JANVIER 2015 / n°203 / 1,70 €

EELV Franche-Comté consterné et solidaire
Europe Écologie – Les Verts de Franche-Comté partage
la douleur que ressentent les proches des victimes de cet
acte barbare et tient à affirmer son entière solidarité avec les
journalistes et tout le personnel de Charlie Hebdo. Nous nous
sentons particulièrement concernés, compte-tenu notamment du soutien sans faille de nos amis de Charlie à notre
modeste publication régionale, La Feuille Verte.
Face à cet attentat ignoble, rappelons que la liberté de
la presse est un principe fondateur de la démocratie. La critique des religions et de toutes les croyances, sans exception,
est, et doit rester, dans un État républicain et laïque, un droit
inaliénable.

Gérard Roy, rédacteur en chef de La Feuille Verte
Corinne Tissier et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EELV Franche Comté

Sommaire
P 1 : Edito
P 2 : Vœux
P 3 : Dessins pour Charlie Hebdo
P 4 : Les élus régionaux EELV, force de proposition
P 7 : Disparition de Serge Moscovici
P 9 : Allo, Lampedusa?
P 10 : Le rapport parlementaire de Barbara Romagnan
P 11 : Comment recevoir La Feuille Verte en 2015 ?
P 12 : Science et écologie
P 14 : Un mois, émois et moi
P 16 : Législative partielle dans le Doubs
P 16 : Sauvez Charlie
P 17 : Le tournant du bio, c’est pour quand?

P 19 : Bulletin d’adhésion
P 20 : Nous sommes Charlie

Vœux

Des vœux à ne plus savoir qu'en faire !

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Janvier, c’est la période des vœux. Alors, soyons
fous ! En 2015, Valls abandonne l’aéroport de Notre-Damedes-Landes, la FNSEA se convertit à l’agriculture bio, Areva
et EDF se lancent à fond dans les énergies renouvelables et
attaquent le démantèlement de Fessenheim... Vous trouvez
peut-être que nous mettons la barre trop haut ? On vous
l’accorde. Mais reportons-nous 5, 10, 20, 30 ans en arrière :
nous espérions l’abandon du Grand Canal et la fermeture
de Superphénix, nous militions pour que la branche sud du
TGV Rhin-Rhône se transforme en une amélioration de la
ligne actuelle Besançon-Bourg. Aujourd’hui, nos vœux
« irréalistes » d’hier sont devenus ou sont en passe de devenir réalité.
Alors, donnons-nous les moyens de faire avancer
nos idées d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas seuls. De
nombreux citoyens sont déçus par les partis politiques, y
compris le nôtre, mais des mouvements citoyens, de plus
en plus nombreux, s’organisent pour lutter contre des projets qui mettent en danger l’avenir de la planète. Ils sont
aussi de plus en plus nombreux à proposer dès maintenant
des projets alternatifs au système productiviste et visant la
mise en place d’une société écologique (Habiter autrement,
Terre de liens, Amap, Énergie partagée, etc.).

Nous devons aller à leur rencontre (bien des militants EELV y sont d’ailleurs engagés à titre individuel).
Mettons en place les fabriques citoyennes, les réunions
thématiques, la coopérative, peu importe le nom. Ouvrons-nous sur la société. Cherchons les moyens d’être
entendus et compris. Redonnons un côté festif à la politique : elle en a bien besoin. À l’automne 2013,
12 000 personnes se retrouvaient à Bayonne dans « le
premier village des alternatives au changement climatique », Alternatiba (1). Cette année, comme déjà en
2014, de nombreuses initiatives Alternatiba verront le
jour, y compris en Franche Comté. Participons-y.
Dans un an, c’est la Conférence sur le climat à
Paris : elle doit réussir.
Bonne année 2015, avec plein d’énergie positive
pour nos combats à venir.

Corinne Tissier et Bernard Lachambre
Cosecrétaires régionaux

(1) Plus d’infos : https://alternatiba.eu/

3

Conseil régional, Plénière de décembre

LES ÉLUS RÉGIONAUX EÉLV,
FORCE DE PROPOSITION
La dernière Assemblée plénière de
l’année, consacrée au Budget primitif
2015, a été l’occasion pour les élu(e)s régionaux EÉLV d’exprimer leur satisfaction
quant à certaines politiques et leur désaccord sur d’autres.
Il ne s'agit pas ici de citer l’intégralité des interventions des conseillers régionaux, que vous pourrez très vite
retrouver sur notre blog (1), mais plutôt de mettre l’accent
sur quelques unes.
Nous avons déposé deux amendements : le premier
concernait l’augmentation du tarif régional de la taxe sur
les cartes grises. En effet, comme toutes les collectivités
territoriales, la Région de Franche-Comté verra ses recettes
amputées de 10 millions d’euros pour 2015.

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Cette diminution provient essentiellement des baisses de
dotation de l’État. Actuellement, les Régions n’ont pour
levier fiscal que la taxe sur les cartes grises. Sachant que le
taux appliqué en Franche-Comté est de 36 € par cheval
fiscal, alors que la moyenne nationale est de 41 € et de 51 €
dans la Région Bourgogne, nous avons proposé une augmentation de 5 € par cheval fiscal, qui aurait produit 5 millions de recettes complémentaires sur le budget. En contrepartie, nous avons proposé une diminution du montant de
l’emprunt équivalent à cette somme dans un premier
temps, sachant que dans un second temps des investissements conséquents seront à programmer, notamment en
direction des lycées et du renouvellement de rames de TER.
L’augmentation de cette taxe aurait eu un faible
impact sur les ménages (on ne change pas fréquemment de
véhicule), et d’autre part les véhicules puissants auraient
été les plus taxés, ce qui va dans le sens d’un début de fiscalité écologique.

Malheureusement nous avons été
les seuls à voter cet amendement. La
frilosité des autres partis en période pré
-électorale n’y est sans doute pas pour
rien.

Une réforme fiscale s'impose
Mais plus globalement, à travers la question de
la fiscalité, c’est bien des politiques d’austérité qu'il est
question, politiques que nous dénonçons car elles sont
sans issue, elles aggravent les inégalités et ne permettent pas la nécessaire transition écologique. La baisse
des dotations aux collectivités territoriales aura des
conséquences sur les politiques économiques, sociales
et environnementales des Régions. Sans les collectivités locales, l’investissement public en France serait
trois fois moindre. De plus, cette baisse est fondée sur
un diagnostic erroné. Si les collectivités ont des dépenses en hausse, c’est essentiellement dû aux transferts de charges liés à la décentralisation et mal compensés par l’État. Une réforme fiscale est nécessaire,
amenant progressivement les Régions à une autonomie fiscale et à des ressources en lien avec l’exercice
de leurs compétences. La loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, qui
était en discussion générale au Sénat le
16 décembre 2014, ne prend malheureusement pas ce
chemin…

Non au Center Parcs...
Notre second amendement concernait la politique « Tourisme ».Il était proposé au budget primitif
d’ouvrir une autorisation de programme de 9 millions
d’€, dont 8 au titre du futur Center Parcs près de Poligny et du Village de Vacances de Lamoura (VVL).
Lors de l’assemblée plénière du 4 juillet 2014,
nous avions émis un vote négatif au financement d’une
étude sur le Center Parcs.

