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Drogue

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(juin 2008)
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Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d'altérer une ou plusieurs
activités neuronales et/ou de perturber les communications neuronales. La consommation de
drogues par l'homme afin de modifier ses fonctions physicologiques ou psychiques, ses réactions
physicologiques et ses états de conscience n'est pas récente. Certaines drogues peuvent engendrer
une dépendance physique ou psychologique. L'usage de celles-ci peut avoir pour conséquences des
perturbations physiques ou mentales.
Le terme « drogue » recouvre essentiellement deux aspects : la nature des effets biologiques que la
drogue induit d'une part et, d'autre part, les rapports que celui qui la consomme entretient avec elle.
Il faut qu'un composant chimique donné soit consommé pour qu'il puisse répondre à l'appellation de
« drogue ». Le mode et la fréquence de consommation influe directement sur l'accoutumance ou la
dépendance au produit.
Un système de régulation de la production, du commerce et de la consommation des drogues a été
mis en place au cours du XXe siècle. Les règles édictées par les États tiennent compte des
implications politiques, sociales et sanitaires de la consommation de drogues et déterminent la
réglementation de leur usage ou leur interdiction. Une politique de prohibition plus ou moins
généralisée a également été mise en place pour les produits stupéfiants. La législation mise en place
permet donc elle aussi de préciser la notion de drogue.Sommaire [masquer]
1 Étymologie
2 Quelles notions sont recouvertes par le terme « drogue » ?
2.1 Les représentations collectives de la drogue
2.2 Les différentes acceptions
2.3 Expressions dérivées
2.3.1 Drogue perceptuelle et drogue cognitive
2.3.2 Opposition drogue licite - drogue illicite
2.3.3 Drogue récréative
2.3.4 Usage détourné
3 Histoire
4 Typologie des drogues
4.1 Opposition drogue douce - drogue dure
4.2 Opposition drogue de synthèse - drogue naturelle
5 Implications socio-sanitaires de la consommation de drogue
6 Politique de prohibition des drogues
7 Géo-économie de la drogue
8 Annexes
8.1 Notes et références
8.2 Bibliographie
8.3 Pour aller plus loin
8.3.1 Articles connexes
8.3.2 Liens externes
Étymologie
L'étymologie du terme est imprécise. Pour la plupart des ouvrages modernes1, le terme « drogue »
provient du terme néerlandais « droog » (matière sèche)2. Pour Claude Saumaise et Gilles Ménage
ce mot dérive de « droga » fait à partir du persan « droa » (odeur aromatique).1 Certains pensent que
ce mot pourrait venir aussi de l'hébreu « rakab » (parfum)3 ou de l'arabe « drâwa » (balle de blé).1
En 1752, dans le dictionnaire de Trévoux, le terme drogue est défini comme « un terme général de
marchandise d'épicerie de toute sorte de nature, et surtout des pays éloignées, lesquelles servent à la
médecine, aux teintures et aux artisans ». Selon, ce dictionnaire le terme désigne aussi « des choses
de peu de valeurs qu'on veut mettre en commerce ». 1 Les drogues étaient donc des matières
premières (plantes exotiques, c’est-à-dire épices, produits pharmaceutiques ou autres) mises en
ventes par les herboristeries et les drogueries. Pour l'Académie nationale de pharmacie, une drogue
est tout produit ayant quelque propriété médicamenteuse, employé à l'état brut, tel qu'il existe dans
la nature, ou après des opérations matérielles qui n'exigent aucune connaissance pharmaceutique.
Selon l'origine de la drogue, il sera question de drogue végétale ou de drogue animale. Dans la suite
de cet article, ne sera développée que l'acception plus récente du terme « drogue » et qui ne concerne
que les effets psychotropes d'une substance.
Quelles notions sont recouvertes par le terme « drogue » ?
L'usage du terme « drogue » peut prêter à confusion car il relève d'une sémantique multiple4. La
prise en compte de plusieurs paramètres permet de mieux cerner la notion de drogue. Pour Pierre-
Arnaud Chouvy, « la drogue est tout d'abord un produit d'origine animale, végétale ou synthétique,
qui, introduit dans l'organisme par quelque moyen que ce soit, a sur celui-ci des effets
biodynamiques, et qui peut, dans certains cas, créer une accoutumance plus ou moins grave »4.
La notion de drogue, en plus d'être caractérisée par des éléments biochimiques, est également
caractérisée par la législation internationale sur les stupéfiants. La première convention
internationale sur le sujet s'est tenue en 1909 à Shanghai et concernait surtout l'opium et ses dérivés.
