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LIEUTENANT X
LANGELOT
ET LE COMMANDO PERDU
Langelot est à nouveau confronté au BING
(Brigade d'Intervention Générale), mais cette fois
dans le rôle du deuxième classe Auguste
Pichenet. Le sergent-chef Hervé lui en fait voir de
toutes les couleurs malgré l'aide de Bambara
jusqu'au jour où Langelot décide de se rebiffer et
corrige le sous-officier. Envoyé au trou, il n'a pas
le temps d'y moisir qu'une opération
d'intervention est déclenchée. Il faut sauter sur
Oboubou dans le Pacifique pour la délivrer de
faux insurgés voulant déclarer l'indépendance de
cette petite île. Seulement, au moment de sauter
au parachute, les soldats du BING rechignent.
Seul le colonel Lorrain, Bambara et Langelot
saute. Bien peu pour assurer leur mission.
Vladimir Volkoff nous ramène à Oboubou
où Langelot avait déjà fait escale lors de Langelot
sur l'île déserte. C'est aussi le second volet de la
trilogie du BING avec le sinistre Patroclas et son
égérie Zaza Maroktny. On y retrouve la jeune
Liane au caractère toujours aussi trempée.
Néanmoins, l'ambiance militaire de l'aventure et
toute la gloriole qui y est rattachée par l'auteur a
tendance à me laisser froid (pour le moins). Et
puis, Volkoff est plus à l'aise dans le huis-clos que
dans l'aventure débridée. D'ailleurs, le roman ne
fait que 155 pages, un signe qui ne trompe pas.
C'est l'avant dernière mission de notre agent
secret et son géniteur semblait un peu en panne
d'inspiration...

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LIEUTENANT X

LANGELOT
et le commando

perdu
Roman

Illustrations de Marie-Marthe Collin

Editions du Triomphe

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Langelot en permission (1979) 32. Langelot et la Danseuse (1972) 18. Langelot et les Crocodiles (1969) 12. Langelot contre six ou (couverture) Langelot contre 6 (1968) 11. Langelot contre Monsieur T (1967) 7. Langelot et l'Inconnue (1968) 10. Langelot agent secret (1965) 2. Langelot fait le malin (1972) 20. Langelot et le Général kidnappé (1983) 38. Langelot chez le présidentissime (1978) 31. Langelot et le Fils du roi (1974) 22. Langelot et le Gratte-ciel (1967) 6. Langelot pickpocket (1967) 8. Langelot suspect (1970) 14. Langelot chez les Pa-pous (1969) 13. Langelot aux arrêts de rigueur (1984) 39. Langelot et l'Avion détourné (1972) 19. Langelot fait le singe (1974) 23. Langelot et le Plan rubis (1977) 29. Langelot à la Maison Blanche (1976) 27. Langelot et la Voyante (1975) 25. Langelot contre la marée noire (1981) 36. Langelot mauvais esprit (1980) 35. Langelot mène la vie de château (1971) 17. Langelot et le Commando perdu (1985) 40. Langelot sur la Côte d'Azur (1976) 26. Langelot et le Satellite (1966) 4. Langelot et les Saboteurs (1966) 5. Langelot kidnappé (1975) 24. Langelot et le Sous-marin jaune (1971) 16. Une offensive signée Langelot (1968) 9. Langelot sur l'Île déserte (1977) 28. Langelot et la Clef de la guerre (1982) 37. Langelot et les Espions (1966) 3. Langelot donne l'assaut (1986) -6- . Langelot garde du corps (1979) 33. Langelot et les Cosmonautes (1970) 15. Langelot passe à l'ennemi (1978) 30. Langelot gagne la dernière manche (1980) 34. Langelot et les Exterminateurs (1973) 21.LANGELOT par Lieutenant X Liste des ouvrages parus 1.

Du 317e RCPRAS.Jamais entendu parler.Deuxième classe Pichenet. mon colonel. Pas étonnant : le 317e RCPRAS n'existait pas. il y avait droit ! . avec ses traits durs mais menus et la mèche blonde qui barrait son front.Chapitre 1 . Le colonel Lorrain. Mais il les leva trop haut. assis derrière son bureau. les papiers étalés devant le colonel Lorrain étaient formels : Auguste Pichenet avait satisfait à toutes les épreuves qui rendaient l'entrée du BING particulièrement difficile. Le béret orange qu'il tenait à la main. sa lettre aboutirait à la section P (Protection) du Service National d'Information Fonctionnelle (SNIF pour les intimes). c'est-à-dire aux alentours de deux mètres. Pourtant.70 m. En outre. leva les yeux. Mais si le colonel voulait prendre des renseignements. il ressemblait à un lycéen qui aurait devancé l'appel plutôt qu'à un guerrier endurci appartenant à un corps d'élite. . mon colonel. Celui-ci ne devait pas faire 1.De quel corps venez-vous ? . à vos ordres. Il s'attendait à trouver la tête de ce nouveau soldat du BING à la hauteur habituelle. et un certain colonel Martin (qui n'existait pas plus que le RCPRAS qu'il était censé commander) certifierait que le deuxième classe Pichenet Auguste avait bien fait ses -7- .

ce n'est pas nous qui les déclenchons. .J'y compte bien. mais nous préférons commander un simple élément d'assaut au BING. . mon colonel. D'abord il est commandé par un général. probablement. .classes dans cette unité et qu'il avait montré toutes les qualités physiques et morales qu'on attend généralement d'un soldat appartenant à l'armée de métier. vous serez peut-être obligé d'attendre un an ou deux que des zigotos quelconques détournent un avion. le plus dur du monde. mon colonel. Ensuite il est divisé en trois éléments d'assaut au lieu de quatre compagnies.Oui. Pas seulement parce que c'est une unité d'élite : aussi parce qu'on y a plus souvent l'occasion de se dérouiller bras et jambes.Vous avez été affecté à l'élément d'assaut Numéro 2. . Vous vous y ferez. Le colonel Lorrain avait un profil d'aigle et des yeux qui vous traversaient de part en part. nous pourrions avoir un régiment demain si nous voulions. Chacun de ces éléments est commandé par un colonel. Vous savez que le BING n'accepte jamais un gars définitivement avant de l'avoir mis à l'essai. Les opérations réelles. Vous avez compris ça? . le mien. Vous trouverez probablement la discipline passablement plus dure que dans votre RASXYZ natal. ou fassent un coup d'État. et une opération réelle. Mes camarades et moi.On vous verra à l'œuvre. dit-il d'un ton peu encourageant. Ou alors -8- . ou prennent des otages.Bien. Vous savez que le BING n'est pas un bataillon ordinaire. Si vous n'avez pas de chance. Vos camarades vous diront que je ne leur donne pas souvent le temps de s'ennuyer. Un essai qui comprend trois mois d'entraînement.

mon colonel ? . tout est de première classe ! .Deux choses. Et ensuite. le plus beau mot de la langue française? Il y a tout de même d'autres manières de servir les hommes que celle-là. «Le colonel exagère un peu. vous savez ce que ça veut dire. moustique. Au BING. Bataillon d'Intervention Générale. Et quant à l'entraînement "le plus dur du monde". nous n'aimons pas les chignons ni les queues de cheval.Mon colonel ? . quand vous vous présentez. Vous le saurez peutêtre un jour : c'est le plus beau mot de la langue française. . Au BING.93 m. "Soldat". Le « soldat » Pichenet passa du bureau souterrain dans le couloir souterrain. BING? Oui. Le soldat Pichenet se recoiffa posément de son béret orange. tant qu'on n'est pas passé par l'école du SNIF. -9- . Vous pouvez disposer. À propos. .Pichenet! . claqua les talons. on ne devrait pas en parler. ne dites pas « Deuxième classe ».» Le planton du colonel faisait 1.Que dois-je dire. fit un demi-tour réglementaire et marcha au pas cadencé vers la porte. mais il n'a pas l'air du mauvais cheval. Pichenet le suivit à la même allure.Arrive.vous quitterez le BING. et plus vite que ça! fit-il en prenant le pas gymnastique. mon colonel. .Bien. D'abord faites-vous couper les cheveux décemment. Les gars sont au parcours du combattant : mon planton vous conduira.Dites simplement « soldat ». pensait-il.

Ce serait malheureux ! On est les plus forts au monde ! * * * Le parcours du combattant du BING était situé en pleine forêt et toutes ses installations étaient peintes en vert et en marron.Le reste. Aucune photo aérienne ne pouvait en révéler l'existence et un observateur circulant en avion devrait voler au niveau de la cime des arbres pour le déceler. Tu veux dire qu'avant de détourner un avion en Afrique du Sud. .Non. Mais en France. Mais le reste? . ça ne nous regarde pas.Dis donc.Vous ne vous prenez pas pour rien.10 - . mon capitaine. . à vos ordres. Et pas seulement souterrain : antiatomique.Parce que la seule manière de réussir un sale coup quelque part dans le monde. oui. pas en Afrique du Sud. des terroristes quelconques viendraient balancer une bombe atomique sur le BING? . Alors on se méfie. ou dans une possession française. . Pas le terrain de manœuvre.Pas le parcours du combattant. stupéfait : .Soldat Pichenet. au BING. Pichenet. L'Afrique du Sud. c'est de mettre le BING hors d'état de nuire. se présenta à un capitaine qui venait de faire le parcours lui-même et qui le faisait faire à ses hommes. dans votre BING? .Pourquoi? . . si je comprends bien ? Le planton s'arrêta. ce serait bien possible. tout est souterrain. les cheveux dûment coupés en brosse.

se laisser glisser par une autre corde. surnommé «le clairon» à cause de sa forme. Les premiers obstacles se révélèrent d'une facilité déconcertante : sauter par-dessus des barres d'un mètre de haut. .Bon.Gigantesque gaillard aux deux poings fermement plantés sur ses hanches . Plusieurs BING s'étaient massés autour de lui et considéraient. mais où est l'autre moitié ? . reprit l'officier.L'autre moitié de quoi. mais tu vas leur montrer ce que tu sais faire. et d'entamer un peu son souffle. bon enfant. . grimper à la corde.des poings à assommer des bœufs -.C'est le plus difficile du monde. Le FAMAS. Pichenet se trouva alourdi de quelques kilos au moment d'entreprendre le parcours.L'autre moitié de Pichenet ! Un concert de rires accueillit la plaisanterie du capitaine. les munitions réglementaires. est une arme légère et son petit calibre rend ses munitions très faciles à porter. ne te vexe pas. se hisser sur une plateforme.. Pichenet se plaça sur la ligne de départ. lui confia un des BING. médusés. mon capitaine ? . . dit-il d'un ton jovial. . leur nouveau camarade. Il ne s'agissait que de mettre le candidat en condition. j'aurais peut-être été petit si je n'avais pas été si grand. et on va le chronométrer. Mes gars se moquent de toi. .D'accord. pas vrai? Donnez-lui un clairon. Moi aussi.. l'officier dissimula encore moins sa surprise que ne l'avait fait le colonel Lorrain. ramper sous des barres posées à cinquante centimètres du sol. Néanmoins. et il enfonça le bouton du chronomètre.Marques! Prêt? Tez ! commanda le capitaine.11 - .

Oui.On le verra à la fenêtre. se lança. ayant gravi l'échelle. Ensuite venait la poutre d'équilibre au-dessus de sa fosse à sable. largeur : 10 centimètres.Je commence à croire qu'on fera quelque chose de lui. parvint à la bonne distance. mais attendez qu'il arrive à la poutre. c'est facile. de sauter dedans la tête la première et de se recueillir sur les mains avant de faire un roulé-boulé. atteignit l'autre bout en quelques bonds et sauta à terre en souplesse. La fenêtre était un cadre de métal placé à 1. . hauteur : 3 mètres au-dessus du sol . Pichenet choisit là deuxième méthode. ou vite. donna un grand coup de pied et parut prendre son vol. puis se faufiler à quatre pattes dans des buses de ciment. le bleu. Le capitaine. en comptant sur son élan pour ne pas tomber. il n'y a qu'à courir dessus verticalement. II fallut ensuite ramper sous des barbelés. dit l'officier. Pour cela. qu'il franchit sans difficulté : les murs. dit le capitaine.Pichenet mesurait le sien et il arriva en bonne forme au premier mur. fit le sous-off.12 - . et atterrit en souplesse. Il s'agissait d'arriver en courant. Il traversa la fenêtre sans toucher les montants du cadre. Il y a deux façons de parcourir la poutre : lentement. . Pichenet prit de l'élan une fois de plus. on avait le droit de déposer son arme. . comme une mouche. Longueur : 10 mètres. un sergent-chef d'assez petite taille et quelques BING accompagnaient Pichenet et échangeaient des commentaires : . le fusil tenu au creux des coudes. répliqua le sergent-chef. Il y eut quelques coups de sifflet approbateurs. Pichenet.50 m environ du sol. en faisant attention à chaque pas. .Pas mal.

il était clair que pas mal de BING avaient choisi les ronces. il commence à m'agacer. tout petits. . dit le sergent-chef. simplement pour se maintenir en forme. Pichenet grimpa à l'arbre. Pichenet lâcha les poignées et. D'abord le mouvement fut assez lent. Au dernier moment. De plus en plus. les muscles des jarrets servant d'amortisseurs. Le capitaine. on s'abattait dans un massif de ronces. le sergentchef et les autres BING. c'est une autre histoire. Il assura bien sa prise sur les tubes de métal recouverts de caoutchouc..Tiens bon le guidon. après une chute libre de trois mètres. lui parurent petits.. on s'écrasait contre le deuxième arbre .Pas une égratignure. Pichenet ! cria le sergentchef. Pichenet dut grimper dans un arbre au sommet duquel était attaché un câble. Il fallait saisir les poignées et se jeter dans le vide.13 - . qui descendait en diagonale. se dit Pichenet. mais les ronces étaient toujours là.. si grands qu'ils fussent... se retrouva au sol. qui le reliait à un autre arbre. constata le capitaine.. Sur le câble. les jambes pliées. Après avoir franchi deux murs de plus. Le câble. là-bas. L'autre arbre approchait. il s'accéléra notablement. Il saisit les poignées. À en juger par la manière dont ce massif était tassé par endroits. en dessous. au bout de deux secondes. . il constata que ce parcours n'avait pas été prévu pour les garçons de sa taille : la hauteur de la fenêtre. .La fenêtre. «Celui-là..» 11 se lança dans le vide. si on les lâchait trop tôt. l'écartement des poignées le prouvaient. ce n'est rien. Si on ne lâchait pas les poignées à temps. coulissait une pièce de métal équipée de deux poignées. mais.

Entre les deux. Il maintenait le câble avec les deux mains et il pesait dessus avec sa poitrine et son ventre. se hissa sur le câble et se coucha dessus. Elle cascadait gaiement entre de gros rochers extrêmement pointus. Une fois . Un chêne croissait d'un côté. le maintenait à l'autre bout avec le cou-de-pied. Un soldat sans arme. On le verra sur l'autre. La jambe droite pendait. .Tu sais comment faire. Pichenet rampa sur le câble. de . Avant d'y arriver. .. un châtaignier de l'autre. dit le sergent-chef.14 - .il se trouvait précisément au-dessus de la petite cascade -. à hauteur d'homme. un câble . dit le capitaine. La jambe gauche. Tu t'es déjà fait tirer dessus. Pichenet se demanda ce que c'était que l'autre. . faisant balancier. recroquevillée.Je parie qu'il va se suspendre avec les deux mains. c'est comme une voiture sans moteur. ce n'est rien du tout. le câble se mit à se balancer très fort. qui se releva le plus tranquillement du monde lorsque ce fut terminé. sous un tir réel. c'est-à-dire que le capitaine lâcha trois rafales de mitraillette au ras du postérieur de Pichenet.«l'autre câble» . c'est comme le métro. quart-de-portion ? demanda le sergent-chef.avait été tendu. Le nouveau BING ne jugea pas utile de répondre. dit un BING. Main par-dessus main. il fallait circuler dans une fosse.Ce câble-ci. Une rivière encaissée traversait la forêt. .Pas question. Pichenet? demanda le capitaine par plaisanterie.Est-ce que je peux laisser mon fusil ici ? questionna Pichenet. Pichenet mit son fusil en bandoulière.

. . circulaire. Tout le monde éclata de rire. sauf le capitaine qui paraissait un peu nerveux. Pichenet n'hésita qu'un instant. . avec des mètres d'eau au-dessus. la progression était facile. cria-t-il.Je préfère nager.Par le même chemin. mais tu n'y as pas perdu ton temps.15 - . mais maintenant il s'agit de revenir de ce côté. il sauta légèrement au sol. Pichenet continua. Il se mit à quatre pattes et s'introduisit dans la buse. dans lequel elle plongeait et elle débouchait de l'autre.Ah ! non. naturellement: il ne s'agissait pas de perdre une seconde. dit le sergent-chef. au pas de course. qui béait devant lui. . D'un bond. S'il arrive quelque chose. . Soudain ses mains rencontrèrent de l'eau. La pente s'amorçait.droite à gauche. . on te tirera de là. pour le reste. la rivière s'élargissait et formait un petit étang. dans le noir total. petit.Bien joué ! cria Je capitaine. Ici. De temps en temps le bout du canon grattait contre la paroi. Je ne sais pas de quelle unité tu viens. Continue un peu sur ta gauche et tu verras ce que tu verras ! Pichenet descendit le cours de la rivière sur une cinquantaine de mètres.Oui. Une buse de métal formait un tunnel : elle s'ouvrait d'un côté de l'étang. Décimètre après décimètre. Il allait falloir ramper dans ce tuyau. mais.N'aie pas peur. et la jambe droite eut fort à faire pour le rendre de nouveau immobile. chef? . le petit BING franchit la rivière. Pichenet s'arrêta et regarda dans le trou noir. la respiration rendue un peu difficile par l'air confiné. ce serait trop simple. mais elle y parvint.

.De l'eau? Oui. mon gars. il n'en doutait pas. Mais. enfermé dans ce tube.. avoir de l'eau tout autour de soi et savoir que la seule chance d'en réchapper était de continuer jusqu'au bout. Le soldat Pichenet aspira beaucoup d'air et continua la progression. Les BING sont les plus forts au monde. s'il perdait connaissance. Et cela même ne serait pas une solution. d'autres BING viendraient le rechercher. s'il aspirait de l'eau.. elle passait dans l'eau. ramper. et une eau de plus en plus profonde. à son réveil. Bientôt il fut entièrement environné d'eau. Retournez dans votre RASXYZ. Alors il comprit : la buse ne passait pas sous l'eau. et il se réveillerait à l'infirmerie.» Oh ! bien sûr. Il allait falloir ramper sans respirer.Désolé. Mais je n'ai pas le droit de flancher. pas nager. le colonel Lorrain lui dirait : . vous ne faites pas l'affaire. n'existait pas. puisque le RCPRAS. .16 - . « Et si je flanche.. si Pichenet perdait sa maîtrise de soi...

Pi chenet! . d'une voix un peu timide : . mais il tombait aussitôt.La buse.La tour. chef. ce n'est rien du tout. ..17 - . répliqua le chef. On le verra à la tour. On fait la tour pour son plaisir quand on s'ennuie de ne pas avoir sauté depuis longtemps. il demeura trente secondes sans pouvoir faire un rétablissement sur la planchette irlandaise. Il sautait en l'air. Continue à danser. il ne fut plus capable d'en ressortir. Une fois dans la fosse. Il eut du mal à escalader le mur suivant.C'est un vrai champion.Enfin. c'est pour rire. chef ! . mais. et montra même quelque hésitation avant de sauter dans la fosse dite «aux ours». il est vrai. mon gars.Il est un peu vert. . une transformation sembla s'être faite en lui. à partir de cet instant. dit le capitaine. Mais les gros rires enthousiastes des BING couvrirent la voix du sous-officier.Chapitre 2 ..Il est presque digne d'être au BING ! Pichenet sourit. . prononcé.C'est un gars comme ça ! Et finalement le compliment suprême retentit. On reviendra te clic relier demain matin. . en donnant une grande tape dans le dos de Pichenet qui émergeait de sa buse. vous le savez bien. Le sergent-chef le considérait d'un œil moqueur. il s'accrochait aux parois. mais il a tenu le coup.

pendant qu'Hervé regarde ailleurs. Mais le règlement. ce qu'ils n'avaient pas encore fait ce jour-là. Elle fut suivie par un bras noir. cette fosse.18 - . Une seconde plus tard. c'est le règlement : les obstacles doivent être franchis individuellement. . . La tour de saut a terrorisé des générations de parachutistes. c'est le'pitaine? . c'est une plaisanterie. Mais si le chef nous dénonce. Beaucoup préféraient sauter de l'avion . «Heureusement que je me suis repris à temps. le capitaine va être obligé de nous punir.Le capitaine paraissait plus compatissant. se dit-il.Non. . Et ça. dit Pichenet. Pichenet resta seul. À bout. pour un gars comme toi. J'ai bien failli me trahir.Rejoins les autres. Ce n'est pas qu'elle soit difficile. mais qui paraissait doué d'une force impressionnante. il est sorti de son trou. le nouveau BING se tenait à côté de son ancien. Les yeux marron du Noir pétillaient d'intelligence. . un Noir pas très grand.Vite. Pichenet rattrapa les autres BING au pas de course. quoi.Hervé. répondit le capitaine.Merci. ils devaient sauter de la tour.» Soudain une grosse main noire se plaqua sur le rebord de la fosse aux ours.Je vous disais bien qu'il y arriverait. c'est le chef. celui-là? dit Hervé.Tiens. dit le Noir. . Il n'y a plus que la tour. mon gars ! Pichenet s'accrocha à ce bras qui le souleva de terre. . mais je suis vraiment fatigué.Ne t'inquiète pas. Les BING s'éloignèrent : eux aussi. et puis par une tête toute noire sous le béret orange: .

Rassemblement ! hurla Hervé. mais il faudra m'améliorer ça! dit le capitaine. où on aimait faire les choses de la manière la plus difficile qui soit. Pas de derniers ! .. Il n'y avait plus qu'à sauter.19 - . Pichenet secoua la tête. lorsque les câbles qui étaient accrochés à son harnais se tendirent et le déposèrent. Le BING qui. d'autant plus qu'on faisait sauter tous les hommes. au sol. une fois par jour. Il sauta. ce jour-là. ils feront ceinture.que de cette construction.. Mais. au lieu de monter à la tour au moyen d'une échelle. simplement pour entretenir leurs biceps. plus ou moins en douceur. Pichet hésita. et que cela aurait coûté inutilement cher de les promener en avion. on avait gardé la tour. les BING utilisaient une corde à nœuds. Un vacarme joyeux l'accueillit.Plus vite. micompatissant. officiers compris. et emmenez-les déjeuner au pas de course. . ou je fais couper la corde en haut ! Pichenet arriva péniblement à la plate-forme supérieure. . et maintenant la plupart des centres d'instruction de troupes aéroportées y ont renoncé : les parachutes ont été perfectionnés et on pense que la tour n'est pas bonne pour le moral. au BING. . S'ils arrivent après l'heure. lui passa son harnais.Il faut te pousser? demanda le largueur. Trois minutes cinquante-deux. faisait office de largueur. Et puis. Plus vite. ça passe. Rassemblez-moi tous ces gars. sans compter le temps perdu au «levage» des parachutes. Pour une première fois. mi-ironique. plus vite ! criait le capitaine. Hervé. pour agrémenter.

dit Hervé.. Tu n'avais pourtant pas l'air très malin quand tu sautillais à l'intérieur. de même que le sergentchef Hervé. s'il mentait. n'avait tout de même pas la taille ordinaire du BING. cela ne se voyait pas. . sa petite amie. par exemple. Le Noir qui l'avait délivré de la fosse aux ours était assis à la même table que lui. . les BING s'égaillèrent.* ** Le déjeuner avait lieu sous des guitounes camouflées. Vous. y soulever des haltères. J'ai bien assez de mal à m'en tirer tout seul. D'autres se rendirent au foyer souterrain. Certains allèrent faire une petite sieste ou écrire à leur fiancée. vous pourriez crever dedans. ses parents. son enfance. Après le déjeuner. et. auquel attenait une grande salle de jeux : on pouvait y jouer au pingpong. chef. y faire un tir à air comprimé ou même un assaut d'escrime. dit Pichenet. quels que fussent son courage et ses aptitudes.Oh ! non.. Ce n'est pas Bambara qui t'a tiré de là. Hervé. sa vie. Alors je ne vais pas aider les autres. Il répondait gaiement. que je ne vous tendrais pas la main. . au moins ? . dit le Noir. il ne devait pas lui être aussi facile qu'à un Bambara de sortir de la fosse. L'explosion de rires fut générale.Comme je suis nouveau. Les officiers et les sous-officiers mangeaient aux mêmes tables que leurs hommes.20 - . et. j'offre la tournée. Pichenet dut répondre à un feu roulant de questions concernant son entraînement. tout en étant plus grand que Pichenet.Je n'ai toujours pas compris comment tu étais sorti de cette fosse.

On se déplaçait entre les arbres et. une silhouette manœuvrée électroniquement jaillissait du sol. Mais ces exercices sont bons pour la concentration. Peut-être était-ce parce que le sergent-chef Hervé manœuvrait le pupitre de commande et que. Au second il n'en abattit que trois . Pichenet montra qu'il savait lire une carte. Après cela. de respirer deux fois après avoir pressé la queue de détente jusqu'à la première bossette et ensuite de faire feu. ce qui lui valut la sympathie de ses camarades: on lui en aurait voulu d'être trop brillant.les alcools forts étaient interdits au BING . les BING ne le prenaient pas trop au sérieux .Ses nouveaux camarades commandèrent qui une bière. on a rarement le temps d'ajuster son adversaire. mais il s'embrouilla quelque peu dans les courbes de niveau.21 - . Ensuite il y eut un tir. Après quoi il offrit une deuxième tournée qu'il appela «la rince». sur l'un des côtés ou même derrière. c'est-à-dire en prenant tout son temps pour viser une cible. Au posé. qui une limonade . Il fallait l'abattre avant qu'elle n'eût elle-même eu le temps de tirer.car. bien que les résultats obtenus par plusieurs de ses camarades fussent supérieurs aux siens. Ce tir-là. Hervé ne participa pas à ces festivités : il était allé faire un tir électronique. et Pichenet s'en tira à son honneur. devant. pour . soudain. Pichenet abattit sept silhouettes sur douze au premier parcours.sauf ceux d'entre eux qui étaient classés tireurs d'élite . d'abord. il y eut le tir instinctif.et même le capitaine passa prendre un verre avec ses hommes.il est vrai que les silhouettes s'étaient mises à se dresser à cadence accélérée. L'après-midi commença par un cours de topographie enseigné par le colonel Lorrain. au combat.

Pour le close combat . puis à le projeter trois fois en l'air. C'était des Boule-de-Neige par-ci. Le dîner eut lieu dans le réfectoire souterrain..pardon. pour le combat rapproché -.. pas engliche!» avait proclamé Rougeroc.Il est toujours comme ça avec les bleus. grande pièce peinte de couleurs gaies pour compenser l'absence de fenêtres.22 - . Après.À peu près. .Alors. Alors tu penses !. En plus. petit. tu seras adopté. Il est vrai que Pichenet ne semblait pas se faire grand mal en retombant. Le terme «close combat». On termina la journée par une séance de combat rapproché. c'est l'armée française et on parle français. il en abattait douze sur douze quelle que fût la cadence ?.Ça m'aurait plus plu si Hervé n'avait pas passé son temps à me houspiller.sa part. et cette interdiction avait été répercutée par les colonels commandant les éléments d'assaut et par les capitaines chefs des sous-éléments. le sergent-chef Hervé. ta première journée au BING? demanda Bambara en s'asseyant à côté de Pichenet. . . le bleu n'était visiblement pas très fort: il avait beau prétendre posséder une ceinture marron de judo. «Ici. Il prétend qu'il faut les dresser.C'était pareil pour toi ? . Tu peux t'attendre à ce qu'il te cherche des poux dans la paille pendant tes trois mois d'essai. mais une chose demeurait claire : il lui restait beaucoup à apprendre. . n'eut aucun mal à l'immobiliser dans une clef imparable. si tu tiens le coup. avait été interdit par le général de Rougeroc commandant le BING.. des il. instructeur. ça t'a plu.. je suis noir. traditionnel dans l'armée.

