est très grand. supposons pour un instant un gaz dont les molécules ne puissent se choquer mutuellement.

si elles admettent une intégrale uniforme . nqus supposons seulement que cette courbe est symétrique. VII Mais nous ne J'ai repris sommes pas au bout des paradoxe». Il s'explique manière que dans les cas la loi de Gaiiss. que chacune d'elles peut être aussi bien négative que positive. et cette loi résultante est indépendante des lois particulières que nous ne connaissons pas. et c'est justement parce que nous l'ignorons que nous savons qu'elles vont obéir à le paradoxe. la situation initiale.83 LE HASARD dn hasard? Cette question paraît. Tel est à peu près de la même précédents. si quelque chose des conditions initiales demeure inaltéré. qu'elles sont très petites. Quelle est la courbe de probabilité de chacune d'elles? nous n'en savons rien. il est clair que la situation finale ne pourra plus être indépendante de lois . Venons enfin à la théorie des erreurs. dénuée de sens précis nous savons maintenant ce qu'elle veut dire. tout à l'heure la fiction 4e Flammarion. Ici encore la simplicité du résultat est née de lu besoin de savoir qu'une chose : très complication même des données. . Elles sont trop simples. si elles conservent quelque chose. nous l'ignorons. On démontre alors que l'erreur résultante suivra la loi de Gauss. au premier abord. Nous n'avons que les erreurs sont nombreuses. A quoi sont dues les erreurs accidentelles.

puisqu'ils le seraient comme pour nous. Qu'est-ce que cela veut dire? Pour Lumen. produise une différence d'un kilomètre dans l'effet. selon toute apparence. la probabi- pour que la cause varie entre certaines limites sera proportionnelle à la distance de ces limites. Or. . et cependant tous ces phénomènes à un instant donné ne seraient pas distribués conformément aux lois du hasard. pourquoi les choses ne se passentelles pas comme pour nous quand nous croyons voir de grands effets dus à de petites causes? Le même raisonnement ne serait-il pas applicable à son celle cas ? Revenons sur ce raisonnement : quand de petites différences dans les causes en engendrent de grandes dans les pourquoi ces effets sont-ils distribués lois du hasard? Je suppose qu'une diffé- effets. Si je dois gagner «ans le cas où l'effet correspondra à un kilomètre portant un numéro pair. J'ai dit que pour lui tous les phénomènes sembleraient dus au hasard. l'homme de Flammarion. Cela est vrai à un certain point de vue. ma probabilité de gagner sera n que la numéro lité .SCIENCE ET MÉTHODV 84 de Thomme qui va plus vite que la lumière et pour qui le temps est changé de signe. de petites causes semblent produire de grands effets. qui les voyant se dérouler harmonieusement et sans sortir d'un chaos primitif. ne les regardons pas comme réglés par le hasard. d'après les rence d'un millimètre sur la cause. pourquoi? Parce corresponde cause à qu'il faut pour ceU un millimètre de pair.

moyen de il Si Ton n'y aurait plus représenter la prohabilité par une fonc- tion continue. entendons-nous bien.85 LE HASARD pourvu que cette distance soit très petite. Il n'y a donc pas moyen de représenter la loi de probabilité des effets par une courbe continue. cette courbe pourra rester continue au sens analytique du mot. et où Lumen au contraire Tattribuerait au hasard. ne correspondraient pas des variations très petites de l'ordonnée. à des variations très petites de Tabscisse. Qu'arrivera-t-îl maintenant quand de causes produiront de petits effets? C'est grandes le cas où nous n'attribuerions pas le phénomène au hasard. elle ne sera donc pas proportionnelle à n. La probabilité pour que la cause soit comprise entre deux limites distantes de n kilomètres. à des variations infiniment petites de l'abscisse correspondront des variations infiniment petites de l'ordonnée. Mais la probabilité pour que Feffet reste 'compris entre deux limites de n millimètres sera précisément la même. : voilà ce que . et cela bien que cette distance de n millimètres soit petite. Il deviendrait impossible de tracer distantes la courbe avec un crayon ordinaire je veux dire. sera-t-elle encore proportionnelle à n? Nous n'avons aucune raison de le supposer puisque cette distance de n kilomètres est grande. n'admettait pas cette hypothèse. A une différence d'un kilomètre dans la cause correspondrait une différence d'un millimètre dans l'effet. Mais pratiquement elle ne serait pas continue puisque.

vallées : admettre la continuité. pourquoi avons-nous ce droit? C'est parce que cet état d'équilibre instable. . elles ont arrondi nivelé les montagnes et comblé les quelque capricieuse et irrégulière qu'ait pu être la courbe primitive qu'on leur a livrée. que nous appelions tout à l'heure initial. qui est notre effet à nous) doit nécessairement être représentée par une fonction continue. elles ont tant travaillé à la régulariser. elles ne créeraient au contraire que la diffé- rentiation et l'inégalité. Mais alors. qu'elles nous rendront finalement une courbe continue* Et c'est pourquoi nous en pouvons en toute confiance les angles. ils lui paraîmais ce traient dus à je ne sais quel caprice caprice serait tout autre chose que notre hasard. Lumen n'aurait pas les mêmes raisons de conclure ainsi. les causes complexes ne lui paraîtraient pas des agents de régularité et de nivellement. Dans le cours de cette histoire. n'est luimême que le point d'aboutissement d'une longue histoire antérieure. des causes complexes ont agi et elles ont agi longelles ont contribué à opérer le mélange temps des éléments et elles ont tendu à tout uniformiser : au moins dans un petit espace. puisqu'il serait rebelle à toute loi. tandis que notre . les changements qu'il observerait seraient pour lui imprévus et impossibles à prévoir.gCIENCE ET MÉTHODE 86 Que devons-nous donc conclure? Lumen de dire que le droit la probabilité de la n'a pas cause (celle de sa cause. pour lui. nous. Il verrait sortir un monde de plus en plus varié d'une sorte de chaos primitif.

qui aideraient peut-être à mieux comprendre Tirréversibilité de l'univers. Que signifie le mot très petit? Il suffit pour le comprendre de se reporter à ce que nous avons dit qui simple plus haut. Une différence est très petite. car on peut se placer encore à d'autres points de vue. Mais il convient d'examiner la chose d'un peu plus près. a-t-il On peut petites il ou un caractère il Le peut objectif? se le demander. et ce peut-il être semble très complexe à l'un ne peut-il paraître à l'autre? J'ai déjà répondu en partie puisque j'ai dit plus haut d'une façon précise dans quel cas des équations différentielles deviennent trop simples pour que les lois du hasard restent applicables. étant ainsi défini dans la mesure où Tôtre. la probabilité dans un les limites inter- de cet reste sensiblement cons-» pourquoi cette probabilité peut-elle être regardée comme constante dans un petit intervalle? C'est parce que nous admettons que la loi de probabilité est représentée par une courbe continue.LE HASARD 87 hasard a encore les siennes. hasard. Et . et tante. Tous ces points demanderaient de longs développements. intervalle. Mais ce qui est très petit grand pour Tautre. J'ai parlé de causes très très pour Tun ne complexes. et con- maintenant de se poser une question. valle est très petit lorsque. VIII Nous avons cherché à vient définir le hasard.

88 ICIENCE ET MÉTHODE non seulement continue au sens analytique du mot. parce y a des cessent d'agir dans le causes complexes qui ne monde le dit plus haut. Et alors telle longueur qui aujourd'hui ne nous semble pas très petite. mais il et c'est : relatif à l'état homme ou à tel autre. mais pratiquement continue. c'est siècles. devra au contraire à cette époque être qualifiée de très petite. parée que sur notre courbe un arc. on aura fait un pas de plus vers l'uniformité et ces ondulations seront le rayon de courbure dix fois plus lentes encore moyen de notre courbe sera devenu dix fois plus grand. et qu'un arc de cette longueur pourra être sensiblement assimilé à une droite. pour cela que nos courbes de probabilité n'offrent plus que des ondulations lentes. comme je l'expliquais plus haut. Il changera de sens n'est pas relatif à tel . Et qu'est-ce qui nous donne hypothèse? Nous l'avons que. Dans des milliards de milliards de siècles. depuis le même sens droit de faire cette commencement des et qui font tendre vers Tuniformité sans revenir en arrière. il est actuel du monde. il constamment qu'il le puisse jamais Ce sont ces causes qui ont peu i peu abattu les saillants et rempli les rentrants.de cette longueur ne peut être regardé comme rectiligne. Cela veut dire que non seulement elle ne présentera pas d'hiatus absolu mais qu'elle n'aura pas non plus de saillants et de rentrants trop aigus ou trop accentués. puisque la courbure sera devenue dix fois moindre. Ainsi ce mot de très petit reste relatif.

elle sera uni- forme pour le presbyte qui est obligé de regarder de loin quand elle ne le sera pas encore pour le myope. Et quand elle le sera devenue pour toutes les vues. i^ si . Les causes complexes. restant vrai pour tous et les hommes. nous l'avons dit. se dissimule sous l'apparence uniforme d'un gaz.LE HASARD quand le monde 89 sera devenu plus uniforme. Il n'y a pas de chance pour qu'aucun homme discerne jamais la variété infinie qui. l'une bleue et l'autre blanche. mais il y en a d'autres. dois-je dire beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands? De sorte que notre critérium. Mais alors sans doute les hommes ne pourront plus vivre devront faire place à d'autres êtres. conserve un sens objectif. mais au bout de combien de temps ce mélange nous satîsfera-t-il? Quand aura-t-on accumulé assez de complications? Quand aura-t-on suffisamment battu les cartes? Si nous mélangeons deux poudres. si la théorie cinétique est vraie. que toutes les choses seseront mélangées plus encore. le microscope ne semble-t-ii pas sur le point de nous montrer quelque chose d'analogue? Ce nouveau critérium e&t donc rel^*iJ^ ^^mn^o. Et que veut dire d'autre part plexe? J'ai le mot très com- déjà donné une solution^ et c'est celle que j'ai rappelée au début de ce paragraphe. on adopte les idées de Gouy sur le mouvement brownien. on pourra encore reculer lalimite par l'emploi des instruments. où la teinte il arrive un moment du mélange nouSv paraît uniforme. produisent un mélange de plus en plus intime. Et cependant. c'est à cause de l'infirmité de nos sens.

nement du xvn* siècle fait du XVI* siècle. les éléments mystérieux dont devait produire le génie. de sexe différent. Si les remar^ premiers suffisent pour expliquer les seconds. chacune de son côté. ce mot a donc le même sens que dans les sciences physiques. qui contenaient précisément. on dit que ceux-ci sont con- formes aux lois un grand évéreconnaît pour cause un petit de l'histoire ». que tout le monde a négligé. Ce n'est que par hasard que se sont rencontrées deux cellules génitales. qu'aucune Mais si histoire ne rapporte. de quables du Il s'est donc contenté de relater du xvi* siècle les plus considérables même que les faits les plus xvii* siècle.SCIENCE ET MÉTHODE 90 premier et parce que mêmes s'il conserve un caractère objectif. les plus importants. Le plus grand hasard est la naissance d'un grand homme. tous les hommes c'est ont à peu près les sens. L'historien est obligé de faire un choix dans les événements de l'époque qu'il étudie il ne raconte que ceux qui lui semblent . alors on dit que cet événement est dû au hasard. il signifie que de petites causes ont produit de grands effets. les événements par exemple. IX C'est la même chose dans les sciences morales et en particulier dans l'histoire. que la puissance de leurs instruments est limitée et qu'ils ne s'en servent d'ailleurs qu'ex- ceptionnellement. ces la réaction mutuelle On tombera d'accord que éléments doivent être rares et que leur ren- .

on se serait certainement fallait exposé aux foi mêmes déceptions qu'en pariant sur la du calcul que l'opposition n'aurait jamais aucun représentant. il de millimètre aurait suffi de le dévier d'un dixième et Napoléon ne naissait pas et les des- tinées d'un continent étaient changées. elle use moins qu'on ne croit de la méthode de Bridoye. Nul mieux faire caractères du hasard. c'est peut-être fâcheux. puisque alors le système de Condorcet nous Les lois mettrait à l'abri des erreurs judiciaires. Qu'il aurait fallu peu de chose pour dévier de sa route le spermatozoïde qui les portait . Les causes nous sont inconnues. du hasard ne s'appliquent pas à ces questions. On a démontré qu'aucune Chambre ne contiendrait jamais aucun député de l'opposition. et parier un million contre un combien il sou. ne peut Un mot donné comprendre les encore sur les paradoxes lieu l'application du exemple véritables auxquels a calcul des probabilités aux sciences morales. Si la justice ne se décide pas toujours par de bonnes raisons. il est . Si on avait utilisé les résultats de ce calcul. ou du moins un tel événement serait tellement improbable qu'on pourrait sans crainte parier le contraire. Qu'est-ce à dire? Nous sommes tentés d'attribuer au hasard les faits de cette nature parce que les causes en sont obscures mais ce n'est pas là le Trai hasard. 5 .LE HASARD 91 contre est encore plus rare. Condorcet s'est efforcé de calculer de jurés pour qu'une erreur judiciaire devint pratiquement impossible.

causes en action. Pourquoi les décimales d'une table de logarithmes. . celle que je m'étais plus spécialement proposée. mais une grande différence sur la sixième décimale du logarithme. mais puisqu'elles conservent ne le quelque elles nous avons vu que c'est là ce qui distingue « trop simples ». ils réagissent les uns sur les autres. Nous retrouvons toujours Mais pour le même le nombre ::. mais il y a une chose qu'elles ne peuvent détruire.SCIENCE ET MÉTHODB 92 vrai. les entraînent à droite et à gauche. il est clair^ qu'une petite différence sur l'argument donnera une petite différence sur le logarithme. ce sont leurs habitudes de moutons de Panurge. Des causes multiples entrent chose les . cela présente plus de diffi- pour le moment rien de bon à dire. et même pas sont elles sont assez complexes. d'autres questions à souleaurait beaucoup y si je voulais les aborder avant d'avoir résolu cultés et je n'ai Il ver. pourquoi celles du nombre tz sont-elles distribuées conformément aux lois du hasard? J'ai déjà ailleurs étudié la question en ce qui concerne les logarithmes. elles troiïblent les hommes. critérium. L'application du calcul des probabilités aux sciences exactes entraîne aussi bien des difficultés. Quand des hommes ils ne se décident plus au hasard rapprochés. et là. sont et indépendamment les uns des autres. Et c'est cela qui se conserve. cela est facile.

car sans cela toute science impossible. Mais il il le nombre 10.000 n'y a pour qu'il amène n'importe quel autre nombre et cependant ce résultat ne nous étonnera pas et il ne nous répugnera pas de l'attribuer au hasard et cela simplement parce qu'il sera moins frappant. ou bien une cause simple. Je ne puis ici le justifier complètement. time? Il faut l'espérer. ou bien y a-t-il des cas où cette façon de voir est légi. que faisons-nous? Nous ne pouvons en vérifier toutes les conséquences. Et en effet il n'y a qu'une très faible probabilité pour qu'entre 10. Nous trouvons naturel d'admettre que la première doit produire un résultat simple. ou bien cet ensemble de causes complexes que nous appelons le hasard. car tant de succès ne sauraient être dus au hasard. et serait : . . Y a-t-il là de notre part une simple illusion. le hasard amène un nombre rond. nous nous contentons d'en vérifier quelques-unes et si nous réussissons. mais je puis dire au moins ceci nous nous trouvons en présence de deux hypothèses. nous disons qu'un pareil résultat ne peut pas être dû au hasard. nous déclarons l'hypothèse confirmée. Quand nous voulons contrôler une hypothèse. et nous cherchons pour l'expliquer une cause non fortuite. non plus qu'une chance sur 10. Et c'est toujours au fond le même raisonnement. quand nous trouvons un nombre rond par exemple. cela me prendrait trop de temps. exemple.000.000 par y a seulement une chance sur 10. puisqu'elles seraient en nombre infini.000 nombres.Ll BA9ÂBD 93 Quand nous constatons un résultat simple.

. mais la cause simple n'a pas plus de chance de le produire. le nous paraît plus vrai- semblable de Tattribuer à la cause simple qui deyait nous le donner presque certainement.OOO. Il n'en sera plus de même si nous constatons un résultat qui n'est pas simple. il est vrai.SCIENCE ET METHeDB alors. si nous constatons nombre rond par exemple.000. ce il résultat simple. qu'au hasard qui ne pouvait nous le donner qu'une fois sur 10. le hasard. ne l'amènera pas non plus plus d'une fois sur iO.

d'où seraient exclues les images changeantes des objets matériels.LIVRE îî LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE CHAPITRE I La Relativité de l'Espace. sont remplacées par des lignes à faible coloration et Ton ne pourrait aller jusqu'au bout dans cette voie. tisse là que provient la relauvité . C'est de irréductible de l'espace. un espace pur. sans que tout s'évanouisse et aooution au néant. ne peuvent aboutir qu'à une représenta- où les surfaces fortement colorées. I Il est impossible de se représenter l'espace vide tous nos efforts pour imaginer . par exemple.

tenté de répondre puisque d'ici à demain la Terre aura marché. si je : : voulais préciser mon . En somme. ma phrase : aucun sens et l'espace s'évanouirait. toutes les dimen- sions de l'univers deviennent mille fois plus grandes : . dans une nuit. C'est là une des formes les plus banales du principe de la relativité de l'espace. Je suis en un point déterminé de Paris.oclamée depuis longtemps par tous ceux qui ont réfléchi à la question. et s'il n'y avait pas de Panthéon. notre globe les a parcourus dans son mouvement par rapport au soleil. entraînant avec elle la place du Panthéon. emploie un vide de sens. en un jour. puisque ces 2 millions de kilomètres. mais il en est une n'aurait autre. C'est là une vérité qui a été pi. mais qu'on est trop souvent mot porté à oublier. je serai Oui et cependant j'aurai tort. Si Ton me demande Entendez-vous que vous reviendrez au môme point de l'espace. . et je dis je reviendrai ici : demain. je n'y gagnerais rien. que la Voie Lactée ellemême est sans doute en mouvement sans que noug De sorte que nous nous ignorerons' ignorons complètement et que toujours de combien la place du Panthéon se déplace puissions connaître sa vitesse. Et. que le soleil se déplace à son tour par rapport à la Voie Lactée. par exemple.96 gCIENCE ET MÉTHODfc Quiconque parle de l'espace absolu. Supposons que. qui aura parcouru plus de 2 millions de kilomètres. sur laquelle Delbeuf a particulièrement insisté. langage. j'ai voulu dire Demain je verrai de nouveau le dôme et le fronton du Panthéon. place du Panthéon.

je ne m'apercevrai de rien du tout. de dire que Ton connaît la distance entre deux points? Non. ce qui était long d'un millimètre deviendra long d'un mètre. Tout à l'heure. ce bouleversement n'existe que pour ceux qui raisonnent comme si l'espace était absolu. Le lit où je suis couché et mon corps lui-même se seront agrandis dans la même proportion. pourvu que les autres distances aient varié dans les mêmes proportions. En réalité. A-t-on le droit. en même sens qu'au de géométrie. ce qui avait un mètre de long mesurera désormais un kilomètre. Si comme j'ai raisonné un instant eux. En réalité. nous avions vu que quand je dis Je serai ici demain.97 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI le monde sera resté semblable donnant au mot de similitude le à lui-même. le lendemain troisième matin. c'est pour mieux faire voir que leur façon de voir implique contradiction. il passé du tout et que c'est nous ne nous sommes aperçus de rien. Quand je me réveillerai. en conséquence. cela ne voulait pas dire Je serai demain au point de l'espace où s'est rien : : . puisque cette distance pourrait subir d'énormes variations sans que nous puissions nous en apercevoir. livre quel sentiment éprouverîii-je en présence d'une aussi étonnante transformation? Eh bien. puisque les mètres dont je me servirai auront varié précisément dans les mêmes proportions que les objets que je chercherai è mesurer. Les mesures les plus précises seront incapables de me rien révéler de cet immense bouleversement. il ne pour cela que vaudrait mieux dire que l'espace étant relatif. Seulement.

chap. mais sa vitesse par rapport à qui nous i. mais j'en vais bientôt tirer. ma et que je distance du même nombre de fois^ la supposé que les dimenque du moins ce sions du monde monde restait toujours semblable à lui-même. . très faible. On peut aller beaucoup plus loin et une des théories les plus étonnantes des physiciens modernes va nous en fournir l'occasion. XI. à la vérité. puisque toutes les dimensions parallèles au mouvement de la Terre diminueraient d'un cent millionième. il suffit qu'elle existe pour la conclusion que Mais ce n'est pas tout. j'ai été victime réalité. mais. El du distance je suis aujourd'hui. j'ai variaient. tandis que les dimensions perpendiculaires à ce mouvement ne seraient pas altérées. Mais peu importe qu'elle soit faible. et j'ai admis 30 kilomètres pour sa vitesse.SCIENCE ET MÉTHODE 98 Je serai demain à la Panthéon qu'aujourd'hui. j'ai dit qu'elle était faible. D'après Lorentzet Fitzgerald*. je moi-même n'en sais rien du de l'illusion tenace que nous pensons un espace absolu. Mais. sa véritable vitesse (j'entends. non sa vitesse absolue qui n'a aucun seni. fait croire Vide infra. cette fois. tous les corps entraînés dans le mouvement de la Terre subissent une déformation. en tout. Et d'ailleurs. et Panthéon sera égale à un longueur de mon corps. mais même voici : que cet énoncé n'est plus suffisant dois dire : Demain aujourd'hui. j'ai pensé au mouvement de la terre sur son orbite elliptique autour du Soleil. Cette déformation est.

la déformation. et étant devenu parallèle au mouvement. je ne me tion? serai aperçu de rien. ensuite. 10. On me demandera alors quelle est l'utilité de l'hypothèse de Lorentz et de Fitzgerald si aucune expérience ne peut permettre de la vérifier? c'est que mon exposition a été incomplète. toutes deux. et. celle qui est parallèle au mouvement. a subi. . je n'ai parlé que des mesures que l'on peut faire avec un mètre mais on peut mesurer aussi une longueur par le temps que la lumière met à la parcourir.000 fois plus forte.99 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACE aucun moyen Téther). par suite du déplacement de la terre. je mesurerai d'abord l'une des arêtes perpendiculaires au mouvement et je constaterai que mon mètre s'applique exactement sur cette arête. Mais le mètre ayant changé d'orientation. je n'ai de la plus connaître grande et : elle alors est peut-être la 10. il s'y appliquera exactement. devient plus petite. Si je veux m'en assurer à Taide d'un mètre. à lacondi. Je veux mesurer. ni Tune ni Tautre de ces deux longueurs n'est altérée. perpendiculaires au mouvement. en effet. à son tour. voici un cube qui a 1 mètre de côté. puisqu'elles sont. l'autre arête. Pouvons-nous mettre en évidence cette déformaÉvidemment non. pour cela je déplace mon mètre et le fais tourner de façon à l'appliquer sur mon arête. je ne la connais pas. déformation 100 sera fois 100. celle qui est parallèle au mouvement. Tune de ses arêtes. les autres ne varient pas. de sorte que bien que l'arête n'ait plus un mètre de longueur. il se déforme.

on pourIl est évident : I . Dans un cas comme dans Tautre. nous ne nous serions pas aperçus de la déformation de Lorentz-Fitzgerald. c'est seulement le rapport de la grandeur à l'instrument que nous mesurons. Mais ce que je veux faire voir. dans cette déformation. mais que les corps sont plus petits dans les unes que dans les autres. devenus des rectangles les cercles des ellipses. cet instrument peut être un mètre. mais de la mesure de cette grandeur par le moyen d'un instrument quelconque. Et cependant nous n'avons aucun moyen de savoir si cette déformation est les réelle. et si ce rapport est altéré. il ne peut être question de grandeur absolue.«CIENCE ET MÉTHODE 100 que Ton admette que la vitesse de la lumière est constante et indépendante de la direction. qu'on pourrait aller beaucoup plus loin au lieu de la déformation de Lorentz-Fitzgerald dont les lois sont particulièrement simples. sphères des ellipsoïdes. ou le chemin parcouru par la lumière. le monde n'est pas demeuré semblable à lui-même . Il a préféré admettre que la vitesse est la même dans ces diverses directions. c'est que. Si les surfaces d'onde de la lumière avaient subi les mêmes déformations que les corps matériels. nous n'avons aucun moyen de savoir si c'est la grandeur ou bien tion l'instrument qui a varié. Lorentz aurait pu rendre compte des faits en supposant que la vitesse de la lumière est plus grande dans la direction du mouvement de la terre que dans la direction perpendiculaire. les carrés sont ou des parallélogrammes.

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE

101

imaginer une déformation tout à fait quelconque. Les corps pourraient se déformer d'après
des lois quelconques, aussi compliquées que nous
voudrions, nous ne nous en apercevrions pas pourvu
que tous les corps sans exception se déforment suirait

vant les

mêmes

lois.

En

disant

:

tous les corps sans

exception, j'y comprends, bien entendu, notre corps

lui-même, et les rayons lumineux émanés des divers
objets.

nous regardions le monde dans un de ces
miroirs de forme compliquée qui déforment les
objets d'une façon bizarre, les rapports mutuels des
diverses parties de ce monde n'en seraient pas
altérés; si, en effet, deux objets réels se touchent,
leurs images semblent également se toucher. A vrai
dire, quand nous regardons dans un pareil miroir,
nous uous apercevons bien de la déformation, mais
c'est parce que le monde réel subsiste à côté de son
image déformée; et alors même que ce monde réel
nous serait caché, il y a quelque chose que Ton ne
saurait nous cacher, c'est nousrmême nous ne pouvons cesser de voir, ou tout au moins de sentir,
Si

;

notre corps et nos membres qui n'ont pas été
déformés et qui continuent à nous servir d'instruments de mesure. Mais si nous imaginons que notre
corps soit déformé lui-même, et de la même façon
que s'il était vu dans le miroir, ces instruments de

mesure"^ leur tour nous feront défaut et la déformation ne pourra plus être constatée.
Voici de même deux univers qui sont l'image l'un
de l'autre à chaque objet P de l'univers A corrftfl;.

102

iCIKNCE ET MÉTHODI

pond dans Tunivers B un objet F qui est son image;
les coordonnées de cette image P' sont des fonctions
déterminées de celles de l'objet P; ces fonctions
peuvent d'ailleurs être tout à fait quelconques; je
suppose seulement qu'on les ait choisies une fois
pour toutes. Entre la position de P et celle de F, il
y a une relation constante; quelle est cette relation,
peu importe; il suffit qu'elle soit constante.
Eh bien, ces deux univers seront indiscernables

de Tautre. Je veux dire que le premier sera
pour ses habitants ce que le second est pour les
siens. Et il en serait ainsi tant que les deux univers
resteraient étrangers l'un à l'autre. Supposons que
nous habitions l'univers A, nous aurons construit
notre science et en particulier notre géométrie
pendant ce temps les habitants de l'univers B

l'un

;

auront construit une science, et comme leur monde
est l'image du nôtre, leur géométrie sera aussi

pour mieux dire, ce sera la
même. Mais si un jour une fenêtre nous est ouverte
sur l'univers B, nous les prendrons en pitié « Les
malheureux, dirons-nous, ils croient avoir fait une
géométrie, mais ce qu'ils appellent ainsi n'est
qu'une image grotesque de la nôtre; leurs droites

rimage de

la nôtre ou,

:

sont toutes tortues, leurs cercles sont bossus, leurs
sphères ont de capricieuses inégalités ». Et nous ne

nous douterons pas qu'ils en disent autant de nous,
et qu'on ne saura jamais qui a raison.
On voit dans quel sens large doit être entendue
Te^ pace est en réalité
la relativité de l'espace
amorphe et les choses qui sont dedans lui donnent
;

103

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI

une forme. Que doit-on penser alors de cette
que nous aurions de la droite ou
avons si peu l'intuition de la
Nous
distance?
de la
distance en soi que, dans une nuit, nous l'avons dit,
une distance pourrait devenir mille fois plus grande
sans que nous puissions nous en apercevoir, si
seules

intuition directe

toutes les autres distances avaient subi la

même

même

en une nuit l'univers B pourrait
s'être
substitué à l'univers A sans que nous
eussions aucun moyen de le savoir, et alors les
altération. Et

lignes droites d'hier auraient cessé d'être droites et

nous ne nous apercevrions de rien.
Une partie de l'espace n'est pas par elle-même et
au sens absolu du mot égale à une autre partie de
l'espace car si elle l'est pour nous, elle ne le sera
pas pour les habitants de l'univers B et ceux-ci ont
précisément autant de droits de rejeter notre opinion
que nous en avons de condamner la leur.
J'ai montré ailleurs quelles
sont les conséquences de ces faits au point de vue de l'idée que
nous devons nous faire de la géométrie non-euclidienne et d'autres géométries analogues; je ne veux
;

;

pas y revenir; et aujourd'hui je
point de vue un peu différent.

me

placerai à

un

II

Si cette intuition

de

la distance,

de la direction, de
de l'espace

la ligne droite, si cette intuition directe

en un mot n'existe pas, d'où vient que nous croyons

104

SCIENCE ET MÉTHODB

TaToir? Si ce n'est là qu'une illusion,

d*oii vient

que

cette illusion est si tenace? C'est ce qu'il convient
Il n'y a pas d'intuition directe de la
avons-nous dit, et nous ne pouvons
atteindre que le rapport de cette grandeur à nos
instruments de mesure. Nous n'aurions donc pas
pu construire l'espace si nous n'avions eu un instrument pour le mesurer; eh bien, cet instrument
auquel nous rapportons tout, celui dont nous nous

d'examiner.

grandeur,

servons instinctivement, c'est notre propre corps.
C'est par rapport à notre corps que nous situons
les objets extérieurs, et les seules relations spatiales

de ces objets que nous puissions nous représenter,
ce sont leurs relations avec notre corps. C'est notre
corps qui nous, sert, pour anisi dire, de système
d^axes de coordonnées.

Par exemple à un instant a, la présence de
A m'est révélée par le sens de la vue; à un
autre instant p, la présence d'un autre objet B m'est
révélée par un autre sens, celui de Touïe ou du
toucher, par exemple. Je juge que cet objet B
occupe la même place que Tobjet A. Qu'est-ce que
cela veut dire? D'abord cela ne signifie pas que ces
deux objets occupent, à deux instants différents, un
l'objet

même

point d'un espace absolu,

existait,

qui

même,

s'il

échapperait à notre connaissance, puisque,

p, le système solaire s'est
connaître son déplapouvons
déplacé et que nous ne
cement. Cela, veut dire que ces deux objets occupent
la même position relative par rapport à notre

entre les instants a et

corps.

I.A

RELATIVITÉ DE l'eSPACB

105

même,

qu'est-ce que cela veut dire ? Les
impressions qui nous sont venues de ces objets ont
suivi des chemins absolument différents, le nerf

Mais cela

optique pour Tobjet A,

le

nerf acoustique pour l'ob-

commun au point de vue
Les représentations que nous pouvons nous
faire de ces deux objets sont absolument hétéro-

jet B. Elles n'ont rien

de

Qualitatif.

gènes, irréductibles l'une à l'autre. Seulement je
sais que, pour atteindre Tobjet A, je n'ai qu'à éten-

dre

le

bras droit d'une certaine manière

;

lors

même

de le faire, je me représente les
sensations musculaires et autres sensations analogues qui accompagneraient cette extension, et cette

que

je m'abstiens

représentation est associée à celle de l'objet A.
Or, je sais également que je puis atteindre l'objet

B en étendant

le

bras droit

de la

même ma-

accompagnée du même cortège
de sensations musculaires. Et quand je dis que ces
deux objets occupent la même position, je ne veux
nière,

extension

pas dire autre chose.
Je sais aussi que j'aurais pu atteindre l'objet

A

par un autre mouvement approprié du bras gauche
et je me représente les sensations musculaires qui

mouvement et, par ce
même mouvement du bras gauche accompagné des
mêmes sensations, j'aurais pu également atteindre
auraient accompagné ce

;

Tobjet B.

Et cela est très important, puisque c'est de cette

me défendre contre les
me menacer soit l'objet

façon que je pourrai

dangers

dont pourraient

A, soit

l'objet B.

A chacun

des coups dont nous pouvons

106

SCIENCE ET MÉTHODE

une ou plusieurs
parades qui nous permettent de nous en préserver.
t[ne même parade peut répondre à plusieurs coups;
être frappés, la nature a associé

par exemple, qu'un même mouverient du bras droit nous aurait permis de nous
défendre à Tinstant a contre l'objet A et à Tinstant

r^;

C'est ainsi,

î

(3

De même, un même coup peut

contre l'objet B.

nous avons dit,
par exemple, qu'on pouvait atteindre indifféremment
Tobjet A, soit par un certain mouvement du bras
être paré de plusieurs manières, et

droit,

soit

par un certain

mouvement du bras

gauche.

Toutes ces parades n'ont rien de commun entre
sinon qu'elles permettent de se garer d'un

elles,

même

coup,

et c'est cela, et rien

nous entendons quand nous disons

que

cela,

que

(Jue ce sont des

mouvements aboutissant à un même point de l'espace. De même, ces objets, dont nous disons qu'ils
occupent un même point de l'espace, n'ont rien
de commun, sinon qu'une même parade peut permettre de se défendre contre eux.
Ou, si l'on aime mieux, que l'on se représente

d'innombrables

fils

pètes, les autres

télégraphiques, les uns centri-

centrifuges. Les

fils

centripètes

nous préviennent des accidents qui se produisent au
centrifuges doivent

y apporter

le re-

dehors, les

fils

mède. Des
que qiiand

connexions sont établies de telle façon
l'un des

fils

un courant, ce courant

centripètes est parcouru par
agit sur

un

relai et

un courant dans l'un des
choses sont arrangées pour que plusieurs
ainsi

fils

provoque

centrifuges, et les
fils

centri-

pour ainsi dire. il a bien fallu que s'organise un mécanisme analogue à celui que nous venons de décrire pour que ce secours ne se trompe pas de chemin et aille au-devant du péril. puistrace chez l'enfant qui vient de la plupart. ou. des qu'on en voit naître : la La sélection dû amener ces conquêtes d'autant plus ce sont des conquêtes de la race. Dès que les purement juxtaposées. celles dont nous parlons ont dû être des premières en date. Et d'où vient ce caractère impérieux lui-même. même mal peut être guéri par plusieurs remèdes. si un même remède fll convient à plusieurs maux. c'est ce tableau de distribution. si Ton veut. tout ce que notre géométrie a d'instinctifi Ce que nous appelons notre intuition de la ligne droite ou de la distance^ c'est la conscience que nous avons de ces associations et de leur caractère impérieux.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACB pètes puissent agir sur un même fil 107 centrifuge. toutes les fois qu'un soit soit à défaut Tun de l'autre. naturelle a vite qu'elles étaient plus nécessaires. système complexe d'associations. A ce compte. cellules n'ont plus été qu'elles ont été appelées à se porter . Une association nous C'est ce paraîtra d'autant plus indestructible qu'elle sera plus ancienne. qui est toute notre géométrie. pour conquêtes de l'individu. puisque sans elles la défense de l'organisme aurait été impossible. simultanément. il est aisé de le comprendre. et un mutuel secours. Mais ces associations ne sont pas. et qu'un centripète puisse ébranler divers fils centrifuges.

dont on s'est toujours bien trouvé. Comment s'étonner. et goutte d'acide est déposée en elle un point de qu'une la peau. puisque les parties les plus inférieures du système nerveux entrent seules voit à quelle en jeu. dès lors. On profondeur de l'inconscient il faut descendre pour trouver les premières traces de ces associations spatiales. III L'espace ainsi créé n'est qu'un petit espace qui ne s'étend pas plus loin que ce que mon bras peut atteindre saire . ma Il est néces- y a des points portée. si le premier fait défaut. Voilà bien cette double parade dont je parlais tout à l'heure. elle Ten- rapprochée. et la coordination qui en résulte. c'est cette résistance même que nous appelons l'évicette évidence dence des vérités géométriques que Ton répugnance la que n'est autre chose éprouve à rompre avec de très vieilles habitudes. l'intervention de la pour en reculer qui resteront hors de mémoire les limites. . de la résistance que nous opposons à toute tentative faite pour dissocier ce qui depuis si longtemps est associé? Or. Et c'est cette multiplicité des parades. ]ui est l'espace. cherche à essuyer l'acide avec la patte la plus et.SCIENCE ET MÉTHOBS 108 Quand une grenouille est décapitée. quelque effort que . permettant de combattre un mal par un second remède. si cette patte est amputée. lève avec la patte du côté opposé.

ne seraient associées à l'idée d'aucun mouvement nous permettant de les atteindre. c'est mille parades que je . tous ces points seiin raient en dehors de l'espace. et dans la représentation que nous nous en faisons entrent la repré- sentation des sensations musculaires causées par les mouvements des jambes. pour cela que j'ai dit tout à l'heure que l'intervention de la mémoire était et c'est nécessaire. mais un cornplexus de sensations successives. D'autre part. je puis m'approcher plus près du but à atteindre. Ces sensations ne nous sembleraient avoir aucun caractère spatial et nous ne chercherions pas à les localiser. par exemple. marcher à lui d'abord et étendre la main quand nous sommes assez près. d'ailleurs. qui ne peut qu'étendre ses tentacules. c'est une parade complexe. si j'étais 109 cloué au sol polype hydraire. pour aller à un même point. et se suivant dans un ordre déterminé. mais une parade à longue portée. celle des sensations musculaires causées par le mouvement final du bras. nous pouvons. d'aucune parade appropriée.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE je fasse comme pour étendre la main. non pas un complexus de sensations simultanées. C'est encore une parade. si l'ennemi est trop loin. etc. Observons encore que. puisque les sensations que nous pourrions éprouver par Faction des corps qui y seraient placés. Mais nous ne sommes pas fixés au sol comme les animaux inférieurs. . celle des sensations des canaux semi-circulaires. nous représenter. Nous devons. pour avoir moins à étendre la main que sais-je encore? Ce n'est pas une.

