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Science et Méthode .

II. t. 1906. Carré et Théorie des Tourbillons. II. I. Carré.1 OUVRAGES DU MEME AUTEUR La Science et l'Hypothèse. Carré ei Xaud. et III. Carré et Naud. un volume Théorie mathématique de t. Paris. Carré. 1893. la in-18. t. I. Thermodynamique. 1892. Gauthiers-Villars. Naud. un volume in-18. Électricité et Optique. 1899: Paris. Théorie analytique de la Propagation de la Chaleur. Dernières pensées. La Valeur de la Science. Carré et Naud. 1892. Paris. 1901. Carré et Naud. Carré. Calcul des probabilités. un volume in-18. Les Méthodes nouvelles de Mécanique céleste. Carré Capillarité. Flammarion. 2^ édition. 1913. Flammarion Lumière. 1905. Flammarion. 1893. et 1892. 1893. Théorie de l'Élasticité. Naud. . 1895. 1896.

POINCARÉ Membre de l'Institut PARIS ERNEST FLAMMARION. . RUE RACINE. 26 1920 Tous droits de traduction. ÉDITEUR 26. d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays.Bibliothèque de Pliilosopfiie scientifique Science et Méthode PAR H.

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et qu'il vaut mieux ne pas regarder que de mal regarder. comment il doit faire ce choix. La méthode scientifique plus consiste à observer et à expérimenter. comme il n'a pas le temps de tout regarder et surtout de tout bien regarder.Science et Méthode INTRODUCTION Je réunis ici dlTerses études qui se rapportent ou moins directement à des questions de méthodologie scientifique. si le savant temps infini* il n'y aurait qu'à lui « Regardez et regardez bien » dire mais. elle se pose également au mathématicien. présager ce matiques. Cette question se pose au physicien comme à l'historien . Le savant s'y conforme instinctivement. La première question est donc de disposait d'un : savoir . que peut être l'avenir des mathé- . il est nécessaire qu'il fasse un choix. en réfléchissant sur ces principes. et on peut. et les principes qui doivent les guider les uns et les autres ne sont pas sans analogie.

en mathématique. dans les chapitres qui leur sont consacrés. Mais qu'est-ce que le hasard? Cette le particulier. J'aborde ensuite des questions qui se rap- portent plus particulièrement à certaines sciences spéciales et d'abord aux mathématiques pures. de façon à disparaître dans les moyennes cette compensation est due au hasard. l'invention général. Il est donc nécessaire de donner une définition aussi précise que possible de cette notion pourtant si ce que indispensable et Ce sont somme là je si viens insaisissable. des généralités qui s'appliquent en et par exemple le mathématique ne diffère pas sensiblement du mécanisme de Tinvention en à toutes les sciences mécanisme de . L'observation des procédés de travail du mathématicien est particulièrement instructive pour le psychologue. celle de l'invention . notion est difficile à justifier et même à définir . tout le monde monde que l'espace est relatif. Je dois d'abord parler de la notion d'espace. il faut compter avec les erreurs dues aux imperfections de nos sens et de nos instruments. on peut admettre que.^ SCIENCE ET liÉTHODB On s'en rendra mieux compte encore si Ton observe le savant à Toeuvre et tout d'abord il faut connaître mécanisme psychologique de Tinvenlion et. de traiter des sujets un peu plus abstraits. dans certaines conditions. au sujet des erreurs d'observation. et de dire. Heureusement. ces erreurs se compensent en partie. montre que le savant ne peut s'en passer. ou plutôt tout le dit. mais que de personnes pensent encore sait le . Dans toutes les sciences d'observation. Je suis obligé.

bien des géomètres croient qu'on peut réduire les mathématiques aux règles de la logiquB formelle. de renverser l'ordre historique de la genèse de nos conceptions et on a cherché à expliquer le fini par l'infini. les derniers chapitres relatifs à la mécanique et à F. la question que je me pose suivant et dont la solution pourrait. Les questions d'enseignement ont leur impor- tance. il suffit cepen- dant de réfléchir un peu pour apercevoir à quelles contradictions elles sont exposées. Des efl'orts inouïs ont été tentés dans œ sens pour y parvenir. Pourquoi les enfants ne comprennent-ils rien tions en ionner d'autres? C'est dam je le plus souvent aux défini- qui satisfont les savants? Pourquoi faut-il leur le chapitre Ciois. . J'esque le lecteur comprendra l'importance de la question et j'aidû me pardonnera Taridité des pages que y consacrer.stronomie seront d'une lecture plus facile. par exemple. prii. suggérer d'utiles réflexions aux philoso- phesqui s'occupent de la logique des sciences. et par coiséquent sur leur véritable origine. D'aitre part. pèie à montrer qu'il y a une illusion décevante. ensuite parce que. sur la meilleure manière de faire pénétrer "^fléchir notions nouvelles dans les cerveaux vierges. pour tous ceux qui aborderont le problème sans parti . Je croîs être parvenu. c'est-à-dire au fond sur leur véritable nature. on n'a pas craint. jts c'tst en même temps réfléchir sur la façon dont ces noions ont été acquises par nos ancêtres.O INTRODUCTION comme sî elles le croyaient absolu. d'abord par elles-mêmes.

par exemple. Mais il y a intérêt à faire connaître leurs doctrines.re les propriétés? C'est ainsi que. la méthode du physicien peut venir en aide à l'astronome. par une voie détournée. Mais cet ensemble ne peut-il être comparé à celui des molécules d'un gaz d)nt la théorie cinétique des gaz nous a fait connai. eit un ensemble de Soleils dont les mouvements senblent d'abord capricieux. uniquement parce que ce sont des novateurs. Certainement il brèche par de prématuré serait de leur donner raison dès aujourd'hui. Jais Tanalogie avec les phénomènes que ces laboratoires nous permettent d'atteindre peut néanmoins giider l'astronome. nos laboratoires sont trop petits. Est-ce bien là une qies. . les géodésiens nous )nt procuré les quelques notions que nous posséd)ns •ur la figure de la Terre. Enfin. La Voie Lactée. j'ai voulu faire en quelques lignes Thistâre du développement de la géodésie française 'ai montré au prix de quels efforts persévérants.^ SCIENCE ET METHODI La mécanique semble sur le point de subir une révolution complète. et c'est ce que cherché à historique faire. car trop étonnantes J'ai suivi le plus les si j'ii possible Tordre nouvelles idées sembleraient on ne voyait comment elles #nt pu prendre naissance. songer à leur appliquer directement la rimentale. L'astronomie nous offre des spectacles grandioses et On ne p3ut méthode expé- soulève de gigantesques problèmes. . Les notions qui paraissaient le mieux sont battues en établies hardis novateurs. et souvent de quels dangers.

sans doute. cette histoire nous enseigne en effet de quelles précautions il faut tion de entourer jne opération scientifique sérieuse et ce qu'il faut de temps et de peines pour conquérir décimale nouvelle.INTRODUCTION O méthode? Oui. uni- .

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ne laisser guider par l'utilité. infini. part pourquoi «i la Science pour la Science » est à ses yeux une con- Nous ne pouvons connaître tous puisque leur nombre est pratiquement ception absurde. pouvons-nous régler simple caprice de notre curiosité . ce choix sur vaut-il pas par nos le dès lors. mieux nous besoins pratiques et surtout moraux n'avons-nous pas mieux à faire que de compter nombre des nète U . Il faut choisir.LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCS CHAPITRE L% choix des Tolstoï quelque explique I faits. le coccinelles qui existent sur notre pla- ? est clair que le mot utilité n'a pas pour lui le . les faits.

pendant que le savant découvre un fait. et derrière eux la plupart de nos contemporains. évitant les excès. ne voudrais ni de cette ploutocratie avide et bornée. La question n'en subsiste pas moins. il s'en pro- duit des milliards de milliards dans un millimètre cube de son corps. uniquement occupée à tendre la joue gauche. Mais les savants croient qu il y a une hiérarchie . Pour moi. c'est uniquement ce qui peut rendre veilles de l'électricité . ni de cette démocratie vertueuse et médiocre. et où je vivraient des sages sans curiosité qui. ce serait vouloir faire entrer le tout dans la partie. c'est une affaire de goût et ce n'est pas ce point que je veux discuter.SCIENCE ET METHODE 8 sens que lui attribuent les hommes d'affaires. Vouloir faire tenir la nature dans la science. ai-je besoin de rais me le dire. ne mourraient pas de maladie. et nous ne saurions les rattraper . ni par conséquent de science. les faits vont plus vite que nous. Mais cela. je ne sau- contenter ni de l'un. retenir notre attention . et elle doit si notre choix ne peut être déterminé que par le caprice ou par l'utilité immédiate. ni de l'autre idéal . Gela est-il vrai ? Qu'il faille faire un choix^ cela n'est pas contestable. des mer- ou de Tautomobilisme qu'il regarde plutôt comme des obstacles au progrès moral l'utile. mais à coup sûr mourraient d'ennui. l'homme meilleur. Il se soucie peu des applications de Tindustrie. quelle que soit notre activité. il ne peut y avoir de science pour la science.

et ces si s'ils prati- hommes n'avaient fous désintéressés qui sont morts pauvres. tout aurait été i recommencer. qui ne pensaient jamais à l'utile. comment doit se faire notre les faits les plus intéressants sont ceux' qui . ces fous ont économisé à leurs successeurs la peine de penser. mais l'instinct c'est la routine. Cela nous montre choix . et qui pourtant avaient un autre guide que leur caprice. toutes les fois du moins qu'ils poursuivent un but immédiat et toujours le même. Ceux qui auraient travaillé uniquement en vue d'une application immédiate n'auraient rien laissé derrière eux et. ils 9 qu'on peut faire entre eux un choix judi- ont raison. la plupart des hommes n'aiment pas à penser et c'est peut-être un bien. comme ils sont nombreux. et c'est pourquoi une loi sera d'autant fourmi. Il faut plus précieuse qu'elle sera plus générale. comme Mach. puisque sans cela il n'y aurait pas de science et que la science existe. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que les conquêtes de l'industrie qui ont enrichi ques n'auraient jamais vu pratiques avaient seuls été devancés par des tant le d'hommes jour existé. Or.LB CHOIX DES FAITS des faits et cieux . et le plus souvent mieux que la raison ne guiderait une pure intelligence. rait l'a dit pas plus chez l'homme que chez l'abeille ou la donc penser pour ceux qui n'aiment pas à penser et. il ne progresseC'est que. il faut que chacune de nos pensées soit aussi souvent utile que possible. puisque l'instinct les guide. 8l si la pensée ne le fécondait pas. en face d'un besoin nouveau.

ne faisait Quels sont donc les faits qui ont chance de se renouveler ? Ce sont d'abord les faits simples. il n'en est pas comme tous les bonheurs auxquels on est ainsi accoutumé. il y aurait une grande probabilité pour qu'il soit formé de quelque substance inconnue . il n'y aurait pas de science peut-être . qu'ils ne soient pas les uns communs et les autres rares. avait que des individus pas les et pas d'espèce et si l'hérésemblables aux pères. comme lui nous ne pourrions dans un qu'obéir à nos caprices ou à nos besoins pareil monde. s'il y en a. mais qu'ils soient répartis uniformément. celui-là n'est pas apprécié à sa valeur. mille circonstances dité fils sont réunies par hasard. Mais y a-t-il des faits simples et. nous en ayons 60 milliards. puisque révolution n'aurait pu y développer les instincts conservateurs. . toutes les fois que nous ramasserions un nouveau caillou.SCIENCE ET MÉTHODE 18 peuvent servir plusieurs fois ce sont ceux qui ont chance de se renouveler. devant chaque objet nouveau nous serions comme Tenfant qui vient de naître. Grâce à Dieu. et qu'un hasard bien moins vraisemblable encore pourrait seul les réunir de nouveau. Nous avons eu le bonheur de naître dans un monde où il y en a. Le biologiste serait tout aussi embarrassé s'il n'y la . Alors. tout ce que nous saurions des autres cailloux ne vaudrait rien pour lui. Il est clair que dans un fait complexe. pensée et même la vie y seraient-elles impossibles. . Supposons qn'^n lieu de 60 éléments chimiques. comment Qui nous dit que ce que ne recouvre pas une effroyable les reconnaître ? Dious croyons simple .

c'est et ce que qui la justifie peut- les faits fréquents nous paraissent simples. Dans le second cas. de deux choses Tune. il faut le faire exprès. etpour faire avec des éléments multiples un édifice bien ordonné dans lequel on distingue quelque chose. ou bien les éléments sont assez intimement mélangés pour ne pouvoir être distingués. il ne sait pas démêler. Dans le premier cas. précisément parce que nous y sommes habitués. dans l'inflnimen grand et dans Finfiniment petit.LE CHOIX DES FAITS 11 complexité ? Tout ce que nous pouvons dire. seront donc plus facilement ramenés par le hasard. . L'Astronome Ta . ou bien cette simplicité est réelle. soit dans toute sa pureté. Et alors. Il y en a beaucoup au contraire pour qu'un mélange qui semble homogène au premier coup d'œil se renouvelle plusieurs fois. C'est ce qui justifie la méthode instinctivement adoptée par être le savant. Mais où est le fait simple ? Les savants ont été le chercher aux deux extrémités. même s'ils ne le sont pas. ce mélange ihtime a également plus de chance de se reproduire qu'un assemblage hétérogène le hasard sait mélanger. Les faits qui paraissent simples. nous avons chance de rencontrer de nouveau ce même fait simple. mieux encore. soit entrant lui-même comme élément dans un ensemble complexe. Il y a donc peu de chance pour qu'un assemblage où on distingue quelque chose se reproduise jamais. c'est que nous devons préférer les faits qui paraissent simples à ceux où notre œil grossier discerne des éléments dissemblables.

c'est préci. chaque thèse de sociologie propose une méthode nouvelle que d'ailleurs le nouveau docteur se garde bien d'appliquer. Le Socioles éléments. a cherché le phénomène élémentaire en découpant fictivement les corps en cubes infiniment petits. donc se préoccuper d'abord d'imaginer une méthode. trop variables. appartenant aux orga nismes les plus divers. trop complexes euxmêmes en un mot aussi.SCIENCE ET MÉTHODl 12 que les distances des astres sont immenses. rences qualitatives s'effacent et parce qu'un point est plus simple qu'un corps qui a une forme et des au contraire. si grandes. le Physicien. Et. l'histoire ne recommence . puisque les cellules. pourront être regardées comme constantes à l'intérieur de chacun de ces petits qualités. il faut . trop capricieux. pour qui sait reconnaître leurs ressemblances. que ne le sont ces organismes eux-mêmes. qui subissent des variations lentes et continues quand on passe d'un point du corps à l'autre. parce qu'aucune ne s'imposait. l'événement et lui a donné raison. cubes. De même le Biologiste a été instinctivement porté à regarder la cellule comme plus intéressante que l'animal entier. sont plus semblables entre elles. pas est comment alors choisir le fait intéressant qui celui qui recommence la méthode. . . et on en a imaginé beaucoup. trop sont pour lui sont les hommes. parce que les conditions du problème. que chacun d'eux n'apparaît plus que comme un point si grandes que les diffé- trouvé parce . de sorte que la sociologie est la science sément le choix des faits. qui logiste est plus embarrassé dissemblables.

Le savant procédera différemment comme il veut étudier la courbe pour elle-même. il répartira régulièrement les points à observer et dès qu'il en connaîtra quelques-uns. . On cessera de rechercher les ressemblances pour s'atta- cher avant tout aux différences.13 LE CHOIX DES FAITS qui possède le plus de méthodes et le moins de résultats. et qu'ils seraient inutilisables pour d'autres applications. les qui y sont bientôt sans intérêt. Un exemple simple fera mieux comprendre ma pensée je suppose qu'on veuille déterminer une courbe en observant quelques-uns de ses points. mais parce qu'elles seront les plus instructives. de sorte qu'il serait impossible de les relier par un trait continu. il . Mais pour cela comment les joindra a déterminé un point extrême de ne va pas rester tout près de celte va-t-il faire ? S'il la courbe. il . C'est donc par les faits réguliers qu'il convient de mais dès que la règle est bien établie. par un tracé régulier et il possédera la courbe tout entière. faits pleinement conformes sont nous apprennent plus rien de nouveau. commencer . dès qu'elle est hors de doute. . non seulement parce qu'elles seront les plus frappantes. rares dans d'autres. et parmi les diffé- rences on choisira d'abord les plus accentuées. . puisqu'ils ne C'est alors l'exception qui devient importante. Le praticien qui ne se préoccuperait que de l'utilité immédiate observerait seulement les points dont il aurait besoin pour quelque objet spécial ces points se répartiraient mal sur la courbe ils seraient accumulés dans certaines régions.

entre autres raisons. nous pouvons trouver nos règles habituelles entièrement bouleversées et ces grands bouleversements nous .«CIENCE ET MÉTHODE 14 extrémité. aideront à mieux voir ou à mieux comprendre les petits changements qui peuvent se produire plus près de nous. Mais ce que nous devons viser. c'est moins de lointains constater les ressemblances et les différences. dans le petit coin du naonde où nous sommes appelés à vivre et à agir. . nous les verrons s'élargir et tendre à tout embrasser. différentes par la matière. mais en y regardant de plus près. Nous connaîtrons mieux ce coin pour avoir voyagé dans les pays où nous n'avions rien à faire. nous voyons en général qu'elles se ressemblent. celui du passé géologique en allant très loin dans l'espace. Et voilà ce qui fait le prix de certains faits qui viennent compléter un ensemble et montrer qu'il est l'image fidèle d'autres ensembles connus. maïs il va courir d'abord à Tautre bout après les deux extrémités le . l'intérêt des faits astronomiques. quand une règle est établie. par Tordre de leurs parties. Les règles particulières semblent d'abord discordantes. ce que nous devons rechercher d'abord ce sont les cas où cette règle a le plus de chances d'être en défaut. point le pius instructif sera celui du milieu. que de retrouver les similitudes cachées sous les divergences apparentes. mais ces quelques . Ainsi. elles se rapprochent par la forme. ou bien très loin dans le temps. Quand nous les envisagerons de ce biais. et ainsi de suite. Je ne puis insister davantage. De là.

que le savant se suffît se condamne à de longs et pénibles travaux. plus peut-être que pour le bien futur de l'humanité. de la beauté des qualités et des apparences non que j*en fasse là. Le savant n'étudie pas la nature parce que cela est utile prend plaisir et belle. elle ne vaudrait pas la peine d'être connue.15 LB CHOIX DES FAITS f mots suffisent pour montrer que pas au hasard les faits compte pas des coccinelles. et sans ce support. Au contraire. est sujet à de capricieuses variationse Il cherche à condenser beaucoup d'expérience et beaucoup de pensée sous un faible volume. qu'il comme parce que le nombre de ces animaux. un squelette pour ainsi dire aux chatoyantes apparences qui flattent nos sens. C'est elle qui donne un corps. et qu'une intelligence pure peut saisir. le savant ne choisit doit observer. Si la il . la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. loin de science je veux parler de cette beauté plus intime qui vient de Tordre harmonieux des parties. y prend il l'étudié parce qu'il y plaisir parce qu'elle est nature n'était pas belle. Il ne le dit Tolstoï. de cette beauté qui frappe les sens. si intéressants qu'ils soient. la beauté intellectuelle àelle-même et c'est pour elle. . bien entendu. la beauté de ces rêves fugitifs ne serait . Mais nous n'avons encore envisagé qu'un des côtés de la question. Je ne parle pas ici. mais elle n'a rien à faire avec la fi. et c'est pourquoi un petit livre de physique contient tant d'expériences passées et mille fois plus d'expé- riences possibles dont on sait d^avaiice le résultat. qu'imparfaite parce qu'elle serait indécise et tou- jours fuyante. .

Et il n'y a pas à craindre que cette préoccupation instinctive et inavouée détourne le savant de la recherche de la vérité. ceux qui complètent le porles faits les plus trait et lui donnent le caractère et la vie. qui est d'après Mach la tendance constante de la science. Et c'est parce que la simplicité-. du nôtre. Et c'est ainsi également que cette économie de pensée. les mesquin auprès du vrai ciel. tantôt à rechercher dans les temps géologiques les traces d'un passé qui nous attire parce qu'il est lointain. jamais. que nous complairons tantôt à suivre la course gigantesque des astres. cette économie d'effort. parmi les traits de son modèle. s'étaient construit qui un furent ciel . qu'il est . qui nous fait choisir propres à contribuer à cette harmonie. de même que l'artiste choisit. com- réel le plus grands laissera loin derrière lui artistes Grecs.8CIENCB ET METHODB 16 donc C'est le sens la recherche de cette beauté spéciale. est une source de beauté en même temps qu'un avantage pratique. Et Ton voit que le souci du beau nous conduit aux mêmes choix que celui de l'utile. que nous rechercherons de préférence les faits simples et les faits grandioses. bien les le On peut monde rêver un monde harmonieux. de Tharmonie du monde. tantôt à scruter avec le nous microscope cette prodigieuse petitesse qui est aussi une grandeur. et où les colonnes semblent porter sans effort ^t allègrement le poids . Les édifices que nous admirons sont ceux où Tarchitecte a su proportionner les moyens au but. parce que la grandeur est belle.

héritière de la pensée des Grecs. que le penseur n'y puise pas lectuelle qui se toujours la sérénité qu'il devrait y trouver. On serait tenté de le croire. comme les gracieuses caria- tides de rErechthéion. et même qu'il y a des savants qui ont un très mauvais caractère. aux autres elle donnait Tempire. Mais cette recherche désintéressée du vrai pour sa beauté propre est saine aussi et peut rendre l'homme meilleur. si les Grecs ont triomphé des barbares et si l'Europe. c'est parce que les sauvages aimaient les couleurs criardes et leg sons bruyants du tambour qui n'occupaient que leurs sens. Je sais bien qu'il y a des mécomptes. domine le monde. et que même temps l'outil que mieux manier? Ou bien y par suite elles sont en cette intelligence sait le a-t-il là un jeu d® révolution Les peuples dont et de la sélection naturelle? l'idéal était le plus conforme à leur intérêt bien entendu ont-ils exterminé les autres Les uns et les autres poursuivaient leur idéal. . tandis que les Grecs aimaient la beauté intelcache sous la beauté sensible et que c'est celle-là qui fait l'intelligence sûre et forte. sans se rendre compte des conséet pris leur place ? quences. D'où vient cette concordance ? Est-ce simplement que les choses qui nous semblent belles sont celles qui s'adaptent le mieux à notre intelligence.17 LE CHOIX DES FAITS qu'on leur a imposé. Sans doute un pareil triomphe ferait horreur à Tolstoï et il ne voudrait pas reconnaître qu'il puisse être vraiment utile. mais tandis que cette recherche menait les uns à leur perte.

pense-t-on que les moralistes eux-mêmes sont irréprochables quand chaire 9 ils sont descendus de leur .^* SCIENCE ET MÉTHOD» Doit-on dire pour cela qu'il faut abandonner la science et n'étudier que la morale ? Eh quoi.

la vraie méthode est d'étudier leur histoire et leur état présent. et comme nous savons bien ce qu'il vaut. Heureusement. et qu'après eux il n'y aurait plus qu'à glaner. Bien des fois déjà on a cru avoir résolu tous moins. Il y a eu autrefois des prophètes de malheur. tout au les fait l'inventaire de ceux qui comportent solution. Ils répétaient volontiers que tous les problèmes susN'est-ce pas là. Pour prévoir Tavenir des mathématiques. avoir une problèmes. ou. ceptibles d'être résolus l'avaient été déjà.CHAPITRE II L'avenir des Mathématiques. Et puis le sens élargi. l'exemple du passé nous rassure. un procédé en quelque sorte professionnel? Nous sommes accoutumés à extrapoler^ ce qui est un moyen de déduire l'avenir du passé et du présent. pour nous autres mathématiciens. nous ne risquons pas de nous faire illusion sur la portée des résultats qu'il nous donne. les du mot solution s'est problèmes insolubles sont devenus 2 les .

j'allais dire c'est les crée. cela deviendrait un peu ^ffrayant. lui non plus. puis celle où ne figurent que des fonctions algébriques ou logarithmiques. On me répondra « dans tous les sens » et cela est vrai en partie. parmi innombrables que la nature nous offre. II en est de même. ne pourra jamais contenir l'univers tout entier. C'est lui qui construit de . mais si cela était tout à fait vrai. de sorte qu'à présent je crois bien qu'il n'y en a plus. qu'on obtient par l'extraction de radicaux. doivent faire un choix n'est entre les faits . qui qu'un coin de l'univers. le physicien lui-même. le mathématicien. a fortiori^ en mathématiques. il en est qu'on laissera de côté et d'autres qu'on retiendra. Les pessimistes se trouvaient ainsi toujours débordés. intention n'est donc pas de les com^battre Mon nous savons bien que les mathématiques continueront à se développer. de sorte que. d'autant plus que ces faits c'est son caprice. rant la vérité inconnue. le cerveau du savant. cela a été celle . Pour les Grecs.SCIENCE ET MÉTHODE «0 plus intéressants de tous et d'autres problèmes se sont posés auxquels on n'avait pas songé. Nos richesses ne tarderaient pas à devenir encombrantes et leur accumulation produirait un fatras aussi impénétrable que l'était pour l'ignopuisqu'ils sont morts. une bonne solution était celle qui n'emploie que la règle et le compas ensuite. toujours forcés de reculer. L'historien. ne peut conserver les faits pêle-mêle tous les faits qui se présentent à lui. mais il s'agit de savoir dans quel sens. qui lui.

si en les une nécessité. au lieu de cultiver notre science que de nous plaisir. Comment donc fontils pour choisir entre les faits naturels? Nous l'avons été . si nous n'avions pas cultivé les sciences exactes pour elles- mêmes. Dira-t-on que. ni électrochimie. que quelque besoin urgent étudier de ils la vi^ matérielle leur ont bien raison. c'est de ces derniers que nous devons attendre le mot d'ordre. parce qu'elle n'aurait à leurs yeux qu'une curiosité sans intérêt pratique. Sans doute il arrive quelquefois que le mathétoutes pièces maticien aborde un problème pour satisfaire à un besoin de la physique. ce n'est pas en général la nature qui la lui apporte toute faite. pour un phénomène. et savants du xviii® siècle ait fait avaient délaissé l'électricité. Cette façon de voir est-elle légitime? Certainement non. n'avoir d'autre souci accommoder au goût de la clientèle? Si les mathé- matiques n'ont d'autre objet que de venir en aide à ceux qui étudient la nature. et le créé l'instrument mathé- jour où serait venu le mot d'ordre du physicien. Les physiciens. ni électrotechnique. nous n'aurions au xx* siècle ni télégraphie. nous autres géomètres. nous aurions été désarmés.l'avenir des mathématiques 21 une combinaison nouvelle en eu rapprochant lés éléments. forcés de choisir. pour notre et. ne sont donc pas guidés dans leur choix uniquement par l'utilité. nous n'aurions pas matique. Les physiciens non plus n'attendent pas. nous devons nous borner à attendre les commandes. que le physicien ou Tingénieur lui demandent de calculer un nombre en vue d'une application.

ce sont donc ceux qui analogues à beaucoup d'autres comme faits. Il sujet de devoir . mais une de ces combinaisons. si ce n'est peut-être pour renseignement en sera tout autrement le jour où cette combinaison prendra place dans une classe de à donner un secondaire. En mathématiques nous faisons tout à fait la même chose. des éléments variés dont nous disposons. som qui ne nous mais comme étroitement groupés avec d'autres. ceux du vulgaire comme ceux du savant. parlons-en donc comme si elle était vraie. Eh bien. des esprits qui. Mais ce que le vrai physicien seul sait voir. les faits qui Hes intéressent ce sont ceux qui peuvent conduire à la découverte d'une loi. Le fait isolé frappe tous les yeux. : cache derrière. L'anecdote de la pomme de Newton n'est probablement pas vraie. sous le fait brut. dont l'analogie mais cachée. Les faits seraient stériles s'il n'y avait des esprits capables de choisir entre eux en discernant ceux derrière lesquels il se cache quelque chose et de reconnaître ce qui se c'est le lien qui unit plusieurs faits est profonde.22 8GIBNGB ET llâTHODB expliqué dan& le chapitre précédent. tant qu'elle est isolée. mais cela ne sert absolument à rien. nous nous sommes souvent donné beaucoup de peine pour la construire. sentiront Tâme du fait. est absolument dépourvue de valeur. nous pouvons faire sortir des millions de combinaisons différentes. nous devons croire qu'avant Newton bien des hommes avaient vu tomber des pommes aucun n'avait rien su en conclure. mais elle est symbolique. apparaissent pas isolés.

ce sera celui qui aura mis en évidence leur parenté. Quelqu'un autrefois a reconnu.23 l'avenir des mathématiques combinaîsons analogues et où nous aurons remarqué cette analogie. Le sauvage calcule la avec ses doigts ou en assemblant de petits cailloux. L'importance d' jn fait se mesure donc à son rendement. Le célèbre philosophe viennois Magh a rôle de la pensée. . ce jour-là. Souvent. nous ne serons plus en présence d'un fait. Et. . que 6 fois 7 font 42 et il a eu Tidée de noter le résultat. Tautre seul aura senti Tâme du fait. l'histoire de la science nous fournirait une foule d'exemples qui sont familiers à tous. ce ne sera pas Touvrier qui aura patiemment édifié quelques-unes de ces combinaisons. et ce mot aura été créateur. mais d'une loi. Le premier n'aura vu que le fait brut. de d'effort. si un milliard d'hommes avait dû la recommencer après lui. il lui aura suffi d'inventer un mot nouveau. En apprenant aux enfants la table de multiplication. avec des cailloux ou autrement. Celui-là n'a pas perdu son temps si même il ne calculait que pour son plaisir son opération uq lui a pris que deux minutes. nous leur épargnons pour plus tard d'innombrables manœuvres de cailloux. pour affirmer cette parenté. c'est-à-dire à la quantité de pensée qu'elle nous permet d'économiser. dit que le Science est de produire l'économie de même que Et cela est machine produit l'économie très juste. le véritable inventeur. elle en aurait exigé en tout deux milliards. et c'est pour cela que nous n'avons pas besoin de recommencer.

c'est une force nouvelle. si en un mot ils m'ont fait entrevoir la possibilité d'une généralisation. Je n'aurai pas perdu mon temps. tout le monde sent y a des analogies qui ne peuvent s'exprimer par une formule et qui sont les plus précieuses. Ce n'est pas alors un résultat noules première veau que j'aurais acquis. Grâce à elle un seul calcul algébrique nous épargne la peine de recommencer sans cesse de nouveaux calculs numériques. si ces tâtonnements mêmes ont fini par me révéler Tanalogie profonde du problème que je viens de traiter avec une classe beaucoup plus étendue d'autres problèmes. je ne serai pas payé de ma peine si je ne suis devenu par là capable de prévoir les résultats d'autres calculs an2|. pourvu que l'on remplace à la fin les lettres par des nombres. est l'exemple simple qui se présente tout d'abord à l'esprit. Si un résultat nouveau a du prix. s'ils m'en ont montré à la fois les ressemblances et les différences. et il n'en est pas autrement en mathématiques.logues et de les diriger à coup sûr en évitant tâtonnements auxquels j'ai dû me résigner la fois. au contraire. mais qu'il . c'est quand en reliant des éléments connus depuis longtemps. Une formule algébrique qui nous donne la solu- tion d'un type de problèmes numériques.24 SCIENCE ET MÉTHODE En physique. parce qu'ils permettent d'en prévoir un très grand nombre d'autres. Je me suis livré à un calcul compliqué et suis arrivé péniblement à un résultat. les faits à grand rendement sont ceux qui rentrent dans une loi très générale. Mais ce n'est là qu'un exemple grossier.

Mais. Les mathématiciens attachent une grande importance à Télégance de leurs méthodes et de leurs résultats ce n'est pas là du pur dilettantisme. Notre esprit est infirme comme le sont nos il se perdrait dans la complexité du monde sens si cette complexité n'était harmonieuse. dans une démonstration. . . plus par conséquent . ce qui nous permet par conséquent d'y voir clair et d'en comprendre Tensemble en même temps que les détails. leur symétrie. Qu'est-ce qui nous donne en effet dans une solution. il n'en verrait que les délails à la façon d'un myope et il serait forcé d'oublier chacun de ces détails avant d'examiner le suivant. parce qu'il serait incapable de tout embrasser. plus nous verrons cet ensemble clairement et d'un seul coup d'œil. Teur heureux balancement c'est en un mot tout ce qui y met de Tordre. Les seuls faits dignes de notre attention sont ceux qui introduisent de Tordre dans cette complexité et la rendent ainsi accessible. en effet. mieux nous apercevrons ses analogies avec d'autres objets voisins. précisément. II nous permet alors de voir d'un coup d'œil chacun de ces éléments et la place qu'il occupe daûs Tenscmble. mais lui seul donne lei3r valeur à tous les faits anciens qu'il relie. le sentiment de Télégance? C'est Tharmonie des diverses parties. tout ce qui leur donne de Tunité. Ce fait nouveau non seulement est précieux par lui-même. . c'est là aussi ce qui lui donne un grand rendement. il introduit subitement Tordre là où régnait Tapparence du désordre.l'avbnir des mathématiques 25 jusque-là épars et paraissant étrangers les yns aux autres.

quand un calcul un peu long nous a conduits à quelque résultat simple et frappant. Cette satisfaction esthétique est par suite liée à l'économie de pensée.26 iCIENCE ET MÉTHODl nous aurons de chances de deviner lisations sentiment possibles. et c'est à cause de cette adaptation même que cette solution peut être pour nous un instrument. En un mot. nous ne sommes pas satisfaits tant que nous n'avons pas montré que nous aurions pu prévoir^ sinon ce résultat tout entier. de L'élégance Timprévu par peut la les généra- provenir rencontre du inat- tendue d'objets qu'on n'est pas accoutumé à rapprocher. puisqu'elle nous dévoile ainsi des parentés jusque-là méconnues. elle nous fait alors réfléchir à la raison de ce contraste et ie plus souvent elle nous fait voir que cette raison n'est pas le hasard et qu'elle se trouve dans quelque loi insoupçonnée. C'est pour la même raison que. du moins ses traits les plus caractéristiques. Pourquoi? Qu'estce qui nous empêche de nous contenter d'un calcul qui nous a appris. là encore elle est féconde. ie sentiment de l'élégance mathématique n'est autre chose que la satisfaction due à je ne sais quelle adaptation entre la solution que l'on vient de découvrir et les besoins de notre la esprit. mais je x>e veux pas la resservir trop souvent. dans des cas ana- . semble-t-il. elle est féconde même quand elle ne résulte que du contraste entre la simplicité des moyens et complexité du problème posé. tout ce que nous désirions savoir? C'est parce que. C'est encore la comparaison de l'Erechthéion qui me vient à l'esprit.

ce n'y a rien . Mais si on la prenait trop à la lettre. Je crois que personne ne contestera cette vérité. Et puisqu'il nous permet de prévoir si la solution de ces problèmes sera simple. Depuis le milieu du siècle dernier. ils ont bien raison et cette ten- dance s'accentuera de plus en plus. et même du raisonnement souvent à demi intuitif qui aurait pu nous permettre de prévoir.l'aVBNIR DE3 MATHÉMATIQUE» 27 logues. on serait amené à conclure qu'avant 1820. Pour obtenir un résultat qui ait une valeur réelle. il nous montre tout au moins si le calcul qu'il n'en est pas de mérite d*être entrepris. ce n'est pas seulement Tordre. piais sans elle il une démonstration qui n'est pas rigoureuse. les mathématiciens sont de plus en plus soucieux d'atteindre à l'absolue rigueur. Ce que nous venons de dire suffît pour montrer combien il serait vain de chercher à remplacer par un procédé mécanique quelconque la libre initiative du mathématicien. c'est l'ordre inattendu qui vaut quelque chose. c'est le néant. il ne suffît pas de moudre des calculs ou d'avoir une machine à mettre les choses en ordre. l'âme du fait lui échappera toujours. Ce raisonnement étant court. La machine peut mordre sur le fait brut. . de sorte qu'on aperçoit immédiatement ce qu'il y faut changer pour Tadapter à tous les problèmes de même nature qui peuvent se présenter. le long calcul ne pourrait pas resservir. En mathématiques la rigueur n'est pas tout. il n'y avait pas de mathématiques. par exemple. on en voit d'un seul coup toutes les parties.

nos démonstrations perdent cette apparence d'harmonie dont j'ai expli- qué tout à l'heure le rôle utile. . le . étaient parfaitement longs.SCIENCE BT MÉTHODl 28 géomètres de ce ce que nous temps sous-entendaient expliquons par de prolixes discours. on n'a plus eu besoin de les répéter puisqu'on pou- . fait. ils semblaient tous et qu'on retrouvait partout ils mais étaient rigoureux. les volontiers . Il faut qu'on puisse après nous se passer de au lieu de répéter un raisonnement résumer en quelques lignes. mais si les démonstrations de l'avenir doivent être bâties sur ce modèle. ceux qui les premiers se sont préoc- cupés avant tout de la rigueur nous ont donné des raisonnements que nous pouvons essayer d'imiter. Et c'est à quoi l'on a déjà réussi quelquefois par exemple il y avait tout un type de raisonnements qui se resces modèles déjà et. cela ne veut mais pas dire qu'ils ne le voyaient pas du tout trop rapidement. Un jour on a imaginé le mot d'uniformité de la convergence et ce mot seul les a rendus inutiles. mais parce que je crains qu'en s'allongeant. bien voir. C'est à l'économie de pensée que l'on doit viser. ce n'est donc pas assez de donner des modèles à imiter. Seulement toujours nécessaire de le dire est-il tant de fois. ce n'est pas seulement parce que je redoute l'encombrement des bibliothèques. les traités de mathématiques vont devenir bien longs. il aurait fallu qu'ils prissent la peine de le dire. et pour le ils passaient là-dessus serait manifestement excessif. et si je crains les longueurs.

le faites pour un objet connu. sont pernicieuses. Un mot bien choisi suffit le plus souvent pour faire disparaître les exceptions que comportaient les règles énoncées dans l'ancien langage. soient semblables pai. les points à je encore? Et Ëb les exceptions. Quand même langage a été bien choisi. que saisne l'oublions pas. mais beaucoup d'autres. s'appliquent immédiatement à beaucoup d'objets nouveaux. on est tout étonné de voir que toutes les démonstrations. bien.^la forme. puisque les noms sont devenus les mêmes. 29 Les coupeurs de difficultés en quatre peuvent donc nous rendre un double c'est d'abord de nous apprendre à faire comme eux au besoin. la matière. sans pourtant rien sacrifier de la rigueur. c'est pour cela qu'on a imaginé l^s quantités négatives. comme eux. Nous Tenons de l'importance des j'en pourrais citer voir par un exemple quelle est mots en mathématiques.l'avenir des mathématiques vait les sous-entendre. c'est l'un des caractères auxquels od . diff*érentes par croire de pensée. Je ne sais si je n'ai pas déjà dit quelque part que la mathématique est Tart de donner le même nom à des choses différentes. quantités imaginaires. Il convient que ces choses. qu'elles puissent pour ainsi dire se couler dans le moule. mais c'est surtout de nous permettre le plus souvent possible de ne pas faire service . parce qu'elles cachent les lois. les l'infini. on n'a rien à y changer. On ne saurait combien un mot bien choisi peut économiser comme disait Mach. pas même les mots.

Le intérêt.SCIENCE ET MÉTHODE 30 reconnaît les faits à grand rendement. Les physiciens. parce qu'il donnait la le même nom à des choses différentes par matière et semblables par la forme. comment. agissent absolument de gage. et ce mot a été prodigieusement fécond. autres. les mots qui ont exercé la plus heureuse Parmi influence. je signalerai ceux de groupe et d'inva- nous ont fait apercevoir l'essence de bien ils nous ont raisonnements mathématiques anciens mathémamontré dans combien de cas les ticiens considéraient des groupes sans le savoir. on connaît par cela même tous les groupes isomorphes mots de groupe et . et grâce à ces d'isomorphisme qui résument en quelques syllabes cette règle subtile et la ren- . ils se croyant bien éloignés les uns des se trouvaient tout à coup rapprochés sans comprendre pourquoi. Nous savons maintenant que dans un groupe la matière nous intéresse peu. Nous dirions aujourd'hui qu'ils avaient envisagé les groupes isomorphes. même. parce que lui aussi créait la loi en éliminant les exceptions. d'ailleurs. Ils des . il ne prend de valeur que le jour où un penseur mieux avisé aperçoit le rapprochement qu'il met en évidence et le symbolise par un mot. ce sont ceux qui permettent ces heureuses innovations de lanfait brut est alors quelquefois sans grand on a pu le signaler bien des fois sans avoir rendu grand service à la science. :iue c'est la forme seule qui importe et que quand on connaît bien un groupe. ils ont inventé le mot d'énergie. et riant.

et c'est pour nos deux voisines que nous travaillons. aussi nous avons tou- jours vu et nous verrons encore les mathématiciens marcher dans deux directions opposées. pour- quoi attache-t-on tant de prix à l'invention d'une transformation nouvelle? parce que d'un seul théo- nous permet d'en tirer dix ou vingt elle valeur qu'un zéro ajouté à la droite rème elle a la même . d'un nombre entier. notre science confine à la fois à la philosophie et à la physique.L* AVENIR DES MATHÉMATIQUES 31 dent promptement familière à tous les esprits. D'une part. Voilà ce qui a déterminé jusqu'ici le sens du la science mathématique. parce que réfléchir sur elle-même. C'est pourquoi certaines spéculations mathématiques sont utiles. qui visent l'étude des postulats.» c'est réfléchir sur l'esprit humain qui l'a que créée. la science mathématique chir doit réflé- sur elle-même et cela est utile. le passage est immédiat et peut se faire en économisant tout effort de pensée. Mais la nature des problèmes qui se posent y contribue également. et c'est mouvement de aussi bien certainement ce qui le déterminera dans l'avenir. commes celles des géométries inaccoutumées. Plus ces spéculations s'écarteront des conceptions les plus communes. selon moi ce but est double. d'autant plus c'est celle de ses créations pour laquelle il a fait le moins d'emprunts au dehors. des fonctions à allures étranges. L'idée de groupe se rattache d'ailleurs à celle de transformation. et par conséquent de la nature . Nous ne pouvons oubher quel doit être notre but.

• « Oui. en réalité. Mais c'est du côté opposd. Ordinairement on ne la connaît pas. du côté de la nature. . » « Cette équation. quand il se sousde plus en plus à la tyrannie du monde extérieur. mieux par conséquent elles nous le feront trait connaître en lui-même. j'en aurais besoin d'ici <cette à huit jours en yue de telle construction qui doit être ter- minée pour telle date. mais cela n'est possible qu'une fois sur cent à peine. répondons-nous. drait un certain chiffre qui se déduirait facilement de cette intégrale si on la connaissait. mais alors à quoi servez-vous? » Le plus souvent. on ne considérait une équation comme résolue que quand on en avait exprimé la solution i d'un nombre de fonctions connues. Ce que nous pouvons toujours faire. il suffirait de s'entendre l'ingénieur. vous savez qu'il n'y en a pas beaucoup. ne rentre pas dans Tun des types intégrables. Autrefois. n'a pas besoin ^de l'intégrale en termes finis il a besoin de connaître l'allure générale de la fonction intégrale. mais on pourrait calculer ce chiffre sans elle. c'est de l'aide fini . ou plutôt ce que nous devons toujours chercher à faire. je le sais. qu'il faut diriger le gros Là nous rencontrons qui nous disent : « le physicien ou Tingénieur Pourriez-vous m'intégrer équation différentielle. si on savait au juste de quel chiffre ringénieur a besoin et avec quelle approximation. elles nous montreront faire.32 SCIENCE ET MÉTHQDS mieux ce que Tesprit humain peut et des applications. ou simplement il vou. de notre armée.

Gela peut-il être regardé comme une vraie solution ? On raconte que Newton communiqua à Leibnitz un anagramme à peu près comme ceci : aaaaabbbeeeeii^ etc. sais intégrer toutes les équations différen- nous sommes amenés à nous dire que Newton avait bien de la chance ou qu'il se faisait de singulières illusions. naturellement. mais si Tinconnue ne peut être déterminée par un calcul fini. on peut la représenter toujours par une série infinie convergente qui permet de la calculer. n'y comprit rien du tout clef. c'est-à-dire de chercher à connaître la ainsi forme générale de la courbe qui représente la fonction inconnue. en le Je Leibnitz. parce que la convergence est trop lente et parce que les termes se succèdent sans obéir à aucune loi. Il voulait dire tout simplement qu'il pouvait former (par la méthode des coefficients indéterminés) une série de puissances satisfaisant formellement à Téquation proposée. et cela pour deux raisons. c'est tielles. mais nous nous savons que cet anagramme traduisant dans le langage moderne: qui avons la « . Il reste ensuite à trouver la solution quantitative du problème.33 l'aVBNIR des IfATHÉMATlQUES résoudre le problème qualitativement pour dire. » et . c'est pour le praticien qui désire avoir son nombre le plus promptement possible) et ensuite parce que nous aperceTons d'un coup d'œil la loi des termes (cela. nous paraît ne rien laisser à désirer. veut dire. d'abord la série parce qu'elle converge très vite (cela. Au contraire. Une semblable solution aujourd'hui ne nous satisferait plus.

puisque cela ne l'aidera pas à terminer sa construction pour la date fixée. nous dit l'ingénieur et nous. A mesure que la science se développe. nous ne sommes pas satisfaits. empiriquement pour ainsi dire. nous aurions voulu prévoir cette convergence. il y a seulement des problèmes plus ou moins résolus. ou régie par une loi plus ou moins harmonieuse. nous pensons autrement et nous sommes quelquefois plus heureux d'avoir économisé un jour de travail à nos petits-fils qu'une heure . nous saurions la prévoir une autre fois. et il a raison. il devient Quelquefois en tâtonnant. nous arrivons à une formule suffisamment convergente. c'est peu de chose à nos yeux si nous n'avons sérieusement l'espoir de recommencer. selon qu'ils le sont par une série de convergence plus ou moins rapide.34 pour SCIENCE BT MÊTHODB aux besoins esthétiques du théo- satisfaire ricien). Nous avons réussi. Pourquoi? parce que si nous avions su la prévoir une fois. . malgré tout. Il se préoccupe peu de savoir si cela sera utile aux ingénieurs du xxn* siècle nous. à nos contemporains. Mais alors il n'y a plus des problèmes résolus el d'autres qui ne le sont pas . Il arrive toutefois qu'une solution imparfaite nous achemine vers une solution meilleure. Quelquefois la série est de convergence si lente que le calcul est impraticable et qu'on n'a réussi qu'à démontrer la possibilité du problème. Que voulez-vous de plus. Et alors l'ingénieur trouve cela dérisoire. .

nous devons voir que les grands progrès du passé se sont produits lorsque deux de ces se sont rapprochées. Passons en revue les diverses sciences particulières dont Tensemble forme les mathématiques . Trop se spécialiser. Si Ton continuait dans ce sens.L*AVEWIiR DES MATHÉMATIQUES 35 plus difficile de l'embrasser tout entière . ce serait s'interdire ces rapprochements. il est temps d'entrer dans le détail. nous obligeront à le comparer au nôtre. malgré sciences la dissemblance de leur matière. ils seront ainsi le meilleur que remède au danger je viens d^ signaler. Mais je me suis trop attardé à des généralités. voyons ce que chacune d'elles a fait. Nous devons en même temps entrevoir. nous ouvriront des vues sur le champ du voisin. à se contenter en un mot. lorsqu'on a pris conscience de la similitude de leur forme. dans àes rapprochements du même genre. à se spéciade Tun de ces morceaux liser. où elle tend et ce qu'on peut en espérer. alors on cherche à la couper en morceaux. ce serait un : obstacle fâcheux aux progrès de la Science. de telle façon que chacune d'elles pût profiter des conquêtes de l'autre. en nous mettant en rapport les uns avec les autres. lorsqu'elles se sont modelées Tune sur l'autre. à sortir un peu de notre petit village. Si les vues qui précèdent sont justes. les progrès ad l'avenir* . Espérons que des Congrès comme ceux de Heidelberg et de Rome. c'est par des rapprochements inattendus entre ses diverses parties que ses progrès peuvent se faire. Nous Tavons dit.

aussi ceux qui existent seront plus cachés et échap- peront plus longtemps aux chercheurs. en retard sur l'algèbre et sur mieux à faire c'est de chercher à se modeler sur ces sciences afin de profiter de leur avance. Le sentiment de un guide précieux qui fait défaut à Tarithméticien chaque nombre entier est séparé des autres. et cependant on ne voit pas encore très bien comment on pourra passer d'une elassiflcation à l'autre. . Ces analogies sont nombreuses et si. elles n'ont pas encore été étudiées d'assez près pour devenir utilisables. cela serait déjà fait. L'arithméticien doit donc prendre pour guide les analogies avec l'algèbre. elles sont au moins pressenties depuis longtemps et le langage même des deux sciences montre qu'on les a aperçues. et qu'on se Si l'arithmétique est l'analyse. c'est pourquoi est aisé de ia continuité est . et ce ne serait plus l'œuvre de l'avenir. dans bien des cas. .36 8CIENCB ET HÉTHODB L'ARITHMÉTIQUE. C'est ainsi qu'on parle de nombres transcendants. il a pour ainsi dire son individualité propre chacun d'eux est une sorte d'exception et c'est pourquoi les théorèmes généraux seront plus rares dans la théorie des nombres. ce qu'elle a de rend compte ainsi que la classification future de ces nombres a déjà pour image la classification des fonctions transcendantes. Les progrès de rarithmétique ont été beaucoup plus lents que ceux de l'algèbre et de l'analyse. et il comprendre pourquoi. mais si on l'avait vu.

l'avenir des mathématiques Le premier exemple qui me théorie des congruences. mais des polynômes. il reste à cher- combinaisons intéressantes. en se guidant sur l'analogie du nombre entier. entierg» . C'est alors cette fois Taîgèbre qui prendra modèle sur l'arithmétique. soit avec le polynôme entier à coefficients quelconques. L'ALGÈBRE. soit avec le poly- nôme entier à coefficients. ce sera un premier pas vers la solution de beaucoup de questions d'analyse indéter- minée. divers. on arrivera à compléter ce parallé- qui lisme. La théorie des équations algébriques retiendra les encore longtemps Tattention des géomètres côtés par où on peut Taborder sont nombreux et . Certainement. Et quand les problèmes relatifs aux congruences à plusieurs Yariables seront résolus. où 37 vient à Tesprit est la Ton trouve un paral- lélisme parfait avec celle des équations algébriques. doit subsister par exemple entre la théorie des courbes algébriques et celle des congruences à deux variables. Ainsi se constituera une sorte d'analyse indéterminée où les inconnues ne seront plus des nombres entiers. Il ne faut pas croire que l'algèbre soit terminée parce qu'elle nous fournit des règles pour former toutes les combinaisons possibles cher les' . celles qui satis- font à telle ou telle condition.

Un grand ment que avantage de la géométrie^ c'est préciséy peuvent venir au secours de les sens rintelligence. il ne nous resîl . tera plus rien à dire qui se rapporte spécialement à la géométrie. nos sens ne peuvent nous mener bien loin. ne pas comprendre ce qu'ajoute aux choses elles-mêmes la façon d'exprimer ces choses et par conséquent de les grouper. Ce serait méconnaître l'importance même d'un langage bien fait. Est-ce à dire que. si Ton veut. Malheureusement. On pourrait donc croire qu'après la revue que nous venons de passer. semble que la géométrie ne puisse rien contenir qui ne soit déjà dans l'algèbre ou dans l'analyse que les faits géométriques. sortis de ce domaine restreint où . et ils nous faussent compagnie dès que nous voulons nous envoler en dehors des trois dimensions classiques. et bien des esprits préfèrent ramener les problèmes d'analyse à la forme géométrique. L'analyse en profite cependant comme elle profite de ceux qu'elle est obligée de résoudre pour satisfaire aux besoins de la Physique. et aident à deviner la route à suivre. des problèmes analytiques. mais que nous ne nous serions jamais posés à propos d'analyse.SCIENCE ET MÉTB0DB 38 LA GÉOMÉTRIE. . D'abord les considérations géométriques nous amènent à nous poser de nouveaux problèmes ce sont bien. ne soient autre chose que les faits algébriques ou analytiques exprimés dans un autre langage.

ce langage nous fait nommer du même nom ce qui se ressemble et affirme des analogies qu'il ne noi^ laisse plus oublier. qui exprime en termes très concis ce que le langage analytique ordinaire dirait en phrases prolixes. même dans un cours d'université. asbtraction faite de . Il y a une science qu'on appelle VAnalysis Situs et qui a pour objet l'étude des relations de position des c'est divers éléments d'une figure. Il nous permet . De plus. en nous rappelant sans cesse l'espace visible qui n'en est qu'une image imparfaite sans doute. nous sommes aujourd'hui tellement familiarisés avec cette notion que nous pouvons en parler. nous ne devons plus compter que sur l'analyse pure et que toute géométrie à plus de trois dimensions est vaine et sans objet? Dans la génération qui nous a précédés. comme dans tous les exemples précédents. les plus grands maîtres auraient répondu « oui » . Ici encore. Mais à quoi peut-elle servir ? 11 est aisé de le nous donne d'abord un langage très commode. Cette géométrie à plus de trois dimensions n'est pas une simple géométrie analytique. elle est aussi qualitative et voir : elle par là surtout qu'elle devient intéressante.30 l'avenir des mathématiques ils semblent vouloir nous enfermer. elle n'est pas purement quantitative. c'est l'analogie avec ce qui est simple qui nous permet de comprendre ce qui est complexe.donc encore de nous diriger dans cet espace qui est trop grand pour nous et que nous ne pouvons voir. sans provoquer trop d'éton- nement. mais qui en est encore une image.