ne-faut-pas-rester-au-soleil-tu-t'abîmerais-le-teint parlà...
- Tu aurais pu te plaindre. C'est un délit de faire des
remarques racistes.
- J'aurais pu, mais ce n'est pas mon style. Moi, un
jour, je lui ai dit: Chef, ça suffit, ôte tes galons, qu'on
s'explique un peu.
- Et alors?
- Il les a ôtés et, comme il est très fort, il m'a
flanqué une raclée. Mais depuis ce jour-là, il me respecte.
Il est comme ça !
Pichenet considéra son camarade noir avec
étonnement. Pour «flanquer une raclée» à cet athlète, il
fallait vraiment que le chef Hervé fût très fort !
- Tu as déjà participé à des opérations? demanda
Pichenet.
- Oui, deux fois : j'ai eu de la chance. J'ai été dans le
coup de l'avion détourné à Nouméa, et dans celui des
terroristes de Monte-Carlo: tu as dû voir ça dans les
journaux. On a mis tous ces gars-là à la raison sans
perdre une vie humaine.
- Chapeau ! dit Pichenet en levant son verre de vin
à la santé du BING.
Le Noir trinqua gaiement, mais son verre était plein
d'eau.
«Trinquer avec de l'eau? s'étonna Pichenet.
- Il faut m'excuser, dit calmement Bambara. Je suis
musulman et je ne bois aucun alcool.
- Tu bois de la bière, tout de même ?
- Non, pas de bière non plus.
Après le dîner, Pichenet se rendit directement dans
sa chambrée. Il y avait déposé ses affaires le matin et il la
retrouva sans trop de mal dans le dédale souterrain des
lieux d'habitation du BING. Élément 2, sous-élément 2,
- 23 -

chambre 5 : les indications étaient claires et les couloirs
commodément fléchés.
Les BING dormaient à cinq par chambre. Chacun
avait un lit et un placard.
Pichenet était fatigué.
«Je rangerai mes affaires demain, se dit-il. Pour le
moment, au dodo ! »
Quatre lits étaient faits; sur le cinquième, le sergent
fourrier avait jeté en vrac un oreiller, une taie, deux
draps, deux couvertures.
« Ça doit être le mien ! »
Pichenet le fit à la va-vite et, après une douche
rapide, se coula entre les draps. Il s'endormit
immédiatement: la journée avait été épuisante pour lui,
et pas seulement pour des raisons évidentes, en
rapport avec les efforts physiques qu'il avait fournis.
Son réveil fut brutal.
Brutal pas seulement pour le réveillé, mais aussi
pour le «réveilleur».
Quelqu'un avait brusquement saisi la cheville de
Pichenet à travers la couverture en hurlant :
- DEBOUT !
Manifestement, l'indiscret ne savait pas à qui il
avait affaire. Car il n'avait pas plus tôt posé la main sur le
dormeur, que le dormeur roulait sur le côté, libérait sa
cheville, et rejetait ses draps d'une ruade qui aboutit en
fin de course sur le nez de l'impudent personnage qui
osait troubler son sommeil. Une demi-seconde plus tard,
Pichenet était dans la ruelle du lit, debout, et dans la
pose classique du karatéka en garde, ce qui ne laissait
pas que d'être surprenant pour une ceinture marron de
judo.
Quant à l'impudent personnage - qui n'était autre
que le sergent-chef Hervé -, il avait été rejeté à trois
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mètres de là et était en train de se frotter l'appendice
nasal.
Les autres BING qui occupaient la chambrée
regardaient le spectacle.
- Tu as les réflexes rapides, petit, prononça le
sergent-chef d'un ton calme, très calme, trop calme.
- Merci du compliment, chef: je fais de mon mieux,
répondit Pichenet toujours en garde.
- Mais je vois que tu n'as pas rangé tes affaires.
Pourquoi ?
- Je voulais le faire demain.
- C'est contraire au règlement. Tu vas me faire
quinze pompes.
- Bien, chef.
Pichenet se mit en position dans la ruelle du lit et
exécuta quinze tractions au sol. Puis il se releva et
s'apprêta à se recoucher.
- Je vois aussi, reprit Hervé, que tu n'as pas fait ton
lit au carré. Pourquoi ?
- Je n'y ai pas pensé, chef. D'ailleurs au RCPRAS on
ne faisait pas son lit au carré.
- C'est possible, mais au BING, c'est le règlement.
Quinze pompes.
- Bien, chef.
Pichenet se remit en position et fit quinze tractions,
mais sur le bras droit seulement.
L'un des BING poussa un sifflement :
- Dites donc, chef, il est costaud, le petit ! Pichenet
se releva modestement.
Hervé commençait à s'énerver.
- Ah ! bon. Tu fais les pompes du bras droit, toi.
C'est ton style ! Pourquoi ?
Pichenet prit l'air naïf.
- Ben... pour reposer le gauche, chef.
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- Au BING, dit Hervé, l'insolence, c'est contraire au
règlement. Quinze pompes.
La porte s'ouvrit et plusieurs autres BING se
montrèrent : ils voulaient voir ce qui se passait.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Ce n'est rien, répondit un des occupants de la
chambrée. C'est le chef qui dresse un bleu.
La nouvelle se répandit à travers tout le sousélément, et une bonne vingtaine de gars en pyjama
accoururent pour profiter eux aussi du spectacle.
Cependant Pichenet s'était remis en position et
faisait ses tractions... sur le bras gauche !
Le dressage ne se déroulait pas tout à fait comme à
l'ordinaire, et Hervé, qui était fier de sa réputation de
dur, décida de redresser la situation.
Lorsque Pichenet se fut relevé, il le toisa
ironiquement. Les petits yeux du sergent-chef lançaient
des éclairs et ses lèvres minces se serraient l'une contre
l'autre.
- Je suis content de voir, prononça-t-il très bas, que
tu sais faire l'acrobate, mais nous, au BING, on n'a pas
besoin de clowns. Des pompes, c'est des pompes: ça se
fait avec les deux bras, conformément au règlement.
Quinze pompes, Pichenet.
Des rires fusèrent. Le bleu était un costaud, oui,
mais aussi un imbécile : au lieu de quinze pompes, il
allait finir par en faire soixante : mauvais calcul !
- Ah ! tu n'es pas aidé, moustique, cria le planton
du colonel qui était venu voir, lui aussi, ce qui se passait.
Pichenet se remit en position.
- Un ! compta Hervé.
Pichenet fit sa traction au sol, mais, en se relevant,
il claqua dans ses mains avant de retomber en position
pour la deuxième traction. Jusque-là, il n'y avait guère,
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au 2e sous-élément du 2e élément, que le Noir Bambara
qui se livrait parfois à ce genre de sport, et encore ne le
faisait-il jamais quand il était puni, mais seulement
quand il s'exerçait.
- Deux ! fit Hervé, mais cette fois-ci plusieurs voix
se joignirent à la sienne.
- Trois!
Tous les BING présents se mirent à compter. On
n'entendait plus dans la chambrée que deux bruits : le
claquement sonore des mains de Pichenet et, après
chaque claquement, les chiffres qui défilaient prononcés
sourdement par une quarantaine de voix, car, dans le
couloir, on comptait aussi.
Clac. «Treize.» Clac... «Quatorze.» Clac...
- Quinze ! Bravo ! Hourra ! Youpi ! Vive le bleu !
Pichenet s'était relevé posément. Le silence se fit.
Je peux aller me coucher, maintenant, chef?
Quelques rires étouffés.
Hervé dit :
- Ah! on veut faire son malin. Ah! on arrive de sa
cambrousse et on veut faire la loi au BING ! Eh bien, on
verra. Oui, pour le moment, tu peux te coucher, mais je
te jure une chose, Pichenet: avec la vie que je vais te
faire, tu ne dureras pas plus de trois jours ici. Je te donne
soixante-douze heures pour aller trouver le colon et lui
dire : «Je retourne chez ma môman.» Et je te signale que
tout ce que je te ferai faire sera conforme au règlement.
Pichenet soupira profondément. Sa mission
s'annonçait très mal. D'après les ordres qu'il avait reçus,
il devait s'entendre avec tous ses supérieurs aussi bien
qu'avec tous ses camarades. Et maintenant, si Hervé
tenait parole, quelle que fût la capacité de résistance du
jeune agent secret, sa mission deviendrait non plus
difficile mais impossible.
- 27 -

II allait falloir changer de méthode, et essayer celle
de Bambara.
- D'accord, chef, dit-il. On va jouer le règlement. Et
vous allez commencer par cesser de me tutoyer.
- Tu... je... quoi... moi...
Le chef s'étouffait de colère. Personne ne lui avait
jamais parlé sur ce ton.
- Le vouvoiement est obligatoire dans l'armée
française, reprit le soldat Pichenet. Vous avez peut-être
remarqué, chef, que le capitaine et le colonel nous disent
«vous». Maintenant, si c'est une forme grammaticale
trop compliquée pour vous, on peut s'entendre. Vous
continuez à me dire «tu», mais moi, Hervé, je te dis «tu»
aussi.
Dans la chambrée, on aurait entendu voler une
mouche.
Hervé, parfaitement maître de lui, eut un sourire en
lame de couteau.
- C'est de la provocation? demanda-t-il. Très bien.
Mais je vous préviens : à partir de maintenant jusqu'à la
fin de votre vie, vous ne circulerez plus qu'en fauteuil à
roulettes.
Tranquillement, il enleva ses triples galons de
sergent-chef.
Les BING poussèrent les lits pour faire de la place,
et les deux adversaires se placèrent au milieu d'un cercle
de curieux.
- Il va en faire de la chair à pâté, de notre bleu,
murmura le planton.
- Non, il n'est pas si méchant que ça, répliqua
Bambara, qui était venu lui aussi assister à la rencontre.
Une quinzaine de jours d'infirmerie, et le bleu sera
réparé.

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- Vous êtes prêt, môssieu Pichenet? demanda
poliment Hervé, en pliant et dépliant ses bras et ses
jambes pour les assouplir.
- Je suis prêt, môssieu Hervé.
Les BING s'attendaient à une exécution en règle,
mais à une exécution qui prendrait du temps. Le bleu
avait beau n'être pas entraîné au combat rapproché, il
faisait ses tractions d'un seul bras, et il donnerait du fil à
retordre au chef. Un tout petit peu de fil...
Ce qui se passa fut tout différent.
Après avoir, d'un coup d'œil, mesuré la hauteur du
plafond, Pichenet, qui avait pris la garde du karatéka,
décolla du sol comme s'il avait eu un moteur à réaction
caché dans son pyjama, modifia sa position dans
l'espace, parut se coucher dans l'air, au passage frôla le
crâne de son adversaire avec le talon gauche, puis avec le
talon droit, et retomba en souplesse à l'autre bout de la
chambrée.
Les BING s'y connaissaient en arts martiaux, et
c'était là la plus formidable démonstration de kung-fu
qu'ils eussent jamais vue.
Le chef Hervé ne s'y trompa pas. À moitié assommé,
il s'était appuyé au mur pour ne pas glisser à terre.
- Il aurait pu me tuer s'il l'avait voulu. Moi, sergentchef du BING ! Lui, un bleu !
Chose incroyable, inouïe, des larmes brillèrent dans
les petits yeux durs du sous-officier. Pas de souffrance,
non, mais de dépit.
À cet instant, un cri se fit entendre dans le couloir:
«À VOS RRRRRRANGS... FIXE!» Comme pétrifiés
par la foudre, les BING s'immobilisèrent sur place. Le
colonel Lorrain fit son entrée.

- 29 -

30 - ..

dit-il froidement. Pichenet.Une bagarre.D'un coup d'œil. Hervé. . il jugea la situation. . prenez une couverture et direction la salle de police. aux arrêts dans votre chambre.31 - . mon garçon. Vous commencez bien votre séjour au BING.

Le capitaine Tardy n'a pas été assassiné pour rien. d'ailleurs. disposa sa couverture sur le sol de béton et se roula dedans le plus philosophiquement qu'il put. dans la même collection.. du SNIF. et vous vous rappelez qu'à la même époque nous avons failli avoir des ennuis sérieux en Polynésie. Langelot. vous aurez l'occasion de le 1.. mais c'est peut-être parce que nous avons rétabli la situation au BING. «Le général de Rougeroc n'est pas rassuré pour autant. presque de défaitisme. l'avait mis au courant de la situation en peu de mots : «Vous êtes mieux placé que personne. Auguste Pichenet commençait mal son séjour au BING. mais Langelot ne commençait pas mieux l'exécution de la mission Chenille. par moments. Les hommes du BING sontils soumis à une propagande clandestine quelconque? Leur forme physique est parfaite. Voir en particulier Langelot aux arrêts de rigueur. quoi.32 - . Son chef direct. . Une sorte de lassitude. Pas tout le temps. Il a constaté un comportement bizarre chez certains soldats et même certains officiers du BING. le capitaine Montferrand. pour participer à la protection du BING parce que vous avez pu vous assurer par vous-même à quel point cette unité gêne les ennemis de notre pays (1).Chapitre 3 Le sous-lieutenant Langelot. Rien de précis. Finalement la crise n'a pas eu lieu. Le moral est en baisse.

mon capitaine. Vous serez traité comme tous les autres hommes. et maintenant je suis "au gnouf " pour je ne sais pas combien de temps»? Ce n'était pas en faisant une huitaine ou une quinzaine de jours de salle de police qu'il apprendrait qui sapait le moral du BING. toujours prêt. nous avons pensé qu'une protection assurée par le dedans produirait peut-être de meilleurs résultats.Négatif. d'un émetteur radio et même d'une boîte aux lettres. j'ai été obligé de l'assommer à moitié pour qu'il me laisse tranquille. que les terroristes ont appris à redouter. «Tardy s'occupait de la protection du BING de l'extérieur. «Encore heureux que la situation politique soit relativement calme en ce moment! Avec un peu de chance. Seul le général saura que vous êtes officier et agent secret. Vous allez donc. Et c'est à moi personnellement que vous rendrez compte. mais le BING n'est plus cet outil impeccable. je serai sorti de prison et j'aurai découvert les agents ennemis avant que le BING soit envoyé en .33 - . pour le moment.Compris.constater. Quel message aurait-il envoyé au capitaine Montferrand: «Je me suis brouillé avec mon chef direct. Rendre compte: l'une des principales préoccupations d'un agent secret ! Et pourtant. Est-ce que j'aurai un contact au BING? . Langelot était plutôt satisfait de se trouver hors de portée d'un téléphone. vous deviendrez temporairement deuxième classe. . Mais le général de Rougeroc et moi. mon pauvre Langelot. être brusquement rétrogradé: de sous-lieutenant.

Stridente.. perçante. je me recouche. Le silence. » Mais personne ne vint libérer Langelot.. des bruits métalliques. Sa dernière pensée fut pour se dire: «Pas mal. une seule chose à faire : dormir. mais pas pour très longtemps.» * ** Une sonnerie le réveilla. des commandements. les exploits et les insuccès. si je réussis à ne pas me faire expulser. des courses précipitées. l'entraînement du BING. du reste.Quoi? Qu'est-ce qu'il y a encore? C'était un caporal qui secouait le dormeur. .. dans cette baraque? Langelot se redressa sur un coude. En attendant..Debout là-dedans ! . mais à côté de celui du SNIF !. pas mal.Bon. j'espère qu'on viendra me libérer. et la température demeura inchangée. Dans les couloirs.34 - .On ne peut même plus dormir. Il s'endormit de nouveau. s'était rétabli aussi vite qu'il avait été rompu. «S'il y a un incendie souterrain. Il est trois heures du matin. . .car il avait dû savamment doser pendant toute la journée les réussites et les échecs. Moi. s'endormit du sommeil des justes et des agents secrets. » Et Langelot. dit Langelot à haute voix.opération. qui était réellement exténué . . alluma l'électricité. pour que personne ne pût soupçonner ses fonctions réelles -.

.. Le colonel Lorrain présenta son élément d'assaut au général de Rougeroc qui ne se perdit pas en longs discours : . dans quelques jours au plus tard. vous et le colonel Lorrain. farceur et demi. comme l'avait dit le caporal. ne l'oubliez pas. se présenter au rassemblement. À la disposition du chef d'élément d'assaut.Arrive. Et une heure ne s'était pas passée que les mêmes hommes avaient déjà pris place dans un avion à réaction qui décollait de la base d'Arcachon. percevoir un FAMAS au magasin. Dépêche-toi un peu ! S'habiller. . Destination ? Secrète.Non.La destination est secrète. L'élément est rassemblé. enfiler et lacer les bottes de saut.35 - . On embarque. le soldat Pichenet réussit à faire tout cela en sept minutes et demie. Puisqu'ils aiment la plaisanterie. le 2 e élément d'assaut du Bataillon d'Intervention Générale embarquait dans des hélicoptères garés dans des silos souterrains. Pichenet. les meilleures plaisanteries sont les plus courtes. .Les gars ! prononça-t-il de sa voix de stentor qui résonna puissamment dans la salle souterraine. Il y a des farceurs aux antipodes qui cherchent à nous compliquer un peu la vie. je vous attends ici. Alors moi. trouver sa place à la queue du sousélément 2.» Mais. Je sais que vous êtes les meilleurs soldats du monde : à vous de le prouver. Trois minutes plus tard. . Alors le gouvernement s'est dit : «À farceur. Ce fut tout. on va leur envoyer le BING pour qu'ils rient un peu.. On t'avait oublié.On embarque ? Où va-t-on ? .On va en manœuvres ? . ces gens-là. En opération.

* ** Les heures qui suivirent demeurèrent vagues dans l'esprit de Langelot. ravi de participer à une opération d'un genre nouveau pour lui. viens servir un verre à boire. Sur un ciel turquoise se profilaient quelques palmiers dattiers. et La Deuxième D. mais le général de Rougeroc s'en chargerait sûrement. La Vieille Caserne. D'ailleurs. et ennuyé seulement de n'avoir pu avertir le capitaine Montferrand de son départ.36 - . Après quelques repas servis dans l'avion. après pas mal de lettres griffonnées sur un papier portant l'insigne du BING (une épée d'argent sur fond orange).B. de rami et même d'échecs. Pour sa part. les divers avions empruntés successivement par l'élément d'assaut du BING traversèrent un nombre indéterminé de fuseaux horaires.. C'était le soir. D'autre part. il avait envie de dormir. Langelot savait qu'on n'envoyait les BING que dans des situations hasardeuses sinon désespérées. un nombre indéterminé de chansons hurlées à pleine voix depuis la Marche du Premier commando de France jusqu'à Oh! la fille. si bien que le soleil luisait dans les hublots quand on attendait la lune et vice versa. un nombre presque égal de parties de quatre vingt et un. le 2 e élément d'assaut débarqua enfin sur la terre ferme. il était ravi d'avoir échappé à la salle de police. . D'une part. en passant par La Piémontaise. et il préférait faire son plein de sommeil avant que les événements devinssent un peu corsés.

Récemment. Oboubou. C'est pourquoi. je n'y étais pas. En prenant les .Avec Lorrain. mais d'une voix curieusement fêlée. . Tu as vu le pot qu'il nous a offert hier au foyer? .Ah ! c'est vrai. on ne craint rien. on a découvert que l'une d'elles. sous-officiers et hommes de troupe du BING ! Voici la situation. Cette insurrection sera.37 - . Vous savez que l'uranium sert à faire la bombe atomique. qu'il s'agit de mettre hors d'état de nuire.C'était d'autant plus chic de sa part que lui. et la jungle le cachait efficacement. dit le voisin de Langelot.Non. Nous nous trouvons dans les îles Marquises.Officiers. il les a faites.d'uranium. et que la bombe atomique n'est pas à mettre entre toutes les mains.Silence dans les rangs ! cria Hervé. Ces îles appartiennent à la France.Rassemblement ! Les cent hommes de l'élément d'assaut se rassemblèrent par colonnes.Il y avait peut-être un aéroport quelque part. . . un groupement terroriste international a décidé de se rendre maître d'Oboubou. contient des mines . . pas fier. souffla Langelot. Comme par hasard. Le colonel Lorrain s'avança vers eux. bien entendu. téléguidée par le groupement terroriste. Tu étais au gnouf. avec ça. il ne boit rien. par approximativement 182 degrés de longitude ouest et 9 degrés de latitude sud. Et puis. Le colonel Lorrain prit la parole. mais l'avion s'était arrêté en bout de piste. il a décidé d'y déclencher une fausse insurrection des habitants. nous allons sauter sur Oboubou. .peutêtre importantes . cette nuit. Toutes les guerres. Pour cela. .

Bien sûr. Ce n'est pas la première fois que j'ai l'honneur d'être votre chef dans une opération à la fois dangereuse et glorieuse.devants. aucun grade ne comptait plus : le colonel Lorrain subit l'inspection comme tout le monde. nous épargnerons beaucoup de vies. mais il était important que le largage s'opérât sur une surface aussi limitée que possible. et cela ne pouvait être réalisé que par plusieurs avions. la chose n'avait pas encore perdu l'attrait de la nouveauté. . Outre les trois sous-éléments qui se répartirent entre les avions.. Les avions arrivèrent en roulant. Il vit que. et subit l'inspection précédant l'embarquement sans s'attirer aucune remarque. À la disposition des commandants de souséléments. apparemment.38 - . Langelot remarqua qu'on entassait aussi dans les soutes tout un matériel qui lui parut passablement mystérieux: une multitude de colis d'accompagnement de petite taille et un seul. Je sais que vous vous conduirez tous comme vous l'avez toujours fait. sauter de nuit. qui avait fait son entraînement mais n'avait sauté qu'une fois en opération 1. il s'affubla de son dorsal et de son ventral. Or le largage devait être fait avec le plus de discrétion possible : ce n'était pas pour rien qu'on allait. Avec l'aide de Bambara. ou alors au moyen de plusieurs passages. qui avaient l'habitude de sauter en parachute. on aurait pu mettre tout l'élément d'assaut. » La suite fut routinière pour les soldats du BING. pour le moment. Il y en avait trois. Pour Langelot. et nous empêcherons des éléments irresponsables de s'emparer de ces mines d'uranium. pour préparation à l'embarquement. grand comme un bureau ministre. dans un seul d'entre eux..

les BING semblaient pris d'un malaise viscéral. Ces colis intriguaient bien un peu Langelot. il allait revoir la mince. lui aussi. pourtant endurcis. pour sa part. pas très commodes. Les trois avions volaient dans la nuit. Voir Langelot sur l'île déserte. habitait toujours avec ses parents l'île d'Oboubou. et il observait curieusement ses camarades qui. le colonel se leva de sa place. Ils transpiraient.39 - . L'appréhension du saut régnait. c'était de savoir si.1. lourds . lui étaient inconnus. blonde et moqueuse Liane dont il avait fait la connaissance à l'occasion d'une précédente mission(2) et qui. Il ne reconnut que le colonel Lorrain : profil d'aigle sous le casque lourd. expression vigilante du visage. La nuit tomba. Mais c'était une appréhension étrange. pour autant qu'il le sût. ils se tournaient et se retournaient sur leurs sièges. ce qui l'intriguait encore plus. mais s'il faut dire la vérité. Voir Langelot mauvais esprit. ils gémissaient parce qu'il leur avait été interdit de fumer. avec cette soudaineté qui caractérise les crépuscules des tropiques. 2. mais il demeurait maître de lui. comme cela se passe d'ordinaire. à la faveur de cette opération. pour la plupart. même parmi les BING. Au bout d'une demi-heure de vol. Décollage. Sans doute avait-il été sensible. Étaient-ce là « les meilleurs soldats du monde » ? Langelot. éprouvait naturellement une certaine nervosité. les sièges. à l'atmosphère étrange qui régnait dans l'avion. . Au lieu d'avoir envie de sauter le plus vite possible. Les parachutes étaient gros.

Le largueur l'engagea sur le câble de largage.Préparez-vous. Il entonna une chanson : C'est nous. six. Dix.. Lorrain et Langelot finirent par chanter tout seuls.. Soudain la voix du pilote se fit entendre dans l'interphone : «À dix minutes du parachutage.» . pas un stick de parachutistes. cinq.. huit. lui sembla-t-il. les BING répondaient d'une manière qui ne plaisait pas beaucoup au colonel.Il adressa la parole à plusieurs BING. mais sans entrain.40 - . Qu'est-ce que c'est que cette bande de mauviettes? J'ai l'impression d'être embarqué avec une patrouille de scouts. Qui revenons de loin. verrou vers le haut. Le colonel Lorrain. visiblement sans enthousiasme. Les BING se levèrent. Langelot ne pouvait entendre ce qu'il disait. La voix du pilote : «À trois minutes du parachutage.Détachez vos ceintures. Plusieurs voix lui répondirent.. Le largueur passa l'inspection de l'arrière vers l'avant et alla ouvrir la porte. La voix du pilote se fit entendre à nouveau : «Attention pour début de parachutage. Debout. car il éleva la voix. qui allait être le premier à sauter.» Le largueur : . sept.» Le largueur commanda : . Un courant d'air froid pénétra dans l'avion. Alors? cria-t-il. neuf. les Africains. Il descendit posément l'allée centrale et accrocha de même les mousquetons de tous les autres BING. mais. lui tendit le mousqueton de sa sangle d'ouverture automatique (SOA).

..Le largueur cria : . La cadence de saut devait être de trois parachutistes toutes les deux secondes. deux. les BING embarqués à bord de cet avion-ci seraient éparpillés d'un bout du Pacifique à l'autre! . qui était le onzième.En position ! Il saisit la SOA du colonel. sûrement. Et le numéro 4 ne paraissait pas plus décidé. bon. Mais il se passa alors une chose inconcevable : le parachutiste numéro 2 ne sauta pas. Alors Langelot n'y tint pas. les centaines de mètres devaient défiler à bonne allure. Quoi? Un BING refusait de sauter? Un BING avait peur? Le largueur n'avait pas le droit de le toucher. À l'entraînement. si on n'a pas envie de sauter. Le mot effrayant «refus de saut» courut d'un bout à l'autre de l'avion. Le parachutiste numéro 3 ne voulait pas sauter non plus. Le colonel disparut dans le trou noir. mais. Une situation pareille ne s'était jamais vue. et Langelot. . L'avion avait eu beau ralentir pour le saut: en bas. Le pilote continuait à compter : « Trois. Si on continuait à tergiverser.41 - . TOP ! .GO ! fit le largueur. un. Il y a de par le monde des millions d'hommes parfaitement honorables . s'attendait à ce que ce fût bientôt son tour: ce serait à la fois effrayant et excitant de sauter. au moins l'inconfort actuel serait terminé. le parachutiste numéro 3 allait le pousser dans le dos et se jeter dans le vide après lui ? Le parachutiste numéro 3 n'en fit rien.GO ! hurlait le largueur.GO!. on refuse...

Mais il n'y avait pas de pluie de coupoles. il n'y avait pas une seule coupole dans le ciel. qui ne comprenait plus rien. La nuit n'était pas si noire qu'on le croyait quand on était dans l'avion. .et même courageux qui ne sont pas parachutistes. mais en réalité il était souslieutenant : si les «bidasses» ne sautaient pas. Les suspentes se tendirent d'un coup sec. Mais en opération ! Quand le colonel lui-même vient de faire le grand plongeon ! Langelot pouvait bien jouer le rôle du soldat Pichenet. Langelot fit son tour d'horizon. Il sauterait en ouverture commandée. Tant pis pour la SOA. lui officier. Il bouscula les BING qui se trouvaient devant lui. sauf celle qui s'arrondissait au-dessus de sa propre tête. Langelot l'entendit à peine: il tombait déjà en chute libre dans la nuit étoilée. Une traction sur la poignée de commande. À vrai dire. . Le parachute s'était ouvert normalement.Hé ! Où vas-tu comme ça ? cria le largueur. Il cherchait cette pluie de coupoles qui tient compagnie au parachutiste lors de la descente. il se devait. de leur donner l'exemple.42 - .

et il y avait donc des chances que Lorrain eût atterri de ce côté.. dans une île aux trois quarts couverte par la jungle ? Langelot se perdit dans des calculs compliqués concernant la vitesse de l'avion.» Mais comment retrouver son colonel. probablement. C'était là une précaution typique du SNIF plutôt que du BING. la hauteur du saut. enterra son parachute. le jeune snifien n'avait pas l'intention de passer le . D'autre part. c'est qu'en général cet agent sait où il est et ce qu'il doit faire. D'une part. qu'est-ce que je fais ?» La formation militaire joua : «J'essaie de retrouver mon colonel. entourée d'un maquis tropical. mangue ou papaye. la nuit. II décida de suivre la crête en direction de la ville. La différence. dit Langelot. défit son harnais. Dans mon cas. mais. Mais comme il ne savait rien de tout cela de manière précise. visiblement.43 - . c'est un peu plus compliqué. il lui semblait que l'avion était arrivé par là. L'air sentait bon les fruits exotiques. «Et maintenant.» Il se trouvait sur une colline chauve au sommet. celle du vent. la situation elle aussi était plutôt typique du SNIF: «Un agent secret tout seul dans la nature. il y renonça rapidement.. Au loin brillaient des lumières: la ville d'Oboubou. Langelot exécuta le roulé-boulé prescrit. je connais.Chapitre 4 L'atterrissage se déroula sans encombre.

.restant de ses jours à jouer les Robinson : il lui fallait donc rallier la civilisation.44 - . mon colonel. il valait mieux lui dire la vérité tout de suite. on ne devient pas agent secret.Allez me chercher votre capitaine. vues de près. À la clarté des étoiles. La chance le servit.Pourquoi ça ? Langelot hésita: comment annoncer au vieux guerrier que ses hommes ne lui avaient pas obéi? Après tout. Il arrive aux parachutistes les plus expérimentés de mal atterrir. Langelot alla inspecter le lieu: les draperies. il aperçut un bouquet de palmiers. mon colonel. je t'interdis de calomnier la plus belle unité de l'armée française. cassée sans doute. Langelot s'agenouilla près de lui. Alors le colonel ouvrit les yeux.Impossible. .Vous êtes le nouveau : Pichenet ? . ou alors on ne reste pas un agent secret vivant très longtemps. .On dirait. .J'ai fait un mauvais atterrissage ? . et c'était bien ce qui était arrivé au colonel Lorrain. Le FAMAS à la main. . mon colonel. Sa jambe droite était curieusement repliée.Oui. Quand on n'a pas de chance. et l'un de ces palmiers lui parut d'une forme bizarre: on l'aurait cru drapé comme une statue grecque. et un gémissement sourd se faisait entendre dans les parages. rugit Lorrain.Espèce de petite crapule.Le BING n'a pas sauté. . mon colonel. Sa voilure s'était prise dans les cimes des palmiers et lui-même avait été durement précipité à terre. et il paraissait à moitié inconscient. . . ressemblaient à un parachute.

. Évidemment le vieil officier ne serait pas content d'apprendre qu'on avait introduit un « moustache »(1) dans son unité. Langelot lui porta un formidable atémi au poignet..45 - .Pourquoi as-tu sauté ? . . On me confie un élément d'assaut. deuxième classe Pichenet. Sans hésiter. . L'arme roula à terre. mon colonel : c'est vous qui me l'avez dit. qui me faites la leçon? . vous et moi. le colonel dégaina son MAC 50 et porta le canon à sa bouche. mon colonel. Parce que.J'étais le numéro 11. pour autant que je sache. son grade et sa mission. vous n'êtes pas responsable de ce qui est arrivé.Je vous demande de me pardonner ce que j'ai dit tout à l'heure.Je ne crois pas.Tu veux dire qu'il y a eu refus collectif de saut ? .Pourquoi faites-vous ça? gronda Lorrain. mon colonel. Ceux des autres avions n'ont pas sauté non plus? . .Et toi ? Tu n'étais pas le numéro 2 ! Qu'est-ce que tu fais là alors ? . Je sais ce qu'il me reste à faire.Mon colonel. Cet élément d'assaut se déshonore.. Sans hésiter non plus. .Pourquoi? . mais du . En outre.Je ne sais pas. Langelot révéla à Lorrain son identité.Parce que vous en aviez donné l'ordre. . nous sommes les seuls à avoir sauté.Bon..C'est vous. .Il n'y a pas de deuxième classe au BING.Oui. dit Lorrain. . En peu de mots.

la propagande. Je sentais bien que mes gars n'avaient pas le moral. Évidemment. Lorsque Langelot eut terminé : La propagande.. mon colonel. mais de là au refus de saut. Mais si je m'aventure en ville. Laissez-moi là. mais vous demanderez à être mis en liaison avec Paris.. nous n'avons pas de radio. Bon. Agent secret (argot militaire). Je suppose qu'étant moustache vous avez un code qui vous permettra de rendre compte avec un maximum de discrétion. Vous ne lui direz évidemment pas que le BING a refusé de sauter. Pour le moment. . mon colonel.Pourquoi ? Vous avez peur que je me fasse sauter la cervelle malgré ce que vous m'avez appris? C'est mon affaire ! . puisque le radio n'a pas sauté non plus. avait décidé de mettre le BING hors de combat.moins il comprendrait que sa responsabilité n'était pas véritablement en jeu. répondit Langelot avec diplomatie. Hé là! Qu'est-ce que vous faites ? Rendez-moi mon pistolet.. bougonna Lorrain. je peux avoir besoin d'une arme un peu plus discrète que le FAMAS. Le plus urgent est donc de prendre contact avec les autorités locales. .46 - . qu'un adversaire puissant et rusé l. on verra ça plus tard. et allez vous présenter de ma part au résident de France s'il est encore en place. la propagande. l'opération est manquée et il faut en rendre compte.Je vous demande pardon. mon petit. J'allais vous demander la permission de vous l'emprunter. ça a des limites.Pour ce que vous êtes discret avec votre tenue camouflée ! .Ce n'est pas cela. ..

à vos ordres. « Qui êtes-vous ? reprit la voix. . Langelot se retourna et ne vit rien. Il soupçonnait Lorrain d'avoir toujours l'intention de se suicider.. mais Lorrain.Amis de qui ? Bonne question! L'invisible appartenait-il aux forces de l'ordre ou aux faux insurgés? Etait-ce simplement un brave homme dont on avait piétiné les plates-bandes et qui venait voir ce qui se passait? Langelot cherchait encore une réponse qui ne fût compromettante dans aucun des cas prévus. Tout en obéissant.Ici le colonel commandant le 2e élément d'assaut du Bataillon d'Intervention Générale.47 - . Langelot hésitait. moins subtil. rassembla son énergie et répondit d'une voix tonnante : . . mais alors laissez-moi le FAMAS. Qui êtes-vous vous-même? . Au besoin.Vous étiez dans quel avion ? .Ah! ces moustaches! Bon. je pourrai me déguiser. .J'ai des contacts. je peux avoir besoin de me défendre.Vos camarades ont sauté ? Je ne les ai pas vus. .Dix-neuf.Le troisième.Des amis. . d'accord. À cet instant: Haut les mains ! dit une voix sortant de l'ombre. mon colonel. . avec laquelle son visage noir lui avait permis de se confondre. . mon colonel. répondit Langelot au hasard. Moi aussi.Soldat Bambara.Vous aviez quel numéro ? . fit la voix. répondit Bambara prudemment. et l'ami de Langelot émergea de l'ombre. On aurait cru que c'était le palmier qui avait parlé.