Les axes sont donc liés à cette position initiale du corps. Toutes ces parades sont formées de sensations qui peuvent n'avoir rien de commun et cependant nous les regarderons comme puis opposer à définissant un même point de l'espace. puisque liés mon corps ne bougeait pas et que mes membres seuls se déplaçaient. Quels sont les axes auxquels se rapporte naturellement l'espace étendu? c'est-à-dire le nouvel espace que je viens de définir. dans la notion de point. et. comme c'est la possibilité d'être parés de la même façon qui fait l'unité des coups de nature si diverse. ces axes étaient fixes. et que je pourrais appeler Vespace res^ treint^ était à mon rapporté à des axes de coordonnées corps . il n'y a pas autre chose. parce qu'elles peuvent répondre à ce même danger et qu'elles sont les unes et les autres associées à la notion de ce danger. . qui fait l'unité de ces parades diverses. C'est cette double unité qui fait lïndividualité de chaque point de Tespace. C'est la possibilité de parer un même coup. qui peuvent nous menacer d'un même point de Tespace. L'espace que j'envisageais dans paragraphe le précédent. Mais la position que j'appelle initiale peut être arbitrairement choisie parmi toutes les positions que mon corps a successivement occupées si la mémoire plus ou moins inconsciente de ces positions successives est nécessaire à la genèse de la notion convient de faire certaine position initiale .SCIENCE ET MÉTHODE liO un même danger. Nous définissons un point par la suite de mouvements qu'il pour l'atteindre à partir d'une du corps.

loin cette dans tion. qu'il avait quelques que nous sommes libres de regarinitiale nous faisons donc à chaque instant des changements inconscients de instants après.LA RELATIVITÉ DE l'ESPACB mémoire peut remonter plus ou De là résulte dans la défimême de l'espace une certaine indétermina- d'espace moins nition 111 . faute d'avoir voyagé. et. ces axes changeraient à chaque instant. puisqu'il serait toujours le système unique. mais cet être cette relativité. puisqu'il serait entraîné dans le mouvement de notre planète. Nous avons la faculté de rapporter notre espace étendu tantôt à la position A de notre corps. son système d'axes lui serait imposé ce système aurait beau changer en réalité. qui serait fixé au sol les animaux inférieurs. . ils ne changeraient pas. par conséquent. coordonnées. le rocher auquel cet être serait enchaîné ne serait pas immobile. Cette faculté ferait défaut à notre être imaginaire. il y a seulement l'espace relatif à une certaine position initiale du Il Pour un être conscient. mais. n y a plus d'espace absolu. parce n'aurait pas que les axes conscience de auxquels il rap- porterait cet espace restreint ne changeraient pas ! Sans doute. et qui. A chaque instant. considérée comme initiale. l'espace corps. il croirait l'es- pace absolu. tantôt à la position B. Il n'en est . ne connaîtrait que l'espace restreint. il serait toujours le même. pour nous. par conséquent. pour lui. comme serait encore relatif (puisqu'il se rapporterait à son corps). précisément cette indétermination qui constitue sa relativité. pour lui. et der à son tour comme . et c'est le passé.

effectuer certains mouvements M. n'est pas tout. Mais. notre espace étendu nous apparaît comme homogène. la partant de cette position A. Soit alors sensations les mêmes a la situation d'un certain point du corps. à chaque instant. et b' sa situation quand.ents M et M' sont accompagnées des . pos- sédons plusieurs systèmes entre lesquels nous pouvons choisir à volonté et à la condition de remonter par la Ce mémoire plus ou moins loin dans le passé. tandis que d'autres le seraient facilement. par exemple. on a exécuté les mouvements M'. soit b la situation de ce même index quand. dans la position initiale A. et nous disons que tous les points en sont équivalents. l'espace restreint homogène . nous pouvons.SCIENCE ET METHODE 112 pas de même pour nous qui. puisque les uns ne pourraient être atteints qu'au prix des plus grands efforts. nous pourrons exécuter des Si mouvements M' qui seront caractérisés par musculaires. Au contraire. Soit ensuite a' la mou- situation de cet index dans la position B. Qu'est-ce que cela veut dire? nous partons d'une certaine position A. Eh bien j'ai coutume de dire que les points de l'espace a et 6 sont entre eux comme les points a' et b' et cela veut dire simplement que les deux sé! ries de mouvem. à partir de cette position. du bout de l'index de main droite. on a exécuté les vements M. partant de la position B. caractérisés par un certain complexus de sensations musculaires. à partir d'une autre position B. ne serait pas les divers points de cet espace ne pour- raient être regardés comme équivalents.

C'est cela qu'on appelle l'homogénéité de l'espace. j'y arriverai par tion. Maintenant. moi-même en présence d'un monde en miniature où ces planètes seraient remplacées par de petites boules. Je un acte d'imagina- m'imaginerai ce qu'éprouverait un géant qui pourrait atteindre les planètes en quelques pas si Ton aime mieux. en passant de la position tion B. tandis que sur l'une de ces petites boules s'agiterait un lilliputien que j'appellerais moi. Et science que. mais où je peux loger Punivers. ce que je sentirais . qu'on le rapporte aux axes A ou aux axes B. c'est pour cela que l'espace est relatif. de sorte que les deux points a et à! sont équivalents. Et.113 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE mêmes comme j'ai conA à la posicapable des mêmes sensations musculaires. je sais qu'il y a un point de Tespace qui est au point a\ ce qu'un point h quelconque est au point a. ou. qui ne sert plus seulement pour moi. lablement construit espace et préa- mon IV Pourquoi maintenant tous ces espacées ont-ils trais dimensions? RcDortons-nous au « tableau d^ '^^^'»- . si je n'avais mon espace restreint étendu pour mon usage personnel. mon corps est resté mouvements. si je veux passer au grand espace. Mais cet acte d'imagination me serait impossible. en même temps. De sorte que la relativité de l'espace et son homogénéité sont une seule et même chose. puisque ses propriétés restent les mêmes.

mais d'association psychologique entre deux et : de sensations. A des même B 2. et A2 par exemple sont l'un et l'autre associés à la parade Bl. de telle façon que quand. Comme j'ai parlé plus haut de fils centripètes ou centrifuges. par exemple. je crains qu'on ne voie dans tout ceci. il arrivera généralement que A2 et séries Si Al i . d'un côté la liste des différents dangers possibles désignons-les par la côté. de Tautre remèdes que j'apetc. il en figure de très complexes. qui peuvent même. malgré mon incompétence. tandis que ceux qui l'ont étudié ne le font qu'avec circonspection. l'avertisseur du danger A 3 fonctionnera. Il ne s'agit donc pas de connexion physique entre deux conducteurs réels. ensuite parce que. liste pellerai de Nous avons Al. etc. . des connexions entre les plots de la première liste ceux de la deuxième. je sens bien que ce schéma serait par trop simpliste. être formées de plusieurs pas suivis d'un mouvement du bras. non une simple comparaison. Nous avons ensuite différents 1. comme nous Tavons vu plus haut. je ne me permettrais pas d'énoncer une opinion sur la structure du système nerveux que je ne connais pas. mais une description du système nerveux. . et si Al est également associé à la parade B2. et enfin. et cela pour plusieurs raisons d'abord. sur ma liste de parades.114 SCIENCE ET MÉTHODE tributîon » dont nous parlions plus haut. B 2. et. il mettra ou pourra mettre en branle le relai correspondant à la parade B 4. Telle n'est pas ma pensée. dans le cas de l'espace étendu. parce que.

avons-nous défini un point de Tespace. ces caté- nombreuses. . l'espace serait tout différent qu'il est. Nous aurions des catégories bien tran- chées entre lesquelles se répartiraient d'une part les avertisseurs A. d'autre part les parades B . Ce serait une : . mais on devrait dire également qu'ils ne correspondent pas à un même point. Mais. L'espace serait formé de points très nombreux. mais les unes des autres. Mais il n'en est pas ainsi qu'on mé permette de reprendre un instant le langage des gens qui savent . puisque A 1 serait en connexion avec B 2 et qu'il n'en serait pas de même de A2. si la loi était rigoureusement de ce et toujours vraie. mais discrets. Si notre loi n'était pas vraie. ni par conséquent pour attrigories elles seraient seraient excessivement entièrement séparées buer à l'espace trois dimensions.115 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACB B2 seront eux aussi associés. contradiction. d'un autre côté. il serait discontinu. Il n'y aurait pas de raison pour ranger côs points dans un ordre plutôt que dans un autre. on devrait dire que Al et A2correspondentàun mèmepointpuisqu'ils sont tous deux en connexion avec Bl. Si cette loi fondamen- pas généralement vraie. Comment. il n'y aurait tale n'était qu'une immense confusion et il n'y aurait rien qui pût ressembler à une conception de Tespace ou à une géométrie. en effet. Nous l'avons fait de c'est d'une part l'ensemble des averdeux façons tisseurs A qui sont en connexion avec une même parade B c'est d'autre part l'ensemble des parades B qui sont en connexion avec un même avertisseur A.

Deux parades Bl et B2 seront associées à un môme avertissement A 1 et à un très grand nombre d'avertissements que nous rangerons dans la même catégorie que Al et que nous ferons correspondre à un même point de Tespace. Mais il pourra se faire que le point qui correspond à une autre parade B 2 soit assez voisin du point correspondant à Al. mais il suffit que j'en approche assez près. B4. A3. lequel B3 n'était pas associé à Al.A4. langue me faire le faut bien puisque c'^st ia mieux ceux de <jui je comprendre.Hmvoir répondre à A 2. et ne le soit pas assez du point correspondant à A 2. si le point qui correspond à Bl est suffisamment près à la fois de celui qui correspond à A 1 et de celui qui correspond à A2. Mais nous pourrons trouver des avertissements A2 qui seront associés à B? sans l'être à Bl. Alors la parade B 1 pourra répondre à A 1 et à A 2. B2. A2. B3. Pour celui qui ne sait pas encore la géométrie.116 tCIEI^'CE déjà la géométrie. Quand je veux parer qu'entendent cherche à le il ET KÉTEODE le coup. Al. où chaque terme est associé au suivant et au précé- . De sorte que la parade B2 pourra répondre à Al sans . cela se traduira simplement par une dérogation à la loi énoncée plus hnut. et qui en revanche le seront à B3. et ainsi de suite. de sorte que nous pouvons écrire la suite Bl. je cherche à atteindre le point d'où vient ce coup. Et alors les choses se passeront de la façon suivante.

au lieu d'être entièrement séparées. dimensions. y a donc un ordre dans lequel se rangent naturellement nos catégories qui correspondent aux points de l'espace. et l'expérience nous apprend que cet ordre se présente sous la forme d'un tableau à triple entrée. Ainsi la propriété celle d'avoir trois caractéristique de l'espace. mais ne Test pas aux termes qui sont distants de plusieurs rangs. de sorte que l'espace devient continu. faut ranger entre B 1 et placer entre B2 entre B3 et B3 et Al et A2 on et voit bien qu'il par conséquent qu'on ne saurait par exemple B le 4. ces catégories. tout en comportant des exceptions. Seulement. suites jours vraie. empiètent partiellement les unes sur les autres et se pénètrent mutuellement dans une certaine mesure. La loi fondamentale. reste donc presque touInutile d'ajouter n'est pas isolé. n'est qu'une propriété . et que Ton peut regarder comme appartenant à un même point de l'espace. et c'est pour cela que l'espace a trois Il dimensions. par suite de ces exceptions. D'autre part. que chacun des termes de ces mais fait partie d'une très nombreuse catégorie d'autres avertisseurs ou d'autres parades qui a les mêmes connexions que lui. Tordre dans lequel ces catégories doivent être rangées n'est plus arbitraire et si Ton se reporte à la suite précédente.LA HKLATIVITÉ DE l'iSPACI ii7 dent.

11 de ces consuffirait de détruire quelques-unes nexions. et je me bornerai à citer la mécanique de Hertz où l'on voit quelque chose d'analogue. Cependant. de Cyon n'an'ayant que t-il pas dit que les souris japonaises. Le monde extérieur. M. c'est-à-dire de ces associations d'idées pour avoir un tableau de distribution différent. une propriété interne de rintelligence humaine pour ainsi dire. il semble que la traduction serait toujours moins simple que le texte. Quelques personnes s'étonneront d'un pareil résultat. Si le nombre des dimensions vient de la manière dont nous sommes faits. tenter cette traduction ce serait se donner beaucoup de mal pour peu de profit. il pourrait y avoir des êtres pensants qui monde. et qu'elle aurait tou- . ne va-t-il pas faire une physique à deux ou à quatre dimensions. penseront-elles. mais qui seraient faits autrement que nous et qui croiraient que l'espace a plus ou moins de trois dimensions. croyaient que l'espace a deux dimensions? Et alors cet être pensant. vivraient dans notre deux paires de canaux semi-circulaires. et qui en un sens sera cependant la même que la nôtre. et cela pourrait être assez pour que Tespace acquît une quatrième dimension. puisque ce sera la description du même monde dans un autre langage? Il semble bien en effet qu'il serait possible de traduire notre physique dans le langage de la géométrie à quatre dimensions. doit bien y être pour quelque chose. s'il est capable de construire une physique.tCIENCE ET MÉTHODE 118 de notre tableau de distribution.

dimensions. Il notre y a con- Al et la parade Bl. des êtres pensants dont le tableau de distribution serait à quatre dimensions et qui par conséquent penseraient dans l'hyperes- . que la langue des trois la mieux appropriée à la desmonde. et la princi- pale de ces propriétés c'est qu'il y existe des solides naturels dont les déplacements se font sensible- ment suivant les mouvement des lois que nous appelons lois du donc la qui nous perlangue des trois dimensions est celle met le plus facilement de décrire notre monde.119 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE jours Tair d'une traduction. encore que cette descrippuisse se faire à la rigueur dans un autre dimensions semble cription de notre tion idiome. Si . établi. c'est une propriété du monde extérieur. mais pourquoi cette connexion? c'est parce que la parade B. une propriété interne de notre intelligence . concevoir. . et cela c'est un fait extérieur à nous.l permet effectivement de se défendre contre le danger Al. nous ne devons pas nous en étonner cette langue est calquée sur notre tableau de distribution et c'est afin de pouvoir vivre dans ce monde que ce tableau a été solides invariables. Notre tableau de distribution n'est donc que la traduction d'un ensemble de faits extérieurs s'il a trois nexion entre l'avertissement cela est . monde c'est parce qu'il s'est adapté à un qui avait certaines propriétés. ce n'est pas par hasard que tableau de distribution s'est constitué. D'ailleurs. vivant J'ai dit que nous pourrions dans notre monde.

Et cependant celle-ci est née de celle-là. tandis que ces habiL'évidence de certains postulats tudes ont quelque chose d'essentiellement flou. êtres. mais pas de celle-là seule. . Il y a un congéomé- traste frappant entre la grossièreté de cette trie primitive qui se réduit à ce que j'appelle un tableau de distribution.SCIENCE ET METHODE 120 Il n'est pas certain toutefois que de pareils en admettant qu'ils y naissent. géométriques que notre répugnance à n'est. puisque c'est le seul moyea mais parmi tous les systèmes de postulats possibles. il a fallu qu'elle fût fécondée par la faculté que nous avons de construire des concepts mathématiques. il nous faut bien des postulats infiniment précis. il en est que nous répugnerions à choisir. et la précision infinie de la géométrie des géomètres. VI Quelques remarques pour finir. avons-nous dit. il a fallu chercher parmi les concepts purs celui qui s'adaptait le mieux à cet espace grossier. pourraient y vivre et s'y défendre contre les mille dangers dont pace. Dès que nous voulons penser. dont j'ai essayé d'expliquer la genèse dans les pages précédentes et qui nous est commun avec les animaux supérieurs. parcequ'ils ne s'accorderaient d'éviter la contradiction . renoncer à de très vieilles habitudes. Mais ces postulats sont infiniment précis. ils y seraient assaillis. tels que celui de groupe par exemple.

les uns disent que c'est l'expérience qui nous l'impose. c'est une science née à propos de rexpérience. et quelle est celle de la race. celles-ci ont si une limite d'élasticité. quelle est la part de l'individu. l'espace flou dont je parlais tout à l'heure. dans quelle mesure. mais en l'adaptant au monde où nous voit si la Nous avons choisi l'espace le plus commode. qu'elles soient. que nous avons créé Tespace qu'elle étudie. on . élastiques 121 si floues. dis-je. les autres que nous naissons avec notre espace tout fait. transporté monde entièrement difi'érent. d'après les considérations précédentes. la race si c'est semble bien prépondérante . quelle dans ces deux opinions la part de la vérité et la part de l'erreur. Dans quelle mesure un dès sa naissance dans un nous. à elle que nous devons l'espace grossier. l'espace des animaux supérieurs. choix comme ce choix a été inconscient.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE pas suffisamment avec nos habitudes. mais c'est l'expérience qui a guidé notre vivons. où par exemple domi- neraient des corps se déplaçant conformément aux de mouvement des solides non-euclidiens. pourrait-îl renoncer à l'espace ancestral pour bâtir un espace complètement lois nouveau? La part de cependant. voit. c'est ce qu'il est est bien de difficile de déterminer. On que géométrie n'est pas une science expérimentale. il nous semble qu'il nous est imposé. Dans cette éducation progressive qui a abouti à la construction de l'espace. n'est-ce pas à l'ex- .

parce que l'expérience leur a montré que la première ne réussissait pas. Certains chasseurs apprennent à tirer des poissons sous Teau. Citons cependant un fait qui montre que Fespace que nous ont légué nos ancêtres conserve encore une certaine plasticité. B i une autre associaAl. substituer à Tassociation tion .SCIENCE ET UÉTHODS i32 périence inconsciente de Tindividu que nous devons lîespace infiniment plrécis du géomètre? C'est une question malaisée à résoudre. tinctivement : ils Ils le font d'ailleurs ins- ont donc appris à modifier leur ancien instinct de la direction. ou si Ton veut à Al. bien que l'image de ces poissons soit relevée par la réfraction. B2.

c'est celle qui est comprise par les élèves. 1. mais il me sera impossible de me renfermer dans ce sujet autant que l'exigerait la règle de Funité d'action je ne pourrai le traiter sans parler un peu d'autres questions voisines. Gomment se fait-il qu'il y a tant d'esprits qui se refusent à comprendre les mathématiques? N'y a-t-il . . une bonne définition. et si je suis ainsi obligé de marcher de temps en temps dans les plates-bandes à droite ou à gauche.CHAPITRE li Les définitions mathématiquas et ^Enseignement. ce n'est pas cela. c'est une Pour le philo- définition qui s'applique à tous les objets définis et ne s'applique qu'à eux. prie de vouloir bien Qu'est-ce qu'une sophe. définition ? le savant. je vous . c'est celle qui satisfait aux règles de la logique. Mais dans l'enseignement. ou pour me le bonne pardonner. Je dois parler ici des définitions générales en mathématiques c'est du moins ce que dit le titre du chapitre.

mot a-t-il le même monde ? Comprendre la démons- Qu'est-ce que comprendre? Ce sens pour tout le tration d'un théorème. à ce qu'on ne saurait dépouiller sans cesser de penser. ils diront pour le plus grand nombre. mais qui Et pourtant doit préoccuper tous ceux qui veulent se vouer à l'enseignement. Il y a là un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre. qu'ils restent aveugles quand nous leur présentons une lumière qui nous semble briller d'un pur éclat. et des gens qui en majorité la trouvent I Qu'ils obscure! et même soient incapables il ils y a sont d'inventer.SCIENCE ET MÉTHODE 124 pas là quelque chose de paradoxal? Comment. est-ce examiner successive- ment chacun des syllogismes dont elle se compose conforme aux règles comprendre une définition. il ne faut pas avoir une grande expépour savoir que ces aveugles ne examens rience des sont nullement des êtres d'exception. passe encore. est-ce et constater qu'il est correct. Non. au principe de contradiction. c'est ce qui est tout à fait prodigieux. par exemple. à ce qui fait pour ainsi dire le squelette de notre entendement. : . cette constatation. mais qu'ils ne comprennent pas les âémonstrations qu'on leur expose. pour quelques-uns j'ai compris. Presque tous sont . du jeu? De même seulement reconnaître qu'on sait déjà le sens de tous les termes employés et constater qu'elle n'implique aucune contradiction? quand ils auront fait Oui. voilà une science qui ne fait appel qu'aux principes fondamentaux de la logique.

plutôt que dans tel autre. instant éclairées. et non par une intelligence constamment consciente du but à atteindre. ils veulent savoir. elles passent sans laisser de trace dans un leur cerveau. Sans doute ils ne se rendent pas bien compte eux-mêmes de ce qu'ils réclament et ils ne sauraient formuler leur désir. Tant qu'ils leur semblent engendrés par le caprice. une ne ils éphémère. ils ne croyent pas avoir compris. il le trouver. elles retombent aussitôt dans nuit éternelle. non seulement si tous les syllogismes d'une démonsmais pourquoi ils s'enchaînent dans tel ordre. parce uns sur les autres cette lumière que les théorèmes s'appuient les que ceux dont ils auraient besoin sont oubliés c'est ainsi qu'ils deviennent incapables de comprendre les mathématiques. Alors qu'arrive-t-il ? Au début. ils sentent vaguement que (juelque chose tration sont corrects. mais s'ils n'ont pas satisfaction. qui a besoin d'apercevoir le fil conducteur. verront plus Quand même ils seront plus avancés. ils aperçoivent encore les évidences qu'on met sous mais leurs yeux. et . leur manque. • D'autres se demanderont toujours à quoi cela . est trop paresseuse pour le chercher et pour aide. faut d'abord Mais pour leur venir en que nous comprenions bien c* qui les arrête.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 125 beaucoup plus exigeants. elles sont tout de suite oubliées. par un fil comme elles ne sont que liées trop ténu à celles qui précèdent et à celles qui suivent. souvent leur intelligence. Ce n'est pas toujours la faute de leur professeur.

ils n'écoutent pas les raisonnements. Bien des enfants sont incapables de devenir mathématiciens. battre? Faut-il nous en servir? Et les si nous voulions combattre. devons-nous contraindre les jeunes gens à changer la nature de leur esprit? Une nous ne possédons pas la pierre philosophais qui nous permettrait de transmuter les uns dans les autres les métaux qui nous sont confiés tout ce que nous pouvons faire c'est de les travailler en nous accommodant à leurs pareille tentative serait vaine. la voient ils tion seulement. il» veulent mettre une image sensible il faut que la déflnitiçn évoque cette image.SCIENCE ET METHODE 126 ne trouvent autour d'eux. . qu'à chaque stade de la démonstration sert. que fait ils s'imaginent avoir compris et Que de tendances 2. propriétés. Ceux-là souvent se font illusion à eux-mêmes. ils n'auront pas compris s'ils . auxquels pourtant il faut ensei- . transformer et évoluer. ils regardent les figures . ils n'ont diverses! Faut-il les com- voir. la raison d'être de telle ou telle notion mathématique. ils comprendront A cette condi- et ils retiendront. laquelle faudrait-il favoriser? Est-ce 'se contentent de la logique pure qu'il à ceux qui vu qu'une face des choses? Ou bien faut-il dire à ceux qui ne se satisfont pas à si bon marché que ce qu'ils réclament n'est pas faut montrer qu'ils n'ont nécessaire? En d'autres termes. dans la pratique ou dans la nature. Sous chaque mot.

ou qu'il n'y eût pas eu de Riemann. par exemple. Il faut donc nous résigner à la diversité des esprits. autres.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*IIISEIGNEMB1IT 127 gner les mathématiques . Même diants. et les mathématiciens eux-mêmes ne sont pas tous coulés dans moule. 3. Les différence uns aiment mieux par l'analyse la géométrie ». mais purement intelligibles. que l'abstraction a privées de toute matière. mieux comprises des qui conviendront aux ne seront pas celles Nous avons celles qui cherchent à faire naître une image. Je ne sais s'il est bien nécessaire de citer des exemples? Citons-en pourtant. pour définir une fraction. les logiciens comme Weierstrass. « » comme ils traiter parmi nos étuleurs problèmes disent. et d'abord la définition des fractions va nous fournir un exemple extrême. Dans les écoles primaires. parfaitement intelligibles. et celles où Ton se borne à combiner des formes vides. les autres « par Il est bien inutile de chercher à y changer quelque chose. il faut nous en réjouir. le même de lire leurs ouvrages pour distinguer parmi eux deux sortes d'esprits. . Puisque le mot comprendre a les définitions qui seront le uns plusieurs sens. on découpe une pomme ou une tarte. et cela d'ailleurs serait-il désirable? Il est des bon des logiciens et qu'il y ait qui oserait dire s'il aimerait mieux qu'il intuitifs . ou mieux. y ait que Weierstrass n'eût jamais écrit. les intuitifs Il suffît comme Riemann.

enfin qu'en fai- de la multiplication on retrouve le numé- rateur. C'est très bien parce qu'on s'adresse à de» jeunes gens. traire. Mais quel serait l'ahurissement d'un débutant à qui on voudrait la servir? Telles sont aussi les définitions que vous trotivei dans un livre justement admiré et bien des fois couronné. c'est ce que nous en apprennent les axiomes^^ . nombres sant.128 SCIENCE KT KÉTHODE^ découpe par la pensée bien entendu et non en réalité. et dont l'esprit. la fraction par le dénominateur. au conune fraction. . ou dans les Facultés. car je ne suppose pas que le budget de l'enseignement primaire permette une pareille prodigalité* A rÉcofe normale supérieure. et d'après ces on constatera règles. on démontrera que les règles de ces opérations sont les mêmes que dans le calcul des on la : . affiné une forte éducation mathématique. et nous n'avons pas à le savoir. il serait même fâcheux que nous cherchions à le savoir tout ce que nous avons le droit d'en savoir. on dira c'est Tensemble de deux nombres entiers séparés par un trait horizontal on définira par des conventions les opérations que peuyent subir ces symboles. en est peu à peu à désirer une définition purement logique. Voyons en effet comment il débute par arrivé : sons trois systèmes de choses que nous appellerons points^ droites et plans. depuis longtemps familiarisés avec la notion des fractions à forcé d'avoir partagé des pommes ou d'autres objets. les « Grundlagen der Géométrie » de PenHilbert. entiers. Que sont ces « choses » ? nous ne le savons pas.

même Le bon élève écrit cette phrase sur son cahier. défl^nition puisqu'elle n'aurait c'est le professeur qui a des élèves n'aurait rien valu. le mauvais élève y dessine des bonshommes. pu servir à aucune démonstrapu leur donner tion. il ne pousserait pas la lecture bien loin. alors le pro- prend fesseur la craie et trace Ah! pensent de suite un cercle tableau. J'ai pris des exemples extrêmes et aucun maître ne pourrait songer à aller aussi loin. qui est suivi de ce commentaire au lieu de déterminent^ nous pouvons dire que la droite passe par ces deux points^ ou qu^elte ioint ces deux points^ ou que les deux points sont situés sur la droite. raison. je pourrais le faire sans crainte. et surtout puisqu'elle n'aurait la salutaire habitude d'analyser leurs conceptions. nous aurions les élèves. mais ni Tun ni Tautre n'ont compris. « être situé sur une : : droite » est « simplement défini déterminer une droite ». mais que je ne recommanderais pas à un lycéen. t-il dicte : le professeur des points du plan qui distance d'un point intérieiir appelé le cercle est le lieu sont à la centre. « tout : compris.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*ENSEIGNEMENT 129 celui-ci par exemple Deux points différents déterminent toujours une droite. Ainsi. ne s'expose- pas déjà au même danger ? Nous sommes dans une classe de 4"*. » La un cercle sur le que ne disait-il un rond. Au reste. c'est Sans doute. même en restant bien en deçà de pareils modèles. Mais. Mais il faudrait leur montrer qu'ils ne comprennent . comme synonyme de Voilà un livre dont je pense beaucoup de bien.

On admettait que les règles ordinaires du calcul sont applicables aux nombres incommensurables. la plupart des raisonnements que nous y trouverons nous sembleront dépourvus de rigueur. Si noms lisons un livre écrit il y a cinquante ans. rhistoire de la science nous l'explique. à-dire que toute fonction continue a une dérivée. ne la fai^t entrer d'abord dans si on les définitions. la rigueur. les amener à se rendre compte de la grossièreté de leur concept prià mitif. On admettait à cette époque qu'une fonction continue nti peut changer de signe sans s'annuJer. On mais ne peut on Elle nous plus. on le démontre aujourd'hui. il Et comme on tenait à la certitude. c'estse fiait à l'intuition nous donner .. on le démontre aujourd'hui. les On admettait bien d'autres choses qui quel- quefois étai'ent fausses. et cela est faux. 4> Je reviendrai sur tous ces exemples seulemeat vous^ montrer . apprend plus en s'en est aperçu de par exemple que toute courbe a une tangente. il y a entre elles un violent contraste. I . j'ai voulu deux conceptions opposées. désirer d'eux-mêmes qu'on l'épure et le dégrossisse. a fallu faire de plus en plus petite la part de riaiuitioj?v Commuât On n'a pas s'est faite taurdé cette évolution nécessaire? à s'apercevoir que la rigueur ne pourrait pas s'établir dans les raisonnements.^ Ce contraste. ni l'intuition même la certitude.«CIENCE ET MÉTHODE 1IK> pas ce q\i*'û& croient comprendre.

ou des systèmes finis ou infinis de nombres nombres entiers. mais on n'en avait qu'une image grossière et non une? idée précise sur laquelle le raisonnement pût avoir prise. . Mais croit-on que les mathématiques aient atteint la rigueur absolue sans faire de sacrifice? Pas du tout. se sont arithmétisées. on croyait les connaître parce qu'on se les représentait avec les sens ou l'imagination. L'idée vague de continuité. par un réseau d'égalités et reliés d'inégalités.LES DÉFINITIONS MATIîBJMATiaUES ET l'eNSEIGNEMENT 131 Longtemps dont s'occupent les mathé- les objets maticiens étaient mal définis. 5. ce qu'elles ont gagné en rigueur. C'est que se sont définitivement évanouies toutes ces difficultés qui effrayaient nos pères. quand ils réfléchissaient aux fondements du calcul infinitéainsi simal. Ainsi pour le nombre incommensurable. s'est résolue en un système compliqué d'inégalités portant sur des nombres entiers. autre- mais ces obstacles n'ont pas disparu. C'est là que les logiciens ont dû porter leurs efforts. C'est en s'éloignant de la réalité qu'elles ont acquis cette pureté parfaite. Ils ont seulement été transportés à la frontière et il faudra les vaincre de nouveau si l'on fois hérissé d'obstacles. que nous devions à l'intuition. On i^OBt peut parcourir librement tout leur domaine. comme on Ta dit. elles perdu en objectivité. Les mathématiques. Il ne reste plus aujourd'hui en analyse que des entiers.

les principales propriétés. La logique parfois engendre des monstres* Depuis un demi-siècle on a vu surgir une foule de fonctions bizarres qui semblent s'efforcer de ressembler aussi peu que possible aux honnêtes fonctions qui servent à quelque chose. Bien plus. C'est très bien. on croyait en connaître. ou bien de la continuité. mais il reste à prouver que devenue une définition. et si nous ne pouvions le prouver. mais parfaitement inutiles. qui est nos théorèmes seraient parfaitement rigoureux. Autrefois.comme un cas particulier. appartient bien aux objets réels que Texpérience nous avait fait connaître et d'où nous avions tiré notre vague notion intuitive. ou faire un effort d'intuition. les uns a priori^ les autres provenant d'expériences plus ou moins digérées. quand on inventait une fonction nou- . ce sont ces fonctions étranges qui sont les plus générales. par l'intuition. Plus de continuité. au point de vue logique. cette propriété. il faudra bien en appeler à l'expérience. mais pas de dérivées. Pour le prouver. formée d'éléments disparates. On possédait une notion vague. celles qu'on rencontre sans les avoir cherchées n'apparaissent . etc. c'est Tune des propriétés qui sert de définition et toutes les autres s'en déduisent par un raisonnement rigoureux. Aujourd'hui on rejette les éléments empiriques en ne conservant que les éléments a priori. Il plus que ne leur reste qu'un tout petit coin.SCIENCE ET MÉTHODE 132 veut franchir cette frontière pour pénétrer dans le royaume de la pratique.

on les invente tout exprès pour mettre en défaut raisonnements de nos pères. vous n'atteindrez la rigueur que par étapes. pourraient dire les logiciens. aussi bon fait la vie des êtres mathématiques. peut-être. ce plus générales. puisque c'est pour lutter contre elle que les neuf dixièmes de vos élèves vous demandent des armes. aux prises avec ce musée tératologique.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT i33 velle. et qui est autre chose que la logique. qui a pourtant son prix. Si vous ne le faites pas. et je n'entends pas seulement la réalité du monde sensible. ces cellules et ces atomes sont-ils donc toute la réalité du corps cellules humain? La façon dont ces de beau- sont agencées. aujourd'hui. qui 6. les Si la logique était le seul serait par les fonctions les et on n'en guide du pédagogue. Il y a une réalité plus subtile. mais nous ne pouvons faire marché de la réalité. et d'où résulte l'unité l'individu. qu'il faudrait C'est le débutant qu'il faudrait mettre commencer. Quand le logicien aura décomposé chaque démonstration en Il . c'était en vue de quelque but pratique. tirera jamais que cela. Notre corps est formé de cellules et les cellules d'atomes. c'est-à- dire parles plus bizarres. n'est-elle pas aussi une réalité et coup plus intéressante? Un naturaliste qui n'aurait jamais étudié l'élé- phant qu'au microscope croirait-il connaître samment cet suffi- animal? en est de même en mathématiques. Oui.

134 SCIENCE ET MÉTHODB une foule d'opérations élémentaires. sans doute il est dur pour un maître d'enseigner ce qui ne le satisfait pas entièrement mais la satisfaction du maître n'est pas Tunique objet de l'enT. rectes. à quoi bon admirer l'œuvre du maçon si nous ne pouvons comprendre le plan de l'architecte? Or. Et ^pourtant. un trait tracé à la craie sur le tableau noir. Ce n'est d'abord qu'une image sensible. Prenons par exemple f idée de fonction continue.entané- comment l'élève devinerait-il par quel caprice toutes ces inégalités se sont échafau- dées de cette façon les unes sur les autres? La définition serait logiquement correcte. d'une voûte. toutes cor- ne possédera pas encore la réalité tout entière. la logique pure ne peut nous la donner. voilà . il Dans les édifices élevés par nos maîtres. ment le cintre^ si s'il le professeur ne rappelait ne rétablissait mom. appui désormais inutile. cette vue d'ensemble. c'est à rintuition qu'il faut la demander. on s'en sert pour construire un système compliqué d'inégalités. qui reproduit toutes les ligDCS de rimage primitive quand tout a été terminé. a disparu et il n'est resté que l'édifice lui-même. l'image primitive. . ce je ne sais quoi qui fait Tunité de la démonstration lui échappera complètement. cette représentation grossière. mais elle ne lui montrerait pas la réalité véritable. on a décintré^ comme après la construction . Nous donc obligés de revenir en arrière. Peu à peu elle s'épure. irréprochable aux yeux du logicien.

ou que la continuité. Nos pères croyaient savoir ce que c'est qu'une fraction. ou bien ils s'en amuseront comme d'un jeu et ils arriveront à un état d'esprit analogue à celui des préparation. et si dans la démonstration je m'appuie sur des prémisses qui leur semblent moins évidentes que la conclusion. L'éducateur doit faire repasser l'enfant par où ont passé ses pères. Si. quand l'esprit de l'élève. sophistes grecs. que penseront ces malheureux? Ils penseront que la science mathématique n'es|» qu'un entassement arbitraire do subtilités inutiles.fis DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 135 on doit d'abord se préoecaiper de ce qu'est Tesprit de l'élève et de ce qu'on veut qu'il seignement . ce que vous croyez comprendre. A ce compte. l'histoid^e de la science doit être notre premier guide. plus rapidement mais sans brûler d'étape. De même nos élèves croient le savoir quand ils commencent à étudier sérieusement les mathématiques. je viens leur dire : « . Il semble qu'il en est de même du développement des esprits. familiarisé avec le raisonnement mathématique. Les zoologistes prétendent que le développement embryonnaire d'un animal résume en un temps très court toute l'histoire de ses ancêtres des temps géologiques. devienne. sans autre Non. se . c'est nous qui nous sommes aperçus qu'ils ne le savaient pas. vous ne il faut que je vous démontre ce le comprenez pas qui vous semble évident ». au contraire. ou que l'aire d'une surface courbe. ou bien ils s'en dégoûteront. Plus tard. vous ne ie savez pas.

Comment le ferait-il si nous laissions entre les uns et les autres cet abîme profond creusé par 9.SCIENCE ET MÉTHODE 136 sera mûri par cette longue fréquentation. doivent à leur tour devenir des . Elle en éveillera de nouveaux. Le praticien en aura toujours besoin et pour un géomètre pur il prit et doit parmi elles l'intuition n'est pas la y avoir cent praticiens. il faut savoir pourquoi l'on doute. il n'a pas le temps de chercher la petite bête. dans les objets physiques complexes qui s'offrent à lui. il faudrait toujours y avoir recours pour combler l'abîme qui sépare le symbole de la réalité. A les logiciens ? côté des futurs ingénieurs. et les questions se fant. les doutes naîtront d'eux-mêmes et alors votre démonstration sera la bienvenue. comme elles poseront successivement à Tense sont posées successivement à nos pères. Il ne suffit pas de douter de tout. L'ingénieur doit recevoir une éducation mathé- matique complète. '8. d'autres élèves. Le but principal de renseignement mathéma- tique est de développer certaines facultés de T es- moins précieuse. moÎDs nombreux. jusqu'à ce que la rigueur parfaite puisse seule le satisfaire. Il faut que. mais à quoi doit-elle lui servir? à voir les divprs aspects des choses et à les voir vite. il reconnaisse promptement où pourront avoir prise les outils le point mathématiques que nous lui avons mis en main. G*€st par elle que le monde mathématique reste en contact avec le monde réel et quand les mathématiques pures pourraient s'en passer.

c'est par la logique qu'on démojitre. permettez-moi d'ouvrir une parenthèse pour naître si . et la faculté qui nous apprend à voir. La logique nous apprend que sur tel ou tel chemin noias sommes sûrs de ne pas rencontrer d'obstacle elle ne nous dit pas quel est celui qui mène au but. Et là. s'ils par l'intuition qu'on invente. cette faculté est nécessaire. Vous savez recon- c'est une combinaison est correcte. le géomètre serait comme un écrivain qui serait ferré sw: îa grammaire. Pour cela il faut voir le but de loin. Les compositions écrites n'ont peut-être pas assez de insister place dans certains examens. Pour le géomètre pur lui-même. si dès qu'elle se montre on la pourchasse et on la proscrit. comment cette faculté se développerait-elle. la belle affaire si vous ne possédez pas fart de choisir entre toutes les combinaisons possibles. si on apprend à s'en défier avant de savoir ce qu'on en peut tirer de bon. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas cultiver chez eux Tintuition. car ils se feraient une idée fausse de la science ne la regardaient jamais que d'un seul côté et d'ailleurs ils ne pourraient développer chez leurs élèves une qualité qu'ils ne posséderaient pas eux-mêmes. il faut donc qu'ils aillent jusqu'au fond connaissance approfondie et .LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 13Î maîtres une . Or. c'est l'intuition. rigoureuse des premiers principes leur est avant tout indispensable. savoir créer est mieux. Sans elle. sur l'importance des devoirs écrits. Savoir critiquer est bon. mais qui n'aurait pas d'idées. à l'École polytec^h- .

