Vous êtes sur la page 1sur 1
   

par

le « Parlement » serbe de Pale, on assiste à

Ilia rd

Ilia rd

 

une véritable perversion du principe même de la négociation, débouchant, en dehors de tout prin- cipe et de toute perspective, sur «l'enregistrement désabusé des acquis par la force». Quand les diplo-

La mascarade eneve

La mascarade eneve ' «Accepter l'existence d'un Etat "ethniquement pur" ne signifie rien d'autre que le
La mascarade eneve ' «Accepter l'existence d'un Etat "ethniquement pur" ne signifie rien d'autre que le

'

«Accepter l'existence d'un Etat "ethniquement pur" ne signifie rien d'autre que le reniement absolu des valeurs sur lesquelles s'est édifiée l'Europe. » Qui juge ainsi le partage de la Bosnie ? Vaclav Havel. Enfin un chef d'Etat qui reste un homme!

mates négocient, marchandent pour substituer à la force le processus de la discussion, on peut comprendre leurs palabres, voire leurs reculades. Mais quand il s'agit seulement, en invoquant sans cesse le droit, de laisser le dernier mot à la violence, alors nous sommes bel et bien en pré- sence d'une mascarade. Reste une question qui continue de faire couler

beaucoup d'encre, la nature du régime de Milo- sevic. A ceux qui s'offusquent de toute comparai- son avec les régimes fascistes passés, au motif que l'ancien bureaucrate communiste, tout en conduisant une guerre extérieure atroce, main- tiendrait tant bien que mal certaines pratiques démocratiques à l'intérieur, on conseillera vive- ment la lecture du livre d'Ibrahim Rugova, le pré- sident non reconnu par Belgrade de la République du Kosovo. Il n'y pas encore, que l'on sache, une guerre ouverte au Kosovo. Mieux: depuis que Milosevic lui a retiré en 1989 l'autonomie interne, il fait juridiquement partie de la Serbie elle-même. Or c'est un régime de ré- pression et de terreur qui règne en ce pays peuplé

ourquoi une poignée de Serbes, en Bos- nie et en Serbie même, se permet-elle de défier

ourquoi une poignée de Serbes, en Bos- nie et en Serbie même, se permet-elle de défier la diplomatie et les armées des plus grandes puissances ? Pourquoi les cinq du groupe de contact (Etats-Unis, Russie, France, Allemagne, Angleterre) n'arri- vent-ils pas à imposer leurs propositions de par- tage, qui, au surplus, font la part belle aux Serbes de Bosnie ? La raison est simple, et vous la connaissez comme moi : les Serbes savent ce qu'ils veulent - la Grande Serbie - et sont bien décidés à tout faire pour l'obtenir, tandis que les Grands ne savent pas ce qu'ils veulent, et, de ce fait, ne l'obtiendront sûrement pas. Je tiens pour négligeable dans cette affaire la répartition des rôles entre Karadzic, le Serbe bos- niaque, qui dit non aux propositions des cinq, et son maître Milosevic, le Serbe de Serbie, qui dit :

peut-être. Délibérées ou non, ces divergences ne sont que tactiques et ne portent que sur le moyen

partie fait la guerre, plus elle nettoie ethniquement des

territoires,

plus il faut respecter et prendre en considé-

ration ses revendications. » Et pour que les choses soient bien claires, Vaclav Havel poursuit : «Ac-

cepter l'existence d'un Etat "ethniquement pur" ne signifie rien d'autre que le reniement absolu des va- leurs fondamentales sur lesquelles s'est édifiée l'Eu- rope. » Enfin ! enfin un homme ! Enfin un chef d'Etat qui reste un homme ! On rougit de devoir invoquer les plus hautes autorités à l'appui de simples évidences de la rai- son. Mais nous sommes soumis à un tel décerve- lage de la part de ceux qui nous gouvernent qu'il faut bien se raccrocher au petit nombre de ceux qui mettent le discours de la compétence au ser- · vice du courage. Dans cet ordre d'idées, il faut lire dans <(The New Republic» l'article d'Albert Wohlstetter, un des spécialistes les plus respectés de la stratégie aux Etats-Unis (2). Aussi sévère que Vaclav Havel, Wohlstetter démontre qu'au- cune des propositions de découpage de la Bosnie,

à près de 90 % par des Albanais. Cédons la pa- role à Ismaïl Kadaré, le prestigieux préfacier du

livre :

