DÉCEMBRE 2014 / n°202 / 1,70 €

SIVENS : PLUS JAMAIS ÇA !
Mort de Rémi Fraisse au cours d’une manifestation
contre le Grand Projet Inutile et Imposé (GPII) qu’est le barrage de Sivens, tags sur la Maison Verte à Dole : ces deux évènements n’ont, certes, aucune commune mesure - un drame
irréparable et une action effacée avec un peu d’huile de
coude. Associons-nous, avant d’aller plus loin, à la douleur de
la famille de Rémi, à celle de ses amis et redisons que c’est
bien de cette jeunesse écologiste, militante, pacifiste, de
cette jeunesse qui rêve d’un autre monde que notre pays,
notre monde ont besoin. S’il s’agit de réenchanter la France,
l’Europe, ce ne sera certainement pas seulement à coup de
chiffres, de mesures économiques, de réduction des déficits
que nous y arriverons, mais aussi, surtout en proposant une
autre vision de notre avenir, un autre modèle social, plus humain, plus respectueux de notre environnement.
Nous sommes à une période charnière pour l’humanité.
Des choix que nous ferons dépendra l’avenir de notre planète. Ces changements seront déstabilisants pour nombre
d’entre nous. En ce sens, tout inacceptable qu’elle est, la colère de quelques agriculteurs qui s’acharnent sur la Maison
Verte peut s’insérer dans un modèle de comportement compréhensible, quoiqu’un peu archaïque. Ce qui s’est passé à
Sivens est beaucoup plus grave. Ce ne sont pas quelques agriculteurs qui sont en cause, c’est tout le système étatique qui
a déraillé, depuis la conception du projet et les études qui
l’ont validé jusqu’à la gestion de cette tragique journée du
24 octobre et de la période qui a suivi. On pourrait attendre
de la puissance publique, d’un gouvernement de gauche (1),
une toute autre réaction face à cette problématique. Sinon,
ce type de réponse très violente qui a été apportée à Sivens
ne risque-t-il pas de servir de modèle ?
Dans notre région, les GPII sont légion : certains sont
réalisés (les canons à neige de Métabief, La Planche-desBelles-Filles), d’autres en cours d’étude, voire d’abandon
(espérons-le), comme l’agrandissement de l'aéroport de
Tavaux, le Center Parcs dans le Jura, l’exploitation des gaz de
schiste et les multiples contournements routiers. Nous devons rappeler à la raison les décideurs publics et privés et leur
dire que la voix de la population doit être entendue. C’est de
plus de dialogue, de plus de démocratie que nous avons besoin, pour que ce ne soient pas le déni de la réalité et la colère qui prennent le dessus.
(1) On pourra lire le n° 1325 du journal Politis, du 30
octobre, qui s’interroge : « C’est quoi, être de gauche ? »

Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EELV

Sommaire
P 1 : Edito
P 2 : Il faut sauver le soldat Charlie
P 3 : Conférence sur les sols maltraités
P 5 : Contre le dérèglement climatique : Alternatiba !
P 7 : Un Café écolo à Montbéliard
P 9 : Le Kurdistan à l’écran
P 10 : BD : rien que du bon !
P 11 : À lire : pour ne pas foncer dans le mur !
P 12 : Un chanteur engagé : Montéhus
P 13 : De chez nous au Proche Orient : deux poids, deux
mesures ?
P 15 : Science et écologie
P 17 : Des plans sur la comète ?

P 18 : Un mois, émois et moi
P 19 : Souscription pour Charlie Hebdo
P 20 : Bulletin d’adhésion

Mobilisation générale

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT CHARLIE

2

Vous le savez peut-être déjà : Charlie Hebdo est en
danger. Dans son numéro du 5 novembre (le 1 168e, quand
même !), son directeur, Charb, explique la situation du journal. Résumons : crise de la presse et de sa distribution +
crise économique + refus de toute publicité + refus d'augmenter le prix de vente = Charlie sur la paille, une fois de
plus (la dernière, c'était après l'incendie criminel de ses
locaux, il y a à peine plus de trois ans).

Aujourd'hui, cette formidable exception est menacée, ses coûts de fabrication n'étant plus couverts par le
produit de ses ventes. Si vous pensez que ça vaut le coup
de « soutenir la résistance aux deux premières religions
du monde : l'Intolérance et la Bêtise », plus un moment à

Charlie fait donc appel, plutôt qu'aux banques et/ou
à des actionnaires extérieurs, à ceux qui ont toujours été
ses plus fidèles soutiens : ses lecteurs. C'est sûr, Charlie ne
plaît pas à tout le monde (encore heureux !), et même au
sein de la famille écolo, même parmi ceux qui lisent
La Feuille Verte depuis de longues années, il en est que son
humour et ses partis pris exaspèrent. Pourtant, même ceuxci doivent bien le reconnaître : que serait la presse française
sans Charlie (1) ? Quelle publication est plus libre, plus impertinente, plus indépendante de tous les pouvoirs et du
lâche consensus médiatique ?

À moins bien sûr – ce que je me refuse à croire –
que vous ne partagiez l'avis de ce courageux anonyme
(ah ! Internet !...) dont j'ai trouvé la prose sur le site de
L'Express : « Vous payez cash vos moqueries à l'encontre
des messagers de dieu. Une ligne rouge que vous avez
franchi [sic]. Tant pis. »

perdre : envoyez vos dons (2) à l'association Presse et

Pluralisme, TSA 32649, 91764 Palaiseau Cedex (en
précisant : pour Charlie Hebdo—Cf. bulletin p. 19)

Décidément, il est temps, si ce n'est déjà fait, de
« rejoindre le djihad pacifique contre la connerie » !

Gérard Roy

(1) Et sans Le Canard enchaîné, d'accord.
(2) De plus, votre don sera défiscalisé : il vous vaudra une réduction d'impôt de 66 % de la somme versée !
C'est pas beau, ça ?

Une initiative de la Confédération paysanne

CONFÉRENCE SUR LES SOLS MALTRAITÉS
Une salle pleine à craquer - 400 personnes - lors
d'une réunion à Valdahon, le 7 novembre dernier, pour
parler de la dégradation des sols et de ses conséquences
dramatiques pour la biodiversité et la qualité des produits. Les conférenciers, Lydia et Claude Bourguignon,
sont d'anciens chercheurs de l'INRA (1). Las d'une orientation trop productiviste de la recherche agronomique, il y a
25 ans, ils fondent le LAMS (2) pour vivre leur passion : le
fonctionnement et la protection des sols agricoles et viticoles.

Résumons le propos : les apports d'engrais chimiques brûlent la matière organique, le compactage
des sols par les engins trop lourds diminue la porosité,
empêche l'aération indispensable et la rétention d'eau,
la perte de matière organique et l'usage des pesticides
entraînent la disparition de la faune et des microorganismes ; la dégradation des sols va favoriser le lessivage des nitrates qui se retrouvent dans les rivières et
provoquer l'érosion : on estime la perte de matière à
5 tonnes par hectare et par an. Au bout de ce processus, quelques centaines d'années plus tard, c'est la
transformation de régions entières en désert, comme
c'est déjà le cas dans certains endroits des États-Unis.

