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Science et Méthode .

Gauthiers-Villars. un volume in-18. Carré et Naud. 1893. Carré et Théorie des Tourbillons. Carré. 1899: Paris. 1895. 2^ édition. Carré Capillarité. I.1 OUVRAGES DU MEME AUTEUR La Science et l'Hypothèse. Flammarion. Paris. Électricité et Optique. Théorie analytique de la Propagation de la Chaleur. Carré. I. Calcul des probabilités. Flammarion Lumière. 1893. II. Carré et Naud. un volume in-18. t. 1893. et 1892. . 1901. 1892. II. 1892. Dernières pensées. 1905. 1913. la in-18. La Valeur de la Science. et III. Théorie de l'Élasticité. Carré ei Xaud. 1906. Flammarion. Carré. Paris. t. un volume Théorie mathématique de t. Les Méthodes nouvelles de Mécanique céleste. 1896. Naud. Thermodynamique. Naud. Carré et Naud.

d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays.Bibliothèque de Pliilosopfiie scientifique Science et Méthode PAR H. 26 1920 Tous droits de traduction. . RUE RACINE. POINCARÉ Membre de l'Institut PARIS ERNEST FLAMMARION. ÉDITEUR 26.

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présager ce matiques. La méthode scientifique plus consiste à observer et à expérimenter. comme il n'a pas le temps de tout regarder et surtout de tout bien regarder. et qu'il vaut mieux ne pas regarder que de mal regarder. et on peut. La première question est donc de disposait d'un : savoir . Cette question se pose au physicien comme à l'historien . Le savant s'y conforme instinctivement. en réfléchissant sur ces principes. elle se pose également au mathématicien. si le savant temps infini* il n'y aurait qu'à lui « Regardez et regardez bien » dire mais. que peut être l'avenir des mathé- . comment il doit faire ce choix. il est nécessaire qu'il fasse un choix. et les principes qui doivent les guider les uns et les autres ne sont pas sans analogie.Science et Méthode INTRODUCTION Je réunis ici dlTerses études qui se rapportent ou moins directement à des questions de méthodologie scientifique.

montre que le savant ne peut s'en passer. Dans toutes les sciences d'observation. des généralités qui s'appliquent en et par exemple le mathématique ne diffère pas sensiblement du mécanisme de Tinvention en à toutes les sciences mécanisme de . il faut compter avec les erreurs dues aux imperfections de nos sens et de nos instruments.^ SCIENCE ET liÉTHODB On s'en rendra mieux compte encore si Ton observe le savant à Toeuvre et tout d'abord il faut connaître mécanisme psychologique de Tinvenlion et. Je suis obligé. tout le monde monde que l'espace est relatif. Mais qu'est-ce que le hasard? Cette le particulier. dans certaines conditions. on peut admettre que. Heureusement. L'observation des procédés de travail du mathématicien est particulièrement instructive pour le psychologue. Je dois d'abord parler de la notion d'espace. ou plutôt tout le dit. ces erreurs se compensent en partie. et de dire. celle de l'invention . notion est difficile à justifier et même à définir . en mathématique. dans les chapitres qui leur sont consacrés. au sujet des erreurs d'observation. de traiter des sujets un peu plus abstraits. l'invention général. de façon à disparaître dans les moyennes cette compensation est due au hasard. Il est donc nécessaire de donner une définition aussi précise que possible de cette notion pourtant si ce que indispensable et Ce sont somme là je si viens insaisissable. J'aborde ensuite des questions qui se rap- portent plus particulièrement à certaines sciences spéciales et d'abord aux mathématiques pures. mais que de personnes pensent encore sait le .

il suffit cepen- dant de réfléchir un peu pour apercevoir à quelles contradictions elles sont exposées. et par coiséquent sur leur véritable origine. d'abord par elles-mêmes. . suggérer d'utiles réflexions aux philoso- phesqui s'occupent de la logique des sciences. prii. Des efl'orts inouïs ont été tentés dans œ sens pour y parvenir. les derniers chapitres relatifs à la mécanique et à F. de renverser l'ordre historique de la genèse de nos conceptions et on a cherché à expliquer le fini par l'infini.stronomie seront d'une lecture plus facile. Les questions d'enseignement ont leur impor- tance. pèie à montrer qu'il y a une illusion décevante. ensuite parce que. J'esque le lecteur comprendra l'importance de la question et j'aidû me pardonnera Taridité des pages que y consacrer. sur la meilleure manière de faire pénétrer "^fléchir notions nouvelles dans les cerveaux vierges. la question que je me pose suivant et dont la solution pourrait. pour tous ceux qui aborderont le problème sans parti . Pourquoi les enfants ne comprennent-ils rien tions en ionner d'autres? C'est dam je le plus souvent aux défini- qui satisfont les savants? Pourquoi faut-il leur le chapitre Ciois. jts c'tst en même temps réfléchir sur la façon dont ces noions ont été acquises par nos ancêtres.O INTRODUCTION comme sî elles le croyaient absolu. Je croîs être parvenu. c'est-à-dire au fond sur leur véritable nature. D'aitre part. par exemple. on n'a pas craint. bien des géomètres croient qu'on peut réduire les mathématiques aux règles de la logiquB formelle.

Mais cet ensemble ne peut-il être comparé à celui des molécules d'un gaz d)nt la théorie cinétique des gaz nous a fait connai. eit un ensemble de Soleils dont les mouvements senblent d'abord capricieux. nos laboratoires sont trop petits. par une voie détournée.^ SCIENCE ET METHODI La mécanique semble sur le point de subir une révolution complète. La Voie Lactée. . L'astronomie nous offre des spectacles grandioses et On ne p3ut méthode expé- soulève de gigantesques problèmes. Mais il y a intérêt à faire connaître leurs doctrines. j'ai voulu faire en quelques lignes Thistâre du développement de la géodésie française 'ai montré au prix de quels efforts persévérants. songer à leur appliquer directement la rimentale. Certainement il brèche par de prématuré serait de leur donner raison dès aujourd'hui.re les propriétés? C'est ainsi que. Les notions qui paraissaient le mieux sont battues en établies hardis novateurs. la méthode du physicien peut venir en aide à l'astronome. car trop étonnantes J'ai suivi le plus les si j'ii possible Tordre nouvelles idées sembleraient on ne voyait comment elles #nt pu prendre naissance. Enfin. et souvent de quels dangers. uniquement parce que ce sont des novateurs. les géodésiens nous )nt procuré les quelques notions que nous posséd)ns •ur la figure de la Terre. par exemple. et c'est ce que cherché à historique faire. Jais Tanalogie avec les phénomènes que ces laboratoires nous permettent d'atteindre peut néanmoins giider l'astronome. Est-ce bien là une qies. .

INTRODUCTION O méthode? Oui. uni- . sans doute. cette histoire nous enseigne en effet de quelles précautions il faut tion de entourer jne opération scientifique sérieuse et ce qu'il faut de temps et de peines pour conquérir décimale nouvelle.

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Il faut choisir. ne laisser guider par l'utilité. part pourquoi «i la Science pour la Science » est à ses yeux une con- Nous ne pouvons connaître tous puisque leur nombre est pratiquement ception absurde. mieux nous besoins pratiques et surtout moraux n'avons-nous pas mieux à faire que de compter nombre des nète U . le coccinelles qui existent sur notre pla- ? est clair que le mot utilité n'a pas pour lui le . ce choix sur vaut-il pas par nos le dès lors. les faits.LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCS CHAPITRE L% choix des Tolstoï quelque explique I faits. pouvons-nous régler simple caprice de notre curiosité . infini.

ai-je besoin de rais me le dire. et elle doit si notre choix ne peut être déterminé que par le caprice ou par l'utilité immédiate. ni de l'autre idéal . et nous ne saurions les rattraper . Pour moi. mais à coup sûr mourraient d'ennui. ne voudrais ni de cette ploutocratie avide et bornée. c'est uniquement ce qui peut rendre veilles de l'électricité . c'est une affaire de goût et ce n'est pas ce point que je veux discuter.SCIENCE ET METHODE 8 sens que lui attribuent les hommes d'affaires. pendant que le savant découvre un fait. Mais les savants croient qu il y a une hiérarchie . et où je vivraient des sages sans curiosité qui. ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie. Gela est-il vrai ? Qu'il faille faire un choix^ cela n'est pas contestable. évitant les excès. retenir notre attention . Vouloir faire tenir la nature dans la science. La question n'en subsiste pas moins. quelle que soit notre activité. uniquement occupée à tendre la joue gauche. il ne peut y avoir de science pour la science. je ne sau- contenter ni de l'un. ni par conséquent de science. Mais cela. ni de cette démocratie vertueuse et médiocre. et derrière eux la plupart de nos contemporains. l'homme meilleur. Il se soucie peu des applications de Tindustrie. il s'en pro- duit des milliards de milliards dans un millimètre cube de son corps. des mer- ou de Tautomobilisme qu'il regarde plutôt comme des obstacles au progrès moral l'utile. ne mourraient pas de maladie. les faits vont plus vite que nous.

et qui pourtant avaient un autre guide que leur caprice. et ces si s'ils prati- hommes n'avaient fous désintéressés qui sont morts pauvres. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que les conquêtes de l'industrie qui ont enrichi ques n'auraient jamais vu pratiques avaient seuls été devancés par des tant le d'hommes jour existé.LB CHOIX DES FAITS des faits et cieux . Ceux qui auraient travaillé uniquement en vue d'une application immédiate n'auraient rien laissé derrière eux et. il faut que chacune de nos pensées soit aussi souvent utile que possible. toutes les fois du moins qu'ils poursuivent un but immédiat et toujours le même. comme ils sont nombreux. comme Mach. Cela nous montre choix . rait l'a dit pas plus chez l'homme que chez l'abeille ou la donc penser pour ceux qui n'aiment pas à penser et. tout aurait été i recommencer. et le plus souvent mieux que la raison ne guiderait une pure intelligence. et c'est pourquoi une loi sera d'autant fourmi. comment doit se faire notre les faits les plus intéressants sont ceux' qui . en face d'un besoin nouveau. qui ne pensaient jamais à l'utile. la plupart des hommes n'aiment pas à penser et c'est peut-être un bien. ces fous ont économisé à leurs successeurs la peine de penser. 8l si la pensée ne le fécondait pas. Or. puisque sans cela il n'y aurait pas de science et que la science existe. mais l'instinct c'est la routine. ils 9 qu'on peut faire entre eux un choix judi- ont raison. puisque l'instinct les guide. il ne progresseC'est que. Il faut plus précieuse qu'elle sera plus générale.

tout ce que nous saurions des autres cailloux ne vaudrait rien pour lui. Il est clair que dans un fait complexe. devant chaque objet nouveau nous serions comme Tenfant qui vient de naître. il n'y aurait pas de science peut-être . mais qu'ils soient répartis uniformément. Grâce à Dieu. avait que des individus pas les et pas d'espèce et si l'hérésemblables aux pères. comme lui nous ne pourrions dans un qu'obéir à nos caprices ou à nos besoins pareil monde.SCIENCE ET MÉTHODE 18 peuvent servir plusieurs fois ce sont ceux qui ont chance de se renouveler. Le biologiste serait tout aussi embarrassé s'il n'y la . celui-là n'est pas apprécié à sa valeur. Nous avons eu le bonheur de naître dans un monde où il y en a. mille circonstances dité fils sont réunies par hasard. toutes les fois que nous ramasserions un nouveau caillou. ne faisait Quels sont donc les faits qui ont chance de se renouveler ? Ce sont d'abord les faits simples. . Alors. qu'ils ne soient pas les uns communs et les autres rares. nous en ayons 60 milliards. comment Qui nous dit que ce que ne recouvre pas une effroyable les reconnaître ? Dious croyons simple . s'il y en a. puisque révolution n'aurait pu y développer les instincts conservateurs. . Supposons qn'^n lieu de 60 éléments chimiques. et qu'un hasard bien moins vraisemblable encore pourrait seul les réunir de nouveau. Mais y a-t-il des faits simples et. il y aurait une grande probabilité pour qu'il soit formé de quelque substance inconnue . pensée et même la vie y seraient-elles impossibles. il n'en est pas comme tous les bonheurs auxquels on est ainsi accoutumé.

Dans le premier cas. même s'ils ne le sont pas. Mais où est le fait simple ? Les savants ont été le chercher aux deux extrémités. il ne sait pas démêler. ce mélange ihtime a également plus de chance de se reproduire qu'un assemblage hétérogène le hasard sait mélanger. etpour faire avec des éléments multiples un édifice bien ordonné dans lequel on distingue quelque chose. Il y a donc peu de chance pour qu'un assemblage où on distingue quelque chose se reproduise jamais. nous avons chance de rencontrer de nouveau ce même fait simple. c'est et ce que qui la justifie peut- les faits fréquents nous paraissent simples. de deux choses Tune. Il y en a beaucoup au contraire pour qu'un mélange qui semble homogène au premier coup d'œil se renouvelle plusieurs fois. précisément parce que nous y sommes habitués. ou bien les éléments sont assez intimement mélangés pour ne pouvoir être distingués. ou bien cette simplicité est réelle. . c'est que nous devons préférer les faits qui paraissent simples à ceux où notre œil grossier discerne des éléments dissemblables. soit entrant lui-même comme élément dans un ensemble complexe. il faut le faire exprès.LE CHOIX DES FAITS 11 complexité ? Tout ce que nous pouvons dire. Dans le second cas. seront donc plus facilement ramenés par le hasard. Les faits qui paraissent simples. soit dans toute sa pureté. C'est ce qui justifie la méthode instinctivement adoptée par être le savant. dans l'inflnimen grand et dans Finfiniment petit. mieux encore. L'Astronome Ta . Et alors.

pourront être regardées comme constantes à l'intérieur de chacun de ces petits qualités.SCIENCE ET MÉTHODl 12 que les distances des astres sont immenses. Et. Le Socioles éléments. donc se préoccuper d'abord d'imaginer une méthode. trop variables. trop capricieux. sont plus semblables entre elles. De même le Biologiste a été instinctivement porté à regarder la cellule comme plus intéressante que l'animal entier. parce qu'aucune ne s'imposait. qui subissent des variations lentes et continues quand on passe d'un point du corps à l'autre. le Physicien. et on en a imaginé beaucoup. si grandes. parce que les conditions du problème. l'histoire ne recommence . a cherché le phénomène élémentaire en découpant fictivement les corps en cubes infiniment petits. appartenant aux orga nismes les plus divers. trop complexes euxmêmes en un mot aussi. pas est comment alors choisir le fait intéressant qui celui qui recommence la méthode. chaque thèse de sociologie propose une méthode nouvelle que d'ailleurs le nouveau docteur se garde bien d'appliquer. . il faut . cubes. qui logiste est plus embarrassé dissemblables. de sorte que la sociologie est la science sément le choix des faits. rences qualitatives s'effacent et parce qu'un point est plus simple qu'un corps qui a une forme et des au contraire. pour qui sait reconnaître leurs ressemblances. que chacun d'eux n'apparaît plus que comme un point si grandes que les diffé- trouvé parce . puisque les cellules. c'est préci. trop sont pour lui sont les hommes. que ne le sont ces organismes eux-mêmes. . l'événement et lui a donné raison.

et parmi les diffé- rences on choisira d'abord les plus accentuées. il . Mais pour cela comment les joindra a déterminé un point extrême de ne va pas rester tout près de celte va-t-il faire ? S'il la courbe. Le praticien qui ne se préoccuperait que de l'utilité immédiate observerait seulement les points dont il aurait besoin pour quelque objet spécial ces points se répartiraient mal sur la courbe ils seraient accumulés dans certaines régions. . de sorte qu'il serait impossible de les relier par un trait continu. On cessera de rechercher les ressemblances pour s'atta- cher avant tout aux différences. C'est donc par les faits réguliers qu'il convient de mais dès que la règle est bien établie. . mais parce qu'elles seront les plus instructives. non seulement parce qu'elles seront les plus frappantes. commencer . Un exemple simple fera mieux comprendre ma pensée je suppose qu'on veuille déterminer une courbe en observant quelques-uns de ses points. faits pleinement conformes sont nous apprennent plus rien de nouveau. il répartira régulièrement les points à observer et dès qu'il en connaîtra quelques-uns. par un tracé régulier et il possédera la courbe tout entière. .13 LE CHOIX DES FAITS qui possède le plus de méthodes et le moins de résultats. il . dès qu'elle est hors de doute. rares dans d'autres. et qu'ils seraient inutilisables pour d'autres applications. puisqu'ils ne C'est alors l'exception qui devient importante. les qui y sont bientôt sans intérêt. Le savant procédera différemment comme il veut étudier la courbe pour elle-même.

quand une règle est établie. par Tordre de leurs parties. Nous connaîtrons mieux ce coin pour avoir voyagé dans les pays où nous n'avions rien à faire. mais en y regardant de plus près. et ainsi de suite. aideront à mieux voir ou à mieux comprendre les petits changements qui peuvent se produire plus près de nous. ce que nous devons rechercher d'abord ce sont les cas où cette règle a le plus de chances d'être en défaut. elles se rapprochent par la forme. . nous voyons en général qu'elles se ressemblent. point le pius instructif sera celui du milieu. Ainsi. c'est moins de lointains constater les ressemblances et les différences. Et voilà ce qui fait le prix de certains faits qui viennent compléter un ensemble et montrer qu'il est l'image fidèle d'autres ensembles connus. différentes par la matière. maïs il va courir d'abord à Tautre bout après les deux extrémités le . entre autres raisons. dans le petit coin du naonde où nous sommes appelés à vivre et à agir. l'intérêt des faits astronomiques. Les règles particulières semblent d'abord discordantes. De là. Quand nous les envisagerons de ce biais. nous les verrons s'élargir et tendre à tout embrasser. Je ne puis insister davantage. nous pouvons trouver nos règles habituelles entièrement bouleversées et ces grands bouleversements nous . mais ces quelques .«CIENCE ET MÉTHODE 14 extrémité. ou bien très loin dans le temps. que de retrouver les similitudes cachées sous les divergences apparentes. Mais ce que nous devons viser. celui du passé géologique en allant très loin dans l'espace.

Au contraire. . la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. un squelette pour ainsi dire aux chatoyantes apparences qui flattent nos sens. et qu'une intelligence pure peut saisir. bien entendu. elle ne vaudrait pas la peine d'être connue. Si la il . et sans ce support. C'est elle qui donne un corps. le savant ne choisit doit observer. Le savant n'étudie pas la nature parce que cela est utile prend plaisir et belle. plus peut-être que pour le bien futur de l'humanité. que le savant se suffît se condamne à de longs et pénibles travaux.15 LB CHOIX DES FAITS f mots suffisent pour montrer que pas au hasard les faits compte pas des coccinelles. et c'est pourquoi un petit livre de physique contient tant d'expériences passées et mille fois plus d'expé- riences possibles dont on sait d^avaiice le résultat. qu'imparfaite parce qu'elle serait indécise et tou- jours fuyante. de cette beauté qui frappe les sens. mais elle n'a rien à faire avec la fi. Mais nous n'avons encore envisagé qu'un des côtés de la question. est sujet à de capricieuses variationse Il cherche à condenser beaucoup d'expérience et beaucoup de pensée sous un faible volume. la beauté intellectuelle àelle-même et c'est pour elle. . si intéressants qu'ils soient. loin de science je veux parler de cette beauté plus intime qui vient de Tordre harmonieux des parties. qu'il comme parce que le nombre de ces animaux. de la beauté des qualités et des apparences non que j*en fasse là. Il ne le dit Tolstoï. y prend il l'étudié parce qu'il y plaisir parce qu'elle est nature n'était pas belle. Je ne parle pas ici. la beauté de ces rêves fugitifs ne serait .

qu'il est . bien les le On peut monde rêver un monde harmonieux. que nous rechercherons de préférence les faits simples et les faits grandioses. com- réel le plus grands laissera loin derrière lui artistes Grecs. Et c'est ainsi également que cette économie de pensée. du nôtre. de Tharmonie du monde. qui nous fait choisir propres à contribuer à cette harmonie. les mesquin auprès du vrai ciel. Et Ton voit que le souci du beau nous conduit aux mêmes choix que celui de l'utile. Les édifices que nous admirons sont ceux où Tarchitecte a su proportionner les moyens au but. s'étaient construit qui un furent ciel . jamais. est une source de beauté en même temps qu'un avantage pratique.8CIENCB ET METHODB 16 donc C'est le sens la recherche de cette beauté spéciale. de même que l'artiste choisit. tantôt à scruter avec le nous microscope cette prodigieuse petitesse qui est aussi une grandeur. tantôt à rechercher dans les temps géologiques les traces d'un passé qui nous attire parce qu'il est lointain. Et il n'y a pas à craindre que cette préoccupation instinctive et inavouée détourne le savant de la recherche de la vérité. parmi les traits de son modèle. qui est d'après Mach la tendance constante de la science. que nous complairons tantôt à suivre la course gigantesque des astres. et où les colonnes semblent porter sans effort ^t allègrement le poids . Et c'est parce que la simplicité-. parce que la grandeur est belle. ceux qui complètent le porles faits les plus trait et lui donnent le caractère et la vie. cette économie d'effort.

mais tandis que cette recherche menait les uns à leur perte. sans se rendre compte des conséet pris leur place ? quences. Je sais bien qu'il y a des mécomptes. Sans doute un pareil triomphe ferait horreur à Tolstoï et il ne voudrait pas reconnaître qu'il puisse être vraiment utile. comme les gracieuses caria- tides de rErechthéion. On serait tenté de le croire. Mais cette recherche désintéressée du vrai pour sa beauté propre est saine aussi et peut rendre l'homme meilleur. si les Grecs ont triomphé des barbares et si l'Europe. .17 LE CHOIX DES FAITS qu'on leur a imposé. et même qu'il y a des savants qui ont un très mauvais caractère. c'est parce que les sauvages aimaient les couleurs criardes et leg sons bruyants du tambour qui n'occupaient que leurs sens. tandis que les Grecs aimaient la beauté intelcache sous la beauté sensible et que c'est celle-là qui fait l'intelligence sûre et forte. et que même temps l'outil que mieux manier? Ou bien y par suite elles sont en cette intelligence sait le a-t-il là un jeu d® révolution Les peuples dont et de la sélection naturelle? l'idéal était le plus conforme à leur intérêt bien entendu ont-ils exterminé les autres Les uns et les autres poursuivaient leur idéal. héritière de la pensée des Grecs. aux autres elle donnait Tempire. D'où vient cette concordance ? Est-ce simplement que les choses qui nous semblent belles sont celles qui s'adaptent le mieux à notre intelligence. domine le monde. que le penseur n'y puise pas lectuelle qui se toujours la sérénité qu'il devrait y trouver.

^* SCIENCE ET MÉTHOD» Doit-on dire pour cela qu'il faut abandonner la science et n'étudier que la morale ? Eh quoi. pense-t-on que les moralistes eux-mêmes sont irréprochables quand chaire 9 ils sont descendus de leur .

nous ne risquons pas de nous faire illusion sur la portée des résultats qu'il nous donne. et comme nous savons bien ce qu'il vaut. Pour prévoir Tavenir des mathématiques. Ils répétaient volontiers que tous les problèmes susN'est-ce pas là. un procédé en quelque sorte professionnel? Nous sommes accoutumés à extrapoler^ ce qui est un moyen de déduire l'avenir du passé et du présent. tout au les fait l'inventaire de ceux qui comportent solution. Il y a eu autrefois des prophètes de malheur. la vraie méthode est d'étudier leur histoire et leur état présent. avoir une problèmes. Bien des fois déjà on a cru avoir résolu tous moins. ou. Heureusement.CHAPITRE II L'avenir des Mathématiques. et qu'après eux il n'y aurait plus qu'à glaner. pour nous autres mathématiciens. ceptibles d'être résolus l'avaient été déjà. l'exemple du passé nous rassure. les du mot solution s'est problèmes insolubles sont devenus 2 les . Et puis le sens élargi.

C'est lui qui construit de . j'allais dire c'est les crée. cela deviendrait un peu ^ffrayant. le physicien lui-même. cela a été celle . ne pourra jamais contenir l'univers tout entier. Pour les Grecs. L'historien. lui non plus. rant la vérité inconnue. Les pessimistes se trouvaient ainsi toujours débordés. qui qu'un coin de l'univers. puis celle où ne figurent que des fonctions algébriques ou logarithmiques. mais il s'agit de savoir dans quel sens.SCIENCE ET MÉTHODE «0 plus intéressants de tous et d'autres problèmes se sont posés auxquels on n'avait pas songé. il en est qu'on laissera de côté et d'autres qu'on retiendra. d'autant plus que ces faits c'est son caprice. On me répondra « dans tous les sens » et cela est vrai en partie. parmi innombrables que la nature nous offre. doivent faire un choix n'est entre les faits . intention n'est donc pas de les com^battre Mon nous savons bien que les mathématiques continueront à se développer. le cerveau du savant. II en est de même. qu'on obtient par l'extraction de radicaux. le mathématicien. de sorte que. de sorte qu'à présent je crois bien qu'il n'y en a plus. toujours forcés de reculer. une bonne solution était celle qui n'emploie que la règle et le compas ensuite. a fortiori^ en mathématiques. ne peut conserver les faits pêle-mêle tous les faits qui se présentent à lui. qui lui. mais si cela était tout à fait vrai. Nos richesses ne tarderaient pas à devenir encombrantes et leur accumulation produirait un fatras aussi impénétrable que l'était pour l'ignopuisqu'ils sont morts.

l'avenir des mathématiques 21 une combinaison nouvelle en eu rapprochant lés éléments. Les physiciens non plus n'attendent pas. si nous n'avions pas cultivé les sciences exactes pour elles- mêmes. parce qu'elle n'aurait à leurs yeux qu'une curiosité sans intérêt pratique. nous aurions été désarmés. Les physiciens. pour notre et. ni électrochimie. forcés de choisir. nous autres géomètres. ne sont donc pas guidés dans leur choix uniquement par l'utilité. et savants du xviii® siècle ait fait avaient délaissé l'électricité. nous n'aurions au xx* siècle ni télégraphie. au lieu de cultiver notre science que de nous plaisir. nous n'aurions pas matique. pour un phénomène. si en les une nécessité. Cette façon de voir est-elle légitime? Certainement non. n'avoir d'autre souci accommoder au goût de la clientèle? Si les mathé- matiques n'ont d'autre objet que de venir en aide à ceux qui étudient la nature. et le créé l'instrument mathé- jour où serait venu le mot d'ordre du physicien. Comment donc fontils pour choisir entre les faits naturels? Nous l'avons été . Dira-t-on que. c'est de ces derniers que nous devons attendre le mot d'ordre. que le physicien ou Tingénieur lui demandent de calculer un nombre en vue d'une application. que quelque besoin urgent étudier de ils la vi^ matérielle leur ont bien raison. ce n'est pas en général la nature qui la lui apporte toute faite. Sans doute il arrive quelquefois que le mathétoutes pièces maticien aborde un problème pour satisfaire à un besoin de la physique. ni électrotechnique. nous devons nous borner à attendre les commandes.

22 8GIBNGB ET llâTHODB expliqué dan& le chapitre précédent. sous le fait brut. si ce n'est peut-être pour renseignement en sera tout autrement le jour où cette combinaison prendra place dans une classe de à donner un secondaire. som qui ne nous mais comme étroitement groupés avec d'autres. ce sont donc ceux qui analogues à beaucoup d'autres comme faits. En mathématiques nous faisons tout à fait la même chose. les faits qui Hes intéressent ce sont ceux qui peuvent conduire à la découverte d'une loi. Il sujet de devoir . Le fait isolé frappe tous les yeux. : cache derrière. L'anecdote de la pomme de Newton n'est probablement pas vraie. Eh bien. mais une de ces combinaisons. Les faits seraient stériles s'il n'y avait des esprits capables de choisir entre eux en discernant ceux derrière lesquels il se cache quelque chose et de reconnaître ce qui se c'est le lien qui unit plusieurs faits est profonde. apparaissent pas isolés. tant qu'elle est isolée. Mais ce que le vrai physicien seul sait voir. sentiront Tâme du fait. des éléments variés dont nous disposons. parlons-en donc comme si elle était vraie. mais cela ne sert absolument à rien. mais elle est symbolique. dont l'analogie mais cachée. ceux du vulgaire comme ceux du savant. nous devons croire qu'avant Newton bien des hommes avaient vu tomber des pommes aucun n'avait rien su en conclure. nous nous sommes souvent donné beaucoup de peine pour la construire. nous pouvons faire sortir des millions de combinaisons différentes. des esprits qui. est absolument dépourvue de valeur.

ce sera celui qui aura mis en évidence leur parenté. . nous leur épargnons pour plus tard d'innombrables manœuvres de cailloux. avec des cailloux ou autrement. Le sauvage calcule la avec ses doigts ou en assemblant de petits cailloux. si un milliard d'hommes avait dû la recommencer après lui. Tautre seul aura senti Tâme du fait. c'est-à-dire à la quantité de pensée qu'elle nous permet d'économiser. Celui-là n'a pas perdu son temps si même il ne calculait que pour son plaisir son opération uq lui a pris que deux minutes. L'importance d' jn fait se mesure donc à son rendement. Quelqu'un autrefois a reconnu. de d'effort. En apprenant aux enfants la table de multiplication. Le premier n'aura vu que le fait brut. elle en aurait exigé en tout deux milliards. que 6 fois 7 font 42 et il a eu Tidée de noter le résultat. l'histoire de la science nous fournirait une foule d'exemples qui sont familiers à tous. . dit que le Science est de produire l'économie de même que Et cela est machine produit l'économie très juste. ce jour-là. il lui aura suffi d'inventer un mot nouveau. Souvent.23 l'avenir des mathématiques combinaîsons analogues et où nous aurons remarqué cette analogie. mais d'une loi. ce ne sera pas Touvrier qui aura patiemment édifié quelques-unes de ces combinaisons. et c'est pour cela que nous n'avons pas besoin de recommencer. pour affirmer cette parenté. le véritable inventeur. Et. et ce mot aura été créateur. nous ne serons plus en présence d'un fait. Le célèbre philosophe viennois Magh a rôle de la pensée.

les faits à grand rendement sont ceux qui rentrent dans une loi très générale. est l'exemple simple qui se présente tout d'abord à l'esprit.24 SCIENCE ET MÉTHODE En physique. Ce n'est pas alors un résultat noules première veau que j'aurais acquis. Mais ce n'est là qu'un exemple grossier. pourvu que l'on remplace à la fin les lettres par des nombres. Je n'aurai pas perdu mon temps. si en un mot ils m'ont fait entrevoir la possibilité d'une généralisation. mais qu'il .logues et de les diriger à coup sûr en évitant tâtonnements auxquels j'ai dû me résigner la fois. si ces tâtonnements mêmes ont fini par me révéler Tanalogie profonde du problème que je viens de traiter avec une classe beaucoup plus étendue d'autres problèmes. Une formule algébrique qui nous donne la solu- tion d'un type de problèmes numériques. au contraire. c'est une force nouvelle. Si un résultat nouveau a du prix. Grâce à elle un seul calcul algébrique nous épargne la peine de recommencer sans cesse de nouveaux calculs numériques. tout le monde sent y a des analogies qui ne peuvent s'exprimer par une formule et qui sont les plus précieuses. et il n'en est pas autrement en mathématiques. je ne serai pas payé de ma peine si je ne suis devenu par là capable de prévoir les résultats d'autres calculs an2|. Je me suis livré à un calcul compliqué et suis arrivé péniblement à un résultat. parce qu'ils permettent d'en prévoir un très grand nombre d'autres. c'est quand en reliant des éléments connus depuis longtemps. s'ils m'en ont montré à la fois les ressemblances et les différences.

Qu'est-ce qui nous donne en effet dans une solution. Les seuls faits dignes de notre attention sont ceux qui introduisent de Tordre dans cette complexité et la rendent ainsi accessible. plus nous verrons cet ensemble clairement et d'un seul coup d'œil. ce qui nous permet par conséquent d'y voir clair et d'en comprendre Tensemble en même temps que les détails. Mais. Les mathématiciens attachent une grande importance à Télégance de leurs méthodes et de leurs résultats ce n'est pas là du pur dilettantisme. parce qu'il serait incapable de tout embrasser. en effet. leur symétrie.l'avbnir des mathématiques 25 jusque-là épars et paraissant étrangers les yns aux autres. précisément. plus par conséquent . il introduit subitement Tordre là où régnait Tapparence du désordre. . tout ce qui leur donne de Tunité. II nous permet alors de voir d'un coup d'œil chacun de ces éléments et la place qu'il occupe daûs Tenscmble. Ce fait nouveau non seulement est précieux par lui-même. le sentiment de Télégance? C'est Tharmonie des diverses parties. il n'en verrait que les délails à la façon d'un myope et il serait forcé d'oublier chacun de ces détails avant d'examiner le suivant. dans une démonstration. mieux nous apercevrons ses analogies avec d'autres objets voisins. . . c'est là aussi ce qui lui donne un grand rendement. mais lui seul donne lei3r valeur à tous les faits anciens qu'il relie. Teur heureux balancement c'est en un mot tout ce qui y met de Tordre. Notre esprit est infirme comme le sont nos il se perdrait dans la complexité du monde sens si cette complexité n'était harmonieuse.

et c'est à cause de cette adaptation même que cette solution peut être pour nous un instrument. du moins ses traits les plus caractéristiques. nous ne sommes pas satisfaits tant que nous n'avons pas montré que nous aurions pu prévoir^ sinon ce résultat tout entier. Pourquoi? Qu'estce qui nous empêche de nous contenter d'un calcul qui nous a appris. Cette satisfaction esthétique est par suite liée à l'économie de pensée. dans des cas ana- . elle est féconde même quand elle ne résulte que du contraste entre la simplicité des moyens et complexité du problème posé. quand un calcul un peu long nous a conduits à quelque résultat simple et frappant. C'est encore la comparaison de l'Erechthéion qui me vient à l'esprit. tout ce que nous désirions savoir? C'est parce que. En un mot. là encore elle est féconde. ie sentiment de l'élégance mathématique n'est autre chose que la satisfaction due à je ne sais quelle adaptation entre la solution que l'on vient de découvrir et les besoins de notre la esprit. semble-t-il. mais je x>e veux pas la resservir trop souvent. de L'élégance Timprévu par peut la les généra- provenir rencontre du inat- tendue d'objets qu'on n'est pas accoutumé à rapprocher. puisqu'elle nous dévoile ainsi des parentés jusque-là méconnues. C'est pour la même raison que.26 iCIENCE ET MÉTHODl nous aurons de chances de deviner lisations sentiment possibles. elle nous fait alors réfléchir à la raison de ce contraste et ie plus souvent elle nous fait voir que cette raison n'est pas le hasard et qu'elle se trouve dans quelque loi insoupçonnée.

l'âme du fait lui échappera toujours. Depuis le milieu du siècle dernier. on serait amené à conclure qu'avant 1820. Je crois que personne ne contestera cette vérité. Ce que nous venons de dire suffît pour montrer combien il serait vain de chercher à remplacer par un procédé mécanique quelconque la libre initiative du mathématicien. ce n'est pas seulement Tordre. . les mathématiciens sont de plus en plus soucieux d'atteindre à l'absolue rigueur. c'est l'ordre inattendu qui vaut quelque chose. Et puisqu'il nous permet de prévoir si la solution de ces problèmes sera simple.l'aVBNIR DE3 MATHÉMATIQUE» 27 logues. de sorte qu'on aperçoit immédiatement ce qu'il y faut changer pour Tadapter à tous les problèmes de même nature qui peuvent se présenter. Ce raisonnement étant court. c'est le néant. par exemple. piais sans elle il une démonstration qui n'est pas rigoureuse. ce n'y a rien . on en voit d'un seul coup toutes les parties. La machine peut mordre sur le fait brut. Pour obtenir un résultat qui ait une valeur réelle. il n'y avait pas de mathématiques. Mais si on la prenait trop à la lettre. il ne suffît pas de moudre des calculs ou d'avoir une machine à mettre les choses en ordre. le long calcul ne pourrait pas resservir. et même du raisonnement souvent à demi intuitif qui aurait pu nous permettre de prévoir. ils ont bien raison et cette ten- dance s'accentuera de plus en plus. il nous montre tout au moins si le calcul qu'il n'en est pas de mérite d*être entrepris. En mathématiques la rigueur n'est pas tout.

mais parce que je crains qu'en s'allongeant. bien voir. et si je crains les longueurs. C'est à l'économie de pensée que l'on doit viser. ils semblaient tous et qu'on retrouvait partout ils mais étaient rigoureux. étaient parfaitement longs. fait. Il faut qu'on puisse après nous se passer de au lieu de répéter un raisonnement résumer en quelques lignes. ceux qui les premiers se sont préoc- cupés avant tout de la rigueur nous ont donné des raisonnements que nous pouvons essayer d'imiter. Et c'est à quoi l'on a déjà réussi quelquefois par exemple il y avait tout un type de raisonnements qui se resces modèles déjà et. Seulement toujours nécessaire de le dire est-il tant de fois. ce n'est pas seulement parce que je redoute l'encombrement des bibliothèques. on n'a plus eu besoin de les répéter puisqu'on pou- . ce n'est donc pas assez de donner des modèles à imiter. . le . et pour le ils passaient là-dessus serait manifestement excessif. cela ne veut mais pas dire qu'ils ne le voyaient pas du tout trop rapidement. les traités de mathématiques vont devenir bien longs. les volontiers . nos démonstrations perdent cette apparence d'harmonie dont j'ai expli- qué tout à l'heure le rôle utile. mais si les démonstrations de l'avenir doivent être bâties sur ce modèle. Un jour on a imaginé le mot d'uniformité de la convergence et ce mot seul les a rendus inutiles.SCIENCE BT MÉTHODl 28 géomètres de ce ce que nous temps sous-entendaient expliquons par de prolixes discours. il aurait fallu qu'ils prissent la peine de le dire.

quantités imaginaires. Quand même langage a été bien choisi. puisque les noms sont devenus les mêmes. comme eux. On ne saurait combien un mot bien choisi peut économiser comme disait Mach. c'est pour cela qu'on a imaginé l^s quantités négatives. 29 Les coupeurs de difficultés en quatre peuvent donc nous rendre un double c'est d'abord de nous apprendre à faire comme eux au besoin. c'est l'un des caractères auxquels od . Il convient que ces choses. diff*érentes par croire de pensée. le faites pour un objet connu. Je ne sais si je n'ai pas déjà dit quelque part que la mathématique est Tart de donner le même nom à des choses différentes. sans pourtant rien sacrifier de la rigueur. on est tout étonné de voir que toutes les démonstrations.l'avenir des mathématiques vait les sous-entendre. que saisne l'oublions pas. les l'infini. qu'elles puissent pour ainsi dire se couler dans le moule. mais c'est surtout de nous permettre le plus souvent possible de ne pas faire service .^la forme. la matière. pas même les mots. bien. on n'a rien à y changer. sont pernicieuses. Un mot bien choisi suffit le plus souvent pour faire disparaître les exceptions que comportaient les règles énoncées dans l'ancien langage. Nous Tenons de l'importance des j'en pourrais citer voir par un exemple quelle est mots en mathématiques. mais beaucoup d'autres. s'appliquent immédiatement à beaucoup d'objets nouveaux. soient semblables pai. les points à je encore? Et Ëb les exceptions. parce qu'elles cachent les lois.

je signalerai ceux de groupe et d'inva- nous ont fait apercevoir l'essence de bien ils nous ont raisonnements mathématiques anciens mathémamontré dans combien de cas les ticiens considéraient des groupes sans le savoir. comment. Le intérêt. ils ont inventé le mot d'énergie. ils se croyant bien éloignés les uns des se trouvaient tout à coup rapprochés sans comprendre pourquoi. parce que lui aussi créait la loi en éliminant les exceptions. même. on connaît par cela même tous les groupes isomorphes mots de groupe et . d'ailleurs. agissent absolument de gage. Nous savons maintenant que dans un groupe la matière nous intéresse peu. Nous dirions aujourd'hui qu'ils avaient envisagé les groupes isomorphes. :iue c'est la forme seule qui importe et que quand on connaît bien un groupe. Les physiciens. ce sont ceux qui permettent ces heureuses innovations de lanfait brut est alors quelquefois sans grand on a pu le signaler bien des fois sans avoir rendu grand service à la science. Ils des . les mots qui ont exercé la plus heureuse Parmi influence. autres. parce qu'il donnait la le même nom à des choses différentes par matière et semblables par la forme. et ce mot a été prodigieusement fécond.SCIENCE ET MÉTHODE 30 reconnaît les faits à grand rendement. et grâce à ces d'isomorphisme qui résument en quelques syllabes cette règle subtile et la ren- . et riant. il ne prend de valeur que le jour où un penseur mieux avisé aperçoit le rapprochement qu'il met en évidence et le symbolise par un mot.

aussi nous avons tou- jours vu et nous verrons encore les mathématiciens marcher dans deux directions opposées. qui visent l'étude des postulats. et par conséquent de la nature . C'est pourquoi certaines spéculations mathématiques sont utiles. d'autant plus c'est celle de ses créations pour laquelle il a fait le moins d'emprunts au dehors. et c'est mouvement de aussi bien certainement ce qui le déterminera dans l'avenir. et c'est pour nos deux voisines que nous travaillons.» c'est réfléchir sur l'esprit humain qui l'a que créée. la science mathématique chir doit réflé- sur elle-même et cela est utile. notre science confine à la fois à la philosophie et à la physique. parce que réfléchir sur elle-même. L'idée de groupe se rattache d'ailleurs à celle de transformation. Mais la nature des problèmes qui se posent y contribue également.L* AVENIR DES MATHÉMATIQUES 31 dent promptement familière à tous les esprits. Plus ces spéculations s'écarteront des conceptions les plus communes. commes celles des géométries inaccoutumées. selon moi ce but est double. Voilà ce qui a déterminé jusqu'ici le sens du la science mathématique. d'un nombre entier. le passage est immédiat et peut se faire en économisant tout effort de pensée. Nous ne pouvons oubher quel doit être notre but. D'une part. des fonctions à allures étranges. pour- quoi attache-t-on tant de prix à l'invention d'une transformation nouvelle? parce que d'un seul théo- nous permet d'en tirer dix ou vingt elle valeur qu'un zéro ajouté à la droite rème elle a la même .

mais on pourrait calculer ce chiffre sans elle. du côté de la nature. elles nous montreront faire. Autrefois.32 SCIENCE ET MÉTHQDS mieux ce que Tesprit humain peut et des applications. si on savait au juste de quel chiffre ringénieur a besoin et avec quelle approximation. il suffirait de s'entendre l'ingénieur. vous savez qu'il n'y en a pas beaucoup. Ordinairement on ne la connaît pas. qu'il faut diriger le gros Là nous rencontrons qui nous disent : « le physicien ou Tingénieur Pourriez-vous m'intégrer équation différentielle. en réalité. mais cela n'est possible qu'une fois sur cent à peine. je le sais. ne rentre pas dans Tun des types intégrables. n'a pas besoin ^de l'intégrale en termes finis il a besoin de connaître l'allure générale de la fonction intégrale. drait un certain chiffre qui se déduirait facilement de cette intégrale si on la connaissait. mais alors à quoi servez-vous? » Le plus souvent. Mais c'est du côté opposd. j'en aurais besoin d'ici <cette à huit jours en yue de telle construction qui doit être ter- minée pour telle date. on ne considérait une équation comme résolue que quand on en avait exprimé la solution i d'un nombre de fonctions connues. répondons-nous. . quand il se sousde plus en plus à la tyrannie du monde extérieur. Ce que nous pouvons toujours faire. mieux par conséquent elles nous le feront trait connaître en lui-même. c'est de l'aide fini . • « Oui. de notre armée. ou simplement il vou. » « Cette équation. ou plutôt ce que nous devons toujours chercher à faire.

veut dire. on peut la représenter toujours par une série infinie convergente qui permet de la calculer. mais nous nous savons que cet anagramme traduisant dans le langage moderne: qui avons la « . n'y comprit rien du tout clef. Au contraire. nous paraît ne rien laisser à désirer. naturellement. Il reste ensuite à trouver la solution quantitative du problème. c'est pour le praticien qui désire avoir son nombre le plus promptement possible) et ensuite parce que nous aperceTons d'un coup d'œil la loi des termes (cela. c'est-à-dire de chercher à connaître la ainsi forme générale de la courbe qui représente la fonction inconnue. » et . et cela pour deux raisons. Gela peut-il être regardé comme une vraie solution ? On raconte que Newton communiqua à Leibnitz un anagramme à peu près comme ceci : aaaaabbbeeeeii^ etc. mais si Tinconnue ne peut être déterminée par un calcul fini. parce que la convergence est trop lente et parce que les termes se succèdent sans obéir à aucune loi. en le Je Leibnitz. c'est tielles. d'abord la série parce qu'elle converge très vite (cela.33 l'aVBNIR des IfATHÉMATlQUES résoudre le problème qualitativement pour dire. Une semblable solution aujourd'hui ne nous satisferait plus. Il voulait dire tout simplement qu'il pouvait former (par la méthode des coefficients indéterminés) une série de puissances satisfaisant formellement à Téquation proposée. sais intégrer toutes les équations différen- nous sommes amenés à nous dire que Newton avait bien de la chance ou qu'il se faisait de singulières illusions.

c'est peu de chose à nos yeux si nous n'avons sérieusement l'espoir de recommencer. Nous avons réussi. Pourquoi? parce que si nous avions su la prévoir une fois. . nous ne sommes pas satisfaits. nous arrivons à une formule suffisamment convergente. puisque cela ne l'aidera pas à terminer sa construction pour la date fixée. et il a raison.34 pour SCIENCE BT MÊTHODB aux besoins esthétiques du théo- satisfaire ricien). Et alors l'ingénieur trouve cela dérisoire. Mais alors il n'y a plus des problèmes résolus el d'autres qui ne le sont pas . nous saurions la prévoir une autre fois. A mesure que la science se développe. empiriquement pour ainsi dire. il devient Quelquefois en tâtonnant. nous pensons autrement et nous sommes quelquefois plus heureux d'avoir économisé un jour de travail à nos petits-fils qu'une heure . Quelquefois la série est de convergence si lente que le calcul est impraticable et qu'on n'a réussi qu'à démontrer la possibilité du problème. malgré tout. à nos contemporains. nous aurions voulu prévoir cette convergence. nous dit l'ingénieur et nous. ou régie par une loi plus ou moins harmonieuse. il y a seulement des problèmes plus ou moins résolus. . selon qu'ils le sont par une série de convergence plus ou moins rapide. Que voulez-vous de plus. Il se préoccupe peu de savoir si cela sera utile aux ingénieurs du xxn* siècle nous. Il arrive toutefois qu'une solution imparfaite nous achemine vers une solution meilleure.

dans àes rapprochements du même genre. ce serait un : obstacle fâcheux aux progrès de la Science. Nous devons en même temps entrevoir. Passons en revue les diverses sciences particulières dont Tensemble forme les mathématiques . ils seront ainsi le meilleur que remède au danger je viens d^ signaler. alors on cherche à la couper en morceaux. de telle façon que chacune d'elles pût profiter des conquêtes de l'autre. nous ouvriront des vues sur le champ du voisin. en nous mettant en rapport les uns avec les autres. voyons ce que chacune d'elles a fait. c'est par des rapprochements inattendus entre ses diverses parties que ses progrès peuvent se faire. lorsqu'on a pris conscience de la similitude de leur forme.L*AVEWIiR DES MATHÉMATIQUES 35 plus difficile de l'embrasser tout entière . où elle tend et ce qu'on peut en espérer. malgré sciences la dissemblance de leur matière. à sortir un peu de notre petit village. ce serait s'interdire ces rapprochements. Si les vues qui précèdent sont justes. à se contenter en un mot. Mais je me suis trop attardé à des généralités. nous devons voir que les grands progrès du passé se sont produits lorsque deux de ces se sont rapprochées. lorsqu'elles se sont modelées Tune sur l'autre. Espérons que des Congrès comme ceux de Heidelberg et de Rome. les progrès ad l'avenir* . nous obligeront à le comparer au nôtre. Si Ton continuait dans ce sens. Trop se spécialiser. à se spéciade Tun de ces morceaux liser. Nous Tavons dit. il est temps d'entrer dans le détail.

.36 8CIENCB ET HÉTHODB L'ARITHMÉTIQUE. mais si on l'avait vu. et cependant on ne voit pas encore très bien comment on pourra passer d'une elassiflcation à l'autre. en retard sur l'algèbre et sur mieux à faire c'est de chercher à se modeler sur ces sciences afin de profiter de leur avance. et il comprendre pourquoi. et qu'on se Si l'arithmétique est l'analyse. aussi ceux qui existent seront plus cachés et échap- peront plus longtemps aux chercheurs. il a pour ainsi dire son individualité propre chacun d'eux est une sorte d'exception et c'est pourquoi les théorèmes généraux seront plus rares dans la théorie des nombres. elles sont au moins pressenties depuis longtemps et le langage même des deux sciences montre qu'on les a aperçues. et ce ne serait plus l'œuvre de l'avenir. c'est pourquoi est aisé de ia continuité est . Ces analogies sont nombreuses et si. dans bien des cas. Le sentiment de un guide précieux qui fait défaut à Tarithméticien chaque nombre entier est séparé des autres. Les progrès de rarithmétique ont été beaucoup plus lents que ceux de l'algèbre et de l'analyse. L'arithméticien doit donc prendre pour guide les analogies avec l'algèbre. . ce qu'elle a de rend compte ainsi que la classification future de ces nombres a déjà pour image la classification des fonctions transcendantes. cela serait déjà fait. C'est ainsi qu'on parle de nombres transcendants. elles n'ont pas encore été étudiées d'assez près pour devenir utilisables.

Et quand les problèmes relatifs aux congruences à plusieurs Yariables seront résolus.l'avenir des mathématiques Le premier exemple qui me théorie des congruences. où 37 vient à Tesprit est la Ton trouve un paral- lélisme parfait avec celle des équations algébriques. celles qui satis- font à telle ou telle condition. C'est alors cette fois Taîgèbre qui prendra modèle sur l'arithmétique. Il ne faut pas croire que l'algèbre soit terminée parce qu'elle nous fournit des règles pour former toutes les combinaisons possibles cher les' . divers. on arrivera à compléter ce parallé- qui lisme. soit avec le poly- nôme entier à coefficients. soit avec le polynôme entier à coefficients quelconques. entierg» . Ainsi se constituera une sorte d'analyse indéterminée où les inconnues ne seront plus des nombres entiers. ce sera un premier pas vers la solution de beaucoup de questions d'analyse indéter- minée. doit subsister par exemple entre la théorie des courbes algébriques et celle des congruences à deux variables. La théorie des équations algébriques retiendra les encore longtemps Tattention des géomètres côtés par où on peut Taborder sont nombreux et . en se guidant sur l'analogie du nombre entier. L'ALGÈBRE. mais des polynômes. il reste à cher- combinaisons intéressantes. Certainement.

sortis de ce domaine restreint où . il ne nous resîl . ne soient autre chose que les faits algébriques ou analytiques exprimés dans un autre langage. et bien des esprits préfèrent ramener les problèmes d'analyse à la forme géométrique. semble que la géométrie ne puisse rien contenir qui ne soit déjà dans l'algèbre ou dans l'analyse que les faits géométriques. Malheureusement.SCIENCE ET MÉTB0DB 38 LA GÉOMÉTRIE. nos sens ne peuvent nous mener bien loin. mais que nous ne nous serions jamais posés à propos d'analyse. tera plus rien à dire qui se rapporte spécialement à la géométrie. Ce serait méconnaître l'importance même d'un langage bien fait. D'abord les considérations géométriques nous amènent à nous poser de nouveaux problèmes ce sont bien. L'analyse en profite cependant comme elle profite de ceux qu'elle est obligée de résoudre pour satisfaire aux besoins de la Physique. des problèmes analytiques. . si Ton veut. ne pas comprendre ce qu'ajoute aux choses elles-mêmes la façon d'exprimer ces choses et par conséquent de les grouper. et ils nous faussent compagnie dès que nous voulons nous envoler en dehors des trois dimensions classiques. On pourrait donc croire qu'après la revue que nous venons de passer. Est-ce à dire que. et aident à deviner la route à suivre. Un grand ment que avantage de la géométrie^ c'est préciséy peuvent venir au secours de les sens rintelligence.

même dans un cours d'université. Mais à quoi peut-elle servir ? 11 est aisé de le nous donne d'abord un langage très commode.30 l'avenir des mathématiques ils semblent vouloir nous enfermer. elle est aussi qualitative et voir : elle par là surtout qu'elle devient intéressante. asbtraction faite de . en nous rappelant sans cesse l'espace visible qui n'en est qu'une image imparfaite sans doute. comme dans tous les exemples précédents. c'est l'analogie avec ce qui est simple qui nous permet de comprendre ce qui est complexe. qui exprime en termes très concis ce que le langage analytique ordinaire dirait en phrases prolixes. De plus. sans provoquer trop d'éton- nement. Il nous permet . elle n'est pas purement quantitative. mais qui en est encore une image. Il y a une science qu'on appelle VAnalysis Situs et qui a pour objet l'étude des relations de position des c'est divers éléments d'une figure. ce langage nous fait nommer du même nom ce qui se ressemble et affirme des analogies qu'il ne noi^ laisse plus oublier. nous sommes aujourd'hui tellement familiarisés avec cette notion que nous pouvons en parler. nous ne devons plus compter que sur l'analyse pure et que toute géométrie à plus de trois dimensions est vaine et sans objet? Dans la génération qui nous a précédés. Ici encore.donc encore de nous diriger dans cet espace qui est trop grand pour nous et que nous ne pouvons voir. les plus grands maîtres auraient répondu « oui » . Cette géométrie à plus de trois dimensions n'est pas une simple géométrie analytique.