On ne peut tout démontrer et on ne peut tout définir. longs enchaînements de théorèmes où la On a de logique absolue a régné du premier coup et pour ainsi dire tout naturellement.SCIENCE ET MÉTHODB 18S nique. là elle serait plus rebutante et d'ailleurs inutile. dans les parties des mathématiques où les inconvénients que j'ai signalés ne se présentent pas. qui le comprennent très bien. par exemple. et il faudra C'est ^ I . que le n'est-il pas aussi professeur de mathé- matiques doit avant tout cultiver? Je n'ai garde de Toublier. Mais on a assez d'occasions d'exercer les élèves au raisonnement correct. puisqu'il faut faire Mais Tart de raisonner juste une qualité précieuse. et nous venons de voir que cela ne suffit ni pour faire un ingénieur. J'ai dit iâtii à l'heure que le mot comprendre a plu- ceux-là ne comprennent que de la première manière. où les premiers géomètres nous ont donné des modèles qu'il faudra constamment imiter et admirer. Eh mieux choisir ceux qui 10. on doit s'en préoccuper et dès le début. j'aime comprennent tout à fait. ni pour faire un géosieurs sens : mètre. dans l'exposition des premiers principes qu'il faut éviter trop de subtilité. et qui pourtant sont incapables d'en faire la moindre application. bien. un choix. Je serais désolé de voir la géométrie dégénérer en je ne sais quelle tachymétrie de bas étage et je ne souscris nullement aux doctrines extrêmes de certains Oberlehrer allemands. On me dit qu'elles fermeraient la porte à de très bons élèves qui savent très bien leur cours.

définition ne sera qu'elle n'entraîne pas de contradiction. lui pourvu qu'en se servant correctement des prémisses qu'elle nous a fournies. à notre besoin de penser avec des images? Le plus souvent on ne le trouvera pas. ni avec les vérités antérieurement admises. que quand on aura démontré puisqu'elle affirme l'existence de l'objet délîni. et c'est pourquoi il ne suffît pas d'énoncer une définition . au point de vue purement logique. il faut la préparer Que veux-je dit souvent : jet il faut la justifier. Est-il possible de remplir tant de conditions opposées ? Est-ce possible en particulier quand il s'agit de donner une définition? Comment trouver un énoncé concis qui satisfasse à la fois aux règles intransigeantes de la logique. qu'importe de faire de le un peu plus tôt ou un peu plus tard. ni dans les termes.ES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 139 toujours emprunter à Tintuition. Ils n'auront de repos que quand vous aurez répondu à de nom.Î. . breuses questions. à notre désir de com- prendre la place de la notion nouvelle dans l'ensemble de la science. dire La donc justifiée. 11. Mais ce n'est pas assez la définition nous est énoncée comme une convention mais la plupart des esprits se révolteront si vous voulez la leur imposer comme convention arbitraire. ou même demander un peu plus ou un peu moins. nous apprenions à raisonner juste. par là? Vous savez ce qu'on a toute définition implique un axiome. . Le plus souvent les définitions mathématiques.

fois que cela sera possible. la justification contentera l'intoutes les il y a mieux à faire encore Mais tuitif. si vous répondez à toutes ces questions d'une manière satisfaisante. I . sont de véritables constructions édifiées de toutes pièces avec des notions plus simples. nous verrons bien que le nouveau-né avait le droit d'être baptisé. pourquoi cette combinaison avait-elle plus de que toutes droits à l'existence besoin répondait-elle? Comment les autres? A quel a-t-on prévu qu'elle jouerait dans le développement de la science un rôle important. C'est à ce les tendances. Mais pourquoi avoir assemblé. qui en est et grossière? Ce n'est pas tout. Liard. mais il le faut choix du nom n'est pas non plus arbitraire . que leurs propriétés sont analogues et pour ainsi dire parallèles. particuliers. la justification précédera l'énoncé et le préparera. éléments de cette 'façon quand mille autres assemblages étaient possibles? Est-ce par caprice? ces Sinon. expliquer par quelles analogies on a été guidé et que a donné des si l'on noms analogues à des choses différentes. prix qu'on pourra satisfaire toutes Si l'énoncé est assez correct pour au logicien.SCIENCE ET MÉTHODE 140 comme Ta montré M. on sera conduit à l'énoncé général par l'étude de quelques exemples plaire . ces choses du moins ne diffèrent que par la matière et se rapprochent par la forme . qu'elle abrégerait nos raisonnements et nos calculs? Y dans la nature quelque objet pour ainsi dire Timage indécise a-t-il familier.

esprit puis ces défi- nitions ne sont pas satisfaisantes au point de vue logique. on définit d'ordinaire les opérations sur nombres entiers . que vous aurez fait saisir la différence et que vous aurez ajouté explicitement c'est pour cela qa'en énonçant la définition j'ai dit ceci ou sins. en analyse et en mécanique. quand leur n'en éprouve encore aucun besoin . en géométrie.LES DÉFINITIONS MATHjSmATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 141 Autre chose encore chacune des parties de renoncé d'une définition a pour but de distinguer Kobjet à définir d'une classe d'autres objets voi: La ne sera comprise que quand TOUS aurez montré. tout simplement parce qu'il faut s'arrêter et qu'on ne saurait tout définir. non seulement l'objet défini. définition : cela. en revanche. On n'a pas à définir le nombre entier . Il y a à cela deux raisons d'abord on les : les leur fait apprendre trop tôt. Tout ce qu'on peut faire c'est de partî^ . ARITHMÉTIQUE. mais les objets voisins dont il convient de le distinguer. je crois que les élèves apprennent ces définitions par cœur et qu'ils n'y attachent aucun sens. Ce n'est pas définir l'addition que de dire qu'elle consiste à ajouter. Pour l'addition on ne saurait en trouver une bonne. 12. Mais est il d'examiner temps de comment des généralités et sortir les principes un peu abstraitr que je viens d'exposer peuvent être appliqués ce arithmétique.

il empruntés à des problèmes classiques de règles de c'est d'elle . définira la division comme l'opération inverse mais on commencera par un de la multiplication exemple emprunté à la notion familière de partage et on montrera sur cet exemple que la multipli. Montrer sur ces exemples la réciprocité des deux Pour la la soustraction. faut les préparer par de nombreux exemples. qu'on peut le résoudre en additionnant plusieurs nombres égaux entre eux. la Il n'y a Le mieux théorie des proportions. De même encore pour la multiplication on prendra un problème particulier. on fera voir ensuite qu'on arrive plus vite au résultat par une multiplication. chose. la définition sera ainsi préparée et justifiée. on montrera . cation reproduit le dividende. on peut logiquement comme Topération inverse de l'addition mais est-ce par là qu'il faut commencer? Là aussi il faut débuter par des exemples.SCIENCE ET MÉTHODE 142 d'un dire : certain nombre d'exemples concrets et de ropération que nous venons de faire s'appelle addition. l'opération que les élèves savent déjà faire par routine et la définition logique sortira de là tout On naturellement. . opérations . c'est autre définir . de difficulté que pour est d'exposer d'abord la multiplication. seulement que pourra sortir une définition logique maib pour faire accepter les définitions que l'on rencontre au début de cette théorie. Restent les opérations sur les fractions.

à leurs souvenirs s'ils ont déjà fait de la géométrie. l'on fractionnaires. il faut justifier cette définition. soit J'ajouterai. cette vérification est une règle par la vraie défi- . enfin. qu'après avoir défini la multipli- cation des fractions. Peut-on définir la ligne droite? un autre. associative et distributive. ce qui les préparera d'ailleurs à en faire. la règle et je comment on peut Je partirais tout montrerais d'abord à vérifier retournement. c'est pour s'adapter aux besoins de la géométrie qu'elle a .LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 143 où aura soin d'introduire des données On ne craindra pas non plus de familiariser les élèves avec la notion de proportion par des images géométriques. le plus court à la notion La chemin d'un point ligne droite. inventé autre chose. en démontrant qu'elle est commutative. s'ils n'en ont pas fait. soit en faisant appel trois. Si l'arithmétique était restée pure de tout mélange avec la géométrie. et en faisant bien remarquer aux auditeurs qu'on fait cette congtatation pour justifier la définition. On voit quel rôle jouent dans tout ceci les images géométriques et ce rôle est justifié par la philosophie et l'histoire de la science. ne simplement de l'élève me satisfait guère. QÉOinÉTRIE. en ayant recours à l'intuition directe. En géométrie nous rencontrons d'abord de définition connue. elle n'aurait connu que le nombre entier.

la ligne droite est de rotation. il faut bien en admettre. mais la démonstration est trop délicate pour pouvoir trouver place dans l'enseignement secondaire. et Ton en si admet un peu plus qu'il n'est strictement nécesl'essentiel est saire. Il ne faut pas redouter. le mal n'est pas bien grand . on peut partir du compas les élèves reconnaîtront du premier coup la courbe . Il vaudra mieux montrer qu'une règle préalablement vérifiée s'applique sur un fil tendu. et on sera ainsi amené naturellement à la définition tracée. en présence de difficultés analogues. on leur fera observer ensuite que la distance des deux pointes de l'instrument reste constante. I . que Tune de ces pointes est fixe et l'autre mobile. de multiplier les axiomes. Ces axiomes. en les justifiant par des expériences groset sières. Eh il devient bien. d'apprendre à raisonner juste sur les axiomes une fois admis. rideau levé.SCIENCE ET MÉTHODE ^44 nition de la ligne droite. Quant à cette autre propriété d'être le plus court chemin d'un point à un autre. logique. c'est la même chose en mathématiques. mais qu'une fois le intransigeant sur la logique. On règle par glissement lai un axe montrerait ensuite à vérifier la on aurait une des propriétés les plus importantes de la ligne droite. L'oncle Sarcey qui aimait à se répéter disait souvent qu'au théâtre volontiers tous les le spectateur accepte postulats qu'on lui impose au début. Pour le cercle. c'est un théorème qui peut être démontré apodictiquement.

Non. à la rifiable . Qu'on prenne comparerait avec le cylindre et le cône. et enfin Peut-être vous étonnerez-vous de cet incessant emploi d'instruments mobiles ce n'est pas là un . parce qu'elle est invé- par Texpérience et ne saurait en conséquence être regardée comme une donnée immédiate de Tintuition. et c'est beaucoup phique qu'on ne géométrie pour le croit plus philoso- d'abord. On La définition faut pas le dissimuler. grossier artifice. ne se rencontrent prolonge? Non parce que cette définition est négative. sont applicables Tune sur l'autre. Comment alors définir ce groupe le sans faire mouvoir quelques corps solides? Devons-nous conserver la définition classique des parallèles et dire qu'on appelle ainsi deux droites qui.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMBNT 145 du plan implique un axiome et il ne une planche à dessin et que Ton lasse remarquer qu'une règle mobile s'applique constamment sur cette planche et cela en conservant trois degrés de liberté. applicables sur une troisième. montrerait d'abord qu'elles peuvent glisser en res- Tune sur Fautre et cela avec 3 degrés pour distinguer le plan de la sphère. parce qu'elle est totalement étrangère à la notion de groupe. tant appliquées de liberté . que deux de ces planches. on prendrait trois planches à dessin . surfaces sur lesquelles on ne saurait appliquer une droite à moins de ne lui laisser que deux degrés de liberté. Qu'est-ce que la philosophe? C'est l'étude d'un groupe. et quel groupe? de celui des mouvements des corps solides. surtout. situées dans le même pas quelqne loin qu'on les plan. on puis.

en faisant glisser une équerre sur une règle? De cette constatation expérimentale. probablement bachelier. un mouvement où tous comme de cette figure ont des trajectoires rectilignes. montrer qu'une semblable translation est possible. . Il n'est pas rare de voir un monsieur bien mis. au contraire. la véritable vaudrait-il pas mieux solides qui source de la géodéfinir d'abord la translation rectiligne d'une figure invariable. ou des autres notions cinématiques on les rattachera avec avantage à celle de la dérivée. les points MÉCANIQUE. il serait aisé de faire sortir la notion de parallèle et le postulatum d'Euclide lui-même. érigée en axiome. ils n'y pensent même pas.146 8CIENCE ET MÉTHODE considération du est. assis dans une voiture et s'imaginant qu'il Taide à avancer en poussant sur Je n'ai vitesse. : . pas à revenir sur la définition de la ou de Taccéiération. Ne je mouvement des corps l'ai dit. Pour eux le monde de la science et celui de la réalité sont séparés par une cloison étanche. J'insisterai. comme métrie. sur les notions dynamiques de force et de masse. Ce n'est pas seulement qu'ils en soient incapables. c'est combien les Il y a une chose qui me frappe l'éducation secondaire qui ont reçu jeunes gens sont éloignés d'appliquer au monde réel les lois mécaniques qu'on leur a enseignées.

ments Faction et la réaction mutuelle normale de deux solides au contact. Ce n'est là qu'une définition qualitative. Cette définition. Ces flèches sont des êtres imaginaires qui n'ont rien à faire avec rien de ce qui existe dans la nature. Voici la marche qu'il faudra suivre : il d'abord. elles sont bien nombreuses et elles sont bien il diverses y a la pression des fluides sur les trer l'une . Comment il définir la force? Une définition logique. pour faire connaître le genre force. parois des vases où ils sont enfermés la tension d'un ressort. mais celle qui. quelle est pour eux la véritable définition de la force ? non pas celle qu'ils récitent. . . cela entier. vraiment trop grossière et on n'en peut rien tirer d'utile. flèches avec lesquelles Cela n'arriverait pas. il faut . n^y en a pas de bonne^ je crois l'avoir suffisam- ment montré morphique. la pesanteur qui agit sur toutes les molécules d'un corps les frotte- des fils. le dirige de là tout Si élèves.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 147 l'avant. l'élasticité . la voici : les forces sont des on fait des parallélogrammes. tapie dans un recoin de leur entendement. nous essayons d'analyser Tétat d'âme de nos nous étonnera moins. si on leur avait montré des forces dans la réalité avant de les représenter par des flèches. faut mon- après l'autre toutes les espèces de ce genre. et cela de au mépris du principe de l'action et la réaction. celle-là est ailleurs. la Il y a sensation la définition de l'eff^ort anthropo- musculaire .

alors point d'attache du le fll sera par définition le point d'application de la force F. il faut sont diffé- J . non seulement par un autre poids. Est-ce suffisant? Pas encore. nous trouverons le premier exemple de cette substitution dans la balance et la double pesée de Borda.«CIENCE ET MÉTHODE 148 apprendre à mesurer la force. Si une force F est équivalente à une autre force F' qui est appliquée au corps considéré par l'intermédiaire d'un fil tendu. on montrera par exemple qu'un poids de 20 grammes peut remplacer deux poids de leur 10 grammes. mais par des forces de nature différente par exemple le frein de Prony nous permet de remplacer un poids par un frot: tement. faut définir la direction d'une force. De deux Il tout cela sort la notion de Téquivalence de forces. Pour cela on montrera d'abord que Ton peut remplacer une force pai une autre sans troubler l'équilibre. et celui de la force équivalente F. autres de même direction. la direction du de la force F et celle de fil sera la direction la force équivalente F. on passera à la comparaison de la grandeur des forces. Nous montrerons ensuite qu'on peut remplacer un poids. c'est qu'elle est égale à somme. Si une force peut en remplacer deux De là. de telle sorte que F puisse être rem- placée par F' sans que l'équilibre soit troublé. Nous savons mainte- nant comparer l'intensité de deux forces qui ont même direction et apprendre à môme le faire point d'application quand les directions .

ipiaginons un tendu par un fil poids et passant sur une poulie. fois que point le d'application. poulies sont sans frottement. et que deux forces pour lesquelles ces trois éléments sont sont toujours équivalentes et peuvent toujours être remplacées Tune par Tautre. 11 faut faire voir enfin comme nous venons de l'égalité de de l'action que les forces le faire satisfont et de la réaction* définies au principe . appliquées. Il faut la compléter ensuite en montrant que cela n'est vrai que Voilà notre définition. et cela quelles mises en jeu. nous dirons que la tension des deux brins du au poids tenseur.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 149 rentes. de comparer deux forces quelvconques ayant même direction que ces deux brins. si les Une voir maître de ces définitions. la il faut faire direction rintensité suffisent pour déterminer une force. Il faut le justifier en montrant que la tension du dernier brin reste la même pour un même poids tenseur. que deux forces concourantes peuvent toujours être remplacées par une résultante unique et que cette résultante reste la mêmey que le corps soit en repos ou en mouvement et quelles que soient les autres forces qui lui sont Il les autres forces faut faire voir . elle parer les tensions de nos deux brins. en se servant des définitions précédentes. fll même est la et égale nous permet de comet. quels que soient le nombre et la disposition des poulies de renvoi. soit dans le que soient mouvement. Pour cela. soit dans mêmes les Téquilibre.

les élèves font tous les et d'exécuter jours sans s'en douter. on rappellera d'ailleurs les lois de la chute des corps. et qu'elle varie avec la latitude. méthodes que si vous me dites que je préconise sont depuis toutes les longtemps appliquées dans les lycées. c'est la machine d'Atwood. c'est de faire comprendre la distinction entre la masse et le poids. devant eux un petit nombre d'expé- riences simples et bien choisies. Connaissant la force. Il que suffira de citer quelques expériences vulgaires. il n'y a pas moyen de faire autrement. C'est quand on aura passé par tous ces détours qu'on pourra représenter les forces par des flèches. il y a en effet une machine qui semble faite tout exprès pour montrer ce que c'est que la masse. etc. passant sur des poulies. Ici encore. Ton revînt de temps en temps du symbole à la réalité. il est aisé de définir la masse. et Texpérience seule qui peut nous rapprendre.SCIENCE ET MÉTHODE 150 Tout cela. Maintenant. et même je voudrais que. Il ne serait pas difficile par exemple d'illustrer le parallélogramme des forces à l'aide d'un appareil formé de trois fils. dans le développement des raisonnements. que l'accélération de la pesanteur est la même pour les corps lourds et pour les corps légers. tendus par des poids et se faisant équilibre en tirant sur un même point. c'est Texpérieiice. je m'en réjouirai plus . cette fois la définition doit être empruntée à la dynamique. puisque le but à atteindre. la définition doit être préparée par des expériences.

Dans de pareilles tempêtes sombrerait bientôt sa haute valeur éducative. j'en serais môme désolé. dans les cas où la véritable définition logique ne peut être donnée utilement que dans l'enseignement supérieur. Il ne faut pas que cet enseignement subisse de brusques oscillations au souffle capricieux de modes éphémères. mais elle doit préparer la définition logique. . Ces définitions ne peuvent être que provisoires. je ne désire pas qu'il soit bouleversé. Vous avez bien compris que ce que j'ai dit aujourd'hui n'implique nullement l'abandon de ce que j'ai écrit ailleurs. La définition par l'exemple est toujours nécessaire. je sais que dans son ensemble notre enseignement mathématique est bon. Une bonne et solide logique doit continuer à en faire le fond. Ces critiques subsistent tout entières. J'ai critiquer certaines eu souvent l'occasion de que je préconise définitions aujourd'hui. elle ne doit pas la remplacer . je ne désire que des améliorations lentement progressives. elle doit tout au moins la faire désirer.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET L^BNSBIGNEMENT 151 que je ne m'en étonnerai. Mais c'est par elles qu'il faut passe?.

afin de voir si elles justifient le ton péremp- toire avec lequel elles sont présentées. INTRODUCTION. la logique sans avoir à faire appel à des principes y a toute une école. il dans quelques en particulier le est nécessaire d'entrer détails historiques et de rappeler caractère des travaux de Cantor. Mais pour bien faire comprendre la nature de la question. . Il n'est peutpas inutile être d'examiner ces affirmations d'un peu près. de sorte que les profanes sont disposés à s'incliner devant les qui leur soient propres? Il pleine d'ardeur et de affirmations tranchantes des adeptes. Ce langage n'^^st compris que de quelques initiés. foi. Elle a son langage spécial où il n'y a plus de mot« et où on ne fait usage que de signes.CHAPITRE Les Mathématiques III et la Logique. qui s'efforce de rétablir. Les mathématiques peuvent-elles être réduites à.

il a imaginé aussi ce qu'il appelle des nombres ordinaux transfinis sur lesquels je : n'insisterai pas. Et alors le nombre des nombres entiers. Il posé des questions telles plus de points dans l'espace s'est que celles-ci Y a-t-il que de nombres entiers? Y a-t-il plus de points dans l'espace que de points dans un plan? etc.LBS MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Depuis longtemps la 153 notion d'infini avait été intro- duite en mathématiques. Et il s'est amusé à comparer ces nombres cardinaux transfinis. mais cet infini était ce que les philosophes appellent un devenir. en rangeant dans un ordre convenable les éléments d'un ensemble qui en contient une infinité.. les nombres dépendre la Ils une se sont lancés sur série de questions de se sont tellement familiarisés avee en sont arrivés à fadre théorie des nombres finis de celle det transfinis qu'ils . L'infini mathématique n'était qu'une quantité susceptible de croître au delà de toute limite. constitue ce qu'il appelle un nombre cardinal transfini. c'est-à-dire un nombre cardinal plus grand que tous les nombres cardinaux ordinaires. celui des points dans l'espace. etc. De nombreux mathématiciens ses traces et se sont posé môme genre. mais seulement qu'elle les dépasserait. c'est-à-dire une quantité qui n'est pas seulement susceptible de limites. c'était une quaatité variable dont on ne pouvait pas dire qu'elle avait dépassé toutes les limites. dépasser toutes les mais qui est regardée comme les ayant déjà dépassées. Cantor a entrepris d'introduire en mathématiques un infini actuel.

ou pour mieux dire est-elle correcte? Il est permis d'en cela . à Fintroduire dans renseignement secondaire. celle des nombres entiers ordinaires. ils sont arrivés à des résultats contradictoires. Les géomètres qui l'ont employée sont cependant fort nombreux. iîais est-elle du moins logique. c'est ce qu'on appelle les antino- mies cantorienneSy sur lesquelles nous aurons Toccasion de revenir. A enseigner Fanthraétique d'une leurs yeux.154 ^ SCIENCE ET MÉTHODE nombres cardinaux de Cantor. Ces contradictions ne les ont pas découragés et règles (le ils fajçoQ se sont efforcés de modifier leurs à faire disparaître celles qui . ce n'est certainement pas comme que Tesprit humain a procédé pour construire les mathématiques aussi ses auteurs ne songent-ils pas. mais où ce discours a complètement disparu. de ce qui n'était pas la logique pure en écrivant des mémoires où les formules n'alternent plus avec le discours explicatif comme dans les livres de mathématiques ordinaires. Grâce à ce détour on pourrait arriver à démontrer toutes les propositions relatives à cette petite classe (c'est-àdire toute notre arithmétique et notre algèbre) sans se servir d'aucun principe étranger à la logique. Malheureusement. douter. pour façon vraiment logique. Cette méthode est évidemment contraire à toute saine psychologie. on devrait commencer par établir les propriétés générales des nombres cardinaux transfînis. puis distinguer parmi eux une toute petite classe. Ils ont accumulé les formules et ils ont cru s'affranchir. je pense.

Ces travaux ont été analysés et exposés très clairement par M. en Italie. Russell et Péano. ont définitivement tranché le débat. à moins que ce ne soit onze mais ici il y en a trop. Je n'espère pas les convaincre. D'ailleurs. Pour M. . Telle autrefois l'hydre de Lerne avec ses fameuses têtes qui repoussaient toujours. intitulé : les Principes des Mathématiques. et il devrait renoncer à la partie.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE s'étaient déjà manifestées. car ils ont trop longtemps vécu dans cette atmosphère. de nombreux travaux ont été publiés sur les mathématiques pures et la philosophie des mathématiques. en Allemagne. l Dans ces dernières années. Couturat. 155 sans être assurés pour cela qu'il ne s'en manifesterait plus de nouvelles. quand on a réfuté une de leurs démonstrations. Je ne fais donc appel qu'aux hommes de bon sens sans parti pris. il y en a en Angleterre. Ils ont montré qu'il . en France. on II est est sûr de faire justice renaître avec des changements quelques-unes d'entre elles sont la voir insignifiants. les travaux nouveaux. depuis si longtemps pendant entre Leibnitz et Kant. en vue de dégager éléments logiques du raisonnement mathématique. Hercule s'en est tiré parce que son hydre n'avait que neuf têtes. et déjà ressorties plusieurs fois de leurs cendres. Couturat dans un ouvrage et d'isoler les. temps de de ces exagérations. et en particulier ceux de MM.

. nous pourrons dire qu'elle passe par ces deux points ou que ces deux points : sont situés sur cette droite ». ni établis expérimentalement). droites et plans. . c'est son caractère purement formel « Pensons. . ni réduits à des identités. Pouvons-nous souscrire à cette condamnation définitive? Je ne le crois pis et je vais essayer de montrer pourquoi. Couturat a exposé dans l'ouvrage que je viens de citer c'est ce qu'il a dit plus nettement encore à son discours du jubilé de Kant. Que sont ces non seulement nous n'en savons devons pas chercher à le choses^ mais nous ne savoir. ils ont montré que les mathématiques sont entièrement réductibles à la logique et que l'intuition n'y joue aucun rôle. trois sortes de choses que nous appellerons points.SCIENCE ET UETHODB n'y a pas de jugement synthétique a priori disait Kant pour désigner les (comme jugements qui ne peu- vent être ni démontrés analytiquement. convenons qu'une droite sera déterminée par deux points et qu'au lieu de dire que cette droite est déterminée par ces deux points. dit Hilbert. : II Ce qui nous frappe d'abord dans la nouvelle mathématique. Nous n'en avons rien. si bien que j'ai entendu mon voisin dire à demi-voix « On voit bien que c'est le centenaire de la mort de Kant ». C'est ce que M.

Que le mot passer mot être situé sur ne provoquent en nous aucune image. Ce n'est donc qu'après avoir ramené tous les raisonnements géométriques à une forme purement méc*^- . on pourimaginer une machine où Ton introduirait les axiomes par un bout pendant qu'on recueillerait Stanley Jevons . et quelqu'un qui n'aurait jamais vu ni point. Il voulait réduire au minimum le nombre des axiomes fondamentaux de la géométrie et en faire l'énumération complète. C'était là qu'il devait tendre. ni plan. ou. le On même utile pourrait remplacer piano à raisonner imaginé par si l'on aime mieux. dans les raisonnements vivants. le mathématicien n'a besoin de comprendre ce qu'il et d'où ils saucisses. pour ainsi dire. or. dans les raisonnements où notre esprit reste actif. étant donné le problème qu'il se posait. il de savoir ce le n'est qu'il géomètre par pas nécessaire ni veut dire. pour démontrer un par^ ou le théorème. je n'en fais pas un reproche à Hilbert. Ainsi. rait les théorèmes à l'autre bout. il est difficile de ne pas introduire un axiome ou un postulat qui passe inaperçu.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 157 pas besoin. pourrait faire de la géo- métrie tout aussi bien que nous. ni droite. c'est bien entendu. le premier est simplement synonyme de être déterminé et le second de déterminer. dans ceux où l'intuition joue encore un rôle. fait* Ce caractère formel de sa géométrie. comme cette machine légendaire de Chicago où les porcs entrent vivants sortent transformés en jambons et en Pas plus que ces machines.

Si les au silence? Peut-être pas. Le philosophe conserverait le droit de rechercher les origines de ces conventions. qui seule fait le prix de l'édifice construit. ou par quelque vague conscience de je ne sais pièces. qu'il son dessein Ce que achevé son œuvre. . par de simples combinaisons logiques d'un nombre fini d'axiomes. il faut faire un choix le vrai géomètre fait ce choix judicieusement parce qu'il est guidé par un sûr instinct. Kantiens seraient-ils définitivement condamnés l'analyse. qu'on la mutile. et plus cachée. de voir pourquoi elles ont été jugées préférables aux conventions les procédés purement contraires. Admettons que tous même que il la pen- est certain l'on ait établi théorèmes peuvent se déduire par des analytiques. et que ces axiomes ne sont que des conventions. d'aufaire pour l'arithmétique et pour et d'avoir Ililbert avait fait tres ont voulu le même ils y avaient entièrement réussi. quelle géométrie plus profonde. Et puis la correction logique des raisonnements mènent des axiomes aux théorèmes n'est pas la chose dont nous devions nous préoccuper. étudier les lois II . Les règles de la parfaite logique sont-elles toute la mathématique? Autant dire que tout l'art du joueur qui seule d'échecs se réduit aux marche des constructions que l'on peut règles de la Parmi toutes les combiner avec les matériaux fournis par la logique. pour la géométrie. Chercher l'origine de cet instinct. car en réduisant sée mathématique à une forme vide.158 SCIENCE ET MÉTHODE a pu être certain d'avoir réussi dans nique.

elle sera vraie . c'est s'il est vrai qu'une fois admis les principes de la logique. » J'y voyais le raisonnement mathématique par excellence. c'est paa^ce que complète principe d'induction fois paraissait à la On sait quel est l'énoncé de ce prin- : « Si Ton me « le nécessaire au mathématicien et irréductible à la logique. comme on l'a cru. ce serait encore une belle tâche pour les philosophes qui ne veulent pas que la logique soit tout. Mais ce n'est pas à ce point de Yue que je veux me placer. ce que je veux rechercher. ce n'est pas ainsi que je veux poser la question.159 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQVE de cette géométrie profonde qui se sentent et ne s'énoncent pas. faire JI A répondu que cette question. mais il semble d'abord qu'on pourrait s'en passer pour étudier la science une fois créée. j'avais autrefois non (Voir Science réponse doit-elle et Hypothèse^ chapitre I"^ être par modifiée les . et si pourvu de tous les nombres entiers. Eh bien. notre travaux récents? Si j'avais répondu non. mais démontrer toutes les vérités mathématiques sans de nouveau appel à l'intuition. cipe » une propriété établit qu'elle est vraie est vraie du nombre de n + 1 i. on peut je ne dis pas découvrir. Cet instinct dont nous venons de parler est nécessaire à l'inventeur. que tous les raisonnements qu'elle le soit de n. Je ne voulais pas dire.

Couturat sur les définitions mathématiques. comment préten- Le principe d'induction compas un axiome proprement disent-ils. Le nom de principe d'induction complète qui a prévalu n'est pas justifié. C'est donc une simple convention. présentant les caractères essentiels. n'est ou un jugement synthétique a priori] c'est tout simplement la définition du nombre entier. IV DèFlN! IONS ET AX : 'ES. Pour discuter cette manière de voir. on y verrait appliqués beaucoup d'autres principes analogues. revue publiée I . dent-ils s'en tirer? plète. En examinant ces raisonnements d'un peu près. celui de l'induction complète est seulement le plus simple de tous et c'est pour cela que je l'ai choisi pour type. Reportons-nous d'abord à un article de M. il nous faut examiner d'un peu dit près les relations entre les définitions et les axiomes. L'existence de pareils principes est une difficulté pour les logiciens intransigeants.SCIENCE ET MÉTHODE 160 mathématiques peuvent se réduire à une application de ce principe. qui a paru dans V Enseignement mathématique. Ce mode de raisonnement n'en est pas moins une véritable induction mathématique qui ne diffère de Tinduction ordinaire que mêmes par sa certitude. Dans cette catégorie de principes.

celui affirme l'existence de Tobjet défini. celle qui est telle que le postulatum d'Euclide soit vrai... par définition. dit M. et je l'ai admis moi-même en ce qui concerne par exemple le postulatum d'Euclide. Couturat. il y a deux condi- Stuart Mill disait que toute défini- un axiome. Eh bien. la distance sera alors. . non à une seule notion. « La définition par postulats. Ce point de vue est souvent légitime. sauf une. y Mais pour qu'on tions à remplir. Les autres axiomes de la géométrie ne suffisent pas pour définir complètement la distance. par A lequel on ce compte. ces relations sont des postulats.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 161 ch^z Gauthîer-Villars et chez Georg à Genève. les logiciens admettent pour le principe d'induction complète. ce que j'admets pour le pos- tulatum d'Euclide. Nous y verrons une distinction entre la définition directe et la définition par postulats. ils ne veulent y voir qu'une nition déguisée. s'applique. ce . tion implique défi- ait ce droit. » Si Ton a défini préalablement toutes ces notions. mais à un système de notions elle consiste à énumérer les relations fondamentales qui les unissent et qui permettent de démontrer toutes leurs autres propriétés. Ainsi certains axiomes indémontrables des mathématiques ne seraient que des définitions déguisées. parmi toutes les grandeurs qui satisfont à ces autres axiomes. alors cette dernière sera par définition l'objet qui vérifie ces postulats.

Si vons pas démontrer cela. il signifie exempt de contradiction. ce serait au contraire la définition qui serait un axiome déguisé. en mathématiques le mot exister ne peut avoir qu'un sens. la exacte. on affirme que la rectifiée. Si nous a'^^ns donc un système de postulats. nous voulons définir une notion A. Ainsi de Stuart Mill devient objet. son opinion est inadmissible. nous retrouverions définition . . on affirme qu'il y a des choses rondes dans la nature. pensée en définissant un définition n'implique pas contradiction. par définition. Les mathématiques sont indépendantes de Texistence des objets matériels.SCIENCE ET MÉTHODE 162 ne serait plus Taxiome qui pourrait être une définition déguisée. pour montrer qu'une définition procède par contradiction. Stuart Mill entendait le mot existence dans un sens matériel et empirique. et nous disons que. l'axiome sous la définition. il voulait dire qu'en définissant le cercle. et si nous pouwùs démontrer que ces postulats n'impliquent pas de contradiction. nous aurons le droit de les considérer comme représentant la définition de nous ne poufaut que nous l'admet- l'une des notions qui y figurent. on n'implique pas l'exemple^ on cherche à former un exemple d'un objet satisfaisant à la définition. Le plus souvent. il tions sans démonstration et cela sera alors un axiome de sorte que si nous voulions chercher la sous le postulat. Sous cette forme. Prenons le cas d'une définition par postulats.

et 1 peut plus faire cette vérification directe. il faut recourir à des procédés de démonstration où en on général sera forcé d'invoquer ce principe d'induction complète qu'il s'agit précisément de vérifier. on ne considérés prémisses. Mais une pareille démonstration directe par l'exemple n'est pas toujours possible. la définition sera justifiée. Il y en a une seconde. Tobjet B sera un exemple d'un A. Si ces propositions sont en nombre infini. c'est 8 . Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire. parmi ces propositions. Si nous pouvons démontrer directe- ment que tous ces postulats sont vrais d'un certain objet B. donnons nne pour nous en servir.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE un A. Quand nous. il faut alors envisager toutes les propositions que l'on peut déduire de ces postulats comme montrer que. et nous verrons plus loin qu^ils ne Vont pas fait. il n'y en a pas deux dont une soit la contradictoire de l'autre. une vérification directe est pussible. puisqu'il y a des cas où ils sont vrais tous à la fois. définition. Ce cas est peu fréquent et d'ailleurs peu intéressant. lats c'est tout 163 objet pour lequel certains postu- sont Vrais. Si ces propositioTis sont en nombre fini. Pour établir que les postulats n'impliquent pas contradiction. Nous serons certains que les postulats ne sont pas contradictoires.

Dire que cet objet satisfait. n'y pen- sez plus. que l'expérience peut seule mettre hors de doute. et qui n'a plus le caractère d'un postulat conventionnel. en réalité. il faut voir comment ce mot s'est intro- porte par laquelle en réalité une autre définition que celle qu'on a énoncée. c'est ce qui arrive il est le plus souvent difficile de s'en quelquefois et apercevoir. postulat qui a servi le de définition? Oui. vous subtile. si nous ne lui attribuons pas implicitement un sens différent. vous le quand le mot nombre saviez depuis longtemi:!*^ et à . et pour le mathématicien pur toute duit dans notre discours. mais à un objet concret qui n'en est souvent qu'une image grossière. mais si on veut l'appliquer aux sciences physiques par exemple. à la définition. si le mot a conservé son sens. Mais. au moins approximativement. La notion mathématique a reçu une défiaition très épurée et très rigoureuse. ce n'est pas elle qui vous a appris ce que c'était que le nombre. de l'objet représenté par ce mot. sans sortir des mathématiques pures. c'est énoncer une vérité nouvelle. Or. évidemment. et il est si la entré n'implique pas hésitation a disparu. avons-nous le droit d'affirmer. parce que. rencontre encore la même on difficulté. une fois cette définition donnée. Vous donnez du nombre une définition puis. ce n'est plus à cette notion pure que Ton a affaire.SCIENCE ET MÉTHODE ÎG4 Nous retrouverons donc dans la suite du discours le mot défini. Cette difficulté se présente dans toutes les applications des mathématiques.

et s'il pas n'en croyait y apercevoir satisfait était de celles de ses devan- pas satisfait. satisfaisante. qu'il faut. ou bien admettre comme un axiome indépendant. vous y attachez le même sens que le premier venu. Il est possible que ces deux définitions désignent un même objet. Je ne m'explique pas davantage sur ce point pour le moment car nous aurons Toccasion d'y revenir. je renonce à énumérer même les noms de leurs auteurs. Si chaque nouveau philosophe qui s'est occupé de cette question a cru devoir en inventer une autre. c'est qu'il une pétition de principe. Ainsi voici un mot dont nous avons donné explicitement une définition A nous en faisons ensuite dans le discours un usage qui suppose implicitement une autre définition B. c'est une vérité nouvelle. . il faut voir comment vous avez été amené à parler de nombre et à introduire ce mot dans ces deux phrases. VI Les définitions du nombre sonttrès nombreuses et très diverses. pour savoir quel est ce sens et s'il est bien le même dans telle phrase ou dans telle autre. se retrouve plus loin sous votre . Nous verrons plus mieux rempli la que loin les logiciens n'ont pas seconde condition que la première. on n'en donnerait plus de nouvelle.165 FKS MATHÉMATIQUES ET LA LOGÏQTTR plume. étonner qu'il y en ait Nous ne devons pas nous Si Tune d'elles était tant. c'est qu'il n'était ciers. Mais qu'il en soit ainsi. ou bien démontrer.

mais il me semble que M. VII LA PASIGRAPHie* Le langage symbolique créé par M. ou. quand me sentiment de heurter à une je ne Tapercevais pas tout de suite. un profond malaise je m'attendais toujours à . L'élément essentiel de ce langage. ou au moins un mot au pluEt alors la pente est glissante et à chaque riel. donc. Je ne m'attacherai dans la suite qu'à celles de ces où la pétition de principe est le plus définitions habilement dissimulée. Il est susceptible de rendre quelques services. instant on risque de tomber dans la pétition de tion sans énoncer principe. : si. Couturat y attache une importance exagérée qui a dû étonner M. et. et difficile d'énoncer une phrase sans y mettre un nom de nombre. pétition de principe et. en lisant les écrits consa- J*ai crés à ce problème. j'avais la crainte d'avoir mal regardé. Que ces signes mais soient qu'ils soient desti- . C'est qu'il est impossible de donner une défini- une phrase. Peano joue un grand rôle dans ces nouvelles recherches.SCIENCE ET MÉTHODE 166 toujours éprouvé. c'est possible . ou au moins le mot plusieurs. Peano luitrès même. ce sont certains algébriques qui représentent les différentes signes conjonctions commodes.

Ce qui l'importance de ce mémoire. Nous pouvons voir la nouvelle méthode à l'œuvre dans un mémoire mathématique de M. langue usuelle. une vertu qu'il n'avait pas quand on l'écrivait si. c'est précisément parce qu'il est le plus important de tous ceux qui sont écrits dans le nouveau lanplus éminente. gage. autre afïaire. nom en définissait très exacte- Depuis. employé à l'École de Guerre. BuraliForti. pour désigner l'art du maréchal des logis. Cette invention de M. Il est difficile d'admettre 167 c'est que le une mot si quand on Técrit o. D'ailleurs.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Dés à renouveler toute la philosophie. l'art de faire marcher et de cantonner les troupes mais ici aucune confusion n'est à craindre et on voit tout de suite que ce nom nouveau implique le dessein de révolutionner la logique. les profanes peuvent le lire grâce à une traduction interlinéaire italienne. et si je le prends ici pour exemple. on l'a élevée à une dignité en lui conférant le titre de logis-Ce mot est. Je commence par dire que ce mémoire est très intéressant. c'est qu'il premier exemple de ces antinomies que rencontre dans l'étude des nombres transfinis a donné l'on fait le et qui font depuis quelcHies années le désespoir des . tique. intitulé: Una Questione sui numeri transfinitij et inséré dans le tome XI des Rendiconti del circolo matemalico di Palermo. Peano s'est appelée d'abord la pasigraphie. pàraît-il. . Ce ment la portée. c'est-à-dire l'art d'écrire un traité de mathématiques sans employer un seul mot de la acquiert.

ni plus petit. définition éminemment propre à donner une idée du nombre 1 entendu parler. Le but de cette note. je veux seulement m'occuper de la forme.SCIENCE ET MÉTHODE 168 mathématiciens.A)e(weUn)l. et précisément je me demande si cette forme lui fait beaucoup gagner en rigueur et si elle compense par là les efforts qu'elle impose à l'écrivain ef au lecteur- Nous voyons d'abord M. Or. pour le considérations qui vont suivre. Cantor avait précisément démontré qu'entre deux nombres transflnis comme entre deux nombres finis. savoir ce que c'est qu'un il comprendre les n'a pas besoin de nombre ordinal transfini. en chiffre dans le premier en toutes lettres dans le second. c'est de montrer qu'il peut y avoir deux nombres transflnis (ordinaux). tel que a ne grand. dit M. ni plus Que lecteur se rassure. BuraliForti. il ne peut y avoir d'autre relation que l'égalité. ou l'inégalité dans un sens ou dans l'autre. aux personnes qui n'en auraient jamais J'entends trop mal le Péanîen pour oser risquer une critique. Buralî-Forti nombre 1 de la manière suivante définir le : l=:tT'[Koo(u. Mais ce n'est pas du fond de ce mémoire que je veux parler ici . goit ni égal à 6. a et b. cela m'entraînerait beaucoup trop loin de mon sujet. nition ne mais je contienne et Un une pétition de principe. attendu que j'aperçois membre crains bien que cette défi- 1 .