Fidèles à nos positions et en toute cohérence
avec ce que nous défendons comme modèle de tourisme
et de développement pour notre Région, nous avons
soumis un amendement. Mais avant de le présenter, j’ai
rappelé que Pierre et Vacances ne prenait aucun risque.
D’ailleurs, un article de Reporterre du jour titrait :
« Derrière Center Parcs, un groupe en difficulté qui survit
grâce aux cadeaux de l’État » - et de plus des cadeaux
des collectivités, car ce sont bien les collectivités qui
prennent les risques et paient au regard d’un seul argument, répété par les élus qui défendent ce projet : l’emploi. « Pierre et Vacances a accusé 27 millions d'€ de
pertes sur l’exercice 2011-2012, et 47 millions d'€ sur
celui de 2012-2013, soit 3,1 % du chiffre d’affaires. Le
résultat net publié début décembre pour la période 20132014 indique pareillement une perte de 23,3 millions
d'€ » (données Reporterre). Quand on sait combien d’entreprises ont été fermées alors qu’elles dégageaient des
bénéfices, cela laisse pensif... ou plutôt nous indigne.
Et si nous regardons de plus près les emplois, ils
seront à 60 % des emplois de ménage, dans des conditions déjà dénoncées par les employé(e)s de certains
Center Parcs, sous-traités, de 9-10 h par semaine pour...
380 euros par mois ! La plupart des autres sont des contrats à durée déterminée, de durée variable, ou des contrats saisonniers... Certains pensent que c’est mieux que
rien… Pas sûr. Car si nous additionnons :
- les aides publiques locales, 33 M € dans la SEM
+ 14 M € de voirie et réseaux divers (selon les estimations des élus), nous arrivons à 47 M€ ;
- aux aides publiques nationales indirectes :
12 M € de crédits d'impôt sur l’achat des cottages…
(Pierre et Vacances peut dire merci à M. Cahuzac, à
l’époque ministre du Budget, qui a déposé un amendement à la Loi de Finance 2013, amendement taillé sur
mesure pour certains grands groupes du tourisme) +
28,8 M € de remboursement de la TVA ; nous arrivons à
une somme de 87,8 M€ de financements publics.
Avec cet argent public, on pourrait financer 17,5 années de salaires au SMIC pour chacun des
255 emplois équivalents temps
pleins. Bien sûr, il y aura des recettes fiscales et des loyers estimés sur 12 ans à 31,7 M,€ en re
gard des 36,5 M€ minimum d'investissements publics…
(données de l’association « Le Pic Noir »).
Voilà comment une multinationale en difficulté
profite de la peur du chômage et peut-être du manque
d'imagination des élus…
Cela ressemble à une fuite en avant d'un groupe
qui financerait ses remboursements par de nouveaux

emprunts et l'ouverture de nouveaux projets pour
lever justement ces emprunts. Ne sommes-nous pas
là face au mécanisme d’une bulle boursière digne
des années 2008, qui pourrait s'effondrer à tout
moment ?

… et oui au VVL !
En outre, ne sommes-nous pas sur un modèle d’un temps passé, tel que celui qui a engendré
un schéma à la Sivens, avec insuffisance des études
préalables et recherche de minimisation des impacts
pour que rien n'empêche le projet d'aboutir ?
L’amendement que nous avons soumis permettait
d’orienter les 8 M € de finances publiques vers une
structure qui aujourd’hui existe bel et bien, le VVL.
Ce village de vacances, créé en 1967, comportant
400 chambres (980 lits), était géré par un syndicat
de 12 communes réparties sur le territoire français
et avait une vocation sociale. Les communes se sont
progressivement désengagées tout en restant propriétaires des bâtiments. Après des tentatives de
gestion par « Hôtels et Résidences », le site a fermé
en juillet 2014, laissant 50 employés dans le désarroi.

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Pourtant cette structure, placée au cœur du
Parc naturel régional du Haut-Jura, a de nombreux
atouts, mais il faudrait engager de lourds travaux de
rénovation. Un des atouts majeurs pour nous, écologistes, c’est qu’elle existe : alors pourquoi créer de
toute pièce un Center Parcs, qui va détruire de la
forêt et nécessitera de lourds investissements, et
laisser démanteler ce Village de vacances ? Nous
n’avons aucun autre site, dans notre Région, apte à
accueillir autant de personnes, pour un tourisme
familial voire social, tourné vers les richesses que
nous avons déjà - parfois la neige, mais surtout la
nature -, et qui permette aux employés aujourd’hui
privés d’emploi d’en retrouver un. L’enjeu serait de
faire du VVL un site ouvert au tissu touristique actuel et de consolider les acteurs locaux.
Nous avons été à nouveau les seuls à voter
cet amendement. Les autres élus régionaux ne veu-

lent pas abandonner, à ce stade, la possibilité de financer
le Center Parcs : force est de constater que le chantage à
l’emploi fonctionne à plein et que nous n’avons pas la
même vision du développement touristique. Pourtant, au
vu des investissements qui seront nécessaires pour l’achat
et la rénovation du Village de vacances, même avec les
autres collectivités locales, les 8 millions d’€ ne seront pas
de trop.