Qualité des sols et gastronomie

Portrait d'une dégradation
Lydia Bourguignon rappelle que la vie se développe sur trois milieux : l'air, l'eau et le sol. Si la pollution
de l'eau et celle de l'air font l'objet d'une réglementation,
un gros lobbying est organisé par l'industrie des engrais et
des pesticides contre la protection des sols. Et il y a peu
de monde pour s'élever contre cette maltraitance ; exceptions : Corinne Lepage et Michèle Rivasi.
En 6 000 ans d'agriculture, 2 milliards d'hectares
de sols ont été détruits dans le monde, dont 1 milliard au
cours du seul vingtième siècle. Les raisons sont multiples :
défrichage dans des zones à forte érosion, irrigation qui
entraîne la salinisation, utilisation d'engins agricoles trop
lourds, suppression des haies, appauvrissement en matière organique, généralisation de l'usage des pesticides
et des engrais, etc. Il y a déjà actuellement 1 milliard
d'hommes sous-alimentés et 2 milliards en état de carence. La perte de terres agricoles pourrait donc devenir
rapidement dramatique.

Dans un sol vivant, il y a 2 à 3 tonnes de microbes à
l'hectare, sans compter une multitude de petits animaux et les vers de terre qui, en creusant des galeries,
jouent un rôle essentiel dans l'aération des sols et leur
brassage. La généralisation de l'usage des pesticides
détruit les vers de terre, les insectes, les acariens et les
microbes, entraînant des conséquences très graves sur
les sols, mais aussi sur la qualité des plantes cultivées.

Chacun a pu faire l'expérience de tomates ou
d'autres légumes, cultivés sous serre et hors sol, qui
n'ont aucun goût. En fait, ce sont les oligo-éléments
présents dans le sol qui donnent le parfum, le goût de
terroir qu'on connaît bien pour les vins. Ce n'est possible que pour les cultures de plein champ, sur des sols
naturels, vivants et riches. Là aussi, ce sont les microorganismes des sols qui rendent les oligo-éléments assimilables.
Dans cette dégradation du goût, sont en cause également la diminution drastique du nombre de variétés
de plantes cultivées (légumes, céréales et fruits) sous la
pression de l'industrialisation de l'agriculture et des
marchands de graines. Et les variétés « modernes » contiennent beaucoup moins de vitamines et d'oligoéléments que les variétés anciennes.

3

Comment réparer les sols abîmés ?
En 1900, les sols des terres cultivées contenaient
encore 4 % de matières organiques ; aujourd'hui, il n'en
contiennent plus que 2 %. Dans une forêt, par exemple,
c'est la litière qui est transformée en excréments, puis en
humus, par la micro-faune - collemboles (3), acariens, cloportes, mille-pattes, etc. - et par les vers de terre. L'argile,
elle, se forme à partir de l'érosion des roches sous-jacentes
et c'est le mélange humus-argile qui va donner au sol une
structure favorable à la circulation de l'air et à la rétention
de l'eau et des sels minéraux.

laisser les sols à nu, surtout en été, parce qu'une température supérieure à 40°C provoque la mort des microbes,
faire des semis directs en pratiquant un simple griffage
des sols ou des labours à faible profondeur, etc.
En définitive, il faut arrêter de considérer le sol
comme un simple support physique des plantes cultivées
et un vulgaire substrat pour engrais chimiques. Le sol est
un milieu vivant, qui doit être riche en micro-faune, en
champignons microscopiques et en matière organique,
ce que l'agriculture productiviste et industrielle est incapable de respecter. Petit clin d'œil au barrage de Sivens :
un sol dégradé ne joue plus son rôle d'éponge, d'où la
fuite en avant de l'irrigation.
C'est réconfortant de voir qu'à Valdahon, 400 personnes ont montré un grand intérêt pour une autre agriculture, plus écologique et plus respectueuse des équilibres naturels et de la biodiversité.

4

La bonne nouvelle, c'est qu'on peut réparer les
sols, et on comprendra donc facilement que la pièce maîtresse d'une restauration des sols agricoles est l'enrichissement en matière organique. On peut le faire de différentes
manières : apports de fumier, culture de plantes intermédiaires qui servent d'engrais verts, utilisation de mulch (4),
de BRF (5). Et Claude Bourguignon nous met en garde
contre le développement de la méthanisation, qui va poser
un nouveau problème puisque, dans ce processus, le carbone est transformé en gaz et non en humus et que les
résidus ou digestats épandus sur les terres agricoles ne contiennent plus de matières organiques.
D'autres techniques permettent d'aider à la réparation des sols : utiliser des tracteurs plus petits ou des chevaux pour limiter les phénomènes de tassement, ne pas

Gérard Mamet

(1) Institut National de la Recherche Agronomique.
(2) Laboratoire d'Analyse Microbiologique des Sols :
www.lams-21.com/
(3) Classe de petits arthropodes, souvent sauteurs.
(4) Déchets organiques, compost, paillis dont on
recouvre le sol.
(5) Bois Raméal Fragmenté : résidus de branches
(rameaux) fraîchement broyées. Le BRF favorise le maintien de l'humidité et la formation d'humus.

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine

Contre le dérèglement climatique

ALTERNATIBA !

Pour sauver le climat, « il est minuit moins
cinq », affirmait récemment le président du GIEC, le
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat. Plus personne, hélas, ne peut douter de la gravité
du dérèglement en cours : « Cyclones, tornades, inondations, tempêtes et sécheresses… Entre 1980 et 2011, les
catastrophes climatiques ont coûté la vie à quelque
30 000 personnes et occasionné plus de mille milliards de
dollars de dégâts sur le continent nord-américain », indiquait une étude du réassureur allemand Munich Re publiée en octobre 2012. En trente ans, le nombre de catastrophes climatiques a presque quintuplé en Amérique du
Nord alors qu’il a été multiplié par 4 en Asie, par 2,5 en
Afrique et qu’il a doublé en Europe.

« Notre maison brûle ! »
Ce que nous vivons aujourd’hui est bien peu de
choses par rapport à ce que subiront nos enfants si nous
ne sommes pas capables de relever très vite le défi climatique. Le franchissement possible du seuil des + 2°C
(hausse de température moyenne du globe terrestre à
partir de laquelle l’impact sur les écosystèmes est de
grande ampleur) n’était décrit qu’à l’horizon 2100 il y a
quelques années à peine. Mais un communiqué publié
en juin 2013 par le CNRS informe que ce seuil pourrait
être franchi entre 2035 et 2045 pour le scénario le plus
sévère, qui est, hélas, celui qui suit la courbe actuelle de
nos émissions de gaz à effet de serre. Nous voyons, quasiment en direct, la situation s’aggraver de manière terrible et les échéances se rapprocher dangereusement.
Rien n’a changé depuis le célèbre constat :
« Notre maison brûle mais nous regardons ailleurs » (1).
Pire, depuis l’échec du sommet de Copenhague en 2009
et l’éclatement de la crise financière, l’urgence climatique semble avoir disparu de l’agenda des décideurs.

Le projet Alternatiba
Le projet Alternatiba est né dans ce contexte. Il veut contribuer à relancer une mobilisation
citoyenne, au niveau européen, dans la perspective
d’un sommet décisif pour les négociations internationales sur le climat qui se tiendra fin 2015 à Paris
(COP21).
Du 5 juin au 26 septembre 2015, un vélo à
4 places parcourra 5 000 kilomètres pour le climat
entre Bayonne et Paris. Symbole d'Alternatiba, ce
drôle de vélo traversera 180 territoires de 6 pays
européens, pour porter le message suivant : non
seulement les alternatives au dérèglement climatique existent, mais en plus, elles construisent un
monde meilleur !

