Vous êtes sur la page 1sur 8

Liberté, lucidité, laïcité

Chers amis libres penseurs ! C’est avec bonheur que j’accepte ce
Prix dont m’honore la Section valaisanne de l’Association suisse
de la Libre pensée. Je l’en remercie de tout cœur. Je m’autorise à
le considérer comme une récompense pour ma collaboration
inégale au journal Le Libre Penseur et, peut-être aussi, pour ma
participation au lancement de l’Initiative populaire cantonale
valaisanne pour un Etat laïque. J’en profite pour rendre mon
modeste hommage à l’œuvre de la Libre pensée dans son combat
contre l’ignorantisme et la crédulité qui, hélas, régissent encore
les mœurs d’une part importante sinon majeure de l’humanité.
Le « croire » et le « savoir »
Nous, Libres penseurs, ne sommes détenteurs d’aucune Vérité et
nous n’en propageons aucune. Notre combat est celui de pure
Résistance contre les abus qui sont faits précisément de
prétendues vérités qui ne sont qu’autant de mensonges éhontés
mais jamais désintéressés de la part des défenseurs de croyances
plus ou moins malignes, plus ou moins subtiles ou grossières.
Elles sont abondamment répandues à travers le monde et
amplement confortées par nos médias publics, presse, radios,
télévisions qui leur réservent un accueil toujours indu puisque
contraires à la Laïcité dont nous nous réclamons.
Notre référence philosophique est celle du Doute et du
Scepticisme. Le libre penseur substitue le croire au savoir. Il se
distingue en cela des détenteurs de vérités contestables et à
jamais improuvées puisque improuvables. Faut-il rappeler à ce
propos le douloureux reniement auquel fut condamné pour sauver
sa vie un certain Galileo Galilei promis au bûcher pour avoir
refusé de faire de la Terre le centre de l’Univers dont l’Eglise
catholique avait fait son Credo ? Eppur si muove ! Et pourtant elle
tourne ! Sinistre consolation face à l’impitoyable Inquisition. Estce présomption de notre part que de faire de Galileo Galilei le
premier Libre penseur ? Comme nous tous, n’est-il pas le symbole
même de la Résignation à laquelle nous condamne l’arrogance
des détenteurs de prétendues Vérités ? Galileo Galilei, détenteur,
lui, d’un Savoir valant vérité scientifique, a refusé le martyre au
nom de ce qui se révéla plus tard vérité incontestable et prouvée.
Il rejoint en cela notre ami libertaire Georges Brassens chantant
1

« Mourir pour des idées, oui, mais de mort lente, mais de mort
lente… » Ceux d’en face, les fous de Dieu, eux, se font une gloire
de mourir en martyrs pour leur croyance qui demeurera à jamais
une croyance et rien qu’une croyance avec une espérance de
récompense dans un paradis imaginaire. Merci donc au grand
Monsieur Galileo Galilei pour cet exemple de comportement
intelligent face à l’ignorantisme obtus et doctrinaire.

Comment naissent les dieux ?
Le Doute et le Scepticisme face aux prétendues vérités assenées
par prêtres, grands-prêtres et autres gourous, ne fut pas
l’apanage exclusif des penseurs de la Grèce antique. Les poètes
eux-mêmes comptent parmi eux, outre Voltaire, des esprits
éclairés qui se sont interrogés sur leur propre rôle dans l’univers.
En voici un exemple en la personne de l’écrivain Gérard de Nercal
(1808-1855) qui, dans un poème, célèbre son panthéisme
jubilatoire :
« Homme ! Libre penseur, te crois-tu seul pensant ?
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’Univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la nature éclose.
Un mystère d’amour dans le métal repose.
Tout est sensible. Et tout, sur ton être, est puissant.

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie.
A la matière même un verbe est attaché.
Ne la fais pas servir à un usage impie.