étaient imitées par un enfant. Cette géométrie est litative ses . On vrais si les grossièrement peut faire aussi une Ana- à plus de trois dimensions. L'importance lysis Situs de YAnalysis Situs est énorme et je ne saurais trop y insister le parti qu'en a tiré Riemann. les les autres. ils se . purement qua- théorèmes resteraient figures. qui a rendu à la science les services que l'on sait. Il faut qu'on arrive à la construire complètement dans les on aura alors un instrument espaces supérieurs réellement de voir dans Thyperespace permettra qui et de suppléer à nos sens. suffirait à le démontrer. et sans . Cantor a introduit dans la I . J'ai parlé plus haut du besoin que nous avons de remonter sans cesse aux premiers principes de notre science et du profit qu'en peut tirer l'étude de l'esprit humain.. je me trompe.SCIENCE ET MÉTHODE 40 leurs grandeurs. C'est ce besoin qui a inspiré deux tentatives qui ont tenu une très grande place dans rhistoire la plus récente des mathématiques. est mais p^sque leur solution nécessaire à une foule de questions d'analyse ils se seraient posés isolément. . La première est le cantorisme. seraient posés certainement. LE CANTORISME. . Les problèmes de YAnalysis Situs ne se seraient peut-être pas posés si on n'avait parlé que le langage analytique ou plutôt. l'un de ses principaux créateurs. au lieu d'être exactes. uns après qu'on puisse apercevoir leur lien commun.

mais il est arrivé qu'on s'est ler heurté à certains paradoxes. Je pense pour mon compte. qui auraient d'Elée et l'école LA On de Mégare. De là Thorreur qu'il a quelquefois inspirée à certains esprits. comme auraient dit les scolastiques. Et alors RECHERCHE DES POSTULATS. il part da genus supremum et ne définit. que per genus proximum et differenliam specificam. et je ne suis pas le seul. nous pouvons nous promettre la joie du médecin appelé à suivre un beau cas pathologique. Quel que soit le remède adopté. dont Tidée favorite était de comparer les sciences mathématiques aux sciences naturelles. c'est qu'au lieu de s'élever au général en bâtissant des constructions de plus en plus compliquées et de définir par construction. d'énumérer les ou moins dissimulés.l'avenir des mathématiques 41 science une manière nouvelle de considérer rinfini mathématique et nous aurons l'occasion d'en reparau chapitre VIL Un des traits caractéristiques du cantorisme. à Hermitte par exemple. Chez la plupart d'entre nous ces préventions s'étaient dissipées. à certaines contradic- comblé de joie Zenon chacun de chercher le renfiède. que l'important c'est de ne jamais introduire que des êtres que l'on puisse définir complètement en un nombre fini de mots. tions apparentes. qui servent de fondement aux diverses théories s'est axiomes efforcé d'autre et les postulats plus part .

Je pense que ces exemples auront suffi pour montrer par quel mécanisme les sciences mathématiques dans quel sens ont progressé elles doivent dans le passé. ce qui ne saurait quand quand on aura tout énuméré. que je ne saurais songer à rendre complète. J'arrête cette revue. marcher dans et l'avenir. et cha-:{ue classification nouvelle sera instructive pour le philo- sophe. Mais . . il y aura bien des manières de tout classer un bon biblio tarder. Hilbert a obtenu les résultats les plus brillants. Il semble d'abord que cedomai le soit bien limité et qu'il n'y ait plus rien à y fai e l'inventaire sera terminé.8CIENCB ET MÉTHODE 42 mathématiques. thécaire trouve toujours à s'occuper. M.

de sorte qu'en étudiant le processus de la pensée géométrique. J'avais arrêté quand les les résultats principaux traits de cet article de cette enquête ont été publiés.CHAPITRE L'invention III mathématique. et il y a quelques mois une revue intitulée V Enseignement Mathématique et dirigée par MM. C'est Tacte dans lequel l'esprit humain semble le moins emprunter au monde extérieur. c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'esprit humain que nous pouvons espérer atteindre. La genèse de l'Invention mathématique est un problème qui doit inspirer le plus vif intérêt au psychologue. car je n'ai . a entrepris une enquête sur les habitudes d'esprit et les méthodes de travail des différents mathématiciens. Laisant et Fehr. je ne dis pas l'unanimité. je me bornerai à dire que la majorité des témoignages confirment mes conclusions. où il n'agit ou ne paraît agir que par lui-même et sur lui-même. donc guère pu les utiliser. On Ta compris depuis longtemps.

SCIENCE ET MÉTHODE

44

quand on consulte

le suffrage universel,

on n« peut

se flatter de réunir l'unanimité.

nous étonner, ou plutôt
nous n'y étions si habitués.
Gomment se fait-il qu'il y ait des gens qui ne comprennent pas les mathématiques? Si les mathématiques n'invoquent que les règles de la logique,

Un premier

doit

fait

devrait nous étonner,

celles qui sont
faits;

si

qui sont

si

acceptées par tous les esprits bien

leur évidence est fondée sur des principes

communs

à tous les

hommes

et

que nul ne

saurait nier sans être fou, comment se fait-il qu'il y
ait tant de personnes qui y soient totalement réfractaires?

Que tout
tion,

cela

monde ne

le

monde ne
rien

n'a

soit

pas capable d'inven-

de mystérieux. Que tout

le

puisse retenir une démonstration qu'il a

apprise autrefois^ passe encore. Mais que tout

le

monde ne puisse pas comprendre un raisonnement
mathématique au moment où on le lui expose,
voilà qui paraît bien surprenant quand on y réfléEt pourtant ceux qui ne peuvent suivre ce
cela
raisonnement qu'avec peine sont en majorité
est incontestable et l'expérience des maîtres de
renseignement secondaire ne me contredira certes
chit.

:

pas.

Et il y a plus comment Terreur est-elle possible
en mathématiques? Une intelligence saine ne doit
pas commettre de faute de logique, et cependant il
y a des esprits très fins, qui ne broncheront pas
dans un raisonnement court tel que ceux que Ton a
:

à faire dans les actes ordinaires de la vie, et qui

l'invention hathématiqub

45

sont incapables de suivre ou de répéter sans erreur
les

démonstrations des

plus longues, mais

mathématiques

qui

sont

qui ne sont après tout qu'une

accumulation

de petits raisonnements tout à fait
analogues à ceux qu'ils font si facilement. Est-il
nécessaire d'ajouter que les mathématiciens

mêmes ne

eux-

sont pas infaillibles?

La réponse me semble s'imposer. Imaginons une
longue série de syllogismes, et que les conclusions
des premiers servent de prémisses aux suivants
nous serons capables de saisir chacun de ces syllo:

gismes, et ce n'est pas dans le passage des prémisses à la conclusion que nous risquons de nous

tromper. Mais entre le moment où nous rencontrons
pour la première fois une proposition, comme conclusion d'un syllogisme, et celui où nous la retrouvons

comme

prémisse d'un autre syllogisme,

il

se sera

beaucoup de temps, on aura déroulé
de nombreux anneaux de la chaîne; il peut donc
écoulé parfois

arriver qu'on

l'ait

oubliée

;

ou, ce qui est plus grave,

qu'on en ait oublié le sens. Il peut donc se faire
qu'on la remplace par une proposition un peu différente, ou que, tout en conservant le même énoncé,

on

lui attribue

un sens un peu

différent, et c'est

ainsi qu'on est exposé à l'erreur.

Souvent le mathématicien doit se servir d'une
naturellement il a commencé par démonrègle
trer cette règle; et au moment où cette démonstration était toute fraîche dans son souvenir il en com:

prenait parfaitement le sens et la portée, et
risquait pas de l'altérer. Mais ensuite

il

l'a

il

ne

confiée à

8CIENCE ET MÉTHODE

46

mémoire
mécanique
sa

;

et

il

ne rapplique plus que d'une façon

et alors si la

mémoire

lui fait défaut,

il

peut rappliquer tout de travers. C'est ainsi, pour
prendre un exemple simple et presque vulgaire, que

nous faisons quelquefois des fautes de calcul parce
que nous avons oublié notre table de multiplica^tion.

A

aux mathémadue qu'à une mémoire très sûre, ou

ce compte, l'aptitude spéciale

tiques ne serait

bien à une force d'attention prodigieuse. Ce serait
une qualité analogue à celle du joueur de whist,
qui retient les cartes tombées ou bien, pour nous
élever d'un degré, à celle du joueur d'échecs qui
;

peut envisager un nombre très grand de combinaisons et les garder dans sa mémoire. Tout bon

mathématicien devrait être en même temps bon
joueur d'échecs et inversement il devrait être également un bon calculateur numérique. Certes, cela
arrive quelquefois, ainsi Gauss était à la fois un
géomètre de génie et un calculateur très précoce et
;

très sûr.

y a des exceptions, ou plutôt je me
trompe, je ne puis pas appeler cela des exceptions,
sans quoi les exceptions seraient plus nombreuses
que les cas conformes à la règle. C'est Gauss, au
contraire, qui était une exception. Quant à moi, je
suis obligé de l'avouer, je suis absolument incaMais

il

pable de faire une addition sans faute. Je serais
également un fort mauvais joueur d'échecs; je calculerais bien qu'en jouant de telle façon je m'expose
à tel danger; je passerais en revue beaucoup d'au-

l'invention mathématique

47

coups que je rejetterais pour d'autres raisons,
par jouer le coup' d'abord examiné,
ayant oublié dans Tintervalle le danger que j'avais
très

et je finirais

prévu.

En un mot ma mémoire

n'est pas mauvaise,

insuffisante pour faire de

elle serait

joueur d'échecs. Pourquoi donc ne

me

fait-elle

un raisonnement mathématique

défaut dans

mais
moi un bon
pas

diffî-

des joueurs d'échecs se perdraient? C'est évidemment parce qu'elle est guidée
rlle

la

plupart

marche générale du raisonnement. Une
démonstration mathématique n'est pas une simple
par

la

juxtaposition

de syllogismes,

ce sont

des

syllo-

gismes placés dans un certain ordre^ et l'ordre dans
lequel ces éléments sont placés est beaucoup plus
important que ne le sont ces éléments eux-mêmes.

sentiment, l'intuition pour ainsi dire de cet
ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil TenSi j'ai le

semble du raisonnement,

ne dois plus craindre
d'oublier l'un des éléments, chacun d'eux viendra se
placer de lui-même dans le cadre qui lui est préparé,

et

sans que j'aie

je

à faire

aucun

effort

de

mémoire.
Il me semble alors, en répétant un raisonnement
appris, que j'aurais pu l'inventer; ce n'est souvent

même alors, même si je ne
pour créer par moi-même, je le
réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuUion de
l'ordre mathématique, qui nous fait deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse apparqu'une illusion; mais,
suis pas assez fort

SCIENCE ET MÉTHODE

48

monde. Les uns ne posséderont ni ce
et difficile à définir, ni une force

tenir à tout le

sentiment délicat,

de mémoire et d'attention au-dessus de Tordinaire,
et alors ils seront absolument incapables de com-

prendre les mathématiques un peu élevées; c'est le
plus grand nombre. D'autres n'auront ce sentiment
qu a un faible degré, mais ils seront doués d'une

mémoire peu commune

et

d'une grande capacité

apprendront par cœur les détails les
uns après les autres, ils pourront comprendre les
mathématiques et quelquefois les appliquer, mais
ils seront hors d'état de créer. Les autres enfin posséderont à un plus ou moins haut degré Tintuition
d'attention. Ils

non seulement ils pourront comprendre les mathématiques,
quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraorspéciale dont je viens de parler et alors

dinaire,

mais

ils

pourront devenir créateurs et cher-

cher à inventer avec plus ou moins de succès, suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins
développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention

mathématique?

Elle ne consiste pas à faire de nouvelles combinai-

sons

avec des

êtres

mathématiques déjà connus.

Cela, n'importe qui pourrait le faire, mais les

com-

binaisons que l'on pourrait former ainsi seraient en

nombre infini, et le plus grand nombre serait absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
précisément à ne pas construire les combinaisons
mutiles et à construire celles qui sont utiles et qui

ne sont qu'une infime minorité. Inventer,

c'est dis-

cerner, c'est choisir.

I

49

l'invention mathématique

Comment
plus haut;

doit se faire ce choix, je

l'ai

expliqué

mathématiques dignes d'être
ceux qui, par leur analogie avec

les faits

étudiés, ce sont

d'autres faits, sont susceptibles de nous conduire à
loi mathématique de la même
expérimentaux nous conduisent
à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux
qui nous révèlent des parentés insoupçonnées entre
d'autres faits, connus
depuis longtemps, mais
qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plu»
fécondes seront souvent celles qui sont formées
d'éléments empruntés à des domaines très éloignés;
et je ne veux pas dire qu/il suffise pour inventer de
rapprocher des objets aussi disparates que possible;
la plupart des combinaisons qu'on formerait ainsi
seraient entièrement stériles
mais quelques-unes

la

connaissance d'une

façon que les

faits

;

d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de
toutes.

Inventer, je

l'ai dit,

peut-être pas tout

acheteur

à

qui

à

c'est choisir;
fait juste,

on présente

mais

il

le

mot n'est

penser à un
grand nombre

fait

un

d'échantillons et qui les examine l'un après l'autre de

façon à faire son choix.

Ici les

tellement

nombreux qu'une

pas pour

les

échantillons seraient

vie entière ne suffirait
examiner. Ce n'est pas ainsi que les
choses se passent. Les combinaisons stériles ne se

présenteront

Dans

le

même

champ de

pas à

l'esprit

sa conscience

de l'inventeur.
n'apparaîtront

jamais que les combinaisons réellement

quelques-unes

qu'il rejettera,

utiles, et

mais qui participent

je m'efforçais de démontrer qu'il ne pouvait exister aucune fonction analogue à ce que j'ai appelé depuis les fonctions fuchsiennes .50 SCIENCE ET MÉTHODE un peu des caractères des combinaisons utiles. tous les jours. Mais ce que j'ai dit jusqu'ici. Je dirai. ce théorème aura un nom barbare. ce sont les circonstances. c'est ce qu'on peut observer ou inférer. Il est temps de pénétrer plus avant et de voir ce qui se passe dans l'âme même du mathématicien. à la condition de faire cette lecture avec quelque réflexion. tions fuchsiennes. j'étais alors fort seyais à ma ignorant . Pour cela. ce qui est intéressant pour le psychologue. Depuis quinze jours. mais cela n'a aucune importance. vous n'avez aucun besoin de les comprendre. que beaucoup d'entre vous ne connaîtront pas. mais elles ne doivent pas vous effrayer. Je vous je vais employer quelques expressions techniques. en lisant les écrits des géomètres. j'essayais 1 . je crois que ce que j'ai de mieux à faire. Seulement. de rappeler des souvenirs personnels. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième degré qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une première épreuve. je vais me circonscrire et vous raconter comc'est ment j'ai écrit mon premier mémoire sur les fonc- demande pardon. j'y passais ou deux. je m'as- une heure un grand nombre de combinai- table de travail. ce n'est pas le théorème. par exemple. j'ai trouvé la démonstration de tel théorème dans telles circonstances.

me fcrent Les péripéties du voyage mes travaux mathématiques arrimontâmes dans un omnibus quelle promenade au moment où je oublier . ce qui ne prit . nous pour e ne sais . mettais le pied sur le marche-pied. taient. à peine assis san^ que rien dam l'omnibus. je les sentais comme se heurter. Je me demandai vaient être les propriétés de ces séries. je du café noir. moment. Je ne fis pas la vérification. l'idée me vint. l'analogie avec les fonctions guidait. contrairement à mon habitude. où j'habitais alors. et j'arrivai que A j'ai ce quelles desi elles exis- sans difficulté à former les séries appelées thétafuchsiennes. 51 Un soir. cette idée fut parfaitement consciente et réfléchie elliptiques me . jusqu'à ce que deux d'entre elles s'accrochassent. j'avais fait usage pour définir les fonctions fucb siemes étaient identiques à celles de la géométrie noE-euclidienne. je me que quelques heures. pou: prendre part à une course géologique entreprise par l'École des Mines. je repris la conversation commen . Le matin^ j'avais étapris : bli l'existence d'une classe de fonctions fuchsiennes. celles qui dérivent de la série hypergéométrique n'eus plus qu'à rédiger les résultats. je quittai Caen. je ne pus m'endormir les idées surgissaient en foule. vés à Goutances. dans mes pensées antérieures parût m'7 avoir préparé. puisque.l'invention mathématique sons et je n'arrivais à aucun résultat. je n'ei aurais pas eu le temps. pouformer une combinaison stable. pour ainsi dire. Je voulus ensuite représenter ces fonctions par le qudtient de deux séries. que les transformations donl.

Je me proposai naturellement de former les seules toutes ces fonctions et j'enlevai l'un avancés et dont . cl qui 1| . en me promenant cée. existait des fonctions fuch- il siennes autres que celles qui dérivent de U série que je connusse jushypergéométrique. Mais qu'à . après tous me mieux mes efforts ne servirent d'aoord faire connaître la difficulté. De retour à Caen. toujours avec les mêmes caractères de brièveté. sur la falaise. et conséquences.SCIENCE ET MÉTHODB 52 maïs j'eus tout de suite une entière certitude. et je pensai à tout autre chose. Je me mis alors à étudier des questions d'arithmétique sans grand résultat apparent et sans soupçonner que cela pût avoir le moindre rapport avec mes recherches antérieures. par conséquent. il la j'en fis un l'autre siège systématijue tous les ouvnges y en avait un cependant qui tenait encore chute devait entraîner celle du corp de place. je vérifiai le résultat à tête reposée pour l'acquit de ma conscience. l'exemple des formes j'en tirai les me montrait y avait des groupes fuchsiens autres que ceux qui correspondent à la série hypergéométrique. de soudaineté et de que certitude immédiate. Dégoûté de mon insuccès. j'allai passer quelques jours au bord de la mer. les transformations arith- métiques des formes quadratiques ternaires iidéfià celles delà géométrie non- finies étaient identiques euclidienne. Un jour. Étant revenu à Gaen. je vis que je pouvais leur quadratiques qu'il appliquer la théorie des séries thétafuchsienaes et que. je réfléchis sur ce résultat. qu'alors. l'idée me vint.

et on en trouverait des traces dans d'autres cas où il est moins évident. rien trouver et puis tout à coup l'idée décisive se . et ce fut seulement après mon service que je repris la question. Je rédigeai donc d'un trait et sans aucune peine. et les observations rapportées par d'autres mathématiciens dans l'enquête de V Enseignement Mathématique ne pourraient que les confirmer.L INVENTION MATHEMATIQUE 53 était déjà quelque chose. il est inutile en ce qui concerne mes autres recherches. rassembler et à mon mémoire définitif les je n'avais qu'à les ordonner. on continue à ne . Ce qui frappera tout d'abord. j'aurais à faire des récits tout à fait anade les multiplier logues . je partis pour le Mont-Valérien. et on s'asseoit de nouveau devant sa table. tous J'avais les éléments. Un jour. Je me bornerai à cet exemple unique. Pendant la première demi-heure. le rôle de ce travail inconscient dans l'invention mathématique me paraît incontestable. où je devais faire mon service militaire. ce sont ces apparences d'illumination subite. j'eus donc des préoccupations très différentes. signes manifestes d'un long travail inconscient antérieur. Souvent^ quand on travaille une question difficile. en traversant le boulevard. Là-dessus. Je ne cherchai pas à l'approfondir immédiatement. la solution de la difficulté qui m'avait arrêté m'apparut tout à coup. Tout ce travail fut parfaitement conscient. ensuite on prend un repos plus ou moins long. on ne fait rien de bon la première fois qu'on se met i la besogne.

La nécessité de la seconde période de travail consci nt. pourrait dire que le travail conscient a été plus fructueux. Taiguillon qui aurait excité les résultats déjà acquis pendant le repos. après l'inspiration. et d'autre part suivi d'une période de travail conscient. à revêtir forme consciente. s'est produite pendant une période de travail conscient. se comprend mieux .SCIENCE ET MÉTHODE 54 On présente à Tesprit. elle n'aurait pas marché et n'aurait rien produit. comme s'il était géomètre. mais indépendamment de ce travail qui joue tout au plus un rôle de déclanchement. seulement fait dans la révélation. sans eux. Ces efforts n'ont donc pas été aussi stériles qu'on le pense. s'est révélé ensuite au les cas que j'ai au lieu de se faire jour pendant une promenade ou un voyage. Il y a une autre remarque à faire au sujet des la conditions de ce travail inconscient : c'est qu'il n'est possible et en tout cas qu'il n'est fécond que s'il est d'une part précédé. ils ont mis en branle la machine inconsciente. Mais repos et que a été rempli le résultat il par est plus un de ce travail comme probable que ce travail inconscient. mais restés inconscients. parce qu'il a été interrompu et que le repos a rendu àTesprit sa force et sa fraîcheur. où il semble qu'on a fait totalement fausse route. Jamais (et les exemples que j'ai cités le prouvent déjà suffisamment) ces inspirations subites ne se produisent qu'après quel- ques jours d'efforts volontaires. qui ont paru abso- lument infructueux et où Ton a cru ne rien faire de bon. tout à cités. et.

faut mettre en cette inspiration. dans les cas cités. ce sentiment n'était pas trompeur. de façon à éliminer celles qui sont inutiles ou plutôt à ne pas se donner la peine de les faire. médiates. et on ne s'en aperçoit que quand on cherche à mettre la démonstration sur pied. et le plus souvent. joue un rôle capital dans rinvention mathématique. Mais on considère d'ordinaire le moi subliminal comme purement automatique.l'inventiOx\ encore. et voici maintenant les réflexions qu'ils nous imposent. Le moi inconscient ou. le moi subliminal. Il mathématique 55 œuvre les résultats de en déduire les conséquences imordonner. comme on dit. Et . Les combinaisons ainsi obtenues seraient extrêmement nombreuses. Tels sont les faits. mais il faut se garder de croire que ce soit une règle sans exception souvent ce sentiment nous trompe sans pour cela être moins vif. quelque perfectionnée qu'on la suppose. Or. Il ne s'agit pas seulement d'appliquer des règles. l'inventeur consiste à choisir entre ces combinai- sons. rédiger les démonstrations. nous avons vu que le travail mathématique n'est pas ur simple travail mécanique. les il faut les vérifier. Le véritable travail de . il en est ainsi. J'ai parlé du sentiment de certitude absolue qui accompagne Tinspi- mais surtout ration. de fabriquer le plus de combinaisons possibles d'après certaines lois fixes. qu'on ne saurait le confier à une machine. inutiles et encombrantes. à l'état semi-hypnagogique. J'ai observé surtout le fait pour les idées qui me sont venues le matin ou le soir dans moa lit. cela résulte de tout ce qui précède.

pages 313 sqq. (Voir aussi. il est capable de discernement. S'ensuit-il que le moi subliminal. il sait . il est à peu près impossible de les énoncer dans un langage précis. ne l'accepterais pas sans répugnance. Revoyons donc les faits et cherchons s'ils ne comporteraient pas une autre explication. je . ayant deviné par une par les pour faits ma part. il puisqu'il réussit là où celui-ci mot. après un travail inconscient un peu prolongé. Il est certain que les combinaisons qui se présentent à l'esprit dans une sorte d'illumination subite. avait échoué. En un pas supérieur au moi sait choisir. : de la délicatesse dis-je. il n'est pas purement automatique. mieux deviner que moi subliminal n'est-il sait deviner. Science et Religion. imaginer un crible capable de les appliquer mécaniquement? Et alors une première hypothèse se présente à nous le moi subliminal n'est nullement inférieur au moi conscient.56 iCIENCE ET MÉTHODE les règles qui doivent guider ce choix sont extrême- ment fines et délicates. Boutroux.) Cette réponse affirmative nous est-elle imposée que je viens d'exposer? J'avoue que. dans récente. qui semblent le résultat d'un premier triage. il le conscient? Vous comprenez toute l'importance de cette question. il a du tact. elles se sentent plutôt qu'elles ne se formulent . du auteur. dans ces conditions. sont généralement des combinaisons utiles et fécondes. M. comment. a montré comment une conférence elle s'était posée à des occasions toutes différentes et quelles conç^équences entraînerait même une réponse affirmative. le Que moi conscient.

Dans cette seconde manière de voir. ceux qui sont susceptibles de devenir conscients. ne peuvent intéresser naissent. parmi toutes de nos sens. parmi les mille produits de notre activité inconsciente. que l'intelligence. à moins que cette attention n'ait été attirée sur elles par d'autres causes. tandis que d'autres restent en deçà ? Est-ce un simple hasard qui leur Évidemment non. les plus confère ce privilège? les excitations intenses seules retiendront notre attention. les phénomènes inconscients privilégiés. toutes les combinaisons se formeraient par suite de l'automatisme du moi subliminal. mais seules.L*INVENTION MATHÉMATIQUE 57 que ces combinaisons pouvaient formé que celles-là. n'a seraient intéressantes pénétreraient dans le de la champ conscience. Quelle est la cause qui fait que. On peut affectent le plus profondé- s'étonner de voir invoquer la sensibilité à propos de démonstrations mathématiques qui. Ce serait oublier le sentiment de la beauté mathématique. Et cela est encore très mystérieux. C'est un vrai sentiment esthétique que tous les vrais mathématiciens consemble-t-il. quels sont les êtres mathématiques auxquels . par exemple. celles qui intuition délicate être utiles. directe- ment ou indirectement. il y en a qui sont appelés à franchir le seuil. de l'harmonie des nombres et des formes. Plus généralement. ou bien en a-t-il formé beaucoup d'autres qui étaient dépourvues d'intérêt et qui sont demeurées inconscientes. ment notre sensibilité. Et c'est bien là de la sensibilité. ce sont ceux qui. de l'élégance géométrique. Or.

Cette harmonie est à la fois une satisfaction pour nos besoins esthétiques et une aide pour l'esprit qu'elle soutient même et qu'elle guide. el qui sont susceptibles de développer en nous une sorte d*émotîon esthétique? Ce sont ceux dont les éléments sont harmonieusement disposés. Or. De sorte que nous arrivons à la conclusion suivante. et.5S SCIENCE ET MÉTHODI ne as attribuons ce caraclère de beauté et d'élégance. mais que les profanes ignorent au point qu'ils une loi sont souvent tentés d'en sourire. de façon que Tesprit puisse sans effort en embrasser l'ensemble tout en pénétrant les détails. à la fois utiles et belles. fois excitée. une du géomètre dont je viens de parler. action sur la sensibilité esthétique elles sont . je veux dire celles qui peuvent le mieux charmer cette sensibilité spéciale que tous les mathématiciens connaissent. mais. ce sont précisément les plus belles. par suite. en mettant sous nos yeux un tout bien ordonné. presque toutes sont sans intérêt et Qu'arrive-t-il alors? très sans utilité. elles seront capables d'émouvoir cette sen. elle nous fait pressentir une loi mathématique. la sans conscience ne les connaîtra jamais quelques-unes seulement sont harmonieuses. Et en temps. Les combinaisons utiles. sibilité spéciale et qui. par cela même. les seuls faits mathématiques dignes de retenir et notre attention susceptibles d'être sont ceux qui peuvent nous faire connaître utiles. appellera sur elles notre atten- . Parmi les combinaisons en grand nombre que le moi subliminal a aveuglément formées. nous Tavons dit plus haut. mathématique.

aurait flatté notre instinct naturel de l'élégance mathématique. car ne produit qu'une petite partie de ces combinaisons. je l'ai dit. si elle avait été juste. est-il vraisemblable qu'il puisse former toutes les combinaisons possibles dont le nombre effrayerait l'imagination? cela semblerait nécessaire néanmoins. il y aura bien peu de chances pour que la bonne^ celle qu'on doit choisir. Ainsi c'est cette sensibilité esthétique qui joue le rôle du crible spéciale. moi conscient est étroitement borné quant au moi subliminal. ! . et s'il le fait au hasard. qu'elle ne supporte pas l'épreuve d'une vérification eh bien on remarque presque toujours que : .59 l'inveation mathématique tion. nous n'en connaissons pas les limites et c'est pourquoi nous ne répugnons pas le . se trouve parmi elles. et cependiant voici une observation qui pourrait la confirmer quand une illumination subite envahit l'esprit du mathématicien. Toutes les difficultés n'ont pas disparu cependant. s'il . Ces limites existent cependant . délicat dont je parlais plus haut. cette idée fausse. Ce n'est là qu'une hypothèse. il arrive le plus souvent qu'elle ne le trompe pas mais il arrive aussi quelquefois. trop à supposer qu'il a pu former en peu de ten^ps plus de combinaisons diverses que la vie entière d'un être conscient ne pourrait en embrasser. donnera et leur ainsi Toccasion de devenir conscientes. et cela fait comprendre assez pourquoi celui qui en est dépourvu ne sera jamais un véri- table inventeur.

Qu'on me permette une comparaison grossière. parce qu'on a remué ces éléments de mille façons diverses pour chercher à les assembla et qu'on n'a pu trouver d'assemblage satisfaisant. de les décrocher du mur et de les mettre en branle. ces atomes sont immobiles. par conséquent. comme pourrait le faire. accrochés au mur ce repos complet peut donc se prolonger indéfiniment sans que ces atomes se rencontrent. Au contraire.SCIENCE ET MÉTHODE CO Peut-être faut-il chercher Texplication dans cette période de travail conscient préliminaire qui précède toujours tout travail inconscient fructueux. et. Ils sillonnent dans tous les sens l'espace. ils sont. après imposée par notre vo- . Quel va être le rôle du travail conscient préliminaire? C'est évidemment de mobiliser quelques-uns de ces atomes. Représentons-nous les éléments futurs de nos combinaisons comme quelque chose de semblable aux atomes crochus d'Épicure. eux. sans qu'aucune combinaison puisse se produire entre . Pendant le repos complet de Tesprit. une nuée de moucherons ou. si l'on préfère. cette agitation qui leur a été Mais. On croit qu'on n'a rien fait de bon. Leurs chocs mutuels peuvent alors produire des combinaisons nouvelles. comme le font les molécules gazeuses dans la théorique cinétique des gaz. par exemple. une comparaison plus savante. pour ainsi dire. quelques-uns d'entre eux sont détachés du mur et mis en mouvement. j'allais dire la pièce où ils sont enfermés. pendant une période de repos appa- rent et de travail inconscient.

Or. où règles fixes. Il n'arrive jamais inconscient nous fournisse tout fait calcul un peu long. On que le travail le résultat d'un l'on n'a qu'à appliquer des pourrait croire que le nal. les atomes mobilisés ne sont donc pas des atomes quelconques ce sont ceux dont on peut raisonnableelle : ment attendre la solution cherchée. les seules combinaison» qui ont chance de se former. soit entre eux. c'est évidemment que se trouve ce que j'appelais tout à bonne combinaison. Il semble qu'en pensant le soir aux facteurs d'une multiplication. poursuivait un but parfaitement déterminé. soit avec d'autres atomes restés immobiles et qu'ils seront venus heurter dans leur course. Autre observation. tout automatique. mais je ne sais trop comment je pourrais faire comprendre autrement ma pensée. Quoi qu'il en soit. qui les feront entrer en combinaison. Peut-être y a-t-il là un elles d'atténuer ce qu'il y avait de paradoxal dans l'hypothèse primitive. ou bien . Les atomes mobilisés vont alors subir des chocs. on pourrait espérer trouver le produit tout fait à son réveil. est moi sublimi- particulièrement apte à ce genre de travail qui est en quelque sorte exclu- sivement mécanique. ma comparaison est bien grossière.l'invention mathématique lonté. Or. notre volonté ne les a pas choisis au hasard. Je demande pardon encore une fois. Ils continuent librement leur danse. ces 61 atomes ne rentrent pas dans leur repos primitif.' ce sont celles où l'un des éléments au moins est l'un de ces atomes librement choisis par parmi l'heure la moyen notre volonté.

ce désordre même permet des accouplements inatsuite. qui est devenu partielle! ment perceptible à la conscience surexcitée et qui n'a pas pour cela changé de nature. ce sont des points de départ pour de semblables calculs. une vérification. pourrait se faire inconsciemment. faut les faire il dans la seconde période de travail conscient. la conscience. Il n'en est rien. elles exigent la discipline. Les règles de ces calculs sont strictes et compliquées. encore qu'un calcul par exemple. les méthodes de tra- . Je ferai une dernière remarque: quand j'ai exposé plus haut quelques observations personnelles. Dans le tendus. celle qui suit l'inspiration. dans ces cas. raltention. et. quant aux calculs eux-mêmes. les cas où il j'ai comme en est ainsi sont fréquents. par moi subliminal règne. On se rend alors vaguement compte de ce qui distingue les deux môMtnismes ou. qui sont les fruits du travail inconscient. on assiste soi-même à son propre travail inconscient. Seulement. celle où Ton vérifie les résultats de cette inspi- ration et où l'on en tire les conséquences. si Ton pouvait donner ce nom à la simple absence de discipline et au désordre né du hasard. Tout ce qu'on peut espérer dé ces inspirations. où je travaillais malgré moi . ce que j'appellerais la liberté.62 SCIENCE ET MÉTHODE algébrique. l'observation le prouve. si Ton veut. Eh bien il semble que. parlé d'une nuit d'excitation. au contraire. la volonté. et il n'est pas nécessaire que Tactivité cérébrale anormale soit causée par un excitant physique comme dans celui que j'ai cité.

63 l'invention mathématique vail des deux moi. car elles sont et restent malgré tout bien hypothétiques la grand que je ne aToir soumises au lecteur. Certes. giques que mer dans j'ai pu Et les observations psycholo- faire ainsi me semblent confirque je viens leurs traits généraux les vues d'émettre. elles en ont bien besoin. question est les si me : l'intérêt de repens pas de .

Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les phénomènes qui semblaient obéir à des lois harmonieuses. Dans chaque domaine. Il y a là une apparente et sur laquelle on moins contradiction au a déjà beaucoup écrit. établies une fois poui toutes. t-il ce qu'on ne . saurait calculer.1 CHAPITRE IV Le hasard. Dans cette concep- les lois précises I . elles traçaient seulement les limites entre lesquelles il était permis au hasard de se mouvoir. ne décidaient pas de tout. La probabilité est opposée à la certitude c'est donc ce qu'on ignore et par conséquent semble. I « Comment oser parler des lois du hasard? Le hasard n'est-il pas Tantithèse de toute loi? » Ainsi s'exprime Bertrand au début de son Calcul des probabilités. et ceux qu'ils attribuaient au hasard c'étaient ceux qu'on ne pouvait prévoir parce qu'ils étaient rebelles à toute loi.

65

LB HASARD
tîon, le

mol hasard

ce qui élait

pour Tautre

un sens

avait

hasard pour Tun,

même

et

pour

précis, objectif:

était aussi

hasard

les dieux.

Mais cette conception n'est plus la nôtre; nous

sommes devenus des déterministes absolus, et ceux
mêmes qui veulent réserver les droits du libre
arbitre humain laissent du moins le déterminisme
régner sans partage dans le monde inorganique.
Tout phénomène,
et

un

esprit

informé des
dès

le

si

minime

qu'il soit,

infiniment puissant,
lois

de

infiniment

la nature, aurait

commencement des

a une cause,

pu

siècles. Si

le

un

bien

prévoir
pareil

on ne pourrait jouer avec lui à
aucun jeu de hasard, on perdrait toujours.
Pour lui en effet le mot de hasard n'aurait pas de
sens, ou plutôt il n'y aurait pas de hasard. C'est à
cause de notre faiblesse et de notre ignorance qu'il
y en aurait un pour nous. Et, même sans sortir de
notre faible humanité, ce qui est hasard pour
l'ignorant, n'est plus hasard pour le savant. Le
hasard n'est que la mesure de notre ignorance. Les
esprit

existait,

phénomènes

fortuits sont,

nous ignorons

par définition, ceux dont

les lois.

Mais cette définition est-elle bien satisfaisante?

Quand

les

premiers bergers chaldéens suivaient des

yeux les mouvements des

ne ccnnaissaienl
pas encore les lois de TAstrônomiQ, auraient-iis
songé à dire que les astres se meuvent au hasard?
Si un physicien moderne étudie un phénomène nouveau, et s'il en découvre la loi le mardi, aurait-il
dit le lundi que ce phénomène était fortuit? Mais il
astres,

ils

SCIENCE ET MÉTHODE

66

y a plus

:

n'invoque-t-on pas souvent, pour prédire

un phénomène, ce que Bertrand appelle

les lois

du

hasard? Et par exemple dans la théorie cinétique
des gaz, on retrouve les lois connues de Mariette et
de Gay-Lussac, grâce à cette hypothèse que les
vitesses des molécules gazeuses varient irrégulière-

ment, c'est-à-dire au hasard. Les lois observables
seraient beaucoup moins simples, diront tous les
physiciens,

si

quelque

élémentaire simple,

étaient,

loi

les

comme

on

vitesses

dit,

si

organisées^

pai

réglées

étaient

molécules

les

elles obéis-

si

saient à quelque discipline. C'est grâce au hasard,
^*est-à-dire grâce à notre ignorance

que nous pou-

vons conclure et alors si le mot hasard est tout
simplement synonyme d'ignorance qu'est-ce que
cela veut dire? Faut-il donc traduire comme il suit?
Vous me demandez de vous prédire les phénomènes qui vont se produire. Si, par malheur, je
connaissais les lois de ces phénomènes, je ne pour;

<(

rais

y arriver que par des calculs inextricables

devrais renoncer à vous répondre; mais,
la

de

chance de

les ignorer, je vais

et je

comme

j'ai

vous répondre tout

y a de plus extraordinaire, c'est
réponse sera juste. »
faut donc bien que le hasard soit autre chose

suite. Et, ce qu'il

que
Il

ma

que le nom que nous donnons à notre ignorance,
que parmi les phénomènes dont nous ignorons les
causes, nous devions distinguer les phénomènes
fortuits,

sur

lesquels

le

calcul

des

probabilités

nous renseignera provisoirement, et ceux qui ne
sont pas fortuits et sur lesquels nous ne pouvons

1

67

LE HASARD

que nous n'aurons pas déterminé les
lois qui les régissent. Et pour les phénomènes fortuits eux-mêmes, il est clair que les renseignements
que nous fournit le calcul des probabilités ne cesseront pas d'être vrais le jour où ces phénomènes
seront mieux connus.
Le directeur d'une compagnie d'assurances sur la
vie ignore quand mourra chacun de ses assurés, mais
il compte sur le calcul des probabilités et sur la loi
des grands nombres et il ne se trompe pas puisqu'il
rien dire tant

distribue

des

dividendes à ses

actionnaires.

perspicace et très

Ces

un médecin très
indiscret venait, une fois les

dividendes ne s'évanouiraient pas

si

signées, renseigner le directeur sur les
chances de vie des assurés. Ce n^édecin dissiperait

polices

l'ignorance du directeur, mais

il

influence sur les dividendes qui

ment pas un produit de

aucune
ne sont évidemn'aurait

cette ignorancg.

II

Pour trouver une meilleure définition du hasard, il
nous faut examiner quelques-uns des faits que Ton
à regarder

s'accorde
le calcul

comme

fortuits, et

auxquels

des probabilités paraît s'appliquer; nous

rechercherons ensuite quels sont leurs caractères

communs.
Le premier exemple que nous allons choisir est
si un cône repose sur
sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais

celui de l'équilibre instable

;

SCIENCE BT METHODE

68

nous ne savons pas de quel côté
que le hasard seul va en décider.

;

parfaitement symétrique,

ment

vertical,

s'il

il

nous semble
cône était

Si le

son axe était parfaitesoumis à aucune autre

si

n'était

que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout.
Mais le moindre défaut de symétrie va le faire pencher légèrement d'un côté ou de l'autre, et dès qu'il
penchera, si peu que ce soit, il tombera tout à fait
de ce côté. Si même la symétrie est parfaite, une
force

trépidation très légère,

un

souffle

d'air

pourra

le

de quelques secondes d'arc; ce sera
assez pour déterminer sa chute et même le sens de
sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale.
faire incliner

Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas
ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû
au hasard. Si nous connaissions exactement les lois
de la nature et la situation de l'univers à Tinstant
initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même univers à un instant ultérieur.
Mais, lors même que les lois naturelles n*auraient
plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qn' approximativement. Si
cela nous

avec

nous

la

permet de prévoir

même

faut,

la situation ultérieure

approximation^

nous disons que

c'est
le

différences dans les

ce

qu'il

phénomène a

été

mais il n'en est
il peut arriver que de petites
conditions initiales en engen-

prévu, qu'il est régi par des lois

pas toujours ainsi,

tout

;

drent de très grandes dans les phénomènes finaux;
une petite erreur sur les premières produirait une

69

LE HASARD

erreur

énorme sur

derniers.

les

La prédiction
phénomène

devient impossible et nous avons le
fortuit.

Notre second exemple sera fort analogue au premier et nous remprunterons à la météorologie.
Pourquoi les météorologistes ont-ils tant de peine à
prédire le temps avec quelque certitude ? Pourquoi
les chutes de pluie,
les tempêtes elles-mêmes
nous semblent-elles arriver au hasard, de sorte
que bien des gens trouvent tout naturel de prier
pour avoir la pluie ou le beau temps, alors qu'ils
jugeraient ridicule de demander une éclipse par une
prière? Nous voyons que les grandes perturbations
se produisent généralement dans les régions où
l'atmosphère est en équilibre instable. Les météorologistes voient bien que cet équilibre est instable,
qu un cyclone va naître quelque part; mais où, ils
sont hors d'état de le dire un dixième de degré en
plus ou en moins en un point quelconque, le cyclone
éclate ici et non pas là, et il étend ses ravages sur
des contrées qu'il aurait épargnées. Si on avait
connu ce dixième de degré, on aurait pu le savoir
d'avance, mais les observations n'étaient ni assez
serrées, ni assez précises, et c'est pour cela que
tout semble dû à l'intervention du hasard. Ici encore
nous retrouvons le même contraste entre une cause
minime, inappréciable pour l'observateur, et des
;

effets considérables,

qui

sont quelquefois d'épou-

vantables désastres.

Passons à un autre exemple, la distribution des
petites planètes sur le zodiaque. Leurs longitudes

70

SCIENCE ET MÉTHODE

ont pu être quelconques mais leurs moyens
mouvements étaient différents et elles circulent

initiales

depuis

si

;

longtemps qu'on peut dire qu'actuellement,
au hasard le long du zodiaque. De

elles sont distribuées

très petites différences initiales entre leurs distances

au

soleil,

ou ce qui revient au

mouvements moyens, ont
différences

entre

leurs

fini

même

entre leurs

par donner d'énormes

longitudes

un

actuelles;

de seconde dans

moyen

excès d'un

millième

mouvement

diurne, donnera en effet une seconde

le

en trois ans, un degré en dix mille ans, une circonférence entière en trois ou quatre millions d'années,
et qu'est-ce que cela auprès du temps qui s'est
écoulé depuis que les petites planètes se sont détachées de la nébuleuse de Laplace ? Voici donc une
fois de plus une petite cause et un grand effet ou
mieux de petites différences dans la cause et de
grandes différences dans l'effet.
Le jeu de la roulette nous éloigne moins-^ qu'il ne
semble de l'exemple précédent. Supposons une
aiguille qu'on peut faire tourner autour d'un pivot^
;

sur

un cadran

divisé en 100 secteurs alternativement

rouges et noirs. Si elle s'arrête sur un secteur rouge,
la partie est gagnée, sinon, elle est perdue. Tout

dépend évidemment de l'impulsion initiale que nous
donnons à l'aiguille. L'aiguille fera je suppose 10 ou
20 fois le tour, mais elle s'arrêtera plus ou moins
vite, suivant que j'aurai poussé plus ou moins fort.
Seulement il suffit que Timpulsion varie d'un millième, ou d'un deux millième, pour que mon
aiguille s'arrête à un secteur qui est noir, ou au

Mais quelle a pu être l'origine de Terreur de ce philosophe ? Nous savons qu'en vertu du principe de Carnot. Il est clair qu'aucun savant ne peut souscrire à cette conclusion les lois de la nature lient l'antécédent au conséquent de celle . Un philosophe a dit il y a quelques années que l'avenir était déterminé par le passé. les phénomènes physiques sont irréversibles et que Je monde tend vers Tunifortelle sorte . et c'est bat et que j'attends tout du hasard. Ce sont là des diffé- rences que le sens musculaire ne peut apprécier et qui échapperaient cats. on. La différence dans la cause est imperceptible. tandis qu'un même effet peut être produit par plusieurs causes différentes. et la différence dans Teffet est pour moi de la plus haute importance. disait-il. Il même à des instruments plus déli- m'est donc impossible de prévoir ce que va que je viens de lancer. III Qu'on me permette à ce propos une réflexion sujet. parce que. que de la un peu étrangère à mon connaissance du présent nous pouvions déduire de l'avenir. mais que le passé ne Tétait pas par l'avenir.LB HASARD 71 secteur suivant qui est rouge. en d'autres termes. que l'antécédent est déterminé par le' conséquent aussi bien que le conséquent par l'antécédent. une cause ne peut produire qu'un effet. puisqu'il y va de toute ma faire Taiguille mon cœur pourquoi ^ mise. mais non celle du passé .

que pourrons-nous répondre? Nous dirons bien que l'un des corps était chaud et l'autre froid. Il y a donc alors. et Waterloo précéderait Austcrlitz. pour cet observateur. L'histoire serait retournée. chaud. le différente plus chaud cède de la chaleur au plus froid nous pouvons donc prévoir que les températures s'égaliseront. si on nous interroge sur Tétat antérieur. pour lui le temps serait changé de signe. Et cependant. nous reconnaîtrions qu'il subsiste encore une petite différence. les températures n'arri- vent jamais à l'égalité parfaite. cent mille fois plus sensibles. SCIENCE ET IIÉTHODE Quand deux corps de température sont en présence. contrairement à ce que nous avons vu dans les exemples précédents. et que l'un des corps est resté un peu plus chaud que Tautre. Il arrive alors un moment où nos thermomètres sont impuissants à la déceler. La différence des températures tend seulement vers zéro d'une façon asymptotique. Mais si nous avions des thermomètres mille fois. tt nous pourrions affirmer que c'est celui-là qui a été autrefois beaucoup plus chaud que l'autre.dans la cause et de petites différences dans l'effet. les effets et les causes seraient intervertis.72 mité. de grandes différences. Flammarion avait imaginé autrefois un alors observateur qui s'éloignerait de la Terre avec unevitesse plus grande que celle de la lumière. Eh bien. Mais une fois que les températures seront devenues égales. en réalité. l'équilibre instable ne serai* . mais nous ne pourrons pas deviner lequel des deux était autrefois le plus .

Si alors la mole- . et ces chocs ont lieu dans les conditions les plus diverses. d'une quantité finie. comparable au rayon d'action des molécules choc.73 LB HASARD plus Texception. peut-être de 90® ou de 180% la direction de sa vitesse après le choc. ou elle le subirait gazeuses. nous venons de le molécule avant le choc d'une quantité infiniment petite. c'est leur complexité. elle éviterait dans des conditions un diffé- rentes. Et cepen- dant. Comment devons-nous nous représenter un récipient rempli de gaz? D'innombrables molécules. ce n'est pas la petivoir apparaître . pour qu'elle soit déviée. Et ce n'est pas tout. de dévier la il suffît. après le choc. d'une quantité très petite. Prenons d'abord la théorie cinétique des gaz. le premier élément se retrouve encore joue un important. et cela ferait varier. voir. apparaîtrait comme livrée au hasard. ou bien elles se choquent entre elles. à cause de Tirréversibilîté univer- tout lui semblerait sortir d'une sorte de chaos en équilibre instable la nature entière lui selle. sillonnent ce récipient dans tous les sens à chaque instant elles choquent les parois. animées de grandes vitesses. . rôle Si une molécule ici et était déviée vers la gauche ou la droite de sa trajectoire. IV Voici maintenant d'autres exemples où nous allons des caractères un peu différents. tesse des causes. Ce qui nous frappe surtout ici.

De sorte que si le premier choc a multiplié la déviation par un très grand nombre A. la température s'abaisse. pour qu'elle le soit. avant le premier choc. c'est-à-dire parce que les petites causes produisent de grands efl'ets. non seulement parce que A est grand. Passons à un deuxième exemple. après n chocs. d'une quantité finie. elle sera donc devenue très grande. elle en subira un très grand nombre par seconde. pourquoi. de sorte que leur distribution aucun rapport avec leur distribution finale n'a plus initiale. il suffira de la dévier. d'une quantité infiniment petite du premier ordre et après le second choc. Pour savoir quelle sera la distribution de ces gouttes et chaque pavé. Et la molécule ne subira pas deux chocs seulement. Des ions se sont répandus dans l'atmosphère. pendant longtemps ils ont été soumis à des courants d'air constamment changeants. c'est-à-dire parce que les chocs sont très nombreux et que les causes sont très complexes. ils ont été entraînés dans des tourbillons de très petites dimensions. d'une quantité infini- du second ordre. la vapeur se con« dense et chacun de ces ions devient le centre d'une goutte de pluie. ment après petite le mais parce que l'exposant n est grand. dans une averse. premier choc.SCIENCE ET MÉTHODE 74 cule subit deux chocs successifs. Tout è coup. les gouttes de pluie nous semblent-elles distribuées au hasard? C'est encore à cause de la complexité des causes qui déterminent leur formation. elle sera multipliée par A". il ne en tombera sur pas de connaître la combien suffirait il .

pour que ce soit telle permutation (par exemple celle qui amène au rang n la carte qui occupait le rang cp (n) avant la permutaréalisera? probabilité. c'est-à-dire uniformément. et cela est dû précisément à la complication de ces courants. au bout d'un certain temps.Ll HASARD 75 Situation initiale des ions. si. . les cartes subissent une permutation (analogue à celle qu'on étudie dans grains fins. dis-je. dans ce vase. S'ils obéissaient à quelque loi par exemple. le vase était de révolution courants circulaient autour de Taxe du vase en décrivant des cercles. tion). il n'en serait plus de même. A chaque coup. On arriverait au même résultat en envisageant le mélange de deux liquides ou de deux poudres à un exemple plus grossier. les grains seront distribués au hasard. Et c'est encore la même chose si on met des grains de poussière en suspension dans Teau. Mais si dépend des habi- ce joueur bat les cartes y aura un grand nombre de peret l'ordre final qui en résultera ne sera plus régi que par le hasard. le vase est sillonné par des courants dont nous ignorons la loi. Quelle est celle qui se La probabilité. il mutations successives . Et pour prendre la théorie des substitutions). simple. c'est aussi ce qui arrive quand on bat les cartes d'un jeu. il faudrait supputer l'effet de mille courants d'air minuscules et capricieux. cette tudes du joueur. nous savons seulement qu'elle est très compliquée. je veux dire que tous les ordres possibles seront également pro* assez longtemps. et si les puisque chaque grain conserverait sa hauteur initiale et sa distance initiale à Taxe.

il en reste beaucoup de petits. on s'efforce de s'enquérir de la situation antérieure. mais on ne saurait le faire pour toutes les parties de l'univers. même avec le meilleur instrument! Il doit bables. Mais quand il les a éliminés. redoutables. On peut se placer encore à un troisième point de vue qui a moins d'importance que et sur lequel j'insisterai prévoir un fait et les deux premiers moins. C'est de là que proviennent les erreurs accidentelles et nous les attribuons au hasard parce que leurs causes sont trop compliquées et trop nombreuses. Ce sont ceux qui donnent naissance aux erreurs systématiques. c'est par leur union et par leur nombre que leurs effets deviennent . C'est ici que les causes sont complexes et qu'elles sont multiples. Ici encore.SCIENCE KT MÉTHODB 76 grand nombre des permutations successives. en admettant qu'il y parvienne. mais chacune d'elles ne produirait qu'un petit effet. A combien de pièges n'est pas exposé Tobseryateur. on se contente de savoir ce qui se passe dans le voisinage du point où le fait doit se . en accumulant leurs effets. C'est au s'attacher à apercevoir les plus gros et à les éviter. c'est-à-dire à la complexité du phénomène que ce résultat est dû. peuvent devenir dangereux. mais qui. nous n'avons que de petites causes. Quand on cherche à qu'on en examine les antécédents. Un mot enfin de la théorie des erreurs.

Sur un couvreur. et on n'hésitera pas à ce (jull va faire. pourrait dire pour quelle raison il est parti Un homme à telle heure. il arrive. cependant. passe dans la rue en allant à ses affaires. semblaient complètement étrangères il au fait. et néanmoins. on est ramené à la première ou à la seconde. travaille il a passé par telle rue. viennent à jouer un rôle important. Est-ce là une troisième manière de concevoir le hasard? Pas toujours. ou ce qui paraît avoir quelque rapport avec ce Une enquête ne peut être complète. contre toute prévision. Notre faiblesse ne nous permet pas d'embrasser l'univers tout entier. pourquoi le toit. la plupart du temps. en effet. Nous cherchons à le faire aussi peu artificiellement que possible. Et pourtant. et peut arriver que nous ayons laissé de côté des circonstances qui. quelqu'un qui aurait été au courant de ces affaires. généralement étrangers . ni dire que le c'est là un hasard. dans une certaine mesure. au premier abord. Mais fait il prévu. Toutes les fois que deux mondes.LE HASARD 77 produire. Mais couvreur. Tentrepreneur qui l'emploie pourra. prévoir l'homme ne pense guère au couvreur à l'homme: ils semblent appartenir à deux mondes complètement étrangers Tun à l'autre. Les effets de cette action mutuelle nous paraissent alors dus au hasard. de temps en temps. faut savoir choisir. le couvreur laisse tomber une tuile qui tue l'homme. et nous oblige à le découper en tranches. que deux de ces tranches réagissent Tune sur l'autre. auxquelles on n'aurait jamais songé à attribuer aucune influence et qui.