Ce tour mobilisera des milliers de collectifs
locaux et des dizaines de milliers de citoyens, à
quelques mois du sommet mondial sur le climat. Il
s'agira de contribuer à une phase de prémobilisation
citoyenne autour de la promotion des «vraies alternatives », pour contrer celle des fausses solutions
qui risque d'être orchestrée par différents lobbies.
Or, la solution ne peut pas venir seulement d'en
haut, elle doit aussi être enclenchée depuis nos territoires : c'est le sens de ce Tour Alternatiba.

5

Alternatiba, c'est quoi exactement ?
Le dimanche 6 octobre 2013, Alternatiba, mélange d'Utopia et d'Alternative, a été le nom d'un village
de transition vers le monde de demain installé en plein
cœur de Bayonne, au Pays basque. Le premier village des
alternatives au changement climatique s'est ainsi tenu
quelques jours après la publication du cinquième rapport
du GIEC. Organisé par 500 bénévoles, Alternatiba a rassemblé plus de 12 000 personnes. Il a ainsi montré qu'une
mobilisation large, bien au-delà des seuls convaincus,
était possible sur la question de l'urgence et de la justice
climatique.
À l'aide de conférences, expositions, stands, ateliers et démonstrations pratiques, mais également de repas festifs, concerts, déambulations artistiques, chants et
danses, etc., Alternatiba montrait que non seulement les
solutions au dérèglement climatique existent, mais qu'en
plus, elles construisent une société et une vie plus humaines, plus justes, plus solidaires, plus conviviales, bref,
plus désirables.

Une dynamique prometteuse
Depuis le 6 octobre 2013, une quinzaine de
villes ou territoires ont spontanément vu éclore des
initiatives Alternatiba : Paris/Ile-de-France, Nantes,
Bordeaux, Marseille/Aix-en-Provence, Saint-Jean-deLuz, Polynésie, Genève (Suisse), etc. Plus près de
nous, l’Alternatiba Tour fera escale à Dijon le 14 juillet
2015. Il fera étape en Franche-Comté le 15 juillet à

Dole, le 16 juillet à Besançon. Nous pourrions en
profiter pour organiser un événement afin de valoriser nos actions sur la transition écologique. (2).

Suzy Antoine

(1) Jacques Chirac, Président de la République
française, en ouverture du discours qu'il fit pour le
IVe Sommet de la terre, le 2 septembre 2002, à
Johannesburg (Afrique du Sud).
(2) Pour en savoir plus : www.alternatiba.eu

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Un peu de Charlie Hebdo ?

Un Café écolo à Montbéliard

INNOVATION SOCIALE
ET ENVIRONNEMENTALE DU FABLAB
Le groupe local EÉLV du Pays de Montbéliard
organise des apéros ou cafés écolos avec un double objectif : offrir aux militants la possibilité de creuser un
sujet, mais aussi créer des occasions de rencontre avec
des personnes que nous ne côtoyons pas habituellement. Nous invitons très largement les habitants de l’Aire
Urbaine à venir s’informer et débattre sur des thématiques précises avec un ou des invités. Lundi
17 novembre, c’est autour de Pascal Minguet que nous
avons parlé d’« innovation sociale et environnementale
du FabLab ». Imprimantes 3D, FabLabs sont des sujets à
la mode et en phase dans un Pays de Montbéliard qui
mise sur le numérique pour se diversifier. Autant de raisons pour organiser ce café écolo. Mais, au-delà, c’est le
fonctionnement social des FabLabs et les nouvelles façons de consommer qu'ils induisent qui nous ont intéressés.
Ce n’est donc pas de technique qu’il a été question, mais d’utilité sociale et environnementale des
FabLabs.

Massachusettts, à la fin des années 1990. Au sein
des FabLabs, on s’entraide, on partage son savoirfaire pour mettre le numérique à son service : réparer un objet, programmer un logiciel, imprimer en
3D un prototype, détourner un produit de son usage
initial, etc. Par leur mode de fonctionnement collaboratif et communautaire, les FabLabs permettent
de renouer le lien social par l’entraide et la collaboration. Ils permettent par exemple de contrer l’obsolescence programmée des objets et s’affranchissent
des distances : grâce aux fichiers numériques, un
objet peut être conçu dans un FabLab, fabriqué dans
un autre et amélioré dans un troisième - y compris
dans un pays en voie de développement.

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Qui est Pascal Minguet ?
Pascal Minguet est
originaire de Montbéliard ;
après avoir étudié la microélectronique à l’université de
Dijon, il a travaillé dans les
secteurs de la communication, du marketing numérique et des réseaux sociaux.
Il est depuis quelques mois
« chargé de mission Numérique et usages » au Conseil
régional de Bourgogne. Il est conseiller municipal à Ladoix-Serrigny, près de Beaune, après l’avoir été à Jouhe,
commune du Grand Dole. Il est aussi l’un des cofondateurs du premier FabLab rural de France, à Biarne, village de 350 habitants voisin de Jouhe. C’est pour cela
que nous l’avons invité.

Un FabLab ?
Les FabLabs (contraction de l’anglais Fabrication
Laboratory, « laboratoire de fabrication ») sont nés
d’une façon innovante de « bricoler » collectivement
avec les nouvelles technologies. L'idée émane de Neil
Gershenfeld, de l'Institut de Technologie du

Un dynamisme associatif rural
L'association Net-Iki est née en 2008 sur la
fracture numérique, résultat de l’absence d’internet
haut débit dans les villages de Biarne et Jouhe. Le
collectif initial, fort de 120 foyers des deux villages,
s’est vite transformé en association loi de 1901. Début 2009, c'est l'arrivée de la première liaison wifi
du Jura à Jouhe. Cette association intervillages NetIki organise chaque semaine des ateliers pour découvrir, utiliser et maîtriser Internet et le numérique. Les ateliers se déroulent le jeudi de 19 h 30 à
21 h 30, sont animés par des bénévoles et couvrent,
selon les sujets, les niveaux débutants, utilisateurs
et experts d’Internet. Depuis 2011, Net-IKi est installée dans une ancienne salle de classe de Biarne,
dotée d’ordinateurs récupérés auprès d’une grande
entreprise locale. Outre les ateliers, qui abordent
des thèmes variés - utiliser Internet, faire ses démarches en ligne, faire connaître son association ou

son commerce via les réseaux sociaux, utiliser son appareil photo numérique ou son smartphone -, l’association
fait de la veille technologique et décrypte les offres en
matière de numérique. Les membres se regroupent régulièrement pour obtenir des remises et partagent, s’échangent des appareils pour éviter la surconsommation. Les
échanges et collaborations dépassent même souvent le
cadre de l'association.

Un FabLab à Biarne, une première en France

8

Fin 2010, l'association Net-Iki s'intéresse au mouvement FabLab comme lieu ouvert d'échange, de collaboration, de création, d'innovation, de fabrication, de réparation. A cette époque, il y a une cinquantaine de FabLabs
dans le monde et aucun en France. Net-Iki se lance dans
l'expérimentation du concept avec d'autres équipes à
Toulouse, Nantes et Cergy. Aujourd'hui, il y en a quatre
dans le Jura.
L’équipement initial d’un FabLab nécessite une
connexion internet haut ou très haut débit, puisque tous
les FabLabs du monde travaillent ensemble, s’échangent
savoir-faire et bonnes pratiques et s’assistent mutuellement. Chaque FabLab dispose au moins d’une imprimante 3D qui permet de créer des objets par dépôt de
matière, d’une découpe laser, de kits électroniques et
robotiques. « Nous travaillons sur des modèles ouverts,
chaque création ou détournement d’objets est documenté
et partagé avec les autres FabLabs. » Une charte (1) regroupe l'ensemble de ces modes de fonctionnement
communs à tous les FabLabs du monde.