De nombreuses conférences internationales se sont tenues (conventions internationales de 1961,
1971 et 1988), et ont permis de réguler la production, le commerce et la consommation des produits
définis comme « stupéfiants ». Cependant, les contours du terme restent flous, puisque la nature de
l'emploi d'une même substance peut déterminer son caractère licite ou illicite4.
Le terme « drogue » recouvre donc plusieurs aspects : la nature des effets biologiques que la drogue
induit d'une part, et d'autre part les rapports que celui qui la consomme entretient avec elle. Il faut
qu'un composé chimique donné soit consommé pour qu'il puisse répondre à l'appellation de « drogue
». C'est le mode et la fréquence de consommation qui créé l'accoutumance ou la dépendance au
produit. On peut donc penser que c'est le consommateur (à travers ses modes de consommation),
plus que le produit qui détermine quelle substance sera, pour lui, une drogue5. Un troisième élément
permettant de définir une drogue sont les normes imposées par une société donnée. Ces trois
éléments permettent d'appréhender la drogue comme un phénomène de société4.
On constate grâce à ces éléments qu'un même produit peut occuper des places différentes dans des
systèmes de valeurs et de modes de vie différents. En conséquence, le même produit peut devenir
une panacée ou un fléau pour une société. Le cas de la coca permet d'illustrer ce propos : elle
représente une menace pour les États-Unis, alors qu'elle symbolise l'identité culturelle bolivienne
pour les boliviens6.
Cette différence d'approche d'un même produit est liée à la notion de tolérance socioculturelle, selon
laquelle dans un pays où une substance est produite, un état d'équilibre relatif s'installe entre cette
substance et les usagers où elle est intégrée dans un rituel social, mystique ou religieux. Ce rituel
s'accompagne d'une tradition de l'usage du produit véhiculant des prescriptions d'utilisation, les
quantités à utiliser, les dangers relatif à l'usage1.
Au vu de ces éléments anthropologiques, il est donc nécessaire de prêter attention aux divers
systèmes de valeurs dans lesquels sont intégrés les produits psychoactifs. Chouvy pense que les
différentes utilisations et perceptions des drogues sont caractérisées par des recours à des références
à la tradition et à la modernité qui peuvent être contradictoires4. Tradition et modernité désignent ici
des mouvements historiques ; ce qui impose également de faire preuve d'un relativisme historique
quand on souhaite traiter des problématiques liées à la drogue. Ce relativisme historique est aussi
important que le relativisme culturel évoqué plus haut4.
Les représentations collectives de la drogue
Dans les années 1960 et notamment dans les sociétés occidentales, le terme drogue prend
progressivement un sens péjoratif synonyme du terme stupéfiant2,7,8,9 se limitant aux psychotropes
illégaux710 (par exemple dans « trafic de drogue »). Ce glissement du sens du terme est attribué à la
mise en place des législations internationales et à l'émergence d'un phénomène massif de
toxicomanie. Dans cette vision légaliste, l'alcool ou le tabac ne sont donc pas considérés comme des
drogues malgré les comportements compulsifs qu'ils peuvent induire.
Ce sens péjoratif est renforcé par un imaginaire populaire nettement différent entre l'alcool, les
médicaments psychotropes et les drogues où l'usage ancestral et chamanique des psychotropes
s'efface en quelques décennies au profit d'une imagerie négative symbolisée par quatre
représentations déchéance, compulsion, irresponsabilité et animalité11
L'évolution linguistique décrite précédemment témoigne d'une rupture culturelle quant au rapport
aux substances psychotropes8. En effet, le rapport entre l'homme et les drogues est considéré
comme un phénomène anthropologique majeur4.
Pour R.E Schultes et A. Hofmann, il semble évident que l'utilisation des « plantes à drogue » 12
remonte aux premiers pas de l'homme dans la connaissance de son environnement végétal. Ces
plantes permettent alors à l'homme de rentrer en contact avec un autre monde, le monde des esprits,
un royaume surnaturel13. C'est de cette division que naitra une division entre le monde sacré et le
monde profane. Les rapports qu'entretient l'homme avec les drogues ont influencé l'élaboration de
systèmes de valeurs, en établissant par exemple « un ordre spatial à la surface de la terre en
correspondance avec un ordre cosmique, surnaturel, idéologique qui fait partie intégrante de leur
patrimoine culturel »14.