Si vous arrivez par mer. . vous êtes encore là? Avant de s'éloigner. nous instaurerons un tour de garde. Langelot. Puis il fila dans la nuit. ils hésitaient. Ensuite. Bambara. Votre avion contenait les colis d'accompagnement. vous restez avec moi. Que sont-ils devenus ? . Empêche-le.Le colon essaiera peut-être de se suicider.Vous avez sauté en ouverture commandée.. avec.Pourquoi avez-vous pris ce risque? Si vos officiers eux-mêmes ne bougeaient pas ! . Et la topographie en est très simple. Bon. Alors.. Ça paraissait trop idiot de s'être baladé si longtemps pour rien. Langelot glissa dans l'oreille de Bambara : . * ** La ville d'Oboubou est un port. mon colonel. Langelot.48 - .Eh bien. alors ? . nous voilà frais ! dit Lorrain. Vous allez commencer par creuser un trou d'homme pour vous et pour moi. deux pioupious et assez de matériel pour gagner la Troisième Guerre mondiale. Un colonel à la patte cassée. vous verrez au milieu une grande place.. au . . . faites ce que je vous ai dit.Au moment où j'ai quitté l'avion. L'important est toujours de rendre compte.Ils ont été largués comme prévu.Les dix-huit qui étaient avant vous ? .On avait déjà fait la moitié du tour du monde.Oui.

les Indiens. le bureau d'état civil et la salle des fêtes. Bien des pêcheurs locaux sont en fait des employés de telle ou telle coopérative appartenant à tel ou tel groupe mifrançais. eux et leur nombreuse progéniture. car les Chinois.ou non. qu'ils soient indigènes .un pagne et quelquefois un chapeau formaient l'essentiel de leur habillement -. Si les Canaques avaient leur costume bien à eux . la poste.49 - . où ils habitent. constaté aussi une particularité tropicale qui allait maintenant lui rendre le plus grand service. À gauche de la place centrale s'étend ce que certains appellent encore «la ville indigène». la prison. les Canaques.. Néanmoins. De même qu'à «la ville européenne» correspond le yacht-club. les Japonais y foisonnent. naturellement. les Français qui résident dans l'île considèrent qu'ils ont encore droit au haut du pavé.fond. Il avait. qu'on appelle encore le Palais. ont acquis une villa «à la française». un grand bâtiment tarabiscoté. Il y a là des magasins et des résidences. et qui contient l'appartement du résident. mais certains travaillent encore à leur compte : ce sont manifestement les plus pauvres. ce qu'on appelle la ville européenne. audelà.. qui. Langelot avait eu l'occasion de constater tout cela lors de son précédent passage à Oboubou (1). sans compter. si les Européens huppés avaient l'habitude de porter un pantalon ou un short . vous verrez d'abord le yacht-club et. pêle-mêle. à «la ville indigène» correspond un port de pêche. ayant réussi dans le commerce ou dans la pêche. Il s'agit en réalité d'un labyrinthe de paillotes où vivent les Canaques les moins riches. À droite.c'est-à-dire originaires d'Oboubou . mi-canaque. et peut-être les plus heureux. et le mot «européenne» ne correspond plus à rien.

de tout ce qui lui restait de son harnachement. Voir Langelot sur l'île déserte. quelquefois ils enfilaient en outre quelque vieille chemise déchirée ou rapiécée qui leur pendait sur les cuisses . ce ne serait pas très pratique. habillé de pied en cap dans une tenue camouflée. qui lui permettait de porter le pistolet du colonel sous son aisselle gauche. de ses bottes de saut. . Pour un parachutiste. de sa veste et de son pantalon camouflés. il lui aurait été difficile de se déguiser s'il avait dû apparaître en smoking ou en pantalon à fleurs. déchira un peu sa chemise. c'était tout. mais Langelot n'avait pas l'intention de piquer une tête dans le Pacifique. cela veut dire qu'ils portaient un caleçon de bain du matin au soir et du soir au matin. et. il s'était confectionné une housse de secours. Mais un slip ressemble beaucoup à un maillot de bain. Pour nager. de préférence brodée à la main. d'autre part. Il cacha le tout dans un fourré situé au bord de la route goudronnée qu'il venait d'atteindre. et s'aventura pieds nus sur la route. nombre d'habitants d'origine indéterminée qui s'habillaient comme ils voulaient. Langelot se débarrassa donc de sa musette. surtout quand il y a une chemise qui pend pardessus. il y avait un bon 1. la plupart du temps. Tout de même.impeccablement repassés et quelque chemise de couleur claire. pour lui donner l'air moins militaire. Langelot commençait à étouffer dans son battle-dress . avec sa ceinture. et de plus d'une manière: d'une part. portant casque lourd en tête et croquenots aux pieds. c'était là une aubaine.50 - .

Le ciel devint soudain cramoisi et des oiseaux de toutes les couleurs sortirent de leurs nids et se mirent à chanter. Langelot passa dans l'herbe.Halte-là! Langelot s'arrêta. lui coupèrent le chemin. . c'est-à-dire par la grande artère qui sépare la ville européenne du village de paillotes. Il avait pris le pas gymnastique. L'entraînement du SNIF prévoyait à peu près tout. et il voyait le Pacifique miroiter devant lui. vous êtes bien capable de faire quelques centaines de mètres avec les pieds en sang. prenant l'air aussi bête que possible. et avec un déploiement de faste difficile à imaginer dans des climats plus tempérés. On a beau faire du karaté et endurcir le bord d'attaque de ses pieds. Il n'avait pas fait un kilomètre que la marche lui devint pénible. Du goudron. Il parvenait au premier bâtiment en dur sur sa gauche lorsque deux hommes armés de mitraillettes. allons.Tout en marchant.51 - . non?» Le soleil se levait comme il se lève sous les tropiques : vite. il prenait des repères qui lui permettraient de retrouver le bouquet de palmiers où il avait laissé le colonel et Bambara. mais pas complètement. «Allons.Où vas-tu ? fit l'un des deux hommes. . la plante reste toujours aussi délicate. . Langelot arriva à Oboubou par l'avenue Charles-deGaulle. vêtus de cirés jaunes et le visage à moitié caché par des lunettes d'aviateur. monsieur Langelot! Si le colonel peut encore conserver son calme et donner des ordres avec une jambe cassée. mais deux kilomètres plus loin il trouva que la terre était presque aussi dure que le goudron. comme un grand mur bleu sur lequel on aurait collé quelques éclats de vitre.

D'où viens-tu ? demanda l'autre. L'un des deux hommes consulta un ficher portatif qu'il tenait caché sous son ciré.. . . Je réside en France. .De la montagne. . . Je suis ici en vacances. Il remonta l'avenue en se demandant qui pouvaient bien être ces deux individus. .J'y habite. mais il n'y a pas d'Hubert. très à l'aise.Je m'appelle Hubert Dotrante.Comment t'appelles-tu? Les deux hommes étaient de race blanche. rétorqua Langelot. . . si vous gardez vos cirés. Ça explique ton teint. vous ? Je n'ai pas l'impression de vous avoir rencontré au yacht-club. . tu es plutôt pâlichon. c'est une question d'opinion.Ça.Qu'est-ce que tu y faisais ? . Mais chacun ses goûts. . . dit « Hubert Dotrante ». . dit l'homme au fichier. Parce que comparé aux gens du cru.Laisse passer le petit snobinard.52 - . dit-il. Le seul nom d'habitant que Langelot pût se rappeler était celui de la moqueuse Liane.Ah ! bon.Pas étonnant.En ville. vous allez souffrir quand le soleil se mettra à cogner. Tu vois bien que c'est un imbécile. Vous êtes du cru. mais avec un curieux accent.Vous ne m'avez pas l'air tellement bronzé non plus. de vous à moi.Il y a bien des Dotrante. Maintenant. fit l'autre. et ils parlaient le français couramment.

les catamarans. . les bateaux à moteur se balançaient mollement. Honorable correspondant : agent secret généralement non rétribué. le plaisir. mais alors vraiment très peu. des cirés. Un bureau aux murs couverts de cartes marines.» La ville d'Oboubou dormait encore. mais ne lui posa pas de questions.53 - . même à la télévision. La porte de la capitainerie était ouverte. L'homme portait une mitraillette du même modèle que celles de ses sosies. et un peu de travail peut-être. mais. les événements ayant visiblement pris un tour dramatique. il n'aurait pas été question de prendre contact avec lui sans en avoir reçu l'ordre. de calendriers divers. Mais quoi? En tout cas.. Langelot s'aventura à l'intérieur. reflétant leurs couleurs pimpantes dans l'eau claire. Langelot avait dit au colonel Lorrain qu'il avait des contacts à Oboubou et c'était vrai. 1. Langelot se disait qu'il valait la peine de bousculer un peu les principes de sécurité. La capitainerie était située sur le port de plaisance. faite pour la langueur. si ce sont là les "indigènes insurgés". Les voiliers. Langelot croisa un seul passant: un homme en ciré jaune et en lunettes d'aviateur qui le regarda longuement. Le capitaine du port était un HC(I) du SNIF. Cela me rappelle quelque chose. Surpris.«Des lunettes d'aviateur. de tables de marées.. ils auront du mal à se faire passer pour des Canaques. Plusieurs modèles de voiliers dans des vitrines. En période normale. On aurait cru le matin d'une journée comme les autres journées tropicales.

le plafond.. tout était moucheté d'impacts de balles. adossé au pied du lit. Et au milieu de la pièce. en se rappelant toutes les épithètes que le loup de mer lui avait décochées quelque temps plus tôt. mais l'intention y était. mais c'était bien dans l'esprit de la situation.54 - . il se mit au garde-à-vous devant le cadavre. . Capitaine ! Silence.. se dit Langelot. haché par des rafales de gros calibre. le plancher. Derrière lui. Une porte donnait sur ce qui devait être l'appartement de l'HC. appela-t-il. gisait le capitaine du port lui-même. La chambre du capitaine du port était dans un piteux état. Les rideaux. . les murs.. Langelot entra. Alors Langelot fit quelque chose d'un peu surprenant. d'un peu sentimental. les meubles. Ses talons ne claquèrent pas très bien. puisqu'il ne portait pas de chaussures.«Le brave vieil homme va encore me traiter de haiebouline et de paysan».Capitaine.. En chemise déchirée et en slip. Ce n'était pas dans son style. On lui avait vidé au moins un chargeur dans la poitrine. un poste émetteur radio avait été réduit en miettes par la même méthode. Le seul contact que Langelot eût sur place ne passera il jamais plus un seul message. comme il était.

. Langelot se hasarda à frapper à une porte. Une dame entrebâilla le vantail. L'école était fermée. les orangers.Qu'est-ce que vous voulez? demanda-t-elle d'un ton apeuré.Chapitre 5 Les rues étaient désertes. Le jardin était vaste. en fait. . la troisième maison grande villa à colonnes dans un jardin. elle lança vers l'intérieur de la maison : .Première à droite. madame. où croissaient pêle-mêle les cocotiers. les cotonniers.55 - . non. Les bateaux restaient au port.Non. comme pour répondre à une question. Et. Pourriez-vous me dire où habite M. madame. Langelot n'eut aucun mal à trouver: c'est là l'avantage des petites villes où tout le monde se connaît. Les bougainvillées grimpaient aux colonnes de bois qui supportaient le toit de la villa. ce n'est pas un Ciré jaune. Les boutiques n'ouvraient pas. c'était un parc. formant un péristyle qui devait donner un peu de fraîcheur à l'intérieur. d'une voix plus forte. Dotrante? . . . les bananiers.Je vous demande pardon de vous déranger. les arbres à patate. Finalement.Merci.

dit Langelot. contre la poitrine de Langelot. il entreprit le tour de la maison.. Il s'engagea sous le péristyle et. et les habitants aimaient respirer l'air un peu frais de la nuit et du petit matin.Le plus simple était. mais les agents secrets ne recherchent pas toujours la simplicité. fine.En voilà une façon de recevoir de vieux amis.. mince. Au lieu de frapper. un miroir. Blonde. évidemment. Il glissait de fenêtre en fenêtre et jetait des regards indiscrets à travers les moustiquaires. . ' . dans la pénombre. et. et peut-être même un coin de lit. foulant de ses pieds nus et meurtris le plancher de bois peint de la terrasse. Il perçut un mouvement dans la pièce. Quant aux volets. une raquette de tennis et une affiche représentant le fameux Julio. se dit Langelot. qui n'en menait pas large avec le double canon que la moustiquaire l'empêchait de détourner de son estomac. Liane !. Au mur. un visage clair se profila.Dégagez ou je tire ! commanda-t-elle. . Il se pencha vers la moustiquaire. la plupart n'étaient pas fermés: les cambriolages n'existaient pas à Oboubou.Liane ! appela-t-il à voix basse. vêtue d'un pyjama rosé. d'aller frapper à la porte. salle à manger. et en outre armée d'un fusil de chasse qu'elle appliqua. «J'ai des chances pour que ce ne soit pas la chambre des parents de Liane». Les pièces qui donnaient sur la façade semblaient être des pièces de réception: salons. -. Langelot s'efforça au contraire de faire le moins de bruit possible. Mais la quatrième fenêtre sur le côté paraissait bien donner sur une chambre à coucher. «le chanteur à la voix bleue».56 - . à travers la moustiquaire. c'était bien Liane. On apercevait une commode.

J'avais complètement oublié que vous existiez.J'aime mieux venir vous retrouver dehors: ce sera plus sûr. je vous trouve bien prétentieux. on monterait un réseau de résistance à nous deux. .Ça devait vous aller très bien. les deux jeunes gens s'étaient installés dans une petite maison perchée dans les branches d'un arbre qui poussait au fond du jardin. .Et vous..Lesquelles? . . . Mossieur Jérôme Blanchet.Vous voulez rire ? Aux Indiens ! J'avais un arc et des flèches et des plumes sur la tête.Il n'y a pas si longtemps qu'on s'est quittés: je n'ai pas eu le temps de changer.À la poupée ? . je me suis tout de même rappelé que vous n'étiez pas complètement manchot. et deuxièmement que vous me laissiez entrer pour que nous puissions causer un peu sérieusement. le plus mauvais barreur du Pacifique ! . Du moins jusqu'à hier soir. à deux conditions. Liane. toujours l'amabilité personnifiée ? .57 - .» . Attendez-moi un moment. que vous cessiez de me chatouiller le nombril avec votre escopette. .Premièrement. dit Liane.D'accord pour le réseau. .Ah! c'est vous! s'écria Liane. je venais jouer ici. et je me suis dit: «Tiens.Ni celui de vous ennuyer de moi ? . quand les Cirés jaunes sont arrivés. . Trois minutes plus tard.Quand j'étais petite.Vous. si le mauvais barreur était là.Pourquoi jusqu'à hier soir ? . . expliqua Liane.Parce que.

58 - .. mais ils n'en avaient pas moins participé ensemble à une opération dangereuse qu'ils avaient menée à bien. enfermé le résident dans son appartement. on ne sait pas ce qui s'est passé. .) Qui voulez-vous qui s'insurge à Oboubou? D'abord les Canaques sont beaucoup trop doux pour ce genre d'occupation. Ils ont désarmé les gendarmes.a annoncé que l'île d'Oboubou allait incessamment devenir indépendante de par' la volonté de ses habitants. mais je suppose que vous n'avez pas traversé le Pacifique pour venir me faire des compliments.Que s'est-il passé alors? . de confiance. Mon impression.Insurrection? Vous plaisantez. Depuis le premier jour qu'ils s'étaient rencontrés. mais comme personne n'ose sortir.Peut-être. c'est qu'ils sont encore plus terrorisés que les Européens.Pas précisément. Liane. ce qui n'est pas peu dire. et ils éprouvaient l'un pour l'autre beaucoup d'estime. Une voix sinistre . n'hésita pas à lui dire qu'il était en mission et que cette mission était en rapport avec l'insurrection d'Oboubou. Les Cirés jaunes ont commencé à patrouiller dans les rues. mon petit Jérôme.je l'ai entendue moi-même . et peut-être même quelque chose d'un peu plus tendre.Il s'est passé qu'avant-hier un groupe de bonshommes en ciré jaune a fait un coup de commando sur le Palais du résident. qui connaissait l'attachement de Liane pour la France. . On a entendu des détonations. (Elle continuait à donner à Langelot le nom sous lequel elle l'avait connu.. .. . et ils se sont emparés de la station radio. Liane et Langelot n'avaient cessé de se chamailler. Langelot. et puis il n'y en a pas cinq cents dans toute l'île.

organisés. plutôt. C'est le capitaine du port qu'ils ont assassiné. vous comprenez. .Précisément. ces Cirés jaunes ? . certains parlent français: c'est tout ce que je peux vous dire. je suppose. par exemple: ils disent que si l'île devient indépendante.Vous savez comment sont les gens: lâches pour la plupart.59 - .- Des rafales de mitraillettes ? Oui. c'est le mystérieux service secret auquel vous appartenez ? . il faut s'entendre avec les vainqueurs.Une vingtaine. Barrages sur les routes. couvrefeu. . du moins je ne crois pas. C'est pour ça que je vous ai emmené ici plutôt que de vous laisser entrer dans la maison..Oui. On ne peut pas les attaquer avec des tromblons comme le vôtre. tout ça. Mes parents ne vous dénonceraient pas aux Cirés jaunes.« Nous ». Notre pauvre vieux Breton ? Pourquoi ont-ils fait ça ? .Ce n'est plus un secret maintenant: il travaillait pour nous. tout le monde tremble. Savez-vous d'où ils viennent. ces Cirés jaunes ? . Combien sont-ils. Même mes parents.Ce ne sont pas des gens de l'île .Et ils terrorisent la population ? . . Papa a surtout peur de perdre ses pêcheries. .Et la population ? .Vous exagérez peut-être un peu.Ils sont agressifs avec la population ? . ..Je vous l'ai dit. ni avec des arcs et des flèches. disciplinés. mais ils seraient capables de vous . ce sont des hommes de type européen. Ces hommes sont bien armés.

les adultes: il n'y a que leurs intérêts et leur sécurité qui comptent. Vous voulez dire que vous avez un colonel blessé caché dans le jardin ? .Qu'est-ce que vous me demandez alors? . . .Non. . . d'après lui. il me faut un médecin. .Il arrive que les colonels se déplacent sans leurs régiments. .Oui. et on essaiera de ne pas se faire tuer du tout. et gaiement encore ! . il y a bien un médecin en ville. une paire de sandales pour mes pauvres petits pieds endoloris.demander d'aller vous faire pendre ailleurs pour ne pas les compromettre. Vous savez comment ils sont. en tout cas.Et il a la jambe cassée ? . il . . pas dans le jardin.Votre colonel? Vous voulez dire qu'un régiment a été parachuté sur l'île ? .Premièrement.Pas de problème : je chiperai celles de papa.« Gaiement » est très important. mais j'ai peur de vous le recommander.Deuxièmement. . Pour le moment.60 - .Mais vous.Non. vous êtes disposée à m'aider.Aussi pour vos pauvres petits pieds endoloris ? . Ne posez pas trop de questions. il parlait avec mes parents.Jérôme. . . je ne vous en demande pas tant. Pour la pauvre petite jambe cassée de mon colonel. Liane.Pourquoi ? Il tue plus de malades que ses confrères ? . Liane. si vous ne voulez pas entendre trop de mensonges. et il leur disait que. le docteur Parloyre. Il était chez nous hier.Ce n'est pas ça. .Moi? Je me ferai tuer avec vous s'il le faut.D'accord.

C'est un Canaque qui a le don de soigner les gens. la vie humaine. parce que seul le plus fort est capable d'imposer la paix. parce que c'est un saint. tout ça.D'accord. il le soigne.. que la vie humaine. ce sont des discours. il ne connaît pas. pas Miaou ! Non.Il dénoncerait le colonel ? Oui. Vous voulez dire que.Je veux dire que je connais Parloyre : ce n'est pas un méchant homme. et la paix. Quelqu'un est malade. . Parions sur Hiaou. le bien de la population. .Qui est-ce ? .61 - .Il faut bien que mon colonel soit soigné. c'est sacré.. . . mais entre un colonel à la jambe cassée et vingt Cirés jaunes armés de mitraillettes.M. Desbillettes ? . c'est ce qu'il y a de plus important au monde. .fallait surtout faire la paix avec les insurgés.Tout ça. et qu'il espérait bien que le gouvernement français ne ferait pas la folie d'envoyer des soldats pour libérer l'île. il choisira les Cirés jaunes par amour de la paix. . . Troisièmement. je suis pour la loi du plus fort.Et votre Miaou ne risque pas de trahir ? — Hiaou. . parce que tous ceux qui ne veulent pas payer le docteur . La paix. pour épargner des représailles à la population.Alors je vous conseille plutôt de prendre Mathias Hiaou. Il disait: moi. Il est illettré.Parloyre est le seul médecin de l'île : alors il est très cher ! – vont chez Hiaou. . Même les Européens. mais il a beaucoup d'expérience. Et la plupart du temps ils guérissent. il faudrait que je voie le résident.

et en plus les Cirés jaunes l'ont mis sous clef. . Mais il faut tout de même que je le voie. Liane. Desbillettes n'est ni un saint. ni un héros.Si Desbillettes il y a.M. .C'est possible. . ni un génie..62 - .

63 - ..

mais il ne les interpella pas. et dont la palissade couverte de vieilles affiches pourrissait lentement. monsieur l'agent secret. Mais si. . tantôt à gauche.. ce monsieur commence à me tirer dessus. dit Liane.Cette grille n'est pas infranchissable. et un deuxième Ciré jaune se promenait à l'intérieur. . et les jeunes gens se glissèrent à l'intérieur. dit Langelot..Eh bien. dit Liane.J'ai un autre plan. Les trois autres côtés du Palais donnaient dans un parc où croissaient de nombreuses essences. . Un homme en ciré jaune et en lunettes d'aviateur montait la garde de ce côté. Par-derrière. dit-elle. une fois que je l'aurai escaladée. Liane en souleva une planche. qui semblait à l'abandon. Une haute grille en fer forgé interdisait l'accès de ce parc. on va voir ce qu'on peut faire pour vous. * ** La façade du Palais donnait sur la Grand-Place. Le matin s'avançait. Desbillettes avait eu la passion des arbres et il avait fait du parc résidentiel une espèce de jardin des plantes.64 - . tantôt derrière. . et quelques autres passants s'aventuraient dehors: on ne peut pas interpeller tout le monde. Il regarda d'un air soupçonneux la jeune fille et le jeune garçon qui passèrent devant lui. Un prédécesseur de M. le parc du Palais jouxtait un autre parc. observant aux abords du Palais.Quand j'étais petite.La jeune fille réfléchit en roulant une mèche de ses longs cheveux blonds autour de son doigt. je venais jouer ici avec mon ami Gaétan. La maison appartenait à ses .

.. vous changez de Robinson toutes les cinq minutes. Vous. Il fallait s'y déplacer en rampant. et on ressortait plein de terre.. La plupart du temps.Résultat? .parents.Pas ma faute. des grumeaux d'argile dans les cheveux. Si je comprends bien. il y a un tunnel sous la grille.Plus loin. mais cela ne faisait peur ni à un soldat du BING ni à un agent du SNIF. . . vous l'emmenez où je vous ai dit. et je pense qu'il n'est pas encore tout à fait comblé.Le plan que vous m'avez dessiné est parfaitement clair. qu'y a-t-il? . Vous êtes sûre que vous trouverez l'endroit? .Résultat.Il n'en est pas question. vous vous rappelez la disposition des lieux ? . vous allez chercher Hiaou. .65 - . Et le résident de l'époque cultivait dans son jardin le seul figuier d'Oboubou.Vous étiez aussi Vendredinette avec moi dans l'île de Paramotou. Un appel étouffé lui parvint. Ce n'était pas un tunnel: c'était plutôt un trou d'homme qui s'ouvrait derrière un buisson et débouchait sous un autre.Oui. . il était Robinson. et moi Vendredinette. Il ressortit en marche arrière. En tout cas Robinson et Vendredinette aimaient beaucoup les figues.Vous ne voulez vraiment pas que je vienne avec vous? . après être passé sous la grille de fer forgé. si je ne suis pas au rendez-vous. Merci. et. Langelot s'engagea dans le trou d'homme la tête la première. Liane. Résultat. s'ils partent pour les antipodes.Je chercherai le temps qu'il faudra. .

Il disparut de nouveau dans le trou. Au bout d'un mètre.Eh bien. il ne pouvait surveiller aussi la face ouest: il suffisait d'attendre qu'il fût hors de vue pour pouvoir traverser la pelouse sans danger. Un bond de dix mètres. Maladroit comme vous êtes. Souple et silencieux. et Langelot se trouvait dans l'angle mort. fit Langelot. . Le Ciré jaune que les jeunes gens avaient remarqué plus tôt faisait toujours les cent pas. encore quelques coups de rein. C'était un risque à courir... et le snifien émergeait dans le parc de la résidence. pas un coup de sifflet: soit on l'attirait dans un piège. Encore quelques poussées sur les coudes. vous risquez d'aboutir dans le PC des Cirés jaunes au lieu de l'appartement du résident. mon fantôme viendra vous hanter toutes les nuits.Je voulais seulement dire: essayez de ne pas vous faire prendre.Rien.. au pied du bâtiment. À moins. furieux. Un commando d'une vingtaine d'hommes n'a pas des moyens de surveillance illimités.Mademoiselle. Pas un coup de feu. soit on ne l'avait pas remarqué. Langelot comprit que Liane exprimait de cette manière peu aimable la sollicitude qu'elle ressentait pour lui. quand il surveillait la face est. . mais. . dit Liane. si les Cirés jaunes me fusillent. . il progressa ensuite de massif en massif jusqu'au moment où il arriva en vue de la pelouse qui entourait le Palais sur trois côtés. c'est promis. à moins évidemment qu'il n'y eût d'autres sentinelles embusquées à l'intérieur. il voyait déjà la lumière à l'autre bout. répondit-il légèrement.66 - . ce n'est pas beaucoup.

Langelot poussa la porte que Liane lui avait
désignée. C'était une porte de service rarement utilisée.
Liane n'en connaissait l'existence que parce que sa bonne
avait servi chez le résident, et qu'elle avait l'habitude
d'emprunter ce passage pour aller rencontrer son
amoureux.
« Personne ne ferme jamais cette porte à clef, avait
dit Liane, parce qu'elle est très dure: on peut la pousser,
la tirer, elle ne cède pas; alors on pense qu'elle est déjà
verrouillée. Mais il suffit de la soulever un peu par la
poignée, et elle vient.»
Liane ne s'était pas trompée. La porte légèrement
soulevée s'ouvrit sans encombre, et Langelot pénétra
dans ' les communs du Palais de la résidence.
70
Un petit escalier poussiéreux le conduisit au
grenier, qui était plein de vieux bahuts et de vieilles
valises, de voitures d'enfant et de chevaux à bascule, de
baignoires de zinc et de tambours crevés.
Une porte donnait sur l'escalier d'accès ordinaire,
mais il y avait aussi une trappe. Langelot la trouva et
l'ouvrit. D'après les renseignements de Liane, cette
trappe permettait de descendre dans un placard, ce
placard donnait dans une salle de bains et la salle de
bains avait deux portes : l'une s'ouvrait sur le couloir
(c'était celle qu'utilisait la bonne de Liane lors de ses
escapades), l'autre donnait directement dans la chambre
du résident de France à Oboubou. Langelot se laissa
glisser dans le placard.