Ouvert en juin 2012, le FabLab de Biarne réunit
des passionnés et des curieux de 7 à 87 ans, de tous métiers, venus de plus de 15 villages. Ils imaginent, travaillent à des projets, créent et réparent. « Nous ne sommes
pas plus bêtes qu’ailleurs, nous sommes débrouillards et
pragmatiques et nous disposons de temps, dit Pascal
Minguet. Nous évoluons dans une ruralité active, responsable et profondément centrée sur l’humain. Le FabLab
est un lieu de partage et de lien intergénérationnel qui
comble le manque de commerces et de services publics
dont souffrent nos villages. »
On trouvera plus d'informations :
- sur le FabLab de Biarne sur son site : http://
www.net-village.org/fablab/?page_id=2220
- et sur les FabLabs en général : http://
fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab

Bernard Lachambre

(Article écrit à partir de notes prises pendant le
café écolo et de l'article de Pascal Minguet paru dans
Serre Vivante en 2013.)
(1) La charte s'inscrit dans une logique de gratuité, elle engage les utilisateurs à participer aux projets en
cours, à documenter les réalisations et à partager ces
documentations sur Internet. Voir la charte : http://
www.interfabs.fr/

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Rencontre internationale de Cinéma de Pontarlier

LE KURDISTAN A L'ÉCRAN
Les organisateurs du festival de Pontarlier ont eu
beaucoup de flair d'avoir choisi, pour cette édition de la
Toussaint 2014, près d'un an à l'avance, le thème des
« cinémas kurdes », alors que la bataille, autour de la
ville syrienne de Kobané, contre les islamistes se poursuit.

(De gauche à droite : Patrick Colle, Hiner Saleem,
Pierre Blondeau)
Photos de Georges Panneton
Les Kurdes ont une forme d'humour étonnante,
comme en témoigne cette phrase du grand-père
d'Hiner Saleem : « Notre passé est triste, notre présent
est tragique, mais heureusement nous n'avons pas
d'avenir. » Le ton est donné pour un cinéma décalé,
parfois jusqu'à l'absurde, mais poétique et plein d'humanité, un cinéma qui nous en apprend beaucoup sur la
société kurde et les aspirations de ce peuple.

Hiner Saleem à l'honneur
Après Yilmaz Güney
(1), Hiner Saleem est sans
doute le plus connu des réalisateurs kurdes. Né en Irak,
il quitte son pays avec sa
famille à l'âge de 17 ans pour
échapper aux persécutions
de Saddam Hussein. Il racontera plus tard son enfance au Kurdistan irakien dans un
livre, Le fusil de mon père. Réfugié en France, il concrétise son rêve : devenir réalisateur. Entre 1992 et 2013, il
réalise une dizaine de films, dont le plus connu,
My sweet pepper land, a été choisi pour la séance de
clôture des rencontres de Pontarlier. Ce film, avec dans
le rôle principal féminin la grande actrice d'origine iranienne Golshifteh Farahani, a été sélectionné au

Festival de Cannes 2013.
Je n'ai assisté qu'à deux séances. Le vendredi soir
était projeté Vodka lemon - nom de la marque d'un alcool
local -, une histoire sombre dans un village kurde d'Arménie, après la chute de l'URSS. Hamo, retraité, la soixantaine, doit vivre avec sept dollars par mois… La neige est
omniprésente, ce qui ajoute encore du dénuement à la
misère et à la déglingue sociale. Hamo se rend tous les
jours en bus au cimetière, sur la tombe de sa femme, et
doit vendre ses meubles pour survivre. Mais dans ce désert blanc où tout semble hostile, il y a encore de l'amour
et, pour un temps, de la vodka…
Le dernier film projeté le dimanche My sweet pepper land, donc - est un chef-d'œuvre. Aux
confins du Kurdistan irakien, près de la frontière turque,
Baran, officier de police fraîchement arrivé, tente de faire
respecter la loi. Il est
confronté à un caïd
local, Aziz Aga, qui
veut pouvoir continuer
ses trafics, y compris
en pactisant avec l'ennemi turc, et qui s'oppose à la scolarisation
des enfants. Dans ce
village perdu, Baran
rencontre
Govend,
l'institutrice,
jeune
femme insoumise de
vingt-huit ans, qui
n'est pas encore mariée, au désespoir de ses nombreux
frères, parce qu'elle a refusé tous les prétendants que voulait lui imposer sa famille. Et dans un style western, dans
des paysages grandioses, le réalisateur nous conte une
belle histoire d'amour, consentie et libre, contre les préjugés et les traditions séculaires.

Les aspirations d'un peuple
Hiner Saleem ne veut pas faire du cinéma militant et
le discours politique n'est pas son propos : il fait passer
ses messages à travers des histoires. On se rend compte
qu'on est encore loin de l'unité du Kurdistan, et pas seulement pour des problèmes de frontières. L'écriture de la
langue kurde en est un symbole : alphabet cyrillique en
Arménie, latin en Turquie et arabe en Irak et en Syrie.
Mais l'aspiration à l'unité est là et il y aura sans doute un
jour un Kurdistan unifié et indépendant.

9

La société kurde est traversée de contradictions.
Dans My sweet pepper land, ceux qui veulent sortir le pays
du Moyen-Age, construire un État moderne et promouvoir
l'égalité homme-femme sont confrontés à la société traditionnelle très conservatrice, aux seigneurs de guerre, aux
féodaux et aux trafiquants de tout poil. On y retrouve l'obsession de la virginité et le code d'honneur qui s'opposent
au travail de la femme et à son émancipation. Dès lors, on
comprend qu'il puisse y avoir une forme de convergence,
voire de complicité entre les conservateurs kurdes ou turcs
et les représentants de « l'État islamique » Daech.

À travers ses images et ses dialogues, mine de
rien, le cinéma d'Hiner Saleem nous fait entrevoir les
deux visions du monde qui s'affrontent en ce moment
dans la région : la vision machiste, obscurantiste et rétrograde des féodaux et la vision moderne, ouverte et
libre, où l'égalité homme-femme serait le fondement
d'une vraie démocratie.

Gérard Mamet

(1) Yilmaz Güney est un réalisateur et metteur
en scène turc d'origine kurde (1937-1984). Parmi ses
films les plus connus : Le troupeau (1978) et Yol (1982).

Bande dessinée

RIEN QUE DU BON !

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Qu'est-ce qu'une bonne bande dessinée ? D'abord
un dessin, puis une histoire, à laquelle le dessin participe
sans l'illustrer.
Patrick Prugne sait parfaitement mêler un dessin
travaillé, rehaussé d'une coloration pastel, qui se suffit souvent à lui-même, et une histoire qui s'écrit par petites
touches et évite ainsi les pages bavardes.
Son dernier
opus, Poulbots (1),
d'une rare splendeur,
conte l'histoire d'un
petit bourgeois qui
rencontre ces gamins
des rues dont Francisque Poulbot s'était
fait un peu le porteparole. En plus, il
nous laisse deviner
son art et son talent
en nous offrant à la
fin de l'ouvrage croquis et esquisses qui
dévoilent le travail de création.
On lira et admirera de la même manière ses deux
précédentes livraisons, Frenchman et Pauwnee, une histoire en deux tomes de Français partis pour la Louisiane et
qui se confrontent à un monde inconnu, rude, violent et
mystérieux (2).