SCIENCE ET MÉTHODE 78 l'un à Tautre. pourvu que e soit très petit. J'ai dit que le point où s'arrêtera l'aiguille va dépendre de l'impulsion initiale qui lui est donnée. il aurait suffi d'un changement dans les conditions initiales mondes pour que la réaction n'eût pas deux de ces lieu. sinon quels en sont les effets dans chaque cas^ mais au moins ce que seront ces effets en moyenne? Pour répondre à cette question. Suffit-il que les causes soient petites. Quelle est la probabilité pour que cette impulsion ait telle ou telle valeur? Je n'en sais rien. C'est là une pro- . mais il m'est difficile de ne pas admettre que cette probabilité est représentée par une fonction analytique continué. Qu'il aurait fallu peu de chose pour que l'homme passât une seconde plus tard. l'autre. pour que nous puissions prévoir. Je commencerai par celui de la roulette. ou que le couvreur laissât tomber sa tuile une seconde plus très petit tôti VI Tout ce que nous venons de dire ne nous explique pas encore pourquoi le hasard obéit à des lois. viennent ainsi à réagir Tun sur de cette réaction ne peuvent être que et. les lois très complexes. d'autre part. ou qu'elles soient complexes. le mieux est de reprendre quelques-uns des exemples cités plus haut. La probabilité pour que l'impulsion soit comprise entre a et a+e. sera alors sensiblement égale à la proe et babilité pour qu'elle soit comprise entre a + a -f 2e.

Le zodiaque peut être regardé comme une immense roulette sur laquelle le créateur a lancé un très grand nombre de petites boules auxquelles il a communiqué des impulsions initiales diverses. s'applique aussi à Texemple des petites planètes.e le noir. Ce que nous venons de dire pour le cas de la roulette. c'est la fonction ana- lytique qui représente la probabilité d'une impulsion initiale déterminée. Les analytiques. la probabilité totale du rouge est égale à la probabilité totale du noir. tionnelles Mais. On voit ainsi pourquoi le« phénomènes ol éissent aux lois du hasard quand de petites différences dans les causes suffisent pour amener de grandes différences dans les effets. la donc la rouge. Les petites variations de la fonction sont proporaux petites variations de la variable. variant suivant une loi d'ailleurs quelconque. pour la même raison que dans le cas précédent. La donnée de la question. Mais le quelle que soit cette d'une propriété commune théorème reste vrai. nous l'avons supposé. Il . De a à a -f. de a c'est le -f. parce à toutes les fonctions en résulte que finalement nous n'avons plus aucun besoin de la donnée. Leur distribution actuelle est uniforme et indépendante de cette loi.79 LE BASARD priété commune à toutes les fonctions analytiques. et. par conséquent. une très petite variation de l'impulsion suffît pour changer la couleur du secteur devant lequel Taiguille finira par s'arrêter.e à a + 2e c'eet probabilité de chaque secteur rouge est même que celle du secteur noir suivant. qu'il dépend donnée.

occuper les rangs fiition.80 H SCIENCE ET MÉTHODE probabilités de ces petites différences peuvent alors être regardées comme proportionnelles à ces diffé- rences elles-mêmes. 231. pourront. 213: Chacune de ces six hypothèses est possible et ont respectivement pour probabilités elles : Pi. mais c'est tout ce que nous en savons. après le battement. 123. occupaient respectivement les rangs 123. par exemple. il intervertit Tordre des cartes. le n® battement et avant le n + . je sup- pose qu'un joueur batte un jeu de cartes. 321. où intervient surtout la complexité des causes. A chaque battement. 132. représente toujours la probabilité pour que les trois cartes qui occupaient après 1* les rangs 123. Au second battement et aux suivants. Supposons trois cartes seulement pour simplifier TexpoLes cartes qui. P^^ Ps' Pi^ P57 P6. cela recommencei^a et dans les mêmes conditions. 312. justement parce que ces différences sont petites et que les petits accroissements d'une fonction continue sont proportionnels à ceux de la variable. La somme de ces six nombres est égale à 1. je veux dire que p^. avant le battement. ces six probabilités dépendent naturellement des habitudes du joueur que nous ne connaissons pas. et il peut les intervertir de plusieurs manières. Passons à un exemple entièrement différent.

c'est-à-dire la complexité des causes. Supposons n battements et supposons que je gagne 1 franc si les cartes sont finalement dans l'ordre initial. pourront. la démonstration serait compliquée. 312. les rangs battement. est très grand. et que j'en perde un Alors. Nous n'avons plus que deux hypothèses 12. 321 après len + quel que soit le 81 occupent nombre n puisque les joueur. 1* avant le 1*' habitudes du mêmes. espérance mathématiaue sera (Pi — P«r- . Le grand nombre des battements. quels que soient les nombres /)| . 321. 213 et la probabilité blement la de ces môme six hypothèses sera sensi- et égale à ^. s'il y avait même avec trois cartes. occupaient rangs 123. 21 = — avec les probabilités p^ etp3 l p^. et cela sera vrai. p^ que nous ne connaissons pas. après occuper les rangs le les dernier battement. je me contenterai de la donner pour deux cartes seulement. dis-je. 123.Lt HASARD pour que ces trois cartes. mais. mon si elles sont finalement interverties. sa façon de battre restent les Mais nombre des battements si le les cartes qui. battement. Cela s'appliquerait sans changement plus de trois cartes. a produit Tuniformité. 132. 231. Et cela reste vrai.

la distribution des molécules et celle des vitesses ne tarderont pas à devenir uniformes. Si la forme du vase est suffisamment compliquée. si . Pour en revenir à cette théorie. Il n'en sera plus de même si le vase est sphérique ou s'il a la forme d'un paral- pourquoi? Parce que. dans le lélépipède rectangle. mon espéque sorte que 1. qui laissent subsister un invariant. P| et /?2 était égal à i et l'autre nul. et même à ceux des molécules gazeuses dans la théorie cinétique des gaz. supposons pour un instant un gaz dont les molécules ne puissent se choquer mutuellement. mais à tous les mélanges. dans le premier cas. Tun des Il y aurait une exception toutefois. la distance du centre à une trajectoire quelconque demeurera constante. Ce que nous venons de voir ne s'applique pas seulement au mélange des cartes. mais puissent être déviées par des chocs sur les parois du vase où le gaz est renfermé. On voit ainsi ce que l'on doit entendre par conditions trop simples \ ce sont celles qui conservent quelque chose. second cas ce sera la valeur absolue de Tangle de chaque trajectoire avec les faces du parallélépipède. à ceux des poudres et des liquides. de rance sera nulle nous n'avoi^s pas besoin de connaître Pi et P2 pour savoir que le jeu est équitable. Les équations différentielles du problème sont-elles trop simples pour que nous puissions appliquer les .SCIENCE ET MÉTHODE 82 — est certainement plus petite La différence^! y)<i n si est très grand. Cela ne marcherait plus alors parce que nos hypothèses nombres initiales seraient trop simples.

VII Mais nous ne J'ai repris sommes pas au bout des paradoxe». A quoi sont dues les erreurs accidentelles. nqus supposons seulement que cette courbe est symétrique. et c'est justement parce que nous l'ignorons que nous savons qu'elles vont obéir à le paradoxe. Tel est à peu près de la même précédents. Quelle est la courbe de probabilité de chacune d'elles? nous n'en savons rien. Venons enfin à la théorie des erreurs. la situation initiale.83 LE HASARD dn hasard? Cette question paraît. il est clair que la situation finale ne pourra plus être indépendante de lois . . si quelque chose des conditions initiales demeure inaltéré. Il s'explique manière que dans les cas la loi de Gaiiss. Nous n'avons que les erreurs sont nombreuses. que chacune d'elles peut être aussi bien négative que positive. et cette loi résultante est indépendante des lois particulières que nous ne connaissons pas. On démontre alors que l'erreur résultante suivra la loi de Gauss. si elles admettent une intégrale uniforme . au premier abord. Elles sont trop simples. qu'elles sont très petites. tout à l'heure la fiction 4e Flammarion. nous l'ignorons. dénuée de sens précis nous savons maintenant ce qu'elle veut dire. si elles conservent quelque chose. Ici encore la simplicité du résultat est née de lu besoin de savoir qu'une chose : très complication même des données.

la probabi- pour que la cause varie entre certaines limites sera proportionnelle à la distance de ces limites. Qu'est-ce que cela veut dire? Pour Lumen. puisqu'ils le seraient comme pour nous. d'après les rence d'un millimètre sur la cause. Or. pourquoi? Parce corresponde cause à qu'il faut pour ceU un millimètre de pair. de petites causes semblent produire de grands effets. l'homme de Flammarion. ne les regardons pas comme réglés par le hasard. ma probabilité de gagner sera n que la numéro lité . Cela est vrai à un certain point de vue. Si je dois gagner «ans le cas où l'effet correspondra à un kilomètre portant un numéro pair. selon toute apparence. produise une différence d'un kilomètre dans l'effet. J'ai dit que pour lui tous les phénomènes sembleraient dus au hasard. pourquoi les choses ne se passentelles pas comme pour nous quand nous croyons voir de grands effets dus à de petites causes? Le même raisonnement ne serait-il pas applicable à son celle cas ? Revenons sur ce raisonnement : quand de petites différences dans les causes en engendrent de grandes dans les pourquoi ces effets sont-ils distribués lois du hasard? Je suppose qu'une diffé- effets.SCIENCE ET MÉTHODV 84 de Thomme qui va plus vite que la lumière et pour qui le temps est changé de signe. qui les voyant se dérouler harmonieusement et sans sortir d'un chaos primitif. . et cependant tous ces phénomènes à un instant donné ne seraient pas distribués conformément aux lois du hasard.

Il n'y a donc pas moyen de représenter la loi de probabilité des effets par une courbe continue. ne correspondraient pas des variations très petites de l'ordonnée. sera-t-elle encore proportionnelle à n? Nous n'avons aucune raison de le supposer puisque cette distance de n kilomètres est grande. entendons-nous bien. et où Lumen au contraire Tattribuerait au hasard. à des variations infiniment petites de l'abscisse correspondront des variations infiniment petites de l'ordonnée. Mais pratiquement elle ne serait pas continue puisque. A une différence d'un kilomètre dans la cause correspondrait une différence d'un millimètre dans l'effet. et cela bien que cette distance de n millimètres soit petite. moyen de il Si Ton n'y aurait plus représenter la prohabilité par une fonc- tion continue. à des variations très petites de Tabscisse. Qu'arrivera-t-îl maintenant quand de causes produiront de petits effets? C'est grandes le cas où nous n'attribuerions pas le phénomène au hasard. elle ne sera donc pas proportionnelle à n. : voilà ce que . Mais la probabilité pour que Feffet reste 'compris entre deux limites de n millimètres sera précisément la même. La probabilité pour que la cause soit comprise entre deux limites distantes de n kilomètres. n'admettait pas cette hypothèse. cette courbe pourra rester continue au sens analytique du mot.85 LE HASARD pourvu que cette distance soit très petite. Il deviendrait impossible de tracer distantes la courbe avec un crayon ordinaire je veux dire.

Dans le cours de cette histoire. pourquoi avons-nous ce droit? C'est parce que cet état d'équilibre instable. puisqu'il serait rebelle à toute loi. . pour lui. elles ont tant travaillé à la régulariser. n'est luimême que le point d'aboutissement d'une longue histoire antérieure. Mais alors. tandis que notre . Lumen n'aurait pas les mêmes raisons de conclure ainsi. elles ne créeraient au contraire que la diffé- rentiation et l'inégalité. qu'elles nous rendront finalement une courbe continue* Et c'est pourquoi nous en pouvons en toute confiance les angles. nous. les causes complexes ne lui paraîtraient pas des agents de régularité et de nivellement. Il verrait sortir un monde de plus en plus varié d'une sorte de chaos primitif. vallées : admettre la continuité. ils lui paraîmais ce traient dus à je ne sais quel caprice caprice serait tout autre chose que notre hasard.gCIENCE ET MÉTHODE 86 Que devons-nous donc conclure? Lumen de dire que le droit la probabilité de la n'a pas cause (celle de sa cause. que nous appelions tout à l'heure initial. elles ont arrondi nivelé les montagnes et comblé les quelque capricieuse et irrégulière qu'ait pu être la courbe primitive qu'on leur a livrée. des causes complexes ont agi et elles ont agi longelles ont contribué à opérer le mélange temps des éléments et elles ont tendu à tout uniformiser : au moins dans un petit espace. les changements qu'il observerait seraient pour lui imprévus et impossibles à prévoir. qui est notre effet à nous) doit nécessairement être représentée par une fonction continue.

LE HASARD 87 hasard a encore les siennes. Une différence est très petite. qui aideraient peut-être à mieux comprendre Tirréversibilité de l'univers. valle est très petit lorsque. et con- maintenant de se poser une question. J'ai parlé de causes très très pour Tun ne complexes. Mais ce qui est très petit grand pour Tautre. Et . a-t-il On peut petites il ou un caractère il Le peut objectif? se le demander. intervalle. étant ainsi défini dans la mesure où Tôtre. Mais il convient d'examiner la chose d'un peu plus près. Tous ces points demanderaient de longs développements. hasard. et tante. et ce peut-il être semble très complexe à l'un ne peut-il paraître à l'autre? J'ai déjà répondu en partie puisque j'ai dit plus haut d'une façon précise dans quel cas des équations différentielles deviennent trop simples pour que les lois du hasard restent applicables. VIII Nous avons cherché à vient définir le hasard. car on peut se placer encore à d'autres points de vue. Que signifie le mot très petit? Il suffit pour le comprendre de se reporter à ce que nous avons dit qui simple plus haut. la probabilité dans un les limites inter- de cet reste sensiblement cons-» pourquoi cette probabilité peut-elle être regardée comme constante dans un petit intervalle? C'est parce que nous admettons que la loi de probabilité est représentée par une courbe continue.

mais pratiquement continue. il constamment qu'il le puisse jamais Ce sont ces causes qui ont peu i peu abattu les saillants et rempli les rentrants. c'est siècles. Dans des milliards de milliards de siècles. comme je l'expliquais plus haut. Et alors telle longueur qui aujourd'hui ne nous semble pas très petite.88 ICIENCE ET MÉTHODE non seulement continue au sens analytique du mot. pour cela que nos courbes de probabilité n'offrent plus que des ondulations lentes. Cela veut dire que non seulement elle ne présentera pas d'hiatus absolu mais qu'elle n'aura pas non plus de saillants et de rentrants trop aigus ou trop accentués.de cette longueur ne peut être regardé comme rectiligne. il est actuel du monde. Il changera de sens n'est pas relatif à tel . parée que sur notre courbe un arc. mais il et c'est : relatif à l'état homme ou à tel autre. Et qu'est-ce qui nous donne hypothèse? Nous l'avons que. parce y a des cessent d'agir dans le causes complexes qui ne monde le dit plus haut. puisque la courbure sera devenue dix fois moindre. et qu'un arc de cette longueur pourra être sensiblement assimilé à une droite. Ainsi ce mot de très petit reste relatif. on aura fait un pas de plus vers l'uniformité et ces ondulations seront le rayon de courbure dix fois plus lentes encore moyen de notre courbe sera devenu dix fois plus grand. depuis le même sens droit de faire cette commencement des et qui font tendre vers Tuniformité sans revenir en arrière. devra au contraire à cette époque être qualifiée de très petite.

le microscope ne semble-t-ii pas sur le point de nous montrer quelque chose d'analogue? Ce nouveau critérium e&t donc rel^*iJ^ ^^mn^o. Il n'y a pas de chance pour qu'aucun homme discerne jamais la variété infinie qui. où la teinte il arrive un moment du mélange nouSv paraît uniforme. i^ si . elle sera uni- forme pour le presbyte qui est obligé de regarder de loin quand elle ne le sera pas encore pour le myope. Et cependant. restant vrai pour tous et les hommes. que toutes les choses seseront mélangées plus encore. produisent un mélange de plus en plus intime. Et quand elle le sera devenue pour toutes les vues. nous l'avons dit. si la théorie cinétique est vraie. on adopte les idées de Gouy sur le mouvement brownien. mais au bout de combien de temps ce mélange nous satîsfera-t-il? Quand aura-t-on accumulé assez de complications? Quand aura-t-on suffisamment battu les cartes? Si nous mélangeons deux poudres. l'une bleue et l'autre blanche. dois-je dire beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands? De sorte que notre critérium. Mais alors sans doute les hommes ne pourront plus vivre devront faire place à d'autres êtres. on pourra encore reculer lalimite par l'emploi des instruments. mais il y en a d'autres. c'est à cause de l'infirmité de nos sens. Les causes complexes. se dissimule sous l'apparence uniforme d'un gaz. conserve un sens objectif.LE HASARD quand le monde 89 sera devenu plus uniforme. Et que veut dire d'autre part plexe? J'ai le mot très com- déjà donné une solution^ et c'est celle que j'ai rappelée au début de ce paragraphe.

que tout le monde a négligé. Ce n'est que par hasard que se sont rencontrées deux cellules génitales. de quables du Il s'est donc contenté de relater du xvi* siècle les plus considérables même que les faits les plus xvii* siècle. qu'aucune Mais si histoire ne rapporte. Si les remar^ premiers suffisent pour expliquer les seconds. que la puissance de leurs instruments est limitée et qu'ils ne s'en servent d'ailleurs qu'ex- ceptionnellement. IX C'est la même chose dans les sciences morales et en particulier dans l'histoire. alors on dit que cet événement est dû au hasard. Le plus grand hasard est la naissance d'un grand homme. nement du xvn* siècle fait du XVI* siècle. il signifie que de petites causes ont produit de grands effets. tous les hommes c'est ont à peu près les sens. L'historien est obligé de faire un choix dans les événements de l'époque qu'il étudie il ne raconte que ceux qui lui semblent .SCIENCE ET MÉTHODE 90 premier et parce que mêmes s'il conserve un caractère objectif. les éléments mystérieux dont devait produire le génie. ce mot a donc le même sens que dans les sciences physiques. chacune de son côté. ces la réaction mutuelle On tombera d'accord que éléments doivent être rares et que leur ren- . de sexe différent. on dit que ceux-ci sont con- formes aux lois un grand évéreconnaît pour cause un petit de l'histoire ». qui contenaient précisément. les plus importants. les événements par exemple.

il de millimètre aurait suffi de le dévier d'un dixième et Napoléon ne naissait pas et les des- tinées d'un continent étaient changées. On a démontré qu'aucune Chambre ne contiendrait jamais aucun député de l'opposition. elle use moins qu'on ne croit de la méthode de Bridoye. Les causes nous sont inconnues. il est . puisque alors le système de Condorcet nous Les lois mettrait à l'abri des erreurs judiciaires. ne peut Un mot donné comprendre les encore sur les paradoxes lieu l'application du exemple véritables auxquels a calcul des probabilités aux sciences morales. Si on avait utilisé les résultats de ce calcul. on se serait certainement fallait exposé aux foi mêmes déceptions qu'en pariant sur la du calcul que l'opposition n'aurait jamais aucun représentant.LE HASARD 91 contre est encore plus rare. Condorcet s'est efforcé de calculer de jurés pour qu'une erreur judiciaire devint pratiquement impossible. du hasard ne s'appliquent pas à ces questions. Qu'il aurait fallu peu de chose pour dévier de sa route le spermatozoïde qui les portait . et parier un million contre un combien il sou. 5 . c'est peut-être fâcheux. Si la justice ne se décide pas toujours par de bonnes raisons. ou du moins un tel événement serait tellement improbable qu'on pourrait sans crainte parier le contraire. Qu'est-ce à dire? Nous sommes tentés d'attribuer au hasard les faits de cette nature parce que les causes en sont obscures mais ce n'est pas là le Trai hasard. Nul mieux faire caractères du hasard.

mais il y a une chose qu'elles ne peuvent détruire. sont et indépendamment les uns des autres. elles troiïblent les hommes. les entraînent à droite et à gauche. Quand des hommes ils ne se décident plus au hasard rapprochés. et même pas sont elles sont assez complexes. Et c'est cela qui se conserve. mais une grande différence sur la sixième décimale du logarithme. cela est facile. il est clair^ qu'une petite différence sur l'argument donnera une petite différence sur le logarithme. d'autres questions à souleaurait beaucoup y si je voulais les aborder avant d'avoir résolu cultés et je n'ai Il ver. Nous retrouvons toujours Mais pour le même le nombre ::. cela présente plus de diffi- pour le moment rien de bon à dire. et là. ce sont leurs habitudes de moutons de Panurge. . causes en action. L'application du calcul des probabilités aux sciences exactes entraîne aussi bien des difficultés. celle que je m'étais plus spécialement proposée. ils réagissent les uns sur les autres. Des causes multiples entrent chose les . Pourquoi les décimales d'une table de logarithmes. mais puisqu'elles conservent ne le quelque elles nous avons vu que c'est là ce qui distingue « trop simples ». critérium.SCIENCE ET MÉTHODB 92 vrai. pourquoi celles du nombre tz sont-elles distribuées conformément aux lois du hasard? J'ai déjà ailleurs étudié la question en ce qui concerne les logarithmes.

. Et c'est toujours au fond le même raisonnement. Quand nous voulons contrôler une hypothèse. nous déclarons l'hypothèse confirmée. ou bien cet ensemble de causes complexes que nous appelons le hasard.000 par y a seulement une chance sur 10. puisqu'elles seraient en nombre infini. ou bien y a-t-il des cas où cette façon de voir est légi. mais je puis dire au moins ceci nous nous trouvons en présence de deux hypothèses. cela me prendrait trop de temps. car sans cela toute science impossible. que faisons-nous? Nous ne pouvons en vérifier toutes les conséquences. et serait : . Mais il il le nombre 10.000 nombres. Nous trouvons naturel d'admettre que la première doit produire un résultat simple. time? Il faut l'espérer. exemple.000 n'y a pour qu'il amène n'importe quel autre nombre et cependant ce résultat ne nous étonnera pas et il ne nous répugnera pas de l'attribuer au hasard et cela simplement parce qu'il sera moins frappant. Je ne puis ici le justifier complètement. nous nous contentons d'en vérifier quelques-unes et si nous réussissons. Et en effet il n'y a qu'une très faible probabilité pour qu'entre 10. Y a-t-il là de notre part une simple illusion. quand nous trouvons un nombre rond par exemple. car tant de succès ne sauraient être dus au hasard.000. et nous cherchons pour l'expliquer une cause non fortuite.Ll BA9ÂBD 93 Quand nous constatons un résultat simple. non plus qu'une chance sur 10. ou bien une cause simple. le hasard amène un nombre rond. nous disons qu'un pareil résultat ne peut pas être dû au hasard.

ne l'amènera pas non plus plus d'une fois sur iO. ce il résultat simple. qu'au hasard qui ne pouvait nous le donner qu'une fois sur 10. il est vrai. . Il n'en sera plus de même si nous constatons un résultat qui n'est pas simple.OOO.000. le nous paraît plus vrai- semblable de Tattribuer à la cause simple qui deyait nous le donner presque certainement. mais la cause simple n'a pas plus de chance de le produire. si nous constatons nombre rond par exemple.SCIENCE ET METHeDB alors. le hasard.

ne peuvent aboutir qu'à une représenta- où les surfaces fortement colorées. par exemple. C'est de irréductible de l'espace. I Il est impossible de se représenter l'espace vide tous nos efforts pour imaginer . sans que tout s'évanouisse et aooution au néant. sont remplacées par des lignes à faible coloration et Ton ne pourrait aller jusqu'au bout dans cette voie. un espace pur. d'où seraient exclues les images changeantes des objets matériels.LIVRE îî LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE CHAPITRE I La Relativité de l'Espace. tisse là que provient la relauvité .

toutes les dimen- sions de l'univers deviennent mille fois plus grandes : . mais qu'on est trop souvent mot porté à oublier. que le soleil se déplace à son tour par rapport à la Voie Lactée. C'est là une des formes les plus banales du principe de la relativité de l'espace. je serai Oui et cependant j'aurai tort. C'est là une vérité qui a été pi. Si Ton me demande Entendez-vous que vous reviendrez au môme point de l'espace.96 gCIENCE ET MÉTHODfc Quiconque parle de l'espace absolu. qui aura parcouru plus de 2 millions de kilomètres.oclamée depuis longtemps par tous ceux qui ont réfléchi à la question. . emploie un vide de sens. entraînant avec elle la place du Panthéon. langage. Et. sur laquelle Delbeuf a particulièrement insisté. que la Voie Lactée ellemême est sans doute en mouvement sans que noug De sorte que nous nous ignorerons' ignorons complètement et que toujours de combien la place du Panthéon se déplace puissions connaître sa vitesse. si je : : voulais préciser mon . mais il en est une n'aurait autre. puisque ces 2 millions de kilomètres. ma phrase : aucun sens et l'espace s'évanouirait. place du Panthéon. En somme. dans une nuit. et je dis je reviendrai ici : demain. Je suis en un point déterminé de Paris. notre globe les a parcourus dans son mouvement par rapport au soleil. par exemple. en un jour. et s'il n'y avait pas de Panthéon. j'ai voulu dire Demain je verrai de nouveau le dôme et le fronton du Panthéon. Supposons que. je n'y gagnerais rien. tenté de répondre puisque d'ici à demain la Terre aura marché.

livre quel sentiment éprouverîii-je en présence d'une aussi étonnante transformation? Eh bien. le lendemain troisième matin. Tout à l'heure. nous avions vu que quand je dis Je serai ici demain. Seulement. Quand je me réveillerai. de dire que Ton connaît la distance entre deux points? Non. il passé du tout et que c'est nous ne nous sommes aperçus de rien. En réalité. Le lit où je suis couché et mon corps lui-même se seront agrandis dans la même proportion. il ne pour cela que vaudrait mieux dire que l'espace étant relatif. je ne m'apercevrai de rien du tout. Les mesures les plus précises seront incapables de me rien révéler de cet immense bouleversement. ce qui était long d'un millimètre deviendra long d'un mètre. en même sens qu'au de géométrie. A-t-on le droit. puisque cette distance pourrait subir d'énormes variations sans que nous puissions nous en apercevoir. cela ne voulait pas dire Je serai demain au point de l'espace où s'est rien : : . En réalité. en conséquence. Si comme j'ai raisonné un instant eux. c'est pour mieux faire voir que leur façon de voir implique contradiction.97 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI le monde sera resté semblable donnant au mot de similitude le à lui-même. ce qui avait un mètre de long mesurera désormais un kilomètre. ce bouleversement n'existe que pour ceux qui raisonnent comme si l'espace était absolu. puisque les mètres dont je me servirai auront varié précisément dans les mêmes proportions que les objets que je chercherai è mesurer. pourvu que les autres distances aient varié dans les mêmes proportions.

il suffit qu'elle existe pour la conclusion que Mais ce n'est pas tout. D'après Lorentzet Fitzgerald*. j'ai été victime réalité. Et d'ailleurs. et j'ai admis 30 kilomètres pour sa vitesse. mais sa vitesse par rapport à qui nous i. Cette déformation est. fait croire Vide infra.SCIENCE ET MÉTHODE 98 Je serai demain à la Panthéon qu'aujourd'hui. mais même voici : que cet énoncé n'est plus suffisant dois dire : Demain aujourd'hui. Mais. XI. j'ai pensé au mouvement de la terre sur son orbite elliptique autour du Soleil. non sa vitesse absolue qui n'a aucun seni. en tout. mais. ma et que je distance du même nombre de fois^ la supposé que les dimenque du moins ce sions du monde monde restait toujours semblable à lui-même. chap. sa véritable vitesse (j'entends. cette fois. j'ai variaient. tandis que les dimensions perpendiculaires à ce mouvement ne seraient pas altérées. El du distance je suis aujourd'hui. je moi-même n'en sais rien du de l'illusion tenace que nous pensons un espace absolu. très faible. tous les corps entraînés dans le mouvement de la Terre subissent une déformation. Mais peu importe qu'elle soit faible. . et Panthéon sera égale à un longueur de mon corps. puisque toutes les dimensions parallèles au mouvement de la Terre diminueraient d'un cent millionième. j'ai dit qu'elle était faible. mais j'en vais bientôt tirer. On peut aller beaucoup plus loin et une des théories les plus étonnantes des physiciens modernes va nous en fournir l'occasion. à la vérité.

voici un cube qui a 1 mètre de côté. celle qui est parallèle au mouvement. ensuite. de sorte que bien que l'arête n'ait plus un mètre de longueur. à son tour. je n'ai de la plus connaître grande et : elle alors est peut-être la 10. et étant devenu parallèle au mouvement. Si je veux m'en assurer à Taide d'un mètre. a subi. Pouvons-nous mettre en évidence cette déformaÉvidemment non. Mais le mètre ayant changé d'orientation. à lacondi. et. On me demandera alors quelle est l'utilité de l'hypothèse de Lorentz et de Fitzgerald si aucune expérience ne peut permettre de la vérifier? c'est que mon exposition a été incomplète. je ne la connais pas. .000 fois plus forte. je mesurerai d'abord l'une des arêtes perpendiculaires au mouvement et je constaterai que mon mètre s'applique exactement sur cette arête. l'autre arête. 10. la déformation. puisqu'elles sont. il s'y appliquera exactement. déformation 100 sera fois 100. devient plus petite. ni Tune ni Tautre de ces deux longueurs n'est altérée. Tune de ses arêtes. je ne me tion? serai aperçu de rien. les autres ne varient pas.99 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACE aucun moyen Téther). pour cela je déplace mon mètre et le fais tourner de façon à l'appliquer sur mon arête. perpendiculaires au mouvement. Je veux mesurer. toutes deux. je n'ai parlé que des mesures que l'on peut faire avec un mètre mais on peut mesurer aussi une longueur par le temps que la lumière met à la parcourir. il se déforme. celle qui est parallèle au mouvement. par suite du déplacement de la terre. en effet.

Il a préféré admettre que la vitesse est la même dans ces diverses directions. mais de la mesure de cette grandeur par le moyen d'un instrument quelconque. qu'on pourrait aller beaucoup plus loin au lieu de la déformation de Lorentz-Fitzgerald dont les lois sont particulièrement simples. Lorentz aurait pu rendre compte des faits en supposant que la vitesse de la lumière est plus grande dans la direction du mouvement de la terre que dans la direction perpendiculaire. ou le chemin parcouru par la lumière. les carrés sont ou des parallélogrammes. on pourIl est évident : I . nous ne nous serions pas aperçus de la déformation de Lorentz-Fitzgerald. il ne peut être question de grandeur absolue. c'est seulement le rapport de la grandeur à l'instrument que nous mesurons. devenus des rectangles les cercles des ellipses. c'est que. et si ce rapport est altéré. Mais ce que je veux faire voir. Et cependant nous n'avons aucun moyen de savoir si cette déformation est les réelle.«CIENCE ET MÉTHODE 100 que Ton admette que la vitesse de la lumière est constante et indépendante de la direction. cet instrument peut être un mètre. Si les surfaces d'onde de la lumière avaient subi les mêmes déformations que les corps matériels. sphères des ellipsoïdes. dans cette déformation. le monde n'est pas demeuré semblable à lui-même . nous n'avons aucun moyen de savoir si c'est la grandeur ou bien tion l'instrument qui a varié. Dans un cas comme dans Tautre. mais que les corps sont plus petits dans les unes que dans les autres.

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE

101

imaginer une déformation tout à fait quelconque. Les corps pourraient se déformer d'après
des lois quelconques, aussi compliquées que nous
voudrions, nous ne nous en apercevrions pas pourvu
que tous les corps sans exception se déforment suirait

vant les

mêmes

lois.

En

disant

:

tous les corps sans

exception, j'y comprends, bien entendu, notre corps

lui-même, et les rayons lumineux émanés des divers
objets.

nous regardions le monde dans un de ces
miroirs de forme compliquée qui déforment les
objets d'une façon bizarre, les rapports mutuels des
diverses parties de ce monde n'en seraient pas
altérés; si, en effet, deux objets réels se touchent,
leurs images semblent également se toucher. A vrai
dire, quand nous regardons dans un pareil miroir,
nous uous apercevons bien de la déformation, mais
c'est parce que le monde réel subsiste à côté de son
image déformée; et alors même que ce monde réel
nous serait caché, il y a quelque chose que Ton ne
saurait nous cacher, c'est nousrmême nous ne pouvons cesser de voir, ou tout au moins de sentir,
Si

;

notre corps et nos membres qui n'ont pas été
déformés et qui continuent à nous servir d'instruments de mesure. Mais si nous imaginons que notre
corps soit déformé lui-même, et de la même façon
que s'il était vu dans le miroir, ces instruments de

mesure"^ leur tour nous feront défaut et la déformation ne pourra plus être constatée.
Voici de même deux univers qui sont l'image l'un
de l'autre à chaque objet P de l'univers A corrftfl;.

102

iCIKNCE ET MÉTHODI

pond dans Tunivers B un objet F qui est son image;
les coordonnées de cette image P' sont des fonctions
déterminées de celles de l'objet P; ces fonctions
peuvent d'ailleurs être tout à fait quelconques; je
suppose seulement qu'on les ait choisies une fois
pour toutes. Entre la position de P et celle de F, il
y a une relation constante; quelle est cette relation,
peu importe; il suffit qu'elle soit constante.
Eh bien, ces deux univers seront indiscernables

de Tautre. Je veux dire que le premier sera
pour ses habitants ce que le second est pour les
siens. Et il en serait ainsi tant que les deux univers
resteraient étrangers l'un à l'autre. Supposons que
nous habitions l'univers A, nous aurons construit
notre science et en particulier notre géométrie
pendant ce temps les habitants de l'univers B

l'un

;

auront construit une science, et comme leur monde
est l'image du nôtre, leur géométrie sera aussi

pour mieux dire, ce sera la
même. Mais si un jour une fenêtre nous est ouverte
sur l'univers B, nous les prendrons en pitié « Les
malheureux, dirons-nous, ils croient avoir fait une
géométrie, mais ce qu'ils appellent ainsi n'est
qu'une image grotesque de la nôtre; leurs droites

rimage de

la nôtre ou,

:

sont toutes tortues, leurs cercles sont bossus, leurs
sphères ont de capricieuses inégalités ». Et nous ne

nous douterons pas qu'ils en disent autant de nous,
et qu'on ne saura jamais qui a raison.
On voit dans quel sens large doit être entendue
Te^ pace est en réalité
la relativité de l'espace
amorphe et les choses qui sont dedans lui donnent
;

103

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI

une forme. Que doit-on penser alors de cette
que nous aurions de la droite ou
avons si peu l'intuition de la
Nous
distance?
de la
distance en soi que, dans une nuit, nous l'avons dit,
une distance pourrait devenir mille fois plus grande
sans que nous puissions nous en apercevoir, si
seules

intuition directe

toutes les autres distances avaient subi la

même

même

en une nuit l'univers B pourrait
s'être
substitué à l'univers A sans que nous
eussions aucun moyen de le savoir, et alors les
altération. Et

lignes droites d'hier auraient cessé d'être droites et

nous ne nous apercevrions de rien.
Une partie de l'espace n'est pas par elle-même et
au sens absolu du mot égale à une autre partie de
l'espace car si elle l'est pour nous, elle ne le sera
pas pour les habitants de l'univers B et ceux-ci ont
précisément autant de droits de rejeter notre opinion
que nous en avons de condamner la leur.
J'ai montré ailleurs quelles
sont les conséquences de ces faits au point de vue de l'idée que
nous devons nous faire de la géométrie non-euclidienne et d'autres géométries analogues; je ne veux
;

;

pas y revenir; et aujourd'hui je
point de vue un peu différent.

me

placerai à

un

II

Si cette intuition

de

la distance,

de la direction, de
de l'espace

la ligne droite, si cette intuition directe

en un mot n'existe pas, d'où vient que nous croyons

104

SCIENCE ET MÉTHODB

TaToir? Si ce n'est là qu'une illusion,

d*oii vient

que

cette illusion est si tenace? C'est ce qu'il convient
Il n'y a pas d'intuition directe de la
avons-nous dit, et nous ne pouvons
atteindre que le rapport de cette grandeur à nos
instruments de mesure. Nous n'aurions donc pas
pu construire l'espace si nous n'avions eu un instrument pour le mesurer; eh bien, cet instrument
auquel nous rapportons tout, celui dont nous nous

d'examiner.

grandeur,

servons instinctivement, c'est notre propre corps.
C'est par rapport à notre corps que nous situons
les objets extérieurs, et les seules relations spatiales

de ces objets que nous puissions nous représenter,
ce sont leurs relations avec notre corps. C'est notre
corps qui nous, sert, pour anisi dire, de système
d^axes de coordonnées.

Par exemple à un instant a, la présence de
A m'est révélée par le sens de la vue; à un
autre instant p, la présence d'un autre objet B m'est
révélée par un autre sens, celui de Touïe ou du
toucher, par exemple. Je juge que cet objet B
occupe la même place que Tobjet A. Qu'est-ce que
cela veut dire? D'abord cela ne signifie pas que ces
deux objets occupent, à deux instants différents, un
l'objet

même

point d'un espace absolu,

existait,

qui

même,

s'il

échapperait à notre connaissance, puisque,

p, le système solaire s'est
connaître son déplapouvons
déplacé et que nous ne
cement. Cela, veut dire que ces deux objets occupent
la même position relative par rapport à notre

entre les instants a et

corps.

I.A

RELATIVITÉ DE l'eSPACB

105

même,

qu'est-ce que cela veut dire ? Les
impressions qui nous sont venues de ces objets ont
suivi des chemins absolument différents, le nerf

Mais cela

optique pour Tobjet A,

le

nerf acoustique pour l'ob-

commun au point de vue
Les représentations que nous pouvons nous
faire de ces deux objets sont absolument hétéro-

jet B. Elles n'ont rien

de

Qualitatif.

gènes, irréductibles l'une à l'autre. Seulement je
sais que, pour atteindre Tobjet A, je n'ai qu'à éten-

dre

le

bras droit d'une certaine manière

;

lors

même

de le faire, je me représente les
sensations musculaires et autres sensations analogues qui accompagneraient cette extension, et cette

que

je m'abstiens

représentation est associée à celle de l'objet A.
Or, je sais également que je puis atteindre l'objet

B en étendant

le

bras droit

de la

même ma-

accompagnée du même cortège
de sensations musculaires. Et quand je dis que ces
deux objets occupent la même position, je ne veux
nière,

extension

pas dire autre chose.
Je sais aussi que j'aurais pu atteindre l'objet

A

par un autre mouvement approprié du bras gauche
et je me représente les sensations musculaires qui

mouvement et, par ce
même mouvement du bras gauche accompagné des
mêmes sensations, j'aurais pu également atteindre
auraient accompagné ce

;

Tobjet B.

Et cela est très important, puisque c'est de cette

me défendre contre les
me menacer soit l'objet

façon que je pourrai

dangers

dont pourraient

A, soit

l'objet B.

A chacun

des coups dont nous pouvons

106

SCIENCE ET MÉTHODE

une ou plusieurs
parades qui nous permettent de nous en préserver.
t[ne même parade peut répondre à plusieurs coups;
être frappés, la nature a associé

par exemple, qu'un même mouverient du bras droit nous aurait permis de nous
défendre à Tinstant a contre l'objet A et à Tinstant

r^;

C'est ainsi,

î

(3

De même, un même coup peut

contre l'objet B.

nous avons dit,
par exemple, qu'on pouvait atteindre indifféremment
Tobjet A, soit par un certain mouvement du bras
être paré de plusieurs manières, et

droit,

soit

par un certain

mouvement du bras

gauche.

Toutes ces parades n'ont rien de commun entre
sinon qu'elles permettent de se garer d'un

elles,

même

coup,

et c'est cela, et rien

nous entendons quand nous disons

que

cela,

que

(Jue ce sont des

mouvements aboutissant à un même point de l'espace. De même, ces objets, dont nous disons qu'ils
occupent un même point de l'espace, n'ont rien
de commun, sinon qu'une même parade peut permettre de se défendre contre eux.
Ou, si l'on aime mieux, que l'on se représente

d'innombrables

fils

pètes, les autres

télégraphiques, les uns centri-

centrifuges. Les

fils

centripètes

nous préviennent des accidents qui se produisent au
centrifuges doivent

y apporter

le re-

dehors, les

fils

mède. Des
que qiiand

connexions sont établies de telle façon
l'un des

fils

un courant, ce courant

centripètes est parcouru par
agit sur

un

relai et

un courant dans l'un des
choses sont arrangées pour que plusieurs
ainsi

fils

provoque

centrifuges, et les
fils

centri-

pour ainsi dire. si un même remède fll convient à plusieurs maux. il est aisé de le comprendre. Mais ces associations ne sont pas. tout ce que notre géométrie a d'instinctifi Ce que nous appelons notre intuition de la ligne droite ou de la distance^ c'est la conscience que nous avons de ces associations et de leur caractère impérieux. pour conquêtes de l'individu. naturelle a vite qu'elles étaient plus nécessaires. puisque sans elles la défense de l'organisme aurait été impossible. puistrace chez l'enfant qui vient de la plupart. et un mutuel secours.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACB pètes puissent agir sur un même fil 107 centrifuge. Et d'où vient ce caractère impérieux lui-même. ou. c'est ce tableau de distribution. système complexe d'associations. et qu'un centripète puisse ébranler divers fils centrifuges. si Ton veut. cellules n'ont plus été qu'elles ont été appelées à se porter . A ce compte. même mal peut être guéri par plusieurs remèdes. celles dont nous parlons ont dû être des premières en date. qui est toute notre géométrie. simultanément. Une association nous C'est ce paraîtra d'autant plus indestructible qu'elle sera plus ancienne. Dès que les purement juxtaposées. toutes les fois qu'un soit soit à défaut Tun de l'autre. il a bien fallu que s'organise un mécanisme analogue à celui que nous venons de décrire pour que ce secours ne se trompe pas de chemin et aille au-devant du péril. des qu'on en voit naître : la La sélection dû amener ces conquêtes d'autant plus ce sont des conquêtes de la race.

ma Il est néces- y a des points portée. et goutte d'acide est déposée en elle un point de qu'une la peau.SCIENCE ET MÉTHOBS 108 Quand une grenouille est décapitée. Et c'est cette multiplicité des parades. . de la résistance que nous opposons à toute tentative faite pour dissocier ce qui depuis si longtemps est associé? Or. puisque les parties les plus inférieures du système nerveux entrent seules voit à quelle en jeu. si le premier fait défaut. si cette patte est amputée. elle Ten- rapprochée. l'intervention de la pour en reculer qui resteront hors de mémoire les limites. lève avec la patte du côté opposé. Voilà bien cette double parade dont je parlais tout à l'heure. On profondeur de l'inconscient il faut descendre pour trouver les premières traces de ces associations spatiales. cherche à essuyer l'acide avec la patte la plus et. Comment s'étonner. dont on s'est toujours bien trouvé. quelque effort que . ]ui est l'espace. III L'espace ainsi créé n'est qu'un petit espace qui ne s'étend pas plus loin que ce que mon bras peut atteindre saire . c'est cette résistance même que nous appelons l'évicette évidence dence des vérités géométriques que Ton répugnance la que n'est autre chose éprouve à rompre avec de très vieilles habitudes. dès lors. et la coordination qui en résulte. permettant de combattre un mal par un second remède.

. mais un cornplexus de sensations successives. pour cela que j'ai dit tout à l'heure que l'intervention de la mémoire était et c'est nécessaire. D'autre part. Observons encore que. Nous devons. par exemple. tous ces points seiin raient en dehors de l'espace. puisque les sensations que nous pourrions éprouver par Faction des corps qui y seraient placés. si j'étais 109 cloué au sol polype hydraire. d'ailleurs. non pas un complexus de sensations simultanées. nous représenter. et se suivant dans un ordre déterminé.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE je fasse comme pour étendre la main. Mais nous ne sommes pas fixés au sol comme les animaux inférieurs. d'aucune parade appropriée. etc. si l'ennemi est trop loin. qui ne peut qu'étendre ses tentacules. marcher à lui d'abord et étendre la main quand nous sommes assez près. celle des sensations des canaux semi-circulaires. C'est encore une parade. et dans la représentation que nous nous en faisons entrent la repré- sentation des sensations musculaires causées par les mouvements des jambes. pour avoir moins à étendre la main que sais-je encore? Ce n'est pas une. ne seraient associées à l'idée d'aucun mouvement nous permettant de les atteindre. Ces sensations ne nous sembleraient avoir aucun caractère spatial et nous ne chercherions pas à les localiser. pour aller à un même point. celle des sensations musculaires causées par le mouvement final du bras. je puis m'approcher plus près du but à atteindre. c'est une parade complexe. mais une parade à longue portée. nous pouvons. c'est mille parades que je .

C'est cette double unité qui fait lïndividualité de chaque point de Tespace. Nous définissons un point par la suite de mouvements qu'il pour l'atteindre à partir d'une du corps.SCIENCE ET MÉTHODE liO un même danger. ces axes étaient fixes. Mais la position que j'appelle initiale peut être arbitrairement choisie parmi toutes les positions que mon corps a successivement occupées si la mémoire plus ou moins inconsciente de ces positions successives est nécessaire à la genèse de la notion convient de faire certaine position initiale . qui fait l'unité de ces parades diverses. Quels sont les axes auxquels se rapporte naturellement l'espace étendu? c'est-à-dire le nouvel espace que je viens de définir. comme c'est la possibilité d'être parés de la même façon qui fait l'unité des coups de nature si diverse. puisque liés mon corps ne bougeait pas et que mes membres seuls se déplaçaient. L'espace que j'envisageais dans paragraphe le précédent. Toutes ces parades sont formées de sensations qui peuvent n'avoir rien de commun et cependant nous les regarderons comme puis opposer à définissant un même point de l'espace. Les axes sont donc liés à cette position initiale du corps. et que je pourrais appeler Vespace res^ treint^ était à mon rapporté à des axes de coordonnées corps . dans la notion de point. C'est la possibilité de parer un même coup. il n'y a pas autre chose. parce qu'elles peuvent répondre à ce même danger et qu'elles sont les unes et les autres associées à la notion de ce danger. et. qui peuvent nous menacer d'un même point de Tespace. .

considérée comme initiale. . ces axes changeraient à chaque instant. l'espace corps. Nous avons la faculté de rapporter notre espace étendu tantôt à la position A de notre corps. faute d'avoir voyagé. le rocher auquel cet être serait enchaîné ne serait pas immobile. coordonnées. qu'il avait quelques que nous sommes libres de regarinitiale nous faisons donc à chaque instant des changements inconscients de instants après. mais. et qui. pour lui. par conséquent. ils ne changeraient pas. il y a seulement l'espace relatif à une certaine position initiale du Il Pour un être conscient. ne connaîtrait que l'espace restreint. il croirait l'es- pace absolu. pour nous.LA RELATIVITÉ DE l'ESPACB mémoire peut remonter plus ou De là résulte dans la défimême de l'espace une certaine indétermina- d'espace moins nition 111 . n y a plus d'espace absolu. par conséquent. précisément cette indétermination qui constitue sa relativité. il serait toujours le même. loin cette dans tion. Cette faculté ferait défaut à notre être imaginaire. pour lui. comme serait encore relatif (puisqu'il se rapporterait à son corps). et. qui serait fixé au sol les animaux inférieurs. Il n'en est . et c'est le passé. puisqu'il serait toujours le système unique. A chaque instant. parce n'aurait pas que les axes conscience de auxquels il rap- porterait cet espace restreint ne changeraient pas ! Sans doute. puisqu'il serait entraîné dans le mouvement de notre planète. et der à son tour comme . mais cet être cette relativité. tantôt à la position B. son système d'axes lui serait imposé ce système aurait beau changer en réalité.

et b' sa situation quand. caractérisés par un certain complexus de sensations musculaires. et nous disons que tous les points en sont équivalents. notre espace étendu nous apparaît comme homogène. ne serait pas les divers points de cet espace ne pour- raient être regardés comme équivalents. n'est pas tout. à partir de cette position. par exemple.SCIENCE ET METHODE 112 pas de même pour nous qui. la partant de cette position A. on a exécuté les vements M. nous pourrons exécuter des Si mouvements M' qui seront caractérisés par musculaires. du bout de l'index de main droite. nous pouvons. Qu'est-ce que cela veut dire? nous partons d'une certaine position A. tandis que d'autres le seraient facilement. soit b la situation de ce même index quand. à chaque instant. Mais. on a exécuté les mouvements M'. puisque les uns ne pourraient être atteints qu'au prix des plus grands efforts. effectuer certains mouvements M. Soit ensuite a' la mou- situation de cet index dans la position B. partant de la position B. l'espace restreint homogène . Eh bien j'ai coutume de dire que les points de l'espace a et 6 sont entre eux comme les points a' et b' et cela veut dire simplement que les deux sé! ries de mouvem. à partir d'une autre position B.ents M et M' sont accompagnées des . pos- sédons plusieurs systèmes entre lesquels nous pouvons choisir à volonté et à la condition de remonter par la Ce mémoire plus ou moins loin dans le passé. Soit alors sensations les mêmes a la situation d'un certain point du corps. dans la position initiale A. Au contraire.

Mais cet acte d'imagination me serait impossible. De sorte que la relativité de l'espace et son homogénéité sont une seule et même chose. si je n'avais mon espace restreint étendu pour mon usage personnel.113 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE mêmes comme j'ai conA à la posicapable des mêmes sensations musculaires. lablement construit espace et préa- mon IV Pourquoi maintenant tous ces espacées ont-ils trais dimensions? RcDortons-nous au « tableau d^ '^^^'»- . qu'on le rapporte aux axes A ou aux axes B. mon corps est resté mouvements. tandis que sur l'une de ces petites boules s'agiterait un lilliputien que j'appellerais moi. ce que je sentirais . j'y arriverai par tion. Et science que. puisque ses propriétés restent les mêmes. Et. C'est cela qu'on appelle l'homogénéité de l'espace. moi-même en présence d'un monde en miniature où ces planètes seraient remplacées par de petites boules. si je veux passer au grand espace. ou. de sorte que les deux points a et à! sont équivalents. je sais qu'il y a un point de Tespace qui est au point a\ ce qu'un point h quelconque est au point a. Maintenant. mais où je peux loger Punivers. en même temps. Je un acte d'imagina- m'imaginerai ce qu'éprouverait un géant qui pourrait atteindre les planètes en quelques pas si Ton aime mieux. en passant de la position tion B. qui ne sert plus seulement pour moi. c'est pour cela que l'espace est relatif.

Nous avons ensuite différents 1. et si Al est également associé à la parade B2. malgré mon incompétence. Telle n'est pas ma pensée. et cela pour plusieurs raisons d'abord. être formées de plusieurs pas suivis d'un mouvement du bras. comme nous Tavons vu plus haut. d'un côté la liste des différents dangers possibles désignons-les par la côté. ensuite parce que. liste pellerai de Nous avons Al. je crains qu'on ne voie dans tout ceci. parce que. mais d'association psychologique entre deux et : de sensations. qui peuvent même. dans le cas de l'espace étendu. je sens bien que ce schéma serait par trop simpliste.114 SCIENCE ET MÉTHODE tributîon » dont nous parlions plus haut. et enfin. l'avertisseur du danger A 3 fonctionnera. mais une description du système nerveux. tandis que ceux qui l'ont étudié ne le font qu'avec circonspection. non une simple comparaison. des connexions entre les plots de la première liste ceux de la deuxième. de Tautre remèdes que j'apetc. Il ne s'agit donc pas de connexion physique entre deux conducteurs réels. il mettra ou pourra mettre en branle le relai correspondant à la parade B 4. et. . de telle façon que quand. et A2 par exemple sont l'un et l'autre associés à la parade Bl. B 2. il arrivera généralement que A2 et séries Si Al i . etc. Comme j'ai parlé plus haut de fils centripètes ou centrifuges. . par exemple. je ne me permettrais pas d'énoncer une opinion sur la structure du système nerveux que je ne connais pas. sur ma liste de parades. A des même B 2. il en figure de très complexes.