Souvent, dans l’être obscur habite un dieu caché.
2

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres. »

Sublime proclamation de panthéisme de la part d’un homme
hanté par ses interrogations qui l’ont conduit plus souvent qu’à
son tour en hôpital psychiatrique mais qui nous valent aujourd’hui
encore la survie de ce poème qui nous cite et nous prend à partie,
nous Libres penseurs.
Puisque de psychiatrie il est question, voyons le rapport entre
cette néo-science et la naissance des dieux, puis leur
métamorphose en un dieu unique. Invitons dans le débat le
Manuel de Psychiatrie publié par les Presses universitaires de
France auquel ont collaboré plus de 100 professeurs d’université
et Maîtres de recherches du Centre National de Recherche
Scientifique (C.N.R.S. ) de France. Au chapitre consacré à la folie
mystique
découvrons
la
définition
de
la
« Paraphrénie »sommairement ainsi résumée : « Trouble mental
caractérisé
par
un
délire
paranoïaque
avec
ou
sans
hallucinations. »
Mais quel rapport y aurait-il entre paraphrénie et naissance des
dieux, puis du dieu unique ? Imaginons l’homme primitif confronté
aux phénomènes naturels. Dépassé par la puissance destructrice
et le vacarme de la foudre, l’homo sapiens lui attribue une origine
surnaturelle. Ainsi surgit l’une des premières manifestations de
paraphrénie. Le processus ainsi lancé ne connaîtra plus aucune
limite. Les dieux vont se multiplier et se démultiplier par milliers
au fur et à mesure que se déchaîne l’imagination humaine livrée
aux inspirations fulgurantes de gourous qui en tirent prestige et
avantages matériels en s’autoproclamant hommes du Savoir, alors
qu’ils ne sont qu’agents troubles du Croire.
Bientôt détenteurs de ce pouvoir sans partage, prêtres et
gourous, bientôt uniques détenteurs de l’art suprême de
l’Ecriture, vont faire de leurs dieux imaginaires, autrement dit de
leurs mythes, les personnages idéaux de leurs romans. Ceux-ci
s’intituleront tour à tour, ici l’Enéïde, l’Odyssée, là la Bible et la
Thora. Le personnage premier de ces œuvres romanesques
s’appellera successivement Zeus, puis Yahvé l’Eternel, puis Christ
fils du précédent, puis Allah. Et pour parachever l’ouvrage, le voici
aujourd’hui, trois mille ans plus tard, régnant sur le monde sous
3

appellation de La Phynance, dieu tout aussi incontrôlable mais
non moins puissant. Ainsi naissent les dieux, fruits de la
paraphrénie qui caractérise le monde grégaire abusivement
autoproclamé homo sapiens. Car sapiens, c’est-à-dire l’homme
conscient, il ne l’est que par autosuggestion, car l’unique savoir
dont il peut se prévaloir est celui … de ne rien savoir. Mais cela
n’empêche
pas
prêtres,
grands-prêtres,
rabbins,
imams,
ayatollahs, papes, popes et leurs gourous de s’autoproclamer
détenteurs du Savoir et donc de la Vérité. A chacun d’eux son
prétendu Savoir, à chacun d’eux sa Vérité.
Les dieux des anciennes mythologies, égyptienne, grecque,
romaine et autres sont morts. Ainsi mourra le dieu unique objet
du culte des trois monothéismes conquérants et sanguinaires, le
judaïsme, le christianisme, l’islam.
N’en demeure pas moins consternant pour nous, libres penseurs,
agnostiques, athées et autres incroyants plus ou moins résignés à
la façon de Galileo Galilei, le spectacle navrant des manifestations
ostentatoires de la Folie Mystique célébrée comme normalité par
les télévisions du monde entier. Là-bas, 6 millions de Philippins
s’agenouillant, sur ordre de l’homme de la Révélation d’un dieu
qui n’est autre, dans la réalité, qu’un personnage de fiction
romanesque, Bible et Evangiles, et appelé Dieu. Ailleurs Juifs et
Musulmans s’entre-tuent à longueur d’années pour la possession
d’une Terre prétendument promise par Yahvé aux uns, par le
Prophète d’Allah aux autres. Il y a quarante ans à peine, au nom
de cette Terre promise, n’a-t-on pas vu les tenants du culte de ce
même Yahvé occuper massivement cette Terre promise, en
expulser les occupants adeptes du culte d’Allah, les condamnant à
vivre dans de vrais camps de concentration dans un pays
étranger ? Et, pour mieux asseoir leur hégémonie sur toute la
région, les nouveaux maîtres de la Terre Promise ont réussi –si
l’on peut dire – l’exploit de charger les milices chrétiennes du
Liban de procéder à de véritables tueries dans les camps de
Sabra et de Chatila abritant des milliers de réfugiés palestiniens ?
Voici réunis pour la circonstance les tueurs chrétiens trucidant du
musulman pour le compte des tenants du judaïsme ! Un chefd’œuvre devant l’Histoire !
Ailleurs encore, des gourous appelés imams intoxiquent de
malheureux gamins et adolescents à coups de promesses
fallacieuses. Et cela au point de les persuader qu’en allant se faire
exploser au milieu de foules adeptes de Yahvé et en tuant un
4

