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MONOGRAPHIES

LE CONVENT DE LAUSANNE

MONOGRAPHIES LE CONVENT DE LAUSANNE Vers le Convent de Lausanne. Le Convent de Lausanne de 1875

Vers le Convent de Lausanne.

Le Convent de Lausanne de 1875 constitue à plus d'un titre une étape majeure dans l'histoire deux fois centenaire du Rite Écossais Ancien et Accepté ; son retentissement sur l'Ordre maçonnique tout entier fut considérable à son époque ; ses répercussions nous atteignent et nous concernent aujourd'hui encore. Pour bien en comprendre tous les tenants et aboutissants, il conviendrait de prendre en

considération les diverses raisons qui le motivèrent : maçonniques, historiques, philosophiques, religieuses et politiques.

Le XIX e Siècle fut l'un des plus complexes et des plus tourmentés de l'Histoire européenne mais aussi du continent américain, à en juger par le nombre de soulèvements populaires, d'insurrections ou de révolutions (triomphantes ou écrasées), par l'évolution accélérée de la pensée, par les bouleversements scientifiques, industriels et technologiques qui l'émaillèrent. Les mentalités, individuelles et collectives, profanes et maçonniques, changèrent parfois radicalement. A l'instar de toutes les institutions de l'époque, la nature, l'esprit et le fonctionnement des organisations maçonniques s'en trouvèrent affectés. Leurs dirigeants, souvent engagés dans la vie intellectuelle, sociale ou politique de leur

pays et confrontés à des troubles intrajuridictionnels ou inter-obédientiels, éprouvèrent la nécessité de se concerter pour tenter de remédier ensemble aux tensions qui opposaient, au sein de leurs Juridictions respectives, les réformistes, adeptes prosélytes des réformes et de la modernité, et les traditionalistes, partisans du maintien du statu quo institutionnel et doctrinal de l'Écossisme.

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Le Traité d'Union, d'Alliance et de Confédération maçonnique de Paris (1834)

Les Grandes Constitutions de 1786 avaient défini les modalités de création des Suprêmes Conseils mais n'avaient pas prévu que leur multiplication impliquerait la nécessité de rompre leur isolement, d'unifier la pratique du Rite, de légiférer en matière de création de nouvelles Juridictions et de codifier leurs relations internationales. Telles furent les intentions d'une première rencontre internationale prise, en février 1834, à l'initiative du Suprême Conseil de France et qui regroupa

autour de lui les Suprêmes Conseils du Brésil et de l'Hémisphère Occidental (séant à New York) créé par le Comte ROUME de SAINT-LAURENT ; celui de Belgique se ralliera l'année suivante. Le Traité d'Union, d'Alliance et de Confédération qui fut élaboré constitue une première mais modeste tentative (vu le nombre réduit des cosignataires) pour formuler les principes de l'Ordre, affirmer l'indépendance absolue du Rite, préconiser les moyens d'assurer sa défense et sa pérennisation, mais il constituera la base de celui que le Convent de Lausanne tentera d'instaurer et de généraliser.

Les préludes du Convent de Lausanne

L'idée de convoquer un Convent universel, possibilité prévue par le Traité de 1834 mais jamais concrétisée, fit son chemin. Après des échanges de correspondance, la Juridiction Sud des États-Unis proposa de l'organiser à Washington. En raison de l'éloignement, la France suggéra plutôt Bruxelles mais le Suprême Conseil pour la Belgique déclina la proposition ; finalement tout le monde se ralliera autour de l'idée d'en confier la mission au dernier Suprême Conseil en date, celui de Suisse, qui donna son accord ; la France fut chargée de la mise en œuvre des préparatifs, notamment en invitant tous les Suprêmes conviés à formuler préalablement leurs desiderata. La date de convocation fut fixée au 6 septembre 1875.

Les assises du convent se tinrent du 6 au 12 septembre 1875 et se répartirent en

11 séances plénières, entrecoupés par des journées de travaux en commission.

Le Très Puissant Souverain Grand Commandeur Adolphe Crémieux, souffrant, s'excusa par télégramme.