Efficacité énergétique

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Sur la politique de l'énergie, nous nous sommes
félicités de la priorité donnée dans ce budget à l’efficacité
énergétique, avec une hausse de 14,3 %, et cela dans un
contexte de diminution des fonds publics : pour nous, la
priorité est bien de diminuer nos consommations énergétiques, notamment dans le bâtiment, car on sait qu’avec
les transports, c’est le plus gros émetteur de gaz à effet de
serre.
Le dérèglement climatique s’accélère et nous place
sur une pente dangereuse. Il rend impensable, et même
irresponsable, toute idée de recours supplémentaire à des
ressources fossiles. Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) signale que pour
ne pas dépasser les 2 à 2,5° d’augmentation des températures, c’est maintenant que les décisions doivent être effectives.
La Franche-Comté a été pionnière dans le domaine
de l’efficacité énergétique et le reste grâce au programme
Effilogis, désormais une référence au niveau national.
Aucune région n’arrive aujourd’hui à de tels chiffres de
rénovation BBC, notamment des logements sociaux (près
de 3 000 rénovés depuis 5 ans). Les bailleurs sociaux ne
s’y trompent pas et ont bien compris tout l’intérêt de ces
rénovations pour leurs locataires, pour qui rénovation
énergétique veut dire charges moins importantes, donc
gain de pouvoir d’achat pour des foyers qui en ont bien
besoin.
Néanmoins, il faut noter qu’aujourd’hui les pouvoirs
publics se substituent au système marchand pour apporter les garanties bancaires (via des fonds de garantie), et
mettre en place le tiers financement, qui est une condition indispensable pour répondre à l'insolvabilité de personnes en précarité sociale. C’est en effet un enjeu de
justice sociale. Ces outils financiers sont indispensables
pour la massification de la rénovation énergétique. La
réflexion sur un fonds de garantie en direction des copropriétés est en cours, mais il faudra rapidement aboutir.
Grâce au programme européen Elena, des banques pourront débloquer en direction des particuliers de l’avance de
subvention, de l’ÉcoPTZ (Écoprêt à Taux Zéro) et des prêts
bonifiés à des taux inférieurs au marché. Pour la montée
en puissance des rénovations thermiques des particuliers,
ces banques devront faire un effort d’information en

direction de leurs clients. Les Espaces Infos Énergie
qui sont nos Points Rénovation Information Services
(PRIS) ont aussi un rôle déterminant dans les réponses au public qu’il conviendra de conforter.

Des énergies pour le territoire
La Région soutient également le développement des énergies renouvelables au niveau des bâtiments, mais cela ne suffit pas. Le développement doit
se faire également au niveau des quartiers et des
territoires. C’est bien dans le cadre de la politique
d’aménagement du territoire que nous devons impulser la transition de ces territoires en territoires à
énergie positive. D’ailleurs, les préconisations du Conseil économique, social et environnemental régional
(CESER) vont dans ce sens :« La politique d’aménagement du territoire est d’ailleurs très bien structurée
autour de l’urbanisme, de la transition énergétique,
mais elle n’intègre pas la politique des énergies renouvelables. Le CESER suggère son intégration afin
qu’elle se développe en cohérence avec les territoires. » Lorsque nous soutenons le projet de parc
éolien à Chamole, projet innovant car il intègre la
participation citoyenne et le maintien d’argent sur ce
territoire, nous sommes bien dans l’aménagement du
territoire.
Il apparaît important aujourd’hui que toutes les
énergies soient appréhendées ensemble pour le territoire et non pas séparément comme c'est le cas actuellement.
Diminuer les consommations et développer les
énergies renouvelables vont dans le sens de la transition énergétique, et plus globalement de la transition
écologique. Miser sur la transition énergétique, c’est
donc choisir d’arrêter de dépenser des milliards d’euros dans l'importation de vieilles énergies, fossiles et
fissiles, pour investir ces euros localement ; c’est financer nos entreprises et nos artisans ; c’est redynamiser nos territoires et créer des centaines de milliers
d’emplois.
Pour terminer, signalons que les élu(e)s EÉLV
ont présenté un vœu pour une expérimentation de
l’écotaxe en Franche-Comté, vœu porté également
par le groupe Socialiste, Républicain et Gauche solidaire et adopté par l’ensemble des élus de la majorité.

Brigitte Monnet

Disparition de Serge Moscovici

UN COMPAGNON DE ROUTE DE L'ÉCOLOGIE
Serge Moscovici s'est éteint le 14 novembre
dernier. Connu comme figure de la psychologie sociale,
pour ses travaux sur les représentations sociales, les minorités entre autres, pour sa revendication d'un nomadisme scientifique qui s'apparente à une forte curiosité
pour les différentes sciences humaines et de la société, il
l'est sans doute moins pour sa contribution à l'écologie
politique.
Ceux qui l'ont connu lors de ses séminaires à
l’École des Hautes Études en Sciences sociales se souviennent d'un homme tranquille, qui pénétrait dans la
salle de cours le cigare aux lèvres, installait son discours
naturellement pour le rendre presque
évident, mais ne manquait pas de témoigner de son caractère hautain, cassant si un étudiant avait le malheur de
balbutier un concept, une idée. Affable
quoiqu'un rien arrogant, tel était le
personnage qui ne parlait pas dans ce
cadre d'écologie.

La question de l'écologie est
posée dans La société contre nature,
publié en 1972 (1), texte complexe et
simple à la fois. Complexe quand
l'auteur entend reprendre et ré-interpréter nombre de
travaux anthropologiques et paléontologiques sur l'aventure de l'homme comme espèce différenciée des primates ; simple lorsqu'il tend à montrer que la nature en
tant que telle n'existe pas : elle est toujours construction,
élaboration complexe du rapport entre des espèces, dont
l'homme et son environnement. Il critique alors la coupure entre nature et culture, qui nous conduit à avoir un
rapport problématique à la nature.
En ce sens, Serge Moscovici ne plaide pas pour un
retour à une nature, à un état antérieurs. Il se montre
même plus que sceptique sur l'idée de protection de l'environnement : « L'environnement autonome, pur contenant où subsistent des êtres biologiques et sociaux qui ne
lui doivent rien, est un mythe », écrit-il (p. 351) Ne devrait
-on le conserver que sous forme de réserves dont, justement, on retirerait l'homme, s'étonne-t-il ?
L'homme est intervenu, comme d'autres espèces
capables d'une vie sociale, pour modeler, inventer la
nature, et en même temps il s'est défini comme extérieur
à elle.

Pour Moscovici, réinventer la nature, c'est
réinventer le rapport de l'homme à la nature, car la
société se forme « dans et pour la nature », écrit-il
dans une postface (p. 381).
Il précise que l'écologie ne peut être la sauvegarde d'une nature qui exclut l'humain, une référence à « un monde simple et frugal, organisé par
des habitudes rudes et élémentaires, qui échapperait
à l'histoire ou la corrigerait ». Il ajoute : « L'écologie
sera véritablement politique le jour où elle admettra
que le propre de notre histoire est de choisir parmi
les états de nature qui existent à un moment donné.
Des états que nous sommes capables de créer à
neuf. » (p. 386/387).
Au fond, Moscovici nous invitait à penser non pas le monde
d'hier, mais celui de demain, où la
nature réinventée nous conduirait
à revoir les rapports de production
et plus globalement sociaux.