Question dessins, Loisel et Tripp font très fort
en mariant leurs
crayons (3) pour une
saga, Magasin général, dont le neuvième
et dernier tome vient
de sortir (4). On y
retrouve les personnages d'un petit village québécois des
années 1920, qui vit
un chambardement
sans précédent
quand se met à souffler le vent de la modernité citadine
sur une campagne dont la vie est rythmée par les saisons - ou comment danser le charleston sans que les
anciens ne s'offusquent, comment devenir mère sans
connaître le père.
Le plaisir des yeux s'accompagne d'un plaisir de
la lecture : dans la tête résonnent l'accent et la richesse
des expressions québécoises. Tabernacle !

Michel Boutanquoi
(1) Éditions Margot
(2) Éditions Daniel Maghen
(3) Ce n'est pas qu'une image :
les deux dessinateurs (et scénaristes) allient leurs styles
pour en créer un nouveau.
(4) Éditions Casterman

À lire encore

POUR NE PAS FONCER DANS LE MUR
Pionnier de l’écotoxicologie, science qui
étudie
les
conséquences, sur les communautés d’être vivants
et les écosystèmes, de
l’introduction de substances chimiques, souvent toxiques, dans le
milieu, François Ramade, professeur émérite d’écologie et de
zoologie à l’université
de Paris-Sud, nous offre
son 24e livre, Un monde
sans famine ? Vers une agriculture durable. (1) Cet ouvrage
traite des rapports que l’homme entretient avec la nature à
travers sa démographie et son agriculture. Parmi les multiples questions abordées, on en citera quelques-unes. Par
exemple :
L’accroissement de la population humaine exerce une
puissante action destructrice sur les milieux et les espèces,
mais la transition démographique est bien entamée : ira-telle assez vite ?
La production alimentaire suit-elle la croissance démographique ? Si la réponse est négative, les causes en
sont-elles sociologiques, économiques, comportementales,
écologiques ?
En agriculture, quelle surface est actuellement cultivée ? De quelle surface cultivable peut-on encore espérer
disposer ?
Les agrocarburants sont-ils une solution énergétique
ou bien une imposture énergétique et écologique ?

En 2100, on échange nos maisons pour un tipi
en Laponie ?
L’eau, quelle abondance ! Mais quid de l’eau
douce, dont seulement 9 000 km3 sont disponibles, soit
une quantité limitée ?
Les rendements de l’agriculture intensive ne
sont-ils pas un trompe-l’œil, alors que plus on introduit
d’énergie dans la production, plus le rendement baisse ?
Biodiversité : le sixième épisode d’extinction
majeur connaît un rythme inégalé. Que restera-t-il pour
nos enfants ?
Sommes-nous donc prisonniers de l’explosion
démographique, de la pauvreté et des modalités de
l’agriculture conventionnelle ? Non, car l’Occident, dès le
XVIIIe siècle, a commencé à stabiliser sa population. La
Chine et l’Iran en ont fait autant au XXe siècle. Les modèles agricoles alternatifs et efficaces existent.
François Ramade laisse une fenêtre d’espoir
entr’ouverte. Il trace et développe les lignes directrices
tournant le dos au mur vers lequel l’humanité est en
train de foncer. Il achève son ouvrage en insistant sur
l’impérative nécessité de substituer une agriculture
« écologique » à l’agriculture contemporaine, gaspilleuse de ressources naturelles et destructrice de l’espace rural.
Vous voulez savoir pour agir ? Alors, lisez ce
livre.

Suzy Antoine
(d’après L’oiseau magazine
n°116 p 27)

(1) Collection UniverSciences, Dunod, 2014—24 €

11

Un chanteur engagé

MONTÉHUS

12

En cette année où nous célébrons le centenaire
de la guerre de 1914, il serait bon de rappeler un chanteur qui a marqué le premier quart du 20e siècle :
Montéhus.
De son vrai nom Gaston Brunschwig, il naît à Paris
en 1872 et est l'aîné d'une famille de 22 enfants !
Il débute dans la chanson dés 1884 et prend le
nom de Montéhus. Chanteur engagé, ce gosse de la rue
défend pêle-mêle les ouvriers, les femmes, la paix et
tous ceux qui souffrent .
C'est en 1907 qu'il va vraiment devenir célèbre.
Cette année-là, le Midi viticole est en crise et se révolte.
Le gouvernement dirigé par Georges
Clemenceau envoie la troupe pour
rétablir l'ordre. Mais le 20 juin, le
17e régiment d'infanterie se mutine
et refuse de tirer sur les vignerons.
À cette occasion, Montéhus écrit la
chanson Gloire au 17e, qui aura un
retentissement mondial. On connaît
tous :
« Salut, salut à vous, braves
soldats du 17e ,
Salut, braves pioupious [...]
Vous auriez en tirant sur nous
assassiné la République. »
Ses chansons provoquent
souvent la réaction des gouvernements en place et il sera l'objet de
nombreux procès, en particulier
pour une chanson dédiée aux
femmes et intitulée La grève des
mères, qui montre sa volonté de
défendre la paix :
« Puisque les hommes sont des sauvages,
Femmes debout, femmes à l'ouvrage ,
Il faut sauver l'humanité.
Refuse de peupler la terre, arrête la fécondité,
Déclare la grève des mères. »
Pour cette chanson, il sera condamné pour... incitation à l'avortement !
Mais si Montéhus soutenait les ouvriers, il n'hésitait pas à les mettre devant leurs responsabilités, en particulier concernant la consommation d'alcool. Dans la
chanson Morale à la débauche, il fait parler la femme de
l'ouvrier qui va chercher son mari à l'estaminet et qui lui
dit :

« Pisqu't'es en train, finis ton verre
Et puis rentrons à la maison.
Faut êtr' sérieux quand on est père,
Tu sais bien qu'c'est moi qui ai raison. »
Arrive la guerre de 1914 et, comme beaucoup de militants de la paix, il rejoindra l'Union sacrée et composera
plusieurs chansons pour soutenir le moral des soldats. Deux
d'entre elles sont particulièrement marquantes. Il modifie la
chanson d'Eugène Pottier, L'Internationale :
« C'est la guerre finale, battons-nous et demain,
L'Internationale sera le genre humain. »
Dans une autre, il s'adresse aux gens de
gauche : c'est La Lettre aux socialos :
« C'est pour notre indépendance
Que l'on marche sans défaillance
Comme si c'était le grand soir.
Que l'on soit syndicaliste,
Anarcho, ou socialiste,
Tout chacun fait son devoir. »
Après la guerre, il participe à nouveau à
la défense de la paix et, en mémoire des
soldats morts au combat, il écrit La
Butte rouge en 1922 :
« Sur cette butte -à on n'y f'sait pas la
noce
Comme à Montmartre où l'champagne
coule à flots,
Mais les pauvr's gars qu'avaient laissé
des gosses
Y f'saient entendre de terribles sanglots.
C'qu'elle en a bu des larmes cette terre,
Larmes d'ouvriers et larmes de paysans,
Car les bandits qui sont cause des
guerres
Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans ! »
Ensuite, Montéheus fut quelque peu oublié. Il retrouva
cependant un regain de reconnaissance en 1936 en écrivant La Jeune Garde, qui sera le chant du Front populaire.
D'origine juive, il ne fut cependant pas déporté pendant l'occupation mais porta l'étoile jaune. En 1947, il
reçut la Légion d'honneur des mains de Paul Ramadier
Ministre de... la guerre !
Il est mort à Paris en 1952.