(27) qui nous apprend que Un est un nombre. en ce sens . Un. ai-je dit. il arrive à : leNo.o. Couturat a défini également et que zéro? Qu'est-ce 1. Burali-Forti part de celte soit. rappelons que M. Et puisque nous en sommes à ces définitions des premiers nombres. et nul par aucun. Elle est plus satisfaisante. Définir zéro par nul. c'est vraiment abuser de la richesse de la langue française.A = ce qui veut dire en français objets qui satisfont à une un perfectionne- en écrivant : : {xe(fx)y zéro est le nombre des condition qui n'est jamais remplie. c'est le nombre des éléments que la classe nulle? ne contient aucun élément. de la classe nulle.169 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Quoi qu'il définition en après un et. d'ajouter que M. est le nombre des éléments d'une classe dont deux éléments quelconques sont identiques. Téquation M. court calcul. 0=tA : (fx = A. dit-il en substance. Mais comme vois pas que me le jamais signifie en aucun cas je ne progrès soit considérable. et qu'est-ce c'est celle qui aussi M. Couturat a-t-il introduit ment dans sa définition. Couturat donne du nombre Je hâte la i définition est que plus satis- faisante.

I>). « Le raisonnement de Burali-Forti. il ne soit obligé de se servir du mot un. Je voudrais bien savoir qui aurait pu l'en empê- quand cher. il avait ce droit. » je ne pus le convaincre (ce qui d'ailleurs eût été fâcheux. un jour. revanche. — Pardon. Couturat ce que c'est que deux. Burali-Forti n'avait pas le droit de parler de l'ensemble de tous les nombres ordinaux. D'ailleurs. ne vous semble-t-il pas irréprochable? Non. Or. et peut-on dire qu'un objet n'existe pas. lui disais-je. en du mot deux. seulement parce que ne parlais pas le mais péanien avec assez d'éloquence ? peut-être entre nous je ne le crois pas. il se sert VIII Mais revenons au mémoire de M. puisqu'il avait raison).170 SCIENCE ET MÉTHODE il ne se sert pas du mot un. Était-ce je . Burali-Forti . que pour définir 1. et au contraire je ne trouve rien à — objecter à celui de Cantor. puisqu'il pouvait tou- jours poser Û=:r(No. Mais j'ai peur que si on demandait à M. je reçus la visite de M. Hadamard et la conversation tomba sur cette antinomie. j'ai dit que ses conclusions sont en opposition directe avec celles de Cantor. Q? on l'a appelé Ce fut en vain. I .

la pasigraphie devient impuissante. malgré tout cet appareil pasigraphique. . mais si une difficulté se présente.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 171 Ainsi. s'il y a une antinomie à question n'était pas résolue. la pasigraphie suffit. résoudre. la Qu'est-ce que cela prouve ? Tant qu^il s'agit seulement de démontrer que un est un nombre.

Russell subordonne la logique des classes à celle des propositions. On a vu naître des logiques nouvelles M plus intéressante est celle de semble a dû se Russell. LA LOGIQUE Pour justifier ses prétentions. M. la logique transformer. Le syllogisme classique « Socrate est un homme ». fait place au syllogisme i . etc. tandis que la logique d'Âristote était avant tout la logique des classes et prenait pour point de départ la relation de sujet à prédicat. Russell attribue à la logique est infi- niment plus étendu que sique et il a trouvé vues originales moyen celui de la logique clas- d'émettre sur ce sujet des et parfois justes* D'abord.CHAPITRE IV Les Logiques nouvelles. Mais le champ que M.. de nouveau sur qu'il n'y ait rien à écrire lalogique formelle et qu'Aristote en ait vu le fond. dont Il la DE RUSSELL.

etc. : la logique des propo- Russell est l'étude des lois suivant lesquelles se combinent les conjonctions et la 5i. M. à mon B est une sens. Russell ouvre à la logique un domaine nouveau. c'est-à-dire les lois commu- X tative. Et puis ce n'est pas tout sitions de M. la multiplication représente l'addition logique. logique. car le syllogisme classique est facile à ramener au syllogisme hypothétique» tandis que la transformation inverse ne se fait pas sans difficulté. Et c'est là. Les propriétés du syllo- gisme classique s'étendent sans peine au syllogisme hypothétique et. Mais la théorie du syllogisme n'est encore que la syntaxe de la conjonction si et peut-être de . sente associative et distributive. Il suffit cependant d'avoir corrigé une dit . la négation. C'est une extension considé- rable de Taricienne logique. Les signes et. Russell arrive à cette conclusion qu'une proposition fausse quelconque implique toutes les autres propositions vraies ou fausses. M. Ainsi et reprétandis que ou Gela aussi est très intéressant. Couturat que cette conclusion semblera paradoxale au premier abord. dans les formes de ce dernier. on reconnaît aisément les formes scolastiques on retrouve ce qu'il y a d'essentiel dans la logique classique. or si est vrai. idée des plus heureuses. et^ ouy négation ne pas. En y adjoignant deux autres conjonctions et et ou^ M. B 173 est vrai. B.LES LOGIQUES NOUVELLES hypothétique vrai. C : Si A est vrai. ou suivent les mêmes lois que les deux signes et +.

qui est tout tibles à la logique. et non seulement au début du premier chapitre. Nous avons introduit un grand nombre de notions nouvelles. dont quelques- uns même peuvent être exacts. au sens nouveau. il inlro- . mais dès qu'il l'a obtenue.SCIENCE ET MÉTHODE 174 mauvaise thèse de mathématique. c'est-à-dire de la logique des propositions. et de chercher à M. II On voit combien nouvelle logique est plus la riche que la logique classique sont multipliés permettent et les . des symboles se comoinaisons variées qui ne sont plus en yiombre Ihnité. au sens ancien du mot. M. différent. se trouvent être devenues réduclogique? Il serait oiseux . mais au début du second et du troisième. d'examiner cette question. ce n'est plus qu'un jeu pour lui d'accumuler les résultats les plus surprenants. Accordons-lui ce qu'il demande nous étonnons pas si certaines vérités. Le candidat se donne souvent beaucoup de mal pour trouver la première équation fausse. que Ton avait déclarées irréductibles à la logique. et ce n'étaient pas de simples combinai- sons des anciennes . Russell a vu juste. pour reconnaître combien M. Russell une simple querelle de mais ne mots. A-t-on le droit de donner celte extension au sens du mot. Russell ne s'y est d'ailleurs pas trompé. c'est-à-dire de la logique des classes et des relations.

des jugements synthétiques a les regardions comme intuitifs priori. plus . dans les traités de mathématiques ont-ils changé de caractère. Il il qu'ils comme faudrait que n'impiiquo^. quand nous l'in- Nous les ren- ou moins explicitement énoncés. Si donc après n opérations. ce sont des appels à tuition. de nature. nous n'en rencontrerons non plus après la n -f. nous n'avons pas rencontré Je contradiction. parce que le sens du mot logique s'est élargi et que nous les trouvons maintenant dans un livre intitulé Traité de logique? Ils n ont pas changé contrions. Il est donc impossible qu'il y ait un moment où la contradiction commence^ ce qui montre . ils ont seulement changé de place. on ne sera jamais exposé à se contredire. l'on eût le moyen de démontrer pas contradiction. principes qu'il déclare 175 qu'il déclare indéfinissables. Mais ces principes indémontrables. III Ces principes pourraient-ils être considérés des définitions déguisées? Pour cela.1®. faudrait établir que. introduit également des il indémontrables. quelque loin qu'on poursuive la série des déductions. On pourrait essayer de raisonner Nous pouvons vérifier que comme les opérations velle logique appliquées à des il suit • de la nou prémisses exemptes de contradiction ne peuvent donner que des consé- quences également exemptes de contradiction.LES LOGIQUES NOUVELLES dait des mots nouveaux Et ce n'est pas tout.

Avons-nous le droit de raisonner ainsi? Non. j'en aurais de plus) qui font le fondement quelques-unes trouvé de la logique nouvelle. Russell prétend. Russell et c'était moi qui avais compté. la pensée de de M. . mais ce que M. IV M. Je ne m'amuserai pas à compter combien nouvelle est tout à fait I . il faut pour chacun d'eux admettre un nouvel acte d'intuition. pourquoi ne pas le dire. Ainsi. et ce qui me paraît douteux^ à r intuition j ce c'est qu'après ces appels sera fini. chacune des neuf notions indéfinissables et des vingt propositions indémontrables (je crois bien bien. complète j rappelons-le bien^ nous ne le connaissons pas encore. d'ailleurs. Couturat répète souvent que indépendante de l'idée de nombre. Nous n'avons donc pas le droit de regarder ces axiomes comme des définitions déguisées et il ne nous reste qu'une ressource. Couturat.SCIENCE ET MÉTHODE 176 que nous n'en rencontrerons jamais. le rinduction complète . de la logique au sens large. que si suppose un acte nouveau et indépendant de notre intuition et. on n'aura plus à en faire constituer la mathématique d'autres et on pourra tout entière sans faire intervenir aucun élément cette logique nouveau. Sur ce point tout le monde semble d'accord. un véritable jugement synthétique a priori. C'est à ce que je crois. M. car ce serait faire de principe d'induction et.

etc. qui sont indépendants. Une termes . mais quelquefois aussi tiel. M. relation ^est incompréhensible il il est essen- sans deux est impossible d'avoir l'intuition de la même temps celle de ses deux termes. que M. Gouturat commence par énoncer les cinq axiomes de Peano. le vrai et le faux » Le produit relatif de deux relations est une re. Peano et J'arrive à ce ordinale et qui est Padoa. tant cardinaux qu'ordinaux. et sans remarquer qu'ils sont deux. (( lation » « . Quelquefois cet inconvénient ne serait pas im- possible à éviter. Gouturat appelle la théorie le fondement de l'arithmétique proprement dite. relation. Une relation a lieu deux entre termes ».LES LOGIQUES NOUVELLES 177 son exposé contient d'adjectifs numéraux. ou d'adjectifs indéfinis. « Toutes les propositions sont susceptibles de deux valeurs seulement.. Citons cependant quelques exemples a : Le produit logique de deux ou plusieurs propo- sitions est ». tels que plusieurs. car. . etc. comme Tont démontré MM. pour que la relation soit concevable. il faut qu'ils soient deux et deux seulement. sans avoir en ^ARITHMETIQUE.

Buite. 2. M. il faut que Ton puisse établir qu'elle n'implique pas contradiction. 3. 3 aux axiomes on vérifierait qu'elle satisfaît aux axiomes 1. 2. le cas ici? Pas le moins du monde. 2. 4.4 il et 5 . par postuiaits de zéro^du comme des constituent la définition ils « suivant ». 1. mais l'axiome 3 exige. 2. par exemple les trois premiers. 3. La On ne peut choisir une partie des nombres entiers. Si je pre-nds la satisfait série 0.^ que 4 soit un entier et que la série ô. Couturat considère ces axiomes définitions déguisées. et du nombre entier. Zéro n'est le suivant d'aucun nombre entier. pour qu'elle faut encore entier.2. Deux nombres entiers sont égaux. 2. démonstration ne peut se faire par Vexemple. pour qu'une définition par postulats puisse être acceptée. auquel il conviendrait d'ajouter un suivant. en outre. mais. par conséquent. 4 satisfasse aux axiomes.178 SCIENCE ET MÉTHODE Zéro est un nombre entier. et. que que 3 soit un la série 0. Mais nous avons vu que. Il est donc impossible de démontrer les axiomes . et démontrer qu'ils Est-ce satisfont à la définition. Le axiome 5'' principe d'induction est le com- plète. si leurs sui- vants le sont. tout entier a 4. je vois bien qu'elle aux axiomes i. satisfasse à l'axiome 3. 5. 1. Le suivant d'un entier est un entier i. 1. et ainsi de satisfasse .

travail capital de M. Si ces conséquences étaient en nombre fini. Pierre Boutroux a paru dans VEnseignement mathématique^ pendant qu'une traduction anglaise due à M. Hil- communiqué au Congrès des Mathéma- dont une traduction frandue à M. Cependant. nous Tavons dit. ou au nos axiomes et voir si elles . Mais. l'auteur poursuit un but analogue à celui de M. ce serait facile mais elles sont en nombre infini ce sont toutes les mathématiques. moins toute l'arithmétique. Dans ce travail. Russell. mais sur bien des points « il s'écarte de son devancier. ce raisonnement^ c^est de rinducHon complète^ et c'est précisément le principe d'induction complète qu'il s'agirait de justifier. Vî LA LOGIQUE J'arrive maintenant au bert qu'il a DE HUBERT. . dit-il. . Il faut alors prendre toutes les conséquences de ne contiennent pas de contradiction. où Ton trouvera les ticiens à Heidelberg. et çaise pensées les plus profondes. il faut renoncer à la démonstration par l'exemple. si nous y regardons de près. Alors que faire? Peut-être à la rigueur pourrait-on répéter le raisonnement du n® III.LES LOGIQUES NOUVELLES 179 pour quelques nombres entiers sans les démontrer pour tous. Halsted paraissait dans The Monist.

et alors la définition du nombre entier fini que nous sieurs.. par exemple la notion d'Ensemble. afin d'éviter tout paradoxe. Mais à mesure qu'elles se présen- teront. si » nous et surtout plu- nous introduisons la notion de nombre. » Nous avons vu plus haut que. pour M. Ainsi. la notion de Nombre.. Ainsi nous tels dans un cercle et c'est pourquoi. » Remarquons qu'en agissant ainsi 1 ob- nous n'impliquons nullement la notion de nombre.SCIENCE ET MÉTHODE 180 nous constatons que dans les principes logiques. il me paraît nécessaire de développer simultanément les principes de la Logique et ceux de TArithmétique. trois. Hilbert. en citant lextuellemen passages les plus importants. Russell. il n'en est plus de introduisons les mots deux. Nous trouverons plus plus différences les signalerons profondes loin encore. ou plusieurs fois répété. qu'on a coutume de les présenter. cet objet. Russell. Ah! « Les groupes formés avec deux. la Logique est antérieure à TArithmétique. dans une certaine mesure. 1 . Hilbert des principes de la Logique tels qu'ion a coutume nous trouvons pris également à la logique de M. je préfère suivre pas à pas le développement de la pensée de les « jet Hilbe rt. Prenons tout d'abord en considération 1. elles de les sont présenter^ s'applique simultanées « d'autres nous ». se trouvent impliquées déjà certaines notions arithmétiques. ce que dit M. trois même. cette fois-ci. pour M. et. car il est bien entendu que 1 n'est ici qu'un symbole et que nous ne nous préoccupons nullement d'en connaître la signification.

mées avec = formule d'ailleurs sa pensée de la . Hilberl introduit ensuite deux objets simples 1 et et envisage toutes les objets. Hilbert rien. celle des êtres et celle des non-êtres et jusqu'à nouvel ordre cette répartition entièrement arbitraire. toute proposition affirmative nous apprend qu'une combmaison apparest tient à la classe des êtres tive . ne pas principe. façon la plus . Pour M. 181 tard. c'est l'une des combinaisons forles symboles 1 et il ne ^saurait concevoir qu'on introduise autre chose que des combinaisons des objets déjà définis. Il et ne leur en répartit ensuite ces combinai- sons en deux classes. Aussi. VII Signalons maintenant une différence qui est de la plus haute importance. Russell un objet désigne par x c'est un objet absolument indéterminé et sur lequel il ne suppose quelconque qu'il pour Kilbert. à procéder à cu^^-^che-t-il vrai replâtrage. Il combinaisons de ces deux combinaisons de leurs combinai- va sans dire qu'il faut oublier la signi- deux signes fication habituelle de ces attribuer aucune. etc. beaucoup s'apercevoir de cette à la un = fin arrivera bien trop avisé pour p^^'Hion de de son travail.LES LOGIQUES NOUVELLES trouverons L'auteur tout était à l'heure. nous apprend qu'une toute proposition néga- certaine combinaison appartient à celle des non-êtres. toutes les sons.

. crois et je devoir reproduire in extenso Les indéterminées qui figurent dans son énoncé. être de nouveau mis à répreuve et au besoin modifiés. nous pouvons substituer à la place de x non seulement des objets déjà connus. » Le contraste est complet avec la manière de voir de M. les axiomes acquièrent du même coup une extension nouvelle et doivent. ce sont ces objets et ces combinaisons seuls que Ton sera en droit de substituer aux indéterminées. Il ne faudra pas non plus oublier que. mais n'importe quoi. en y ajoutant des qualités nouvelles. par suite. Russell. de sorte que (en ne regardant qu'un des côtés de sa pensée) on pourrait dire qu'il se place au point de vue de Textension. Russell est fidèle à son point de vue. Pour ce dernier philosophe. Lors donc qu'on déduira des propositions des axiomes consi* dérés. Il part de Tidée générale d'être et Tenrichit de plus en plus tout en la restreignant. qui est celui de la compréhension. Hilbert ne reconnaît au contraire comme êtres possibles que des combinaisons d'objets déjà connus. lorsque nous augmentons le nombre des objets fondamentaux. ou que nous sommes en train d'introduire.SCIENCE ET MÉTHODE 182 nette. les axiomes (en place du quelconque ou du tous de la logique ordinaire) représentent exclusivement « l'ensemble des objets et des combinaisons qui nous sont déjà acquis en Tétat actuel de la théorie.

Pour cela M. Pour mathématiques n'ont à combiner que de purs symboles et un vrai mathématicien doit raisonner sur eux sans se préoccuper de leur sens. dans le langage des profanes comme nous. Les on sent que Tauteuî . sans paraître s'apercevoir qu'il fait de Tintion. Hilbert se sert du raisonnement du n* III.183" LES LOGIQUES NOUVELLES VIII Poursuivons Texposé des idées de Hilbert. H introduit deux axiomes qu'il énonce dans son lan- gage symbolique mais qui signifient. il faut duction complète. Avec cet énoncé ils sont évidents. Hilbert énigmatique et nous n'y contradictions s'y accumulent est tout à fait insisterons . Aussi ses axiomes ne sont pas pour lui ce qu'ils sont pour lui les '^^ le vulgaire. que toute quantité est égale à elle-même et que toute opération faite sur deux quantités identiques donnent des résultats identiques. Hilbert. IX La fin du mémoire de M. Mais pour justifier cette défini- montrer que ces deux axiomes ne conduisent à aucune contradiction. mais les présenter ainsi serait trahir la pensée de M. pas. Il les considère comme représentant la définition par postulats du symbole = jusqu'ici vierge de toute signification.

semblait le domaine où le règne de l'intuition était incontesté. Hilbert et la profonde empreinte qu'ils ont laissée sur nos conceptions. il y a quelques années à peine. Russell et Couqu'il a commise^ turatj parce et cherche qu'il que la difficulté est trop grande. ce qui est bien possible). Couturat. mais il intervient peu. Gela est vrai dans une certaine mesure. est un vaste corps de doctrine où le principe d'induction complète n'intervient pas. La géométrie. est aujourd'hui celui où les logisticiens semblent triomplier. Halsted (New-York. on voit intervenir le principe d'induction pour la première fois à la page 114 (à moins que j'aie mal cherché. X LA GÉOMÉTRIE. John Wiley and Sons. la géométrie qui. Hilbert se dérobe comme se sont dérobés MM. Qu'est-ce à dire? Au moment de démontrer que la définition du nombre entier par V axiome d'induction complète n'impliqim pas contradiction^ M. Hilbert. Si l'on se rapporte à la Rational Geometry de M. 1904) établie d'après les principes de M. Ainsi. Rien ne saurait mieux faire mesurer rimportance des travaux géométriques de M. dit M. . on ne peut pas dire qu'il n'intervient pas.SCIENCE ET MÉTHODE 184 a vaguement conscience de la pétition de principe vainement à replâtrer les fissures de son raisonnement.

la seconde. : . celle du phosphore. celle du nombre entier. Comment tiel ? Hilbert démontre-t-il ce point essen- C'est en s'appuyant sur l'Analyse et par elle sur l'Arithmétique. jamais on invente une autre démonstration. c'est d'abord que d'induction ne peut pas être regardé tion déguisée du nombre Voici trois vérités le principe comme la défini- entier. il faudra encore s'appuyer sur ce principe.LES LOGIQUES NOUVELLE* 185 ne faut pas s'y tromper. On dit Ce sont trois définitions déguisées. celle de la ligne droite. et par elle sur le principe d'in- duction. XI CONCLUSION. . Le Roy). Notre conclusion. sont en nombre infini. puisque les conséquences possibles des axiomes. dont il faut Et si montrer qu'elles ne sont pas contradictoires. on ne peut pas le démontrer sans le Mais il principe d'induction. la première. la troisième. : Le principe d'induction complète Le postulatum d'Euclide La loi physique d'après laquelle le phosphore fond à 44" (citée par M. . Quel est en somme le théorème fondamental de la Géométrie ? Cest que les axiomes de la Géométrie n impliquent pas contradiction et^ cela.

pas contradiction n'implique dans ici mais dans les sciences n'a plus le môme contradiction. pour la première définition. Quand on a fini le n* syllogisme. on voit qu'on celles . cette démonstration est au contraire. se présentent-elles à nous comme défi. je ne Tadmets pas pour les deux autres. nies par ces trois postulats ? Les applications possibles du principe d'induction sont innombrables prenons par exemple l'une de . Et voilà déjà une première raison de la distinction que je fais entre les trois cas il y en a une seconde. physiques. que nous avons exposées plus haut. il clair cela cette définition garantit. Nous avons montré également que. nous avons vu qu'une déflnitîon n'est acceptable que s'il est établi qu'elle n'implique par contradiction. D'abord. Pour cela on considère l'une des séries de syllogismes que Ton peut pourguivre en partant de ces axiomes comme prémisses. nous venons de rappeler impossible que pour la seconde Hilbert avait donné une démons. les l'objet défini ? il Nous ne sciences mathématiques. sommes concerne la troisième. l'existence de plus est mais il : sens. et où on cherche à établir qu'un ensemble d'axiomes ne peut conduire à une contradiction. tration complète. et il comme ne le mot signifie plus existence absence de signifie existence objective.186 SCIENCE ET MÉTHODE Je Tadmets pour la seconde. En qui ce qu'elle que veut-il dire le faudrait. Dans les applications que nous avons à faire de ces trois notions. il faut que j'explique la raison de cette apparente inconséquence.

Ainsi donc la façon dont nous avons été amenés à considérer ce nombre n implique une du nombre entier fini et cette définition un nombre entier fini est celui qui est la suivante peut être obtenu par additions successives c'est celui qui est tel que n nesc pas égal an 1. Cela posé. nombre depuis lequel on peut remonter à l'unité par soustractions successives. dans l'espèce c'est celui dont on peut dire que. parce qu'alors — par soustraction on retrouverait toujours le même nombre. Jogisme. mais cela implique une autre définition du nombre entier et qui est la suivante un nombre entier est celui sur lequel on peut raisonner par récurrence. parce que les nombres entiers sont par définition ceux pour lesquels un pareil raisonnement est légitime . si l'absence de contradiction au moment d'un syllogisme dont le : j'ai : numéro est entier entraîne l'absence de contradic* au moment du syllogisme dont le numéro est l'entier suivant. on n'aura à craindre aucune contradiction pour aucun des syllogismes dont le numéro tion tst entier. qu'est-ce que nous faisons ? Nous mondéfinition : j — trons que. On ne \e pourrait évidemment pas si on avait n =: n 1. il s'il n'y a pas eu de contradiction au n* syl- n'y en aura pas davantage au n -f- l'' et nous concluons qu'il n'y en aura jamais. série d'opéra- un nombre qui peut être C'est donc un successives. sert à c'est obtenu par additions compter une le + n 1* . Vous dites le droit de conclure ainsi. 9 .18"^ LES LOOïQJliS NOUVELLES peut en faire encore un autre et c'est ainsi le nombre n tions successives.

après avoir introduit le nombre entier par un chemin qui suppose la première. elles sont équivalentes sans doute. Au contraire. exprimable par des mots. mais seulement dans l'espace représentatif.188 SCIENCE ET MÉTHODE Les deux définitions ne sont pas identiques . Nous n'en avons qu'une. nous n'avons pas le droit d'adopter la seconde. mais des cercles (de vrais cercles du vrai espace) orthogonaux à une certaine sphère. deux définitions équivalentes irréductibles logiquement Tune à l'autre. mais elles le sont en vertu d'un jugement synthétique a priori'^ on ne peut pas passer de Tune à l'autre par des procédés purement logiques. nous ne pouvons nous la représenter dans l'espace géométrique. Par conséquent. ce sont les premiers (les droites euclidiennes) que nous appelons droites. et non pas les derniers . Dira-t-on qu'il y en a une autre que nous sentons sans pouvoir 1 énoncer parce que nous avons l'intuition de la ligne droite ou parce que nous nous représentons la ligne droite. parmi ces objets également susceptibles de représentation. qu'arrive-t-il pour la ligne droite? Je l'ai déjà expliqué répéter une fois si souvent que j'hésite à de plus : je me brièvement ma pensée. Tout d'abord. sauf celle de satisfaire au postulatum d'Euclide. et puis nous pouvons nous représenter tout aussi bien les objets qui possèdent les autres propriétés de la ligne droite. Si. Ces objets sont « les droites non-euclidiennes » qui à un certain point de vue ne sont pas des entités vides de sens. comme dans me borne à résumer le cas précédent. Nous n'avons pas.

à la définition du phosphore. car l'on venait à vérifier que deux corps ressemblant au phosphore fondent l'un à 44® et l'autre à 50®. dent telles et telles propriétés en nombre fini (à dire : savoir les propriétés du phosphore qui sont énoncées dans les traités de excepté) fondent à Chimie. Et on m'a répondu si : « Non. Pour Tcxemple du phosphore j'ai dit position est une véritable loi physique elle signifie : : « Cette pro- vériflable.LES LOGIQUES NOUVELLES (les 189 non-euclidiennes). Et pour mettre mieux en évidence la différence entre le cas de faisons encore la droite et celui du phosphore. le point de fusion 44*». car tous les corps qui possèdent toutes les autres propriétés du phosphore. sauf son point de fusion. encore un mot. c'est bien par défi- droites nition. Et si : XII Et puisque je suis sur ce sujet. pas tout à fait cela que j'avais voulu j'aurais dû écrire Tous les corps qui possè. nous voyons que la vraie définition serait Le phosphore. c'est ce morceau de matière que je vois !à dans tel flacon. on pourrait toujours dire qu'il y a sans doute. cette loi n'est pas vérifiable. une remarque. fondent comme lui à 44® ». outre le point de fusion. nous arrivons enfin au troisième exemple. La droite possède . quelque autre propriété inconnue par laquelle Ce n'était ils diffèrent.

pas au postulatum d'EucIide (par exemple en montrant qu'une étoile a une parallaxe négative). de sorte il que telle ligne qui était droite hier. nous sommes libres d'adopter Tune ou l'autre définition et par conséquent Tune ou mais adopter la première ce l'autre conclusion serait stupide. changé. ce corps . Conclurons-nous que le phosphore étant par défini- que nous ap[)elions phosphore n'est pas du vrai phosphore. que ferons-nous ? Conclurons-nous que la droite satisfait étant par définition la trajectoire de la lumière ne satisfait pas au postulatum. parce que le rayon lumineux ne satisfait probablement que d'une façon imparfaite non seulement au postulatum d'EucIide. le rayon lumineux n'est pas rectiligne ? Assurément. mais à 43°9.9 ? Ici encore tion ce qui fond à 44°. que s'il s'écarte de la droite euclidienne. . Je suppose que Ton constate que le rayon lumineux ne imparfaites. ou bien au contraire que la droite satisfaisant par définition au postulatum.iClENCE ET MÉTHODE 190 dans la nature plusieurs images plus ou moins dont les principales sont les rayons lumineux et Taxe de rotation d'un corps solide. ou au contraire que le phosphore fond à 43*^. mais aux autres propriétés delà ligne droite. il ne s'écarte pas moins de l'axe de rotation des corps solides qui est une qu'enfin autre image imparfaite de la ligne droite est sans doute sujet au changement. Su[)posons maintenant que Ton vienne à découvrir que le phosphoro ne fond pas à 44**. cessera de l'être demain si quelque circonstance physique a .

XIII En résumé. beaucoup même. Ces deux livres nous donneront beaucoup à réfléchir et nous avons beaucoup à y apprendre. Je ne sais fait. . ils ont fait l'un et ont écrit l'un et originales. quelquesl'autre et uns. profondes.LES LOGIQUES NOUVELLES 191 nous sommes libres d'adopter Tune ou Tautre défiTune ou l'autre conclumais adopter la première. Mais dire qu'ils ont définitivement tranché le débat entre Kant et Leibnitz et ruiné la théorie kantienne des mathématiques. Russel l'autre et Hilbert un vigoureux effort un livre plein de vues . Parmi leurs résultats. mais s'ils si réellement Font cro ils ils ont cru l'avoir se sont trompés. MM. souvent très justes. ce serait stupide sion parce qu'on ne peut pas changer le nom d'un corps toutes les fois qu'on détermine une nouvelle décimale de son point de fusion. sont solides et destinés à demeurer. nition et par conséquent . c'est évidemment inexact.

CHAPITRE V Les derniers efforts des Logisticiens. démontrer le principe d'induction complète sans aucun appel à rintuition ? II L'INFAILLIBILITÉ DE LA LOOISTiaUC En ce qui concerne la fécondité. transformer la cela. Couturat se fasse de naïves illusions. La Logis- . il semble que M. . je voudrais revenir sur les deux questions les plus importantes à mon sens les règles de la Logistique ont-elles fait leurs preuves de fécondité et qu'elles permettent de d'infaillibilité? Est-il vrai mitives. et M. I Les logisticîens ont cherché à répondre aux consi- Pour dérations qui précèdent. il leur a fallu Logistique. Russel en parti- culier a modifié sur certains points ses vues pri- Sans entrer dans le détail du débat.

Whitehead. » Comment. et vous n'avez pas encore volé J'ai la plus grande estime pour M. Je ne vois au contraire dans la logistique que des entraves pour Tinventeur elle ne nous fait pas gagner en concision. loin de là. la classe 1 . Ce ne sont pas des ailes que vous nous donnez. et il aurait pu faire tout aussi bien avec ses jambes. qui a fait de très jolies choses (par exemple sa courbe qui remplit toute une aire). Et alors nous avons que ces lisières le droit d'exiger nous empêchent de tomber. . d'après lui. voilà dix ans que vous avez des ailes. Peano a publié la première édition de son et des ailes » et : Formulaire. prête à Tinvention « des échasses à la page suivante a II y a dix ans que M. dont la le seul membre est classe dont le seul le seul membre est x x et qui s'appellera tx. si beaucoup alléger notre allure? La Logistique nous force à dire tout ce qu'on sous-entend d'ordinaire. Ce sera Quand une valeur ne rapporte leur seule excuse. mais enfin il n'est allé ni plus loin. croit-on utiles qu'elles soient. combien en faudra-t-il pour démontrer un vrai théorème? Si nous distinguons. ni plus haut. mais ce n'est pas plus rapide. ce sont des lisières. puis membre est la classe dont ux. c'est peut-être plus sûr.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 193 tique. vont et qui s'appellera que ces distinctions. Peano. l'individu a?. et s'il faut 27 équations pour établir que 1 est un nombre. elle nous force à avancer pas à pas. avec M. ni plus vite que la plupart des mathématiciens aptères.

non plus est-ce que l'infaillibilité de Tarithmétique empêche les erreurs d'additioÉ? les règles du calcul sont infailUbles. C'est donc une nécessité pour vous. : mort. . et ils sont tombés dans la contra- règles diction . un très grand malheur. dites-vous. Ici ce n'est pas cela du tout. mais vous vous trompez aussi ». et cela est vrai si à <« qu'ils s'apprêtent à sacrifier la notion changer ces règles classe ». Vous serez infaillibles ou vous ne serez pas. il faut au moins que ce soit un placement de père de famille. » Oh. Doit-on suivre vos règles aveuglément? Oui. les logisticiens ont appliqué leurs règles. nous ne vous en demandons pas tant si. on verra tout de suite à quel moment ils s'en sont écartés. mais au contraire . c'est un malheur. face d'un problème. Pourquoi les changer et si elles de étaient infail- libles? Nous ne sommes pas obligés.SCIENCE ET MÉTHODB 194 pas de gros intérêts. vous ne donniez aucune solution. et pourtant on voit se tromper ceux qui n'appliquent pas ces Ne dites pas : . de résoudre hic et nunc tous les problèmes possibles. pour vous c'est la . « Nous Vous n'avez pas le droit de nous dire nous trompons. nous n'aurions rien à dire . pour nous. Nous tromper. mais en revisant leur calcul. sans quoi ce serait rinluition seule qui nous permettrait de discerner entre elles mais alors il faut qu'elles ce n'est que dans une autorité soient infaillibles infaillible qu'on peut avoir une confiance aveugle. c'est vrai. en « .

Poincaré voudra bien se rappeler celte phrase.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 195 VOUS nous en donnez deux et qui sont contradicpar conséquent une au moins est toires et dont fausse. d'après lui. Couturat à la première de J'avais ces objections ? . : existe. et à en abroger un certain nombre. et faire honneur de la solules autres tion à la Logistique ». il s'apprête à changer ces lois. j'en ferai honneur à l'intuition de M. M. escomptant le succès de cette tenta- •Et tive. Russell s'apprête-t-il à montrer que Tun au moins des deux raisonnements contradictoires a transgressé de code ? Pas le moins du monde. ajoute : « Si les logisticiens réussissent là où ont échoué. opposé deux objections principales à la définition du nombre entier adoptée par les logisticiens. ce qu'on ne peut faire. Russell cherche à concilier ces contradictions. M. et c'est cela qui est une faillite. Mais non La Logistique son code ou plutôt c'est ce code qui est la Logistique elle-même. III LA LIBERTÉ DE LA CONTRADICTION. elle a qui a déjà eu quatre éditions . Russell et non à la Logistique péanienne qu'il aura détruite. « qu'en restrei- gnant ou même en sacrifiant la notion de classe ». Que répond M. S'il réussit. M. Couturat. M.

dira-t-on. On sont toujours n'a jamais considérés comme exis- à exprimer qu'un individu . c'est l'existence qui prouve la non-contradiction. c'est. Et. le lait « Il existe qu'une des a. un a sans concevoir peut être entraîné à des contradictions. vidu.SCIENCE ET MÉTHODE Que signifie en mathématiques signifie. ou bien qu'on peut voir ou toucher des a. être que M. affirmer que la classe a n'est pas nulle. il fait partie? — Eh non si paradoxale que paraisse cette asseron ne démontre jamais Texistence d'un indi. Couturat conteste C'est ce logique. tion. ou bien qu'on existe des a. Couturat. par cela seul qu'ils sont des individus. par définition. ce n'est pas la non-contra- diction qui prouve l'existence. par définition. il faut donc établir. Les individus. Elle : « : exister . il L'existence que l'absence de dans consiste classe n'est pas vide. affirmer qu'il deux affirmations est si elles ne signifient pas toutes deux. pour qu'on puisse en déduire l'existence de la classe dont bien. tants. c'est. par un exemple. est tout autre chose contradiction. qu'il y a un individu appartenant à cette classe : comment démontre-t-on individu ? Ne faut-il pas que cette Mais. Mais l'une des aussi dénuée de sens que l'autre. dit-il. dire mot le exempt de contradiction. affirmer que la classe a n'est pas nulle ». sans doute. ce qui est le sens que leur donnent les physiciens ou les naturalistes. avais-je dit. « l'existence de cet existence soit établie. Pour établir l'existence d'une classe. Pour M. ce qui est le sens que leur donnent les logiciens et les mathématiciens.196 .

Elle doit pourtant avoir un sens ' . que ne souscris pas à cette la démonstration impossible. soit. ni avec les autres vidu. il veut dire sans doute que Texistence d'un indi- vidu. » On ne saurait revendiquer en termes plus énergiques et une exigence arbitraire et abusive plus fiers la liberté de la contradiction. dites-vous. « C'est donc. nous admettrons Texistence de l'indi- nous il vous restera à démontrer n'avons que faire l'existence de l'individu « dans une classe » et pour cela il vous faudra toujours prouver que l'affirmation tel individu appartient à telle classe. . » Des postulats sont présumés compatibles jusqu'à preuve du cas. et dont on n'affirme rien. Mais. mais seulement qu'il » M. « En tout Vonus probandi incombe à ceux qui croient que ces principes sont contradictoires. tant qu'il sera tout seul. « absolument parlant ». : postulats adoptés. de même qu'un accusé est présumé innocent. contraire. continue M. i97 absolument parlant. Eh bien. il ne sera certainement pas le seul. émettre que de prétendre qu'une définition n'est valable que si Ton prouve d'abord qu'elle n'est pas contradictoire. et vous ne que vous exigez de nous est pouvez nous sommer de « prendre la lune avec les Inutile d'ajouter je revendication. Couturat trouve sa existe dans une classe. seul au monde. n'est contradictoire ni en elle-même. il est évident qu'il ne pourra gêner personne. Couturat.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS existe. ne peut entraîner de contradiction. propre assertion paradoxale. mais de celle-là .

