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Le rôle de l’Etat

• présentation
- une analyse historique démontre que , si la Révolution industrielle anglaise a
laissé au second plan l’Etat ( qui n’était pourtant pas un Etat-Gendarme au
sens libéral ) , les modèles de développement de la fin du XIX°siècle
( Allemagne , Japon ) ont été impulsés par l’Etat qui était le seul à pouvoir
assurer un investissement suffisamment massif pour assurer un décollage .
- contrairement à la vision libérale , le marché et l’homo oeconomicus ne sont
pas des données naturelles , présentes dans toutes les sociétés ( cf chap
croissance et développement + changement et valeurs ) . Dans la majeure
partie des PVD , il n’existe pas de classe d’entrepreneurs ayant réalisé une
accumulation permettant de financer l’investissement . L’Etat est donc obligé
de se substituer aux entrepreneurs pour compenser la défaillance du secteur
privé .
- dans les PVD , les infrastructures ( écoles , hôpitaux , routes ) sont
inexistants ou insuffisants . Or elles représentent un préalable au
développement (cf l’IDH et l’IPH). L’Etat est donc obligé de les financer .
- contrairement à ce qu’énoncent les théoriciens libéraux , il n’est pas du tout
certain que le marché soit le plus apte à allouer les ressources rares
( d’autant plus que le pays est plus pauvre ) vers les secteurs répondant le
mieux aux besoins du développement .
Conséquences : L’Etat doit alors élaborer une stratégie globale , mobilisant si
cela est nécessaire un organe de planification : de nombreux pays du Sud qui
avaient choisi de rompre avec le modèle capitaliste , ont été influencés par
l’exemple soviétique et ont dès lors conféré à l’Etat et au Plan un rôle central

• résultats

Ces stratégies ont surestimé les capacités des Etats des PVD à gérer et
à organiser le développement. En effet :

- comme l’indique G.Myrdal : « les pays sous-développés sont tous à des


degrés variables des Etats mous (soft states) » .Ainsi, on constate que les
PVD se caractérisent généralement par un manque d’autorité de l’Etat,
une législation déficiente, un non respect des lois qui peuvent
s’accompagner de phénomènes de collusion et de corruption qui sont
inconnus à ce degré en Occident.
- Par exemple, parlant de la Tunisie, H.BEJI écrit : « les moeurs du pouvoir
sont celles des pressions engagées par la masse contradictoire d’intérêts
particuliers de ceux qui détiennent une responsabilité. Tout le reste de la
vie sociale est ignorée. Ainsi un droit légitime ne sera jamais octroyé en
tant que tel à cause de son inviolabilité : le droit d’être soigné, d’être
défendu, ... Mais il sera presque toujours octroyé comme une faveur ... La
privatisation de la vie politique est à la base de la déchéance du droit. Les
groupes dominants y sont tellement accoutumés que la notion de vie
publique a perdu toute signification pour eux. »
- Dès lors, on ne peut pas considérer que les Etats des PVD soient aptes à
lancer des stratégies de développement cohérentes, et l’on comprend
mieux l’échec des politiques menées dans la plupart des PVD. Constat :
Le paradigme du « trop d’Etat » a remplacé celui du « pas assez d’Etat » ,
selon G.GRELLET .En effet , même si , excepté les auteurs ultralibéraux ,
personne ne conteste la nécessité d’une intervention de l’Etat , celle-ci
doit être mesurée à l’aune de son efficacité : l’expérience montre que ,
dans de nombreux PVD , l’intervention de l’Etat a généré des effets
contre-productifs .

- Les explications : pour trois raisons essentielles :


• l’Etat a été à l’origine de distorsions qui entravent
l’allocation optimale des facteurs de production :
o Ainsi , les PVD bénéficient d’une main d’oeuvre abondante ,
ce qui devrait , conformément à la loi de l’offre et de la
demande , engendrait une réduction des salaires permettant
de diminuer le chômage et de développer la production dans
les secteurs exportateurs utilisant intensément la main
d’oeuvre ( ex : le textile ) .
o Mais , certains pays ont voulu mettre en oeuvre des
législations sociales inadaptées à leur stade de
développement ( salaire minimum , protection sociale ) qui
ont augmenté le coût du travail et incité les entreprises à
substituer du capital au travail ( d’où augmentation du
chômage ) .
o Les pays doivent donc, pour diminuer le chômage et
améliorer la compétitivité, supprimer les législations
handicapantes, comme l’ont fait, selon Kuznets les NPI dont la
forte croissance s’explique par la flexibilité du marché du
travail

• la multiplication des mesures, leur incohérence et leurs


aspects contradictoires font que les réglementations
administratives sont souvent mal connues ou détournées de
leur objectif :
o ainsi, en Inde les licences d’importation étant délivrées
proportionnellement à la part détenue par l’entreprise dans la production
totale,chaque entreprise avait intérêt à accroître sa production même si
celle-ci était invendue .
o Les mesures risquent donc de favoriser des rentes de situation qui nuisent
à l’innovation et à la compétitivité

• dans les pays où l’Etat est omniprésent mais n’a pas la capacité
d’imposer des mesures qu’il instaure :
o les entreprises développent des marchés parallèles qui leur
permettent d’échapper aux prélèvements publics. En contrepartie,
elles doivent verser aux fonctionnaires et au pouvoir des pots de vin
leur évitant des sanctions
o Ceci permet de rompre avec une vision idéaliste ( selon les
libéraux ) qui fait des agents de l’Etat des individus altruistes ,
cherchant à maximiser le bien-être général , alors qu’en réalité , ils
veulent améliorer leur bien-être personnel.

Conclusion : Les résultats très décevants obtenus par ces stratégies expliquent
le désintérêt croissant pour les analyses tiers-mondistes et le recours aux idées
libérales qui ont d’autant plus le vent en poupe, qu’elles semblent à première
vue à l’origine des stratégies de développement des pays d’Asie (cf chapitre
mondialisation)