Gérard Pavageau

De chez nous au Proche-Orient

DEUX POIDS, DEUX MESURES ?
Le rapprochement qui suit, entre deux situations
qui n'ont a priori aucun point commun, pourra paraître
abusif et/ou artificiel. Si je me l'autorise néanmoins, c'est
que toutes deux me semblent illustrer parfaitement la
même expression : on use souvent de deux poids, deux
mesures.

la presse... Alors, deux poids, deux mesures ?...

Des grenades et des ragondins
Les tragiques événements liés au stupide projet de
barrage de Sivens et les manifestations organisées par la
FNSEA apportent de ce précepte une première illustration. Dans le Tarn, des manifestants pacifiques (1), qui
luttaient à mains nues non seulement contre un ouvrage
éminemment contestable, mais aussi (et surtout ?) pour
un monde un peu plus humain, se sont retrouvés face à
une escouade de pandores tirant à qui mieux mieux des
salves de grenades offensives. Bilan : un mort,
Rémi Fraisse rejoignant Vital Michalon au martyrologe de
ceux qui – n'en déplaise à certain (ir)responsable socialiste – perdent la vie en défendant des idées d'avenir.
Une semaine plus tard, ce sont des milliers d'agriculteurs, excités par une FNSEA plus bornée que jamais,
qui investissent plusieurs villes de France. Eux ont une
curieuse conception de l'avenir, fondée sur le « toujoursplus » : toujours plus de pesticides dans les champs,
d'animaux dans ce qui a remplacé les prés, d'antibiotiques dans les animaux...(2). Comme à l'accoutumée, il
faut qu'ils conspuent, qu'ils cassent, qu'ils salopent – cela
bien sûr pour « manifester leur désespoir ». Et que je te
balance du fumier, et que je te déverse du purin et du
lisier, et que je t'incendie des pneus (quand ce ne sont
pas, comme quelques jours avant, des centres des impôts
ou des locaux de la Mutualité agricole), et que je te pète
des vitres et te mure des portes, et que cette fois – ah !
pour ça, en voilà de la nouveauté ! -, je te projette des
ragondins peinturlurés ; au besoin, je roule même dessus
en tracteur (3). Et comme chacun sait que ce sont les
écolos qui font rien qu'à faire des misères au monde paysan, on va taguer les locaux – comme à Toulouse et à la
Maison Verte, à Dole – de ces ayatollahs verts empêcheurs de polluer en rond. Tout cela en l'absence quasi
totale de réaction des FVdO (Forces Vallsiennes dites de
l'Ordre) ; et à l'heure où j'écris ces lignes, il semblerait
qu'aucune poursuite judiciaire n'ait été engagée contre
les casseurs (pardon : les syndicalistes paysans) et les
tortionnaires d'animaux (euh ! non : simplement des gens
qui détruisent des nuisibles) (4). Mais j'ai peut-être mal lu

Les Palestiniens et... les autres
L'été dernier, en réaction à la guerre menée par
Israël dans la bande de Gaza, les prises de position et les
manifestations de soutien aux Palestiniens se sont succédé, en France et ailleurs, de la part de multiples associations, partis, collectifs. Répétons-le : c'était normal,
c'était juste, c'était nécessaire... même si on pouvait
s'interroger quant aux motivations profondes de certains soutiens de la résistance palestinienne (5).
Depuis la fin (évidemment provisoire) de ce conflit,
l'attention du monde s'est d'autant plus détournée de la
Palestine que d'autres sujets d'inquiétude sont apparus
et ont proliféré depuis. Au premier rang de ceux-ci, l'offensive et les succès de Daech, le prétendu « État » islamique, dont le cancer s'étend peu à peu sur des pans
entiers du territoire syrien et irakien (sans parler des
groupes qui, en Libye, en Égypte, en Algérie et ailleurs,
lui font allégeance). Cette armée (car c'en est bien devenu une) de cinglés, d'illuminés, de fous furieux, de fanatiques, étend, par le sabre et le canon, son empire - son
« califat » - dépouillé de tout ce qui n'est pas l'islam tel
qu'elle le conçoit. Chrétiens, Yézidis, Kurdes, chiites et
autres minorités sont ses proies de prédilection ; exécutions et déplacements massifs, conversions forcées, esclavage et viols, décapitations, crucifiements et égorgements, nettoyage ethnico-religieux à grande échelle sont
les méthodes, parmi d'autres, d'Abou Bakr al-Baghdadi
et de sa bande de dégénérés. En quelques mois, ces barbus exaltés ont causé des milliers de morts, chassé des
milliers de gens de leurs terres, extirpé des lieux qu'ils
occupent des cultures millénaires.

13

Dessin publié
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo

Dans ces conditions, on se serait (pas vous ?)
attendu à une mobilisation unanime, ou du moins à celle
des organisations habituées à défendre (je le dis sans
ironie) le faible contre le fort, la victime contre le soudard, le massacré contre le massacreur. Bref, on aurait
pu penser que la solidarité manifestée aux Palestiniens
vaudrait aussi pour les autres « damnés de la terre »
proche-orientaux.

14

Force est de constater (arrêtez-moi si je me
trompe) qu'il n'en a rien été – ou si peu. J'ai eu beau
(tenter de) suivre au plus près l'actualité, éplucher les
journaux, chercher sur internet, réclamer même aux
copains des infos qui m'auraient éventuellement échappé, bernique ! Soyons honnête : il y a bien eu, le 1er novembre, une journée mondiale de soutien à la résistance
de la ville de Kobané (dont le moins qu'on puisse dire est
qu'elle n'a pas eu l'impact médiatique des manifestations de soutien à la Palestine) ; j'ai vu passer un ou deux
communiqués d'EÉLV, qui a d'ailleurs participé à des
rassemblements de soutien aux Kurdes (et les Yézidis ?) ;
l'Église catholique a appelé à soutenir les chrétiens
d'Orient (et les autres ?) ; et je n'affirmerai pas qu'à Bécon-les-Bruyères ou à La Trinité-Porhoet, on n'a pas vu
un groupuscule local se réunir dans une arrière-cuisine
pour pondre un tract bien senti à distribuer dans les familles... Mais où sont passées, tous ces derniers mois, les
foules d'extrême gauche et écologistes (entre autres)
spécialisées dans la dénonciation des crimes d'Israël à
Gaza et ailleurs ? Pourquoi n'a-t-on pas entendu, contre
les nouveaux talibans du Moyen-Orient, les mêmes discours enflammés que ceux qui, il y a peu, vouaient l'État
hébreu aux gémonies ?
J'entends d'ici les objections, entre autres celleci : les crimes de Daech sont d'une telle ampleur et d'une
telle nature qu'ils laissent littéralement sans voix ; et de
toute façon, les djihadistes se contrefichent de ce que
pense d'eux l'opinion publique mondiale, ce qui n'est pas
le cas d'Israël, État « démocratique » sensible, par

exemple, aux risques de boycott. Certes, mais outre
que les manifestations anti-israéliennes n'ont guère eu
d'influence sur la conduite de la guerre à Gaza, l'effet
« sidérant » de la barbarie islamiste n'a pas empêché
(Cf. plus haut) certains soutiens « ciblés » à ses victimes, ni les protestations (justifiées ou non, c'est une
autre question) contre la guerre finalement menée par
l'Occident.
Alors, bien sûr, la complexité de la question est
telle qu'on ne saurait se contenter d'y trouver une explication unique et si simplificatrice qu'elle en serait
caricaturale. On aura cependant du mal à me convaincre (je l'ai déjà dit il y a trois mois) que, parmi les
raisons expliquant la différence de traitement entre les
Palestiniens et les autres victimes de la barbarie, il n'y a
pas, tapis au fond de certaines (in)consciences, de détestables relents d'antisémitisme, un peu comme si le
« tort » des Kurdes, des Yézidis, des chrétiens d'Orient
et de quelques autres, oubliés par les défenseurs patentés des peuples opprimés, était de n'être pas massacrés par des juifs...