Dans un entretien paru en
1978 dans Pourquoi les écologistes font de la politique (2), celui
qui fut adhérent des Amis de la
Terre développe son analyse. Il
considère que :
- la plupart des sociétés avancées, et notamment en Occident, se sont formées contre la nature,
déterminées à l'exploiter et à la transformer de manière violente ;
- la vie quotidienne et même l'économie sont
marquées par la division de la ville et de la campagne, qui est, sur les plans réel et symbolique, le
prototype de toutes les divisions entre les hommes ;
- le mode de production est, de manière directe ou indirecte, la cible majeure. L'écologie met
en question le temps consacré à la production, son
échelle et enfin la nature des produits.

Dès lors, trois perspectives se dessinent :
- la perspective libérale, « qui se propose de
corriger les erreurs et de résoudre les problèmes,
sans changer la société en général », assise sur l'illusion d'une croissance illimitée de la consommation
et de la production ;

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- la perspective socialiste, qui « recherche les
contradictions du système » pour le changer, sans pour
autant remettre en cause la logique productiviste ;
- la perspective écologique, qui s'attache à la
découverte des cercles vicieux ou des paradoxes de la
société.
Relire cet entretien, c'est se rendre compte de
l'actualité d'une pensée qui ne fut pas seulement celle de
Serge Moscovici.

Mais pour ce dernier, l'erreur du mouvement écolo fut de se focaliser sur l'élection présidentielle, puis de se transformer en parti : «Je crois que l’écologie politique doit être de nature différente, que les écolos pourraient inventer quelque chose d’autre, d’autres
formes de vie, de mobilisation des gens. Si l’écologie veut
être un parti politique de même type que les autres, je
doute qu’elle ait un avenir », dit-il dans un entretien publié par Ecorev' (3). Il restait profondément convaincu de
la force d'une minorité active, qui doit semer partout,
expérimenter, convaincre, construire.
Si on comprend son souci de ne pas être simplement « petit dans la cour des grands », ne négligeait-il
pas l'inertie sociale, voire la capacité du système de production capitaliste, du système productiviste, à intégrer
de nouvelles contraintes ?

Comme minorité, les écologistes ont essaimé
leurs idées et cela semble lui donner raison. Mais on doit
aussi s'interroger sur ce que celles-ci deviennent. L'écosocialisme planificateur, le pseudo-accord de la conférence de Lima, la conviction qu'il faut éteindre la lumière
en sortant : qui peut croire un instant que cela exprime
réellement une avancée vers une réelle transformation ?
Serge Moscovici paraît avoir manqué une réflexion sur
les question de pouvoir dans une démocratie.

Michel Boutanquoi

(1) Réédité en 1994 aux éditions du Seuil (collection
Points)
(2) Aux éditions du Seuil. Consultable sur le site : http://
classiques.uqac.ca/
(3) http://tinyurl.com/o5ohwez

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Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine

Désertification des zones rurales

ALLO, LAMPEDUSA ?

Il semble – a priori – qu'il n'y ait aucun rapport
entre un village perdu au milieu de nulle part… et Lampedusa, petite île du sud de la Sicile, connue pour les naufrages dramatiques des immigrants clandestins. Et pourtant…

« Les derniers seront-ils les derniers ? »
C'est le titre du dernier spectacle de l'ensemble
musical de Besançon « Le Contrepoint », fondé en 1981
par Michel Gentilhomme et dirigé actuellement par
Dominik Deloffre (1). Écrite par Jérôme Brie, c'est une
œuvre à mi-chemin entre la comédie théâtrale et le spectacle musical. Une représentation en a été donnée samedi
29 novembre à Mouthier-Haute-Pierre, à quelques kilomètres de la source de la Loue.
Un village se meurt. Le dernier artisan ferme boutique et le maire se demande s'il doit rester ou démissionner. Que faire de ce village ? Rester les derniers ? L'abandonner ? Un groupe de femmes a une idée : « Et si on
téléphonait à Lampedusa : il paraît qu'il y a des gens qui
veulent s'installer en Europe ? » De leur côté, les hommes
sont plutôt réticents : avec des étrangers-qui-ne-sont-pascomme-nous, est-ce possible ?

Une réflexion sur la mondialisation ?
Se succèdent les épisodes chantés par la chorale,
récités par Danielle et Jean-René Bouveret et déclamés
par des choristes. Les vases communicants, est-ce que ça
marche avec les humains ?
Finalement, quelqu'un de Lampedusa est au bout
du fil. Il ne comprend pas tout de suite la proposition. Estce qu'il a risqué sa vie sur une embarcation de fortune
pour se retrouver dans un village perdu, un peu comme
celui d'où il est parti ? Ce n'est pas si simple… Les réfugiés
de Lampedusa viennent aussi des villes qu'ils ont quittées
pour échapper à la misère et à la guerre.

Le spectacle a le mérite de nous faire réfléchir sur le phénomène actuel qui se passe à
l'échelle de la planète. Ainsi va la mondialisation :
d'un côté, des zones rurales qui se désertifient, qui
se meurent, faute d'une politique de développement ou à cause de conflits non réglés, et de
l'autre, des grandes métropoles où s'entassent de
plus en plus les êtres humains. Cette hyperconcentration urbaine est-elle possible - et souhaitable - à
long terme ?

Gérard Mamet

(1) Le Contrepoint, siège social : 3, rue de Lorraine,
25000 Besançon.
Site Internet : www.contrepoint-besancon.fr
Conditions techniques et financières, contact :
http://tinyurl.com/lfgrgsb

9

Le rapport parlementaire de Barbara Romagnan

VIVE LES 35 HEURES !

10

« Avez-vous vu passer l'information sur le rapport
parlementaire, coordonné par Barbara Romagnan, députée
PS du Doubs, à propos des 35 heures ? » À cette question,
j'ai reçu souvent une réponse négative, même chez les
militants de gauche, partisans de la réduction du temps de
travail (RTT). On peut dire que l'information a été très peu
relayée par les médias, à part Mediapart et Alternatives
économiques. Ce rapport contredit pourtant les pleurnicheries du Medef sur le sujet, les propositions de l'UMP
d'encourager les heures supplémentaires et les discours de
Valls et Macron sur la nécessité d'« assouplir » la loi sur les
35 heures. C'est sans doute pour ça qu'il a si peu intéressé
les journalistes…

Un rapport bien argumenté et chiffré
Le travail entrepris à l'initiative de Barbara
Romagnan a pris la forme d'une commission d’enquête
«relative à l’impact sociétal, économique et financier de la
réduction du temps de travail». Après avoir procédé à
37 auditions, soit près de 80 personnes, la commission a
tiré des conclusions largement positives.
Le rapport estime que les 35 heures ont permis de
créer 350 000 emplois et n'ont pas abouti à une dégradation significative de la compétitivité des entreprises. Par
ailleurs, cette réduction du temps de travail n'aurait coûté
que 4,5 milliards d'euros aux finances publiques :
2 milliards d'euros par an, au titre des allégements de
charges sociales en faveur des entreprises et 2,5 milliards
liés aux embauches dans la fonction publique.
Il chiffre ainsi à 12 800 euros un emploi créé par
les lois Aubry. Ce qui en fait «la politique en faveur de l’emploi la plus efficace et la moins coûteuse qui ait été conduite depuis les années 1970». Si vous faites un petit calcul,
à ce tarif-là, les 41 milliards d'euros consacrés à la baisse
des charges, permettraient de créer… plus de 3 millions
d'emplois.