Les traces d'utilisation de plantes hallucinogènes remontent si loin dans la préhistoire que certains
auteurs15,16 estiment que l'idée de Dieu aurait pu apparaître chez les hommes à la suite
d'expériences hallucinatoires4.
La notion de drogue ne peut être séparée des contextes culturels au sein desquels elle évolue. En
effet, les représentations collectives que des sociétés culturelles se font d'un seul et même produit
peuvent se révéler diamétralement opposées. Chouvy souligne de plus que le relativisme est de
rigueur quand on aborde la notion de drogue, et qu'il faut distinguer les représentations collectives,
qui sont partiales, partielles et contradictoires, des réalités objectives, qui se traduisent par des
données objectives, mais qui sont insuffisantes4.
Les différentes acceptions
La notion de drogue peut être utilisée pour recouvrir plusieurs réalités, qui prennent en compte la
relation particulière qu'entretient un individu ou une nation avec un produit considéré4.
Certains organismes définissent la drogue comme étant un synonyme du terme scientifique
substance psychoactive, expression neutre sans connotation juridique17.
En France, l'Académie Nationale de médecine adopte la définition suivante du terme drogue :
« Substance naturelle ou de synthèse dont les effets psychotropes suscitent des sensations
apparentées au plaisir, incitant à un usage répétitif qui conduit à instaurer la permanence de cet effet
et à prévenir les troubles psychiques (dépendance psychique), voire même physiques (dépendance
physique), survenant à l'arrêt de cette consommation qui, de ce fait, s'est muée en besoin.[...] En
aucun cas le mot drogue ne doit être utilisé au sens de médicament ou de substance
pharmacologiquement active18. »
L'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) propose la définition suivante
pour le terme « drogues » :
« produit psychoactif naturel ou synthétique, utilisé par une personne en vue de modifier son état de
conscience ou d’améliorer ses performances, ayant un potentiel d’usage nocif, d’abus ou de
dépendance et dont l’usage peut être légal ou non "19 »Les professeurs david Cohen et Guilhème
Pérodeau rappelle que : "En d'autres termes, aucune caractéristique chimique ne peut distinguer
entre un psychotrope appelé " drogue " et un autre appelé " médicament "20.Pour l'Institut de santé
publique belge une drogue est une substance psychoactive utilisée à des fins non-médicales21.
Juridiquement, le terme « drogue » renvoie aux substances illicites par opposition à d’autres
substances telles l'alcool, la nicotine ou les médicaments psychotropes22.
Le terme drogue est parfois utilisé par extension pour qualifier produit causant un comportement
compulsif incluant une dépendance ; on parle alors de toxicomanie. De plus, le terme « drogue » est
également utilisé pour désigner l'objet d'une addiction (des comportements répétés et supposés par le
sujet prévisibles, maîtrisables). On peut citer par exemple les achats compulsifs, la dépendance à
Internet, les dépendance au jeu vidéo, le jeu pathologique, la sexualité ou le surentraînement
sportif23,24.
Expressions dérivées
Le dictionnaire de Trévoux définit aussi le substantif « drogueur » (qui fournit, qui vend des
drogues), disparu depuis, et le verbe « droguer » (donner ou prendre des médicaments).1
Les nombreux glissements successifs du champ sémantique du terme « drogue » indiquent que son
usage renvoie à des notions subjectives. Ainsi, le glissement sémantique de la locution « être drogué
», qui induit l'idée que c'est le produit qui dirige l'usager - même s'il a pu être drogué à son insu -
vers la locution « être un drogué » qui assimile l'usager à son « vice », montre le passage d'un
qualificatif (être quoi ? drogué) à un substantif (être qui ? un drogué). Cette évolution montre
comment l'usager ne devient qu'une représentation de son produit, réduit à un simple objet, il est
plus facile à stigmatiser.8
Drogue perceptuelle et drogue cognitive
Il existe des substances qui ne sont pas considérées comme des substances psychoactives, mais qui
ont cependant un effet non-fonctionnel et direct sur le système nerveux qui affecte l'état mental
d'une personne ; ces substances sont appelées « drogues perceptuelles »25. Un exemple de drogue
perceptuelle peut être la saccharine, qui a les mêmes effets sur le système nerveux que le fructose ou
le lactose, mais sans être un glucide (il n'a donc pas de valeur nutritionnelle).
En étendant la notion de drogue perceptuelle, on peut se rendre compte que nombre d'autres stimuli
peuvent produire des effets perceptuels qui ne sont pas associés à un bénéfice de la personne qui
perçoit ces stimuli, comme c'est le cas de la pornographie par exemple25.