La première est le cantorisme. . suffirait à le démontrer.SCIENCE ET MÉTHODE 40 leurs grandeurs. . ils se . LE CANTORISME. Les problèmes de YAnalysis Situs ne se seraient peut-être pas posés si on n'avait parlé que le langage analytique ou plutôt. est mais p^sque leur solution nécessaire à une foule de questions d'analyse ils se seraient posés isolément. les les autres. Il faut qu'on arrive à la construire complètement dans les on aura alors un instrument espaces supérieurs réellement de voir dans Thyperespace permettra qui et de suppléer à nos sens. qui a rendu à la science les services que l'on sait. étaient imitées par un enfant. l'un de ses principaux créateurs. Cette géométrie est litative ses . On vrais si les grossièrement peut faire aussi une Ana- à plus de trois dimensions. Cantor a introduit dans la I . J'ai parlé plus haut du besoin que nous avons de remonter sans cesse aux premiers principes de notre science et du profit qu'en peut tirer l'étude de l'esprit humain. au lieu d'être exactes.. C'est ce besoin qui a inspiré deux tentatives qui ont tenu une très grande place dans rhistoire la plus récente des mathématiques. je me trompe. L'importance lysis Situs de YAnalysis Situs est énorme et je ne saurais trop y insister le parti qu'en a tiré Riemann. purement qua- théorèmes resteraient figures. seraient posés certainement. uns après qu'on puisse apercevoir leur lien commun. et sans .

De là Thorreur qu'il a quelquefois inspirée à certains esprits. Et alors RECHERCHE DES POSTULATS. nous pouvons nous promettre la joie du médecin appelé à suivre un beau cas pathologique. à certaines contradic- comblé de joie Zenon chacun de chercher le renfiède. il part da genus supremum et ne définit. Chez la plupart d'entre nous ces préventions s'étaient dissipées. à Hermitte par exemple. dont Tidée favorite était de comparer les sciences mathématiques aux sciences naturelles. qui servent de fondement aux diverses théories s'est axiomes efforcé d'autre et les postulats plus part . que per genus proximum et differenliam specificam. que l'important c'est de ne jamais introduire que des êtres que l'on puisse définir complètement en un nombre fini de mots. mais il est arrivé qu'on s'est ler heurté à certains paradoxes. qui auraient d'Elée et l'école LA On de Mégare. Je pense pour mon compte. et je ne suis pas le seul. comme auraient dit les scolastiques. d'énumérer les ou moins dissimulés. tions apparentes. Quel que soit le remède adopté. c'est qu'au lieu de s'élever au général en bâtissant des constructions de plus en plus compliquées et de définir par construction.l'avenir des mathématiques 41 science une manière nouvelle de considérer rinfini mathématique et nous aurons l'occasion d'en reparau chapitre VIL Un des traits caractéristiques du cantorisme.

thécaire trouve toujours à s'occuper. Il semble d'abord que cedomai le soit bien limité et qu'il n'y ait plus rien à y fai e l'inventaire sera terminé. Hilbert a obtenu les résultats les plus brillants. que je ne saurais songer à rendre complète. Mais . Je pense que ces exemples auront suffi pour montrer par quel mécanisme les sciences mathématiques dans quel sens ont progressé elles doivent dans le passé. et cha-:{ue classification nouvelle sera instructive pour le philo- sophe. J'arrête cette revue. M.8CIENCB ET MÉTHODE 42 mathématiques. marcher dans et l'avenir. ce qui ne saurait quand quand on aura tout énuméré. . il y aura bien des manières de tout classer un bon biblio tarder.

c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans l'esprit humain que nous pouvons espérer atteindre. C'est Tacte dans lequel l'esprit humain semble le moins emprunter au monde extérieur. La genèse de l'Invention mathématique est un problème qui doit inspirer le plus vif intérêt au psychologue. On Ta compris depuis longtemps. je ne dis pas l'unanimité.CHAPITRE L'invention III mathématique. Laisant et Fehr. J'avais arrêté quand les les résultats principaux traits de cet article de cette enquête ont été publiés. a entrepris une enquête sur les habitudes d'esprit et les méthodes de travail des différents mathématiciens. et il y a quelques mois une revue intitulée V Enseignement Mathématique et dirigée par MM. je me bornerai à dire que la majorité des témoignages confirment mes conclusions. car je n'ai . où il n'agit ou ne paraît agir que par lui-même et sur lui-même. de sorte qu'en étudiant le processus de la pensée géométrique. donc guère pu les utiliser.

SCIENCE ET MÉTHODE

44

quand on consulte

le suffrage universel,

on n« peut

se flatter de réunir l'unanimité.

nous étonner, ou plutôt
nous n'y étions si habitués.
Gomment se fait-il qu'il y ait des gens qui ne comprennent pas les mathématiques? Si les mathématiques n'invoquent que les règles de la logique,

Un premier

doit

fait

devrait nous étonner,

celles qui sont
faits;

si

qui sont

si

acceptées par tous les esprits bien

leur évidence est fondée sur des principes

communs

à tous les

hommes

et

que nul ne

saurait nier sans être fou, comment se fait-il qu'il y
ait tant de personnes qui y soient totalement réfractaires?

Que tout
tion,

cela

monde ne

le

monde ne
rien

n'a

soit

pas capable d'inven-

de mystérieux. Que tout

le

puisse retenir une démonstration qu'il a

apprise autrefois^ passe encore. Mais que tout

le

monde ne puisse pas comprendre un raisonnement
mathématique au moment où on le lui expose,
voilà qui paraît bien surprenant quand on y réfléEt pourtant ceux qui ne peuvent suivre ce
cela
raisonnement qu'avec peine sont en majorité
est incontestable et l'expérience des maîtres de
renseignement secondaire ne me contredira certes
chit.

:

pas.

Et il y a plus comment Terreur est-elle possible
en mathématiques? Une intelligence saine ne doit
pas commettre de faute de logique, et cependant il
y a des esprits très fins, qui ne broncheront pas
dans un raisonnement court tel que ceux que Ton a
:

à faire dans les actes ordinaires de la vie, et qui

l'invention hathématiqub

45

sont incapables de suivre ou de répéter sans erreur
les

démonstrations des

plus longues, mais

mathématiques

qui

sont

qui ne sont après tout qu'une

accumulation

de petits raisonnements tout à fait
analogues à ceux qu'ils font si facilement. Est-il
nécessaire d'ajouter que les mathématiciens

mêmes ne

eux-

sont pas infaillibles?

La réponse me semble s'imposer. Imaginons une
longue série de syllogismes, et que les conclusions
des premiers servent de prémisses aux suivants
nous serons capables de saisir chacun de ces syllo:

gismes, et ce n'est pas dans le passage des prémisses à la conclusion que nous risquons de nous

tromper. Mais entre le moment où nous rencontrons
pour la première fois une proposition, comme conclusion d'un syllogisme, et celui où nous la retrouvons

comme

prémisse d'un autre syllogisme,

il

se sera

beaucoup de temps, on aura déroulé
de nombreux anneaux de la chaîne; il peut donc
écoulé parfois

arriver qu'on

l'ait

oubliée

;

ou, ce qui est plus grave,

qu'on en ait oublié le sens. Il peut donc se faire
qu'on la remplace par une proposition un peu différente, ou que, tout en conservant le même énoncé,

on

lui attribue

un sens un peu

différent, et c'est

ainsi qu'on est exposé à l'erreur.

Souvent le mathématicien doit se servir d'une
naturellement il a commencé par démonrègle
trer cette règle; et au moment où cette démonstration était toute fraîche dans son souvenir il en com:

prenait parfaitement le sens et la portée, et
risquait pas de l'altérer. Mais ensuite

il

l'a

il

ne

confiée à

8CIENCE ET MÉTHODE

46

mémoire
mécanique
sa

;

et

il

ne rapplique plus que d'une façon

et alors si la

mémoire

lui fait défaut,

il

peut rappliquer tout de travers. C'est ainsi, pour
prendre un exemple simple et presque vulgaire, que

nous faisons quelquefois des fautes de calcul parce
que nous avons oublié notre table de multiplica^tion.

A

aux mathémadue qu'à une mémoire très sûre, ou

ce compte, l'aptitude spéciale

tiques ne serait

bien à une force d'attention prodigieuse. Ce serait
une qualité analogue à celle du joueur de whist,
qui retient les cartes tombées ou bien, pour nous
élever d'un degré, à celle du joueur d'échecs qui
;

peut envisager un nombre très grand de combinaisons et les garder dans sa mémoire. Tout bon

mathématicien devrait être en même temps bon
joueur d'échecs et inversement il devrait être également un bon calculateur numérique. Certes, cela
arrive quelquefois, ainsi Gauss était à la fois un
géomètre de génie et un calculateur très précoce et
;

très sûr.

y a des exceptions, ou plutôt je me
trompe, je ne puis pas appeler cela des exceptions,
sans quoi les exceptions seraient plus nombreuses
que les cas conformes à la règle. C'est Gauss, au
contraire, qui était une exception. Quant à moi, je
suis obligé de l'avouer, je suis absolument incaMais

il

pable de faire une addition sans faute. Je serais
également un fort mauvais joueur d'échecs; je calculerais bien qu'en jouant de telle façon je m'expose
à tel danger; je passerais en revue beaucoup d'au-

l'invention mathématique

47

coups que je rejetterais pour d'autres raisons,
par jouer le coup' d'abord examiné,
ayant oublié dans Tintervalle le danger que j'avais
très

et je finirais

prévu.

En un mot ma mémoire

n'est pas mauvaise,

insuffisante pour faire de

elle serait

joueur d'échecs. Pourquoi donc ne

me

fait-elle

un raisonnement mathématique

défaut dans

mais
moi un bon
pas

diffî-

des joueurs d'échecs se perdraient? C'est évidemment parce qu'elle est guidée
rlle

la

plupart

marche générale du raisonnement. Une
démonstration mathématique n'est pas une simple
par

la

juxtaposition

de syllogismes,

ce sont

des

syllo-

gismes placés dans un certain ordre^ et l'ordre dans
lequel ces éléments sont placés est beaucoup plus
important que ne le sont ces éléments eux-mêmes.

sentiment, l'intuition pour ainsi dire de cet
ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil TenSi j'ai le

semble du raisonnement,

ne dois plus craindre
d'oublier l'un des éléments, chacun d'eux viendra se
placer de lui-même dans le cadre qui lui est préparé,

et

sans que j'aie

je

à faire

aucun

effort

de

mémoire.
Il me semble alors, en répétant un raisonnement
appris, que j'aurais pu l'inventer; ce n'est souvent

même alors, même si je ne
pour créer par moi-même, je le
réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuUion de
l'ordre mathématique, qui nous fait deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse apparqu'une illusion; mais,
suis pas assez fort

SCIENCE ET MÉTHODE

48

monde. Les uns ne posséderont ni ce
et difficile à définir, ni une force

tenir à tout le

sentiment délicat,

de mémoire et d'attention au-dessus de Tordinaire,
et alors ils seront absolument incapables de com-

prendre les mathématiques un peu élevées; c'est le
plus grand nombre. D'autres n'auront ce sentiment
qu a un faible degré, mais ils seront doués d'une

mémoire peu commune

et

d'une grande capacité

apprendront par cœur les détails les
uns après les autres, ils pourront comprendre les
mathématiques et quelquefois les appliquer, mais
ils seront hors d'état de créer. Les autres enfin posséderont à un plus ou moins haut degré Tintuition
d'attention. Ils

non seulement ils pourront comprendre les mathématiques,
quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraorspéciale dont je viens de parler et alors

dinaire,

mais

ils

pourront devenir créateurs et cher-

cher à inventer avec plus ou moins de succès, suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins
développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention

mathématique?

Elle ne consiste pas à faire de nouvelles combinai-

sons

avec des

êtres

mathématiques déjà connus.

Cela, n'importe qui pourrait le faire, mais les

com-

binaisons que l'on pourrait former ainsi seraient en

nombre infini, et le plus grand nombre serait absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
précisément à ne pas construire les combinaisons
mutiles et à construire celles qui sont utiles et qui

ne sont qu'une infime minorité. Inventer,

c'est dis-

cerner, c'est choisir.

I

49

l'invention mathématique

Comment
plus haut;

doit se faire ce choix, je

l'ai

expliqué

mathématiques dignes d'être
ceux qui, par leur analogie avec

les faits

étudiés, ce sont

d'autres faits, sont susceptibles de nous conduire à
loi mathématique de la même
expérimentaux nous conduisent
à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux
qui nous révèlent des parentés insoupçonnées entre
d'autres faits, connus
depuis longtemps, mais
qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plu»
fécondes seront souvent celles qui sont formées
d'éléments empruntés à des domaines très éloignés;
et je ne veux pas dire qu/il suffise pour inventer de
rapprocher des objets aussi disparates que possible;
la plupart des combinaisons qu'on formerait ainsi
seraient entièrement stériles
mais quelques-unes

la

connaissance d'une

façon que les

faits

;

d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de
toutes.

Inventer, je

l'ai dit,

peut-être pas tout

acheteur

à

qui

à

c'est choisir;
fait juste,

on présente

mais

il

le

mot n'est

penser à un
grand nombre

fait

un

d'échantillons et qui les examine l'un après l'autre de

façon à faire son choix.

Ici les

tellement

nombreux qu'une

pas pour

les

échantillons seraient

vie entière ne suffirait
examiner. Ce n'est pas ainsi que les
choses se passent. Les combinaisons stériles ne se

présenteront

Dans

le

même

champ de

pas à

l'esprit

sa conscience

de l'inventeur.
n'apparaîtront

jamais que les combinaisons réellement

quelques-unes

qu'il rejettera,

utiles, et

mais qui participent

j'ai trouvé la démonstration de tel théorème dans telles circonstances. Il est temps de pénétrer plus avant et de voir ce qui se passe dans l'âme même du mathématicien. ce théorème aura un nom barbare. ce n'est pas le théorème. c'est ce qu'on peut observer ou inférer. Mais ce que j'ai dit jusqu'ici. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième degré qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une première épreuve. que beaucoup d'entre vous ne connaîtront pas. à la condition de faire cette lecture avec quelque réflexion. Je dirai. j'étais alors fort seyais à ma ignorant . tions fuchsiennes. Seulement. de rappeler des souvenirs personnels. mais cela n'a aucune importance. en lisant les écrits des géomètres. mais elles ne doivent pas vous effrayer. je m'efforçais de démontrer qu'il ne pouvait exister aucune fonction analogue à ce que j'ai appelé depuis les fonctions fuchsiennes . je m'as- une heure un grand nombre de combinai- table de travail. vous n'avez aucun besoin de les comprendre. par exemple. Je vous je vais employer quelques expressions techniques. Depuis quinze jours. j'y passais ou deux. j'essayais 1 . ce qui est intéressant pour le psychologue. ce sont les circonstances. tous les jours.50 SCIENCE ET MÉTHODE un peu des caractères des combinaisons utiles. je vais me circonscrire et vous raconter comc'est ment j'ai écrit mon premier mémoire sur les fonc- demande pardon. je crois que ce que j'ai de mieux à faire. Pour cela.

pour ainsi dire. 51 Un soir. je les sentais comme se heurter. Le matin^ j'avais étapris : bli l'existence d'une classe de fonctions fuchsiennes. celles qui dérivent de la série hypergéométrique n'eus plus qu'à rédiger les résultats. pou: prendre part à une course géologique entreprise par l'École des Mines. me fcrent Les péripéties du voyage mes travaux mathématiques arrimontâmes dans un omnibus quelle promenade au moment où je oublier . mettais le pied sur le marche-pied. dans mes pensées antérieures parût m'7 avoir préparé. cette idée fut parfaitement consciente et réfléchie elliptiques me . je repris la conversation commen . je ne pus m'endormir les idées surgissaient en foule. je quittai Caen. et j'arrivai que A j'ai ce quelles desi elles exis- sans difficulté à former les séries appelées thétafuchsiennes. ce qui ne prit . vés à Goutances. où j'habitais alors. Je ne fis pas la vérification.l'invention mathématique sons et je n'arrivais à aucun résultat. l'idée me vint. j'avais fait usage pour définir les fonctions fucb siemes étaient identiques à celles de la géométrie noE-euclidienne. Je voulus ensuite représenter ces fonctions par le qudtient de deux séries. que les transformations donl. je n'ei aurais pas eu le temps. taient. puisque. je me que quelques heures. à peine assis san^ que rien dam l'omnibus. je du café noir. pouformer une combinaison stable. l'analogie avec les fonctions guidait. nous pour e ne sais . Je me demandai vaient être les propriétés de ces séries. jusqu'à ce que deux d'entre elles s'accrochassent. contrairement à mon habitude. moment.

les transformations arith- métiques des formes quadratiques ternaires iidéfià celles delà géométrie non- finies étaient identiques euclidienne. je vis que je pouvais leur quadratiques qu'il appliquer la théorie des séries thétafuchsienaes et que. l'exemple des formes j'en tirai les me montrait y avait des groupes fuchsiens autres que ceux qui correspondent à la série hypergéométrique. sur la falaise. et conséquences. Je me proposai naturellement de former les seules toutes ces fonctions et j'enlevai l'un avancés et dont . je vérifiai le résultat à tête reposée pour l'acquit de ma conscience. j'allai passer quelques jours au bord de la mer. et je pensai à tout autre chose. par conséquent. Mais qu'à . qu'alors. après tous me mieux mes efforts ne servirent d'aoord faire connaître la difficulté. Dégoûté de mon insuccès. je réfléchis sur ce résultat. l'idée me vint. toujours avec les mêmes caractères de brièveté. cl qui 1| . Je me mis alors à étudier des questions d'arithmétique sans grand résultat apparent et sans soupçonner que cela pût avoir le moindre rapport avec mes recherches antérieures. il la j'en fis un l'autre siège systématijue tous les ouvnges y en avait un cependant qui tenait encore chute devait entraîner celle du corp de place. Étant revenu à Gaen. de soudaineté et de que certitude immédiate. existait des fonctions fuch- il siennes autres que celles qui dérivent de U série que je connusse jushypergéométrique. Un jour. De retour à Caen. en me promenant cée.SCIENCE ET MÉTHODB 52 maïs j'eus tout de suite une entière certitude.

le rôle de ce travail inconscient dans l'invention mathématique me paraît incontestable. et on en trouverait des traces dans d'autres cas où il est moins évident. Souvent^ quand on travaille une question difficile. Ce qui frappera tout d'abord. rien trouver et puis tout à coup l'idée décisive se . on ne fait rien de bon la première fois qu'on se met i la besogne. je partis pour le Mont-Valérien. Tout ce travail fut parfaitement conscient. signes manifestes d'un long travail inconscient antérieur. Je ne cherchai pas à l'approfondir immédiatement. Là-dessus. en traversant le boulevard. et les observations rapportées par d'autres mathématiciens dans l'enquête de V Enseignement Mathématique ne pourraient que les confirmer. Pendant la première demi-heure.L INVENTION MATHEMATIQUE 53 était déjà quelque chose. il est inutile en ce qui concerne mes autres recherches. Je rédigeai donc d'un trait et sans aucune peine. Je me bornerai à cet exemple unique. rassembler et à mon mémoire définitif les je n'avais qu'à les ordonner. on continue à ne . et ce fut seulement après mon service que je repris la question. la solution de la difficulté qui m'avait arrêté m'apparut tout à coup. et on s'asseoit de nouveau devant sa table. j'eus donc des préoccupations très différentes. où je devais faire mon service militaire. j'aurais à faire des récits tout à fait anade les multiplier logues . Un jour. ce sont ces apparences d'illumination subite. tous J'avais les éléments. ensuite on prend un repos plus ou moins long.

Ces efforts n'ont donc pas été aussi stériles qu'on le pense. s'est révélé ensuite au les cas que j'ai au lieu de se faire jour pendant une promenade ou un voyage. qui ont paru abso- lument infructueux et où Ton a cru ne rien faire de bon. et. tout à cités.SCIENCE ET MÉTHODE 54 On présente à Tesprit. Jamais (et les exemples que j'ai cités le prouvent déjà suffisamment) ces inspirations subites ne se produisent qu'après quel- ques jours d'efforts volontaires. Il y a une autre remarque à faire au sujet des la conditions de ce travail inconscient : c'est qu'il n'est possible et en tout cas qu'il n'est fécond que s'il est d'une part précédé. Mais repos et que a été rempli le résultat il par est plus un de ce travail comme probable que ce travail inconscient. ils ont mis en branle la machine inconsciente. elle n'aurait pas marché et n'aurait rien produit. pourrait dire que le travail conscient a été plus fructueux. sans eux. s'est produite pendant une période de travail conscient. Taiguillon qui aurait excité les résultats déjà acquis pendant le repos. comme s'il était géomètre. seulement fait dans la révélation. après l'inspiration. mais restés inconscients. mais indépendamment de ce travail qui joue tout au plus un rôle de déclanchement. La nécessité de la seconde période de travail consci nt. à revêtir forme consciente. et d'autre part suivi d'une période de travail conscient. parce qu'il a été interrompu et que le repos a rendu àTesprit sa force et sa fraîcheur. se comprend mieux . où il semble qu'on a fait totalement fausse route.

il en est ainsi. de fabriquer le plus de combinaisons possibles d'après certaines lois fixes. à l'état semi-hypnagogique. le moi subliminal. J'ai observé surtout le fait pour les idées qui me sont venues le matin ou le soir dans moa lit. ce sentiment n'était pas trompeur. médiates. et on ne s'en aperçoit que quand on cherche à mettre la démonstration sur pied. Les combinaisons ainsi obtenues seraient extrêmement nombreuses. qu'on ne saurait le confier à une machine. de façon à éliminer celles qui sont inutiles ou plutôt à ne pas se donner la peine de les faire. joue un rôle capital dans rinvention mathématique. et le plus souvent. faut mettre en cette inspiration. Or. Il ne s'agit pas seulement d'appliquer des règles. Le moi inconscient ou. rédiger les démonstrations. Il mathématique 55 œuvre les résultats de en déduire les conséquences imordonner. Et . Le véritable travail de .l'inventiOx\ encore. inutiles et encombrantes. mais il faut se garder de croire que ce soit une règle sans exception souvent ce sentiment nous trompe sans pour cela être moins vif. nous avons vu que le travail mathématique n'est pas ur simple travail mécanique. l'inventeur consiste à choisir entre ces combinai- sons. quelque perfectionnée qu'on la suppose. Mais on considère d'ordinaire le moi subliminal comme purement automatique. les il faut les vérifier. dans les cas cités. comme on dit. cela résulte de tout ce qui précède. et voici maintenant les réflexions qu'ils nous imposent. J'ai parlé du sentiment de certitude absolue qui accompagne Tinspi- mais surtout ration. Tels sont les faits.

Boutroux. a montré comment une conférence elle s'était posée à des occasions toutes différentes et quelles conç^équences entraînerait même une réponse affirmative.56 iCIENCE ET MÉTHODE les règles qui doivent guider ce choix sont extrême- ment fines et délicates. du auteur. il n'est pas purement automatique. : de la délicatesse dis-je. En un pas supérieur au moi sait choisir. comment. je . S'ensuit-il que le moi subliminal. il le conscient? Vous comprenez toute l'importance de cette question.) Cette réponse affirmative nous est-elle imposée que je viens d'exposer? J'avoue que. M. dans récente. (Voir aussi. elles se sentent plutôt qu'elles ne se formulent . Il est certain que les combinaisons qui se présentent à l'esprit dans une sorte d'illumination subite. Revoyons donc les faits et cherchons s'ils ne comporteraient pas une autre explication. mieux deviner que moi subliminal n'est-il sait deviner. ne l'accepterais pas sans répugnance. le Que moi conscient. avait échoué. Science et Religion. imaginer un crible capable de les appliquer mécaniquement? Et alors une première hypothèse se présente à nous le moi subliminal n'est nullement inférieur au moi conscient. ayant deviné par une par les pour faits ma part. sont généralement des combinaisons utiles et fécondes. il est capable de discernement. pages 313 sqq. dans ces conditions. il a du tact. il puisqu'il réussit là où celui-ci mot. il sait . qui semblent le résultat d'un premier triage. il est à peu près impossible de les énoncer dans un langage précis. après un travail inconscient un peu prolongé.

Et c'est bien là de la sensibilité. directe- ment ou indirectement. de l'harmonie des nombres et des formes. C'est un vrai sentiment esthétique que tous les vrais mathématiciens consemble-t-il. que l'intelligence. On peut affectent le plus profondé- s'étonner de voir invoquer la sensibilité à propos de démonstrations mathématiques qui. il y en a qui sont appelés à franchir le seuil. parmi toutes de nos sens. n'a seraient intéressantes pénétreraient dans le de la champ conscience. mais seules.L*INVENTION MATHÉMATIQUE 57 que ces combinaisons pouvaient formé que celles-là. les plus confère ce privilège? les excitations intenses seules retiendront notre attention. Or. ce sont ceux qui. tandis que d'autres restent en deçà ? Est-ce un simple hasard qui leur Évidemment non. ne peuvent intéresser naissent. de l'élégance géométrique. quels sont les êtres mathématiques auxquels . celles qui intuition délicate être utiles. toutes les combinaisons se formeraient par suite de l'automatisme du moi subliminal. Et cela est encore très mystérieux. à moins que cette attention n'ait été attirée sur elles par d'autres causes. parmi les mille produits de notre activité inconsciente. ment notre sensibilité. les phénomènes inconscients privilégiés. ceux qui sont susceptibles de devenir conscients. par exemple. Quelle est la cause qui fait que. Dans cette seconde manière de voir. Plus généralement. ou bien en a-t-il formé beaucoup d'autres qui étaient dépourvues d'intérêt et qui sont demeurées inconscientes. Ce serait oublier le sentiment de la beauté mathématique.

nous Tavons dit plus haut. la sans conscience ne les connaîtra jamais quelques-unes seulement sont harmonieuses. Parmi les combinaisons en grand nombre que le moi subliminal a aveuglément formées. elles seront capables d'émouvoir cette sen. Et en temps. de façon que Tesprit puisse sans effort en embrasser l'ensemble tout en pénétrant les détails. Les combinaisons utiles. en mettant sous nos yeux un tout bien ordonné. mathématique. par cela même. je veux dire celles qui peuvent le mieux charmer cette sensibilité spéciale que tous les mathématiciens connaissent. à la fois utiles et belles. fois excitée. presque toutes sont sans intérêt et Qu'arrive-t-il alors? très sans utilité. Cette harmonie est à la fois une satisfaction pour nos besoins esthétiques et une aide pour l'esprit qu'elle soutient même et qu'elle guide. une du géomètre dont je viens de parler. el qui sont susceptibles de développer en nous une sorte d*émotîon esthétique? Ce sont ceux dont les éléments sont harmonieusement disposés. mais.5S SCIENCE ET MÉTHODI ne as attribuons ce caraclère de beauté et d'élégance. par suite. sibilité spéciale et qui. Or. les seuls faits mathématiques dignes de retenir et notre attention susceptibles d'être sont ceux qui peuvent nous faire connaître utiles. et. action sur la sensibilité esthétique elles sont . ce sont précisément les plus belles. De sorte que nous arrivons à la conclusion suivante. elle nous fait pressentir une loi mathématique. mais que les profanes ignorent au point qu'ils une loi sont souvent tentés d'en sourire. appellera sur elles notre atten- .

Ainsi c'est cette sensibilité esthétique qui joue le rôle du crible spéciale. aurait flatté notre instinct naturel de l'élégance mathématique. s'il . donnera et leur ainsi Toccasion de devenir conscientes. il y aura bien peu de chances pour que la bonne^ celle qu'on doit choisir. et s'il le fait au hasard. moi conscient est étroitement borné quant au moi subliminal. il arrive le plus souvent qu'elle ne le trompe pas mais il arrive aussi quelquefois. est-il vraisemblable qu'il puisse former toutes les combinaisons possibles dont le nombre effrayerait l'imagination? cela semblerait nécessaire néanmoins. et cela fait comprendre assez pourquoi celui qui en est dépourvu ne sera jamais un véri- table inventeur. si elle avait été juste. qu'elle ne supporte pas l'épreuve d'une vérification eh bien on remarque presque toujours que : . Toutes les difficultés n'ont pas disparu cependant.59 l'inveation mathématique tion. cette idée fausse. ! . délicat dont je parlais plus haut. car ne produit qu'une petite partie de ces combinaisons. Ce n'est là qu'une hypothèse. nous n'en connaissons pas les limites et c'est pourquoi nous ne répugnons pas le . trop à supposer qu'il a pu former en peu de ten^ps plus de combinaisons diverses que la vie entière d'un être conscient ne pourrait en embrasser. Ces limites existent cependant . je l'ai dit. se trouve parmi elles. et cependiant voici une observation qui pourrait la confirmer quand une illumination subite envahit l'esprit du mathématicien.

après imposée par notre vo- . j'allais dire la pièce où ils sont enfermés. Pendant le repos complet de Tesprit. par conséquent. ces atomes sont immobiles. parce qu'on a remué ces éléments de mille façons diverses pour chercher à les assembla et qu'on n'a pu trouver d'assemblage satisfaisant. une comparaison plus savante. par exemple. quelques-uns d'entre eux sont détachés du mur et mis en mouvement. Leurs chocs mutuels peuvent alors produire des combinaisons nouvelles. ils sont. comme le font les molécules gazeuses dans la théorique cinétique des gaz. Qu'on me permette une comparaison grossière. sans qu'aucune combinaison puisse se produire entre . eux. Quel va être le rôle du travail conscient préliminaire? C'est évidemment de mobiliser quelques-uns de ces atomes. une nuée de moucherons ou. accrochés au mur ce repos complet peut donc se prolonger indéfiniment sans que ces atomes se rencontrent. Représentons-nous les éléments futurs de nos combinaisons comme quelque chose de semblable aux atomes crochus d'Épicure. et. Ils sillonnent dans tous les sens l'espace. Au contraire.SCIENCE ET MÉTHODE CO Peut-être faut-il chercher Texplication dans cette période de travail conscient préliminaire qui précède toujours tout travail inconscient fructueux. On croit qu'on n'a rien fait de bon. comme pourrait le faire. de les décrocher du mur et de les mettre en branle. pendant une période de repos appa- rent et de travail inconscient. cette agitation qui leur a été Mais. si l'on préfère. pour ainsi dire.

tout automatique. Or. qui les feront entrer en combinaison. ces 61 atomes ne rentrent pas dans leur repos primitif. Les atomes mobilisés vont alors subir des chocs.l'invention mathématique lonté. Ils continuent librement leur danse. mais je ne sais trop comment je pourrais faire comprendre autrement ma pensée. ou bien . poursuivait un but parfaitement déterminé. soit avec d'autres atomes restés immobiles et qu'ils seront venus heurter dans leur course. Autre observation. soit entre eux. Il semble qu'en pensant le soir aux facteurs d'une multiplication.' ce sont celles où l'un des éléments au moins est l'un de ces atomes librement choisis par parmi l'heure la moyen notre volonté. ma comparaison est bien grossière. Je demande pardon encore une fois. Or. on pourrait espérer trouver le produit tout fait à son réveil. Il n'arrive jamais inconscient nous fournisse tout fait calcul un peu long. les atomes mobilisés ne sont donc pas des atomes quelconques ce sont ceux dont on peut raisonnableelle : ment attendre la solution cherchée. est moi sublimi- particulièrement apte à ce genre de travail qui est en quelque sorte exclu- sivement mécanique. Peut-être y a-t-il là un elles d'atténuer ce qu'il y avait de paradoxal dans l'hypothèse primitive. c'est évidemment que se trouve ce que j'appelais tout à bonne combinaison. notre volonté ne les a pas choisis au hasard. Quoi qu'il en soit. où règles fixes. les seules combinaison» qui ont chance de se former. On que le travail le résultat d'un l'on n'a qu'à appliquer des pourrait croire que le nal.

Je ferai une dernière remarque: quand j'ai exposé plus haut quelques observations personnelles. celle où Ton vérifie les résultats de cette inspi- ration et où l'on en tire les conséquences. ce que j'appellerais la liberté. et. qui est devenu partielle! ment perceptible à la conscience surexcitée et qui n'a pas pour cela changé de nature. par moi subliminal règne. Seulement. la conscience. si Ton veut. une vérification. dans ces cas. les cas où il j'ai comme en est ainsi sont fréquents. pourrait se faire inconsciemment. quant aux calculs eux-mêmes. la volonté. elles exigent la discipline. celle qui suit l'inspiration. si Ton pouvait donner ce nom à la simple absence de discipline et au désordre né du hasard. parlé d'une nuit d'excitation. ce sont des points de départ pour de semblables calculs. Tout ce qu'on peut espérer dé ces inspirations. au contraire. qui sont les fruits du travail inconscient.62 SCIENCE ET MÉTHODE algébrique. l'observation le prouve. Les règles de ces calculs sont strictes et compliquées. Eh bien il semble que. et il n'est pas nécessaire que Tactivité cérébrale anormale soit causée par un excitant physique comme dans celui que j'ai cité. Il n'en est rien. Dans le tendus. faut les faire il dans la seconde période de travail conscient. ce désordre même permet des accouplements inatsuite. où je travaillais malgré moi . On se rend alors vaguement compte de ce qui distingue les deux môMtnismes ou. on assiste soi-même à son propre travail inconscient. les méthodes de tra- . raltention. encore qu'un calcul par exemple.

giques que mer dans j'ai pu Et les observations psycholo- faire ainsi me semblent confirque je viens leurs traits généraux les vues d'émettre. car elles sont et restent malgré tout bien hypothétiques la grand que je ne aToir soumises au lecteur. Certes. question est les si me : l'intérêt de repens pas de .63 l'invention mathématique vail des deux moi. elles en ont bien besoin.

La probabilité est opposée à la certitude c'est donc ce qu'on ignore et par conséquent semble. I « Comment oser parler des lois du hasard? Le hasard n'est-il pas Tantithèse de toute loi? » Ainsi s'exprime Bertrand au début de son Calcul des probabilités. t-il ce qu'on ne . et ceux qu'ils attribuaient au hasard c'étaient ceux qu'on ne pouvait prévoir parce qu'ils étaient rebelles à toute loi. saurait calculer.1 CHAPITRE IV Le hasard. Et d'abord qu'est-ce que le hasard ? Les anciens distinguaient les phénomènes qui semblaient obéir à des lois harmonieuses. ne décidaient pas de tout. Dans chaque domaine. Dans cette concep- les lois précises I . elles traçaient seulement les limites entre lesquelles il était permis au hasard de se mouvoir. établies une fois poui toutes. Il y a là une apparente et sur laquelle on moins contradiction au a déjà beaucoup écrit.

65

LB HASARD
tîon, le

mol hasard

ce qui élait

pour Tautre

un sens

avait

hasard pour Tun,

même

et

pour

précis, objectif:

était aussi

hasard

les dieux.

Mais cette conception n'est plus la nôtre; nous

sommes devenus des déterministes absolus, et ceux
mêmes qui veulent réserver les droits du libre
arbitre humain laissent du moins le déterminisme
régner sans partage dans le monde inorganique.
Tout phénomène,
et

un

esprit

informé des
dès

le

si

minime

qu'il soit,

infiniment puissant,
lois

de

infiniment

la nature, aurait

commencement des

a une cause,

pu

siècles. Si

le

un

bien

prévoir
pareil

on ne pourrait jouer avec lui à
aucun jeu de hasard, on perdrait toujours.
Pour lui en effet le mot de hasard n'aurait pas de
sens, ou plutôt il n'y aurait pas de hasard. C'est à
cause de notre faiblesse et de notre ignorance qu'il
y en aurait un pour nous. Et, même sans sortir de
notre faible humanité, ce qui est hasard pour
l'ignorant, n'est plus hasard pour le savant. Le
hasard n'est que la mesure de notre ignorance. Les
esprit

existait,

phénomènes

fortuits sont,

nous ignorons

par définition, ceux dont

les lois.

Mais cette définition est-elle bien satisfaisante?

Quand

les

premiers bergers chaldéens suivaient des

yeux les mouvements des

ne ccnnaissaienl
pas encore les lois de TAstrônomiQ, auraient-iis
songé à dire que les astres se meuvent au hasard?
Si un physicien moderne étudie un phénomène nouveau, et s'il en découvre la loi le mardi, aurait-il
dit le lundi que ce phénomène était fortuit? Mais il
astres,

ils

SCIENCE ET MÉTHODE

66

y a plus

:

n'invoque-t-on pas souvent, pour prédire

un phénomène, ce que Bertrand appelle

les lois

du

hasard? Et par exemple dans la théorie cinétique
des gaz, on retrouve les lois connues de Mariette et
de Gay-Lussac, grâce à cette hypothèse que les
vitesses des molécules gazeuses varient irrégulière-

ment, c'est-à-dire au hasard. Les lois observables
seraient beaucoup moins simples, diront tous les
physiciens,

si

quelque

élémentaire simple,

étaient,

loi

les

comme

on

vitesses

dit,

si

organisées^

pai

réglées

étaient

molécules

les

elles obéis-

si

saient à quelque discipline. C'est grâce au hasard,
^*est-à-dire grâce à notre ignorance

que nous pou-

vons conclure et alors si le mot hasard est tout
simplement synonyme d'ignorance qu'est-ce que
cela veut dire? Faut-il donc traduire comme il suit?
Vous me demandez de vous prédire les phénomènes qui vont se produire. Si, par malheur, je
connaissais les lois de ces phénomènes, je ne pour;

<(

rais

y arriver que par des calculs inextricables

devrais renoncer à vous répondre; mais,
la

de

chance de

les ignorer, je vais

et je

comme

j'ai

vous répondre tout

y a de plus extraordinaire, c'est
réponse sera juste. »
faut donc bien que le hasard soit autre chose

suite. Et, ce qu'il

que
Il

ma

que le nom que nous donnons à notre ignorance,
que parmi les phénomènes dont nous ignorons les
causes, nous devions distinguer les phénomènes
fortuits,

sur

lesquels

le

calcul

des

probabilités

nous renseignera provisoirement, et ceux qui ne
sont pas fortuits et sur lesquels nous ne pouvons

1

67

LE HASARD

que nous n'aurons pas déterminé les
lois qui les régissent. Et pour les phénomènes fortuits eux-mêmes, il est clair que les renseignements
que nous fournit le calcul des probabilités ne cesseront pas d'être vrais le jour où ces phénomènes
seront mieux connus.
Le directeur d'une compagnie d'assurances sur la
vie ignore quand mourra chacun de ses assurés, mais
il compte sur le calcul des probabilités et sur la loi
des grands nombres et il ne se trompe pas puisqu'il
rien dire tant

distribue

des

dividendes à ses

actionnaires.

perspicace et très

Ces

un médecin très
indiscret venait, une fois les

dividendes ne s'évanouiraient pas

si

signées, renseigner le directeur sur les
chances de vie des assurés. Ce n^édecin dissiperait

polices

l'ignorance du directeur, mais

il

influence sur les dividendes qui

ment pas un produit de

aucune
ne sont évidemn'aurait

cette ignorancg.

II

Pour trouver une meilleure définition du hasard, il
nous faut examiner quelques-uns des faits que Ton
à regarder

s'accorde
le calcul

comme

fortuits, et

auxquels

des probabilités paraît s'appliquer; nous

rechercherons ensuite quels sont leurs caractères

communs.
Le premier exemple que nous allons choisir est
si un cône repose sur
sa pointe, nous savons bien qu'il va tomber, mais

celui de l'équilibre instable

;

SCIENCE BT METHODE

68

nous ne savons pas de quel côté
que le hasard seul va en décider.

;

parfaitement symétrique,

ment

vertical,

s'il

il

nous semble
cône était

Si le

son axe était parfaitesoumis à aucune autre

si

n'était

que la pesanteur, il ne tomberait pas du tout.
Mais le moindre défaut de symétrie va le faire pencher légèrement d'un côté ou de l'autre, et dès qu'il
penchera, si peu que ce soit, il tombera tout à fait
de ce côté. Si même la symétrie est parfaite, une
force

trépidation très légère,

un

souffle

d'air

pourra

le

de quelques secondes d'arc; ce sera
assez pour déterminer sa chute et même le sens de
sa chute qui sera celui de l'inclinaison initiale.
faire incliner

Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas
ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû
au hasard. Si nous connaissions exactement les lois
de la nature et la situation de l'univers à Tinstant
initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même univers à un instant ultérieur.
Mais, lors même que les lois naturelles n*auraient
plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qn' approximativement. Si
cela nous

avec

nous

la

permet de prévoir

même

faut,

la situation ultérieure

approximation^

nous disons que

c'est
le

différences dans les

ce

qu'il

phénomène a

été

mais il n'en est
il peut arriver que de petites
conditions initiales en engen-

prévu, qu'il est régi par des lois

pas toujours ainsi,

tout

;

drent de très grandes dans les phénomènes finaux;
une petite erreur sur les premières produirait une

69

LE HASARD

erreur

énorme sur

derniers.

les

La prédiction
phénomène

devient impossible et nous avons le
fortuit.

Notre second exemple sera fort analogue au premier et nous remprunterons à la météorologie.
Pourquoi les météorologistes ont-ils tant de peine à
prédire le temps avec quelque certitude ? Pourquoi
les chutes de pluie,
les tempêtes elles-mêmes
nous semblent-elles arriver au hasard, de sorte
que bien des gens trouvent tout naturel de prier
pour avoir la pluie ou le beau temps, alors qu'ils
jugeraient ridicule de demander une éclipse par une
prière? Nous voyons que les grandes perturbations
se produisent généralement dans les régions où
l'atmosphère est en équilibre instable. Les météorologistes voient bien que cet équilibre est instable,
qu un cyclone va naître quelque part; mais où, ils
sont hors d'état de le dire un dixième de degré en
plus ou en moins en un point quelconque, le cyclone
éclate ici et non pas là, et il étend ses ravages sur
des contrées qu'il aurait épargnées. Si on avait
connu ce dixième de degré, on aurait pu le savoir
d'avance, mais les observations n'étaient ni assez
serrées, ni assez précises, et c'est pour cela que
tout semble dû à l'intervention du hasard. Ici encore
nous retrouvons le même contraste entre une cause
minime, inappréciable pour l'observateur, et des
;

effets considérables,

qui

sont quelquefois d'épou-

vantables désastres.

Passons à un autre exemple, la distribution des
petites planètes sur le zodiaque. Leurs longitudes

70

SCIENCE ET MÉTHODE

ont pu être quelconques mais leurs moyens
mouvements étaient différents et elles circulent

initiales

depuis

si

;

longtemps qu'on peut dire qu'actuellement,
au hasard le long du zodiaque. De

elles sont distribuées

très petites différences initiales entre leurs distances

au

soleil,

ou ce qui revient au

mouvements moyens, ont
différences

entre

leurs

fini

même

entre leurs

par donner d'énormes

longitudes

un

actuelles;

de seconde dans

moyen

excès d'un

millième

mouvement

diurne, donnera en effet une seconde

le

en trois ans, un degré en dix mille ans, une circonférence entière en trois ou quatre millions d'années,
et qu'est-ce que cela auprès du temps qui s'est
écoulé depuis que les petites planètes se sont détachées de la nébuleuse de Laplace ? Voici donc une
fois de plus une petite cause et un grand effet ou
mieux de petites différences dans la cause et de
grandes différences dans l'effet.
Le jeu de la roulette nous éloigne moins-^ qu'il ne
semble de l'exemple précédent. Supposons une
aiguille qu'on peut faire tourner autour d'un pivot^
;

sur

un cadran

divisé en 100 secteurs alternativement

rouges et noirs. Si elle s'arrête sur un secteur rouge,
la partie est gagnée, sinon, elle est perdue. Tout

dépend évidemment de l'impulsion initiale que nous
donnons à l'aiguille. L'aiguille fera je suppose 10 ou
20 fois le tour, mais elle s'arrêtera plus ou moins
vite, suivant que j'aurai poussé plus ou moins fort.
Seulement il suffit que Timpulsion varie d'un millième, ou d'un deux millième, pour que mon
aiguille s'arrête à un secteur qui est noir, ou au

que de la un peu étrangère à mon connaissance du présent nous pouvions déduire de l'avenir. tandis qu'un même effet peut être produit par plusieurs causes différentes. disait-il.LB HASARD 71 secteur suivant qui est rouge. et c'est bat et que j'attends tout du hasard. Un philosophe a dit il y a quelques années que l'avenir était déterminé par le passé. une cause ne peut produire qu'un effet. III Qu'on me permette à ce propos une réflexion sujet. et la différence dans Teffet est pour moi de la plus haute importance. puisqu'il y va de toute ma faire Taiguille mon cœur pourquoi ^ mise. mais non celle du passé . Il est clair qu'aucun savant ne peut souscrire à cette conclusion les lois de la nature lient l'antécédent au conséquent de celle . parce que. mais que le passé ne Tétait pas par l'avenir. que l'antécédent est déterminé par le' conséquent aussi bien que le conséquent par l'antécédent. Il même à des instruments plus déli- m'est donc impossible de prévoir ce que va que je viens de lancer. Ce sont là des diffé- rences que le sens musculaire ne peut apprécier et qui échapperaient cats. en d'autres termes. Mais quelle a pu être l'origine de Terreur de ce philosophe ? Nous savons qu'en vertu du principe de Carnot. La différence dans la cause est imperceptible. on. les phénomènes physiques sont irréversibles et que Je monde tend vers Tunifortelle sorte .

si on nous interroge sur Tétat antérieur. Et cependant. Eh bien. l'équilibre instable ne serai* . pour cet observateur. et que l'un des corps est resté un peu plus chaud que Tautre. L'histoire serait retournée. le différente plus chaud cède de la chaleur au plus froid nous pouvons donc prévoir que les températures s'égaliseront. Mais une fois que les températures seront devenues égales. SCIENCE ET IIÉTHODE Quand deux corps de température sont en présence. contrairement à ce que nous avons vu dans les exemples précédents. Il y a donc alors. les températures n'arri- vent jamais à l'égalité parfaite.dans la cause et de petites différences dans l'effet. les effets et les causes seraient intervertis. Il arrive alors un moment où nos thermomètres sont impuissants à la déceler. et Waterloo précéderait Austcrlitz. mais nous ne pourrons pas deviner lequel des deux était autrefois le plus . en réalité. que pourrons-nous répondre? Nous dirons bien que l'un des corps était chaud et l'autre froid. pour lui le temps serait changé de signe. Flammarion avait imaginé autrefois un alors observateur qui s'éloignerait de la Terre avec unevitesse plus grande que celle de la lumière.72 mité. nous reconnaîtrions qu'il subsiste encore une petite différence. de grandes différences. La différence des températures tend seulement vers zéro d'une façon asymptotique. cent mille fois plus sensibles. Mais si nous avions des thermomètres mille fois. chaud. tt nous pourrions affirmer que c'est celui-là qui a été autrefois beaucoup plus chaud que l'autre.

sillonnent ce récipient dans tous les sens à chaque instant elles choquent les parois. rôle Si une molécule ici et était déviée vers la gauche ou la droite de sa trajectoire. Comment devons-nous nous représenter un récipient rempli de gaz? D'innombrables molécules. Si alors la mole- . le premier élément se retrouve encore joue un important. et cela ferait varier. et ces chocs ont lieu dans les conditions les plus diverses. elle éviterait dans des conditions un diffé- rentes. Et cepen- dant. de dévier la il suffît. . Ce qui nous frappe surtout ici. pour qu'elle soit déviée. voir. d'une quantité finie. IV Voici maintenant d'autres exemples où nous allons des caractères un peu différents. ou bien elles se choquent entre elles. comparable au rayon d'action des molécules choc. Et ce n'est pas tout. tesse des causes. peut-être de 90® ou de 180% la direction de sa vitesse après le choc. d'une quantité très petite. ce n'est pas la petivoir apparaître .73 LB HASARD plus Texception. Prenons d'abord la théorie cinétique des gaz. nous venons de le molécule avant le choc d'une quantité infiniment petite. animées de grandes vitesses. après le choc. apparaîtrait comme livrée au hasard. ou elle le subirait gazeuses. c'est leur complexité. à cause de Tirréversibilîté univer- tout lui semblerait sortir d'une sorte de chaos en équilibre instable la nature entière lui selle.

c'est-à-dire parce que les chocs sont très nombreux et que les causes sont très complexes. d'une quantité infini- du second ordre. après n chocs. Passons à un deuxième exemple. De sorte que si le premier choc a multiplié la déviation par un très grand nombre A. de sorte que leur distribution aucun rapport avec leur distribution finale n'a plus initiale. Pour savoir quelle sera la distribution de ces gouttes et chaque pavé. il ne en tombera sur pas de connaître la combien suffirait il . il suffira de la dévier. la vapeur se con« dense et chacun de ces ions devient le centre d'une goutte de pluie. d'une quantité infiniment petite du premier ordre et après le second choc. dans une averse. ment après petite le mais parce que l'exposant n est grand. elle sera multipliée par A". pour qu'elle le soit. d'une quantité finie. les gouttes de pluie nous semblent-elles distribuées au hasard? C'est encore à cause de la complexité des causes qui déterminent leur formation. non seulement parce que A est grand. pourquoi. elle en subira un très grand nombre par seconde.SCIENCE ET MÉTHODE 74 cule subit deux chocs successifs. premier choc. Tout è coup. la température s'abaisse. ils ont été entraînés dans des tourbillons de très petites dimensions. Et la molécule ne subira pas deux chocs seulement. pendant longtemps ils ont été soumis à des courants d'air constamment changeants. avant le premier choc. Des ions se sont répandus dans l'atmosphère. elle sera donc devenue très grande. c'est-à-dire parce que les petites causes produisent de grands efl'ets.

Quelle est celle qui se La probabilité. dans ce vase. il faudrait supputer l'effet de mille courants d'air minuscules et capricieux. et si les puisque chaque grain conserverait sa hauteur initiale et sa distance initiale à Taxe. le vase était de révolution courants circulaient autour de Taxe du vase en décrivant des cercles. les grains seront distribués au hasard. A chaque coup. c'est aussi ce qui arrive quand on bat les cartes d'un jeu. cette tudes du joueur. Et pour prendre la théorie des substitutions). Et c'est encore la même chose si on met des grains de poussière en suspension dans Teau. tion). c'est-à-dire uniformément. dis-je. au bout d'un certain temps. Mais si dépend des habi- ce joueur bat les cartes y aura un grand nombre de peret l'ordre final qui en résultera ne sera plus régi que par le hasard. il n'en serait plus de même. . les cartes subissent une permutation (analogue à celle qu'on étudie dans grains fins. si. S'ils obéissaient à quelque loi par exemple. On arriverait au même résultat en envisageant le mélange de deux liquides ou de deux poudres à un exemple plus grossier.Ll HASARD 75 Situation initiale des ions. il mutations successives . et cela est dû précisément à la complication de ces courants. le vase est sillonné par des courants dont nous ignorons la loi. pour que ce soit telle permutation (par exemple celle qui amène au rang n la carte qui occupait le rang cp (n) avant la permutaréalisera? probabilité. je veux dire que tous les ordres possibles seront également pro* assez longtemps. simple. nous savons seulement qu'elle est très compliquée.

A combien de pièges n'est pas exposé Tobseryateur. mais on ne saurait le faire pour toutes les parties de l'univers. On peut se placer encore à un troisième point de vue qui a moins d'importance que et sur lequel j'insisterai prévoir un fait et les deux premiers moins. en admettant qu'il y parvienne. C'est au s'attacher à apercevoir les plus gros et à les éviter. C'est ici que les causes sont complexes et qu'elles sont multiples. redoutables. Quand on cherche à qu'on en examine les antécédents. mais chacune d'elles ne produirait qu'un petit effet. peuvent devenir dangereux. en accumulant leurs effets. il en reste beaucoup de petits. Ce sont ceux qui donnent naissance aux erreurs systématiques. Ici encore. C'est de là que proviennent les erreurs accidentelles et nous les attribuons au hasard parce que leurs causes sont trop compliquées et trop nombreuses.SCIENCE KT MÉTHODB 76 grand nombre des permutations successives. c'est-à-dire à la complexité du phénomène que ce résultat est dû. Mais quand il les a éliminés. on se contente de savoir ce qui se passe dans le voisinage du point où le fait doit se . Un mot enfin de la théorie des erreurs. mais qui. c'est par leur union et par leur nombre que leurs effets deviennent . nous n'avons que de petites causes. on s'efforce de s'enquérir de la situation antérieure. même avec le meilleur instrument! Il doit bables.

passe dans la rue en allant à ses affaires. Tentrepreneur qui l'emploie pourra. pourquoi le toit. ni dire que le c'est là un hasard. Les effets de cette action mutuelle nous paraissent alors dus au hasard. cependant. Est-ce là une troisième manière de concevoir le hasard? Pas toujours. faut savoir choisir. en effet. Et pourtant. la plupart du temps. auxquelles on n'aurait jamais songé à attribuer aucune influence et qui. et nous oblige à le découper en tranches. il arrive. et on n'hésitera pas à ce (jull va faire. Sur un couvreur. de temps en temps.LE HASARD 77 produire. contre toute prévision. prévoir l'homme ne pense guère au couvreur à l'homme: ils semblent appartenir à deux mondes complètement étrangers Tun à l'autre. Mais couvreur. Toutes les fois que deux mondes. quelqu'un qui aurait été au courant de ces affaires. viennent à jouer un rôle important. Nous cherchons à le faire aussi peu artificiellement que possible. au premier abord. pourrait dire pour quelle raison il est parti Un homme à telle heure. que deux de ces tranches réagissent Tune sur l'autre. et néanmoins. travaille il a passé par telle rue. généralement étrangers . le couvreur laisse tomber une tuile qui tue l'homme. dans une certaine mesure. et peut arriver que nous ayons laissé de côté des circonstances qui. Mais fait il prévu. semblaient complètement étrangères il au fait. ou ce qui paraît avoir quelque rapport avec ce Une enquête ne peut être complète. Notre faiblesse ne nous permet pas d'embrasser l'univers tout entier. on est ramené à la première ou à la seconde.