Gérard Roy

Dessin publié avec l’aimable
autorisation de Charlie Hebdo
(1) Même s'il serait ridicule et contre-productif de
nier la présence de gens venus simplement pour en découdre, comme c'est devenu la règle dans quasiment
toutes les manifs.
(2) En revanche, toujours moins de paysans... au
profit exclusif des plus gros d'entre eux.
(3) Pour une fois, j'apprécie à sa juste valeur le
commentaire de Jean-Vincent Placé à propos de « ces
pauvres types sadiques de la FNSEA » : « Les traiter de
porcs serait diffamatoire vis-à-vis des animaux. »
(4) Pourtant, des plaintes ont été déposées par
des associations.
(5) Cf. Tous les massacres ne se valent pas,
La Feuille Verte n°199, p.12-13.

Science et écologie

IMMORTALITÉ DES RICHES, RESPONSABILITÉ
DES SCIENTIFIQUES,
MASSACRE INSECTICIDE ET ÉPIDÉMIE D'EBOLA
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.
1. Seuls les riches seront immortels
Une équipe de chercheurs de l'université de Harvard travaille sur le vieillissement des cellules. Il y a des
avancées décisives : « Plusieurs substances actuellement
testées en laboratoire ralentissent considérablement le
vieillissement et retardent la survenue du diabète, des
cancers et des maladies cardiaques ». L'équipe a même
découvert un composé qui inverse le vieillissement des
cellules. Pour ceux qui pourront se payer les traitements
onéreux, la bonne santé pourrait se poursuivre jusqu'à
100 ou 120 ans. (Courrier international n° 1151, 23 au
29 octobre 2014, pp. 28-31-extraits du magazine Aeon,
Londres)

discipline récente qui explore les liens entre pouvoir,
savoir et technologie. A l'opposé des chercheurs qui
prétendent que la technologie va permettre de vaincre
les maladies, le vieillissement et même le réchauffement climatique, une chercheuse d'origine indienne,
Sheila Jasanoff, enseignante en STS, plaide pour des
technologies de l'humilité. Pour elle, il n'y a pas de solutions technologiques aux problèmes de société et il faut
inventer des méthodes pour gérer la partialité des connaissances scientifiques et ne pas en oublier la dimension éthique. Et malheureusement, dans notre univers
occidental, « le marché est l'ultime validateur de nos
technologies ». (La Recherche n° 492, octobre 2014,
pp. 70-72)

15

Commentaire : Mais cela ne ferait qu'accroître
l'écart entre la longévité des nantis et celles des plus démunis qui est déjà de 12,2 ans aux Etats-Unis. Selon
Health Affairs, dans ce même pays, en 18 ans, dans les
classes modestes, l'espérance de vie a déjà diminué de
5 ans pour les femmes et de 3 ans pour les hommes. En
cause la pauvreté, la malnutrition, le manque de soins
médicaux. A terme, les riches pourraient vivre deux fois
plus longtemps que les pauvres. Pouvons-nous accepter
une telle dérive de la société où les écarts de revenus
sont en train de se transformer en écart de durée de vie
en bonne santé ?

2. L'entreprise scientifique doit être responsable devant l'humanité
« STS », Sciences Technologies et Société, est une

Commentaire : dans les années 60, la science et
la technologie étaient associées à la force de destruction de la bombe nucléaire, au défoliant appelé agent
orange et aux méfaits des pesticides. Aujourd'hui, entre
science et société, le jeu est sans doute plus subtil.
Mais les sociétés produisent du savoir scientifique en
cohérence avec leur histoire politique, culturelle et institutionnelle. Il s'agit donc de passer les sciences au
crible interdisciplinaire : sociologie, histoire et philosophie. Le but final étant que l'entreprise scientifique soit
responsable devant l'humanité. Ce qui est contredit
dans des exemples comme Bhopal ou Fukushima.

3. Ebola : l'urgence est d'abord sur le terrain

mine les sols et les eaux des rivières. (Libération,
14 novembre 2014, pp. 30-31)

Le 12 août 2014 l'OMS annonçait que des traitements non homologués allaient être proposés contre
l'épidémie Ebola. Habituellement, en Europe et aux
Etats-Unis, la mise sur le marché d'un nouveau médicament n'est proposée qu'après 3 phases d'essais cliniques évaluant le rapport bénéfices/risques. Or pour
l'instant, les candidats-médicaments ou les candidatsvaccins ont seulement été testés chez l'animal. C'est la
pression médiatique dans les pays occidentaux qui a
poussé l'OMS a dérogé avec ses principes. (La
Recherche n° 492, octobre 2014, p. 85)

Commentaire : Encore une fois, c'est l'agricul-

16

Commentaire : Ebola a déjà fait plus de 5000
morts en Afrique, mais ce nombre est à mettre en relation avec ceux d'autres épidémies : 655 000 décès par
an du paludisme dans le monde (2011) et 550 000 décès des maladies diarrhéiques dans la seule Afrique
subsaharienne. (2010). Pour lutter contre Ebola, l'urgence est ailleurs : améliorer les systèmes sanitaires
dans les pays concernés. C'est ce qu'a rappelé l'ONG
Médecins sans Frontières. La communauté internationale pourrait fournir très vite et à peu de frais des équipements d'hygiène de base, des chambres d'isolement,
des laboratoires mobiles pour améliorer le diagnostic
et du personnel qualifié. Après avoir enregistré une
douzaine de cas, c'est de cette manière que le Nigéria a
réussi à stopper net la propagation de la maladie sur
son territoire.
4. Insecticides : le grand massacre
Les néonicotinoïdes représentent aujourd'hui
40 % de la vente des insecticides dans le monde, pour
un chiffre d'affaire de 2,11 milliards d'euros par an. Ils
sont jusqu'à 8 000 fois plus toxiques que le DDT, qui a
finalement été interdit dans les années 80. Ce sont des
toxiques du système nerveux central. Ils provoquent la
destruction massive des lombrics et de la microfaune
des sols, la mort des insectes aquatiques et ils déciment les abeilles et les autres insectes pollinisateurs.
Les néonicotinoïdes sont utilisés principalement pour la
protection des semences par enrobage. Or seulement
5 % du produit pénètre dans la plante et le reste conta-

ture productiviste et industrielle qui est en cause. Les
effets des néonicotinoïdes affectent l'ensemble des
chaînes alimentaires, les oiseaux, les poissons et les
batraciens se nourrissant d'insectes devenus moins
abondants ou empoisonnés. Et finalement, l'usage de
ces produits se retourne contre l'agriculture, les rendements de nombreuses cultures dépendant d'une bonne
pollinisation. Les résultats des recherches, nombreux et
convergents, mettent en cause les procédures d'évaluation, qui sont trop sous la coupe des industries phytosanitaires ; ils remettent en question le remplacement,
depuis 50 ans, du travail humain par des produits chimiques.