115 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACB B2 seront eux aussi associés. mais discrets. mais les unes des autres. si la loi était rigoureusement de ce et toujours vraie. avons-nous défini un point de Tespace. Nous l'avons fait de c'est d'une part l'ensemble des averdeux façons tisseurs A qui sont en connexion avec une même parade B c'est d'autre part l'ensemble des parades B qui sont en connexion avec un même avertisseur A. il n'y aurait tale n'était qu'une immense confusion et il n'y aurait rien qui pût ressembler à une conception de Tespace ou à une géométrie. puisque A 1 serait en connexion avec B 2 et qu'il n'en serait pas de même de A2. Mais il n'en est pas ainsi qu'on mé permette de reprendre un instant le langage des gens qui savent . l'espace serait tout différent qu'il est. contradiction. . mais on devrait dire également qu'ils ne correspondent pas à un même point. Si cette loi fondamen- pas généralement vraie. ni par conséquent pour attrigories elles seraient seraient excessivement entièrement séparées buer à l'espace trois dimensions. en effet. L'espace serait formé de points très nombreux. Il n'y aurait pas de raison pour ranger côs points dans un ordre plutôt que dans un autre. Si notre loi n'était pas vraie. Comment. d'un autre côté. Mais. on devrait dire que Al et A2correspondentàun mèmepointpuisqu'ils sont tous deux en connexion avec Bl. Nous aurions des catégories bien tran- chées entre lesquelles se répartiraient d'une part les avertisseurs A. d'autre part les parades B . il serait discontinu. ces caté- nombreuses. Ce serait une : .

de sorte que nous pouvons écrire la suite Bl. si le point qui correspond à Bl est suffisamment près à la fois de celui qui correspond à A 1 et de celui qui correspond à A2. lequel B3 n'était pas associé à Al. Al. A2. A3. où chaque terme est associé au suivant et au précé- . langue me faire le faut bien puisque c'^st ia mieux ceux de <jui je comprendre. Alors la parade B 1 pourra répondre à A 1 et à A 2. Quand je veux parer qu'entendent cherche à le il ET KÉTEODE le coup. Pour celui qui ne sait pas encore la géométrie. Et alors les choses se passeront de la façon suivante. B4. et ainsi de suite. B3. Deux parades Bl et B2 seront associées à un môme avertissement A 1 et à un très grand nombre d'avertissements que nous rangerons dans la même catégorie que Al et que nous ferons correspondre à un même point de Tespace. Mais il pourra se faire que le point qui correspond à une autre parade B 2 soit assez voisin du point correspondant à Al. mais il suffit que j'en approche assez près.A4. Mais nous pourrons trouver des avertissements A2 qui seront associés à B? sans l'être à Bl. je cherche à atteindre le point d'où vient ce coup. cela se traduira simplement par une dérogation à la loi énoncée plus hnut. et qui en revanche le seront à B3. et ne le soit pas assez du point correspondant à A 2.Hmvoir répondre à A 2. De sorte que la parade B2 pourra répondre à Al sans .116 tCIEI^'CE déjà la géométrie. B2.

tout en comportant des exceptions. que chacun des termes de ces mais fait partie d'une très nombreuse catégorie d'autres avertisseurs ou d'autres parades qui a les mêmes connexions que lui. empiètent partiellement les unes sur les autres et se pénètrent mutuellement dans une certaine mesure. par suite de ces exceptions. Seulement. au lieu d'être entièrement séparées. n'est qu'une propriété . dimensions. et c'est pour cela que l'espace a trois Il dimensions. y a donc un ordre dans lequel se rangent naturellement nos catégories qui correspondent aux points de l'espace. Tordre dans lequel ces catégories doivent être rangées n'est plus arbitraire et si Ton se reporte à la suite précédente. D'autre part. ces catégories. mais ne Test pas aux termes qui sont distants de plusieurs rangs. reste donc presque touInutile d'ajouter n'est pas isolé. faut ranger entre B 1 et placer entre B2 entre B3 et B3 et Al et A2 on et voit bien qu'il par conséquent qu'on ne saurait par exemple B le 4. La loi fondamentale. suites jours vraie. de sorte que l'espace devient continu.LA HKLATIVITÉ DE l'iSPACI ii7 dent. et l'expérience nous apprend que cet ordre se présente sous la forme d'un tableau à triple entrée. et que Ton peut regarder comme appartenant à un même point de l'espace. Ainsi la propriété celle d'avoir trois caractéristique de l'espace.

Le monde extérieur. vivraient dans notre deux paires de canaux semi-circulaires. et qu'elle aurait tou- . 11 de ces consuffirait de détruire quelques-unes nexions. tenter cette traduction ce serait se donner beaucoup de mal pour peu de profit. Cependant. une propriété interne de rintelligence humaine pour ainsi dire. croyaient que l'espace a deux dimensions? Et alors cet être pensant. mais qui seraient faits autrement que nous et qui croiraient que l'espace a plus ou moins de trois dimensions. puisque ce sera la description du même monde dans un autre langage? Il semble bien en effet qu'il serait possible de traduire notre physique dans le langage de la géométrie à quatre dimensions. et qui en un sens sera cependant la même que la nôtre. s'il est capable de construire une physique. penseront-elles. de Cyon n'an'ayant que t-il pas dit que les souris japonaises.tCIENCE ET MÉTHODE 118 de notre tableau de distribution. il semble que la traduction serait toujours moins simple que le texte. doit bien y être pour quelque chose. Si le nombre des dimensions vient de la manière dont nous sommes faits. et je me bornerai à citer la mécanique de Hertz où l'on voit quelque chose d'analogue. M. il pourrait y avoir des êtres pensants qui monde. c'est-à-dire de ces associations d'idées pour avoir un tableau de distribution différent. Quelques personnes s'étonneront d'un pareil résultat. et cela pourrait être assez pour que Tespace acquît une quatrième dimension. ne va-t-il pas faire une physique à deux ou à quatre dimensions.

et cela c'est un fait extérieur à nous. . mais pourquoi cette connexion? c'est parce que la parade B. ce n'est pas par hasard que tableau de distribution s'est constitué. concevoir. D'ailleurs. dimensions.119 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE jours Tair d'une traduction. que la langue des trois la mieux appropriée à la desmonde. des êtres pensants dont le tableau de distribution serait à quatre dimensions et qui par conséquent penseraient dans l'hyperes- .l permet effectivement de se défendre contre le danger Al. c'est une propriété du monde extérieur. monde c'est parce qu'il s'est adapté à un qui avait certaines propriétés. Notre tableau de distribution n'est donc que la traduction d'un ensemble de faits extérieurs s'il a trois nexion entre l'avertissement cela est . et la princi- pale de ces propriétés c'est qu'il y existe des solides naturels dont les déplacements se font sensible- ment suivant les mouvement des lois que nous appelons lois du donc la qui nous perlangue des trois dimensions est celle met le plus facilement de décrire notre monde. encore que cette descrippuisse se faire à la rigueur dans un autre dimensions semble cription de notre tion idiome. Si . Il notre y a con- Al et la parade Bl. établi. une propriété interne de notre intelligence . nous ne devons pas nous en étonner cette langue est calquée sur notre tableau de distribution et c'est afin de pouvoir vivre dans ce monde que ce tableau a été solides invariables. vivant J'ai dit que nous pourrions dans notre monde.

dont j'ai essayé d'expliquer la genèse dans les pages précédentes et qui nous est commun avec les animaux supérieurs. renoncer à de très vieilles habitudes. il en est que nous répugnerions à choisir. il a fallu chercher parmi les concepts purs celui qui s'adaptait le mieux à cet espace grossier. et la précision infinie de la géométrie des géomètres. ils y seraient assaillis. tels que celui de groupe par exemple. . pourraient y vivre et s'y défendre contre les mille dangers dont pace. parcequ'ils ne s'accorderaient d'éviter la contradiction . mais pas de celle-là seule. avons-nous dit. êtres.SCIENCE ET METHODE 120 Il n'est pas certain toutefois que de pareils en admettant qu'ils y naissent. il a fallu qu'elle fût fécondée par la faculté que nous avons de construire des concepts mathématiques. puisque c'est le seul moyea mais parmi tous les systèmes de postulats possibles. géométriques que notre répugnance à n'est. il nous faut bien des postulats infiniment précis. Mais ces postulats sont infiniment précis. Dès que nous voulons penser. Et cependant celle-ci est née de celle-là. tandis que ces habiL'évidence de certains postulats tudes ont quelque chose d'essentiellement flou. Il y a un congéomé- traste frappant entre la grossièreté de cette trie primitive qui se réduit à ce que j'appelle un tableau de distribution. VI Quelques remarques pour finir.

élastiques 121 si floues. on . transporté monde entièrement difi'érent. pourrait-îl renoncer à l'espace ancestral pour bâtir un espace complètement lois nouveau? La part de cependant. Dans quelle mesure un dès sa naissance dans un nous. mais en l'adaptant au monde où nous voit si la Nous avons choisi l'espace le plus commode. la race si c'est semble bien prépondérante . choix comme ce choix a été inconscient. celles-ci ont si une limite d'élasticité. il nous semble qu'il nous est imposé. que nous avons créé Tespace qu'elle étudie. Dans cette éducation progressive qui a abouti à la construction de l'espace. à elle que nous devons l'espace grossier. quelle est la part de l'individu. l'espace des animaux supérieurs. où par exemple domi- neraient des corps se déplaçant conformément aux de mouvement des solides non-euclidiens. quelle dans ces deux opinions la part de la vérité et la part de l'erreur. c'est une science née à propos de rexpérience. On que géométrie n'est pas une science expérimentale. les autres que nous naissons avec notre espace tout fait. d'après les considérations précédentes. les uns disent que c'est l'expérience qui nous l'impose.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE pas suffisamment avec nos habitudes. mais c'est l'expérience qui a guidé notre vivons. c'est ce qu'il est est bien de difficile de déterminer. l'espace flou dont je parlais tout à l'heure. voit. n'est-ce pas à l'ex- . dans quelle mesure. dis-je. et quelle est celle de la race. qu'elles soient.

ou si Ton veut à Al. substituer à Tassociation tion . Certains chasseurs apprennent à tirer des poissons sous Teau. Citons cependant un fait qui montre que Fespace que nous ont légué nos ancêtres conserve encore une certaine plasticité. tinctivement : ils Ils le font d'ailleurs ins- ont donc appris à modifier leur ancien instinct de la direction. bien que l'image de ces poissons soit relevée par la réfraction. B i une autre associaAl. B2.SCIENCE ET UÉTHODS i32 périence inconsciente de Tindividu que nous devons lîespace infiniment plrécis du géomètre? C'est une question malaisée à résoudre. parce que l'expérience leur a montré que la première ne réussissait pas.

c'est celle qui est comprise par les élèves. Mais dans l'enseignement. 1. et si je suis ainsi obligé de marcher de temps en temps dans les plates-bandes à droite ou à gauche. c'est une Pour le philo- définition qui s'applique à tous les objets définis et ne s'applique qu'à eux. une bonne définition. c'est celle qui satisfait aux règles de la logique. ce n'est pas cela. Gomment se fait-il qu'il y a tant d'esprits qui se refusent à comprendre les mathématiques? N'y a-t-il . mais il me sera impossible de me renfermer dans ce sujet autant que l'exigerait la règle de Funité d'action je ne pourrai le traiter sans parler un peu d'autres questions voisines. prie de vouloir bien Qu'est-ce qu'une sophe. je vous . Je dois parler ici des définitions générales en mathématiques c'est du moins ce que dit le titre du chapitre. .CHAPITRE li Les définitions mathématiquas et ^Enseignement. définition ? le savant. ou pour me le bonne pardonner.

ils diront pour le plus grand nombre. cette constatation. est-ce et constater qu'il est correct. Presque tous sont . mot a-t-il le même monde ? Comprendre la démons- Qu'est-ce que comprendre? Ce sens pour tout le tration d'un théorème. mais qui Et pourtant doit préoccuper tous ceux qui veulent se vouer à l'enseignement. du jeu? De même seulement reconnaître qu'on sait déjà le sens de tous les termes employés et constater qu'elle n'implique aucune contradiction? quand ils auront fait Oui. à ce qu'on ne saurait dépouiller sans cesser de penser. Il y a là un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre. passe encore. au principe de contradiction. : . et des gens qui en majorité la trouvent I Qu'ils obscure! et même soient incapables il ils y a sont d'inventer. il ne faut pas avoir une grande expépour savoir que ces aveugles ne examens rience des sont nullement des êtres d'exception. est-ce examiner successive- ment chacun des syllogismes dont elle se compose conforme aux règles comprendre une définition. voilà une science qui ne fait appel qu'aux principes fondamentaux de la logique.SCIENCE ET MÉTHODE 124 pas là quelque chose de paradoxal? Comment. pour quelques-uns j'ai compris. Non. c'est ce qui est tout à fait prodigieux. à ce qui fait pour ainsi dire le squelette de notre entendement. mais qu'ils ne comprennent pas les âémonstrations qu'on leur expose. par exemple. qu'ils restent aveugles quand nous leur présentons une lumière qui nous semble briller d'un pur éclat.

souvent leur intelligence. est trop paresseuse pour le chercher et pour aide. et non par une intelligence constamment consciente du but à atteindre. elles retombent aussitôt dans nuit éternelle.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 125 beaucoup plus exigeants. qui a besoin d'apercevoir le fil conducteur. plutôt que dans tel autre. leur manque. instant éclairées. Alors qu'arrive-t-il ? Au début. Ce n'est pas toujours la faute de leur professeur. mais s'ils n'ont pas satisfaction. faut d'abord Mais pour leur venir en que nous comprenions bien c* qui les arrête. ils sentent vaguement que (juelque chose tration sont corrects. ils aperçoivent encore les évidences qu'on met sous mais leurs yeux. non seulement si tous les syllogismes d'une démonsmais pourquoi ils s'enchaînent dans tel ordre. il le trouver. parce uns sur les autres cette lumière que les théorèmes s'appuient les que ceux dont ils auraient besoin sont oubliés c'est ainsi qu'ils deviennent incapables de comprendre les mathématiques. par un fil comme elles ne sont que liées trop ténu à celles qui précèdent et à celles qui suivent. elles passent sans laisser de trace dans un leur cerveau. elles sont tout de suite oubliées. • D'autres se demanderont toujours à quoi cela . verront plus Quand même ils seront plus avancés. Tant qu'ils leur semblent engendrés par le caprice. une ne ils éphémère. et . Sans doute ils ne se rendent pas bien compte eux-mêmes de ce qu'ils réclament et ils ne sauraient formuler leur désir. ils ne croyent pas avoir compris. ils veulent savoir.

ils n'ont diverses! Faut-il les com- voir. la raison d'être de telle ou telle notion mathématique. la voient ils tion seulement. ils n'écoutent pas les raisonnements. auxquels pourtant il faut ensei- . transformer et évoluer. propriétés. il» veulent mettre une image sensible il faut que la déflnitiçn évoque cette image. qu'à chaque stade de la démonstration sert. Ceux-là souvent se font illusion à eux-mêmes. Sous chaque mot. ils n'auront pas compris s'ils . dans la pratique ou dans la nature. devons-nous contraindre les jeunes gens à changer la nature de leur esprit? Une nous ne possédons pas la pierre philosophais qui nous permettrait de transmuter les uns dans les autres les métaux qui nous sont confiés tout ce que nous pouvons faire c'est de les travailler en nous accommodant à leurs pareille tentative serait vaine.SCIENCE ET METHODE 126 ne trouvent autour d'eux. laquelle faudrait-il favoriser? Est-ce 'se contentent de la logique pure qu'il à ceux qui vu qu'une face des choses? Ou bien faut-il dire à ceux qui ne se satisfont pas à si bon marché que ce qu'ils réclament n'est pas faut montrer qu'ils n'ont nécessaire? En d'autres termes. ils regardent les figures . ils comprendront A cette condi- et ils retiendront. que fait ils s'imaginent avoir compris et Que de tendances 2. . Bien des enfants sont incapables de devenir mathématiciens. battre? Faut-il nous en servir? Et les si nous voulions combattre.

le même de lire leurs ouvrages pour distinguer parmi eux deux sortes d'esprits. il faut nous en réjouir. pour définir une fraction. . Puisque le mot comprendre a les définitions qui seront le uns plusieurs sens. par exemple. les intuitifs Il suffît comme Riemann. mais purement intelligibles. Les différence uns aiment mieux par l'analyse la géométrie ». 3. et les mathématiciens eux-mêmes ne sont pas tous coulés dans moule. parfaitement intelligibles. Je ne sais s'il est bien nécessaire de citer des exemples? Citons-en pourtant. et cela d'ailleurs serait-il désirable? Il est des bon des logiciens et qu'il y ait qui oserait dire s'il aimerait mieux qu'il intuitifs . on découpe une pomme ou une tarte. et celles où Ton se borne à combiner des formes vides. autres. Il faut donc nous résigner à la diversité des esprits.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*IIISEIGNEMB1IT 127 gner les mathématiques . Même diants. les logiciens comme Weierstrass. que l'abstraction a privées de toute matière. « » comme ils traiter parmi nos étuleurs problèmes disent. ou qu'il n'y eût pas eu de Riemann. ou mieux. y ait que Weierstrass n'eût jamais écrit. et d'abord la définition des fractions va nous fournir un exemple extrême. mieux comprises des qui conviendront aux ne seront pas celles Nous avons celles qui cherchent à faire naître une image. Dans les écoles primaires. les autres « par Il est bien inutile de chercher à y changer quelque chose.

et d'après ces on constatera règles. depuis longtemps familiarisés avec la notion des fractions à forcé d'avoir partagé des pommes ou d'autres objets. entiers. nombres sant. Mais quel serait l'ahurissement d'un débutant à qui on voudrait la servir? Telles sont aussi les définitions que vous trotivei dans un livre justement admiré et bien des fois couronné. affiné une forte éducation mathématique. c'est ce que nous en apprennent les axiomes^^ . la fraction par le dénominateur. au conune fraction. on dira c'est Tensemble de deux nombres entiers séparés par un trait horizontal on définira par des conventions les opérations que peuyent subir ces symboles.128 SCIENCE KT KÉTHODE^ découpe par la pensée bien entendu et non en réalité. il serait même fâcheux que nous cherchions à le savoir tout ce que nous avons le droit d'en savoir. Que sont ces « choses » ? nous ne le savons pas. enfin qu'en fai- de la multiplication on retrouve le numé- rateur. en est peu à peu à désirer une définition purement logique. . car je ne suppose pas que le budget de l'enseignement primaire permette une pareille prodigalité* A rÉcofe normale supérieure. et dont l'esprit. ou dans les Facultés. C'est très bien parce qu'on s'adresse à de» jeunes gens. on démontrera que les règles de ces opérations sont les mêmes que dans le calcul des on la : . traire. les « Grundlagen der Géométrie » de PenHilbert. et nous n'avons pas à le savoir. Voyons en effet comment il débute par arrivé : sons trois systèmes de choses que nous appellerons points^ droites et plans.

Mais il faudrait leur montrer qu'ils ne comprennent . mais que je ne recommanderais pas à un lycéen. t-il dicte : le professeur des points du plan qui distance d'un point intérieiir appelé le cercle est le lieu sont à la centre. Mais. » La un cercle sur le que ne disait-il un rond. mais ni Tun ni Tautre n'ont compris. le mauvais élève y dessine des bonshommes. raison. il ne pousserait pas la lecture bien loin. nous aurions les élèves. même en restant bien en deçà de pareils modèles. J'ai pris des exemples extrêmes et aucun maître ne pourrait songer à aller aussi loin. Ainsi. qui est suivi de ce commentaire au lieu de déterminent^ nous pouvons dire que la droite passe par ces deux points^ ou qu^elte ioint ces deux points^ ou que les deux points sont situés sur la droite. c'est Sans doute. défl^nition puisqu'elle n'aurait c'est le professeur qui a des élèves n'aurait rien valu. je pourrais le faire sans crainte. « être situé sur une : : droite » est « simplement défini déterminer une droite ». comme synonyme de Voilà un livre dont je pense beaucoup de bien.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*ENSEIGNEMENT 129 celui-ci par exemple Deux points différents déterminent toujours une droite. ne s'expose- pas déjà au même danger ? Nous sommes dans une classe de 4"*. même Le bon élève écrit cette phrase sur son cahier. Au reste. pu servir à aucune démonstrapu leur donner tion. et surtout puisqu'elle n'aurait la salutaire habitude d'analyser leurs conceptions. alors le pro- prend fesseur la craie et trace Ah! pensent de suite un cercle tableau. « tout : compris.

«CIENCE ET MÉTHODE 1IK> pas ce q\i*'û& croient comprendre. il y a entre elles un violent contraste.^ Ce contraste. On mais ne peut on Elle nous plus. les On admettait bien d'autres choses qui quel- quefois étai'ent fausses. la rigueur. ni l'intuition même la certitude. et cela est faux. 4> Je reviendrai sur tous ces exemples seulemeat vous^ montrer . ne la fai^t entrer d'abord dans si on les définitions. I . a fallu faire de plus en plus petite la part de riaiuitioj?v Commuât On n'a pas s'est faite taurdé cette évolution nécessaire? à s'apercevoir que la rigueur ne pourrait pas s'établir dans les raisonnements.. On admettait à cette époque qu'une fonction continue nti peut changer de signe sans s'annuJer. j'ai voulu deux conceptions opposées. on le démontre aujourd'hui. apprend plus en s'en est aperçu de par exemple que toute courbe a une tangente. c'estse fiait à l'intuition nous donner . il Et comme on tenait à la certitude. les amener à se rendre compte de la grossièreté de leur concept prià mitif. désirer d'eux-mêmes qu'on l'épure et le dégrossisse. Si noms lisons un livre écrit il y a cinquante ans. à-dire que toute fonction continue a une dérivée. on le démontre aujourd'hui. rhistoire de la science nous l'explique. On admettait que les règles ordinaires du calcul sont applicables aux nombres incommensurables. la plupart des raisonnements que nous y trouverons nous sembleront dépourvus de rigueur.

on croyait les connaître parce qu'on se les représentait avec les sens ou l'imagination. Il ne reste plus aujourd'hui en analyse que des entiers. . ou des systèmes finis ou infinis de nombres nombres entiers. 5. C'est en s'éloignant de la réalité qu'elles ont acquis cette pureté parfaite. que nous devions à l'intuition. C'est que se sont définitivement évanouies toutes ces difficultés qui effrayaient nos pères. ce qu'elles ont gagné en rigueur. On i^OBt peut parcourir librement tout leur domaine. elles perdu en objectivité. Mais croit-on que les mathématiques aient atteint la rigueur absolue sans faire de sacrifice? Pas du tout. se sont arithmétisées. Ainsi pour le nombre incommensurable. Ils ont seulement été transportés à la frontière et il faudra les vaincre de nouveau si l'on fois hérissé d'obstacles. mais on n'en avait qu'une image grossière et non une? idée précise sur laquelle le raisonnement pût avoir prise. Les mathématiques. autre- mais ces obstacles n'ont pas disparu. L'idée vague de continuité.LES DÉFINITIONS MATIîBJMATiaUES ET l'eNSEIGNEMENT 131 Longtemps dont s'occupent les mathé- les objets maticiens étaient mal définis. s'est résolue en un système compliqué d'inégalités portant sur des nombres entiers. quand ils réfléchissaient aux fondements du calcul infinitéainsi simal. comme on Ta dit. par un réseau d'égalités et reliés d'inégalités. C'est là que les logiciens ont dû porter leurs efforts.

cette propriété. c'est Tune des propriétés qui sert de définition et toutes les autres s'en déduisent par un raisonnement rigoureux. mais pas de dérivées. celles qu'on rencontre sans les avoir cherchées n'apparaissent . quand on inventait une fonction nou- .comme un cas particulier. appartient bien aux objets réels que Texpérience nous avait fait connaître et d'où nous avions tiré notre vague notion intuitive. Autrefois. ce sont ces fonctions étranges qui sont les plus générales. il faudra bien en appeler à l'expérience. on croyait en connaître. La logique parfois engendre des monstres* Depuis un demi-siècle on a vu surgir une foule de fonctions bizarres qui semblent s'efforcer de ressembler aussi peu que possible aux honnêtes fonctions qui servent à quelque chose. Plus de continuité. ou faire un effort d'intuition. qui est nos théorèmes seraient parfaitement rigoureux. mais il reste à prouver que devenue une définition. Pour le prouver. formée d'éléments disparates. On possédait une notion vague. et si nous ne pouvions le prouver. les principales propriétés. etc. au point de vue logique. ou bien de la continuité. Il plus que ne leur reste qu'un tout petit coin.SCIENCE ET MÉTHODE 132 veut franchir cette frontière pour pénétrer dans le royaume de la pratique. les uns a priori^ les autres provenant d'expériences plus ou moins digérées. par l'intuition. C'est très bien. Aujourd'hui on rejette les éléments empiriques en ne conservant que les éléments a priori. mais parfaitement inutiles. Bien plus.

Notre corps est formé de cellules et les cellules d'atomes. Quand le logicien aura décomposé chaque démonstration en Il . Oui. ce plus générales. et d'où résulte l'unité l'individu. et je n'entends pas seulement la réalité du monde sensible. puisque c'est pour lutter contre elle que les neuf dixièmes de vos élèves vous demandent des armes. pourraient dire les logiciens. on les invente tout exprès pour mettre en défaut raisonnements de nos pères. Il y a une réalité plus subtile. aussi bon fait la vie des êtres mathématiques. c'est-à- dire parles plus bizarres. mais nous ne pouvons faire marché de la réalité. n'est-elle pas aussi une réalité et coup plus intéressante? Un naturaliste qui n'aurait jamais étudié l'élé- phant qu'au microscope croirait-il connaître samment cet suffi- animal? en est de même en mathématiques. qui 6.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT i33 velle. les Si la logique était le seul serait par les fonctions les et on n'en guide du pédagogue. aujourd'hui. qu'il faudrait C'est le débutant qu'il faudrait mettre commencer. vous n'atteindrez la rigueur que par étapes. c'était en vue de quelque but pratique. et qui est autre chose que la logique. Si vous ne le faites pas. aux prises avec ce musée tératologique. peut-être. ces cellules et ces atomes sont-ils donc toute la réalité du corps cellules humain? La façon dont ces de beau- sont agencées. qui a pourtant son prix. tirera jamais que cela.

cette vue d'ensemble. ce je ne sais quoi qui fait Tunité de la démonstration lui échappera complètement. la logique pure ne peut nous la donner. toutes cor- ne possédera pas encore la réalité tout entière. on s'en sert pour construire un système compliqué d'inégalités. rectes.entané- comment l'élève devinerait-il par quel caprice toutes ces inégalités se sont échafau- dées de cette façon les unes sur les autres? La définition serait logiquement correcte. a disparu et il n'est resté que l'édifice lui-même. sans doute il est dur pour un maître d'enseigner ce qui ne le satisfait pas entièrement mais la satisfaction du maître n'est pas Tunique objet de l'enT. Nous donc obligés de revenir en arrière. voilà . Prenons par exemple f idée de fonction continue. qui reproduit toutes les ligDCS de rimage primitive quand tout a été terminé. irréprochable aux yeux du logicien. on a décintré^ comme après la construction . appui désormais inutile. un trait tracé à la craie sur le tableau noir.134 SCIENCE ET MÉTHODB une foule d'opérations élémentaires. . Peu à peu elle s'épure. Et ^pourtant. à quoi bon admirer l'œuvre du maçon si nous ne pouvons comprendre le plan de l'architecte? Or. d'une voûte. cette représentation grossière. il Dans les édifices élevés par nos maîtres. Ce n'est d'abord qu'une image sensible. ment le cintre^ si s'il le professeur ne rappelait ne rétablissait mom. c'est à rintuition qu'il faut la demander. l'image primitive. mais elle ne lui montrerait pas la réalité véritable.

fis DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 135 on doit d'abord se préoecaiper de ce qu'est Tesprit de l'élève et de ce qu'on veut qu'il seignement . se . c'est nous qui nous sommes aperçus qu'ils ne le savaient pas. Nos pères croyaient savoir ce que c'est qu'une fraction. Les zoologistes prétendent que le développement embryonnaire d'un animal résume en un temps très court toute l'histoire de ses ancêtres des temps géologiques. l'histoid^e de la science doit être notre premier guide. vous ne il faut que je vous démontre ce le comprenez pas qui vous semble évident ». L'éducateur doit faire repasser l'enfant par où ont passé ses pères. je viens leur dire : « . que penseront ces malheureux? Ils penseront que la science mathématique n'es|» qu'un entassement arbitraire do subtilités inutiles. vous ne ie savez pas. et si dans la démonstration je m'appuie sur des prémisses qui leur semblent moins évidentes que la conclusion. devienne. sans autre Non. A ce compte. ou bien ils s'en amuseront comme d'un jeu et ils arriveront à un état d'esprit analogue à celui des préparation. Il semble qu'il en est de même du développement des esprits. ou que la continuité. au contraire. quand l'esprit de l'élève. plus rapidement mais sans brûler d'étape. Si. ou bien ils s'en dégoûteront. ce que vous croyez comprendre. sophistes grecs. familiarisé avec le raisonnement mathématique. De même nos élèves croient le savoir quand ils commencent à étudier sérieusement les mathématiques. Plus tard. ou que l'aire d'une surface courbe.

il faut savoir pourquoi l'on doute. les doutes naîtront d'eux-mêmes et alors votre démonstration sera la bienvenue.SCIENCE ET MÉTHODE 136 sera mûri par cette longue fréquentation. doivent à leur tour devenir des . A les logiciens ? côté des futurs ingénieurs. Le praticien en aura toujours besoin et pour un géomètre pur il prit et doit parmi elles l'intuition n'est pas la y avoir cent praticiens. L'ingénieur doit recevoir une éducation mathé- matique complète. d'autres élèves. Le but principal de renseignement mathéma- tique est de développer certaines facultés de T es- moins précieuse. '8. il reconnaisse promptement où pourront avoir prise les outils le point mathématiques que nous lui avons mis en main. il n'a pas le temps de chercher la petite bête. Comment le ferait-il si nous laissions entre les uns et les autres cet abîme profond creusé par 9. et les questions se fant. mais à quoi doit-elle lui servir? à voir les divprs aspects des choses et à les voir vite. moÎDs nombreux. G*€st par elle que le monde mathématique reste en contact avec le monde réel et quand les mathématiques pures pourraient s'en passer. il faudrait toujours y avoir recours pour combler l'abîme qui sépare le symbole de la réalité. jusqu'à ce que la rigueur parfaite puisse seule le satisfaire. dans les objets physiques complexes qui s'offrent à lui. Il faut que. comme elles poseront successivement à Tense sont posées successivement à nos pères. Elle en éveillera de nouveaux. Il ne suffit pas de douter de tout.

c'est l'intuition. mais qui n'aurait pas d'idées. La logique nous apprend que sur tel ou tel chemin noias sommes sûrs de ne pas rencontrer d'obstacle elle ne nous dit pas quel est celui qui mène au but. s'ils par l'intuition qu'on invente. si dès qu'elle se montre on la pourchasse et on la proscrit. savoir créer est mieux. Et là. il faut donc qu'ils aillent jusqu'au fond connaissance approfondie et . Les compositions écrites n'ont peut-être pas assez de insister place dans certains examens. rigoureuse des premiers principes leur est avant tout indispensable. Savoir critiquer est bon. Pour cela il faut voir le but de loin. cette faculté est nécessaire. le géomètre serait comme un écrivain qui serait ferré sw: îa grammaire. Or. et la faculté qui nous apprend à voir. Vous savez recon- c'est une combinaison est correcte. si on apprend à s'en défier avant de savoir ce qu'on en peut tirer de bon. la belle affaire si vous ne possédez pas fart de choisir entre toutes les combinaisons possibles. comment cette faculté se développerait-elle. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas cultiver chez eux Tintuition. car ils se feraient une idée fausse de la science ne la regardaient jamais que d'un seul côté et d'ailleurs ils ne pourraient développer chez leurs élèves une qualité qu'ils ne posséderaient pas eux-mêmes. c'est par la logique qu'on démojitre. Pour le géomètre pur lui-même. Sans elle.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 13Î maîtres une . sur l'importance des devoirs écrits. à l'École polytec^h- . permettez-moi d'ouvrir une parenthèse pour naître si .

puisqu'il faut faire Mais Tart de raisonner juste une qualité précieuse. On ne peut tout démontrer et on ne peut tout définir. j'aime comprennent tout à fait. Mais on a assez d'occasions d'exercer les élèves au raisonnement correct. et il faudra C'est ^ I . longs enchaînements de théorèmes où la On a de logique absolue a régné du premier coup et pour ainsi dire tout naturellement. dans l'exposition des premiers principes qu'il faut éviter trop de subtilité. On me dit qu'elles fermeraient la porte à de très bons élèves qui savent très bien leur cours. et nous venons de voir que cela ne suffit ni pour faire un ingénieur. un choix. par exemple. ni pour faire un géosieurs sens : mètre. où les premiers géomètres nous ont donné des modèles qu'il faudra constamment imiter et admirer.SCIENCE ET MÉTHODB 18S nique. que le n'est-il pas aussi professeur de mathé- matiques doit avant tout cultiver? Je n'ai garde de Toublier. là elle serait plus rebutante et d'ailleurs inutile. Eh mieux choisir ceux qui 10. on doit s'en préoccuper et dès le début. qui le comprennent très bien. J'ai dit iâtii à l'heure que le mot comprendre a plu- ceux-là ne comprennent que de la première manière. et qui pourtant sont incapables d'en faire la moindre application. bien. Je serais désolé de voir la géométrie dégénérer en je ne sais quelle tachymétrie de bas étage et je ne souscris nullement aux doctrines extrêmes de certains Oberlehrer allemands. dans les parties des mathématiques où les inconvénients que j'ai signalés ne se présentent pas.

. Le plus souvent les définitions mathématiques. que quand on aura démontré puisqu'elle affirme l'existence de l'objet délîni. à notre besoin de penser avec des images? Le plus souvent on ne le trouvera pas.ES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 139 toujours emprunter à Tintuition. Mais ce n'est pas assez la définition nous est énoncée comme une convention mais la plupart des esprits se révolteront si vous voulez la leur imposer comme convention arbitraire. il faut la préparer Que veux-je dit souvent : jet il faut la justifier. Ils n'auront de repos que quand vous aurez répondu à de nom. à notre désir de com- prendre la place de la notion nouvelle dans l'ensemble de la science. ou même demander un peu plus ou un peu moins. 11. qu'importe de faire de le un peu plus tôt ou un peu plus tard. dire La donc justifiée. et c'est pourquoi il ne suffît pas d'énoncer une définition . au point de vue purement logique. ni avec les vérités antérieurement admises. lui pourvu qu'en se servant correctement des prémisses qu'elle nous a fournies. Est-il possible de remplir tant de conditions opposées ? Est-ce possible en particulier quand il s'agit de donner une définition? Comment trouver un énoncé concis qui satisfasse à la fois aux règles intransigeantes de la logique. par là? Vous savez ce qu'on a toute définition implique un axiome. nous apprenions à raisonner juste. breuses questions.Î. définition ne sera qu'elle n'entraîne pas de contradiction. ni dans les termes. .

I . si vous répondez à toutes ces questions d'une manière satisfaisante. pourquoi cette combinaison avait-elle plus de que toutes droits à l'existence besoin répondait-elle? Comment les autres? A quel a-t-on prévu qu'elle jouerait dans le développement de la science un rôle important. qu'elle abrégerait nos raisonnements et nos calculs? Y dans la nature quelque objet pour ainsi dire Timage indécise a-t-il familier. éléments de cette 'façon quand mille autres assemblages étaient possibles? Est-ce par caprice? ces Sinon. qui en est et grossière? Ce n'est pas tout. fois que cela sera possible.SCIENCE ET MÉTHODE 140 comme Ta montré M. la justification précédera l'énoncé et le préparera. la justification contentera l'intoutes les il y a mieux à faire encore Mais tuitif. C'est à ce les tendances. Liard. expliquer par quelles analogies on a été guidé et que a donné des si l'on noms analogues à des choses différentes. prix qu'on pourra satisfaire toutes Si l'énoncé est assez correct pour au logicien. nous verrons bien que le nouveau-né avait le droit d'être baptisé. Mais pourquoi avoir assemblé. ces choses du moins ne diffèrent que par la matière et se rapprochent par la forme . sont de véritables constructions édifiées de toutes pièces avec des notions plus simples. particuliers. mais il le faut choix du nom n'est pas non plus arbitraire . on sera conduit à l'énoncé général par l'étude de quelques exemples plaire . que leurs propriétés sont analogues et pour ainsi dire parallèles.

esprit puis ces défi- nitions ne sont pas satisfaisantes au point de vue logique. On n'a pas à définir le nombre entier . Mais est il d'examiner temps de comment des généralités et sortir les principes un peu abstraitr que je viens d'exposer peuvent être appliqués ce arithmétique. tout simplement parce qu'il faut s'arrêter et qu'on ne saurait tout définir. je crois que les élèves apprennent ces définitions par cœur et qu'ils n'y attachent aucun sens. Tout ce qu'on peut faire c'est de partî^ .LES DÉFINITIONS MATHjSmATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 141 Autre chose encore chacune des parties de renoncé d'une définition a pour but de distinguer Kobjet à définir d'une classe d'autres objets voi: La ne sera comprise que quand TOUS aurez montré. 12. ARITHMÉTIQUE. en géométrie. que vous aurez fait saisir la différence et que vous aurez ajouté explicitement c'est pour cela qa'en énonçant la définition j'ai dit ceci ou sins. Il y a à cela deux raisons d'abord on les : les leur fait apprendre trop tôt. quand leur n'en éprouve encore aucun besoin . en analyse et en mécanique. mais les objets voisins dont il convient de le distinguer. Ce n'est pas définir l'addition que de dire qu'elle consiste à ajouter. définition : cela. Pour l'addition on ne saurait en trouver une bonne. non seulement l'objet défini. on définit d'ordinaire les opérations sur nombres entiers . en revanche.

Restent les opérations sur les fractions. . Montrer sur ces exemples la réciprocité des deux Pour la la soustraction. opérations .SCIENCE ET MÉTHODE 142 d'un dire : certain nombre d'exemples concrets et de ropération que nous venons de faire s'appelle addition. faut les préparer par de nombreux exemples. c'est autre définir . chose. de difficulté que pour est d'exposer d'abord la multiplication. on peut logiquement comme Topération inverse de l'addition mais est-ce par là qu'il faut commencer? Là aussi il faut débuter par des exemples. il empruntés à des problèmes classiques de règles de c'est d'elle . cation reproduit le dividende. la Il n'y a Le mieux théorie des proportions. seulement que pourra sortir une définition logique maib pour faire accepter les définitions que l'on rencontre au début de cette théorie. qu'on peut le résoudre en additionnant plusieurs nombres égaux entre eux. l'opération que les élèves savent déjà faire par routine et la définition logique sortira de là tout On naturellement. définira la division comme l'opération inverse mais on commencera par un de la multiplication exemple emprunté à la notion familière de partage et on montrera sur cet exemple que la multipli. on fera voir ensuite qu'on arrive plus vite au résultat par une multiplication. on montrera . De même encore pour la multiplication on prendra un problème particulier. la définition sera ainsi préparée et justifiée.

soit J'ajouterai. à leurs souvenirs s'ils ont déjà fait de la géométrie. il faut justifier cette définition. Peut-on définir la ligne droite? un autre. inventé autre chose.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 143 où aura soin d'introduire des données On ne craindra pas non plus de familiariser les élèves avec la notion de proportion par des images géométriques. elle n'aurait connu que le nombre entier. c'est pour s'adapter aux besoins de la géométrie qu'elle a . en ayant recours à l'intuition directe. la règle et je comment on peut Je partirais tout montrerais d'abord à vérifier retournement. enfin. cette vérification est une règle par la vraie défi- . soit en faisant appel trois. En géométrie nous rencontrons d'abord de définition connue. le plus court à la notion La chemin d'un point ligne droite. ce qui les préparera d'ailleurs à en faire. et en faisant bien remarquer aux auditeurs qu'on fait cette congtatation pour justifier la définition. QÉOinÉTRIE. l'on fractionnaires. s'ils n'en ont pas fait. qu'après avoir défini la multipli- cation des fractions. associative et distributive. On voit quel rôle jouent dans tout ceci les images géométriques et ce rôle est justifié par la philosophie et l'histoire de la science. Si l'arithmétique était restée pure de tout mélange avec la géométrie. ne simplement de l'élève me satisfait guère. en démontrant qu'elle est commutative.

Ces axiomes.SCIENCE ET MÉTHODE ^44 nition de la ligne droite. on leur fera observer ensuite que la distance des deux pointes de l'instrument reste constante. logique. en présence de difficultés analogues. et on sera ainsi amené naturellement à la définition tracée. d'apprendre à raisonner juste sur les axiomes une fois admis. et Ton en si admet un peu plus qu'il n'est strictement nécesl'essentiel est saire. il faut bien en admettre. c'est un théorème qui peut être démontré apodictiquement. Il ne faut pas redouter. Eh il devient bien. Quant à cette autre propriété d'être le plus court chemin d'un point à un autre. de multiplier les axiomes. mais la démonstration est trop délicate pour pouvoir trouver place dans l'enseignement secondaire. mais qu'une fois le intransigeant sur la logique. L'oncle Sarcey qui aimait à se répéter disait souvent qu'au théâtre volontiers tous les le spectateur accepte postulats qu'on lui impose au début. que Tune de ces pointes est fixe et l'autre mobile. On règle par glissement lai un axe montrerait ensuite à vérifier la on aurait une des propriétés les plus importantes de la ligne droite. rideau levé. Pour le cercle. Il vaudra mieux montrer qu'une règle préalablement vérifiée s'applique sur un fil tendu. la ligne droite est de rotation. c'est la même chose en mathématiques. le mal n'est pas bien grand . I . en les justifiant par des expériences groset sières. on peut partir du compas les élèves reconnaîtront du premier coup la courbe .

et enfin Peut-être vous étonnerez-vous de cet incessant emploi d'instruments mobiles ce n'est pas là un . ne se rencontrent prolonge? Non parce que cette définition est négative. et c'est beaucoup phique qu'on ne géométrie pour le croit plus philoso- d'abord. situées dans le même pas quelqne loin qu'on les plan. grossier artifice. tant appliquées de liberté .LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMBNT 145 du plan implique un axiome et il ne une planche à dessin et que Ton lasse remarquer qu'une règle mobile s'applique constamment sur cette planche et cela en conservant trois degrés de liberté. montrerait d'abord qu'elles peuvent glisser en res- Tune sur Fautre et cela avec 3 degrés pour distinguer le plan de la sphère. applicables sur une troisième. surfaces sur lesquelles on ne saurait appliquer une droite à moins de ne lui laisser que deux degrés de liberté. et quel groupe? de celui des mouvements des corps solides. On La définition faut pas le dissimuler. sont applicables Tune sur l'autre. parce qu'elle est totalement étrangère à la notion de groupe. à la rifiable . on puis. surtout. Comment alors définir ce groupe le sans faire mouvoir quelques corps solides? Devons-nous conserver la définition classique des parallèles et dire qu'on appelle ainsi deux droites qui. Qu'est-ce que la philosophe? C'est l'étude d'un groupe. que deux de ces planches. parce qu'elle est invé- par Texpérience et ne saurait en conséquence être regardée comme une donnée immédiate de Tintuition. on prendrait trois planches à dessin . Qu'on prenne comparerait avec le cylindre et le cône. Non.

: .146 8CIENCE ET MÉTHODE considération du est. en faisant glisser une équerre sur une règle? De cette constatation expérimentale. ils n'y pensent même pas. au contraire. assis dans une voiture et s'imaginant qu'il Taide à avancer en poussant sur Je n'ai vitesse. probablement bachelier. la véritable vaudrait-il pas mieux solides qui source de la géodéfinir d'abord la translation rectiligne d'une figure invariable. sur les notions dynamiques de force et de masse. Pour eux le monde de la science et celui de la réalité sont séparés par une cloison étanche. Il n'est pas rare de voir un monsieur bien mis. montrer qu'une semblable translation est possible. Ce n'est pas seulement qu'ils en soient incapables. comme métrie. il serait aisé de faire sortir la notion de parallèle et le postulatum d'Euclide lui-même. un mouvement où tous comme de cette figure ont des trajectoires rectilignes. érigée en axiome. Ne je mouvement des corps l'ai dit. ou des autres notions cinématiques on les rattachera avec avantage à celle de la dérivée. J'insisterai. les points MÉCANIQUE. c'est combien les Il y a une chose qui me frappe l'éducation secondaire qui ont reçu jeunes gens sont éloignés d'appliquer au monde réel les lois mécaniques qu'on leur a enseignées. pas à revenir sur la définition de la ou de Taccéiération. .

vraiment trop grossière et on n'en peut rien tirer d'utile. Comment il définir la force? Une définition logique. faut mon- après l'autre toutes les espèces de ce genre. si on leur avait montré des forces dans la réalité avant de les représenter par des flèches. celle-là est ailleurs. Ces flèches sont des êtres imaginaires qui n'ont rien à faire avec rien de ce qui existe dans la nature.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 147 l'avant. n^y en a pas de bonne^ je crois l'avoir suffisam- ment montré morphique. nous essayons d'analyser Tétat d'âme de nos nous étonnera moins. tapie dans un recoin de leur entendement. la pesanteur qui agit sur toutes les molécules d'un corps les frotte- des fils. . . Voici la marche qu'il faudra suivre : il d'abord. parois des vases où ils sont enfermés la tension d'un ressort. ments Faction et la réaction mutuelle normale de deux solides au contact. flèches avec lesquelles Cela n'arriverait pas. le dirige de là tout Si élèves. la Il y a sensation la définition de l'eff^ort anthropo- musculaire . cela entier. pour faire connaître le genre force. il faut . elles sont bien nombreuses et elles sont bien il diverses y a la pression des fluides sur les trer l'une . la voici : les forces sont des on fait des parallélogrammes. Ce n'est là qu'une définition qualitative. mais celle qui. quelle est pour eux la véritable définition de la force ? non pas celle qu'ils récitent. Cette définition. l'élasticité . et cela de au mépris du principe de l'action et la réaction.

Nous savons mainte- nant comparer l'intensité de deux forces qui ont même direction et apprendre à môme le faire point d'application quand les directions . alors point d'attache du le fll sera par définition le point d'application de la force F. de telle sorte que F puisse être rem- placée par F' sans que l'équilibre soit troublé. on montrera par exemple qu'un poids de 20 grammes peut remplacer deux poids de leur 10 grammes. on passera à la comparaison de la grandeur des forces.«CIENCE ET MÉTHODE 148 apprendre à mesurer la force. autres de même direction. Est-ce suffisant? Pas encore. Pour cela on montrera d'abord que Ton peut remplacer une force pai une autre sans troubler l'équilibre. et celui de la force équivalente F. il faut sont diffé- J . la direction du de la force F et celle de fil sera la direction la force équivalente F. non seulement par un autre poids. nous trouverons le premier exemple de cette substitution dans la balance et la double pesée de Borda. mais par des forces de nature différente par exemple le frein de Prony nous permet de remplacer un poids par un frot: tement. Nous montrerons ensuite qu'on peut remplacer un poids. Si une force peut en remplacer deux De là. faut définir la direction d'une force. Si une force F est équivalente à une autre force F' qui est appliquée au corps considéré par l'intermédiaire d'un fil tendu. De deux Il tout cela sort la notion de Téquivalence de forces. c'est qu'elle est égale à somme.

LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 149 rentes. fois que point le d'application. si les Une voir maître de ces définitions. la il faut faire direction rintensité suffisent pour déterminer une force. elle parer les tensions de nos deux brins. Il faut la compléter ensuite en montrant que cela n'est vrai que Voilà notre définition. Il faut le justifier en montrant que la tension du dernier brin reste la même pour un même poids tenseur. quels que soient le nombre et la disposition des poulies de renvoi. appliquées. et cela quelles mises en jeu. que deux forces concourantes peuvent toujours être remplacées par une résultante unique et que cette résultante reste la mêmey que le corps soit en repos ou en mouvement et quelles que soient les autres forces qui lui sont Il les autres forces faut faire voir . et que deux forces pour lesquelles ces trois éléments sont sont toujours équivalentes et peuvent toujours être remplacées Tune par Tautre. nous dirons que la tension des deux brins du au poids tenseur. de comparer deux forces quelvconques ayant même direction que ces deux brins. fll même est la et égale nous permet de comet. soit dans mêmes les Téquilibre. soit dans le que soient mouvement. ipiaginons un tendu par un fil poids et passant sur une poulie. en se servant des définitions précédentes. poulies sont sans frottement. 11 faut faire voir enfin comme nous venons de l'égalité de de l'action que les forces le faire satisfont et de la réaction* définies au principe . Pour cela.

je m'en réjouirai plus . méthodes que si vous me dites que je préconise sont depuis toutes les longtemps appliquées dans les lycées. Il que suffira de citer quelques expériences vulgaires. puisque le but à atteindre. devant eux un petit nombre d'expé- riences simples et bien choisies. que l'accélération de la pesanteur est la même pour les corps lourds et pour les corps légers. il n'y a pas moyen de faire autrement. c'est de faire comprendre la distinction entre la masse et le poids. dans le développement des raisonnements. passant sur des poulies. on rappellera d'ailleurs les lois de la chute des corps. Maintenant. et même je voudrais que. c'est la machine d'Atwood. C'est quand on aura passé par tous ces détours qu'on pourra représenter les forces par des flèches. il y a en effet une machine qui semble faite tout exprès pour montrer ce que c'est que la masse. tendus par des poids et se faisant équilibre en tirant sur un même point. Connaissant la force. il est aisé de définir la masse. c'est Texpérieiice. cette fois la définition doit être empruntée à la dynamique. et Texpérience seule qui peut nous rapprendre.SCIENCE ET MÉTHODE 150 Tout cela. les élèves font tous les et d'exécuter jours sans s'en douter. la définition doit être préparée par des expériences. Il ne serait pas difficile par exemple d'illustrer le parallélogramme des forces à l'aide d'un appareil formé de trois fils. et qu'elle varie avec la latitude. etc. Ton revînt de temps en temps du symbole à la réalité. Ici encore.

je ne désire pas qu'il soit bouleversé. dans les cas où la véritable définition logique ne peut être donnée utilement que dans l'enseignement supérieur. La définition par l'exemple est toujours nécessaire. j'en serais môme désolé. Mais c'est par elles qu'il faut passe?. . Ces définitions ne peuvent être que provisoires. mais elle doit préparer la définition logique. Dans de pareilles tempêtes sombrerait bientôt sa haute valeur éducative. J'ai critiquer certaines eu souvent l'occasion de que je préconise définitions aujourd'hui. elle ne doit pas la remplacer .LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET L^BNSBIGNEMENT 151 que je ne m'en étonnerai. Vous avez bien compris que ce que j'ai dit aujourd'hui n'implique nullement l'abandon de ce que j'ai écrit ailleurs. Une bonne et solide logique doit continuer à en faire le fond. je ne désire que des améliorations lentement progressives. Il ne faut pas que cet enseignement subisse de brusques oscillations au souffle capricieux de modes éphémères. je sais que dans son ensemble notre enseignement mathématique est bon. Ces critiques subsistent tout entières. elle doit tout au moins la faire désirer.

qui s'efforce de rétablir. il dans quelques en particulier le est nécessaire d'entrer détails historiques et de rappeler caractère des travaux de Cantor. Il n'est peutpas inutile être d'examiner ces affirmations d'un peu près. Les mathématiques peuvent-elles être réduites à. afin de voir si elles justifient le ton péremp- toire avec lequel elles sont présentées. INTRODUCTION.CHAPITRE Les Mathématiques III et la Logique. Ce langage n'^^st compris que de quelques initiés. Elle a son langage spécial où il n'y a plus de mot« et où on ne fait usage que de signes. la logique sans avoir à faire appel à des principes y a toute une école. . foi. Mais pour bien faire comprendre la nature de la question. de sorte que les profanes sont disposés à s'incliner devant les qui leur soient propres? Il pleine d'ardeur et de affirmations tranchantes des adeptes.

c'est-à-dire un nombre cardinal plus grand que tous les nombres cardinaux ordinaires. L'infini mathématique n'était qu'une quantité susceptible de croître au delà de toute limite. etc. Cantor a entrepris d'introduire en mathématiques un infini actuel.LBS MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Depuis longtemps la 153 notion d'infini avait été intro- duite en mathématiques. celui des points dans l'espace. les nombres dépendre la Ils une se sont lancés sur série de questions de se sont tellement familiarisés avee en sont arrivés à fadre théorie des nombres finis de celle det transfinis qu'ils . Et il s'est amusé à comparer ces nombres cardinaux transfinis. mais seulement qu'elle les dépasserait. il a imaginé aussi ce qu'il appelle des nombres ordinaux transfinis sur lesquels je : n'insisterai pas. c'est-à-dire une quantité qui n'est pas seulement susceptible de limites. Et alors le nombre des nombres entiers. Il posé des questions telles plus de points dans l'espace s'est que celles-ci Y a-t-il que de nombres entiers? Y a-t-il plus de points dans l'espace que de points dans un plan? etc. constitue ce qu'il appelle un nombre cardinal transfini. dépasser toutes les mais qui est regardée comme les ayant déjà dépassées. en rangeant dans un ordre convenable les éléments d'un ensemble qui en contient une infinité. c'était une quaatité variable dont on ne pouvait pas dire qu'elle avait dépassé toutes les limites.. mais cet infini était ce que les philosophes appellent un devenir. De nombreux mathématiciens ses traces et se sont posé môme genre.

on devrait commencer par établir les propriétés générales des nombres cardinaux transfînis. ils sont arrivés à des résultats contradictoires. pour façon vraiment logique. A enseigner Fanthraétique d'une leurs yeux. puis distinguer parmi eux une toute petite classe. ce n'est certainement pas comme que Tesprit humain a procédé pour construire les mathématiques aussi ses auteurs ne songent-ils pas. Ils ont accumulé les formules et ils ont cru s'affranchir. mais où ce discours a complètement disparu. Les géomètres qui l'ont employée sont cependant fort nombreux. c'est ce qu'on appelle les antino- mies cantorienneSy sur lesquelles nous aurons Toccasion de revenir. je pense. Cette méthode est évidemment contraire à toute saine psychologie. de ce qui n'était pas la logique pure en écrivant des mémoires où les formules n'alternent plus avec le discours explicatif comme dans les livres de mathématiques ordinaires.154 ^ SCIENCE ET MÉTHODE nombres cardinaux de Cantor. Ces contradictions ne les ont pas découragés et règles (le ils fajçoQ se sont efforcés de modifier leurs à faire disparaître celles qui . celle des nombres entiers ordinaires. Grâce à ce détour on pourrait arriver à démontrer toutes les propositions relatives à cette petite classe (c'est-àdire toute notre arithmétique et notre algèbre) sans se servir d'aucun principe étranger à la logique. Malheureusement. iîais est-elle du moins logique. ou pour mieux dire est-elle correcte? Il est permis d'en cela . à Fintroduire dans renseignement secondaire. douter.

en Allemagne. ont définitivement tranché le débat. et en particulier ceux de MM. les travaux nouveaux. . 155 sans être assurés pour cela qu'il ne s'en manifesterait plus de nouvelles. Ils ont montré qu'il . Pour M. D'ailleurs. et déjà ressorties plusieurs fois de leurs cendres. on II est est sûr de faire justice renaître avec des changements quelques-unes d'entre elles sont la voir insignifiants. intitulé : les Principes des Mathématiques. Couturat. en France. Telle autrefois l'hydre de Lerne avec ses fameuses têtes qui repoussaient toujours. car ils ont trop longtemps vécu dans cette atmosphère. il y en a en Angleterre. Ces travaux ont été analysés et exposés très clairement par M. temps de de ces exagérations. en vue de dégager éléments logiques du raisonnement mathématique. Russell et Péano. quand on a réfuté une de leurs démonstrations. depuis si longtemps pendant entre Leibnitz et Kant. l Dans ces dernières années. Je ne fais donc appel qu'aux hommes de bon sens sans parti pris. Je n'espère pas les convaincre. Hercule s'en est tiré parce que son hydre n'avait que neuf têtes.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE s'étaient déjà manifestées. en Italie. de nombreux travaux ont été publiés sur les mathématiques pures et la philosophie des mathématiques. à moins que ce ne soit onze mais ici il y en a trop. et il devrait renoncer à la partie. Couturat dans un ouvrage et d'isoler les.

ils ont montré que les mathématiques sont entièrement réductibles à la logique et que l'intuition n'y joue aucun rôle. Nous n'en avons rien. convenons qu'une droite sera déterminée par deux points et qu'au lieu de dire que cette droite est déterminée par ces deux points.SCIENCE ET UETHODB n'y a pas de jugement synthétique a priori disait Kant pour désigner les (comme jugements qui ne peu- vent être ni démontrés analytiquement. ni établis expérimentalement). . dit Hilbert. . : II Ce qui nous frappe d'abord dans la nouvelle mathématique. si bien que j'ai entendu mon voisin dire à demi-voix « On voit bien que c'est le centenaire de la mort de Kant ». C'est ce que M. nous pourrons dire qu'elle passe par ces deux points ou que ces deux points : sont situés sur cette droite ». ni réduits à des identités.. Couturat a exposé dans l'ouvrage que je viens de citer c'est ce qu'il a dit plus nettement encore à son discours du jubilé de Kant. Que sont ces non seulement nous n'en savons devons pas chercher à le choses^ mais nous ne savoir. c'est son caractère purement formel « Pensons. Pouvons-nous souscrire à cette condamnation définitive? Je ne le crois pis et je vais essayer de montrer pourquoi. droites et plans. trois sortes de choses que nous appellerons points.

LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 157 pas besoin. dans les raisonnements où notre esprit reste actif. on pourimaginer une machine où Ton introduirait les axiomes par un bout pendant qu'on recueillerait Stanley Jevons . Ainsi. ni plan. je n'en fais pas un reproche à Hilbert. rait les théorèmes à l'autre bout. fait* Ce caractère formel de sa géométrie. le mathématicien n'a besoin de comprendre ce qu'il et d'où ils saucisses. pourrait faire de la géo- métrie tout aussi bien que nous. et quelqu'un qui n'aurait jamais vu ni point. or. Ce n'est donc qu'après avoir ramené tous les raisonnements géométriques à une forme purement méc*^- . pour démontrer un par^ ou le théorème. Que le mot passer mot être situé sur ne provoquent en nous aucune image. Il voulait réduire au minimum le nombre des axiomes fondamentaux de la géométrie et en faire l'énumération complète. ou. dans ceux où l'intuition joue encore un rôle. le premier est simplement synonyme de être déterminé et le second de déterminer. C'était là qu'il devait tendre. dans les raisonnements vivants. le On même utile pourrait remplacer piano à raisonner imaginé par si l'on aime mieux. il est difficile de ne pas introduire un axiome ou un postulat qui passe inaperçu. c'est bien entendu. il de savoir ce le n'est qu'il géomètre par pas nécessaire ni veut dire. pour ainsi dire. étant donné le problème qu'il se posait. ni droite. comme cette machine légendaire de Chicago où les porcs entrent vivants sortent transformés en jambons et en Pas plus que ces machines.

. qu'on la mutile. qu'il son dessein Ce que achevé son œuvre. quelle géométrie plus profonde. Et puis la correction logique des raisonnements mènent des axiomes aux théorèmes n'est pas la chose dont nous devions nous préoccuper. Chercher l'origine de cet instinct. car en réduisant sée mathématique à une forme vide. Si les au silence? Peut-être pas. et plus cachée.158 SCIENCE ET MÉTHODE a pu être certain d'avoir réussi dans nique. par de simples combinaisons logiques d'un nombre fini d'axiomes. pour la géométrie. il faut faire un choix le vrai géomètre fait ce choix judicieusement parce qu'il est guidé par un sûr instinct. Kantiens seraient-ils définitivement condamnés l'analyse. d'aufaire pour l'arithmétique et pour et d'avoir Ililbert avait fait tres ont voulu le même ils y avaient entièrement réussi. étudier les lois II . Le philosophe conserverait le droit de rechercher les origines de ces conventions. de voir pourquoi elles ont été jugées préférables aux conventions les procédés purement contraires. ou par quelque vague conscience de je ne sais pièces. Admettons que tous même que il la pen- est certain l'on ait établi théorèmes peuvent se déduire par des analytiques. qui seule fait le prix de l'édifice construit. et que ces axiomes ne sont que des conventions. Les règles de la parfaite logique sont-elles toute la mathématique? Autant dire que tout l'art du joueur qui seule d'échecs se réduit aux marche des constructions que l'on peut règles de la Parmi toutes les combiner avec les matériaux fournis par la logique.

comme on l'a cru. » J'y voyais le raisonnement mathématique par excellence. ce serait encore une belle tâche pour les philosophes qui ne veulent pas que la logique soit tout. on peut je ne dis pas découvrir.159 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQVE de cette géométrie profonde qui se sentent et ne s'énoncent pas. mais il semble d'abord qu'on pourrait s'en passer pour étudier la science une fois créée. ce n'est pas ainsi que je veux poser la question. elle sera vraie . mais démontrer toutes les vérités mathématiques sans de nouveau appel à l'intuition. Eh bien. Mais ce n'est pas à ce point de Yue que je veux me placer. et si pourvu de tous les nombres entiers. faire JI A répondu que cette question. Je ne voulais pas dire. c'est s'il est vrai qu'une fois admis les principes de la logique. c'est paa^ce que complète principe d'induction fois paraissait à la On sait quel est l'énoncé de ce prin- : « Si Ton me « le nécessaire au mathématicien et irréductible à la logique. ce que je veux rechercher. notre travaux récents? Si j'avais répondu non. que tous les raisonnements qu'elle le soit de n. Cet instinct dont nous venons de parler est nécessaire à l'inventeur. cipe » une propriété établit qu'elle est vraie est vraie du nombre de n + 1 i. j'avais autrefois non (Voir Science réponse doit-elle et Hypothèse^ chapitre I"^ être par modifiée les .

on y verrait appliqués beaucoup d'autres principes analogues. IV DèFlN! IONS ET AX : 'ES. Reportons-nous d'abord à un article de M. présentant les caractères essentiels. C'est donc une simple convention. n'est ou un jugement synthétique a priori] c'est tout simplement la définition du nombre entier. L'existence de pareils principes est une difficulté pour les logiciens intransigeants. qui a paru dans V Enseignement mathématique. comment préten- Le principe d'induction compas un axiome proprement disent-ils. En examinant ces raisonnements d'un peu près. revue publiée I . Couturat sur les définitions mathématiques. celui de l'induction complète est seulement le plus simple de tous et c'est pour cela que je l'ai choisi pour type. il nous faut examiner d'un peu dit près les relations entre les définitions et les axiomes. Dans cette catégorie de principes. dent-ils s'en tirer? plète. Ce mode de raisonnement n'en est pas moins une véritable induction mathématique qui ne diffère de Tinduction ordinaire que mêmes par sa certitude.SCIENCE ET MÉTHODE 160 mathématiques peuvent se réduire à une application de ce principe. Le nom de principe d'induction complète qui a prévalu n'est pas justifié. Pour discuter cette manière de voir.

dit M. celle qui est telle que le postulatum d'Euclide soit vrai. Eh bien. et je l'ai admis moi-même en ce qui concerne par exemple le postulatum d'Euclide. les logiciens admettent pour le principe d'induction complète. Les autres axiomes de la géométrie ne suffisent pas pour définir complètement la distance.. » Si Ton a défini préalablement toutes ces notions. « La définition par postulats.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 161 ch^z Gauthîer-Villars et chez Georg à Genève. Couturat. sauf une. s'applique. alors cette dernière sera par définition l'objet qui vérifie ces postulats. celui affirme l'existence de Tobjet défini. Ainsi certains axiomes indémontrables des mathématiques ne seraient que des définitions déguisées. non à une seule notion. ils ne veulent y voir qu'une nition déguisée. y Mais pour qu'on tions à remplir. ce que j'admets pour le pos- tulatum d'Euclide. parmi toutes les grandeurs qui satisfont à ces autres axiomes. par définition. ce . tion implique défi- ait ce droit. Nous y verrons une distinction entre la définition directe et la définition par postulats.. par A lequel on ce compte. il y a deux condi- Stuart Mill disait que toute défini- un axiome. Ce point de vue est souvent légitime. . ces relations sont des postulats. mais à un système de notions elle consiste à énumérer les relations fondamentales qui les unissent et qui permettent de démontrer toutes leurs autres propriétés. la distance sera alors.

il signifie exempt de contradiction. on affirme que la rectifiée. on n'implique pas l'exemple^ on cherche à former un exemple d'un objet satisfaisant à la définition. ce serait au contraire la définition qui serait un axiome déguisé. nous aurons le droit de les considérer comme représentant la définition de nous ne poufaut que nous l'admet- l'une des notions qui y figurent. on affirme qu'il y a des choses rondes dans la nature. Les mathématiques sont indépendantes de Texistence des objets matériels. pensée en définissant un définition n'implique pas contradiction. nous retrouverions définition . Si nous a'^^ns donc un système de postulats. Stuart Mill entendait le mot existence dans un sens matériel et empirique. la exacte. Prenons le cas d'une définition par postulats. Si vons pas démontrer cela. par définition. Ainsi de Stuart Mill devient objet. nous voulons définir une notion A. Sous cette forme. il tions sans démonstration et cela sera alors un axiome de sorte que si nous voulions chercher la sous le postulat. son opinion est inadmissible. l'axiome sous la définition. et si nous pouwùs démontrer que ces postulats n'impliquent pas de contradiction. en mathématiques le mot exister ne peut avoir qu'un sens. pour montrer qu'une définition procède par contradiction. et nous disons que. .SCIENCE ET MÉTHODE 162 ne serait plus Taxiome qui pourrait être une définition déguisée. Le plus souvent. il voulait dire qu'en définissant le cercle.

Mais une pareille démonstration directe par l'exemple n'est pas toujours possible. Nous serons certains que les postulats ne sont pas contradictoires. une vérification directe est pussible. Si nous pouvons démontrer directe- ment que tous ces postulats sont vrais d'un certain objet B. parmi ces propositions. et 1 peut plus faire cette vérification directe. lats c'est tout 163 objet pour lequel certains postu- sont Vrais. Tobjet B sera un exemple d'un A. Quand nous. et nous verrons plus loin qu^ils ne Vont pas fait. Si ces propositioTis sont en nombre fini. il faut recourir à des procédés de démonstration où en on général sera forcé d'invoquer ce principe d'induction complète qu'il s'agit précisément de vérifier. la définition sera justifiée. Il y en a une seconde. il faut alors envisager toutes les propositions que l'on peut déduire de ces postulats comme montrer que. on ne considérés prémisses. il n'y en a pas deux dont une soit la contradictoire de l'autre. Pour établir que les postulats n'impliquent pas contradiction. donnons nne pour nous en servir. c'est 8 .LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE un A. Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire. Si ces propositions sont en nombre infini. Ce cas est peu fréquent et d'ailleurs peu intéressant. définition. puisqu'il y a des cas où ils sont vrais tous à la fois.

SCIENCE ET MÉTHODE ÎG4 Nous retrouverons donc dans la suite du discours le mot défini. ce n'est pas elle qui vous a appris ce que c'était que le nombre. La notion mathématique a reçu une défiaition très épurée et très rigoureuse. si nous ne lui attribuons pas implicitement un sens différent. Vous donnez du nombre une définition puis. si le mot a conservé son sens. c'est ce qui arrive il est le plus souvent difficile de s'en quelquefois et apercevoir. de l'objet représenté par ce mot. ce n'est plus à cette notion pure que Ton a affaire. Mais. postulat qui a servi le de définition? Oui. en réalité. et il est si la entré n'implique pas hésitation a disparu. que l'expérience peut seule mettre hors de doute. c'est énoncer une vérité nouvelle. Dire que cet objet satisfait. n'y pen- sez plus. avons-nous le droit d'affirmer. au moins approximativement. et qui n'a plus le caractère d'un postulat conventionnel. mais si on veut l'appliquer aux sciences physiques par exemple. et pour le mathématicien pur toute duit dans notre discours. parce que. il faut voir comment ce mot s'est intro- porte par laquelle en réalité une autre définition que celle qu'on a énoncée. vous subtile. vous le quand le mot nombre saviez depuis longtemi:!*^ et à . évidemment. Cette difficulté se présente dans toutes les applications des mathématiques. sans sortir des mathématiques pures. à la définition. mais à un objet concret qui n'en est souvent qu'une image grossière. une fois cette définition donnée. rencontre encore la même on difficulté. Or.

Ainsi voici un mot dont nous avons donné explicitement une définition A nous en faisons ensuite dans le discours un usage qui suppose implicitement une autre définition B. c'est qu'il une pétition de principe. c'est une vérité nouvelle. pour savoir quel est ce sens et s'il est bien le même dans telle phrase ou dans telle autre. c'est qu'il n'était ciers. Je ne m'explique pas davantage sur ce point pour le moment car nous aurons Toccasion d'y revenir. ou bien démontrer. Si chaque nouveau philosophe qui s'est occupé de cette question a cru devoir en inventer une autre. Mais qu'il en soit ainsi. vous y attachez le même sens que le premier venu. on n'en donnerait plus de nouvelle. qu'il faut. VI Les définitions du nombre sonttrès nombreuses et très diverses. ou bien admettre comme un axiome indépendant. satisfaisante. se retrouve plus loin sous votre . Il est possible que ces deux définitions désignent un même objet. et s'il pas n'en croyait y apercevoir satisfait était de celles de ses devan- pas satisfait. Nous verrons plus mieux rempli la que loin les logiciens n'ont pas seconde condition que la première. étonner qu'il y en ait Nous ne devons pas nous Si Tune d'elles était tant. . il faut voir comment vous avez été amené à parler de nombre et à introduire ce mot dans ces deux phrases.165 FKS MATHÉMATIQUES ET LA LOGÏQTTR plume. je renonce à énumérer même les noms de leurs auteurs.

Que ces signes mais soient qu'ils soient desti- . mais il me semble que M. Je ne m'attacherai dans la suite qu'à celles de ces où la pétition de principe est le plus définitions habilement dissimulée. quand me sentiment de heurter à une je ne Tapercevais pas tout de suite. ce sont certains algébriques qui représentent les différentes signes conjonctions commodes. pétition de principe et. C'est qu'il est impossible de donner une défini- une phrase. instant on risque de tomber dans la pétition de tion sans énoncer principe. en lisant les écrits consa- J*ai crés à ce problème. L'élément essentiel de ce langage.SCIENCE ET MÉTHODE 166 toujours éprouvé. ou au moins le mot plusieurs. j'avais la crainte d'avoir mal regardé. : si. donc. Il est susceptible de rendre quelques services. c'est possible . un profond malaise je m'attendais toujours à . Couturat y attache une importance exagérée qui a dû étonner M. ou. Peano luitrès même. et. et difficile d'énoncer une phrase sans y mettre un nom de nombre. ou au moins un mot au pluEt alors la pente est glissante et à chaque riel. Peano joue un grand rôle dans ces nouvelles recherches. VII LA PASIGRAPHie* Le langage symbolique créé par M.

l'art de faire marcher et de cantonner les troupes mais ici aucune confusion n'est à craindre et on voit tout de suite que ce nom nouveau implique le dessein de révolutionner la logique. BuraliForti. c'est-à-dire l'art d'écrire un traité de mathématiques sans employer un seul mot de la acquiert. on l'a élevée à une dignité en lui conférant le titre de logis-Ce mot est. langue usuelle. intitulé: Una Questione sui numeri transfinitij et inséré dans le tome XI des Rendiconti del circolo matemalico di Palermo. gage. Ce qui l'importance de ce mémoire. Je commence par dire que ce mémoire est très intéressant. et si je le prends ici pour exemple. D'ailleurs. c'est précisément parce qu'il est le plus important de tous ceux qui sont écrits dans le nouveau lanplus éminente. une vertu qu'il n'avait pas quand on l'écrivait si. tique.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Dés à renouveler toute la philosophie. . Ce ment la portée. c'est qu'il premier exemple de ces antinomies que rencontre dans l'étude des nombres transfinis a donné l'on fait le et qui font depuis quelcHies années le désespoir des . pàraît-il. nom en définissait très exacte- Depuis. employé à l'École de Guerre. pour désigner l'art du maréchal des logis. Peano s'est appelée d'abord la pasigraphie. Il est difficile d'admettre 167 c'est que le une mot si quand on Técrit o. Cette invention de M. les profanes peuvent le lire grâce à une traduction interlinéaire italienne. Nous pouvons voir la nouvelle méthode à l'œuvre dans un mémoire mathématique de M. autre afïaire.

il ne peut y avoir d'autre relation que l'égalité. pour le considérations qui vont suivre. BuraliForti. et précisément je me demande si cette forme lui fait beaucoup gagner en rigueur et si elle compense par là les efforts qu'elle impose à l'écrivain ef au lecteur- Nous voyons d'abord M. je veux seulement m'occuper de la forme.A)e(weUn)l. a et b. définition éminemment propre à donner une idée du nombre 1 entendu parler. c'est de montrer qu'il peut y avoir deux nombres transflnis (ordinaux). Or. cela m'entraînerait beaucoup trop loin de mon sujet. goit ni égal à 6. attendu que j'aperçois membre crains bien que cette défi- 1 . Buralî-Forti nombre 1 de la manière suivante définir le : l=:tT'[Koo(u. nition ne mais je contienne et Un une pétition de principe. en chiffre dans le premier en toutes lettres dans le second. ni plus Que lecteur se rassure. Le but de cette note. savoir ce que c'est qu'un il comprendre les n'a pas besoin de nombre ordinal transfini. ou l'inégalité dans un sens ou dans l'autre. aux personnes qui n'en auraient jamais J'entends trop mal le Péanîen pour oser risquer une critique.SCIENCE ET MÉTHODE 168 mathématiciens. Mais ce n'est pas du fond de ce mémoire que je veux parler ici . tel que a ne grand. ni plus petit. dit M. Cantor avait précisément démontré qu'entre deux nombres transflnis comme entre deux nombres finis.

c'est le nombre des éléments que la classe nulle? ne contient aucun élément. est le nombre des éléments d'une classe dont deux éléments quelconques sont identiques. court calcul. c'est vraiment abuser de la richesse de la langue française. Couturat donne du nombre Je hâte la i définition est que plus satis- faisante. Couturat a-t-il introduit ment dans sa définition. Mais comme vois pas que me le jamais signifie en aucun cas je ne progrès soit considérable. 0=tA : (fx = A. de la classe nulle. Et puisque nous en sommes à ces définitions des premiers nombres. Définir zéro par nul. Burali-Forti part de celte soit. ai-je dit. Couturat a défini également et que zéro? Qu'est-ce 1. il arrive à : leNo. et nul par aucun. Téquation M.o. d'ajouter que M.169 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Quoi qu'il définition en après un et. et qu'est-ce c'est celle qui aussi M. (27) qui nous apprend que Un est un nombre. Elle est plus satisfaisante. Un. dit-il en substance.A = ce qui veut dire en français objets qui satisfont à une un perfectionne- en écrivant : : {xe(fx)y zéro est le nombre des condition qui n'est jamais remplie. rappelons que M. en ce sens .

j'ai dit que ses conclusions sont en opposition directe avec celles de Cantor. il ne soit obligé de se servir du mot un. Hadamard et la conversation tomba sur cette antinomie. D'ailleurs. Couturat ce que c'est que deux. Burali-Forti n'avait pas le droit de parler de l'ensemble de tous les nombres ordinaux. seulement parce que ne parlais pas le mais péanien avec assez d'éloquence ? peut-être entre nous je ne le crois pas. Je voudrais bien savoir qui aurait pu l'en empê- quand cher. en du mot deux. « Le raisonnement de Burali-Forti. Burali-Forti .I>). Mais j'ai peur que si on demandait à M. puisqu'il pouvait tou- jours poser Û=:r(No. je reçus la visite de M.170 SCIENCE ET MÉTHODE il ne se sert pas du mot un. Était-ce je . — Pardon. il avait ce droit. et au contraire je ne trouve rien à — objecter à celui de Cantor. » je ne pus le convaincre (ce qui d'ailleurs eût été fâcheux. I . et peut-on dire qu'un objet n'existe pas. il se sert VIII Mais revenons au mémoire de M. un jour. que pour définir 1. Or. Q? on l'a appelé Ce fut en vain. puisqu'il avait raison). revanche. lui disais-je. ne vous semble-t-il pas irréprochable? Non.

. la pasigraphie devient impuissante.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 171 Ainsi. malgré tout cet appareil pasigraphique. la pasigraphie suffit. résoudre. s'il y a une antinomie à question n'était pas résolue. la Qu'est-ce que cela prouve ? Tant qu^il s'agit seulement de démontrer que un est un nombre. mais si une difficulté se présente.

. On a vu naître des logiques nouvelles M plus intéressante est celle de semble a dû se Russell. M. Russell subordonne la logique des classes à celle des propositions. etc. Le syllogisme classique « Socrate est un homme ». la logique transformer. dont Il la DE RUSSELL. LA LOGIQUE Pour justifier ses prétentions. de nouveau sur qu'il n'y ait rien à écrire lalogique formelle et qu'Aristote en ait vu le fond. Russell attribue à la logique est infi- niment plus étendu que sique et il a trouvé vues originales moyen celui de la logique clas- d'émettre sur ce sujet des et parfois justes* D'abord. Mais le champ que M. fait place au syllogisme i . tandis que la logique d'Âristote était avant tout la logique des classes et prenait pour point de départ la relation de sujet à prédicat.CHAPITRE IV Les Logiques nouvelles.

M. C : Si A est vrai. à mon B est une sens. et^ ouy négation ne pas. Il suffit cependant d'avoir corrigé une dit . Les signes et. M. Les propriétés du syllo- gisme classique s'étendent sans peine au syllogisme hypothétique et. : la logique des propo- Russell est l'étude des lois suivant lesquelles se combinent les conjonctions et la 5i. Mais la théorie du syllogisme n'est encore que la syntaxe de la conjonction si et peut-être de . Et c'est là. sente associative et distributive. Couturat que cette conclusion semblera paradoxale au premier abord. C'est une extension considé- rable de Taricienne logique.LES LOGIQUES NOUVELLES hypothétique vrai. ou suivent les mêmes lois que les deux signes et +. dans les formes de ce dernier. Russell ouvre à la logique un domaine nouveau. c'est-à-dire les lois commu- X tative. Russell arrive à cette conclusion qu'une proposition fausse quelconque implique toutes les autres propositions vraies ou fausses. la négation. on reconnaît aisément les formes scolastiques on retrouve ce qu'il y a d'essentiel dans la logique classique. logique. idée des plus heureuses. Et puis ce n'est pas tout sitions de M. Ainsi et reprétandis que ou Gela aussi est très intéressant. B. la multiplication représente l'addition logique. car le syllogisme classique est facile à ramener au syllogisme hypothétique» tandis que la transformation inverse ne se fait pas sans difficulté. B 173 est vrai. etc. En y adjoignant deux autres conjonctions et et ou^ M. or si est vrai.

M. ce n'est plus qu'un jeu pour lui d'accumuler les résultats les plus surprenants. des symboles se comoinaisons variées qui ne sont plus en yiombre Ihnité. Russell a vu juste. et de chercher à M. d'examiner cette question. mais au début du second et du troisième. que Ton avait déclarées irréductibles à la logique. différent. se trouvent être devenues réduclogique? Il serait oiseux . A-t-on le droit de donner celte extension au sens du mot. Accordons-lui ce qu'il demande nous étonnons pas si certaines vérités. Le candidat se donne souvent beaucoup de mal pour trouver la première équation fausse.SCIENCE ET MÉTHODE 174 mauvaise thèse de mathématique. au sens nouveau. II On voit combien nouvelle logique est plus la riche que la logique classique sont multipliés permettent et les . au sens ancien du mot. Nous avons introduit un grand nombre de notions nouvelles. qui est tout tibles à la logique. c'est-à-dire de la logique des classes et des relations. Russell ne s'y est d'ailleurs pas trompé. et non seulement au début du premier chapitre. dont quelques- uns même peuvent être exacts. Russell une simple querelle de mais ne mots. et ce n'étaient pas de simples combinai- sons des anciennes . pour reconnaître combien M. il inlro- . mais dès qu'il l'a obtenue. c'est-à-dire de la logique des propositions.

LES LOGIQUES NOUVELLES dait des mots nouveaux Et ce n'est pas tout. parce que le sens du mot logique s'est élargi et que nous les trouvons maintenant dans un livre intitulé Traité de logique? Ils n ont pas changé contrions. Il est donc impossible qu'il y ait un moment où la contradiction commence^ ce qui montre . On pourrait essayer de raisonner Nous pouvons vérifier que comme les opérations velle logique appliquées à des il suit • de la nou prémisses exemptes de contradiction ne peuvent donner que des consé- quences également exemptes de contradiction. nous n'avons pas rencontré Je contradiction. nous n'en rencontrerons non plus après la n -f. Il il qu'ils comme faudrait que n'impiiquo^. de nature. Si donc après n opérations. faudrait établir que. quand nous l'in- Nous les ren- ou moins explicitement énoncés. III Ces principes pourraient-ils être considérés des définitions déguisées? Pour cela.1®. principes qu'il déclare 175 qu'il déclare indéfinissables. des jugements synthétiques a les regardions comme intuitifs priori. plus . dans les traités de mathématiques ont-ils changé de caractère. ce sont des appels à tuition. introduit également des il indémontrables. on ne sera jamais exposé à se contredire. Mais ces principes indémontrables. ils ont seulement changé de place. quelque loin qu'on poursuive la série des déductions. l'on eût le moyen de démontrer pas contradiction.

j'en aurais de plus) qui font le fondement quelques-unes trouvé de la logique nouvelle. Russell prétend. de la logique au sens large. un véritable jugement synthétique a priori. Avons-nous le droit de raisonner ainsi? Non. que si suppose un acte nouveau et indépendant de notre intuition et. car ce serait faire de principe d'induction et. la pensée de de M. complète j rappelons-le bien^ nous ne le connaissons pas encore. le rinduction complète . on n'aura plus à en faire constituer la mathématique d'autres et on pourra tout entière sans faire intervenir aucun élément cette logique nouveau. chacune des neuf notions indéfinissables et des vingt propositions indémontrables (je crois bien bien. Couturat. pourquoi ne pas le dire. Sur ce point tout le monde semble d'accord. il faut pour chacun d'eux admettre un nouvel acte d'intuition. Russell et c'était moi qui avais compté. Je ne m'amuserai pas à compter combien nouvelle est tout à fait I . et ce qui me paraît douteux^ à r intuition j ce c'est qu'après ces appels sera fini. Nous n'avons donc pas le droit de regarder ces axiomes comme des définitions déguisées et il ne nous reste qu'une ressource. IV M. mais ce que M.SCIENCE ET MÉTHODE 176 que nous n'en rencontrerons jamais. d'ailleurs. M. . Ainsi. Couturat répète souvent que indépendante de l'idée de nombre. C'est à ce que je crois.

pour que la relation soit concevable. le vrai et le faux » Le produit relatif de deux relations est une re. Quelquefois cet inconvénient ne serait pas im- possible à éviter. et sans remarquer qu'ils sont deux. etc.. que M. Peano et J'arrive à ce ordinale et qui est Padoa. mais quelquefois aussi tiel. ou d'adjectifs indéfinis. qui sont indépendants. . il faut qu'ils soient deux et deux seulement. comme Tont démontré MM. Gouturat appelle la théorie le fondement de l'arithmétique proprement dite. relation ^est incompréhensible il il est essen- sans deux est impossible d'avoir l'intuition de la même temps celle de ses deux termes. car. Citons cependant quelques exemples a : Le produit logique de deux ou plusieurs propo- sitions est ». Une relation a lieu deux entre termes ». (( lation » « .LES LOGIQUES NOUVELLES 177 son exposé contient d'adjectifs numéraux. Gouturat commence par énoncer les cinq axiomes de Peano. tant cardinaux qu'ordinaux. relation. sans avoir en ^ARITHMETIQUE. M. Une termes . etc. tels que plusieurs. « Toutes les propositions sont susceptibles de deux valeurs seulement.

démonstration ne peut se faire par Vexemple. 1. le cas ici? Pas le moins du monde. pour qu'elle faut encore entier. si leurs sui- vants le sont. 1.178 SCIENCE ET MÉTHODE Zéro est un nombre entier. mais l'axiome 3 exige. satisfasse à l'axiome 3. et ainsi de satisfasse . 4 satisfasse aux axiomes. Deux nombres entiers sont égaux. 2. Il est donc impossible de démontrer les axiomes . Buite. 2. 2. 5. et. Couturat considère ces axiomes définitions déguisées. 3 aux axiomes on vérifierait qu'elle satisfaît aux axiomes 1. Si je pre-nds la satisfait série 0. Le axiome 5'' principe d'induction est le com- plète. auquel il conviendrait d'ajouter un suivant. 2. 3. Le suivant d'un entier est un entier i. il faut que Ton puisse établir qu'elle n'implique pas contradiction. en outre. je vois bien qu'elle aux axiomes i. M. Zéro n'est le suivant d'aucun nombre entier. Mais nous avons vu que. mais. 1.2. et démontrer qu'ils Est-ce satisfont à la définition. par conséquent. pour qu'une définition par postulats puisse être acceptée. 2. La On ne peut choisir une partie des nombres entiers.4 il et 5 . par postuiaits de zéro^du comme des constituent la définition ils « suivant ». 4. tout entier a 4. et du nombre entier.^ que 4 soit un entier et que la série ô. 3. par exemple les trois premiers. que que 3 soit un la série 0.

travail capital de M. mais sur bien des points « il s'écarte de son devancier. Il faut alors prendre toutes les conséquences de ne contiennent pas de contradiction. nous Tavons dit. Halsted paraissait dans The Monist. Cependant.LES LOGIQUES NOUVELLES 179 pour quelques nombres entiers sans les démontrer pour tous. où Ton trouvera les ticiens à Heidelberg. moins toute l'arithmétique. ou au nos axiomes et voir si elles . Alors que faire? Peut-être à la rigueur pourrait-on répéter le raisonnement du n® III. Si ces conséquences étaient en nombre fini. et çaise pensées les plus profondes. . Pierre Boutroux a paru dans VEnseignement mathématique^ pendant qu'une traduction anglaise due à M. Mais. dit-il. Russell. l'auteur poursuit un but analogue à celui de M. il faut renoncer à la démonstration par l'exemple. Vî LA LOGIQUE J'arrive maintenant au bert qu'il a DE HUBERT. Hil- communiqué au Congrès des Mathéma- dont une traduction frandue à M. ce raisonnement^ c^est de rinducHon complète^ et c'est précisément le principe d'induction complète qu'il s'agirait de justifier. . Dans ce travail. ce serait facile mais elles sont en nombre infini ce sont toutes les mathématiques. si nous y regardons de près.

la notion de Nombre. et alors la définition du nombre entier fini que nous sieurs. Hilbert. afin d'éviter tout paradoxe.. Prenons tout d'abord en considération 1. la Logique est antérieure à TArithmétique.. il me paraît nécessaire de développer simultanément les principes de la Logique et ceux de TArithmétique. Nous trouverons plus plus différences les signalerons profondes loin encore. se trouvent impliquées déjà certaines notions arithmétiques. pour M. trois même. » Remarquons qu'en agissant ainsi 1 ob- nous n'impliquons nullement la notion de nombre. » Nous avons vu plus haut que. je préfère suivre pas à pas le développement de la pensée de les « jet Hilbe rt.SCIENCE ET MÉTHODE 180 nous constatons que dans les principes logiques. cet objet. et. Mais à mesure qu'elles se présen- teront. il n'en est plus de introduisons les mots deux. Ah! « Les groupes formés avec deux. qu'on a coutume de les présenter. cette fois-ci. Russell. si » nous et surtout plu- nous introduisons la notion de nombre. trois. en citant lextuellemen passages les plus importants. pour M. 1 . elles de les sont présenter^ s'applique simultanées « d'autres nous ». dans une certaine mesure. Ainsi. car il est bien entendu que 1 n'est ici qu'un symbole et que nous ne nous préoccupons nullement d'en connaître la signification. Ainsi nous tels dans un cercle et c'est pourquoi. par exemple la notion d'Ensemble. Hilbert des principes de la Logique tels qu'ion a coutume nous trouvons pris également à la logique de M. ou plusieurs fois répété. ce que dit M. Russell.

toute proposition affirmative nous apprend qu'une combmaison apparest tient à la classe des êtres tive . nous apprend qu'une toute proposition néga- certaine combinaison appartient à celle des non-êtres. beaucoup s'apercevoir de cette à la un = fin arrivera bien trop avisé pour p^^'Hion de de son travail. etc. Il combinaisons de ces deux combinaisons de leurs combinai- va sans dire qu'il faut oublier la signi- deux signes fication habituelle de ces attribuer aucune. Pour M. c'est l'une des combinaisons forles symboles 1 et il ne ^saurait concevoir qu'on introduise autre chose que des combinaisons des objets déjà définis. mées avec = formule d'ailleurs sa pensée de la . VII Signalons maintenant une différence qui est de la plus haute importance. Russell un objet désigne par x c'est un objet absolument indéterminé et sur lequel il ne suppose quelconque qu'il pour Kilbert. toutes les sons. façon la plus . celle des êtres et celle des non-êtres et jusqu'à nouvel ordre cette répartition entièrement arbitraire. ne pas principe. à procéder à cu^^-^che-t-il vrai replâtrage. Hilbert rien. Aussi. Hilberl introduit ensuite deux objets simples 1 et et envisage toutes les objets.LES LOGIQUES NOUVELLES trouverons L'auteur tout était à l'heure. 181 tard. Il et ne leur en répartit ensuite ces combinai- sons en deux classes.

ce sont ces objets et ces combinaisons seuls que Ton sera en droit de substituer aux indéterminées. » Le contraste est complet avec la manière de voir de M. par suite. Russell. Pour ce dernier philosophe. Russell est fidèle à son point de vue. Hilbert ne reconnaît au contraire comme êtres possibles que des combinaisons d'objets déjà connus. lorsque nous augmentons le nombre des objets fondamentaux. nous pouvons substituer à la place de x non seulement des objets déjà connus. en y ajoutant des qualités nouvelles. Lors donc qu'on déduira des propositions des axiomes consi* dérés. . qui est celui de la compréhension. Il part de Tidée générale d'être et Tenrichit de plus en plus tout en la restreignant. de sorte que (en ne regardant qu'un des côtés de sa pensée) on pourrait dire qu'il se place au point de vue de Textension. être de nouveau mis à répreuve et au besoin modifiés. les axiomes (en place du quelconque ou du tous de la logique ordinaire) représentent exclusivement « l'ensemble des objets et des combinaisons qui nous sont déjà acquis en Tétat actuel de la théorie.SCIENCE ET MÉTHODE 182 nette. Il ne faudra pas non plus oublier que. mais n'importe quoi. crois et je devoir reproduire in extenso Les indéterminées qui figurent dans son énoncé. ou que nous sommes en train d'introduire. les axiomes acquièrent du même coup une extension nouvelle et doivent.

sans paraître s'apercevoir qu'il fait de Tintion. il faut duction complète. Pour cela M. IX La fin du mémoire de M. pas. dans le langage des profanes comme nous. H introduit deux axiomes qu'il énonce dans son lan- gage symbolique mais qui signifient. Mais pour justifier cette défini- montrer que ces deux axiomes ne conduisent à aucune contradiction. Aussi ses axiomes ne sont pas pour lui ce qu'ils sont pour lui les '^^ le vulgaire. mais les présenter ainsi serait trahir la pensée de M. Les on sent que Tauteuî . Hilbert énigmatique et nous n'y contradictions s'y accumulent est tout à fait insisterons . Hilbert. que toute quantité est égale à elle-même et que toute opération faite sur deux quantités identiques donnent des résultats identiques. Pour mathématiques n'ont à combiner que de purs symboles et un vrai mathématicien doit raisonner sur eux sans se préoccuper de leur sens.183" LES LOGIQUES NOUVELLES VIII Poursuivons Texposé des idées de Hilbert. Avec cet énoncé ils sont évidents. Hilbert se sert du raisonnement du n* III. Il les considère comme représentant la définition par postulats du symbole = jusqu'ici vierge de toute signification.

X LA GÉOMÉTRIE. est aujourd'hui celui où les logisticiens semblent triomplier. Qu'est-ce à dire? Au moment de démontrer que la définition du nombre entier par V axiome d'induction complète n'impliqim pas contradiction^ M. La géométrie.SCIENCE ET MÉTHODE 184 a vaguement conscience de la pétition de principe vainement à replâtrer les fissures de son raisonnement. 1904) établie d'après les principes de M. dit M. John Wiley and Sons. on ne peut pas dire qu'il n'intervient pas. Gela est vrai dans une certaine mesure. la géométrie qui. Hilbert se dérobe comme se sont dérobés MM. ce qui est bien possible). il y a quelques années à peine. Russell et Couqu'il a commise^ turatj parce et cherche qu'il que la difficulté est trop grande. mais il intervient peu. Hilbert. Couturat. semblait le domaine où le règne de l'intuition était incontesté. Halsted (New-York. on voit intervenir le principe d'induction pour la première fois à la page 114 (à moins que j'aie mal cherché. Rien ne saurait mieux faire mesurer rimportance des travaux géométriques de M. . Si l'on se rapporte à la Rational Geometry de M. est un vaste corps de doctrine où le principe d'induction complète n'intervient pas. Ainsi. Hilbert et la profonde empreinte qu'ils ont laissée sur nos conceptions.

la seconde. . on ne peut pas le démontrer sans le Mais il principe d'induction. On dit Ce sont trois définitions déguisées. Comment tiel ? Hilbert démontre-t-il ce point essen- C'est en s'appuyant sur l'Analyse et par elle sur l'Arithmétique. Le Roy). Quel est en somme le théorème fondamental de la Géométrie ? Cest que les axiomes de la Géométrie n impliquent pas contradiction et^ cela. jamais on invente une autre démonstration. celle du phosphore. il faudra encore s'appuyer sur ce principe. dont il faut Et si montrer qu'elles ne sont pas contradictoires. la troisième. et par elle sur le principe d'in- duction. celle de la ligne droite. celle du nombre entier. c'est d'abord que d'induction ne peut pas être regardé tion déguisée du nombre Voici trois vérités le principe comme la défini- entier. XI CONCLUSION. : . puisque les conséquences possibles des axiomes.LES LOGIQUES NOUVELLE* 185 ne faut pas s'y tromper. : Le principe d'induction complète Le postulatum d'Euclide La loi physique d'après laquelle le phosphore fond à 44" (citée par M. la première. . sont en nombre infini. Notre conclusion.

sommes concerne la troisième. les l'objet défini ? il Nous ne sciences mathématiques. Nous avons montré également que. se présentent-elles à nous comme défi. nous avons vu qu'une déflnitîon n'est acceptable que s'il est établi qu'elle n'implique par contradiction. Et voilà déjà une première raison de la distinction que je fais entre les trois cas il y en a une seconde. pour la première définition. il faut que j'explique la raison de cette apparente inconséquence. Pour cela on considère l'une des séries de syllogismes que Ton peut pourguivre en partant de ces axiomes comme prémisses. je ne Tadmets pas pour les deux autres. il clair cela cette définition garantit. cette démonstration est au contraire. on voit qu'on celles . et où on cherche à établir qu'un ensemble d'axiomes ne peut conduire à une contradiction. nies par ces trois postulats ? Les applications possibles du principe d'induction sont innombrables prenons par exemple l'une de . et il comme ne le mot signifie plus existence absence de signifie existence objective. Quand on a fini le n* syllogisme. D'abord. que nous avons exposées plus haut. tration complète. En qui ce qu'elle que veut-il dire le faudrait. nous venons de rappeler impossible que pour la seconde Hilbert avait donné une démons. l'existence de plus est mais il : sens. Dans les applications que nous avons à faire de ces trois notions.186 SCIENCE ET MÉTHODE Je Tadmets pour la seconde. physiques. pas contradiction n'implique dans ici mais dans les sciences n'a plus le môme contradiction.

il s'il n'y a pas eu de contradiction au n* syl- n'y en aura pas davantage au n -f- l'' et nous concluons qu'il n'y en aura jamais. nombre depuis lequel on peut remonter à l'unité par soustractions successives.18"^ LES LOOïQJliS NOUVELLES peut en faire encore un autre et c'est ainsi le nombre n tions successives. Jogisme. sert à c'est obtenu par additions compter une le + n 1* . Cela posé. parce qu'alors — par soustraction on retrouverait toujours le même nombre. parce que les nombres entiers sont par définition ceux pour lesquels un pareil raisonnement est légitime . mais cela implique une autre définition du nombre entier et qui est la suivante un nombre entier est celui sur lequel on peut raisonner par récurrence. série d'opéra- un nombre qui peut être C'est donc un successives. 9 . on n'aura à craindre aucune contradiction pour aucun des syllogismes dont le numéro tion tst entier. si l'absence de contradiction au moment d'un syllogisme dont le : j'ai : numéro est entier entraîne l'absence de contradic* au moment du syllogisme dont le numéro est l'entier suivant. On ne \e pourrait évidemment pas si on avait n =: n 1. qu'est-ce que nous faisons ? Nous mondéfinition : j — trons que. Ainsi donc la façon dont nous avons été amenés à considérer ce nombre n implique une du nombre entier fini et cette définition un nombre entier fini est celui qui est la suivante peut être obtenu par additions successives c'est celui qui est tel que n nesc pas égal an 1. dans l'espèce c'est celui dont on peut dire que. Vous dites le droit de conclure ainsi.

exprimable par des mots. Tout d'abord. elles sont équivalentes sans doute. Au contraire. deux définitions équivalentes irréductibles logiquement Tune à l'autre. sauf celle de satisfaire au postulatum d'Euclide. ce sont les premiers (les droites euclidiennes) que nous appelons droites. et non pas les derniers . mais des cercles (de vrais cercles du vrai espace) orthogonaux à une certaine sphère. qu'arrive-t-il pour la ligne droite? Je l'ai déjà expliqué répéter une fois si souvent que j'hésite à de plus : je me brièvement ma pensée. Ces objets sont « les droites non-euclidiennes » qui à un certain point de vue ne sont pas des entités vides de sens. nous n'avons pas le droit d'adopter la seconde. comme dans me borne à résumer le cas précédent. après avoir introduit le nombre entier par un chemin qui suppose la première. Nous n'en avons qu'une. mais seulement dans l'espace représentatif. Par conséquent. mais elles le sont en vertu d'un jugement synthétique a priori'^ on ne peut pas passer de Tune à l'autre par des procédés purement logiques. nous ne pouvons nous la représenter dans l'espace géométrique. et puis nous pouvons nous représenter tout aussi bien les objets qui possèdent les autres propriétés de la ligne droite. Nous n'avons pas. Dira-t-on qu'il y en a une autre que nous sentons sans pouvoir 1 énoncer parce que nous avons l'intuition de la ligne droite ou parce que nous nous représentons la ligne droite. Si.188 SCIENCE ET MÉTHODE Les deux définitions ne sont pas identiques . parmi ces objets également susceptibles de représentation.

dent telles et telles propriétés en nombre fini (à dire : savoir les propriétés du phosphore qui sont énoncées dans les traités de excepté) fondent à Chimie. La droite possède . Et on m'a répondu si : « Non. le point de fusion 44*». Et si : XII Et puisque je suis sur ce sujet. c'est bien par défi- droites nition. nous arrivons enfin au troisième exemple. une remarque. sauf son point de fusion. on pourrait toujours dire qu'il y a sans doute. à la définition du phosphore. fondent comme lui à 44® ».LES LOGIQUES NOUVELLES (les 189 non-euclidiennes). c'est ce morceau de matière que je vois !à dans tel flacon. pas tout à fait cela que j'avais voulu j'aurais dû écrire Tous les corps qui possè. encore un mot. outre le point de fusion. car tous les corps qui possèdent toutes les autres propriétés du phosphore. quelque autre propriété inconnue par laquelle Ce n'était ils diffèrent. cette loi n'est pas vérifiable. nous voyons que la vraie définition serait Le phosphore. Et pour mettre mieux en évidence la différence entre le cas de faisons encore la droite et celui du phosphore. car l'on venait à vérifier que deux corps ressemblant au phosphore fondent l'un à 44® et l'autre à 50®. Pour Tcxemple du phosphore j'ai dit position est une véritable loi physique elle signifie : : « Cette pro- vériflable.

nous sommes libres d'adopter Tune ou l'autre définition et par conséquent Tune ou mais adopter la première ce l'autre conclusion serait stupide. que ferons-nous ? Conclurons-nous que la droite satisfait étant par définition la trajectoire de la lumière ne satisfait pas au postulatum. . que s'il s'écarte de la droite euclidienne. parce que le rayon lumineux ne satisfait probablement que d'une façon imparfaite non seulement au postulatum d'EucIide. changé. pas au postulatum d'EucIide (par exemple en montrant qu'une étoile a une parallaxe négative). le rayon lumineux n'est pas rectiligne ? Assurément. ou bien au contraire que la droite satisfaisant par définition au postulatum. il ne s'écarte pas moins de l'axe de rotation des corps solides qui est une qu'enfin autre image imparfaite de la ligne droite est sans doute sujet au changement.9 ? Ici encore tion ce qui fond à 44°.iClENCE ET MÉTHODE 190 dans la nature plusieurs images plus ou moins dont les principales sont les rayons lumineux et Taxe de rotation d'un corps solide. ce corps . de sorte il que telle ligne qui était droite hier. ou au contraire que le phosphore fond à 43*^. Conclurons-nous que le phosphore étant par défini- que nous ap[)elions phosphore n'est pas du vrai phosphore. Je suppose que Ton constate que le rayon lumineux ne imparfaites. mais aux autres propriétés delà ligne droite. mais à 43°9. Su[)posons maintenant que Ton vienne à découvrir que le phosphoro ne fond pas à 44**. cessera de l'être demain si quelque circonstance physique a .

MM. Ces deux livres nous donneront beaucoup à réfléchir et nous avons beaucoup à y apprendre. beaucoup même. ils ont fait l'un et ont écrit l'un et originales. mais s'ils si réellement Font cro ils ils ont cru l'avoir se sont trompés. souvent très justes. XIII En résumé. c'est évidemment inexact. Russel l'autre et Hilbert un vigoureux effort un livre plein de vues . Mais dire qu'ils ont définitivement tranché le débat entre Kant et Leibnitz et ruiné la théorie kantienne des mathématiques. sont solides et destinés à demeurer. ce serait stupide sion parce qu'on ne peut pas changer le nom d'un corps toutes les fois qu'on détermine une nouvelle décimale de son point de fusion. nition et par conséquent . . quelquesl'autre et uns. Parmi leurs résultats. profondes. Je ne sais fait.LES LOGIQUES NOUVELLES 191 nous sommes libres d'adopter Tune ou Tautre défiTune ou l'autre conclumais adopter la première.

il leur a fallu Logistique. I Les logisticîens ont cherché à répondre aux consi- Pour dérations qui précèdent. il semble que M. démontrer le principe d'induction complète sans aucun appel à rintuition ? II L'INFAILLIBILITÉ DE LA LOOISTiaUC En ce qui concerne la fécondité. je voudrais revenir sur les deux questions les plus importantes à mon sens les règles de la Logistique ont-elles fait leurs preuves de fécondité et qu'elles permettent de d'infaillibilité? Est-il vrai mitives. . et M. Russel en parti- culier a modifié sur certains points ses vues pri- Sans entrer dans le détail du débat. transformer la cela. Couturat se fasse de naïves illusions. La Logis- .CHAPITRE V Les derniers efforts des Logisticiens.

mais enfin il n'est allé ni plus loin. prête à Tinvention « des échasses à la page suivante a II y a dix ans que M. d'après lui. Peano a publié la première édition de son et des ailes » et : Formulaire. puis membre est la classe dont ux. . qui a fait de très jolies choses (par exemple sa courbe qui remplit toute une aire). ni plus vite que la plupart des mathématiciens aptères. avec M. loin de là. la classe 1 .LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 193 tique. croit-on utiles qu'elles soient. Je ne vois au contraire dans la logistique que des entraves pour Tinventeur elle ne nous fait pas gagner en concision. c'est peut-être plus sûr. voilà dix ans que vous avez des ailes. elle nous force à avancer pas à pas. et s'il faut 27 équations pour établir que 1 est un nombre. si beaucoup alléger notre allure? La Logistique nous force à dire tout ce qu'on sous-entend d'ordinaire. mais ce n'est pas plus rapide. dont la le seul membre est classe dont le seul le seul membre est x x et qui s'appellera tx. ce sont des lisières. ni plus haut. et il aurait pu faire tout aussi bien avec ses jambes. Whitehead. Ce ne sont pas des ailes que vous nous donnez. Ce sera Quand une valeur ne rapporte leur seule excuse. Et alors nous avons que ces lisières le droit d'exiger nous empêchent de tomber. l'individu a?. vont et qui s'appellera que ces distinctions. et vous n'avez pas encore volé J'ai la plus grande estime pour M. » Comment. Peano. combien en faudra-t-il pour démontrer un vrai théorème? Si nous distinguons.

c'est un malheur. mais en revisant leur calcul. en « . : mort. C'est donc une nécessité pour vous. nous n'aurions rien à dire . mais au contraire . il faut au moins que ce soit un placement de père de famille. Pourquoi les changer et si elles de étaient infail- libles? Nous ne sommes pas obligés. et pourtant on voit se tromper ceux qui n'appliquent pas ces Ne dites pas : . face d'un problème. » Oh. on verra tout de suite à quel moment ils s'en sont écartés. et ils sont tombés dans la contra- règles diction . pour nous. « Nous Vous n'avez pas le droit de nous dire nous trompons. Doit-on suivre vos règles aveuglément? Oui. non plus est-ce que l'infaillibilité de Tarithmétique empêche les erreurs d'additioÉ? les règles du calcul sont infailUbles. Vous serez infaillibles ou vous ne serez pas. . sans quoi ce serait rinluition seule qui nous permettrait de discerner entre elles mais alors il faut qu'elles ce n'est que dans une autorité soient infaillibles infaillible qu'on peut avoir une confiance aveugle. un très grand malheur. et cela est vrai si à <« qu'ils s'apprêtent à sacrifier la notion changer ces règles classe ».SCIENCE ET MÉTHODB 194 pas de gros intérêts. c'est vrai. dites-vous. Ici ce n'est pas cela du tout. de résoudre hic et nunc tous les problèmes possibles. pour vous c'est la . mais vous vous trompez aussi ». les logisticiens ont appliqué leurs règles. vous ne donniez aucune solution. Nous tromper. nous ne vous en demandons pas tant si.