- 67 -

Chapitre 6
M. Desbillettes était petit, rond, chauve et digne.
Prostré dans un fauteuil, il était occupé à regarder
la vue qui s'étendait devant ses fenêtres - la Grand-Place,
le port, l'océan, l'infini - quand un jeune garçon vêtu d'un
slip disparaissant sous une chemise couverte de terre
entra froidement dans sa chambre. Et cela indigna
d'autant plus M. Desbillettes que l'intrus, non content de
ne pas frapper, avait utilisé la porte de la salle de bains.
Ça, c'était vraiment un comble.
M. Desbillettes se redressa de toute sa hauteur.
- En voilà trop! s'écria-t-il de sa voix de fausset.
Qu'on me dépose, alors que la France a besoin de moi,
bon. Qu'on me garde à vue, passe. Qu'on déclare
l'indépendance d'Oboubou, je veux bien. Mais qu'on
entre dans ma chambre en passant par la salle de bains,
et encore dans cette tenue... Non, alors là, je proteste
avec fermeté et même, passez-moi la grossièreté de
l'expression, avec véhémence.
- Monsieur le résident, répondit Langelot, je vous
présente mes respects. Sous-lieutenant Langelot, du
SNIF. Ma tenue n'est pas réglementaire, mais si je
m'étais présenté en grand uniforme, je n'aurais pas pu
pénétrer jusqu'à vous.
- SNIF? Qu'est-ce que c'est que ça, SNIF? demanda
M. Desbillettes interloqué.
- Service National d'Information Fonctionnelle,
expliqua Langelot. Mais, pour le moment, je vous suis
envoyé par le colonel Lorrain du BING.
Et, comme M. Desbillettes paraissait perplexe,
il précisa :
- 68 -

«Bataillon d'Intervention Générale.
- Ah! bon, fit M. Desbillettes. Le gouvernement a
donc tout de même envoyé quelqu'un. Mais... où est ce
colonel, où est ce BING, pourquoi n'ont-ils pas encore
libéré Oboubou ?
- Au moment du parachutage qui devait avoir lieu
cette nuit, il y a eu, monsieur le résident...
- Ne dites pas: monsieur le résident. J'ai rang de
sous-préfet, interrompit M. Desbillettes.
- Il y a eu, monsieur le sous-préfet, un incident
d'ordre technique. Résultat: trois hommes seulement ont
pu sauter, moi inclus. Je ne doute pas évidemment que,
dès la nuit prochaine, il n'y ait un nouvel essai, car enfin
les avions ont dû rentrer à leur base, et le gouvernement
doit savoir à quoi s'en tenir, mais en attendant...
- Il n'y aura pas de nouvel essai, coupa le résident.
- Pourquoi cela, monsieur le sous-préfet?
- Parce que le dernier message que j'ai pu passer à
Paris faisait état d'un sous-marin patrouillant au large de
nos côtes, sous-marin armé d'engins mer-air à
tête chercheuse. Si des avions français se hasardent audessus d'Oboubou, ils seront immédiatement abattus.
- Ils ne l'ont pas été cette nuit.
- Je suppose que l'effet de surprise a dû jouer. Mais
ce n'est pas là une opération qu'on peut tenter deux fois.
Vous m'avez l'air bien jeune, mon garçon, mais enfin
vous êtes peut-être d'âge à comprendre qu'on n'envoie
pas une unité d'élite se faire tirer comme à la foire.
Maintenant que le coup de la riposte immédiate a
manqué, le gouvernement va être obligé d'envoyer ici des
chasseurs de sous-marins, des effectifs en grand nombre,
peut-être un porte-avions... Ce sera une nouvelle guerre
des Malouines, quoi.
- La nationalité de ce sous-marin?...
- 69 -

- D'après mes renseignements, il n'a pas de
nationalité. Il appartiendrait à je ne sais quelle
organisation internationale.
- Je vous demande pardon de vous poser
cette question, monsieur le sous-préfet. Ces
renseignements, les tenez-vous du capitaine du port ?
- Je refuse de répondre. Pour qui me prenez-vous ?
- Le capitaine du port a été assassiné par les Cirés
jaunes. Et il travaillait pour mon service, monsieur le
sous-préfet.
Desbillettes fit quelques pas dans la pièce, les mains
derrière le dos.
- Oui, dit-il enfin, c'est lui qui me renseignait.
- Et vous a-t-il donné quelques précisions sur les
intentions des insurgés ?
Le résident ricana.
- Il n'y a pas d'insurgés, dit-il, alors on va en
inventer. Le commando de Cirés jaunes a essayé
d'obtenir l'appui de la population locale, mais d'une part
elle est trop peu nombreuse, d'autre part elle a refusé de
manifester. Sauf un petit instituteur, Agénor Oa, qui va,
paraît-il, être le président de la République oboubienne.
Mais, comme il faut tout de même impressionner
l'opinion internationale, l'ennemi qui manipule cette
opération a fait débarquer sur la côte occidentale
d'Oboubou une centaine de mercenaires indonésiens,
malais, je ne sais quoi, qui doivent traverser l'île et
ensuite se faire passer pour des indigènes descendus de
la montagne. Des journalistes étrangers ont été invités.
Ils verront ces gens arriver et ils les prendront pour de
véritables insurgés. Alors le tour sera joué. En réalité, ces
mercenaires seront probablement utilisés à l'exploitation
de nos mines d'uranium, dès que les travaux auront
commencé.
- 70 -

répondit l'homme. . . et toi.. la France a encore besoin de moi.Nous. de manière à demeurer invisible. répliqua-t-il.car c'en était sans doute un . Desbillettes le toisa. et je prétends faire respecter mes droits.n'entrât pas plus avant dans la chambre. .Pourquoi ces gens n'ont-ils pas carrément débarqué à Oboubou ? Je veux dire dans le port. Le petit homme pouvait être ridicule. à moins de me bâillonner. et une tête apparut dans l'entrebâillement.Parce que les apparences doivent être sauves. Tu comprends ? M.Si tu es résident.71 - . ce n'est tout de même pas la même chose que Robin des Bois qui débouche de la forêt de Sherwood. mais il ne manquait pas de courage : . ce n'est plus pour longtemps. S'il s'y hasardait.que le Ciré jaune .. Alors il nous faut "de la concentration. Je suis encore résident de France à Oboubou. Langelot porta la main au pistolet automatique caché sous sa chemise. mon garçon. et vous ne m'en empêcherez pas. pour peu . Soudain la porte s'ouvrit. que je sache. il gesticulait. quand bien même il ne s'agirait plus que de celui de parler tout seul si cela méchante. on voudrait bien un peu de tranquillité. . .Si j'ai envie de parler tout seul.Alors. Vous comprenez ? M. mon gros. Demain les insurgés arrivent. Impossible de voir les yeux car ils étaient cachés par des lunettes d'aviateur. reprit l'homme. On joue au poker. Desbillettes s'irritait. on parle tout seul maintenant? Le ton était ironique. il élevait la voix. Une invasion qui se déroule sous vos yeux. Langelot eut tout juste le temps de se rejeter en arrière. je parlerai tout seul.

et il attendit patiemment. et ils sont enfermés dans leur propre prison.Désirez-vous vous évader ? Résister à l'ennemi ? . Desbillettes secoua la tête : . la seule chose à faire. Une ombre passa de droite à gauche : c'était la sentinelle qui venait observer cette façade-ci. le Ciré jaune referma la porte.Intentions? Comment voulez-vous que j'aie des intentions ? . Il entrebâilla la porte millimètre à millimètre. . trappe (il l'atteignit en posant une chaise dessous. Langelot n'avait aucun moyen de savoir où se trouvait la sentinelle mobile. car. Les dangers commençaient plus loin. La France s'apercevra peut-être qu'elle a toujours besoin de moi. mon garçon. grenier. juste de quoi filtrer un regard.Monsieur le sous-préfet. reprit Langelot à voix basse. télex ?. Pour moi. avec quoi? J'avais cinq gendarmes pour toute l'île. M.72 - . Il ressortit comme il était entré: salle de bain.tu te mets en caleçon de bain et tu traverses le Pacifique à la nage si tu veux rentrer chez toi. je rendrai compte de vos sentiments au colonel. de l'intérieur. Puis elle . Puis-je vous demander quelles sont vos intentions? .Monsieur le sous-préfet. radio. M'évader? Pour quoi faire? Je n'ai plus l'âge de prendre le maquis. dit Langelot avec un salut. Ayant rétabli sa bonne humeur par ces plaisanteries. c'est d'attendre qu'Oboubou devienne indépendante et ensuite de prendre le premier avion pour Paris. Téléphone. placard.Les Cirés jaunes disposent de tout ça.. avez-vous un moyen quelconque de joindre Paris. escalier de service..Résister? Avec qui. puis en se hissant). .

Langelot embarqua . Personne.Regardez bien le paysage. Et puis. que voulez-vous. *** Le lieu de rendez-vous avait été fixé en dehors de la ville. demanda-t-il. Un bond jusqu'aux buissons. mais M. Comme nous n'avons pas de boussole.Monsieur Hiaou. . dans un bouquet de palmiers. pas de poursuite. Sur le siège arrière était assis un jeune Canaque au visage de Noir polynésien métissé de Malais. et il s'exprimait dans un français chantant mais parfaitement correct. Hiaou paraissait plus moderne que cela. Lorsque Langelot y arriva. Il n'y avait plus qu'à se couler dans le passage souterrain. répondit-il en souriant gentiment. Encore quelques secondes et elle se trouverait de l'autre côté.Oh! non. . Langelot fit semblant de ne pas avoir entendu.repassa de gauche à droite. Langelot poussa la porte. vous ne risquez pas trop de vous tromper! ajouta-t-elle. Langelot s'était attendu à voir quelque rebouteux de village. . monsieur. les hommes souffrent beaucoup: j'essaie de les soulager. Jérôme. Liane mit la voiture en marche. . Simplement j'ai été infirmier à bord d'un grand cargo: alors j'ai appris un peu de médecine. Pas de fusillade. Il portait sous le bras une trousse médicale. faisant allusion à la traversée qu'ils avaient faite ensemble quelques mois plus tôt.73 - . . il y trouva Liane installée au volant d'une Land Rover. que pensez-vous de l'indépendance d'Oboubou ? Le Canaque sourit.Il paraît que vous êtes le docteur miracle ! lui dit Langelot.

mademoiselle Dotrante. Oa m'a donné des leçons particulières quand j'avais manqué mon brevet. Hiaou. reconnut Liane qui conduisait avec impétuosité.74 - .D'accord avec les Cirés jaunes ? . Ce n'est pas dans notre caractère de faire du mal aux gens. Si les Français partent.Comment se fait-il qu'il devienne président de la République oboubienne ? . nous n'aimons pas nous battre. Hiaou. Desbillettes.M. D'abord nous sommes trop peu nombreux pour nous défendre.. Exact. et puis. Oa est instituteur.Agénoroa chef d'État? .Desbillettes a dû vous trouver l'air naïf. dit-il.Impossible ! » Liane et Hiaou paraissaient parfaitement d'accord.M. .Il ne faut pas dire cela. . Mais ce qui est certain.Qui est Agénor Oa? demanda Langelot. et je lui en ai fait voir de toutes les couleurs ! . Et maintenant on commence à parler de mines d'uranium. président de la République ? . et il a voulu se moquer de vous.Ah! monsieur. c'est qu'il y a erreur. . mon pauvre Jérôme. .Lui. protesta M. répondit M. M. nous serons sûrement occupés par quelqu'un d'autre. sans trop se préoccuper de savoir si la Land Rover suivait une route ou caracolait en tout terrain. C'est un homme très doux et très gentil.. vous savez. « Qui a pu vous raconter une chose pareille ? questionna la jeune fille. ce n'est pas gentil. M. même s'ils nous en font. Oa n'a pas d'ambitions politiques. Exact. .. Oboubou ne sera jamais indépendante: elle est trop petite. .

répondit Langelot. On fit donc les derniers 300 mètres à pied..il manipulait la jambe de Lorrain avec douceur. .Halte-là ! fit une voix.. Pendant que M. et les cocotiers sur lesquels le colonel avait atterri.75 - . Et j'amène des amis. Liane. Vous en avez mis un temps. Bambara. et la colline chauve. . Comment va le colonel? . Vous n'êtes pas plus fort en topographie qu'en naviga.En plein jour. Et le canon d'un FAMAS émergea entre deux touffes d'herbe. Avec son couteau. dit Liane. Il remarqua qu'il n'y avait plus de statue grecque à l'horizon: sans doute Bambara avait-il décroché et enterré le parachute. Hiaou examinait la fracture . . L'endroit était parfaitement choisi : il dominait le paysage tout en étant parfaitement caché entre les cocotiers. Langelot retrouva sans mal la crête qu'il avait suivie au lever du soleil. Rien ne révélait une présence humaine dans les parages.Laissez la Land Rover ici. Avec la pelle. cherchant .Jérôme. les bras et les jambes. Je ne veux pas de traces de pneus conduisant à la cachette. . je parie que vous vous êtes trompé d'endroit. mais un appui pour le FAMAS. il avait creusé un trou confortable pour le colonel et un trou plus rudimentaire pour lui : pas d'appui pour la tête. lieutenant ! Alors ? Quelle est la situation en ville? Bambara n'avait pas perdu une minute pendant l'absence de Langelot. L'endroit paraissait aussi désert que la jungle qui commençait un demi-kilomètre plus loin.Ici Pichenet. il s'était fait une pelle en bois.Aussi bien qu'on peut aller avec une patte cassée ! répondit le colonel lui-même.

Tout de même. je me ferai tuer s'il faut.. . Langelot . j'ai expliqué à Bambara qui vous étiez. enfin. Je me demande presque si nous ne pourrions pas essayer de mettre en œuvre l'intention initiale. je vous donne ma parole de me défendre.. puisqu'ils ont assassiné votre informateur. mais si les Cirés jaunes nous attaquent. fit Liane. Jérôme. tout de même. Langelot rendait compte de la situation. Dites-moi. par la même occasion. Je me demande presque.Je me porte garant de Mlle Dotrante. plus ou moins -.à lui faire le moins mal possible -. Les Cirés jaunes sont apparemment bien renseignés. et. les effectifs sont maigres : un enfant de chœur qui est un moustache sans en avoir une. Et je comprends bien qu'il est difficile de proclamer l'indépendance d'une île polynésienne quand on n'a sous la main qu'une vingtaine de sbires européens. Hiaou avec une douceur ferme. . de défendre Oboubou et les intérêts français. dit Liane. dit enfin le colonel.à propos. est-ce que vos amis sont disposés à nous aider sérieusement ou seulement à soigner un vieux crétin qui a été assez idiot pour se casser une patte ? Cette «patte» cassée l'humiliait encore plus qu'elle ne lui faisait mal. si c'est ça que vous voulez savoir.Je vois. . Desbillettes est un vrai pékin : il n'y a rien à attendre de lui.Moi. . Un élément favorable: les faux insurgés ne sont pas encore arrivés. dit M. je ne vous trahirai pas.76 - .Moi. . Je vous soignerai. mon colonel. je ne suis pas un combattant. dit Langelot. un infirmier non violent. . un BING. une jeune fille et une vieille culotte de peau à la .Merci. je n'ai encore jamais fait le coup de feu. émue. Une inconnue : Oa. grogna Lorrain. mais je ne tuerai personne.

On devina soudain que Lorrain n'était pas seulement colonel du BING. et une centaine de mercenaires.. mais aussi. De l'autre côté: un commando bien armé. l'évalua. mais il semblait avoir retrouvé tous ses moyens intellectuels. fit-il. sur Liane. Je ne vois pas très bien ce que nous allons faire. Lorrain ne pouvait guère se déplacer.77 - . prit acte de sa présence et de sa fidélité. Mais je vous le dirai quand même. le transperça . . père et peut-être grand-père . Hiaou avait mis des attelles autour de la jambe cassée et avait fait une piqûre au colonel pour l'empêcher de souffrir. armés aussi probablement.Je n'ai pas le droit de vous dire qui est Arthur. probablement.patte cassée. Si seulement nous avions Arthur. . sur Bambara.Qui est Arthur. la cueillit.et un excellent grand-père avec ça ! .. je n'ai pas le droit de vous le dire. .Non. Son œil d'aigle se porta sur Langelot. mon colonel ? M. sur Hiaou. prononça-t-il fermement. Puis une ombre de sourire palpita au coin de sa bouche. mari.

Je vous ai fait sauter dans le noir. franchement. Arthur n'est pas sensible à la propagande. . allongé sur le lit d'herbe que lui avait préparé Bambara. mon colonel.Malheureusement.. C'est que. mais personne ne pouvait s'y tromper: il s'adressait principalement à Langelot. pas plus qu'à mes officiers.. M. . . Nous ne sommes pas précisément des modestes...La raison principale.78 - . mon idée de manœuvre pour la réoccupation d'Oboubou. . se tournait vers «ses troupes». j'avais reçu des ordres précis et je ne pouvais pas y contrevenir. .Vous vous êtes peut-être demandé aussi comment il se faisait qu'un seul élément d'assaut était envoyé à la reconquête d'un territoire relativement vaste comme l'île d'Oboubou.Chapitre 7 De temps en temps. . lieutenant. il y a encore une chance pour que nous ne l'ayons pas complètement perdu. et ce n'est pas là ma manière.Bien vu. et. par politesse. Hiaou se leva. Mais ce n'était pas là la raison principale. . que vous avez dû vous demander pourquoi je ne vous avais pas exposé.Je suppose. que le complexe de supériorité du BING était tel que. voyez-vous. au moral comme au physique. Et. le colonel. d'après ce que me dit Bambara.J'ai cru. J'ai toujours pensé que les hommes se battaient mieux quand ils savaient pourquoi et comment ils allaient se battre. nous avons quelques excuses. c'est que nous devions avoir Arthur avec nous. lieutenant.

D'ailleurs. mon colonel. Hiaou se fut éloigné : . un ensemble de senseurs et de détecteurs qui signale où se trouve l'adversaire. nette..C'étaient les petits colis que j'ai vu mettre dans la soute de l'avion... vous sauterez de nouveau en parachute. un pupitre de commande qui reçoit les informations envoyées par les détecteurs et qui déclenche l'action des mines. mais je vous admire. Les détecteurs et les mines. Bon. un ensemble de mines anti matériel et antipersonnel . C'est un système de protection scientifiquement programmé.Oh ! non. Dans trois mois.. je sens que vous allez révéler des choses très secrètes. vous et moi. Nous n'avons peut-être pas le même caractère. s'écria Langelot. Je reviendrai ce soir pour voir comment vous allez et pour vous faire une autre piqûre. Arthur est l'enfant chéri de la Défense nationale. La fracture a l'air propre. D'ailleurs je connais des raccourcis. croyez-moi. je n'ai pas l'admiration facile ! On vous ramènera en voiture.. naturellement. . Il comprend trois parties: premièrement.. deuxièmement.Mon colonel. je reprends.Toubib. puisque cela vous amuse tant! acheva-t-il avec un sourire gentiment moqueur. Et. mon colonel. il vaut mieux que je n'aie qu'une chose à leur cacher: votre retraite. troisièmement. je préfère marcher. Lorsque M.79 - .. et. Lorrain le remercia avec effusion : . lui dit-il. Je connais les hommes. si les Cirés jaunes m'interrogent. comme je n'ai pas l'intention de me battre. ce Canaque! commenta le colonel. vous n'êtes pas seulement un bon médecin: vous êtes aussi un brave. je n'ai pas le droit de les savoir. et je vois bien qu'il se ferait couper en morceaux plutôt que de dire où je suis. . dit-il. .Superbe.

Précisément.80 - . mais tant qu'on a fait ce qu'on devait. vaut un bataillon à lui tout seul. Je les ai trop bien dressés. colonel. si seulement Arthur veut bien fonctionner je me méfie de ces machines : elles sont trop malignes pour moi -. . mais ils ne feront rien.Malgré le sous-marin. nous arriverons peut-être à retarder un peu l'avance des insurgés. . .C'est le colis d'accompagnement dont vous avez demandé des nouvelles à Bambara. mais il faut vivre avec son temps: j'ai suivi un stage spécialisé. Le colonel leva les yeux au ciel. et.Oh! ils s'inquiéteront sûrement. et peut-être plus. je veux dire le pupitre. La première chose à faire.. D'ici là. On est quelquefois trahi par ses subalternes. le gouvernement se décidera sans doute à faire quelque chose. lieutenant. c'est un avantage. Je suis un peu vieux pour me mettre à cette manière-là de faire la guerre. c'est donc de rechercher Arthur.. . vous aurez compris la signification de l'adage: « Fais ce que dois». ce sont les enfants qui dressent les parents ! Et vous ne croyez pas que la situation exceptionnelle qui règne à Oboubou les amène à modifier leur attitude ? . lieutenant. mademoiselle. on regarde les gens droit dans les yeux. Et.. croyez-moi. Arthur.Le véhicule et le chauffeur. on est souvent lâché par ses supérieurs.Quelle époque ! Maintenant.Et le pupitre de commande.Quand vous aurez mon âge. . que vous mettez votre véhicule à notre disposition ? . Dois-je comprendre. . mon colonel ? Lorrain haussa les épaules.Permettez-moi une question : vos parents ne risquent pas de s'inquiéter de votre disparition? .

Peut-être. c'est vrai. .Mais.C'est tout de même toi qui as tiré « ton lieutenant » de la fosse aux ours. Langelot se mit à rire. mais ça a vraiment remonté le moral du colon. je vous assure qu'ils paieront cher pour avoir la peau d'un vieux colonel à la patte cassée.Je suis bien obligé de reconnaître que votre dressage a du bon. . reconnut Bambara. mon colonel. c'est vrai. remarqua Bambara. mais je le soupçonne d'avoir été très capable de s'en tirer lui-même.Je l'en ai tiré. ces détecteurs et ces mines. c'est vrai. Alors. et en route ! . . Bambara ! . tant qu'il y aura un combat à livrer. .Quoi ? Vous avez encore peur que je ne me suicide ? Pas question. Compris ? . mon lieutenant.81 - . hein? Je suis sous-lieutenant. mon lieutenant : je voulais dire du colonel. Je me faisais passer pour homme de troupe. Langelot. .Je ne comprends pas très bien comment ça fonctionne. tu ne vas pas commencer à t'occuper de hiérarchie.. rien de changé entre nous. Liane. Bambara et Langelot commencèrent donc à battre la campagne en Land Rover. Mais que voulez-vous qu'ils fassent? Ils ne vont tout de même pas aller se plaindre aux Cirés jaunes de ce que leur fille a fait une fugue ? . qui avait oublié d'être bête. Il ne lui était pas désagréable d'avoir été deviné. Prenez Bambara. vous ne pourrez pas soulever Arthur tout seul si vous le trouvez..Ah ! Bambara.. On est embarqué dans la même galère.Bien. Et si je suis attaqué. Oh ! pardon.

. pratiquement introuvable pour qui n'y est jamais allé. un endroit plus discret que ce bouquet de palmiers sur un éperon ? Comme vous dites. et je vous suggérerai un petit vallon.En pleine nature ? . où ils avaient atterri dans la nuit. Liane ne se trompait pas: un parachute et un colis grand comme un piano. L'ennemi pourrait intercepter les contacts radio.Le colonel sera content du cadeau qu'on lui apporte ! remarqua Bambara. Il fallut toute la force de Bambara et toute l'astuce de Langelot pour charger l'objet sur la Land Rover. . mais ce qui m'intéresse encore davantage. Ce thalweg1 se trouve à quelle distance de la ville ? . l'un et l'autre peints de vert et de brun.. .On utilisera les orchidées pour le camouflage! décida Lorrain. . avec cascade. Content. le véhicule grinçant et ahanant fit demi-tour. . colonel. . Ne connaîtriez-vous pas.Vous voulez dire en pleine jungle. mademoiselle. dans le langage militaire.82 - . j'ai beaucoup crapahuté dans la région. sans qu'on sût s'il plaisantait ou s'il parlait sérieusement.Ce PC est beaucoup trop proche de la ville. vous qui avez crapahuté dans ce terrain. traînaient au sol. mais il ne perdit pas de temps à exprimer son contentement. Vallée. orchidées.Environ dix kilomètres. Après quoi. commenta Liane. 1. visiblement enchanté luimême. le colonel le fut sans doute. messieurs. c'est ce que je vois à deux cents mètres à notre gauche.- Conversation passionnante.

83 - ..

encaissée. mais personne n'était d'humeur bucolique.Bon. les bandes de matière plastique. jaunes. vous voulez bien m'enlever l'emballage?» Langelot et Liane s'affairèrent.. des milliers d'orchidées. reposant sur un socle. violettes. parce que le socle avait des pieds à pas de vis qu'on pouvait allonger ou raccourcir à volonté.. Le plus difficile fut de donner à l'ordinateur une position parfaitement horizontale. mademoiselle. La vallée était ravissante. Évidemment. . avec Arthur.Tout cela devra être enterré pour ne pas attirer l'attention. qui doit suffire à alimenter l'appareil pendant huit jours. et en recouvrirent Arthur et le colonel. L'appareil fut disposé de manière que le colonel pût pianoter sur le clavier tout en restant étendu : la déclivité du terrain était telle que cela ne posait guère de problèmes. Ce qui apparut en fin de compte fut tout simplement un poste de télévision équipé d'un clavier. avec une cascade pour se rafraîchir et un plan d'eau pour se baigner. commanda Lorrain. mais cela fut finalement réalisé. noires. un thalweg. dit Lorrain. . les fantassins n'aiment pas les thalwegs.Le socle est une pile gigantesque. dit le colonel. Emmeneznous dans votre thalweg. les papiers. Mais je soupçonne qu'Arthur préfère la discrétion à la supériorité tactique. les cartonnages. les orchidées ! » Liane et Langelot cueillirent des masses d'orchidées rouges. «Maintenant. Ils arrachaient les cordes. et se fit déposer dans une anfractuosité entre des rochers. Le colonel mit Bambara en vedette sur une éminence pour observer les environs. mystérieuse. mauves. «Maintenant.84 - . .. des moissons d'orchidées.

mon jeune camarade. Certains des carrés paraissaient palpiter. Sur la même carte. n'est pas seulement ce que vous croyez. Ces détecteurs ont été parachutés en même temps que nous. Il enfonça un bouton. ..» . du moins pour un observateur éloigné. Lorrain poussa un petit ricanement sceptique. . Il se tourna vers Langelot. Il s'agit. Le colonel pianota.. . C'est pourquoi les détecteurs thermiques ont tous été balancés dans un coin. et les olfactifs dans un troisième. En effet. .On va voir si ça marche. de sauvegarder Oboubou. Le colonel enfonça un autre bouton. colonel? demanda Liane. l'écran vert s'alluma.. Une carte apparut sur l'écran. je veux dire qu'ils n'ont pas eu d'empêchement technique.Le camouflage restera aussi efficace. leur mécanique! grommela-t-il. Nous verrons ça plus tard.. je me comprends. avec des golfes et des baies. les auditifs dans un autre. apparut tout un quadrillage.C'est Oboubou ! s'écria Liane. dit Lorrain. son casque lourd et son profil en bec d'aigle disparaissant sous la pluie multicolore. il y a des détecteurs qui émettent des signaux. «Cette opération. Eux. enfin. du moins. mais aussi de faire l'essai de certains matériels.Vous savez qu'elles vont faner.Dans les carrés qui battent la chamade. répondit Lorrain. on voyait une île de forme à peu près circulaire. Vérifions nos mines. Après un instant d'hésitation.. n'ont pas refusé de sauter. Lorsque l'homme et l'ordinateur furent devenus invisibles. bien sûr.85 - .

où qu'ils aient été débarqués. que les faux insurgés. les autres moins. . mon colonel? demanda Langelot. ils font du bruit en marchant: ils cassent des branches. et qu'ils ont beau se prendre pour des Sioux. Tous les carrés qui frissonnent contiennent des mines.Oh! mais je connais l'endroit. pour l'instant tout paraît en place. ceux qui en contiennent plus frissonnent plus. ont atteint ce point. Simple? Bon. certains carrés palpitaient: les uns plus fort.Il pressa un autre bouton. je n'en sais rien. En tout cas les récepteurs auditifs que nous avons parachutés dans le coin les perçoivent parfaitement. Un autre quadrillage apparut sur la carte. Il appuya sur un nouveau bouton. de nouveau. Il y a là une cascade grande quatre fois comme celle d'ici. Cette fois-ci un seul carré palpitait. près d'un trait sinueux qui devait représenter une rivière. . situé à peu près vers le milieu de l'île. J'y suis allée plusieurs fois en pique-nique.Qu'est-ce qui se passe exactement. qui rend compte. sont capables de photographier quelque chose. Il enfonça un bouton. elles. expliqua Lorrain.Voyons si les caméras. ils font rouler des pierres. ils jurent peut-être.Il se passe.86 - . et. «Chaque mine parachutée envoie un rayonnement radio perçu par Arthur. La montagne d'Oboubou doit se trouver juste au-dessus. Il s'agit simplement de savoir si le gars Desbillettes ne vous a pas raconté d'histoires et si les faux insurgés se baladent vraiment quelque part là-dedans. Et signalent leur présence à Arthur. lieutenant. . . . dit Liane.

En outre. mes amis. Il ne s'agissait plus d'un graphique abstrait. Bouton. C'était vraiment comme une carte: les courbes de niveau et les notations topographiques apparaissaient clairement. même quand ce n'était pas bon du tout. dit Lorrain. Mais nos oreilles électroniques. voyons ce que nous avons dans le coin. Un seul des carrés du quadrillage apparut sur l'écran. chaque fois qu'il appuyait. «Les senseurs auditifs. on ne vit plus rien. expliqua le colonel. des brins d'herbe. Maintenant. On voyait maintenant beaucoup plus de détails.Bon.Je l'excuse bien volontiers. colonel. Il disait « bon ». l'image changeait. Lorrain actionnait son bouton et. mademoiselle. ne se trompent pas.L'image qui apparut sur l'écran surprit les jeunes gens.87 - . «Les caméras que nous avons parachutées ne valent pas plus cher que des guetteurs humains : elles ne voient rien. dit Liane. Bouton. des feuilles.veuillez excuser ce détail. elles. accrochées dans les arbres. «Nos mines. Voyons un agrandissement. Ce que je n'excuse pas. Certaines imitent l'apparence d'orchidées. commenta Lorrain. on aurait dit que c'étaient des traits et non plus des points. . Tombées à terre. c'est que vous ne sachiez pas qu'il . d'orchidées ! Et d'autres de crottes de chevreuil . On voyait distinctement des troncs d'arbres. une dizaine de points palpitaient. . nous autres. oui. Puis. Une dizaine d'autres points se mirent à palpiter. La palpitation était plus lente: en morse.

c'est de gagner du temps.je veux dire toutes celles qui sont dans cette région -.Pourquoi ça? Vous êtes un non-violent vous aussi.88 - . et j'en rendrai compte aux farceurs qui fabriquent ces amusettes. c'est une question de tactique. . vous en ratatinez la majorité. n'est-ce pas. comme Hiaou ? . des points qui ne palpitaient pas encore s'y mettaient et d'autres se calmaient peu à peu. Ou ils sont peutêtre déjà sur un bateau. à l'exception des rats et des chiens.Parlez. . j'actionnerais une partie des mines dès maintenant. intervint Langelot. mon colonel. Vous l'avez mérité. et l'ennemi envoie des renforts. avec tout le respect que je vous dois. . Or. si je peux me permettre une suggestion.n'y a pas de chevreuils dans l'île. en Polynésie. Vous voyez que l'adversaire avance. encore cinq cents mètres. ont tous été introduits par les Blancs. nous ne savons pas combien de temps prendra l'arrivée des renforts. . Bon. Notre but à nous. pour donner à la France celui de réagir. Au contraire. .Mon colonel. et je vais actionner les mines. En effet.. dit sérieusement le colonel Lorrain.. Vous savez.A votre place. que ce . «Si je lis bien l'échelle.Ce n'est pas une questions de morale.Je l'ignorais. ces renforts arriveront sans encombre et nous ne pourrons rien faire pour les en empêcher. Si nous avons utilisé toutes nos mines d'un seul coup . si nous leur donnons l'impression que quelqu'un leur tire dessus. les mammifères. Il y a peut-être dans une île voisine de faux insurgés qui n'attendent que l'ordre d'embarquer. mon colonel. lieutenant. Si vous laissez arriver ces gens à portée de mines.

les gaziers. Liane. suspendues aux arbres.» Il pianota. avaient explosé.la plupart .et ceux où il y avait des sons: quelques-uns. Dans l'armée régulière.Lieutenant. des mines fichées en terre. Là-bas. ce sera trois fois plus long au moins: on n'avance qu'au coupe-coupe. répandues sur le sol. mais encore vous avez le courage de contredire vos supérieurs. En trois heures ils pourraient être là. bien entendu. Le plan des mines revint sur l'écran. je vous prédis une carrière brillante. accrochées aux buissons. Vous avez raison.passage-ci est bouché. et certains carrés cessèrent soudain de palpiter: on imaginait ce que cela signifiait. Si je lis bien votre carte. mais le quadrillage visible sur l'écran indiquait les endroits où régnait le silence . pas de problème : dans vingt ans vous êtes général.89 - . à l'autre bout de l'île. Non seulement vous raisonnez bien. ces gens ont pris le passage le plus facile : il y a des chemins. ou alors on vous aura flanqué à la porte. Sauf pour un adversaire averti. Mais s'ils doivent traverser la jungle.On va voir ce qu'ils font maintenant. ils en essaieront un autre.Cela dépend par où on passe. Ces bruits. Les faux insurgés devaient se demander dans quelle embuscade ils étaient tombés. On va s'offrir un petit tir de barrage propre à décourager les clients. sans. Lorrain dit : . centaines d'oreilles dissimulées dans le paysage et rendant compte des bruits qu'elles percevaient. plus. . Il revint aux détecteurs auditifs. . cela devait produire l'effet d'un tir. dit le colonel Lorrain. Arthur ne les entendait pas. vous perdez votre temps dans les moustaches. Si vous demandez votre mutation pour la bonne vieille infanterie. combien de temps faut-il pour traverser l'île ? .

que cette guerre électronique amusait modérément. moi. Cette fois. c'est moi.Non.C'est vous qui voulez lui dire deux mots ou c'est le MAC 50 que vous m'avez emprunté ? . On va encore leur faire exploser quelques mines par le travers de la figure. on aime être renseignés. si vous le permettez. «L'adversaire se regroupe». Cela dit. je préfère encore la vieille façon de faire la guerre: on voit l'adversaire et on lui fonce dedans. ils ont l'intention de forcer le passage! s'écria Lorrain.M.L'interviewer? Vous êtes journaliste à vos heures? . à l'autre extrémité. . étant donné que c'est la première fois qu'il voit le feu. tandis que.Le nombre de carrés « sonores» diminua. non.90 - . je voudrais aller interviewer M. . Vous avouerez qu'Arthur ne se débrouille pas trop mal. les carrés «sonores» se replièrent vers le littoral. . .Oui. cet instituteur qui veut devenir président de la République. Vous savez.Mon colonel. et on verra ce qu'ils diront. c'est difficile à faire avec une patte cassée. suivi d'un autre et d'encore un autre. Évidemment. «Ma parole. «Ils vont essayer un autre passage. mon colonel. des carrés «sonores» redevenaient «silencieux».» De nouveau des mines explosèrent: il n'en restait plus guère de ce côté.Non. je voudrais seulement lui dire deux mots. . Mais l'adversaire ne pouvait savoir ce qui se passait.Et si les Cirés jaunes vous sautent sur le paletot? . Mais nous. Et puis un carré «silencieux» se mit à palpiter. dit Langelot. moustaches. Oa. dit Lorrain. commenta Lorrain.Oa? . nous autres. nous les attendons au tournant.

cela ne m'étonne pas.Eh bien moi. . Je suppose que je n'ai pas vraiment le droit de vous commander. Il y a des gens qui préfèrent ne pas crever dans un hôpital. c'est juste. Un terrien et un marin se rencontrent. .. votre père. quelle était sa profession ? -Marin. filez.Bon. Langelot et Liane laissèrent donc le colonel et Arthur sous la garde de Bambara et regagnèrent la Land Rover. comment est-il mort? .Et votre grand-père? . Maintenant. mon colonel.Oui. . . «Je ne comprends pas comment vous osez affronter la mer. qui est devenu l'ami des Cirés jaunes? Nous risquons d'en trouver plein sa maison. votre colonel! remarqua Liane.Et vous l'avez appris ? . Quand j'apprenais l'anglais. Filez.Dans son lit. je me rappelle avoir lu cette histoire. n'est-ce pas? . .Où est-il mort? . .Vous avez lu cette histoire en apprenant l'anglais? .Oui. .» . .. quels sont les ordres de mon lieutenant? Vous voulez vraiment aller voir Agénor Oa.Dans son lit aussi. je ne comprends pas que vous osiez encore aller vous coucher.Où est-il mort? .Je m'expliquerai avec eux. .En mer. et essayez de revenir vivant. Et vous.Il n'a pas tellement tort.Oui. Remarquez: si vous vous faites prendre.. . mon cher Jérôme.Très mal.Il a une façon d'encourager les gens.Eh bien. mon garçon.91 - .Vous voyez ! . mais un officier du SNIF. . reconnaît le marin. . Votre père était marin aussi. et que vous vous défendez.Et votre grand-père. puisque vous n'êtes pas un soldat du BING. dit le terrien.En mer.