Suffit-il que les causes soient petites. pour que nous puissions prévoir. J'ai dit que le point où s'arrêtera l'aiguille va dépendre de l'impulsion initiale qui lui est donnée. les lois très complexes. le mieux est de reprendre quelques-uns des exemples cités plus haut. l'autre. d'autre part. La probabilité pour que l'impulsion soit comprise entre a et a+e. ou qu'elles soient complexes. ou que le couvreur laissât tomber sa tuile une seconde plus très petit tôti VI Tout ce que nous venons de dire ne nous explique pas encore pourquoi le hasard obéit à des lois. Je commencerai par celui de la roulette. sera alors sensiblement égale à la proe et babilité pour qu'elle soit comprise entre a + a -f 2e. il aurait suffi d'un changement dans les conditions initiales mondes pour que la réaction n'eût pas deux de ces lieu. mais il m'est difficile de ne pas admettre que cette probabilité est représentée par une fonction analytique continué. Quelle est la probabilité pour que cette impulsion ait telle ou telle valeur? Je n'en sais rien. viennent ainsi à réagir Tun sur de cette réaction ne peuvent être que et. Qu'il aurait fallu peu de chose pour que l'homme passât une seconde plus tard. sinon quels en sont les effets dans chaque cas^ mais au moins ce que seront ces effets en moyenne? Pour répondre à cette question. C'est là une pro- .SCIENCE ET MÉTHODE 78 l'un à Tautre. pourvu que e soit très petit.

tionnelles Mais. La donnée de la question.79 LE BASARD priété commune à toutes les fonctions analytiques.e à a + 2e c'eet probabilité de chaque secteur rouge est même que celle du secteur noir suivant. Les petites variations de la fonction sont proporaux petites variations de la variable. une très petite variation de l'impulsion suffît pour changer la couleur du secteur devant lequel Taiguille finira par s'arrêter. Leur distribution actuelle est uniforme et indépendante de cette loi. De a à a -f. On voit ainsi pourquoi le« phénomènes ol éissent aux lois du hasard quand de petites différences dans les causes suffisent pour amener de grandes différences dans les effets. Mais le quelle que soit cette d'une propriété commune théorème reste vrai. nous l'avons supposé. la probabilité totale du rouge est égale à la probabilité totale du noir. qu'il dépend donnée. Ce que nous venons de dire pour le cas de la roulette. la donc la rouge. variant suivant une loi d'ailleurs quelconque. s'applique aussi à Texemple des petites planètes.e le noir. de a c'est le -f. pour la même raison que dans le cas précédent. c'est la fonction ana- lytique qui représente la probabilité d'une impulsion initiale déterminée. et. Il . Les analytiques. Le zodiaque peut être regardé comme une immense roulette sur laquelle le créateur a lancé un très grand nombre de petites boules auxquelles il a communiqué des impulsions initiales diverses. parce à toutes les fonctions en résulte que finalement nous n'avons plus aucun besoin de la donnée. par conséquent.

justement parce que ces différences sont petites et que les petits accroissements d'une fonction continue sont proportionnels à ceux de la variable. 231. et il peut les intervertir de plusieurs manières.80 H SCIENCE ET MÉTHODE probabilités de ces petites différences peuvent alors être regardées comme proportionnelles à ces diffé- rences elles-mêmes. il intervertit Tordre des cartes. Au second battement et aux suivants. Passons à un exemple entièrement différent. occuper les rangs fiition. pourront. représente toujours la probabilité pour que les trois cartes qui occupaient après 1* les rangs 123. 132. 213: Chacune de ces six hypothèses est possible et ont respectivement pour probabilités elles : Pi. Supposons trois cartes seulement pour simplifier TexpoLes cartes qui. mais c'est tout ce que nous en savons. 312. le n® battement et avant le n + . A chaque battement. 123. P^^ Ps' Pi^ P57 P6. cela recommencei^a et dans les mêmes conditions. par exemple. je sup- pose qu'un joueur batte un jeu de cartes. La somme de ces six nombres est égale à 1. 321. avant le battement. je veux dire que p^. où intervient surtout la complexité des causes. occupaient respectivement les rangs 123. après le battement. ces six probabilités dépendent naturellement des habitudes du joueur que nous ne connaissons pas.

mais. après occuper les rangs le les dernier battement. Supposons n battements et supposons que je gagne 1 franc si les cartes sont finalement dans l'ordre initial.Lt HASARD pour que ces trois cartes. 231. occupaient rangs 123. quels que soient les nombres /)| . Nous n'avons plus que deux hypothèses 12. la démonstration serait compliquée. espérance mathématiaue sera (Pi — P«r- . 1* avant le 1*' habitudes du mêmes. 321 après len + quel que soit le 81 occupent nombre n puisque les joueur. les rangs battement. a produit Tuniformité. Et cela reste vrai. 321. est très grand. dis-je. Cela s'appliquerait sans changement plus de trois cartes. et que j'en perde un Alors. battement. c'est-à-dire la complexité des causes. je me contenterai de la donner pour deux cartes seulement. mon si elles sont finalement interverties. 312. 213 et la probabilité blement la de ces môme six hypothèses sera sensi- et égale à ^. pourront. 21 = — avec les probabilités p^ etp3 l p^. et cela sera vrai. p^ que nous ne connaissons pas. Le grand nombre des battements. sa façon de battre restent les Mais nombre des battements si le les cartes qui. 132. s'il y avait même avec trois cartes. 123.

Il n'en sera plus de même si le vase est sphérique ou s'il a la forme d'un paral- pourquoi? Parce que. On voit ainsi ce que l'on doit entendre par conditions trop simples \ ce sont celles qui conservent quelque chose. P| et /?2 était égal à i et l'autre nul. Les équations différentielles du problème sont-elles trop simples pour que nous puissions appliquer les . second cas ce sera la valeur absolue de Tangle de chaque trajectoire avec les faces du parallélépipède. de rance sera nulle nous n'avoi^s pas besoin de connaître Pi et P2 pour savoir que le jeu est équitable. mais puissent être déviées par des chocs sur les parois du vase où le gaz est renfermé.SCIENCE ET MÉTHODE 82 — est certainement plus petite La différence^! y)<i n si est très grand. si . Ce que nous venons de voir ne s'applique pas seulement au mélange des cartes. la distance du centre à une trajectoire quelconque demeurera constante. et même à ceux des molécules gazeuses dans la théorie cinétique des gaz. à ceux des poudres et des liquides. mon espéque sorte que 1. qui laissent subsister un invariant. Pour en revenir à cette théorie. la distribution des molécules et celle des vitesses ne tarderont pas à devenir uniformes. Tun des Il y aurait une exception toutefois. dans le premier cas. Si la forme du vase est suffisamment compliquée. Cela ne marcherait plus alors parce que nos hypothèses nombres initiales seraient trop simples. dans le lélépipède rectangle. supposons pour un instant un gaz dont les molécules ne puissent se choquer mutuellement. mais à tous les mélanges.

si elles admettent une intégrale uniforme . A quoi sont dues les erreurs accidentelles. Nous n'avons que les erreurs sont nombreuses. et c'est justement parce que nous l'ignorons que nous savons qu'elles vont obéir à le paradoxe. Tel est à peu près de la même précédents. il est clair que la situation finale ne pourra plus être indépendante de lois . Il s'explique manière que dans les cas la loi de Gaiiss. la situation initiale. Venons enfin à la théorie des erreurs. Quelle est la courbe de probabilité de chacune d'elles? nous n'en savons rien. . dénuée de sens précis nous savons maintenant ce qu'elle veut dire. VII Mais nous ne J'ai repris sommes pas au bout des paradoxe». si elles conservent quelque chose. et cette loi résultante est indépendante des lois particulières que nous ne connaissons pas. au premier abord. Ici encore la simplicité du résultat est née de lu besoin de savoir qu'une chose : très complication même des données. nous l'ignorons.83 LE HASARD dn hasard? Cette question paraît. que chacune d'elles peut être aussi bien négative que positive. si quelque chose des conditions initiales demeure inaltéré. qu'elles sont très petites. tout à l'heure la fiction 4e Flammarion. On démontre alors que l'erreur résultante suivra la loi de Gauss. Elles sont trop simples. nqus supposons seulement que cette courbe est symétrique.

et cependant tous ces phénomènes à un instant donné ne seraient pas distribués conformément aux lois du hasard. d'après les rence d'un millimètre sur la cause. qui les voyant se dérouler harmonieusement et sans sortir d'un chaos primitif. pourquoi les choses ne se passentelles pas comme pour nous quand nous croyons voir de grands effets dus à de petites causes? Le même raisonnement ne serait-il pas applicable à son celle cas ? Revenons sur ce raisonnement : quand de petites différences dans les causes en engendrent de grandes dans les pourquoi ces effets sont-ils distribués lois du hasard? Je suppose qu'une diffé- effets. J'ai dit que pour lui tous les phénomènes sembleraient dus au hasard. selon toute apparence. de petites causes semblent produire de grands effets. l'homme de Flammarion. Or. produise une différence d'un kilomètre dans l'effet. puisqu'ils le seraient comme pour nous.SCIENCE ET MÉTHODV 84 de Thomme qui va plus vite que la lumière et pour qui le temps est changé de signe. la probabi- pour que la cause varie entre certaines limites sera proportionnelle à la distance de ces limites. Si je dois gagner «ans le cas où l'effet correspondra à un kilomètre portant un numéro pair. pourquoi? Parce corresponde cause à qu'il faut pour ceU un millimètre de pair. . ma probabilité de gagner sera n que la numéro lité . Cela est vrai à un certain point de vue. Qu'est-ce que cela veut dire? Pour Lumen. ne les regardons pas comme réglés par le hasard.

85 LE HASARD pourvu que cette distance soit très petite. elle ne sera donc pas proportionnelle à n. A une différence d'un kilomètre dans la cause correspondrait une différence d'un millimètre dans l'effet. Mais la probabilité pour que Feffet reste 'compris entre deux limites de n millimètres sera précisément la même. cette courbe pourra rester continue au sens analytique du mot. n'admettait pas cette hypothèse. La probabilité pour que la cause soit comprise entre deux limites distantes de n kilomètres. : voilà ce que . Il n'y a donc pas moyen de représenter la loi de probabilité des effets par une courbe continue. Il deviendrait impossible de tracer distantes la courbe avec un crayon ordinaire je veux dire. Mais pratiquement elle ne serait pas continue puisque. Qu'arrivera-t-îl maintenant quand de causes produiront de petits effets? C'est grandes le cas où nous n'attribuerions pas le phénomène au hasard. sera-t-elle encore proportionnelle à n? Nous n'avons aucune raison de le supposer puisque cette distance de n kilomètres est grande. et cela bien que cette distance de n millimètres soit petite. à des variations très petites de Tabscisse. entendons-nous bien. ne correspondraient pas des variations très petites de l'ordonnée. moyen de il Si Ton n'y aurait plus représenter la prohabilité par une fonc- tion continue. et où Lumen au contraire Tattribuerait au hasard. à des variations infiniment petites de l'abscisse correspondront des variations infiniment petites de l'ordonnée.

pour lui. qui est notre effet à nous) doit nécessairement être représentée par une fonction continue. Dans le cours de cette histoire. que nous appelions tout à l'heure initial. elles ne créeraient au contraire que la diffé- rentiation et l'inégalité. n'est luimême que le point d'aboutissement d'une longue histoire antérieure. ils lui paraîmais ce traient dus à je ne sais quel caprice caprice serait tout autre chose que notre hasard. des causes complexes ont agi et elles ont agi longelles ont contribué à opérer le mélange temps des éléments et elles ont tendu à tout uniformiser : au moins dans un petit espace. les changements qu'il observerait seraient pour lui imprévus et impossibles à prévoir. les causes complexes ne lui paraîtraient pas des agents de régularité et de nivellement. elles ont arrondi nivelé les montagnes et comblé les quelque capricieuse et irrégulière qu'ait pu être la courbe primitive qu'on leur a livrée. elles ont tant travaillé à la régulariser. tandis que notre . pourquoi avons-nous ce droit? C'est parce que cet état d'équilibre instable. vallées : admettre la continuité. Il verrait sortir un monde de plus en plus varié d'une sorte de chaos primitif. nous. Lumen n'aurait pas les mêmes raisons de conclure ainsi. . qu'elles nous rendront finalement une courbe continue* Et c'est pourquoi nous en pouvons en toute confiance les angles. puisqu'il serait rebelle à toute loi.gCIENCE ET MÉTHODE 86 Que devons-nous donc conclure? Lumen de dire que le droit la probabilité de la n'a pas cause (celle de sa cause. Mais alors.

LE HASARD 87 hasard a encore les siennes. étant ainsi défini dans la mesure où Tôtre. a-t-il On peut petites il ou un caractère il Le peut objectif? se le demander. et tante. Mais il convient d'examiner la chose d'un peu plus près. car on peut se placer encore à d'autres points de vue. qui aideraient peut-être à mieux comprendre Tirréversibilité de l'univers. Tous ces points demanderaient de longs développements. Que signifie le mot très petit? Il suffit pour le comprendre de se reporter à ce que nous avons dit qui simple plus haut. et ce peut-il être semble très complexe à l'un ne peut-il paraître à l'autre? J'ai déjà répondu en partie puisque j'ai dit plus haut d'une façon précise dans quel cas des équations différentielles deviennent trop simples pour que les lois du hasard restent applicables. valle est très petit lorsque. et con- maintenant de se poser une question. hasard. Une différence est très petite. J'ai parlé de causes très très pour Tun ne complexes. Mais ce qui est très petit grand pour Tautre. intervalle. Et . la probabilité dans un les limites inter- de cet reste sensiblement cons-» pourquoi cette probabilité peut-elle être regardée comme constante dans un petit intervalle? C'est parce que nous admettons que la loi de probabilité est représentée par une courbe continue. VIII Nous avons cherché à vient définir le hasard.

pour cela que nos courbes de probabilité n'offrent plus que des ondulations lentes. mais pratiquement continue. comme je l'expliquais plus haut. Cela veut dire que non seulement elle ne présentera pas d'hiatus absolu mais qu'elle n'aura pas non plus de saillants et de rentrants trop aigus ou trop accentués. Et alors telle longueur qui aujourd'hui ne nous semble pas très petite. parée que sur notre courbe un arc. c'est siècles. Ainsi ce mot de très petit reste relatif. Dans des milliards de milliards de siècles. devra au contraire à cette époque être qualifiée de très petite. on aura fait un pas de plus vers l'uniformité et ces ondulations seront le rayon de courbure dix fois plus lentes encore moyen de notre courbe sera devenu dix fois plus grand.de cette longueur ne peut être regardé comme rectiligne. mais il et c'est : relatif à l'état homme ou à tel autre. parce y a des cessent d'agir dans le causes complexes qui ne monde le dit plus haut. puisque la courbure sera devenue dix fois moindre. Il changera de sens n'est pas relatif à tel . Et qu'est-ce qui nous donne hypothèse? Nous l'avons que. et qu'un arc de cette longueur pourra être sensiblement assimilé à une droite. il est actuel du monde. il constamment qu'il le puisse jamais Ce sont ces causes qui ont peu i peu abattu les saillants et rempli les rentrants. depuis le même sens droit de faire cette commencement des et qui font tendre vers Tuniformité sans revenir en arrière.88 ICIENCE ET MÉTHODE non seulement continue au sens analytique du mot.

Et quand elle le sera devenue pour toutes les vues.LE HASARD quand le monde 89 sera devenu plus uniforme. elle sera uni- forme pour le presbyte qui est obligé de regarder de loin quand elle ne le sera pas encore pour le myope. Mais alors sans doute les hommes ne pourront plus vivre devront faire place à d'autres êtres. Et cependant. le microscope ne semble-t-ii pas sur le point de nous montrer quelque chose d'analogue? Ce nouveau critérium e&t donc rel^*iJ^ ^^mn^o. l'une bleue et l'autre blanche. mais au bout de combien de temps ce mélange nous satîsfera-t-il? Quand aura-t-on accumulé assez de complications? Quand aura-t-on suffisamment battu les cartes? Si nous mélangeons deux poudres. Et que veut dire d'autre part plexe? J'ai le mot très com- déjà donné une solution^ et c'est celle que j'ai rappelée au début de ce paragraphe. i^ si . produisent un mélange de plus en plus intime. Il n'y a pas de chance pour qu'aucun homme discerne jamais la variété infinie qui. restant vrai pour tous et les hommes. c'est à cause de l'infirmité de nos sens. où la teinte il arrive un moment du mélange nouSv paraît uniforme. conserve un sens objectif. se dissimule sous l'apparence uniforme d'un gaz. on pourra encore reculer lalimite par l'emploi des instruments. on adopte les idées de Gouy sur le mouvement brownien. que toutes les choses seseront mélangées plus encore. mais il y en a d'autres. nous l'avons dit. dois-je dire beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands? De sorte que notre critérium. Les causes complexes. si la théorie cinétique est vraie.

ces la réaction mutuelle On tombera d'accord que éléments doivent être rares et que leur ren- . que la puissance de leurs instruments est limitée et qu'ils ne s'en servent d'ailleurs qu'ex- ceptionnellement. chacune de son côté. il signifie que de petites causes ont produit de grands effets. on dit que ceux-ci sont con- formes aux lois un grand évéreconnaît pour cause un petit de l'histoire ». tous les hommes c'est ont à peu près les sens. qui contenaient précisément. IX C'est la même chose dans les sciences morales et en particulier dans l'histoire. Ce n'est que par hasard que se sont rencontrées deux cellules génitales. L'historien est obligé de faire un choix dans les événements de l'époque qu'il étudie il ne raconte que ceux qui lui semblent . Le plus grand hasard est la naissance d'un grand homme. les événements par exemple. les éléments mystérieux dont devait produire le génie. Si les remar^ premiers suffisent pour expliquer les seconds. ce mot a donc le même sens que dans les sciences physiques. les plus importants. de sexe différent. de quables du Il s'est donc contenté de relater du xvi* siècle les plus considérables même que les faits les plus xvii* siècle. alors on dit que cet événement est dû au hasard. que tout le monde a négligé. nement du xvn* siècle fait du XVI* siècle.SCIENCE ET MÉTHODE 90 premier et parce que mêmes s'il conserve un caractère objectif. qu'aucune Mais si histoire ne rapporte.

Si la justice ne se décide pas toujours par de bonnes raisons. et parier un million contre un combien il sou. on se serait certainement fallait exposé aux foi mêmes déceptions qu'en pariant sur la du calcul que l'opposition n'aurait jamais aucun représentant. Nul mieux faire caractères du hasard. Qu'est-ce à dire? Nous sommes tentés d'attribuer au hasard les faits de cette nature parce que les causes en sont obscures mais ce n'est pas là le Trai hasard. c'est peut-être fâcheux. du hasard ne s'appliquent pas à ces questions. ne peut Un mot donné comprendre les encore sur les paradoxes lieu l'application du exemple véritables auxquels a calcul des probabilités aux sciences morales. Les causes nous sont inconnues. Qu'il aurait fallu peu de chose pour dévier de sa route le spermatozoïde qui les portait . ou du moins un tel événement serait tellement improbable qu'on pourrait sans crainte parier le contraire. il de millimètre aurait suffi de le dévier d'un dixième et Napoléon ne naissait pas et les des- tinées d'un continent étaient changées. Si on avait utilisé les résultats de ce calcul. il est . elle use moins qu'on ne croit de la méthode de Bridoye. On a démontré qu'aucune Chambre ne contiendrait jamais aucun député de l'opposition.LE HASARD 91 contre est encore plus rare. Condorcet s'est efforcé de calculer de jurés pour qu'une erreur judiciaire devint pratiquement impossible. 5 . puisque alors le système de Condorcet nous Les lois mettrait à l'abri des erreurs judiciaires.

celle que je m'étais plus spécialement proposée. critérium. ce sont leurs habitudes de moutons de Panurge. cela présente plus de diffi- pour le moment rien de bon à dire. mais puisqu'elles conservent ne le quelque elles nous avons vu que c'est là ce qui distingue « trop simples ». d'autres questions à souleaurait beaucoup y si je voulais les aborder avant d'avoir résolu cultés et je n'ai Il ver. cela est facile. mais une grande différence sur la sixième décimale du logarithme. mais il y a une chose qu'elles ne peuvent détruire.SCIENCE ET MÉTHODB 92 vrai. pourquoi celles du nombre tz sont-elles distribuées conformément aux lois du hasard? J'ai déjà ailleurs étudié la question en ce qui concerne les logarithmes. et là. causes en action. Pourquoi les décimales d'une table de logarithmes. les entraînent à droite et à gauche. et même pas sont elles sont assez complexes. L'application du calcul des probabilités aux sciences exactes entraîne aussi bien des difficultés. Nous retrouvons toujours Mais pour le même le nombre ::. Des causes multiples entrent chose les . ils réagissent les uns sur les autres. Quand des hommes ils ne se décident plus au hasard rapprochés. il est clair^ qu'une petite différence sur l'argument donnera une petite différence sur le logarithme. . sont et indépendamment les uns des autres. Et c'est cela qui se conserve. elles troiïblent les hommes.

non plus qu'une chance sur 10. Quand nous voulons contrôler une hypothèse.Ll BA9ÂBD 93 Quand nous constatons un résultat simple. cela me prendrait trop de temps. quand nous trouvons un nombre rond par exemple. Mais il il le nombre 10. Nous trouvons naturel d'admettre que la première doit produire un résultat simple. Et en effet il n'y a qu'une très faible probabilité pour qu'entre 10. Je ne puis ici le justifier complètement. et nous cherchons pour l'expliquer une cause non fortuite. car sans cela toute science impossible. . Y a-t-il là de notre part une simple illusion. exemple. Et c'est toujours au fond le même raisonnement. nous nous contentons d'en vérifier quelques-unes et si nous réussissons. mais je puis dire au moins ceci nous nous trouvons en présence de deux hypothèses. time? Il faut l'espérer.000 n'y a pour qu'il amène n'importe quel autre nombre et cependant ce résultat ne nous étonnera pas et il ne nous répugnera pas de l'attribuer au hasard et cela simplement parce qu'il sera moins frappant. ou bien y a-t-il des cas où cette façon de voir est légi. le hasard amène un nombre rond. ou bien une cause simple. que faisons-nous? Nous ne pouvons en vérifier toutes les conséquences.000. ou bien cet ensemble de causes complexes que nous appelons le hasard. et serait : .000 nombres. nous disons qu'un pareil résultat ne peut pas être dû au hasard. car tant de succès ne sauraient être dus au hasard.000 par y a seulement une chance sur 10. nous déclarons l'hypothèse confirmée. puisqu'elles seraient en nombre infini.

ne l'amènera pas non plus plus d'une fois sur iO. si nous constatons nombre rond par exemple. Il n'en sera plus de même si nous constatons un résultat qui n'est pas simple.000.SCIENCE ET METHeDB alors.OOO. . le hasard. ce il résultat simple. le nous paraît plus vrai- semblable de Tattribuer à la cause simple qui deyait nous le donner presque certainement. qu'au hasard qui ne pouvait nous le donner qu'une fois sur 10. mais la cause simple n'a pas plus de chance de le produire. il est vrai.

d'où seraient exclues les images changeantes des objets matériels. par exemple. I Il est impossible de se représenter l'espace vide tous nos efforts pour imaginer . tisse là que provient la relauvité . C'est de irréductible de l'espace. sont remplacées par des lignes à faible coloration et Ton ne pourrait aller jusqu'au bout dans cette voie. ne peuvent aboutir qu'à une représenta- où les surfaces fortement colorées. un espace pur.LIVRE îî LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE CHAPITRE I La Relativité de l'Espace. sans que tout s'évanouisse et aooution au néant.

j'ai voulu dire Demain je verrai de nouveau le dôme et le fronton du Panthéon. Si Ton me demande Entendez-vous que vous reviendrez au môme point de l'espace. C'est là une des formes les plus banales du principe de la relativité de l'espace. Je suis en un point déterminé de Paris. Et. emploie un vide de sens. puisque ces 2 millions de kilomètres.oclamée depuis longtemps par tous ceux qui ont réfléchi à la question. par exemple. C'est là une vérité qui a été pi. langage. que le soleil se déplace à son tour par rapport à la Voie Lactée. En somme. toutes les dimen- sions de l'univers deviennent mille fois plus grandes : . mais il en est une n'aurait autre. place du Panthéon. . dans une nuit. tenté de répondre puisque d'ici à demain la Terre aura marché. entraînant avec elle la place du Panthéon. en un jour. qui aura parcouru plus de 2 millions de kilomètres. que la Voie Lactée ellemême est sans doute en mouvement sans que noug De sorte que nous nous ignorerons' ignorons complètement et que toujours de combien la place du Panthéon se déplace puissions connaître sa vitesse. je n'y gagnerais rien. notre globe les a parcourus dans son mouvement par rapport au soleil. ma phrase : aucun sens et l'espace s'évanouirait. si je : : voulais préciser mon . et s'il n'y avait pas de Panthéon. Supposons que. sur laquelle Delbeuf a particulièrement insisté. mais qu'on est trop souvent mot porté à oublier. je serai Oui et cependant j'aurai tort.96 gCIENCE ET MÉTHODfc Quiconque parle de l'espace absolu. et je dis je reviendrai ici : demain.

il passé du tout et que c'est nous ne nous sommes aperçus de rien. Seulement. Le lit où je suis couché et mon corps lui-même se seront agrandis dans la même proportion. livre quel sentiment éprouverîii-je en présence d'une aussi étonnante transformation? Eh bien. cela ne voulait pas dire Je serai demain au point de l'espace où s'est rien : : . c'est pour mieux faire voir que leur façon de voir implique contradiction. je ne m'apercevrai de rien du tout. en même sens qu'au de géométrie. En réalité. Si comme j'ai raisonné un instant eux. pourvu que les autres distances aient varié dans les mêmes proportions. ce bouleversement n'existe que pour ceux qui raisonnent comme si l'espace était absolu. il ne pour cela que vaudrait mieux dire que l'espace étant relatif. Tout à l'heure. le lendemain troisième matin. En réalité. puisque les mètres dont je me servirai auront varié précisément dans les mêmes proportions que les objets que je chercherai è mesurer. puisque cette distance pourrait subir d'énormes variations sans que nous puissions nous en apercevoir.97 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI le monde sera resté semblable donnant au mot de similitude le à lui-même. ce qui avait un mètre de long mesurera désormais un kilomètre. ce qui était long d'un millimètre deviendra long d'un mètre. de dire que Ton connaît la distance entre deux points? Non. en conséquence. Quand je me réveillerai. nous avions vu que quand je dis Je serai ici demain. A-t-on le droit. Les mesures les plus précises seront incapables de me rien révéler de cet immense bouleversement.

SCIENCE ET MÉTHODE 98 Je serai demain à la Panthéon qu'aujourd'hui. mais même voici : que cet énoncé n'est plus suffisant dois dire : Demain aujourd'hui. et Panthéon sera égale à un longueur de mon corps. ma et que je distance du même nombre de fois^ la supposé que les dimenque du moins ce sions du monde monde restait toujours semblable à lui-même. Mais peu importe qu'elle soit faible. mais. Mais. tous les corps entraînés dans le mouvement de la Terre subissent une déformation. chap. j'ai variaient. D'après Lorentzet Fitzgerald*. tandis que les dimensions perpendiculaires à ce mouvement ne seraient pas altérées. il suffit qu'elle existe pour la conclusion que Mais ce n'est pas tout. Et d'ailleurs. je moi-même n'en sais rien du de l'illusion tenace que nous pensons un espace absolu. en tout. El du distance je suis aujourd'hui. mais sa vitesse par rapport à qui nous i. j'ai été victime réalité. non sa vitesse absolue qui n'a aucun seni. cette fois. sa véritable vitesse (j'entends. On peut aller beaucoup plus loin et une des théories les plus étonnantes des physiciens modernes va nous en fournir l'occasion. et j'ai admis 30 kilomètres pour sa vitesse. j'ai dit qu'elle était faible. XI. . très faible. mais j'en vais bientôt tirer. fait croire Vide infra. Cette déformation est. j'ai pensé au mouvement de la terre sur son orbite elliptique autour du Soleil. à la vérité. puisque toutes les dimensions parallèles au mouvement de la Terre diminueraient d'un cent millionième.

je mesurerai d'abord l'une des arêtes perpendiculaires au mouvement et je constaterai que mon mètre s'applique exactement sur cette arête. Mais le mètre ayant changé d'orientation. a subi. celle qui est parallèle au mouvement. 10. Si je veux m'en assurer à Taide d'un mètre. Pouvons-nous mettre en évidence cette déformaÉvidemment non. de sorte que bien que l'arête n'ait plus un mètre de longueur. à son tour. ensuite. la déformation. il s'y appliquera exactement. devient plus petite. celle qui est parallèle au mouvement. On me demandera alors quelle est l'utilité de l'hypothèse de Lorentz et de Fitzgerald si aucune expérience ne peut permettre de la vérifier? c'est que mon exposition a été incomplète. à lacondi. déformation 100 sera fois 100. toutes deux. je ne me tion? serai aperçu de rien. Je veux mesurer. je ne la connais pas. . par suite du déplacement de la terre. l'autre arête. puisqu'elles sont. je n'ai de la plus connaître grande et : elle alors est peut-être la 10. perpendiculaires au mouvement. en effet. ni Tune ni Tautre de ces deux longueurs n'est altérée. Tune de ses arêtes. pour cela je déplace mon mètre et le fais tourner de façon à l'appliquer sur mon arête. les autres ne varient pas.000 fois plus forte. et. voici un cube qui a 1 mètre de côté. je n'ai parlé que des mesures que l'on peut faire avec un mètre mais on peut mesurer aussi une longueur par le temps que la lumière met à la parcourir. et étant devenu parallèle au mouvement.99 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACE aucun moyen Téther). il se déforme.

mais que les corps sont plus petits dans les unes que dans les autres. et si ce rapport est altéré. c'est que. les carrés sont ou des parallélogrammes. Dans un cas comme dans Tautre. sphères des ellipsoïdes. cet instrument peut être un mètre. qu'on pourrait aller beaucoup plus loin au lieu de la déformation de Lorentz-Fitzgerald dont les lois sont particulièrement simples. Si les surfaces d'onde de la lumière avaient subi les mêmes déformations que les corps matériels. dans cette déformation. c'est seulement le rapport de la grandeur à l'instrument que nous mesurons. nous n'avons aucun moyen de savoir si c'est la grandeur ou bien tion l'instrument qui a varié. ou le chemin parcouru par la lumière. devenus des rectangles les cercles des ellipses. le monde n'est pas demeuré semblable à lui-même . Lorentz aurait pu rendre compte des faits en supposant que la vitesse de la lumière est plus grande dans la direction du mouvement de la terre que dans la direction perpendiculaire. Et cependant nous n'avons aucun moyen de savoir si cette déformation est les réelle. on pourIl est évident : I .«CIENCE ET MÉTHODE 100 que Ton admette que la vitesse de la lumière est constante et indépendante de la direction. Mais ce que je veux faire voir. mais de la mesure de cette grandeur par le moyen d'un instrument quelconque. nous ne nous serions pas aperçus de la déformation de Lorentz-Fitzgerald. Il a préféré admettre que la vitesse est la même dans ces diverses directions. il ne peut être question de grandeur absolue.

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE

101

imaginer une déformation tout à fait quelconque. Les corps pourraient se déformer d'après
des lois quelconques, aussi compliquées que nous
voudrions, nous ne nous en apercevrions pas pourvu
que tous les corps sans exception se déforment suirait

vant les

mêmes

lois.

En

disant

:

tous les corps sans

exception, j'y comprends, bien entendu, notre corps

lui-même, et les rayons lumineux émanés des divers
objets.

nous regardions le monde dans un de ces
miroirs de forme compliquée qui déforment les
objets d'une façon bizarre, les rapports mutuels des
diverses parties de ce monde n'en seraient pas
altérés; si, en effet, deux objets réels se touchent,
leurs images semblent également se toucher. A vrai
dire, quand nous regardons dans un pareil miroir,
nous uous apercevons bien de la déformation, mais
c'est parce que le monde réel subsiste à côté de son
image déformée; et alors même que ce monde réel
nous serait caché, il y a quelque chose que Ton ne
saurait nous cacher, c'est nousrmême nous ne pouvons cesser de voir, ou tout au moins de sentir,
Si

;

notre corps et nos membres qui n'ont pas été
déformés et qui continuent à nous servir d'instruments de mesure. Mais si nous imaginons que notre
corps soit déformé lui-même, et de la même façon
que s'il était vu dans le miroir, ces instruments de

mesure"^ leur tour nous feront défaut et la déformation ne pourra plus être constatée.
Voici de même deux univers qui sont l'image l'un
de l'autre à chaque objet P de l'univers A corrftfl;.

102

iCIKNCE ET MÉTHODI

pond dans Tunivers B un objet F qui est son image;
les coordonnées de cette image P' sont des fonctions
déterminées de celles de l'objet P; ces fonctions
peuvent d'ailleurs être tout à fait quelconques; je
suppose seulement qu'on les ait choisies une fois
pour toutes. Entre la position de P et celle de F, il
y a une relation constante; quelle est cette relation,
peu importe; il suffit qu'elle soit constante.
Eh bien, ces deux univers seront indiscernables

de Tautre. Je veux dire que le premier sera
pour ses habitants ce que le second est pour les
siens. Et il en serait ainsi tant que les deux univers
resteraient étrangers l'un à l'autre. Supposons que
nous habitions l'univers A, nous aurons construit
notre science et en particulier notre géométrie
pendant ce temps les habitants de l'univers B

l'un

;

auront construit une science, et comme leur monde
est l'image du nôtre, leur géométrie sera aussi

pour mieux dire, ce sera la
même. Mais si un jour une fenêtre nous est ouverte
sur l'univers B, nous les prendrons en pitié « Les
malheureux, dirons-nous, ils croient avoir fait une
géométrie, mais ce qu'ils appellent ainsi n'est
qu'une image grotesque de la nôtre; leurs droites

rimage de

la nôtre ou,

:

sont toutes tortues, leurs cercles sont bossus, leurs
sphères ont de capricieuses inégalités ». Et nous ne

nous douterons pas qu'ils en disent autant de nous,
et qu'on ne saura jamais qui a raison.
On voit dans quel sens large doit être entendue
Te^ pace est en réalité
la relativité de l'espace
amorphe et les choses qui sont dedans lui donnent
;

103

LA RELATIVITÉ DE l'eSPACI

une forme. Que doit-on penser alors de cette
que nous aurions de la droite ou
avons si peu l'intuition de la
Nous
distance?
de la
distance en soi que, dans une nuit, nous l'avons dit,
une distance pourrait devenir mille fois plus grande
sans que nous puissions nous en apercevoir, si
seules

intuition directe

toutes les autres distances avaient subi la

même

même

en une nuit l'univers B pourrait
s'être
substitué à l'univers A sans que nous
eussions aucun moyen de le savoir, et alors les
altération. Et

lignes droites d'hier auraient cessé d'être droites et

nous ne nous apercevrions de rien.
Une partie de l'espace n'est pas par elle-même et
au sens absolu du mot égale à une autre partie de
l'espace car si elle l'est pour nous, elle ne le sera
pas pour les habitants de l'univers B et ceux-ci ont
précisément autant de droits de rejeter notre opinion
que nous en avons de condamner la leur.
J'ai montré ailleurs quelles
sont les conséquences de ces faits au point de vue de l'idée que
nous devons nous faire de la géométrie non-euclidienne et d'autres géométries analogues; je ne veux
;

;

pas y revenir; et aujourd'hui je
point de vue un peu différent.

me

placerai à

un

II

Si cette intuition

de

la distance,

de la direction, de
de l'espace

la ligne droite, si cette intuition directe

en un mot n'existe pas, d'où vient que nous croyons

104

SCIENCE ET MÉTHODB

TaToir? Si ce n'est là qu'une illusion,

d*oii vient

que

cette illusion est si tenace? C'est ce qu'il convient
Il n'y a pas d'intuition directe de la
avons-nous dit, et nous ne pouvons
atteindre que le rapport de cette grandeur à nos
instruments de mesure. Nous n'aurions donc pas
pu construire l'espace si nous n'avions eu un instrument pour le mesurer; eh bien, cet instrument
auquel nous rapportons tout, celui dont nous nous

d'examiner.

grandeur,

servons instinctivement, c'est notre propre corps.
C'est par rapport à notre corps que nous situons
les objets extérieurs, et les seules relations spatiales

de ces objets que nous puissions nous représenter,
ce sont leurs relations avec notre corps. C'est notre
corps qui nous, sert, pour anisi dire, de système
d^axes de coordonnées.

Par exemple à un instant a, la présence de
A m'est révélée par le sens de la vue; à un
autre instant p, la présence d'un autre objet B m'est
révélée par un autre sens, celui de Touïe ou du
toucher, par exemple. Je juge que cet objet B
occupe la même place que Tobjet A. Qu'est-ce que
cela veut dire? D'abord cela ne signifie pas que ces
deux objets occupent, à deux instants différents, un
l'objet

même

point d'un espace absolu,

existait,

qui

même,

s'il

échapperait à notre connaissance, puisque,

p, le système solaire s'est
connaître son déplapouvons
déplacé et que nous ne
cement. Cela, veut dire que ces deux objets occupent
la même position relative par rapport à notre

entre les instants a et

corps.

I.A

RELATIVITÉ DE l'eSPACB

105

même,

qu'est-ce que cela veut dire ? Les
impressions qui nous sont venues de ces objets ont
suivi des chemins absolument différents, le nerf

Mais cela

optique pour Tobjet A,

le

nerf acoustique pour l'ob-

commun au point de vue
Les représentations que nous pouvons nous
faire de ces deux objets sont absolument hétéro-

jet B. Elles n'ont rien

de

Qualitatif.

gènes, irréductibles l'une à l'autre. Seulement je
sais que, pour atteindre Tobjet A, je n'ai qu'à éten-

dre

le

bras droit d'une certaine manière

;

lors

même

de le faire, je me représente les
sensations musculaires et autres sensations analogues qui accompagneraient cette extension, et cette

que

je m'abstiens

représentation est associée à celle de l'objet A.
Or, je sais également que je puis atteindre l'objet

B en étendant

le

bras droit

de la

même ma-

accompagnée du même cortège
de sensations musculaires. Et quand je dis que ces
deux objets occupent la même position, je ne veux
nière,

extension

pas dire autre chose.
Je sais aussi que j'aurais pu atteindre l'objet

A

par un autre mouvement approprié du bras gauche
et je me représente les sensations musculaires qui

mouvement et, par ce
même mouvement du bras gauche accompagné des
mêmes sensations, j'aurais pu également atteindre
auraient accompagné ce

;

Tobjet B.

Et cela est très important, puisque c'est de cette

me défendre contre les
me menacer soit l'objet

façon que je pourrai

dangers

dont pourraient

A, soit

l'objet B.

A chacun

des coups dont nous pouvons

106

SCIENCE ET MÉTHODE

une ou plusieurs
parades qui nous permettent de nous en préserver.
t[ne même parade peut répondre à plusieurs coups;
être frappés, la nature a associé

par exemple, qu'un même mouverient du bras droit nous aurait permis de nous
défendre à Tinstant a contre l'objet A et à Tinstant

r^;

C'est ainsi,

î

(3

De même, un même coup peut

contre l'objet B.

nous avons dit,
par exemple, qu'on pouvait atteindre indifféremment
Tobjet A, soit par un certain mouvement du bras
être paré de plusieurs manières, et

droit,

soit

par un certain

mouvement du bras

gauche.

Toutes ces parades n'ont rien de commun entre
sinon qu'elles permettent de se garer d'un

elles,

même

coup,

et c'est cela, et rien

nous entendons quand nous disons

que

cela,

que

(Jue ce sont des

mouvements aboutissant à un même point de l'espace. De même, ces objets, dont nous disons qu'ils
occupent un même point de l'espace, n'ont rien
de commun, sinon qu'une même parade peut permettre de se défendre contre eux.
Ou, si l'on aime mieux, que l'on se représente

d'innombrables

fils

pètes, les autres

télégraphiques, les uns centri-

centrifuges. Les

fils

centripètes

nous préviennent des accidents qui se produisent au
centrifuges doivent

y apporter

le re-

dehors, les

fils

mède. Des
que qiiand

connexions sont établies de telle façon
l'un des

fils

un courant, ce courant

centripètes est parcouru par
agit sur

un

relai et

un courant dans l'un des
choses sont arrangées pour que plusieurs
ainsi

fils

provoque

centrifuges, et les
fils

centri-

c'est ce tableau de distribution. Une association nous C'est ce paraîtra d'autant plus indestructible qu'elle sera plus ancienne. même mal peut être guéri par plusieurs remèdes. Dès que les purement juxtaposées. simultanément. et qu'un centripète puisse ébranler divers fils centrifuges. ou. toutes les fois qu'un soit soit à défaut Tun de l'autre. Et d'où vient ce caractère impérieux lui-même. Mais ces associations ne sont pas. tout ce que notre géométrie a d'instinctifi Ce que nous appelons notre intuition de la ligne droite ou de la distance^ c'est la conscience que nous avons de ces associations et de leur caractère impérieux. qui est toute notre géométrie. pour ainsi dire. puistrace chez l'enfant qui vient de la plupart. des qu'on en voit naître : la La sélection dû amener ces conquêtes d'autant plus ce sont des conquêtes de la race. celles dont nous parlons ont dû être des premières en date. A ce compte. et un mutuel secours.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACB pètes puissent agir sur un même fil 107 centrifuge. si Ton veut. puisque sans elles la défense de l'organisme aurait été impossible. si un même remède fll convient à plusieurs maux. système complexe d'associations. pour conquêtes de l'individu. naturelle a vite qu'elles étaient plus nécessaires. il a bien fallu que s'organise un mécanisme analogue à celui que nous venons de décrire pour que ce secours ne se trompe pas de chemin et aille au-devant du péril. cellules n'ont plus été qu'elles ont été appelées à se porter . il est aisé de le comprendre.

et la coordination qui en résulte. lève avec la patte du côté opposé. ma Il est néces- y a des points portée. dont on s'est toujours bien trouvé. III L'espace ainsi créé n'est qu'un petit espace qui ne s'étend pas plus loin que ce que mon bras peut atteindre saire . quelque effort que . permettant de combattre un mal par un second remède. l'intervention de la pour en reculer qui resteront hors de mémoire les limites. elle Ten- rapprochée. Comment s'étonner. et goutte d'acide est déposée en elle un point de qu'une la peau. Voilà bien cette double parade dont je parlais tout à l'heure. puisque les parties les plus inférieures du système nerveux entrent seules voit à quelle en jeu. Et c'est cette multiplicité des parades. si le premier fait défaut. c'est cette résistance même que nous appelons l'évicette évidence dence des vérités géométriques que Ton répugnance la que n'est autre chose éprouve à rompre avec de très vieilles habitudes. . ]ui est l'espace. de la résistance que nous opposons à toute tentative faite pour dissocier ce qui depuis si longtemps est associé? Or. cherche à essuyer l'acide avec la patte la plus et. si cette patte est amputée. On profondeur de l'inconscient il faut descendre pour trouver les premières traces de ces associations spatiales.SCIENCE ET MÉTHOBS 108 Quand une grenouille est décapitée. dès lors.

et se suivant dans un ordre déterminé. Observons encore que. puisque les sensations que nous pourrions éprouver par Faction des corps qui y seraient placés. tous ces points seiin raient en dehors de l'espace. c'est une parade complexe. d'ailleurs. nous pouvons. si j'étais 109 cloué au sol polype hydraire. ne seraient associées à l'idée d'aucun mouvement nous permettant de les atteindre. d'aucune parade appropriée. et dans la représentation que nous nous en faisons entrent la repré- sentation des sensations musculaires causées par les mouvements des jambes. si l'ennemi est trop loin. non pas un complexus de sensations simultanées. Ces sensations ne nous sembleraient avoir aucun caractère spatial et nous ne chercherions pas à les localiser. nous représenter. je puis m'approcher plus près du but à atteindre. celle des sensations des canaux semi-circulaires. pour aller à un même point. D'autre part. Mais nous ne sommes pas fixés au sol comme les animaux inférieurs. Nous devons. par exemple. mais une parade à longue portée.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE je fasse comme pour étendre la main. . qui ne peut qu'étendre ses tentacules. pour avoir moins à étendre la main que sais-je encore? Ce n'est pas une. C'est encore une parade. celle des sensations musculaires causées par le mouvement final du bras. mais un cornplexus de sensations successives. c'est mille parades que je . marcher à lui d'abord et étendre la main quand nous sommes assez près. etc. pour cela que j'ai dit tout à l'heure que l'intervention de la mémoire était et c'est nécessaire.

Toutes ces parades sont formées de sensations qui peuvent n'avoir rien de commun et cependant nous les regarderons comme puis opposer à définissant un même point de l'espace. Quels sont les axes auxquels se rapporte naturellement l'espace étendu? c'est-à-dire le nouvel espace que je viens de définir. et que je pourrais appeler Vespace res^ treint^ était à mon rapporté à des axes de coordonnées corps . comme c'est la possibilité d'être parés de la même façon qui fait l'unité des coups de nature si diverse.SCIENCE ET MÉTHODE liO un même danger. ces axes étaient fixes. Les axes sont donc liés à cette position initiale du corps. C'est cette double unité qui fait lïndividualité de chaque point de Tespace. . qui peuvent nous menacer d'un même point de Tespace. qui fait l'unité de ces parades diverses. Nous définissons un point par la suite de mouvements qu'il pour l'atteindre à partir d'une du corps. Mais la position que j'appelle initiale peut être arbitrairement choisie parmi toutes les positions que mon corps a successivement occupées si la mémoire plus ou moins inconsciente de ces positions successives est nécessaire à la genèse de la notion convient de faire certaine position initiale . L'espace que j'envisageais dans paragraphe le précédent. puisque liés mon corps ne bougeait pas et que mes membres seuls se déplaçaient. parce qu'elles peuvent répondre à ce même danger et qu'elles sont les unes et les autres associées à la notion de ce danger. dans la notion de point. et. il n'y a pas autre chose. C'est la possibilité de parer un même coup.

précisément cette indétermination qui constitue sa relativité. puisqu'il serait entraîné dans le mouvement de notre planète. tantôt à la position B. et qui. ne connaîtrait que l'espace restreint. pour lui. pour nous. par conséquent. . mais. le rocher auquel cet être serait enchaîné ne serait pas immobile. qu'il avait quelques que nous sommes libres de regarinitiale nous faisons donc à chaque instant des changements inconscients de instants après. Cette faculté ferait défaut à notre être imaginaire. parce n'aurait pas que les axes conscience de auxquels il rap- porterait cet espace restreint ne changeraient pas ! Sans doute. ces axes changeraient à chaque instant. et. qui serait fixé au sol les animaux inférieurs. coordonnées. son système d'axes lui serait imposé ce système aurait beau changer en réalité. comme serait encore relatif (puisqu'il se rapporterait à son corps). ils ne changeraient pas. considérée comme initiale. Nous avons la faculté de rapporter notre espace étendu tantôt à la position A de notre corps. loin cette dans tion. mais cet être cette relativité. Il n'en est . par conséquent. il croirait l'es- pace absolu. A chaque instant. il y a seulement l'espace relatif à une certaine position initiale du Il Pour un être conscient. n y a plus d'espace absolu.LA RELATIVITÉ DE l'ESPACB mémoire peut remonter plus ou De là résulte dans la défimême de l'espace une certaine indétermina- d'espace moins nition 111 . puisqu'il serait toujours le système unique. l'espace corps. il serait toujours le même. et c'est le passé. et der à son tour comme . faute d'avoir voyagé. pour lui.

Eh bien j'ai coutume de dire que les points de l'espace a et 6 sont entre eux comme les points a' et b' et cela veut dire simplement que les deux sé! ries de mouvem. la partant de cette position A. notre espace étendu nous apparaît comme homogène. dans la position initiale A. à chaque instant. Au contraire. Mais. nous pouvons.ents M et M' sont accompagnées des . l'espace restreint homogène . on a exécuté les vements M. et nous disons que tous les points en sont équivalents. on a exécuté les mouvements M'. à partir d'une autre position B. Soit ensuite a' la mou- situation de cet index dans la position B. et b' sa situation quand. caractérisés par un certain complexus de sensations musculaires. ne serait pas les divers points de cet espace ne pour- raient être regardés comme équivalents. puisque les uns ne pourraient être atteints qu'au prix des plus grands efforts. à partir de cette position. Soit alors sensations les mêmes a la situation d'un certain point du corps. effectuer certains mouvements M. tandis que d'autres le seraient facilement. partant de la position B. par exemple. soit b la situation de ce même index quand. du bout de l'index de main droite. nous pourrons exécuter des Si mouvements M' qui seront caractérisés par musculaires. n'est pas tout. pos- sédons plusieurs systèmes entre lesquels nous pouvons choisir à volonté et à la condition de remonter par la Ce mémoire plus ou moins loin dans le passé.SCIENCE ET METHODE 112 pas de même pour nous qui. Qu'est-ce que cela veut dire? nous partons d'une certaine position A.

en même temps. de sorte que les deux points a et à! sont équivalents. Et. si je n'avais mon espace restreint étendu pour mon usage personnel. qui ne sert plus seulement pour moi. Maintenant. je sais qu'il y a un point de Tespace qui est au point a\ ce qu'un point h quelconque est au point a. mon corps est resté mouvements. j'y arriverai par tion.113 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE mêmes comme j'ai conA à la posicapable des mêmes sensations musculaires. ou. C'est cela qu'on appelle l'homogénéité de l'espace. moi-même en présence d'un monde en miniature où ces planètes seraient remplacées par de petites boules. ce que je sentirais . si je veux passer au grand espace. mais où je peux loger Punivers. Mais cet acte d'imagination me serait impossible. en passant de la position tion B. Je un acte d'imagina- m'imaginerai ce qu'éprouverait un géant qui pourrait atteindre les planètes en quelques pas si Ton aime mieux. De sorte que la relativité de l'espace et son homogénéité sont une seule et même chose. puisque ses propriétés restent les mêmes. qu'on le rapporte aux axes A ou aux axes B. c'est pour cela que l'espace est relatif. tandis que sur l'une de ces petites boules s'agiterait un lilliputien que j'appellerais moi. Et science que. lablement construit espace et préa- mon IV Pourquoi maintenant tous ces espacées ont-ils trais dimensions? RcDortons-nous au « tableau d^ '^^^'»- .

B 2. et enfin. d'un côté la liste des différents dangers possibles désignons-les par la côté. et cela pour plusieurs raisons d'abord. de telle façon que quand. . . tandis que ceux qui l'ont étudié ne le font qu'avec circonspection. il en figure de très complexes. malgré mon incompétence. il mettra ou pourra mettre en branle le relai correspondant à la parade B 4. des connexions entre les plots de la première liste ceux de la deuxième. non une simple comparaison. ensuite parce que. dans le cas de l'espace étendu. liste pellerai de Nous avons Al. il arrivera généralement que A2 et séries Si Al i . et si Al est également associé à la parade B2. par exemple. etc. je sens bien que ce schéma serait par trop simpliste. Telle n'est pas ma pensée. et A2 par exemple sont l'un et l'autre associés à la parade Bl. et. comme nous Tavons vu plus haut. l'avertisseur du danger A 3 fonctionnera. Comme j'ai parlé plus haut de fils centripètes ou centrifuges. A des même B 2. mais d'association psychologique entre deux et : de sensations. mais une description du système nerveux. être formées de plusieurs pas suivis d'un mouvement du bras. de Tautre remèdes que j'apetc.114 SCIENCE ET MÉTHODE tributîon » dont nous parlions plus haut. je crains qu'on ne voie dans tout ceci. sur ma liste de parades. parce que. qui peuvent même. Il ne s'agit donc pas de connexion physique entre deux conducteurs réels. je ne me permettrais pas d'énoncer une opinion sur la structure du système nerveux que je ne connais pas. Nous avons ensuite différents 1.

Il n'y aurait pas de raison pour ranger côs points dans un ordre plutôt que dans un autre. Ce serait une : . si la loi était rigoureusement de ce et toujours vraie. mais discrets. Si notre loi n'était pas vraie. Mais. Si cette loi fondamen- pas généralement vraie. L'espace serait formé de points très nombreux. contradiction. l'espace serait tout différent qu'il est. Mais il n'en est pas ainsi qu'on mé permette de reprendre un instant le langage des gens qui savent . il serait discontinu. puisque A 1 serait en connexion avec B 2 et qu'il n'en serait pas de même de A2. il n'y aurait tale n'était qu'une immense confusion et il n'y aurait rien qui pût ressembler à une conception de Tespace ou à une géométrie. Nous aurions des catégories bien tran- chées entre lesquelles se répartiraient d'une part les avertisseurs A. on devrait dire que Al et A2correspondentàun mèmepointpuisqu'ils sont tous deux en connexion avec Bl.115 LA RELATIVITÉ DE L*ESPACB B2 seront eux aussi associés. ces caté- nombreuses. Comment. . ni par conséquent pour attrigories elles seraient seraient excessivement entièrement séparées buer à l'espace trois dimensions. en effet. mais les unes des autres. Nous l'avons fait de c'est d'une part l'ensemble des averdeux façons tisseurs A qui sont en connexion avec une même parade B c'est d'autre part l'ensemble des parades B qui sont en connexion avec un même avertisseur A. d'un autre côté. mais on devrait dire également qu'ils ne correspondent pas à un même point. avons-nous défini un point de Tespace. d'autre part les parades B .