S'il réussit. et faire honneur de la solules autres tion à la Logistique ». et c'est cela qui est une faillite. d'après lui. ce qu'on ne peut faire. Russell et non à la Logistique péanienne qu'il aura détruite.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 195 VOUS nous en donnez deux et qui sont contradicpar conséquent une au moins est toires et dont fausse. escomptant le succès de cette tenta- •Et tive. M. : existe. III LA LIBERTÉ DE LA CONTRADICTION. Couturat. M. Couturat à la première de J'avais ces objections ? . elle a qui a déjà eu quatre éditions . opposé deux objections principales à la définition du nombre entier adoptée par les logisticiens. Mais non La Logistique son code ou plutôt c'est ce code qui est la Logistique elle-même. il s'apprête à changer ces lois. « qu'en restrei- gnant ou même en sacrifiant la notion de classe ». M. M. ajoute : « Si les logisticiens réussissent là où ont échoué. et à en abroger un certain nombre. Russell cherche à concilier ces contradictions. Que répond M. Poincaré voudra bien se rappeler celte phrase. j'en ferai honneur à l'intuition de M. Russell s'apprête-t-il à montrer que Tun au moins des deux raisonnements contradictoires a transgressé de code ? Pas le moins du monde.

il faut donc établir. il fait partie? — Eh non si paradoxale que paraisse cette asseron ne démontre jamais Texistence d'un indi. affirmer que la classe a n'est pas nulle ». dira-t-on. par un exemple. ce qui est le sens que leur donnent les logiciens et les mathématiciens. ce n'est pas la non-contra- diction qui prouve l'existence. Et. On sont toujours n'a jamais considérés comme exis- à exprimer qu'un individu . c'est l'existence qui prouve la non-contradiction. Pour établir l'existence d'une classe. Couturat conteste C'est ce logique. tants. tion. dit-il. affirmer qu'il deux affirmations est si elles ne signifient pas toutes deux. Elle : « : exister . il L'existence que l'absence de dans consiste classe n'est pas vide. par cela seul qu'ils sont des individus.196 . Mais l'une des aussi dénuée de sens que l'autre. par définition. affirmer que la classe a n'est pas nulle. un a sans concevoir peut être entraîné à des contradictions.SCIENCE ET MÉTHODE Que signifie en mathématiques signifie. Couturat. Pour M. être que M. pour qu'on puisse en déduire l'existence de la classe dont bien. vidu. dire mot le exempt de contradiction. avais-je dit. est tout autre chose contradiction. ce qui est le sens que leur donnent les physiciens ou les naturalistes. Les individus. « l'existence de cet existence soit établie. qu'il y a un individu appartenant à cette classe : comment démontre-t-on individu ? Ne faut-il pas que cette Mais. le lait « Il existe qu'une des a. ou bien qu'on peut voir ou toucher des a. ou bien qu'on existe des a. c'est. sans doute. c'est. par définition.

de même qu'un accusé est présumé innocent. Eh bien. i97 absolument parlant.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS existe. n'est contradictoire ni en elle-même. « C'est donc. ni avec les autres vidu. mais seulement qu'il » M. » On ne saurait revendiquer en termes plus énergiques et une exigence arbitraire et abusive plus fiers la liberté de la contradiction. . continue M. que ne souscris pas à cette la démonstration impossible. et vous ne que vous exigez de nous est pouvez nous sommer de « prendre la lune avec les Inutile d'ajouter je revendication. « En tout Vonus probandi incombe à ceux qui croient que ces principes sont contradictoires. nous admettrons Texistence de l'indi- nous il vous restera à démontrer n'avons que faire l'existence de l'individu « dans une classe » et pour cela il vous faudra toujours prouver que l'affirmation tel individu appartient à telle classe. dites-vous. « absolument parlant ». Elle doit pourtant avoir un sens ' . seul au monde. et dont on n'affirme rien. Couturat trouve sa existe dans une classe. : postulats adoptés. tant qu'il sera tout seul. soit. contraire. il ne sera certainement pas le seul. Mais. Couturat. ne peut entraîner de contradiction. propre assertion paradoxale. mais de celle-là . il est évident qu'il ne pourra gêner personne. il veut dire sans doute que Texistence d'un indi- vidu. » Des postulats sont présumés compatibles jusqu'à preuve du cas. émettre que de prétendre qu'une définition n'est valable que si Ton prouve d'abord qu'elle n'est pas contradictoire.

J'en ai cité deux dans mon article et qui étaient . il va donc me demander si . empruntés à brochure de M. Hilbert. IV LA SECONDE OBJECTION.SCIENCE ET UÉTHODB 198 Pardon. qui admettons le principe d'induction comme un jugement synthétique a priori. Il n'est pas « invraisemblable » qu'on l'ait jamais employé et il n'est pas difficile d'en trouver des « exemples et des précédents ». Et dents ». comme pour nous. de raisonnement n'a rien de « bizarre ». Hilbert. mais d'y avoir eu recours sans y recoanaître le raisonnement par récurrence. Ce que j'ai reproché à M. J'avais signalé une seconde erreur des logisticiens dans Tarticle de M. ce n'est pas d'y avoir eu recours (un mathématicien de race comme lui ne pouvait pas ne pas voir qu'il fallait une démonstration et que celle-là était la seule possible). Il n'est pas le seul à en avoir fait usage et ceux qui ne l'ont pas fait ont eu tort. mais pas pour nous. M. il faut appliquer le prin- non seulement ce mode cipe d'induction complète. cela est impossible pour vous. la Ililbert. mais c'est le seul correct. Couturat ne le regarde plus comme un logisticien. nécessaire serait cela pour vous. Pour démontrer qu'un système de postulats n'implique pas contradiction. aujourd'hui. Hilbert est excommunié et M.

Non. elle touche à la nature et un jour ou l'autre elle prendra contact avec elle. pourvu que ce nombre soit fini. sans quoi nous serions conduits aux conséquences les plus jour où ils gênantes. Cette science n'a pas uniquement pour objet de contempler éternellement son propre nombril. aussi grand que Ton veut.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICÎENS j*ai trouvé la même 199 faute chez les logisticiens or- thodoxes. comme plus haut. il faudra secouer les définitions purement verbales et ne plus se payer de mots. Revenons à l'exemple de M. Couturat me dira sans aucun doute qu'alors cela ne le touche pas. tout nombre auquel par définition le principe d'induction s'applique? Évidemment non. il faut appliquer le principe d'induction. Seulement. je ne sais si je la trouverais dans les trois €ents pages qu'ils ont écrites et que je n'ai pas envie de lire. Pour cela. mais cela intéressera peut-être ceux qui ne revendiquent pas comme lui la liberté de contradiction. ce jour-là. il faudra bien qu'ils la commettent le voudront tirer de la science mathématique une application quelconque. Pour que nous ayons le droit de poser un sys- . Nous voulons établir. que nous ne rencontrerons pas de contradiction après un nombre quelconque de raisonnements. Hilbert. je ne Taî pas vue dans les pages que j'ai lues . M. par nombre fini. il s'agit toujours du raisonnement par récurrence et de la question de savoir si un système de postulats n'est pas contradictoire. Devons-nous entendre ici.

Mais que signifie-t-elle? il faut que nous soyons sûrs de ne Veut-elle dire tèrae de postulats. nous conviendrons de dire En que le nombre en question n'est pas fini? d'autres termes. mais comme un jugement synthétique. à la condition de convenir de synthétique a priori. non seulement le raisonnement de M. La seule démonstration possible est la démons- tration par récurrence. Ainsi. façon que une de ces si par exemple. non comme une simple dérinition. mais comme un jugement diction. le nombre fini étant par définition celui qui jouit de toutes les propriétés de nature récurrente. nous tom- bions sur une contradiction. si. de telle propriétés faisait défaut.SCIENCE ET MÉTHODE 200 il faut que nous soyons assurés ne sont pas contradictoires. mais il suppose que ce principe nous est donné. on admet leprincipe d'induction et si on le regarde. Hilbert suppose le principe d'induction. qu'ils : pas rencontrer de contradiction après un nombre fini de propositions. j'aurais écrit par tous avant d'avoir lu le dernier article de M. Couturat. C'est là une vérité qui est admise par la plupart des savants. En résumé Une démonstration : est nécessaire. non comme une définition. Elle n'est légitime que si . voulons-nous dire : il faut que nous soyons sûrs de ne pas rencontrer de contranous arrêter ^uste au moment où nous serions sur le point d'en rencontrer une? Il suffit d'énoncer une pareille proposition pour la condamner.

il y en a toujours an qui est plus petit que l'autre. Russell. notion peuvent être rangés en que de deux nombres ordinaux inégaux. en effet. mais les plus célèbres sont i® L'antinomie Burali-Fortî 2*" L'antinomie Zermelo-Kônig. . les nombres ordinaux des nombres ordinaux transfînis. c'est-à-dire . Cantor avait pouvoir constituer une Science de Flnfini d'autres se sont avancés dans la voie qu'il avait cru . Burali-Forti démontre le conet. veau mémoire de M. mais ils se sont bientôt heurtés à d'étran- ges contradictions. et cela est contradictoire. ouverte. Ce mémoire a été écrit en vue de triompher des difficultés soulevées par ces antinomies cantoriennes auxquelles nous Je vais avons fait déjà de fréquentes allusions.201 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS LES ANTINOMIES JCANTORIENNES. cette série définirait un nombre ordinal qui serait plus grand que tous les autres rait ensuite nombre y ajouter 1 . Ces antinomies sont déjà breuses. linéaire. si on poutraire tous les nombres ordinaux en une série ranger vait nouvelle introduite par une lui) série linéaire. Cantor avait démontré que (il s'agit nom- : . dit-il en substance. qb pour- et on obtiendrait encore un ordinal qui serait encore plus grand. ' maintenant aborder Texamen du non-. 3** L'antinomie Richard.

1. 4. N n'est pas égal au n* nombre de E et comme n est quelconque.202 SCIENCE ET MÉTHODE Nous reviendrons plus Tantinomie Zcrmelo-Kônig qui est d'une nature un peu différente . mutatis mutandis^ aux autres paradoxes analogues. 7. 7. Russell cite encore une autre antiaomie assez amusante. Nous verrons plus loin que M. avec beaucoup de sagacité. effectué. et définissons E est 0. 3. 8. c'est-à-dire qu'on peut numéroter les divers nombres décimaux de cet ensemble depuis le numérotage loin sur de la façon suivante. N n'appartient pas à E et pourtant N devrait appartenir à cet ensemble puisque nous fini l'aA^ons défini avec un nombre de mots. 4. 6. 1 Comme on le voit. et il est aisé de voir que cet ensemble est dénombrable. 1. Richard a donné lui-même. 5.) Considérons tous les nombres décimaux qu'on peut définir à l'aide d'un nombre fini de mots. l'explication de son paradoxe et que son explication peut s'étendre. 2. 5. 2. 6. Si la n® de l'ensemble Supposons un nombre N décimale du n* nombre jusqu'à 1 l'infini. la n* décimale de N sera 9 : 1. voici ce que c'est que l'antinomie Richard. 3. ces nombres décimaux forment un ensemble E. (Revue générale des Sciences^ 30 juin 1905. M. Qi-el est le plus petit nombre entier que l'on ne . 8.

» Une fait : does fonction pro- positionnelle (c'est-à-dire une définition) ne déter- mine pas toujours une classe. parmi eux.203 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS peut pas définir par une phrase formée de moins de cent mots français ? Ce nombre existe. en effet les nombres susune pareille phrase sont évidemment en nombre fini puisque les mots de la langue française ne sont pas en nombre infini. d'autre part. Ce nombre en effet se trouve défini par la phrase en italiques qui est formée de moins de cent mots français. Une « propositional function » ou « norm » peut être « non prédicative ». Donc. ce nombre n'existe pas. par une définition ce Vï 2IGZAQ-THE0RY ET N01CLA8S-THE0RY. car sa implique contradiction. Quelle est l'attitude de M. Et cela ne veut pas dire que ces propositions non . Russell en présence de ces contradictions? Après avoir analysé celles dont nous venons de parler et en avoir cité d'autres encore. après leur avoir donné une forme qui penser à TEpiménide. Et. il y en aura un qui sera plus petit que et ceptibles d'être définis par tous les autres. il n'hésite pas à conclure « A propositional function of one variable not always détermine a class. et par définition nombre ne doit pas pouvoir être défini semblable phrase.

qu'il n'y une classe a aucune valeur de X qui satisfasse à la définition et qui puisse être Tun des éléments de la classe. je n'ai pu trouver d'autre principe directeur que l'absence de contradiction.SCIENCE ET MÉTHODE 204 prédicatives déterminent une classe vide. nulle cela ne veut pas dire . C. pour résoudre ce problème. Les éléments existent. Mais cela n'est que le commencement et il faut savoir reconnaître si une définition est ou non prédicative . M. The zigzag theory The theory of limitation The no classes theory. B. D'après la zigzag theory propositionnelles) tions : « of size. Qui décidera maintenant si une définition peut être faire regardée comme suffisamment A cette question pas acceptable? simple pour être de réponse. sinon « les complète impuissance règles qui permettraient de reconnaître si ces défini- loyal l'aveu d'une tions sont prédicatives seraient : extrêmement com- pliquées et ne peuvent se recommander par aucune raison plausible. Russell hésite entre trois théories qu'il appelle A. en cherchant ces règles. mais ils n'ont pas le droit de se syndiquer pour former une classe. C'est un défaut auquel on pourrait remédier par plus d'ingéniosité ou en se servant de distinctions non encore signalées. . Mais jusqu'ici. les définitions (fonc- une classe déterminent quand elles sont très simples et ne cessent de le que quand elles sont compliquées et obscures». » .

une cesserait d'avoir droit à l'existence si classe elle était trop étendue. une Il va falloir des critères pour décider si compliquée ou trop étendue. Mais nous retrouvons toujours la même difficulté. et ces critères ne pourront être justifiés que par un appel à l'intuition. définition est trop . Apparent ravi nantes il in gurgite vasto Quoi qu'il en soit.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGîSTICÏENS 205 Cette théorie reste donc bien obscure. à quel moment précis commencera-t-elle à Fêtre trop? Bien entendu. >y c*esl distingue d'Epiménide. Dans la no classes theory. c'est le mot M. mais ne faudrait pas qu'elle le fût trop. Russell appelle lom zigzag-giness ce caractère particulier qui Ce que sansdoute l'argument zigzag. Quel changement pour les logîslicîens qui ne parlent que de classes et de classes de classes! Il va falloir refaire toute la Logistique. Russell. il est interdit de prononcer le mot classe et on doit remplacer ce mot par des périphrases variées. Peut-être pourrait-elle être infinie. D'après la theory of limitation of size. une seule lueur. dans cette nuit. on voit quelles sont les hésita- tions de M. Se flgure-t-on quel sera l'aspect d'une page de Logistique quand on en aura supprimé toutes les propositions où il est question de classe? survivantes éparses Il n'y aura plus que quelques au milieu d'une page blanche. les modifications qu'il va faire subir aux principes fondamentaux qu'il a adoptés jusqu'ici. cette difficulté n'est pas résolue et M. Russell passe à la troisième théorie.

Quoi qu'il en soit. Après avoir exposé l'anti- nomie que nous avons appelée l'antinomie Richard. sans introduire la notion de Vensemble E lui-même. Richard dont j'ai parlé plus lettre dans une haut et qu'on trouvera dans la Revue Générale des théories? Sciences du 30 juin 1905.206 C'est vers la SCIENCE ET MÉTHODE no classes theory que M. Russrf in- cline finalement. il en donne Texplication. Inutile d'ajouter que le Cantorisme et la Logistique sont seuls en cause . la Logistique est à refaire et on ne sait trop ce qu'on en pourra sauver. Reportons-nous à ce que nous avons dit de cette antinomie au § VII. celles qui servent à quelque chose. pourront continuer à se développer d'après leurs principes propres sans se préoccuper des d'elles. Sans quoi la définition de E contiendrait un cercle vicieux on ne peut pas définir E par l'ensemble E lui-même. les vraies mathématiques. Quel choix devons-nous faire entre ces différentes Il me semble que la solution est contenue de M. et elles orages qui sévissent en dehors poursuivront pas à pas leurs con- quêtes accoutumées qui sont définitives et qu'elles n'ont jamais à abandonner. E est l'ensemble de tous les nombres que l'on peut définir par un nombre fini de mots. . . VII LA VRAIE COLUTIOH.

LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTÎCIENS 207 Or. nous avons défini N. la conclusion se présente avec une entière évidence et l'évidence paraîtra encore plus grande quand on se reportera au texte même de sa explication vaut pour les qu il est aisé Ainsi les comme non un de lettre- autres Mais la même antinomies ainsi le vérifier. Russell dans son récent mémoire. Et voilà pourquoi N ne fait pas partie de E. est mais Dans l'exemple choisi par M. définitions qui doivent être prédicatives sont celles qui regardées contiennent exemples qui précèdent montrent suffisamment ce que j'entends par là. Examinons maintenant les prétendues démonstra du principe d'induction et en particulier celles de M. Russelî appelle la « zigzagginess ?» Je pose la question sans la résoudre. et qui contient n -f tient n. de nombres 1 si elle con- . avec un nombre fini de en nous appuyant sut la notion de l'ensemble E. Burali-Forti. tiens Parlons d'abord de celle de Whitehead. cercle vicieux. Appelons classe récurrente toute classe qui contient zéro. et profitons de quelques dénominations nouvelles heureusement introduites par M. Est-ce là ce que M. Et les VIII LES DÉIWCNSTRATIONS DU PRINCIPE OMNDUCTIOfl. mots il vrai. Whitehead et celle de M. Richard.

. Le raisonnement de Whitehead est donc vicieux. Inutile d'ajouter laisse subsister les que cette objection objections particulière générales qui s'ap- pliquent à toutes les démonstrations. c'est le même qui a conduit aux antinomies. il quand il donnait des résultats était illégitime faux il reste illégitime quand il conduit par hasard . Or Whitehead na pas pru cette précaution.SCIENCE ET MÉTHODE 208 Appelons nombre induciif tout nombre qui partie de toutes les classes récurrentes. il ne s'agit pas de savoir si cette classe est vide. « non préune c'est la frontière est indécise. Sans cela on retombe sur le cercle vicieux qui a engendré les antinomies. faut Il d'après définition desquelles nombre ce qui classes récurrentes. toutes celles n'entre pas la par dans notion de induciif. nous sommes quelque sens que nous donnions à notre définition. qu'il y a au moins zéro qui appartient à la classe des nombres inductifs. mais si on peut définit rien. A cette dernière définition qui quelle condition joue un rôle essentiel dans Whitehead fait démonstration de et par con- la sera-t-elle « prédicative » séquent acceptable? toutes la entendre. n'est pas Une classe une classe vide. les précède. Une un définition qui contient cercle vicieux ne Il ne sert à rien de dire. sûrs. rigoureusement dicative » dasse dont ce la délimiter. à un résultat vrai.

sons XI t'AXIOME DE ZERMELO. le second : qu'on peut former avec plusieurs objets est plus petit que le nombre de ces objets. comme d'ailleurs le moindre taupin s'en serait aperçu du premier coup. < u'ti. Mais il est obligé d'admettre deux postulats : Le premier. n'est pas plus évident que le non seulement n'est pas évident. Buralî-Forti a donné une autre démonstration dans son article Le Classi jBnite {Atti di Torino^ i. XXXII).0. mais il est faux. Whitehead. si l'axiome avait été énoncé dans un langage intelligible. M. Zermelo : Dans un ensemble quelconque (ou même dans chacun des ensembles d'un ensemble d'ensembles) nous pouvons toujours choisir au hasard un élô^ . puisqu'il signifie le nombre des combinaiprincipe à démontrer. c'est qu'il existe toujours au moins une classe infinie* Le second s'énonce ainsi : u 6 K (K — Le premier postulat t u a). comme Ta moor tré M.LSS DERNIERS EFFORTS DBS LOGISTICIENS 2U9 X M. Dans une démonstration s'appuie sur l'axiome suivant célèbre.

Russell. XII CONCLUSIONS. comme résolument. si dans paire. pense M. à Ja botte gauche de la n* paire. si la botte droite est pareille à la botte gauche. mais dès énoncé. 4 Une démonstration vraiment fondée sur cipes de la Logique Analytique se les prin- composera d une . mais les considérations Il ne se prononce pas. n'admette l'axiome de Zermelo. Et d'abord un exemple pittoresque. Quelques mille fois cet fut mathématiciens. qué qu'il avait appli- axiome sans renoncer. numéro 2n Non. il suffira en numéro 2 n. combien aurons-nous de bottes? le nombre des bottes serait-il égal au nombre des paires. auxquelles il se livre sont très suggestives. d'autres M. parce qu'une pareille que l'on opération A moins deviendra impossible. de telle façon que nous puissions numéroter les paires depuis 1 jusqu'à l'infini. chaque gauche eîTet —1 Oui. rejetèrent le Voyons ce qu'en l'admirent. parce qu'alors on pourra choisir au hacard dans chaque paire la botte que l'on regardera comme droite. la botte droite se distingue de la botte de donner le à la botte droite de la n* paire et le . d'après son dernier article. supposons que nous ayons autant de paires de bottes qu'il y a de nombres entiers. Borel. il souleva des doutes.SCIENCE ET METHODE 210 ment (quand même cet ensemble d'ensembles com- On prendrait une infinité d'ensembles).

mais bien que le lien entre chaque propo- immédiatement. on ne verra pas du premier coup^ comment on a pu passer de la première à la dernière. les logisticiens professent le contraire et croient l'avoir démontrant effectivement des prouvé en Par vérités nouvelles. ne les voit-on pas se fondre en identités comme les raisonnements ordinaires? C'est que ce procédé ne leur est pas applicable. La Logique reste donc stérile. ÏO elle . les unes. engendre Vantinomie. la Logistique n'est plus stérile. c'est-à-dire en remplaçant les termes définis par leurs définitions. les autres se déduiront des premières de proche en proche. en appliquant à leurs raisonnements le procédé que je viens de décrire. quel mécanisme? Pourquoi. à moins d'être fécondée peut. Mais si Ton remplace successivement les diverses sition et la suivante s'aperçoive expressions qui y figurent par leur définition et cette opération aussi loin qu'on Ton poursuit si le il ne restera plus à la fin que des identités. Et pourquoi? parce que leurs définitions sont cette sorte non prédicatives et de cercle vicieux caché que présentent j'ai signalé non prédicatives ne peu> substituées au terme défini.211 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS suite de propositions . Dans ces dIus haut. sorte par l'intuition. Voilà ce que j'ai écrit autrefois. qui serviront de prémisses^ seront des identités ou des définitions. de que tout se réduira à une immense tautologie. que Ton pourra être tenté de regarder comme une vérité nouvelle. les définitions vent pas être conditions.

Il oublié. les Cantoriens l'ont ils sont tombés dans la contradiction. elle d'une notion N peut être entachée de cercle vicieux. Mais pour qu'elles soient applicables. il faudrait qu'il y eût un infini cités plus haut. Je le mot : tous^ ainsi qu'on le voit dans les exemples mot tous a un sens bien net nombre infini d'objets. Il n'y a pas d'infini actuel. Les règles de la logique formelle expriment simplement les propriétés de toutes les classifications possibles. Si Ton n'a à classer qu'un nombre fini d'objets. pour quand les objets sont en un. et c'est ainsi qu'on est exposé aux il est facile changement. si parmi les objets A il y en a qu'on ne peut définir sans faire intervenir la notion N elle-même. encore qu'il en eût nombre infini. de conserver ses classifications sans Si les objets sont en nombre indéfini^ c'est-à-dire si on est sans cesse exposé à voir surgir des objets nouveaux et imprévus. antinomies. il peut arriver que l'apparition d'un objet nouveau oblige à modifier la classification.SCIENCE ET MÉTHODl 212 C'est la croyance à Texistence de rînflnî actuel qui a donné naissance à ces définitions non prédidans ces définitions figure m'explique catives. il faut que ces classifications soient immuables et qu'on n'ait pas à les modifier dans le cours du raisonnement. Autrement tous ces objets ne pourront pas s'agit être conçus d'un comme définition et alors dépend de tous si posés antérieurement à leur la définition les objets A. et est vrai que le Cantorisme a rendu des services. Le quand il actuel. .

et alors on pouvait marcher sans crainte. fini. Hilbert se place au point de vue de Textension. quand nous passons du genre à infi- l'espèce en concept par des conditions nouencore en nombre infini. le summum s'il est infini. Mais il et ils de savoir s'ils se sont engagés dans cette voie par accident ou si c'était pour eux une néces- s'agit sité. Mais cela.LES OE«NIERS EFFORTS DES L0GISTICIEN3 213 mais c'était quand on l'appliquait à un vrai problème. Et nous n'avons pas seulement des classes nies . faut poser l'infini avant le il c'est-à-dire regarder l'infini comme actuel. Cela n'aurait pas d'inconvénient si le summum genus était conséquent pèce. qu'on s'entende bien : il ment à introduire de nouveaux principes qui per- . et le fini mais . la croyance à Fiafini actuel est essentielle dans la logistique russelienne. C'est justement ce qui la dis- tingue de la logistique hilbertienne. Par genre est pour lui antérieur à l'esgenus est antérieur à tout. M. Les logîsticiens Tout oublié comme les Cantorîens ont rencontré les mêmes difficultés. précisément afin d'éviter les antinomies cantoriennes. Pour moi. la question n'est pas douteuse. Russell a aperçu le péril et et il Il va tout changer. ces conditions sont Car elles sagé présente telle ou telle relation avec tous les objets d'une classe infinie. ne s'apprête pas seule- va aviser. c'est de l'histoire ancienne. expriment généralement que l'objet envi- restreignant le velles. Russell se place au point de vue de la compréhension. dont les termes étaient nettement définis.

il va brûler ce est plus grave. ce une nouvelle qui aile au les fondations.SCIENCE ET MÉTHODE 214 mettront des opérations autrefois interdites. L'ancienne Logistique est morte. si bien que la zigzâg-theory et la no classes theory se disputent déjà sa succession. Il n'ajoute pas bâtiment. II ne se contente pas d'adorer prête ce qu'il a brûlé . noua . il en sape qu'il a adoré. Pour juger attendrons qu'elle existe* la nouvelle. il s'apà interdire des opérations qu'il jugeait autrefois légitimes.

renversé les dogmes scientifiques que Ton moins d'être croyait les plus solides : d'une part. Peut-être de la transmutation des . l'impossibilité métaux. servi de fondement à la Science physique et qui paraissaient inébranlables. les postulats fondamentaux de la Mécanique. profondément modifiés ? C'est ce que bien des personnes se demandent depuis quelques années. d'autre part.LIVRE III LL MÉCANIQUE NOUVELLE CHAPITRE La Mécanique I et le Radium* I INTRODUCTION Les principes généraux de la Dynamique. sont-ils sur le point d'être abandonnés ou tout au ont. qui depuis Newton. La découverte du radium aurait. d'après elles.

ainsi définie. c'est le principe d'inertie tion sans force : que et . c'est-à-dire à courber la trajectoire la . C. est une elle ne dépend pas de la vitesse acquise constante . elle est la même si la force. de connaître les doctrines nouvelles et les arguments.SCIENCE ET MÉTHODE 216 trop s'est-on hâté de considérer ces comme définitivement d*hier peut-être conviendrait-il. L'accélération d'un point mobile a tion rectiligne pas d'accéléra- la résultante de toutes même direc- les forces auxquelles au quotient de cette résultante par un coefficient appelé masse du ce point est soumis . parti. dès aujourd'hui. La masse d'un point mobile. par ce point . elles ne dépendent que des positions et des vitesses relatives de ces crïiïérents points matériels. déjà très sérieux. Le mouvement d'un point matériel isolé et soustrait à toute force extérieure est uniforme . . d'attendre des expériences plus et plus nouveautés établies et de briser nos idoles probantes. elle tend à faire dévier ce mouvement vers la droite. ou si. Rappelons d'abord en quelques mots en quoi consistent ces principes : A. elle est égale point mobile. ou gauche. tend seulement à accélérer ou à retarder le mouvement du point. étant parallèle à cette vitesse. au contraire. Il nombreuses n'en est pas moins nécessaire. Toutes les forces subies par un point matériel proviennent de l'action d'autres points matériels . B. étant perpendiculaire à cette vitesse. avant de prendre . sur lesquels elles s'appuient.

de sorte qu'il est impossible de distinguer le les lois soit mouvement absolu d'un mouvement port à ée pareils axes mobiles relatif par rap- . le princive de réaction. on arrive au principe du mouvement relatifs en vertu duquel du mouvement d'un système sont les mêmes que Ton rapporte ce ^système à des axes fixes. Si deux actions sont deux forces égales opposées.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 217 En combinant les deux principes B et C. quels que puissent être les progrès de Tautomobilisme. s'il allait mille fois plus vite ? On voit qu'il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter . par exemple. C'est vrai. constante et très précise. il s'écoulera encore longtemps avant qu'on doive renoncer à appliquer à nos machines les principes classiques de la Dynamique. C'est le et directement principe de l'égalité de Vaction et de la réaction^ ou. . et ces D. soit qu'on le rapporte à des axes mobiles animés d'un mouvement de translation rectiligne et uniforme. un point matériel A agit sur un autre point matériel B. Comment donc est-on parvenu à réaliser des itesses mille fois plus grandes que celles de Merphysiques les plus habituels. Les observations astronomiques. plus brièvement. dit-on maintenant. qui est la planète la plus rapide. mais c'est parce qu'on n'a jamais opéré qu'avec de faibles vitesses. Mercure. ne fait guère que 100 kilomètres par seconde. les phénomènes semblent avoir apporté à ces principes une confirmation complète. Cet astre se comporterait-il de la même manière. le corps B réagit sur A.

C'était un renouvellement du débat qui avait divisé les physiciens il y a un siècle attribuait les Crookes reprenait la théorie de l'émission. diques. en premier lieu. on ne d'autre part : peut connaître la valeur absolue de cette . et ces déviations sont précisément celles que produiraient ces mêmes champs très grande vitesse sur des projectiles animés d'une et fortement chargés d'électricité. Ces deux déviations dépendent de deux quantités : la vitesse. deux théories se trouvèrent en présence Crookes : phénomènes à un véritable bombardement moléculaire. Hertz. et le rapport de la charge électrique du projectile à sa masse. ou se rapprochant plus encore de cette vitesse ? C'est à l'aide des rayons cathodiques et des rayons du radium. sauf mention expresse du contraire. d'une part. au dixième et au tiers de la vitesse de la lumière. abandonnée pour la lumière Hertz tenait pour la théorie ondulatoire. par exemple.218 8CIENCE ET MÉTHODE cure. il s'agira toujours des rayons (3. . égales. qui sont analogues aux rayons cathosait rayons. à des ondulations particulières de Téther. y dans ce qui va suivre. On que le radium émet trois sortes de que Ton désigne par les trois lettres grecques a. p. blent donner raison à Crookes. que les rayons cathodiques transportent avec eux une charge élecsont déviés par un champ ils trique négative . magnétique et par un champ électrique . . Après la découverte des rayons cathodiques. Les faits semà propos de la lumière . On a reconnu.

au moins comme ordre de grandeur. Taccé- lération et la déviation changées. Thomson avaient donné des résultats plus de mais elles étaient sujettes à cent fois" trop faibles La question a été reprise d'erreur. la théorie des ondulations parait impuissante à rendre compte de cet ensemble de faits.000 à 30. ces expériences. observables ne seront pas L*observation des deux déviations nous fournira donc deux équations pour déterminer ces deux inconnues.000 kilomètres par seconde.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM masse. la charge. Des expériences anciennes de J. certaines causes par Wiechert dans un dispositif où Ton utilise les on a trouvé des résultats oscillations hertziennes concordant avec la théorie. quant au rapport de la charge à la masse. On trouve une vitesse de 10. si Ton double à la fois la charge et la masse. faits sur les rayons p du . Quoi qu'il en soit. que. comme sa masse est également doublée. Pour confirmer ces vues. environ mille fois plus d'électricité que n'en transporterait une masse égale d'hydrogène dans un élec- trolyte.-J. il faudrait une mesure que Ton comparerait avec la vitesse ainsi calculée. ni celle de 219 mais seulement leur en effet. . il . il est très grand On peut le comparer au rapport correspondant en ce qui concerne Tion hydrogène dans Télectrolyse on trouve alors qu*un projectile cathodique transporte . Les mêmes calculs. sans changer la vitesse. il y aurait un grand intérêt à reprendre directe de cette vitesse . . est clair. on doublera la force qui tend à dévier le projectile. rapport mais.

l'inertie d'un corps s'oppose à toute variation de sa vitesse. quand . on le sait depuis longtemps.6C1ENCB ET METHODE 220 radium. de même qu'en Mécanique. et il convient de rechercher si matière. La lumière. à . en particulier à la self-induction. elle fait n'est 300. i'émissioï^. tandis que. le courant décroît.000.000 kilomètres par pas un transport de si Ton adopte îa théorie de rayons cathodiques. Tout se tion s'oppose passe comme mettre en si l'inertie si le courant ne pouvait s'établir sans mouvement Téther environnant et comme de cet éther tendaitj en conséquence. Quand un courant croît. la force électromotrïce de self- induction tend à maintenir le courant.000 kilomètres ou plus encore. : Ces vitesses dépassent de beaucoup toutes celles que nous connaissions. pour les les lois ordinaires de la Mécanique leur sont encore applicables. il y aurait des moiécules matérielles réellement animées des vitesses en question. il se développe une force électromotrice de self-induction qui tend à s'opposer au courant au contraire. II WASSE LO GiTUDINALE ET MASSE TRANSVERSALE On sait que les courants électriques donnent lieu aux phénomènes d'induction. La self-induction est une véritable inertie. ont donné des vitesses encore plus considérables 100. il est vrai. 200. seconde mais . La self-induc- donc à toute variation de Tintensité du courant.

il courant. un courant de convection^ où Télectricité. l'intensité également. Ils auront donc une masse totale apparente. ce courant difau premier abord tout au moins. Mais Rowland a démontré que les effets ils mêmes courants de convection produisent les magnétiques que les courants de conduction doivent produire aussi les tion.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM maintenir constante Tintensité de ce faudrait vaincre rant. composée de leur masse réelle et d'une- masse fictive d'origine électromagnétique. effets d'induc- n'en était pas ainsi. qui est une pluie de prochargés d'électricité négative. C'est . le principe de la conservation de l'énergie serait violé . fère. li pour établir le couvaincre encore pour la faire cette faudrait la 22i inertie cesser. Le calcul . des courants de conduction ordinaire. est emportée par le mouvement de ce véhicule. s'il mêmes . D'abord. d'ail Crémieu et Pender ont employé une méthode où Ton mettait en évidence directement ces effets leurs. Ces corpuscules doivent donc posséder une double inertie : leur inertie propre d'abord. et Tinertie apparente. d'induction. Si la vitesse d'un corpuscule cathodique vient à du courant correspondant variera varier. peut être jectiles assimilé à un courant sans doute. attachée à un véhicule matériel. et il se développera des effets de self- induction qui tendront à s'opposer à cette variation. Un rayon cathodique. où la m^itière est immobile et où Télectricité circule à travers la matière. due à la self-induction qui produit les mêmes effets.

dans ces conditions. la part de la masse réelle de la masse fictive électromagnétique? Si que les rayons cathodiques proprement n'avait l'on mais. de la vitesse. donc de La masse totale apparente n'est donc pas la même quand la force réelle appliquée au corpus. Il faut tend à en faire varier donc distinguer la la direc- masse totale longitu- dinale et la masse totale transversale. en recevant sur une plaque sensible des rayons du radium qui ont subi l'action des deux . faire. et que la force d'inertie de self-induction n'est pas la même quand la vitesse du projectile s'accélère ou il en est se ralentit. cule est parallèle à sa vitesse et tend à accélérer mouvement ou bien quand elle est perpendicu- le laire à cette vitesse et tion. Voilà ce qui résulte des travaux théoriques d'Abraham. dans cette masse totale. qu'est-ce qu'on détermine en mesurant les deux déviations ? C'est la vitesse d'une part. et l'on peut. On trouve que la déviation électrique est fonction de la déviation magnétique. d'ailleurs.222 SCIENCE ET MÉTHODE montre que cette masse fictive varie avec la intesse. il n'y faudrait pas songer et celle . ou bien quand elle est déviée la force d'inertie apparente même de totale. Comment. heureusedits. Ces deux masses totales dépendent. et d'autre part le rapport de la charge à la masse transversale totale. nous Tavons vu. on a les rayons du radium qui. sont notablement plus rapides. Dans les mesures dont nous parlions au chapitre précédent. ment. Ces rayons ne sont pas tous identiques et ne se comportent pas de la même manière sous l'action d'un champ électrique et magnétique.

ce n'est pas parce masse réelle varie avec cette vitesse mais. qui en a déduit la relation entre la vitesse et le rapport de la charge à la masse apparente totale. doit en dépendre. caractérisés chacun par une vitesse déterminée. surprenant : la masse réelle est nulle. C'est ce qu'a fait Kaufmann. On pourrait supposer qu'il existe plusieurs espèces la relation entre ces de rayons. bien que la masse réelle n'en dépende pas et soit constante. La comparaison de ces deux lois nous permettra donc d^ déterminer le rapport de la masse réelle à la masse totale. . Le résultat est bien que la . même vitesse ? Il est plus naturel de supposer que la charge ainsi que la masse réelle sont mêmes pour tous les projectiles» et que les jours la ceux-ci ne diffèrent que par leur vitesse. 223 photographier la courbe qui représente deux déviations. Si le rap- port 6 est fonction de la vitesse. en effet. rapport que nous appellerons e. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable pour quelle raison. Les calculs d'Abraham nous font connaître la loi suivant laquelle la masse fictive varie en fonction de l'expérience de Kaufmann nous fait conla vitesse naître la loi de variation de la masse totale. seule observable.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM ehamps. la masse fictive électromagnétique dépend de cette vitesse. la masse totale apparente. par une charge déterminée et par une masse déterminée. comme . Telle est la méthode dont s'est servi Kaufmann pour déterminer ce rapport. tous les corpuscules de même masse prendraient-ils tou.

les Kanalstrahlen de Goldstein.SCIENCE ET MiTHODB 224 On s'est tout à fait trouvé ainsi conduit à des conceptions inattendues. sensiblement constante pour des vitesses pouvant aller jusqu'à 1. Mais alors la masse ne serait plus constante. toute inertie serait d'origine électromagnétique. La cathode. Au point où nous en peut sembler sommes. saire de dire il est néces- un mot d'une aatre sorte de rayons. Le principe si la B de : la vitesse serait plus elles seraient seule- vitesse n'est pas trop la Mécanique ne serait plus vrai^ LES RAYONS. Je veux parler des rayons-canaux. elle croîtrait ensuite et deviendrait infinie de la lumière. cette conclusion Peut-on appliquer la matière tout entière ce qui n'a été établi ces corpuscules si à que pour émana- légers qui ne sont qu'une tion de la matière et peut-être pas de la vraie matière ? Mais.CANAUX. avant d'aborder cette question. en même temps que les rayons cathodiques chargés d'électricité négative. pour La masse transversale ne égale à la masse longitudinale ment à peu près égales grande. émet des rayons-canaux chargés d'électricité posi- I . elle augmenterait avec la vitesse . On a étendu à tous les corps ce qu'on n'avait démontré que pour les corpuscules cathodiques. prématurée. Ce que nous appelons masse ne serait qu'une apparence .000 kilomètres par seconde.

où tuent la « couche chamois consti- pas très aisé cathode est percée de trou». cathodiques. les d'apercevoir et si elle ». comme pour rayons cathodiques. mais la vitesse est plus faible ainsi que le rapport s les corpuscules que les corpuscules positifs sont moins chargés négatifs. voisinage immédiat de cette cathode. Le radium émet également des rayons analogues aux rayons-canaux. chargés les uns positivement. obstrue presque complètement le tube. et C'est ainsi il deviendra possible de les étudier. qu'on a pu mettre en évidence leur charge positive et montrer que les déviations magnétiques et les électriques existent encore. si la rayons-canaux vont se propager en arrière de fe dans le sens opposé à celui des rayons fcathode. On peut. mais.L/ MÉCANIQUE ET LE RADIUM En 225 ces rayons-canaux n'étant pas repousses par la cathode. et relativement très absorbables. restent confinés dans le tive. les corpuscules positifs sont beaucoup plus gros. général. négativement. Ces corpuscules. ou si. comme pour les rayons cathodiques. ont reçu le nom à'électroni. mesurer les deux déviations et en déduire la vitesse et le rapport s. ce qui est plus naturel. qu'il n'est ils . on suppose que les charges soi^j^ égales et de signe contraire. que Ton appelle les rayons a. mais sont beaucoup plus faibles. . les autres . Les résultats sont moins constants que pour les rayons cathodiques.

. les voir dans des rôles bien nous appa- Nous allons différents. attirés par Télectricâté de nom contraire qui charge l'électron central. de sorte que la somme algébrique de toute^ ces charges serait nulle.<? que /^ la mêmes lumière ou les oscillations hertziennes vide. c'est que les charges de signe contraire de ces électrons se compensent. et les perturbations s'y propageraient suivant les lois rf^?T. . La brillante synthèse dont nous allons dire un mot est due à Lwaitz. une sorte de système solaire formé d'un gros électron positif? autour duquel graviteraient de nombreuses petites planètes qui seraient des électrons négatifs. et ce sont eux qui nous rendront compte des principaux phénoatènes de rOptique et de l'Electricité. par exemple.22ê SCIENCE ET UÉTHODB IV LA THÉORIE DE LORENTZ Mais les électrons ne manifestent pas seulement leur existence dans ces rayons où ils raissent animés de vitesses énormes. Les charges négatives de ces planètes compenseraieot la charge positive de ce Soleil. L'éther serait partout identique à lui-même. On peut se représenter. La matière est tout entière formée d'électrons portant des charges énormes. si elle nous semble neutre. En dehors des électrons et de Téther. et. Tous électrons ces baigneraient dans l'éther.

C'est que s'expliqueraient la réfraction. C'est ce qui produirait les courants électriques. lui et il troublerait Téther autour de donnerait naissance à des ondes lumineuses. et c'est pour cela que ces corps seraient tifs conducteurs. Mais. les métaux. les vitesses de nos élec- trons seraient d'autant plus grandes que la température serait plus élevée. De même. D'autre part. Ces électrons mobiles se comportent alors. la disper- double réfraction et l'absorption. sous Tinfluence d'une différence de potentiel. nous aurions des électrons immobiles. d'après la théorie cinétique des gaz. ou de tout autre corps non métallique. et les électrons mobiles posi- de l'autre. Quand . comme le font. si nous acceptons Tassi- milation avec la théorie cinétique des gaz. la si cause quelconque. à Tintérieur du corps métallique. trerait réther. les lécules d'un gaz à* l'intérieur du vase où ce gaz moest renfermé. ces électrons se mettraient en mouvement sous Tinfluence de la perturbation de il n'y aurait rien. par exemple. sauf celle de sortir du corps métallique et de franchir la surface qui le sépare du vide extérieur ou de Tair. ce qui expliquerait rémission de la lumière par les corps incandescents. et ainsi ils réagiraient ensuite sur Téther. où les électrons seraient nombreux. un électron se mettait en mouvement pour une sion. Dans certains corps.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 227 Quand une onde lumineuse pénédans une partie de Téther. entre lesquels circuleraient des électrons mobiles jouissant d'une entière liberlô. les électrons mobiles négatifs tendraient à aller tous d'un côté.

surface qu'il ne peut franchir. lumineuses se . rents. s'en cette devient attraction tend à les ramener en arrière. transpa- parce électrons mobiles. je me bornerai à dire que cette théorie rend compte de tous les faits connus. Ils ne ils ne peuvent donc subir que de petits écarts peuvent plus circuler. ainsi que nous le verrons plus loin. Plus ils plus éloignent. quand un électron change de direction. tour de leur position moyenne. Ils restent comme attachés à des électrons fixes qui les attirent. . susceptibles d'oscillation. les électrons mobiles jouissent d'une liberté beaucoup moins grande. mais seulement osciller au- grande et . Mais. Je ne puis donner ici le détail des calculs . d'ailleurs. les diélectriques et les corps transparents. et c'est pour cela que les métaux chauds sont incandescents. il se réfléchirait comme une bille de billard qui a touché la bande. et vibrations ils le plus souvent que les communiqueraient aux seraient réfringents. C'est pour cette raison que ces corps ne seraient pas conducteurs ils seraient. tels que le phénomène de Zeeman. et sa vitesse subirait un brusque changement de direction. Dans d'autres corps. et qu'il en résulterait une perturbation. devient la source d'une onde il lumineuse.SCIENCE ET MÉÏUODB 228 un de ces électrons mobiles rencontrerait la surface du corps métallique. et qu'elle en a fait prévoir de nouveaux.

ou bien le mot masse n'aura plus aucun sens. et que les électrons positifs sont dépourvus de masse réelle au même titre que les électrons négatifs. . . nous pouvons envisager deux hypothèses : Les électrons positifs possèdent une masse 1** réelle. il y a des atomes neutres qui n'ont plus d'autre masse que leur masse réelle. ou bien il faudra qu'il désigne la masse fictive électromagnétique dans ce cas. qui. la masse réelle s'évanouissant. la masse ne sera plus constante. fictive beaucoup plus que leur masse grande électromagnétique . la masse transversale ne sera plus égale à la masse 2® Mais .223 LA MÉGANIQUE ET LK RADIUM CONSÉQUENCES MÉCANIQUES. Dans ce cas. Mais alors. y a un autre point de vue. les mouvements sont troublés par les effets de self-induction. ces perturbations sont. ce qu'on a toujours su. d'ailleurs. de la vraie matière . à peu près négligeables. électrons les sont seuls dépourvus de masse réelle. la Mécanique n'est pas atteinte nous n'avons pas besoin de toucher à ses lois la masse réelle est constante seulement. sauf pour les électrons né. ne sont pas gatifs. on peut supposer qu'il n'y a pas d'atome neutre. n'ayant pas de masse réelle. Maintenant. On négatifs pourrait même supposer qu'en dehors des électrons des deux signes. il .

rinertie de l'éther sera grande. Chacun donc se décider d'après son tempérament. pour bien les faire comprendre les arguments des novateurs. pour une même Nous avons dit charge. une masse réelle considérable. plus. ce qui nous ramènerait à la première hypothèse. par con. plus il y aura d'éther. dans dis bien l'électron positif a. devra-t-il conservateurs allant d'un côté et les amis du nouveau de Tautre? Peut-être. parce que cet électron est beaucoup plus petit. mais. Comment décider ent'^e ces deux hypothèses ? En opérant sur les rayons-canaux. mais que la masse fictive de l'électron positif est beaucoup plus grande. séquent. les principes de la Mécanique seront renversés. ils . comme Kaufmann l'a fait sur les rayons p? C'est impossible. les électrons ne sont plus rien par eux- mêmes sont seulement des trous dans l'éther. Je beaucoup plus petit. elle se réduit à l'inertie de Téther. Un mot d'explication d'abord. Et. la masse totale d'un électron positif est beaucoup plus grande que celle d'un électron négatif. l'inertie est d'origine exclusivement électromagnétique.SCIENCE ET MÉTHODK 230 longitudinale. il . Mais on peut admettre également que la masse réelle est nulle pour les uns comme pour les autres. parce que masse fictive. Et alors il est naturel de penser que cette différence s'explique. plus ces trous et autour desquels s'agite Téther seront petits. outre sa : cette hypothèse. faut faire intervenir d'autres considérations. la vitesse de ces rayons est beaucoup trop faible. en effet. que.

entraînée par le mouvement de la Terre. La lumière émanée d'une étoile met un certain temps pour parcourir une lunette pendant ce temps. la lunette. L'ABERRATION. et cette croisée ne serait plus en ce même point quand la lumière atteindrait le plan du réticule. l'étoile. On serait donc conduit à dépointer la lunette pour ramener l'image sur la croisée des fils.CHAPITRE La Mécanique et II TOptlquo. l'image se formerait au point qu'occupait la croisée des fils du réticule quand la lumière a atteint l'objectif. s'est déplacée. On en quoi consiste le phénomène de Taberration. Si donc on braquait la lunette dans la direction vraie sait . Il en résulte que l'astronome ne pointera pas la lunette dans la direction de la vitesseabso lue de la lumière. de rétoile. c'est-à-dire sur la mais bien dans position vraie la direction de de la vitesse . découvert par Bradley.

et c'est cette ellipse qu'on observe. En négligeant des quantités très petites. nous n'aurions jamais le phénomène de l'aberration mais se compose de deux parties . : rection. Tenons compte maintenant à la fois des deux nous aurons la podécrit une petite gftion apparente ellipse autour de la position apparente moyenne. du la vitesse système solaire. la direction observée serait invariable.) la Il m'expliquerai n'en est rien position apparente . qui est rectiligne et uniforme la vitesse de la Terre par rapport au Soleil. on pourrait donc croire que nous avons le moyen de calculer la vitesse absolue de tQut à Theure sur ce nous connaissons Terre. Si la vitesse du système solaire. (Je la mot bien absolu. Cette position qu'on observerait ainsi s'appelle la position apparente moyenne de Totoile. à-dire si la partie constante existait seule. c'est. c'est- à-dire sur ce qu'on appelle la position apparente de rétoile. qui . La vitesse de la lumière est connue. actuelle. qui est variable.2d2 SCIENCE ET MÉTHODE relative de la lumière par rapport à la Terre. elle soupçonné elle estvariable : . nous Terrons que les dimensions de cette ellipse ne dépendent que du rapport de la vitesse de la Terre parties de la vitesse de la Terre. Si donc la vitesse absolue de la Terre était recti- ligae et uniforme. de mais nous ne connaisnous ne connaissons la sons pas sa position vraie vitesse de la lumière qu'en grandeur et pas en diTétoile que nous observons .

et pourquoi nous ne pourrions déterminer cette vitesse absolue quand même nos instruments seraient dix mille fois plus précis On pourrait songer à un autre moyen. en effet. Les dimensions de l'ellipse dépendront alors de la vitesse absolue de la Terre. que l'on regarde par définition comme étant en repos absolu. de la par rapport à un absolu vide. Ce résultat n'est pas rigoureux. théoriquement du moins. Compa rons les grands axes de Tellipse pour les différentes étoiles nous aurons. I . Halte-là! toutefois. En vitesse.LA MÉCANIQUE KT l'OPTIQUE 233 par rapport au Soleil. par rapport à l'éther. Nous verrons enfin plus loin pourquoi la théorie précédente doit être rejetée. il . n'est qu'approché poussons Tapproximation un oeu plus loin. l'aberration est très petite. ce moyen est purement théorique. de sorte que la vitesse relative de la Terre par rapport au Soleil est seule intervenue. elles doivent donc un milêtre regardées comme du second ordre elles sont absolument lième de seconde environ inappréciables pour nos instruments. et. : Cela serait peut-être moins choquant qu'il ne semble d'abord. variations les sont beaucoup nous regardons l'aberration comme du premier ordre. D'ailleurs. et l'on y a songé. d'aberration si : . La vitesse de la lumière n'est pas la même dans l'eau que dans l'air. en effet. il ne s'agit pas. le moyen de déterminer cette vitesse absolue. mais de la vitesse. ne pourrait-on comparer les deux positions apparentes d'une étoile possibles de l'ellipse plus petites encore. à la vitesse de la lumière. effet.

en repos presque absolu dans l'air. Quant à l'aberration ellemême. elle s'expliquerait par une sorte de réfraction qui se produirait à la surface de séparation de l'éther en repos dans les espaces interstellaires et de Téther entraîné par le mouvement de la Terre. prismes. est entraîné à la fois dans une même translation. et qu'il est partiellement entraîné par les milieux réfringents. où la perturbation est produite à la fois par les vibrations de l'éther et par celles des électrons mis .234 8CIENCE ET MÉTHODE vue à travers une lunette tantôt pleine d'air. suppose que l'éther est en repos absolu dans le vide. 2° Fresnei. Lorentz a donné à cette théorie une forme plus satisfaisante. l'entraînement est nul ou presque nul. dans les milieux réfringents. Il ne serait pas étonnant alors que les phénomènes de réfraction ne fussent pas altérés par le mouvement de la Terre. C'est sur cette hypothèse (entraînement total dç l'éther) qu'est fondée la théorie de Hertz sur TÉlec. . dans l'air. Pour lui. les électrons seuls sont en mouvement dans le vide. au contraire. : trodynamique des corps en mouvement. quelle que soit la vitesse de cet air. l'éther est en repos. lunettes et éther. Ce phénomène comporte deux explications 1^ On pourrait supposer que Téther n'est pas en repos. mais qu'il est entraîné par les corps en mouvement. puisque tout. tantôt pleine d'eau ? Les résultats ont été négatifs les lois apparentes de la réflexion et de la réfraction ne sont pas altérées par le mouvement de la Terre. où il entre presque seul en jeu. où l'éther entre seul enjeu.

Ces expériences ont confirmé Thypothèse de Ten- ainsi traînement partiel de Fresneî. par le moyen des phénomènes optiques. par des mesures de franges d'interférence. les 235 ondulations se trouvent partiellement entraînées. nous avons Texpérience de Fizeau. que dans Teau au repos ou en mouvement. et cependant on a varié les procédés expérimentaux de toutes les manières possibles. ou plutôt sa vitesse par rapport à Téther immobile? L'expérience a répondu négativement. les résultats expérimentaux ont toujours été les mêmes. la vitesse de la lumière dans Tair en repos ou en mouvement. est-il possible de mettre en évi- dence. par rapport à d'autres corps matériels. j'entends les vitesses de certains corps matériels. qui a comparé. la vitesse absolue de la Terre. on ne pourra jamais déceler que des vitesses relatives. Pour décider entre les deux hypothèses. Quel que soit le moyen qu'on emploie. En effet.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE en branle par Tagitation de Téther. Elles ont été reprises avec le même résultat par Michelson. quelle . si la source de lumière et les appareils d'observation soot sur la Terre et participent à son mouvement. La théorie de Hertz doit donc être rejeiée^ II LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ. Maïs si ment de Téther n'est pas entraîné par le mouve- la Terre.