Le rapport ne fait pas non plus l'impasse sur
certains effets pervers de la RTT, comme l'intensification
du travail dans certains secteurs ou les difficultés de
mise en place de la loi à l'hôpital ou dans les PME. Mais
le bilan économique reste très largement positif.

Des avancées sociétales aussi
Non seulement la réduction du temps de travail
a été économiquement efficace, mais elle a été intéressante aussi au plan sociétal. « Cette politique a été appréciée par les salariés car elle a amélioré les conditions
de travail et leur vie personnelle et familiale. Elle a évité
que l'économie française ne cède à la tentation, si courante dans les pays voisins, de réserver aux femmes,
nouvelles venues sur le marché du travail, des emplois à
temps très partiels non choisis et parfois cumulés – ce
qui permet à ces pays d'afficher des taux de chômage
flatteurs mais réserve une vie moins enviable aux salariés concernés. » (1)
Et puis la réduction du temps de travail, c'est
aussi un accroissement du temps libre et la possibilité
de consacrer davantage de temps à sa famille, à ses enfants, et de s'investir dans d'autres activités, culturelles,
associatives ou sportives.

RTT contre chômage technologique ?
Ce rapport est à mettre en perspective avec
d'autres études sur l'avenir de l'emploi. D'abord, il y a de
moins en moins d'économistes qui « croient » au retour
de la croissance, comme on croit au Père Noël. Un consensus se dessine sur le fait qu'on ne retrouvera pas les
taux de croissance des Trente Glorieuses et qu'on va
plutôt avoir quelque chose qui tourne autour de 1 %
dans le meilleur des cas, croissance insuffisante pour
créer de l'emploi de manière « mécanique ».

Mais il y a plus inquiétant encore. Dans leur livre Le
capitalisme a-t-il un avenir ? , cinq sociologues américains
(2) évoquent la perspective du « chômage technologique ».
Pour ces chercheurs, la « destruction créatrice », décrite
par l'économiste Joseph Schumpeter, ne fonctionne plus
(3). Il va en résulter un chômage massif, qui va toucher
d'abord les emplois les moins qualifiés, mais aussi assez
rapidement les emplois de services et les classes
moyennes. Ce sont les robots et l'informatique, dont la
production sera contrôlée par les 1 % les plus riches, qui
vont remplacer le travail humain.

Le rapport de Barbara Romagnan arrive au bon
moment pour relancer le débat sur la nécessité d'une
nouvelle étape de diminution du temps de travail. S'il
n'y a plus guère de perspectives de croissance, en dehors des activités développées autour de la transition
écologique, il faudra bien, courageusement, poser la
question du partage du travail, comme élément de solution au chômage de masse. Barbara Romagnan nous en
dessine une perspective plutôt positive et heureuse.

Gérard Mamet.

(1) Eléments de conclusions du rapport, p. 180.
(2) Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Michael
Mann, Georgi Derluguian, Craig Calhoun, Le capitalisme
a-t-il un avenir ? - La Découverte.
(3) Schumpeter est le théoricien des fluctuations économiques. Pour lui, le ressort de l'évolution économique est
l'innovation. Avec le progrès technologique, des pans
entiers de l'économie s'étiolent et disparaissent, mais
d'autres secteurs prennent le relais. Et dans ce qu'il appelle la « destruction créatrice », les emplois liés aux
nouvelles activités remplacent largement ceux qui disparaissent. Pour les cinq chercheurs américains, avec la
robotisation et l'informatique, les nouvelles activités ne
créent plus assez d'emplois pour remplacer ceux qui disparaissent.

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11

Science et écologie

MÉTHANATION, MICROPARTICULES
DE PLASTIQUE, INÉGALITARISME SCOLAIRE
ET ÉMERGENCE DE LA COOPÉRATION
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.
1. La révolution du « power-to-gas »

12

L'argument habituel des opposants aux énergies
éolienne et photovoltaïque, c'est le caractère intermittent de la production d'électricité, souvent à contretemps des usages et sans possibilité de stockage. En
fait, il y a déjà une assez bonne solution de stockage
des excédents avec les STEP (1). Mais avec ce système,
même si la France n'en est encore qu'à 4 %, on ne peut
pas dépasser 30 % du mix énergétique en éolien et
photovoltaïque. En réalité, il y a une autre solution de
stockage : utiliser l'électricité excédentaire pour produire de l'hydrogène, que l'on peut ensuite convertir en
méthane en le combinant au CO2 des émissions industrielles. C'est la méthanation (2) - power-to-gas en anglais. Le méthane est alors facile à stocker selon une
technologie éprouvée : c'est le composant principal du
gaz naturel. (Alternatives Économiques n° 341, décembre 2014, p. 58)

2. A la pêche aux microparticules de plastique
Une expédition scientifique vient de sillonner la
Méditerranée pendant 7 mois pour ausculter la pollution
de surface due au plastique. Sur les 300 000 tonnes de
plastiques produites dans le monde chaque année, 10 %
sont abandonnés dans la nature. Poussé par le vent ou
transporté par les rivières, le plastique arrive finalement
dans les mers ou les océans, où il se fragmente. On parle
de microparticules pour les fragments inférieurs à 5 mm.
On trouve jusqu'à 331 000 débris par kilomètre carré
dans les zones les plus polluées de la Méditerranée. Ces
déchets ont des impacts sur les habitats marins, sur les
écosystèmes et sur la santé des animaux et des hommes.
(La Recherche n° 494, décembre 2014, pp. 60-63)

Commentaire : Les prélèvements vont permettre

Commentaire : L'Allemagne et le Danemark se
sont résolument engagés dans la méthanation. Sur les
16 installations, en service ou en projet, en Europe, 10
sont situées en Allemagne et 3 au Danemark. Un seul
projet est prévu en France, à Dunkerque, pour 2015. La
méthanation est une technique qui permet d'avancer
vers les 100 % d'énergie renouvelable car le méthane
peut être utilisé aussi bien pour la production de chaleur que comme carburant. Encore une fois, avec son
choix du nucléaire, la France a pris du retard. Et dans ce
dossier, « EDF brille pour l'instant par son absence »,
dixit l'article cité.

d'établir une cartographie de la pollution de la
Méditerranée par les plastiques. Des études vont être
entreprises sur les échantillons pour évaluer la composition des plastiques et leur niveau de dégradation. Des
laboratoires vont analyser aussi les polluants abondamment absorbés par les microplastiques : pesticides, phtalates, biphénols. Enfin, d'autres laboratoires vont regarder si des bactéries pathogènes, venant des stations
d'épuration par exemple, n'ont pas colonisé le plastique.
Ces travaux vont peut-être permettre aussi de mieux
démontrer qu'il faut réduire de façon drastique l'usage
des emballages plastiques jetables.