Il n'est pas « invraisemblable » qu'on l'ait jamais employé et il n'est pas difficile d'en trouver des « exemples et des précédents ». J'avais signalé une seconde erreur des logisticiens dans Tarticle de M. nécessaire serait cela pour vous. il faut appliquer le prin- non seulement ce mode cipe d'induction complète. comme pour nous. cela est impossible pour vous. M. qui admettons le principe d'induction comme un jugement synthétique a priori. Ce que j'ai reproché à M. de raisonnement n'a rien de « bizarre ». Et dents ». Couturat ne le regarde plus comme un logisticien. Hilbert est excommunié et M. IV LA SECONDE OBJECTION. empruntés à brochure de M. Il n'est pas le seul à en avoir fait usage et ceux qui ne l'ont pas fait ont eu tort. aujourd'hui. Pour démontrer qu'un système de postulats n'implique pas contradiction.SCIENCE ET UÉTHODB 198 Pardon. J'en ai cité deux dans mon article et qui étaient . la Ililbert. Hilbert. mais pas pour nous. mais d'y avoir eu recours sans y recoanaître le raisonnement par récurrence. Hilbert. ce n'est pas d'y avoir eu recours (un mathématicien de race comme lui ne pouvait pas ne pas voir qu'il fallait une démonstration et que celle-là était la seule possible). il va donc me demander si . mais c'est le seul correct.

par nombre fini. il s'agit toujours du raisonnement par récurrence et de la question de savoir si un système de postulats n'est pas contradictoire. Pour que nous ayons le droit de poser un sys- . Couturat me dira sans aucun doute qu'alors cela ne le touche pas. elle touche à la nature et un jour ou l'autre elle prendra contact avec elle.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICÎENS j*ai trouvé la même 199 faute chez les logisticiens or- thodoxes. M. comme plus haut. Nous voulons établir. Non. ce jour-là. aussi grand que Ton veut. je ne sais si je la trouverais dans les trois €ents pages qu'ils ont écrites et que je n'ai pas envie de lire. Hilbert. pourvu que ce nombre soit fini. il faudra bien qu'ils la commettent le voudront tirer de la science mathématique une application quelconque. tout nombre auquel par définition le principe d'induction s'applique? Évidemment non. il faudra secouer les définitions purement verbales et ne plus se payer de mots. mais cela intéressera peut-être ceux qui ne revendiquent pas comme lui la liberté de contradiction. Revenons à l'exemple de M. il faut appliquer le principe d'induction. que nous ne rencontrerons pas de contradiction après un nombre quelconque de raisonnements. sans quoi nous serions conduits aux conséquences les plus jour où ils gênantes. Cette science n'a pas uniquement pour objet de contempler éternellement son propre nombril. Seulement. Pour cela. je ne Taî pas vue dans les pages que j'ai lues . Devons-nous entendre ici.

nous conviendrons de dire En que le nombre en question n'est pas fini? d'autres termes. on admet leprincipe d'induction et si on le regarde. mais comme un jugement diction. La seule démonstration possible est la démons- tration par récurrence. Elle n'est légitime que si . non comme une définition. qu'ils : pas rencontrer de contradiction après un nombre fini de propositions. si. Couturat. mais comme un jugement synthétique. mais il suppose que ce principe nous est donné. à la condition de convenir de synthétique a priori. non comme une simple dérinition. le nombre fini étant par définition celui qui jouit de toutes les propriétés de nature récurrente. j'aurais écrit par tous avant d'avoir lu le dernier article de M. Hilbert suppose le principe d'induction. voulons-nous dire : il faut que nous soyons sûrs de ne pas rencontrer de contranous arrêter ^uste au moment où nous serions sur le point d'en rencontrer une? Il suffit d'énoncer une pareille proposition pour la condamner. Ainsi. de telle propriétés faisait défaut. nous tom- bions sur une contradiction.SCIENCE ET MÉTHODE 200 il faut que nous soyons assurés ne sont pas contradictoires. non seulement le raisonnement de M. façon que une de ces si par exemple. En résumé Une démonstration : est nécessaire. C'est là une vérité qui est admise par la plupart des savants. Mais que signifie-t-elle? il faut que nous soyons sûrs de ne Veut-elle dire tèrae de postulats.

Russell. c'est-à-dire . et cela est contradictoire. Cantor avait pouvoir constituer une Science de Flnfini d'autres se sont avancés dans la voie qu'il avait cru . linéaire. ' maintenant aborder Texamen du non-. en effet. si on poutraire tous les nombres ordinaux en une série ranger vait nouvelle introduite par une lui) série linéaire. veau mémoire de M. notion peuvent être rangés en que de deux nombres ordinaux inégaux. les nombres ordinaux des nombres ordinaux transfînis. qb pour- et on obtiendrait encore un ordinal qui serait encore plus grand. Ces antinomies sont déjà breuses. ouverte. Ce mémoire a été écrit en vue de triompher des difficultés soulevées par ces antinomies cantoriennes auxquelles nous Je vais avons fait déjà de fréquentes allusions.201 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS LES ANTINOMIES JCANTORIENNES. il y en a toujours an qui est plus petit que l'autre. mais les plus célèbres sont i® L'antinomie Burali-Fortî 2*" L'antinomie Zermelo-Kônig. dit-il en substance. Cantor avait démontré que (il s'agit nom- : . mais ils se sont bientôt heurtés à d'étran- ges contradictions. Burali-Forti démontre le conet. . cette série définirait un nombre ordinal qui serait plus grand que tous les autres rait ensuite nombre y ajouter 1 . 3** L'antinomie Richard.

7. l'explication de son paradoxe et que son explication peut s'étendre. c'est-à-dire qu'on peut numéroter les divers nombres décimaux de cet ensemble depuis le numérotage loin sur de la façon suivante. 7. la n* décimale de N sera 9 : 1. 3. (Revue générale des Sciences^ 30 juin 1905. N n'appartient pas à E et pourtant N devrait appartenir à cet ensemble puisque nous fini l'aA^ons défini avec un nombre de mots.202 SCIENCE ET MÉTHODE Nous reviendrons plus Tantinomie Zcrmelo-Kônig qui est d'une nature un peu différente . 4. Nous verrons plus loin que M. 1.) Considérons tous les nombres décimaux qu'on peut définir à l'aide d'un nombre fini de mots. 5. 4. N n'est pas égal au n* nombre de E et comme n est quelconque. Richard a donné lui-même. Qi-el est le plus petit nombre entier que l'on ne . 2. ces nombres décimaux forment un ensemble E. Si la n® de l'ensemble Supposons un nombre N décimale du n* nombre jusqu'à 1 l'infini. avec beaucoup de sagacité. 6. mutatis mutandis^ aux autres paradoxes analogues. voici ce que c'est que l'antinomie Richard. Russell cite encore une autre antiaomie assez amusante. et il est aisé de voir que cet ensemble est dénombrable. 1 Comme on le voit. 8. 5. 8. 6. 3. 2. M. et définissons E est 0. effectué. 1.

Russell en présence de ces contradictions? Après avoir analysé celles dont nous venons de parler et en avoir cité d'autres encore. Donc. il n'hésite pas à conclure « A propositional function of one variable not always détermine a class. » Une fait : does fonction pro- positionnelle (c'est-à-dire une définition) ne déter- mine pas toujours une classe. Une « propositional function » ou « norm » peut être « non prédicative ». car sa implique contradiction. d'autre part. ce nombre n'existe pas. parmi eux. en effet les nombres susune pareille phrase sont évidemment en nombre fini puisque les mots de la langue française ne sont pas en nombre infini. Et cela ne veut pas dire que ces propositions non . après leur avoir donné une forme qui penser à TEpiménide. Ce nombre en effet se trouve défini par la phrase en italiques qui est formée de moins de cent mots français. et par définition nombre ne doit pas pouvoir être défini semblable phrase. il y en aura un qui sera plus petit que et ceptibles d'être définis par tous les autres.203 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS peut pas définir par une phrase formée de moins de cent mots français ? Ce nombre existe. Quelle est l'attitude de M. par une définition ce Vï 2IGZAQ-THE0RY ET N01CLA8S-THE0RY. Et.

Russell hésite entre trois théories qu'il appelle A. Les éléments existent. Qui décidera maintenant si une définition peut être faire regardée comme suffisamment A cette question pas acceptable? simple pour être de réponse. D'après la zigzag theory propositionnelles) tions : « of size. nulle cela ne veut pas dire . M. en cherchant ces règles. C. Mais jusqu'ici. sinon « les complète impuissance règles qui permettraient de reconnaître si ces défini- loyal l'aveu d'une tions sont prédicatives seraient : extrêmement com- pliquées et ne peuvent se recommander par aucune raison plausible. » . les définitions (fonc- une classe déterminent quand elles sont très simples et ne cessent de le que quand elles sont compliquées et obscures». B. je n'ai pu trouver d'autre principe directeur que l'absence de contradiction. The zigzag theory The theory of limitation The no classes theory. C'est un défaut auquel on pourrait remédier par plus d'ingéniosité ou en se servant de distinctions non encore signalées. pour résoudre ce problème. Mais cela n'est que le commencement et il faut savoir reconnaître si une définition est ou non prédicative .SCIENCE ET MÉTHODE 204 prédicatives déterminent une classe vide. qu'il n'y une classe a aucune valeur de X qui satisfasse à la définition et qui puisse être Tun des éléments de la classe. mais ils n'ont pas le droit de se syndiquer pour former une classe. .

Quel changement pour les logîslicîens qui ne parlent que de classes et de classes de classes! Il va falloir refaire toute la Logistique. définition est trop . à quel moment précis commencera-t-elle à Fêtre trop? Bien entendu. >y c*esl distingue d'Epiménide. il est interdit de prononcer le mot classe et on doit remplacer ce mot par des périphrases variées. et ces critères ne pourront être justifiés que par un appel à l'intuition. Russell. cette difficulté n'est pas résolue et M. Russell appelle lom zigzag-giness ce caractère particulier qui Ce que sansdoute l'argument zigzag. Peut-être pourrait-elle être infinie. Se flgure-t-on quel sera l'aspect d'une page de Logistique quand on en aura supprimé toutes les propositions où il est question de classe? survivantes éparses Il n'y aura plus que quelques au milieu d'une page blanche. mais ne faudrait pas qu'elle le fût trop. une cesserait d'avoir droit à l'existence si classe elle était trop étendue. c'est le mot M. Apparent ravi nantes il in gurgite vasto Quoi qu'il en soit. une seule lueur. Dans la no classes theory. les modifications qu'il va faire subir aux principes fondamentaux qu'il a adoptés jusqu'ici. D'après la theory of limitation of size. dans cette nuit. Mais nous retrouvons toujours la même difficulté. Russell passe à la troisième théorie. une Il va falloir des critères pour décider si compliquée ou trop étendue.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGîSTICÏENS 205 Cette théorie reste donc bien obscure. on voit quelles sont les hésita- tions de M.

E est l'ensemble de tous les nombres que l'on peut définir par un nombre fini de mots. Russrf in- cline finalement. VII LA VRAIE COLUTIOH. Richard dont j'ai parlé plus lettre dans une haut et qu'on trouvera dans la Revue Générale des théories? Sciences du 30 juin 1905. . la Logistique est à refaire et on ne sait trop ce qu'on en pourra sauver. sans introduire la notion de Vensemble E lui-même. et elles orages qui sévissent en dehors poursuivront pas à pas leurs con- quêtes accoutumées qui sont définitives et qu'elles n'ont jamais à abandonner. Après avoir exposé l'anti- nomie que nous avons appelée l'antinomie Richard. celles qui servent à quelque chose. les vraies mathématiques. Inutile d'ajouter que le Cantorisme et la Logistique sont seuls en cause . . pourront continuer à se développer d'après leurs principes propres sans se préoccuper des d'elles. Quoi qu'il en soit. il en donne Texplication. Reportons-nous à ce que nous avons dit de cette antinomie au § VII. Sans quoi la définition de E contiendrait un cercle vicieux on ne peut pas définir E par l'ensemble E lui-même.206 C'est vers la SCIENCE ET MÉTHODE no classes theory que M. Quel choix devons-nous faire entre ces différentes Il me semble que la solution est contenue de M.

Whitehead et celle de M. Russelî appelle la « zigzagginess ?» Je pose la question sans la résoudre. de nombres 1 si elle con- . Russell dans son récent mémoire. mots il vrai. Burali-Forti. est mais Dans l'exemple choisi par M. et qui contient n -f tient n.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTÎCIENS 207 Or. Et voilà pourquoi N ne fait pas partie de E. cercle vicieux. avec un nombre fini de en nous appuyant sut la notion de l'ensemble E. Examinons maintenant les prétendues démonstra du principe d'induction et en particulier celles de M. Appelons classe récurrente toute classe qui contient zéro. tiens Parlons d'abord de celle de Whitehead. nous avons défini N. et profitons de quelques dénominations nouvelles heureusement introduites par M. Est-ce là ce que M. Et les VIII LES DÉIWCNSTRATIONS DU PRINCIPE OMNDUCTIOfl. définitions qui doivent être prédicatives sont celles qui regardées contiennent exemples qui précèdent montrent suffisamment ce que j'entends par là. la conclusion se présente avec une entière évidence et l'évidence paraîtra encore plus grande quand on se reportera au texte même de sa explication vaut pour les qu il est aisé Ainsi les comme non un de lettre- autres Mais la même antinomies ainsi le vérifier. Richard.

« non préune c'est la frontière est indécise. Une un définition qui contient cercle vicieux ne Il ne sert à rien de dire. c'est le même qui a conduit aux antinomies. à un résultat vrai. A cette dernière définition qui quelle condition joue un rôle essentiel dans Whitehead fait démonstration de et par con- la sera-t-elle « prédicative » séquent acceptable? toutes la entendre. Or Whitehead na pas pru cette précaution. nous sommes quelque sens que nous donnions à notre définition. . sûrs. qu'il y a au moins zéro qui appartient à la classe des nombres inductifs. il ne s'agit pas de savoir si cette classe est vide. il quand il donnait des résultats était illégitime faux il reste illégitime quand il conduit par hasard .SCIENCE ET MÉTHODE 208 Appelons nombre induciif tout nombre qui partie de toutes les classes récurrentes. toutes celles n'entre pas la par dans notion de induciif. mais si on peut définit rien. faut Il d'après définition desquelles nombre ce qui classes récurrentes. les précède. Sans cela on retombe sur le cercle vicieux qui a engendré les antinomies. rigoureusement dicative » dasse dont ce la délimiter. n'est pas Une classe une classe vide. Inutile d'ajouter laisse subsister les que cette objection objections particulière générales qui s'ap- pliquent à toutes les démonstrations. Le raisonnement de Whitehead est donc vicieux.

< u'ti. Dans une démonstration s'appuie sur l'axiome suivant célèbre.0. sons XI t'AXIOME DE ZERMELO.LSS DERNIERS EFFORTS DBS LOGISTICIENS 2U9 X M. si l'axiome avait été énoncé dans un langage intelligible. Whitehead. Buralî-Forti a donné une autre démonstration dans son article Le Classi jBnite {Atti di Torino^ i. puisqu'il signifie le nombre des combinaiprincipe à démontrer. Mais il est obligé d'admettre deux postulats : Le premier. Zermelo : Dans un ensemble quelconque (ou même dans chacun des ensembles d'un ensemble d'ensembles) nous pouvons toujours choisir au hasard un élô^ . comme Ta moor tré M. mais il est faux. le second : qu'on peut former avec plusieurs objets est plus petit que le nombre de ces objets. XXXII). n'est pas plus évident que le non seulement n'est pas évident. c'est qu'il existe toujours au moins une classe infinie* Le second s'énonce ainsi : u 6 K (K — Le premier postulat t u a). M. comme d'ailleurs le moindre taupin s'en serait aperçu du premier coup.

mais les considérations Il ne se prononce pas. comme résolument.SCIENCE ET METHODE 210 ment (quand même cet ensemble d'ensembles com- On prendrait une infinité d'ensembles). il souleva des doutes. supposons que nous ayons autant de paires de bottes qu'il y a de nombres entiers. Russell. XII CONCLUSIONS. 4 Une démonstration vraiment fondée sur cipes de la Logique Analytique se les prin- composera d une . mais dès énoncé. de telle façon que nous puissions numéroter les paires depuis 1 jusqu'à l'infini. si la botte droite est pareille à la botte gauche. parce qu'une pareille que l'on opération A moins deviendra impossible. pense M. parce qu'alors on pourra choisir au hacard dans chaque paire la botte que l'on regardera comme droite. il suffira en numéro 2 n. n'admette l'axiome de Zermelo. Quelques mille fois cet fut mathématiciens. la botte droite se distingue de la botte de donner le à la botte droite de la n* paire et le . chaque gauche eîTet —1 Oui. auxquelles il se livre sont très suggestives. Et d'abord un exemple pittoresque. si dans paire. rejetèrent le Voyons ce qu'en l'admirent. qué qu'il avait appli- axiome sans renoncer. à Ja botte gauche de la n* paire. combien aurons-nous de bottes? le nombre des bottes serait-il égal au nombre des paires. Borel. numéro 2n Non. d'après son dernier article. d'autres M.

la Logistique n'est plus stérile. Mais si Ton remplace successivement les diverses sition et la suivante s'aperçoive expressions qui y figurent par leur définition et cette opération aussi loin qu'on Ton poursuit si le il ne restera plus à la fin que des identités. à moins d'être fécondée peut. Voilà ce que j'ai écrit autrefois. en appliquant à leurs raisonnements le procédé que je viens de décrire.211 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS suite de propositions . les unes. on ne verra pas du premier coup^ comment on a pu passer de la première à la dernière. Dans ces dIus haut. ÏO elle . les définitions vent pas être conditions. que Ton pourra être tenté de regarder comme une vérité nouvelle. qui serviront de prémisses^ seront des identités ou des définitions. engendre Vantinomie. quel mécanisme? Pourquoi. ne les voit-on pas se fondre en identités comme les raisonnements ordinaires? C'est que ce procédé ne leur est pas applicable. c'est-à-dire en remplaçant les termes définis par leurs définitions. La Logique reste donc stérile. de que tout se réduira à une immense tautologie. les logisticiens professent le contraire et croient l'avoir démontrant effectivement des prouvé en Par vérités nouvelles. les autres se déduiront des premières de proche en proche. mais bien que le lien entre chaque propo- immédiatement. sorte par l'intuition. Et pourquoi? parce que leurs définitions sont cette sorte non prédicatives et de cercle vicieux caché que présentent j'ai signalé non prédicatives ne peu> substituées au terme défini.

. pour quand les objets sont en un. il faudrait qu'il y eût un infini cités plus haut. de conserver ses classifications sans Si les objets sont en nombre indéfini^ c'est-à-dire si on est sans cesse exposé à voir surgir des objets nouveaux et imprévus. Le quand il actuel. Mais pour qu'elles soient applicables. elle d'une notion N peut être entachée de cercle vicieux. encore qu'il en eût nombre infini. si parmi les objets A il y en a qu'on ne peut définir sans faire intervenir la notion N elle-même. Les règles de la logique formelle expriment simplement les propriétés de toutes les classifications possibles. et c'est ainsi qu'on est exposé aux il est facile changement. Je le mot : tous^ ainsi qu'on le voit dans les exemples mot tous a un sens bien net nombre infini d'objets. antinomies. Il n'y a pas d'infini actuel. et est vrai que le Cantorisme a rendu des services. il peut arriver que l'apparition d'un objet nouveau oblige à modifier la classification. Si Ton n'a à classer qu'un nombre fini d'objets. les Cantoriens l'ont ils sont tombés dans la contradiction. il faut que ces classifications soient immuables et qu'on n'ait pas à les modifier dans le cours du raisonnement. Il oublié.SCIENCE ET MÉTHODl 212 C'est la croyance à Texistence de rînflnî actuel qui a donné naissance à ces définitions non prédidans ces définitions figure m'explique catives. Autrement tous ces objets ne pourront pas s'agit être conçus d'un comme définition et alors dépend de tous si posés antérieurement à leur la définition les objets A.

Mais il et ils de savoir s'ils se sont engagés dans cette voie par accident ou si c'était pour eux une néces- s'agit sité. le summum s'il est infini. qu'on s'entende bien : il ment à introduire de nouveaux principes qui per- . Hilbert se place au point de vue de Textension. et le fini mais . quand nous passons du genre à infi- l'espèce en concept par des conditions nouencore en nombre infini. la question n'est pas douteuse. expriment généralement que l'objet envi- restreignant le velles. fini. Pour moi. Et nous n'avons pas seulement des classes nies . Cela n'aurait pas d'inconvénient si le summum genus était conséquent pèce. Par genre est pour lui antérieur à l'esgenus est antérieur à tout. c'est de l'histoire ancienne. la croyance à Fiafini actuel est essentielle dans la logistique russelienne. ces conditions sont Car elles sagé présente telle ou telle relation avec tous les objets d'une classe infinie. Russell se place au point de vue de la compréhension. dont les termes étaient nettement définis.LES OE«NIERS EFFORTS DES L0GISTICIEN3 213 mais c'était quand on l'appliquait à un vrai problème. M. ne s'apprête pas seule- va aviser. Les logîsticiens Tout oublié comme les Cantorîens ont rencontré les mêmes difficultés. faut poser l'infini avant le il c'est-à-dire regarder l'infini comme actuel. Mais cela. Russell a aperçu le péril et et il Il va tout changer. C'est justement ce qui la dis- tingue de la logistique hilbertienne. et alors on pouvait marcher sans crainte. précisément afin d'éviter les antinomies cantoriennes.

il en sape qu'il a adoré. L'ancienne Logistique est morte. si bien que la zigzâg-theory et la no classes theory se disputent déjà sa succession. ce une nouvelle qui aile au les fondations. Pour juger attendrons qu'elle existe* la nouvelle.SCIENCE ET MÉTHODE 214 mettront des opérations autrefois interdites. il va brûler ce est plus grave. II ne se contente pas d'adorer prête ce qu'il a brûlé . Il n'ajoute pas bâtiment. noua . il s'apà interdire des opérations qu'il jugeait autrefois légitimes.

sont-ils sur le point d'être abandonnés ou tout au ont. renversé les dogmes scientifiques que Ton moins d'être croyait les plus solides : d'une part. servi de fondement à la Science physique et qui paraissaient inébranlables. qui depuis Newton. l'impossibilité métaux. les postulats fondamentaux de la Mécanique. d'après elles.LIVRE III LL MÉCANIQUE NOUVELLE CHAPITRE La Mécanique I et le Radium* I INTRODUCTION Les principes généraux de la Dynamique. d'autre part. La découverte du radium aurait. profondément modifiés ? C'est ce que bien des personnes se demandent depuis quelques années. Peut-être de la transmutation des .

Toutes les forces subies par un point matériel proviennent de l'action d'autres points matériels .SCIENCE ET MÉTHODE 216 trop s'est-on hâté de considérer ces comme définitivement d*hier peut-être conviendrait-il. Rappelons d'abord en quelques mots en quoi consistent ces principes : A. par ce point . ainsi définie. C. B. elle est la même si la force. La masse d'un point mobile. ou si. c'est le principe d'inertie tion sans force : que et . c'est-à-dire à courber la trajectoire la . L'accélération d'un point mobile a tion rectiligne pas d'accéléra- la résultante de toutes même direc- les forces auxquelles au quotient de cette résultante par un coefficient appelé masse du ce point est soumis . elles ne dépendent que des positions et des vitesses relatives de ces crïiïérents points matériels. au contraire. dès aujourd'hui. étant perpendiculaire à cette vitesse. Il nombreuses n'en est pas moins nécessaire. déjà très sérieux. tend seulement à accélérer ou à retarder le mouvement du point. sur lesquels elles s'appuient. Le mouvement d'un point matériel isolé et soustrait à toute force extérieure est uniforme . avant de prendre . ou gauche. . étant parallèle à cette vitesse. parti. est une elle ne dépend pas de la vitesse acquise constante . elle tend à faire dévier ce mouvement vers la droite. d'attendre des expériences plus et plus nouveautés établies et de briser nos idoles probantes. de connaître les doctrines nouvelles et les arguments. elle est égale point mobile.

LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 217 En combinant les deux principes B et C. les phénomènes semblent avoir apporté à ces principes une confirmation complète. un point matériel A agit sur un autre point matériel B. plus brièvement. Si deux actions sont deux forces égales opposées. soit qu'on le rapporte à des axes mobiles animés d'un mouvement de translation rectiligne et uniforme. quels que puissent être les progrès de Tautomobilisme. Cet astre se comporterait-il de la même manière. le corps B réagit sur A. . le princive de réaction. Comment donc est-on parvenu à réaliser des itesses mille fois plus grandes que celles de Merphysiques les plus habituels. constante et très précise. qui est la planète la plus rapide. et ces D. s'il allait mille fois plus vite ? On voit qu'il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter . on arrive au principe du mouvement relatifs en vertu duquel du mouvement d'un système sont les mêmes que Ton rapporte ce ^système à des axes fixes. Mercure. il s'écoulera encore longtemps avant qu'on doive renoncer à appliquer à nos machines les principes classiques de la Dynamique. de sorte qu'il est impossible de distinguer le les lois soit mouvement absolu d'un mouvement port à ée pareils axes mobiles relatif par rap- . par exemple. C'est vrai. mais c'est parce qu'on n'a jamais opéré qu'avec de faibles vitesses. C'est le et directement principe de l'égalité de Vaction et de la réaction^ ou. dit-on maintenant. Les observations astronomiques. ne fait guère que 100 kilomètres par seconde.

. . et le rapport de la charge électrique du projectile à sa masse. p. et ces déviations sont précisément celles que produiraient ces mêmes champs très grande vitesse sur des projectiles animés d'une et fortement chargés d'électricité. à des ondulations particulières de Téther. magnétique et par un champ électrique . Ces deux déviations dépendent de deux quantités : la vitesse.218 8CIENCE ET MÉTHODE cure. on ne d'autre part : peut connaître la valeur absolue de cette . On a reconnu. qui sont analogues aux rayons cathosait rayons. ou se rapprochant plus encore de cette vitesse ? C'est à l'aide des rayons cathodiques et des rayons du radium. deux théories se trouvèrent en présence Crookes : phénomènes à un véritable bombardement moléculaire. diques. On que le radium émet trois sortes de que Ton désigne par les trois lettres grecques a. abandonnée pour la lumière Hertz tenait pour la théorie ondulatoire. y dans ce qui va suivre. en premier lieu. Les faits semà propos de la lumière . il s'agira toujours des rayons (3. d'une part. Hertz. Après la découverte des rayons cathodiques. blent donner raison à Crookes. égales. sauf mention expresse du contraire. que les rayons cathodiques transportent avec eux une charge élecsont déviés par un champ ils trique négative . C'était un renouvellement du débat qui avait divisé les physiciens il y a un siècle attribuait les Crookes reprenait la théorie de l'émission. par exemple. au dixième et au tiers de la vitesse de la lumière.

au moins comme ordre de grandeur. il . on doublera la force qui tend à dévier le projectile. certaines causes par Wiechert dans un dispositif où Ton utilise les on a trouvé des résultats oscillations hertziennes concordant avec la théorie. Les mêmes calculs. On trouve une vitesse de 10. faits sur les rayons p du . il est très grand On peut le comparer au rapport correspondant en ce qui concerne Tion hydrogène dans Télectrolyse on trouve alors qu*un projectile cathodique transporte . quant au rapport de la charge à la masse. il y aurait un grand intérêt à reprendre directe de cette vitesse . Pour confirmer ces vues. observables ne seront pas L*observation des deux déviations nous fournira donc deux équations pour déterminer ces deux inconnues. si Ton double à la fois la charge et la masse.-J. . que. rapport mais. est clair. Taccé- lération et la déviation changées. comme sa masse est également doublée. la charge. la théorie des ondulations parait impuissante à rendre compte de cet ensemble de faits. sans changer la vitesse. environ mille fois plus d'électricité que n'en transporterait une masse égale d'hydrogène dans un élec- trolyte. Des expériences anciennes de J. . ces expériences. il faudrait une mesure que Ton comparerait avec la vitesse ainsi calculée. ni celle de 219 mais seulement leur en effet. Thomson avaient donné des résultats plus de mais elles étaient sujettes à cent fois" trop faibles La question a été reprise d'erreur.000 kilomètres par seconde.000 à 30.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM masse. Quoi qu'il en soit.

000 kilomètres par pas un transport de si Ton adopte îa théorie de rayons cathodiques. La self-induc- donc à toute variation de Tintensité du courant. 200. La lumière.6C1ENCB ET METHODE 220 radium. en particulier à la self-induction. elle fait n'est 300. la force électromotrïce de self- induction tend à maintenir le courant. le courant décroît. on le sait depuis longtemps. et il convient de rechercher si matière.000 kilomètres ou plus encore. : Ces vitesses dépassent de beaucoup toutes celles que nous connaissions. il est vrai.000. seconde mais . II WASSE LO GiTUDINALE ET MASSE TRANSVERSALE On sait que les courants électriques donnent lieu aux phénomènes d'induction. de même qu'en Mécanique. l'inertie d'un corps s'oppose à toute variation de sa vitesse. i'émissioï^. ont donné des vitesses encore plus considérables 100. Quand un courant croît. pour les les lois ordinaires de la Mécanique leur sont encore applicables. il se développe une force électromotrice de self-induction qui tend à s'opposer au courant au contraire. à . La self-induction est une véritable inertie. Tout se tion s'oppose passe comme mettre en si l'inertie si le courant ne pouvait s'établir sans mouvement Téther environnant et comme de cet éther tendaitj en conséquence. quand . il y aurait des moiécules matérielles réellement animées des vitesses en question. tandis que.

s'il mêmes .LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM maintenir constante Tintensité de ce faudrait vaincre rant. Un rayon cathodique. l'intensité également. peut être jectiles assimilé à un courant sans doute. due à la self-induction qui produit les mêmes effets. qui est une pluie de prochargés d'électricité négative. le principe de la conservation de l'énergie serait violé . D'abord. où la m^itière est immobile et où Télectricité circule à travers la matière. composée de leur masse réelle et d'une- masse fictive d'origine électromagnétique. des courants de conduction ordinaire. attachée à un véhicule matériel. effets d'induc- n'en était pas ainsi. fère. Mais Rowland a démontré que les effets ils mêmes courants de convection produisent les magnétiques que les courants de conduction doivent produire aussi les tion. et Tinertie apparente. d'induction. Ils auront donc une masse totale apparente. Le calcul . Si la vitesse d'un corpuscule cathodique vient à du courant correspondant variera varier. un courant de convection^ où Télectricité. C'est . est emportée par le mouvement de ce véhicule. ce courant difau premier abord tout au moins. li pour établir le couvaincre encore pour la faire cette faudrait la 22i inertie cesser. et il se développera des effets de self- induction qui tendront à s'opposer à cette variation. d'ail Crémieu et Pender ont employé une méthode où Ton mettait en évidence directement ces effets leurs. il courant. Ces corpuscules doivent donc posséder une double inertie : leur inertie propre d'abord.

Ces deux masses totales dépendent. Voilà ce qui résulte des travaux théoriques d'Abraham. ou bien quand elle est déviée la force d'inertie apparente même de totale.222 SCIENCE ET MÉTHODE montre que cette masse fictive varie avec la intesse. Comment. Dans les mesures dont nous parlions au chapitre précédent. de la vitesse. et que la force d'inertie de self-induction n'est pas la même quand la vitesse du projectile s'accélère ou il en est se ralentit. donc de La masse totale apparente n'est donc pas la même quand la force réelle appliquée au corpus. en recevant sur une plaque sensible des rayons du radium qui ont subi l'action des deux . et l'on peut. on a les rayons du radium qui. cule est parallèle à sa vitesse et tend à accélérer mouvement ou bien quand elle est perpendicu- le laire à cette vitesse et tion. dans cette masse totale. ment. dans ces conditions. faire. On trouve que la déviation électrique est fonction de la déviation magnétique. d'ailleurs. sont notablement plus rapides. qu'est-ce qu'on détermine en mesurant les deux déviations ? C'est la vitesse d'une part. heureusedits. il n'y faudrait pas songer et celle . la part de la masse réelle de la masse fictive électromagnétique? Si que les rayons cathodiques proprement n'avait l'on mais. et d'autre part le rapport de la charge à la masse transversale totale. Il faut tend à en faire varier donc distinguer la la direc- masse totale longitu- dinale et la masse totale transversale. Ces rayons ne sont pas tous identiques et ne se comportent pas de la même manière sous l'action d'un champ électrique et magnétique. nous Tavons vu.

223 photographier la courbe qui représente deux déviations. Telle est la méthode dont s'est servi Kaufmann pour déterminer ce rapport. rapport que nous appellerons e. seule observable. tous les corpuscules de même masse prendraient-ils tou. ce n'est pas parce masse réelle varie avec cette vitesse mais. caractérisés chacun par une vitesse déterminée. Les calculs d'Abraham nous font connaître la loi suivant laquelle la masse fictive varie en fonction de l'expérience de Kaufmann nous fait conla vitesse naître la loi de variation de la masse totale. en effet. la masse fictive électromagnétique dépend de cette vitesse. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable pour quelle raison. C'est ce qu'a fait Kaufmann. Le résultat est bien que la . On pourrait supposer qu'il existe plusieurs espèces la relation entre ces de rayons. Si le rap- port 6 est fonction de la vitesse. surprenant : la masse réelle est nulle. la masse totale apparente. qui en a déduit la relation entre la vitesse et le rapport de la charge à la masse apparente totale. doit en dépendre. comme .LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM ehamps. bien que la masse réelle n'en dépende pas et soit constante. La comparaison de ces deux lois nous permettra donc d^ déterminer le rapport de la masse réelle à la masse totale. même vitesse ? Il est plus naturel de supposer que la charge ainsi que la masse réelle sont mêmes pour tous les projectiles» et que les jours la ceux-ci ne diffèrent que par leur vitesse. . par une charge déterminée et par une masse déterminée.

On a étendu à tous les corps ce qu'on n'avait démontré que pour les corpuscules cathodiques. toute inertie serait d'origine électromagnétique. Le principe si la B de : la vitesse serait plus elles seraient seule- vitesse n'est pas trop la Mécanique ne serait plus vrai^ LES RAYONS. Mais alors la masse ne serait plus constante.000 kilomètres par seconde. Je veux parler des rayons-canaux. avant d'aborder cette question. en même temps que les rayons cathodiques chargés d'électricité négative. Au point où nous en peut sembler sommes. Ce que nous appelons masse ne serait qu'une apparence . elle croîtrait ensuite et deviendrait infinie de la lumière. elle augmenterait avec la vitesse . cette conclusion Peut-on appliquer la matière tout entière ce qui n'a été établi ces corpuscules si à que pour émana- légers qui ne sont qu'une tion de la matière et peut-être pas de la vraie matière ? Mais. émet des rayons-canaux chargés d'électricité posi- I . prématurée. sensiblement constante pour des vitesses pouvant aller jusqu'à 1. saire de dire il est néces- un mot d'une aatre sorte de rayons. La cathode.CANAUX.SCIENCE ET MiTHODB 224 On s'est tout à fait trouvé ainsi conduit à des conceptions inattendues. pour La masse transversale ne égale à la masse longitudinale ment à peu près égales grande. les Kanalstrahlen de Goldstein.

ont reçu le nom à'électroni. Ces corpuscules. général. restent confinés dans le tive. Les résultats sont moins constants que pour les rayons cathodiques. ou si. et C'est ainsi il deviendra possible de les étudier. cathodiques. négativement. mesurer les deux déviations et en déduire la vitesse et le rapport s. et relativement très absorbables. mais sont beaucoup plus faibles. on suppose que les charges soi^j^ égales et de signe contraire. comme pour les rayons cathodiques. . voisinage immédiat de cette cathode. si la rayons-canaux vont se propager en arrière de fe dans le sens opposé à celui des rayons fcathode. Le radium émet également des rayons analogues aux rayons-canaux. obstrue presque complètement le tube. On peut. qu'il n'est ils . les d'apercevoir et si elle ». mais la vitesse est plus faible ainsi que le rapport s les corpuscules que les corpuscules positifs sont moins chargés négatifs.L/ MÉCANIQUE ET LE RADIUM En 225 ces rayons-canaux n'étant pas repousses par la cathode. les corpuscules positifs sont beaucoup plus gros. les autres . mais. comme pour rayons cathodiques. ce qui est plus naturel. chargés les uns positivement. qu'on a pu mettre en évidence leur charge positive et montrer que les déviations magnétiques et les électriques existent encore. où tuent la « couche chamois consti- pas très aisé cathode est percée de trou». que Ton appelle les rayons a.

