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Alexis de Tocqueville- De la démocratie en Amérique

Tome I (1848)-Première partie

Chapitre 4- DU PRINCIPE DE LA SOUVERAINETÉ DU PEU EN AMÉRIQUE-

L’auteur commence le chapitre en nous disant que lorsqu'on veut parler des lois
politiques des États-Unis, c'est toujours par le dogme de la souveraineté du peuple qu'il faut
commencer. Ce principe est partout et domine toute la societe americaine. La volonté
nationale est un des mots dont les intrigants de tous les temps et les despotes de tous les âges
ont le plus largement abusé. S'il est un seul pays au monde où l'on puisse espérer apprécier à
sa juste valeur le dogme de la souveraineté du peuple, l'étudier dans son application aux
affaires de la société et juger ses avantages et ses dangers, ce pays-là est assurément
l'Amérique.
Ensuite, avec la Revolution Americaine, le dogme de la souveraineté du peuple est
sortit de la commune; toutes les classes se sont compromis pour sa cause; on avait combattit
et on avait triomphe en son nom; il est devenu la loi des lois. Un changement presque aussi
rapide s'effectua dans l'intérieur de la société. La loi des successions acheva de briser les
influences locales. Par exemple, l'État du Maryland, qui avait été fondé par de grands
seigneurs, proclama le premier le vote universel et introduisit dans l'ensemble de son
gouvernement les formes les plus démocratiques. Lorsqu'un peuple commence à toucher au
cens électoral, on peut prévoir qu'il arrivera, dans un délai plus ou moins long, à le faire
disparaître complètement. C'est là l'une des règles les plus invariables qui régissent les
sociétés. Les concessions se succèdent sans relâche, et l'on ne s'arrête plus que quand on est
arrivé au suffrage universel. Alors, la société americaine agit par elle-même et sur ellemême.Il n'existe de puissance que dans son sein. Le peuple participe à la composition des lois
par le choix des législateurs, à leur application par l'élection des agents du pouvoir exécutif;
on peut dire qu'il gouverne lui-même. Le peuple règne sur le monde politique américain
comme Dieu sur l'univers. Il est la cause et la fin de toutes choses; tout en sort et tout s'y
absorbe.

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que partout où il y a des hommes réunis. dont l'ensemble forme le grand corps de l'Union. l'autre.CHAPITRE V-Nécessité d'étudier ce qui se passe dans les États particuliers avant de parler du gouvernement de l'Union Une première difficulté de la democratie americaine se présente: les États-Unis ont une Constitution complexe. vingt-quatre petites nations souveraines. Ce sont. qui ne s'applique qu'à certains intérêts généraux. exceptionnel. mais nulle part il n'exerce sa puissance plus immédiatement. Au premier. quant à l'aspect extérieur des institutions. Dans la commune comme partout ailleurs. C'est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. le peuple est la source des pouvoirs sociaux. Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre. degré se trouve la commune. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science. CIRCONSCRIPTION DE LA COMMUNE La commune de la Nouvelle-Angleterre compte en général de deux à trois mille habitants . habituel et indéfini. qui répond aux besoins journaliers de la société. mais elle n'a pas l'esprit de la liberté. il se forme de soi-même une commune. on y voit deux gouvernements complètement séparés et presque indépendants: l'un. est un maître auquel il a fallu complaire jusqu'aux dernières limites du possible. 2 . enfin l'État. Les États qui composent de nos jours l'Union américaine présentent tous. Les institutions communales de la Nouvelle-Angleterre forment un ensemble complet et régulier. plus haut le comté. L’auteur chosit en suite une cas exemplaire. DU SYSTÈME COMMUNAL EN AMÉRIQUE La commune est la seule association qui soit si bien dans la nature. d'un autre côté. Le peuple. on y remarque deux sociétés distinctes engagées. elle n'est donc point assez étendue pour que tous ses habitants n'aient pas à peu près les mêmes intérêts. en un mot. elles la mettent à la portée du peuple. elle est assez peuplée pour qu'on soit toujours sûr de trouver dans son sein les éléments d'une bonne administration. en Amérique. elles sont anciennes. un des États de la Nouvelle-Angleterre. le même spectacle. et. elles sont fortes par les lois et elles exercent une influence prodigieuse sur la société entière.