3. « L'école s'enfonce dans l'inégalitarisme »
Les enquêtes menées par le ministère de l'Éducation nationale montrent que les performances des élèves
du primaire baissent pour la compréhension de l'écrit, le
calcul et l'orthographe. L'enquête « PISA » de l'OCDE va
dans le même sens. Les études montrent aussi que les
inégalités scolaires s'aggravent : l'écart de compétence,
entre les 20 % les plus défavorisés au plan socioéconomique et les 20 % les plus favorisés, augmente. Une école
trop inégalitaire et trop injuste avec les plus faibles ne
joue pas pleinement son rôle de promotion sociale. Un
autre phénomène observé est l'inégalité entre les garçons et les filles, en faveur des filles. Seulement 11 % des
filles sortent du système scolaire sans diplôme, contre
20 % des garçons. Ce qui n'empêche pas les garçons de se
retrouver plus nombreux que les filles dans les classes
préparatoires aux grandes écoles. (La Recherche n° 494,
décembre 2014, pp. 76-79)

Commentaire : Il y a bien longtemps déjà que
Baudelot et Establet ont montré, avec Bourdieu et
Passeron, comment l'école reproduisait les inégalités
sociales. Pour Pierre Bourdieu, c'est plutôt la culture outil de domination - qui explique les inégalités scolaires,
alors que pour Raymond Boudon, c'est davantage l'aspect
économique, les choix des individus étant liés aux ressources de leurs parents. Il existe maintenant une troisième piste de réflexion, lancée aux États-Unis en comparant la scolarité des enfants noirs et des enfants blancs :
les effets de système. On a ainsi montré que les enfants
défavorisés se retrouvent dans des établissements moins
bien dotés et avec des enseignants moins formés. C'est
« l'effet Mathieu » : ceux qui ont déjà beaucoup reçoivent
plus que les mal lotis. Mais en définitive, n'est-il pas tout
simplement illusoire d'attendre de l'école qu'elle corrige
les inégalités qu'une politique économique et sociale libérale ne fait qu'aggraver ?

4.L'émergence de la coopération
L'idée classique que l'humanité serait devenue
l'espèce dominante en conquérant la nature par la force
est remise en question par des chercheurs. Nos ancêtres
étaient trop petits et trop vulnérables pour dominer les
grands prédateurs de la savane. Le succès de notre espèce viendrait plutôt de notre propension à coopérer. Les

fondements de cette aptitude à coopérer, tels que l'empathie et l'altruisme, sont observés également chez nos
cousins primates. La coopération, qui fonctionne aussi
avec des individus sans relation de parenté, se fonde sur
le partage et la réciprocité. Chez les primates, la coopération a des avantages importants dans la recherche de
la nourriture et la défense contre les prédateurs, donc
pour la survie. (Pour la Science n° 445, novembre 2014,
pp. 52-55)

Commentaire : Pour les humains comme pour
les grands singes, la survie dépend du partage. Le succès
de notre espèce résulte plus probablement de notre
esprit de coopération que de notre penchant pour la
compétition et la violence. Dans son livre Le singe en
nous, publié chez Fayard en 2006, l'auteur de l'article
évoqué, le primatologue Frans de Waal, expliquait ironiquement que certains grands singes avaient plus le sens
de l'équité que les néoconservateurs américains… Alors
qu'on ne nous parle plus que de « concurrence » et de
« compétitivité », si l'on veut que l'humanité survive, le
moment n'est-il pas venu de réhabiliter ces concepts de
coopération et de partage ?

Gérard Mamet

(1) Station de Transfert d'Énergie par Pompage. Quand la
production électrique est excédentaire, le surplus d'énergie est utilisée pour pomper de l'eau dans un réservoir
amont. Le turbinage de cette eau permet de produire de
l'électricité en cas de besoin.
(2) Ne pas confondre avec la méthanisation, qui est la
production de méthane à partir de la fermentation de
matières organiques.

13

UN MOIS, ÉMOIS, ET MOI (1)
Avent.
Les
catholiques de Paris
descendent dans la rue
pour « témoigner de
leur foi ». Mais qu'estce qu'on en a à braire ?
Est-ce que je descends
dans la rue pour
« témoigner de mon
athéisme », moi ?

Mères. Tout en vantant « leur nature délicate »,

Bédouins. Au nom de son interprétation de
l'islam, l'Arabie saoudite détruit son patrimoine historique et culturel. Entre autres, on a construit des WC à
la place de la maison de Khadija (première épouse de
Mahomet) et on va déplacer à Médine la tombe de ce
dernier. Quelqu'un a entendu parler, dans le monde
musulman, de manifestations de foules hurlant au blasphème ?
Sacré ? Le T.A. de Nantes fait retirer, au nom
de la laïcité, une crèche de Noël installée au Conseil
général de la Vendée. Faudrait déjà interdire à ce département d'avoir pour logo officiel un double cœur
portant couronne et croix, frère jumeau d'un emblème
curaillon bien connu.

le président turc Erdogan rappelle que la religion musulmane « a défini un statut pour les femmes, la maternité ». Et pour les empafés dans son genre, elle n'a rien
prévu, la religion musulmane ?

Banane. Pira-

14

tage de Sony Pictures :
un communiqué de
Pyongyang
qualifie
Obama de « singe
vivant dans une forêt
tropicale ». La Manif
pour tous et le Printemps français sont
heureux d'accueillir la
Corée du Nord en leur
sein généreux.

Frousse. La gauche radicale de Syriza et de
Podemos en tête des intentions de vote en Grèce et en
Espagne. Bon, ils ne sont pas encore au pouvoir et on
peut avoir des doutes quant à leurs chances de réussite
s'ils y arrivent. Mais le simple fait que cette éventualité
affole Junker et sa bande, que voulez-vous ? moi, ça me
met en joie.
Visite. Outre Paris et sans doute Lourdes, le
pape François a « demandé à aller [en 2015] dans une
ville où aucun pape n'est allé ». Je commence à baliser :
aucun pape n'est jamais venu dans mon coin.