En dehors des électrons et de Téther. et les perturbations s'y propageraient suivant les lois rf^?T. attirés par Télectricâté de nom contraire qui charge l'électron central. par exemple. si elle nous semble neutre.<? que /^ la mêmes lumière ou les oscillations hertziennes vide. les voir dans des rôles bien nous appa- Nous allons différents. et ce sont eux qui nous rendront compte des principaux phénoatènes de rOptique et de l'Electricité. . L'éther serait partout identique à lui-même. et. Les charges négatives de ces planètes compenseraieot la charge positive de ce Soleil. Tous électrons ces baigneraient dans l'éther. une sorte de système solaire formé d'un gros électron positif? autour duquel graviteraient de nombreuses petites planètes qui seraient des électrons négatifs. La matière est tout entière formée d'électrons portant des charges énormes.22ê SCIENCE ET UÉTHODB IV LA THÉORIE DE LORENTZ Mais les électrons ne manifestent pas seulement leur existence dans ces rayons où ils raissent animés de vitesses énormes. La brillante synthèse dont nous allons dire un mot est due à Lwaitz. . c'est que les charges de signe contraire de ces électrons se compensent. On peut se représenter. de sorte que la somme algébrique de toute^ ces charges serait nulle.

ces électrons se mettraient en mouvement sous Tinfluence de la perturbation de il n'y aurait rien. lui et il troublerait Téther autour de donnerait naissance à des ondes lumineuses. les vitesses de nos élec- trons seraient d'autant plus grandes que la température serait plus élevée. Ces électrons mobiles se comportent alors. C'est ce qui produirait les courants électriques. et les électrons mobiles posi- de l'autre. trerait réther. les électrons mobiles négatifs tendraient à aller tous d'un côté. la si cause quelconque. un électron se mettait en mouvement pour une sion. d'après la théorie cinétique des gaz. où les électrons seraient nombreux. comme le font. si nous acceptons Tassi- milation avec la théorie cinétique des gaz. ou de tout autre corps non métallique. entre lesquels circuleraient des électrons mobiles jouissant d'une entière liberlô. par exemple. C'est que s'expliqueraient la réfraction. les métaux. Mais. et c'est pour cela que ces corps seraient tifs conducteurs. sous Tinfluence d'une différence de potentiel. ce qui expliquerait rémission de la lumière par les corps incandescents. nous aurions des électrons immobiles. à Tintérieur du corps métallique. Dans certains corps. la disper- double réfraction et l'absorption. les lécules d'un gaz à* l'intérieur du vase où ce gaz moest renfermé. De même.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 227 Quand une onde lumineuse pénédans une partie de Téther. sauf celle de sortir du corps métallique et de franchir la surface qui le sépare du vide extérieur ou de Tair. D'autre part. Quand . et ainsi ils réagiraient ensuite sur Téther.

susceptibles d'oscillation. je me bornerai à dire que cette théorie rend compte de tous les faits connus. il se réfléchirait comme une bille de billard qui a touché la bande. Ils ne ils ne peuvent donc subir que de petits écarts peuvent plus circuler. les électrons mobiles jouissent d'une liberté beaucoup moins grande. C'est pour cette raison que ces corps ne seraient pas conducteurs ils seraient. quand un électron change de direction. et vibrations ils le plus souvent que les communiqueraient aux seraient réfringents. et qu'elle en a fait prévoir de nouveaux. Plus ils plus éloignent. et sa vitesse subirait un brusque changement de direction. tour de leur position moyenne. ainsi que nous le verrons plus loin. Dans d'autres corps.SCIENCE ET MÉÏUODB 228 un de ces électrons mobiles rencontrerait la surface du corps métallique. surface qu'il ne peut franchir. Ils restent comme attachés à des électrons fixes qui les attirent. et c'est pour cela que les métaux chauds sont incandescents. s'en cette devient attraction tend à les ramener en arrière. Mais. et qu'il en résulterait une perturbation. d'ailleurs. transpa- parce électrons mobiles. devient la source d'une onde il lumineuse. tels que le phénomène de Zeeman. les diélectriques et les corps transparents. Je ne puis donner ici le détail des calculs . rents. lumineuses se . . mais seulement osciller au- grande et .

la masse ne sera plus constante. .223 LA MÉGANIQUE ET LK RADIUM CONSÉQUENCES MÉCANIQUES. et que les électrons positifs sont dépourvus de masse réelle au même titre que les électrons négatifs. Mais alors. nous pouvons envisager deux hypothèses : Les électrons positifs possèdent une masse 1** réelle. d'ailleurs. ces perturbations sont. la masse réelle s'évanouissant. qui. électrons les sont seuls dépourvus de masse réelle. les mouvements sont troublés par les effets de self-induction. à peu près négligeables. ne sont pas gatifs. il . fictive beaucoup plus que leur masse grande électromagnétique . sauf pour les électrons né. on peut supposer qu'il n'y a pas d'atome neutre. il y a des atomes neutres qui n'ont plus d'autre masse que leur masse réelle. la Mécanique n'est pas atteinte nous n'avons pas besoin de toucher à ses lois la masse réelle est constante seulement. n'ayant pas de masse réelle. Maintenant. ou bien le mot masse n'aura plus aucun sens. de la vraie matière . ce qu'on a toujours su. ou bien il faudra qu'il désigne la masse fictive électromagnétique dans ce cas. Dans ce cas. On négatifs pourrait même supposer qu'en dehors des électrons des deux signes. . y a un autre point de vue. la masse transversale ne sera plus égale à la masse 2® Mais .

parce que masse fictive. elle se réduit à l'inertie de Téther. Je beaucoup plus petit. comme Kaufmann l'a fait sur les rayons p? C'est impossible. mais. Un mot d'explication d'abord. rinertie de l'éther sera grande. devra-t-il conservateurs allant d'un côté et les amis du nouveau de Tautre? Peut-être. pour une même Nous avons dit charge. que. plus il y aura d'éther. séquent. en effet. les principes de la Mécanique seront renversés. plus. parce que cet électron est beaucoup plus petit. plus ces trous et autour desquels s'agite Téther seront petits. il . les électrons ne sont plus rien par eux- mêmes sont seulement des trous dans l'éther. Mais on peut admettre également que la masse réelle est nulle pour les uns comme pour les autres. une masse réelle considérable. la vitesse de ces rayons est beaucoup trop faible. par con. ce qui nous ramènerait à la première hypothèse. dans dis bien l'électron positif a. la masse totale d'un électron positif est beaucoup plus grande que celle d'un électron négatif. Chacun donc se décider d'après son tempérament. Et. pour bien les faire comprendre les arguments des novateurs. Comment décider ent'^e ces deux hypothèses ? En opérant sur les rayons-canaux. ils .SCIENCE ET MÉTHODK 230 longitudinale. faut faire intervenir d'autres considérations. mais que la masse fictive de l'électron positif est beaucoup plus grande. l'inertie est d'origine exclusivement électromagnétique. Et alors il est naturel de penser que cette différence s'explique. outre sa : cette hypothèse.

la lunette. c'est-à-dire sur la mais bien dans position vraie la direction de de la vitesse .CHAPITRE La Mécanique et II TOptlquo. Il en résulte que l'astronome ne pointera pas la lunette dans la direction de la vitesseabso lue de la lumière. On en quoi consiste le phénomène de Taberration. L'ABERRATION. La lumière émanée d'une étoile met un certain temps pour parcourir une lunette pendant ce temps. l'image se formerait au point qu'occupait la croisée des fils du réticule quand la lumière a atteint l'objectif. Si donc on braquait la lunette dans la direction vraie sait . On serait donc conduit à dépointer la lunette pour ramener l'image sur la croisée des fils. découvert par Bradley. s'est déplacée. et cette croisée ne serait plus en ce même point quand la lumière atteindrait le plan du réticule. entraînée par le mouvement de la Terre. l'étoile. de rétoile.

En négligeant des quantités très petites. du la vitesse système solaire.2d2 SCIENCE ET MÉTHODE relative de la lumière par rapport à la Terre. actuelle. nous n'aurions jamais le phénomène de l'aberration mais se compose de deux parties . c'est- à-dire sur ce qu'on appelle la position apparente de rétoile. on pourrait donc croire que nous avons le moyen de calculer la vitesse absolue de tQut à Theure sur ce nous connaissons Terre. Cette position qu'on observerait ainsi s'appelle la position apparente moyenne de Totoile. Si la vitesse du système solaire. de mais nous ne connaisnous ne connaissons la sons pas sa position vraie vitesse de la lumière qu'en grandeur et pas en diTétoile que nous observons . à-dire si la partie constante existait seule. elle soupçonné elle estvariable : . : rection.) la Il m'expliquerai n'en est rien position apparente . Tenons compte maintenant à la fois des deux nous aurons la podécrit une petite gftion apparente ellipse autour de la position apparente moyenne. c'est. et c'est cette ellipse qu'on observe. La vitesse de la lumière est connue. qui est rectiligne et uniforme la vitesse de la Terre par rapport au Soleil. (Je la mot bien absolu. qui est variable. Si donc la vitesse absolue de la Terre était recti- ligae et uniforme. qui . nous Terrons que les dimensions de cette ellipse ne dépendent que du rapport de la vitesse de la Terre parties de la vitesse de la Terre. la direction observée serait invariable.

D'ailleurs. de la par rapport à un absolu vide. que l'on regarde par définition comme étant en repos absolu. Compa rons les grands axes de Tellipse pour les différentes étoiles nous aurons. l'aberration est très petite. par rapport à l'éther. La vitesse de la lumière n'est pas la même dans l'eau que dans l'air. mais de la vitesse.LA MÉCANIQUE KT l'OPTIQUE 233 par rapport au Soleil. effet. I . Halte-là! toutefois. : Cela serait peut-être moins choquant qu'il ne semble d'abord. ce moyen est purement théorique. Ce résultat n'est pas rigoureux. en effet. Nous verrons enfin plus loin pourquoi la théorie précédente doit être rejetée. En vitesse. Les dimensions de l'ellipse dépendront alors de la vitesse absolue de la Terre. et pourquoi nous ne pourrions déterminer cette vitesse absolue quand même nos instruments seraient dix mille fois plus précis On pourrait songer à un autre moyen. variations les sont beaucoup nous regardons l'aberration comme du premier ordre. de sorte que la vitesse relative de la Terre par rapport au Soleil est seule intervenue. en effet. à la vitesse de la lumière. n'est qu'approché poussons Tapproximation un oeu plus loin. le moyen de déterminer cette vitesse absolue. théoriquement du moins. d'aberration si : . ne pourrait-on comparer les deux positions apparentes d'une étoile possibles de l'ellipse plus petites encore. et l'on y a songé. il ne s'agit pas. elles doivent donc un milêtre regardées comme du second ordre elles sont absolument lième de seconde environ inappréciables pour nos instruments. il . et.

dans l'air. Pour lui. au contraire. Quant à l'aberration ellemême. est entraîné à la fois dans une même translation. prismes. où l'éther entre seul enjeu. l'éther est en repos. 2° Fresnei. puisque tout. : trodynamique des corps en mouvement. lunettes et éther. l'entraînement est nul ou presque nul. où il entre presque seul en jeu. mais qu'il est entraîné par les corps en mouvement. . elle s'expliquerait par une sorte de réfraction qui se produirait à la surface de séparation de l'éther en repos dans les espaces interstellaires et de Téther entraîné par le mouvement de la Terre. dans les milieux réfringents. suppose que l'éther est en repos absolu dans le vide. les électrons seuls sont en mouvement dans le vide. où la perturbation est produite à la fois par les vibrations de l'éther et par celles des électrons mis . C'est sur cette hypothèse (entraînement total dç l'éther) qu'est fondée la théorie de Hertz sur TÉlec. Il ne serait pas étonnant alors que les phénomènes de réfraction ne fussent pas altérés par le mouvement de la Terre. Ce phénomène comporte deux explications 1^ On pourrait supposer que Téther n'est pas en repos.234 8CIENCE ET MÉTHODE vue à travers une lunette tantôt pleine d'air. quelle que soit la vitesse de cet air. Lorentz a donné à cette théorie une forme plus satisfaisante. en repos presque absolu dans l'air. tantôt pleine d'eau ? Les résultats ont été négatifs les lois apparentes de la réflexion et de la réfraction ne sont pas altérées par le mouvement de la Terre. et qu'il est partiellement entraîné par les milieux réfringents.

nous avons Texpérience de Fizeau. Quel que soit le moyen qu'on emploie. ou plutôt sa vitesse par rapport à Téther immobile? L'expérience a répondu négativement. Maïs si ment de Téther n'est pas entraîné par le mouve- la Terre. quelle . Elles ont été reprises avec le même résultat par Michelson. est-il possible de mettre en évi- dence.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE en branle par Tagitation de Téther. les 235 ondulations se trouvent partiellement entraînées. que dans Teau au repos ou en mouvement. j'entends les vitesses de certains corps matériels. En effet. par rapport à d'autres corps matériels. Ces expériences ont confirmé Thypothèse de Ten- ainsi traînement partiel de Fresneî. si la source de lumière et les appareils d'observation soot sur la Terre et participent à son mouvement. la vitesse absolue de la Terre. par le moyen des phénomènes optiques. on ne pourra jamais déceler que des vitesses relatives. et cependant on a varié les procédés expérimentaux de toutes les manières possibles. par des mesures de franges d'interférence. La théorie de Hertz doit donc être rejeiée^ II LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ. qui a comparé. Pour décider entre les deux hypothèses. la vitesse de la lumière dans Tair en repos ou en mouvement. les résultats expérimentaux ont toujours été les mêmes.

si Von néglige les quantités très petites de Vordre du carré de Vaberration. et A remet sa montre à l'heure au moment où il aperçoit le signal.SCIENCE ET MÉTHODB 286 que soit rorientation de l'appareil par rapport à la du mouvement orbital de la Terre. I . Il A il la suffît de croiser les signaux. Les hypothèses faites jusqu'ici rendent parfaitement compte de ce résultat général. L'explication s'appuie sur la notion du teni'ps local^ que je vais cherchera faire comprendre. et voulant régler leurs montres par le moyen de signaux optiques. l'autre en B. c'est que la source qui est une étoile. après ce nouveau réglage. est en mouvement par direction rapport à l'observateur. Mais cette façon d'opérer suppose que la lumière met le même temps pour aller de A en B et pour revenir de B en A. que Il faut et. placés Tun en A. Il suffira alors de prendre la moyenne arithmétique entre les deux réglages. Cela est vrai si les observateurs cela n'est plus s'ils sont entraînés sont immobiles . lumière met un certain temps t pour aller de B en A. car comme riger. Cette erreur est aisée à cor- de la sorte. Supposons deux observateurs. la montre de A va retarder d'un temps t sur celle de B. ce sera la montre de B qui retardera d'un temps t sur celle de A. Si Taberration astronomique se produit. et qui a été introduite par Lorentz. Ils conviennent que B enverra un signal à A quand sa montre marquera une heure déterminée. Si Ton opérait seulement y aurait une erreur systématique. envoie à son tour des signaux à B.

par exemple. Le phénomène que chacun d'eux observera sera soit en avance. et si les autres signaux qu'ils pourraient s'envoyer leur sont transmis par dans leur translation. chacune d'elles indiquera le temps localy convenant au point où elle pas. leur réglage et s'ils sera défectueux . on ne s'en apercevra pas et les apparences ne seront pas altérées. mettant d'apprécier des différences d'une fraction . Il résulte de là que la compensation est facile à expliquer tant qu'on néglige le carré de l'aberration. tandis que B fuira devant la lumière qui vient de A. ira au-devant de la lumière qui vient de B. marchant tous avec la même vitesse. se trouve. si Téther immobile ne peut leur transmettre que des signaux lumineux. Si donc les observateurs sont entraînés dans une translation commune ne s'en doutent leurs montres n'indiqueront pas le même temps. soit en retard. il ne se produira pas au même moment que si la translation n^existait pas mais. Les deux observateurs n'auront aucun moyen de s'en apercevoir.LA MÉCANIQUE BT l'OPTIQUE 237 dans une translation commune. Mais un jour Michelson a imaginé un procédé beau- des milieux entraînés avec eux . parce qu'alors A. coup plus délicat il a fait interférer des rayons qui avaient parcouru des trajets différents après s'être réfléchis sur des miroirs chacun des trajets approchant d'un mètre et les franges d'interférence per: . et longtemps les expériences ont été trop peu précises pour qu'il y eût lieu d'en tenir compte. comme on l'observera avec une montre mal réglée.

. le mètre dans le sens du mouvement de la Terre. très faible. quand or oriente le corps et. et précisément parce que le changement est le même pour l'un et pour l'autre. d'environ un deux cent millionième pour une vitesse comme celle de la Terre. même s'ils étaient beaucoup plus précis. la déceler.238 SCIENCE ET MÉTHODE millième de millimètre. de mesure ne pourraient. non plus avec un mètre. sphérique lorsqu'il est en repos. tandis que leurs dimensions perpendiculaires à cette transla- demeurent invariables. il ne cessera pas de s'appliquer exactement sur le mètre dans une autre orientation. et c'est précisément ce qu'a fait Michelson. et cependant les de résultats furent encore négatifs. d'ailleurs. la même contraction que les objets à mesurer. dait donc à être complétée. par conséquent. prendra ainsi la forme d'un ellipsoïde de révol"tion tion . elle est. Cette contraction est la même pour tous les corps . Si un corps s'applique exactement sur le mètre. Un corps. Nos instrument. on ne pouvait plus négliger le carré de l'aberration. d'ailleurs. La théorie demanelle Ta été par et Vhypothèse de Lorentz et de Fitz-Gerald. Ces deux physiciens supposent que tous les corps entraînés dans une translation subissent une contraction dans le sens de cette translation. et cela bien que le corps et le mètre aient changé de longueur en même temps que d'orientation. les mètres avec lesquels nous mesurons subissent. Mais il n'en est pas de même si nous mesurons une longueur. mais par le temps que la lumière met à la parcourir. en effet.

Toutes ces sphères sont donc homothétiques l'une de l'autre. rayon de la sphère. Nous choisirons la loi de contraction^ de façon que le point S soit au foyer de la section méridienne de tricité Vellipsoide. toutes ces sphères paraîtront des ellipsoïdes allongés.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE aplati lorsqu'il sera en teur le 239 mouvement. pour notre observateur. Au qui sont restées rigoureusement sphériques. Mais. d'après les théories ordi- naires. Cette fois. J'ai dit plus haut que. par rapport à la position actuelle S de la source. mais Tobserva- croira toujours sphérique. la distance de ce centre à la position actuelle de la source sera proportionnelle au temps écoulé depuis l'émission. par rapport au point S c'est-à-dire au . Que va-t-il se passer alors? Supposons un obser- vateur et une source entraînés ensemble dans la translation : les surfaces d'onde émanées de la source seront des sphères ayant pour centres les positions successives de la source . à cause de la contraction. de tous ces ellipsoïdes est la même et dépend seulement de la vitesse de la Terre. contraire. la compensation est rigoureuse^ et c'est ce qui explique l'expérience de Michelson. parce qu'il a subi lui-même une déformation analogue. les observations de l'aberration astronomique pourraient nous faire connaître la vitesse absolue . ainsi que tous les objets qui lui servent de points de repère. lui paraîtront des ellipsoïdes allongés.. et tous ces ellipsoïdes seront encore l'excenhomothétiques. les surfaces d'ondes de la lumière.

mettre en évidence que des vitesses relatives. si Ton définit les longueurs par les temps que la lumière met à les parcourir. il en résulterait une erreur sur Tangie cette vitesse absolue. en sa faveur. : mesuré. Il nos iastruments élaient mille fois me faut modifier cette conclusion. et cette seconde erreur compenserait exactement la première. II convient. de voir à quelles conséquences nous conduirait cette façon de voir et de soumettre ensuite ces conséquences au contrôle de l'expérience. si plus précis.SCIENCE ET MÉTHODE 240 de la Terre. l'éther. en tout cas. par aucun moyen imaginable. fort extraordinaire. les angles observés seraient modifiés par l'effet mais les cercles divisés de dont nous nous servons pour mesurer les angles seraient déformés par la translation ils deviendraient des ellipses. Oui. . qu'on ne pourra jamais. par exemple. c'est qu'elle n'est que la traduction immédiate du résultat expérimental de Michelson. et j'entends par là non pas seulement les vitesses des corps par rapport à mais des corps les uns par rapTrop d'expériences diverses ont donné des résultats concordants pour qu'on ne se sente pas tenté d'attribuer à ce principe de relativité une valeur comparable à celle du principe d'équivalence. au premier abord. il est impossible d'échapper à que le principe de relativité est une cette impression loi générale de la Nature. les vitesses port aux autres. Quoi qu'il en soit. Cette hypothèse de Lorentz et Fitz-Gerald paraîtra. tout ce que nous pouvons dire pour le moment.

alors même que l'électron B réagirait sur A. principe de l'égalité de raction et de la réaction. puisque notre matière est formée d'électrons. l'excitateur va donc rayonner de l'énergie dans une direction déterminée. en aucun cas. nécessaire pour la propagation. mais seulement les électrons qui sont seuls observables. le calcul montre que r excitateur va reculer comme un canon qui a envoyé : . cette perturbation atteint un autre électron B. au moins si l'on ne considère pas l'éther. puisque l'électron B ne pourrait entrer en mouvement qu'après un certain temps. qui sera dérangé de sa position d'équilibre* Dans ces conditions. cette réaction pourrait être égale à l'action. cet excitateur émet des ondes électromagnétiques. c'est Télectron A qui a dérangé l'électron B. il produit une perturbation dans Téther. Voilà un électron A qui entre en mouvement pour une cause quelconque. et le miroir renvoie toutes ces ondes dans la même direction*. Eh bien. être simultanée. au bout d'un certain temps. il ne peut y avoir égalité entre l'action et la réaction. En effet. mais elle ne saurait. on arrive au résultat suivant Supposons un excitateur de Hertz placé au foyer d'un miroir parabolique auquel il est lié mécaniquement. dans le la théorie deLorentz.LA MÉGANIQUE ET l'OPTIQUE 241 III L£ PRINCIPE DE RÉACTION Voyons ce que devient. Si l'on soumet le problème à un calcul plus précis.

il : rayons dans une seule direction. Il est vrai que. Dans le cas du canon. une poussée mécanique comme avait été atteint par un projectile véritable. alors même qu'elle est complète. ou bien sont-elles accessibles à Texpérience? Ces actions ne sont autre chose que celles qui sont dues aux ipressions Maxwell-Bartholi Maxwell avait prévu ces pressions par des calculs Ces actions . le recul est le résultat naturel de Fégalité de Faction et de la réaction. Ce que nous avons envoyé au loin. si l'énergie émanée de l'excitateur lampe vient à atteindre un objet matériel. donc tenté de dire qu'il y a encore com- pensation entre l'action et la réaction. s'il route et si l'objet On serait ne s'est pas perdu d'énergie en absorbe cette énergie en totalité. ce n'est plus un projectile c'est de l'énergie. mécaniques sont-elles trop petites ^our être mesurées. Et. et ou de la cet objet va subir s'il cette poussée sera égale au recul de l'excitateur et de la lampe. nous aurions pu considérer tout simplement une lampe avec un réflecteur concentrant ses Mais ici. après avoir quitté la source.iCIENCE ET METHODE 24^ ua projectile. n'en est plus de même. et l'énergie n'a pas de matériel masse: il n'y a pas de contre-partie. si le corps qu'elle frappe n'est pas parfaitement absorbant. au lieu d'un excitateur. Elle ne se produit jamais si la lumière. elle est incomplète. parce que lequel il a agi réagit sur le projectile sur lui. Le canon recule. est toujours retardée. erre dans les espaces interstellaires sans jamais rencontrer un corps matériel. Mais cette compensation.

effets de conforme à la pression sont prévus également par la la théorie. Mais il y a une différence. paraît-il. bin le sens opposé au sens théorique. aille d'une source lumineuse à un corps quelconque à travers . est On a réussi enfin. De petites particules se détachent du noyau de la comète. Mais cet appareil tourne à l'envers^ dans le l'explication de sa toute différente. elles sont frappées par la rations de C'est de lumière du Soleil. en poussant plus vide d'une part. elles vont donc former les queues en s'éloignant du Soleil. qui les repousse comme ferait une pluie de projectiles venant du Soleil. et rotation. La masse de ces particules est tellement petite que cette répulsion remporte sur l'attraction newtonienne. Bar- tholi était arrivé au môme résultat par des considé- Thermodynamique. La vérification expérimentale directe n'était pas La première tentative a conduit à aisée à obtenir. la construction du radiomètre. sous forme de lumière par exemple. cette façon que s'expliquent les queues dés comètes. découverte depuis. Les effets radiométriques et les autres causes perturbatrices sont éliminés par une série de précautions minutieuses. et par celle de Lorentz. Les l'on mais qui mêmes obtient une déviation qui est fort est. et petite. et d'autre part en ne noir- cissant pas l'une des faces des palettes et dirigeant jn faisceau lumineux sur Tune des faces. Maxwell-Bartholi théorie de Hertz dont nous avons parlé plus haut. Supposons que l'énergie.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE relatifs 243 à l'Électrostatique et au Magnétisme.

y aurait alors compensation parfaite. La pression de Maxwell-Bartholi agira. la matière Au moment où Tonde lumineuse atteindra une région nouvelle de ce milieu. non seulement sur la source au départ. la compensation est-elle parfaite? L'action de la pression Maxwell-Bartholi sur la matière du milieu transparent est-elle égale à sa réaction sur la source. même dans réaction.244 SCIENCE ET MÉTHODE un milieu transparent. le recul de celte même matière a pour contre-partie la marche en avant de la matière transparente qui se trouve un peu plus loin. moins gents. et cela. cette pression poussera en avant la matière qui s'y trouve répandue et la ramènera en arrière que quand Tonde le recul de la marche en avant de quittera cette région. comme Texige le principe de l'égalité de l'action et de la Il même dans les milieux les même dans Tair. et sur le corps éclairé à Tarrivée. et ainsi de suite. le planétaire. il faudrait répondre oui à la première question et non à la seconde. un peu plus tard. qui regarde la matière comme mécaniquement liée à Téther. mais sur du milieu transparent qu'elle traverse. Seulement. où il suffirait réfrin- vide inter- de supposer un reste de . De sorte source a pour contre-partie la la malière transparente qui est au contact de cette source. de façon que Téther soit entraîné entièrement par la matière. quelle que soit cet'e matière? petite raréfié Ou bien cette action est-elle d'autant plus que le milieu est moins réfringent pour devenir nulle dans le vide? et p\m Si Ton admettait la théorie de Hertz.

En effet. à regarder loi le Principe de les raisons qui Relativité portent comme une générale de la Nature. plus haut. Hertz . au contraire. Si 245 Ton admet. . il nous oblige à généraliser Thypothèse sur la contraction de <|e Lorentz et Fitz-Gerald tous les corps dans le sens de la translation. sphériques quand ils sont au repos. par conséquent. la théorie de Lorentz. la compensation. D'abord. Cette déformation des électrons va influer sur leurs propriétés mécaniques. renoncer au principe de réaction. subissent la contraction de Lorentz quand ils sont en mouvement et prennent alors la forme d'ellipsoïdes aplatis. Mais nous avons vu plus haut que l'expérience de Fizeau ne permet pas de conserver la théorie de donc adopter la théorie de Lorentz et. En particulier. Voyons à quelles consé- quences nous conduirait ce principe.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE matière. Abraham considérait ces électrons comme sphériques et indéformables il nous faudra admettre que ces électrons. si nous le regardions comme définitivement démontré. nous devrons étendre cette hypothèse aux électrons eux-mêmes. insensible est dans Tair et devient nulle dans le vide. il faut IV CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE RELATIVITÉ Nous avons vu. si subtile qu'elle soit. toujours imparfaite. j'ai dit que le déplacement de ces électrons chargés est un véritable courant de convection et que leur inertie .

être modifiés. arrêtons-nous-y un instant et voyons ce qui en découle. il faut chercher une explication électro- . nous n'en négatifs trons rant : . D'abord. Eh bien. mais cela à i" deux conditions Que : les électrons positifs n'aient pas de masse réelle. par conséquent les lois suivant lesquelles la self-induction de ce courant variera en fonction de la vitesse. C'est encore Lorentz qui a fait cette remarquable synthèse. la déformation des électrons. Les principes actuels de notre Mécanique. va modifier la distribution de J'électricité à leur surface.SCIENCE ET MÉTHODE 246 apparente est due à la self-induction de ce couexclusivement en ce qui concerne les élecexclusivement ou non. pour les électrons positifs. Ensuite. doivent donc puisque réelle. ne soit pas constante et varie avec la vitesse suivant les mêmes lois que leur masse fictive . mais seulement une masse fictive électromagnétique. les électrons positifs n'ont plus de masse ou tout au moins plus de masse réelle constante. il n'y a plus de matière. la compensation sera parfaite et conforme aux exigences du Principe de Relativité. si elle existe. savons rien encore. 2° Que toutes les forces soient d'origine électro- magnétique. ou tout au moins que leur masse réelle. A ce prix. déformation qui dépend de leur vitesse. par conséquent l'intensité du courant de convection qu'ils produisent. fondés sur la constance de la masse. ou tout au moins qu'elles varient avec la vitesse suivant les mêmes lois que les forces d'origine électromagnétique.

Mais on peut présenter la chose autrement. Dans les deux cas. Nous trouverons que les variations de cette masse. cette déformation des électrons semble bien hypothétique. en parti- ou tout au moins modide telle façon que cette la gravitation force soit altérée par la vitesse de la que les 247 forces électromagnétiques. Ou. ou de ces accélétrique rations.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE magnétique de toutes les forces culier de la gravitation. doivent se passer comme si l'électron subissait la déformation de Lorentz. Nous voilà donc en présence de deux théories où les électrons sont indéformables. En particulier. V L'EXPÉRIENCE DE KAUFMANN. pour que ce principe ne soit pas violé et qu'on retombe sur les lois ordinaires en supposant la vitesse très faible. un peu artificiel. Considérons les électrons comme et demandons-nous comment masse en fonction de la vitesse pour ne pas contrevenir au principe de relativité. au premier abord. plutôt encore. de façon à éviter de mettre cette hypothèse de la déformation à la base du raisonnement. Tout cela paraît. fier la loi de connues. c'est celle d'Abraham l'autre où ils subissent la déformation de Lorentz. . demandons-nous quelle doit être des points matériels doit leur varier leur accélération sous l'influence d'un champ élec- ou magnétique. leur masse croît : l'une . même façon Nous revien- drons sur ce point.

et en mesurant avec grand soin l'intensité des champs. Malheureusement. pour devenir infinie quand cette vitesse devient égale à celle de la lumière . avant d'adopter définitivement cette un peu de réflexion est nécessaire. question est d'une telle importance désirer que l'expérience de qu'il Kaufmann La serait à fût reprise par un autre expérimentateur*. conclusion. ses premières expériences n'étaient pas assez précises pour cela.SCIENCE ET MÉTHODE 248 avec la vitesse. Bucherer a de mettre sous presse nous apprenons que repris Texpérience en s'entourant de précautions nouvelles et qu'il a obtenu. aussi a-t-il loi cru devoir les reprendre avec plus de précautions. mais la de la variation n'est pas la même. 1 i . on n'aurait plus aucune raison de croire que les électrons positifs sont dénués de masse réelle comme les électrons négatifs. Kaufmann. Toutefois. 1. des résultats confirmant les vues de Lorentz. Malheureusement. Toutes les précautions ont été convenablement prises et l'on ne voit pas bien quelle objection on pourrait faire. Le Principe de Relativité n'aurait donc pas la valeur rigoureuse qu'on était tenté de lui attribuer. elles ont donné raison à la théorie d'Abraham. cette expérience est fort délicate et ne pourra être menée à bien que par un physicien de la même habileté que Kaufmann. contrairement à M. Au moment M. Sous leur nouvelle forme. La méthode employée par Kaufmann pour mettre en évidence la loi de variation de la masse semble donc nous donner un moyen expérimental de décider entre les deux théories.

ce qui me porterait à le croire. Du moins. il semble qu'il y ait lieu d'en tenir compte. VI LS PRINCIPE Dans est la nouvelle DMNERTIE. Quelque faible que soit la probabilité pour qu'il en soit ainsi. le Principe d'Inertie encore vrai. ce sont les effets de soupape électrique entre mercure et vide. Cela suppose que le champ est uniforme. cependant. afin d'obtenir un isolement complet. on avait du faire un vide extrêmement parfait. Ce champ était produit entre les deux armatures d'un condensateur et. Lindemann a fait des objections à cette façon . et Ton a obtenu le champ en divisant cette différence par la distance des armatures. on s'accorde généralement à l'admettre. cela est-il certain? Ne peut-il se faire qu'il y ait une chute brusque de potentiel dans le voisinage d'une des armatures. entre ces armatures. Dynamique. . On a mesuré alors la différence de potentiel de deux armatures. let il peut se faire que cette différence ne soit pas la même du côté positif et du côté négatif. par exemple? Il peut y avoir une différence de potentiel au contact entre le métal et le vide.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUB Il 249 y a cependant un point sur lequel je désirerais c'est sur la mesure du champ mesure d'où tout dépend. c'est-à-dire qu'un électron isolé aura un mouvement rectiligne et uniforme. de l'armature négative. attirer Tattention : électrostatique.

Tout se passerait donc comme si son inertie était augmentée.250 SCIENCE ET MÉTHODE ne veux pas prendre parti dans cette ici à cause de son caractère trop ardu. puisqu'il faudrait ébranler non seulement le corps lui-même. une résistance considémais c'est parce que nos fluides sont visqueux. que je ne puis exposer est en mouvement. au départ. il faudrait un grand effort pour le me:tre en mouvement. mais cette perturbation accompagnerait le corps dans son mouvement. de voir. Un électron s'avançant dans l'éther se comporterait de la même manière autour de lui. une fois le mouvement . puisqu'il faudrait créer l'énergie de ces champs au contraire. et ne pourraient changer que si la vitesse de l'électron venait à varier. une fois le mouvement acquis. le corps agiterait derrière lui une poupe liquide. de sorte que. . une sorte de lin^ge. : entraîné avec 'l'électron. en s'avançant. puisque le corps. Il faudrait donc un effort pour mettre l'électron en mouvement. je discussion. On sait qu'un corps plongé dans un fluide éprouve. Il suffirait en tout cas de légères modifications à la théorie pour se mettre à Tabri des objections de Lindemann. sans que la force vive totale de ce liquide augmentât. dans un fluide idéal. les champs électrique et magnétique qui accompagnent cet électron paraîtraient invariables. Mais. parfaitement dépourvu de viscosité. il se perpétuerait sans résistance. mais le liquide de son sillage. transporterait simplement avec lui la perturbation du liquide. pour un observateur quand il rable. l'éther serait agité.

n'aurait qu'à se transporter derrière l'électron sillage. sa masse croît. Mais. quand la vitesse tend vers et la de la lumière^ la force vive^ la quantité de mouvement et les deux masses croissent au delà de vitesse toute limite. Et. Cette énergie l'inertie de l'électron. qui n'est autre que l'énergie de l'éther. Dans l'hypothèse de Lorentz. augmente parfait. plus grand. celle comme un ne peut donc qu'augmenter comme l'agitation du liquide du corps plongé dans un même Et les plus électrons négatifs. Sans doute si v est très faible. la quantité de mouvement sensiblement proportionnelle à v^ les deux masses sensiblement constantes égales entre elles. Ainsi la masse. n'ont pas d'autre inertie que celle-là. Il en résulte qu'aucun corps ne pourra atteindre par aucun moyen une vitesse supérieure à celle de la lumière. aucun effort ne serait nécessaire pour le puisque Ténergie créée maintenir. Une question se pose alors : admettons le Prin- . les expressions mais ce que nous sont un peu plus compliquées venons de dire subsiste dans ses traits essentiels. la force vive. la quantité de mouvement. d'Abraham.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE 251 acquis. de sorte que son inertie oppose à tout nouvel accroissement de vitesse un obstacle de plus en Dans l'hypothèse . n'est pas proportionnelle à 1)2. fluide tout au moins. la force vive est sensiblement proportionnelle à v^. à mesure que sa vitesse croît. la force vive deviennent infinies quand la vitesse est égale à celle de la lumière. en effet.

. sa vitesse absolue sera alors de 400.000 kilomètres. les noms d'onde de vitesse et d'onde d'accélération. Et alors on pourrait être tenté de raisonner comme il suit L'observateur peut atteindre une vitesse de 200. qui s'évanouit quand on tient compte de la façon dont Lorentz évalue les temps locaux. La perturbation peut alors être regardée comme la superposition de deux autres. peut : atteindre la même vitesse. Ce n'est là qu'une apparence. VII L*ONOE 0*ACCÉLÉRATiON. Quand un électron est en mouvement. un observateur en mouvement ne doit pas avoir le moyen de s'apercevoir de soa propre mouvement. il doit en être de même en ce qui concerne son mouvement relatif par rapport à notre observateur. mais peut en approcher autant qu'on veut. auxquelles Langevin a donné . Mais il n'en est plus de même si le mouvement est curviligne ou varié.000 kilomètres. dans son mouvement relatif par rapport à l'observateur. cette perturbation se réduit au sillage dont nous avons parlé au chapitre précédent.SCIENCE ET MÉTHODI 252 cipe de la Relativité. puisque c'est un chiffre supérieur à la vitesse de la lumière. le corps. Si donc aucun corps dans son mouvement absolu ne peut dépasser la vitesse de la lumière. îl produit dans Téther qui l'entoure une perturbation si son mouvement est rectiligne et uniforme. ce qui esl impossible.

Il n'en serait pas de grande.LA MÉCANIQUE ET 253 l' OPTIQUE L'onde de vitesse n'est autre chose que le sillage qui se produit dans le mouvement uniforme. qui part de l'électron au moment où il subit une accélération. et qui se propage ensuite par ondes sphériques successives avec la vitesse de la lumière. variant avec la vitesse d'après les lois exposées plus haut. D'où cette conséquence dans un mouvement : rectiligne et uniforme. Quant à Tonde d'accélération. mais même et s'en dans les rayons du radium. où la vitesse est très grande sans que l'accélération le soit. c'est une perturbation tout à fait analogue aux ondes lumineuses. en écrivant que la force est égale au produit de l'accélération parla masse. les oscilla- déplacements sont très petits. On peut alors se borner à appliquer les lois de la Mécanique. qui se dissipe sous forme d'ondes lumineuses va à l'infini à travers Téther. toutefois. et l'accélération est sont les suivants même : 1® Dans certains électrons prennent toire de très dans tous les cas où dont les principaux les gaz incandescents. sont négligeables dans la plupart des cas^i c'est-àdire non seulement dans la Mécanique ordinaire et dans les mouvements des corps célestes. il y a perte d'énergie. mais. Toutefois. et les accé- . cette masse. en particulier la perte d'énergie correspondante. l'énergie se conserve intégra- lement. les vitesses sont finies. les effets de celte onde d'accélération. dès qu'il y a une accélération. un mouvement haute fréquence. On dit alors que le mouvement est quasi-stationnaire.

une brusque accélération et prennent ensuite un mouvement oscillatoire de haute fréquence. et qui sont animés de très grandes vitesses. et c'est pour cela que ces gaz rayonnent de la lumière de même période que les oscillations de l'électron. en arrivant à ne peuvent franchir. Ce qu'ils produisent des ondulations dans serait là. subissent ils la se une accélération émet de expliqué chaau déjà ainsi considérable. qu'ils réfléchissent et . Il en résulte qu'une partie de l'énergie rayonne sous formes d'ondes hertziennes. 2° Inversement. 3° Dans l'excitateur de Hertz. les électrons négatifs qui constituent ces rayons. d'après certains physiciens. Par suite de l'accélération subissent ainsi. qui ne seraient autre chose que des rayons lumineux de très courte lon- l'origine des gueur d'onde. quand un gaz reçoit de la lumière. lérations se l'énergie communique alors à l'éther. 4** Dans un métal incandescent. les électrons enfermés dans ce métal sont animés de grandes vitesses surface du métal. . C'est ce que j'ai pitre X. ces mêmes électrons sont mis en branle avec de fortes accélérations et ils absorbent de la lumière. n° IV. C'est pour cela que le métal la lumière. sont brus- quement arrêtés. cathodiques viennent frapper l'anticathode.SCIENCE ET METHODE 254 très grandes. ils l'éther. au moment de la décharge. les électrons qui circulent dans la masse métallique subissent. Rayons Rôntgen. Les détails des lois de l'émission de la lumière par les corps noirs sont parfaitement expliqués par cette hypothèse 5° Enfin quand les rayons .

coefficient d'inertie croît avec la vitesse. Mais lité rigoureuse cela n'est démontré que pour les vitesses auxquelles les principes généraux de la Dynamique sont appli--cables. c'est la véritable délînition de la masse. D'après la loi de Newton. La masse peut deux manières s par le quotient de la force par Taccélération. qui mesure rinertie du corps 2* par l'attraction qu'exerce le corps sur un corps extérieur. Maintenant. il y a proportionnaentre ces deux coefficients. en vertu de la loi d€ Newton. au contraire. ou. Nous devons donc distinguer la mass© eoefflcient d'inertie et la masse coefficient d'attraction.CHAPITRE La ftlécanique nouvelle m et l'Astronomi6:. nous avons vu que la masse être définie de !• . devons- nous conclure que la masse coefficient d'attraction croît également avec la vitesse et reste proportionnelle au coefficient d'inertie. que . LA GRAVITATION.

la seule dont je tivité. et que les charges de ces quatre électrons soient les mêmes. en valeur absolue. s'attirent les si le comme coefficient d'attraction les vitesses des mêmes. de la vitesse. dans la théorie ordinaire. deux positifs A et A'. comment ce coefficient dépendra-t-il de ces deux vitesses? à ce sujet que des hypothèses. que je vais exposer brièvement. leurs actions mutuelles sont pro- portionnelles à leurs charges électriques. et deux négatifs B et B'.SCIENCE ET MÉTHODE 256 demeure constant? C'est une question que nous n'avons aucun moyen de ce coefficient d'attraction là décider. Si donc A et B sont très près l'un de Tautre. mais nous sommes naturellement amenés à rechercher quelles seraient celles de ces hypothèses Nous ne pouvons faire qui seraient compatibles avec le Principe de la Relagrand nombre.ou de A' sur B. à la à la répulsion de B sur même B' et dis- égale encore à rattraction de A sur B'. Considérons d*abord des électrons en repos. égale A sur A' sera. et que nous examinions l'action du sur le système A'+ B'. de même que A' et B'. dépend deux corps qui mutuellement ne sont généralement pas D'autre part. nous aurons système A deux répulsions et deux attractions qui se compenseront exactement et Faction résultante sera nulle +B . Deux électrons de même signe se repoussent et deux électrons de signe contraire s'attirent. Il y en a un parlerai ici est celle de Lorentz. la répulsion de tance. si donc nous avons quatre électrons.

et qu'elle vient simplement s'y superposer. Il est clair que cette hypothèse complique un peu l'Electrostatique. de sorte que Faction électrique totale de deux molécules Tune sur Tautre devrait être nulle. ou que celle de deux charges 1. en somme. qu'elle est due à une cause entièrement différente. et de algébrique de des espèces de systèmes les électrons. mais qu'elle y fait rentrer la gravitation. les molécules matérielles doivent précisément être regardées solaires comme où circulent les autres négatifs. Une façon que la charges soit molécule matérielle est donc de tout point assimilable au système A B dont nous venons de parler. + : — + — + . Les électrons positifs seraient plus sensibles au champ produit par les électrons négatifs qu'au champ produit par les électrons positifs. l'hypothèse de Franklin. les toutes les telle uns positifs.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 257 Or. somme nulle. on peut et alors on peut faire deux hypothèses supposer que la gravitation n'a aucun rapport avec les attractions électrostatiques. ce serait le contraire pour les électrons négatifs. tn d'autres termes. ou bien on peut admettre qu'il n'y a pas proportionnalité des attractions aux charges et que l'attraction exercée par une i sur une charge charge 1 est plus grande que la répulsion mutuelle de deux charges 1. C'était. Mais l'expérience nous montre que ces molécules s'attirent par suite de la gravitation new^tonienne . le champ électrique produit par les électrons positifs et celui que produisent les électrons négatifs se superposeraient en restant distincts.