I . car comme riger. envoie à son tour des signaux à B. Les hypothèses faites jusqu'ici rendent parfaitement compte de ce résultat général. L'explication s'appuie sur la notion du teni'ps local^ que je vais cherchera faire comprendre. est en mouvement par direction rapport à l'observateur. Mais cette façon d'opérer suppose que la lumière met le même temps pour aller de A en B et pour revenir de B en A. si Von néglige les quantités très petites de Vordre du carré de Vaberration. Il A il la suffît de croiser les signaux. et qui a été introduite par Lorentz. la montre de A va retarder d'un temps t sur celle de B. ce sera la montre de B qui retardera d'un temps t sur celle de A. Si Ton opérait seulement y aurait une erreur systématique. Supposons deux observateurs. Cette erreur est aisée à cor- de la sorte. placés Tun en A.SCIENCE ET MÉTHODB 286 que soit rorientation de l'appareil par rapport à la du mouvement orbital de la Terre. Ils conviennent que B enverra un signal à A quand sa montre marquera une heure déterminée. Il suffira alors de prendre la moyenne arithmétique entre les deux réglages. c'est que la source qui est une étoile. et voulant régler leurs montres par le moyen de signaux optiques. Si Taberration astronomique se produit. lumière met un certain temps t pour aller de B en A. Cela est vrai si les observateurs cela n'est plus s'ils sont entraînés sont immobiles . après ce nouveau réglage. et A remet sa montre à l'heure au moment où il aperçoit le signal. l'autre en B. que Il faut et.

il ne se produira pas au même moment que si la translation n^existait pas mais. comme on l'observera avec une montre mal réglée. Si donc les observateurs sont entraînés dans une translation commune ne s'en doutent leurs montres n'indiqueront pas le même temps. soit en retard. tandis que B fuira devant la lumière qui vient de A. marchant tous avec la même vitesse. Il résulte de là que la compensation est facile à expliquer tant qu'on néglige le carré de l'aberration. chacune d'elles indiquera le temps localy convenant au point où elle pas. se trouve. Les deux observateurs n'auront aucun moyen de s'en apercevoir.LA MÉCANIQUE BT l'OPTIQUE 237 dans une translation commune. on ne s'en apercevra pas et les apparences ne seront pas altérées. leur réglage et s'ils sera défectueux . Le phénomène que chacun d'eux observera sera soit en avance. si Téther immobile ne peut leur transmettre que des signaux lumineux. ira au-devant de la lumière qui vient de B. Mais un jour Michelson a imaginé un procédé beau- des milieux entraînés avec eux . mettant d'apprécier des différences d'une fraction . coup plus délicat il a fait interférer des rayons qui avaient parcouru des trajets différents après s'être réfléchis sur des miroirs chacun des trajets approchant d'un mètre et les franges d'interférence per: . parce qu'alors A. par exemple. et si les autres signaux qu'ils pourraient s'envoyer leur sont transmis par dans leur translation. et longtemps les expériences ont été trop peu précises pour qu'il y eût lieu d'en tenir compte.

dait donc à être complétée. Mais il n'en est pas de même si nous mesurons une longueur. et cependant les de résultats furent encore négatifs. on ne pouvait plus négliger le carré de l'aberration. et cela bien que le corps et le mètre aient changé de longueur en même temps que d'orientation. quand or oriente le corps et. il ne cessera pas de s'appliquer exactement sur le mètre dans une autre orientation. en effet.238 SCIENCE ET MÉTHODE millième de millimètre. non plus avec un mètre. de mesure ne pourraient. et c'est précisément ce qu'a fait Michelson. prendra ainsi la forme d'un ellipsoïde de révol"tion tion . sphérique lorsqu'il est en repos. d'ailleurs. la même contraction que les objets à mesurer. elle est.. par conséquent. mais par le temps que la lumière met à la parcourir. d'environ un deux cent millionième pour une vitesse comme celle de la Terre. Un corps. et précisément parce que le changement est le même pour l'un et pour l'autre. Nos instrument. très faible. Si un corps s'applique exactement sur le mètre. le mètre dans le sens du mouvement de la Terre. la déceler. les mètres avec lesquels nous mesurons subissent. Ces deux physiciens supposent que tous les corps entraînés dans une translation subissent une contraction dans le sens de cette translation. même s'ils étaient beaucoup plus précis. Cette contraction est la même pour tous les corps . tandis que leurs dimensions perpendiculaires à cette transla- demeurent invariables. La théorie demanelle Ta été par et Vhypothèse de Lorentz et de Fitz-Gerald. d'ailleurs.

à cause de la contraction. lui paraîtront des ellipsoïdes allongés. Que va-t-il se passer alors? Supposons un obser- vateur et une source entraînés ensemble dans la translation : les surfaces d'onde émanées de la source seront des sphères ayant pour centres les positions successives de la source . mais Tobserva- croira toujours sphérique. Mais. d'après les théories ordi- naires. Toutes ces sphères sont donc homothétiques l'une de l'autre. J'ai dit plus haut que. Cette fois. pour notre observateur.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE aplati lorsqu'il sera en teur le 239 mouvement. contraire. Nous choisirons la loi de contraction^ de façon que le point S soit au foyer de la section méridienne de tricité Vellipsoide. et tous ces ellipsoïdes seront encore l'excenhomothétiques. ainsi que tous les objets qui lui servent de points de repère.. les observations de l'aberration astronomique pourraient nous faire connaître la vitesse absolue . toutes ces sphères paraîtront des ellipsoïdes allongés. la distance de ce centre à la position actuelle de la source sera proportionnelle au temps écoulé depuis l'émission. la compensation est rigoureuse^ et c'est ce qui explique l'expérience de Michelson. par rapport au point S c'est-à-dire au . parce qu'il a subi lui-même une déformation analogue. par rapport à la position actuelle S de la source. de tous ces ellipsoïdes est la même et dépend seulement de la vitesse de la Terre. Au qui sont restées rigoureusement sphériques. rayon de la sphère. les surfaces d'ondes de la lumière.

et j'entends par là non pas seulement les vitesses des corps par rapport à mais des corps les uns par rapTrop d'expériences diverses ont donné des résultats concordants pour qu'on ne se sente pas tenté d'attribuer à ce principe de relativité une valeur comparable à celle du principe d'équivalence. Oui. et cette seconde erreur compenserait exactement la première. l'éther. en tout cas. par aucun moyen imaginable. fort extraordinaire. les vitesses port aux autres. mettre en évidence que des vitesses relatives. tout ce que nous pouvons dire pour le moment. par exemple. les angles observés seraient modifiés par l'effet mais les cercles divisés de dont nous nous servons pour mesurer les angles seraient déformés par la translation ils deviendraient des ellipses. au premier abord. Quoi qu'il en soit. de voir à quelles conséquences nous conduirait cette façon de voir et de soumettre ensuite ces conséquences au contrôle de l'expérience. si Ton définit les longueurs par les temps que la lumière met à les parcourir. si plus précis. Cette hypothèse de Lorentz et Fitz-Gerald paraîtra. . qu'on ne pourra jamais. c'est qu'elle n'est que la traduction immédiate du résultat expérimental de Michelson. II convient. il en résulterait une erreur sur Tangie cette vitesse absolue. : mesuré.SCIENCE ET MÉTHODE 240 de la Terre. il est impossible d'échapper à que le principe de relativité est une cette impression loi générale de la Nature. Il nos iastruments élaient mille fois me faut modifier cette conclusion. en sa faveur.

puisque notre matière est formée d'électrons. dans le la théorie deLorentz. qui sera dérangé de sa position d'équilibre* Dans ces conditions. Eh bien. alors même que l'électron B réagirait sur A. cette réaction pourrait être égale à l'action. au bout d'un certain temps. au moins si l'on ne considère pas l'éther. mais elle ne saurait. cet excitateur émet des ondes électromagnétiques. puisque l'électron B ne pourrait entrer en mouvement qu'après un certain temps. cette perturbation atteint un autre électron B. Si l'on soumet le problème à un calcul plus précis. c'est Télectron A qui a dérangé l'électron B. être simultanée. le calcul montre que r excitateur va reculer comme un canon qui a envoyé : . il ne peut y avoir égalité entre l'action et la réaction. il produit une perturbation dans Téther. principe de l'égalité de raction et de la réaction. En effet. Voilà un électron A qui entre en mouvement pour une cause quelconque. l'excitateur va donc rayonner de l'énergie dans une direction déterminée.LA MÉGANIQUE ET l'OPTIQUE 241 III L£ PRINCIPE DE RÉACTION Voyons ce que devient. en aucun cas. nécessaire pour la propagation. et le miroir renvoie toutes ces ondes dans la même direction*. on arrive au résultat suivant Supposons un excitateur de Hertz placé au foyer d'un miroir parabolique auquel il est lié mécaniquement. mais seulement les électrons qui sont seuls observables.

Elle ne se produit jamais si la lumière. Il est vrai que. au lieu d'un excitateur. ce n'est plus un projectile c'est de l'énergie. Dans le cas du canon. elle est incomplète. nous aurions pu considérer tout simplement une lampe avec un réflecteur concentrant ses Mais ici. si le corps qu'elle frappe n'est pas parfaitement absorbant. parce que lequel il a agi réagit sur le projectile sur lui. et l'énergie n'a pas de matériel masse: il n'y a pas de contre-partie. s'il route et si l'objet On serait ne s'est pas perdu d'énergie en absorbe cette énergie en totalité. il : rayons dans une seule direction. Mais cette compensation. une poussée mécanique comme avait été atteint par un projectile véritable. n'en est plus de même. donc tenté de dire qu'il y a encore com- pensation entre l'action et la réaction. le recul est le résultat naturel de Fégalité de Faction et de la réaction. après avoir quitté la source. mécaniques sont-elles trop petites ^our être mesurées. et ou de la cet objet va subir s'il cette poussée sera égale au recul de l'excitateur et de la lampe. si l'énergie émanée de l'excitateur lampe vient à atteindre un objet matériel. erre dans les espaces interstellaires sans jamais rencontrer un corps matériel. alors même qu'elle est complète. ou bien sont-elles accessibles à Texpérience? Ces actions ne sont autre chose que celles qui sont dues aux ipressions Maxwell-Bartholi Maxwell avait prévu ces pressions par des calculs Ces actions . Et. Le canon recule. est toujours retardée.iCIENCE ET METHODE 24^ ua projectile. Ce que nous avons envoyé au loin.

sous forme de lumière par exemple. et par celle de Lorentz. Mais cet appareil tourne à l'envers^ dans le l'explication de sa toute différente. cette façon que s'expliquent les queues dés comètes. Les l'on mais qui mêmes obtient une déviation qui est fort est. Bar- tholi était arrivé au môme résultat par des considé- Thermodynamique. Maxwell-Bartholi théorie de Hertz dont nous avons parlé plus haut. découverte depuis.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE relatifs 243 à l'Électrostatique et au Magnétisme. La masse de ces particules est tellement petite que cette répulsion remporte sur l'attraction newtonienne. et rotation. et d'autre part en ne noir- cissant pas l'une des faces des palettes et dirigeant jn faisceau lumineux sur Tune des faces. elles vont donc former les queues en s'éloignant du Soleil. effets de conforme à la pression sont prévus également par la la théorie. Les effets radiométriques et les autres causes perturbatrices sont éliminés par une série de précautions minutieuses. aille d'une source lumineuse à un corps quelconque à travers . qui les repousse comme ferait une pluie de projectiles venant du Soleil. La vérification expérimentale directe n'était pas La première tentative a conduit à aisée à obtenir. en poussant plus vide d'une part. elles sont frappées par la rations de C'est de lumière du Soleil. Mais il y a une différence. bin le sens opposé au sens théorique. paraît-il. Supposons que l'énergie. est On a réussi enfin. De petites particules se détachent du noyau de la comète. la construction du radiomètre. et petite.

même dans réaction. il faudrait répondre oui à la première question et non à la seconde. quelle que soit cet'e matière? petite raréfié Ou bien cette action est-elle d'autant plus que le milieu est moins réfringent pour devenir nulle dans le vide? et p\m Si Ton admettait la théorie de Hertz. la matière Au moment où Tonde lumineuse atteindra une région nouvelle de ce milieu.244 SCIENCE ET MÉTHODE un milieu transparent. et ainsi de suite. et cela. le planétaire. le recul de celte même matière a pour contre-partie la marche en avant de la matière transparente qui se trouve un peu plus loin. cette pression poussera en avant la matière qui s'y trouve répandue et la ramènera en arrière que quand Tonde le recul de la marche en avant de quittera cette région. non seulement sur la source au départ. comme Texige le principe de l'égalité de l'action et de la Il même dans les milieux les même dans Tair. y aurait alors compensation parfaite. La pression de Maxwell-Bartholi agira. la compensation est-elle parfaite? L'action de la pression Maxwell-Bartholi sur la matière du milieu transparent est-elle égale à sa réaction sur la source. un peu plus tard. de façon que Téther soit entraîné entièrement par la matière. mais sur du milieu transparent qu'elle traverse. et sur le corps éclairé à Tarrivée. De sorte source a pour contre-partie la la malière transparente qui est au contact de cette source. moins gents. où il suffirait réfrin- vide inter- de supposer un reste de . qui regarde la matière comme mécaniquement liée à Téther. Seulement.

subissent la contraction de Lorentz quand ils sont en mouvement et prennent alors la forme d'ellipsoïdes aplatis. En effet. par conséquent. il nous oblige à généraliser Thypothèse sur la contraction de <|e Lorentz et Fitz-Gerald tous les corps dans le sens de la translation. En particulier. plus haut. Mais nous avons vu plus haut que l'expérience de Fizeau ne permet pas de conserver la théorie de donc adopter la théorie de Lorentz et. . Si 245 Ton admet. Cette déformation des électrons va influer sur leurs propriétés mécaniques. si subtile qu'elle soit. sphériques quand ils sont au repos. j'ai dit que le déplacement de ces électrons chargés est un véritable courant de convection et que leur inertie . Voyons à quelles consé- quences nous conduirait ce principe. insensible est dans Tair et devient nulle dans le vide.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE matière. au contraire. nous devrons étendre cette hypothèse aux électrons eux-mêmes. Hertz . renoncer au principe de réaction. il faut IV CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE RELATIVITÉ Nous avons vu. la compensation. Abraham considérait ces électrons comme sphériques et indéformables il nous faudra admettre que ces électrons. la théorie de Lorentz. toujours imparfaite. à regarder loi le Principe de les raisons qui Relativité portent comme une générale de la Nature. D'abord. si nous le regardions comme définitivement démontré.

déformation qui dépend de leur vitesse. par conséquent l'intensité du courant de convection qu'ils produisent. C'est encore Lorentz qui a fait cette remarquable synthèse. Eh bien. si elle existe. les électrons positifs n'ont plus de masse ou tout au moins plus de masse réelle constante. par conséquent les lois suivant lesquelles la self-induction de ce courant variera en fonction de la vitesse. pour les électrons positifs. va modifier la distribution de J'électricité à leur surface. ou tout au moins que leur masse réelle. Ensuite. 2° Que toutes les forces soient d'origine électro- magnétique. être modifiés. doivent donc puisque réelle. il faut chercher une explication électro- . mais seulement une masse fictive électromagnétique. il n'y a plus de matière. arrêtons-nous-y un instant et voyons ce qui en découle. la déformation des électrons. ou tout au moins qu'elles varient avec la vitesse suivant les mêmes lois que les forces d'origine électromagnétique. ne soit pas constante et varie avec la vitesse suivant les mêmes lois que leur masse fictive .SCIENCE ET MÉTHODE 246 apparente est due à la self-induction de ce couexclusivement en ce qui concerne les élecexclusivement ou non. Les principes actuels de notre Mécanique. D'abord. mais cela à i" deux conditions Que : les électrons positifs n'aient pas de masse réelle. la compensation sera parfaite et conforme aux exigences du Principe de Relativité. savons rien encore. fondés sur la constance de la masse. A ce prix. nous n'en négatifs trons rant : .

plutôt encore. doivent se passer comme si l'électron subissait la déformation de Lorentz. Tout cela paraît. de façon à éviter de mettre cette hypothèse de la déformation à la base du raisonnement. . un peu artificiel. c'est celle d'Abraham l'autre où ils subissent la déformation de Lorentz. Dans les deux cas. Nous voilà donc en présence de deux théories où les électrons sont indéformables. fier la loi de connues.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE magnétique de toutes les forces culier de la gravitation. demandons-nous quelle doit être des points matériels doit leur varier leur accélération sous l'influence d'un champ élec- ou magnétique. Nous trouverons que les variations de cette masse. leur masse croît : l'une . pour que ce principe ne soit pas violé et qu'on retombe sur les lois ordinaires en supposant la vitesse très faible. ou de ces accélétrique rations. V L'EXPÉRIENCE DE KAUFMANN. même façon Nous revien- drons sur ce point. cette déformation des électrons semble bien hypothétique. En particulier. au premier abord. Ou. Considérons les électrons comme et demandons-nous comment masse en fonction de la vitesse pour ne pas contrevenir au principe de relativité. Mais on peut présenter la chose autrement. en parti- ou tout au moins modide telle façon que cette la gravitation force soit altérée par la vitesse de la que les 247 forces électromagnétiques.

aussi a-t-il loi cru devoir les reprendre avec plus de précautions. Kaufmann. mais la de la variation n'est pas la même. avant d'adopter définitivement cette un peu de réflexion est nécessaire. Toutes les précautions ont été convenablement prises et l'on ne voit pas bien quelle objection on pourrait faire. elles ont donné raison à la théorie d'Abraham. pour devenir infinie quand cette vitesse devient égale à celle de la lumière . ses premières expériences n'étaient pas assez précises pour cela. Malheureusement.SCIENCE ET MÉTHODE 248 avec la vitesse. cette expérience est fort délicate et ne pourra être menée à bien que par un physicien de la même habileté que Kaufmann. 1. Malheureusement. Au moment M. Bucherer a de mettre sous presse nous apprenons que repris Texpérience en s'entourant de précautions nouvelles et qu'il a obtenu. question est d'une telle importance désirer que l'expérience de qu'il Kaufmann La serait à fût reprise par un autre expérimentateur*. Sous leur nouvelle forme. contrairement à M. on n'aurait plus aucune raison de croire que les électrons positifs sont dénués de masse réelle comme les électrons négatifs. La méthode employée par Kaufmann pour mettre en évidence la loi de variation de la masse semble donc nous donner un moyen expérimental de décider entre les deux théories. des résultats confirmant les vues de Lorentz. Toutefois. conclusion. et en mesurant avec grand soin l'intensité des champs. Le Principe de Relativité n'aurait donc pas la valeur rigoureuse qu'on était tenté de lui attribuer. 1 i .

il semble qu'il y ait lieu d'en tenir compte. on avait du faire un vide extrêmement parfait. Du moins. de l'armature négative. Quelque faible que soit la probabilité pour qu'il en soit ainsi. let il peut se faire que cette différence ne soit pas la même du côté positif et du côté négatif. par exemple? Il peut y avoir une différence de potentiel au contact entre le métal et le vide. cependant. Ce champ était produit entre les deux armatures d'un condensateur et. ce qui me porterait à le croire. et Ton a obtenu le champ en divisant cette différence par la distance des armatures. VI LS PRINCIPE Dans est la nouvelle DMNERTIE. Lindemann a fait des objections à cette façon . le Principe d'Inertie encore vrai. c'est-à-dire qu'un électron isolé aura un mouvement rectiligne et uniforme. Cela suppose que le champ est uniforme. Dynamique. on s'accorde généralement à l'admettre. On a mesuré alors la différence de potentiel de deux armatures. entre ces armatures. afin d'obtenir un isolement complet. ce sont les effets de soupape électrique entre mercure et vide. attirer Tattention : électrostatique.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUB Il 249 y a cependant un point sur lequel je désirerais c'est sur la mesure du champ mesure d'où tout dépend. . cela est-il certain? Ne peut-il se faire qu'il y ait une chute brusque de potentiel dans le voisinage d'une des armatures.

au départ. dans un fluide idéal. il faudrait un grand effort pour le me:tre en mouvement.250 SCIENCE ET MÉTHODE ne veux pas prendre parti dans cette ici à cause de son caractère trop ardu. que je ne puis exposer est en mouvement. et ne pourraient changer que si la vitesse de l'électron venait à varier. puisqu'il faudrait ébranler non seulement le corps lui-même. . puisque le corps. le corps agiterait derrière lui une poupe liquide. transporterait simplement avec lui la perturbation du liquide. On sait qu'un corps plongé dans un fluide éprouve. de sorte que. de voir. une résistance considémais c'est parce que nos fluides sont visqueux. mais cette perturbation accompagnerait le corps dans son mouvement. Il faudrait donc un effort pour mettre l'électron en mouvement. Tout se passerait donc comme si son inertie était augmentée. une sorte de lin^ge. pour un observateur quand il rable. Il suffirait en tout cas de légères modifications à la théorie pour se mettre à Tabri des objections de Lindemann. en s'avançant. : entraîné avec 'l'électron. il se perpétuerait sans résistance. puisqu'il faudrait créer l'énergie de ces champs au contraire. Mais. Un électron s'avançant dans l'éther se comporterait de la même manière autour de lui. sans que la force vive totale de ce liquide augmentât. mais le liquide de son sillage. parfaitement dépourvu de viscosité. une fois le mouvement acquis. l'éther serait agité. une fois le mouvement . je discussion. les champs électrique et magnétique qui accompagnent cet électron paraîtraient invariables.

qui n'est autre que l'énergie de l'éther. plus grand.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE 251 acquis. la quantité de mouvement sensiblement proportionnelle à v^ les deux masses sensiblement constantes égales entre elles. la force vive. Ainsi la masse. les expressions mais ce que nous sont un peu plus compliquées venons de dire subsiste dans ses traits essentiels. en effet. à mesure que sa vitesse croît. de sorte que son inertie oppose à tout nouvel accroissement de vitesse un obstacle de plus en Dans l'hypothèse . celle comme un ne peut donc qu'augmenter comme l'agitation du liquide du corps plongé dans un même Et les plus électrons négatifs. n'ont pas d'autre inertie que celle-là. quand la vitesse tend vers et la de la lumière^ la force vive^ la quantité de mouvement et les deux masses croissent au delà de vitesse toute limite. Il en résulte qu'aucun corps ne pourra atteindre par aucun moyen une vitesse supérieure à celle de la lumière. n'aurait qu'à se transporter derrière l'électron sillage. Dans l'hypothèse de Lorentz. la force vive deviennent infinies quand la vitesse est égale à celle de la lumière. aucun effort ne serait nécessaire pour le puisque Ténergie créée maintenir. Sans doute si v est très faible. Une question se pose alors : admettons le Prin- . Mais. fluide tout au moins. Et. la quantité de mouvement. la force vive est sensiblement proportionnelle à v^. Cette énergie l'inertie de l'électron. d'Abraham. n'est pas proportionnelle à 1)2. augmente parfait. sa masse croît.

SCIENCE ET MÉTHODI 252 cipe de la Relativité. Quand un électron est en mouvement. dans son mouvement relatif par rapport à l'observateur. un observateur en mouvement ne doit pas avoir le moyen de s'apercevoir de soa propre mouvement. les noms d'onde de vitesse et d'onde d'accélération.000 kilomètres. peut : atteindre la même vitesse. La perturbation peut alors être regardée comme la superposition de deux autres. mais peut en approcher autant qu'on veut. Et alors on pourrait être tenté de raisonner comme il suit L'observateur peut atteindre une vitesse de 200. le corps. sa vitesse absolue sera alors de 400. Ce n'est là qu'une apparence. auxquelles Langevin a donné . Si donc aucun corps dans son mouvement absolu ne peut dépasser la vitesse de la lumière. îl produit dans Téther qui l'entoure une perturbation si son mouvement est rectiligne et uniforme. . cette perturbation se réduit au sillage dont nous avons parlé au chapitre précédent.000 kilomètres. VII L*ONOE 0*ACCÉLÉRATiON. puisque c'est un chiffre supérieur à la vitesse de la lumière. ce qui esl impossible. qui s'évanouit quand on tient compte de la façon dont Lorentz évalue les temps locaux. Mais il n'en est plus de même si le mouvement est curviligne ou varié. il doit en être de même en ce qui concerne son mouvement relatif par rapport à notre observateur.

et qui se propage ensuite par ondes sphériques successives avec la vitesse de la lumière. où la vitesse est très grande sans que l'accélération le soit. variant avec la vitesse d'après les lois exposées plus haut. On peut alors se borner à appliquer les lois de la Mécanique. en particulier la perte d'énergie correspondante. Il n'en serait pas de grande. D'où cette conséquence dans un mouvement : rectiligne et uniforme. et les accé- . les vitesses sont finies. On dit alors que le mouvement est quasi-stationnaire. les oscilla- déplacements sont très petits. et l'accélération est sont les suivants même : 1® Dans certains électrons prennent toire de très dans tous les cas où dont les principaux les gaz incandescents. les effets de celte onde d'accélération. dès qu'il y a une accélération. qui part de l'électron au moment où il subit une accélération.LA MÉCANIQUE ET 253 l' OPTIQUE L'onde de vitesse n'est autre chose que le sillage qui se produit dans le mouvement uniforme. un mouvement haute fréquence. l'énergie se conserve intégra- lement. qui se dissipe sous forme d'ondes lumineuses va à l'infini à travers Téther. mais. toutefois. sont négligeables dans la plupart des cas^i c'est-àdire non seulement dans la Mécanique ordinaire et dans les mouvements des corps célestes. il y a perte d'énergie. mais même et s'en dans les rayons du radium. Quant à Tonde d'accélération. cette masse. en écrivant que la force est égale au produit de l'accélération parla masse. Toutefois. c'est une perturbation tout à fait analogue aux ondes lumineuses.

les électrons négatifs qui constituent ces rayons. une brusque accélération et prennent ensuite un mouvement oscillatoire de haute fréquence. C'est pour cela que le métal la lumière. d'après certains physiciens. les électrons enfermés dans ce métal sont animés de grandes vitesses surface du métal. cathodiques viennent frapper l'anticathode. Ce qu'ils produisent des ondulations dans serait là. subissent ils la se une accélération émet de expliqué chaau déjà ainsi considérable. 3° Dans l'excitateur de Hertz. quand un gaz reçoit de la lumière. ces mêmes électrons sont mis en branle avec de fortes accélérations et ils absorbent de la lumière. et c'est pour cela que ces gaz rayonnent de la lumière de même période que les oscillations de l'électron. et qui sont animés de très grandes vitesses. . Il en résulte qu'une partie de l'énergie rayonne sous formes d'ondes hertziennes. sont brus- quement arrêtés. n° IV.SCIENCE ET METHODE 254 très grandes. lérations se l'énergie communique alors à l'éther. les électrons qui circulent dans la masse métallique subissent. C'est ce que j'ai pitre X. 4** Dans un métal incandescent. ils l'éther. Par suite de l'accélération subissent ainsi. au moment de la décharge. Rayons Rôntgen. en arrivant à ne peuvent franchir. 2° Inversement. qu'ils réfléchissent et . qui ne seraient autre chose que des rayons lumineux de très courte lon- l'origine des gueur d'onde. Les détails des lois de l'émission de la lumière par les corps noirs sont parfaitement expliqués par cette hypothèse 5° Enfin quand les rayons .

il y a proportionnaentre ces deux coefficients. c'est la véritable délînition de la masse. La masse peut deux manières s par le quotient de la force par Taccélération. nous avons vu que la masse être définie de !• . Mais lité rigoureuse cela n'est démontré que pour les vitesses auxquelles les principes généraux de la Dynamique sont appli--cables. devons- nous conclure que la masse coefficient d'attraction croît également avec la vitesse et reste proportionnelle au coefficient d'inertie. en vertu de la loi d€ Newton. ou. coefficient d'inertie croît avec la vitesse. que . D'après la loi de Newton. LA GRAVITATION. Maintenant. qui mesure rinertie du corps 2* par l'attraction qu'exerce le corps sur un corps extérieur. au contraire. Nous devons donc distinguer la mass© eoefflcient d'inertie et la masse coefficient d'attraction.CHAPITRE La ftlécanique nouvelle m et l'Astronomi6:.

de même que A' et B'. nous aurons système A deux répulsions et deux attractions qui se compenseront exactement et Faction résultante sera nulle +B . Il y en a un parlerai ici est celle de Lorentz. et que nous examinions l'action du sur le système A'+ B'. en valeur absolue. et que les charges de ces quatre électrons soient les mêmes. et deux négatifs B et B'. leurs actions mutuelles sont pro- portionnelles à leurs charges électriques. que je vais exposer brièvement. dépend deux corps qui mutuellement ne sont généralement pas D'autre part. Deux électrons de même signe se repoussent et deux électrons de signe contraire s'attirent.ou de A' sur B. Si donc A et B sont très près l'un de Tautre. s'attirent les si le comme coefficient d'attraction les vitesses des mêmes. égale A sur A' sera. mais nous sommes naturellement amenés à rechercher quelles seraient celles de ces hypothèses Nous ne pouvons faire qui seraient compatibles avec le Principe de la Relagrand nombre. comment ce coefficient dépendra-t-il de ces deux vitesses? à ce sujet que des hypothèses. la seule dont je tivité. la répulsion de tance. Considérons d*abord des électrons en repos. dans la théorie ordinaire. si donc nous avons quatre électrons. à la à la répulsion de B sur même B' et dis- égale encore à rattraction de A sur B'. de la vitesse. deux positifs A et A'.SCIENCE ET MÉTHODE 256 demeure constant? C'est une question que nous n'avons aucun moyen de ce coefficient d'attraction là décider.

Les électrons positifs seraient plus sensibles au champ produit par les électrons négatifs qu'au champ produit par les électrons positifs. en somme. tn d'autres termes. + : — + — + . de sorte que Faction électrique totale de deux molécules Tune sur Tautre devrait être nulle. C'était. l'hypothèse de Franklin. Une façon que la charges soit molécule matérielle est donc de tout point assimilable au système A B dont nous venons de parler. somme nulle. qu'elle est due à une cause entièrement différente. et qu'elle vient simplement s'y superposer. les molécules matérielles doivent précisément être regardées solaires comme où circulent les autres négatifs. ce serait le contraire pour les électrons négatifs.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 257 Or. Mais l'expérience nous montre que ces molécules s'attirent par suite de la gravitation new^tonienne . les toutes les telle uns positifs. on peut et alors on peut faire deux hypothèses supposer que la gravitation n'a aucun rapport avec les attractions électrostatiques. Il est clair que cette hypothèse complique un peu l'Electrostatique. le champ électrique produit par les électrons positifs et celui que produisent les électrons négatifs se superposeraient en restant distincts. et de algébrique de des espèces de systèmes les électrons. ou bien on peut admettre qu'il n'y a pas proportionnalité des attractions aux charges et que l'attraction exercée par une i sur une charge charge 1 est plus grande que la répulsion mutuelle de deux charges 1. ou que celle de deux charges 1. mais qu'elle y fait rentrer la gravitation.

Dans la théorie ordinaire. Les électrons. exerce.SCIENCE ET MÉTHODE 258 maintenant si les électrons sont en mouvement? Les électrons positifs vont engendrer une perturbation dans Téther et y feront naître un champ électrique et un champ magnétique. On peut alors sans inconvénient ne pas distinguer le champ dû au mouvement des électrons positifs et le champ dû au mouveet ment des électrons somme champ le Dans négatifs et ne considérer la résultant. mais avec un elle suivra encore les coefficient différent. Considérons maintenant Taction du champ dû lois ordinaires. Faction champ électromagné- positifs se fait d'après les en est de même de Faction sur les négatifs du cham. qui se réduit à Vhypothèse de Franklin aux faibles vitesses: elle Telle est .p dû aux électrons négaélectrons tifs. subiront ensuite une impulsion mécanique par l'action de ces différents champs. Chaque électron au champ créé par les électrons de qu'au champ créé par les électrons contraire est plus sensible nom de môme nom. la nouvelle théorie. positifs sur les électrons négatifs (ou aux électrons inversement) il . Il en sera de même pour les électrons négatifs. c'est-à-dire dû aux électrons au contraire. dû au mouvement des électrons positifs. Thypothèse de Lorentz.. sur deux électrons de sigoe con~ traire et de même charge absolue. mêmes lois. le champ électromagnétique. tant positifs que négatifs. sur les électrons positifs du tique que algébrique de ces deux champs. des actions égales Qu'arrîve-t-il de signe contraire.

et que. de telle façon que la force effectivs n'est pas dirigée suivant la droite qui joint les deux avec cette droite. entièrement différente de de Lorentz. en rappelant que la gravitation se propage. comme la gravitation se ramène à des forces d'origine électrodynamique. Le résultat de Laplace ne prouve rien contre la théorie de Lorentz. précisément de la même manière que les lois de l'Electrostatique pour l'électricité en mouvement. Le résultat de Laplace est bien connu. pour ces faibles vitesses. assez mal corps.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 259 rendra donc compte. mais fait. un petit angle. On voit que la loi de Newton n'est plus applicable aux grandes vitesses et qu'elle doit être modifiée. C'est là une hypothèse toute particulière. elle ne peut être d'origine électrodynamique. mais on en ignore généralement la signification. sa vitesse de propagation se combine avec celle du corps attiré. comme cela se passef pour la lumière dans le phénomène de l'aberration astronomique. On sera donc tenté de rejeter la théorie précédente. par conséquent. si la propagation de la gravitation n'est pas instantanée. par conséquent. Laplace supposait que. de la loi de Newton. pour les corps en mouvement. On sait que les perturbations électromagnétiques se propagent avec la vitesse de la lumière. en tout cas. et. le Principe de la Relativilé ne sera pas violé. au moins dix millions de fois plus vite que la lumière. celle 12 . justifiée. d'après les calculs de Laplace. et. De plus. la théorie générale de Lorentz s'y appliquera.

mais est si lente qu'il d'années d'observation milliers qu'elle devînt sensible. de sorte que les de l'onde d'accélération sont négligeables et que le mouvement peut être regardé comme quasistationnaire. et cela hypothèses suivantes A. comme un milieu faible. Faisons donc ment comme trois elle-même accumulation le calcul en considérant le quasi-stationnaire. Ténergie des mouvements planésera constamment taires Vonde d^ accélération. Mais cet effet est excessivement beaucoup trop pour être décelé par les obserdes corps vations les plus précises. B* Admettons l'hypothèse de Lorentz sur la défor- i . si on les adopte. Admettons mouvedans les : l'hypothèse d'Abraham (électrons Indéformables) et conservons la sa forme habituelle loi de Newton sous . Il est vrai que les effets de l'onde d'ac- célestes^ est relativement effets constamment en célération vont cette faudrait pour bien des s' accumulant. L'accélération faible. mouvements des s accélérant.360 SCIENCE ET METHODE II COMPARAISON AVEC LES OBSERVATtONS ASTRONOMIQUES Les théories précédentes sont-elles conciliables avec les observations astronomiques? Tout d'abord. \\ Teffet de les moyens constamment en se mouvaient dans en résulterait que astres si par dissipée iraient ces astres résistant.

mais des dérivées premières et secondes de ces distances. n'en présente pas moins avec elle une certaine ana- joint. et étudions planète attirée par un . Cette loi de Weber. parce que cette planète est celle qui possède la. en admettant de Weber. et logie. je rappelle queWeber avait cherché à expliquera la fois les phénomènes électrostatiques et électrodynamiques en supposant que les élecavait fait la loi trons (dont le nom n'était encore inventé) pas exercent. puisque celle-ci est de 38". Revenons aux hypothèses A. de façon à la rendre compatible avec C'est dans le le Principe de la Relativité. Tisserand un calcul analogue autrefois. de leurs vitesses et de leurs accélérations. Admettons Thypothèsede Lorentz sur les électrons et modifions la loi de Newton. assez différente de celles qui tendent à prévaloir aujourd'hui. mouvement de Mercure que Teffet sera le plus sensible. par conséquent. newtonienne se faisait conformément à la loi de Weber il en résulterait. B d'abord le mouvement d'une et C. une variation séculaire de 14". des attractions et des répulsions dirigées suivant la droite qui les dépendant non seulement de leurs distances. l'avons fait au paragraphe précédent. de même sens que celle qui a été observée et n'a pu être expliquée mais plus si l'attraction y petite. Tisserand a trouvé que.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET L'ASTRONOMIE mation des électrons et conservons la loi 261 de Newton habituelle. comme nous C. pour le périhélie de Mercure. les uns sur les autres. plus grande vitesse.

le champ purement élec- trostatique. les effets sont très peu différents. Le mouvement du périhélie de Mercure serait donc de 7" dans la théorie de Lorentz et de 5" . le orbite.6 dans celle d'Abraham. de même. Pour les l'astre et a le planètes. sauf pour Mercure. en prenant pour la force vive la définition nouvelle. conformément à la loi élec- trostatique de Coulomb. où Tattraction varie en raison inverse du carré des distances. réquation des aires est remplacée par une autre équivalente. puisque. on trouvera. champ qu'il si le point attirant est produit est un fixe. Le seul effet sensible sera un mouvement sécudu périhélie. laire L'effet est d'ailleurs proportionnel à n^a^^n étant moyen mouvement de rayon de son la loi de Kepler. identique à celle de New- ton. Les hypothèses B et G ne se distinguent plus alors. Si Ton suppose maintenant deux corps mobiles gravitant autour de leur centre de gravité commun. pour ce mouvement.262 centre SCIENCE ET MÉTEODS fixe. quoique les calculs soient un peu plus compliqués. mais la quantité de mouvement doit être définie comme on le fait dans la nouvelle Dynamique. L'équation des forces vives subsiste. la moitié de ce que donnait la loi de Weber. en vertu de . Avec la théorie de Lorentz. Teffet varie donc en raison inverse de \/a^\ il est donc insensible. avec la théorie d'Abraham. le moment de la quantité de mouvement est une constante. les deux cinquièmes.

Ajoutons qu'en ce qui concerne Vénus mouvement du périhélie (pour une même vitesse angulaire de ce mouvement) serait beaucoup plus difficile à déceler par les observations astronomiques. parce que a est pour Mercure. seul effet swsible sur être même un les obser- mouvement du sens que celui qui a expliqué^ mais notablement plus faible. puis- faudra toujours chercher une autre explication plus grande partie de l'anomalie de Mermais cela peut encore moins être regardé comme un argument contre elle.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET est insensible Il que n 863 l' ASTRONOMIE également pour la Lune. III LA THËORiE DE LESAGE II de rapprocher ces considérations proposée depuis longtemps pour gravitation universelle. bien extrêmement petit. la cure. le est beaucoup plus En résumé. en somme. U vations faible astronomiques serait périhélie de Mercure^ de été observé san^ que pour Mercure. et six cents fois plus petit pour la Lune que soit grand. Supposons que. parce que Texcentricité des orbites et la Terre. Cela ne peut pas être regardé ment en faveur de qu'il pour la comme un argu- nouvelle Dynamique. il est cinq fois plus petit pour Vénus. circulent dans . convient d'une théorie expliquer la dans les espaces interplanétaires.

Mais. puisque ces chocs se répartissent tous les sens. doivent est-ce avoir lieu les chocs prévus par cette théorie parfaitement élastiques. ou d'après une loi intermédiaire? Les corpuscules de Lesage ne peuvent se comporter comme des Telle est la théorie de Lesage . par les chocs de ces corpuscules. parce que les corpuscules interceptés par le corps B seraient remplacés par d'autres qui auraient rebondi sur B. Comment. Un également dans toutes les directions. et il pousseront A vers B. TefTet serait nul..SCIENCE ET MÉTHODE 264 grandes vitesses. d'abord. . Mais quelle serait la quantité de chaleur ainsi produite? Observons que Tattraction passe à travers les corps. Il faut donc que le choc fasse perdre de l'énergie aux corpuscules. le corps B jouera le rôle d'écran et interceptera une partie des corpuscules qui. si deux corps A et B sont en présence. et que le calcul prouve que la compensation serait parfaite. en apparence. sans lui. corps parfaitement élastiques. sans cela. lois des corps les d'après ou d'après celles des corps dépourvus d'élasticité. Alors. des corps isolé dans l'espace ne sera pas affecté. avec de très corpuscules très ténus. il faut donc nous représenter la Terre. et nous allons la plaçant d'abord au point de vue nous en discuter de la Mécanique ordinaire. ou ne seront plus qu'imparfaitement compensés. auraient frappé A. les chocs reçus par A dans la direction opposée à celle de B n'auront plus de contre-partie. par exemple. non pas comme un . et cette énergie devrait se retrouver sous forme de chaleur.

qui de petits écrans. à la surface totale S des molécules sphé- . dans le mouvement de la Lune. l'attraction était absorbée par les corps qu'elle traverse. Darwin a démontré que la théorie de Lesage ne conduit exactement à la loi de Newton qu'en supposant des corpuscules entièrement dénués d'élasticité. que la surface totale des molécules sphériques qui composent la Terre est tout au plus la dix-millionième partie de la surface totale de la Terre. et sa démonstration ne laisse rien à désirer si. mais entre lesquelles*' les corpuscules de Lesage peuvent circuler librement. en effet. Ainsi. une inégalité très sensible. est affaiblie tout au plus d'un dix-millionième. en traversant la terre. L'attraction du Soleil sur la Terre serait donc relativement plus faible que celle du Soleil sur la Lune. mais ce n'est pas même une passoire. Pour nous en rendre compte. elle ne serait plus proportionnelle aux masses. à la distance 1 sera alors proportionnelle. rappelons que Laplace a démontré que l'attraction. Nous devons donc conclure. puisqu'elle aurait une plus grande épaisseur à traverser. L'attraction exercée par la Terre sur une : masse à la 1 fois. puisque les vides y tiennent beaucoup plus de place que les pleins. non seulement la Terre n'est pas un écran plein. et il en résulterait. si nous adoptons la théorie de Lesage.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE écran plein. mais comme formée nombre de molécules sphériques jouent individuellement le rôle 265 d'un très grand très petites. elle serdiit relativement plus faible pour les gros corps que pour les petits.

Nous avions déjà une limite supérieure de est S (par l'absorption de l'attraction par rieure de la les corps nous avons donc une limite infévitesse v. à valent aucune résistance. à la racine carrée de la densité formé par les corpuscules. en efiet. Mais il faut tenir compte de la résistance éprouvée par un corps qui se meut dons un pareil milieu. tandis que comme S^pv. La résistance calculée est p et à z. à la vitesse v.. Nous pouvons en déduire p et la quantité de cha- cette quantité suffirait pour élever température de 10^6 degrés par seconde. qui doit être au moins égale qu'elle traverse) . en fuyant. proportionnelle à S.266 SCIENCE ET MÉTHODE riques qui la composent. . la Terre recevrait dans un temps donné lO^o fois plus de leur produite la . on sait que les corps célestes se meuvent comme s'ils n'éprouproportionnelle à S. à 24. de sorte que la compensation réalisée à Tétat de repos ne peut plus subsister.10*'^ fois celle de la lumière. il ne peut se mouvoir. et au cube de la cules. Nous avons donc une limite inférieure du produit Sv. devant ceux qui viennent dans la direction opposée. or. nous voyons que Cette résistance variant Tattraction varie rapport de la résistance au carré de l'attraction le en raison inverse du produit S«. et la précision des observations nous permet de fixer une limite à la résis- tance du milieu. au contraire. à la vitesse v des corpusp du milieu La chaleur produite sera densité p. sans aller au-devant de certains chocs. comme Sov.

cette onde exerce sur lui une action mécanique due à la pression Maxwell-Bartholi. mais de celle qu'il rayonne dans chaleur que toutes les directions. de sorte que ce serait seulement la portion de cette force vive convertie en Chaleur qui contribuerait à produire l'attraction et que cela reviendrait au même. contrairement aux vues de Darwin.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 267 le Soleil n'en émet dans le même temps. tout comme s'il avait reçu le choc d'un projectile matériel. . mais l'attraction produite moindre également. A la vérité. Il est évident que la Terre ne résisterait pas long- temps à un pareil régime. la force vive de ces corpuscules ne serait pas entièrement en chaleur. M. Les difficultés ne sont pas écartées pour cela la vitesse de propagation ne peut être que celle de îa . On peut transformer la théorie de Lesage. on douait les corpuscules de Lesage d'une élasticité imparfaite sans être nulle. Quand un objet matériel reçoit une onde lumineuse. un emploi judicieux du théorème du viriel permettrait de s'en convertie serait rendre compte. par exemple. On ne serait pas conduit à des résultats moins fantastiques si. Tommasina. sup- primons les corpuscules et imaginons que Téther soit parcouru dans tous les sens par des ondes lumineuses venues de tous les points de l'espace. C'est là ce qu'admet. Les ondes en question pourront donc jouer le rôle des corpuscules de Lesage. ne veux pas parler de la chaleur que le Soleil je envoie à la Terre.

sans quoi le Soleil nous repousserait au lieu de nous attirer. Sans compter que. il jfaut que la lumière soit partiellement absorbée . Pour qu'il y ait attraction. trants que les rayons X ordinaires. la lumière qui permettrait d'expliquer rattracLion devrait se rapprocher beausi coup plus des rayons lumière ordinaire. mais alors il y a production de chaleur. Les calculs ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on fait dans la théorie de Lesage ordinaire. La lumière qui produirait Tattraction newtonienne devrait être considérablement diffé. rente de la lumière ordinaire et être. si lumière se réfléchit intégralement. D'ailleurs. ils ne sauraient il faudra passer à travers la Terre tout entière pénéplus X' beaucoup rayons imaginer des donc . tout comme dans Thypothèse des corpuscules parla faitement élastiques. à un la résistance chiffre inadmissible. ou elle l'est à peine il n'en est pas de même de la lumière que nous connaissons. Ensuite une . de telle sorte que le Soleil nous paraîtrait s'y détacher en noir. pour du milieu.SCIENCE ET MÉTHODE 268 lumière et Toii est ainsi conduit. par exemple. l'effet est nul. de très courte longueur d'onde. quelque pénétrants qu'ils nous paraissent. Et encore les rayons X de ROnlgen que de la X ne suffiraient pas. nos yeux étaient sensibles à cette lumière. le ciel entier devrait nous paraître beaucoup plus brillant que le Soleil. Pour toutes ces raisons. l'attraction n'est pas absorbée par les corps qu'elle traverse. D'un autre côté. et le résultat conserve le même caractère fantastique.

LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 2G9 portion de Ténergie de ces rayons X' devrait être détruite. tout ce que nous venons de dire suppose les lois ordinaires de la iront-elles mieux si Mécanique. mais nous savons qu'alors leur effet serait nul. pouvons-nous conserver le Principe de la Relativité ? Donnons d'abord à la théorie de Lesage sa forme primitive et supposons l'espace sillonné par des corpuscules matériels. il faut admettre qu'elle est rayonnée dans soit tous les sens sous forme de rayons secondaires. Telles sont les hypothèses compliquées auxquelles on est conduit quand on veut rendre viaJble la théorie de Lesage. 11 faut donc supposer que ces corpus- lois cules ne sont pas élastiques. que Ton pourra appeler X" et qui devront être beaucoup plus pénétrants encore que les rayons X'. Si on ne veut pas qu'elle transformée en chaleur. les de leur choc seraient conformes à ce Principe de Relativité. Mais. ce qui conduirait à une production de chaleur énorme. Les choses nous admettons la nouvelle Dynamique? Et d'abord. et cependant une résistance du milieu très sensible. sans quoi ils phénomènes troubleraient à leur tour les d'attraction. on trouverait encore une production de chaleur considérable. D'ailleurs. si ces corpuscules étaient parfaitement élastiques. et alors d'imaginer une loi il est difficile de choc compatible avec le Prin- cipe de la Relativité. sans quoi il n'y aurait pas d'attraction. Si nous supprimons les corpuscules et si nous revenons à Phypothèse de la pression Maxwell- .

va entrer en vibration sa vibration va mais il synchrone de celle de la lumière pourra y avoir une différence de phase. L'action moyenne est proportionnelle à cette différence. il absorbe de l'énergie. un de ces électrons.Mectron. C'est ce qu'a tenté Lorentz lui-même dans son Mémoire à l'Académie des Sciences d'Amsterdam Bartholi. variant en raison inverse du carré des distances et proportionnelle à Ténergie absorbée par les deux élec- Je ne puis entrer trons. si Télectron absorbe une partie de l'énergie incidente. c'est que c'est la l'élecvibration de l'éther qui entraîne l'électron tron doit donc être en retard sur l'éther. . frappé par Tune de ces ondes.SCIENCE ET MÉTHODE 270 ne seront pas moindres. ici dans le détail des calculs. en particulier celui qui est dû à la perturbation lumineuse eUe-même. donc tout champ magnétique. par conséquent à l'énergie absorbée par l'électron. néanmoins. cet . le résultat final est une que disons seulement attraction de deux électrons quelconques. . l'action moyenne n'est pas nulle s'il y a une différence de phase entre les vibrations de . en effet. du 25 les difficultés avril i900. Un électron en mouvement est assimilable à un courant de convectîon. Si. l'électron et celles de l'éther. . doit exercer une action mécanique sur de plus. Considérons un système d'électrons plongés dans un éttier parcouru en tous sens par des ondes lumineuses. être . Cette action est très faible elle change de signe dans le courant de la période.

ces théories subissent de nouvelles épreuves et qu'elles en triomphent. sans produc- tion de chaleur. Le nœud mann de la question est dans l'expérience de Kauf- et celles qu'on pourra tenter pour la vérifier. pour terminer. beaucoup elles s'appuient seulement sur un ensemble assez sérieux de probabilités pour s'en faut de qu'on n'ait pas . Qu'on me permette un vœu.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 27i ne peut donc y avoir d'attraction sans absorp- Il tion de lumière et. sans doute. IV % CONCLUSIONS. qui ne diffère pas au fond de celle de Lesage-Maxwell-Bartholi. Je me donner en peu de mots une suis efforcé de idée aussi complète que possible de ces nouvelles cherché à expliquer comment elles avaient pris naissance. De nouvelles expériences nous apprendront. d'ici quelques années. le droit de les traiter par le mépris. ce qu'on en doit définitivement penser. j'ai . et c'est ce qui a déterminé Lorentz à abandonner cette théorie. notre enseignement secondaire courra . Les théoil ries nouvelles ne sont pas encore démontrées doctrines . Supposons que. par conséquent. Il aurait trouvé que la température de la Terre devrait s'accroître de 10^^ degrés par seconde. sans quoi le lecteur aurait eu lieu d'être effrayé par leur hardiesse. Il aurait été beaucoup plus effrayé encore s'il avait poussé le calcul jusqu'au bout.

. Et alors. ils ne prendront pas Thabitude de la Mécanique ordinaire. avant de leur enseigner la mécanique ordinaire. leur en montrer les limites. quand ils^s'en seront pénétrés jusqu'aux moelles. I . C'est avec la Mécanique ordinaire qu'ils doivent c'est la seule qu'ils auront jamais à applivivre quer quels que soient les progrès de l'automobilisme. L'autre n'est qu'un luxe. sans inconvénient. quand ils auront pris le pli de ne penser que par elle. sans doute. on voudra ouvrir aux enfants des aperçus et. et Ton ne doit penser au luxe que quand il ne risque est si ! . quand ils ne risqueront plus de la désapprendre. . alors on pourra. et il dur de ne pas sembler assez avancé Au moins. plus de nuire au nécessaire. on les avertira qu'elle a fait son temps et qu'elle était bonne tout au plus pour cette vieille ganache de Laplace. nos voitures n'atteindront jamais les vitesses où elle n'est plus vraie.272 SCIENCE ET MÉTHODE un grand danger alors : dront. Les nouveautés sont si attrayantes. Est-il bon de les avertir qu'elle n'est qu'approchée ? Oui mais plus tard. faire quelques professeurs vou- une place aux nouvelles théories.

guère à citer qu'une idée ingénieuse de lord Kelvin.LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE CHAPITRE La voie lactée et la I théorie des gaz. ont peu attiré jusqu'ici l'attention des astronomes . les gaz sont formés d'une multitude . Tout le monde sait comment un grand nombre de physiciens modernes se représentent la constisuive. et tout ce tution des gaz. mais qui attend encore qu'on l'y je n'aurais non plus de résultats originaux à que je puis faire. c'est de donner une idée des problèmes qui se posent. mais que personne jusqu'à ce jour ne s'est préoccupé de résoudre. Les considérations que je veux développer ici. Je n'ai pas faire connaître. qui nous a ouvert un nouveau champ de recherches.

y semble d'abord que les chocs désordonnés de cette innombrable poussière ne peuvent engendrer s'il Il qu'un chaos inextricable devant lequel l'analyste doit reculer. mais il n'y a pas lieu d'entendre ce mot choc dans son sens l'autre. vient à notre aide en face d'un demi-désoidre. habituel. elles ne cessent de Tètre deux molécules viennent à passer assez près l'une de dans ce cas. il n'est pas nécessaire cules viennent en contact. nous devions désespérer. qui constitue la nous montre que les également réparties entre toutes les directions. mais que théorie cinétique des gaz vitesses des molécules .SCIENCE ET MÉTHODE 274 innombrable de molécules qui. elle sont . Mais la loi des grands nombres. que la grandeur de ces vitesses varie d'une molécule à l'autre. il que suffit les deux molé- qu'elles appro- chent assez l'une de l'autre pour que leurs attractions mutuelles deviennent sensibles. animées de grandes vitesses. le d'ésordre extrême. mais cette action décroît très rapidement avec la distance. cette loi suprême du hasard. Ces molécules agissent probablement à dis- tance les unes sur les autres. C'est ce qu'on appelle quelquefois un choc. Les lois de la sont déviation qu'elles subissent mêmes que les avait eu choc véritable. leur attraction ou leur répulsion mutuelle les fait dévier à droite ou à gauche. que leurs trajectoires restent de sorte sensiblement recti- que quand lignes. se croisent et s'entrecroisent dans tous les sens. mais dans . cette une sorte d'ordre moyen où C'est l'étude de cet ordre loi statistique rétablit l'esprit moyen peut se reprendre.

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ

même

275

soumise à une loi, dite loi
de Maxwell. Cette loi nous apprend combien il y a
de molécules animées de telle ou telle vitesse. Dès
que le gaz s'écarte de cette Joi, les chocs mutuels
des molécules, en modifiant îa grandeur et la direction de leurs vitesses, tend à l'y ramener promptement. Les physiciens se sont efforcés, non sam
succès, d'expliquer de cette matière les propriété^
expérimentales des gaz, par exemple la loi de
cette variation

est

Mariotte.