Journaleuse. Sarkozy sur TF1 après son élection à la présidence de l'UMP : « Depuis le temps qu'on
se connaît, vous m'avez déjà vu, Madame Chazal, dire
des choses que je ne pensais pas ? » Et l'autre carpette,
là, qui ne lui claque pas le beignet !

Déchéance. Dans une pub pour Europe 1
(« Un temps d'avance », tu parles !), la bobine de Daniel
Cohn-Bendit en compagnie de celles d'Elkabbach ou de
Natacha Polony. La vieillesse est un naufrage...

Q.I. De nombreuses molécules chimiques altérant le développement cérébral, l'intelligence des prochaines générations est en péril. Euh... m'est avis que
ça n'a pas attendu les « prochaines générations »…

Starlette. Lundi : elle n'acceptera aucune fonction à l'UMP si Laurent Wauquier en devient secrétaire
général. Vendredi : lui est secrétaire général et elle vice
-présidente. Y a que les imbéciles qui ne changent pas
d'avis.

Nippon. Le ministre des finances japonais
blâme les femmes sans enfant, auxquelles il impute le
déséquilibre démographique. Alors qu'il faudrait les
féliciter de ne pas pondre des crétins dans son genre.

Lexique. À propos du risque que le PS et ses al-

Bécassine. Nadine Morano scandalisée par le

liés ne conservent que 15 à 20 conseils généraux (contre
61 aujourd'hui) à la suite des départementales de 2015,
Cambadélis concède : « On peut se retrouver dans cette
épure. » Il veut sans doute dire « épuration ».

« manque de respect » de Sarkozy à son égard : il ne lui a
pas proposé le poste qu'elle guignait à l'UMP. Si même
Sarko se rend compte qu'elle est vraiment trop conne...!

Cacaphonie. Le Parti communiste chinois édicte

poser aux « fêtes kitsch de l'Occident », à commencer
par Noël. Je demande de ce pas l'asile politique à Pékin.

des règles à suivre pour chanter, jouer et écouter
l'hymne national : porter des habits « convenables », se
tenir bien droit ; interdiction est faite d'en user lors des
mariages, des enterrements, des bals. Si je puis me permettre, le seul endroit où on peut - et encore... - fredonner un hymne national, ça me paraît être les gogues.

Crèche. Les autorités chinoises appellent à s'op-

Rebelle ! « Quand je vois quelqu'un qui passe
avec une belle voiture, mon objectif, ce n'est pas de la lui
prendre, déclare Julien Dray ; c'est de permettre à tout le
monde d'avoir une belle voiture. » Audacieux, le PS, non ?

Footeux. Il paraît que, sous l'emprise de la méthamphétamine dont l'usage se répand dans les stades
de foot allemands, les ultras et les hooligans se conduisent de manière désinhibée. Ah ! bon ? Parce qu'ils ne
l'étaient pas, désinhibés, avant ?
Manu. Manuel Valls en Bretagne, le 18 décembre : « Je me bats au nom d'une belle idée de la République, qui est l'intérêt général. » Et si « l'intérêt général »
était 1) qu'il la ferme et 2) qu'il se casse, le Manu ?

Toc. Jeff Koons à Beaubourg, l'expo la plus visitée de 2014 ! Et il faudrait que j'aime mon prochain ?!

Gérard Roy

15

Neige. Trop chers et trop éclaboussés de scandales, les J.O. d'hiver ne trouvent plus de villes candidates à leur organisation (seules Pékin et Almaty veulent
s'en charger en 2022). Qu'ils crèvent, les J.O. d'hiver ! Et
ceux d'été aussi, tant qu'on y est !

(1) Bien évidemment, ces Émois ont été rédigés avant le
massacre de Charlie Hebdo. Après, je n'aurais pas eu le
cœur à ces plaisanteries plus ou moins fines…

Fiesta. Vladimir Poutine invite Kim Jong-un à

(Dessins publiés grâce à l’aimable autorisation de Charlie
Hebdo.)

Moscou. Je vous dis pas la poilade entre ces deux rigolos !

Encore un peu de Charlie Hebdo?

Rectificatif pour Législative partielle dans le Doubs

Des écolos pour la 4e circonscription
Le texte de la page 16, "Des écolos pour la 4e circonscription" a été rédigé dans l'urgence, dans la période de mobilisation
"Nous sommes tous Charlie" et il n'a pas été relu correctement.
Tel qu'il apparaît, il ne reflète pas les analyses et propositions d'EELV.
L'article de cette page encartée dans La Feuille Verte, remplace donc celui qui figure à la page 16.

Le ministère de l’Intérieur a fixé la date de l’élection législative partielle qui désignera le successeur de

Pierre Moscovici dans la 4e circonscription du Doubs. Le
Journal officiel établit que le scrutin se déroulera les dimanches 1er et 8 février 2015. Ancien ministre de
l’Economie, Pierre Moscovici a démissionné de son mandat de député le 1er novembre, suite à sa nomination à la
Commission européenne.

Suite aux tragiques événements qui viennent de se
produire dans notre pays, Bernard Lachambre exige que
des mesures soient prises pour assurer notre sécurité. Sur
le long terme, il nous faut réduire le chômage, la pauvreté
et les inégalités dans notre pays qui contribueront à faire
reculer la violence et la montée des extrémismes.

La 4e circonscription du Doubs comprend les cantons d’Audincourt, Étupes, Hérimoncourt, Pont-de-Roide,
Sochaux-Grand-Charmont et Valentigney.

16

Europe Ecologie-Les Verts aura son propre candidat
lors de cette élection. Comme en 2012, c’est Bernard
Lachambre qui portera les couleurs des Verts. Le cosecrétaire régional détaille les ambitions d’EELV pour ce scrutin
et explique pourquoi il n’a pu s’entendre ni avec le PS, ni
avec le Front de Gauche, dans une interview donnée à
France 3.
« Nous avons un message à faire passer: la gauche
a besoin de l’écologie et des écologistes pour gagner. Les
gens n’ont plus confiance en quoi que ce soit. Ils nous reprochaient de faire parfois le grand écart quand nous
étions au gouvernement. Il est important d’avoir une parole autonome, clairement écologiste… »
Dans sa profession de foi, Bernard Lachambre affirme qu’il ose croire que les écolos peuvent changer le
monde. En effet, le développement de l’agriculture bio et
la protection de l’environnement créent des emplois,
améliorent la santé. La rénovation et l’isolation des logements réduisent les dépenses de chauffage et la consommation d’énergie, tout en étant créatrices d’emplois. Le
développement des énergies renouvelables et la sortie du
nucléaire font aussi partie de ses priorités. Il souhaite que
les transports en commun deviennent plus nombreux afin
d’assurer un meilleur service à la population. Il prône la
lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale , ce qui
réduira la dette, allègera l’impôt de tous les Français et
contribuera à sauver les services publics.