Allons-y. et il n'y a pas d'avantage particulier à mourir dans son lit. je vous fais confiance pour nous tirer de ce mauvais pas..C'est possible. dit Liane philosophiquement en enfonçant l’accélérateur. mais comme vous connaissez Agénor.92 - . Après tout. votre colonel et vous. vous avez peutêtre raison. . reconnut Langelot.

quelques affiches avaient été collées sur les murs. Le matin même. Blanchet. Agénor Oa faisait partie des bâtiments de l'école. Lorsque Liane et Langelot rentrèrent en ville. le premier président de la République oboubienne. dit Liane. pour aller pêcher. Les Cirés jaunes circulaient soit à pied soit en Jeep. Au-dessous. Tandis que vous: Jérôme. tout de même. Oboubou n'offrait pas le spectacle d'une ville animée. je ne le trouve pas antipathique. quelques Européens faisaient semblant de prendre l'air et observaient ce qui se passait. quelques Canaques avaient mis à la voile. on lisait: «VIVE AGENOR OA.. elles présentaient le portrait d'un Canaque d'une trentaine d'années. PREMIER PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE OBOUBIENNE. Auguste. loin de là. personnellement. Vous êtes encore capable de vous souvenir de votre vrai nom ? .. armés jusqu'aux dents et les yeux cachés par leurs lunettes d'aviateur. mais. je remplis ma mission. dit Langelot. en diagonale.93 - . comme le Palais de la résidence. lesquels donnaient. Le colonel et Bambara n'arrivent même pas à se mettre d'accord. Toutes identiques. et elles étaient particulièrement nombreuses sur la Grand-Place.Chapitre 8 Le logement de M. sur la Grand-Place. Pichenet. Langelot.Moi.Il est mieux que ça. les yeux doux et le sourire triste sous la moustache en brosse à dents. quelques commerçants avaient ouvert leurs boutiques. certains citadins avaient commencé à se hasarder à sortir. mais.» . .

. le président de la République.94 - . répondit le chef de poste qui était . répondit Langelot. Je vais voir.Des français? Des mangeurs de grenouilles? demanda le chef de poste. hautaine. Ça nous empêche d'être de bons Oboubiens ? . répondit la sentinelle.Oui.Langelot ne répondit pas.Justement. justement.Attendez ici. Ils doivent avoir tellement peur pour leurs propriétés qu'ils sont prêts à faire n'importe quoi pour les conserver. .Mais il y a un Ciré jaune qui monte la garde devant ! . Apparemment l'anglais était une langue que son chef de poste comprenait.Et alors ? répliqua Liane. et ils ne les conserveront pas. d'autant mieux que la sentinelle (qui était peutêtre cubaine) et le chef de poste (qui était peut-être norvégien) se croyaient obligés de crier leur anglais mal prononcé pour mieux se comprendre. .Les jeunes gens descendirent de voiture et le Ciré jaune s'interposa immédiatement. c'est mon métier.Melle Liane Dotrante et son cousin Hubert Dotrante voudraient présenter leurs respects à M.Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? . Langelot et Liane entendaient parfaitement le dialogue. . Croyez-moi. . car c'est en anglais qu'il annonça: . je sais ce que je fais .Mais vous êtes français tous les deux ! s'étonna le sbire.Il y a là deux lèche-bottes français qui voudraient parler à l'idiot canaque. Il fit signe à Liane de garer la Land Rover devant l'école. L'homme entra dans l'école. Ils feront n'importe quoi. Liane. .

Mademoiselle Liane. vous confondez tout. Agénor Oa marchait de long en large.Vous voulez peut-être dire « haut le pied ». . Fais-les entrer.95 - .Non. . À la différence de tous les autres habitants d'Oboubou. M. . Son petit visage carré. Clemenceau. non pas comme un fauve en cage. Les murs étaient tapissés de portraits de grands hommes de la IIIe République: Jules Ferry. non. Hubert Dotrante. Hiaou. d'irritation et de résignation. une maxime de Sénèque.d'humeur philosophique. et qui servait de bureau à M. l'ameublement était composé de quelques chaises banales et d'un bureau en bois couvert de taches d'encre violette. monsieur Oa? Qui. Langelot et Liane furent donc introduits dans une pièce qui communiquait avec l'école. quelle surprise ! . mais plutôt comme un mouton en cage. une cravate.Monsieur Oa ! s'écria Liane en courant se jeter dans ses bras. oui. décoré d'une petite moustache en brosse à dents. pas Sénèque. Permettez-moi de vous présenter mon cousin. typiquement canaque. exprimait un mélange de consternation. je me félicite d'apprendre que vous avez réussi à vos examens pardessus la jambe ! . l'idiot canaque n'a rien de mieux à faire que de recevoir ces farceurs. je crois. Thiers. et grâce à vous .Une surprise? Ne m'avez-vous pas appris que « Le sage ne s'étonne de rien »? C'était. De toute manière. Nonobstant votre confusion. il portait une chemise blanche à manches longues et manchettes empesées. . M. et même une veste: on était loin du short et de la chemisette de M. Agénor Oa. je les ai réussis.

surtout plus pauvres qu'eux. Mais dans la conjoncture présente. c'est exact.. et c'est là ce qui fait tout mon malheur.. Un homme qui connaît la troisième déclinaison en latin et qui ne se trompe jamais dans ses x et dans ses y. . quel rival. j'ai l'habitude. je vous présente mes respects. Président. mais cela arrive souvent aux personnes qui ont appris le français à distance.Président? Une expression d'incompréhension.Monsieur Oa. passa sur le mince petit visage d'Oa.Langelot s'inclina.Monsieur le Président. Oa paraissait garantir sa sincérité. Cela ne fait rien. essayant de ne pas prononcer un seul mot qui risquât de blesser le futur président de la République. quel concurrent. . Enfin. que vous vous moquez de moi. .Je vois bien.96 - . et j'oserais même dire actuelle. Langelot trouvait que l'instituteur s'exprimait d'une manière un peu fleurie. . vous savez. aucun autre Oboubien de souche canaque ne pourrait faire illusion au monde. . Les élèves se sont toujours moqués des professeurs.Mais vous le serez ! reprit Liane. . mademoiselle Liane. . oserait se présenter face à vous? M. «Je n'ai pas encore été élu. Oui.Ah ! vous voulez dire. dit le snifien.. et qui sont d'autant plus attachées à la tradition littéraire. monsieur Oa. Oa sourit tristement. Il soupira profondément. Le regard embué de M. ma cousine Liane m'a dit tout le respect qu'elle avait pour vous.. Oh! elle a pu vous faire enrager pendant que vous étiez son professeur. vous manquez étrangement de magnanimité.

Mademoiselle Liane. à la tête d'une nation? D'ailleurs. Mais vous me rendrez cette justice: avec moi. un homme courageux.) En tout cas. vous avez toujours été très forte pour inventer de fausses citations et pour les attribuer à de grands esprits. je les connais. Seulement il ne s'agit pas de ça. que ce n'était pas l'homme qui dépendait de la situation.. Le premier président de la République sera un homme intègre. monsieur Hubert. Oa fit trois pas jusqu'à la porte. monsieur Oa. par cœur. qui n'ai jamais réussi à vous imposer un minimum de discipline. mais qui m'a l'air d'un jeune homme de grande qualité. mais la situation qui dépendait de l'homme. Cicéron ? . quelle angoisse. que dis-je: . Puis il alla s'asseoir derrière son bureau et fit signe aux jeunes gens de se rapprocher de lui. que je ne connais point. Puis M.. parce que Sénèque et Cicéron.Ah ! mademoiselle Liane. Si vous saviez dans quelle situation je suis ! . Ne m'avez-vous pas appris. si je ne me trompe. Je voterai pour lui. (Liane décochait à Langelot des regards meurtriers. moi. croyez-moi.» Que vous faut-il de plus ? M.mais elle s'en repent. La chose était si évidente que Langelot et Liane échangèrent un regard de compassion. Puis il alla à la fenêtre et il regarda à l'extérieur. l'ouvrit et la referma. comme l'affirmait. elle s'en repent de tout son cœur. mais il n'y prenait pas garde. Vous m'imaginez.Quelle situation? demanda Liane. moi. Oa jeta à Langelot un regard en biais. Après quoi il se mit à chuchoter: .97 - .elle me démentirait si ce n'était pas vrai elle m'a dit: « Nous avons de la chance. ça n'a jamais marché. un homme intelligent. Ses bons yeux marron exprimaient on ne savait quelle détresse. elle m'a dit .

ils la menacent du même sort. Mais s'il faut choisir entre les intérêts de la France et la vie de ma femme. mademoiselle ! S'il quitte la tutelle française pour tomber sous la coupe de je ne sais quelle puissance internationale. au nom d'un nationalisme amplement justifié. et c'est pourquoi je me présente à la présidence de la République. Voyez-vous. supposons. J'adore la France. répondit M. Ce pays ne peut pas être indépendant. et je croyais que la population locale. Oa se permit un petit rire triste. . M. que votre femme vous soit . Et si je ne leur obéis pas en tout point. monsieur Oa. Pourquoi vous présentez-vous à la présidence de la République avec l'appui des Cirés jaunes qui . il n'est pas viable. Supposons. De nouveau. Liane et Langelot échangèrent un coup d'œil. dit Langelot très bas. À peine cinq cents pêcheurs. Ailleurs. je ne vous l'ai jamais celé. des îles avoisinantes. j'arrive de métropole.. Elle a existé. dit Langelot. Pas à Oboubou. mademoiselle Liane.Monsieur Hubert.Monsieur Oa. monsieur Oa. reprit Liane.Dans ce cas. Je pense qu'elle a fait à cette île infiniment plus de bien que de mal. Moi..je ne sais pas si vous le savez ~ ont fusillé votre vieil ami. je ne vous comprends plus du tout... l'oppression colonialiste n'est pas un vain mot. le capitaine du port? . il aura échangé une égide pour une férule ! . vous m'étonnez. Oa avec dignité. .98 - . Les Cirés jaunes ont enlevé ma femme.Je le sais.une nation ! Vous savez bien qu'il n'y a pas de véritables Oboubiens. pour une raison très simple : il n'y a personne à opprimer. s'était révoltée contre l'oppression colonialiste. dont la plupart viennent d'ailleurs. Je le sais.

non seulement je ne . je veux dire: Hubert. Si ces prétoriens ont enlevé ma femme. M. Je prendrais mon bateau et j'irais me cacher dans une autre île de l'archipel en attendant que ce mauvais rêve soit passé. ils se sont emparés de Sophonisbe..rendue. Il y a des Oboubiens qui ont fait fortune. . Mais vous parlez de choses impossibles. nous serons réunis à nouveau.La ruse de ces hommes ne connaît point de limites..Sûrement pas.C'est vrai. Langelot s'assit sans façons sur la table de l'instituteur.99 - . quelle serait votre attitude politique? Est-ce que vous vous présenteriez encore à la présidence de la République ? . renchérit Liane. Or. et ils l'ont transportée de l'autre côté de l'île. Oa est le seul à avoir reçu l'instruction nécessaire pour pouvoir devenir un homme politique.Le seul à sortir d'une université.Les Cirés jaunes ont donc enlevé votre femme. Jérôme. mais ce sont des pêcheurs ou des commerçants.Et vous dites bien que vous êtes le seul candidat qui fasse un peu sérieux ? . Dès qu'elle sera ici. c'est pour la garder jusqu'au moment où je serai passé sous leurs fourches caudines. le seul à recevoir des revues d'une certaine tenue intellectuelle et des livres d'importance internationale. Ils sont venus chez moi hier matin. Où est-elle ? M. . mais vous comprenez que je n'aurai plus le choix : je devrai jouer le jeu des Cirés jaunes ou subir les conséquences de ma rébellion. monsieur Hubert. Elle est incorporée à un groupe de faux insurgés oboubiens qui arriveront dans la capitale incessamment. répondit-il. . Oa leva les bras au ciel. . le seul à avoir écrit dans quelques journaux.

. on me dirait que c'est pour ma propre sécurité.Lapin ? Jetée ? Palmes ? Sophonisbe ? M.Bien. vous en avez un ? . Il n'était pas snifien pour rien. Si je protestais. je serais accompagné ou du moins suivi. puisque. et il s'adressait à Liane pour qu'elle le rassurât. À quelle heure fait-il nuit à Oboubou ? . Si vous êtes suivi ou accompagné. à 21 heures. heureux entre ma Sophonisbe et mes élèves et peut-être. si je comprends bien. . je devrai faire les quarante volontés de ce groupe d'aventuriers.En cette saison? Vers 21 heures. je ne demandais qu'une seule chose: continuer à enseigner. et. Êtes-vous libre ou êtes-vous gardé à vue par les Cirés jaunes ? . .Monsieur Oa. si vous tenez à Mme Oa et aux Palmes académiques.Une dernière question. . quand je serai très vieux. . Oa paraissait perplexe.Je suppose que je pourrais aller me promener sur la jetée. cela m'est égal. Je deviendrai donc président de la République malgré moi. Mais.Que voulez-vous dire par là ? . Selon toute probabilité. Personne ne m'en empêcherait. à partir de ce moment. je vous fixe rendez-vous ce soir. sur la jetée. monsieur. à vivre.suis pas un héros.100 - . je vous conseille instamment de ne pas me poser de lapin. alors que moi. mais je ne veux surtout pas risquer la vie de Sophonisbe.Pouvez-vous sortir de ce bâtiment? Pouvez-vous aller jusqu'au port ? Pouvez-vous monter sur votre bateau. être jugé digne de recevoir les Palmes académiques ! Toutes sortes d'idées étaient en train de germer dans le cerveau de Langelot. un jour.

. mais il a le bras long. je ne comprends même pas de quoi vous parlez. répondit Oa en se redressant. . mais pas trop grand. Alors.. vous avez peut-être des scrupules ?. .Mademoiselle. . on va prendre Le Boulimique. son nom ne sera plus Oa mais Ao. mais nous allons faire notre possible. je crois. . Liane ? demanda Langelot. comme ça. Lorsque les jeunes gens furent de nouveau sur la Grand-Place : . pour qu'il ait l'air le plus inoffensif.Monsieur. vous comprenez. Mon cousin a l'air un peu idiot. mais ceci va être encore un peu plus risqué.Dans ce cas.. bien entendu. De votre côté. . que papa ne m'a jamais laissée piloter. . sans compter les bateaux de pêche.Quelle est votre idée ? . vous nous tiendrez parole ? .Quelle idée ignoble ! . dit Langelot en s'inclinant. .Pour vous....Le plus rapide possible. vous m'avez appris qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences. .Choisissez-en un à moteur.Vous avez un bateau.. il va essayer d'agir par relations. Jules César.Au contraire: ce sera une bonne occasion.Je veux dire : par ma faute.101 - .. . Nous ne vous promettons rien. si j'ai un bateau? Nous en avons trois.Bon. Si je ne désobéissais jamais que pour servir la patrie. . lui dit-elle.. Jérôme? Des dangers pour vous? Vous êtes bien prétentieux.Comment.J'en accepte l'augure.. comme l'a dit. vous avez déjà couru des dangers pour moi. parce que son père est sous-secrétaire d'État.. mais le jour où Agénor Oa ne tiendra pas parole à ses amis.Liane. .

au coupe-coupe.Vous pourriez me prêter Le Boulimique et rester ici. dit Liane qui pilotait. Mais tu as toujours le droit de l'embrasser. cela fait des années que j'ai perdu mon père . pas avant. Vous mériterez peut-être de m'embrasser si vous sauvez Oboubou.mes deux parents sont morts dans un accident d'avion . La course du Boulimique était si aisée.Liane. tantôt sur le violet. si aérienne qu'il était difficile d'imaginer que. gentiment. . * ** Le Boulimique volait à la surface de l'eau. c'est-à-dire à droite. d'un bleu. L'île d'Oboubou s'étageait à tribord. Doucement. vous vous rappelez le jour où j'ai essayé de pêcher des poissons dans une bouteille ? .mais je me rappelle encore une chose qu'il aimait répéter: « Même si une femme te frappe. un commando d une centaine d'hommes était en train de progresser dans la direction contraire.. Il faut être un goujat pour frapper une femme. tu n'as pas le droit de riposter.102 - .» .M'embrasser? dit Liane. Langelot était bien trop occupé pour trouver un adjectif qui en fût digne.Jérôme. Elle le gifla. embarquons sur Le Boulimique avant que papa ait décidé d'aller faire un tour dessus. En attendant. Langelot la saisit aux épaules. d'après les courants. à terre. . une eau d'un bleu. tirant tantôt sur le vert.. Disons : un bleu tropical. pied à pied. lui dit-il.. mais elle le gifla tout de même. gaiement.

Et j'ai pensé que. c'est effectivement de là qu'il est parti pour traverser Oboubou. Une phrase le hantait: M. . puisque nous lui empruntions son bateau. figues séchées.Où avez-vous pris tout ça? .. ne s'était-il pas lancé dans une aventure complètement folle. Mais lui. et si vous avez une bouteille. je vous conseillerais même de recommencer. Langelot. avait dit Liane. Tout en mangeant. dit Langelot.Pourquoi? Je n'avais rien pris ! . et les jeunes gens s'attablèrent à l'ombre d'une toile blanche tendue sur des montants. si vous voulez tenir la barre un moment. Jérôme. comme l'a dit Horace. ne s'embarquait jamais sans biscuits. et deux bières. Cependant. je vais voir ce que je peux faire. mais l'homme se nourrit d'espoir. n'y avait-il pas entraîné cette jeune fille. .Il n'y a vraiment qu'un seul point où l'ennemi aurait pu débarquer facilement. . . Langelot prit la barre. Je commence à avoir faim. Liane expliqua à Langelot comment se présentait la topographie de l'autre extrémité de l'île.Parfaitement. Liane avait disposé dans le cockpit un repas entier: saucisson. dit Langelot. conserves de crabe.Nous verrons.Je sais. Le reste n'est là que pour accompagner les biscuits. . Et. et. Horace n'a jamais rien dit de semblable.103 - . biscuits de mer. C'était la sagesse même.Oh ! papa Dotrante ne s'embarque jamais sans biscuits. nous pourrions aussi mettre à profit ses provisions ! Le Boulimique fut mis en pilotage automatique. Dotrante. si j'ai bien compris ce que je voyais sur l'écran d'Arthur. sous-lieutenant du SNIF. trois minutes plus tard.

. qu'est-ce qu'on fait? On les suit? . et c'est l'ennemi qui piquenique ici. fine. d'attendre une intervention du gouvernement français. et tout cela «sans biscuits». Vous voyez ce défilé qui se termine au milieu de la plage ? Là aboutit un sentier qui traverse l'île.104 - . épluchures diverses montraient que le débarquement avait été suivi d'un bivouac. toute délicate. ayant repris la barre. Liane.. toute charmante. .Je vois des palmiers abattus à droite. de rejoindre le colonel Lorrain. . Langelot et Liane dissimulèrent Le Boulimique entre des rochers et débarquèrent à leur tour. c'est la guerre. il maintint le cap sur l'extrémité sud d'Oboubou... bouteilles à boissons gazeuses. .C'est drôle de penser que la semaine dernière nous étions venus ici en pique-nique. dit Liane. cette réponse mit fin aux scrupules de Langelot et.Ça doit être ça. et c'est par là que les faux insurgés sont passés la première fois. toute noire. Et maintenant. répondit Liane. Et nous. Ensuite ils ont dû revenir sur la plage et chercher un autre passage. son mari l'adore et il a bien raison. La plage triangulaire où Liane pensait que l'ennemi avait débarqué était jonchée de toutes sortes de débris: boîtes à bière. Petite.Comment est Sophonisbe ? demanda le snifien. Sans qu'il sût pourquoi. ils ont décidé de passer à droite de la montagne qui domine le centre de l'île.Ravissante.simplement parce qu'elle lui plaisait et qu'elle savait piloter un bateau. . c'est-àdire sans une idée de manœuvre un peu sérieuse ? Il était encore temps de rentrer à Oboubou. .

acquiesça Langelot. Vous imaginez que quand une centaine de mercenaires. Les jeunes gens s'enfoncèrent donc dans la jungle. dit-il. . puisqu'ils sont en train de travailler au coupe-coupe pour nous. de lianes et d'une espèce de fougère arborescente. C'est drôle de penser que nous sommes environnés d'oreilles électroniques et que votre colonel reçoit sur son écran les coups que nous entendons. se retourna. Au loin.Tant que ce n'est pas au pif paf ! .On les suit. on entendit bientôt des coups répétés: la tête de la colonne devait se trouver là.105 - .Des quoi ? . Alors les renifleurs transmettent un signal radio que recueille Arthur. qui marchait le premier. ce sont des détecteurs sensibles aux odeurs. ça commence à sentir un peu le fauve. arrivent dans la région.J'espère avoir persuadé le colonel qu'il valait mieux barrer le chemin aux faux insurgés plutôt que de les exterminer.. marchant dans un couloir d'un mètre de large au plus : de chaque côté se dressait un mur végétal impénétrable. Langelot. Tiens ! Regardez ! . ou plutôt on les rattrape: cela ne devrait pas être trop difficile. marchant sous un soleil comme celui-ci. dans cette région ce ne sont plus des oreilles : ce sont des renifleurs. et les hommes qui maniaient le coupe-coupe devaient se relayer pour frayer ce chemin dans la jungle. C'est de là que doit venir l'expression : suivre l'ennemi au pif! .Vous vous rappelez que nous participons à une opération test? Ce qu'on a parachuté dans le coin. chuchota Liane. fait de palmiers.Non. .

» Le passage tracé dans la jungle plongeait dans une vallée. et que ce n'était pas là une occasion à perdre. C'est un ordre. ne pouvait s'empêcher de faire certains rapprochements : un sous-marin. Il ne s'était pas trompé. poussait devant lui un Noir à demi nu.» La jeune fille. Mais il n'était pas question pour un subordonné du commodore Burma d'enlever son uniforme. Discipline militaire. lui dit-il.Langelot désignait un petit parachute vert suspendu à une branche de cocotier.106 - . il serait déjà en train de signaler votre présence.» Elle ouvrit la bouche pour protester. Il s'était dit que. il aperçut un Ciré jaune qui. au fond de la vallée. Cent mètres plus loin. en resta bouche bée. Oui. qui s'était frotté au commodore Burma à plusieurs reprises . Langelot se tourna vers Liane : . rentrez chez vous. «Pas de discussion. Tous les renifleurs du coin devaient s'affoler. À la partie inférieure se balançait une boîte peinte en vert.. Il y avait parmi eux au moins un Ciré jaune. Ce n'était pas le Noir le plus à plaindre. difficile à apercevoir. puis remontait sur la colline d'en face. «Ça doit être un renifleur.. À supposer que tout se déroule normalement. car le Ciré jaune mourait de chaleur. et si vous n'aviez pas oublié de mettre du Chanel N° 5 ce matin.. Exécution. accéléra le pas. Si je ne suis pas revenu d'ici une demi-heure. Langelot. Langelot. comme des fourmis au ralenti. Des torrents de sueur filtraient sous ses lunettes. Liane. Cela permit aux jeunes gens d'apercevoir quelques silhouettes de mercenaires qui. des . un Ciré jaune marchait en serre-file. à qui jamais personne n'avait parlé sur ce ton. lui.Attendez-moi ici. armé d'une mitraillette. probablement.. là-haut. avançaient pas à pas.

dans d'autres occasions. Au contraire.hommes en ciré et en lunettes d'aviateur. Cependant. encadrée par deux Cirés jaunes. Un formidable atémi s'abattit sur sa nuque à l'instant même où un avant-bras se posait sous son menton pour l'empêcher cher de tomber en avant. dépassant toute une variété de mercenaires noirs. et quelques Cirés jaunes disséminés parmi eux. l'entraînement reçu au SNIF allait lui servir. le ciré jaune et les lunettes d'aviateur changeaient de propriétaire. Assommé. Langelot avançait sans le moindre bruit sur le tapis de lianes coupées. il répétait d'un ton bref: . malais. Ainsi il remontait la colonne..107 - . Et. Il est vrai que. Mais celui-ci ne talonnait personne. Rangez-vous. il aperçut ce qu'il cherchait. Le Ciré jaune ne sut jamais ce qui lui était arrivé. Langelot avait vu les hommes de Burma porter des cirés noirs: les jaunes devaient faire partie de leur tenue tropicale. en même temps que son agresseur. une opération réalisée au profit d'un groupe international s'intéressant à des mines d'uranium. Laissez-moi passer. une jeune . dans l'ombre verte et opaque. Service urgent. Il était assez clair que le SPHINX (Syndicat Phynancier International X) était dans le coup. À quelques mètres de lui. l'homme roula dans la jungle. Le faux insurgé qui marchait en queue de colonne ne s'aperçut de rien: il continua d'avancer sans plus être poussé dans les reins : voilà toute la différence.. Maintenant. Laissezmoi passer.Laissez-moi passer. polynésiens. trois secondes plus tard. à travers les lunettes noires. Il arrivait sur une crête lorsque. un nouveau personnage rejoignait la colonne.

le nouvel arrivant parvint jusqu'à elle. . petite.Ordre de qui ? demanda l'un des Cirés jaunes. . À cet instant. . Tu connais la règle. répondit Langelot. La jeune femme aussi. . à pleurnicher tout le temps ! Mais il faut tout de même nous donner le mot de passe. qui tu es. Ce fut au tour du deuxième Ciré jaune d'intervenir.femme canaque se tramait péniblement. Les deux Cirés jaunes échangèrent un regard. Repoussant les mercenaires du coude. Sans ça.. De la crête sur laquelle il se trouvait. toi? Enlève un peu tes lunettes. fit le Ciré. Langelot put voir ce qu'on ne peut guère appeler qu'un feu d'artifice . dit Langelot. Je n'ai pas l'impression de t'avoir souvent croisé à bord du Sphinx.108 - . La prisonnière se mit à pleurer de plus belle : . Elle nous empoisonne assez. . Elle était mince. Des larmes coulaient de ses grands yeux noirs. . on est d'accord. Il cria d'une voix de commandement : . vêtue d'une robe rouge à fleurs jaunes. qu'on te voie.Changement de plan. pariant sur son intuition. éclata une pétarade assourdissante..Je ne veux pas aller sur le sous-marin ! Je veux aller à Oboubou ! Mon mari est à Oboubou. cette fille. Pris de méfiance. J'ai ordre de ramener la prisonnière à bord du sous-marin.Du commodore Burma naturellement.Eh oui.. les deux Cirés jaunes armèrent leurs mitraillettes et les braquèrent sur Langelot. mon vieux.Le mot de passe ? .Et à propos. rien de fait..Halte ! Ses deux «camarades» s'arrêtèrent et se retournèrent vers lui.Nous.

trop rapides. on ne voyait ni les fléchettes ni les billes. Mais personne ne fit attention à eux: tous ces messieurs étaient bien trop préoccupés de leur propre sécurité. Je veux rentrer à Oboubou. relancées en l'air par une autre explosion.au sol. Tous les mercenaires. et. on voyait des oiseaux de toutes les couleurs s'envoler dans le ciel et des singes sauter d'arbre en arbre dans l'espoir d'échapper à cette apocalypse. Alors il lui fit une prise de judo. .Filons ! . Des grêles de billes métalliques explosaient à partir de mines qui s'étaient suspendues dans les cocotiers. Langelot profita l'occasion. Bien sûr. l'entraîna de force. Ils redescendirent le sentier à toute allure.109 - . cherchant à se dissimuler sous les lianes et les fougères. quelquefois. s'entrechoquaient.Je ne veux pas! sanglotait-elle. on voyait des palmiers criblés de projectiles s'affaler sur le côté. dans les troncs des palmiers un peu en avant de la . On voyait des buissons voler en confettis verts. n'ayant pas le temps de palabrer. Les mines éclataient. se plantaient dans la terre. s'envoler à nouveau. mais on voyait une pluie de feuilles hachées menu planer lentement jusqu'à terre. se prenant les pieds dans les jambes et les corps des mercenaires et des Cirés jaunes étalés par terre. tous les Cirés jaunes s'étaient jetés au sol. Des gerbes de fléchettes d'acier jaillissaient de mines qui s'étaient plantées dans l'humus. et puis. car ils s'imaginaient qu'un ennemi embusqué devant eux leur tirait dessus. Il saisit la jeune de Canaque par la main. les billes et les fléchettes d'acier sifflaient.

les Cirés jaunes étaient encore en train de se demander ce qui s'était passé. seulement à barrer le passage. comme si quelqu'un. làbas. est-ce que vous êtes prisonnière aussi? fit la jeune Canaque.Mais non. Langelot relâcha sa prise et la course reprit de plus belle à travers la jungle. . Mademoiselle Liane.110 - . stupéfaite. et les passagers auraient eu tout le loisir d'admirer les reflets mordorés de l'eau tropicale et les escadrilles de poissons volants qui firent longtemps escorte au Boulimique. Un saut à bord. . . Le retour se fit avec moins de précipitation que l'aller. ils n'étaient guère d'humeur touristique. avait commandé : « Halte au feu ! » Maintenant les Cirés jaunes allaient reprendre leurs esprits et se lancer à la poursuite des fugitifs. Apparemment. ce fut le silence. apparut Liane qui arrivait en courant. Liane pour l'avenir d'Oboubou et . Mme Oa ne se le fit pas dire deux fois. «On peut dire que le colon met le paquet!» pensa Langelot après une minute de fusillade. Mais. Courons vite. lorsque les trois fugitifs débouchèrent sur la plage. dit Liane. Le Boulimique vrombit et reprit le large.On tire : j'arrive. Il ne s'agissait pas d'arriver au rendez-vous avant la nuit. Il ne cherchait pas à exterminer. Sophonisbe s'inquiétait pour son mari. Soudain. À mi-chemin. Encore un sprint. mais non. répondit simplement Liane. et on larguait les amarres.Qu'est-ce que vous faites ici? cria Langelot.colonne: Lorrain appliquait le plan. à vrai dire. madame Oa. Je vous avais dit de rester plus loin. Nous venons vous enlever pour vous rendre à votre mari.

piqua droit vers la haute mer. Il étendit une couverture au fond du cockpit de son bateau pour que sa femme pût s'y reposer à l'aise. Le Boulimique. D'un bond. échafaudait un plan hardi pour essayer de sauver la situation. Ce n'est pas nous qui céderions comme cela à nos émotions. Ça leur apprendrait un peu d'humilité.Agénor? appela Mme Oa à voix basse. Langelot regagnerait à pied le PC d'Arthur. . ces gens qui s'aiment! avaient-ils l'air de dire. Mais ils sont bien touchants tout de même. en faisant des détours pour ne pas tomber sur un barrage routier posé par les Cirés jaunes. par pudeur. tous feux éteints. «Ah! comme ils sont sentimentaux. qu'il manqua à la fois défoncer et faire chavirer. L'eau devint phosphorescente. qui n'était pas d'un tempérament inquiet. . se disait-il.111 - . Quelques heures plus tard. Un sanglot lui répondit. Langelot et Liane se séparèrent : elle allait rentrer chez elle pour tranquilliser ses parents . Le mari et la femme tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Liane et Langelot échangèrent un regard de sympathie qu'ils essayèrent de rendre un peu amusé. à ces fiers-à-bras ! » La nuit tomba. et. Le futur président de la République oboubienne n'avait qu'une parole. le petit instituteur fut dans le bateau. ils seraient à Atuana. » Le transbordement du Boulimique au Petit Savant s'opéra sans histoire.Langelot. «Tout de même. vint accoster à la jetée. ce serait amusant si notre petite équipe réussissait là où tout un élément d'assaut du BING a échoué. après avoir exprimé sa reconnaissance à Mlle Dotrante et à son cousin Hubert.