Dans la théorie ordinaire. subiront ensuite une impulsion mécanique par l'action de ces différents champs. dû au mouvement des électrons positifs. Faction champ électromagné- positifs se fait d'après les en est de même de Faction sur les négatifs du cham. mêmes lois.p dû aux électrons négaélectrons tifs. positifs sur les électrons négatifs (ou aux électrons inversement) il . qui se réduit à Vhypothèse de Franklin aux faibles vitesses: elle Telle est . tant positifs que négatifs. Les électrons. Chaque électron au champ créé par les électrons de qu'au champ créé par les électrons contraire est plus sensible nom de môme nom. sur les électrons positifs du tique que algébrique de ces deux champs. sur deux électrons de sigoe con~ traire et de même charge absolue. la nouvelle théorie. exerce. Thypothèse de Lorentz. des actions égales Qu'arrîve-t-il de signe contraire. mais avec un elle suivra encore les coefficient différent. Considérons maintenant Taction du champ dû lois ordinaires.SCIENCE ET MÉTHODE 258 maintenant si les électrons sont en mouvement? Les électrons positifs vont engendrer une perturbation dans Téther et y feront naître un champ électrique et un champ magnétique. Il en sera de même pour les électrons négatifs.. On peut alors sans inconvénient ne pas distinguer le champ dû au mouvement des électrons positifs et le champ dû au mouveet ment des électrons somme champ le Dans négatifs et ne considérer la résultant. c'est-à-dire dû aux électrons au contraire. le champ électromagnétique.

elle ne peut être d'origine électrodynamique. et que. pour ces faibles vitesses. C'est là une hypothèse toute particulière. en tout cas. par conséquent. de telle façon que la force effectivs n'est pas dirigée suivant la droite qui joint les deux avec cette droite. et. justifiée. précisément de la même manière que les lois de l'Electrostatique pour l'électricité en mouvement. un petit angle. le Principe de la Relativilé ne sera pas violé. Le résultat de Laplace ne prouve rien contre la théorie de Lorentz. entièrement différente de de Lorentz. Le résultat de Laplace est bien connu. comme cela se passef pour la lumière dans le phénomène de l'aberration astronomique. De plus. assez mal corps. par conséquent. et. On sait que les perturbations électromagnétiques se propagent avec la vitesse de la lumière. On sera donc tenté de rejeter la théorie précédente. On voit que la loi de Newton n'est plus applicable aux grandes vitesses et qu'elle doit être modifiée. Laplace supposait que. en rappelant que la gravitation se propage. mais fait. pour les corps en mouvement.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 259 rendra donc compte. celle 12 . sa vitesse de propagation se combine avec celle du corps attiré. d'après les calculs de Laplace. la théorie générale de Lorentz s'y appliquera. mais on en ignore généralement la signification. comme la gravitation se ramène à des forces d'origine électrodynamique. de la loi de Newton. au moins dix millions de fois plus vite que la lumière. si la propagation de la gravitation n'est pas instantanée.

L'accélération faible. Il est vrai que les effets de l'onde d'ac- célestes^ est relativement effets constamment en célération vont cette faudrait pour bien des s' accumulant. Admettons mouvedans les : l'hypothèse d'Abraham (électrons Indéformables) et conservons la sa forme habituelle loi de Newton sous . \ Teffet de les moyens constamment en se mouvaient dans en résulterait que astres si par dissipée iraient ces astres résistant. Mais cet effet est excessivement beaucoup trop pour être décelé par les obserdes corps vations les plus précises. de sorte que les de l'onde d'accélération sont négligeables et que le mouvement peut être regardé comme quasistationnaire. mouvements des s accélérant. Ténergie des mouvements planésera constamment taires Vonde d^ accélération. mais est si lente qu'il d'années d'observation milliers qu'elle devînt sensible. si on les adopte. et cela hypothèses suivantes A.360 SCIENCE ET METHODE II COMPARAISON AVEC LES OBSERVATtONS ASTRONOMIQUES Les théories précédentes sont-elles conciliables avec les observations astronomiques? Tout d'abord. comme un milieu faible. Faisons donc ment comme trois elle-même accumulation le calcul en considérant le quasi-stationnaire. B* Admettons l'hypothèse de Lorentz sur la défor- i .

Tisserand un calcul analogue autrefois. n'en présente pas moins avec elle une certaine ana- joint. pour le périhélie de Mercure.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET L'ASTRONOMIE mation des électrons et conservons la loi 261 de Newton habituelle. et étudions planète attirée par un . Revenons aux hypothèses A. une variation séculaire de 14". parce que cette planète est celle qui possède la. comme nous C. et logie. assez différente de celles qui tendent à prévaloir aujourd'hui. newtonienne se faisait conformément à la loi de Weber il en résulterait. les uns sur les autres. des attractions et des répulsions dirigées suivant la droite qui les dépendant non seulement de leurs distances. en admettant de Weber. mouvement de Mercure que Teffet sera le plus sensible. l'avons fait au paragraphe précédent. plus grande vitesse. de même sens que celle qui a été observée et n'a pu être expliquée mais plus si l'attraction y petite. je rappelle queWeber avait cherché à expliquera la fois les phénomènes électrostatiques et électrodynamiques en supposant que les élecavait fait la loi trons (dont le nom n'était encore inventé) pas exercent. de façon à la rendre compatible avec C'est dans le le Principe de la Relativité. B d'abord le mouvement d'une et C. Tisserand a trouvé que. de leurs vitesses et de leurs accélérations. Admettons Thypothèsede Lorentz sur les électrons et modifions la loi de Newton. Cette loi de Weber. mais des dérivées premières et secondes de ces distances. puisque celle-ci est de 38". par conséquent.

avec la théorie d'Abraham. en prenant pour la force vive la définition nouvelle. la moitié de ce que donnait la loi de Weber. les effets sont très peu différents. où Tattraction varie en raison inverse du carré des distances. identique à celle de New- ton. on trouvera. le champ purement élec- trostatique. L'équation des forces vives subsiste.262 centre SCIENCE ET MÉTEODS fixe. Teffet varie donc en raison inverse de \/a^\ il est donc insensible. en vertu de . le moment de la quantité de mouvement est une constante. les deux cinquièmes. Pour les l'astre et a le planètes. Les hypothèses B et G ne se distinguent plus alors. mais la quantité de mouvement doit être définie comme on le fait dans la nouvelle Dynamique. pour ce mouvement. Le seul effet sensible sera un mouvement sécudu périhélie. laire L'effet est d'ailleurs proportionnel à n^a^^n étant moyen mouvement de rayon de son la loi de Kepler. quoique les calculs soient un peu plus compliqués. sauf pour Mercure. champ qu'il si le point attirant est produit est un fixe.6 dans celle d'Abraham. conformément à la loi élec- trostatique de Coulomb. Avec la théorie de Lorentz. Le mouvement du périhélie de Mercure serait donc de 7" dans la théorie de Lorentz et de 5" . puisque. Si Ton suppose maintenant deux corps mobiles gravitant autour de leur centre de gravité commun. de même. le orbite. réquation des aires est remplacée par une autre équivalente.

seul effet swsible sur être même un les obser- mouvement du sens que celui qui a expliqué^ mais notablement plus faible. en somme. Supposons que. parce que Texcentricité des orbites et la Terre. circulent dans . Ajoutons qu'en ce qui concerne Vénus mouvement du périhélie (pour une même vitesse angulaire de ce mouvement) serait beaucoup plus difficile à déceler par les observations astronomiques. Cela ne peut pas être regardé ment en faveur de qu'il pour la comme un argu- nouvelle Dynamique. bien extrêmement petit.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET est insensible Il que n 863 l' ASTRONOMIE également pour la Lune. il est cinq fois plus petit pour Vénus. la cure. puis- faudra toujours chercher une autre explication plus grande partie de l'anomalie de Mermais cela peut encore moins être regardé comme un argument contre elle. convient d'une théorie expliquer la dans les espaces interplanétaires. le est beaucoup plus En résumé. parce que a est pour Mercure. U vations faible astronomiques serait périhélie de Mercure^ de été observé san^ que pour Mercure. et six cents fois plus petit pour la Lune que soit grand. III LA THËORiE DE LESAGE II de rapprocher ces considérations proposée depuis longtemps pour gravitation universelle.

les chocs reçus par A dans la direction opposée à celle de B n'auront plus de contre-partie. sans cela. d'abord. auraient frappé A. Mais. des corps isolé dans l'espace ne sera pas affecté. et cette énergie devrait se retrouver sous forme de chaleur. Comment.SCIENCE ET MÉTHODE 264 grandes vitesses. non pas comme un . Un également dans toutes les directions. corps parfaitement élastiques. avec de très corpuscules très ténus. par les chocs de ces corpuscules. par exemple. Alors. TefTet serait nul. puisque ces chocs se répartissent tous les sens. en apparence. et nous allons la plaçant d'abord au point de vue nous en discuter de la Mécanique ordinaire. parce que les corpuscules interceptés par le corps B seraient remplacés par d'autres qui auraient rebondi sur B.. si deux corps A et B sont en présence. lois des corps les d'après ou d'après celles des corps dépourvus d'élasticité. Il faut donc que le choc fasse perdre de l'énergie aux corpuscules. et il pousseront A vers B. ou d'après une loi intermédiaire? Les corpuscules de Lesage ne peuvent se comporter comme des Telle est la théorie de Lesage . le corps B jouera le rôle d'écran et interceptera une partie des corpuscules qui. ou ne seront plus qu'imparfaitement compensés. . sans lui. doivent est-ce avoir lieu les chocs prévus par cette théorie parfaitement élastiques. il faut donc nous représenter la Terre. Mais quelle serait la quantité de chaleur ainsi produite? Observons que Tattraction passe à travers les corps. et que le calcul prouve que la compensation serait parfaite.

l'attraction était absorbée par les corps qu'elle traverse. dans le mouvement de la Lune. si nous adoptons la théorie de Lesage. mais entre lesquelles*' les corpuscules de Lesage peuvent circuler librement. mais comme formée nombre de molécules sphériques jouent individuellement le rôle 265 d'un très grand très petites. en effet. et sa démonstration ne laisse rien à désirer si. et il en résulterait. Pour nous en rendre compte. que la surface totale des molécules sphériques qui composent la Terre est tout au plus la dix-millionième partie de la surface totale de la Terre. puisque les vides y tiennent beaucoup plus de place que les pleins. à la surface totale S des molécules sphé- . puisqu'elle aurait une plus grande épaisseur à traverser. une inégalité très sensible. Ainsi. à la distance 1 sera alors proportionnelle. L'attraction exercée par la Terre sur une : masse à la 1 fois.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE écran plein. non seulement la Terre n'est pas un écran plein. Darwin a démontré que la théorie de Lesage ne conduit exactement à la loi de Newton qu'en supposant des corpuscules entièrement dénués d'élasticité. est affaiblie tout au plus d'un dix-millionième. mais ce n'est pas même une passoire. Nous devons donc conclure. en traversant la terre. elle ne serait plus proportionnelle aux masses. elle serdiit relativement plus faible pour les gros corps que pour les petits. qui de petits écrans. L'attraction du Soleil sur la Terre serait donc relativement plus faible que celle du Soleil sur la Lune. rappelons que Laplace a démontré que l'attraction.

à la vitesse v. on sait que les corps célestes se meuvent comme s'ils n'éprouproportionnelle à S. en efiet. en fuyant. et la précision des observations nous permet de fixer une limite à la résis- tance du milieu. sans aller au-devant de certains chocs. tandis que comme S^pv. il ne peut se mouvoir. et au cube de la cules.10*'^ fois celle de la lumière. Nous pouvons en déduire p et la quantité de cha- cette quantité suffirait pour élever température de 10^6 degrés par seconde. Nous avons donc une limite inférieure du produit Sv. devant ceux qui viennent dans la direction opposée. à la racine carrée de la densité formé par les corpuscules. nous voyons que Cette résistance variant Tattraction varie rapport de la résistance au carré de l'attraction le en raison inverse du produit S«. à 24. Mais il faut tenir compte de la résistance éprouvée par un corps qui se meut dons un pareil milieu.. comme Sov. Nous avions déjà une limite supérieure de est S (par l'absorption de l'attraction par rieure de la les corps nous avons donc une limite infévitesse v. qui doit être au moins égale qu'elle traverse) . la Terre recevrait dans un temps donné lO^o fois plus de leur produite la . de sorte que la compensation réalisée à Tétat de repos ne peut plus subsister.266 SCIENCE ET MÉTHODE riques qui la composent. or. . au contraire. à la vitesse v des corpusp du milieu La chaleur produite sera densité p. proportionnelle à S. à valent aucune résistance. La résistance calculée est p et à z.

ne veux pas parler de la chaleur que le Soleil je envoie à la Terre. mais l'attraction produite moindre également. Les ondes en question pourront donc jouer le rôle des corpuscules de Lesage. C'est là ce qu'admet.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 267 le Soleil n'en émet dans le même temps. Les difficultés ne sont pas écartées pour cela la vitesse de propagation ne peut être que celle de îa . Il est évident que la Terre ne résisterait pas long- temps à un pareil régime. . On ne serait pas conduit à des résultats moins fantastiques si. cette onde exerce sur lui une action mécanique due à la pression Maxwell-Bartholi. mais de celle qu'il rayonne dans chaleur que toutes les directions. Quand un objet matériel reçoit une onde lumineuse. tout comme s'il avait reçu le choc d'un projectile matériel. par exemple. sup- primons les corpuscules et imaginons que Téther soit parcouru dans tous les sens par des ondes lumineuses venues de tous les points de l'espace. Tommasina. contrairement aux vues de Darwin. de sorte que ce serait seulement la portion de cette force vive convertie en Chaleur qui contribuerait à produire l'attraction et que cela reviendrait au même. un emploi judicieux du théorème du viriel permettrait de s'en convertie serait rendre compte. M. on douait les corpuscules de Lesage d'une élasticité imparfaite sans être nulle. A la vérité. On peut transformer la théorie de Lesage. la force vive de ces corpuscules ne serait pas entièrement en chaleur.

rente de la lumière ordinaire et être. de très courte longueur d'onde. ou elle l'est à peine il n'en est pas de même de la lumière que nous connaissons. Pour toutes ces raisons. Les calculs ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on fait dans la théorie de Lesage ordinaire. à un la résistance chiffre inadmissible. ils ne sauraient il faudra passer à travers la Terre tout entière pénéplus X' beaucoup rayons imaginer des donc . Et encore les rayons X de ROnlgen que de la X ne suffiraient pas. l'attraction n'est pas absorbée par les corps qu'elle traverse. l'effet est nul. par exemple. Pour qu'il y ait attraction. D'un autre côté. quelque pénétrants qu'ils nous paraissent. Sans compter que. pour du milieu. mais alors il y a production de chaleur. La lumière qui produirait Tattraction newtonienne devrait être considérablement diffé. D'ailleurs. tout comme dans Thypothèse des corpuscules parla faitement élastiques. et le résultat conserve le même caractère fantastique. si lumière se réfléchit intégralement.SCIENCE ET MÉTHODE 268 lumière et Toii est ainsi conduit. le ciel entier devrait nous paraître beaucoup plus brillant que le Soleil. il jfaut que la lumière soit partiellement absorbée . la lumière qui permettrait d'expliquer rattracLion devrait se rapprocher beausi coup plus des rayons lumière ordinaire. sans quoi le Soleil nous repousserait au lieu de nous attirer. trants que les rayons X ordinaires. Ensuite une . de telle sorte que le Soleil nous paraîtrait s'y détacher en noir. nos yeux étaient sensibles à cette lumière.

Si nous supprimons les corpuscules et si nous revenons à Phypothèse de la pression Maxwell- . les de leur choc seraient conformes à ce Principe de Relativité. sans quoi ils phénomènes troubleraient à leur tour les d'attraction. et cependant une résistance du milieu très sensible. et alors d'imaginer une loi il est difficile de choc compatible avec le Prin- cipe de la Relativité. ce qui conduirait à une production de chaleur énorme. Les choses nous admettons la nouvelle Dynamique? Et d'abord. si ces corpuscules étaient parfaitement élastiques. D'ailleurs. Telles sont les hypothèses compliquées auxquelles on est conduit quand on veut rendre viaJble la théorie de Lesage. mais nous savons qu'alors leur effet serait nul. il faut admettre qu'elle est rayonnée dans soit tous les sens sous forme de rayons secondaires.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 2G9 portion de Ténergie de ces rayons X' devrait être détruite. 11 faut donc supposer que ces corpus- lois cules ne sont pas élastiques. sans quoi il n'y aurait pas d'attraction. on trouverait encore une production de chaleur considérable. pouvons-nous conserver le Principe de la Relativité ? Donnons d'abord à la théorie de Lesage sa forme primitive et supposons l'espace sillonné par des corpuscules matériels. que Ton pourra appeler X" et qui devront être beaucoup plus pénétrants encore que les rayons X'. tout ce que nous venons de dire suppose les lois ordinaires de la iront-elles mieux si Mécanique. Mais. Si on ne veut pas qu'elle transformée en chaleur.

variant en raison inverse du carré des distances et proportionnelle à Ténergie absorbée par les deux élec- Je ne puis entrer trons.Mectron. ici dans le détail des calculs. L'action moyenne est proportionnelle à cette différence. néanmoins. Cette action est très faible elle change de signe dans le courant de la période. si Télectron absorbe une partie de l'énergie incidente. en particulier celui qui est dû à la perturbation lumineuse eUe-même. par conséquent à l'énergie absorbée par l'électron. en effet.SCIENCE ET MÉTHODE 270 ne seront pas moindres. il absorbe de l'énergie. être . l'action moyenne n'est pas nulle s'il y a une différence de phase entre les vibrations de . cet . . . . l'électron et celles de l'éther. un de ces électrons. C'est ce qu'a tenté Lorentz lui-même dans son Mémoire à l'Académie des Sciences d'Amsterdam Bartholi. va entrer en vibration sa vibration va mais il synchrone de celle de la lumière pourra y avoir une différence de phase. doit exercer une action mécanique sur de plus. Considérons un système d'électrons plongés dans un éttier parcouru en tous sens par des ondes lumineuses. le résultat final est une que disons seulement attraction de deux électrons quelconques. Si. frappé par Tune de ces ondes. Un électron en mouvement est assimilable à un courant de convectîon. donc tout champ magnétique. c'est que c'est la l'élecvibration de l'éther qui entraîne l'électron tron doit donc être en retard sur l'éther. du 25 les difficultés avril i900.

qui ne diffère pas au fond de celle de Lesage-Maxwell-Bartholi. j'ai . beaucoup elles s'appuient seulement sur un ensemble assez sérieux de probabilités pour s'en faut de qu'on n'ait pas . IV % CONCLUSIONS. sans produc- tion de chaleur. par conséquent. sans quoi le lecteur aurait eu lieu d'être effrayé par leur hardiesse. ces théories subissent de nouvelles épreuves et qu'elles en triomphent. Il aurait trouvé que la température de la Terre devrait s'accroître de 10^^ degrés par seconde. et c'est ce qui a déterminé Lorentz à abandonner cette théorie. pour terminer. d'ici quelques années.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 27i ne peut donc y avoir d'attraction sans absorp- Il tion de lumière et. notre enseignement secondaire courra . Les théoil ries nouvelles ne sont pas encore démontrées doctrines . Je me donner en peu de mots une suis efforcé de idée aussi complète que possible de ces nouvelles cherché à expliquer comment elles avaient pris naissance. De nouvelles expériences nous apprendront. Le nœud mann de la question est dans l'expérience de Kauf- et celles qu'on pourra tenter pour la vérifier. sans doute. ce qu'on en doit définitivement penser. Il aurait été beaucoup plus effrayé encore s'il avait poussé le calcul jusqu'au bout. Supposons que. le droit de les traiter par le mépris. Qu'on me permette un vœu.

nos voitures n'atteindront jamais les vitesses où elle n'est plus vraie. Et alors. on les avertira qu'elle a fait son temps et qu'elle était bonne tout au plus pour cette vieille ganache de Laplace. plus de nuire au nécessaire. Est-il bon de les avertir qu'elle n'est qu'approchée ? Oui mais plus tard. I . . . quand ils^s'en seront pénétrés jusqu'aux moelles.272 SCIENCE ET MÉTHODE un grand danger alors : dront. Les nouveautés sont si attrayantes. avant de leur enseigner la mécanique ordinaire. et il dur de ne pas sembler assez avancé Au moins. faire quelques professeurs vou- une place aux nouvelles théories. et Ton ne doit penser au luxe que quand il ne risque est si ! . on voudra ouvrir aux enfants des aperçus et. sans inconvénient. C'est avec la Mécanique ordinaire qu'ils doivent c'est la seule qu'ils auront jamais à applivivre quer quels que soient les progrès de l'automobilisme. alors on pourra. quand ils ne risqueront plus de la désapprendre. ils ne prendront pas Thabitude de la Mécanique ordinaire. L'autre n'est qu'un luxe. leur en montrer les limites. quand ils auront pris le pli de ne penser que par elle. sans doute.

Tout le monde sait comment un grand nombre de physiciens modernes se représentent la constisuive. et tout ce tution des gaz. Les considérations que je veux développer ici. ont peu attiré jusqu'ici l'attention des astronomes . mais qui attend encore qu'on l'y je n'aurais non plus de résultats originaux à que je puis faire. Je n'ai pas faire connaître. c'est de donner une idée des problèmes qui se posent. guère à citer qu'une idée ingénieuse de lord Kelvin. mais que personne jusqu'à ce jour ne s'est préoccupé de résoudre.LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE CHAPITRE La voie lactée et la I théorie des gaz. qui nous a ouvert un nouveau champ de recherches. les gaz sont formés d'une multitude .

cette une sorte d'ordre moyen où C'est l'étude de cet ordre loi statistique rétablit l'esprit moyen peut se reprendre. mais que théorie cinétique des gaz vitesses des molécules . il n'est pas nécessaire cules viennent en contact.SCIENCE ET MÉTHODE 274 innombrable de molécules qui. que la grandeur de ces vitesses varie d'une molécule à l'autre. elles ne cessent de Tètre deux molécules viennent à passer assez près l'une de dans ce cas. Mais la loi des grands nombres. qui constitue la nous montre que les également réparties entre toutes les directions. mais il n'y a pas lieu d'entendre ce mot choc dans son sens l'autre. mais dans . cette loi suprême du hasard. C'est ce qu'on appelle quelquefois un choc. mais cette action décroît très rapidement avec la distance. nous devions désespérer. y semble d'abord que les chocs désordonnés de cette innombrable poussière ne peuvent engendrer s'il Il qu'un chaos inextricable devant lequel l'analyste doit reculer. il que suffit les deux molé- qu'elles appro- chent assez l'une de l'autre pour que leurs attractions mutuelles deviennent sensibles. se croisent et s'entrecroisent dans tous les sens. Les lois de la sont déviation qu'elles subissent mêmes que les avait eu choc véritable. vient à notre aide en face d'un demi-désoidre. animées de grandes vitesses. elle sont . le d'ésordre extrême. que leurs trajectoires restent de sorte sensiblement recti- que quand lignes. habituel. leur attraction ou leur répulsion mutuelle les fait dévier à droite ou à gauche. Ces molécules agissent probablement à dis- tance les unes sur les autres.

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ

même

275

soumise à une loi, dite loi
de Maxwell. Cette loi nous apprend combien il y a
de molécules animées de telle ou telle vitesse. Dès
que le gaz s'écarte de cette Joi, les chocs mutuels
des molécules, en modifiant îa grandeur et la direction de leurs vitesses, tend à l'y ramener promptement. Les physiciens se sont efforcés, non sam
succès, d'expliquer de cette matière les propriété^
expérimentales des gaz, par exemple la loi de
cette variation

est

Mariotte.

Considérons maintenant la Voie Lactée
là aussi,
nous voyons une poussière innombrable, seulement
les grains de cette poussière ne sont plus des atomes,
;

ce sont

des astres

,

ces grains se

avec de grandes vitesses

;

ils

meuvent aussi

agissent à distance les

uns sur les autres, mais cette action est si faible à
grande distance que leurs trajectoires sont rectiliet cependant, de temps en temps, deux
gnes
d'entre eux peuvent s'approcher assez pour être
déviés de leur route, comme une comète qui a passé
trop près de Jupiter. En un mot, aux yeux d'un
géant pour qui nos Soleils seraient pour nous nos
atomes, la Voie Lactée ne semblerait qu'une bulle
de gaz.
Telle a été l'idée directrice de lord Kelvin. Que
pouvons-nous tirer de cette comparaison ? Dans
quelle mesure est-elle exacte ? C'est ce que nous
allons rechercher ensemble ; mais avant d'arriver à
une conclusion définitive, et sans vouloir la préjuger, nous pressentons que la théorie cinétique des
gaz sera pour l'astronome un modèle qu'il ne devra
;

276

flCIENCE ET

MÉTHODE

pas suivre aveuglément, mais dont
ment s'inspirer. Jusqu'à présent,

il

pourra

utile-

Mécanique
attaquée
qu'au
système
solaire,
s'est
ne
ou à
Cteleste
quelques systèmes d'étoiles doubles. Devant cet
ensemble présenté par la Voie Lactée, ou les amas
d'étoiles, ou les nébuleuses résolubles, elle reculait,
parce qu'elle n'y voyait que le chaos. Mais la Voie
î^actée n'est pas plus compliquée qu'un gaz
les
méthodes statistiques fondées sur le calcul des prola

;

babilités

applicables

à

celui-ci,

le

sont aussi

à

Avant tout, il importe de se rendre compte
ressemblance des deux cas, et de leur diffé-

celle-là.

de

la

rence.

Lord Kelvin s'est efforcé de déterminer par ce
on en est
les dimensions de la Voie Lactée
réduit pour cela à compter les étoiles visibles dans
nos télescopes mais nous ne sommes pas sûrs que
derrière les étoiles que nous voyons, il n'y en a pas
d'autres que nous ne voyons pas ; de sorte que ce
que nous mesurerions de cette manière, ce ne serait
pas la grandeur de la Voie Lactée, ce serait la portée
de nos instruments. La théorie nouvelle va nous
offrir d'autres ressources. En effet, nous connaissons

moyen

;

;

les

mouvements des

étoiles

les plus

voisines

de

et nous pouvons nous faire une idée de la
grandeur et de la direction de leurs vitesses. Si les
idées exposées plus haut sont exactes, ces vitesses
doivent suivre la loi de Maxwell, et leur valeur
moyenne nous fera connaître, pour ainsi dire, ce
qui correspond à la température de notre gaz fictif.
Mais cette température dépend elle-même des

nous,

277

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAi

dimensions de notre bulle gazeiize. Comment va, en
effet, se comporter une masse gazeuse abandonnée
dans le vide, si ses éléments s'attirent d'après la loi
de Newton ? Elle va prendre la forme sphérique de
plus, par suite de la gravitation, la densité va être
plus grande au centre, la pression croîtra aussi de la
superficie au centre à cause du poids des parties
extérieures attirées vers le centre enfin, la tempéla température et la
rature croîtra vers le centre
pression étant liées par la loi dite adiabatique,
comme il arrive dans les couches successives de
;

;

:

notre atmosphère.
sera nulle, et

il

A

même,

la surface

même

en sera de

de

la

la pression

température

absolue, c'est-à-dire de la vitesse des molécules.

Une question

se pose ici

:

j'ai

parlé de la

loi

adiabatique, mais cette loi n'est pas la inême pour

tous les gaz, puisqu'elle dépend du rapport de leurs

deux chaleurs spécifiques pour Tair et les gaz analogues, ce rapport est de 1,42; mais est-ce à l'air
qu'il conviendrait d'assimiler la Voie Lactée? Evidemment non elle devrait être regardée comme un
gaz monoatomique, comme la vapeur de mercure,
comme Targon, comme Thélium, c'est-à-dire que le
;

;

rapport des chaleurs spécifiques devrait être pris

une de nos molécules ce
système solaire mais les planètes sont de bien petits personnages, le Soleil seul;
compte, de sorte que notre molécule est bien monoa-i
tomique. Et si nous prenons même une étoile

égal à 1,66. Et, en
serait par

double,

exemple

il

est

effet,

le

probable que

;

l'action

d'un

astre

étranger qui viendrait à en approcher deviendrait

>

SCIENCE ET MÉTHODE

278

assez sensible pour dévier le

mouvement de

transla-

tion général du système bien avant d'être capable

de troubler les orbites relatives des deux composantes rétoile double, en un mot, se comporterait
;

comme un atome

indivisible.

Quoi qu'il en soit, la pression, et par conséquent
température, au centre de la sphère gazeuse
seraient d'autant plus grandes que la sphère serait
la

plus grosse, puisque la pression s'accroît du poids

de toutes les couches superposées. Nous pouvons
supposer que nous sommes à peu près au centre de

Voie Lactée, et en observant la vitesse moyenne
étoile?»^ nous connaîtrons ce qui correspond à la température csjitrale de notre sphère
la

propre des

gazeuse et nous déterminerons son rayon.
Nous pouvons nous faire une idée du résultat par
faisons une hypothèse
les considérations suivantes
:

Voie Lactée est sphérlque, et les
masses y sont réparties d'une façon homogène ; il
en résulte que les astres y décrivent des ellipses
ayant même centre. Si nous supposons que la
plus simple

:

la

vitesse s'annule à la surface,

nous pouvons calculer

au centre par l'équation des forces
vives. Nous trouvons ainsi que cette vitesse est
proportionnelle au rayon de la sphère et à la racine
carrée de sa densité. Si la masse de cette sphère
était celle du Soleil et son rayon celui de l'orbite
terrestre, cette vitesse serait (il est aisé de le voir)
celle de la Terre sur son orbite Mais dans le cas
cette vitesse

que nous avons supposé, la masse du Soleil devrait
être répartie dans une sphère de ravon 1.000.000 de

«

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ
fois plus

grand, ce rayon étant

rapprochées

la distance

279

des étoiles

donc lO^^ fois
plus petite; or, les vitesses sont du même ordre,
donc il faut que le rayon soit 10^ fois plus grand,
les plus

;

la densité est

soit 1.000 fois la distance des étoiles les plus rapprochées, ce qui ferait environ un milliard d'étoiles

dans la Voie Lactée.
Mais vous allez dire que ces hypothèses s'écartent
beaucoup de la réalité d'abord, la Voie Lactée n'est
pas sphérique et nous allons revenir bientôt sur ce
;

point, et ensuite la théorie cinétique des gaz n'est

pas

compatible

avec

l'hypothèse

d'une

sphère
calcul exact conformé-

homogène. Mais en faisant le
ment à cette théorie, on trouverait un résultat différent sans doute, mais du même ordre de grandeur ;
or, dans un pareil problème, lès données sont si
incertaines que Tordre de grandeur est le seul but
que nous puissions viser.
Et ici une première remarque se présente; le
résultat de lord Kelvin que je viens de retrouver
par un calcul approximatif, concorde sensiblement
avec les évaluations que les observateurs ont pu
-faire

avec leurs télescopes

;

de sorte

conclure que nous sommes

qu'il

faudrait

tout près de percer
Voie Lactée. Mais cela nous permet de résoudre
une autre question. Il y a les étoiles que nous
voyons parce qu'elles brillent mais ne pourrait-il
y avoir des astres obscurs qui circuleraient dans les
espaces interstellaires et dont l'existence pourrait
rester longtemps ignorée ? Mais alors, ce que nouj
donnerait la méthode de lord Kelvin, ce serait le
la

;

SCIENCE ET MÉTHODE

2S0

nombre

en y comprenant les étoiles
son chiffre est comparable à celui

total des étoiles,

obscures

;

comme

que donne le télescope, c'est qu'il n'y a pas de
matière obscnro, ou du moins qu'il n'y en a pas tant
que de matière brillante.
Avant d'aller plus loin, nous devons envisager le
problème sous un autre biais. La Voie Lactée ainsi
constituée est-elle bien l'image d'un gaz proprement
dit ? On sait que Crookes^ a introduit la notion d'un
quatrième état de la matière, où les gaz devenus
trop raréfiés ne sont plus de vrais gaz et deviennent
ce qu'il appelle la matière radiante. La Voie Lactée,
vu la faiblesse de sa densité, sera-t-elle Timage de
la matière gazeuse ou celle de la matière radiante ?
Ce sera la considération de ce qu'on appelle le
libre parcours qui nous fournira la réponse.
La trajectoire d'une molécule gazeuse peut être
regardée comme formée de segments rectilignes
raccordés par des arcs très petits correspondant
aux chocs successifs. La longueur de chacun de ces

segments

est ce

qu'on

cette longueur n'est

appelle

pas la

le

même,

libre parcours

;

bien entendu,

pour tous les segments et pour toutes les molémais on peut prendre une moyenne c'est ce
cules
que l'on appelle le parcours moyen. Celui-ci est
d'autant plus grand que la densité du gaz est plus
faible. La matière sera radiante si le parcours moyen
est plus grand que les dimensions du vase où le
gaz est enfermé, de façon qu'une molécule ait
chance de parcourir le vase entier sans subir de
choc; elle reste gazeuse dans le cas contraire. II
;

;

comme nos conclusions précédentes sont heureusement très peu précises. t-elle passer moyenne des entre ces sphères ? A la distance Voie Lactée. . Qu'arrive-t-il alors pour la Voie Lactée ? C'est une masse de gaz dont la densité est très faible. ce qui représenterait une déviation d'une dizaine de degrés supposons donc chacune de nos étoiles enveloppée d'une sphère de garde de ce rayon une droite pourra. dans un tube de Crookes. . il faut pousser le vide d'autant plus loin que le tube est plus grand. Plaçons sur la sphère céleste un milliard de petits cercles d'un dixième de seconde de rayon. mais dont les dimensions sont très grandes une . Ainsi. le rayon de ces sphères sera vu sous un angle d'un dixième de seconde environ. nous étoiles de la . Avonsnous des chances pour que ces cercles recouvrent un grand nombre de fois la sphère céleste ? Loin de là ils n'en recouvriront que la seize millième partie. chances de la traverser sans subir de choc. dans un petit vase et . mais celle de la matière radiante de Crookes.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ résulte de là qu'un 281 même fluide peut être radiant gazeux dans un grand vase c'est peut-être pour cela que. c'est-à-dire sans passer assez près d'une autre étoile pour être sensiblement déviée de sa route ? Qu'entendons-nous par assez près ? Cela est étoile a-t-elle des forcément un peu arbitraire mettons que cela soit la distance du Soleil à Neptune. la Voie Lactée n'est pas l'image de la matière gazeuse. . Néanmoins. et nous avons un milliard d'étoiles. n'avons pas à les modifier sensiblement.

Tespace. les paraissent pas homogènes . des amas d'étoiles dont la forme est globulaire et auxquels s'appliquerait mieux ce que nous venons de dire jusqu'ici. Mais. Il gaz n'atteignent suite des chocs y aurait peut-être . à de la matière radiante leur équilibre adiabatique . puisque c'est là la Mais : n'est forme d'équilibre que prendrait un gaz isolé dans Il existe. direz-vous. puisqu'elle est plus épaisse au centre mais elle ne serait pas aussi accentuée. ils nous donneront plutôt quelque chose d'analogue ration serait stable. dont ils font même probablement partie. on l'observerait quand même la sphère serait homogène. Herschel s'était déjà préoccupé d'expliquer leurs remarquables apparences. . Il supposait que les étoiles des amas sont uniformément distribuées. or. de sorte qu'au bout d'une période Tamas retrouverait sa configuration primitive et que cette configu- amas ne on observe une condensation au centre. et bien qu ils soient plus denses. en revanche. de telle façon qu'un amas soit une sphère homogène chaque étoile décrirait alors une ellipse et toutes ces orbites seraient parcourues dans le même temps. et nous avons jusqu'ici raisonné comme si elle Tétait. ces amas sont beaucoup plus petits que la Voie Lactée. Malheureusement. On peut donc plutôt comparer un amas à un gaz en équilibre adiabatique et qui prend la forme sphérique parce que c'est la figure d'équilibre d'une masse gazeuse.SCIENCE ET MÉTHODE 282 autre difficulté la Voie Lactée il y a une pas sphérique. les que par innombrables des molécules. .