maximum d’infidèles ils deviendront des martyrs d’Allah qui les
attendra en son Paradis et les récompensera de 70 vierges livrées
à leur concupiscence animale.
Ici, plus près de nous, deux abrutis incultes, manipulés par des
gourous barbares, se livrent à un massacre bestial digne d’un
abattoir sur des journalistes irrespectueux des croyances des fous
d’Allah et de son Prophète. Dans le même temps, non loin de là,
un autre crétin islamiste fanatique massacre de banals clients
d’une épicerie dite cacher, c’est-à-dire juive.
Brillant,
subliminal
résultat
de
trois
mille
ans
de
monothéisme déjà illustré par Croisades, Inquisition, guerres
intestines
entre
croyants
d’un
même
dieu,
conquêtes
sanguinaires et génocides. Tout cela au nom d’un même dieu qui
n’est autre qu’un Mythe, un personnage imaginaire inventé par
les auteurs des trois œuvres romanesques respectivement
intitulées Bible, Thora, Evangiles et Coran. Et c’est à ce
personnage imaginaire que par millions les croyants des trois
religions monothéistes rendent un culte aveugle et irrationnel et
frappé au sceau de la démence sous appellation de Folie Mystique
paraphrénique.

A quoi servent les dieux ?
A quoi a servi le dieu unique inventé en Egypte sous appellation
de Râ ? A rendre hommage au Soleil ? A quoi sert le dieu unique
des Hébreux copié sur le modèle égyptien mais avec la subtile
précaution de le rendre invisible et incontrôlable ? A établir
d’abord le prestige et l’autorité morale qui en découle pour ses
prêtres, grands-prêtres, pasteurs et autres prêcheurs et
prédicateurs grandiloquents. De cette autorité morale découle à
son tour l’hégémonie intellectuelle et… financière entourant ce
prestige. Avec pour arme suprême un terrorisme intellectuel qui
se traduit par la menace d’une éternité de malheur dans les
enfers pour les mauvais croyants, renégats et autres apostats et
récompense non moins éternelle pour les fidèles dans un paradis
tout autant imaginaire que le dieu qui y règne en monarque
absolu, entouré d’autres créatures issues de l’imaginaire des
romanciers imposteurs auteurs des trois romans à thèse que sont
Bible, Thora, Evangiles et Coran.
Pour parvenir à leurs fins, prêtres, gourous, rabbins et ayatollahs
n’hésitent pas à se réclamer de prophètes mis au bénéfice d’un
phénomène surnaturel appelé Révélation.
Ainsi en fut-il des
5