Considérons maintenant la Voie Lactée
là aussi,
nous voyons une poussière innombrable, seulement
les grains de cette poussière ne sont plus des atomes,
;

ce sont

des astres

,

ces grains se

avec de grandes vitesses

;

ils

meuvent aussi

agissent à distance les

uns sur les autres, mais cette action est si faible à
grande distance que leurs trajectoires sont rectiliet cependant, de temps en temps, deux
gnes
d'entre eux peuvent s'approcher assez pour être
déviés de leur route, comme une comète qui a passé
trop près de Jupiter. En un mot, aux yeux d'un
géant pour qui nos Soleils seraient pour nous nos
atomes, la Voie Lactée ne semblerait qu'une bulle
de gaz.
Telle a été l'idée directrice de lord Kelvin. Que
pouvons-nous tirer de cette comparaison ? Dans
quelle mesure est-elle exacte ? C'est ce que nous
allons rechercher ensemble ; mais avant d'arriver à
une conclusion définitive, et sans vouloir la préjuger, nous pressentons que la théorie cinétique des
gaz sera pour l'astronome un modèle qu'il ne devra
;

276

flCIENCE ET

MÉTHODE

pas suivre aveuglément, mais dont
ment s'inspirer. Jusqu'à présent,

il

pourra

utile-

Mécanique
attaquée
qu'au
système
solaire,
s'est
ne
ou à
Cteleste
quelques systèmes d'étoiles doubles. Devant cet
ensemble présenté par la Voie Lactée, ou les amas
d'étoiles, ou les nébuleuses résolubles, elle reculait,
parce qu'elle n'y voyait que le chaos. Mais la Voie
î^actée n'est pas plus compliquée qu'un gaz
les
méthodes statistiques fondées sur le calcul des prola

;

babilités

applicables

à

celui-ci,

le

sont aussi

à

Avant tout, il importe de se rendre compte
ressemblance des deux cas, et de leur diffé-

celle-là.

de

la

rence.

Lord Kelvin s'est efforcé de déterminer par ce
on en est
les dimensions de la Voie Lactée
réduit pour cela à compter les étoiles visibles dans
nos télescopes mais nous ne sommes pas sûrs que
derrière les étoiles que nous voyons, il n'y en a pas
d'autres que nous ne voyons pas ; de sorte que ce
que nous mesurerions de cette manière, ce ne serait
pas la grandeur de la Voie Lactée, ce serait la portée
de nos instruments. La théorie nouvelle va nous
offrir d'autres ressources. En effet, nous connaissons

moyen

;

;

les

mouvements des

étoiles

les plus

voisines

de

et nous pouvons nous faire une idée de la
grandeur et de la direction de leurs vitesses. Si les
idées exposées plus haut sont exactes, ces vitesses
doivent suivre la loi de Maxwell, et leur valeur
moyenne nous fera connaître, pour ainsi dire, ce
qui correspond à la température de notre gaz fictif.
Mais cette température dépend elle-même des

nous,

277

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAi

dimensions de notre bulle gazeiize. Comment va, en
effet, se comporter une masse gazeuse abandonnée
dans le vide, si ses éléments s'attirent d'après la loi
de Newton ? Elle va prendre la forme sphérique de
plus, par suite de la gravitation, la densité va être
plus grande au centre, la pression croîtra aussi de la
superficie au centre à cause du poids des parties
extérieures attirées vers le centre enfin, la tempéla température et la
rature croîtra vers le centre
pression étant liées par la loi dite adiabatique,
comme il arrive dans les couches successives de
;

;

:

notre atmosphère.
sera nulle, et

il

A

même,

la surface

même

en sera de

de

la

la pression

température

absolue, c'est-à-dire de la vitesse des molécules.

Une question

se pose ici

:

j'ai

parlé de la

loi

adiabatique, mais cette loi n'est pas la inême pour

tous les gaz, puisqu'elle dépend du rapport de leurs

deux chaleurs spécifiques pour Tair et les gaz analogues, ce rapport est de 1,42; mais est-ce à l'air
qu'il conviendrait d'assimiler la Voie Lactée? Evidemment non elle devrait être regardée comme un
gaz monoatomique, comme la vapeur de mercure,
comme Targon, comme Thélium, c'est-à-dire que le
;

;

rapport des chaleurs spécifiques devrait être pris

une de nos molécules ce
système solaire mais les planètes sont de bien petits personnages, le Soleil seul;
compte, de sorte que notre molécule est bien monoa-i
tomique. Et si nous prenons même une étoile

égal à 1,66. Et, en
serait par

double,

exemple

il

est

effet,

le

probable que

;

l'action

d'un

astre

étranger qui viendrait à en approcher deviendrait

>

SCIENCE ET MÉTHODE

278

assez sensible pour dévier le

mouvement de

transla-

tion général du système bien avant d'être capable

de troubler les orbites relatives des deux composantes rétoile double, en un mot, se comporterait
;

comme un atome

indivisible.

Quoi qu'il en soit, la pression, et par conséquent
température, au centre de la sphère gazeuse
seraient d'autant plus grandes que la sphère serait
la

plus grosse, puisque la pression s'accroît du poids

de toutes les couches superposées. Nous pouvons
supposer que nous sommes à peu près au centre de

Voie Lactée, et en observant la vitesse moyenne
étoile?»^ nous connaîtrons ce qui correspond à la température csjitrale de notre sphère
la

propre des

gazeuse et nous déterminerons son rayon.
Nous pouvons nous faire une idée du résultat par
faisons une hypothèse
les considérations suivantes
:

Voie Lactée est sphérlque, et les
masses y sont réparties d'une façon homogène ; il
en résulte que les astres y décrivent des ellipses
ayant même centre. Si nous supposons que la
plus simple

:

la

vitesse s'annule à la surface,

nous pouvons calculer

au centre par l'équation des forces
vives. Nous trouvons ainsi que cette vitesse est
proportionnelle au rayon de la sphère et à la racine
carrée de sa densité. Si la masse de cette sphère
était celle du Soleil et son rayon celui de l'orbite
terrestre, cette vitesse serait (il est aisé de le voir)
celle de la Terre sur son orbite Mais dans le cas
cette vitesse

que nous avons supposé, la masse du Soleil devrait
être répartie dans une sphère de ravon 1.000.000 de

«

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ
fois plus

grand, ce rayon étant

rapprochées

la distance

279

des étoiles

donc lO^^ fois
plus petite; or, les vitesses sont du même ordre,
donc il faut que le rayon soit 10^ fois plus grand,
les plus

;

la densité est

soit 1.000 fois la distance des étoiles les plus rapprochées, ce qui ferait environ un milliard d'étoiles

dans la Voie Lactée.
Mais vous allez dire que ces hypothèses s'écartent
beaucoup de la réalité d'abord, la Voie Lactée n'est
pas sphérique et nous allons revenir bientôt sur ce
;

point, et ensuite la théorie cinétique des gaz n'est

pas

compatible

avec

l'hypothèse

d'une

sphère
calcul exact conformé-

homogène. Mais en faisant le
ment à cette théorie, on trouverait un résultat différent sans doute, mais du même ordre de grandeur ;
or, dans un pareil problème, lès données sont si
incertaines que Tordre de grandeur est le seul but
que nous puissions viser.
Et ici une première remarque se présente; le
résultat de lord Kelvin que je viens de retrouver
par un calcul approximatif, concorde sensiblement
avec les évaluations que les observateurs ont pu
-faire

avec leurs télescopes

;

de sorte

conclure que nous sommes

qu'il

faudrait

tout près de percer
Voie Lactée. Mais cela nous permet de résoudre
une autre question. Il y a les étoiles que nous
voyons parce qu'elles brillent mais ne pourrait-il
y avoir des astres obscurs qui circuleraient dans les
espaces interstellaires et dont l'existence pourrait
rester longtemps ignorée ? Mais alors, ce que nouj
donnerait la méthode de lord Kelvin, ce serait le
la

;

SCIENCE ET MÉTHODE

2S0

nombre

en y comprenant les étoiles
son chiffre est comparable à celui

total des étoiles,

obscures

;

comme

que donne le télescope, c'est qu'il n'y a pas de
matière obscnro, ou du moins qu'il n'y en a pas tant
que de matière brillante.
Avant d'aller plus loin, nous devons envisager le
problème sous un autre biais. La Voie Lactée ainsi
constituée est-elle bien l'image d'un gaz proprement
dit ? On sait que Crookes^ a introduit la notion d'un
quatrième état de la matière, où les gaz devenus
trop raréfiés ne sont plus de vrais gaz et deviennent
ce qu'il appelle la matière radiante. La Voie Lactée,
vu la faiblesse de sa densité, sera-t-elle Timage de
la matière gazeuse ou celle de la matière radiante ?
Ce sera la considération de ce qu'on appelle le
libre parcours qui nous fournira la réponse.
La trajectoire d'une molécule gazeuse peut être
regardée comme formée de segments rectilignes
raccordés par des arcs très petits correspondant
aux chocs successifs. La longueur de chacun de ces

segments

est ce

qu'on

cette longueur n'est

appelle

pas la

le

même,

libre parcours

;

bien entendu,

pour tous les segments et pour toutes les molémais on peut prendre une moyenne c'est ce
cules
que l'on appelle le parcours moyen. Celui-ci est
d'autant plus grand que la densité du gaz est plus
faible. La matière sera radiante si le parcours moyen
est plus grand que les dimensions du vase où le
gaz est enfermé, de façon qu'une molécule ait
chance de parcourir le vase entier sans subir de
choc; elle reste gazeuse dans le cas contraire. II
;

;

la Voie Lactée n'est pas l'image de la matière gazeuse. Avonsnous des chances pour que ces cercles recouvrent un grand nombre de fois la sphère céleste ? Loin de là ils n'en recouvriront que la seize millième partie. . dans un tube de Crookes. dans un petit vase et .LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ résulte de là qu'un 281 même fluide peut être radiant gazeux dans un grand vase c'est peut-être pour cela que. n'avons pas à les modifier sensiblement. il faut pousser le vide d'autant plus loin que le tube est plus grand. le rayon de ces sphères sera vu sous un angle d'un dixième de seconde environ. Néanmoins. comme nos conclusions précédentes sont heureusement très peu précises. . Qu'arrive-t-il alors pour la Voie Lactée ? C'est une masse de gaz dont la densité est très faible. Ainsi. et nous avons un milliard d'étoiles. mais celle de la matière radiante de Crookes. chances de la traverser sans subir de choc. c'est-à-dire sans passer assez près d'une autre étoile pour être sensiblement déviée de sa route ? Qu'entendons-nous par assez près ? Cela est étoile a-t-elle des forcément un peu arbitraire mettons que cela soit la distance du Soleil à Neptune. nous étoiles de la . Plaçons sur la sphère céleste un milliard de petits cercles d'un dixième de seconde de rayon. . mais dont les dimensions sont très grandes une . ce qui représenterait une déviation d'une dizaine de degrés supposons donc chacune de nos étoiles enveloppée d'une sphère de garde de ce rayon une droite pourra. t-elle passer moyenne des entre ces sphères ? A la distance Voie Lactée.

Il gaz n'atteignent suite des chocs y aurait peut-être . des amas d'étoiles dont la forme est globulaire et auxquels s'appliquerait mieux ce que nous venons de dire jusqu'ici. puisque c'est là la Mais : n'est forme d'équilibre que prendrait un gaz isolé dans Il existe. Malheureusement. Mais. dont ils font même probablement partie. et bien qu ils soient plus denses. puisqu'elle est plus épaisse au centre mais elle ne serait pas aussi accentuée. Tespace. et nous avons jusqu'ici raisonné comme si elle Tétait. Herschel s'était déjà préoccupé d'expliquer leurs remarquables apparences. . à de la matière radiante leur équilibre adiabatique . les que par innombrables des molécules. les paraissent pas homogènes . on l'observerait quand même la sphère serait homogène. On peut donc plutôt comparer un amas à un gaz en équilibre adiabatique et qui prend la forme sphérique parce que c'est la figure d'équilibre d'une masse gazeuse. en revanche. Il supposait que les étoiles des amas sont uniformément distribuées. . de sorte qu'au bout d'une période Tamas retrouverait sa configuration primitive et que cette configu- amas ne on observe une condensation au centre.SCIENCE ET MÉTHODE 282 autre difficulté la Voie Lactée il y a une pas sphérique. direz-vous. or. de telle façon qu'un amas soit une sphère homogène chaque étoile décrirait alors une ellipse et toutes ces orbites seraient parcourues dans le même temps. ces amas sont beaucoup plus petits que la Voie Lactée. ils nous donneront plutôt quelque chose d'analogue ration serait stable.

. Or. elle n'est pas sphérique et on se la représenterait plutôt comme un disque aplati. Pour toutes ces raisons. dans ces conditions. il serait curieux d'examimer les amas connus. Mais revenons à la Voie Lactée. et nous l'avons déduite des vitesses propres observées . doivent être comparables à celles qu'atteindraient de semblables masses. nous aurions encore une matière que Ton pourrait regarder comme gazeuse si par hasard il y avait eu dans Tamas des étoiles dont la vitesse était plus grande. elles pourront traverser Tamas sans choc.LA \OIE LACTÉE ET LA TOÉORIE DES GAI 283 moyen d'arranger cela. ceci entraîne un certain embarras. Supposons que les étoiles de Tamas aient justement assez d'énergie pour que leur vitesse s'annule quand elles arrivent à la surface alors. celles que nous observons. elles Font quitté pour n'y plus revenir. Nous avons donné plus haut une valeur pour les dimensions de la Voie Lactée. de chercher à se rendre compte de la loi des densités et de voir si c'est la loi adiabatique des gaz. elles en sont sorties depuis longtemps. nous avons admis que les vitesses propres des étoiles. mais arrivées à arrière et le la surface. Il est clair alors qu'une masse partie sans vitesse de la surface arrivera au centre avec des vitesses différentes. elles reviendront traverseront de nouveau . elles finiront par être déviées par un choc. suivant qu'elle sera partie de la surface dans le voisinage du milieu du disque ou bien du bord du disque la vitesse serait notablement plus grande dans le dernier cas. . jusqu'à présent. en après un grand nombre de traversées. 13 .

comme Jupiter. Ou bien le système tout entier est animé d'une lotation commune. de sorte que le système tendra vers la forme sphérique. un pareil équilibre ne saurait être que provisoire.SCIENCE ET MÉTHODE S84 même qui sont du ordre de grandeur que celle de mais quelle est la dimension ainsi? Est-ce Tépaisseur? mesurée avons nous que est-ce le rayon du disque? C'est sans doute quelque chose d'intermédiaire mais que pouvons-nous dire alors de l'épaisseur elle-même. Et alors nous nous trouvons en présence de deux ou bien les étoiles de la Voie Lactée hypothèses sont animées de vitesses qui sont en majorité parallèles au plan galactique. . l'observation des mouve^ ments propres doit nous révéler une prépondérance des composantes parallèles à la Voie Lactée c'est à voir. et c'est pour cette raison qu'il plan. mais d'ailleurs distribuées uniformément dans tous les sens parallèlement à ce : en est ainsi. seule figure d'équilibre d'une masse gazeuse isolée. manquent pour faire le la Terre sur Torbite . je propres. les molécules. tst aplati comme la Terre. ou du rayon du disque? Les données me. S'il . D'autre part. me borne à vous faire entrevoir la possibilité de fonder une évaluation au moins approchée sur une discussion approfondie des mouvements calcul. vont acquérir à la longue des vitesses nota-^ blés dans le sens perpendiculaire à la Voie Lactée et finiront par sortir de son plan. car par suite des chocs. comme . car je ne sais si une discussion systématique a été faite à ce point de vue. je veux dire les astres.

rapide sans doute. elles ne sont pas entraînées dans cette rotation. soit un trentième de seconde d'arc par siècle. Il est vrai qu'elles sont très une nébuleuse a les dimensions de la Voie Lactée et si son rayon apparent est par exemple de 20".r VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ I>A tous corps les qui tournent. 285 comme que la rotation soit rapide. par leur mouvement apparent. puisque ce n'est pas sur translation de notre système que nous leur la deman- dons des renseignements. Ils ne nous apprendront rien sur la rotation elle-même. étrangères à la nôtre. mais il faut s'entendre sur le sens de ce mot. Seulement. Si les nébuleuses spirales sont d'autres Voies Lactées. une vitesse de rotation qui sera /lïP fois plus petite que celle du Soleil. les observables nous mouvements propres paraîtront uniformément distri- bués et il n'y aura plus de prépondérance pour les composantes parallèles au plan galactique. Dans cette hypothèse. sera une rotation très rapide. puisque nous faisons partie du système tournant. sa distance est 10. une vitesse lO^^ plus lente que celle de la Terre. il faut l'équilibre stable soit possible. nous révèlent bien la rotation diurne de la Terre. presque trop rapide pour que l'aplatissement est considérable.000 fois le rayon de la Voie Lactée. et on pourrait étudier leurs mouvements propres. Les étoiles fixes. bien . lui serait donc équivalente au point de vue de l'aplatissement. mais sur sa rotation. si Mais cela ne fait rien. La densité de la Voie Lactée est 10**^ fois plus faible que celle du Soleil. éloignées .

On sait que parmi les nébuleuses irrésolubles. et d'ailleurs les pointés sur les nébuleuses ne peuvent être très précis il faudrait donc des milliers d'années d'observations pour apprendre . Malheureusement. ils celle d'Orion. la figure de la Voie Lactée serait une figure d'équilibre définitif. ces nébuleuses ne sont donc pas formées d'étoiles .1 ^88 SCIENCE ET MÉTHODl que leur distance soit immense. d'autres Voies Lactées très tée. elles font donc partie du système. dans cette deuxième hypothèse. les nébuleuses spirales. éloignées de la nôtre. Quoi qu'il en soit. que ce sont. d'ailleurs leur dis- tribution sur le ciel paraît dépendre de la Voie Lac- une tendance à s'en éloigner. Les travaux récents de Stratonoff tendent à nous fuire regarder la Voie Lactée elle-même comme une nébuleuse spirale. quelque chose. la rotation possible de la Voie Lactée. en un mot. soit au contraire à s'en rapprocher. soit qu'elles aient . les sont discontinus. Les spectres des deux premières familles ont été irrégulières déterminés. les nébuleuses généralement considérées comme spirales sont indépendantes de la Voie Lactée on admet qu'elles sont comme elle formées d'une multitude d'étoiles. on peut distinguer plusieurs familles comme : les nébuleuses nébuleuses planétaires et annulaires. si rapide qu'elle soit relativement. Je ne discuterai pas relative de plus longtemps la valeur ces deux hypothèses parce qu'il y en a une troisième qui est peut-être plus vraisemblable. est bien lente au point de vue absolu. et c'est là . Au contraire.

alors à l'équateur la force centrifuge l'emportera sur l'at-r traction. Mais ce n'est pas tout que ces nébuleuses ne peuvent pas être . le noyau central perdrait constamment de la matière qui s'en irait pour ne plus revenir et se viderait progressivement. Dans cette manière de voir. il est évident que c^est Vaile mar- chante qui est en retard sur le pivot et cela déter- mine il le sens de la rotation. et que le rayon vecteur augmente. il faut les comparer à un gaz en mouvement permanent dans lequel régnent des courants intestins.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE PES GAZ la troisième Comment 287 hypothèse dont je voulais vous parler. est clair assimilées à un gaz en repos. . comme leur moment de rota- tion reste constant. il n y aurait pas un véritable mouvement permanent. mais en s'éloignant. le même sens. que la rotation du noyau central soit rapide (vous savez ce que j'entends par ce mot). tous les rayons spiraux sont courbés dans . Supposons. leur vitesse angulaire va diminuer. ni même à un gaz en équilibre relatif sous l'empire d'une rotation uni- forme . et c'est pour cela que l'aile marchante semble en retard. il suffit de jeter les yeux sur une de ces images pour voir que la masse est en rotation on peut même voir quel est le sens èz. et qui sont trop régulières et trop constantes pour être dues au hasard ? Tout d'abord. expliquer les apparences si singulières présentées par les nébuleuses spirales. trop rapide pour l'équilibre stable. par exemple.ïla rotation. et les étoiles vont tendre à s'évader par l'équateur et formeront des courants divergents .

au bout d'un certain temps. On peut admettre toutefois que la rotation du noyau est plus rapide que celle tend à ralentir le pivot et celle des rayons. elle tend à s'accentuer par cette cause* . il faut que la force centrifuge composée soit compensée par Tattraction . Une question subsiste . l'étoile perd sa vitesse et finit par s'arrêter. et. en effet. de sorte que finalement tous les rayons finissent par tourner avec une vitesse uniforme. l'essaim s'étant courbé. à ce moment ramène vers le noyau l'attraction la ressaisit et la y aura donc des courants centripètes. c'est à cause de l'attraction exercée par les essaims déjà existants sur les étoiles qui sortent du noyau dans leur voisinage. D'ailleurs. pourquoi ces essaims cen- tripètes et centrifuges tendent-ils à se concentrer en rayons au lieu de se disséminer un peu partout ? Pourquoi ces rayons se répartissent-ils régulièrement? Si les essaims se concentrent. si nous reprenons la comparaison avec une troupe en bataille qui exécute une conversion. Dès qu'une inégalité s'est produite. il exercée par les couches centrales de l'essaim sur couches extrêmes. A mesure qu'elle s'éloigne. un régime les permanent s'établit.288 SCIENCE ET MÉTHODE Mais nous pouvons modifier Thypothèse. Il faut admettre que les courants centripètes sont au premier rang et les courants centrifuges au deuxième rang. l'at- traction exercée sur le pivot par l'aile marchante du pivot sur l'aile marchante tend à accélérer la marche de cette aile qui n'augmente plus son retard.

que tous les astres soient dans deux plans rectangulaires de façon que leur distribution soit symétrique par rapport à ces deux plans. Ce que je viens de vous dire des courants intestins vous montre qu'il pourra y avoir quelque intérêt à discuter systématiquement l'ensemble des mouvements propres. c'est ce qu'on pourra entreprendre dans une centaine d'années. Si ce que nous avons . ni pour que la symétrie s'altère. Cette configuration nous donnerait donc l'équilibre. celle que nous faisons maintenant. égaux entre eux et se coupant à90*. nous trouverons une configuration d'équilibre analogue avec quatre rayons courbes. il n'y aurait pas de raison pour qu'ils sortent de ces plans. Par symétrie. celle de l'âge de la Voie Lactée ou des Nébuleuses. Je ne suis pas en état de préciser davantage : il me suffit de vous faire entrevoir que ces formes spi::^ raies pourront peut-être être expliquées un jour en ne faisant intervenir que la loi de gravitation et des considérations statistiques rappelant celles de la théorie des gaz. mais ce serait un équilibre instable.LA VOIE LACTÉE BT LA THÉORIE DES GAZ Pourquoi ment? Cela les 289 rayons se répartissent-ils régulière- est plus délicat. cet équilibre pourra être stable. Supposons qu'il n'y ait pas de rotation. appeler votre attention sur une question. pour terminer. et si la rotation est assez rapide. Mais je voudrais. quand on fera la seconde édition de la Carte du ciel et qu'on la comparera à la première. S'il y a rotation au contraire.

c'est qu'elles sont très vieilles. pas toujours cependant. de sorte que nos Voies Lactées ne pourront vivre éternellement ni devenir infini- ment vieilles. cet équilibre n'est pas définitif et ne saurait durer toujours. et une fois sortie elle n'y rentrera plus. si s'établir qu'à la suite d'un les nébuleuses ont atteint cet équilibre. et nous aurons Une limite inférieure de leur âge. Mais il ne s'agit q le de la vitesse moyenne. par suite des chocs. de sorte que le régime actuel pourra persister pendant un temps extrêmement long. si réellement la Voie Lactée (ou au moins les amas qui en font partie). Cette espèce d'équilibre statistique dont les gaz nous donnent le modèle ne peut grand nombre de chocs. et alors elle va sortir de l'atmosphère. une vitesse énorme. Et ce n'est pas tout. Nos nébuleuses spirales seraient assimilables à des gaz animés de mouvements permanents. nous pourrions nous en faire une idée. Considérons notre atmoà la surface doit régner une température sphère infiniment petite et la vitesse des molécules y est : voisine de zéro. une de ces molécules pourra acquérir (rarement il est vrai). Ce qui correspOind ici à la viscosité (et qui dépend des chances de choc des molécules) est excessivement faible. Nous en aurions également une limite supérieure.SCIENCE ET MÉTHOBS 290 cru voir venait à se confirmer. mais les gaz en mouvement sont visqueux et leurs vitesses finissent par s'user. il ne pourra se produire qu'après un temps très long. notre atmosphère se vide donc ainsi avec une . Si ces chocs sont rares.

estiment que les Soleils ne tres peuvent avoir qu'une existence éphémère. se fondant sur d'auconsidérations. notre minimum serait bien plus grand que cela. et celles que nous voyons ne sont-elles qu'une faible minorité auprès de celles qui sont ou qui s'allumeront un jour? Mais comment que nous avons dit plus haut sur l'absence de matière obscure en proportion notable? Devrons-nous abandonner l'une des deux hypothèses. nous allons trouver des chiffres énormes.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ 291 extrême lenteur. La Voie Lactée va aussi de temps en temps perdre une étoile par le même mécanisme. Aussi bien est-il intéressant de poser des problèmes. même quand la solution en semble bien lointaine. et laquelle? Je me borne à signaler la éteintes concilier cela avec ce difficulté sans prétendre la résoudre. cinquante millions d'années environ. Faut-il croire que l'évolution de la Voie Lactée a commencé quand la matière était encore obscure? Mais comment les composent sont-elles arrivées toutes temps à Tâge adulte. Mais ici une difficulté se bien. Eh il est certain que si nous supputons de Tâge de la Voie Lactée. . âge qui doit si peu étoiles qui la en même durer? ou bien doivent-elles y arriver toutes successivement. cette façon présente. Certains physiciens. et cela également limite sa durée. je terminerai donc sur un grand point d'interrogation.

géodésie est une des sciences les plus car c'est une de celles qui nous coûtent le plus cher. j'imagine qu'il répondrait « Je suis porté à croire un luxe : que la utiles . Les grands travaux d'art. » Je voudrais essayer de vous faire une réponse un peu plus précise. Tout le monde comprend quel intérêt nous avons forme et les dimensions de notre & connaître la globe mais quelques personnes s'étonneront peutêtre de la précision que l'on recherche. Mais une carte ne sera qu'une fantaisie sans aucune valeur si on veut la construire sans l'appuyer sur une . Ces études ne peuvent se faire que sur une bonne carte. Est-ce là . inutile ? A quoi servent les efforts qu'y dépensent les géodésiens ? Si l'on posait cette question à un parlementaire. ne peuvent être entrepris sans de longues études qui épargnent bien des tâtonnements. des saécomptes et des frais inutiles.CHAPITRE II La Géodésie française. ceux de la paix comme ceux de la guerre.

et les conquêtes de la science n'ont de valeur que si elles en préparent de nouvelles. cette découverte serait par elle-même sans grand intérêt. de plus importantes. si. Ce n'est pas sur celles-là qu'il convient d'insister plus hautes et. cette ossature. mesures géodé- donc. Si la Terre était aplatie. Or. Eh bien quand. Maupertuis et La Condamine affrontaient des climats si divers. Autant faire tenir debout humain dont on aurait retiré le squelette.293 LA GÉODÉSIE FRANÇAISE un corps ossature solide. Elle deviendra précieuse. et toute la . n'a que peu de prix. au contraire. Ces raisons suffiraient sans doute pour justifier bien des dépenses. sans géodésie. au xviii* siècle. ce n'était pas seulement pour connaître la forme de notre planète. nous avons Tespoir de pénétrer de nouveaux secrets. . pas de grands travaux publics. sans bonne carte. Nous poserons donc la question autrement : la géodésie peut-elle nous aider à mieux connaître la nature? Nous en fait-elle comprendre l'unité et l'harmonie ? Un fait isolé. en effet. Si donc on venait à découvrir une petit bosse sur l'ellipsoïde terrestre. Newton triomphait et avec lui la doctrine de la gravitation Mécanique céleste moderne. il s'agissait du. ce sont les siques qui nous la donnent pas de bonne carte . il y en a de à tout prendre. mais ce sont des raisons propres à convaincre des hommes pratiques. système du Monde ! tout entier. ici . en recherchant la cause de cette bosse.

c'est peut-être le voyage au centre de la Terre qui nous a conduits dans les régions les plus inexplorées. Eile nous fera ainsi voir réellement ces mystérieuses régions que Jules Verne ne nous montrait qu'en imagination. exercent au loin leur attraction qui agit sur le pendule et déforme le sphéroïde terrestre. au contraire. Les puits de mines et les sondages ont pu nous faire connaître une couche de 1 ou 2 kilomètres d'épaisseur. mais qu'ya-t-il dessous? De tous les voyages extraordinaires rêvés par Jules Verne. sous les continents. il les profondeurs des roches d'une très dans a y grande densité. un siècle et demi après la victoire des newtonienSj croit-on que la géodésie à nous apprendre? n'ait plus rien Nous ne savons pas ce qu'il y a dans l'intérieur du globe. dans tous les cas. est arrivé à un résultat toutes les fait pour nous surprendre. et nous renseigner sur leur répartition. montré de quel côté il faut chercher et ce que le géodésien peut apprendre au géologue. curieux de il . Des observations nouvelles modifieront peut-être ces conclusions dans les détails. Paye. bien y a des vides. Sous les Océans.SCIENCE ET MÉTHODE 294 Et aujourd'hui. Mais ces roches profondes que nous ne pouvons atteindre. M. Ce n'est pas parant là un songe creux. pour ainsi dire. Notre vénéré doyen nous a. La géodésie peut donc les peser de loin. c'est-à-dire la millième partie de la masse totale. en commesures.

ou du moins elles sont néces- saires. un caractère national.295 LA GÉODÉSIE FRANÇAISB connaître et la constitution intérieure de Terre. croyait notre globe allongé. parce qu'elles sont toujours fécondes. ainsi que l'exige la théorie de la gravitation. et Cassini qui. cette science a pris. pourquoi ai-je intitulé ce chapitre la Géodésie française ? C'est que. Bou-^ . presque toujours . en tous cas. la okême au penseur qui veut spéculer sur le passé de cette planète. Il faut bien qu'il y ait des rivalités. dans chaque pays. Les rivalités scientifiques sont toujours courtoises. Et. 11 est aisé d'en apercevoir la raison. L'observation directe pouvait seule trancher notre Académie la question. Nous sommes amenés ainsi à chercher quelle a été la part de la France. Eh bien ! dans ces entreprises qui exigent de longs efforts et tant de s'efface. maintenant. malgré de dire : entre les lui. nul n'a mon hommes. Ce n'est donc pas entre les nations que les rivalités s'exercent. bien entendu. gigantesque pour l'époque. des Sciences qui Ce fut entreprit cette tâche. Cette part. de longues discussions s'élevèrent entre les newtoniens qui croyaient la Terre aplatie. trompé par des mesures inexactes. ceci est collaborateurs. Pendant que Maupertuis un degré de méridien sous et Glairaut mesuraient le cercle polaire. Au début du xyu!"" siècle. je crois que nous avons le droit d'en être fiers. plus que toutes les autres peutet Torigine être. mais si l'individu le droit œuvre.

l'agence Gook n'existait pas et Maupertuis croyait pour de bon avoir fait une expé- dition polaire. pas les les Laponnes. ces douces satisfactions arctiqnes ne connaissent pas. de nos jours. et la différence des temps compense bien et l^s Suédois poursuivent aujourd'hui des celle des latitudes. Les Russes mesures analogues au Spitzberg. des caravanes de touristes et de jeunes Anglaises. Le nom de Maupertuis nous est parvenu fortement égratigné par les griffes du docteur Akakia . . . Certes. Il en fut d'abord flatteries des rois sont mais les loué outre mesure aussi redoutables que leur disgrâce. Mais. quelque chose. de confortables steamers transportent. vrais navigateurs C'était à peu près la région où. le pays un déserty et où opérait Maupertuis même il y goûta. Mais ils ont de tout autres ressources. dans un pays où il y a de vraies banquises.296 SCIENCE ET MÉTHODE guer et La Cîondamine se dirigeaient vers les mon- tagnes des Andes. car les lendemains en sont terribles Voltaire lui-même en a su qui était alors le roi de l'esprit. Nos missionnaires s'exposaient à de grandes fatigues. le savant avait eu le malheur de déplaire à Voltaire. Les voyages n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui. n'était parmi du cœur que dit-on. dans ce temps-là. chaque été. dans des régions soumises alors à l'Espagne et qui forment aujourd'hui la République de rÉquateur. Peut-être n'avait-il pas tout à fait tort.

et môme. doublé de >ès peu de science et de beaucoup de ridicule. sir Isaac Maupertuis il lui a écrit « Il n'y a que le roi de Prusse que je mette de niveau avec vous. Voltaire était trop éclairé pour ne pas le comprendre. le poète a écrit : Vous avez confirmé dans des lieux pleins d ennui Ce que Newton connut sans sortir dérobez lui. flatterie Voltaire a appelé Maupertuis. permettez-moi cependant quelques réflexions sur deux vers de Voltaire. marquis du cercle polaire. La nature est-elle gouvernée par le capricOy ou . sans nul doute. mais de son orgueil despotique. ce serait plutôt de la théorie qu'où ferait peu de cas. Mais bientôt la scène change. comme autrefois les Argonautes.Tt injustes. ou de descendre de TOlympe b conseil des dieux pour contempler ses travaux. Il ne parle plus de son esprit sublime. Ces deux vers (qui remplaçaient les hyperboliques louanges de la première heure) sont fo. Je ne veux pas raconter ces luttes héroï-comiques. Aujourd'hui. on n'estimait que les découvertes que Ton peut faire sans sortir de chez soi. tre suprême. faire un asile d'aliénés. cher aplatisseur du monde et de Cassini.LA GÉODÉSIE FRANC ildS 297 mon aimable maîà penser. mais de l'enchaîner dans diviniser. C'est là méconnaître ie but de la science. il ne lui manque que d*être géomètre ». Alors. il ne parle plus de le : . Dans son Discotiri sur la modération (il ne s'agit pas de la modératioii dans les éloges et dans les critiques). et.

des d'Alembert. c'étaient des hommes de foi. Maupertuis a donc droit à sa part de gloire. La France est déchirée à l'intérieur. sont aussi indispensables l'un que l'autre. Dès lors. Isolées. Del ambre et Méchain furent chargés de mesure! . que nous devons comparer Tun à l'autre. reste encore pour servir la science. . Toute l'Europe est armée contre elle. la théorie serait vide. sinon de l'accord d'une théorie avec l'expérience? Chercher si cet accord a lieu ou s'il fait défaut. Nous arrivons à ce qu'on peut appeler la seconde période héroïque de la Géodésie. elle ne vaudra pas celle de Newton qui avait reçu même de son collaborateur Glairaut. Certes. l'expérience serait myope. Mais d'où peut nous venir cette révélation.298 1 SCIENCE ET MÉTHODE rharmonie y règne-t-elle? voilà la question c'est quand elle nous révèle cette harmonie que la science . Loin de là. des Laplace qu'elle le doit c'est aussi à la longue patience des Maupertuis et des La Condamine. parce que son œuvre était nécessaire. devancée par l'Angleterre au xvu* siècle. a si bien Télincelle divine . Négliger l'un pour l'autre serait un nonsens. Elle n'est pas à dédaigner pourtant. Les il ce temps ne reculaient devant aucune entreprise. est belle et par là digne d'être cultivée. ces deux termes. ni celle pris sa revanche au siècle suivant. c'est donc là notre but. ce n'est pas seulement au génie des Clairaut. et si la France. il semblerait que ces luttes gigantesques duslui en hommes de sent absorber toutes ses forces. toutes deux seraient inutiles et sans intérêt.

. Delambre avait à lutter contre le mauvais vouloir de municipalités soupçonneuses. sur nos sommets récem- affranchis. Je ne sais plus quel proconsul avait passé par là. servent souvent de signaux aux géodésiens. En France. Les pay. les difficultés étaient autres mais elles n'étaient pas moindres. on ne manquait pas de clochers : ments mystérieux mais s'y installer avec des instru- et peut-être diaboliques. les escadres ennemies nous en fermeraient les chemins. les périls plus cette fois en même sont tout aussi grands. et qu'on peut viser avec précision. osait arborer Todieux étendard de contre-révolution? Force fut de border la toile blanche de bandes bleues et rouges.LA GEODESIE FRANÇAISE 299 un arc allant de Dunkerque à Barcelone. qui se voient de si loin. Méchain opérait en Espagne. Là. si les expéditions sont moins lointaines. On sait que les clochers. Ce Quel était ce ment la fut bien autre chose : de la toile blanche ! téméraire qui. éleva alors des pyramides de planches qu'on recouvrit de toile blanche pour les rendre plus visibles. n'était-ce pas un sacrilège? Les révolutionnaires étaient les alliés de TEspagne. l'époque est si troublée que les obstacles. et il se vantait d'avoir fait tomber tous les clochers qui s'élevaient orgueilleusement au-dessus de l'humble demeure des On sans-culottes. sans espagnols étaient hostiios. mais c'étaient des allié» qui sentaient un peu le fagot. il n'y avait plus de clochers. On ne va Laponie ou au Pérou . Mais dans le pays que Delambre traversait. Mais.

peut-être avec quelque exagération. . on menace de venir nous égorger. Le savant français rencontra toutes sortes de difficultés dont dance. Méchain n'obtint qu'après de longues semaines la permission de débarquer. elle échoua cependant. la crainte de la peste était bien . la guerre. première qu'on cherchait à faire franun large bras de mer en observant les signaux dressés sur quelque haute monC'était la fois chir aux triangulations tagne d'une île éloignée. Tenfer et tous les fléaux qu'il vomit sur la terre. amèrement dans sa correspon- écrit-il. la peste et les noires intrigues sont donc déchaînés contre moil » Le fait est qu'il rencontra chez ses collaborateurs plus d'orgueilleux entêtement que de bonne volonté et que mille incidents retardèrent son travail. à la condition de faire vinaigrer tous ses papiers. La peste n'était rien.300 8CIENCE ET MÉTHODE Sans cesse. aux lettres pastorales des évéques. » Heureusement. Ce furent Arago et Biot qui eurent l'honneur de rappel. L'entreprise était bien conçue et bien préparée. toutes ces îles se défiaient des îles plus redoutable voisines et craignaient d'en recevoirle fléau. Méchain expédition en Espagne : il fit une seconde se proposait de prolon- ger la méridienne de Barcelone jusqu'aux Baléares. Dégoûté et malade. ces farouches Espagnols se contentèrent de me« nacer. écrit Méchain. grâce aux exhortations des curés. les tempêtes. Quelques années après. il venait de demander son quand il mourut. c'était Tantisepsie du temps. « il se plaint L'enfer.

Pourquoi cet étranger montait -il sur les montagnes pour faire des signauxl? C'était évidemment pour appeler Tarmée française. au milieu de la vermine et dans la plus affreuse misère. Arago ne put échapper à la populace qu'en se constituant prisonnier. que de ses sujets et de ses S'il ne s'était agi hôtes. La prison elle-même n'était plus sûre. et les prisonniers furent relâchés. Les journaux de ce temps-là C'était le les donnaient quelquefois des nouvelles prématurées. Là. à la protection de plusieurs évêques et surtout à celle d'un célèbre chef de brigands. moment où TEspagne entière prenait armes pour défendre contre nous son indépendance. et Biot était rentré en France quand la tem- pête éclata. Le . Grâce à l'appui du gouvernement espagnol. Il eut du moins la consolation d'apprendre qu'il était mort avec courage et chrétiennement. il s'embarque pour Marseille sur un navire algérien. il n'avait d'autre distraction que de lire dans les journaux espagnols le récit de sa propre exécution. les opérations avancèrent assez vite. présent que voyait à Napoléon. il dut s'évader et gagner Alger. Mais deux lions. Elles étaient heureusement terminées. Le dey Le navire le il y avait à bord souverain africain en- menaça de la guerre.301 LA GÉODÉSIE FRANÇAISI reprendre Tœuvre inachevée et de la mener à bonne fin. Dans sa prison. Ce navire est capturé par un corsaire espagnol et voilà Arago ramené en Espagne et traîné de cachot en cachot. le dey n'aurait rien dit.

ce qui est plus extraordinaire. Dans les années qui suivirent. il fut retenu en Afrique et menacé du bagne.SCIENCE ET MÉTHODE 302 point aurait dû être correctement fait. il put retourner avait . en France ses observations qu'il avait conservées sous sa chemise. ses instruments avaient traversé sans dommage ces . Cependant les méthodes nouvelles d'observation et de calcul nous vinrent surtout d'Allemagne et d'Angleterre. la jonction de l'Espagne et de l'Afrique. Pendant de longs mais. on attendit une atmosphère calme et limpide. qui voulaient aller à Marseille. L'opération avait réussi. on enverra . Longtemps. Jusqu'ici. D'une montagne voisine de Nice. nous ne sommes pas restés inactifs et notre carte d'État-major est un modèle. mais elle a tenu la scène presque seule. Delà. Des stations furent installées sur quatre sommets. C'est seulement depuis une quarantaine d'années que la France a repris son rang. on aperçut ce mince filet de lumière qui avait parcouru 300 kilomètres au-dessus des mers. terribles aventures. le général Perrier. Enfin. et les marins algériens. sur les deux rives de la Méditerranée. traversant à pied la Kabylie au milieu de mille périls. on a conçu des projets plus hardis encore. abordèrent à Bougie. Aujourd'hui. qui a exécuté avec succès une entreprise vraiment audacieuse. Enfin. puisqu'il y un astronome à bord mais l'astronome avait le mal de mer. et. non seulement la France a occupé la première place. Elle le doit à un savant officier. Arago se rendit à Alger.

lés difficultés s'accroissent considérablement. car il doit revenir exactement ati point de départ. L'avenir de la géodésie française est actuellement entre les mains du Service géographique de l'ar- mée. Nos appareils pour la mesure des bases et des angles ne laissent rien à désirer. Depuis. après s'être réfléchi sur un miroir placé en Corse. l'activité de la géodésie française ne s'est pas ralentie. Mais à mesure qu'on recherche plus d'exactitude. successivement dirigé par le général Bassot et . Là encore. mais le rayon lumineux devra faire te voyage aller et retour. Et il ne faudra pas qu'il s'égare en route. impeccables. Le terrritoire de la France d'outre-mer.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 303 des signaux en Corse. 11 faut donc créer des instruments de plus en plus . se couvre de triangles mesurés avec précision. mais pour mesurer la vitesse de la lumière. On est devenu de plus en plus exigeant et ce que nos pères admiraient ne nous suffit plus aujourd'hui. la France ne s'est pas laissé distancer. et je citerai aussi le pendule de M. La distance n'est que de 200 kilomètres. qui permet de déterminer la pesanteur avec une précision inconnue jusqu'ici. non plus en vue de déterminations géodésiques. nous sommes environnés de pièges et nous devons nous défier de mille causes d'erreur insoupçonnées. Nous n'avons plus à racoîiter d'aussi mais l'œuvre scientifique étonnantes aventures accomplie est immense. comme celui de la métropole. le colonel Defforges.

Tétude des marées leur offrent un vaste champ de recherches. suffisent pas . Le lever de nos côtes. Je citerai enfin le niveUemeut général de la France qui à nos officiers sique : c'est la .8CIBNCE ET METBODE 304 par le général Berthaut. Il serait plus difficile de concilier les prétentions rivales de savants jaloux de leur îndépeaatdance. Je ne veux pas dire que les militaires soient exempts de passions. Pour scientifiques ne féliciter. Du reste. faire de On ne saurait trop s'en la géodésie. on sait que. quoique séparés par de grandes distances. dans notre armée. Plusieurs gouvernements étrangers ont fait appel pour organiser leur service géodépreuve que Pinfluence scientifique dehors ne s'est pas affaiblie. mais la discipline impose silence aux amours- propres trop sensibles. la science a toujours marché de pair avec J'ajoute qu'une le courage. L'Académie a longtemps retenti de la querelle de Bouguer et de La Condamine. de nos colonies. soucieux de ce qu'ils appellent leur gloire. au France la de Nos ingénieurs hydrographes apportent aussi à rœuvre commune un glorieux contingent. collaborateurs et l'imposer à ses auxiliaires indigènes. il les aptitudes faut être capable de supporter de longues fatigues sous tous les climats il faut que le dbef sache obtenir Tobéissance de ses . et qui devraient cependant opérer de concert. organisation militaire assure l'unité d'action indispensable. il y eut souvent des ëiscussions dont quelques-unes soulevèrent de longs échos. Ce sont là des qualités militaires. Entre les géodésiens d'autrefois.

du reste. d'ailleurs. pas été contestés et notre gouver- nement a tenu à MM. les exercer. notre empire colonial leur ouvre d'immenses espaces mal explorés. déterminé jadis par La Condamine. Lacombe ont exé- cuté une première reconnaissance. qui les a surnommés « los hombres de hierro ». puisque nos ancêtres avaient fait. prési- République de l'Equateur. en tra- versant des pays difficiles et en gravissant les som- mets a fait les plus escarpés. dans les nuages et dans la neige. elle y avait tous les droits. C'est la France qui a été chargée de cette opération . le général Alfaro. Ces droits n'ont. la conquête scientifique des Cordillères. Le travail ne leur manquera pas. l'un d'eux a dû rester plusieurs mois à l'altitude de 4.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 305 i'exécute par les méthodes ingénieuses et précises de M. et la rapidité les capitaines avec laquelle ils Maurain et ont accompli leur mission. mérite tous les éloges. La mission définitive partit ensuite sous le commandement de M. Lallemand. Mais nos officiers ont rencontré des difficultés imprévues dues au climat.000 mètres. Les résultats obtenus ont justifié les espérances que l'on avait conçues. les hommes de fer. Plus d'une fois. pour ainsi dire. Elle l'admiration de M. Arec de tels hommes. nous sommes sûrs de Tavenir. le lieutenant-colonel (alors commandant) Bourgeois. Ce n'est pas tout l'Association géodésique internationale a reconnu la nécessité d'une : mesure nouvelle de Tare de Quito. sans rien aperdent de la .

Mais. titude il n'en est résulté qu'un un surcroît de dépenses. sans que des mesures ait eu à en souffrir. grâce à leur persévé- rance et à leur courage. retard et l'exac- .306 SCIENCE ET UËTHODB cevoir des signaux qu'il avait à viser et qui refusaient de se démasquer.

Le savant qui les a constatés n'a rien appris qu'un différent . qui est le principal instrument de la solution. . bien qu'un choix soit toujours un sacrifice. j'ai dû ment questions que j'avais les faire choix. D'autres que moi auraient sans doute fait un choix mais peu importe. les uns sont sans portée. ils ne nous enseignent rien qu'eux-mêmes. car je crois qu'ils seraient arrivés aux mêmes conclusions. Je Tai expliqué d'abord par des considérations générales. Je l'ai expliqué ensuite par des exemples je ne les ai pas multipliés à Tinfini moi .tX)NCLUSIONS GÉNÉRALES Ce que j'ai cherché à expliquer dans les pages qui comment le savant doit s'y prendre précèdent. en rappelant d'une part la nature du problème à résoudre et d'autre part en cherchant à mieux comprendre celle de l'esprit humain. un aussi. et j'ai choisi naturellele plus étudiées. c'est pour choisir entre les faits innombrables qui s'ofTrent à sa curiosité. Il y a une hiérarchie des faits . . puisque aussi bien la naturelle infir- mité de son esprit l'oblige à faire un choix.

Ces faits-là. ce sont les faits complexes.6CIENCE ET MÉTHODE 308 fait. sur lesquels des circonstances multiples peuvent exercer pend de une influence sensible. semble-t-il se produisent mais ne sont pas destinés à se renouveler. Et un choix. Sans doute cette classification est relative et déla faiblesse de notre esprit. des faits à grand rendement. Et c'est là ce qui arrive le plus souvent. parce que Tenchevêtrement de ces circonstances dépasse la portée de notre esprit. d'autre a. ce sont ceux que nous jugeons simples. part. Mais je devrais dire plutôt que ce sont les faits que nous jugeons complexes. pour que nous puissions toutes les discerner. ce n'est pas de cet esprit supérieur que nous pouvons nous servir. Sans doute un esprit plus vaste et plus fin que le nôtre en jugerait-il différemment. Les . chacun d'eux nous enseigne une loi nouvelle. soit qu'ils prennent une apparence de simplicité. soit qu'ils le soient réellement. Mais peu importe. circonstances trop nombreuses et trop diverses. c'est du nôtre. parce que les circonstances multiples dont ils dépendent obéissent aux lois du hasard et arrivent ainsi à se compenser mutuellement. y fois. Les faits à petit rendement. Et c'est ce qui nous a obligés à examiner d'un peu près ce que c'est que le hasard. Les faits à grand rendement. et n'est faits une Il pas devenu plus capable de prévoir des nouveaux. parce qu'ils ne sont influencés que par un petit nombre de circonstances bien définies. c'est à ceux-ci que le puisqu'il faut faire savant doit s'attacher.

CONCLUSIONS GÉNÉRALES faits où les lois 309 du hasard s'appliquent. j'ai montré à l'œuvre l'esprit du mathématicien. qui se découragerait devant l'extraordinaire complication des problèmes où ces ne sont pas applicables. nous a construit notre notion ins. la logique n'est pas tout. Et dans la démonstration elle-même. Dans un cas comme dans l'autre. celui du géomètre inconscient qui chez nos lointains ancêtres. le vrai raisonnement mathématique est une véritable induction. de l'espace celui de l'adolescent à qui les maîtres de l'enseignement secondaire dévoilent les premiers principes de la science et cherchent à faire tinctive . mais aux sciences mathématiques. comprendre les définitions fondamentales. seraient réduits à une égaie impuissance. Nous avons vu que ces considérations s'appliquent non seulement aux sciences physiques. mais procédant . si j'ose m'exprimer ainsi. et sous trois formes l'esprit du mathématicien inventeur et créateur. La méthode de démons* tratîon n'est pas la même pour le physicien et pour le mathématicien. ou dans les brumeuses années de notre enfance. elles consistent à remonter du fait à la loi. lois et à rechercher les faits susceptibles de conduire à une loi. différente à bien des égards de Tinduction physique. deviennent accessibles au savant. Partout nous avons vu le rôle de Tintuition et de l'esprit de généralisation sans lequel ces trois étages de mathématiciens. Pour mettre c« point en évidence. Mais les méthodes d'invention se ressemblent beaucoup.

Ce sont toujours des faits simples qu'il faut choisir. nous avons mieux reconnu les liens qui les unissaient. Il y a des faits communs à plusieurs sciences. Une expérience de Kaufmann sur les rayons du radium révolutionne à la fois la Mécanique. qui semblent la source commune de cours d'eau divergeant dans toutes les directions et qui sont comparables à ce nœud du Saint-Gothard d'où sortent des eaux qui alimentent quatre bassins différents. Et quand les sciences n'ont pas de lien direct. mal dissimulés par l'emploi d'un langage inaccessible comme efforts elle du qu'on a particulier faits au profane. mais parmi ces faits simples nous devons préférer ceux qui sont placés à ces espèces de nœuds du Saint-Gothard dont je viens de parler. et alors nous avons aperçu une espèce de dessin général de la carte de la science universelle. l'Optique et TAstronomie. Tous les pour renverser cet ordre et pour ramener l'induction mathématique aux règles de la logique n'ont abouti qu'à des insuccès. Pourquoi ? C'est parce qu'à mesure que ces sciences se sont développées. Les exemples que j'ai empruntés aux science» physiques nous ont montré des cas très divers de faits à grand rendement. . elles s'éclairent encore mutuellement par l'analogie.SCIENCE ET MÉTHODE 310 au général. Et alors nous pouvons faire le choix des faits avec plus de discernement que nos devanciers qui regardaient ces bassins comme distincts et séparés par des barrières infranchissables.

sur son avenir. non cer sa lunette de quelques secondes pour viser signal qu'il a planté à grand'peine. à un certain point de vue.CONCLUSIONS GÉNÉRALES Quand on a 311 étudié les lois auxquelles obéissent les on savait qu'on s'attaquait à un fait de grand rendement et pourtant on estimait encore ce rendement au-dessous de sa valeur. cette petite bosse serait par elle-même sans grand intérêt. dait guère. puisque les gaz sont. sur les lois de son développement. Timage de la Voie Lactée. Win . ouvriront bientôt des horizons nouveaux à l'Astronomie qui ne s'y attengaz. c'est là mais c'est un fait seulement parce que cela lui révèle l'existence d'une petite bosse sur le géoïde terrestre. et que ces faits qui ne semblaient intéressants que pour le physicien. . mais parce que cette bosse lui donne des indications sur la distribution de la matière à l'intérieur du globe et par là sur le passé de notre planète. petit fait. Et enfin quand le géodésîen voit qu'il faut dépla- un un bien à grand rendement.

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• . — La Relativité de l'Espace — Les définitions mathématiques 95 et l'Ensei- gnement 123 — Les Mathématiques et Logique — lY.TABLE DES MATIÈRES *^1 INTRODUCTION LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCE Chap. — — — III. — Les Logiques nouvelles — Y. 64 II LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE Chap. — Les derniers des Logisticient Chap. la efforts 152 172 • . — Le hasard !•'. 192 . III. ^ LIVRE . L — n. 7 i9 • 43 . IL faits . — Le choix des — L'avenir des Mathématiques — L'invention mathématique IV.

•• . . . • j • — La Mécanique et l'Optique. . .. 255 • • • 273 231 « LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE \ Chap. • . CONCLUSIONS GÉNÉRALES la tliéorie des gaz. — La Mécanique et le Radium. III. IL — La voie lactée et — La Géodésie française. — I. • 290 307 .314 TABLE DES MATIERE! LIVRE in LA MÉGANIQUE NOUVELLE Page» Ghaf. 215 * . . — — I.. II. . — La Mécanique nouvelle et TAstronomie. . .

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