Supposons que les étoiles de Tamas aient justement assez d'énergie pour que leur vitesse s'annule quand elles arrivent à la surface alors. elles en sont sorties depuis longtemps. Nous avons donné plus haut une valeur pour les dimensions de la Voie Lactée. elles Font quitté pour n'y plus revenir. mais arrivées à arrière et le la surface. et nous l'avons déduite des vitesses propres observées . celles que nous observons. Or. nous aurions encore une matière que Ton pourrait regarder comme gazeuse si par hasard il y avait eu dans Tamas des étoiles dont la vitesse était plus grande. 13 . Pour toutes ces raisons.LA \OIE LACTÉE ET LA TOÉORIE DES GAI 283 moyen d'arranger cela. ceci entraîne un certain embarras. nous avons admis que les vitesses propres des étoiles. en après un grand nombre de traversées. . elles finiront par être déviées par un choc. elles pourront traverser Tamas sans choc. . il serait curieux d'examimer les amas connus. dans ces conditions. de chercher à se rendre compte de la loi des densités et de voir si c'est la loi adiabatique des gaz. suivant qu'elle sera partie de la surface dans le voisinage du milieu du disque ou bien du bord du disque la vitesse serait notablement plus grande dans le dernier cas. elle n'est pas sphérique et on se la représenterait plutôt comme un disque aplati. elles reviendront traverseront de nouveau . doivent être comparables à celles qu'atteindraient de semblables masses. Mais revenons à la Voie Lactée. Il est clair alors qu'une masse partie sans vitesse de la surface arrivera au centre avec des vitesses différentes. jusqu'à présent.

car je ne sais si une discussion systématique a été faite à ce point de vue. les molécules. car par suite des chocs. je veux dire les astres. D'autre part. un pareil équilibre ne saurait être que provisoire. manquent pour faire le la Terre sur Torbite . tst aplati comme la Terre. S'il . je propres. comme Jupiter. Ou bien le système tout entier est animé d'une lotation commune. seule figure d'équilibre d'une masse gazeuse isolée. me borne à vous faire entrevoir la possibilité de fonder une évaluation au moins approchée sur une discussion approfondie des mouvements calcul. de sorte que le système tendra vers la forme sphérique.SCIENCE ET MÉTHODE S84 même qui sont du ordre de grandeur que celle de mais quelle est la dimension ainsi? Est-ce Tépaisseur? mesurée avons nous que est-ce le rayon du disque? C'est sans doute quelque chose d'intermédiaire mais que pouvons-nous dire alors de l'épaisseur elle-même. et c'est pour cette raison qu'il plan. . vont acquérir à la longue des vitesses nota-^ blés dans le sens perpendiculaire à la Voie Lactée et finiront par sortir de son plan. Et alors nous nous trouvons en présence de deux ou bien les étoiles de la Voie Lactée hypothèses sont animées de vitesses qui sont en majorité parallèles au plan galactique. l'observation des mouve^ ments propres doit nous révéler une prépondérance des composantes parallèles à la Voie Lactée c'est à voir. ou du rayon du disque? Les données me. mais d'ailleurs distribuées uniformément dans tous les sens parallèlement à ce : en est ainsi. comme .

et on pourrait étudier leurs mouvements propres. une vitesse lO^^ plus lente que celle de la Terre. les observables nous mouvements propres paraîtront uniformément distri- bués et il n'y aura plus de prépondérance pour les composantes parallèles au plan galactique. Ils ne nous apprendront rien sur la rotation elle-même. sera une rotation très rapide. nous révèlent bien la rotation diurne de la Terre. si Mais cela ne fait rien. 285 comme que la rotation soit rapide. rapide sans doute. Seulement. Si les nébuleuses spirales sont d'autres Voies Lactées. Les étoiles fixes. mais sur sa rotation. puisque nous faisons partie du système tournant. bien . lui serait donc équivalente au point de vue de l'aplatissement. il faut l'équilibre stable soit possible.r VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ I>A tous corps les qui tournent. Il est vrai qu'elles sont très une nébuleuse a les dimensions de la Voie Lactée et si son rayon apparent est par exemple de 20". soit un trentième de seconde d'arc par siècle. puisque ce n'est pas sur translation de notre système que nous leur la deman- dons des renseignements. par leur mouvement apparent. sa distance est 10. La densité de la Voie Lactée est 10**^ fois plus faible que celle du Soleil. éloignées . mais il faut s'entendre sur le sens de ce mot. étrangères à la nôtre. une vitesse de rotation qui sera /lïP fois plus petite que celle du Soleil.000 fois le rayon de la Voie Lactée. presque trop rapide pour que l'aplatissement est considérable. elles ne sont pas entraînées dans cette rotation. Dans cette hypothèse.

elles font donc partie du système. Au contraire. Les spectres des deux premières familles ont été irrégulières déterminés. soit au contraire à s'en rapprocher. si rapide qu'elle soit relativement. soit qu'elles aient . on peut distinguer plusieurs familles comme : les nébuleuses nébuleuses planétaires et annulaires. et d'ailleurs les pointés sur les nébuleuses ne peuvent être très précis il faudrait donc des milliers d'années d'observations pour apprendre . d'ailleurs leur dis- tribution sur le ciel paraît dépendre de la Voie Lac- une tendance à s'en éloigner. ils celle d'Orion. les nébuleuses généralement considérées comme spirales sont indépendantes de la Voie Lactée on admet qu'elles sont comme elle formées d'une multitude d'étoiles. la rotation possible de la Voie Lactée. Je ne discuterai pas relative de plus longtemps la valeur ces deux hypothèses parce qu'il y en a une troisième qui est peut-être plus vraisemblable. et c'est là . quelque chose. On sait que parmi les nébuleuses irrésolubles. les nébuleuses spirales. en un mot. Les travaux récents de Stratonoff tendent à nous fuire regarder la Voie Lactée elle-même comme une nébuleuse spirale. dans cette deuxième hypothèse. d'autres Voies Lactées très tée. que ce sont. la figure de la Voie Lactée serait une figure d'équilibre définitif. Quoi qu'il en soit.1 ^88 SCIENCE ET MÉTHODl que leur distance soit immense. est bien lente au point de vue absolu. ces nébuleuses ne sont donc pas formées d'étoiles . les sont discontinus. éloignées de la nôtre. Malheureusement.

et les étoiles vont tendre à s'évader par l'équateur et formeront des courants divergents . que la rotation du noyau central soit rapide (vous savez ce que j'entends par ce mot). leur vitesse angulaire va diminuer. il faut les comparer à un gaz en mouvement permanent dans lequel régnent des courants intestins. et c'est pour cela que l'aile marchante semble en retard. le même sens. alors à l'équateur la force centrifuge l'emportera sur l'at-r traction. il est évident que c^est Vaile mar- chante qui est en retard sur le pivot et cela déter- mine il le sens de la rotation. . et que le rayon vecteur augmente. il n y aurait pas un véritable mouvement permanent. mais en s'éloignant. Supposons. tous les rayons spiraux sont courbés dans . il suffit de jeter les yeux sur une de ces images pour voir que la masse est en rotation on peut même voir quel est le sens èz. expliquer les apparences si singulières présentées par les nébuleuses spirales. est clair assimilées à un gaz en repos. Dans cette manière de voir.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE PES GAZ la troisième Comment 287 hypothèse dont je voulais vous parler.ïla rotation. le noyau central perdrait constamment de la matière qui s'en irait pour ne plus revenir et se viderait progressivement. Mais ce n'est pas tout que ces nébuleuses ne peuvent pas être . ni même à un gaz en équilibre relatif sous l'empire d'une rotation uni- forme . trop rapide pour l'équilibre stable. et qui sont trop régulières et trop constantes pour être dues au hasard ? Tout d'abord. comme leur moment de rota- tion reste constant. par exemple.

l'étoile perd sa vitesse et finit par s'arrêter. et. à ce moment ramène vers le noyau l'attraction la ressaisit et la y aura donc des courants centripètes. elle tend à s'accentuer par cette cause* . Dès qu'une inégalité s'est produite. D'ailleurs. c'est à cause de l'attraction exercée par les essaims déjà existants sur les étoiles qui sortent du noyau dans leur voisinage. A mesure qu'elle s'éloigne. On peut admettre toutefois que la rotation du noyau est plus rapide que celle tend à ralentir le pivot et celle des rayons. pourquoi ces essaims cen- tripètes et centrifuges tendent-ils à se concentrer en rayons au lieu de se disséminer un peu partout ? Pourquoi ces rayons se répartissent-ils régulièrement? Si les essaims se concentrent. en effet. l'at- traction exercée sur le pivot par l'aile marchante du pivot sur l'aile marchante tend à accélérer la marche de cette aile qui n'augmente plus son retard. au bout d'un certain temps. il faut que la force centrifuge composée soit compensée par Tattraction . si nous reprenons la comparaison avec une troupe en bataille qui exécute une conversion. Une question subsiste . Il faut admettre que les courants centripètes sont au premier rang et les courants centrifuges au deuxième rang.288 SCIENCE ET MÉTHODE Mais nous pouvons modifier Thypothèse. l'essaim s'étant courbé. un régime les permanent s'établit. de sorte que finalement tous les rayons finissent par tourner avec une vitesse uniforme. il exercée par les couches centrales de l'essaim sur couches extrêmes.

Je ne suis pas en état de préciser davantage : il me suffit de vous faire entrevoir que ces formes spi::^ raies pourront peut-être être expliquées un jour en ne faisant intervenir que la loi de gravitation et des considérations statistiques rappelant celles de la théorie des gaz. que tous les astres soient dans deux plans rectangulaires de façon que leur distribution soit symétrique par rapport à ces deux plans. celle de l'âge de la Voie Lactée ou des Nébuleuses. Cette configuration nous donnerait donc l'équilibre. Par symétrie. égaux entre eux et se coupant à90*. appeler votre attention sur une question. Si ce que nous avons . quand on fera la seconde édition de la Carte du ciel et qu'on la comparera à la première. Ce que je viens de vous dire des courants intestins vous montre qu'il pourra y avoir quelque intérêt à discuter systématiquement l'ensemble des mouvements propres.LA VOIE LACTÉE BT LA THÉORIE DES GAZ Pourquoi ment? Cela les 289 rayons se répartissent-ils régulière- est plus délicat. c'est ce qu'on pourra entreprendre dans une centaine d'années. Mais je voudrais. nous trouverons une configuration d'équilibre analogue avec quatre rayons courbes. il n'y aurait pas de raison pour qu'ils sortent de ces plans. Supposons qu'il n'y ait pas de rotation. celle que nous faisons maintenant. S'il y a rotation au contraire. cet équilibre pourra être stable. et si la rotation est assez rapide. mais ce serait un équilibre instable. pour terminer. ni pour que la symétrie s'altère.

et une fois sortie elle n'y rentrera plus. Cette espèce d'équilibre statistique dont les gaz nous donnent le modèle ne peut grand nombre de chocs. Considérons notre atmoà la surface doit régner une température sphère infiniment petite et la vitesse des molécules y est : voisine de zéro. si réellement la Voie Lactée (ou au moins les amas qui en font partie). Et ce n'est pas tout. nous pourrions nous en faire une idée. il ne pourra se produire qu'après un temps très long. Si ces chocs sont rares. mais les gaz en mouvement sont visqueux et leurs vitesses finissent par s'user. par suite des chocs. c'est qu'elles sont très vieilles. notre atmosphère se vide donc ainsi avec une . Ce qui correspOind ici à la viscosité (et qui dépend des chances de choc des molécules) est excessivement faible. de sorte que le régime actuel pourra persister pendant un temps extrêmement long. Nous en aurions également une limite supérieure. et alors elle va sortir de l'atmosphère. Nos nébuleuses spirales seraient assimilables à des gaz animés de mouvements permanents. de sorte que nos Voies Lactées ne pourront vivre éternellement ni devenir infini- ment vieilles. pas toujours cependant. une vitesse énorme. cet équilibre n'est pas définitif et ne saurait durer toujours. Mais il ne s'agit q le de la vitesse moyenne.SCIENCE ET MÉTHOBS 290 cru voir venait à se confirmer. et nous aurons Une limite inférieure de leur âge. une de ces molécules pourra acquérir (rarement il est vrai). si s'établir qu'à la suite d'un les nébuleuses ont atteint cet équilibre.

estiment que les Soleils ne tres peuvent avoir qu'une existence éphémère. et cela également limite sa durée. et laquelle? Je me borne à signaler la éteintes concilier cela avec ce difficulté sans prétendre la résoudre. et celles que nous voyons ne sont-elles qu'une faible minorité auprès de celles qui sont ou qui s'allumeront un jour? Mais comment que nous avons dit plus haut sur l'absence de matière obscure en proportion notable? Devrons-nous abandonner l'une des deux hypothèses. âge qui doit si peu étoiles qui la en même durer? ou bien doivent-elles y arriver toutes successivement. Faut-il croire que l'évolution de la Voie Lactée a commencé quand la matière était encore obscure? Mais comment les composent sont-elles arrivées toutes temps à Tâge adulte. même quand la solution en semble bien lointaine. Mais ici une difficulté se bien. je terminerai donc sur un grand point d'interrogation. Aussi bien est-il intéressant de poser des problèmes. Certains physiciens. La Voie Lactée va aussi de temps en temps perdre une étoile par le même mécanisme. . Eh il est certain que si nous supputons de Tâge de la Voie Lactée. nous allons trouver des chiffres énormes. cette façon présente.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ 291 extrême lenteur. se fondant sur d'auconsidérations. cinquante millions d'années environ. notre minimum serait bien plus grand que cela.

» Je voudrais essayer de vous faire une réponse un peu plus précise. ceux de la paix comme ceux de la guerre. ne peuvent être entrepris sans de longues études qui épargnent bien des tâtonnements. Ces études ne peuvent se faire que sur une bonne carte. j'imagine qu'il répondrait « Je suis porté à croire un luxe : que la utiles . des saécomptes et des frais inutiles. Tout le monde comprend quel intérêt nous avons forme et les dimensions de notre & connaître la globe mais quelques personnes s'étonneront peutêtre de la précision que l'on recherche.CHAPITRE II La Géodésie française. Est-ce là . Les grands travaux d'art. inutile ? A quoi servent les efforts qu'y dépensent les géodésiens ? Si l'on posait cette question à un parlementaire. géodésie est une des sciences les plus car c'est une de celles qui nous coûtent le plus cher. Mais une carte ne sera qu'une fantaisie sans aucune valeur si on veut la construire sans l'appuyer sur une .

de plus importantes. pas de grands travaux publics. sans bonne carte. ce sont les siques qui nous la donnent pas de bonne carte .293 LA GÉODÉSIE FRANÇAISE un corps ossature solide. au xviii* siècle. ici . et toute la . n'a que peu de prix. il y en a de à tout prendre. mesures géodé- donc. Autant faire tenir debout humain dont on aurait retiré le squelette. Ces raisons suffiraient sans doute pour justifier bien des dépenses. Or. cette découverte serait par elle-même sans grand intérêt. Maupertuis et La Condamine affrontaient des climats si divers. en effet. Ce n'est pas sur celles-là qu'il convient d'insister plus hautes et. ce n'était pas seulement pour connaître la forme de notre planète. il s'agissait du. au contraire. cette ossature. Elle deviendra précieuse. sans géodésie. en recherchant la cause de cette bosse. nous avons Tespoir de pénétrer de nouveaux secrets. Eh bien quand. Nous poserons donc la question autrement : la géodésie peut-elle nous aider à mieux connaître la nature? Nous en fait-elle comprendre l'unité et l'harmonie ? Un fait isolé. et les conquêtes de la science n'ont de valeur que si elles en préparent de nouvelles. Newton triomphait et avec lui la doctrine de la gravitation Mécanique céleste moderne. si. mais ce sont des raisons propres à convaincre des hommes pratiques. . Si la Terre était aplatie. Si donc on venait à découvrir une petit bosse sur l'ellipsoïde terrestre. système du Monde ! tout entier.

SCIENCE ET MÉTHODE 294 Et aujourd'hui. curieux de il . mais qu'ya-t-il dessous? De tous les voyages extraordinaires rêvés par Jules Verne. c'est-à-dire la millième partie de la masse totale. dans tous les cas. au contraire. un siècle et demi après la victoire des newtonienSj croit-on que la géodésie à nous apprendre? n'ait plus rien Nous ne savons pas ce qu'il y a dans l'intérieur du globe. Des observations nouvelles modifieront peut-être ces conclusions dans les détails. exercent au loin leur attraction qui agit sur le pendule et déforme le sphéroïde terrestre. est arrivé à un résultat toutes les fait pour nous surprendre. sous les continents. Eile nous fera ainsi voir réellement ces mystérieuses régions que Jules Verne ne nous montrait qu'en imagination. Les puits de mines et les sondages ont pu nous faire connaître une couche de 1 ou 2 kilomètres d'épaisseur. Sous les Océans. Mais ces roches profondes que nous ne pouvons atteindre. Notre vénéré doyen nous a. Paye. La géodésie peut donc les peser de loin. Ce n'est pas parant là un songe creux. M. bien y a des vides. il les profondeurs des roches d'une très dans a y grande densité. c'est peut-être le voyage au centre de la Terre qui nous a conduits dans les régions les plus inexplorées. pour ainsi dire. montré de quel côté il faut chercher et ce que le géodésien peut apprendre au géologue. et nous renseigner sur leur répartition. en commesures.

gigantesque pour l'époque. maintenant. Et. Les rivalités scientifiques sont toujours courtoises. pourquoi ai-je intitulé ce chapitre la Géodésie française ? C'est que. cette science a pris. bien entendu. un caractère national. malgré de dire : entre les lui. Au début du xyu!"" siècle. dans chaque pays. mais si l'individu le droit œuvre. presque toujours . la okême au penseur qui veut spéculer sur le passé de cette planète. ainsi que l'exige la théorie de la gravitation. Cette part. Pendant que Maupertuis un degré de méridien sous et Glairaut mesuraient le cercle polaire. Ce n'est donc pas entre les nations que les rivalités s'exercent. en tous cas. croyait notre globe allongé. parce qu'elles sont toujours fécondes. Eh bien ! dans ces entreprises qui exigent de longs efforts et tant de s'efface. 11 est aisé d'en apercevoir la raison. ou du moins elles sont néces- saires. plus que toutes les autres peutet Torigine être. et Cassini qui. des Sciences qui Ce fut entreprit cette tâche. Nous sommes amenés ainsi à chercher quelle a été la part de la France. ceci est collaborateurs. Bou-^ . de longues discussions s'élevèrent entre les newtoniens qui croyaient la Terre aplatie.295 LA GÉODÉSIE FRANÇAISB connaître et la constitution intérieure de Terre. L'observation directe pouvait seule trancher notre Académie la question. Il faut bien qu'il y ait des rivalités. trompé par des mesures inexactes. nul n'a mon hommes. je crois que nous avons le droit d'en être fiers.

quelque chose. Peut-être n'avait-il pas tout à fait tort. le pays un déserty et où opérait Maupertuis même il y goûta. de nos jours. vrais navigateurs C'était à peu près la région où. dans ce temps-là. pas les les Laponnes. l'agence Gook n'existait pas et Maupertuis croyait pour de bon avoir fait une expé- dition polaire. dans un pays où il y a de vraies banquises. le savant avait eu le malheur de déplaire à Voltaire. . des caravanes de touristes et de jeunes Anglaises. de confortables steamers transportent. n'était parmi du cœur que dit-on.296 SCIENCE ET MÉTHODE guer et La Cîondamine se dirigeaient vers les mon- tagnes des Andes. Certes. Le nom de Maupertuis nous est parvenu fortement égratigné par les griffes du docteur Akakia . Les Russes mesures analogues au Spitzberg. Il en fut d'abord flatteries des rois sont mais les loué outre mesure aussi redoutables que leur disgrâce. et la différence des temps compense bien et l^s Suédois poursuivent aujourd'hui des celle des latitudes. . Mais. chaque été. Mais ils ont de tout autres ressources. Les voyages n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui. Nos missionnaires s'exposaient à de grandes fatigues. car les lendemains en sont terribles Voltaire lui-même en a su qui était alors le roi de l'esprit. ces douces satisfactions arctiqnes ne connaissent pas. dans des régions soumises alors à l'Espagne et qui forment aujourd'hui la République de rÉquateur.

ce serait plutôt de la théorie qu'où ferait peu de cas. mais de l'enchaîner dans diviniser. flatterie Voltaire a appelé Maupertuis. Aujourd'hui. sans nul doute. Mais bientôt la scène change. il ne lui manque que d*être géomètre ». permettez-moi cependant quelques réflexions sur deux vers de Voltaire. faire un asile d'aliénés. il ne parle plus de le : . Ces deux vers (qui remplaçaient les hyperboliques louanges de la première heure) sont fo. tre suprême. La nature est-elle gouvernée par le capricOy ou . cher aplatisseur du monde et de Cassini. mais de son orgueil despotique. Voltaire était trop éclairé pour ne pas le comprendre. Je ne veux pas raconter ces luttes héroï-comiques. sir Isaac Maupertuis il lui a écrit « Il n'y a que le roi de Prusse que je mette de niveau avec vous. comme autrefois les Argonautes. Il ne parle plus de son esprit sublime.LA GÉODÉSIE FRANC ildS 297 mon aimable maîà penser. le poète a écrit : Vous avez confirmé dans des lieux pleins d ennui Ce que Newton connut sans sortir dérobez lui. et môme.Tt injustes. Dans son Discotiri sur la modération (il ne s'agit pas de la modératioii dans les éloges et dans les critiques). ou de descendre de TOlympe b conseil des dieux pour contempler ses travaux. C'est là méconnaître ie but de la science. Alors. et. marquis du cercle polaire. on n'estimait que les découvertes que Ton peut faire sans sortir de chez soi. doublé de >ès peu de science et de beaucoup de ridicule.

il semblerait que ces luttes gigantesques duslui en hommes de sent absorber toutes ses forces. . Certes. toutes deux seraient inutiles et sans intérêt. La France est déchirée à l'intérieur. est belle et par là digne d'être cultivée. elle ne vaudra pas celle de Newton qui avait reçu même de son collaborateur Glairaut. c'étaient des hommes de foi. Les il ce temps ne reculaient devant aucune entreprise. parce que son œuvre était nécessaire. des Laplace qu'elle le doit c'est aussi à la longue patience des Maupertuis et des La Condamine. Del ambre et Méchain furent chargés de mesure! . ces deux termes. c'est donc là notre but. Mais d'où peut nous venir cette révélation. la théorie serait vide. Toute l'Europe est armée contre elle. Isolées. sinon de l'accord d'une théorie avec l'expérience? Chercher si cet accord a lieu ou s'il fait défaut. Maupertuis a donc droit à sa part de gloire. reste encore pour servir la science. l'expérience serait myope. que nous devons comparer Tun à l'autre. ce n'est pas seulement au génie des Clairaut. Loin de là. Dès lors. Nous arrivons à ce qu'on peut appeler la seconde période héroïque de la Géodésie. Négliger l'un pour l'autre serait un nonsens. des d'Alembert. a si bien Télincelle divine .298 1 SCIENCE ET MÉTHODE rharmonie y règne-t-elle? voilà la question c'est quand elle nous révèle cette harmonie que la science . devancée par l'Angleterre au xvu* siècle. et si la France. ni celle pris sa revanche au siècle suivant. sont aussi indispensables l'un que l'autre. Elle n'est pas à dédaigner pourtant.

sur nos sommets récem- affranchis. sans espagnols étaient hostiios. on ne manquait pas de clochers : ments mystérieux mais s'y installer avec des instru- et peut-être diaboliques. servent souvent de signaux aux géodésiens. mais c'étaient des allié» qui sentaient un peu le fagot. Là. n'était-ce pas un sacrilège? Les révolutionnaires étaient les alliés de TEspagne. osait arborer Todieux étendard de contre-révolution? Force fut de border la toile blanche de bandes bleues et rouges. si les expéditions sont moins lointaines. .LA GEODESIE FRANÇAISE 299 un arc allant de Dunkerque à Barcelone. les difficultés étaient autres mais elles n'étaient pas moindres. Mais dans le pays que Delambre traversait. éleva alors des pyramides de planches qu'on recouvrit de toile blanche pour les rendre plus visibles. et qu'on peut viser avec précision. Ce Quel était ce ment la fut bien autre chose : de la toile blanche ! téméraire qui. les périls plus cette fois en même sont tout aussi grands. Méchain opérait en Espagne. les escadres ennemies nous en fermeraient les chemins. Delambre avait à lutter contre le mauvais vouloir de municipalités soupçonneuses. il n'y avait plus de clochers. On sait que les clochers. Je ne sais plus quel proconsul avait passé par là. et il se vantait d'avoir fait tomber tous les clochers qui s'élevaient orgueilleusement au-dessus de l'humble demeure des On sans-culottes. l'époque est si troublée que les obstacles. On ne va Laponie ou au Pérou . Mais. En France. qui se voient de si loin. Les pay.

écrit Méchain. Dégoûté et malade. on menace de venir nous égorger. Méchain n'obtint qu'après de longues semaines la permission de débarquer. la guerre. La peste n'était rien. Méchain expédition en Espagne : il fit une seconde se proposait de prolon- ger la méridienne de Barcelone jusqu'aux Baléares. aux lettres pastorales des évéques. la peste et les noires intrigues sont donc déchaînés contre moil » Le fait est qu'il rencontra chez ses collaborateurs plus d'orgueilleux entêtement que de bonne volonté et que mille incidents retardèrent son travail. L'entreprise était bien conçue et bien préparée. toutes ces îles se défiaient des îles plus redoutable voisines et craignaient d'en recevoirle fléau. la crainte de la peste était bien . grâce aux exhortations des curés. Quelques années après. il venait de demander son quand il mourut. peut-être avec quelque exagération. Le savant français rencontra toutes sortes de difficultés dont dance. elle échoua cependant. première qu'on cherchait à faire franun large bras de mer en observant les signaux dressés sur quelque haute monC'était la fois chir aux triangulations tagne d'une île éloignée. à la condition de faire vinaigrer tous ses papiers. ces farouches Espagnols se contentèrent de me« nacer. . » Heureusement. Ce furent Arago et Biot qui eurent l'honneur de rappel. les tempêtes. Tenfer et tous les fléaux qu'il vomit sur la terre. c'était Tantisepsie du temps.300 8CIENCE ET MÉTHODE Sans cesse. amèrement dans sa correspon- écrit-il. « il se plaint L'enfer.

Pourquoi cet étranger montait -il sur les montagnes pour faire des signauxl? C'était évidemment pour appeler Tarmée française. La prison elle-même n'était plus sûre. Grâce à l'appui du gouvernement espagnol. à la protection de plusieurs évêques et surtout à celle d'un célèbre chef de brigands. Ce navire est capturé par un corsaire espagnol et voilà Arago ramené en Espagne et traîné de cachot en cachot.301 LA GÉODÉSIE FRANÇAISI reprendre Tœuvre inachevée et de la mener à bonne fin. Là. il s'embarque pour Marseille sur un navire algérien. les opérations avancèrent assez vite. Arago ne put échapper à la populace qu'en se constituant prisonnier. il dut s'évader et gagner Alger. Les journaux de ce temps-là C'était le les donnaient quelquefois des nouvelles prématurées. que de ses sujets et de ses S'il ne s'était agi hôtes. au milieu de la vermine et dans la plus affreuse misère. présent que voyait à Napoléon. Il eut du moins la consolation d'apprendre qu'il était mort avec courage et chrétiennement. il n'avait d'autre distraction que de lire dans les journaux espagnols le récit de sa propre exécution. Dans sa prison. Le . et les prisonniers furent relâchés. Mais deux lions. Elles étaient heureusement terminées. et Biot était rentré en France quand la tem- pête éclata. le dey n'aurait rien dit. moment où TEspagne entière prenait armes pour défendre contre nous son indépendance. Le dey Le navire le il y avait à bord souverain africain en- menaça de la guerre.

Pendant de longs mais. il put retourner avait . qui voulaient aller à Marseille. et les marins algériens. Enfin. L'opération avait réussi. Enfin. Jusqu'ici. terribles aventures. puisqu'il y un astronome à bord mais l'astronome avait le mal de mer. la jonction de l'Espagne et de l'Afrique. Des stations furent installées sur quatre sommets. nous ne sommes pas restés inactifs et notre carte d'État-major est un modèle. en France ses observations qu'il avait conservées sous sa chemise. Cependant les méthodes nouvelles d'observation et de calcul nous vinrent surtout d'Allemagne et d'Angleterre. traversant à pied la Kabylie au milieu de mille périls. il fut retenu en Afrique et menacé du bagne. Aujourd'hui. Dans les années qui suivirent.SCIENCE ET MÉTHODE 302 point aurait dû être correctement fait. mais elle a tenu la scène presque seule. on a conçu des projets plus hardis encore. C'est seulement depuis une quarantaine d'années que la France a repris son rang. Elle le doit à un savant officier. abordèrent à Bougie. sur les deux rives de la Méditerranée. Longtemps. on aperçut ce mince filet de lumière qui avait parcouru 300 kilomètres au-dessus des mers. on attendit une atmosphère calme et limpide. D'une montagne voisine de Nice. Arago se rendit à Alger. qui a exécuté avec succès une entreprise vraiment audacieuse. et. le général Perrier. Delà. on enverra . ce qui est plus extraordinaire. ses instruments avaient traversé sans dommage ces . non seulement la France a occupé la première place.

se couvre de triangles mesurés avec précision. lés difficultés s'accroissent considérablement. nous sommes environnés de pièges et nous devons nous défier de mille causes d'erreur insoupçonnées. 11 faut donc créer des instruments de plus en plus . Nous n'avons plus à racoîiter d'aussi mais l'œuvre scientifique étonnantes aventures accomplie est immense. non plus en vue de déterminations géodésiques. Là encore. Et il ne faudra pas qu'il s'égare en route. La distance n'est que de 200 kilomètres. qui permet de déterminer la pesanteur avec une précision inconnue jusqu'ici. et je citerai aussi le pendule de M. Nos appareils pour la mesure des bases et des angles ne laissent rien à désirer. après s'être réfléchi sur un miroir placé en Corse. Depuis. la France ne s'est pas laissé distancer. impeccables. Mais à mesure qu'on recherche plus d'exactitude. mais pour mesurer la vitesse de la lumière. Le terrritoire de la France d'outre-mer. successivement dirigé par le général Bassot et . On est devenu de plus en plus exigeant et ce que nos pères admiraient ne nous suffit plus aujourd'hui. comme celui de la métropole. mais le rayon lumineux devra faire te voyage aller et retour.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 303 des signaux en Corse. le colonel Defforges. car il doit revenir exactement ati point de départ. L'avenir de la géodésie française est actuellement entre les mains du Service géographique de l'ar- mée. l'activité de la géodésie française ne s'est pas ralentie.

Je citerai enfin le niveUemeut général de la France qui à nos officiers sique : c'est la . au France la de Nos ingénieurs hydrographes apportent aussi à rœuvre commune un glorieux contingent. soucieux de ce qu'ils appellent leur gloire. il y eut souvent des ëiscussions dont quelques-unes soulevèrent de longs échos. Pour scientifiques ne féliciter. Entre les géodésiens d'autrefois. quoique séparés par de grandes distances. L'Académie a longtemps retenti de la querelle de Bouguer et de La Condamine. faire de On ne saurait trop s'en la géodésie. mais la discipline impose silence aux amours- propres trop sensibles. Tétude des marées leur offrent un vaste champ de recherches. Du reste. la science a toujours marché de pair avec J'ajoute qu'une le courage. Je ne veux pas dire que les militaires soient exempts de passions. collaborateurs et l'imposer à ses auxiliaires indigènes. suffisent pas . Plusieurs gouvernements étrangers ont fait appel pour organiser leur service géodépreuve que Pinfluence scientifique dehors ne s'est pas affaiblie. et qui devraient cependant opérer de concert. Le lever de nos côtes. organisation militaire assure l'unité d'action indispensable. dans notre armée.8CIBNCE ET METBODE 304 par le général Berthaut. de nos colonies. Ce sont là des qualités militaires. on sait que. Il serait plus difficile de concilier les prétentions rivales de savants jaloux de leur îndépeaatdance. il les aptitudes faut être capable de supporter de longues fatigues sous tous les climats il faut que le dbef sache obtenir Tobéissance de ses .

Ce n'est pas tout l'Association géodésique internationale a reconnu la nécessité d'une : mesure nouvelle de Tare de Quito. qui les a surnommés « los hombres de hierro ». mérite tous les éloges. Plus d'une fois. Elle l'admiration de M. puisque nos ancêtres avaient fait. nous sommes sûrs de Tavenir. Lallemand. Lacombe ont exé- cuté une première reconnaissance. La mission définitive partit ensuite sous le commandement de M. sans rien aperdent de la . dans les nuages et dans la neige. le général Alfaro. Mais nos officiers ont rencontré des difficultés imprévues dues au climat. elle y avait tous les droits. Arec de tels hommes. le lieutenant-colonel (alors commandant) Bourgeois. et la rapidité les capitaines avec laquelle ils Maurain et ont accompli leur mission. C'est la France qui a été chargée de cette opération . Le travail ne leur manquera pas. les exercer. les hommes de fer. l'un d'eux a dû rester plusieurs mois à l'altitude de 4. en tra- versant des pays difficiles et en gravissant les som- mets a fait les plus escarpés. la conquête scientifique des Cordillères.000 mètres. pas été contestés et notre gouver- nement a tenu à MM. du reste. déterminé jadis par La Condamine. prési- République de l'Equateur. d'ailleurs. Les résultats obtenus ont justifié les espérances que l'on avait conçues. pour ainsi dire. notre empire colonial leur ouvre d'immenses espaces mal explorés. Ces droits n'ont.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 305 i'exécute par les méthodes ingénieuses et précises de M.

grâce à leur persévé- rance et à leur courage. titude il n'en est résulté qu'un un surcroît de dépenses. sans que des mesures ait eu à en souffrir. retard et l'exac- . Mais.306 SCIENCE ET UËTHODB cevoir des signaux qu'il avait à viser et qui refusaient de se démasquer.

. et j'ai choisi naturellele plus étudiées. D'autres que moi auraient sans doute fait un choix mais peu importe. c'est pour choisir entre les faits innombrables qui s'ofTrent à sa curiosité. Je Tai expliqué d'abord par des considérations générales. Le savant qui les a constatés n'a rien appris qu'un différent . . un aussi. Il y a une hiérarchie des faits . car je crois qu'ils seraient arrivés aux mêmes conclusions. les uns sont sans portée. bien qu'un choix soit toujours un sacrifice. puisque aussi bien la naturelle infir- mité de son esprit l'oblige à faire un choix. Je l'ai expliqué ensuite par des exemples je ne les ai pas multipliés à Tinfini moi . j'ai dû ment questions que j'avais les faire choix.tX)NCLUSIONS GÉNÉRALES Ce que j'ai cherché à expliquer dans les pages qui comment le savant doit s'y prendre précèdent. qui est le principal instrument de la solution. ils ne nous enseignent rien qu'eux-mêmes. en rappelant d'une part la nature du problème à résoudre et d'autre part en cherchant à mieux comprendre celle de l'esprit humain.

Les faits à petit rendement. Les . ce n'est pas de cet esprit supérieur que nous pouvons nous servir. c'est du nôtre. Les faits à grand rendement. Mais je devrais dire plutôt que ce sont les faits que nous jugeons complexes. chacun d'eux nous enseigne une loi nouvelle. parce qu'ils ne sont influencés que par un petit nombre de circonstances bien définies. y fois. parce que Tenchevêtrement de ces circonstances dépasse la portée de notre esprit. part. Ces faits-là. d'autre a. parce que les circonstances multiples dont ils dépendent obéissent aux lois du hasard et arrivent ainsi à se compenser mutuellement. Et c'est là ce qui arrive le plus souvent. Sans doute un esprit plus vaste et plus fin que le nôtre en jugerait-il différemment. ce sont les faits complexes. sur lesquels des circonstances multiples peuvent exercer pend de une influence sensible.6CIENCE ET MÉTHODE 308 fait. soit qu'ils prennent une apparence de simplicité. semble-t-il se produisent mais ne sont pas destinés à se renouveler. Sans doute cette classification est relative et déla faiblesse de notre esprit. Mais peu importe. Et un choix. circonstances trop nombreuses et trop diverses. soit qu'ils le soient réellement. des faits à grand rendement. pour que nous puissions toutes les discerner. Et c'est ce qui nous a obligés à examiner d'un peu près ce que c'est que le hasard. et n'est faits une Il pas devenu plus capable de prévoir des nouveaux. ce sont ceux que nous jugeons simples. c'est à ceux-ci que le puisqu'il faut faire savant doit s'attacher.

j'ai montré à l'œuvre l'esprit du mathématicien. mais procédant . seraient réduits à une égaie impuissance. et sous trois formes l'esprit du mathématicien inventeur et créateur. ou dans les brumeuses années de notre enfance. La méthode de démons* tratîon n'est pas la même pour le physicien et pour le mathématicien. Dans un cas comme dans l'autre. deviennent accessibles au savant. la logique n'est pas tout. si j'ose m'exprimer ainsi. le vrai raisonnement mathématique est une véritable induction. mais aux sciences mathématiques. celui du géomètre inconscient qui chez nos lointains ancêtres. Partout nous avons vu le rôle de Tintuition et de l'esprit de généralisation sans lequel ces trois étages de mathématiciens. Pour mettre c« point en évidence. qui se découragerait devant l'extraordinaire complication des problèmes où ces ne sont pas applicables. nous a construit notre notion ins. lois et à rechercher les faits susceptibles de conduire à une loi. de l'espace celui de l'adolescent à qui les maîtres de l'enseignement secondaire dévoilent les premiers principes de la science et cherchent à faire tinctive . Mais les méthodes d'invention se ressemblent beaucoup. différente à bien des égards de Tinduction physique.CONCLUSIONS GÉNÉRALES faits où les lois 309 du hasard s'appliquent. comprendre les définitions fondamentales. Nous avons vu que ces considérations s'appliquent non seulement aux sciences physiques. Et dans la démonstration elle-même. elles consistent à remonter du fait à la loi.

Tous les pour renverser cet ordre et pour ramener l'induction mathématique aux règles de la logique n'ont abouti qu'à des insuccès. . l'Optique et TAstronomie. Pourquoi ? C'est parce qu'à mesure que ces sciences se sont développées. qui semblent la source commune de cours d'eau divergeant dans toutes les directions et qui sont comparables à ce nœud du Saint-Gothard d'où sortent des eaux qui alimentent quatre bassins différents. elles s'éclairent encore mutuellement par l'analogie. Les exemples que j'ai empruntés aux science» physiques nous ont montré des cas très divers de faits à grand rendement. et alors nous avons aperçu une espèce de dessin général de la carte de la science universelle. mais parmi ces faits simples nous devons préférer ceux qui sont placés à ces espèces de nœuds du Saint-Gothard dont je viens de parler. Une expérience de Kaufmann sur les rayons du radium révolutionne à la fois la Mécanique. Il y a des faits communs à plusieurs sciences. Et alors nous pouvons faire le choix des faits avec plus de discernement que nos devanciers qui regardaient ces bassins comme distincts et séparés par des barrières infranchissables. Et quand les sciences n'ont pas de lien direct.SCIENCE ET MÉTHODE 310 au général. Ce sont toujours des faits simples qu'il faut choisir. mal dissimulés par l'emploi d'un langage inaccessible comme efforts elle du qu'on a particulier faits au profane. nous avons mieux reconnu les liens qui les unissaient.

Et enfin quand le géodésîen voit qu'il faut dépla- un un bien à grand rendement. petit fait. sur son avenir.CONCLUSIONS GÉNÉRALES Quand on a 311 étudié les lois auxquelles obéissent les on savait qu'on s'attaquait à un fait de grand rendement et pourtant on estimait encore ce rendement au-dessous de sa valeur. à un certain point de vue. puisque les gaz sont. . mais parce que cette bosse lui donne des indications sur la distribution de la matière à l'intérieur du globe et par là sur le passé de notre planète. non cer sa lunette de quelques secondes pour viser signal qu'il a planté à grand'peine. cette petite bosse serait par elle-même sans grand intérêt. Timage de la Voie Lactée. dait guère. sur les lois de son développement. c'est là mais c'est un fait seulement parce que cela lui révèle l'existence d'une petite bosse sur le géoïde terrestre. ouvriront bientôt des horizons nouveaux à l'Astronomie qui ne s'y attengaz. et que ces faits qui ne semblaient intéressants que pour le physicien. Win .

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— Les Logiques nouvelles — Y. — Les derniers des Logisticient Chap. 64 II LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE Chap. la efforts 152 172 • . L — n. — — — III. III. ^ LIVRE . — Le hasard !•'. 7 i9 • 43 . IL faits . — La Relativité de l'Espace — Les définitions mathématiques 95 et l'Ensei- gnement 123 — Les Mathématiques et Logique — lY. • . — Le choix des — L'avenir des Mathématiques — L'invention mathématique IV.TABLE DES MATIÈRES *^1 INTRODUCTION LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCE Chap. 192 .

CONCLUSIONS GÉNÉRALES la tliéorie des gaz. . . . •• . • . . III.. . . — — I. 215 * . . II. 255 • • • 273 231 « LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE \ Chap. — La Mécanique et le Radium. • j • — La Mécanique et l'Optique. . — La Mécanique nouvelle et TAstronomie..314 TABLE DES MATIERE! LIVRE in LA MÉGANIQUE NOUVELLE Page» Ghaf. • 290 307 . IL — La voie lactée et — La Géodésie française. — I.

8339-12-19 — - PARIS. — IMP. . HEUMERLi ET c".

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