Gérard Mamet

De grands yeux d'enfant

DES PLANS SUR LA COMÈTE ?
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, l'astrophysique, c'est du chinois. Je peine à comprendre le Big
Bang, l'univers en expansion dans l'infini, les trous noirs
(quand ce ne sont pas ceux de Hollande à propos de ses
promesses), les années-lumière - sauf pour affirmer que
Valls est à des années-lumière d'une politique de
gauche.
Et
pourtant
je
reste
fasciné
par
l' « atchourissage » de Philea, cette idée d'avoir programmé un rendez-vous dix ans à l'avance et d'y être à
l'heure (1), ce projet, aussi fou qu'inutile du point de
vue de la rationalité social-libérale, d'aller chercher à
plus de 500 millions de kilomètres des traces d'un passé
si lointain, celui de nos origines, nous qui sommes résolument en train de saloper un héritage des milliers de
fois millénaire.

Sans tomber dans la grandiloquence, peut-on
oublier que ce qui constitue une partie de notre humanité relève de l'envie de connaître, de comprendre, de
se forger des explications du monde qui défont celles
d'hier et seront demain lézardées, que cela se construise
dans les catégories de la pensée dite scientifique ou
celle de la pensée sauvage, dont Levi-Strauss a montré
toute la richesse ?
Cela dit, quelle que soit la liesse que suscite
cette épopée, cette fantastique chevauchée, elle ne doit
pas faire oublier combien le monde de la recherche se
trouve aujourd'hui sinistré, ni que l'idée même de la
connaissance se voit pervertie par nos élites politiques
et patronales, du fait de leur volonté d'une rentabilité
immédiate (3).
Bon voyage, Philea ! Et si jamais tu trouves sur
cette comète au nom à éternuer de quoi alimenter nos
réflexions sur la recomposition de la gauche, n'hésite
pas, nous sommes preneurs. Bien le bonjour à Rosetta.

17

Michel Boutanquoi
La joie pétillante des équipes qui ont travaillé à
cette réussite, ce bonheur européen incongru dans une
Europe junckerisée, représentent un moment de grâce,
un instant un peu magique où, avec des yeux d'enfants,
on s'échappe furtivement de la pesanteur terrestre.
D'aucuns sans doute interrogeront les sommes
dépensées pour un rêve sans retombées immédiates
pour la vie quotidienne, sans intérêt pour le monde de
la finance et des actionnaires du Medef. Les mêmes,
peut-être, n'ont guère vu d'inconvénients à la gabegie
financière du Brésil pour sa Coupe du monde, voire
ignorent l'exonération d'imposition accordée à l'UEFA
(2) des bénéfices qu'elle compte réaliser lors du championnat d'Europe, alors que les investissements
(rénovation des stades, par exemple) sont assumés par
de l'argent public.

(1) Je vous le concède, l'ESA (Agence spatiale européenne), ce n'est pas la SNCF!
(2) L'Europe des associations de footeux.
(3) Cf. Malaise dans l'université, La Feuille Verte n° 200.

UN MOIS, ÉMOIS, ET MOI
Laitage. Le Japon confronté à une grave pénurie
de beurre. Pour le Dernier Tango à Tokyo, ça va pas le
faire.
Joujou. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur et nucléocrate forcené, déclare qu'il n'est pas « un
Playmobil casqué ». C'est vrai. Juste un consternant
Pinocchio.

Clebs. Des autorités musulmanes de Malaisie s'en
prennent à un habitant de Kuala Lumpur qui a invité ses
concitoyens à « toucher un chien ». Chargé de protéger
« la pureté de la foi », une de ces vénérables badernes a
déclaré qu' « on commen[çait] par toucher un chien » et
qu'on ne savait pas ensuite où on allait s'arrêter. Il n'a pas
dit « On finit par toucher une femme », mais il a dû le
penser très fort.
Pas candidate. Contrairement à Hollande, il semblerait qu'Anne Hidalgo n'ait nulle envie des JO à Paris en
2024. Quelles que soient ses raisons profondes, trouver
un bon côté à un(e) socialiste, c'est un plaisir devenu
rare !

18

Ben tiens, justement... Treize loups ont été
abattus (pardon : on dit « prélevés ») en France depuis la
fin du mois d'août (et peut-être plus quand vous lirez ces
lignes). Avec l'autorisation d'une gôche aussi désespérément stupide que la droite.
Gentil. Les médias locaux expurgent de leurs
comptes rendus du sommet international organisé à Pékin
la scène touchante où Vladimir Poutine pose un châle sur
les épaules de la « première dame » chinoise. Ah ! Volodia
(1), ça t'apprendra à apporter un peu de tendresse dans ce
monde de brutes.

Crampons. Le gouvernement prévoit d'exonérer
d 'impôts tous les organisateurs d'événements sportifs
internationaux. Ce que l'obscur ministre des sports justifie
ainsi : « [Sinon], l'Euro [de foot] 2016 serait parti ailleurs.
Alors que souhaite-t-on ? Voir la France disparaître du paysage sportif international ? » Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!

Suédois. Un fondateur nazi, une politique sociale
opaque, un savoir-faire hors pair en matière d'optimisation
fiscale : vous voulez toujours vous faire suer à monter des
étagères Ikea ?

Révélation. Jésus aurait épousé Marie-Madeleine
et lui aurait fait des enfants ! L'Évangile sauce people, ça va
peut-être enfin me plaire.

Creux. Après la mort de Rémi Fraisse, le président
du Conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, juge
« stupide et bête » de mourir pour des idées. C'est sûr que
ça ne risque pas d'arriver à un socialiste : il faudrait pour ça
que le PS en ait, des idées.

Spécialiste (1). Quand il était Premier ministre du
Luxembourg, Jean-Claude Junker défendait mordicus les
magouilles financières du Grand-Duché ; et c'est lui qu'on
colle à la tête de l'Europe ! J'attends le jour où on confiera la protection de l'enfance à Marc Dutroux, l'agriculture
bio à la FNSEA et la culture à Nabilla.
Spécialiste (2). Et l'environnement à Ségolène
Royal... Ah ! On me signale à l'instant que c'est déjà fait...

Tous ces dessins
sont publiés avec
l’aimable autorisation de
Charlie Hebdo

Vroum. Le groupe allemand BMW (qui possède
aussi Rolls-Royce !) a vendu 510 000 voitures entre juillet
et septembre et devrait dépasser en 2014 le cap des deux
millions, entre autres en profitant du boom des 4x4 urbains, sur lesquels se jettent tous les beaufs de la planète.
Ça rassure de voir que c'est pas la crise pour tout le

Progrès ? La Bosnie-Herzégovine élit sa première

Baballe. De la corruption dans le foot ! Comme

députée voilée. Selon son degré d'optimisme, on retiendra le mot « députée » ou le mot « voilée ».

tous mes collègues journalistes sportifs, je n'en reviens
pas ! Atterré, je suis...

Penseur. Pour le romancier et essayiste Pascal
Bruckner, « ce sont Mme Duflot, MM.Bové et Mamère et
le parti Europe Écologie-Les Verts qui sont désormais l'arbitre des élégances » en France. On ne sait pas qui est
l'arbitre de la connerie, mais on sait qui mérite le premier
prix.

Sans commentaire. Entendu ce matin
(20 novembre) sur France Inter un fils de pub déclarer,
des trémolos dans la voix : « Nous, publicitaires, nous
avons une conscience, nous avons une morale. » Et
vous voudriez qu'on commente ?

Chanvre. Selon le supplément Science & Médecine du Monde, qui titre « Le cannabis pète les câbles du
cerveau », « les fumeurs de joints réguliers présentent
une baisse des connexions neuronales et de la matière
grise ». Manifestement, au PS comme à l'UMP, on force
un peu sur la fumette.

Gérard Roy

(1) Diminutif de Vladimir.

19

14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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