Al. Mais il pourra se faire que le point qui correspond à une autre parade B 2 soit assez voisin du point correspondant à Al. Mais nous pourrons trouver des avertissements A2 qui seront associés à B? sans l'être à Bl. où chaque terme est associé au suivant et au précé- . Pour celui qui ne sait pas encore la géométrie.116 tCIEI^'CE déjà la géométrie. B2. A2. et ainsi de suite. cela se traduira simplement par une dérogation à la loi énoncée plus hnut. B3. B4.A4. A3. et ne le soit pas assez du point correspondant à A 2. Quand je veux parer qu'entendent cherche à le il ET KÉTEODE le coup. Alors la parade B 1 pourra répondre à A 1 et à A 2. lequel B3 n'était pas associé à Al.Hmvoir répondre à A 2. De sorte que la parade B2 pourra répondre à Al sans . langue me faire le faut bien puisque c'^st ia mieux ceux de <jui je comprendre. je cherche à atteindre le point d'où vient ce coup. si le point qui correspond à Bl est suffisamment près à la fois de celui qui correspond à A 1 et de celui qui correspond à A2. et qui en revanche le seront à B3. Deux parades Bl et B2 seront associées à un môme avertissement A 1 et à un très grand nombre d'avertissements que nous rangerons dans la même catégorie que Al et que nous ferons correspondre à un même point de Tespace. Et alors les choses se passeront de la façon suivante. de sorte que nous pouvons écrire la suite Bl. mais il suffit que j'en approche assez près.

reste donc presque touInutile d'ajouter n'est pas isolé. suites jours vraie. Tordre dans lequel ces catégories doivent être rangées n'est plus arbitraire et si Ton se reporte à la suite précédente. et que Ton peut regarder comme appartenant à un même point de l'espace. au lieu d'être entièrement séparées. et c'est pour cela que l'espace a trois Il dimensions. que chacun des termes de ces mais fait partie d'une très nombreuse catégorie d'autres avertisseurs ou d'autres parades qui a les mêmes connexions que lui. n'est qu'une propriété . Seulement. dimensions. et l'expérience nous apprend que cet ordre se présente sous la forme d'un tableau à triple entrée. ces catégories. de sorte que l'espace devient continu. mais ne Test pas aux termes qui sont distants de plusieurs rangs.LA HKLATIVITÉ DE l'iSPACI ii7 dent. D'autre part. par suite de ces exceptions. empiètent partiellement les unes sur les autres et se pénètrent mutuellement dans une certaine mesure. y a donc un ordre dans lequel se rangent naturellement nos catégories qui correspondent aux points de l'espace. Ainsi la propriété celle d'avoir trois caractéristique de l'espace. La loi fondamentale. tout en comportant des exceptions. faut ranger entre B 1 et placer entre B2 entre B3 et B3 et Al et A2 on et voit bien qu'il par conséquent qu'on ne saurait par exemple B le 4.

Cependant. vivraient dans notre deux paires de canaux semi-circulaires.tCIENCE ET MÉTHODE 118 de notre tableau de distribution. M. il pourrait y avoir des êtres pensants qui monde. une propriété interne de rintelligence humaine pour ainsi dire. de Cyon n'an'ayant que t-il pas dit que les souris japonaises. mais qui seraient faits autrement que nous et qui croiraient que l'espace a plus ou moins de trois dimensions. et je me bornerai à citer la mécanique de Hertz où l'on voit quelque chose d'analogue. il semble que la traduction serait toujours moins simple que le texte. s'il est capable de construire une physique. et cela pourrait être assez pour que Tespace acquît une quatrième dimension. Quelques personnes s'étonneront d'un pareil résultat. ne va-t-il pas faire une physique à deux ou à quatre dimensions. Si le nombre des dimensions vient de la manière dont nous sommes faits. c'est-à-dire de ces associations d'idées pour avoir un tableau de distribution différent. et qu'elle aurait tou- . 11 de ces consuffirait de détruire quelques-unes nexions. et qui en un sens sera cependant la même que la nôtre. puisque ce sera la description du même monde dans un autre langage? Il semble bien en effet qu'il serait possible de traduire notre physique dans le langage de la géométrie à quatre dimensions. penseront-elles. doit bien y être pour quelque chose. tenter cette traduction ce serait se donner beaucoup de mal pour peu de profit. Le monde extérieur. croyaient que l'espace a deux dimensions? Et alors cet être pensant.

Notre tableau de distribution n'est donc que la traduction d'un ensemble de faits extérieurs s'il a trois nexion entre l'avertissement cela est . que la langue des trois la mieux appropriée à la desmonde. et la princi- pale de ces propriétés c'est qu'il y existe des solides naturels dont les déplacements se font sensible- ment suivant les mouvement des lois que nous appelons lois du donc la qui nous perlangue des trois dimensions est celle met le plus facilement de décrire notre monde. Il notre y a con- Al et la parade Bl. monde c'est parce qu'il s'est adapté à un qui avait certaines propriétés. Si . D'ailleurs. ce n'est pas par hasard que tableau de distribution s'est constitué. nous ne devons pas nous en étonner cette langue est calquée sur notre tableau de distribution et c'est afin de pouvoir vivre dans ce monde que ce tableau a été solides invariables. c'est une propriété du monde extérieur. concevoir. mais pourquoi cette connexion? c'est parce que la parade B. établi. dimensions.119 LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE jours Tair d'une traduction. une propriété interne de notre intelligence . encore que cette descrippuisse se faire à la rigueur dans un autre dimensions semble cription de notre tion idiome. et cela c'est un fait extérieur à nous. des êtres pensants dont le tableau de distribution serait à quatre dimensions et qui par conséquent penseraient dans l'hyperes- . .l permet effectivement de se défendre contre le danger Al. vivant J'ai dit que nous pourrions dans notre monde.

il nous faut bien des postulats infiniment précis. êtres. Il y a un congéomé- traste frappant entre la grossièreté de cette trie primitive qui se réduit à ce que j'appelle un tableau de distribution. Mais ces postulats sont infiniment précis. Dès que nous voulons penser. pourraient y vivre et s'y défendre contre les mille dangers dont pace. tels que celui de groupe par exemple. tandis que ces habiL'évidence de certains postulats tudes ont quelque chose d'essentiellement flou. dont j'ai essayé d'expliquer la genèse dans les pages précédentes et qui nous est commun avec les animaux supérieurs. mais pas de celle-là seule. VI Quelques remarques pour finir. géométriques que notre répugnance à n'est. puisque c'est le seul moyea mais parmi tous les systèmes de postulats possibles. il a fallu qu'elle fût fécondée par la faculté que nous avons de construire des concepts mathématiques. renoncer à de très vieilles habitudes. et la précision infinie de la géométrie des géomètres. il en est que nous répugnerions à choisir. Et cependant celle-ci est née de celle-là. parcequ'ils ne s'accorderaient d'éviter la contradiction . avons-nous dit. ils y seraient assaillis. . il a fallu chercher parmi les concepts purs celui qui s'adaptait le mieux à cet espace grossier.SCIENCE ET METHODE 120 Il n'est pas certain toutefois que de pareils en admettant qu'ils y naissent.

c'est une science née à propos de rexpérience. quelle dans ces deux opinions la part de la vérité et la part de l'erreur. les uns disent que c'est l'expérience qui nous l'impose. transporté monde entièrement difi'érent. On que géométrie n'est pas une science expérimentale. l'espace flou dont je parlais tout à l'heure. la race si c'est semble bien prépondérante . l'espace des animaux supérieurs. n'est-ce pas à l'ex- . celles-ci ont si une limite d'élasticité. mais en l'adaptant au monde où nous voit si la Nous avons choisi l'espace le plus commode. voit. d'après les considérations précédentes. qu'elles soient. dis-je. que nous avons créé Tespace qu'elle étudie. élastiques 121 si floues. Dans cette éducation progressive qui a abouti à la construction de l'espace.LA RELATIVITÉ DE l'eSPACE pas suffisamment avec nos habitudes. dans quelle mesure. quelle est la part de l'individu. où par exemple domi- neraient des corps se déplaçant conformément aux de mouvement des solides non-euclidiens. et quelle est celle de la race. on . les autres que nous naissons avec notre espace tout fait. à elle que nous devons l'espace grossier. pourrait-îl renoncer à l'espace ancestral pour bâtir un espace complètement lois nouveau? La part de cependant. Dans quelle mesure un dès sa naissance dans un nous. choix comme ce choix a été inconscient. mais c'est l'expérience qui a guidé notre vivons. c'est ce qu'il est est bien de difficile de déterminer. il nous semble qu'il nous est imposé.

tinctivement : ils Ils le font d'ailleurs ins- ont donc appris à modifier leur ancien instinct de la direction. parce que l'expérience leur a montré que la première ne réussissait pas. B2. Citons cependant un fait qui montre que Fespace que nous ont légué nos ancêtres conserve encore une certaine plasticité. B i une autre associaAl. Certains chasseurs apprennent à tirer des poissons sous Teau. substituer à Tassociation tion . ou si Ton veut à Al.SCIENCE ET UÉTHODS i32 périence inconsciente de Tindividu que nous devons lîespace infiniment plrécis du géomètre? C'est une question malaisée à résoudre. bien que l'image de ces poissons soit relevée par la réfraction.

c'est celle qui satisfait aux règles de la logique. c'est celle qui est comprise par les élèves. définition ? le savant. Mais dans l'enseignement. prie de vouloir bien Qu'est-ce qu'une sophe. 1. c'est une Pour le philo- définition qui s'applique à tous les objets définis et ne s'applique qu'à eux. et si je suis ainsi obligé de marcher de temps en temps dans les plates-bandes à droite ou à gauche. ou pour me le bonne pardonner. .CHAPITRE li Les définitions mathématiquas et ^Enseignement. une bonne définition. mais il me sera impossible de me renfermer dans ce sujet autant que l'exigerait la règle de Funité d'action je ne pourrai le traiter sans parler un peu d'autres questions voisines. Je dois parler ici des définitions générales en mathématiques c'est du moins ce que dit le titre du chapitre. Gomment se fait-il qu'il y a tant d'esprits qui se refusent à comprendre les mathématiques? N'y a-t-il . ce n'est pas cela. je vous .

: . ils diront pour le plus grand nombre. c'est ce qui est tout à fait prodigieux. au principe de contradiction. voilà une science qui ne fait appel qu'aux principes fondamentaux de la logique. à ce qui fait pour ainsi dire le squelette de notre entendement. Non. mais qui Et pourtant doit préoccuper tous ceux qui veulent se vouer à l'enseignement. Il y a là un problème qu'il n'est pas aisé de résoudre.SCIENCE ET MÉTHODE 124 pas là quelque chose de paradoxal? Comment. qu'ils restent aveugles quand nous leur présentons une lumière qui nous semble briller d'un pur éclat. mais qu'ils ne comprennent pas les âémonstrations qu'on leur expose. pour quelques-uns j'ai compris. cette constatation. mot a-t-il le même monde ? Comprendre la démons- Qu'est-ce que comprendre? Ce sens pour tout le tration d'un théorème. est-ce et constater qu'il est correct. par exemple. et des gens qui en majorité la trouvent I Qu'ils obscure! et même soient incapables il ils y a sont d'inventer. passe encore. du jeu? De même seulement reconnaître qu'on sait déjà le sens de tous les termes employés et constater qu'elle n'implique aucune contradiction? quand ils auront fait Oui. Presque tous sont . est-ce examiner successive- ment chacun des syllogismes dont elle se compose conforme aux règles comprendre une définition. il ne faut pas avoir une grande expépour savoir que ces aveugles ne examens rience des sont nullement des êtres d'exception. à ce qu'on ne saurait dépouiller sans cesser de penser.

Tant qu'ils leur semblent engendrés par le caprice. Alors qu'arrive-t-il ? Au début. instant éclairées.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 125 beaucoup plus exigeants. non seulement si tous les syllogismes d'une démonsmais pourquoi ils s'enchaînent dans tel ordre. souvent leur intelligence. plutôt que dans tel autre. une ne ils éphémère. elles sont tout de suite oubliées. leur manque. ils sentent vaguement que (juelque chose tration sont corrects. parce uns sur les autres cette lumière que les théorèmes s'appuient les que ceux dont ils auraient besoin sont oubliés c'est ainsi qu'ils deviennent incapables de comprendre les mathématiques. est trop paresseuse pour le chercher et pour aide. elles passent sans laisser de trace dans un leur cerveau. ils ne croyent pas avoir compris. ils aperçoivent encore les évidences qu'on met sous mais leurs yeux. Sans doute ils ne se rendent pas bien compte eux-mêmes de ce qu'ils réclament et ils ne sauraient formuler leur désir. mais s'ils n'ont pas satisfaction. par un fil comme elles ne sont que liées trop ténu à celles qui précèdent et à celles qui suivent. faut d'abord Mais pour leur venir en que nous comprenions bien c* qui les arrête. verront plus Quand même ils seront plus avancés. et non par une intelligence constamment consciente du but à atteindre. • D'autres se demanderont toujours à quoi cela . elles retombent aussitôt dans nuit éternelle. qui a besoin d'apercevoir le fil conducteur. ils veulent savoir. et . il le trouver. Ce n'est pas toujours la faute de leur professeur.

ils n'auront pas compris s'ils . Sous chaque mot. il» veulent mettre une image sensible il faut que la déflnitiçn évoque cette image. ils n'ont diverses! Faut-il les com- voir. . transformer et évoluer. dans la pratique ou dans la nature. la raison d'être de telle ou telle notion mathématique. Bien des enfants sont incapables de devenir mathématiciens. ils regardent les figures . laquelle faudrait-il favoriser? Est-ce 'se contentent de la logique pure qu'il à ceux qui vu qu'une face des choses? Ou bien faut-il dire à ceux qui ne se satisfont pas à si bon marché que ce qu'ils réclament n'est pas faut montrer qu'ils n'ont nécessaire? En d'autres termes. auxquels pourtant il faut ensei- . ils n'écoutent pas les raisonnements.SCIENCE ET METHODE 126 ne trouvent autour d'eux. que fait ils s'imaginent avoir compris et Que de tendances 2. battre? Faut-il nous en servir? Et les si nous voulions combattre. propriétés. ils comprendront A cette condi- et ils retiendront. la voient ils tion seulement. devons-nous contraindre les jeunes gens à changer la nature de leur esprit? Une nous ne possédons pas la pierre philosophais qui nous permettrait de transmuter les uns dans les autres les métaux qui nous sont confiés tout ce que nous pouvons faire c'est de les travailler en nous accommodant à leurs pareille tentative serait vaine. Ceux-là souvent se font illusion à eux-mêmes. qu'à chaque stade de la démonstration sert.

ou qu'il n'y eût pas eu de Riemann. par exemple. pour définir une fraction. le même de lire leurs ouvrages pour distinguer parmi eux deux sortes d'esprits. Puisque le mot comprendre a les définitions qui seront le uns plusieurs sens. les autres « par Il est bien inutile de chercher à y changer quelque chose. y ait que Weierstrass n'eût jamais écrit. que l'abstraction a privées de toute matière. les logiciens comme Weierstrass. « » comme ils traiter parmi nos étuleurs problèmes disent. il faut nous en réjouir. parfaitement intelligibles. ou mieux. et cela d'ailleurs serait-il désirable? Il est des bon des logiciens et qu'il y ait qui oserait dire s'il aimerait mieux qu'il intuitifs . Dans les écoles primaires. mieux comprises des qui conviendront aux ne seront pas celles Nous avons celles qui cherchent à faire naître une image. les intuitifs Il suffît comme Riemann. on découpe une pomme ou une tarte.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*IIISEIGNEMB1IT 127 gner les mathématiques . Les différence uns aiment mieux par l'analyse la géométrie ». Même diants. . et les mathématiciens eux-mêmes ne sont pas tous coulés dans moule. mais purement intelligibles. et d'abord la définition des fractions va nous fournir un exemple extrême. autres. et celles où Ton se borne à combiner des formes vides. Je ne sais s'il est bien nécessaire de citer des exemples? Citons-en pourtant. Il faut donc nous résigner à la diversité des esprits. 3.

depuis longtemps familiarisés avec la notion des fractions à forcé d'avoir partagé des pommes ou d'autres objets. il serait même fâcheux que nous cherchions à le savoir tout ce que nous avons le droit d'en savoir. on dira c'est Tensemble de deux nombres entiers séparés par un trait horizontal on définira par des conventions les opérations que peuyent subir ces symboles. Mais quel serait l'ahurissement d'un débutant à qui on voudrait la servir? Telles sont aussi les définitions que vous trotivei dans un livre justement admiré et bien des fois couronné.128 SCIENCE KT KÉTHODE^ découpe par la pensée bien entendu et non en réalité. car je ne suppose pas que le budget de l'enseignement primaire permette une pareille prodigalité* A rÉcofe normale supérieure. et dont l'esprit. ou dans les Facultés. et nous n'avons pas à le savoir. enfin qu'en fai- de la multiplication on retrouve le numé- rateur. c'est ce que nous en apprennent les axiomes^^ . on démontrera que les règles de ces opérations sont les mêmes que dans le calcul des on la : . . nombres sant. affiné une forte éducation mathématique. la fraction par le dénominateur. en est peu à peu à désirer une définition purement logique. et d'après ces on constatera règles. C'est très bien parce qu'on s'adresse à de» jeunes gens. traire. au conune fraction. Que sont ces « choses » ? nous ne le savons pas. entiers. Voyons en effet comment il débute par arrivé : sons trois systèmes de choses que nous appellerons points^ droites et plans. les « Grundlagen der Géométrie » de PenHilbert.

il ne pousserait pas la lecture bien loin.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET L*ENSEIGNEMENT 129 celui-ci par exemple Deux points différents déterminent toujours une droite. t-il dicte : le professeur des points du plan qui distance d'un point intérieiir appelé le cercle est le lieu sont à la centre. le mauvais élève y dessine des bonshommes. défl^nition puisqu'elle n'aurait c'est le professeur qui a des élèves n'aurait rien valu. mais ni Tun ni Tautre n'ont compris. J'ai pris des exemples extrêmes et aucun maître ne pourrait songer à aller aussi loin. même Le bon élève écrit cette phrase sur son cahier. je pourrais le faire sans crainte. » La un cercle sur le que ne disait-il un rond. c'est Sans doute. et surtout puisqu'elle n'aurait la salutaire habitude d'analyser leurs conceptions. Au reste. alors le pro- prend fesseur la craie et trace Ah! pensent de suite un cercle tableau. qui est suivi de ce commentaire au lieu de déterminent^ nous pouvons dire que la droite passe par ces deux points^ ou qu^elte ioint ces deux points^ ou que les deux points sont situés sur la droite. raison. mais que je ne recommanderais pas à un lycéen. ne s'expose- pas déjà au même danger ? Nous sommes dans une classe de 4"*. « tout : compris. comme synonyme de Voilà un livre dont je pense beaucoup de bien. pu servir à aucune démonstrapu leur donner tion. Mais il faudrait leur montrer qu'ils ne comprennent . « être situé sur une : : droite » est « simplement défini déterminer une droite ». Mais. Ainsi. même en restant bien en deçà de pareils modèles. nous aurions les élèves.

. les On admettait bien d'autres choses qui quel- quefois étai'ent fausses. les amener à se rendre compte de la grossièreté de leur concept prià mitif. à-dire que toute fonction continue a une dérivée. la rigueur. apprend plus en s'en est aperçu de par exemple que toute courbe a une tangente. On admettait que les règles ordinaires du calcul sont applicables aux nombres incommensurables. on le démontre aujourd'hui.«CIENCE ET MÉTHODE 1IK> pas ce q\i*'û& croient comprendre. ne la fai^t entrer d'abord dans si on les définitions. On mais ne peut on Elle nous plus. I . rhistoire de la science nous l'explique. Si noms lisons un livre écrit il y a cinquante ans. la plupart des raisonnements que nous y trouverons nous sembleront dépourvus de rigueur. On admettait à cette époque qu'une fonction continue nti peut changer de signe sans s'annuJer. il y a entre elles un violent contraste. j'ai voulu deux conceptions opposées.^ Ce contraste. et cela est faux. on le démontre aujourd'hui. ni l'intuition même la certitude. il Et comme on tenait à la certitude. désirer d'eux-mêmes qu'on l'épure et le dégrossisse. c'estse fiait à l'intuition nous donner . a fallu faire de plus en plus petite la part de riaiuitioj?v Commuât On n'a pas s'est faite taurdé cette évolution nécessaire? à s'apercevoir que la rigueur ne pourrait pas s'établir dans les raisonnements. 4> Je reviendrai sur tous ces exemples seulemeat vous^ montrer .

ou des systèmes finis ou infinis de nombres nombres entiers. mais on n'en avait qu'une image grossière et non une? idée précise sur laquelle le raisonnement pût avoir prise. que nous devions à l'intuition. elles perdu en objectivité. quand ils réfléchissaient aux fondements du calcul infinitéainsi simal. Ainsi pour le nombre incommensurable. ce qu'elles ont gagné en rigueur. L'idée vague de continuité. se sont arithmétisées. 5. autre- mais ces obstacles n'ont pas disparu.LES DÉFINITIONS MATIîBJMATiaUES ET l'eNSEIGNEMENT 131 Longtemps dont s'occupent les mathé- les objets maticiens étaient mal définis. C'est en s'éloignant de la réalité qu'elles ont acquis cette pureté parfaite. Mais croit-on que les mathématiques aient atteint la rigueur absolue sans faire de sacrifice? Pas du tout. Les mathématiques. On i^OBt peut parcourir librement tout leur domaine. C'est que se sont définitivement évanouies toutes ces difficultés qui effrayaient nos pères. Il ne reste plus aujourd'hui en analyse que des entiers. comme on Ta dit. on croyait les connaître parce qu'on se les représentait avec les sens ou l'imagination. . C'est là que les logiciens ont dû porter leurs efforts. par un réseau d'égalités et reliés d'inégalités. Ils ont seulement été transportés à la frontière et il faudra les vaincre de nouveau si l'on fois hérissé d'obstacles. s'est résolue en un système compliqué d'inégalités portant sur des nombres entiers.

Autrefois.comme un cas particulier. les uns a priori^ les autres provenant d'expériences plus ou moins digérées. mais parfaitement inutiles. formée d'éléments disparates. On possédait une notion vague. ou faire un effort d'intuition.SCIENCE ET MÉTHODE 132 veut franchir cette frontière pour pénétrer dans le royaume de la pratique. qui est nos théorèmes seraient parfaitement rigoureux. Il plus que ne leur reste qu'un tout petit coin. mais il reste à prouver que devenue une définition. ou bien de la continuité. Plus de continuité. Aujourd'hui on rejette les éléments empiriques en ne conservant que les éléments a priori. quand on inventait une fonction nou- . appartient bien aux objets réels que Texpérience nous avait fait connaître et d'où nous avions tiré notre vague notion intuitive. c'est Tune des propriétés qui sert de définition et toutes les autres s'en déduisent par un raisonnement rigoureux. ce sont ces fonctions étranges qui sont les plus générales. on croyait en connaître. il faudra bien en appeler à l'expérience. au point de vue logique. celles qu'on rencontre sans les avoir cherchées n'apparaissent . C'est très bien. par l'intuition. La logique parfois engendre des monstres* Depuis un demi-siècle on a vu surgir une foule de fonctions bizarres qui semblent s'efforcer de ressembler aussi peu que possible aux honnêtes fonctions qui servent à quelque chose. et si nous ne pouvions le prouver. les principales propriétés. mais pas de dérivées. Pour le prouver. etc. cette propriété. Bien plus.

puisque c'est pour lutter contre elle que les neuf dixièmes de vos élèves vous demandent des armes. Oui.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT i33 velle. vous n'atteindrez la rigueur que par étapes. qu'il faudrait C'est le débutant qu'il faudrait mettre commencer. tirera jamais que cela. on les invente tout exprès pour mettre en défaut raisonnements de nos pères. ces cellules et ces atomes sont-ils donc toute la réalité du corps cellules humain? La façon dont ces de beau- sont agencées. qui a pourtant son prix. c'est-à- dire parles plus bizarres. les Si la logique était le seul serait par les fonctions les et on n'en guide du pédagogue. et je n'entends pas seulement la réalité du monde sensible. Notre corps est formé de cellules et les cellules d'atomes. ce plus générales. mais nous ne pouvons faire marché de la réalité. Il y a une réalité plus subtile. aux prises avec ce musée tératologique. et qui est autre chose que la logique. aussi bon fait la vie des êtres mathématiques. Si vous ne le faites pas. c'était en vue de quelque but pratique. Quand le logicien aura décomposé chaque démonstration en Il . aujourd'hui. qui 6. peut-être. n'est-elle pas aussi une réalité et coup plus intéressante? Un naturaliste qui n'aurait jamais étudié l'élé- phant qu'au microscope croirait-il connaître samment cet suffi- animal? en est de même en mathématiques. pourraient dire les logiciens. et d'où résulte l'unité l'individu.

Prenons par exemple f idée de fonction continue. ment le cintre^ si s'il le professeur ne rappelait ne rétablissait mom. sans doute il est dur pour un maître d'enseigner ce qui ne le satisfait pas entièrement mais la satisfaction du maître n'est pas Tunique objet de l'enT. on s'en sert pour construire un système compliqué d'inégalités.entané- comment l'élève devinerait-il par quel caprice toutes ces inégalités se sont échafau- dées de cette façon les unes sur les autres? La définition serait logiquement correcte. Ce n'est d'abord qu'une image sensible. Peu à peu elle s'épure. Et ^pourtant. mais elle ne lui montrerait pas la réalité véritable. a disparu et il n'est resté que l'édifice lui-même. voilà . irréprochable aux yeux du logicien. la logique pure ne peut nous la donner.134 SCIENCE ET MÉTHODB une foule d'opérations élémentaires. rectes. . qui reproduit toutes les ligDCS de rimage primitive quand tout a été terminé. on a décintré^ comme après la construction . toutes cor- ne possédera pas encore la réalité tout entière. l'image primitive. appui désormais inutile. un trait tracé à la craie sur le tableau noir. cette représentation grossière. à quoi bon admirer l'œuvre du maçon si nous ne pouvons comprendre le plan de l'architecte? Or. il Dans les édifices élevés par nos maîtres. c'est à rintuition qu'il faut la demander. d'une voûte. Nous donc obligés de revenir en arrière. cette vue d'ensemble. ce je ne sais quoi qui fait Tunité de la démonstration lui échappera complètement.

au contraire. Si. A ce compte. ce que vous croyez comprendre. devienne. quand l'esprit de l'élève. L'éducateur doit faire repasser l'enfant par où ont passé ses pères. sans autre Non. familiarisé avec le raisonnement mathématique. sophistes grecs. l'histoid^e de la science doit être notre premier guide. c'est nous qui nous sommes aperçus qu'ils ne le savaient pas. ou bien ils s'en dégoûteront. ou bien ils s'en amuseront comme d'un jeu et ils arriveront à un état d'esprit analogue à celui des préparation. Nos pères croyaient savoir ce que c'est qu'une fraction.fis DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 135 on doit d'abord se préoecaiper de ce qu'est Tesprit de l'élève et de ce qu'on veut qu'il seignement . vous ne il faut que je vous démontre ce le comprenez pas qui vous semble évident ». Plus tard. se . ou que la continuité. De même nos élèves croient le savoir quand ils commencent à étudier sérieusement les mathématiques. vous ne ie savez pas. Les zoologistes prétendent que le développement embryonnaire d'un animal résume en un temps très court toute l'histoire de ses ancêtres des temps géologiques. que penseront ces malheureux? Ils penseront que la science mathématique n'es|» qu'un entassement arbitraire do subtilités inutiles. Il semble qu'il en est de même du développement des esprits. ou que l'aire d'une surface courbe. je viens leur dire : « . et si dans la démonstration je m'appuie sur des prémisses qui leur semblent moins évidentes que la conclusion. plus rapidement mais sans brûler d'étape.

G*€st par elle que le monde mathématique reste en contact avec le monde réel et quand les mathématiques pures pourraient s'en passer. d'autres élèves. il faudrait toujours y avoir recours pour combler l'abîme qui sépare le symbole de la réalité. Le praticien en aura toujours besoin et pour un géomètre pur il prit et doit parmi elles l'intuition n'est pas la y avoir cent praticiens. A les logiciens ? côté des futurs ingénieurs. Le but principal de renseignement mathéma- tique est de développer certaines facultés de T es- moins précieuse.SCIENCE ET MÉTHODE 136 sera mûri par cette longue fréquentation. Il faut que. mais à quoi doit-elle lui servir? à voir les divprs aspects des choses et à les voir vite. il n'a pas le temps de chercher la petite bête. les doutes naîtront d'eux-mêmes et alors votre démonstration sera la bienvenue. '8. Il ne suffit pas de douter de tout. et les questions se fant. comme elles poseront successivement à Tense sont posées successivement à nos pères. L'ingénieur doit recevoir une éducation mathé- matique complète. il reconnaisse promptement où pourront avoir prise les outils le point mathématiques que nous lui avons mis en main. moÎDs nombreux. jusqu'à ce que la rigueur parfaite puisse seule le satisfaire. Elle en éveillera de nouveaux. dans les objets physiques complexes qui s'offrent à lui. doivent à leur tour devenir des . Comment le ferait-il si nous laissions entre les uns et les autres cet abîme profond creusé par 9. il faut savoir pourquoi l'on doute.

La logique nous apprend que sur tel ou tel chemin noias sommes sûrs de ne pas rencontrer d'obstacle elle ne nous dit pas quel est celui qui mène au but. c'est par la logique qu'on démojitre.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 13Î maîtres une . si dès qu'elle se montre on la pourchasse et on la proscrit. mais qui n'aurait pas d'idées. le géomètre serait comme un écrivain qui serait ferré sw: îa grammaire. cette faculté est nécessaire. rigoureuse des premiers principes leur est avant tout indispensable. Pour le géomètre pur lui-même. si on apprend à s'en défier avant de savoir ce qu'on en peut tirer de bon. la belle affaire si vous ne possédez pas fart de choisir entre toutes les combinaisons possibles. il faut donc qu'ils aillent jusqu'au fond connaissance approfondie et . permettez-moi d'ouvrir une parenthèse pour naître si . Les compositions écrites n'ont peut-être pas assez de insister place dans certains examens. c'est l'intuition. sur l'importance des devoirs écrits. Or. car ils se feraient une idée fausse de la science ne la regardaient jamais que d'un seul côté et d'ailleurs ils ne pourraient développer chez leurs élèves une qualité qu'ils ne posséderaient pas eux-mêmes. Pour cela il faut voir le but de loin. comment cette faculté se développerait-elle. s'ils par l'intuition qu'on invente. et la faculté qui nous apprend à voir. savoir créer est mieux. Et là. à l'École polytec^h- . Sans elle. Savoir critiquer est bon. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas cultiver chez eux Tintuition. Vous savez recon- c'est une combinaison est correcte.

Je serais désolé de voir la géométrie dégénérer en je ne sais quelle tachymétrie de bas étage et je ne souscris nullement aux doctrines extrêmes de certains Oberlehrer allemands. On me dit qu'elles fermeraient la porte à de très bons élèves qui savent très bien leur cours. un choix. puisqu'il faut faire Mais Tart de raisonner juste une qualité précieuse. ni pour faire un géosieurs sens : mètre. par exemple. on doit s'en préoccuper et dès le début. J'ai dit iâtii à l'heure que le mot comprendre a plu- ceux-là ne comprennent que de la première manière. Mais on a assez d'occasions d'exercer les élèves au raisonnement correct. j'aime comprennent tout à fait. bien. dans les parties des mathématiques où les inconvénients que j'ai signalés ne se présentent pas. et qui pourtant sont incapables d'en faire la moindre application. que le n'est-il pas aussi professeur de mathé- matiques doit avant tout cultiver? Je n'ai garde de Toublier.SCIENCE ET MÉTHODB 18S nique. qui le comprennent très bien. et il faudra C'est ^ I . dans l'exposition des premiers principes qu'il faut éviter trop de subtilité. et nous venons de voir que cela ne suffit ni pour faire un ingénieur. là elle serait plus rebutante et d'ailleurs inutile. où les premiers géomètres nous ont donné des modèles qu'il faudra constamment imiter et admirer. Eh mieux choisir ceux qui 10. longs enchaînements de théorèmes où la On a de logique absolue a régné du premier coup et pour ainsi dire tout naturellement. On ne peut tout démontrer et on ne peut tout définir.

. il faut la préparer Que veux-je dit souvent : jet il faut la justifier. lui pourvu qu'en se servant correctement des prémisses qu'elle nous a fournies. et c'est pourquoi il ne suffît pas d'énoncer une définition .ES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 139 toujours emprunter à Tintuition. ni avec les vérités antérieurement admises. au point de vue purement logique. par là? Vous savez ce qu'on a toute définition implique un axiome. que quand on aura démontré puisqu'elle affirme l'existence de l'objet délîni. dire La donc justifiée. qu'importe de faire de le un peu plus tôt ou un peu plus tard. . à notre besoin de penser avec des images? Le plus souvent on ne le trouvera pas. Ils n'auront de repos que quand vous aurez répondu à de nom. 11. Le plus souvent les définitions mathématiques.Î. ni dans les termes. ou même demander un peu plus ou un peu moins. breuses questions. Mais ce n'est pas assez la définition nous est énoncée comme une convention mais la plupart des esprits se révolteront si vous voulez la leur imposer comme convention arbitraire. nous apprenions à raisonner juste. à notre désir de com- prendre la place de la notion nouvelle dans l'ensemble de la science. Est-il possible de remplir tant de conditions opposées ? Est-ce possible en particulier quand il s'agit de donner une définition? Comment trouver un énoncé concis qui satisfasse à la fois aux règles intransigeantes de la logique. définition ne sera qu'elle n'entraîne pas de contradiction.

fois que cela sera possible. particuliers. Mais pourquoi avoir assemblé. qu'elle abrégerait nos raisonnements et nos calculs? Y dans la nature quelque objet pour ainsi dire Timage indécise a-t-il familier. mais il le faut choix du nom n'est pas non plus arbitraire . sont de véritables constructions édifiées de toutes pièces avec des notions plus simples. pourquoi cette combinaison avait-elle plus de que toutes droits à l'existence besoin répondait-elle? Comment les autres? A quel a-t-on prévu qu'elle jouerait dans le développement de la science un rôle important. prix qu'on pourra satisfaire toutes Si l'énoncé est assez correct pour au logicien. éléments de cette 'façon quand mille autres assemblages étaient possibles? Est-ce par caprice? ces Sinon. I . la justification contentera l'intoutes les il y a mieux à faire encore Mais tuitif. la justification précédera l'énoncé et le préparera. nous verrons bien que le nouveau-né avait le droit d'être baptisé. que leurs propriétés sont analogues et pour ainsi dire parallèles. ces choses du moins ne diffèrent que par la matière et se rapprochent par la forme .SCIENCE ET MÉTHODE 140 comme Ta montré M. Liard. qui en est et grossière? Ce n'est pas tout. expliquer par quelles analogies on a été guidé et que a donné des si l'on noms analogues à des choses différentes. on sera conduit à l'énoncé général par l'étude de quelques exemples plaire . C'est à ce les tendances. si vous répondez à toutes ces questions d'une manière satisfaisante.

quand leur n'en éprouve encore aucun besoin . On n'a pas à définir le nombre entier . définition : cela. non seulement l'objet défini. Pour l'addition on ne saurait en trouver une bonne. on définit d'ordinaire les opérations sur nombres entiers . ARITHMÉTIQUE. en revanche. que vous aurez fait saisir la différence et que vous aurez ajouté explicitement c'est pour cela qa'en énonçant la définition j'ai dit ceci ou sins. Ce n'est pas définir l'addition que de dire qu'elle consiste à ajouter. esprit puis ces défi- nitions ne sont pas satisfaisantes au point de vue logique. je crois que les élèves apprennent ces définitions par cœur et qu'ils n'y attachent aucun sens. en géométrie. 12. mais les objets voisins dont il convient de le distinguer. Il y a à cela deux raisons d'abord on les : les leur fait apprendre trop tôt. Tout ce qu'on peut faire c'est de partî^ . en analyse et en mécanique.LES DÉFINITIONS MATHjSmATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 141 Autre chose encore chacune des parties de renoncé d'une définition a pour but de distinguer Kobjet à définir d'une classe d'autres objets voi: La ne sera comprise que quand TOUS aurez montré. tout simplement parce qu'il faut s'arrêter et qu'on ne saurait tout définir. Mais est il d'examiner temps de comment des généralités et sortir les principes un peu abstraitr que je viens d'exposer peuvent être appliqués ce arithmétique.

SCIENCE ET MÉTHODE 142 d'un dire : certain nombre d'exemples concrets et de ropération que nous venons de faire s'appelle addition. faut les préparer par de nombreux exemples. chose. cation reproduit le dividende. Restent les opérations sur les fractions. il empruntés à des problèmes classiques de règles de c'est d'elle . on peut logiquement comme Topération inverse de l'addition mais est-ce par là qu'il faut commencer? Là aussi il faut débuter par des exemples. qu'on peut le résoudre en additionnant plusieurs nombres égaux entre eux. on fera voir ensuite qu'on arrive plus vite au résultat par une multiplication. la Il n'y a Le mieux théorie des proportions. . De même encore pour la multiplication on prendra un problème particulier. seulement que pourra sortir une définition logique maib pour faire accepter les définitions que l'on rencontre au début de cette théorie. définira la division comme l'opération inverse mais on commencera par un de la multiplication exemple emprunté à la notion familière de partage et on montrera sur cet exemple que la multipli. Montrer sur ces exemples la réciprocité des deux Pour la la soustraction. opérations . de difficulté que pour est d'exposer d'abord la multiplication. l'opération que les élèves savent déjà faire par routine et la définition logique sortira de là tout On naturellement. on montrera . la définition sera ainsi préparée et justifiée. c'est autre définir .

soit en faisant appel trois. il faut justifier cette définition. en démontrant qu'elle est commutative. QÉOinÉTRIE. ce qui les préparera d'ailleurs à en faire. Si l'arithmétique était restée pure de tout mélange avec la géométrie. s'ils n'en ont pas fait. associative et distributive. ne simplement de l'élève me satisfait guère. elle n'aurait connu que le nombre entier. Peut-on définir la ligne droite? un autre. En géométrie nous rencontrons d'abord de définition connue. à leurs souvenirs s'ils ont déjà fait de la géométrie. qu'après avoir défini la multipli- cation des fractions. c'est pour s'adapter aux besoins de la géométrie qu'elle a . la règle et je comment on peut Je partirais tout montrerais d'abord à vérifier retournement. enfin.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 143 où aura soin d'introduire des données On ne craindra pas non plus de familiariser les élèves avec la notion de proportion par des images géométriques. inventé autre chose. le plus court à la notion La chemin d'un point ligne droite. cette vérification est une règle par la vraie défi- . en ayant recours à l'intuition directe. l'on fractionnaires. On voit quel rôle jouent dans tout ceci les images géométriques et ce rôle est justifié par la philosophie et l'histoire de la science. soit J'ajouterai. et en faisant bien remarquer aux auditeurs qu'on fait cette congtatation pour justifier la définition.

c'est un théorème qui peut être démontré apodictiquement. logique. d'apprendre à raisonner juste sur les axiomes une fois admis. la ligne droite est de rotation. Il vaudra mieux montrer qu'une règle préalablement vérifiée s'applique sur un fil tendu. que Tune de ces pointes est fixe et l'autre mobile. Pour le cercle. On règle par glissement lai un axe montrerait ensuite à vérifier la on aurait une des propriétés les plus importantes de la ligne droite. en les justifiant par des expériences groset sières. mais la démonstration est trop délicate pour pouvoir trouver place dans l'enseignement secondaire. I . en présence de difficultés analogues. Il ne faut pas redouter. et on sera ainsi amené naturellement à la définition tracée. Ces axiomes. et Ton en si admet un peu plus qu'il n'est strictement nécesl'essentiel est saire. Quant à cette autre propriété d'être le plus court chemin d'un point à un autre. mais qu'une fois le intransigeant sur la logique.SCIENCE ET MÉTHODE ^44 nition de la ligne droite. de multiplier les axiomes. c'est la même chose en mathématiques. il faut bien en admettre. rideau levé. L'oncle Sarcey qui aimait à se répéter disait souvent qu'au théâtre volontiers tous les le spectateur accepte postulats qu'on lui impose au début. on peut partir du compas les élèves reconnaîtront du premier coup la courbe . le mal n'est pas bien grand . Eh il devient bien. on leur fera observer ensuite que la distance des deux pointes de l'instrument reste constante.

LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMBNT 145 du plan implique un axiome et il ne une planche à dessin et que Ton lasse remarquer qu'une règle mobile s'applique constamment sur cette planche et cela en conservant trois degrés de liberté. parce qu'elle est invé- par Texpérience et ne saurait en conséquence être regardée comme une donnée immédiate de Tintuition. Qu'on prenne comparerait avec le cylindre et le cône. ne se rencontrent prolonge? Non parce que cette définition est négative. on puis. et enfin Peut-être vous étonnerez-vous de cet incessant emploi d'instruments mobiles ce n'est pas là un . et c'est beaucoup phique qu'on ne géométrie pour le croit plus philoso- d'abord. et quel groupe? de celui des mouvements des corps solides. montrerait d'abord qu'elles peuvent glisser en res- Tune sur Fautre et cela avec 3 degrés pour distinguer le plan de la sphère. à la rifiable . On La définition faut pas le dissimuler. applicables sur une troisième. grossier artifice. tant appliquées de liberté . que deux de ces planches. situées dans le même pas quelqne loin qu'on les plan. sont applicables Tune sur l'autre. parce qu'elle est totalement étrangère à la notion de groupe. surtout. Non. surfaces sur lesquelles on ne saurait appliquer une droite à moins de ne lui laisser que deux degrés de liberté. Comment alors définir ce groupe le sans faire mouvoir quelques corps solides? Devons-nous conserver la définition classique des parallèles et dire qu'on appelle ainsi deux droites qui. on prendrait trois planches à dessin . Qu'est-ce que la philosophe? C'est l'étude d'un groupe.

Il n'est pas rare de voir un monsieur bien mis. Ce n'est pas seulement qu'ils en soient incapables. ou des autres notions cinématiques on les rattachera avec avantage à celle de la dérivée. pas à revenir sur la définition de la ou de Taccéiération. érigée en axiome. au contraire.146 8CIENCE ET MÉTHODE considération du est. montrer qu'une semblable translation est possible. les points MÉCANIQUE. Ne je mouvement des corps l'ai dit. sur les notions dynamiques de force et de masse. J'insisterai. Pour eux le monde de la science et celui de la réalité sont séparés par une cloison étanche. en faisant glisser une équerre sur une règle? De cette constatation expérimentale. c'est combien les Il y a une chose qui me frappe l'éducation secondaire qui ont reçu jeunes gens sont éloignés d'appliquer au monde réel les lois mécaniques qu'on leur a enseignées. probablement bachelier. assis dans une voiture et s'imaginant qu'il Taide à avancer en poussant sur Je n'ai vitesse. la véritable vaudrait-il pas mieux solides qui source de la géodéfinir d'abord la translation rectiligne d'une figure invariable. un mouvement où tous comme de cette figure ont des trajectoires rectilignes. ils n'y pensent même pas. comme métrie. : . il serait aisé de faire sortir la notion de parallèle et le postulatum d'Euclide lui-même. .

tapie dans un recoin de leur entendement. ments Faction et la réaction mutuelle normale de deux solides au contact.LES DÉFINITIONS MATHÉMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 147 l'avant. la voici : les forces sont des on fait des parallélogrammes. quelle est pour eux la véritable définition de la force ? non pas celle qu'ils récitent. parois des vases où ils sont enfermés la tension d'un ressort. pour faire connaître le genre force. Ces flèches sont des êtres imaginaires qui n'ont rien à faire avec rien de ce qui existe dans la nature. faut mon- après l'autre toutes les espèces de ce genre. mais celle qui. la Il y a sensation la définition de l'eff^ort anthropo- musculaire . n^y en a pas de bonne^ je crois l'avoir suffisam- ment montré morphique. Ce n'est là qu'une définition qualitative. si on leur avait montré des forces dans la réalité avant de les représenter par des flèches. Comment il définir la force? Une définition logique. flèches avec lesquelles Cela n'arriverait pas. Cette définition. celle-là est ailleurs. . vraiment trop grossière et on n'en peut rien tirer d'utile. elles sont bien nombreuses et elles sont bien il diverses y a la pression des fluides sur les trer l'une . et cela de au mépris du principe de l'action et la réaction. . l'élasticité . il faut . cela entier. Voici la marche qu'il faudra suivre : il d'abord. la pesanteur qui agit sur toutes les molécules d'un corps les frotte- des fils. le dirige de là tout Si élèves. nous essayons d'analyser Tétat d'âme de nos nous étonnera moins.

de telle sorte que F puisse être rem- placée par F' sans que l'équilibre soit troublé. on montrera par exemple qu'un poids de 20 grammes peut remplacer deux poids de leur 10 grammes. Pour cela on montrera d'abord que Ton peut remplacer une force pai une autre sans troubler l'équilibre. Nous montrerons ensuite qu'on peut remplacer un poids. nous trouverons le premier exemple de cette substitution dans la balance et la double pesée de Borda. alors point d'attache du le fll sera par définition le point d'application de la force F. autres de même direction. il faut sont diffé- J . Si une force F est équivalente à une autre force F' qui est appliquée au corps considéré par l'intermédiaire d'un fil tendu. Si une force peut en remplacer deux De là. De deux Il tout cela sort la notion de Téquivalence de forces. faut définir la direction d'une force. on passera à la comparaison de la grandeur des forces. non seulement par un autre poids. mais par des forces de nature différente par exemple le frein de Prony nous permet de remplacer un poids par un frot: tement. Est-ce suffisant? Pas encore. c'est qu'elle est égale à somme.«CIENCE ET MÉTHODE 148 apprendre à mesurer la force. la direction du de la force F et celle de fil sera la direction la force équivalente F. Nous savons mainte- nant comparer l'intensité de deux forces qui ont même direction et apprendre à môme le faire point d'application quand les directions . et celui de la force équivalente F.

ipiaginons un tendu par un fil poids et passant sur une poulie. Il faut le justifier en montrant que la tension du dernier brin reste la même pour un même poids tenseur. poulies sont sans frottement. fll même est la et égale nous permet de comet. Il faut la compléter ensuite en montrant que cela n'est vrai que Voilà notre définition. de comparer deux forces quelvconques ayant même direction que ces deux brins. que deux forces concourantes peuvent toujours être remplacées par une résultante unique et que cette résultante reste la mêmey que le corps soit en repos ou en mouvement et quelles que soient les autres forces qui lui sont Il les autres forces faut faire voir . nous dirons que la tension des deux brins du au poids tenseur. elle parer les tensions de nos deux brins. soit dans mêmes les Téquilibre. Pour cela. en se servant des définitions précédentes. appliquées. et cela quelles mises en jeu. si les Une voir maître de ces définitions. et que deux forces pour lesquelles ces trois éléments sont sont toujours équivalentes et peuvent toujours être remplacées Tune par Tautre. soit dans le que soient mouvement. quels que soient le nombre et la disposition des poulies de renvoi.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET l'eNSEIGNEMENT 149 rentes. 11 faut faire voir enfin comme nous venons de l'égalité de de l'action que les forces le faire satisfont et de la réaction* définies au principe . fois que point le d'application. la il faut faire direction rintensité suffisent pour déterminer une force.

SCIENCE ET MÉTHODE 150 Tout cela. méthodes que si vous me dites que je préconise sont depuis toutes les longtemps appliquées dans les lycées. dans le développement des raisonnements. que l'accélération de la pesanteur est la même pour les corps lourds et pour les corps légers. puisque le but à atteindre. c'est Texpérieiice. c'est la machine d'Atwood. il est aisé de définir la masse. Il ne serait pas difficile par exemple d'illustrer le parallélogramme des forces à l'aide d'un appareil formé de trois fils. C'est quand on aura passé par tous ces détours qu'on pourra représenter les forces par des flèches. Ton revînt de temps en temps du symbole à la réalité. devant eux un petit nombre d'expé- riences simples et bien choisies. Connaissant la force. Maintenant. je m'en réjouirai plus . passant sur des poulies. et qu'elle varie avec la latitude. Ici encore. et Texpérience seule qui peut nous rapprendre. il y a en effet une machine qui semble faite tout exprès pour montrer ce que c'est que la masse. Il que suffira de citer quelques expériences vulgaires. et même je voudrais que. cette fois la définition doit être empruntée à la dynamique. c'est de faire comprendre la distinction entre la masse et le poids. on rappellera d'ailleurs les lois de la chute des corps. la définition doit être préparée par des expériences. etc. les élèves font tous les et d'exécuter jours sans s'en douter. tendus par des poids et se faisant équilibre en tirant sur un même point. il n'y a pas moyen de faire autrement.

. Ces définitions ne peuvent être que provisoires.LES DÉFINITIONS MATHEMATIQUES ET L^BNSBIGNEMENT 151 que je ne m'en étonnerai. je sais que dans son ensemble notre enseignement mathématique est bon. elle doit tout au moins la faire désirer. Mais c'est par elles qu'il faut passe?. mais elle doit préparer la définition logique. Il ne faut pas que cet enseignement subisse de brusques oscillations au souffle capricieux de modes éphémères. Vous avez bien compris que ce que j'ai dit aujourd'hui n'implique nullement l'abandon de ce que j'ai écrit ailleurs. Une bonne et solide logique doit continuer à en faire le fond. Dans de pareilles tempêtes sombrerait bientôt sa haute valeur éducative. j'en serais môme désolé. J'ai critiquer certaines eu souvent l'occasion de que je préconise définitions aujourd'hui. Ces critiques subsistent tout entières. je ne désire pas qu'il soit bouleversé. elle ne doit pas la remplacer . dans les cas où la véritable définition logique ne peut être donnée utilement que dans l'enseignement supérieur. je ne désire que des améliorations lentement progressives. La définition par l'exemple est toujours nécessaire.

Il n'est peutpas inutile être d'examiner ces affirmations d'un peu près. qui s'efforce de rétablir.CHAPITRE Les Mathématiques III et la Logique. Ce langage n'^^st compris que de quelques initiés. . Mais pour bien faire comprendre la nature de la question. il dans quelques en particulier le est nécessaire d'entrer détails historiques et de rappeler caractère des travaux de Cantor. la logique sans avoir à faire appel à des principes y a toute une école. afin de voir si elles justifient le ton péremp- toire avec lequel elles sont présentées. de sorte que les profanes sont disposés à s'incliner devant les qui leur soient propres? Il pleine d'ardeur et de affirmations tranchantes des adeptes. foi. INTRODUCTION. Elle a son langage spécial où il n'y a plus de mot« et où on ne fait usage que de signes. Les mathématiques peuvent-elles être réduites à.

c'était une quaatité variable dont on ne pouvait pas dire qu'elle avait dépassé toutes les limites. Et il s'est amusé à comparer ces nombres cardinaux transfinis.LBS MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Depuis longtemps la 153 notion d'infini avait été intro- duite en mathématiques. dépasser toutes les mais qui est regardée comme les ayant déjà dépassées.. etc. celui des points dans l'espace. Cantor a entrepris d'introduire en mathématiques un infini actuel. L'infini mathématique n'était qu'une quantité susceptible de croître au delà de toute limite. De nombreux mathématiciens ses traces et se sont posé môme genre. il a imaginé aussi ce qu'il appelle des nombres ordinaux transfinis sur lesquels je : n'insisterai pas. mais seulement qu'elle les dépasserait. c'est-à-dire une quantité qui n'est pas seulement susceptible de limites. c'est-à-dire un nombre cardinal plus grand que tous les nombres cardinaux ordinaires. mais cet infini était ce que les philosophes appellent un devenir. les nombres dépendre la Ils une se sont lancés sur série de questions de se sont tellement familiarisés avee en sont arrivés à fadre théorie des nombres finis de celle det transfinis qu'ils . en rangeant dans un ordre convenable les éléments d'un ensemble qui en contient une infinité. constitue ce qu'il appelle un nombre cardinal transfini. Il posé des questions telles plus de points dans l'espace s'est que celles-ci Y a-t-il que de nombres entiers? Y a-t-il plus de points dans l'espace que de points dans un plan? etc. Et alors le nombre des nombres entiers.

je pense. Les géomètres qui l'ont employée sont cependant fort nombreux. à Fintroduire dans renseignement secondaire. puis distinguer parmi eux une toute petite classe. Ils ont accumulé les formules et ils ont cru s'affranchir. on devrait commencer par établir les propriétés générales des nombres cardinaux transfînis. Ces contradictions ne les ont pas découragés et règles (le ils fajçoQ se sont efforcés de modifier leurs à faire disparaître celles qui .154 ^ SCIENCE ET MÉTHODE nombres cardinaux de Cantor. de ce qui n'était pas la logique pure en écrivant des mémoires où les formules n'alternent plus avec le discours explicatif comme dans les livres de mathématiques ordinaires. Malheureusement. c'est ce qu'on appelle les antino- mies cantorienneSy sur lesquelles nous aurons Toccasion de revenir. ils sont arrivés à des résultats contradictoires. mais où ce discours a complètement disparu. ou pour mieux dire est-elle correcte? Il est permis d'en cela . Cette méthode est évidemment contraire à toute saine psychologie. pour façon vraiment logique. douter. A enseigner Fanthraétique d'une leurs yeux. celle des nombres entiers ordinaires. iîais est-elle du moins logique. ce n'est certainement pas comme que Tesprit humain a procédé pour construire les mathématiques aussi ses auteurs ne songent-ils pas. Grâce à ce détour on pourrait arriver à démontrer toutes les propositions relatives à cette petite classe (c'est-àdire toute notre arithmétique et notre algèbre) sans se servir d'aucun principe étranger à la logique.