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Les discours inauguraux

Discours d'accueil du Grand Commandeur Jules Besançon, précisant

l'importance, le cadre et les objectifs du Convent :

" La Maçonnerie entière a les yeux fixés sur nous. Les uns persuadés que

le passé est une sûre garantie de l'avenir, conçoivent les meilleures espérances ; les autres jettent sur notre œuvre un regard défiant. Nous en avons la certitude absolue, le Convent dissipera de funestes préventions et remplira de joie le cœur des Maçons de bonne volonté.

" Son influence s'étendra bien au-delà des intérêts maçonniques. Le but que

nous poursuivons, c'est la régénération de l'humanité. Nos moyens ne sont pas les coups d'États, les révolutions ; la politique est interdite à nos Ateliers.

Pensant avec raison que le progrès dans la société dépend du progrès dans l'individu, la Maçonnerie s'applique à développer les facultés les plus nobles de l'être humain, à combattre l'égoïsme, source féconde d'erreurs et de misères. Ce travail, elle l'accomplit lentement. Sa marche est imperceptible, mais sûre. Elle ne frappe point de grands coups, sa douce lumière pénètre peu à peu les cœurs rebelles et les fait palpiter d'amour fraternel.

" Tel est, Illustres Frères, en quelques mots, le cadre de nos futurs travaux ; à

nous de le remplir avec l'aide du Grand Architecte de l'Univers, source de tout

bien et de toute oeuvre utile".

N.B. Ce discours d'accueil annonce quelques idées-forces :

- dissiper les préventions que le Convent pourrait susciter.

- souligner l'ambition humaniste et universaliste de la Maçonnerie,

- préciser son champ d'application,

- placer ses travaux sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers.

Discours du Grand Orateur du Suprême Conseil de Suisse :

En vous voyant accourus des diverses parties du monde pour cette

fraternelle réunion, nous sentons vivement qu'au-dessus de chaque État, au travers des guerres qui les ensanglantent et malgré les haines que sèment l'ambition ou le fanatisme, la grande idée de l'humanité vit. Pour

"

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nous, tout Maçon est un Frère ; que dis-je? tout homme est un Frère, quelle que soit sa race, sa couleur, sa religion ou sa langue. Ici, nous sentons battre le cœur de l'humanité. "

(Louis Ruchonnet).

Discours de remerciement au Suprême Conseil de Suisse,

par le TI FGeorges GUIFFREY, Grand Secrétaire Grand Chancelier du

Suprême Conseil de France, au nom des Suprêmes Conseils présents, pour

l'hospitalité donnée aux représentants de la Maçonnerie universelle.

Rappelant la grandeur de la tâche qu'auront à accomplir les délégués, il ajoute :

"

Nous nous levons au nom de la conscience, au nom de la libre pensée.

Prenons

nous, seuls moyens d'apprendre aux hommes à connaître leurs droits et

leurs devoirs".

de

l'engagement

de

répandre

l'instruction

et

la

science

autour

Bilan des décisions du Convent de Lausanne

Furent adoptés, à l'unanimité des délégués présents, les points suivants :

- définition collective des Principes du RE A A et des critères de sa

régularité,

- reconnaissance de la régularité de 11 Suprêmes Conseils,

- délimitation des territoires dévolus aux Juridictions,

- garantie de la souveraineté inaliénable des Suprêmes Conseils,

- non ingérence dans les affaires d'un autre Suprême Conseil,

- institution d'un tribunal pour régler les différends entre Suprême Conseils et

examiner les recours,

- détermination des conditions qui prévaudront pour la création d'un Suprême

Conseil régulier et leur agrément par tous les adhérents de la Confédération,

- obligation de dédier les Travaux à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers,

- élaboration, confiée au Suprême Conseil de Suisse, d'un Tuileur applicable

dans toutes les Juridictions,

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- actualisation des Grandes Constitutions,

- fixation de 9 à 33 du nombre des Membres actifs des Suprêmes Conseils et la

désignation de leurs officiers par voie élective,

- organisation de Conférences décennales,

- échanges de Grands Représentants,

- appel lancé aux Suprêmes Conseils absents à Lausanne pour qu'ils rejoignent

la Confédération,

- prévision d'un nouveau Convent en 1878 (à Rome ou Londres) pour entériner

l'adhésion des nouveaux venus, aplanir les questions non encore résolues à

Lausanne et réaliser une union intime générale.