héros bibliques appelés Abraham ou Jérémie, de l’apôtre Paul de
Thrace le vrai fondateur du christianisme, foudroyé par la
Révélation sur le chemin de Damas et tombant de cheval (sur la
tête ?)et nanti d’une mission divine, de Mahomet qui, en pleine
période de jeûne et en plein désert, aurait reçu la visite de l’ange
Gabriel, autre figure née de l’imaginaire romanesque des auteurs
des livres dits sacrés.
Mais il y a mieux - ou pis – encore. Une Jeanne d’Arc devenue
sainte dans la hiérarchie catholique et qui aurait distingué la voix
de saint Michel parmi tous ses désordres psychiatriques lui
dictant l’ordre de bouter l’Anglais hors de France. Une Bernadette
Soubirous aurait eu droit à l’apparition d’une bonne femme ayant
peut-être vécu deux mille ans auparavant et qui, en patois
béarnais, lui aurait dit : « Je suis l’immaculée conception ». La
même bonne femme, ressuscitée après 2000 ans et plus, serait
apparue en différents autres endroits à des jeunes bergers
illettrés, à Fatima, pour leur annoncer des événements dont
l’authenticité ne sera vérifiée qu’après mais jamais avant leur
avènement. La Révélation divine a également frappé l’écrivain
Paul Claudel, égaré dans une cathédrale et, embusqué derrière
une colonne, lui intimant l’ordre de se convertir non point au
christianisme en général mais au catholicisme. Hasard ou
nécessité ? Il se trouve que le dit écrivain et accessoirement
fonctionnaire diplomate nourrissait l’ambition d’accéder à
l’Académie française. Or, qui étaient les académiciens de
l’époque ? Pour la majorité, des rescapés des collèges et
universités catholiques tenus par l’ordre des Jésuites. La
Révélation a payé : les académiciens majoritairement catholiques
formés par les Jésuites l’ont accueilli parmi eux. En gage de
reconnaissance, le nouvel académicien accoucha d’une pièce de
théâtre intitulée « L’annonce faite à Marie » et de quelques autres
chefs-d’œuvre. Le jeu de la conversion valait bien sa chandelle.
Mais en fait de Révélations, la maladie s’est généralisée jusque
chez nous, en Valais. Ainsi ai-je personnellement connu le cas de
ce berger d’alpage qui, un jour, tout là-haut, entendit une voix de
surnaturelle et céleste origine lui intimer l’ordre de se rendre
séance tenante au couvent des Pères capucins de Sion. Ce qu’il
fut sur-le-champ. Il n’en ressortira qu’après avoir revêtu la bure
des pères capucins, (mal)sains de corps et d’esprit portant sur
leur sein le seing du Saint-Père.

6

Mais pourquoi et pour quoi pareil triomphe de la paraphrénie
ambiante planétaire ? Est-il donc si difficile de s’accepter mortel
et rien que mortel ? L’homo sapiens est-il donc incapable de vivre
sans la perspective d’une vie après sa mort ? Que n’aura-t-on pas
inventer pour en finir avec cette inéluctable fatalité ? Ici et là un
Paradis peuplé d’êtres imaginaires et bienveillants ou, au choix,
un enfer castrateur et tortionnaire, ailleurs la réincarnation
perpétuelle jusqu’à l’accession finale à un Nirvana tout aussi
imaginaire que le Paradis monothéiste. Ma mort, toujours la mort
inéluctable et fatale. Perspective insupportable pour l’être fragile
et vulnérable autoproclamé sapiens. Y échappe, au grand profit
de sonb besoin de profiter de l’instant présent et fugace, le Libre
Penseur. Car il a pris conscience, lui du fait indiscutable, lui, que
tous les dieux des mythologies anciennes comme le dieu unique
de la mythologie judéo-islamo-chrétienne, n’ont jamais été, ne
sont ni ne seront jamais autre chose que des mythes
romanesques, des personnages inventés de toute absence de
pièces par l’imaginaire des auteurs de fictions, au même titre que
le Don Quichotte de Cervantès, le Jean Valjean de Victor Hugo, le
comte de Montecristo de Dumas ou l’Arsène Lupin de Maurice
Leblanc. Dieu n’est donc qu’une fiction romanesque.
Reste la question : mais pourquoi diable les croyants mettent-ils
tant de zèle sanguinaire à vouloir imposer leurs théories idiotes à
la planète entière ? La réponse ne serait-elle pas dans une autre
question : ne serait-ce pas la loi du plus grand nombre qui fait la
normalité ? Est réputé normal l’individu qui se conforme aux
mœurs du plus grand nombre et anormal celui qui s’en distancie.
En découle la nécessité absolue de convertir l’humanité entière à
la croyance qui dispose de la plus efficace force de frappe. En
découlent Croisades, colonisation, conquêtes et anéantissement
des croyances dissidentes jusqu’au dernier survivant. Et que
triomphe le mythe final ! A ce rythme, l’humanité a encore bien du
souci à se faire.
Quant à nous autres, libres penseurs, rationalistes, agnostiques
résignés et autres athées, nous voici cantonnés dans notre statut
de Résistants face à l’hystérie mystique islamo-judeo-chrétienne
en voie de perpétuelle expansion. Et la seule arme dont nous
disposons se décline et se conjugue en trois mots : liberté,
lucidité, laïcité !
Et, dans l’immédiat, que vive et survive notre INITIATIVE
POPULAIRE CANTONALE VALAISANNE POUR UN ETAT LALÏQUE.
7

8