155 sans être assurés pour cela qu'il ne s'en manifesterait plus de nouvelles. intitulé : les Principes des Mathématiques. D'ailleurs. Couturat dans un ouvrage et d'isoler les. et il devrait renoncer à la partie. quand on a réfuté une de leurs démonstrations. Russell et Péano. Ces travaux ont été analysés et exposés très clairement par M. Telle autrefois l'hydre de Lerne avec ses fameuses têtes qui repoussaient toujours. Ils ont montré qu'il . en Allemagne. et en particulier ceux de MM. en Italie. et déjà ressorties plusieurs fois de leurs cendres. Pour M. temps de de ces exagérations. les travaux nouveaux. car ils ont trop longtemps vécu dans cette atmosphère. on II est est sûr de faire justice renaître avec des changements quelques-unes d'entre elles sont la voir insignifiants. en vue de dégager éléments logiques du raisonnement mathématique. Couturat. .LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE s'étaient déjà manifestées. l Dans ces dernières années. à moins que ce ne soit onze mais ici il y en a trop. depuis si longtemps pendant entre Leibnitz et Kant. Hercule s'en est tiré parce que son hydre n'avait que neuf têtes. il y en a en Angleterre. ont définitivement tranché le débat. Je n'espère pas les convaincre. de nombreux travaux ont été publiés sur les mathématiques pures et la philosophie des mathématiques. Je ne fais donc appel qu'aux hommes de bon sens sans parti pris. en France.

Que sont ces non seulement nous n'en savons devons pas chercher à le choses^ mais nous ne savoir.SCIENCE ET UETHODB n'y a pas de jugement synthétique a priori disait Kant pour désigner les (comme jugements qui ne peu- vent être ni démontrés analytiquement. ni établis expérimentalement). . . droites et plans. trois sortes de choses que nous appellerons points. Pouvons-nous souscrire à cette condamnation définitive? Je ne le crois pis et je vais essayer de montrer pourquoi. Nous n'en avons rien. ils ont montré que les mathématiques sont entièrement réductibles à la logique et que l'intuition n'y joue aucun rôle. C'est ce que M. nous pourrons dire qu'elle passe par ces deux points ou que ces deux points : sont situés sur cette droite ». convenons qu'une droite sera déterminée par deux points et qu'au lieu de dire que cette droite est déterminée par ces deux points. c'est son caractère purement formel « Pensons. dit Hilbert.. : II Ce qui nous frappe d'abord dans la nouvelle mathématique. si bien que j'ai entendu mon voisin dire à demi-voix « On voit bien que c'est le centenaire de la mort de Kant ». Couturat a exposé dans l'ouvrage que je viens de citer c'est ce qu'il a dit plus nettement encore à son discours du jubilé de Kant. ni réduits à des identités.

le On même utile pourrait remplacer piano à raisonner imaginé par si l'on aime mieux. c'est bien entendu. fait* Ce caractère formel de sa géométrie. je n'en fais pas un reproche à Hilbert. or. dans les raisonnements où notre esprit reste actif. dans ceux où l'intuition joue encore un rôle. Que le mot passer mot être situé sur ne provoquent en nous aucune image. et quelqu'un qui n'aurait jamais vu ni point. ni plan. étant donné le problème qu'il se posait. pourrait faire de la géo- métrie tout aussi bien que nous. il de savoir ce le n'est qu'il géomètre par pas nécessaire ni veut dire. C'était là qu'il devait tendre. pour démontrer un par^ ou le théorème. Il voulait réduire au minimum le nombre des axiomes fondamentaux de la géométrie et en faire l'énumération complète. il est difficile de ne pas introduire un axiome ou un postulat qui passe inaperçu. rait les théorèmes à l'autre bout. le premier est simplement synonyme de être déterminé et le second de déterminer. le mathématicien n'a besoin de comprendre ce qu'il et d'où ils saucisses. pour ainsi dire. on pourimaginer une machine où Ton introduirait les axiomes par un bout pendant qu'on recueillerait Stanley Jevons . comme cette machine légendaire de Chicago où les porcs entrent vivants sortent transformés en jambons et en Pas plus que ces machines.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 157 pas besoin. Ce n'est donc qu'après avoir ramené tous les raisonnements géométriques à une forme purement méc*^- . ou. dans les raisonnements vivants. ni droite. Ainsi.

pour la géométrie. car en réduisant sée mathématique à une forme vide. quelle géométrie plus profonde. qui seule fait le prix de l'édifice construit. Chercher l'origine de cet instinct. ou par quelque vague conscience de je ne sais pièces. Si les au silence? Peut-être pas. . et plus cachée. étudier les lois II . et que ces axiomes ne sont que des conventions. Le philosophe conserverait le droit de rechercher les origines de ces conventions. Les règles de la parfaite logique sont-elles toute la mathématique? Autant dire que tout l'art du joueur qui seule d'échecs se réduit aux marche des constructions que l'on peut règles de la Parmi toutes les combiner avec les matériaux fournis par la logique. d'aufaire pour l'arithmétique et pour et d'avoir Ililbert avait fait tres ont voulu le même ils y avaient entièrement réussi. qu'il son dessein Ce que achevé son œuvre. il faut faire un choix le vrai géomètre fait ce choix judicieusement parce qu'il est guidé par un sûr instinct. par de simples combinaisons logiques d'un nombre fini d'axiomes. Admettons que tous même que il la pen- est certain l'on ait établi théorèmes peuvent se déduire par des analytiques. Et puis la correction logique des raisonnements mènent des axiomes aux théorèmes n'est pas la chose dont nous devions nous préoccuper. qu'on la mutile.158 SCIENCE ET MÉTHODE a pu être certain d'avoir réussi dans nique. de voir pourquoi elles ont été jugées préférables aux conventions les procédés purement contraires. Kantiens seraient-ils définitivement condamnés l'analyse.

ce serait encore une belle tâche pour les philosophes qui ne veulent pas que la logique soit tout. c'est paa^ce que complète principe d'induction fois paraissait à la On sait quel est l'énoncé de ce prin- : « Si Ton me « le nécessaire au mathématicien et irréductible à la logique. faire JI A répondu que cette question. mais démontrer toutes les vérités mathématiques sans de nouveau appel à l'intuition. ce n'est pas ainsi que je veux poser la question. c'est s'il est vrai qu'une fois admis les principes de la logique. Je ne voulais pas dire. elle sera vraie . mais il semble d'abord qu'on pourrait s'en passer pour étudier la science une fois créée. Eh bien. comme on l'a cru. j'avais autrefois non (Voir Science réponse doit-elle et Hypothèse^ chapitre I"^ être par modifiée les . Mais ce n'est pas à ce point de Yue que je veux me placer.159 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQVE de cette géométrie profonde qui se sentent et ne s'énoncent pas. on peut je ne dis pas découvrir. ce que je veux rechercher. que tous les raisonnements qu'elle le soit de n. et si pourvu de tous les nombres entiers. cipe » une propriété établit qu'elle est vraie est vraie du nombre de n + 1 i. » J'y voyais le raisonnement mathématique par excellence. notre travaux récents? Si j'avais répondu non. Cet instinct dont nous venons de parler est nécessaire à l'inventeur.

n'est ou un jugement synthétique a priori] c'est tout simplement la définition du nombre entier. IV DèFlN! IONS ET AX : 'ES. Le nom de principe d'induction complète qui a prévalu n'est pas justifié. L'existence de pareils principes est une difficulté pour les logiciens intransigeants. Ce mode de raisonnement n'en est pas moins une véritable induction mathématique qui ne diffère de Tinduction ordinaire que mêmes par sa certitude. Dans cette catégorie de principes. celui de l'induction complète est seulement le plus simple de tous et c'est pour cela que je l'ai choisi pour type. revue publiée I . dent-ils s'en tirer? plète. C'est donc une simple convention. Reportons-nous d'abord à un article de M. on y verrait appliqués beaucoup d'autres principes analogues. En examinant ces raisonnements d'un peu près. présentant les caractères essentiels. comment préten- Le principe d'induction compas un axiome proprement disent-ils. Couturat sur les définitions mathématiques.SCIENCE ET MÉTHODE 160 mathématiques peuvent se réduire à une application de ce principe. Pour discuter cette manière de voir. il nous faut examiner d'un peu dit près les relations entre les définitions et les axiomes. qui a paru dans V Enseignement mathématique.

s'applique. . » Si Ton a défini préalablement toutes ces notions. y Mais pour qu'on tions à remplir.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 161 ch^z Gauthîer-Villars et chez Georg à Genève. parmi toutes les grandeurs qui satisfont à ces autres axiomes. ce . il y a deux condi- Stuart Mill disait que toute défini- un axiome. sauf une. dit M. et je l'ai admis moi-même en ce qui concerne par exemple le postulatum d'Euclide. ce que j'admets pour le pos- tulatum d'Euclide. Couturat. Ce point de vue est souvent légitime. les logiciens admettent pour le principe d'induction complète. celui affirme l'existence de Tobjet défini. par A lequel on ce compte. ils ne veulent y voir qu'une nition déguisée.. ces relations sont des postulats. Eh bien. Nous y verrons une distinction entre la définition directe et la définition par postulats. « La définition par postulats. non à une seule notion. Ainsi certains axiomes indémontrables des mathématiques ne seraient que des définitions déguisées.. tion implique défi- ait ce droit. celle qui est telle que le postulatum d'Euclide soit vrai. par définition. Les autres axiomes de la géométrie ne suffisent pas pour définir complètement la distance. mais à un système de notions elle consiste à énumérer les relations fondamentales qui les unissent et qui permettent de démontrer toutes leurs autres propriétés. alors cette dernière sera par définition l'objet qui vérifie ces postulats. la distance sera alors.

il voulait dire qu'en définissant le cercle.SCIENCE ET MÉTHODE 162 ne serait plus Taxiome qui pourrait être une définition déguisée. nous aurons le droit de les considérer comme représentant la définition de nous ne poufaut que nous l'admet- l'une des notions qui y figurent. . Prenons le cas d'une définition par postulats. et nous disons que. pensée en définissant un définition n'implique pas contradiction. nous voulons définir une notion A. Si nous a'^^ns donc un système de postulats. il tions sans démonstration et cela sera alors un axiome de sorte que si nous voulions chercher la sous le postulat. ce serait au contraire la définition qui serait un axiome déguisé. Ainsi de Stuart Mill devient objet. nous retrouverions définition . on n'implique pas l'exemple^ on cherche à former un exemple d'un objet satisfaisant à la définition. et si nous pouwùs démontrer que ces postulats n'impliquent pas de contradiction. la exacte. en mathématiques le mot exister ne peut avoir qu'un sens. son opinion est inadmissible. on affirme que la rectifiée. Stuart Mill entendait le mot existence dans un sens matériel et empirique. Le plus souvent. Si vons pas démontrer cela. Les mathématiques sont indépendantes de Texistence des objets matériels. il signifie exempt de contradiction. pour montrer qu'une définition procède par contradiction. Sous cette forme. par définition. l'axiome sous la définition. on affirme qu'il y a des choses rondes dans la nature.

Nous serons certains que les postulats ne sont pas contradictoires. la définition sera justifiée. lats c'est tout 163 objet pour lequel certains postu- sont Vrais. il n'y en a pas deux dont une soit la contradictoire de l'autre. Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire. Si ces propositions sont en nombre infini. une vérification directe est pussible. on ne considérés prémisses. et nous verrons plus loin qu^ils ne Vont pas fait. Tobjet B sera un exemple d'un A. parmi ces propositions. Si nous pouvons démontrer directe- ment que tous ces postulats sont vrais d'un certain objet B. Si ces propositioTis sont en nombre fini. Ce cas est peu fréquent et d'ailleurs peu intéressant. Il y en a une seconde. Pour établir que les postulats n'impliquent pas contradiction. Mais une pareille démonstration directe par l'exemple n'est pas toujours possible. il faut recourir à des procédés de démonstration où en on général sera forcé d'invoquer ce principe d'induction complète qu'il s'agit précisément de vérifier.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE un A. et 1 peut plus faire cette vérification directe. donnons nne pour nous en servir. puisqu'il y a des cas où ils sont vrais tous à la fois. c'est 8 . il faut alors envisager toutes les propositions que l'on peut déduire de ces postulats comme montrer que. définition. Quand nous.

mais si on veut l'appliquer aux sciences physiques par exemple. La notion mathématique a reçu une défiaition très épurée et très rigoureuse. c'est ce qui arrive il est le plus souvent difficile de s'en quelquefois et apercevoir. si le mot a conservé son sens. parce que. en réalité. Vous donnez du nombre une définition puis. et il est si la entré n'implique pas hésitation a disparu. au moins approximativement. mais à un objet concret qui n'en est souvent qu'une image grossière. de l'objet représenté par ce mot. rencontre encore la même on difficulté. à la définition. vous subtile. avons-nous le droit d'affirmer.SCIENCE ET MÉTHODE ÎG4 Nous retrouverons donc dans la suite du discours le mot défini. n'y pen- sez plus. c'est énoncer une vérité nouvelle. il faut voir comment ce mot s'est intro- porte par laquelle en réalité une autre définition que celle qu'on a énoncée. que l'expérience peut seule mettre hors de doute. Or. Cette difficulté se présente dans toutes les applications des mathématiques. et pour le mathématicien pur toute duit dans notre discours. Mais. si nous ne lui attribuons pas implicitement un sens différent. postulat qui a servi le de définition? Oui. une fois cette définition donnée. sans sortir des mathématiques pures. vous le quand le mot nombre saviez depuis longtemi:!*^ et à . ce n'est plus à cette notion pure que Ton a affaire. Dire que cet objet satisfait. ce n'est pas elle qui vous a appris ce que c'était que le nombre. et qui n'a plus le caractère d'un postulat conventionnel. évidemment.

c'est une vérité nouvelle. et s'il pas n'en croyait y apercevoir satisfait était de celles de ses devan- pas satisfait. c'est qu'il une pétition de principe. vous y attachez le même sens que le premier venu. ou bien démontrer. Il est possible que ces deux définitions désignent un même objet. Ainsi voici un mot dont nous avons donné explicitement une définition A nous en faisons ensuite dans le discours un usage qui suppose implicitement une autre définition B. Nous verrons plus mieux rempli la que loin les logiciens n'ont pas seconde condition que la première. ou bien admettre comme un axiome indépendant. c'est qu'il n'était ciers. satisfaisante. . Je ne m'explique pas davantage sur ce point pour le moment car nous aurons Toccasion d'y revenir.165 FKS MATHÉMATIQUES ET LA LOGÏQTTR plume. se retrouve plus loin sous votre . qu'il faut. étonner qu'il y en ait Nous ne devons pas nous Si Tune d'elles était tant. il faut voir comment vous avez été amené à parler de nombre et à introduire ce mot dans ces deux phrases. Mais qu'il en soit ainsi. on n'en donnerait plus de nouvelle. pour savoir quel est ce sens et s'il est bien le même dans telle phrase ou dans telle autre. Si chaque nouveau philosophe qui s'est occupé de cette question a cru devoir en inventer une autre. je renonce à énumérer même les noms de leurs auteurs. VI Les définitions du nombre sonttrès nombreuses et très diverses.

instant on risque de tomber dans la pétition de tion sans énoncer principe. c'est possible . Je ne m'attacherai dans la suite qu'à celles de ces où la pétition de principe est le plus définitions habilement dissimulée. mais il me semble que M. ou au moins un mot au pluEt alors la pente est glissante et à chaque riel. et difficile d'énoncer une phrase sans y mettre un nom de nombre. ce sont certains algébriques qui représentent les différentes signes conjonctions commodes. Que ces signes mais soient qu'ils soient desti- . donc. j'avais la crainte d'avoir mal regardé. ou. pétition de principe et. quand me sentiment de heurter à une je ne Tapercevais pas tout de suite. et. VII LA PASIGRAPHie* Le langage symbolique créé par M. Il est susceptible de rendre quelques services. en lisant les écrits consa- J*ai crés à ce problème. Peano joue un grand rôle dans ces nouvelles recherches. L'élément essentiel de ce langage. C'est qu'il est impossible de donner une défini- une phrase. Couturat y attache une importance exagérée qui a dû étonner M.SCIENCE ET MÉTHODE 166 toujours éprouvé. un profond malaise je m'attendais toujours à . Peano luitrès même. ou au moins le mot plusieurs. : si.

et si je le prends ici pour exemple. intitulé: Una Questione sui numeri transfinitij et inséré dans le tome XI des Rendiconti del circolo matemalico di Palermo. c'est qu'il premier exemple de ces antinomies que rencontre dans l'étude des nombres transfinis a donné l'on fait le et qui font depuis quelcHies années le désespoir des . c'est-à-dire l'art d'écrire un traité de mathématiques sans employer un seul mot de la acquiert. Ce ment la portée. l'art de faire marcher et de cantonner les troupes mais ici aucune confusion n'est à craindre et on voit tout de suite que ce nom nouveau implique le dessein de révolutionner la logique. pàraît-il. une vertu qu'il n'avait pas quand on l'écrivait si. c'est précisément parce qu'il est le plus important de tous ceux qui sont écrits dans le nouveau lanplus éminente. Je commence par dire que ce mémoire est très intéressant. pour désigner l'art du maréchal des logis. BuraliForti. Nous pouvons voir la nouvelle méthode à l'œuvre dans un mémoire mathématique de M. employé à l'École de Guerre. gage. Peano s'est appelée d'abord la pasigraphie. Ce qui l'importance de ce mémoire. les profanes peuvent le lire grâce à une traduction interlinéaire italienne. on l'a élevée à une dignité en lui conférant le titre de logis-Ce mot est. . tique. autre afïaire. nom en définissait très exacte- Depuis. D'ailleurs. langue usuelle.LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Dés à renouveler toute la philosophie. Il est difficile d'admettre 167 c'est que le une mot si quand on Técrit o. Cette invention de M.

Buralî-Forti nombre 1 de la manière suivante définir le : l=:tT'[Koo(u. c'est de montrer qu'il peut y avoir deux nombres transflnis (ordinaux). savoir ce que c'est qu'un il comprendre les n'a pas besoin de nombre ordinal transfini. ni plus Que lecteur se rassure. a et b. BuraliForti. et précisément je me demande si cette forme lui fait beaucoup gagner en rigueur et si elle compense par là les efforts qu'elle impose à l'écrivain ef au lecteur- Nous voyons d'abord M. ni plus petit. Mais ce n'est pas du fond de ce mémoire que je veux parler ici . tel que a ne grand. goit ni égal à 6. Le but de cette note. je veux seulement m'occuper de la forme. il ne peut y avoir d'autre relation que l'égalité. cela m'entraînerait beaucoup trop loin de mon sujet.A)e(weUn)l. Cantor avait précisément démontré qu'entre deux nombres transflnis comme entre deux nombres finis. attendu que j'aperçois membre crains bien que cette défi- 1 . aux personnes qui n'en auraient jamais J'entends trop mal le Péanîen pour oser risquer une critique. Or. ou l'inégalité dans un sens ou dans l'autre. en chiffre dans le premier en toutes lettres dans le second. pour le considérations qui vont suivre.SCIENCE ET MÉTHODE 168 mathématiciens. dit M. nition ne mais je contienne et Un une pétition de principe. définition éminemment propre à donner une idée du nombre 1 entendu parler.

o. et qu'est-ce c'est celle qui aussi M. (27) qui nous apprend que Un est un nombre. c'est le nombre des éléments que la classe nulle? ne contient aucun élément. court calcul. Couturat a défini également et que zéro? Qu'est-ce 1. Couturat a-t-il introduit ment dans sa définition. Mais comme vois pas que me le jamais signifie en aucun cas je ne progrès soit considérable. Et puisque nous en sommes à ces définitions des premiers nombres. Un. Elle est plus satisfaisante. de la classe nulle. Burali-Forti part de celte soit.169 LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE Quoi qu'il définition en après un et. ai-je dit.A = ce qui veut dire en français objets qui satisfont à une un perfectionne- en écrivant : : {xe(fx)y zéro est le nombre des condition qui n'est jamais remplie. 0=tA : (fx = A. en ce sens . Téquation M. dit-il en substance. est le nombre des éléments d'une classe dont deux éléments quelconques sont identiques. Couturat donne du nombre Je hâte la i définition est que plus satis- faisante. rappelons que M. c'est vraiment abuser de la richesse de la langue française. Définir zéro par nul. d'ajouter que M. il arrive à : leNo. et nul par aucun.

lui disais-je. ne vous semble-t-il pas irréprochable? Non. il ne soit obligé de se servir du mot un. — Pardon. I . et au contraire je ne trouve rien à — objecter à celui de Cantor. Hadamard et la conversation tomba sur cette antinomie. Était-ce je . Burali-Forti n'avait pas le droit de parler de l'ensemble de tous les nombres ordinaux. revanche.170 SCIENCE ET MÉTHODE il ne se sert pas du mot un. j'ai dit que ses conclusions sont en opposition directe avec celles de Cantor. Or. puisqu'il pouvait tou- jours poser Û=:r(No. et peut-on dire qu'un objet n'existe pas. je reçus la visite de M.I>). un jour. Mais j'ai peur que si on demandait à M. Q? on l'a appelé Ce fut en vain. Couturat ce que c'est que deux. « Le raisonnement de Burali-Forti. que pour définir 1. D'ailleurs. il avait ce droit. il se sert VIII Mais revenons au mémoire de M. » je ne pus le convaincre (ce qui d'ailleurs eût été fâcheux. Je voudrais bien savoir qui aurait pu l'en empê- quand cher. seulement parce que ne parlais pas le mais péanien avec assez d'éloquence ? peut-être entre nous je ne le crois pas. puisqu'il avait raison). Burali-Forti . en du mot deux.

LES MATHÉMATIQUES ET LA LOGIQUE 171 Ainsi. la Qu'est-ce que cela prouve ? Tant qu^il s'agit seulement de démontrer que un est un nombre. malgré tout cet appareil pasigraphique. s'il y a une antinomie à question n'était pas résolue. la pasigraphie suffit. résoudre. la pasigraphie devient impuissante. mais si une difficulté se présente. .

On a vu naître des logiques nouvelles M plus intéressante est celle de semble a dû se Russell. fait place au syllogisme i . LA LOGIQUE Pour justifier ses prétentions. la logique transformer. Russell attribue à la logique est infi- niment plus étendu que sique et il a trouvé vues originales moyen celui de la logique clas- d'émettre sur ce sujet des et parfois justes* D'abord. etc. de nouveau sur qu'il n'y ait rien à écrire lalogique formelle et qu'Aristote en ait vu le fond. M. Mais le champ que M. tandis que la logique d'Âristote était avant tout la logique des classes et prenait pour point de départ la relation de sujet à prédicat.CHAPITRE IV Les Logiques nouvelles. Le syllogisme classique « Socrate est un homme ».. Russell subordonne la logique des classes à celle des propositions. dont Il la DE RUSSELL.

c'est-à-dire les lois commu- X tative. C : Si A est vrai. Il suffit cependant d'avoir corrigé une dit . car le syllogisme classique est facile à ramener au syllogisme hypothétique» tandis que la transformation inverse ne se fait pas sans difficulté. M. sente associative et distributive. Mais la théorie du syllogisme n'est encore que la syntaxe de la conjonction si et peut-être de . on reconnaît aisément les formes scolastiques on retrouve ce qu'il y a d'essentiel dans la logique classique. dans les formes de ce dernier. Et c'est là. idée des plus heureuses. ou suivent les mêmes lois que les deux signes et +. Russell ouvre à la logique un domaine nouveau. et^ ouy négation ne pas. or si est vrai. la négation. B. Russell arrive à cette conclusion qu'une proposition fausse quelconque implique toutes les autres propositions vraies ou fausses. Les propriétés du syllo- gisme classique s'étendent sans peine au syllogisme hypothétique et. Couturat que cette conclusion semblera paradoxale au premier abord. à mon B est une sens. M. Ainsi et reprétandis que ou Gela aussi est très intéressant. Les signes et. la multiplication représente l'addition logique. etc. : la logique des propo- Russell est l'étude des lois suivant lesquelles se combinent les conjonctions et la 5i. En y adjoignant deux autres conjonctions et et ou^ M.LES LOGIQUES NOUVELLES hypothétique vrai. C'est une extension considé- rable de Taricienne logique. logique. Et puis ce n'est pas tout sitions de M. B 173 est vrai.

des symboles se comoinaisons variées qui ne sont plus en yiombre Ihnité. Le candidat se donne souvent beaucoup de mal pour trouver la première équation fausse. Russell a vu juste. il inlro- . d'examiner cette question. A-t-on le droit de donner celte extension au sens du mot. et ce n'étaient pas de simples combinai- sons des anciennes . au sens nouveau. et de chercher à M. se trouvent être devenues réduclogique? Il serait oiseux . Nous avons introduit un grand nombre de notions nouvelles.SCIENCE ET MÉTHODE 174 mauvaise thèse de mathématique. que Ton avait déclarées irréductibles à la logique. au sens ancien du mot. Accordons-lui ce qu'il demande nous étonnons pas si certaines vérités. II On voit combien nouvelle logique est plus la riche que la logique classique sont multipliés permettent et les . et non seulement au début du premier chapitre. ce n'est plus qu'un jeu pour lui d'accumuler les résultats les plus surprenants. dont quelques- uns même peuvent être exacts. mais au début du second et du troisième. différent. c'est-à-dire de la logique des classes et des relations. qui est tout tibles à la logique. M. pour reconnaître combien M. Russell une simple querelle de mais ne mots. mais dès qu'il l'a obtenue. c'est-à-dire de la logique des propositions. Russell ne s'y est d'ailleurs pas trompé.

Il il qu'ils comme faudrait que n'impiiquo^. introduit également des il indémontrables. nous n'avons pas rencontré Je contradiction. nous n'en rencontrerons non plus après la n -f. principes qu'il déclare 175 qu'il déclare indéfinissables. l'on eût le moyen de démontrer pas contradiction. ce sont des appels à tuition. plus . faudrait établir que. dans les traités de mathématiques ont-ils changé de caractère. On pourrait essayer de raisonner Nous pouvons vérifier que comme les opérations velle logique appliquées à des il suit • de la nou prémisses exemptes de contradiction ne peuvent donner que des consé- quences également exemptes de contradiction. Il est donc impossible qu'il y ait un moment où la contradiction commence^ ce qui montre . parce que le sens du mot logique s'est élargi et que nous les trouvons maintenant dans un livre intitulé Traité de logique? Ils n ont pas changé contrions. Si donc après n opérations. des jugements synthétiques a les regardions comme intuitifs priori. Mais ces principes indémontrables. de nature. quelque loin qu'on poursuive la série des déductions. on ne sera jamais exposé à se contredire. III Ces principes pourraient-ils être considérés des définitions déguisées? Pour cela. quand nous l'in- Nous les ren- ou moins explicitement énoncés. ils ont seulement changé de place.1®.LES LOGIQUES NOUVELLES dait des mots nouveaux Et ce n'est pas tout.

Avons-nous le droit de raisonner ainsi? Non. Ainsi. que si suppose un acte nouveau et indépendant de notre intuition et. la pensée de de M. M. Couturat. le rinduction complète . Russell prétend. il faut pour chacun d'eux admettre un nouvel acte d'intuition. un véritable jugement synthétique a priori. et ce qui me paraît douteux^ à r intuition j ce c'est qu'après ces appels sera fini. C'est à ce que je crois. Sur ce point tout le monde semble d'accord. car ce serait faire de principe d'induction et. complète j rappelons-le bien^ nous ne le connaissons pas encore. Nous n'avons donc pas le droit de regarder ces axiomes comme des définitions déguisées et il ne nous reste qu'une ressource. mais ce que M. on n'aura plus à en faire constituer la mathématique d'autres et on pourra tout entière sans faire intervenir aucun élément cette logique nouveau.SCIENCE ET MÉTHODE 176 que nous n'en rencontrerons jamais. j'en aurais de plus) qui font le fondement quelques-unes trouvé de la logique nouvelle. de la logique au sens large. Couturat répète souvent que indépendante de l'idée de nombre. . d'ailleurs. IV M. pourquoi ne pas le dire. chacune des neuf notions indéfinissables et des vingt propositions indémontrables (je crois bien bien. Je ne m'amuserai pas à compter combien nouvelle est tout à fait I . Russell et c'était moi qui avais compté.

Gouturat commence par énoncer les cinq axiomes de Peano. etc. qui sont indépendants.. pour que la relation soit concevable. M. il faut qu'ils soient deux et deux seulement. sans avoir en ^ARITHMETIQUE. Quelquefois cet inconvénient ne serait pas im- possible à éviter. Peano et J'arrive à ce ordinale et qui est Padoa. Une relation a lieu deux entre termes ». relation ^est incompréhensible il il est essen- sans deux est impossible d'avoir l'intuition de la même temps celle de ses deux termes. (( lation » « . mais quelquefois aussi tiel. Gouturat appelle la théorie le fondement de l'arithmétique proprement dite. car.LES LOGIQUES NOUVELLES 177 son exposé contient d'adjectifs numéraux. comme Tont démontré MM. tant cardinaux qu'ordinaux. Citons cependant quelques exemples a : Le produit logique de deux ou plusieurs propo- sitions est ». tels que plusieurs. que M. Une termes . « Toutes les propositions sont susceptibles de deux valeurs seulement. et sans remarquer qu'ils sont deux. ou d'adjectifs indéfinis. . le vrai et le faux » Le produit relatif de deux relations est une re. relation. etc.

Buite.^ que 4 soit un entier et que la série ô. pour qu'elle faut encore entier. Zéro n'est le suivant d'aucun nombre entier. Si je pre-nds la satisfait série 0. 2. et démontrer qu'ils Est-ce satisfont à la définition. Il est donc impossible de démontrer les axiomes . Mais nous avons vu que. Le suivant d'un entier est un entier i. M. par exemple les trois premiers. 2. le cas ici? Pas le moins du monde. tout entier a 4. 2. je vois bien qu'elle aux axiomes i. par postuiaits de zéro^du comme des constituent la définition ils « suivant ». 1. 4. 3 aux axiomes on vérifierait qu'elle satisfaît aux axiomes 1. 2. Deux nombres entiers sont égaux. par conséquent. auquel il conviendrait d'ajouter un suivant. si leurs sui- vants le sont. 3. 1. mais l'axiome 3 exige. 3. en outre. que que 3 soit un la série 0. 4 satisfasse aux axiomes. satisfasse à l'axiome 3. démonstration ne peut se faire par Vexemple. 5.178 SCIENCE ET MÉTHODE Zéro est un nombre entier. Couturat considère ces axiomes définitions déguisées. mais. pour qu'une définition par postulats puisse être acceptée. et. il faut que Ton puisse établir qu'elle n'implique pas contradiction. et du nombre entier.2. 2.4 il et 5 . Le axiome 5'' principe d'induction est le com- plète. et ainsi de satisfasse . La On ne peut choisir une partie des nombres entiers. 1.

et çaise pensées les plus profondes. Si ces conséquences étaient en nombre fini. il faut renoncer à la démonstration par l'exemple. moins toute l'arithmétique. Russell. Mais. Alors que faire? Peut-être à la rigueur pourrait-on répéter le raisonnement du n® III. l'auteur poursuit un but analogue à celui de M. Cependant. ce serait facile mais elles sont en nombre infini ce sont toutes les mathématiques. . ou au nos axiomes et voir si elles . Il faut alors prendre toutes les conséquences de ne contiennent pas de contradiction. nous Tavons dit. où Ton trouvera les ticiens à Heidelberg.LES LOGIQUES NOUVELLES 179 pour quelques nombres entiers sans les démontrer pour tous. dit-il. Pierre Boutroux a paru dans VEnseignement mathématique^ pendant qu'une traduction anglaise due à M. Vî LA LOGIQUE J'arrive maintenant au bert qu'il a DE HUBERT. si nous y regardons de près. Halsted paraissait dans The Monist. . mais sur bien des points « il s'écarte de son devancier. Hil- communiqué au Congrès des Mathéma- dont une traduction frandue à M. Dans ce travail. travail capital de M. ce raisonnement^ c^est de rinducHon complète^ et c'est précisément le principe d'induction complète qu'il s'agirait de justifier.

Russell. trois même. car il est bien entendu que 1 n'est ici qu'un symbole et que nous ne nous préoccupons nullement d'en connaître la signification. pour M. Hilbert des principes de la Logique tels qu'ion a coutume nous trouvons pris également à la logique de M. elles de les sont présenter^ s'applique simultanées « d'autres nous ». » Remarquons qu'en agissant ainsi 1 ob- nous n'impliquons nullement la notion de nombre. dans une certaine mesure. je préfère suivre pas à pas le développement de la pensée de les « jet Hilbe rt. Nous trouverons plus plus différences les signalerons profondes loin encore. Prenons tout d'abord en considération 1. par exemple la notion d'Ensemble. Russell. se trouvent impliquées déjà certaines notions arithmétiques. 1 . Hilbert. ou plusieurs fois répété. il n'en est plus de introduisons les mots deux. il me paraît nécessaire de développer simultanément les principes de la Logique et ceux de TArithmétique.. trois. cette fois-ci.. Ah! « Les groupes formés avec deux. » Nous avons vu plus haut que. Mais à mesure qu'elles se présen- teront. pour M. cet objet. si » nous et surtout plu- nous introduisons la notion de nombre. Ainsi nous tels dans un cercle et c'est pourquoi. la Logique est antérieure à TArithmétique. afin d'éviter tout paradoxe. et. et alors la définition du nombre entier fini que nous sieurs.SCIENCE ET MÉTHODE 180 nous constatons que dans les principes logiques. en citant lextuellemen passages les plus importants. la notion de Nombre. Ainsi. ce que dit M. qu'on a coutume de les présenter.

façon la plus . ne pas principe. toutes les sons. 181 tard. Russell un objet désigne par x c'est un objet absolument indéterminé et sur lequel il ne suppose quelconque qu'il pour Kilbert. toute proposition affirmative nous apprend qu'une combmaison apparest tient à la classe des êtres tive . Aussi.LES LOGIQUES NOUVELLES trouverons L'auteur tout était à l'heure. Hilberl introduit ensuite deux objets simples 1 et et envisage toutes les objets. nous apprend qu'une toute proposition néga- certaine combinaison appartient à celle des non-êtres. mées avec = formule d'ailleurs sa pensée de la . Il et ne leur en répartit ensuite ces combinai- sons en deux classes. beaucoup s'apercevoir de cette à la un = fin arrivera bien trop avisé pour p^^'Hion de de son travail. celle des êtres et celle des non-êtres et jusqu'à nouvel ordre cette répartition entièrement arbitraire. à procéder à cu^^-^che-t-il vrai replâtrage. etc. VII Signalons maintenant une différence qui est de la plus haute importance. Pour M. c'est l'une des combinaisons forles symboles 1 et il ne ^saurait concevoir qu'on introduise autre chose que des combinaisons des objets déjà définis. Il combinaisons de ces deux combinaisons de leurs combinai- va sans dire qu'il faut oublier la signi- deux signes fication habituelle de ces attribuer aucune. Hilbert rien.

qui est celui de la compréhension. ou que nous sommes en train d'introduire. Hilbert ne reconnaît au contraire comme êtres possibles que des combinaisons d'objets déjà connus. mais n'importe quoi. Il ne faudra pas non plus oublier que. par suite. Il part de Tidée générale d'être et Tenrichit de plus en plus tout en la restreignant. être de nouveau mis à répreuve et au besoin modifiés. » Le contraste est complet avec la manière de voir de M. . les axiomes (en place du quelconque ou du tous de la logique ordinaire) représentent exclusivement « l'ensemble des objets et des combinaisons qui nous sont déjà acquis en Tétat actuel de la théorie. lorsque nous augmentons le nombre des objets fondamentaux. nous pouvons substituer à la place de x non seulement des objets déjà connus. les axiomes acquièrent du même coup une extension nouvelle et doivent. de sorte que (en ne regardant qu'un des côtés de sa pensée) on pourrait dire qu'il se place au point de vue de Textension. Lors donc qu'on déduira des propositions des axiomes consi* dérés. crois et je devoir reproduire in extenso Les indéterminées qui figurent dans son énoncé.SCIENCE ET MÉTHODE 182 nette. ce sont ces objets et ces combinaisons seuls que Ton sera en droit de substituer aux indéterminées. Pour ce dernier philosophe. Russell est fidèle à son point de vue. Russell. en y ajoutant des qualités nouvelles.

que toute quantité est égale à elle-même et que toute opération faite sur deux quantités identiques donnent des résultats identiques. il faut duction complète. pas. H introduit deux axiomes qu'il énonce dans son lan- gage symbolique mais qui signifient. Hilbert. Mais pour justifier cette défini- montrer que ces deux axiomes ne conduisent à aucune contradiction. sans paraître s'apercevoir qu'il fait de Tintion. Pour cela M. Avec cet énoncé ils sont évidents. mais les présenter ainsi serait trahir la pensée de M. dans le langage des profanes comme nous. Hilbert énigmatique et nous n'y contradictions s'y accumulent est tout à fait insisterons . Les on sent que Tauteuî . Hilbert se sert du raisonnement du n* III. Pour mathématiques n'ont à combiner que de purs symboles et un vrai mathématicien doit raisonner sur eux sans se préoccuper de leur sens. Il les considère comme représentant la définition par postulats du symbole = jusqu'ici vierge de toute signification. Aussi ses axiomes ne sont pas pour lui ce qu'ils sont pour lui les '^^ le vulgaire. IX La fin du mémoire de M.183" LES LOGIQUES NOUVELLES VIII Poursuivons Texposé des idées de Hilbert.

Qu'est-ce à dire? Au moment de démontrer que la définition du nombre entier par V axiome d'induction complète n'impliqim pas contradiction^ M. dit M. Hilbert. Hilbert se dérobe comme se sont dérobés MM. Rien ne saurait mieux faire mesurer rimportance des travaux géométriques de M. Halsted (New-York. semblait le domaine où le règne de l'intuition était incontesté. on ne peut pas dire qu'il n'intervient pas. Ainsi. Gela est vrai dans une certaine mesure. X LA GÉOMÉTRIE. il y a quelques années à peine. Si l'on se rapporte à la Rational Geometry de M. 1904) établie d'après les principes de M. la géométrie qui. . mais il intervient peu. est aujourd'hui celui où les logisticiens semblent triomplier. on voit intervenir le principe d'induction pour la première fois à la page 114 (à moins que j'aie mal cherché. La géométrie. est un vaste corps de doctrine où le principe d'induction complète n'intervient pas. Couturat. John Wiley and Sons.SCIENCE ET MÉTHODE 184 a vaguement conscience de la pétition de principe vainement à replâtrer les fissures de son raisonnement. Hilbert et la profonde empreinte qu'ils ont laissée sur nos conceptions. ce qui est bien possible). Russell et Couqu'il a commise^ turatj parce et cherche qu'il que la difficulté est trop grande.

la seconde. sont en nombre infini. Notre conclusion. dont il faut Et si montrer qu'elles ne sont pas contradictoires. il faudra encore s'appuyer sur ce principe. . celle du nombre entier. XI CONCLUSION. on ne peut pas le démontrer sans le Mais il principe d'induction.LES LOGIQUES NOUVELLE* 185 ne faut pas s'y tromper. Le Roy). : . jamais on invente une autre démonstration. celle du phosphore. celle de la ligne droite. et par elle sur le principe d'in- duction. puisque les conséquences possibles des axiomes. On dit Ce sont trois définitions déguisées. la troisième. Comment tiel ? Hilbert démontre-t-il ce point essen- C'est en s'appuyant sur l'Analyse et par elle sur l'Arithmétique. Quel est en somme le théorème fondamental de la Géométrie ? Cest que les axiomes de la Géométrie n impliquent pas contradiction et^ cela. : Le principe d'induction complète Le postulatum d'Euclide La loi physique d'après laquelle le phosphore fond à 44" (citée par M. . c'est d'abord que d'induction ne peut pas être regardé tion déguisée du nombre Voici trois vérités le principe comme la défini- entier. la première.

Et voilà déjà une première raison de la distinction que je fais entre les trois cas il y en a une seconde. il clair cela cette définition garantit. on voit qu'on celles . D'abord. Nous avons montré également que. nous venons de rappeler impossible que pour la seconde Hilbert avait donné une démons. Dans les applications que nous avons à faire de ces trois notions. et où on cherche à établir qu'un ensemble d'axiomes ne peut conduire à une contradiction. pour la première définition. tration complète. l'existence de plus est mais il : sens. Pour cela on considère l'une des séries de syllogismes que Ton peut pourguivre en partant de ces axiomes comme prémisses. et il comme ne le mot signifie plus existence absence de signifie existence objective. se présentent-elles à nous comme défi.186 SCIENCE ET MÉTHODE Je Tadmets pour la seconde. je ne Tadmets pas pour les deux autres. que nous avons exposées plus haut. les l'objet défini ? il Nous ne sciences mathématiques. il faut que j'explique la raison de cette apparente inconséquence. nous avons vu qu'une déflnitîon n'est acceptable que s'il est établi qu'elle n'implique par contradiction. physiques. Quand on a fini le n* syllogisme. nies par ces trois postulats ? Les applications possibles du principe d'induction sont innombrables prenons par exemple l'une de . cette démonstration est au contraire. sommes concerne la troisième. En qui ce qu'elle que veut-il dire le faudrait. pas contradiction n'implique dans ici mais dans les sciences n'a plus le môme contradiction.

18"^ LES LOOïQJliS NOUVELLES peut en faire encore un autre et c'est ainsi le nombre n tions successives. Vous dites le droit de conclure ainsi. série d'opéra- un nombre qui peut être C'est donc un successives. parce qu'alors — par soustraction on retrouverait toujours le même nombre. nombre depuis lequel on peut remonter à l'unité par soustractions successives. on n'aura à craindre aucune contradiction pour aucun des syllogismes dont le numéro tion tst entier. On ne \e pourrait évidemment pas si on avait n =: n 1. sert à c'est obtenu par additions compter une le + n 1* . Ainsi donc la façon dont nous avons été amenés à considérer ce nombre n implique une du nombre entier fini et cette définition un nombre entier fini est celui qui est la suivante peut être obtenu par additions successives c'est celui qui est tel que n nesc pas égal an 1. Jogisme. mais cela implique une autre définition du nombre entier et qui est la suivante un nombre entier est celui sur lequel on peut raisonner par récurrence. si l'absence de contradiction au moment d'un syllogisme dont le : j'ai : numéro est entier entraîne l'absence de contradic* au moment du syllogisme dont le numéro est l'entier suivant. dans l'espèce c'est celui dont on peut dire que. parce que les nombres entiers sont par définition ceux pour lesquels un pareil raisonnement est légitime . qu'est-ce que nous faisons ? Nous mondéfinition : j — trons que. Cela posé. 9 . il s'il n'y a pas eu de contradiction au n* syl- n'y en aura pas davantage au n -f- l'' et nous concluons qu'il n'y en aura jamais.

exprimable par des mots. Dira-t-on qu'il y en a une autre que nous sentons sans pouvoir 1 énoncer parce que nous avons l'intuition de la ligne droite ou parce que nous nous représentons la ligne droite. Nous n'avons pas. après avoir introduit le nombre entier par un chemin qui suppose la première. elles sont équivalentes sans doute. ce sont les premiers (les droites euclidiennes) que nous appelons droites. Par conséquent. deux définitions équivalentes irréductibles logiquement Tune à l'autre. nous n'avons pas le droit d'adopter la seconde.188 SCIENCE ET MÉTHODE Les deux définitions ne sont pas identiques . Ces objets sont « les droites non-euclidiennes » qui à un certain point de vue ne sont pas des entités vides de sens. parmi ces objets également susceptibles de représentation. Si. mais seulement dans l'espace représentatif. et puis nous pouvons nous représenter tout aussi bien les objets qui possèdent les autres propriétés de la ligne droite. qu'arrive-t-il pour la ligne droite? Je l'ai déjà expliqué répéter une fois si souvent que j'hésite à de plus : je me brièvement ma pensée. nous ne pouvons nous la représenter dans l'espace géométrique. et non pas les derniers . Au contraire. mais elles le sont en vertu d'un jugement synthétique a priori'^ on ne peut pas passer de Tune à l'autre par des procédés purement logiques. Nous n'en avons qu'une. comme dans me borne à résumer le cas précédent. Tout d'abord. mais des cercles (de vrais cercles du vrai espace) orthogonaux à une certaine sphère. sauf celle de satisfaire au postulatum d'Euclide.

une remarque. pas tout à fait cela que j'avais voulu j'aurais dû écrire Tous les corps qui possè. encore un mot. à la définition du phosphore. Et si : XII Et puisque je suis sur ce sujet. sauf son point de fusion. cette loi n'est pas vérifiable. le point de fusion 44*». quelque autre propriété inconnue par laquelle Ce n'était ils diffèrent. outre le point de fusion. on pourrait toujours dire qu'il y a sans doute. fondent comme lui à 44® ». La droite possède . car l'on venait à vérifier que deux corps ressemblant au phosphore fondent l'un à 44® et l'autre à 50®. nous voyons que la vraie définition serait Le phosphore.LES LOGIQUES NOUVELLES (les 189 non-euclidiennes). Et pour mettre mieux en évidence la différence entre le cas de faisons encore la droite et celui du phosphore. c'est bien par défi- droites nition. dent telles et telles propriétés en nombre fini (à dire : savoir les propriétés du phosphore qui sont énoncées dans les traités de excepté) fondent à Chimie. nous arrivons enfin au troisième exemple. Pour Tcxemple du phosphore j'ai dit position est une véritable loi physique elle signifie : : « Cette pro- vériflable. Et on m'a répondu si : « Non. car tous les corps qui possèdent toutes les autres propriétés du phosphore. c'est ce morceau de matière que je vois !à dans tel flacon.

que s'il s'écarte de la droite euclidienne. il ne s'écarte pas moins de l'axe de rotation des corps solides qui est une qu'enfin autre image imparfaite de la ligne droite est sans doute sujet au changement. . que ferons-nous ? Conclurons-nous que la droite satisfait étant par définition la trajectoire de la lumière ne satisfait pas au postulatum. de sorte il que telle ligne qui était droite hier. parce que le rayon lumineux ne satisfait probablement que d'une façon imparfaite non seulement au postulatum d'EucIide. Conclurons-nous que le phosphore étant par défini- que nous ap[)elions phosphore n'est pas du vrai phosphore. changé. mais à 43°9. Je suppose que Ton constate que le rayon lumineux ne imparfaites. pas au postulatum d'EucIide (par exemple en montrant qu'une étoile a une parallaxe négative). nous sommes libres d'adopter Tune ou l'autre définition et par conséquent Tune ou mais adopter la première ce l'autre conclusion serait stupide. le rayon lumineux n'est pas rectiligne ? Assurément. ou au contraire que le phosphore fond à 43*^.iClENCE ET MÉTHODE 190 dans la nature plusieurs images plus ou moins dont les principales sont les rayons lumineux et Taxe de rotation d'un corps solide.9 ? Ici encore tion ce qui fond à 44°. ou bien au contraire que la droite satisfaisant par définition au postulatum. cessera de l'être demain si quelque circonstance physique a . Su[)posons maintenant que Ton vienne à découvrir que le phosphoro ne fond pas à 44**. mais aux autres propriétés delà ligne droite. ce corps .

mais s'ils si réellement Font cro ils ils ont cru l'avoir se sont trompés. Je ne sais fait. Ces deux livres nous donneront beaucoup à réfléchir et nous avons beaucoup à y apprendre. profondes. MM. sont solides et destinés à demeurer. ce serait stupide sion parce qu'on ne peut pas changer le nom d'un corps toutes les fois qu'on détermine une nouvelle décimale de son point de fusion. nition et par conséquent . . Mais dire qu'ils ont définitivement tranché le débat entre Kant et Leibnitz et ruiné la théorie kantienne des mathématiques. quelquesl'autre et uns. Russel l'autre et Hilbert un vigoureux effort un livre plein de vues . Parmi leurs résultats.LES LOGIQUES NOUVELLES 191 nous sommes libres d'adopter Tune ou Tautre défiTune ou l'autre conclumais adopter la première. c'est évidemment inexact. ils ont fait l'un et ont écrit l'un et originales. XIII En résumé. beaucoup même. souvent très justes.

il leur a fallu Logistique. Couturat se fasse de naïves illusions. I Les logisticîens ont cherché à répondre aux consi- Pour dérations qui précèdent. transformer la cela. . je voudrais revenir sur les deux questions les plus importantes à mon sens les règles de la Logistique ont-elles fait leurs preuves de fécondité et qu'elles permettent de d'infaillibilité? Est-il vrai mitives. Russel en parti- culier a modifié sur certains points ses vues pri- Sans entrer dans le détail du débat. il semble que M. et M.CHAPITRE V Les derniers efforts des Logisticiens. démontrer le principe d'induction complète sans aucun appel à rintuition ? II L'INFAILLIBILITÉ DE LA LOOISTiaUC En ce qui concerne la fécondité. La Logis- .

. dont la le seul membre est classe dont le seul le seul membre est x x et qui s'appellera tx. c'est peut-être plus sûr. Ce ne sont pas des ailes que vous nous donnez.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 193 tique. Et alors nous avons que ces lisières le droit d'exiger nous empêchent de tomber. Ce sera Quand une valeur ne rapporte leur seule excuse. l'individu a?. mais ce n'est pas plus rapide. mais enfin il n'est allé ni plus loin. ce sont des lisières. et il aurait pu faire tout aussi bien avec ses jambes. et vous n'avez pas encore volé J'ai la plus grande estime pour M. Je ne vois au contraire dans la logistique que des entraves pour Tinventeur elle ne nous fait pas gagner en concision. Whitehead. prête à Tinvention « des échasses à la page suivante a II y a dix ans que M. ni plus vite que la plupart des mathématiciens aptères. avec M. si beaucoup alléger notre allure? La Logistique nous force à dire tout ce qu'on sous-entend d'ordinaire. et s'il faut 27 équations pour établir que 1 est un nombre. qui a fait de très jolies choses (par exemple sa courbe qui remplit toute une aire). Peano. voilà dix ans que vous avez des ailes. combien en faudra-t-il pour démontrer un vrai théorème? Si nous distinguons. ni plus haut. la classe 1 . » Comment. vont et qui s'appellera que ces distinctions. croit-on utiles qu'elles soient. elle nous force à avancer pas à pas. d'après lui. puis membre est la classe dont ux. loin de là. Peano a publié la première édition de son et des ailes » et : Formulaire.

nous ne vous en demandons pas tant si. il faut au moins que ce soit un placement de père de famille. Doit-on suivre vos règles aveuglément? Oui. c'est un malheur. pour vous c'est la . on verra tout de suite à quel moment ils s'en sont écartés. non plus est-ce que l'infaillibilité de Tarithmétique empêche les erreurs d'additioÉ? les règles du calcul sont infailUbles. mais vous vous trompez aussi ». . en « . c'est vrai. Pourquoi les changer et si elles de étaient infail- libles? Nous ne sommes pas obligés.SCIENCE ET MÉTHODB 194 pas de gros intérêts. C'est donc une nécessité pour vous. les logisticiens ont appliqué leurs règles. nous n'aurions rien à dire . mais en revisant leur calcul. : mort. « Nous Vous n'avez pas le droit de nous dire nous trompons. dites-vous. Vous serez infaillibles ou vous ne serez pas. de résoudre hic et nunc tous les problèmes possibles. et ils sont tombés dans la contra- règles diction . » Oh. et cela est vrai si à <« qu'ils s'apprêtent à sacrifier la notion changer ces règles classe ». Nous tromper. sans quoi ce serait rinluition seule qui nous permettrait de discerner entre elles mais alors il faut qu'elles ce n'est que dans une autorité soient infaillibles infaillible qu'on peut avoir une confiance aveugle. pour nous. face d'un problème. et pourtant on voit se tromper ceux qui n'appliquent pas ces Ne dites pas : . mais au contraire . Ici ce n'est pas cela du tout. vous ne donniez aucune solution. un très grand malheur.

S'il réussit. M. Russell s'apprête-t-il à montrer que Tun au moins des deux raisonnements contradictoires a transgressé de code ? Pas le moins du monde. et faire honneur de la solules autres tion à la Logistique ». et à en abroger un certain nombre. « qu'en restrei- gnant ou même en sacrifiant la notion de classe ».LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS 195 VOUS nous en donnez deux et qui sont contradicpar conséquent une au moins est toires et dont fausse. d'après lui. Mais non La Logistique son code ou plutôt c'est ce code qui est la Logistique elle-même. M. elle a qui a déjà eu quatre éditions . il s'apprête à changer ces lois. ce qu'on ne peut faire. Que répond M. opposé deux objections principales à la définition du nombre entier adoptée par les logisticiens. Poincaré voudra bien se rappeler celte phrase. escomptant le succès de cette tenta- •Et tive. M. M. Russell cherche à concilier ces contradictions. Couturat à la première de J'avais ces objections ? . j'en ferai honneur à l'intuition de M. Russell et non à la Logistique péanienne qu'il aura détruite. : existe. III LA LIBERTÉ DE LA CONTRADICTION. Couturat. et c'est cela qui est une faillite. ajoute : « Si les logisticiens réussissent là où ont échoué.

pour qu'on puisse en déduire l'existence de la classe dont bien. est tout autre chose contradiction. il L'existence que l'absence de dans consiste classe n'est pas vide. affirmer que la classe a n'est pas nulle ». Couturat conteste C'est ce logique. Les individus. Elle : « : exister . sans doute. ce qui est le sens que leur donnent les logiciens et les mathématiciens. dire mot le exempt de contradiction. On sont toujours n'a jamais considérés comme exis- à exprimer qu'un individu . c'est l'existence qui prouve la non-contradiction. un a sans concevoir peut être entraîné à des contradictions. il faut donc établir. affirmer qu'il deux affirmations est si elles ne signifient pas toutes deux. être que M. c'est. ou bien qu'on peut voir ou toucher des a. le lait « Il existe qu'une des a. par un exemple.SCIENCE ET MÉTHODE Que signifie en mathématiques signifie. qu'il y a un individu appartenant à cette classe : comment démontre-t-on individu ? Ne faut-il pas que cette Mais. il fait partie? — Eh non si paradoxale que paraisse cette asseron ne démontre jamais Texistence d'un indi. Pour M. dira-t-on. par cela seul qu'ils sont des individus. Pour établir l'existence d'une classe. « l'existence de cet existence soit établie. ou bien qu'on existe des a.196 . avais-je dit. affirmer que la classe a n'est pas nulle. Et. ce qui est le sens que leur donnent les physiciens ou les naturalistes. tion. Mais l'une des aussi dénuée de sens que l'autre. Couturat. vidu. par définition. par définition. tants. ce n'est pas la non-contra- diction qui prouve l'existence. dit-il. c'est.