« Le Kosovo est le fief du crime

depuis des di-

zaines d'années. Le temps sy est arrêté à la Seconde

Guerre mondiale. Massacres, état de siège, perquisi- tions, coups, exécutions sommaires. Rondes noc- turnes, écoles fermées, parlement régional dissous,

télévision et journaux suspendus ; expulsions par la violence, le feu, les chiens policiers. » Sous la direc- tion de l'admirable Ibrahim Rugova (4), un intel- lectuel venu à la politique comme Vaclav Havel lui-même, la population répond avec sang-froid aux provocations permanentes des milices serbes. Rugova, qui refuse toute comparaison avec Gandhi, n'en pratique pas moins des formes de résistance actives et passives, qui débouchent sur l'auto-organisation de la population. J'ai voulu lui rendre ce témoignage, comme une lueur d'es- poir, la semaine même où, face à une bande de psychopathes et d'assassins (5), les diplomates

occidentaux ont achevé de se déconsidérer. J. J.

(1) «L'Europe des valeurs», entretien avec Va-

1994.

(3) « Questions de responsabilité, la France et

slavie », éd. Colibri, vente par correspondance à

213, rue de la Convention,

le plus expédient de réaliser la Grande Serbie. Guerre ou diplomatie ? Les propositions des cinq sont si compréhensives, et les garde-fous intro- duits dans le texte si peu susceptibles d'être mis en place (le maintien de l'intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine), qu'il faut être fou comme Karadzic pour ne pas les accepter et les

si minutieuse soit-elle, n'est réalisable, parce que ce pays repose sur une imbrication totale des groupes ethniques et des religions. En s'efforçant de tenir la balance égale entre le bourreau et la victime, «les Etats-Unis, la Communauté euro- · péenne, et maintenant le groupe de contact sont en

clav Havel recueilli par Jacques Rupnik, « Poli- tique intemationale » n° 64, été 1994. (2) « Clinton's Final Sell-out of Bosnia, Creating a Greater Serbia », «The New Republic», 1er août

mettre à profit. Il suffit en effet de jeter un coup

train de réaliser la Grande Serbie ». Lisez Wohlstet-

d'œil sur la répartition proposée des zones d'influence au sein du pays, véritable manteau de

ter, dénonçant les mécanismes de l'impuissance volontaire de la part des Occidentaux, et vous

l'idée d'Europe face à la guerre dans l'ex-Yougo-

léopard aux formes discontinues, baroques, irra-

aurez un remarquable antidote à tous les poisons

tionnelles, interrompues par des corridors, des

de la propagande néomunichoise à travers le

zones d'exclusion, des zones de sécurité (sic),

monde.

/ ---------

.

·

.

« la Lettre ouverte », Paris-1 Se.

pour se persuader qu'elle est totalement irréali- sable, et qu'elle est impuissante à arrêter la guerre. En un mot, une mascarade.

Encore d(ux lectures indispensables, et je vous tiens qu~ds pour l'été. La temière est constituée par un livre-bro-

(4) Ibrahim Rugova: «la Question du Kosovo», entretien avec Marie-Françoise Allain et Xavier Galmiche, préface d'Ismaïl Kadaré, Fayard,

Le mot n'est pas de moi, mais de Vaclav Havel.

chure

e Patrice Canivez, (( Questions de respon-

1994.

Dans une interview remarquée à la revue (( Poli-

sabilit' » (3), consacré à la diplomatie française

(5) Le« Herald Tribune» des 1er et 2 août a publié

un reportage de Roger Cohen montrant qu'un cer-

aux Musulmans victimes de la purification eth-

  • d 'extennination.

tique internationale» (1), avec l'autorité qui s'at- tache aux paroles du représentant d'un Etat qui

dans l'ex-Yougoslavie. Sans jamais élever le ton, il trace un tableau impitoyable d'une politique,

tain nombre de camps de concentration destinés

fut jadis la principale victime des accords de Mu- nich (1938), le président tchèque qualifie de «re- lents d'esprit munichois » la capitulation des

celle de la France, qui a servi de modèle à l'ONU comme à la Communauté européenne et qui a échoué. Au fil des mois et des années, depuis

nique, comme celui de Susica, près de la ville mi- nière de Vlasenica, étaient en réalité des camps

grandes puissances devant l'agresseur: «Plus une

l'échec du plan Vance-Owen, repoussé - déjà! -

4-10 AOUT 1994 / 35