Lorsqu'un individu est motivé pour lire un texte, qui peut alors lui procurer certaines sensations
(comme cela peut être le cas avec la lecture de textes pornographiques), on peut parler de drogue
cognitive. L'effet de cette drogue dépend alors de ce qu'on lit et de ce qu'on comprend25.
Opposition drogue licite - drogue illicite
Les termes drogue licite et drogue illicite sont utilisés depuis la mise en place des diverses
législations sur les psychotropes26.
Une drogue illicite est une drogue dont la consommation et la vente sont interdites par la loi d'un
pays. Le caractère illicite de certaines drogues varie d'une législation (et donc d'un pays) à l'autre. Le
cannabis, par exemple, est illicite en France mais autorisé sous réglementation stricte à la vente et à
la consommation aux Pays-Bas.
Cette distinction entre les deux termes s'attache aux substances psychotropes consommées dans un
but non-thérapeutique et susceptible d'induire une dépendance en les différenciant sur leur statut
légal.
Les drogues appelées drogues licites désignent les substances psychotropes dont la consommation et
la vente ne sont pas interdites par la loi d'un pays. Par drogue licite, on désigne en général l'alcool, le
tabac, le café, les médicaments psychotropes ou les solvants organiques.
La distinction « drogues illicites » et « drogues licites » introduite ci-dessus ne saurait induire en
aucune manière une distinction de fait entre « drogue dangereuse » (et/ou potentielllement létale) et
« drogue inoffensive » (et/ou non potentiellement létale). En d'autres termes, une drogue licite peut
être tout aussi dangereuse (ou pas) qu'une drogue illicite : il doit être bien clair que la distinction de
ce paragraphe n'aborde en aucun cas cette distinction ni ne la sous-entend.
Drogue récréative
Le terme de drogue récréative est un terme dérivé de l'expression usage récréatif, qui désigne avant
tout l'environnement de consommation. L'usage intervient alors dans une optique festive, l'effet
désinhibant des psychotropes étant recherché par les usagers.
Ce terme désigne une consommation occasionnelle et modérée n'entraînant aucune complication
pour la santé ou le comportement27. Cette consommation récréative s'oppose ainsi à la notion de
consommation problématique qui définit la toxicomanie.
Le fait de présenter les psychotropes illégaux comme des substances récréatives est considéré
comme incitatif car occultant les problèmes de marginalisation qu'un usage abusif de ces produits
peut induire[réf. nécessaire]. C'est le cas notamment en France où l'incitation à l'usage de
psychotrope illégaux est pénalement répréhensible28.
Usage détourné
Le terme usage détourné désigne l'utilisation d'un médicament en dehors d'indications
thérapeutiques. Il s'applique à l'usage de médicaments dans le cadre du dopage mais aussi à
l'utilisation de psychotropes pour modifier volontairement l'état de conscience. Ce terme induit un
jugement moral. L'usage détourné désigne souvent l'usage de sédatifs, d'opiacés ou de stimulants à
des fins non-médicales, comme ce peut être le cas avec la buprénorphine, la kétamine, la morphine,
ou d'autres.
Histoire
Article détaillé : psychotrope.
Les drogues ont toujours et partout existé29. La culture du pavot à opium était par exemple connue
en Mésopotamie 4 000 ans avant l'ère chrétienne, l'utilisation de la feuille de coca est attestée en
Équateur et au Pérou en 2 100 et 2 500 av. J.-C. et la référence la plus ancienne connue aux usages
psychoactifs du cannabis date de 2 700 av. J.-C. en Chine30.
L'extension géographique des plantes alcaloïdes a en partie déterminé leur utilisation par les
hommes, qui ont pu découvrir ou répandre leur utilisation au cours des migrations. Ainsi, même les
régions les moins pourvues en plantes psychoactives ont tout de même connu très tôt l'offre de
drogues diverses et variées par le mécanisme des échanges29.
Au XVIIe siècle apparait la notion de « substance vicieuse », proposée par l'économiste Jean-
Baptiste de Montyon, qui, au cours d'une réflexion sur la fiscalité, propose de taxer les
comportements immoraux31. À la fin du XIXe siècle, Thomas Larchevêque, dans une thèse
consacrée au monopole du tabac, définit les substances vicieuses comme des biens dont « la
consommation nuisible ou au moins inutile ne procure aucun avantage à l'organisme et qui ne sont
que des excitants pernicieux du système nerveux »32.