Elle doit pourtant avoir un sens ' . nous admettrons Texistence de l'indi- nous il vous restera à démontrer n'avons que faire l'existence de l'individu « dans une classe » et pour cela il vous faudra toujours prouver que l'affirmation tel individu appartient à telle classe. et dont on n'affirme rien.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS existe. i97 absolument parlant. il est évident qu'il ne pourra gêner personne. continue M. contraire. mais seulement qu'il » M. et vous ne que vous exigez de nous est pouvez nous sommer de « prendre la lune avec les Inutile d'ajouter je revendication. propre assertion paradoxale. » Des postulats sont présumés compatibles jusqu'à preuve du cas. « C'est donc. » On ne saurait revendiquer en termes plus énergiques et une exigence arbitraire et abusive plus fiers la liberté de la contradiction. que ne souscris pas à cette la démonstration impossible. Couturat. : postulats adoptés. seul au monde. « absolument parlant ». Mais. ni avec les autres vidu. . de même qu'un accusé est présumé innocent. tant qu'il sera tout seul. il veut dire sans doute que Texistence d'un indi- vidu. ne peut entraîner de contradiction. mais de celle-là . « En tout Vonus probandi incombe à ceux qui croient que ces principes sont contradictoires. émettre que de prétendre qu'une définition n'est valable que si Ton prouve d'abord qu'elle n'est pas contradictoire. dites-vous. n'est contradictoire ni en elle-même. soit. Eh bien. Couturat trouve sa existe dans une classe. il ne sera certainement pas le seul.

ce n'est pas d'y avoir eu recours (un mathématicien de race comme lui ne pouvait pas ne pas voir qu'il fallait une démonstration et que celle-là était la seule possible). Hilbert. la Ililbert. Hilbert est excommunié et M. il va donc me demander si . cela est impossible pour vous. comme pour nous. J'en ai cité deux dans mon article et qui étaient . mais d'y avoir eu recours sans y recoanaître le raisonnement par récurrence. qui admettons le principe d'induction comme un jugement synthétique a priori. mais pas pour nous. Et dents ». empruntés à brochure de M. Pour démontrer qu'un système de postulats n'implique pas contradiction. Ce que j'ai reproché à M. Il n'est pas le seul à en avoir fait usage et ceux qui ne l'ont pas fait ont eu tort. J'avais signalé une seconde erreur des logisticiens dans Tarticle de M. nécessaire serait cela pour vous.SCIENCE ET UÉTHODB 198 Pardon. mais c'est le seul correct. de raisonnement n'a rien de « bizarre ». Il n'est pas « invraisemblable » qu'on l'ait jamais employé et il n'est pas difficile d'en trouver des « exemples et des précédents ». IV LA SECONDE OBJECTION. Hilbert. il faut appliquer le prin- non seulement ce mode cipe d'induction complète. M. aujourd'hui. Couturat ne le regarde plus comme un logisticien.

je ne Taî pas vue dans les pages que j'ai lues . il faudra secouer les définitions purement verbales et ne plus se payer de mots. Hilbert. sans quoi nous serions conduits aux conséquences les plus jour où ils gênantes. elle touche à la nature et un jour ou l'autre elle prendra contact avec elle. Pour que nous ayons le droit de poser un sys- . il faut appliquer le principe d'induction. Nous voulons établir. aussi grand que Ton veut. mais cela intéressera peut-être ceux qui ne revendiquent pas comme lui la liberté de contradiction. Cette science n'a pas uniquement pour objet de contempler éternellement son propre nombril.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICÎENS j*ai trouvé la même 199 faute chez les logisticiens or- thodoxes. que nous ne rencontrerons pas de contradiction après un nombre quelconque de raisonnements. il s'agit toujours du raisonnement par récurrence et de la question de savoir si un système de postulats n'est pas contradictoire. Devons-nous entendre ici. Non. par nombre fini. il faudra bien qu'ils la commettent le voudront tirer de la science mathématique une application quelconque. ce jour-là. M. tout nombre auquel par définition le principe d'induction s'applique? Évidemment non. Couturat me dira sans aucun doute qu'alors cela ne le touche pas. Pour cela. Seulement. pourvu que ce nombre soit fini. je ne sais si je la trouverais dans les trois €ents pages qu'ils ont écrites et que je n'ai pas envie de lire. Revenons à l'exemple de M. comme plus haut.

Elle n'est légitime que si . nous conviendrons de dire En que le nombre en question n'est pas fini? d'autres termes. non comme une définition. C'est là une vérité qui est admise par la plupart des savants. non comme une simple dérinition. mais il suppose que ce principe nous est donné. voulons-nous dire : il faut que nous soyons sûrs de ne pas rencontrer de contranous arrêter ^uste au moment où nous serions sur le point d'en rencontrer une? Il suffit d'énoncer une pareille proposition pour la condamner. j'aurais écrit par tous avant d'avoir lu le dernier article de M. Couturat. on admet leprincipe d'induction et si on le regarde. mais comme un jugement diction. de telle propriétés faisait défaut. qu'ils : pas rencontrer de contradiction après un nombre fini de propositions. non seulement le raisonnement de M. mais comme un jugement synthétique. La seule démonstration possible est la démons- tration par récurrence. En résumé Une démonstration : est nécessaire. à la condition de convenir de synthétique a priori. façon que une de ces si par exemple. si. Ainsi. Hilbert suppose le principe d'induction.SCIENCE ET MÉTHODE 200 il faut que nous soyons assurés ne sont pas contradictoires. le nombre fini étant par définition celui qui jouit de toutes les propriétés de nature récurrente. nous tom- bions sur une contradiction. Mais que signifie-t-elle? il faut que nous soyons sûrs de ne Veut-elle dire tèrae de postulats.

Ces antinomies sont déjà breuses. Russell. les nombres ordinaux des nombres ordinaux transfînis. mais les plus célèbres sont i® L'antinomie Burali-Fortî 2*" L'antinomie Zermelo-Kônig. Cantor avait pouvoir constituer une Science de Flnfini d'autres se sont avancés dans la voie qu'il avait cru . 3** L'antinomie Richard. linéaire. notion peuvent être rangés en que de deux nombres ordinaux inégaux. qb pour- et on obtiendrait encore un ordinal qui serait encore plus grand. si on poutraire tous les nombres ordinaux en une série ranger vait nouvelle introduite par une lui) série linéaire. Burali-Forti démontre le conet. mais ils se sont bientôt heurtés à d'étran- ges contradictions. il y en a toujours an qui est plus petit que l'autre. veau mémoire de M. ' maintenant aborder Texamen du non-. Ce mémoire a été écrit en vue de triompher des difficultés soulevées par ces antinomies cantoriennes auxquelles nous Je vais avons fait déjà de fréquentes allusions. Cantor avait démontré que (il s'agit nom- : . ouverte. dit-il en substance. en effet. . cette série définirait un nombre ordinal qui serait plus grand que tous les autres rait ensuite nombre y ajouter 1 . et cela est contradictoire. c'est-à-dire .201 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS LES ANTINOMIES JCANTORIENNES.

4. 4. 6. 6. c'est-à-dire qu'on peut numéroter les divers nombres décimaux de cet ensemble depuis le numérotage loin sur de la façon suivante. Qi-el est le plus petit nombre entier que l'on ne . Russell cite encore une autre antiaomie assez amusante. 3. l'explication de son paradoxe et que son explication peut s'étendre. et il est aisé de voir que cet ensemble est dénombrable.) Considérons tous les nombres décimaux qu'on peut définir à l'aide d'un nombre fini de mots. Nous verrons plus loin que M. 1. 5. 2. Si la n® de l'ensemble Supposons un nombre N décimale du n* nombre jusqu'à 1 l'infini. avec beaucoup de sagacité. et définissons E est 0. 1 Comme on le voit. 1. 8. la n* décimale de N sera 9 : 1. ces nombres décimaux forment un ensemble E. voici ce que c'est que l'antinomie Richard. 3. Richard a donné lui-même. mutatis mutandis^ aux autres paradoxes analogues. 5. (Revue générale des Sciences^ 30 juin 1905. effectué. 7. N n'appartient pas à E et pourtant N devrait appartenir à cet ensemble puisque nous fini l'aA^ons défini avec un nombre de mots. 2.202 SCIENCE ET MÉTHODE Nous reviendrons plus Tantinomie Zcrmelo-Kônig qui est d'une nature un peu différente . N n'est pas égal au n* nombre de E et comme n est quelconque. 7. 8. M.

ce nombre n'existe pas. » Une fait : does fonction pro- positionnelle (c'est-à-dire une définition) ne déter- mine pas toujours une classe. Et.203 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS peut pas définir par une phrase formée de moins de cent mots français ? Ce nombre existe. parmi eux. il y en aura un qui sera plus petit que et ceptibles d'être définis par tous les autres. Ce nombre en effet se trouve défini par la phrase en italiques qui est formée de moins de cent mots français. en effet les nombres susune pareille phrase sont évidemment en nombre fini puisque les mots de la langue française ne sont pas en nombre infini. Russell en présence de ces contradictions? Après avoir analysé celles dont nous venons de parler et en avoir cité d'autres encore. et par définition nombre ne doit pas pouvoir être défini semblable phrase. Et cela ne veut pas dire que ces propositions non . Une « propositional function » ou « norm » peut être « non prédicative ». par une définition ce Vï 2IGZAQ-THE0RY ET N01CLA8S-THE0RY. Quelle est l'attitude de M. Donc. après leur avoir donné une forme qui penser à TEpiménide. il n'hésite pas à conclure « A propositional function of one variable not always détermine a class. d'autre part. car sa implique contradiction.

en cherchant ces règles. C'est un défaut auquel on pourrait remédier par plus d'ingéniosité ou en se servant de distinctions non encore signalées. The zigzag theory The theory of limitation The no classes theory. M. . Mais jusqu'ici. D'après la zigzag theory propositionnelles) tions : « of size. Russell hésite entre trois théories qu'il appelle A. qu'il n'y une classe a aucune valeur de X qui satisfasse à la définition et qui puisse être Tun des éléments de la classe. C. Les éléments existent. je n'ai pu trouver d'autre principe directeur que l'absence de contradiction. B. sinon « les complète impuissance règles qui permettraient de reconnaître si ces défini- loyal l'aveu d'une tions sont prédicatives seraient : extrêmement com- pliquées et ne peuvent se recommander par aucune raison plausible. nulle cela ne veut pas dire . Mais cela n'est que le commencement et il faut savoir reconnaître si une définition est ou non prédicative .SCIENCE ET MÉTHODE 204 prédicatives déterminent une classe vide. » . les définitions (fonc- une classe déterminent quand elles sont très simples et ne cessent de le que quand elles sont compliquées et obscures». Qui décidera maintenant si une définition peut être faire regardée comme suffisamment A cette question pas acceptable? simple pour être de réponse. mais ils n'ont pas le droit de se syndiquer pour former une classe. pour résoudre ce problème.

>y c*esl distingue d'Epiménide.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGîSTICÏENS 205 Cette théorie reste donc bien obscure. Peut-être pourrait-elle être infinie. Apparent ravi nantes il in gurgite vasto Quoi qu'il en soit. Russell appelle lom zigzag-giness ce caractère particulier qui Ce que sansdoute l'argument zigzag. c'est le mot M. les modifications qu'il va faire subir aux principes fondamentaux qu'il a adoptés jusqu'ici. dans cette nuit. Russell passe à la troisième théorie. une seule lueur. Quel changement pour les logîslicîens qui ne parlent que de classes et de classes de classes! Il va falloir refaire toute la Logistique. Mais nous retrouvons toujours la même difficulté. on voit quelles sont les hésita- tions de M. Dans la no classes theory. une Il va falloir des critères pour décider si compliquée ou trop étendue. une cesserait d'avoir droit à l'existence si classe elle était trop étendue. Se flgure-t-on quel sera l'aspect d'une page de Logistique quand on en aura supprimé toutes les propositions où il est question de classe? survivantes éparses Il n'y aura plus que quelques au milieu d'une page blanche. définition est trop . mais ne faudrait pas qu'elle le fût trop. D'après la theory of limitation of size. et ces critères ne pourront être justifiés que par un appel à l'intuition. à quel moment précis commencera-t-elle à Fêtre trop? Bien entendu. Russell. il est interdit de prononcer le mot classe et on doit remplacer ce mot par des périphrases variées. cette difficulté n'est pas résolue et M.

Sans quoi la définition de E contiendrait un cercle vicieux on ne peut pas définir E par l'ensemble E lui-même. Quel choix devons-nous faire entre ces différentes Il me semble que la solution est contenue de M. . Richard dont j'ai parlé plus lettre dans une haut et qu'on trouvera dans la Revue Générale des théories? Sciences du 30 juin 1905. . et elles orages qui sévissent en dehors poursuivront pas à pas leurs con- quêtes accoutumées qui sont définitives et qu'elles n'ont jamais à abandonner. il en donne Texplication. E est l'ensemble de tous les nombres que l'on peut définir par un nombre fini de mots. sans introduire la notion de Vensemble E lui-même. pourront continuer à se développer d'après leurs principes propres sans se préoccuper des d'elles. Reportons-nous à ce que nous avons dit de cette antinomie au § VII.206 C'est vers la SCIENCE ET MÉTHODE no classes theory que M. Après avoir exposé l'anti- nomie que nous avons appelée l'antinomie Richard. celles qui servent à quelque chose. Quoi qu'il en soit. VII LA VRAIE COLUTIOH. les vraies mathématiques. Russrf in- cline finalement. la Logistique est à refaire et on ne sait trop ce qu'on en pourra sauver. Inutile d'ajouter que le Cantorisme et la Logistique sont seuls en cause .

est mais Dans l'exemple choisi par M. Est-ce là ce que M. Appelons classe récurrente toute classe qui contient zéro. Et les VIII LES DÉIWCNSTRATIONS DU PRINCIPE OMNDUCTIOfl. tiens Parlons d'abord de celle de Whitehead. Whitehead et celle de M. Et voilà pourquoi N ne fait pas partie de E. Russell dans son récent mémoire. définitions qui doivent être prédicatives sont celles qui regardées contiennent exemples qui précèdent montrent suffisamment ce que j'entends par là. cercle vicieux. de nombres 1 si elle con- . avec un nombre fini de en nous appuyant sut la notion de l'ensemble E. Burali-Forti. Russelî appelle la « zigzagginess ?» Je pose la question sans la résoudre. Richard. Examinons maintenant les prétendues démonstra du principe d'induction et en particulier celles de M. et profitons de quelques dénominations nouvelles heureusement introduites par M.LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTÎCIENS 207 Or. mots il vrai. la conclusion se présente avec une entière évidence et l'évidence paraîtra encore plus grande quand on se reportera au texte même de sa explication vaut pour les qu il est aisé Ainsi les comme non un de lettre- autres Mais la même antinomies ainsi le vérifier. et qui contient n -f tient n. nous avons défini N.

les précède. il ne s'agit pas de savoir si cette classe est vide. toutes celles n'entre pas la par dans notion de induciif. c'est le même qui a conduit aux antinomies. il quand il donnait des résultats était illégitime faux il reste illégitime quand il conduit par hasard . Inutile d'ajouter laisse subsister les que cette objection objections particulière générales qui s'ap- pliquent à toutes les démonstrations. sûrs. à un résultat vrai. qu'il y a au moins zéro qui appartient à la classe des nombres inductifs. Or Whitehead na pas pru cette précaution. rigoureusement dicative » dasse dont ce la délimiter. A cette dernière définition qui quelle condition joue un rôle essentiel dans Whitehead fait démonstration de et par con- la sera-t-elle « prédicative » séquent acceptable? toutes la entendre. mais si on peut définit rien. faut Il d'après définition desquelles nombre ce qui classes récurrentes. « non préune c'est la frontière est indécise.SCIENCE ET MÉTHODE 208 Appelons nombre induciif tout nombre qui partie de toutes les classes récurrentes. Le raisonnement de Whitehead est donc vicieux. nous sommes quelque sens que nous donnions à notre définition. Sans cela on retombe sur le cercle vicieux qui a engendré les antinomies. . Une un définition qui contient cercle vicieux ne Il ne sert à rien de dire. n'est pas Une classe une classe vide.

LSS DERNIERS EFFORTS DBS LOGISTICIENS 2U9 X M. comme d'ailleurs le moindre taupin s'en serait aperçu du premier coup. Whitehead. sons XI t'AXIOME DE ZERMELO. puisqu'il signifie le nombre des combinaiprincipe à démontrer. Buralî-Forti a donné une autre démonstration dans son article Le Classi jBnite {Atti di Torino^ i. le second : qu'on peut former avec plusieurs objets est plus petit que le nombre de ces objets. Zermelo : Dans un ensemble quelconque (ou même dans chacun des ensembles d'un ensemble d'ensembles) nous pouvons toujours choisir au hasard un élô^ .0. comme Ta moor tré M. < u'ti. M. si l'axiome avait été énoncé dans un langage intelligible. n'est pas plus évident que le non seulement n'est pas évident. XXXII). Mais il est obligé d'admettre deux postulats : Le premier. mais il est faux. Dans une démonstration s'appuie sur l'axiome suivant célèbre. c'est qu'il existe toujours au moins une classe infinie* Le second s'énonce ainsi : u 6 K (K — Le premier postulat t u a).

rejetèrent le Voyons ce qu'en l'admirent. 4 Une démonstration vraiment fondée sur cipes de la Logique Analytique se les prin- composera d une . numéro 2n Non. si dans paire. n'admette l'axiome de Zermelo. d'autres M. Quelques mille fois cet fut mathématiciens. pense M. parce qu'une pareille que l'on opération A moins deviendra impossible. auxquelles il se livre sont très suggestives. supposons que nous ayons autant de paires de bottes qu'il y a de nombres entiers. qué qu'il avait appli- axiome sans renoncer.SCIENCE ET METHODE 210 ment (quand même cet ensemble d'ensembles com- On prendrait une infinité d'ensembles). chaque gauche eîTet —1 Oui. Et d'abord un exemple pittoresque. la botte droite se distingue de la botte de donner le à la botte droite de la n* paire et le . de telle façon que nous puissions numéroter les paires depuis 1 jusqu'à l'infini. XII CONCLUSIONS. il souleva des doutes. Borel. il suffira en numéro 2 n. mais les considérations Il ne se prononce pas. à Ja botte gauche de la n* paire. si la botte droite est pareille à la botte gauche. d'après son dernier article. combien aurons-nous de bottes? le nombre des bottes serait-il égal au nombre des paires. mais dès énoncé. comme résolument. Russell. parce qu'alors on pourra choisir au hacard dans chaque paire la botte que l'on regardera comme droite.

Mais si Ton remplace successivement les diverses sition et la suivante s'aperçoive expressions qui y figurent par leur définition et cette opération aussi loin qu'on Ton poursuit si le il ne restera plus à la fin que des identités. en appliquant à leurs raisonnements le procédé que je viens de décrire. ne les voit-on pas se fondre en identités comme les raisonnements ordinaires? C'est que ce procédé ne leur est pas applicable. les définitions vent pas être conditions. La Logique reste donc stérile. mais bien que le lien entre chaque propo- immédiatement. que Ton pourra être tenté de regarder comme une vérité nouvelle. les logisticiens professent le contraire et croient l'avoir démontrant effectivement des prouvé en Par vérités nouvelles. engendre Vantinomie. quel mécanisme? Pourquoi. ÏO elle .211 LES DERNIERS EFFORTS DES LOGISTICIENS suite de propositions . Et pourquoi? parce que leurs définitions sont cette sorte non prédicatives et de cercle vicieux caché que présentent j'ai signalé non prédicatives ne peu> substituées au terme défini. les unes. qui serviront de prémisses^ seront des identités ou des définitions. les autres se déduiront des premières de proche en proche. c'est-à-dire en remplaçant les termes définis par leurs définitions. Dans ces dIus haut. sorte par l'intuition. à moins d'être fécondée peut. on ne verra pas du premier coup^ comment on a pu passer de la première à la dernière. Voilà ce que j'ai écrit autrefois. la Logistique n'est plus stérile. de que tout se réduira à une immense tautologie.

Mais pour qu'elles soient applicables. il peut arriver que l'apparition d'un objet nouveau oblige à modifier la classification. Le quand il actuel. encore qu'il en eût nombre infini. . elle d'une notion N peut être entachée de cercle vicieux. Les règles de la logique formelle expriment simplement les propriétés de toutes les classifications possibles.SCIENCE ET MÉTHODl 212 C'est la croyance à Texistence de rînflnî actuel qui a donné naissance à ces définitions non prédidans ces définitions figure m'explique catives. si parmi les objets A il y en a qu'on ne peut définir sans faire intervenir la notion N elle-même. Je le mot : tous^ ainsi qu'on le voit dans les exemples mot tous a un sens bien net nombre infini d'objets. et c'est ainsi qu'on est exposé aux il est facile changement. les Cantoriens l'ont ils sont tombés dans la contradiction. de conserver ses classifications sans Si les objets sont en nombre indéfini^ c'est-à-dire si on est sans cesse exposé à voir surgir des objets nouveaux et imprévus. antinomies. pour quand les objets sont en un. il faut que ces classifications soient immuables et qu'on n'ait pas à les modifier dans le cours du raisonnement. Il oublié. et est vrai que le Cantorisme a rendu des services. Si Ton n'a à classer qu'un nombre fini d'objets. il faudrait qu'il y eût un infini cités plus haut. Il n'y a pas d'infini actuel. Autrement tous ces objets ne pourront pas s'agit être conçus d'un comme définition et alors dépend de tous si posés antérieurement à leur la définition les objets A.

qu'on s'entende bien : il ment à introduire de nouveaux principes qui per- . faut poser l'infini avant le il c'est-à-dire regarder l'infini comme actuel. Les logîsticiens Tout oublié comme les Cantorîens ont rencontré les mêmes difficultés.LES OE«NIERS EFFORTS DES L0GISTICIEN3 213 mais c'était quand on l'appliquait à un vrai problème. quand nous passons du genre à infi- l'espèce en concept par des conditions nouencore en nombre infini. la croyance à Fiafini actuel est essentielle dans la logistique russelienne. Cela n'aurait pas d'inconvénient si le summum genus était conséquent pèce. Et nous n'avons pas seulement des classes nies . et le fini mais . ces conditions sont Car elles sagé présente telle ou telle relation avec tous les objets d'une classe infinie. ne s'apprête pas seule- va aviser. fini. et alors on pouvait marcher sans crainte. Hilbert se place au point de vue de Textension. le summum s'il est infini. la question n'est pas douteuse. C'est justement ce qui la dis- tingue de la logistique hilbertienne. Mais cela. Russell se place au point de vue de la compréhension. Par genre est pour lui antérieur à l'esgenus est antérieur à tout. Mais il et ils de savoir s'ils se sont engagés dans cette voie par accident ou si c'était pour eux une néces- s'agit sité. expriment généralement que l'objet envi- restreignant le velles. Pour moi. M. Russell a aperçu le péril et et il Il va tout changer. précisément afin d'éviter les antinomies cantoriennes. dont les termes étaient nettement définis. c'est de l'histoire ancienne.

L'ancienne Logistique est morte. II ne se contente pas d'adorer prête ce qu'il a brûlé . ce une nouvelle qui aile au les fondations. noua . si bien que la zigzâg-theory et la no classes theory se disputent déjà sa succession. Pour juger attendrons qu'elle existe* la nouvelle. il en sape qu'il a adoré. Il n'ajoute pas bâtiment. il va brûler ce est plus grave. il s'apà interdire des opérations qu'il jugeait autrefois légitimes.SCIENCE ET MÉTHODE 214 mettront des opérations autrefois interdites.

servi de fondement à la Science physique et qui paraissaient inébranlables. renversé les dogmes scientifiques que Ton moins d'être croyait les plus solides : d'une part. les postulats fondamentaux de la Mécanique. profondément modifiés ? C'est ce que bien des personnes se demandent depuis quelques années. Peut-être de la transmutation des . l'impossibilité métaux. d'après elles.LIVRE III LL MÉCANIQUE NOUVELLE CHAPITRE La Mécanique I et le Radium* I INTRODUCTION Les principes généraux de la Dynamique. sont-ils sur le point d'être abandonnés ou tout au ont. d'autre part. qui depuis Newton. La découverte du radium aurait.

déjà très sérieux. C.SCIENCE ET MÉTHODE 216 trop s'est-on hâté de considérer ces comme définitivement d*hier peut-être conviendrait-il. Rappelons d'abord en quelques mots en quoi consistent ces principes : A. Le mouvement d'un point matériel isolé et soustrait à toute force extérieure est uniforme . ou si. sur lesquels elles s'appuient. Il nombreuses n'en est pas moins nécessaire. L'accélération d'un point mobile a tion rectiligne pas d'accéléra- la résultante de toutes même direc- les forces auxquelles au quotient de cette résultante par un coefficient appelé masse du ce point est soumis . étant perpendiculaire à cette vitesse. est une elle ne dépend pas de la vitesse acquise constante . étant parallèle à cette vitesse. Toutes les forces subies par un point matériel proviennent de l'action d'autres points matériels . au contraire. elle est égale point mobile. c'est le principe d'inertie tion sans force : que et . ainsi définie. parti. elle tend à faire dévier ce mouvement vers la droite. B. . elles ne dépendent que des positions et des vitesses relatives de ces crïiïérents points matériels. elle est la même si la force. c'est-à-dire à courber la trajectoire la . dès aujourd'hui. de connaître les doctrines nouvelles et les arguments. par ce point . avant de prendre . d'attendre des expériences plus et plus nouveautés établies et de briser nos idoles probantes. tend seulement à accélérer ou à retarder le mouvement du point. ou gauche. La masse d'un point mobile.

il s'écoulera encore longtemps avant qu'on doive renoncer à appliquer à nos machines les principes classiques de la Dynamique. on arrive au principe du mouvement relatifs en vertu duquel du mouvement d'un système sont les mêmes que Ton rapporte ce ^système à des axes fixes. et ces D. Cet astre se comporterait-il de la même manière. mais c'est parce qu'on n'a jamais opéré qu'avec de faibles vitesses. Si deux actions sont deux forces égales opposées. le corps B réagit sur A. par exemple. quels que puissent être les progrès de Tautomobilisme. le princive de réaction. qui est la planète la plus rapide. Mercure. . plus brièvement. un point matériel A agit sur un autre point matériel B. Les observations astronomiques. soit qu'on le rapporte à des axes mobiles animés d'un mouvement de translation rectiligne et uniforme.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 217 En combinant les deux principes B et C. les phénomènes semblent avoir apporté à ces principes une confirmation complète. de sorte qu'il est impossible de distinguer le les lois soit mouvement absolu d'un mouvement port à ée pareils axes mobiles relatif par rap- . Comment donc est-on parvenu à réaliser des itesses mille fois plus grandes que celles de Merphysiques les plus habituels. ne fait guère que 100 kilomètres par seconde. dit-on maintenant. s'il allait mille fois plus vite ? On voit qu'il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter . C'est le et directement principe de l'égalité de Vaction et de la réaction^ ou. C'est vrai. constante et très précise.

abandonnée pour la lumière Hertz tenait pour la théorie ondulatoire. diques. y dans ce qui va suivre. et le rapport de la charge électrique du projectile à sa masse. C'était un renouvellement du débat qui avait divisé les physiciens il y a un siècle attribuait les Crookes reprenait la théorie de l'émission. p. Hertz. que les rayons cathodiques transportent avec eux une charge élecsont déviés par un champ ils trique négative . égales. . sauf mention expresse du contraire. Ces deux déviations dépendent de deux quantités : la vitesse. à des ondulations particulières de Téther. on ne d'autre part : peut connaître la valeur absolue de cette . blent donner raison à Crookes. On a reconnu. et ces déviations sont précisément celles que produiraient ces mêmes champs très grande vitesse sur des projectiles animés d'une et fortement chargés d'électricité. par exemple. On que le radium émet trois sortes de que Ton désigne par les trois lettres grecques a. ou se rapprochant plus encore de cette vitesse ? C'est à l'aide des rayons cathodiques et des rayons du radium. il s'agira toujours des rayons (3.218 8CIENCE ET MÉTHODE cure. magnétique et par un champ électrique . Après la découverte des rayons cathodiques. Les faits semà propos de la lumière . en premier lieu. . d'une part. deux théories se trouvèrent en présence Crookes : phénomènes à un véritable bombardement moléculaire. au dixième et au tiers de la vitesse de la lumière. qui sont analogues aux rayons cathosait rayons.

ni celle de 219 mais seulement leur en effet. si Ton double à la fois la charge et la masse. la charge.-J. au moins comme ordre de grandeur.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM masse. ces expériences. Pour confirmer ces vues. on doublera la force qui tend à dévier le projectile. certaines causes par Wiechert dans un dispositif où Ton utilise les on a trouvé des résultats oscillations hertziennes concordant avec la théorie. il faudrait une mesure que Ton comparerait avec la vitesse ainsi calculée. comme sa masse est également doublée. la théorie des ondulations parait impuissante à rendre compte de cet ensemble de faits. . sans changer la vitesse.000 kilomètres par seconde.000 à 30. que. Taccé- lération et la déviation changées. Des expériences anciennes de J. il y aurait un grand intérêt à reprendre directe de cette vitesse . rapport mais. . environ mille fois plus d'électricité que n'en transporterait une masse égale d'hydrogène dans un élec- trolyte. Thomson avaient donné des résultats plus de mais elles étaient sujettes à cent fois" trop faibles La question a été reprise d'erreur. observables ne seront pas L*observation des deux déviations nous fournira donc deux équations pour déterminer ces deux inconnues. faits sur les rayons p du . il . il est très grand On peut le comparer au rapport correspondant en ce qui concerne Tion hydrogène dans Télectrolyse on trouve alors qu*un projectile cathodique transporte . quant au rapport de la charge à la masse. Les mêmes calculs. est clair. Quoi qu'il en soit. On trouve une vitesse de 10.

200.000 kilomètres ou plus encore. il est vrai. on le sait depuis longtemps.000. II WASSE LO GiTUDINALE ET MASSE TRANSVERSALE On sait que les courants électriques donnent lieu aux phénomènes d'induction. en particulier à la self-induction. : Ces vitesses dépassent de beaucoup toutes celles que nous connaissions.000 kilomètres par pas un transport de si Ton adopte îa théorie de rayons cathodiques. il y aurait des moiécules matérielles réellement animées des vitesses en question. ont donné des vitesses encore plus considérables 100. Quand un courant croît. La lumière.6C1ENCB ET METHODE 220 radium. l'inertie d'un corps s'oppose à toute variation de sa vitesse. Tout se tion s'oppose passe comme mettre en si l'inertie si le courant ne pouvait s'établir sans mouvement Téther environnant et comme de cet éther tendaitj en conséquence. elle fait n'est 300. et il convient de rechercher si matière. La self-induc- donc à toute variation de Tintensité du courant. le courant décroît. la force électromotrïce de self- induction tend à maintenir le courant. seconde mais . il se développe une force électromotrice de self-induction qui tend à s'opposer au courant au contraire. à . pour les les lois ordinaires de la Mécanique leur sont encore applicables. La self-induction est une véritable inertie. i'émissioï^. de même qu'en Mécanique. tandis que. quand .

l'intensité également. Si la vitesse d'un corpuscule cathodique vient à du courant correspondant variera varier. il courant. peut être jectiles assimilé à un courant sans doute. ce courant difau premier abord tout au moins. fère. et il se développera des effets de self- induction qui tendront à s'opposer à cette variation. Ils auront donc une masse totale apparente. composée de leur masse réelle et d'une- masse fictive d'origine électromagnétique. et Tinertie apparente. est emportée par le mouvement de ce véhicule. D'abord. des courants de conduction ordinaire. Le calcul . li pour établir le couvaincre encore pour la faire cette faudrait la 22i inertie cesser. Ces corpuscules doivent donc posséder une double inertie : leur inertie propre d'abord. le principe de la conservation de l'énergie serait violé . Mais Rowland a démontré que les effets ils mêmes courants de convection produisent les magnétiques que les courants de conduction doivent produire aussi les tion. effets d'induc- n'en était pas ainsi. un courant de convection^ où Télectricité. attachée à un véhicule matériel. Un rayon cathodique. due à la self-induction qui produit les mêmes effets. C'est . qui est une pluie de prochargés d'électricité négative. d'ail Crémieu et Pender ont employé une méthode où Ton mettait en évidence directement ces effets leurs. s'il mêmes . d'induction.LA MÉGANIQUE ET LE RADIUM maintenir constante Tintensité de ce faudrait vaincre rant. où la m^itière est immobile et où Télectricité circule à travers la matière.

dans ces conditions. ment. faire. la part de la masse réelle de la masse fictive électromagnétique? Si que les rayons cathodiques proprement n'avait l'on mais. et d'autre part le rapport de la charge à la masse transversale totale. Voilà ce qui résulte des travaux théoriques d'Abraham. cule est parallèle à sa vitesse et tend à accélérer mouvement ou bien quand elle est perpendicu- le laire à cette vitesse et tion. de la vitesse. d'ailleurs. Comment. en recevant sur une plaque sensible des rayons du radium qui ont subi l'action des deux . et l'on peut. donc de La masse totale apparente n'est donc pas la même quand la force réelle appliquée au corpus. Dans les mesures dont nous parlions au chapitre précédent. dans cette masse totale.222 SCIENCE ET MÉTHODE montre que cette masse fictive varie avec la intesse. et que la force d'inertie de self-induction n'est pas la même quand la vitesse du projectile s'accélère ou il en est se ralentit. On trouve que la déviation électrique est fonction de la déviation magnétique. heureusedits. sont notablement plus rapides. qu'est-ce qu'on détermine en mesurant les deux déviations ? C'est la vitesse d'une part. Ces rayons ne sont pas tous identiques et ne se comportent pas de la même manière sous l'action d'un champ électrique et magnétique. il n'y faudrait pas songer et celle . on a les rayons du radium qui. Ces deux masses totales dépendent. ou bien quand elle est déviée la force d'inertie apparente même de totale. Il faut tend à en faire varier donc distinguer la la direc- masse totale longitu- dinale et la masse totale transversale. nous Tavons vu.

la masse fictive électromagnétique dépend de cette vitesse. tous les corpuscules de même masse prendraient-ils tou. qui en a déduit la relation entre la vitesse et le rapport de la charge à la masse apparente totale. la masse totale apparente. . ce n'est pas parce masse réelle varie avec cette vitesse mais. C'est ce qu'a fait Kaufmann. par une charge déterminée et par une masse déterminée.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM ehamps. même vitesse ? Il est plus naturel de supposer que la charge ainsi que la masse réelle sont mêmes pour tous les projectiles» et que les jours la ceux-ci ne diffèrent que par leur vitesse. La comparaison de ces deux lois nous permettra donc d^ déterminer le rapport de la masse réelle à la masse totale. rapport que nous appellerons e. en effet. On pourrait supposer qu'il existe plusieurs espèces la relation entre ces de rayons. seule observable. surprenant : la masse réelle est nulle. Le résultat est bien que la . Si le rap- port 6 est fonction de la vitesse. doit en dépendre. caractérisés chacun par une vitesse déterminée. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable pour quelle raison. 223 photographier la courbe qui représente deux déviations. comme . Telle est la méthode dont s'est servi Kaufmann pour déterminer ce rapport. Les calculs d'Abraham nous font connaître la loi suivant laquelle la masse fictive varie en fonction de l'expérience de Kaufmann nous fait conla vitesse naître la loi de variation de la masse totale. bien que la masse réelle n'en dépende pas et soit constante.

Ce que nous appelons masse ne serait qu'une apparence . Mais alors la masse ne serait plus constante. avant d'aborder cette question. On a étendu à tous les corps ce qu'on n'avait démontré que pour les corpuscules cathodiques. toute inertie serait d'origine électromagnétique. les Kanalstrahlen de Goldstein. La cathode. saire de dire il est néces- un mot d'une aatre sorte de rayons.CANAUX. Je veux parler des rayons-canaux.000 kilomètres par seconde. Le principe si la B de : la vitesse serait plus elles seraient seule- vitesse n'est pas trop la Mécanique ne serait plus vrai^ LES RAYONS.SCIENCE ET MiTHODB 224 On s'est tout à fait trouvé ainsi conduit à des conceptions inattendues. elle croîtrait ensuite et deviendrait infinie de la lumière. cette conclusion Peut-on appliquer la matière tout entière ce qui n'a été établi ces corpuscules si à que pour émana- légers qui ne sont qu'une tion de la matière et peut-être pas de la vraie matière ? Mais. pour La masse transversale ne égale à la masse longitudinale ment à peu près égales grande. prématurée. sensiblement constante pour des vitesses pouvant aller jusqu'à 1. elle augmenterait avec la vitesse . émet des rayons-canaux chargés d'électricité posi- I . en même temps que les rayons cathodiques chargés d'électricité négative. Au point où nous en peut sembler sommes.

ont reçu le nom à'électroni. qu'il n'est ils . obstrue presque complètement le tube. négativement. les d'apercevoir et si elle ». les corpuscules positifs sont beaucoup plus gros. si la rayons-canaux vont se propager en arrière de fe dans le sens opposé à celui des rayons fcathode. et relativement très absorbables. mais la vitesse est plus faible ainsi que le rapport s les corpuscules que les corpuscules positifs sont moins chargés négatifs. comme pour rayons cathodiques. que Ton appelle les rayons a. mesurer les deux déviations et en déduire la vitesse et le rapport s. les autres .L/ MÉCANIQUE ET LE RADIUM En 225 ces rayons-canaux n'étant pas repousses par la cathode. ce qui est plus naturel. cathodiques. voisinage immédiat de cette cathode. comme pour les rayons cathodiques. mais. où tuent la « couche chamois consti- pas très aisé cathode est percée de trou». général. Ces corpuscules. chargés les uns positivement. On peut. et C'est ainsi il deviendra possible de les étudier. Le radium émet également des rayons analogues aux rayons-canaux. qu'on a pu mettre en évidence leur charge positive et montrer que les déviations magnétiques et les électriques existent encore. . mais sont beaucoup plus faibles. on suppose que les charges soi^j^ égales et de signe contraire. restent confinés dans le tive. ou si. Les résultats sont moins constants que pour les rayons cathodiques.

. . L'éther serait partout identique à lui-même. c'est que les charges de signe contraire de ces électrons se compensent. En dehors des électrons et de Téther. une sorte de système solaire formé d'un gros électron positif? autour duquel graviteraient de nombreuses petites planètes qui seraient des électrons négatifs. les voir dans des rôles bien nous appa- Nous allons différents. par exemple. attirés par Télectricâté de nom contraire qui charge l'électron central. et ce sont eux qui nous rendront compte des principaux phénoatènes de rOptique et de l'Electricité. La brillante synthèse dont nous allons dire un mot est due à Lwaitz. On peut se représenter. La matière est tout entière formée d'électrons portant des charges énormes. Tous électrons ces baigneraient dans l'éther.<? que /^ la mêmes lumière ou les oscillations hertziennes vide. Les charges négatives de ces planètes compenseraieot la charge positive de ce Soleil. et les perturbations s'y propageraient suivant les lois rf^?T. de sorte que la somme algébrique de toute^ ces charges serait nulle.22ê SCIENCE ET UÉTHODB IV LA THÉORIE DE LORENTZ Mais les électrons ne manifestent pas seulement leur existence dans ces rayons où ils raissent animés de vitesses énormes. si elle nous semble neutre. et.

lui et il troublerait Téther autour de donnerait naissance à des ondes lumineuses. et les électrons mobiles posi- de l'autre.LA MÉCANIQUE ET LE RADIUM 227 Quand une onde lumineuse pénédans une partie de Téther. d'après la théorie cinétique des gaz. et c'est pour cela que ces corps seraient tifs conducteurs. Ces électrons mobiles se comportent alors. la si cause quelconque. les électrons mobiles négatifs tendraient à aller tous d'un côté. C'est ce qui produirait les courants électriques. C'est que s'expliqueraient la réfraction. à Tintérieur du corps métallique. ce qui expliquerait rémission de la lumière par les corps incandescents. un électron se mettait en mouvement pour une sion. ou de tout autre corps non métallique. nous aurions des électrons immobiles. De même. sous Tinfluence d'une différence de potentiel. les métaux. comme le font. Dans certains corps. D'autre part. sauf celle de sortir du corps métallique et de franchir la surface qui le sépare du vide extérieur ou de Tair. entre lesquels circuleraient des électrons mobiles jouissant d'une entière liberlô. ces électrons se mettraient en mouvement sous Tinfluence de la perturbation de il n'y aurait rien. la disper- double réfraction et l'absorption. où les électrons seraient nombreux. si nous acceptons Tassi- milation avec la théorie cinétique des gaz. et ainsi ils réagiraient ensuite sur Téther. les vitesses de nos élec- trons seraient d'autant plus grandes que la température serait plus élevée. Quand . les lécules d'un gaz à* l'intérieur du vase où ce gaz moest renfermé. Mais. par exemple. trerait réther.

SCIENCE ET MÉÏUODB 228 un de ces électrons mobiles rencontrerait la surface du corps métallique. Mais. lumineuses se . et c'est pour cela que les métaux chauds sont incandescents. Dans d'autres corps. susceptibles d'oscillation. rents. Plus ils plus éloignent. tels que le phénomène de Zeeman. il se réfléchirait comme une bille de billard qui a touché la bande. mais seulement osciller au- grande et . et qu'elle en a fait prévoir de nouveaux. quand un électron change de direction. je me bornerai à dire que cette théorie rend compte de tous les faits connus. . ainsi que nous le verrons plus loin. transpa- parce électrons mobiles. surface qu'il ne peut franchir. s'en cette devient attraction tend à les ramener en arrière. devient la source d'une onde il lumineuse. et vibrations ils le plus souvent que les communiqueraient aux seraient réfringents. et sa vitesse subirait un brusque changement de direction. tour de leur position moyenne. les diélectriques et les corps transparents. Ils restent comme attachés à des électrons fixes qui les attirent. les électrons mobiles jouissent d'une liberté beaucoup moins grande. Ils ne ils ne peuvent donc subir que de petits écarts peuvent plus circuler. Je ne puis donner ici le détail des calculs . d'ailleurs. C'est pour cette raison que ces corps ne seraient pas conducteurs ils seraient. et qu'il en résulterait une perturbation.

sauf pour les électrons né. . la masse ne sera plus constante. . la Mécanique n'est pas atteinte nous n'avons pas besoin de toucher à ses lois la masse réelle est constante seulement. Mais alors. ces perturbations sont. et que les électrons positifs sont dépourvus de masse réelle au même titre que les électrons négatifs. de la vraie matière . n'ayant pas de masse réelle. ou bien il faudra qu'il désigne la masse fictive électromagnétique dans ce cas. il y a des atomes neutres qui n'ont plus d'autre masse que leur masse réelle. il . d'ailleurs.223 LA MÉGANIQUE ET LK RADIUM CONSÉQUENCES MÉCANIQUES. ce qu'on a toujours su. nous pouvons envisager deux hypothèses : Les électrons positifs possèdent une masse 1** réelle. On négatifs pourrait même supposer qu'en dehors des électrons des deux signes. les mouvements sont troublés par les effets de self-induction. ne sont pas gatifs. à peu près négligeables. on peut supposer qu'il n'y a pas d'atome neutre. fictive beaucoup plus que leur masse grande électromagnétique . y a un autre point de vue. qui. Dans ce cas. Maintenant. la masse transversale ne sera plus égale à la masse 2® Mais . la masse réelle s'évanouissant. ou bien le mot masse n'aura plus aucun sens. électrons les sont seuls dépourvus de masse réelle.

elle se réduit à l'inertie de Téther. pour une même Nous avons dit charge. plus ces trous et autour desquels s'agite Téther seront petits. Je beaucoup plus petit. comme Kaufmann l'a fait sur les rayons p? C'est impossible. les électrons ne sont plus rien par eux- mêmes sont seulement des trous dans l'éther. l'inertie est d'origine exclusivement électromagnétique. dans dis bien l'électron positif a. une masse réelle considérable. parce que masse fictive. la masse totale d'un électron positif est beaucoup plus grande que celle d'un électron négatif. devra-t-il conservateurs allant d'un côté et les amis du nouveau de Tautre? Peut-être. il . Et alors il est naturel de penser que cette différence s'explique. outre sa : cette hypothèse. Comment décider ent'^e ces deux hypothèses ? En opérant sur les rayons-canaux. plus. que. Chacun donc se décider d'après son tempérament. séquent. Et. en effet. mais. ce qui nous ramènerait à la première hypothèse.SCIENCE ET MÉTHODK 230 longitudinale. parce que cet électron est beaucoup plus petit. rinertie de l'éther sera grande. pour bien les faire comprendre les arguments des novateurs. la vitesse de ces rayons est beaucoup trop faible. faut faire intervenir d'autres considérations. mais que la masse fictive de l'électron positif est beaucoup plus grande. ils . Mais on peut admettre également que la masse réelle est nulle pour les uns comme pour les autres. plus il y aura d'éther. les principes de la Mécanique seront renversés. Un mot d'explication d'abord. par con.

s'est déplacée. L'ABERRATION. Il en résulte que l'astronome ne pointera pas la lunette dans la direction de la vitesseabso lue de la lumière. entraînée par le mouvement de la Terre. Si donc on braquait la lunette dans la direction vraie sait . c'est-à-dire sur la mais bien dans position vraie la direction de de la vitesse . la lunette. La lumière émanée d'une étoile met un certain temps pour parcourir une lunette pendant ce temps. On en quoi consiste le phénomène de Taberration.CHAPITRE La Mécanique et II TOptlquo. de rétoile. découvert par Bradley. et cette croisée ne serait plus en ce même point quand la lumière atteindrait le plan du réticule. On serait donc conduit à dépointer la lunette pour ramener l'image sur la croisée des fils. l'étoile. l'image se formerait au point qu'occupait la croisée des fils du réticule quand la lumière a atteint l'objectif.

on pourrait donc croire que nous avons le moyen de calculer la vitesse absolue de tQut à Theure sur ce nous connaissons Terre. actuelle.) la Il m'expliquerai n'en est rien position apparente . Si la vitesse du système solaire. En négligeant des quantités très petites. c'est- à-dire sur ce qu'on appelle la position apparente de rétoile. qui est rectiligne et uniforme la vitesse de la Terre par rapport au Soleil. de mais nous ne connaisnous ne connaissons la sons pas sa position vraie vitesse de la lumière qu'en grandeur et pas en diTétoile que nous observons . : rection. du la vitesse système solaire.2d2 SCIENCE ET MÉTHODE relative de la lumière par rapport à la Terre. (Je la mot bien absolu. elle soupçonné elle estvariable : . nous n'aurions jamais le phénomène de l'aberration mais se compose de deux parties . nous Terrons que les dimensions de cette ellipse ne dépendent que du rapport de la vitesse de la Terre parties de la vitesse de la Terre. La vitesse de la lumière est connue. c'est. Cette position qu'on observerait ainsi s'appelle la position apparente moyenne de Totoile. à-dire si la partie constante existait seule. qui est variable. qui . Si donc la vitesse absolue de la Terre était recti- ligae et uniforme. la direction observée serait invariable. Tenons compte maintenant à la fois des deux nous aurons la podécrit une petite gftion apparente ellipse autour de la position apparente moyenne. et c'est cette ellipse qu'on observe.

En vitesse. il ne s'agit pas. en effet. de sorte que la vitesse relative de la Terre par rapport au Soleil est seule intervenue. il . l'aberration est très petite. Ce résultat n'est pas rigoureux. théoriquement du moins. de la par rapport à un absolu vide. et. effet. Les dimensions de l'ellipse dépendront alors de la vitesse absolue de la Terre. par rapport à l'éther. n'est qu'approché poussons Tapproximation un oeu plus loin.LA MÉCANIQUE KT l'OPTIQUE 233 par rapport au Soleil. variations les sont beaucoup nous regardons l'aberration comme du premier ordre. elles doivent donc un milêtre regardées comme du second ordre elles sont absolument lième de seconde environ inappréciables pour nos instruments. Nous verrons enfin plus loin pourquoi la théorie précédente doit être rejetée. mais de la vitesse. : Cela serait peut-être moins choquant qu'il ne semble d'abord. le moyen de déterminer cette vitesse absolue. D'ailleurs. et pourquoi nous ne pourrions déterminer cette vitesse absolue quand même nos instruments seraient dix mille fois plus précis On pourrait songer à un autre moyen. ce moyen est purement théorique. Halte-là! toutefois. d'aberration si : . en effet. et l'on y a songé. ne pourrait-on comparer les deux positions apparentes d'une étoile possibles de l'ellipse plus petites encore. La vitesse de la lumière n'est pas la même dans l'eau que dans l'air. I . que l'on regarde par définition comme étant en repos absolu. Compa rons les grands axes de Tellipse pour les différentes étoiles nous aurons. à la vitesse de la lumière.

mais qu'il est entraîné par les corps en mouvement. dans l'air. est entraîné à la fois dans une même translation. Quant à l'aberration ellemême. suppose que l'éther est en repos absolu dans le vide. : trodynamique des corps en mouvement. lunettes et éther. Pour lui. où l'éther entre seul enjeu. 2° Fresnei. Ce phénomène comporte deux explications 1^ On pourrait supposer que Téther n'est pas en repos. l'éther est en repos. . elle s'expliquerait par une sorte de réfraction qui se produirait à la surface de séparation de l'éther en repos dans les espaces interstellaires et de Téther entraîné par le mouvement de la Terre. l'entraînement est nul ou presque nul. tantôt pleine d'eau ? Les résultats ont été négatifs les lois apparentes de la réflexion et de la réfraction ne sont pas altérées par le mouvement de la Terre. prismes. quelle que soit la vitesse de cet air. dans les milieux réfringents. en repos presque absolu dans l'air. les électrons seuls sont en mouvement dans le vide. au contraire. où la perturbation est produite à la fois par les vibrations de l'éther et par celles des électrons mis . et qu'il est partiellement entraîné par les milieux réfringents. Lorentz a donné à cette théorie une forme plus satisfaisante. puisque tout. où il entre presque seul en jeu.234 8CIENCE ET MÉTHODE vue à travers une lunette tantôt pleine d'air. Il ne serait pas étonnant alors que les phénomènes de réfraction ne fussent pas altérés par le mouvement de la Terre. C'est sur cette hypothèse (entraînement total dç l'éther) qu'est fondée la théorie de Hertz sur TÉlec.

Elles ont été reprises avec le même résultat par Michelson. Quel que soit le moyen qu'on emploie. que dans Teau au repos ou en mouvement. Pour décider entre les deux hypothèses. les résultats expérimentaux ont toujours été les mêmes. quelle . j'entends les vitesses de certains corps matériels.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE en branle par Tagitation de Téther. nous avons Texpérience de Fizeau. par rapport à d'autres corps matériels. par le moyen des phénomènes optiques. ou plutôt sa vitesse par rapport à Téther immobile? L'expérience a répondu négativement. La théorie de Hertz doit donc être rejeiée^ II LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ. est-il possible de mettre en évi- dence. Ces expériences ont confirmé Thypothèse de Ten- ainsi traînement partiel de Fresneî. qui a comparé. si la source de lumière et les appareils d'observation soot sur la Terre et participent à son mouvement. par des mesures de franges d'interférence. et cependant on a varié les procédés expérimentaux de toutes les manières possibles. on ne pourra jamais déceler que des vitesses relatives. la vitesse de la lumière dans Tair en repos ou en mouvement. En effet. la vitesse absolue de la Terre. les 235 ondulations se trouvent partiellement entraînées. Maïs si ment de Téther n'est pas entraîné par le mouve- la Terre.

c'est que la source qui est une étoile. Il suffira alors de prendre la moyenne arithmétique entre les deux réglages. envoie à son tour des signaux à B. et qui a été introduite par Lorentz. car comme riger. Si Taberration astronomique se produit. Mais cette façon d'opérer suppose que la lumière met le même temps pour aller de A en B et pour revenir de B en A. Cette erreur est aisée à cor- de la sorte. I . ce sera la montre de B qui retardera d'un temps t sur celle de A. Si Ton opérait seulement y aurait une erreur systématique. et A remet sa montre à l'heure au moment où il aperçoit le signal. l'autre en B. L'explication s'appuie sur la notion du teni'ps local^ que je vais cherchera faire comprendre. Les hypothèses faites jusqu'ici rendent parfaitement compte de ce résultat général. Ils conviennent que B enverra un signal à A quand sa montre marquera une heure déterminée. et voulant régler leurs montres par le moyen de signaux optiques. que Il faut et. si Von néglige les quantités très petites de Vordre du carré de Vaberration. Cela est vrai si les observateurs cela n'est plus s'ils sont entraînés sont immobiles .SCIENCE ET MÉTHODB 286 que soit rorientation de l'appareil par rapport à la du mouvement orbital de la Terre. est en mouvement par direction rapport à l'observateur. placés Tun en A. Il A il la suffît de croiser les signaux. lumière met un certain temps t pour aller de B en A. la montre de A va retarder d'un temps t sur celle de B. après ce nouveau réglage. Supposons deux observateurs.