Le grand commandeur Adolphe Crémieux n'arriva que l'avant-dernier jour. Le

Président lui céda le maillet de sorte qu'il dirigea les travaux de la 11 e séance

(22 septembre). La question fut soulevée de savoir s'il convenait de livrer à la

publicité un abrégé des travaux du Convent. Reconnaissant qu'un tel abrégé

n'offrirait que peu d'attrait pour le public, le Très Illustre Frère Crémieux préféra

que soit rédigé un manifeste renfermant la Déclaration de principes déjà adoptée

lors de la cinquième séance. Cette proposition ayant été agréée à l'unanimité, les

très illustres frères Crémieux, Besançon et Montagu furent désignés pour la

rédaction de ce manifeste.

Discours de clôture du Président du Convent

Le 22 septembre 1875, Jules BESANÇON, Grand Commandeur du Suprême

Conseil pour la Suisse, conclut en ces termes les travaux du Convent :

"

Elles

étaient

d'une

haute

gravité,

délibérations et que vous avez résolues :

les

questions

soumises

à

vos

- Achever l'œuvre de 1786, en appropriant les Grandes Constitutions aux aspirations de notre époque et sans leur enlever ce caractère de haute sagesse qui distinguait nos ancêtres en Maçonnerie. Nos efforts ont été, nous osons l'espérer, couronnés du plus entier succès ; nous n'avons eu à vaincre aucune résistance, et chacun de nous a pu apporter sa pierre à l'édifice commun ;

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- Affermir les bases du Traité d'Alliance entre les Suprêmes Conseils Écossais et resserrer plus étroitement les liens qui les unissent. Là encore, de grands progrès ont été accomplis ; la Maçonnerie ne formera qu'un faisceau

indestructible,

qu'une

seule

famille,

malgré

l'éloignement,

malgré

les

différences

de

mœurs,

de

nationalités,

de

religions

;

c'est

l'idéal

de

la

Maçonnerie.

Le Convent n'a pas voulu se séparer sans adresser un manifeste chaleureux à tous les amis de la Lumière et du Progrès. La Maçonnerie Écossaise les associe à ses travaux et les invite à lutter avec elle contre l'intolérance et les préjugés.

Ces grandes, ces importantes décisions ont été entreprises d'un seul cœur, d'une seule âme, comme il convient à de vrais Maçons. L'Art Royal y puisera de nouvelles forces pour lutter avec avantage contre les ténèbres de la superstition et de l'ignorance. La foi maçonnique se rallumera ; tous les Ateliers seront autant de foyers de Lumière dont l'influence bienfaisante envahira le monde profane et le transformera. Puisse le Grand Architecte de l'Univers combler nos espérances et féconder le champ où nous avons travaillé !

Au nom de Dieu, de Saint Jean et des Suprêmes Conseils Confédérés, je ferme les travaux du Convent de Lausanne ! "

L'après Lausanne

Hélas, le bel édifice conçu à Lausanne, dans la concertation et un enthousiasme

partagé, ne se réalisera pas. Les raisons : la non ratification par les Suprêmes

Conseils des décisions pourtant agréées unanimement par leurs délégués, la

rupture entre la Juridiction Sud des États-Unis et le Suprême Conseil de France,

la controverse à propos de la définition du Grand Architecte de l'Univers et de

l'affirmation de l'immortalité de l'âme, certaines dispositions du Convent jugées

trop contraignantes, la réunion à Édimbourg de cinq Suprêmes Conseils qui,

revenant sur la déclaration de Principes de Lausanne, réaffirmèrent un

positionnement théiste. En ces conditions, le Convent prévu en 1878 pour finaliser

celui de Lausanne devint caduc. Une occasion historique fut manquée, obérant les

possibilités futures de réels rapprochements. En l'absence d'une réglementation et

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d'une législation communes, s'ensuivirent une prolifération de Suprêmes Conseils irréguliers, des dérives doctrinales, des actes arbitraires et des relations internationales claniques. Lausanne avait cru que l'union ferait la force et la prospérité de l'Écossisme. La complexité des hommes, les visées hégémoniques et les difficultés de l'époque en décidèrent autrement.

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