Comment voulez-vous qu'ils ripostent. . Les bruits. mais ça ne marche que dans la forêt où on casse forcément des branches : dans le désert.Dommage. . puisque vous êtes passé par les rangs adverses. ils s'entretuaient. Hiaou est revenu. vous n'avez pas vu quel genre d'équipement radio ils utilisent? . lieutenant? Ils étaient en colonne par un. mon vieux !. ça ne fonctionnerait pas. ça marche bien aussi. et pourtant ils n'ont même pas riposté. Alors vous dites que. Tandis que les renifleurs. mais il ne relève rien. et je peux vous assurer que les mines parachutées. du moins contre une troupe pas très combative. Et à Oboubou même.Non. En tout cas. et je ne suis pas allé jusque-là.Ça va.Un peu. il m'a refait une espèce de pansement et une piqûre. là où j'ai mes senseurs thermiques. avec le chef de l'opération. les mercenaires se sont regroupés sur la plage. mon colonel. Dites-moi. Je suppose que le radio devait être en tête.Il trouva le colonel Lorrain ravi du fonctionnement des renifleurs : . mon colonel ! Comment va votre jambe ? . Les Cirés jaunes ont dû croire que c'était une embuscade. mon garçon. Je suppose qu'ils vont essayer de passer maintenant par l'autre côté de la montagne. par exemple.. avec une troupe qui ferait attention.112 - . J'ai mis Arthur sur écoute radio: il balaie toutes les longueurs d'onde. dommage. mon colonel. les Cirés jaunes vont . la précision de ces petites machines: les mercenaires ne pouvaient pas faire un pas sans se faire détecter. ces mines. S'ils ripostaient. lieutenant.. lieutenant. Ils se sont peut-être imposé le silence radio. d'après les renifleurs. c'est bien.J'y étais. ça fait de l'effet? .Vous n'imaginez pas.

mon colonel. Un homme sauta de la chaloupe sur l'escalier de pierre qui permettait de monter sur la jetée. * ** Le lendemain matin. les Oboubiens eurent une surprise. ça. M. flottait une longue silhouette noire aisément reconnaissable : un sous-marin. sur laquelle attendaient trois Cirés jaunes. . La presse l'avait surnommé «le commis-voyageur de la compréhension universelle». et ils ne voudront pas perdre la face. qu'ils vont la proclamer tout de même. des chaussettes blanches bien tirées. avait la tête cubique et un cou de buffle. Il portait un petit short blanc qui sortait du pressing. une idée à vous proposer. Une petite chaloupe se détacha de la masse noire et vint aborder à la jetée. de mon côté. Ils ont sûrement invité des journalistes étrangers. des sandales de cuir blanc et une chemisette faite d'une mince résille blanche. On aurait dit une gravure de mode. Cet homme était connu dans le monde entier. Pour dé proclamer une indépendance. Et c'est pourquoi j'ai. Dans le port. Patroclas.Je pense. Il était de taille moyenne. .C'est ennuyeux.113 - . C'en était presque une. ça va être coton. puisqu'ils n'ont plus de président de la République pour déclarer l'indépendance. mon colonel.Justement. C'était l'illustre philanthrope international. .être drôlement ennuyés. Vous avez une idée de ce qu'ils vont faire? .

et tout peut encore se passer très bien. Nous avions consigne de surveiller Oa d'un peu loin. répondit humblement Ottokar. .. mais la femme s'est évadée. celles-ci n'étaient pas illustrées d'une .Oui. . Mais les insurgés n'arrivent pas à passer. dites donc. mais j'ai l'impression que ses gars sont plutôt manchots. mais sans doute était-ce là la seule langue que Patroclas et lui eussent en commun. Bon.. Ils veulent assister à la proclamation de l'indépendance. monsieur Patroclas. prononça l'un des Cirés jaunes. Ottokar. bien entendu.Mes respects. vous laissez échapper le candidat à la présidence ! Je vous présente mes excuses. alors. car je sais que le BING n'a pas sauté. Alors ? Tout est en pagaille ? Il suffit que je ne sois pas là en personne pour que l'opération rate? Pourtant tout marchait bien. monsieur Patroclas. sans lui donner le sentiment qu'il était prisonnier. et on dirait que ça leur fait encore plus plaisir! Je ne comprendrai rien à ces intellectuels. Pour l'instant. Un peu de doigté. et ça leur fait plaisir de voir la France perdre la face. Vous savez que les correspondants étrangers arrivent cet après-midi? Nous en avons plein un hélicoptère.. Et puis.Bonjour. à côté des affiches présentant la candidature d'Agénor Oa. le problème principal. ce particulier-là? Le particulier était occupé à coller. on va arranger tout ça: ce n'est pas la mer à boire. Et vous. nous avions sa femme. qu'est-ce qu'il fait.114 - . On m'avait dit du bien du commodore. Hé ! mais. c'est de trouver un Canaque pour remplacer Oa. d'autres affiches. mais certains le sont. La plupart ne sont pas français. Cela paraissait une garantie suffisante. parlant français avec effort. je me demande bien quelle unité les Français ont réussi à mettre en place.

en grandes lettres rouges. Il peut y avoir plusieurs candidats. et il portait une chemisette claire et un short rouge. Ce fut avec un sourire sucré qu'il s'adressa de nouveau au Noir. Mais on y lisait. ni Patroclas ni Ottokar ne pouvaient le deviner. Dotrante. c'est la démocratie. vertes. à la façon de certains mannequins présentant des costumes pour hommes.Je colle des affiches électorales. . intervint Patroclas.Qu'est-ce que tu fais. et une seule liste.115 - . Les ordres sont les ordres. . mais le candidat. Patroclas et Ottokar s'arrêtèrent derrière le particulier.photographie et semblaient avoir été confectionnées à la main. Une petite frange coupée par un grand coiffeur lui couvrait le front. c'est une seule liste. c'est Agénor Oa.Je vais t'en faire voir.Du calme. Si l'une et l'autre avaient appartenu à M. . il condescendit tout de même à répondre. musclé de corps. . «Mais bien sûr. Et qui est-il. jaunes et bleues : VIVE L'INDÉPENDANCE ! VOTEZ POUR SYMPHORIEN KATOU. ce Symphorien Katou ? .C'est la démocratie. Après quelques instants de réflexion. qui ne leur prêta pas la moindre attention. toi ? demanda Patroclas. . . Il était noir de peau. Vous ne voyez pas? . de la démocratie ! grogna Ottokar en levant le poing. non? répliqua le Noir. Le Noir le regarda par-dessus son épaule d'un air hautain et continua à coller son affiche.Je vois bien.C'est moi.

.116 - .

Mais vous êtes connu de la population ? . monsieur le candidat! Je vous assure de tout mon soutien ! Permettez que je vous serre la main.. Mais.Attention.Que pensez-vous d'Oa? .Voilà un homme qui me plaît. répondit le Noir en s'inclinant. . . Patroclas donna un coup de coude à Ottokar. dit-il. Katou. Symphorien. Passez un coup de laser au sousmarin.Parce que je n'ai pas encore collé assez d'affiches.Et moi Katou.Pourquoi ? Parce que j'ai passé ma vie à naviguer. qui étaient impressionnants. Je me présente : Patroclas. . ils me connaîtront. monsieur Patroclas. Et s'ils ne veulent pas. Symphorien Katou banda ses biceps. ne vous faites pas de souci. philanthrope. nous allons faire voter pour M.Non.Et peut-on vous demander.Ah! c'est vous. Ottokar. Il n'est pas d'ici. . M. quel parti vous représentez ? ..117 - . Je veux un photographe sur place dans cinq minutes.Vous ne l'êtes pas encore ? Pourquoi ? . . . .Vous pensez donc être populaire à Oboupou ? . Maintenant. Pour les journalistes. tous les Noirs se ressemblent.. . Je le battrai à plates coutures. . Patroclas éclata de rire. . monsieur le candidat.C'est une mauviette. ce Noir n'a pas le type canaque.Aucune importance. vous ferez coller les portraits de Monsieur sur tous les murs de la ville.Je vais l'être.Le parti de l'indépendance oboubienne. . Cet après-midi. ils auront affaire à moi.

sur un bateau. . Katou fut photographié de face. En un tournemain M. et que vous resterez président aussi longtemps que vous obéirez à nos ordres. . trouvez-moi des trompettes et des tambours.118 - . furent dépêchés à travers la ville pour placarder la publicité électorale de M. Et je veux des trompettes. commandaitil. avec une mitraillette (non chargée) dans les mains. que vous serez élu à une majorité écrasante. Partout où la cause de la liberté doit être défendue. devant le Palais de la Résidence.Je veux des haut-parleurs partout. les tambours. Très importants. Patroclas se frottait les mains. sévère. souriant. vous trouverez Patroclas et ses amis ! Patroclas paraissait disposé à tenir parole. et les Cirés jaunes. L'opération souleva la curiosité des habitants. monsieur Katou. avec une petite fille canaque en train de lui donner un bouquet. de profil. résolu. M. Patroclas leva les yeux. mais profondément pénétrées de nationalisme oboubien. Ces photos furent immédiatement tirées à bord du SPHINX. Ottokar.Ne vous occupez pas de ça.Il se tourna vers Katou : «Je vous promets. . Je vous jure que vous serez content de nous. L'imprimerie portative du SPHINX produisit des affiches un peu hâtives. monsieur Katou. tendre. Katou.C'est qui : vous ? demanda le Noir avec dignité. et l'on vit des enfants et même quelques adultes venir aux nouvelles. . la mitraillette sous le bras gauche et un pinceau enduit de colle à la main droite. pour exprimer la volonté populaire ! Le vrombissement d'un hélicoptère se fit entendre.

..119 - . tout va très bien. ..Y a-t-il un palace à Oboubou? Sinon.. L'hélicoptère se posa au milieu de la Grand-Place et un essaim de journalistes et de photographes en sortit..Un grand reportage. naturellement. Tout se passait donc le mieux du monde. Comme nous sommes loin des gouvernements totalitaires !. Nous dirons qu'ils se battent encore dans lés montagnes. voyez-vous. La France ne fait rien pour protéger ses ressortissants. des femmes. deux candidats. .. . des débutants.. ces Oboubiens sont de véritables libéraux : il y a deux partis.. des hommes.L'indépendance oboubienne. Il suffit que je m'en mêle. nous allons proclamer l'indépendance tout de même. Tout va très bien. .. mais qu'ils sont en train de triompher d'un ennemi infiniment supérieur en nombre. des reporters confirmés.. mon cher Ottokar. et tout cela bourdonnait comme un essaim.Vous voyez.. Si les maquisards n'arrivent pas à l'heure. avait disparu en plongée. Patroclas pouvait serrer les mains et taper sur les ventres en toute quiétude : aucun des visiteurs ne se douterait du rôle véritable qu'il jouait dans les événements.Les voici. et ça repart comme sur des roulettes. ... Il y avait là des gens de toute nationalité. c'est un scoop. et M. tant pis.Pour un scoop. où allonsnous loger ? Le sous-marin. Ottokar.Le télégraphe fonctionne-t-il ? . Il insistait même sur le caractère démocratique des élections : . On trouva même un restaurateur français qui accepta d'ouvrir son établissement.

Tous ces étrangers. Patroclas pérorait sur le rôle des philanthropes dans le monde quand Ottokar s'approcha de lui et lui glissa quelques mots à l'oreille: .. du Champagne.. M. On s'installa donc à la terrasse du Café de France précipitamment rebaptisé Café d'Oboubou.. compte rendu..120 - . ..» Le visage de M. et si je leur sers des conserves... Je n'y comprends rien. ils ne s'en apercevront même pas.. ils vont boire du whisky. au lieu de viande fraîche..Laser. Patroclas se rembrunit quelque peu.

Toujours les renifleurs ? demanda Liane. il pourrait y avoir une parade: on forcerait les hommes à s'enduire de déodorant et le tour serait joué. Les renifleurs. . mais maintenant. De petits carrés palpitaient furieusement. .121 - . mademoiselle. Il les suit au mètre près ! . dans la tête des serpents à sonnette: c'est comme cela qu'ils repèrent leur proie. on risquait de voir les premiers éléments adverses.Bravo. déboucher dans la petite vallée aux orchidées. . si on attendait encore une heure. Langelot? On commence le tir ? » Lorrain fit apparaître sur l'écran le tableau des mines qui se superposa au tableau précédent. L'aire de largage des senseurs et des mines avait pris l'île en diagonale. vous voyez. Arthur! s'écria Lorrain. Qu'en pensez-vous. ce sont des senseurs thermiques: ils relèvent la différence de température apportée dans l'air par la présence d'un corps humain. si bien que l'avance adverse n'avait été détectée qu'à cinq kilomètres du PC d'Arthur. le terrain était plus facile et. même sans la voir. De ce côté.Chapitre 10 L'écran était allumé. Ce n'est pas extraordinaire? Il paraît que le même mécanisme existe. Ça. il contournait la montagne. à l'état naturel.. L'adversaire avait renoncé à progresser de nuit.Non.

Oh ! il avait reçu la formation d'un chef de section. . mademoiselle.Ce serait une chance à tenter.Langelot était un agent secret bien plus qu'un officier d'infanterie. C'est un des endroits préférés de papa pour les piqueniques.Les mercenaires noirs sûrement: ils n'ont pas l'air de militaires.C'est un cirque rocheux.Exact.Et avec ce qui va se passer à Oboubou. . qui aimait penser tout haut. . .Mais en faisant exploser quelques mines de plus.. reprit Lorrain. nous aurons mis quelques bâtons dans les roues de votre monsieur Burma. Cette fauvette. «Mais je me dis une chose. dans le vide. ils accepteront de se rendre ! .. mon colonel. mais on ne peut pas se rendre comme ça. Il faut se fendre à quelqu'un.On peut dire qu'elle connaît le chemin. .À propos. colonel. Les Cirés jaunes feront peut-être quelques difficultés.Et. je vous demande un peu ! Qu'est-ce que c'est que ce grade à la noix de coco ! Bon. Si je laisse avancer ces lascars jusqu'à cette espèce de cuvette qui est à deux kilomètres d'ici. Il n'avait donc guère d'opinion sur le moment le plus propice pour le déclenchement du tir.Votre Land Rover pourrait arriver jusque-là ? .122 - . Langelot. . et que je fasse exploser toutes les mines qui se trouvent sur le bord de la cuvette.. . comment ça se présente ? . avec un peu de chance.. mais les questions de stratégie et même de tactique le dépassaient. comment monsieur votre père a-t-il pris votre escapade d'hier? . Commodore. ils vont se croire encerclés.

Il m'a enfermée dans ma chambre. mademoiselle. colonel. partagé entre l'admiration et la réprobation. se trouver aux commandes d'une machine de guerre telle qu'Arthur!. Si seulement nous avions des walkies-talkies. au bout d'une demi-heure... interrompit Liane sur un ton modeste. dans ce cas. cela ennuyait de rester en deuxième ligne. cela risque de leur paraître un peu suspect. alors. c'est un BING ! Bon. . J'avais prévu que vous pourriez en avoir besoin. Évidemment. il ne vous reste plus qu'à apprendre à manœuvrer Arthur. Mis en crabotage. Ce bouton-ci sert à régler. Le colonel devait être bon professeur et Liane passablement douée. Maintenant il s'agit de faire illusion à ces clowns. de manière à recevoir leur reddition. . et il m'a confisqué les clefs de la Land Rover. avec l'aide de Langelot..Quelle fille! Quelle fille! s'écria Lorrain. . . mais. car. d'un autre côté. Bon.. malgré ma patte cassée je me traînerai jusque chez vos parents pour leur faire des excuses.123 - . j'en avais des doubles. Lorrain. et je suis sortie par la fenêtre.. le véhicule tout terrain s'élança à l'assaut de la crête qui bordait le cirque rocheux dont avait parlé Liane. Quand tout cela sera terminé.Très mal.Il y en a trois dans la boîte à gants de la Land Rover. se traîna jusqu'à la Land Rover et se hissa dedans. Dommage que nous n'ayons plus Bambara. À deux. colonel.Ce n'est pas une fille.. elle avait compris ce qu'elle devait faire dans les diverses éventualités qui pouvaient se présenter. Heureusement..

commenta Lorrain.Pour les mines A : feu. qui n'avait pas quitté son siège et observait la scène à la jumelle. . «Bon. Il compta une centaine de mercenaires noirs encadrés par une dizaine de Cirés jaunes. entre deux rochers.124 - . Langelot leva les yeux sur Lorrain. Évidemment c'est plus facile de marcher dans cette pierraille que dans la jungle. Ils étaient tous pris. Les premiers faux insurgés commençaient à remonter la pente. soudain timide à la radio. Il appuya sur la pédale du walkie-talkie fourni par Liane.Mauvais soldats. comme dans une nasse. Les derniers se trouvaient déjà à une trentaine de mètres du rebord et descendaient toujours vers le fond du cirque.Rouge de bleu. . Alors Langelot chuchota dans le micro : . nous ne nous ferons pas embrocher par nos propres fléchettes.» Langelot observait l'adversaire. . se fit entendre dans son oreille : . il vint se poster tout près de Langelot. se dirigeant vers le lieu de l'embuscade. je vous entends. m'entendez-vous ? Parlez. Avec un peu de chance.Bleu de rouge. Nous sommes dans un angle mort.Langelot venait d'arrêter la Land Rover et d'en descendre lorsqu'il vit les premiers éléments adverses s'engager dans le cirque. . Les fourmis humaines descendaient dans le cirque les unes après les autres. très bien. La jolie voix de Liane. Tirant sa jambe après lui et étouffant des gémissements de douleur. Ils auraient dû contourner par le haut.Premier tir ! commanda le colonel.

de sa voix tonnante. Les billes et les fléchettes s'entrecroisèrent au-dessus des têtes à fleur de sol. Billes et fléchettes ricochèrent de tout côté. vous êtes encerclés. et pour cause. qui un genou en terre. Un chapelet d'explosions retentit. Ils ne touchèrent personne. eux. Les mercenaires. Bientôt il n'y eut plus. Elles ne firent pas courir de grands dangers à l'adversaire..Jetez vos armes ! cria Lorrain. faite pour entraîner un régiment entier au combat. Dès que le silence fut retombé : . et plusieurs . mais elles éclatèrent très près de lui. Et si l'un de ces messieurs s'avisait de se lever.Bien compris. dans le micro : . quand les Cirés jaunes hésitaient. puis un autre. ils leur arrachaient leurs armes et les déposaient par terre. il risquait fort de se recoucher plus vite qu'il aurait voulu. dans le cirque. Et. Les mercenaires tombèrent face contre terre. qui couché. qu'une centaine d'hommes désarmés. .Deuxième tir ! commanda-1-il. un Ciré jaune. Les Cirés jaunes se précipitèrent derrière de grosses pierres.Pour les mines B: feu ! Les mines B étaient celles qui étaient tombées sur le rebord même du cirque rocheux. Alors Lorrain.125 - . levaient carrément les mains en l'air et. et ripostèrent avec leurs mitraillettes. puis un troisième jetèrent leur mitraillette au sol. . vous êtes morts ! De nouvelles rafales lui répondirent.balles firent voler des éclats du rocher derrière lequel il se tenait embusqué. cette fois-ci. répondit Liane.Rendez-vous et vous aurez la vie sauve ! Sinon. cria : . qui assis. Et Langelot.

Parce que vous avez un satellite à votre disposition? . où ils les entassèrent. était à son affaire. Ces volontaires. représentait tout l'élément d'assaut du BING censé être embusqué sur le pourtour du cirque. et le poste radio à la main -. Langelot .Le SPHINX a tout ce qu'il lui faut. D'abord il leur commanda à tous d'enlever leurs chaussures: sur la pierraille.126 - . À vrai dire. furent chargés d'apporter les chaussures et les armes jusqu'à la Land Rover.. l'un d'eux escalada le cirque rocheux et vint se livrer. une fois qu'on lui eut promis la vie sauve.Et maintenant. trois volontaires. lui.C'est un laser portatif. nous envoyons des rayons laser sur un satellite. Il remit au colonel le poste qui lui permettait de communiquer avec ses supérieurs.en béret orange lui aussi. . Mais Lorrain. répondit fièrement le prisonnier. Ensuite le colonel Lorrain demanda au chef des Cirés jaunes de se faire connaître. qu'est-ce que nous allons en faire? demanda Langelot. Et lui fait la même chose. puisque notre PC. Ce n'était pas la première fois qu'il prenait des prisonniers. répondit l'homme avec un fort accent étranger. mon colonel. Alors nous. qui les renvoie au sous-marin. choisis parmi les mercenaires et non les Cirés jaunes. il demanda. Vous savez qu'un sous-marin en plongée ne peut pas émettre ou recevoir de messages radio. . ils ne risqueraient pas de courir très vite ! Puis.Comment ça marche. Peu enthousiaste. mon colonel. ce machin ? . il aurait été passablement embarrassé s'il avait dû résoudre le problème tout seul. c'est un sous-marin. faisant apparaître son béret orange au-dessus des rochers.

et sans me faire prier dit l'homme. Lorrain resta donc au P. à interroger le prisonnier. Les vainqueurs regagnèrent le vallon aux orchidées. je crois que vous devriez aller en ville voir ce qui s'y passe.Je raconterai tout ce que je sais.Je vais avec Langelot. .. dit Liane. Et Liane. ressembla soudain à une pivoine.Lorrain regarda Langelot. mon colonel. et il suffirait d'appuyer sur un bouton pour faire exploser quelques mines de plus dans les parages: résultat. puisque Langelot il y a. je compte vous proposer pour une citation à l'ordre du BING.Peut-être pas moral seulement. Votre plan était bon.C. Arthur veillait. Langelot et Liane. Les autres prisonniers demeurèrent sous la garde des mines. J'ai l'impression qu'il est disposé à nous raconter sa vie. .. Un gémissement de dépit échappa au colonel : . Nous avons joué contre le BING et nous avons perdu. sa chaleur signalerait son déplacement.127 - .Mademoiselle. et contournèrent à pied . Langelot. dit Lorrain à Liane. prirent le chemin d'Oboubou.Si seulement je pouvais aller avec vous ! Mais avec cette maudite patte cassée. Ce n'est pas la peine. «Quant à vous. les hommes se croiraient surveillés à vue. et à surveiller les réactions d'Arthur. Il pourrait se perdre dans la nature. .. . Notre camarade peut avoir besoin de soutien moral. qui ne rougissait jamais. Si un seul d'entre eux se rapprochait du bord du cirque. mais risqué. Nous allons embarquer ce monsieur. ayant débarrassé la Land Rover des chaussures et d'une partie des armes qui l'encombraient. Ils cachèrent le véhicule dans un bouquet de palmiers avant d'entrer en ville.

et. Puis. Les Européens aussi avaient été priés de se présenter sur la place. Les Canaques avaient obéi aux ordres des Cirés jaunes. ne pensaient qu'à «se mettre bien» (comme ils disaient) avec les maîtres de l'heure. devant cette tribune. Patroclas avait mis en perce deux barriques de vin. les autres. d'une part. d'autant plus qu'ils avaient entendu la fusillade dans la montagne. Il y en avait enfin quelques-uns qui. ils se glissèrent dans la ville où régnait une atmosphère singulière.le barrage routier qui avait été mis en place par les Cirés jaunes. En effet. Ils interviewaient à qui mieux mieux les notables. perpétuellement assoiffés. les vieilles dames et les petits enfants. Mais. tandis que d'autres se barricadaient dans leurs maisons. Pour créer parmi eux un enthousiasme qui ne leur venait pas spontanément. sortis de «la ville indigène». ils n'avaient jamais entendu parler de Symphorien Katou. à mi-hauteur. ils s'étaient groupés sur la Grand-Place. avaient décidé d'aider les Canaques à vider les barriques de vin. de l'autre. On sentait . défaitistes de nature ou trop soucieux de leurs intérêts. les uns croyaient à une intervention in extremis du gouvernement français. un drapeau français. le nez au vent. et certains avaient accepté. Au milieu de la place avait été dressée une tribune et. À travers tout cela. circulaient les journalistes.128 - . quelque peu médusés par cette atmosphère qu'ils comprenaient mal. et encourageait tout le monde à boire à la santé de Symphorien Katou. s'élevait un mât sur lequel flottait. les Canaques n'aiment pas beaucoup le vin. obturaient leurs fenêtres avec des matelas et chargeaient leurs fusils de chasse. si bien que l'opération ne réussissait qu'à moitié.

Et puis eux.129 - .bien que ce n'était plus pour longtemps. Je vois mes parents par là-bas. Je suis gênée pour eux. Langelot se retourna: deux Cirés jaunes venaient de s'emparer de lui. Desbillettes devait se morfondre dans son appartement en se demandant si la France avait encore besoin de lui. répliqua Liane furieuse. . quatre solides poignes s'abattirent sur les épaules des deux jeunes gens. Immobilisé par une prise de judo de chaque côté. prononça une voix de femme.Allons d'un autre côté. puisqu'il est ouvert ? proposa Langelot. Un cafetier qui ouvre boutique pour fêter la défaite? Celuilà.Voulez-vous manger une glace dans ce café. . que se passe-t-il? demanda Langelot. Langelot et Liane s'aventurèrent dans la foule. Il pensait au pistolet du colonel caché sous sa chemise. souffla Liane dans l'oreille de Langelot.Il se passe. soudain. M. . Patroclas a de la chance que je vous aie reconnu. . et j'aime autant ne pas les rencontrer. que nous sommes de vieilles connaissances. monsieur Nathanaël.Jamais de la vie.Messieurs. Deux autres maintenaient Liane. . il peut être tranquille: il ne me reverra jamais. . Ou alors ce sera le jour où je le fourrerai lui-même dans son frigo ! Elle était encore en train de parler lorsque. Sinon vous auriez encore été capable de faire manquer notre petite opération. ils seraient surpris d'apprendre que j'ai un cousin qui s'appelle Hubert! Les jeunes gens passèrent devant le Palais de la Résidence. s'efforçant de rester calme.

vous les fusillez et vous les enterrez le plus vite possible. vous ne le resterez pas longtemps. Vous les emmenez dans un potager où la terre est bien meuble. son beau visage froid.Enlevez-lui ça. Et. Il ne faut pas que les journalistes se rendent compte de quelque chose. Délesté de son arme. Voir Langelot aux arrêts de rigueur. vous vous appelez aussi Nathanaël? Quant à vous. . Ses cheveux blonds arrangés en chignon. Ce n'est que dans les romans ou à la télévision qu'on s'embarrasse de prisonniers dont on n'a que faire. mais. comme ça. Elle pouvait avoir une trentaine d'années. ma petite. Langelot les reconnut aussitôt: ils appartenaient à Zaza Morkotny.La personne qui parlait sortait du café. il serait encore capable de tirer avec les dents.» Ottokar voulait des ordres précis : .Ne posez pas de questions stupides. mais vous lui attacheriez bras et jambes. fit Liane. cela ne m'intéresse pas beaucoup. . . 1.Comment. vous les mettez au pied d'un mur. s'adressant à l'un des Cirés jaunes : «Ottokar.Je les emmène. Qui que vous soyez. Il sait s'en servir. l'assistante du pseudo-philanthrope qui avait déjà essayé une fois de mettre le BING hors de combat(1). mon garçon. emmenez-les le plus discrètement possible. et après ? . poursuivit Zaza Morkotny. Un instant cependant-Mile Morkotny appuya le doigt sur le pistolet caché sous l'aisselle de Langelot. je ne sais pas qui vous êtes. Langelot se sentit complètement à la merci des Cirés jaunes. Il a l'air d'un gentil petit garçon.130 - . franchement.

répondit le snifien. mais elle n'avait duré que quelques instants. Les prisonniers furent adossés au cocotier.C'est vrai? lui demanda-t-elle d'une petite voix ferme. .. l'endroit était parfaitement désert. . Liane saisit la main de Langelot. on n'allait pas loin.. il semblait l'avoir épuisée. qui avait toujours eu beaucoup de chance. allait être la dernière. elle aussi. apparemment. Dans le coin poussait un cocotier.J'en ai bien l'impression. dit Ottokar. Maintenant solidement leurs prisonniers. Avait-il commis quelque imprudence majeure? Non. Du reste. Le plus triste.Ici. Pour le moment. À la limite de «la ville indigène» et de «la ville européenne». c'était d'entraîner dans la mort cette brave jeune fille qui ne lui était pas indifférente. mais les deux gaillards qui l'encadraient la soulevèrent de terre et l'emportèrent chacun par un coude.La scène avait attiré l'attention de plusieurs personnes. . Liane essaya bien de se laisser glisser au sol. lui. On va mourir? . Loin de là. Deux vieux murs à moitié effondrés formaient un angle droit. il y avait un quartier où les uns et les autres essayaient de faire pousser des légumes sur de petits lopins découpés en plates-bandes. et personne n'avait envie d'intervenir en voyant les mitraillettes que les Cirés jaunes portaient en bandoulière. Comment aurait-il pu deviner que cette opérationci était. Que de fois au cours de ses missions il avait risqué la mort! Cette fois-ci. les quatre hommes partirent au pas de course. commandée par Patroclas? Simplement.131 - .