Si donc les observateurs sont entraînés dans une translation commune ne s'en doutent leurs montres n'indiqueront pas le même temps. soit en retard. comme on l'observera avec une montre mal réglée. tandis que B fuira devant la lumière qui vient de A. et longtemps les expériences ont été trop peu précises pour qu'il y eût lieu d'en tenir compte. par exemple. Le phénomène que chacun d'eux observera sera soit en avance. on ne s'en apercevra pas et les apparences ne seront pas altérées. et si les autres signaux qu'ils pourraient s'envoyer leur sont transmis par dans leur translation. leur réglage et s'ils sera défectueux . mettant d'apprécier des différences d'une fraction . coup plus délicat il a fait interférer des rayons qui avaient parcouru des trajets différents après s'être réfléchis sur des miroirs chacun des trajets approchant d'un mètre et les franges d'interférence per: . marchant tous avec la même vitesse. se trouve.LA MÉCANIQUE BT l'OPTIQUE 237 dans une translation commune. ira au-devant de la lumière qui vient de B. chacune d'elles indiquera le temps localy convenant au point où elle pas. Mais un jour Michelson a imaginé un procédé beau- des milieux entraînés avec eux . si Téther immobile ne peut leur transmettre que des signaux lumineux. Il résulte de là que la compensation est facile à expliquer tant qu'on néglige le carré de l'aberration. parce qu'alors A. il ne se produira pas au même moment que si la translation n^existait pas mais. Les deux observateurs n'auront aucun moyen de s'en apercevoir.

prendra ainsi la forme d'un ellipsoïde de révol"tion tion . Nos instrument. très faible. d'ailleurs. dait donc à être complétée. en effet. Ces deux physiciens supposent que tous les corps entraînés dans une translation subissent une contraction dans le sens de cette translation.. et c'est précisément ce qu'a fait Michelson. mais par le temps que la lumière met à la parcourir. de mesure ne pourraient. elle est. Cette contraction est la même pour tous les corps . par conséquent. et cependant les de résultats furent encore négatifs. et précisément parce que le changement est le même pour l'un et pour l'autre. les mètres avec lesquels nous mesurons subissent. d'ailleurs. le mètre dans le sens du mouvement de la Terre. d'environ un deux cent millionième pour une vitesse comme celle de la Terre.238 SCIENCE ET MÉTHODE millième de millimètre. sphérique lorsqu'il est en repos. Si un corps s'applique exactement sur le mètre. La théorie demanelle Ta été par et Vhypothèse de Lorentz et de Fitz-Gerald. Mais il n'en est pas de même si nous mesurons une longueur. on ne pouvait plus négliger le carré de l'aberration. et cela bien que le corps et le mètre aient changé de longueur en même temps que d'orientation. même s'ils étaient beaucoup plus précis. quand or oriente le corps et. tandis que leurs dimensions perpendiculaires à cette transla- demeurent invariables. il ne cessera pas de s'appliquer exactement sur le mètre dans une autre orientation. non plus avec un mètre. la déceler. Un corps. la même contraction que les objets à mesurer.

lui paraîtront des ellipsoïdes allongés. Toutes ces sphères sont donc homothétiques l'une de l'autre. toutes ces sphères paraîtront des ellipsoïdes allongés. contraire. la distance de ce centre à la position actuelle de la source sera proportionnelle au temps écoulé depuis l'émission. Mais. mais Tobserva- croira toujours sphérique. par rapport à la position actuelle S de la source. pour notre observateur. de tous ces ellipsoïdes est la même et dépend seulement de la vitesse de la Terre.. Que va-t-il se passer alors? Supposons un obser- vateur et une source entraînés ensemble dans la translation : les surfaces d'onde émanées de la source seront des sphères ayant pour centres les positions successives de la source . les surfaces d'ondes de la lumière. Nous choisirons la loi de contraction^ de façon que le point S soit au foyer de la section méridienne de tricité Vellipsoide. et tous ces ellipsoïdes seront encore l'excenhomothétiques. Cette fois. à cause de la contraction. parce qu'il a subi lui-même une déformation analogue. par rapport au point S c'est-à-dire au . les observations de l'aberration astronomique pourraient nous faire connaître la vitesse absolue . d'après les théories ordi- naires. la compensation est rigoureuse^ et c'est ce qui explique l'expérience de Michelson. Au qui sont restées rigoureusement sphériques. J'ai dit plus haut que. ainsi que tous les objets qui lui servent de points de repère. rayon de la sphère.LA MÉCANIQUE ET l'opTIQUE aplati lorsqu'il sera en teur le 239 mouvement.

. en tout cas. mettre en évidence que des vitesses relatives. par aucun moyen imaginable. il en résulterait une erreur sur Tangie cette vitesse absolue. Il nos iastruments élaient mille fois me faut modifier cette conclusion. qu'on ne pourra jamais. par exemple. les angles observés seraient modifiés par l'effet mais les cercles divisés de dont nous nous servons pour mesurer les angles seraient déformés par la translation ils deviendraient des ellipses. si plus précis. et j'entends par là non pas seulement les vitesses des corps par rapport à mais des corps les uns par rapTrop d'expériences diverses ont donné des résultats concordants pour qu'on ne se sente pas tenté d'attribuer à ce principe de relativité une valeur comparable à celle du principe d'équivalence.SCIENCE ET MÉTHODE 240 de la Terre. fort extraordinaire. II convient. en sa faveur. et cette seconde erreur compenserait exactement la première. si Ton définit les longueurs par les temps que la lumière met à les parcourir. Oui. Quoi qu'il en soit. il est impossible d'échapper à que le principe de relativité est une cette impression loi générale de la Nature. l'éther. Cette hypothèse de Lorentz et Fitz-Gerald paraîtra. de voir à quelles conséquences nous conduirait cette façon de voir et de soumettre ensuite ces conséquences au contrôle de l'expérience. : mesuré. au premier abord. les vitesses port aux autres. c'est qu'elle n'est que la traduction immédiate du résultat expérimental de Michelson. tout ce que nous pouvons dire pour le moment.

En effet. en aucun cas. qui sera dérangé de sa position d'équilibre* Dans ces conditions. Eh bien. alors même que l'électron B réagirait sur A. il produit une perturbation dans Téther. cette réaction pourrait être égale à l'action. Voilà un électron A qui entre en mouvement pour une cause quelconque.LA MÉGANIQUE ET l'OPTIQUE 241 III L£ PRINCIPE DE RÉACTION Voyons ce que devient. il ne peut y avoir égalité entre l'action et la réaction. puisque l'électron B ne pourrait entrer en mouvement qu'après un certain temps. nécessaire pour la propagation. le calcul montre que r excitateur va reculer comme un canon qui a envoyé : . dans le la théorie deLorentz. mais seulement les électrons qui sont seuls observables. Si l'on soumet le problème à un calcul plus précis. cette perturbation atteint un autre électron B. l'excitateur va donc rayonner de l'énergie dans une direction déterminée. au moins si l'on ne considère pas l'éther. puisque notre matière est formée d'électrons. être simultanée. et le miroir renvoie toutes ces ondes dans la même direction*. principe de l'égalité de raction et de la réaction. mais elle ne saurait. cet excitateur émet des ondes électromagnétiques. au bout d'un certain temps. c'est Télectron A qui a dérangé l'électron B. on arrive au résultat suivant Supposons un excitateur de Hertz placé au foyer d'un miroir parabolique auquel il est lié mécaniquement.

ce n'est plus un projectile c'est de l'énergie.iCIENCE ET METHODE 24^ ua projectile. Mais cette compensation. il : rayons dans une seule direction. le recul est le résultat naturel de Fégalité de Faction et de la réaction. nous aurions pu considérer tout simplement une lampe avec un réflecteur concentrant ses Mais ici. donc tenté de dire qu'il y a encore com- pensation entre l'action et la réaction. Le canon recule. au lieu d'un excitateur. parce que lequel il a agi réagit sur le projectile sur lui. une poussée mécanique comme avait été atteint par un projectile véritable. ou bien sont-elles accessibles à Texpérience? Ces actions ne sont autre chose que celles qui sont dues aux ipressions Maxwell-Bartholi Maxwell avait prévu ces pressions par des calculs Ces actions . si l'énergie émanée de l'excitateur lampe vient à atteindre un objet matériel. Et. est toujours retardée. Il est vrai que. Ce que nous avons envoyé au loin. s'il route et si l'objet On serait ne s'est pas perdu d'énergie en absorbe cette énergie en totalité. Dans le cas du canon. après avoir quitté la source. et ou de la cet objet va subir s'il cette poussée sera égale au recul de l'excitateur et de la lampe. erre dans les espaces interstellaires sans jamais rencontrer un corps matériel. n'en est plus de même. et l'énergie n'a pas de matériel masse: il n'y a pas de contre-partie. Elle ne se produit jamais si la lumière. alors même qu'elle est complète. si le corps qu'elle frappe n'est pas parfaitement absorbant. elle est incomplète. mécaniques sont-elles trop petites ^our être mesurées.

en poussant plus vide d'une part. Supposons que l'énergie. Les l'on mais qui mêmes obtient une déviation qui est fort est. et rotation. La vérification expérimentale directe n'était pas La première tentative a conduit à aisée à obtenir. aille d'une source lumineuse à un corps quelconque à travers . sous forme de lumière par exemple. La masse de ces particules est tellement petite que cette répulsion remporte sur l'attraction newtonienne. découverte depuis. effets de conforme à la pression sont prévus également par la la théorie. Mais cet appareil tourne à l'envers^ dans le l'explication de sa toute différente. et petite. elles sont frappées par la rations de C'est de lumière du Soleil. et d'autre part en ne noir- cissant pas l'une des faces des palettes et dirigeant jn faisceau lumineux sur Tune des faces. Bar- tholi était arrivé au môme résultat par des considé- Thermodynamique. bin le sens opposé au sens théorique. paraît-il. la construction du radiomètre. Mais il y a une différence. et par celle de Lorentz.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE relatifs 243 à l'Électrostatique et au Magnétisme. Les effets radiométriques et les autres causes perturbatrices sont éliminés par une série de précautions minutieuses. elles vont donc former les queues en s'éloignant du Soleil. cette façon que s'expliquent les queues dés comètes. est On a réussi enfin. Maxwell-Bartholi théorie de Hertz dont nous avons parlé plus haut. De petites particules se détachent du noyau de la comète. qui les repousse comme ferait une pluie de projectiles venant du Soleil.

même dans réaction. la compensation est-elle parfaite? L'action de la pression Maxwell-Bartholi sur la matière du milieu transparent est-elle égale à sa réaction sur la source. le recul de celte même matière a pour contre-partie la marche en avant de la matière transparente qui se trouve un peu plus loin. mais sur du milieu transparent qu'elle traverse. qui regarde la matière comme mécaniquement liée à Téther.244 SCIENCE ET MÉTHODE un milieu transparent. cette pression poussera en avant la matière qui s'y trouve répandue et la ramènera en arrière que quand Tonde le recul de la marche en avant de quittera cette région. La pression de Maxwell-Bartholi agira. la matière Au moment où Tonde lumineuse atteindra une région nouvelle de ce milieu. un peu plus tard. le planétaire. et sur le corps éclairé à Tarrivée. non seulement sur la source au départ. et cela. y aurait alors compensation parfaite. De sorte source a pour contre-partie la la malière transparente qui est au contact de cette source. de façon que Téther soit entraîné entièrement par la matière. et ainsi de suite. Seulement. il faudrait répondre oui à la première question et non à la seconde. où il suffirait réfrin- vide inter- de supposer un reste de . comme Texige le principe de l'égalité de l'action et de la Il même dans les milieux les même dans Tair. quelle que soit cet'e matière? petite raréfié Ou bien cette action est-elle d'autant plus que le milieu est moins réfringent pour devenir nulle dans le vide? et p\m Si Ton admettait la théorie de Hertz. moins gents.

Si 245 Ton admet. Abraham considérait ces électrons comme sphériques et indéformables il nous faudra admettre que ces électrons. toujours imparfaite. plus haut. . j'ai dit que le déplacement de ces électrons chargés est un véritable courant de convection et que leur inertie . si nous le regardions comme définitivement démontré. subissent la contraction de Lorentz quand ils sont en mouvement et prennent alors la forme d'ellipsoïdes aplatis. sphériques quand ils sont au repos. renoncer au principe de réaction. En effet. D'abord. à regarder loi le Principe de les raisons qui Relativité portent comme une générale de la Nature. par conséquent. Mais nous avons vu plus haut que l'expérience de Fizeau ne permet pas de conserver la théorie de donc adopter la théorie de Lorentz et. la compensation. En particulier. au contraire. si subtile qu'elle soit. Voyons à quelles consé- quences nous conduirait ce principe. nous devrons étendre cette hypothèse aux électrons eux-mêmes. il faut IV CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE RELATIVITÉ Nous avons vu. il nous oblige à généraliser Thypothèse sur la contraction de <|e Lorentz et Fitz-Gerald tous les corps dans le sens de la translation. Hertz . insensible est dans Tair et devient nulle dans le vide. la théorie de Lorentz. Cette déformation des électrons va influer sur leurs propriétés mécaniques.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE matière.

Ensuite. 2° Que toutes les forces soient d'origine électro- magnétique. doivent donc puisque réelle. mais cela à i" deux conditions Que : les électrons positifs n'aient pas de masse réelle. déformation qui dépend de leur vitesse. va modifier la distribution de J'électricité à leur surface. pour les électrons positifs. ne soit pas constante et varie avec la vitesse suivant les mêmes lois que leur masse fictive . savons rien encore. par conséquent l'intensité du courant de convection qu'ils produisent. mais seulement une masse fictive électromagnétique. A ce prix. il faut chercher une explication électro- . ou tout au moins que leur masse réelle. Eh bien. si elle existe. la compensation sera parfaite et conforme aux exigences du Principe de Relativité. arrêtons-nous-y un instant et voyons ce qui en découle. nous n'en négatifs trons rant : . les électrons positifs n'ont plus de masse ou tout au moins plus de masse réelle constante. C'est encore Lorentz qui a fait cette remarquable synthèse. la déformation des électrons. par conséquent les lois suivant lesquelles la self-induction de ce courant variera en fonction de la vitesse. Les principes actuels de notre Mécanique. fondés sur la constance de la masse. ou tout au moins qu'elles varient avec la vitesse suivant les mêmes lois que les forces d'origine électromagnétique. D'abord. il n'y a plus de matière. être modifiés.SCIENCE ET MÉTHODE 246 apparente est due à la self-induction de ce couexclusivement en ce qui concerne les élecexclusivement ou non.

leur masse croît : l'une . doivent se passer comme si l'électron subissait la déformation de Lorentz. Dans les deux cas. en parti- ou tout au moins modide telle façon que cette la gravitation force soit altérée par la vitesse de la que les 247 forces électromagnétiques. au premier abord. même façon Nous revien- drons sur ce point. Considérons les électrons comme et demandons-nous comment masse en fonction de la vitesse pour ne pas contrevenir au principe de relativité. plutôt encore. Tout cela paraît. Mais on peut présenter la chose autrement.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUE magnétique de toutes les forces culier de la gravitation. de façon à éviter de mettre cette hypothèse de la déformation à la base du raisonnement. un peu artificiel. En particulier. V L'EXPÉRIENCE DE KAUFMANN. pour que ce principe ne soit pas violé et qu'on retombe sur les lois ordinaires en supposant la vitesse très faible. . Ou. Nous trouverons que les variations de cette masse. fier la loi de connues. cette déformation des électrons semble bien hypothétique. c'est celle d'Abraham l'autre où ils subissent la déformation de Lorentz. ou de ces accélétrique rations. demandons-nous quelle doit être des points matériels doit leur varier leur accélération sous l'influence d'un champ élec- ou magnétique. Nous voilà donc en présence de deux théories où les électrons sont indéformables.

Le Principe de Relativité n'aurait donc pas la valeur rigoureuse qu'on était tenté de lui attribuer. mais la de la variation n'est pas la même. conclusion. cette expérience est fort délicate et ne pourra être menée à bien que par un physicien de la même habileté que Kaufmann. Malheureusement. ses premières expériences n'étaient pas assez précises pour cela. Bucherer a de mettre sous presse nous apprenons que repris Texpérience en s'entourant de précautions nouvelles et qu'il a obtenu. elles ont donné raison à la théorie d'Abraham. contrairement à M. 1. aussi a-t-il loi cru devoir les reprendre avec plus de précautions. pour devenir infinie quand cette vitesse devient égale à celle de la lumière . 1 i . et en mesurant avec grand soin l'intensité des champs.SCIENCE ET MÉTHODE 248 avec la vitesse. Sous leur nouvelle forme. on n'aurait plus aucune raison de croire que les électrons positifs sont dénués de masse réelle comme les électrons négatifs. question est d'une telle importance désirer que l'expérience de qu'il Kaufmann La serait à fût reprise par un autre expérimentateur*. Toutes les précautions ont été convenablement prises et l'on ne voit pas bien quelle objection on pourrait faire. Toutefois. avant d'adopter définitivement cette un peu de réflexion est nécessaire. Au moment M. Kaufmann. des résultats confirmant les vues de Lorentz. La méthode employée par Kaufmann pour mettre en évidence la loi de variation de la masse semble donc nous donner un moyen expérimental de décider entre les deux théories. Malheureusement.

Lindemann a fait des objections à cette façon . on s'accorde généralement à l'admettre. Quelque faible que soit la probabilité pour qu'il en soit ainsi. Cela suppose que le champ est uniforme. Ce champ était produit entre les deux armatures d'un condensateur et. cela est-il certain? Ne peut-il se faire qu'il y ait une chute brusque de potentiel dans le voisinage d'une des armatures. ce sont les effets de soupape électrique entre mercure et vide. cependant. et Ton a obtenu le champ en divisant cette différence par la distance des armatures. . entre ces armatures. par exemple? Il peut y avoir une différence de potentiel au contact entre le métal et le vide. let il peut se faire que cette différence ne soit pas la même du côté positif et du côté négatif. Dynamique. c'est-à-dire qu'un électron isolé aura un mouvement rectiligne et uniforme. On a mesuré alors la différence de potentiel de deux armatures. de l'armature négative. ce qui me porterait à le croire. on avait du faire un vide extrêmement parfait. il semble qu'il y ait lieu d'en tenir compte. VI LS PRINCIPE Dans est la nouvelle DMNERTIE.LA MÉCANIQUE ET l'oPTIQUB Il 249 y a cependant un point sur lequel je désirerais c'est sur la mesure du champ mesure d'où tout dépend. Du moins. afin d'obtenir un isolement complet. le Principe d'Inertie encore vrai. attirer Tattention : électrostatique.

de sorte que. en s'avançant. Il suffirait en tout cas de légères modifications à la théorie pour se mettre à Tabri des objections de Lindemann. pour un observateur quand il rable.250 SCIENCE ET MÉTHODE ne veux pas prendre parti dans cette ici à cause de son caractère trop ardu. l'éther serait agité. Il faudrait donc un effort pour mettre l'électron en mouvement. sans que la force vive totale de ce liquide augmentât. Un électron s'avançant dans l'éther se comporterait de la même manière autour de lui. parfaitement dépourvu de viscosité. puisqu'il faudrait créer l'énergie de ces champs au contraire. dans un fluide idéal. transporterait simplement avec lui la perturbation du liquide. de voir. Mais. il faudrait un grand effort pour le me:tre en mouvement. puisque le corps. une résistance considémais c'est parce que nos fluides sont visqueux. On sait qu'un corps plongé dans un fluide éprouve. au départ. mais cette perturbation accompagnerait le corps dans son mouvement. une fois le mouvement . et ne pourraient changer que si la vitesse de l'électron venait à varier. les champs électrique et magnétique qui accompagnent cet électron paraîtraient invariables. Tout se passerait donc comme si son inertie était augmentée. une sorte de lin^ge. il se perpétuerait sans résistance. mais le liquide de son sillage. : entraîné avec 'l'électron. que je ne puis exposer est en mouvement. je discussion. puisqu'il faudrait ébranler non seulement le corps lui-même. . le corps agiterait derrière lui une poupe liquide. une fois le mouvement acquis.

plus grand. Mais. quand la vitesse tend vers et la de la lumière^ la force vive^ la quantité de mouvement et les deux masses croissent au delà de vitesse toute limite. à mesure que sa vitesse croît. la force vive. la quantité de mouvement sensiblement proportionnelle à v^ les deux masses sensiblement constantes égales entre elles. les expressions mais ce que nous sont un peu plus compliquées venons de dire subsiste dans ses traits essentiels. sa masse croît. Et. en effet. la force vive deviennent infinies quand la vitesse est égale à celle de la lumière. celle comme un ne peut donc qu'augmenter comme l'agitation du liquide du corps plongé dans un même Et les plus électrons négatifs. aucun effort ne serait nécessaire pour le puisque Ténergie créée maintenir. n'aurait qu'à se transporter derrière l'électron sillage. de sorte que son inertie oppose à tout nouvel accroissement de vitesse un obstacle de plus en Dans l'hypothèse . la quantité de mouvement. n'ont pas d'autre inertie que celle-là.LA MÉCANIQUE ET l'OPTIQUE 251 acquis. Dans l'hypothèse de Lorentz. Ainsi la masse. d'Abraham. fluide tout au moins. Cette énergie l'inertie de l'électron. augmente parfait. qui n'est autre que l'énergie de l'éther. la force vive est sensiblement proportionnelle à v^. Une question se pose alors : admettons le Prin- . Sans doute si v est très faible. Il en résulte qu'aucun corps ne pourra atteindre par aucun moyen une vitesse supérieure à celle de la lumière. n'est pas proportionnelle à 1)2.

VII L*ONOE 0*ACCÉLÉRATiON.000 kilomètres. peut : atteindre la même vitesse. cette perturbation se réduit au sillage dont nous avons parlé au chapitre précédent. auxquelles Langevin a donné . Si donc aucun corps dans son mouvement absolu ne peut dépasser la vitesse de la lumière. Mais il n'en est plus de même si le mouvement est curviligne ou varié. les noms d'onde de vitesse et d'onde d'accélération. qui s'évanouit quand on tient compte de la façon dont Lorentz évalue les temps locaux. Et alors on pourrait être tenté de raisonner comme il suit L'observateur peut atteindre une vitesse de 200. le corps. ce qui esl impossible. mais peut en approcher autant qu'on veut. sa vitesse absolue sera alors de 400.SCIENCE ET MÉTHODI 252 cipe de la Relativité. puisque c'est un chiffre supérieur à la vitesse de la lumière. Quand un électron est en mouvement. . La perturbation peut alors être regardée comme la superposition de deux autres.000 kilomètres. un observateur en mouvement ne doit pas avoir le moyen de s'apercevoir de soa propre mouvement. dans son mouvement relatif par rapport à l'observateur. îl produit dans Téther qui l'entoure une perturbation si son mouvement est rectiligne et uniforme. il doit en être de même en ce qui concerne son mouvement relatif par rapport à notre observateur. Ce n'est là qu'une apparence.

mais. dès qu'il y a une accélération. Toutefois. variant avec la vitesse d'après les lois exposées plus haut. D'où cette conséquence dans un mouvement : rectiligne et uniforme. On dit alors que le mouvement est quasi-stationnaire.LA MÉCANIQUE ET 253 l' OPTIQUE L'onde de vitesse n'est autre chose que le sillage qui se produit dans le mouvement uniforme. sont négligeables dans la plupart des cas^i c'est-àdire non seulement dans la Mécanique ordinaire et dans les mouvements des corps célestes. un mouvement haute fréquence. où la vitesse est très grande sans que l'accélération le soit. en écrivant que la force est égale au produit de l'accélération parla masse. mais même et s'en dans les rayons du radium. et l'accélération est sont les suivants même : 1® Dans certains électrons prennent toire de très dans tous les cas où dont les principaux les gaz incandescents. l'énergie se conserve intégra- lement. les oscilla- déplacements sont très petits. On peut alors se borner à appliquer les lois de la Mécanique. les vitesses sont finies. et qui se propage ensuite par ondes sphériques successives avec la vitesse de la lumière. en particulier la perte d'énergie correspondante. qui part de l'électron au moment où il subit une accélération. Il n'en serait pas de grande. qui se dissipe sous forme d'ondes lumineuses va à l'infini à travers Téther. il y a perte d'énergie. c'est une perturbation tout à fait analogue aux ondes lumineuses. cette masse. Quant à Tonde d'accélération. les effets de celte onde d'accélération. et les accé- . toutefois.

C'est ce que j'ai pitre X. 3° Dans l'excitateur de Hertz. qu'ils réfléchissent et . les électrons qui circulent dans la masse métallique subissent. Par suite de l'accélération subissent ainsi. les électrons enfermés dans ce métal sont animés de grandes vitesses surface du métal. Rayons Rôntgen. ces mêmes électrons sont mis en branle avec de fortes accélérations et ils absorbent de la lumière. Ce qu'ils produisent des ondulations dans serait là. subissent ils la se une accélération émet de expliqué chaau déjà ainsi considérable. Il en résulte qu'une partie de l'énergie rayonne sous formes d'ondes hertziennes. 4** Dans un métal incandescent. en arrivant à ne peuvent franchir. d'après certains physiciens. .SCIENCE ET METHODE 254 très grandes. C'est pour cela que le métal la lumière. une brusque accélération et prennent ensuite un mouvement oscillatoire de haute fréquence. et qui sont animés de très grandes vitesses. quand un gaz reçoit de la lumière. les électrons négatifs qui constituent ces rayons. ils l'éther. lérations se l'énergie communique alors à l'éther. et c'est pour cela que ces gaz rayonnent de la lumière de même période que les oscillations de l'électron. sont brus- quement arrêtés. cathodiques viennent frapper l'anticathode. au moment de la décharge. n° IV. qui ne seraient autre chose que des rayons lumineux de très courte lon- l'origine des gueur d'onde. Les détails des lois de l'émission de la lumière par les corps noirs sont parfaitement expliqués par cette hypothèse 5° Enfin quand les rayons . 2° Inversement.

Nous devons donc distinguer la mass© eoefflcient d'inertie et la masse coefficient d'attraction. qui mesure rinertie du corps 2* par l'attraction qu'exerce le corps sur un corps extérieur. que . LA GRAVITATION. ou. il y a proportionnaentre ces deux coefficients. Maintenant. Mais lité rigoureuse cela n'est démontré que pour les vitesses auxquelles les principes généraux de la Dynamique sont appli--cables. en vertu de la loi d€ Newton. nous avons vu que la masse être définie de !• .CHAPITRE La ftlécanique nouvelle m et l'Astronomi6:. D'après la loi de Newton. au contraire. c'est la véritable délînition de la masse. La masse peut deux manières s par le quotient de la force par Taccélération. devons- nous conclure que la masse coefficient d'attraction croît également avec la vitesse et reste proportionnelle au coefficient d'inertie. coefficient d'inertie croît avec la vitesse.

Si donc A et B sont très près l'un de Tautre. égale A sur A' sera. comment ce coefficient dépendra-t-il de ces deux vitesses? à ce sujet que des hypothèses. que je vais exposer brièvement.ou de A' sur B. si donc nous avons quatre électrons. deux positifs A et A'. et que nous examinions l'action du sur le système A'+ B'. dépend deux corps qui mutuellement ne sont généralement pas D'autre part. mais nous sommes naturellement amenés à rechercher quelles seraient celles de ces hypothèses Nous ne pouvons faire qui seraient compatibles avec le Principe de la Relagrand nombre. dans la théorie ordinaire. de même que A' et B'. Deux électrons de même signe se repoussent et deux électrons de signe contraire s'attirent. s'attirent les si le comme coefficient d'attraction les vitesses des mêmes. Il y en a un parlerai ici est celle de Lorentz. nous aurons système A deux répulsions et deux attractions qui se compenseront exactement et Faction résultante sera nulle +B . en valeur absolue. la seule dont je tivité.SCIENCE ET MÉTHODE 256 demeure constant? C'est une question que nous n'avons aucun moyen de ce coefficient d'attraction là décider. et deux négatifs B et B'. leurs actions mutuelles sont pro- portionnelles à leurs charges électriques. à la à la répulsion de B sur même B' et dis- égale encore à rattraction de A sur B'. de la vitesse. la répulsion de tance. Considérons d*abord des électrons en repos. et que les charges de ces quatre électrons soient les mêmes.

on peut et alors on peut faire deux hypothèses supposer que la gravitation n'a aucun rapport avec les attractions électrostatiques. Une façon que la charges soit molécule matérielle est donc de tout point assimilable au système A B dont nous venons de parler.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 257 Or. qu'elle est due à une cause entièrement différente. les molécules matérielles doivent précisément être regardées solaires comme où circulent les autres négatifs. mais qu'elle y fait rentrer la gravitation. ou que celle de deux charges 1. en somme. le champ électrique produit par les électrons positifs et celui que produisent les électrons négatifs se superposeraient en restant distincts. et de algébrique de des espèces de systèmes les électrons. tn d'autres termes. C'était. Il est clair que cette hypothèse complique un peu l'Electrostatique. Les électrons positifs seraient plus sensibles au champ produit par les électrons négatifs qu'au champ produit par les électrons positifs. + : — + — + . somme nulle. ou bien on peut admettre qu'il n'y a pas proportionnalité des attractions aux charges et que l'attraction exercée par une i sur une charge charge 1 est plus grande que la répulsion mutuelle de deux charges 1. et qu'elle vient simplement s'y superposer. les toutes les telle uns positifs. l'hypothèse de Franklin. ce serait le contraire pour les électrons négatifs. Mais l'expérience nous montre que ces molécules s'attirent par suite de la gravitation new^tonienne . de sorte que Faction électrique totale de deux molécules Tune sur Tautre devrait être nulle.

exerce. Considérons maintenant Taction du champ dû lois ordinaires. mêmes lois. Faction champ électromagné- positifs se fait d'après les en est de même de Faction sur les négatifs du cham. dû au mouvement des électrons positifs. qui se réduit à Vhypothèse de Franklin aux faibles vitesses: elle Telle est .p dû aux électrons négaélectrons tifs. sur deux électrons de sigoe con~ traire et de même charge absolue. la nouvelle théorie. Thypothèse de Lorentz. Chaque électron au champ créé par les électrons de qu'au champ créé par les électrons contraire est plus sensible nom de môme nom. Il en sera de même pour les électrons négatifs.SCIENCE ET MÉTHODE 258 maintenant si les électrons sont en mouvement? Les électrons positifs vont engendrer une perturbation dans Téther et y feront naître un champ électrique et un champ magnétique. c'est-à-dire dû aux électrons au contraire. tant positifs que négatifs. des actions égales Qu'arrîve-t-il de signe contraire. sur les électrons positifs du tique que algébrique de ces deux champs. mais avec un elle suivra encore les coefficient différent.. le champ électromagnétique. Dans la théorie ordinaire. Les électrons. On peut alors sans inconvénient ne pas distinguer le champ dû au mouvement des électrons positifs et le champ dû au mouveet ment des électrons somme champ le Dans négatifs et ne considérer la résultant. subiront ensuite une impulsion mécanique par l'action de ces différents champs. positifs sur les électrons négatifs (ou aux électrons inversement) il .

de la loi de Newton. en tout cas. On sera donc tenté de rejeter la théorie précédente. pour les corps en mouvement. entièrement différente de de Lorentz. justifiée. On sait que les perturbations électromagnétiques se propagent avec la vitesse de la lumière. et. C'est là une hypothèse toute particulière. la théorie générale de Lorentz s'y appliquera. d'après les calculs de Laplace. Laplace supposait que. On voit que la loi de Newton n'est plus applicable aux grandes vitesses et qu'elle doit être modifiée. comme cela se passef pour la lumière dans le phénomène de l'aberration astronomique. Le résultat de Laplace ne prouve rien contre la théorie de Lorentz. par conséquent. le Principe de la Relativilé ne sera pas violé. précisément de la même manière que les lois de l'Electrostatique pour l'électricité en mouvement. Le résultat de Laplace est bien connu. au moins dix millions de fois plus vite que la lumière. assez mal corps. pour ces faibles vitesses. sa vitesse de propagation se combine avec celle du corps attiré. mais on en ignore généralement la signification.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 259 rendra donc compte. en rappelant que la gravitation se propage. par conséquent. elle ne peut être d'origine électrodynamique. De plus. celle 12 . un petit angle. et. de telle façon que la force effectivs n'est pas dirigée suivant la droite qui joint les deux avec cette droite. si la propagation de la gravitation n'est pas instantanée. comme la gravitation se ramène à des forces d'origine électrodynamique. mais fait. et que.

Mais cet effet est excessivement beaucoup trop pour être décelé par les obserdes corps vations les plus précises. Admettons mouvedans les : l'hypothèse d'Abraham (électrons Indéformables) et conservons la sa forme habituelle loi de Newton sous . Ténergie des mouvements planésera constamment taires Vonde d^ accélération. mouvements des s accélérant. mais est si lente qu'il d'années d'observation milliers qu'elle devînt sensible. comme un milieu faible. \\ Teffet de les moyens constamment en se mouvaient dans en résulterait que astres si par dissipée iraient ces astres résistant. B* Admettons l'hypothèse de Lorentz sur la défor- i .360 SCIENCE ET METHODE II COMPARAISON AVEC LES OBSERVATtONS ASTRONOMIQUES Les théories précédentes sont-elles conciliables avec les observations astronomiques? Tout d'abord. de sorte que les de l'onde d'accélération sont négligeables et que le mouvement peut être regardé comme quasistationnaire. si on les adopte. et cela hypothèses suivantes A. Il est vrai que les effets de l'onde d'ac- célestes^ est relativement effets constamment en célération vont cette faudrait pour bien des s' accumulant. L'accélération faible. Faisons donc ment comme trois elle-même accumulation le calcul en considérant le quasi-stationnaire.

n'en présente pas moins avec elle une certaine ana- joint. newtonienne se faisait conformément à la loi de Weber il en résulterait. des attractions et des répulsions dirigées suivant la droite qui les dépendant non seulement de leurs distances. les uns sur les autres. parce que cette planète est celle qui possède la. Admettons Thypothèsede Lorentz sur les électrons et modifions la loi de Newton. en admettant de Weber. Cette loi de Weber. par conséquent.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET L'ASTRONOMIE mation des électrons et conservons la loi 261 de Newton habituelle. l'avons fait au paragraphe précédent. mais des dérivées premières et secondes de ces distances. Tisserand un calcul analogue autrefois. puisque celle-ci est de 38". Revenons aux hypothèses A. comme nous C. de façon à la rendre compatible avec C'est dans le le Principe de la Relativité. Tisserand a trouvé que. pour le périhélie de Mercure. de leurs vitesses et de leurs accélérations. plus grande vitesse. de même sens que celle qui a été observée et n'a pu être expliquée mais plus si l'attraction y petite. et logie. je rappelle queWeber avait cherché à expliquera la fois les phénomènes électrostatiques et électrodynamiques en supposant que les élecavait fait la loi trons (dont le nom n'était encore inventé) pas exercent. mouvement de Mercure que Teffet sera le plus sensible. une variation séculaire de 14". B d'abord le mouvement d'une et C. assez différente de celles qui tendent à prévaloir aujourd'hui. et étudions planète attirée par un .

le orbite. mais la quantité de mouvement doit être définie comme on le fait dans la nouvelle Dynamique. on trouvera. puisque. en vertu de . L'équation des forces vives subsiste. quoique les calculs soient un peu plus compliqués. laire L'effet est d'ailleurs proportionnel à n^a^^n étant moyen mouvement de rayon de son la loi de Kepler. Avec la théorie de Lorentz. Le mouvement du périhélie de Mercure serait donc de 7" dans la théorie de Lorentz et de 5" . champ qu'il si le point attirant est produit est un fixe. de même. Les hypothèses B et G ne se distinguent plus alors. sauf pour Mercure. Le seul effet sensible sera un mouvement sécudu périhélie.262 centre SCIENCE ET MÉTEODS fixe. conformément à la loi élec- trostatique de Coulomb.6 dans celle d'Abraham. la moitié de ce que donnait la loi de Weber. avec la théorie d'Abraham. le moment de la quantité de mouvement est une constante. le champ purement élec- trostatique. Si Ton suppose maintenant deux corps mobiles gravitant autour de leur centre de gravité commun. où Tattraction varie en raison inverse du carré des distances. réquation des aires est remplacée par une autre équivalente. les effets sont très peu différents. Pour les l'astre et a le planètes. identique à celle de New- ton. Teffet varie donc en raison inverse de \/a^\ il est donc insensible. les deux cinquièmes. pour ce mouvement. en prenant pour la force vive la définition nouvelle.

III LA THËORiE DE LESAGE II de rapprocher ces considérations proposée depuis longtemps pour gravitation universelle. circulent dans . et six cents fois plus petit pour la Lune que soit grand. en somme. le est beaucoup plus En résumé. Supposons que. bien extrêmement petit. la cure. seul effet swsible sur être même un les obser- mouvement du sens que celui qui a expliqué^ mais notablement plus faible. Ajoutons qu'en ce qui concerne Vénus mouvement du périhélie (pour une même vitesse angulaire de ce mouvement) serait beaucoup plus difficile à déceler par les observations astronomiques. U vations faible astronomiques serait périhélie de Mercure^ de été observé san^ que pour Mercure.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET est insensible Il que n 863 l' ASTRONOMIE également pour la Lune. Cela ne peut pas être regardé ment en faveur de qu'il pour la comme un argu- nouvelle Dynamique. il est cinq fois plus petit pour Vénus. parce que a est pour Mercure. puis- faudra toujours chercher une autre explication plus grande partie de l'anomalie de Mermais cela peut encore moins être regardé comme un argument contre elle. parce que Texcentricité des orbites et la Terre. convient d'une théorie expliquer la dans les espaces interplanétaires.

et il pousseront A vers B.. Il faut donc que le choc fasse perdre de l'énergie aux corpuscules. ou d'après une loi intermédiaire? Les corpuscules de Lesage ne peuvent se comporter comme des Telle est la théorie de Lesage . le corps B jouera le rôle d'écran et interceptera une partie des corpuscules qui. il faut donc nous représenter la Terre. Mais quelle serait la quantité de chaleur ainsi produite? Observons que Tattraction passe à travers les corps. parce que les corpuscules interceptés par le corps B seraient remplacés par d'autres qui auraient rebondi sur B. corps parfaitement élastiques. Mais. auraient frappé A. sans lui. TefTet serait nul. Un également dans toutes les directions. puisque ces chocs se répartissent tous les sens. en apparence. si deux corps A et B sont en présence.SCIENCE ET MÉTHODE 264 grandes vitesses. et que le calcul prouve que la compensation serait parfaite. et cette énergie devrait se retrouver sous forme de chaleur. par les chocs de ces corpuscules. des corps isolé dans l'espace ne sera pas affecté. Alors. d'abord. non pas comme un . doivent est-ce avoir lieu les chocs prévus par cette théorie parfaitement élastiques. sans cela. et nous allons la plaçant d'abord au point de vue nous en discuter de la Mécanique ordinaire. . ou ne seront plus qu'imparfaitement compensés. les chocs reçus par A dans la direction opposée à celle de B n'auront plus de contre-partie. avec de très corpuscules très ténus. Comment. par exemple. lois des corps les d'après ou d'après celles des corps dépourvus d'élasticité.

une inégalité très sensible. et sa démonstration ne laisse rien à désirer si. puisqu'elle aurait une plus grande épaisseur à traverser. mais comme formée nombre de molécules sphériques jouent individuellement le rôle 265 d'un très grand très petites.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE écran plein. Pour nous en rendre compte. que la surface totale des molécules sphériques qui composent la Terre est tout au plus la dix-millionième partie de la surface totale de la Terre. non seulement la Terre n'est pas un écran plein. l'attraction était absorbée par les corps qu'elle traverse. dans le mouvement de la Lune. elle ne serait plus proportionnelle aux masses. L'attraction exercée par la Terre sur une : masse à la 1 fois. est affaiblie tout au plus d'un dix-millionième. mais ce n'est pas même une passoire. et il en résulterait. mais entre lesquelles*' les corpuscules de Lesage peuvent circuler librement. Nous devons donc conclure. elle serdiit relativement plus faible pour les gros corps que pour les petits. Darwin a démontré que la théorie de Lesage ne conduit exactement à la loi de Newton qu'en supposant des corpuscules entièrement dénués d'élasticité. à la surface totale S des molécules sphé- . en effet. en traversant la terre. rappelons que Laplace a démontré que l'attraction. L'attraction du Soleil sur la Terre serait donc relativement plus faible que celle du Soleil sur la Lune. à la distance 1 sera alors proportionnelle. si nous adoptons la théorie de Lesage. qui de petits écrans. puisque les vides y tiennent beaucoup plus de place que les pleins. Ainsi.

à la vitesse v des corpusp du milieu La chaleur produite sera densité p. comme Sov. et la précision des observations nous permet de fixer une limite à la résis- tance du milieu. qui doit être au moins égale qu'elle traverse) . tandis que comme S^pv. nous voyons que Cette résistance variant Tattraction varie rapport de la résistance au carré de l'attraction le en raison inverse du produit S«. et au cube de la cules. on sait que les corps célestes se meuvent comme s'ils n'éprouproportionnelle à S. Nous pouvons en déduire p et la quantité de cha- cette quantité suffirait pour élever température de 10^6 degrés par seconde. la Terre recevrait dans un temps donné lO^o fois plus de leur produite la .10*'^ fois celle de la lumière. or. sans aller au-devant de certains chocs. à 24. Mais il faut tenir compte de la résistance éprouvée par un corps qui se meut dons un pareil milieu. devant ceux qui viennent dans la direction opposée. proportionnelle à S. de sorte que la compensation réalisée à Tétat de repos ne peut plus subsister. Nous avons donc une limite inférieure du produit Sv. à la racine carrée de la densité formé par les corpuscules. au contraire.. à la vitesse v. en fuyant. . La résistance calculée est p et à z. en efiet. Nous avions déjà une limite supérieure de est S (par l'absorption de l'attraction par rieure de la les corps nous avons donc une limite infévitesse v.266 SCIENCE ET MÉTHODE riques qui la composent. à valent aucune résistance. il ne peut se mouvoir.

C'est là ce qu'admet. on douait les corpuscules de Lesage d'une élasticité imparfaite sans être nulle. mais de celle qu'il rayonne dans chaleur que toutes les directions. la force vive de ces corpuscules ne serait pas entièrement en chaleur. Quand un objet matériel reçoit une onde lumineuse. contrairement aux vues de Darwin. M. un emploi judicieux du théorème du viriel permettrait de s'en convertie serait rendre compte. Les ondes en question pourront donc jouer le rôle des corpuscules de Lesage. ne veux pas parler de la chaleur que le Soleil je envoie à la Terre. de sorte que ce serait seulement la portion de cette force vive convertie en Chaleur qui contribuerait à produire l'attraction et que cela reviendrait au même. Les difficultés ne sont pas écartées pour cela la vitesse de propagation ne peut être que celle de îa . A la vérité. mais l'attraction produite moindre également. On ne serait pas conduit à des résultats moins fantastiques si. cette onde exerce sur lui une action mécanique due à la pression Maxwell-Bartholi. par exemple. tout comme s'il avait reçu le choc d'un projectile matériel. . Il est évident que la Terre ne résisterait pas long- temps à un pareil régime. Tommasina. sup- primons les corpuscules et imaginons que Téther soit parcouru dans tous les sens par des ondes lumineuses venues de tous les points de l'espace.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 267 le Soleil n'en émet dans le même temps. On peut transformer la théorie de Lesage.

Ensuite une . ou elle l'est à peine il n'en est pas de même de la lumière que nous connaissons. pour du milieu. D'ailleurs. à un la résistance chiffre inadmissible. rente de la lumière ordinaire et être. La lumière qui produirait Tattraction newtonienne devrait être considérablement diffé. Pour qu'il y ait attraction. tout comme dans Thypothèse des corpuscules parla faitement élastiques. trants que les rayons X ordinaires. Pour toutes ces raisons. ils ne sauraient il faudra passer à travers la Terre tout entière pénéplus X' beaucoup rayons imaginer des donc . sans quoi le Soleil nous repousserait au lieu de nous attirer. l'attraction n'est pas absorbée par les corps qu'elle traverse. et le résultat conserve le même caractère fantastique. de très courte longueur d'onde. par exemple. de telle sorte que le Soleil nous paraîtrait s'y détacher en noir. quelque pénétrants qu'ils nous paraissent. le ciel entier devrait nous paraître beaucoup plus brillant que le Soleil. l'effet est nul. nos yeux étaient sensibles à cette lumière. D'un autre côté. Les calculs ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on fait dans la théorie de Lesage ordinaire. la lumière qui permettrait d'expliquer rattracLion devrait se rapprocher beausi coup plus des rayons lumière ordinaire. mais alors il y a production de chaleur. si lumière se réfléchit intégralement. Et encore les rayons X de ROnlgen que de la X ne suffiraient pas.SCIENCE ET MÉTHODE 268 lumière et Toii est ainsi conduit. Sans compter que. il jfaut que la lumière soit partiellement absorbée .

les de leur choc seraient conformes à ce Principe de Relativité. mais nous savons qu'alors leur effet serait nul. Les choses nous admettons la nouvelle Dynamique? Et d'abord. sans quoi il n'y aurait pas d'attraction. on trouverait encore une production de chaleur considérable. et alors d'imaginer une loi il est difficile de choc compatible avec le Prin- cipe de la Relativité. si ces corpuscules étaient parfaitement élastiques. Si nous supprimons les corpuscules et si nous revenons à Phypothèse de la pression Maxwell- . il faut admettre qu'elle est rayonnée dans soit tous les sens sous forme de rayons secondaires. 11 faut donc supposer que ces corpus- lois cules ne sont pas élastiques. tout ce que nous venons de dire suppose les lois ordinaires de la iront-elles mieux si Mécanique. et cependant une résistance du milieu très sensible. Telles sont les hypothèses compliquées auxquelles on est conduit quand on veut rendre viaJble la théorie de Lesage. que Ton pourra appeler X" et qui devront être beaucoup plus pénétrants encore que les rayons X'.LA MÉCANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 2G9 portion de Ténergie de ces rayons X' devrait être détruite. ce qui conduirait à une production de chaleur énorme. pouvons-nous conserver le Principe de la Relativité ? Donnons d'abord à la théorie de Lesage sa forme primitive et supposons l'espace sillonné par des corpuscules matériels. D'ailleurs. Mais. sans quoi ils phénomènes troubleraient à leur tour les d'attraction. Si on ne veut pas qu'elle transformée en chaleur.

Mectron. l'action moyenne n'est pas nulle s'il y a une différence de phase entre les vibrations de . C'est ce qu'a tenté Lorentz lui-même dans son Mémoire à l'Académie des Sciences d'Amsterdam Bartholi. variant en raison inverse du carré des distances et proportionnelle à Ténergie absorbée par les deux élec- Je ne puis entrer trons. c'est que c'est la l'élecvibration de l'éther qui entraîne l'électron tron doit donc être en retard sur l'éther. l'électron et celles de l'éther. L'action moyenne est proportionnelle à cette différence. frappé par Tune de ces ondes. si Télectron absorbe une partie de l'énergie incidente. cet . doit exercer une action mécanique sur de plus.SCIENCE ET MÉTHODE 270 ne seront pas moindres. Considérons un système d'électrons plongés dans un éttier parcouru en tous sens par des ondes lumineuses. Cette action est très faible elle change de signe dans le courant de la période. en effet. . Un électron en mouvement est assimilable à un courant de convectîon. . par conséquent à l'énergie absorbée par l'électron. néanmoins. un de ces électrons. être . il absorbe de l'énergie. donc tout champ magnétique. en particulier celui qui est dû à la perturbation lumineuse eUe-même. Si. ici dans le détail des calculs. le résultat final est une que disons seulement attraction de deux électrons quelconques. . va entrer en vibration sa vibration va mais il synchrone de celle de la lumière pourra y avoir une différence de phase. du 25 les difficultés avril i900.

sans produc- tion de chaleur. Supposons que. sans doute. le droit de les traiter par le mépris. Il aurait trouvé que la température de la Terre devrait s'accroître de 10^^ degrés par seconde. De nouvelles expériences nous apprendront. ce qu'on en doit définitivement penser. et c'est ce qui a déterminé Lorentz à abandonner cette théorie. Le nœud mann de la question est dans l'expérience de Kauf- et celles qu'on pourra tenter pour la vérifier.LA MÉGANIQUE NOUVELLE ET l'aSTRONOMIE 27i ne peut donc y avoir d'attraction sans absorp- Il tion de lumière et. Il aurait été beaucoup plus effrayé encore s'il avait poussé le calcul jusqu'au bout. Les théoil ries nouvelles ne sont pas encore démontrées doctrines . d'ici quelques années. ces théories subissent de nouvelles épreuves et qu'elles en triomphent. beaucoup elles s'appuient seulement sur un ensemble assez sérieux de probabilités pour s'en faut de qu'on n'ait pas . sans quoi le lecteur aurait eu lieu d'être effrayé par leur hardiesse. notre enseignement secondaire courra . j'ai . qui ne diffère pas au fond de celle de Lesage-Maxwell-Bartholi. pour terminer. IV % CONCLUSIONS. Je me donner en peu de mots une suis efforcé de idée aussi complète que possible de ces nouvelles cherché à expliquer comment elles avaient pris naissance. par conséquent. Qu'on me permette un vœu.

Est-il bon de les avertir qu'elle n'est qu'approchée ? Oui mais plus tard. nos voitures n'atteindront jamais les vitesses où elle n'est plus vraie. quand ils^s'en seront pénétrés jusqu'aux moelles. plus de nuire au nécessaire. quand ils auront pris le pli de ne penser que par elle.272 SCIENCE ET MÉTHODE un grand danger alors : dront. Et alors. faire quelques professeurs vou- une place aux nouvelles théories. . L'autre n'est qu'un luxe. avant de leur enseigner la mécanique ordinaire. on voudra ouvrir aux enfants des aperçus et. sans inconvénient. sans doute. et Ton ne doit penser au luxe que quand il ne risque est si ! . quand ils ne risqueront plus de la désapprendre. I . . et il dur de ne pas sembler assez avancé Au moins. leur en montrer les limites. on les avertira qu'elle a fait son temps et qu'elle était bonne tout au plus pour cette vieille ganache de Laplace. C'est avec la Mécanique ordinaire qu'ils doivent c'est la seule qu'ils auront jamais à applivivre quer quels que soient les progrès de l'automobilisme. ils ne prendront pas Thabitude de la Mécanique ordinaire. Les nouveautés sont si attrayantes. alors on pourra.

ont peu attiré jusqu'ici l'attention des astronomes . mais que personne jusqu'à ce jour ne s'est préoccupé de résoudre. Les considérations que je veux développer ici. Tout le monde sait comment un grand nombre de physiciens modernes se représentent la constisuive. les gaz sont formés d'une multitude . c'est de donner une idée des problèmes qui se posent. mais qui attend encore qu'on l'y je n'aurais non plus de résultats originaux à que je puis faire. Je n'ai pas faire connaître. et tout ce tution des gaz.LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE CHAPITRE La voie lactée et la I théorie des gaz. guère à citer qu'une idée ingénieuse de lord Kelvin. qui nous a ouvert un nouveau champ de recherches.

C'est ce qu'on appelle quelquefois un choc. mais il n'y a pas lieu d'entendre ce mot choc dans son sens l'autre. elle sont . Ces molécules agissent probablement à dis- tance les unes sur les autres. mais que théorie cinétique des gaz vitesses des molécules . mais cette action décroît très rapidement avec la distance. Les lois de la sont déviation qu'elles subissent mêmes que les avait eu choc véritable. leur attraction ou leur répulsion mutuelle les fait dévier à droite ou à gauche. se croisent et s'entrecroisent dans tous les sens. le d'ésordre extrême. cette loi suprême du hasard. animées de grandes vitesses. que leurs trajectoires restent de sorte sensiblement recti- que quand lignes. vient à notre aide en face d'un demi-désoidre. nous devions désespérer.SCIENCE ET MÉTHODE 274 innombrable de molécules qui. mais dans . habituel. qui constitue la nous montre que les également réparties entre toutes les directions. il n'est pas nécessaire cules viennent en contact. il que suffit les deux molé- qu'elles appro- chent assez l'une de l'autre pour que leurs attractions mutuelles deviennent sensibles. Mais la loi des grands nombres. elles ne cessent de Tètre deux molécules viennent à passer assez près l'une de dans ce cas. cette une sorte d'ordre moyen où C'est l'étude de cet ordre loi statistique rétablit l'esprit moyen peut se reprendre. y semble d'abord que les chocs désordonnés de cette innombrable poussière ne peuvent engendrer s'il Il qu'un chaos inextricable devant lequel l'analyste doit reculer. que la grandeur de ces vitesses varie d'une molécule à l'autre.

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ

même

275

soumise à une loi, dite loi
de Maxwell. Cette loi nous apprend combien il y a
de molécules animées de telle ou telle vitesse. Dès
que le gaz s'écarte de cette Joi, les chocs mutuels
des molécules, en modifiant îa grandeur et la direction de leurs vitesses, tend à l'y ramener promptement. Les physiciens se sont efforcés, non sam
succès, d'expliquer de cette matière les propriété^
expérimentales des gaz, par exemple la loi de
cette variation

est

Mariotte.