Il n'y a point de conseil municipal. On compte en tout dix-neuf fonctions principales dans la commune. après avoir nommé ses magistrats. L’auteur demande ensuite pourquoi obéit-il un citoyen à la société.Dans la Nouvelle-Angleterre. et quelles sont les limites naturelles de cette obéissance ? Il obéit à la société. la majorité agit par représentants lorsqu'il faut traiter les affaires générales de l'État. Fait-il un règlement de police. Chez les nations où règne le dogme de la souveraineté du peuple. et ils ne sont rémunérés qu'en proportion de ce qu'ils ont fait. par exemple. il est resté maître: il est libre et ne doit compte de ses actions qu'à Dieu. la vie politique a pris naissance au sein même des communes. mais aussi la plupart d'entre elles sont rétribuées. il est donc devenu sujet. non point parce qu'il est inférieur à ceux qui la dirigent. les dirige lui-même dans tout ce qui n'est pas l'exécution pure et simple des lois de l'État . Dans cette partie de l'Union. s'ils omettent de le faire. il obéit à la société. Dans tout ce qui ne regarde que luimême. Chaque individu est donc aussi fort qu'aucun autre de ses semblables. Veut-il organiser 3 . La loi de l'État les charge. d'accepter ces différentes fonctions. préposés à certains détails administratifs importants. afin que les citoyens pauvres puissent y consacrer leur temps sans en souffrir de préjudice. on pourrait presque dire qu'à son origine chacune d'elles était une nation indépendante. ils se rendent coupables d'un délit. de former les listes électorales. la commune n'est pas maîtresse de lui fermer son territoire. sous peine d'amende. et participe également au gouvernement de l'État. Dans tout ce qui concerne les devoirs des citoyens entre eux. chaque individu forme une portion égale du souverain. le corps des électeurs. Les fonctions publiques sont extrêmement nombreuses et fort divisées dans la commune. chaque acte de leur ministère a un prix. L'État veut-il ouvrir une route. cependant la plus grande partie des pouvoirs administratifs est concentrée dans les mains d'un petit nombre d'individus élus chaque année et qu'on nomme les select men . L'assemblée communale choisit en même temps une foule d'autres magistrats municipaux . dans toutes les choses qui sont abandonnées à la direction du pouvoir communal. En général. Mais. parce que l'union avec ses semblables lui paraît utile et qu'il sait que cette union ne peut exister sans un pouvoir régulateur. Chaque habitant est contraint. ou moins capable qu'un autre homme de se gouverner luimême. les select men sont les exécuteurs des volontés populaires comme parmi nous le maire est l'exécuteur des délibérations du conseil municipal. L’auteur reprend ensuite l’idee que le principe de la souveraineté du peuple plane sur tout le système politique des Anglo-Américains. la commune doit l'exécuter.

la commune prête ses fonctionnaires au gouvernement. ne fait que décréter un principe. il s'y intéresse. mais c'est la commune qui la répartit et la perçoit. il place en elle son ambition et son avenir. la commune est tenue de créer les écoles voulues par la loi. à vrai dire. votée par la législature. une circonscription arbitraire. parce qu'il concourt à la diriger. 4 . Chaque comté a une cour de justice . en l'imposant. un shérif pour exécuter les arrêts des tribunaux. une prison qui doit contenir les criminels. Cela seul fait comprendre à quel degré les deux sociétés diffèrent. mais le gouvernement de l'État. parce qu'il n'a pas à s'y plaindre de son sort. ni communauté d'existence. parmi nous. il est vrai. il l'aime. parce qu'elle est forte et indépendante. Il n'est créé que dans un intérêt purement administratif. Cette obligation est étroite. Ainsi. non pas tant parce qu'il y est né que parce qu'il voit dans cette commune une corporation libre et forte dont il fait partie.Le comté n'a donc point. Aux États-Unis on pense avec raison que l'amour de la patrie est une espèce de culte auquel les hommes s'attachent par les pratiques. comme à ce dernier. l'existence d'une école est imposée. Ainsi. On lui a tracé.l'instruction sur un plan uniforme dans toute l'étendue du pays. la taxe est. DU COMTÉ DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE Le comté américain a beaucoup d'analogie avec l'arrondissement de France. le gouvernement central prête ses agents à la commune. la commune rentre en général dans tous ses droits d'individualité. mais c'est la commune qui la bâtit. et qui mérite la peine qu'on cherche à la diriger. L'habitant de la Nouvelle-Angleterre s'attache à sa commune. La commune de la Nouvelle-Angleterre réunit deux avantages: l'indépendance et la puissance. en Amérique. pour son exécution. d'existence politique. L'habitant de la Nouvelle-Angleterre s'attache à sa commune. la paie et la dirige. il forme un corps dont les différentes parties n'ont point entre elles de liens nécessaires et auquel ne se rattachent ni affection ni souvenir.