Alors maintenant. Avec ce mur derrière eux. lui. comme on se l'était promis? On chante la Marseillaise 1 On prononce une parole historique?.. Mais il ne fallait pas enlever son courage à Liane. .Je n'ai jamais souhaité vivre très vieille.. Liane serrait la main de Langelot très fort. votre plan peut encore marcher. de mourir pour quelque chose. Mais non. Ils armèrent leurs mitraillettes... dit Liane. Les Cirés jaunes s'étaient reculés de quelques pas. se demandait s'il n'était pas encore temps de piquer un sprint. mais vous. j'ai au moins l'impression. Il ne répondit donc rien. c'est mon métier. qu'est-ce qu'on fait pour mourir gaiement. Franchement. . ils n'auraient pas fait deux pas qu'ils seraient abattus. Langelot en doutait: si les Cirés jaunes n'hésitaient pas à fusiller deux jeunes gens à un demi-kilomètre de la tribune.132 - . Liane. c'était clair. Langelot. commanda Ottokar. ils joueraient le jeu jusqu'au bout.Je suis désolé.. Et comme ça. dit-elle.. . . Moi..Feu à volonté. Après tout.

sauvé la vie. Pour le reste. on aura tout vu ! .133 - . ôta son béret devant la jeune fille.Chapitre 11 Une rafale. Un homme en tenue camouflée et béret orange sauta légèrement par-dessus le mur. Deux d'entre eux tirèrent en tombant.Vous m'avez sauvé la vie. et en plus on y entraîne des filles? Qu'est-ce qu'on ferait sans les anciens.Et à propos. permettez-moi de vous présenter le sergent-chef Hervé. Liane. reprit Langelot. répondit Langelot. chef. dit-il. comme on dit. qu'il faut croire que tu es sorti de la cuisse de Jupiter. il faut que je vous mette dans le secret: je . et qu'au lieu de te laisser fusiller je t'ai. Je n'aurais jamais cru avoir du plaisir à vous revoir. et je vous ai dit merci. Merci aussi pour celle de Mlle Dotrante. c'est vrai. . Et les quatre Cirés jaunes tombèrent à la renverse comme des quilles au bowling.Alors. Hervé n'en croyait pas ses oreilles. Hervé. . mais leurs coups se perdirent dans le ciel. . Au combat. chef. que tu m'as mis la pile. Mais c'est le cas. hein ! .Pour qui tu te prends. je vous ferai remarquer que votre tenue n'est pas réglementaire. Les soldats qui font des observations aux sous-officiers. on se met toujours dans des situations impossibles. le BING porte le casque lourd et non le béret orange. chef. passablement impressionné par le calme du soldat Pichenet. du BING. le bleu. Pichenet? Ce n'est pas parce que tu connais un peu de karaté. Une seule.Merci.

vous et moi? . dit-il. «Eh bien ça. mais le sous-lieutenant Langelot. ça me fait drôlement plaisir ! Parce que. Vous voulez dire que nous sommes les seuls. c'est parce que. un vrai 2e classe. je me sentais bien seul. Puis les choses commencèrent à s'organiser dans sa tête. à moi. . je sais bien qu'il n'est pas réglementaire. à vos ordres. si on avait des 2e classe au BING.. était capable de me mettre la raclée. sergent-chef.ne suis pas le soldat Pichenet.Pas tout à fait. Je me doute bien que vous n'êtes pas vraiment de chez nous. Pendant une bonne quinzaine de secondes. vous voyez.. quoi. Et il conclut : «Sergent-chef Hervé. Alors le béret orange. mais. Alors quand vous avez réussi le parcours du combattant. Mais vous. Et quand vous n'arriviez pas à sortir de la fosse aux ours. il me tenait compagnie. vous avez sauté. marche ..Ah! bon. Depuis que vous êtes avec moi.. mon lieutenant. Et quand vous m'avez à moitié assommé. ça m'ôtait tout le plaisir de servir. pas gymnastique... c'est parce que.. de me dire qu'un simple soldat. c'est parce que. Vous savez. c'est une autre affaire. dans cette maudite île à me cacher tout le temps et je ne comprenais vraiment pas ce qui se passait: tout un avion de BING refusant de sauter sous mes yeux. officiers compris ! Je ne savais vraiment plus très bien où j'en étais. au moins. Soudain.. quoi.134 - . Si vous êtes officier. il ne faut pas m'en vouloir. le chef Hervé en resta bouche bée. Et pour le béret. j'ai une nouvelle idée. il se mit au garde-à-vous. alors. Je vous mettrai au courant en cours de déplacement. Direction le Palais de la Résidence.

par exemple. Partout dans le monde où la paix est en danger. mais la chose est secrète. mais cela ne les inquiétait pas trop: c'étaient leurs journaux qui payaient. qui sont nombreux et divers.* ** Les tambours battaient. . Il y en avait une douzaine. si une minorité de trublions devait s'opposer à la libération du territoire .135 - . Un cortège se forma. et eux. sinon à pousser des cris de joie.Qui sont ces gens ? demanda à M. Quelques trompettes discordantes faisaient des couacs. et ils mettent toujours leurs talents. au service du bon droit. lui répondit-il. et l'addition avait été exorbitante. je veux bien vous le dire à vous. Ici. ils dîneraient bien ce soir à Atuana. vous les rencontrez. Les Cirés jaunes se massèrent au pied de la tribune. Patroclas la ravissante correspondante d'un magazine italien. Les deux barriques avaient finalement eu un certain effet. Ces excellents garçons appartiennent à une association qui s'appelle « Les Volontaires de la Paix» . et tout le monde commençait à parler fort.Chère amie. SYMPHORÏEN KATOU ! Les journalistes prirent place sur la tribune. Ils n'avaient pas déjeuné aussi bien qu'ils l'espéraient. Deux jeunes filles canaques acceptèrent même de porter une banderole sur laquelle on lisait : VIVE NOTRE LIBÉRATEUR. de toute manière. .

chuchota l'Italienne à Patroclas. En tête du cortège. Zaza Morkotny eut une idée lumineuse: elle commanda de passer des disques de musique de danse au lieu des marches militaires que les haut-parleurs diffusaient plus tôt. les Cirés jaunes n'avaient pas à intervenir. et. dit Patroclas. aussitôt.d'Oboubou. Je me demande seulement où est .Pressons un peu le mouvement. les Canaques se mirent à danser. L'indépendance d'Oboubou doit être proclamée au plus tôt. peut-être parce qu'ils voulaient se faire bien voir du nouveau régime. mais ils aimaient les fêtes. . mais en outre il fallait bien admettre qu'il y avait encore. ce futur président. À vrai dire. d'ailleurs. . Il monta à la tribune et le silence se fit sur la GrandPlace. peut-être simplement parce qu'ils aimaient danser. par laser. une présence française. Non seulement les maquisards promis à la presse ne seraient pas présents au rendez-vous. ils auraient tôt fait de les remettre à la raison. Je vous en donne ma parole. marchait Symphorien Katou. le plus vite possible.Sans violence.Avec la plus grande douceur.C'est un bel homme. Mieux valait mettre l'opinion internationale devant le fait accompli. . avec la plus grande douceur. et l'idée de se promener dans les rues avec des banderoles leur plaisait plutôt. chère amie. l'annonce de la reddition de ses troupes. Certains Européens se joignirent à eux. dans la montagne.136 - . j'espère? . Pour le moment. Les Canaques s'inquiétaient de l'avenir. et cela. il s'inquiétait un peu depuis qu'il avait reçu.

continua l'orateur.Confiance! Oui! Confiance! Toute confiance! crièrent plusieurs voix.Eh bien.Vive l'archipel des Marquises! reprit la foule en chœur. reprit Katou. Patroclas se dressa à sa place : .Oui ! Oui ! Nous vous faisons confiance ! répondirent les Cirés jaunes d'une seule voix. Amenez les couleurs ! commanda-t-il.Vive Oboubou ! . Symphorien Katou empoigna le micro. M. . et je vous aime tous et toutes. . Un Ciré jaune amena le drapeau français. . Je pense que vous me faites confiance? Il y eut une hésitation de la part de la foule. poursuivait Katou. nous allons prendre une grande décision. objecta l'Américain.Il se bat à la tête des maquisards. ..Mes amis.Sa chronologie n'est pas très exacte. Et la foule docile répondit : . J'aime Oboubou. . ce drapeau. je vois mon nom sur cette banderole.. nous allons l'enlever. Oa. . qui flotte sur cette île depuis des siècles et des millénaires ? .Oui. .137 - .son concurrent.Vive Oboubou ! cria-t-il d'une voix de stentor.Dans quelques instants. en plaquant leurs mitraillettes sur leur ventre.Vive Symphorien Katou ! acquiesça la multitude. Vous voyez ce drapeau. .Vive l'archipel des Marquises ! . répondit Patroclas sur le même ton. chuchota un journaliste allemand à un reporter américain. Je vois mes portraits de tous les côtés. .Vive Symphorien Katou ! . mais elle part d'un bon sentiment. je voudrais d'abord vous remercier de l'accueil que vous m'avez fait.

. . nous aurons dix fois plus de Cirés jaunes sur le dos. Oboubou toute seule dans la mer. Il n'est pas bleu blanc rouge. non. les Cirés jaunes! cria une voix.Depuis deux jours.. si vous me faites confiance.Katou. . . reprit en chœur : . si Oboubou n'est pas toute seule. si nous coupons les ponts avec la France. . nous subissons la loi des Cirés jaunes ! Je ne sais pas si ça vous plaît.. .Ci-rés jaunes au po-teau ! Con-fiance à Ka-tou ! Zaza. qui commençait à s'enthousiasmer pour de bon.Ou alors. comme elle sera à partir de maintenant. avec des administrateurs que vous ne connaissez pas. des sociétés sans visage. cria Katou.Vous vous égarez. Le bleu représente la mer. assise derrière Patroclas se pencha vers lui : . Est-ce cela que vous voulez? . Un instant de trop.Je lui mets une balle entre les omoplates. c'est qu'elle devra obéir à des sociétés financières internationales. .Alors. le rond représente Oboubou. vous vous égarez. C'est le seul moyen.Au poteau. qui viendront vous exploiter à mort. Et la foule. Ce seront les Cirés jaunes qui feront la loi chez nous.138 - . Oboubou toute seule dans le monde. moi: ce drapeau ne nous plaît pas! Nous ne . continuait Katou.Non. je vous dis. vous êtes fou ou quoi ? gronda Patroclas. il est. intervint Patroclas à voix basse. mon ami..A moi non plus ! rugit Katou dans le micro. bleu avec un rond jaune au milieu. Et si nous envoyons ce drapeau en haut de ce mât.Voici un autre drapeau! annonça Katou. comme vous voyez. crièrent plusieurs voix. Patroclas hésita un instant.

elle. quels que soient les drapeaux. * ** .voulons pas un crachat jaune dans une cuvette bleue! Nous voulons le drapeau français ! Envoyez les couleurs ! Et. comme vous dites.Cet homme est un traître ! glapit Patroclas. chef Hervé. posant l'avant-bras sur l'épaule de Patroclas pour avoir un appui. Ils sentaient bien qu'ils n'étaient pas très populaires. Katou bondit au bas de la tribune. ils n'osaient pas obéir non plus. Ils n'osaient pas désobéir.Cette fille.Vous n'allez pas emmener cette fille avec nous. Elle tira de son sac à main un petit pistolet à poignée de nacre et. S'ils abattaient Symphorien Katou. d'un autre côté. mon lieutenant ? . Il est vendu aux colonialistes français. Vous avez vu vous-même qu'elle a manqué être fusillée il y a trois minutes. mais. Abattez-le comme un chien ! Les Cirés jaunes n'en menaient pas large.139 - . envoya l'homme rouler à trois mètres d'un coup de poing. ne se posait pas ce genre de question. comme le Ciré Jaune hésitait. . ne risquaient-ils pas de finir lynchés ? Zaza Morkotny. et hissa lui-même le drapeau tricolore jusqu'en haut du mât. Ce fut un concert d'acclamations. Avez-vous l'impression qu'elle ait trop marqué le coup ? . va être proposée pour une citation à l'ordre du BING. Les foules aiment bien voir monter les drapeaux en haut des mâts. elle visa Symphorien Katou à la tête.

non ? Le chef Hervé se le tint pour dit.. M. et Liane qui fermait la marche. l'escalier. mon lieutenant. Comme la veille. par ordre hiérarchique. Les trois compères se retrouvèrent dans le jardin de la résidence. la salle de bains. .Oh! non. de Langelot et d'Hervé. Elle guida ses deux compagnons jusqu'au passage que «Robinson» et « Vendredinette » avaient creusé une douzaine d'années plus tôt. la grimpette. La sentinelle. Cette fois-ci.. Liane souleva la planche permettant de se glisser dans le parc qui avait appartenu aux parents de Gaétan. ou plutôt roula à travers la pelouse. Ensuite. Elle passa la première.. vous me l'avez sauvée une première fois : vous le ferez bien une deuxième. Je me demandais s'il était bien utile de mettre la vie de Mademoiselle en danger. Desbillettes se tenait devant la fenêtre de sa chambre et observait ce qui se passait sur la GrandPlace. venait à peine d'entendre un bruit singulier qu'elle s'abattait au sol. qui avait le dos tourné. ce fut la petite porte de service. je vais vous montrer ce que nous savons faire au BING. . la trappe. la reptation. chuchota Hervé. le grenier.140 - .Mon lieutenant. Elle trouvait un plaisir particulier à utiliser ainsi ses terrains de jeux pour une cause à laquelle elle croyait. suivie. -. frappée d'un atémi au bulbe rachidien. une sentinelle se promenait devant le Palais. La rapidité de l'attaque fut foudroyante. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Au contraire. c'était Langelot qui passait le premier. dit Liane. le placard. Il se ramassa en boule et bondit.Monsieur.

oui.. Desbillettes enregistra un pincement au cœur.Lieutenant. Un pincement moins patriotique qu'égoïste. sur tous ces tracts ? Quand le drapeau eut été abaissé. Comme l'autre se levait et cherchait son arme. «Cette fois. . Non. deux Cirés jaunes jouaient au poker. maintenant ? » Soudain. Ils n'eurent pas le temps de savoir ce qui leur arrivait. Et ce n'était pas tout! Voilà qu'une troisième personne débouchait de la salle de bains : cette Mlle Liane Dotrante qui était bien jolie mais si impertinente. est-ce que j'ai des hallucinations. il ouvrait la porte de l'antichambre. Dans l'antichambre. Encore ce jeune garçon et qui n'avait toujours pas appris les bonnes manières ! . M.. je croyais vous avoir prié de ne pas entrer par la salle de bains. impertinente n'était pas le mot.141 - . j'ai l'impression que la France n'a vraiment plus besoin de moi. se dit-il. il ne répondait pas quand on lui parlait. il entendit du bruit derrière lui. il traversait la pièce en trois enjambées. Non seulement cet énergumène n'avait pas fait de progrès. Hervé retendit net d'un coup de pied au plexus solaire. ironique. dit-il. Ironique. mais il avait amené quelqu'un avec lui.. Langelot frappa le premier à la pomme d'Adam..Il prenait les événements d'une manière assez philosophe.» Et puis il vit le drapeau remonter sur la drisse ! «Ça alors. Comment se faisait-il qu'il n'eût jamais reçu aucun renseignement sur ce Symphorien Katou dont le portrait apparaissait sur toutes ces affiches. mais il y avait tout de même des choses qui l'étonnaient.

Ayant ainsi déblayé le terrain. Hervé: le hauban de droite. Liane une mitraillette enlevée à Ottokar. Mais lui. la France a besoin de moi… » Est-ce que cette péronnelle se moquait encore de lui? La péronnelle était déjà sur le balcon. Le moment où les trois jeunes gens parurent sur le balcon fut celui aussi où Zaza Morkotny leva son pistolet. Et comment vont vos chers parents ? .Chère mademoiselle! Quelle surprise! disait-il à Liane. hésitants mais bien armés.même la jeune fille. grands dieux ! . et Langelot le PA du colonel. On ne sait jamais. répondit Liane. entre ses deux acolytes. avec un pistolet qui n'est même pas le sien.. un peu confuse. Desbillettes leur céda bien volontiers. le sergent-chef et le sous-lieutenant revinrent à la fenêtre. Elle le laissa interloqué. je vous demande de m'excuser un instant. «La France a besoin de moi. bon. tous les trois embusqués derrière les balustres et tous les trois . C'est sans doute une nouvelle mode que d'entrer dans la chambre des résidents ayant le rang de sous-préfet par la salle de bains. Moi. . Je prends celui de gauche. » . En effet. Feu ! «Le jeune sous-lieut' se fait des illusions! pensait Hervé.. que M.. avec un fusil d'assaut. avec toutes ces habitudes modernes.Monsieur le sous-préfet... Hervé avait son FAMAS..Le dais! cria Langelot. . Et il n'y avait pas que Zaza: une douzaine de Cirés jaunes étaient encore là.142 - . J'ai l'impression que la France a besoin de moi sur le balcon.armés d'armes meurtrières.

. vieux frère ! s'écria Langelot en étreignant le Noir.Soldat du BING. soutenu par deux câbles d'acier et bariolé aux couleurs bleu et jaune . .Bien joué. pour. des hurlements. Chef Hervé. Cependant Hervé donnait un coup de pied dans la banne du dais. quelques minutes. Enjambant la balustrade. Le lourd tissu s'abattit sur la tête des journalistes de tous les pays. pas dans le sable. de manière à ne toucher personne.On y va. En quelques secondes ils eurent rejoint Symphorien qui se mit au garde-à-vous. La hauteur du balcon de la résidence était supérieure à celle de la poutre d'équilibre du BING. Mais le principe était le même. mon lieutenant. Hervé. des jurons. .Les deux coups partirent en même temps. . sur Patroclas. et. Liane lâcha une rafale de mitraillette.. paquet d'où s'échappaient des cris. qu'un paquet enveloppé d'étoffe.143 - . mon lieutenant? . mais vers le ciel.les couleurs que le SPHINX avait choisies pour Oboubou -s'effondra. Hervé et Langelot sautèrent au sol. et même sur les Cirés jaunes rangés au pied de la tribune. Alors le grand dais de la tribune. Bambara. La foule s'ouvrit sur leur passage. mes respects. Seul Symphorien Katou demeurait face à la foule au pied du drapeau. Et on tombait sur le trottoir. Toute cette brillante compagnie ne fut plus.. pour faire bonne mesure. des imprécations. à vos ordres. sur Mlle Morkotny.On y va.

. Un administrateur plus jeune avait été dépêché sur place.144 - . Vos parents ont raison d'être fiers de vous. Oboubou fut le centre du monde. Ils n'avaient pas envie de reconnaître que toute la population d'Oboubou s'était montrée soulagée lorsque tout ce qui restait des « Volontaires de la Paix » en ciré jaune avait été capturé. si vous tenez à votre peau ! Pendant quelques jours.Le Bataillon d'Intervention Générale a encore fait des prodiges.La France a évité d'avoir à faire sa guerre des Malouines. vous autres. M. Elle comporte une croix de la valeur militaire avec étoile de bronze. Liane avait reçu la lettre suivante : Mademoiselle. .. J'ai le plaisir de vous faire savoir que votre citation à l'ordre du BING a été agréée.Sortez de là-dedans. pour savoir si les mines d'Oboubou valaient la peine d'être exploitées. mais sortez sans armes. Desbillettes avait été «admis à faire valoir ses droits à la retraite». et une équipe de géologues étudiait déjà le terrain. écrivaient les commentateurs. J'espère qu'il vous sera possible un jour prochain de vous rendre en France pour recevoir cette croix devant le front du BING. Les journalistes internationaux qui avaient été invités sur place cherchaient à se faire oublier. affirmaient des reporters qui n'avaient pas quitté leur appartement de Suresnes ou de Bougival. . et je leur suis reconnaissant de l'hospitalité qu'ils m'ont offerte lorsque je leur ai rendu visite pour justifier vos absences.

chef de la section Protection du SNIF. Ils ne pouvaient pas sauter. . de leur conduite. .Je vous prie d'agréer. Langelot avait reçu les félicitations du général de Rougeroc. le petit sous-lieutenant Langelot. Ils voulaient mais ne pouvaient pas. De son côté.145 - . Mais aucun de ces personnages ne considérait l'affaire close pour autant.Quelle explication ont-ils donnée.Le plus étrange. sans même parler du colonel Lorrain et de mon sous-lieutenant. qu'Hervé ait pu. Lorrain.Inexplicable ! acquiesça Rougeroc. répondit Montferrand. mes respects. Mademoiselle. tous les sous-off huit. et celles du capitaine Montferrand.Incompréhensible! Inimaginable! Un élément d'assaut du BING refuse de sauter ! Heureusement que la presse n'en a rien su! tonitruait Rougeroc. Une réunion eut lieu au siège du SNIF. Montferrand et même.Patroclas et son assistante auraient sans doute pu.Tous la même. les uns et les autres. c'est que Bambara ait pu. à qui leurs supérieurs donnaient le mauvais exemple. Signé: colonel LORRAIN. chef du BING. terré dans un coin. à laquelle participèrent Rougeroc. mais on n'a pas pu punir les hommes de troupe. mon général? demanda Montferrand. . ils n'ont pas éclairé votre lanterne ? . . Une histoire à dormir debout. Évidemment tous les officiers ont eu quinze jours. Et les prisonniers. quoi ! . Mais lorsque finalement tous les journalistes et tous les Cirés jaunes sont sortis de sous .

mon général. il pensait à une certaine promesse que Liane lui avait faite pour le cas où il réussirait à sauver Oboubou. Pichenet.cette banne. . Moi. les prisonniers nous ont donné beaucoup de renseignements. N'est-ce pas. Nous supposons qu'ils ont profité de la commotion pour se glisser à l'extérieur et pour rejoindre le sous-marin du SPHINX. à la liste des gens qui avaient sauté: Lorrain. on s'est aperçu que les deux principaux fautifs manquaient à l'appel. mon capitaine». À vrai dire.. elle l'avait déjà tenue. on ne les a pas retrouvés. Hervé. Cette liste lui suggérait quelque chose. il va falloir poursuivre l'enquête.Nous la poursuivrons. . Il commençait à se dire qu'il savait peut-être pourquoi le reste de l'élément d'assaut s'était révélé incapable de sortir de l'avion. Cette promesse. un peu au hasard. Bambara. démonter la tribune..146 - . On a eu beau couper la banne en petits morceaux. Langelot ? Langelot répondit: «Oui. il pensait à autre chose. Sur ce sous-marin. dit Rougeroc. mais sur l'entreprise de décomposition du BING. ils ne savaient rien. je ne veux pas continuer à commander une unité d'élite qui a des états d'âme ! . D'autre part.Eh bien. et je crois pouvoir dire plus: nous la mènerons à bien. D'une part. Et plutôt trois fois qu'une.

nom sous lequel il signe la série des Langelot. traduit en douze langues. Bash. reçoit le prix international de la paix en 1989 et est également Grand prix du Roman de l’Académie Française. Vladimir Volkoff est également l'auteur de Larry J. un jeune agent secret d'un service de renseignement français intitulé : Service national d'information fonctionnelle (SNIF). l'écrivain s'éteint dans sa maison du Périgord. Né à Paris le 7 novembre 1932. Spécialiste de la désinformation.147 - . cet arrière petit-neveu du compositeur Tchaïkovsky. Dans la nuit de mercredi 14 septembre 2005.L'auteur Sous le peudonyme du Lieutenant X. . autre série publiée par la bibliothèque verte. le succès du Retournement (Julliard/l'Age d'homme). Parue de 1965 à 1986 dans la Bibliothèque verte. ancien officier en Algérie et ancien officier du renseignement. Langelot Langelot est une série de romans d'espionnage pour la jeunesse racontant les aventures du héros éponyme. sous le pseudonyme de Lieutenant X. elle est l'œuvre de Vladimir Volkoff. lui vaut une renommée internationale. se cache en fait l'écrivain d'origine russe Vladimir Volkoff.

La toute puissance de multinationales défendant sans aucun scrupule leurs intérêts financiers est également dénoncée lorsque Langelot combat le SPHINX (qui apparait pour la 1ère fois dans Langelot chez les Pa-Pous). estudiantine et chevelue des années hippie.L'histoire Le brillant sous-lieutenant Langelot (agent n° 222). États-Unis ou Allemagne de l'Ouest) prend un tour cocardier. Malgré sa naïveté apparente il triomphera au cours de ses aventures de méchants espions. d'organisations malfaisantes. Des pays de l’est . de singes.le mur de Berlin n'est pas encore tombé . Volkoff transpose. de super criminels. La rivalité avec les puissances alliées (Royaume-Uni. enquêtes et suspens .montent des réseaux d'espionnage qui prennent la couverture d'une troupe de ballet (Langelot et la Danseuse) ou s'appuient sur des agents doubles comme le capitaine Sourcier (Langelot suspect) ou le capitaine traître Cordovan (Corsetier) qui voudrait rallier Langelot à sa cause (Langelot passe à l'ennemi).148 - . Un colonel Chibani menace les alliés africains. de cachalots mangeurs d’homme… Il utilise parfois le nom de code d'Auguste Pichenet. sorti major à 18 ans à peine de l'école du SNIF (Langelot agent secret) est un jeune homme charmeur et sportif d’apparence innocente avec sa petite taille et sa mèche blonde lui barrant le front. Outre le talent de l'auteur qui lui permet de construire des scénarios bien ficelés qui mêlent aventures. le goût de l’action et l’engagement patriotique. et secrets du professeur « Propergol » (dont la fille Edwige. satellites. de savants fous. . et sa faculté à déjouer les manipulations (thème préféré de Volkoff). est résolument moquée et régénérée par la gaîeté. La jeunesse idéaliste molle. au fil des missions confiées à son héros. des choix idéologiques et des thèmes classiques de l’espionnage: Langelot protège sous les ordres du capitaine Montferrand. Le trait distinctif de Langelot réside dans ses initiatives personnelles à la limite de la désobéissance. l’activité des services français de l’époque (SDECE). de personnages démoniaques. surnommée Choupette deviendra la meilleure amie de Langelot). l'humour omniprésent qui ridiculise les personnages qui se prennent trop au sérieux (comme le commissaire Didier de la DST -rivale du SNIF-) confère à cette série une fraîcheur toujours d'actualité. les fusées. Cette organisation mafieuse tentaculaire sera notamment personnifiée dans divers épisodes par le milliardaire Sidney la gélatine ou le philanthrope Patroclas.

64. 42. cette fois. 47. 53. 77. 63. 61.Les titres de la série Ordre de sortie Les dates correspondent à la première parution. 68. 66. La série a été rééditée dans les années 2000 aux Éditions du Triomphe (sous le nom. . 73. 80. 78. 56. 60. 65. 48. 55. 54. 51. 50. de Vladimir Volkoff). 76. 43. 41. 46. 58. toujours dans la Bibliothèque verte. 71. 74. 67. 49. Langelot agent secret (1965) Langelot et les Espions (1966) Langelot et le Satellite (1966) Langelot et les Saboteurs (1966) Langelot et le Gratte-ciel (1967) Langelot contre Monsieur T (1967) Langelot pickpocket (1967) Une offensive signée Langelot (1968) Langelot et l'Inconnue (1968) Langelot contre six ou (couverture) Langelot contre 6 (1968) Langelot et les Crocodiles (1969) Langelot chez les Pa-pous (1969) Langelot suspect (1970) Langelot et les Cosmonautes (1970) Langelot et le Sous-marin jaune (1971) Langelot mène la vie de château (1971) Langelot et la Danseuse (1972) Langelot et l'Avion détourné (1972) Langelot fait le malin (1972) Langelot et les Exterminateurs (1973) Langelot et le Fils du roi (1974) Langelot fait le singe (1974) Langelot kidnappé (1975) Langelot et la Voyante (1975) Langelot sur la Côte d'Azur (1976) Langelot à la Maison Blanche (1976) Langelot sur l'Île déserte (1977) Langelot et le Plan rubis (1977) Langelot passe à l'ennemi (1978) Langelot chez le présidentissime (1978) Langelot en permission (1979) Langelot garde du corps (1979) Langelot gagne la dernière manche (1980) Langelot mauvais esprit (1980) Langelot contre la marée noire (1981) Langelot et la Clef de la guerre (1982) Langelot et le Général kidnappé (1983) Langelot aux arrêts de rigueur (1984) Langelot et le Commando perdu (1985) Langelot donne l'assaut (1986) Une note de bas de page dans Langelot contre six (1968) mentionne par erreur un Langelot fait de la coopération. 45. une autre note de bas de page transforme Une offensive signée Langelot en Une opération signée Langelot. 57. 44. 52. Dans le même volume. 70. 59. 72. ce qui ne peut être que le titre primitif de Langelot et l'Inconnue. 75. 69. 79.149 - . 62.

15. 9. 28. 20. 3. 23. 38. 7. Langelot à la Maison Blanche (1976) Langelot agent secret (1965) Langelot aux arrêts de rigueur (1984) Langelot chez le présidentissime (1978) Langelot chez les Pa-pous (1969) Langelot contre la marée noire (1981) Langelot contre Monsieur T (1967) Langelot contre six ou (couverture) Langelot contre 6 (1968) Langelot donne l'assaut (1986) Langelot en permission (1979) Langelot et la Clef de la guerre (1982) Langelot et la Danseuse (1972) Langelot et la Voyante (1975) Langelot et l'Avion détourné (1972) Langelot et le Commando perdu (1985) Langelot et le Fils du roi (1974) Langelot et le Général kidnappé (1983) Langelot et le Gratte-ciel (1967) Langelot et le Plan rubis (1977) Langelot et le Satellite (1966) Langelot et le Sous-marin jaune (1971) Langelot et les Cosmonautes (1970) Langelot et les Crocodiles (1969) Langelot et les Espions (1966) Langelot et les Exterminateurs (1973) Langelot et les Saboteurs (1966) Langelot et l'Inconnue (1968) Langelot fait le malin (1972) Langelot fait le singe (1974) Langelot gagne la dernière manche (1980) Langelot garde du corps (1979) Langelot kidnappé (1975) Langelot mauvais esprit (1980) Langelot mène la vie de château (1971) Langelot passe à l'ennemi (1978) Langelot pickpocket (1967) Langelot sur la Côte d'Azur (1976) Langelot sur l'Île déserte (1977) Langelot suspect (1970) Une offensive signée Langelot (1968) Une note de bas de page dans Langelot contre six (1968) mentionne par erreur un Langelot fait de la coopération. 14. 25. Dans le même volume. 16. 32. 13. ce qui ne peut être que le titre primitif de Langelot et l'Inconnue. de Vladimir Volkoff). 6.Les titres de la série Ordre alphabétique Les dates correspondent à la première parution. 37. 27. 4. 31. 5. toujours dans la Bibliothèque verte. 33. 34. 24. cette fois. La série a été rééditée dans les années 2000 aux Éditions du Triomphe (sous le nom. 22. 17. 35. 29. une autre note de bas de page transforme Une offensive signée Langelot en Une opération signée Langelot. 39. 30. 36. . 40. 10. 19. 8. 21. 12. 11. 2.150 - . 1. 18. 26.

Langelot lui aussi ne laisse pas indifférente la gent féminine. . des histoires aux multiples rebondissements . autre organisation du mal.F. à la stupeur générale. bref. Langelot .c'est le nom du petit blond . Langelot est confronté à des super-criminels. des jolies filles.I. d'après Hitchcock). Langelot est une sorte de James Bond Junior français.N. last but not least. Orphelin de père et de mère.ne se doute pas qu'il vient de faire son premier pas vers son embauche par le S. A noter que Langelot a fait aussi fait l'objet d'une bande dessinée dans Spirou. Langelot quant à lui doit faire face au SPHINX. et chacune de ses histoires voit l'apparition d'une jeune et jolie jeune fille... balayé par son adversaire. mystérieux et ultra-efficace service secret français. Un grand gaillard veut voler la gamelle d'un petit blond . des méchants extrèmement bien réussis (le secret d'une bonne histoire. le Service National d'Information Fonctionnelle. une réussite totale. La série des Langelot présente d'ailleurs de nombreux points communs avec celle de Fleming : comme Bond. lorsque Bond combat le SPECTRE. la multinationale du crime. signée par "Commandant X" et Malik. sans même un prénom. en 1971 : Langelot Suspect du numéro 1735 au numéro 1745 ( roman BD "à suivre"). Ainsi démarre la première des aventures de Langelot.La série Une caserne en banlieue parisienne. et se retrouve bientôt. Un héros attachant. Enfin.151 - . celui-ci refuse. provoquant la colère du grand qui se jette sur le petit. sans aucune famille. sûrement la série de la bibliothèque verte que je relis avec le plus de plaisir. Une série diablement efficace. aussi riches et intelligents que démoniaques ..