Considérons maintenant la Voie Lactée
là aussi,
nous voyons une poussière innombrable, seulement
les grains de cette poussière ne sont plus des atomes,
;

ce sont

des astres

,

ces grains se

avec de grandes vitesses

;

ils

meuvent aussi

agissent à distance les

uns sur les autres, mais cette action est si faible à
grande distance que leurs trajectoires sont rectiliet cependant, de temps en temps, deux
gnes
d'entre eux peuvent s'approcher assez pour être
déviés de leur route, comme une comète qui a passé
trop près de Jupiter. En un mot, aux yeux d'un
géant pour qui nos Soleils seraient pour nous nos
atomes, la Voie Lactée ne semblerait qu'une bulle
de gaz.
Telle a été l'idée directrice de lord Kelvin. Que
pouvons-nous tirer de cette comparaison ? Dans
quelle mesure est-elle exacte ? C'est ce que nous
allons rechercher ensemble ; mais avant d'arriver à
une conclusion définitive, et sans vouloir la préjuger, nous pressentons que la théorie cinétique des
gaz sera pour l'astronome un modèle qu'il ne devra
;

276

flCIENCE ET

MÉTHODE

pas suivre aveuglément, mais dont
ment s'inspirer. Jusqu'à présent,

il

pourra

utile-

Mécanique
attaquée
qu'au
système
solaire,
s'est
ne
ou à
Cteleste
quelques systèmes d'étoiles doubles. Devant cet
ensemble présenté par la Voie Lactée, ou les amas
d'étoiles, ou les nébuleuses résolubles, elle reculait,
parce qu'elle n'y voyait que le chaos. Mais la Voie
î^actée n'est pas plus compliquée qu'un gaz
les
méthodes statistiques fondées sur le calcul des prola

;

babilités

applicables

à

celui-ci,

le

sont aussi

à

Avant tout, il importe de se rendre compte
ressemblance des deux cas, et de leur diffé-

celle-là.

de

la

rence.

Lord Kelvin s'est efforcé de déterminer par ce
on en est
les dimensions de la Voie Lactée
réduit pour cela à compter les étoiles visibles dans
nos télescopes mais nous ne sommes pas sûrs que
derrière les étoiles que nous voyons, il n'y en a pas
d'autres que nous ne voyons pas ; de sorte que ce
que nous mesurerions de cette manière, ce ne serait
pas la grandeur de la Voie Lactée, ce serait la portée
de nos instruments. La théorie nouvelle va nous
offrir d'autres ressources. En effet, nous connaissons

moyen

;

;

les

mouvements des

étoiles

les plus

voisines

de

et nous pouvons nous faire une idée de la
grandeur et de la direction de leurs vitesses. Si les
idées exposées plus haut sont exactes, ces vitesses
doivent suivre la loi de Maxwell, et leur valeur
moyenne nous fera connaître, pour ainsi dire, ce
qui correspond à la température de notre gaz fictif.
Mais cette température dépend elle-même des

nous,

277

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAi

dimensions de notre bulle gazeiize. Comment va, en
effet, se comporter une masse gazeuse abandonnée
dans le vide, si ses éléments s'attirent d'après la loi
de Newton ? Elle va prendre la forme sphérique de
plus, par suite de la gravitation, la densité va être
plus grande au centre, la pression croîtra aussi de la
superficie au centre à cause du poids des parties
extérieures attirées vers le centre enfin, la tempéla température et la
rature croîtra vers le centre
pression étant liées par la loi dite adiabatique,
comme il arrive dans les couches successives de
;

;

:

notre atmosphère.
sera nulle, et

il

A

même,

la surface

même

en sera de

de

la

la pression

température

absolue, c'est-à-dire de la vitesse des molécules.

Une question

se pose ici

:

j'ai

parlé de la

loi

adiabatique, mais cette loi n'est pas la inême pour

tous les gaz, puisqu'elle dépend du rapport de leurs

deux chaleurs spécifiques pour Tair et les gaz analogues, ce rapport est de 1,42; mais est-ce à l'air
qu'il conviendrait d'assimiler la Voie Lactée? Evidemment non elle devrait être regardée comme un
gaz monoatomique, comme la vapeur de mercure,
comme Targon, comme Thélium, c'est-à-dire que le
;

;

rapport des chaleurs spécifiques devrait être pris

une de nos molécules ce
système solaire mais les planètes sont de bien petits personnages, le Soleil seul;
compte, de sorte que notre molécule est bien monoa-i
tomique. Et si nous prenons même une étoile

égal à 1,66. Et, en
serait par

double,

exemple

il

est

effet,

le

probable que

;

l'action

d'un

astre

étranger qui viendrait à en approcher deviendrait

>

SCIENCE ET MÉTHODE

278

assez sensible pour dévier le

mouvement de

transla-

tion général du système bien avant d'être capable

de troubler les orbites relatives des deux composantes rétoile double, en un mot, se comporterait
;

comme un atome

indivisible.

Quoi qu'il en soit, la pression, et par conséquent
température, au centre de la sphère gazeuse
seraient d'autant plus grandes que la sphère serait
la

plus grosse, puisque la pression s'accroît du poids

de toutes les couches superposées. Nous pouvons
supposer que nous sommes à peu près au centre de

Voie Lactée, et en observant la vitesse moyenne
étoile?»^ nous connaîtrons ce qui correspond à la température csjitrale de notre sphère
la

propre des

gazeuse et nous déterminerons son rayon.
Nous pouvons nous faire une idée du résultat par
faisons une hypothèse
les considérations suivantes
:

Voie Lactée est sphérlque, et les
masses y sont réparties d'une façon homogène ; il
en résulte que les astres y décrivent des ellipses
ayant même centre. Si nous supposons que la
plus simple

:

la

vitesse s'annule à la surface,

nous pouvons calculer

au centre par l'équation des forces
vives. Nous trouvons ainsi que cette vitesse est
proportionnelle au rayon de la sphère et à la racine
carrée de sa densité. Si la masse de cette sphère
était celle du Soleil et son rayon celui de l'orbite
terrestre, cette vitesse serait (il est aisé de le voir)
celle de la Terre sur son orbite Mais dans le cas
cette vitesse

que nous avons supposé, la masse du Soleil devrait
être répartie dans une sphère de ravon 1.000.000 de

«

LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ
fois plus

grand, ce rayon étant

rapprochées

la distance

279

des étoiles

donc lO^^ fois
plus petite; or, les vitesses sont du même ordre,
donc il faut que le rayon soit 10^ fois plus grand,
les plus

;

la densité est

soit 1.000 fois la distance des étoiles les plus rapprochées, ce qui ferait environ un milliard d'étoiles

dans la Voie Lactée.
Mais vous allez dire que ces hypothèses s'écartent
beaucoup de la réalité d'abord, la Voie Lactée n'est
pas sphérique et nous allons revenir bientôt sur ce
;

point, et ensuite la théorie cinétique des gaz n'est

pas

compatible

avec

l'hypothèse

d'une

sphère
calcul exact conformé-

homogène. Mais en faisant le
ment à cette théorie, on trouverait un résultat différent sans doute, mais du même ordre de grandeur ;
or, dans un pareil problème, lès données sont si
incertaines que Tordre de grandeur est le seul but
que nous puissions viser.
Et ici une première remarque se présente; le
résultat de lord Kelvin que je viens de retrouver
par un calcul approximatif, concorde sensiblement
avec les évaluations que les observateurs ont pu
-faire

avec leurs télescopes

;

de sorte

conclure que nous sommes

qu'il

faudrait

tout près de percer
Voie Lactée. Mais cela nous permet de résoudre
une autre question. Il y a les étoiles que nous
voyons parce qu'elles brillent mais ne pourrait-il
y avoir des astres obscurs qui circuleraient dans les
espaces interstellaires et dont l'existence pourrait
rester longtemps ignorée ? Mais alors, ce que nouj
donnerait la méthode de lord Kelvin, ce serait le
la

;

SCIENCE ET MÉTHODE

2S0

nombre

en y comprenant les étoiles
son chiffre est comparable à celui

total des étoiles,

obscures

;

comme

que donne le télescope, c'est qu'il n'y a pas de
matière obscnro, ou du moins qu'il n'y en a pas tant
que de matière brillante.
Avant d'aller plus loin, nous devons envisager le
problème sous un autre biais. La Voie Lactée ainsi
constituée est-elle bien l'image d'un gaz proprement
dit ? On sait que Crookes^ a introduit la notion d'un
quatrième état de la matière, où les gaz devenus
trop raréfiés ne sont plus de vrais gaz et deviennent
ce qu'il appelle la matière radiante. La Voie Lactée,
vu la faiblesse de sa densité, sera-t-elle Timage de
la matière gazeuse ou celle de la matière radiante ?
Ce sera la considération de ce qu'on appelle le
libre parcours qui nous fournira la réponse.
La trajectoire d'une molécule gazeuse peut être
regardée comme formée de segments rectilignes
raccordés par des arcs très petits correspondant
aux chocs successifs. La longueur de chacun de ces

segments

est ce

qu'on

cette longueur n'est

appelle

pas la

le

même,

libre parcours

;

bien entendu,

pour tous les segments et pour toutes les molémais on peut prendre une moyenne c'est ce
cules
que l'on appelle le parcours moyen. Celui-ci est
d'autant plus grand que la densité du gaz est plus
faible. La matière sera radiante si le parcours moyen
est plus grand que les dimensions du vase où le
gaz est enfermé, de façon qu'une molécule ait
chance de parcourir le vase entier sans subir de
choc; elle reste gazeuse dans le cas contraire. II
;

;

chances de la traverser sans subir de choc. t-elle passer moyenne des entre ces sphères ? A la distance Voie Lactée. Plaçons sur la sphère céleste un milliard de petits cercles d'un dixième de seconde de rayon. Néanmoins. . c'est-à-dire sans passer assez près d'une autre étoile pour être sensiblement déviée de sa route ? Qu'entendons-nous par assez près ? Cela est étoile a-t-elle des forcément un peu arbitraire mettons que cela soit la distance du Soleil à Neptune. . la Voie Lactée n'est pas l'image de la matière gazeuse. comme nos conclusions précédentes sont heureusement très peu précises. Ainsi. . dans un tube de Crookes. Avonsnous des chances pour que ces cercles recouvrent un grand nombre de fois la sphère céleste ? Loin de là ils n'en recouvriront que la seize millième partie. le rayon de ces sphères sera vu sous un angle d'un dixième de seconde environ. dans un petit vase et . il faut pousser le vide d'autant plus loin que le tube est plus grand. n'avons pas à les modifier sensiblement. et nous avons un milliard d'étoiles. mais dont les dimensions sont très grandes une . nous étoiles de la .LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ résulte de là qu'un 281 même fluide peut être radiant gazeux dans un grand vase c'est peut-être pour cela que. mais celle de la matière radiante de Crookes. Qu'arrive-t-il alors pour la Voie Lactée ? C'est une masse de gaz dont la densité est très faible. ce qui représenterait une déviation d'une dizaine de degrés supposons donc chacune de nos étoiles enveloppée d'une sphère de garde de ce rayon une droite pourra.

de telle façon qu'un amas soit une sphère homogène chaque étoile décrirait alors une ellipse et toutes ces orbites seraient parcourues dans le même temps. or. . dont ils font même probablement partie. les que par innombrables des molécules. puisque c'est là la Mais : n'est forme d'équilibre que prendrait un gaz isolé dans Il existe. des amas d'étoiles dont la forme est globulaire et auxquels s'appliquerait mieux ce que nous venons de dire jusqu'ici. On peut donc plutôt comparer un amas à un gaz en équilibre adiabatique et qui prend la forme sphérique parce que c'est la figure d'équilibre d'une masse gazeuse. on l'observerait quand même la sphère serait homogène. direz-vous. Il supposait que les étoiles des amas sont uniformément distribuées. ces amas sont beaucoup plus petits que la Voie Lactée. Tespace.SCIENCE ET MÉTHODE 282 autre difficulté la Voie Lactée il y a une pas sphérique. . de sorte qu'au bout d'une période Tamas retrouverait sa configuration primitive et que cette configu- amas ne on observe une condensation au centre. et bien qu ils soient plus denses. ils nous donneront plutôt quelque chose d'analogue ration serait stable. en revanche. Il gaz n'atteignent suite des chocs y aurait peut-être . les paraissent pas homogènes . Malheureusement. Herschel s'était déjà préoccupé d'expliquer leurs remarquables apparences. Mais. et nous avons jusqu'ici raisonné comme si elle Tétait. à de la matière radiante leur équilibre adiabatique . puisqu'elle est plus épaisse au centre mais elle ne serait pas aussi accentuée.

Pour toutes ces raisons. . elles pourront traverser Tamas sans choc. mais arrivées à arrière et le la surface. Mais revenons à la Voie Lactée. et nous l'avons déduite des vitesses propres observées . il serait curieux d'examimer les amas connus. . de chercher à se rendre compte de la loi des densités et de voir si c'est la loi adiabatique des gaz. nous avons admis que les vitesses propres des étoiles. suivant qu'elle sera partie de la surface dans le voisinage du milieu du disque ou bien du bord du disque la vitesse serait notablement plus grande dans le dernier cas. elles Font quitté pour n'y plus revenir. en après un grand nombre de traversées. nous aurions encore une matière que Ton pourrait regarder comme gazeuse si par hasard il y avait eu dans Tamas des étoiles dont la vitesse était plus grande. Nous avons donné plus haut une valeur pour les dimensions de la Voie Lactée.LA \OIE LACTÉE ET LA TOÉORIE DES GAI 283 moyen d'arranger cela. celles que nous observons. dans ces conditions. Or. Il est clair alors qu'une masse partie sans vitesse de la surface arrivera au centre avec des vitesses différentes. doivent être comparables à celles qu'atteindraient de semblables masses. ceci entraîne un certain embarras. elles en sont sorties depuis longtemps. 13 . elles reviendront traverseront de nouveau . elle n'est pas sphérique et on se la représenterait plutôt comme un disque aplati. elles finiront par être déviées par un choc. Supposons que les étoiles de Tamas aient justement assez d'énergie pour que leur vitesse s'annule quand elles arrivent à la surface alors. jusqu'à présent.

et c'est pour cette raison qu'il plan. seule figure d'équilibre d'une masse gazeuse isolée. Et alors nous nous trouvons en présence de deux ou bien les étoiles de la Voie Lactée hypothèses sont animées de vitesses qui sont en majorité parallèles au plan galactique. de sorte que le système tendra vers la forme sphérique. un pareil équilibre ne saurait être que provisoire. car par suite des chocs. car je ne sais si une discussion systématique a été faite à ce point de vue. tst aplati comme la Terre. Ou bien le système tout entier est animé d'une lotation commune. je propres. manquent pour faire le la Terre sur Torbite . . vont acquérir à la longue des vitesses nota-^ blés dans le sens perpendiculaire à la Voie Lactée et finiront par sortir de son plan. l'observation des mouve^ ments propres doit nous révéler une prépondérance des composantes parallèles à la Voie Lactée c'est à voir. D'autre part. me borne à vous faire entrevoir la possibilité de fonder une évaluation au moins approchée sur une discussion approfondie des mouvements calcul. S'il . comme . ou du rayon du disque? Les données me.SCIENCE ET MÉTHODE S84 même qui sont du ordre de grandeur que celle de mais quelle est la dimension ainsi? Est-ce Tépaisseur? mesurée avons nous que est-ce le rayon du disque? C'est sans doute quelque chose d'intermédiaire mais que pouvons-nous dire alors de l'épaisseur elle-même. je veux dire les astres. mais d'ailleurs distribuées uniformément dans tous les sens parallèlement à ce : en est ainsi. comme Jupiter. les molécules.

lui serait donc équivalente au point de vue de l'aplatissement. éloignées . Il est vrai qu'elles sont très une nébuleuse a les dimensions de la Voie Lactée et si son rayon apparent est par exemple de 20".000 fois le rayon de la Voie Lactée. presque trop rapide pour que l'aplatissement est considérable. il faut l'équilibre stable soit possible. Les étoiles fixes. Si les nébuleuses spirales sont d'autres Voies Lactées. rapide sans doute. soit un trentième de seconde d'arc par siècle. La densité de la Voie Lactée est 10**^ fois plus faible que celle du Soleil. elles ne sont pas entraînées dans cette rotation. et on pourrait étudier leurs mouvements propres. mais sur sa rotation. étrangères à la nôtre. nous révèlent bien la rotation diurne de la Terre. 285 comme que la rotation soit rapide. Ils ne nous apprendront rien sur la rotation elle-même. si Mais cela ne fait rien. Dans cette hypothèse. les observables nous mouvements propres paraîtront uniformément distri- bués et il n'y aura plus de prépondérance pour les composantes parallèles au plan galactique. puisque nous faisons partie du système tournant. par leur mouvement apparent. une vitesse de rotation qui sera /lïP fois plus petite que celle du Soleil. bien . sera une rotation très rapide. mais il faut s'entendre sur le sens de ce mot.r VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ I>A tous corps les qui tournent. une vitesse lO^^ plus lente que celle de la Terre. Seulement. sa distance est 10. puisque ce n'est pas sur translation de notre système que nous leur la deman- dons des renseignements.

en un mot. ils celle d'Orion. la figure de la Voie Lactée serait une figure d'équilibre définitif. que ce sont. Quoi qu'il en soit. les nébuleuses généralement considérées comme spirales sont indépendantes de la Voie Lactée on admet qu'elles sont comme elle formées d'une multitude d'étoiles. et c'est là . on peut distinguer plusieurs familles comme : les nébuleuses nébuleuses planétaires et annulaires.1 ^88 SCIENCE ET MÉTHODl que leur distance soit immense. les nébuleuses spirales. Malheureusement. Au contraire. On sait que parmi les nébuleuses irrésolubles. si rapide qu'elle soit relativement. les sont discontinus. soit qu'elles aient . soit au contraire à s'en rapprocher. d'autres Voies Lactées très tée. éloignées de la nôtre. Les spectres des deux premières familles ont été irrégulières déterminés. quelque chose. la rotation possible de la Voie Lactée. et d'ailleurs les pointés sur les nébuleuses ne peuvent être très précis il faudrait donc des milliers d'années d'observations pour apprendre . ces nébuleuses ne sont donc pas formées d'étoiles . d'ailleurs leur dis- tribution sur le ciel paraît dépendre de la Voie Lac- une tendance à s'en éloigner. dans cette deuxième hypothèse. Les travaux récents de Stratonoff tendent à nous fuire regarder la Voie Lactée elle-même comme une nébuleuse spirale. est bien lente au point de vue absolu. elles font donc partie du système. Je ne discuterai pas relative de plus longtemps la valeur ces deux hypothèses parce qu'il y en a une troisième qui est peut-être plus vraisemblable.

que la rotation du noyau central soit rapide (vous savez ce que j'entends par ce mot). leur vitesse angulaire va diminuer. tous les rayons spiraux sont courbés dans . il est évident que c^est Vaile mar- chante qui est en retard sur le pivot et cela déter- mine il le sens de la rotation. alors à l'équateur la force centrifuge l'emportera sur l'at-r traction. est clair assimilées à un gaz en repos. et que le rayon vecteur augmente. expliquer les apparences si singulières présentées par les nébuleuses spirales. . il n y aurait pas un véritable mouvement permanent. ni même à un gaz en équilibre relatif sous l'empire d'une rotation uni- forme . et qui sont trop régulières et trop constantes pour être dues au hasard ? Tout d'abord. trop rapide pour l'équilibre stable. Dans cette manière de voir. il suffit de jeter les yeux sur une de ces images pour voir que la masse est en rotation on peut même voir quel est le sens èz. comme leur moment de rota- tion reste constant. et les étoiles vont tendre à s'évader par l'équateur et formeront des courants divergents . par exemple. et c'est pour cela que l'aile marchante semble en retard. Mais ce n'est pas tout que ces nébuleuses ne peuvent pas être . il faut les comparer à un gaz en mouvement permanent dans lequel régnent des courants intestins.ïla rotation. le même sens. Supposons. le noyau central perdrait constamment de la matière qui s'en irait pour ne plus revenir et se viderait progressivement.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE PES GAZ la troisième Comment 287 hypothèse dont je voulais vous parler. mais en s'éloignant.

l'étoile perd sa vitesse et finit par s'arrêter. en effet. de sorte que finalement tous les rayons finissent par tourner avec une vitesse uniforme. l'at- traction exercée sur le pivot par l'aile marchante du pivot sur l'aile marchante tend à accélérer la marche de cette aile qui n'augmente plus son retard. il faut que la force centrifuge composée soit compensée par Tattraction . si nous reprenons la comparaison avec une troupe en bataille qui exécute une conversion. A mesure qu'elle s'éloigne. elle tend à s'accentuer par cette cause* . pourquoi ces essaims cen- tripètes et centrifuges tendent-ils à se concentrer en rayons au lieu de se disséminer un peu partout ? Pourquoi ces rayons se répartissent-ils régulièrement? Si les essaims se concentrent. à ce moment ramène vers le noyau l'attraction la ressaisit et la y aura donc des courants centripètes. c'est à cause de l'attraction exercée par les essaims déjà existants sur les étoiles qui sortent du noyau dans leur voisinage. au bout d'un certain temps. D'ailleurs. Une question subsiste . On peut admettre toutefois que la rotation du noyau est plus rapide que celle tend à ralentir le pivot et celle des rayons. Il faut admettre que les courants centripètes sont au premier rang et les courants centrifuges au deuxième rang. un régime les permanent s'établit. Dès qu'une inégalité s'est produite. et. l'essaim s'étant courbé. il exercée par les couches centrales de l'essaim sur couches extrêmes.288 SCIENCE ET MÉTHODE Mais nous pouvons modifier Thypothèse.

quand on fera la seconde édition de la Carte du ciel et qu'on la comparera à la première. ni pour que la symétrie s'altère. S'il y a rotation au contraire. c'est ce qu'on pourra entreprendre dans une centaine d'années. que tous les astres soient dans deux plans rectangulaires de façon que leur distribution soit symétrique par rapport à ces deux plans. Par symétrie. Supposons qu'il n'y ait pas de rotation. Je ne suis pas en état de préciser davantage : il me suffit de vous faire entrevoir que ces formes spi::^ raies pourront peut-être être expliquées un jour en ne faisant intervenir que la loi de gravitation et des considérations statistiques rappelant celles de la théorie des gaz. Cette configuration nous donnerait donc l'équilibre. égaux entre eux et se coupant à90*.LA VOIE LACTÉE BT LA THÉORIE DES GAZ Pourquoi ment? Cela les 289 rayons se répartissent-ils régulière- est plus délicat. celle de l'âge de la Voie Lactée ou des Nébuleuses. Si ce que nous avons . Ce que je viens de vous dire des courants intestins vous montre qu'il pourra y avoir quelque intérêt à discuter systématiquement l'ensemble des mouvements propres. nous trouverons une configuration d'équilibre analogue avec quatre rayons courbes. appeler votre attention sur une question. pour terminer. cet équilibre pourra être stable. Mais je voudrais. il n'y aurait pas de raison pour qu'ils sortent de ces plans. celle que nous faisons maintenant. et si la rotation est assez rapide. mais ce serait un équilibre instable.

il ne pourra se produire qu'après un temps très long. de sorte que nos Voies Lactées ne pourront vivre éternellement ni devenir infini- ment vieilles. notre atmosphère se vide donc ainsi avec une .SCIENCE ET MÉTHOBS 290 cru voir venait à se confirmer. Considérons notre atmoà la surface doit régner une température sphère infiniment petite et la vitesse des molécules y est : voisine de zéro. mais les gaz en mouvement sont visqueux et leurs vitesses finissent par s'user. de sorte que le régime actuel pourra persister pendant un temps extrêmement long. une de ces molécules pourra acquérir (rarement il est vrai). et une fois sortie elle n'y rentrera plus. Nous en aurions également une limite supérieure. par suite des chocs. Si ces chocs sont rares. nous pourrions nous en faire une idée. si réellement la Voie Lactée (ou au moins les amas qui en font partie). Et ce n'est pas tout. et alors elle va sortir de l'atmosphère. Cette espèce d'équilibre statistique dont les gaz nous donnent le modèle ne peut grand nombre de chocs. et nous aurons Une limite inférieure de leur âge. une vitesse énorme. Ce qui correspOind ici à la viscosité (et qui dépend des chances de choc des molécules) est excessivement faible. c'est qu'elles sont très vieilles. pas toujours cependant. cet équilibre n'est pas définitif et ne saurait durer toujours. Mais il ne s'agit q le de la vitesse moyenne. Nos nébuleuses spirales seraient assimilables à des gaz animés de mouvements permanents. si s'établir qu'à la suite d'un les nébuleuses ont atteint cet équilibre.

notre minimum serait bien plus grand que cela. Eh il est certain que si nous supputons de Tâge de la Voie Lactée. Certains physiciens. estiment que les Soleils ne tres peuvent avoir qu'une existence éphémère.LA VOIE LACTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ 291 extrême lenteur. même quand la solution en semble bien lointaine. Aussi bien est-il intéressant de poser des problèmes. cette façon présente. et celles que nous voyons ne sont-elles qu'une faible minorité auprès de celles qui sont ou qui s'allumeront un jour? Mais comment que nous avons dit plus haut sur l'absence de matière obscure en proportion notable? Devrons-nous abandonner l'une des deux hypothèses. Faut-il croire que l'évolution de la Voie Lactée a commencé quand la matière était encore obscure? Mais comment les composent sont-elles arrivées toutes temps à Tâge adulte. et cela également limite sa durée. La Voie Lactée va aussi de temps en temps perdre une étoile par le même mécanisme. se fondant sur d'auconsidérations. Mais ici une difficulté se bien. cinquante millions d'années environ. âge qui doit si peu étoiles qui la en même durer? ou bien doivent-elles y arriver toutes successivement. je terminerai donc sur un grand point d'interrogation. nous allons trouver des chiffres énormes. et laquelle? Je me borne à signaler la éteintes concilier cela avec ce difficulté sans prétendre la résoudre. .

CHAPITRE II La Géodésie française. inutile ? A quoi servent les efforts qu'y dépensent les géodésiens ? Si l'on posait cette question à un parlementaire. des saécomptes et des frais inutiles. » Je voudrais essayer de vous faire une réponse un peu plus précise. Tout le monde comprend quel intérêt nous avons forme et les dimensions de notre & connaître la globe mais quelques personnes s'étonneront peutêtre de la précision que l'on recherche. j'imagine qu'il répondrait « Je suis porté à croire un luxe : que la utiles . Est-ce là . ne peuvent être entrepris sans de longues études qui épargnent bien des tâtonnements. Les grands travaux d'art. Mais une carte ne sera qu'une fantaisie sans aucune valeur si on veut la construire sans l'appuyer sur une . ceux de la paix comme ceux de la guerre. géodésie est une des sciences les plus car c'est une de celles qui nous coûtent le plus cher. Ces études ne peuvent se faire que sur une bonne carte.

si. Newton triomphait et avec lui la doctrine de la gravitation Mécanique céleste moderne. et les conquêtes de la science n'ont de valeur que si elles en préparent de nouvelles. au contraire. mesures géodé- donc. n'a que peu de prix. au xviii* siècle. Elle deviendra précieuse. Maupertuis et La Condamine affrontaient des climats si divers. sans bonne carte. de plus importantes. en recherchant la cause de cette bosse. ce n'était pas seulement pour connaître la forme de notre planète. cette découverte serait par elle-même sans grand intérêt. il s'agissait du. Nous poserons donc la question autrement : la géodésie peut-elle nous aider à mieux connaître la nature? Nous en fait-elle comprendre l'unité et l'harmonie ? Un fait isolé. pas de grands travaux publics. en effet. ici . mais ce sont des raisons propres à convaincre des hommes pratiques. ce sont les siques qui nous la donnent pas de bonne carte . cette ossature. . et toute la . sans géodésie. Eh bien quand. système du Monde ! tout entier.293 LA GÉODÉSIE FRANÇAISE un corps ossature solide. Autant faire tenir debout humain dont on aurait retiré le squelette. Ce n'est pas sur celles-là qu'il convient d'insister plus hautes et. il y en a de à tout prendre. Ces raisons suffiraient sans doute pour justifier bien des dépenses. nous avons Tespoir de pénétrer de nouveaux secrets. Si la Terre était aplatie. Si donc on venait à découvrir une petit bosse sur l'ellipsoïde terrestre. Or.

Ce n'est pas parant là un songe creux. c'est peut-être le voyage au centre de la Terre qui nous a conduits dans les régions les plus inexplorées. Notre vénéré doyen nous a. est arrivé à un résultat toutes les fait pour nous surprendre. M. c'est-à-dire la millième partie de la masse totale. Eile nous fera ainsi voir réellement ces mystérieuses régions que Jules Verne ne nous montrait qu'en imagination. et nous renseigner sur leur répartition. exercent au loin leur attraction qui agit sur le pendule et déforme le sphéroïde terrestre. en commesures. bien y a des vides. un siècle et demi après la victoire des newtonienSj croit-on que la géodésie à nous apprendre? n'ait plus rien Nous ne savons pas ce qu'il y a dans l'intérieur du globe. sous les continents. curieux de il . Les puits de mines et les sondages ont pu nous faire connaître une couche de 1 ou 2 kilomètres d'épaisseur. pour ainsi dire. il les profondeurs des roches d'une très dans a y grande densité.SCIENCE ET MÉTHODE 294 Et aujourd'hui. Paye. dans tous les cas. Sous les Océans. La géodésie peut donc les peser de loin. montré de quel côté il faut chercher et ce que le géodésien peut apprendre au géologue. au contraire. Des observations nouvelles modifieront peut-être ces conclusions dans les détails. Mais ces roches profondes que nous ne pouvons atteindre. mais qu'ya-t-il dessous? De tous les voyages extraordinaires rêvés par Jules Verne.

Les rivalités scientifiques sont toujours courtoises. Cette part. Et. maintenant. en tous cas. Ce n'est donc pas entre les nations que les rivalités s'exercent. pourquoi ai-je intitulé ce chapitre la Géodésie française ? C'est que. des Sciences qui Ce fut entreprit cette tâche. un caractère national. nul n'a mon hommes. cette science a pris. Au début du xyu!"" siècle. Nous sommes amenés ainsi à chercher quelle a été la part de la France. parce qu'elles sont toujours fécondes. L'observation directe pouvait seule trancher notre Académie la question. je crois que nous avons le droit d'en être fiers. gigantesque pour l'époque. bien entendu.295 LA GÉODÉSIE FRANÇAISB connaître et la constitution intérieure de Terre. et Cassini qui. mais si l'individu le droit œuvre. ou du moins elles sont néces- saires. croyait notre globe allongé. Pendant que Maupertuis un degré de méridien sous et Glairaut mesuraient le cercle polaire. 11 est aisé d'en apercevoir la raison. dans chaque pays. plus que toutes les autres peutet Torigine être. trompé par des mesures inexactes. Il faut bien qu'il y ait des rivalités. ceci est collaborateurs. ainsi que l'exige la théorie de la gravitation. Bou-^ . malgré de dire : entre les lui. presque toujours . la okême au penseur qui veut spéculer sur le passé de cette planète. Eh bien ! dans ces entreprises qui exigent de longs efforts et tant de s'efface. de longues discussions s'élevèrent entre les newtoniens qui croyaient la Terre aplatie.

de confortables steamers transportent. vrais navigateurs C'était à peu près la région où. . dans un pays où il y a de vraies banquises. l'agence Gook n'existait pas et Maupertuis croyait pour de bon avoir fait une expé- dition polaire. de nos jours. Les voyages n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui. Il en fut d'abord flatteries des rois sont mais les loué outre mesure aussi redoutables que leur disgrâce. Les Russes mesures analogues au Spitzberg. Nos missionnaires s'exposaient à de grandes fatigues. ces douces satisfactions arctiqnes ne connaissent pas. chaque été. dans ce temps-là. Mais ils ont de tout autres ressources. le pays un déserty et où opérait Maupertuis même il y goûta. Certes. .296 SCIENCE ET MÉTHODE guer et La Cîondamine se dirigeaient vers les mon- tagnes des Andes. Peut-être n'avait-il pas tout à fait tort. le savant avait eu le malheur de déplaire à Voltaire. quelque chose. Mais. dans des régions soumises alors à l'Espagne et qui forment aujourd'hui la République de rÉquateur. des caravanes de touristes et de jeunes Anglaises. pas les les Laponnes. Le nom de Maupertuis nous est parvenu fortement égratigné par les griffes du docteur Akakia . et la différence des temps compense bien et l^s Suédois poursuivent aujourd'hui des celle des latitudes. n'était parmi du cœur que dit-on. car les lendemains en sont terribles Voltaire lui-même en a su qui était alors le roi de l'esprit.

il ne lui manque que d*être géomètre ». et môme. flatterie Voltaire a appelé Maupertuis. C'est là méconnaître ie but de la science. comme autrefois les Argonautes. La nature est-elle gouvernée par le capricOy ou . cher aplatisseur du monde et de Cassini. tre suprême. ou de descendre de TOlympe b conseil des dieux pour contempler ses travaux. mais de son orgueil despotique. Dans son Discotiri sur la modération (il ne s'agit pas de la modératioii dans les éloges et dans les critiques). ce serait plutôt de la théorie qu'où ferait peu de cas. Alors. permettez-moi cependant quelques réflexions sur deux vers de Voltaire. mais de l'enchaîner dans diviniser. faire un asile d'aliénés. Il ne parle plus de son esprit sublime. Je ne veux pas raconter ces luttes héroï-comiques.LA GÉODÉSIE FRANC ildS 297 mon aimable maîà penser. sans nul doute. Ces deux vers (qui remplaçaient les hyperboliques louanges de la première heure) sont fo. marquis du cercle polaire. le poète a écrit : Vous avez confirmé dans des lieux pleins d ennui Ce que Newton connut sans sortir dérobez lui. Voltaire était trop éclairé pour ne pas le comprendre. doublé de >ès peu de science et de beaucoup de ridicule. Aujourd'hui. sir Isaac Maupertuis il lui a écrit « Il n'y a que le roi de Prusse que je mette de niveau avec vous. on n'estimait que les découvertes que Ton peut faire sans sortir de chez soi. Mais bientôt la scène change.Tt injustes. et. il ne parle plus de le : .

c'est donc là notre but. Maupertuis a donc droit à sa part de gloire. Mais d'où peut nous venir cette révélation. ni celle pris sa revanche au siècle suivant. La France est déchirée à l'intérieur. toutes deux seraient inutiles et sans intérêt. Dès lors. sont aussi indispensables l'un que l'autre. Nous arrivons à ce qu'on peut appeler la seconde période héroïque de la Géodésie.298 1 SCIENCE ET MÉTHODE rharmonie y règne-t-elle? voilà la question c'est quand elle nous révèle cette harmonie que la science . Négliger l'un pour l'autre serait un nonsens. a si bien Télincelle divine . . est belle et par là digne d'être cultivée. que nous devons comparer Tun à l'autre. Certes. reste encore pour servir la science. ces deux termes. Toute l'Europe est armée contre elle. Loin de là. sinon de l'accord d'une théorie avec l'expérience? Chercher si cet accord a lieu ou s'il fait défaut. la théorie serait vide. il semblerait que ces luttes gigantesques duslui en hommes de sent absorber toutes ses forces. c'étaient des hommes de foi. et si la France. ce n'est pas seulement au génie des Clairaut. Les il ce temps ne reculaient devant aucune entreprise. elle ne vaudra pas celle de Newton qui avait reçu même de son collaborateur Glairaut. des d'Alembert. des Laplace qu'elle le doit c'est aussi à la longue patience des Maupertuis et des La Condamine. Elle n'est pas à dédaigner pourtant. Isolées. devancée par l'Angleterre au xvu* siècle. parce que son œuvre était nécessaire. l'expérience serait myope. Del ambre et Méchain furent chargés de mesure! .

Mais dans le pays que Delambre traversait.LA GEODESIE FRANÇAISE 299 un arc allant de Dunkerque à Barcelone. on ne manquait pas de clochers : ments mystérieux mais s'y installer avec des instru- et peut-être diaboliques. il n'y avait plus de clochers. Méchain opérait en Espagne. servent souvent de signaux aux géodésiens. éleva alors des pyramides de planches qu'on recouvrit de toile blanche pour les rendre plus visibles. . qui se voient de si loin. Mais. l'époque est si troublée que les obstacles. et qu'on peut viser avec précision. si les expéditions sont moins lointaines. mais c'étaient des allié» qui sentaient un peu le fagot. les escadres ennemies nous en fermeraient les chemins. Delambre avait à lutter contre le mauvais vouloir de municipalités soupçonneuses. En France. osait arborer Todieux étendard de contre-révolution? Force fut de border la toile blanche de bandes bleues et rouges. Je ne sais plus quel proconsul avait passé par là. sur nos sommets récem- affranchis. Là. les périls plus cette fois en même sont tout aussi grands. les difficultés étaient autres mais elles n'étaient pas moindres. Ce Quel était ce ment la fut bien autre chose : de la toile blanche ! téméraire qui. et il se vantait d'avoir fait tomber tous les clochers qui s'élevaient orgueilleusement au-dessus de l'humble demeure des On sans-culottes. On sait que les clochers. sans espagnols étaient hostiios. n'était-ce pas un sacrilège? Les révolutionnaires étaient les alliés de TEspagne. Les pay. On ne va Laponie ou au Pérou .

écrit Méchain. . peut-être avec quelque exagération. Dégoûté et malade. à la condition de faire vinaigrer tous ses papiers. L'entreprise était bien conçue et bien préparée. toutes ces îles se défiaient des îles plus redoutable voisines et craignaient d'en recevoirle fléau. amèrement dans sa correspon- écrit-il. il venait de demander son quand il mourut. Tenfer et tous les fléaux qu'il vomit sur la terre.300 8CIENCE ET MÉTHODE Sans cesse. la guerre. Le savant français rencontra toutes sortes de difficultés dont dance. Ce furent Arago et Biot qui eurent l'honneur de rappel. » Heureusement. ces farouches Espagnols se contentèrent de me« nacer. Quelques années après. aux lettres pastorales des évéques. La peste n'était rien. la crainte de la peste était bien . Méchain expédition en Espagne : il fit une seconde se proposait de prolon- ger la méridienne de Barcelone jusqu'aux Baléares. c'était Tantisepsie du temps. Méchain n'obtint qu'après de longues semaines la permission de débarquer. première qu'on cherchait à faire franun large bras de mer en observant les signaux dressés sur quelque haute monC'était la fois chir aux triangulations tagne d'une île éloignée. grâce aux exhortations des curés. les tempêtes. on menace de venir nous égorger. « il se plaint L'enfer. la peste et les noires intrigues sont donc déchaînés contre moil » Le fait est qu'il rencontra chez ses collaborateurs plus d'orgueilleux entêtement que de bonne volonté et que mille incidents retardèrent son travail. elle échoua cependant.

le dey n'aurait rien dit. à la protection de plusieurs évêques et surtout à celle d'un célèbre chef de brigands. Ce navire est capturé par un corsaire espagnol et voilà Arago ramené en Espagne et traîné de cachot en cachot. il dut s'évader et gagner Alger. Le dey Le navire le il y avait à bord souverain africain en- menaça de la guerre. et les prisonniers furent relâchés. Arago ne put échapper à la populace qu'en se constituant prisonnier. au milieu de la vermine et dans la plus affreuse misère. Pourquoi cet étranger montait -il sur les montagnes pour faire des signauxl? C'était évidemment pour appeler Tarmée française. La prison elle-même n'était plus sûre. présent que voyait à Napoléon. Grâce à l'appui du gouvernement espagnol. moment où TEspagne entière prenait armes pour défendre contre nous son indépendance. Les journaux de ce temps-là C'était le les donnaient quelquefois des nouvelles prématurées.301 LA GÉODÉSIE FRANÇAISI reprendre Tœuvre inachevée et de la mener à bonne fin. Elles étaient heureusement terminées. Il eut du moins la consolation d'apprendre qu'il était mort avec courage et chrétiennement. les opérations avancèrent assez vite. Le . Mais deux lions. il s'embarque pour Marseille sur un navire algérien. que de ses sujets et de ses S'il ne s'était agi hôtes. il n'avait d'autre distraction que de lire dans les journaux espagnols le récit de sa propre exécution. et Biot était rentré en France quand la tem- pête éclata. Dans sa prison. Là.

nous ne sommes pas restés inactifs et notre carte d'État-major est un modèle. C'est seulement depuis une quarantaine d'années que la France a repris son rang. traversant à pied la Kabylie au milieu de mille périls. ses instruments avaient traversé sans dommage ces . qui a exécuté avec succès une entreprise vraiment audacieuse. L'opération avait réussi. non seulement la France a occupé la première place. mais elle a tenu la scène presque seule. Enfin. on a conçu des projets plus hardis encore. il put retourner avait . Pendant de longs mais. abordèrent à Bougie. en France ses observations qu'il avait conservées sous sa chemise. sur les deux rives de la Méditerranée. et les marins algériens. Arago se rendit à Alger. D'une montagne voisine de Nice. Longtemps.SCIENCE ET MÉTHODE 302 point aurait dû être correctement fait. il fut retenu en Afrique et menacé du bagne. puisqu'il y un astronome à bord mais l'astronome avait le mal de mer. le général Perrier. terribles aventures. Dans les années qui suivirent. Elle le doit à un savant officier. et. Cependant les méthodes nouvelles d'observation et de calcul nous vinrent surtout d'Allemagne et d'Angleterre. on aperçut ce mince filet de lumière qui avait parcouru 300 kilomètres au-dessus des mers. on attendit une atmosphère calme et limpide. Aujourd'hui. Jusqu'ici. on enverra . Delà. ce qui est plus extraordinaire. qui voulaient aller à Marseille. Enfin. la jonction de l'Espagne et de l'Afrique. Des stations furent installées sur quatre sommets.

l'activité de la géodésie française ne s'est pas ralentie. lés difficultés s'accroissent considérablement. après s'être réfléchi sur un miroir placé en Corse. car il doit revenir exactement ati point de départ. non plus en vue de déterminations géodésiques. Nous n'avons plus à racoîiter d'aussi mais l'œuvre scientifique étonnantes aventures accomplie est immense. Le terrritoire de la France d'outre-mer. impeccables. On est devenu de plus en plus exigeant et ce que nos pères admiraient ne nous suffit plus aujourd'hui. et je citerai aussi le pendule de M. se couvre de triangles mesurés avec précision. comme celui de la métropole.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 303 des signaux en Corse. nous sommes environnés de pièges et nous devons nous défier de mille causes d'erreur insoupçonnées. Et il ne faudra pas qu'il s'égare en route. mais le rayon lumineux devra faire te voyage aller et retour. le colonel Defforges. Nos appareils pour la mesure des bases et des angles ne laissent rien à désirer. La distance n'est que de 200 kilomètres. Là encore. Depuis. qui permet de déterminer la pesanteur avec une précision inconnue jusqu'ici. Mais à mesure qu'on recherche plus d'exactitude. mais pour mesurer la vitesse de la lumière. successivement dirigé par le général Bassot et . L'avenir de la géodésie française est actuellement entre les mains du Service géographique de l'ar- mée. la France ne s'est pas laissé distancer. 11 faut donc créer des instruments de plus en plus .

la science a toujours marché de pair avec J'ajoute qu'une le courage. Plusieurs gouvernements étrangers ont fait appel pour organiser leur service géodépreuve que Pinfluence scientifique dehors ne s'est pas affaiblie. Je citerai enfin le niveUemeut général de la France qui à nos officiers sique : c'est la . on sait que. de nos colonies. Le lever de nos côtes. quoique séparés par de grandes distances. Pour scientifiques ne féliciter. Entre les géodésiens d'autrefois. Ce sont là des qualités militaires. faire de On ne saurait trop s'en la géodésie. mais la discipline impose silence aux amours- propres trop sensibles. Il serait plus difficile de concilier les prétentions rivales de savants jaloux de leur îndépeaatdance. dans notre armée. et qui devraient cependant opérer de concert. soucieux de ce qu'ils appellent leur gloire. suffisent pas .8CIBNCE ET METBODE 304 par le général Berthaut. au France la de Nos ingénieurs hydrographes apportent aussi à rœuvre commune un glorieux contingent. Du reste. Tétude des marées leur offrent un vaste champ de recherches. L'Académie a longtemps retenti de la querelle de Bouguer et de La Condamine. organisation militaire assure l'unité d'action indispensable. Je ne veux pas dire que les militaires soient exempts de passions. il y eut souvent des ëiscussions dont quelques-unes soulevèrent de longs échos. collaborateurs et l'imposer à ses auxiliaires indigènes. il les aptitudes faut être capable de supporter de longues fatigues sous tous les climats il faut que le dbef sache obtenir Tobéissance de ses .

l'un d'eux a dû rester plusieurs mois à l'altitude de 4. elle y avait tous les droits. Les résultats obtenus ont justifié les espérances que l'on avait conçues. La mission définitive partit ensuite sous le commandement de M.LA GÉODÉSIE FRANÇAISE 305 i'exécute par les méthodes ingénieuses et précises de M. d'ailleurs. notre empire colonial leur ouvre d'immenses espaces mal explorés. Plus d'une fois. déterminé jadis par La Condamine. dans les nuages et dans la neige. Lacombe ont exé- cuté une première reconnaissance. pas été contestés et notre gouver- nement a tenu à MM. puisque nos ancêtres avaient fait. en tra- versant des pays difficiles et en gravissant les som- mets a fait les plus escarpés. Ces droits n'ont. et la rapidité les capitaines avec laquelle ils Maurain et ont accompli leur mission. nous sommes sûrs de Tavenir. Lallemand. prési- République de l'Equateur.000 mètres. Arec de tels hommes. Ce n'est pas tout l'Association géodésique internationale a reconnu la nécessité d'une : mesure nouvelle de Tare de Quito. les exercer. du reste. la conquête scientifique des Cordillères. Mais nos officiers ont rencontré des difficultés imprévues dues au climat. les hommes de fer. mérite tous les éloges. le lieutenant-colonel (alors commandant) Bourgeois. le général Alfaro. Le travail ne leur manquera pas. pour ainsi dire. sans rien aperdent de la . qui les a surnommés « los hombres de hierro ». Elle l'admiration de M. C'est la France qui a été chargée de cette opération .

titude il n'en est résulté qu'un un surcroît de dépenses. Mais. sans que des mesures ait eu à en souffrir. retard et l'exac- . grâce à leur persévé- rance et à leur courage.306 SCIENCE ET UËTHODB cevoir des signaux qu'il avait à viser et qui refusaient de se démasquer.

Je Tai expliqué d'abord par des considérations générales. un aussi. et j'ai choisi naturellele plus étudiées.tX)NCLUSIONS GÉNÉRALES Ce que j'ai cherché à expliquer dans les pages qui comment le savant doit s'y prendre précèdent. D'autres que moi auraient sans doute fait un choix mais peu importe. ils ne nous enseignent rien qu'eux-mêmes. Le savant qui les a constatés n'a rien appris qu'un différent . j'ai dû ment questions que j'avais les faire choix. les uns sont sans portée. qui est le principal instrument de la solution. c'est pour choisir entre les faits innombrables qui s'ofTrent à sa curiosité. car je crois qu'ils seraient arrivés aux mêmes conclusions. Je l'ai expliqué ensuite par des exemples je ne les ai pas multipliés à Tinfini moi . puisque aussi bien la naturelle infir- mité de son esprit l'oblige à faire un choix. . en rappelant d'une part la nature du problème à résoudre et d'autre part en cherchant à mieux comprendre celle de l'esprit humain. . bien qu'un choix soit toujours un sacrifice. Il y a une hiérarchie des faits .

d'autre a. ce sont les faits complexes. Et c'est là ce qui arrive le plus souvent. chacun d'eux nous enseigne une loi nouvelle. Sans doute un esprit plus vaste et plus fin que le nôtre en jugerait-il différemment. Mais je devrais dire plutôt que ce sont les faits que nous jugeons complexes. Sans doute cette classification est relative et déla faiblesse de notre esprit. soit qu'ils le soient réellement. Les . parce que les circonstances multiples dont ils dépendent obéissent aux lois du hasard et arrivent ainsi à se compenser mutuellement. parce qu'ils ne sont influencés que par un petit nombre de circonstances bien définies. soit qu'ils prennent une apparence de simplicité. part. Mais peu importe. des faits à grand rendement. c'est du nôtre. y fois. Ces faits-là. c'est à ceux-ci que le puisqu'il faut faire savant doit s'attacher. parce que Tenchevêtrement de ces circonstances dépasse la portée de notre esprit. Et un choix. sur lesquels des circonstances multiples peuvent exercer pend de une influence sensible. et n'est faits une Il pas devenu plus capable de prévoir des nouveaux. ce n'est pas de cet esprit supérieur que nous pouvons nous servir. Les faits à grand rendement. pour que nous puissions toutes les discerner. Les faits à petit rendement.6CIENCE ET MÉTHODE 308 fait. ce sont ceux que nous jugeons simples. circonstances trop nombreuses et trop diverses. Et c'est ce qui nous a obligés à examiner d'un peu près ce que c'est que le hasard. semble-t-il se produisent mais ne sont pas destinés à se renouveler.

mais aux sciences mathématiques. qui se découragerait devant l'extraordinaire complication des problèmes où ces ne sont pas applicables. lois et à rechercher les faits susceptibles de conduire à une loi. différente à bien des égards de Tinduction physique. seraient réduits à une égaie impuissance. de l'espace celui de l'adolescent à qui les maîtres de l'enseignement secondaire dévoilent les premiers principes de la science et cherchent à faire tinctive . deviennent accessibles au savant. La méthode de démons* tratîon n'est pas la même pour le physicien et pour le mathématicien. mais procédant . et sous trois formes l'esprit du mathématicien inventeur et créateur. j'ai montré à l'œuvre l'esprit du mathématicien. Pour mettre c« point en évidence. si j'ose m'exprimer ainsi. celui du géomètre inconscient qui chez nos lointains ancêtres. elles consistent à remonter du fait à la loi. le vrai raisonnement mathématique est une véritable induction. Dans un cas comme dans l'autre. ou dans les brumeuses années de notre enfance. comprendre les définitions fondamentales. nous a construit notre notion ins. Mais les méthodes d'invention se ressemblent beaucoup. Et dans la démonstration elle-même. Partout nous avons vu le rôle de Tintuition et de l'esprit de généralisation sans lequel ces trois étages de mathématiciens. Nous avons vu que ces considérations s'appliquent non seulement aux sciences physiques. la logique n'est pas tout.CONCLUSIONS GÉNÉRALES faits où les lois 309 du hasard s'appliquent.

Il y a des faits communs à plusieurs sciences. Pourquoi ? C'est parce qu'à mesure que ces sciences se sont développées. l'Optique et TAstronomie. Les exemples que j'ai empruntés aux science» physiques nous ont montré des cas très divers de faits à grand rendement. . nous avons mieux reconnu les liens qui les unissaient. Ce sont toujours des faits simples qu'il faut choisir. Et quand les sciences n'ont pas de lien direct. Tous les pour renverser cet ordre et pour ramener l'induction mathématique aux règles de la logique n'ont abouti qu'à des insuccès. Et alors nous pouvons faire le choix des faits avec plus de discernement que nos devanciers qui regardaient ces bassins comme distincts et séparés par des barrières infranchissables.SCIENCE ET MÉTHODE 310 au général. elles s'éclairent encore mutuellement par l'analogie. et alors nous avons aperçu une espèce de dessin général de la carte de la science universelle. mal dissimulés par l'emploi d'un langage inaccessible comme efforts elle du qu'on a particulier faits au profane. Une expérience de Kaufmann sur les rayons du radium révolutionne à la fois la Mécanique. qui semblent la source commune de cours d'eau divergeant dans toutes les directions et qui sont comparables à ce nœud du Saint-Gothard d'où sortent des eaux qui alimentent quatre bassins différents. mais parmi ces faits simples nous devons préférer ceux qui sont placés à ces espèces de nœuds du Saint-Gothard dont je viens de parler.

et que ces faits qui ne semblaient intéressants que pour le physicien. sur son avenir. cette petite bosse serait par elle-même sans grand intérêt. ouvriront bientôt des horizons nouveaux à l'Astronomie qui ne s'y attengaz. c'est là mais c'est un fait seulement parce que cela lui révèle l'existence d'une petite bosse sur le géoïde terrestre. . mais parce que cette bosse lui donne des indications sur la distribution de la matière à l'intérieur du globe et par là sur le passé de notre planète. Win . Timage de la Voie Lactée. Et enfin quand le géodésîen voit qu'il faut dépla- un un bien à grand rendement. à un certain point de vue. puisque les gaz sont. petit fait. non cer sa lunette de quelques secondes pour viser signal qu'il a planté à grand'peine. sur les lois de son développement.CONCLUSIONS GÉNÉRALES Quand on a 311 étudié les lois auxquelles obéissent les on savait qu'on s'attaquait à un fait de grand rendement et pourtant on estimait encore ce rendement au-dessous de sa valeur. dait guère.

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— — — III. — Le choix des — L'avenir des Mathématiques — L'invention mathématique IV. III. • .TABLE DES MATIÈRES *^1 INTRODUCTION LIVRE PREMIER LE SAVANT ET LA SCIENCE Chap. — Le hasard !•'. IL faits . 64 II LE RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE Chap. — Les derniers des Logisticient Chap. — La Relativité de l'Espace — Les définitions mathématiques 95 et l'Ensei- gnement 123 — Les Mathématiques et Logique — lY. ^ LIVRE . la efforts 152 172 • . 192 . 7 i9 • 43 . — Les Logiques nouvelles — Y. L — n.

. III. — La Mécanique nouvelle et TAstronomie. 255 • • • 273 231 « LIVRE IV LA SCIENCE ASTRONOMIQUE \ Chap. . . • . II. IL — La voie lactée et — La Géodésie française. — I. — La Mécanique et le Radium.. .. •• .314 TABLE DES MATIERE! LIVRE in LA MÉGANIQUE NOUVELLE Page» Ghaf. • 290 307 . . . 215 * . . CONCLUSIONS GÉNÉRALES la tliéorie des gaz. . • j • — La Mécanique et l'Optique. — — I.

. — IMP. HEUMERLi ET c".8339-12-19 — - PARIS.

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