Ce qui est qualifié de drogue au cours du XXe siècle ressort de la catégorie des « substances
vicieuses », définies pour la première fois au siècle précédent33.
L'histoire, la géographie, la localisation, la diffusion et la consommation des drogues changent
brusquement à partir du XIXe siècle avec les progrès de la pharmacologie et de la médecine
allopathique, ainsi que l'expansion de la civilisation industrielle et de l'internationalisation des
échanges 34.
La notion de drogue s'applique alors aux principes actifs et conserve ce sens en pharmacologie
(préparations des apothicaires puis médicaments)7 et reste d'ailleurs ainsi employé par certaines
personnes âgées. En anglais, drug est une traduction de médicament.
La mise en œuvre au tournant du XIXe siècle-XXe siècle d'un système de contrôle international des
drogues instaurant des mécanismes de régulation de la production, du commerce et de la
consommation de certaines drogues introduit une séparation entre les drogues dites « licites »,
désignées par le terme « médicaments », qui sont contrôlés, et les drogues « illicites », désignées par
le terme « stupéfiants »35. Ainsi un même composé chimique peut être appelé médicament ou
drogue, selon son usage36.
La régulation mise en place à partir du XIXe siècle créé alors deux marchés transnationaux,
interconnectés mais disposant cependant chacun de leur fonctionnement et de leurs acteurs propres :
pour les médicaments, c'est l'industrie pharmaceutique et les médecins allopathes ; pour les
stupéfiants, c'est la police, les tribunaux ou la douane d'un côté et les trafiquants de l'autre29.
Typologie des drogues
Article détaillé : Classification des psychotropes.
Il existe de nombreuses classifications des drogues. Ces classifications ont été établies au cours du
XXe siècle en prenant en compte leurs effets, leur famille pharmacologique, leur activité sur le
système nerveux, leur dangerosité (en fonction de la dépendance physique, psychique et de
l'accoutumance), leurs implications sociales ou leur statut juridique.
En fonction des facteurs pris en compte, on verra donc certains produits réglementés et ayant une
action psychotrope (alcool, tabac ou médicaments psychotropes par exemple) peuvent être
considérés ou pas comme étant des drogues.
Aux Pays-Bas, en 1972, le rapport Baan définit les drogues en termes de potentialité d'un risque
d'usage et non en termes de nocivité d'une substance. Cette définition est considérée comme
l'élément fondateur de la politique hollandaise en matière de drogue considérant qu'un produit n'est
pas par nature une drogue mais peut le devenir de par son usage37
Une liste de critères est établie pour juger des effets positifs et négatifs de l’usage du produit pour
l’usager et pour la société afin de déterminer un risque acceptable :
les propriétés pharmacologiques du produit (existence ou non de tolérance) ;
le mode de consommation (ingestion, injection, inhalation) ;
la fréquence d'usage ;
la personnalité de l'usager ;
la possibilité de fractionner les doses ;
le groupe d'usagers (âge, situation sociale) ;
les risques de danger pour autrui (travail, conduite automobile) ;
la possibilité de réglementer la production et de normaliser l'usage ;
la possibilité d'évaluer l'usage (dosage dans le sang, les urines, etc.).
C'est cette notion de risque acceptable qui est considérée comme à l'origine de la différenciation
drogue douce/drogue dure. Les drogues douces qui présenteraient un risque acceptable étant moins
pénalisées que celles présentant un risque inacceptable.
Opposition drogue douce - drogue dure
Drogue dure est un terme qui qualifie des substances à même de provoquer une dépendance
psychique et physique forte38,39 Ce terme désigne généralement les dérivés de cocaïne et
d'héroïne40.
Ces termes sont apparus lors de la mise en place des réglementations internationales concernant les
drogues. Ils ont un sens historique fortement attaché à la réglementation de l'époque où seuls les
dérivés morphiniques, cocaïniques et cannabiques étaient visés par les lois8, même si leur définition
stricte peut s'adapter à d'autres produits.
Le terme de drogue douce désigne presque exclusivement le cannabis, du fait que celui-ci induise
une dépendance mentale très faible et que le risque de décès par surdose soit nul.38. On oppose cette
expression à drogue dure.
L'appellation « drogue douce » est contestée par certains, dans la mesure où il peut exister dans
certains cas un « usage dur des drogues douces »41. Dans de tels cas, la prise d'un produit
habituellement qualifié de drogue douce peut conduire à la toxicomanie. L'ambiguité du qualificatif
"douce" pour une drogue conduit à préférer l'expression "drogue lente".
Facteurs de dangerosité des drogues Héroïne