(à compléter) Langelot Capitaine Monferrand Capitaine Mousteyrac Colonel Chibani Commissaire Didier Corinne Ixe Hedwige Roche-Verger Jacques Corsetier Pierre Touzier Professeur Roche-Verger Sidney la Gélatine SNIF Thomas Torvier .152 - .Les personnages….

snif !" .153 - . Son cri de guerre : "Snif. Utilise régulièrement le pseudonyme d'Auguste Pichenet.Langelot Le héros. Agé de 18 ans. il est engagé comme agent secret par le SNIF suite à une rixe dans une caserne.

c'est aussi le chef direct de Langelot. c'est un grand amateur de déguisements en tous genres. . Déguisements qui lui causent souvent bien des problèmes. et il le considère un peu comme son fils. C'est également lui qui l'a recruté.Aspirant Gaspard Collègue de langelot. il a perdu une jambe et ne prend donc plus part au service actif.154 - . Capitaine Monferrand Chef de la section "Protection" du SNIF. Blessé lors d'une opération.

.Capitaine Mousteyrac Officier du SNIF. surnommé Cavalier seul. qu'il mettra même aux arrêts de rigueur. Il n'apprécie que peu Langelot.155 - . Langelot aura à de nombreuses reprises affaire à lui. Colonel Chibani Officier de l'armée d'un pays d'Afrique voisin de la Côte d'Ebène (pays jamais nommé mais identifiable comme étant la Lybie). c'est un solitaire qui n'aime travailler qu'en solo.

C'est en fait la fille de "SNIF". Corinne Ixe Jeune agente du SNIF.Commissaire Didier Commissaire à la DST. le chef du SNIF. Langelot fait sa connaissance sur le Monsieur de Tourville. Langelot lui joue régulièrement de mauvais tours. c'est la bête noire du Professeur RocheVerger dont il a en charge la protection.156 - . le navire-école du SNIF. .

Jacques Corsetier Jacques Corsetier. Il mourra dans un accident d'hélicoptère. et a trahi la France pour se mettre au service du mystérieux Pays Noir. ses amis la surnomme Choupette.157 - . C'est la meilleure amie de Langelot. alias Cordovan. est un ancien capitaine du second bureau. .Hedwige Roche-Verger Fille du Professeur Roche-Verger.

il est surnommé Pierrot la Marmite à cause de sa physionomie.158 - . il déteste les plantons qui le surveillent et qu'il surnomme ses hérons.Pierre Touzier "Pilier" de la section Action du SNIF. grand amateur de devinettes. c'est le spécialiste français des fusées balistiques. Langelot et lui feront plusieurs enquêtes ensemble. Il devient ami de Langelot qui le protège à plusieurs reprises. Professeur Roche-Verger Surnommé le Professeur Propergol. Fantaisiste. .

SNIF Le chef du SNIF. qu'on ne voit jamais.159 - . Langelot déjoue à plusieurs reprises ses complots. C'est une personne mystérieuse. .Sidney la Gélatine C'est l'un des responsables de l'organisation criminelle SPHINX. Langelot lui sauve une fois la vie.

. il mourra dans l'explosion de son satellite.160 - . alias Monsieur T.Thomas Torvier Thomas Torvier. Cul-de-jatte monstrueux et chef d'un réseau terroriste. est un ancien condisciple du Professeur Roche-Verger à Polytechnique.

Langelot Agent Secret 1965 1 Le résumé Un garçon souriant. soit l'élève le plus doué d'une école de contre-espionnage. la bataille sera rude et il faudra au jeune Langelot faire preuve de beaucoup d'astuce en même temps que de solides connaissances de judo ! . qui déambule en plein Paris dans un costume d'homme-grenouille peut déjà étonner les badauds. à l'air naïf. Agents secrets contre agents secrets. Mais que ce polisson.161 - . voilà qui est plus surprenant. dont les yeux font des feux de joie.

Langelot et les espions 1966 2 Le résumé "Monsieur Propergol". peu à peu. ses camarades plus anciens sont éliminés par les services adverses. Une mission passionnante. C'est donc à lui que revient la protection de l'excentrique savant et de sa charmante fille.162 - . Hedwige. Une seule solution pour les services secrets français : l'enlever eux-mêmes ! L'opération est confiée à un petit commando dont le membre apparemment le moins important est le sous-lieutenant Langelot. farceur et fantaisiste. Mais. il refuse énergiquement de se laisser protéger. dixhuit ans. le spécialiste français des fusées cosmiques. court le risque d'être enlevé par des espions étrangers. mais. mais sûrement pas de tout repos ! . dite Choupette.

si on récupérait l'engin !" se dit la terrible Mme Schasch. "Bonne affaire. Et.163 - .. Personne ne s'en vante et pour cause : tout marche mal à bord du satellite. naturellement.Langelot et le satellite 1966 3 Le résumé "Un nouveau satellite habité tourne autour de la lune !" annoncent les stations clandestines d'écoute radio. elle pense à en charger Langelot. .. petite vieille dame qui dirige de main de maître une vaste entreprise d'espionnage industriel. ce jeune agent secret qui a déjà mené tant de passionnantes enquêtes. Qui l'a lancé ? Mystère.

Les principaux monuments de Londres sont mis en péril. mouvementées au sein de la haute "Society".. Des aventures savoureuses et.164 - .Langelot et les saboteurs 1966 4 Le résumé Nouvelle mission pour Langelot. Voilà Langelot lancé sur les traces des saboteurs en compagnie de la blonde et fragile Clarisse qui fait un métier bien difficile pour une jeune fille. . Le jeune et brillant agent secret arrive à Londres où se produisent d'inquiétants sabotages.. tout autant que les bonnes relations franco-britanniques.

à prévenir une catastrophe qui menace le monde? . Et il fourmille d'ennemis. très grand. avec l'aide de sympathiques amis canadiens. Cinquante étages. le jeune Langelot. Le gratte-ciel est grand. D'innombrables bureaux appartenant à des compagnies dont l'honorabilité n'est pas toujours certaine. dont c'est la première mission au Canada et le premier voyage outre-Atlantique. Tout un monde équipé des installations modernes les plus perfectionnées. Réussira-til. Face au gratte-ciel.Langelot et le gratte-ciel 1967 5 Le résumé L'agent secret est petit. Des batteries entières d'ascenseurs. Phil Laframboise et Grisélidis Vadebontrain.165 - . tout petit.

Et....166 - .Langelot contre Monsieur T 1967 6 Le résumé Une pièce de cinq francs comme toutes les pièces de cinq francs. l'inquiétante silhouette de Monsieur T. .. mais à laquelle le gardien de la Conciergerie tenait désespérément. servant.. à n'en pas douter. de relais à un réseau d'espionnage. mais en état de fonctionnement.. Un vieil horloger allemand... derrière tout cela. et dirigeant à lui tout seul une dangereuse organisation internationale. Du pain sur la planche pour l'ami Langelot. Une jeune espionne au volant d'une voiture de sport. énorme cul-de-jatte ressemblant à un monstre. Une guillotine datant de la révolution.

Langelot aura maille à partir avec le groupe des quatre muets particulièrement dangeureux. Des brouillards de Londres aux ciels d'azur de la Sardaigne. .167 - . le vieil officier anglais refuse de se laisser fouiller. et Langelot aura toutes les peines du monde à saisir le document que tiennent également à récupérer les hommes de mains de Monsieur T. Mais l'ingéniosité de Langelot et ses dons de pickpocket lui seront d'un précieux secours. une équipe d'espions déguisés en statues de cire et une jeune fille italienne au visage pathétique." Naturellement.Langelot pickpocket 1967 7 Le résumé "Les instructions secrètes se trouvent dans la poche de l'amiral Tristam.

Une offensive signée Langelot 1968 8 Le résumé Un soir comme tous les soirs. Une offensive est déclenchée. et le fer de lance en est le jeune agent secret Langelot.168 - .. Où se cache-t-il ? Quelles sont ses armes ? Comment se fait-il qu'il semble connaître tous les secrets des autorités ? Pour mettre hors d'état de nuire le redoutable Monsieur T. Soudain elle s'interrompt.. . Un monumental cul-de-jatte apparaît sur l'écran et déclare qu'il va conquérir le monde. le gouvernement français n'a que trois jours. dont l'astuce et le courage ne se démentent jamais. Une émission de télévision comme toutes les émissions de télévision.

Langelot et l'inconnue
1968

9
Le résumé
Qui est Graziella Andronymos ? Mystère.
Tout ce que le jeune agent secret Langelot sait d'elle, c'est qu'il a
reçu mission de la protéger. D'appartement parisien en yacht sur la
Manche... de yacht en phare désert... de phare désert en Sorbonne... de
Sorbonne en ambassade étrangère... de l'ambassade étrangère à
l'Elysée... bref, de Charybde en Scylla, Graziella Andronymos entraîne
son garde du corps dans un tourbillon d'aventures.
Les choses se compliquent encore lorsque Langelot s'aperçoit
que la vie de trois hommes qui se sont fiés à lui dépend du succès
d'une opération... qu'il n'a pas le droit d'entreprendre.

- 169 -

Langelot contre Six
1968

10
Le résumé
A l'exposition universelle de Genève, la France expédie deux
envois extrèmement précieux : son laser le plus perfectionné et son
jeune agent secret Langelot, le second pour garder le premier.
C'est que, en effet, plusieurs pavillons ont déjà été sabotés dans
des
conditions
mystérieuses.
De son côté, l'Association mondiale des Jeunes de bonne volonté crée
un comité de sécurité, comprenant sept membres, garçons et filles, qui
ont
pour
mission
de
dépister
les
saboteurs.
Comme par hasard, l'un de ces membres n'est autre que Langelot.
Dès le début, ses collègues du comité lui semblent suspects. La
charmante Italienne se promène avec des détonateurs dans son sac à
main. L'Anglaise écrit d'étranges cryptogrammes.

- 170 -

Mais, pour trouver le mot de l'énigme, il faudra que Langelot
s'expose en des bagarres inégales et prenne le risque le plus terrible de
sa carrière déjà mouvementée.

Langelot et les crocodiles
1969

11
Le résumé
Dans cette Afrique noire qu'il ne connaît pas encore, le jeune
agent secret Langelot aborde un jour avec un mission apparemment
impossible :
- obtenir des informations sans informateur ;
- les transmettre sans poste radio.
C'est qu'en effet un coup d'état vient d'éclater en Côte d'Ebène,
pays ami de la France. La terreur y règne, et le complexe atomique,
construit par les Français et les Ebénois à des fins pacifiques, est
menacé.
Pour réussir, Langelot doit se faire passer pour un garçon plus
jeune que lui. Hélas ! "Papa" le renie, "Môman" ne veut pas de lui...
Heureusement, il y a la petite soeur, Sophie. Et la petite soeur,
elle, ne le renie pas !

- 171 -

Langelot chez les Pa-pous
1969

12
Le résumé
Langelot fait une drôle de tête lorsque le S.N.I.F. le charge d'une
nouvelle mission : il s'agit de devenir chanteur à la station pirate Radio
Pa-pou.
Le pauvre Langelot chante faux, mais un jeune agent secret n'a
pas à discuter les ordres et Langelot va du reste découvrir rapidement
que Radio Pa-pou s'intéresse à beaucoup d'autres que choses que la
chanson...
En particulier à "la Bretonne", la dernière invention de M.
Pernancoët : "la Bretonne" n'est pas une chanteuse, mais une moto, et
même une moto volante... Du chant, non, mais du sport en perspective
pour Langelot, ça oui !

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pis encore.173 - . il lui faudra : .et. . .un hôtel particulier avenue Foch.de sérieuses connaissances de judo et de karaté.une Rolls Royce. Pour réussir.une complice blonde aux yeux violets. se faire mettre "la boule à zéro !". . .bien de l'astuce.Langelot suspect 1970 13 Le résumé Les services de renseignements français ont été pénétrés par une puissance étrangère. .une fausse barbe. . . Les soupçons se portent sur Langelot lui-même qui décide alors d'ouvrir une enquête pour son propre compte et de démontrer ainsi son innocence.

Cependant un mystérieux étranger vient en France. Il ne tardera pas à découvrir qu'une puissante organisation internationale qu'il connaît déjà.174 - . mais à Cap Kennedy même. .. et jusqu'à l'intérieur de la fusée en partance pour Mars.Langelot et les cosmonautes 1970 14 Le résumé Une fusée doit être lancée de Cap Kennedy en direction de Mars.. tellement perfectionné qu'il fonctionne mal ! Langelot est chargé d'enquêter. à New York et en Floride.. se propose de saboter le vol de la fusée que doit piloter le sympathique et bouillant Franck Hordon. A un fabriquant de climatiseurs perfectionnés.. Sa mission ne le conduira pas seulement de l'autre côté de l'Atlantique. le SPHINX. il achète un climatiseur ultraperfectionné.

Mais le jeune agent secret Langelot n'est pas là pour s'amuser. . mer bleue. c'est : . Un paradis de vacances.Langelot et le sous-marin jaune 1971 15 Le résumé Ibiza. il a : . un merveilleuse boîte à surprises. Ciel clair.175 - . . .et surtout. . île espagnole.un centre de détection de bateaux.un petit groom nommé Pablito . Et pour l'aider.un informateur qui donne de mauvais renseignements à son service .un sous-marin qui n'existe pas . responsable de la perte de plusieurs pétroliers français et anglais. contenant la panoplie du parfait agent secret : la valise Pandore. Ce qui le préoccupe. Sable et pins parasols.

tout en jouant au golf sur la pelouse ? Ou bien la jolie Ginger (prononcer : Djinndjr). dont les châtelains ne sont pas très heureux de les recevoir. avec les précieux vases chinois qui se cassent mystérieusement entre ses mains ? Ou bien cet étrange chasseur de papillons ? Ou ce singulier baron qui ressemble à une araignée ? Pour découvrir le fin mot de l'affaire. avec son short à fleurs. et applique ses connaissances d'américain.. il faudra que Langelot luimême se déguise en touriste milliardaire.176 - . qui mène la danse. . il risque d'y avoir des étincelles ! Surtout quand de dangeureux espions sont mélés à l'affaire. Est-ce le gros M.Langelot mène la vie de château 1971 16 Le résumé Quand des touristes américains visitent de vieux châteaux français. Burton.. et de karaté.

ainsi que les quatre "gorilles" qui veillent sur la danseuse pendant ses voyages à l'étranger. l'inquiétant directeur des ballets.Langelot et la danseuse 1972 17 Le résumé Lorsqu'il est présenté à Dorothée Thyrst. en tournée au Canada..de sa belle protégée ! . Il doit pourtant affronter M. Face à ces adversaires peu commodes. Langelot semble très intimidé...177 - .apparemment vide . Langelot va prouver qu'il a plus d'un tour dans son sac. la grande danseuse internationale. le jeune agent secret retrouve aussitôt tout son aplomb.. et même dans le sac à main . Mais lorsqu'elle le supplie de la sauver. Kanar. Ce qui déclenche une effarante poursuite depuis les coulisses du théâtre de Montréal jusque dans la campagne embourbée par le dégel printanier.

178 - .. la France ne risquerait pas de perdre des secrets inestimables ! Voilà donc le timide M. Comme cela. Roche-Verger.. sans encombre. quand soudain. le spécialiste français des fusées balistiques et cosmiques ? Comme tel. . Saupiquet en route pour un congrès international. prend son vol au-dessus de la Méditerranée.Langelot et l'avion détourné 1972 18 Le résumé Comment protéger M. modeste employé du ministère des Finances ?.. surnommé le professeur Propergol. Or.. le savant a beaucoup d'ennemis et un pays étranger chercherait même à l'enlever. le savant refuse absolument que l'on veille sur lui ! Tiens ! Mais si l'on faisait voyager à sa place son sosie. Son garde du corps est le jeune agent secret Langelot... L'avion quitte Orly. M. Saupiquet.

Langelot se fera un plaisir de remplir cette mission d'agent de liaison à la place de ce garçon.. des grosses lunettes et une dent de platine. ainsi que les tics de celui dont il a pris la place. Langelot a maintenant des cheveux noirs et bouclés. pour que Langelot saute sur l'occasion. . C'est ainsi que de chasseur l'on devient gibier...Langelot fait le malin 1972 19 Le résumé Il suffit qu'un jeune homme chargé d'une mission secrète par un service d'espionnage étranger prenne peur et préfère se constituer prisonnier à la gendarmerie. débarquant dans le luxueux palace d'une île grecque.179 - . en usurpant son identité. Grâce à une habile transformation. nommé Daniel Sluni. notre héros se trouve au milieu d'une véritable ruche d'espions étrangers. La situation est délicate. Et. Langelot doit remettre un message dont il ignore le contenu..

des revolvers braqués dans le dos. à y regarder de plus près. dans un cimetière de voitures. La situation est d'autant plus bizarre que les aggresseurs sont de faux policiers qui travaillent pour une firme d'insecticide.180 - .Langelot et les exterminateurs 1973 20 Le résumé "Se retrouver à Miami.. pense Langelot.. il s'agit d'exterminateurs de termites. A première vue. Et dire que tout a commencé parce que Langelot avait acheté au marché aux Puces une vieille veste rouge contenant dans sa doublure un appel au secours ! . c'est peut-être insolite mais ça ne peut pas durer". mais. le jeune agent du SNIF a découvert une organisation qui cherche à contrôler l'arme biologique absolue.

rubans.. et. . comme d'habitude. voilà que deux laquais. fulminant. le commissaire Didier. cette fois. cannes.. feux d'artifices.. dentelles et perruques poudrées. le fils du roi que l'on cherche à enlever.Langelot et le fils du roi 1974 21 Le résumé Une grande soirée historique est donnée à Versailles à l'occasion de la visite en France d'un souverain du Moyen-Orient et de son fils. tirent de la poche de leur culotte à la française des pistolets automatiques du dernier modèle ! Que se passe-t-il ? C'est encore l'ami Langelot qui fait des siennes. Grandes eaux. naturellement.. Mais. Ses compagnons. la belle Shéhérazade. rien ne manque à la fête. sont l'aspirant Gaspard.181 - . mouches. très Grand Siècle. soudain.

182 - . la Porte de la Paix! Car.Langelot fait le singe 1974 22 Le résumé "Aimez-vous les babouins ?" En lisant dans un quotidien une petite annonce commençant par cette question saugrenue. mais pour contrôler les instincts guerriers de ces animaux. . par humour noir sans doute. ce n'est pas pour le plaisir de faire le singe. Par contre. Langelot s'écria : "Quelle est cette histoire loufoque ?" Tout autre que le jeune agent secret du SNIF se serait borné à cette exclamation... Mais pas Langelot qu'une inlassable curiosité va amener à débarquer sur une île de la mer Rouge appelée. si Langelot y enseigne le judo aux babouins. les espions qui débarquent dans l'île ont des visées beaucoup moins pacifiques.

lorsqu'il est kidnappé. On frappe à la porte : une jeune fille terrorisée supplie Langelot de la protéger contre une bande de malfaiteurs qui veulent la forcer à travailler pour eux. Qui sont les amis ? Qui sont les ennemis ? Langelot commence à comprendre.183 - . . minutieusement montée par un service d'espionnage adverse.Langelot kidnappé 1975 23 Le résumé Langelot a les intentions les plus pacifiques du monde : il vient de se coucher et se prépare à passer une bonne nuit de sommeil. Et voilà Langelot lancé dans une aventure infiniment plus complexe qu'elle ne paraît tout d'abord. Mais ce n'est pas encore aujourd'hui que le jeune agent secret va dormir sur ses lauriers.

Langelot et la voyante 1975 24 Le résumé Lorsque leur numéro est au point. . Hélas.. dont le comportement est assez suspect.184 - . la jeune Anglaise a perdu son pouvoir et les machinations des espions n'apparaissent ni dans une boule de cristal ni dans le marc de café. Eh bien.. voilà le nouveau métier de Langelot : il devenu télépathe ! Grâce à l'aide d'une jeune Anglaise qui croit avoir un don de divination. C'est une attraction que l'on voit souvent au cirque ou dans les foires. Langelot réussit à battre des professionnels sur leur propre terrain et devient l'assistant d'une voyante illustre. deux compères peuvent faire croire qu'ils devinent les pensées l'un de l'autre.

Chargé d'enquêter sur les activités de ces individus suspects. Après "l'explication" qui a été assez mouvementée.185 - . Langelot remarque. Langelot va découvrir une monstrueuse machination qui menace de dévaster la Côte d'Azur. un soir..Langelot sur la Côte d'Azur 1976 25 Le résumé En permission sur la Côte d'Azur. par terre. . fait et cause pour une jeune fille importunée par deux garçons trop entreprenants. L'acharnement que ses adversaires mettent à récupérer ce petit rectangle d'aspect anodin paraît très inquiétant à Langelot qui rapporte l'incident à ses supérieurs. une carte en matière plastique. Langelot prend.. et l'empoche.

Langelot à la Maison Blanche 1976 26 Le résumé Jamais Langelot ne s'est vu confier une mission aussi délicate. il va s'efforcer de tirer à côté de sa cible vivante. Les ordres sont formels : il doit aller jusqu'au bout ! Bien sûr. et le jeune agent secret réussit à inspirer confiance à ses "employeurs". mais comment se tirer. Ses chefs lui ont demandé de jouer le jeu jusqu'au bout. de l'engrenage infernal ? Les conspirateurs qui l'ont recruté ne sont pas plus tendres que les agents du Secret Service qui veillent sur la sécurité de la MaisonBlanche ! . Lorsqu'il apprend qu'il doit participer à un attentat contre le président des Etats-Unis. Il doit prendre la place d'un tireur d'élite recruté par une organisation très suspecte que le SNIF a décidé de démasquer.186 - . Langelot n'a plus la possibilité de faire machine arrière. lui.

. Langelot ne devait être qu'un naufragé malchanceux... sa mission risquait d'être très compromise.. Elle vibrait encore. à deux mètres de lui. D'instinct. il se laissa tomber sur le sol ! Lorsqu'il se releva..Langelot sur l'île déserte 1977 27 Le résumé Langelot entendit un curieux sifflement.. Qui avait voulu le tuer ? Qui pouvait avoir deviné sa véritable identité ? Pour les cinq membres de l'équipe française travaillant dans l'île à un projet ultra-secret. il découvrit qu'une flèche de sarbacane s'était fichée dans la paroi rocheuse. Qui pouvait chasser un innocent Robinson à coups de fléchettes empoisonnées ? Langelot dut se rendre à l'évidence : sa "couverture" ne le protégeait plus ! Avait-il été démasqué par le traître qu'il devait identifier ? Dans ces conditions.187 - . .

pour la première fois. Son équipe doit surveiller les moindres gestes de Noémi Gracieux. pourtant.188 - . peut donner des informations sur le plan Rubis préparé par Cordovan et qui constitue une terrible menace pour le pays. Noémi Gracieux disparaît dans des conditions inexplicables. Elle seule. Le coup est dur pour Langelot ! Le jeune agent secret doit se surpasser pour retrouver la trace de la fugitive. . Le dispositif mis en place semble parfait et. responsable d'une opération.Langelot et le plan Rubis 1977 28 Le résumé Chef de mission ! Langelot est plutôt fier d'être. la secrétaire du traître Cordovan. en effet.

Sans hésiter. non ?" Langelot vient de se mettre au service du pays qui abrite le traître Cordovan.189 - . . mais il va bientôt se trouver dans une situation dramatique qu'il n'avait pas prévue ! . Langelot exécute les ordres les plus pénibles pour mériter la confiance de ceux qui l'emploient... le grade de lieutenant plein dans votre armée et 500 000 francs à mon nom dans une banque suisse.Langelot passe à l'ennemi 1978 29 Le résumé " Que demande-t-il ? fait le colonel. Son offre est acceptée mais on va lui faire subir des épreuves pour juger de sa bonne foi.Ma naturalisation . un poste dans vos services d'espionnage. C'est donné.

il est déjà désigné." Avec un pareil assistant. le prêt de la Joconde. Nous avons négocié. et finalement les conditions suivantes ont été acceptées de part et d'autre : le conseiller sera libéré contre la fourniture de cent un fusils automatiques du dernier modèle.Oui. durant trois jours. Il se nomme Langelot. les services du chef de l'Elysée.Langelot chez le Présidentissime 1978 30 Le résumé Le chef de l'Etat consulta ses notes et dit au chef cuisinier : "Vous savez que le président Ali Aman Dadi a jeté en prison un conseiller culturel de nationalité française." Le célèbre cuisinier soupira et demanda : "Puis-je au moins emmener un gâte-sauce ? .190 - . la présentation exclusive de la collection d'un grand couturier parisien et. le grand chef va sûrement faire une drôle de cuisine ! .

Pour Langelot commençaient les vacances les plus chaudes de sa carrière. Langelot.I.I. son amie Choupette.. pour Langelot en permission. ce redoutable cartel de financiers sans scrupules. le bleu serein de la Méditerranée." Son regard diabolique vint caresser les formes inquiétantes qui ondulaient sous la surface de l'eau..F. "Maintenant. . la plage. le soleil. L'horizon avait..N.Langelot en permission 1979 31 Le résumé L'Espagne..191 - . Mais le S..H. Et ensuite..P. en avait décidé autrement.N.. Le jeune agent secret se retrouva prisonnier dans une hacienda entourée d'un fossé où grouillaient de dangereux reptiles..X. vous allez nous parler du S. ordonna Sydney la Gélatine en suçant ses éternels bonbons roses.

répondit dans un murmure l'agent secret. C'est une décision irrévocable.Langelot garde du corps 1979 32 Le résumé Julio. le chanteur vedette.192 - ." Le champion de tous les hit parades protesta : "Ridicule ! Tu sais comment je suis entouré.Eh oui ! fit Langelot gaiement. l'idole dos jeunes. surveillé. Je serai ton garde du corps. demanda : "Tu as décidé de venir au Brésil avec moi ? . protégé...C'est bien pour cela que je t'accompagne. car. . il s'agit simplement de te faire tuer. au Brésil." .

A la prison de la Santé ? . . Un troc avec un truc caché à l'intérieur. et n'oubliez pas que sous le crâne de cet homme il y a de quoi faire sauter le pays tout entier !" Langelot doit engager une nouvelle manche contre le traître Cordovan ! .Langelot gagne la dernière manche 1980 33 Le résumé "J'ai reçu une étrange demande vous concernant. Allez-y. Cordovan voudrait voir. mais Cordovan a probablement l'intention de vous proposer un troc quelconque. dit le capitaine Montferrant.Cordovan ? demanda Langelot.Affirmatif.193 - . Les interrogatoires n'ont rien donné.

Sans aucun doute ! .Et vous pensez que ces extravagances représentent une menace pour les secrets de la Défense nationale ? demanda le capitaine Montferrand. dit le capitaine. " . fait apparaître des fantômes ! . Il fait tourner les tables. J'envoie Langelot chez le professeur avec mission d'interroger les esprits !.. évoque les esprits.194 - . .C'est bon. expliqua le commissaire Didier..Langelot mauvais esprit 1980 34 Le résumé "Le professeur Roche-Verger vogue en plein surnaturel.

. Il devait se faire engager à bord de l'Oleo III et y mener une enquête discrète sur les causes possibles des accidents survenus aux deux autres navires de la même compagnie. mais l'équipage manque totalement de bienveillance.195 - .Langelot contre la marée noire 1981 35 Le résumé La mission que Langelot avait reçue du SNIF était claire et impérative. . L'agent secret embarque sur le tanker qui navigue sous pavillon de complaisance..

Il m'a paru tout indiqué de vous désigner comme seul responsable de la mission Serrurerie. et l'avion de Rome ne décollerait pas tant qu'un certain M. "Langelot. .Langelot et la clef de guerre 1982 36 Le résumé Le capitaine Montferrand se leva." Le SNIF était déjà entré en liaison avec Air France.196 - . vous êtes en train de faire un stage d'italien. le commandant Audibert nous a expressément demandé un agent très jeune pour enquêter sur la clef perdue. Langelot. qui avait l'air d'un lycéen de terminale. En plus. ne serait pas monté à bord.

. Ce matin. dit Langelot. j'entrerai immédiatement dans le vif du sujet. à sept heures. Nous avons lieu de croire que l'un des ravisseurs est français. commença le sous-secrétaire d'État Calabrese. je vous promets que la France fera tout ce qu'elle pourra.Langelot et le général kidnappé 1983 37 Le résumé "Messieurs. commandant suprême de toutes les forces américaines en Europe. a été kidnappé à son domicile à Rome. le général Wallace Mac Dougall.197 - .Monsieur le ministre." .

Vous ne sortirez pas de cette chambre sans que je vous en aie donné la permission..C'est-à-dire." Sans doute les punitions militaires ne sont pas infamantes.Langelot aux arrêts de rigueur 1984 38 Le résumé Le regard du capitaine Mousteyrac se durcit encore et il lança à Langelot : "Vous reconnaissez avoir désobéi à un ordre donné en pleine mission ? . mon capitaine.Je vous mets aux arrêts de rigueur. ..198 - . . mais il n'est jamais agréable d'être puni. surtout d'une manière aussi injuste. surtout pour la première fois.

199 - . tout est de première classe ! . Au BING.Que dois-je dire. quand vous vous présentez. Et ensuite. "Pichenet ! . Au BING.Dites simplement "soldat".Deux choses. ne dites pas "Deuxième classe". mon colonel ? . D'abord faites-vous couper les cheveux décemment. claqua les talons.Mon colonel ? . Vous le saurez peut-être un jour : c'est le plus beau mot de la langue française. nous n'aimons pas les chignons ni les queues de cheval. fit un demi-tour réglementaire et marcha au pas cadencé vers la porte." .Langelot et le commando perdu 1985 39 Le résumé Le soldat Pichenet se recoiffa posément de son béret orange.

. Refus de saut collectif.Et pourquoi les meilleurs soldats du monde ont-ils eu la tremblote ? . vous n'avez rien éprouvé de tel. . vous m'avez rendu compte de ce qui s'est passé la nuit où le BING a reçu l'ordre de sauter sur Oboubou. mon capitaine. c'est bien ça ? .Ce n'était pas au-dessus de leur courage : c'était au-dessus de leurs forces. . je n'ai pas de preuves.Langelot donne l'assaut 1986 40 Le résumé Le capitaine Montferrand demanda : "Langelot." .200 - . mais j'ai une petite lueur d'explication.Avec quatre exceptions.Cependant vous.Evidemment.

que j'ai l'honneur de commander. Vous me comprenez ? ." . vous m'appellerez M. car il sera votre chef direct . la plus discrète. Dugazon. j'ai décidé de vous affecter à la sous-section R2 où vous vous occuperez de la manipulation d'un informateur.je pèse mes mots . et même .Première Mission 1981 1 Le résumé "Corinne.qu'elle doit être comme si elle n'existait pas. Je suis le Capitaine Aristide. Corinne. en vous disant que la section Renseignement se doit d'être la plus secrète.Je vous comprends. Si vous parlez de moi. Si vous faites allusion à lui .R comme Renseignement .Eh bien. je vous souhaite la bienvenue à la section R .ce sera sous le nom de M. . Pierrotte. Je ne vous apprendrai rien. Monsieur. Voici le Capitaine Arcabru.et vous en aurez souvent l'occasion.201 - .

ce serait plus facile si vous parliez arabe. sauriez-vous vous taire ? .. reprit le capitaine. .Je ne parle pas arabe. je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ce genre de question !" Corinne était indignée. Je vous demande si vous sauriez vous taire. Evidemment. "Vous m'avez mal compris.202 - . il n'y a qu'une solution. Jouer le rôle d'une personne muette. Littéralement. .Corinne et l'As de Trèfle 1983 2 Le résumé "Corinne.. Je pèse mes mots : le mutisme !" .Dans ce cas.Monsieur.

203 - .LANGELOT SERIE COMPLETE (1-40) .

204 - ..

.205 - .

CORINNE SERIE COMPLETE (1-40) .206 - .

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