Meeting le 26 janvier à 20h salle polyvalente à
Seloncourt, avec Emma Cosse, Éric Alauzet, des élus
régionaux et locaux ainsi que d’autres invités surprises.

Suzy Antoine

www.bernardlachambre-legislatives2015.fr

Après la manif du 3 décembre

LE TOURNANT DU BIO, C'EST POUR QUAND ?
Pour la première fois en Franche-Comté, les producteurs bio se sont rassemblés le 3 décembre devant la
DRAAF (1), rue de Belfort à Besançon, pour manifester leur
mécontentement. Mais quel contraste avec les exactions
des manifs de la FNSEA quelques semaines plus tôt !
L'ambiance était chaleureuse et conviviale et il y avait si peu
de risques de débordements que les portes de la DRAAF
sont restées ouvertes…

Les raisons du mécontentement
Si la Région de Franche-Comté a totalement rempli
sa mission de soutien du bio, la politique appelée « Aide au
maintien » par l'État est menacée, faute d'une enveloppe
suffisante de la PAC. Ainsi, les agriculteurs engagés en bio

autour de 5 % des surfaces franc-comtoises. La principale
production bio est celle du lait, qui vient de doubler en 4
ans et qui atteint presque 50 millions de litres. Le maraîchage bio a énormément progressé aussi : plus 300 % en
4 ans. Le vignoble jurassien est le premier à avoir atteint
15 % des surfaces en bio.
Les productions en vente directe sont souvent en
bio : fromages de chèvre, de vache et de brebis, viande,
volailles, œufs, mouton, porc et charcuterie, maraîchage,
fruits, jus, confitures, miel, PPAM (Plantes à parfum, aromatiques et médicinales), cosmétiques, etc.

17

depuis plus de 10 ans ne toucheraient plus aucune aide.
Les plus atteints par ces mesures seraient donc les pionniers de l'agriculture biologique, ceux qui ont développé
les techniques, créé les premières filières… et essuyé les
plâtres.
Les risques de déstabilisation des filières en place
sont évidents par manque de production, précisément
au moment où la demande des consommateurs en bio
est largement croissante. Pendant ce temps-là, des
aides financières européennes nouvelles sont proposées aux producteurs conventionnels pour peu qu'ils
acceptent de réduire de quelques pour cent la fréquence d'utilisation des pesticides…

L'agriculture biologique en Franche-Comté
La région compte un peu plus de 500 exploitations agricoles en bio pour environ 34 000 ha, soit

Une large conversion en agriculture biologique,
par exemple dans la zone du comté, pourrait faire partie
des mesures de restauration de l'état de nos rivières,
notamment de la Loue et du Dessoubre, qui sont en
partie malmenées par les effets de l'agriculture intensive.

Les avantages du bio
L'agriculture dite « conventionnelle » fait largement
appel à la chimie pour les engrais et pour les herbicides,
fongicides et insecticides. Les dégâts sur les abeilles ont
été tels que la Commission européenne a dû suspendre
récemment l'utilisation d'une catégorie d'insecticides, les
néonicotinoïdes. Certains produits phytosanitaires sont
hautement dangereux pour la santé humaine et pour
l'environnement. Mais ce ne sont pas les producteurs
« chimiques » qui paient les dégâts, c'est la « société » à
travers les budgets de la sécurité sociale et de l'environnement.

Quelle politique agricole ?
On a eu parfois l'impression, avec le système
d'aides à l'intensification, que les agriculteurs conventionnels étaient « payés pour polluer » alors que, pour avoir la
certification, les producteurs bio devaient « payer pour
produire sain ». C'est absurde et injuste.
Si l'on veut atteindre l'objectif national – doubler
les surfaces en bio d'ici à 2017 –, il faut prévoir les crédits
nécessaires pour soutenir le passage à l'agriculture biologique et ensuite maintenir sa viabilité. Le développement
du bio correspond à une évolution de la consommation et
l'agriculture bio est plus « intense » en emplois que l'agriculture conventionnelle. C'est donc aussi un outil contre le
chômage.
Le 3 décembre, les agriculteurs bio francs-comtois
ont démontré, dans le calme, leur force et leur détermination. Ils peuvent compter sur EÉLV et ses élus, dont certains étaient présents à leurs côtés, pour soutenir leurs
propositions.

Gérard Mamet

18
Il est maintenant bien établi que les produits bio
sont en général plus goûteux, plus riches en vitamines et
en oligoéléments. De plus, l'agriculture biologique n'a pas
de conséquences négatives sur la santé et sa façon de
produire préserve les biens communs : eau, air, biodiversité. Si on appliquait le principe pollueur-payeur à l'agriculture conventionnelle, ses coûts de production seraient
beaucoup plus élevés. Il en résulte qu'il est normal de
subventionner davantage le bio puisqu'il ne suppose pas
cette « externalisation » des coûts vers la société, grâce à
l'absence d'inconvénients pour la santé et l'environnement.

(1) Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt.

Une bonne résolution pour 2015 :
adhérez dès aujourd’hui !

19

Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré,
Oncle Bernard et les autres... La connerie débridée,
la lâcheté obtuse, le fascisme intégriste ont encore
frappé, et cette fois, c'est en plein cœur qu'ils nous
ont touchés. Car, outre une certaine idée du vivreensemble, ce sont nos copains, nos amis qu'ils ont
tués, ceux qui, semaine après semaine, nous ouvraient les yeux et nous décrassaient la cervelle tout
en nous faisant rire – et avec quel talent ! Ils sont
morts, mais Charlie Hebdo ne doit pas mourir : on a
trop besoin d'une presse irrévérencieuse. Pourtant,
quel que soit son avenir, il manquera toujours les
signatures de ces types extraordinaires ; la plaie n'est pas près de se refermer. (1)

Gérard Roy
(1) Je sais bien que le moment est à l'« union nationale » plus qu'à la polémique, mais quand
même... Je suis revenu quelque peu choqué du rassemblement de jeudi 8, à Lons-le-Saunier, au
cours duquel le député-maire UMP, seul à prendre la parole, a fait apporter un drapeau tricolore et chanter La Marseillaise ! Charb et les autres ont dû s'en retourner dans leurs tombes...

14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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