Vous êtes sur la page 1sur 19

Royaume du Maroc

Royaume du Maroc Direction des Etudes et des Prévisions Financières Enjeux pour le Maroc du démantèlement

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Royaume du Maroc Direction des Etudes et des Prévisions Financières Enjeux pour le Maroc du démantèlement

Enjeux pour le Maroc du démantèlement de l’AMF

Mai 2005

Table des matières

  • 1. Situation du secteur du textile-habillement à la veille de la levée des quotas

2

______________

  • 2. Incidence probable de la suppression des quotas commerciaux frappant les produits du textile

et de l’habillement

 

4

  • 2.1. Sur les pays développés

4

___________________________________________________________

  • 2.2. Sur les pays en développement

 

6

  • 2.1.1. Effets de la réduction des quotas de 18% au 1 er janvier 2002

 

6

  • 2.1.2. Avantages comparatifs et quotas atteints

7

___________________________________________________

  • 3. Présentation des prévisions de l’OMC

9

_____________________________________________

  • 3.1. Evolution à court terme du marché du textile

 

9

 

_________________________________________

  • 3.2. Evolution à court terme du marché du vêtement

 

10

  • 3.3. Impact

de

la

mise

en

place

d’une

taxe

à

l’exportation

par

le

Ministère

chinois

du

Commerce

13

  • 4. Fin des AMF : quels impacts sur le Maroc ?

 

13

  • 4.1. Rappel de la situation de la filière

 

13

  • 4.2. Quelques enseignements

 

17

1

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Le 1 er janvier 2005, le système des quotas qui, pendant une trentaine d’années, a régi le commerce mondial du textile et de l’habillement a été aboli. Ce jour-là, l’immense majorité des quotas à l’importation a été supprimée : 701 mesures de quotas ont été supprimées par les Etats- Unis qui n’en avaient levé que 11% depuis 1995, 239 par le Canada et 167 par l’Union Européenne qui, pour sa part, en a démantelé 30% et déjà adopté les textes juridiques nécessaires.

Cette évolution a représenté la dernière étape du processus de suppression progressive des quotas sur l’habillement et textile qui s’est étalé sur les dix dernières années. C’est la plus importante car elle concerne 49% des volumes échangés (tableau 1). Depuis le 1 er janvier 2005, tous les pays membres de l’OMC exportent et importent sans contraintes les principaux produits du textile et de l’habillement, ce qui ne manquera pas d’entraîner une croissance des échanges mondiaux et une concurrence de plus en plus serrée entre les producteurs les plus compétitifs au niveau mondial.

Tableau 1 : suppression des restrictions au commerce international dans le secteur du textile- habillement

Date

Part en % des quotas initiaux devant être éliminés

% cumulé des quotas initiaux déjà éliminés

Janvier 1995

16

16

Janvier 1998

17

33

Janvier 2002

18

51

Janvier 2005

49

100

Source : Discussion Paper n°5, 2004, OMC.

Sur ce dernier point, de nombreux pays émergents craignent de voir disparaître leur industrie du textile et de l’habillement au profit de la Chine qui, au moment de la signature de l’Accord sur les textiles et les vêtements, n’avait pas encore intégré l’Organisation mondiale du Commerce.

Ainsi, l’objet de la présente note est d’examiner les conséquences probables de la suppression des dernières restrictions frappant le commerce des produits du secteur textile- habillement, les facteurs susceptibles de déterminer l’ampleur de cette incidence et le positionnement de notre pays compte tenu de la stratégie nationale mise en œuvre pour la période

2002-2010.

1. Situation du secteur du textile-habillement à la veille de la levée des quotas

En 2003, les échanges mondiaux de textiles et d’habillement se sont élevés à 395 milliards de dollars, en progression de 12% par rapport à 2002, dont 57% pour l’habillement (graphique 1). Second secteur après l’agriculture, le textile-habillement représente 5,4% des échanges mondiaux de marchandises (tableaux 2 et 2 bis) et son commerce a été multiplié par 30 en moins de quarante ans.

2

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Graphique 1 : commerce mondial des textiles et de l’habillement (en millions de dollars)

450000 400000 350000 300000 250000 200000 150000 100000 50000 0 1967 1969 1971 1973 1975 1977
450000
400000
350000
300000
250000
200000
150000
100000
50000
0
1967 1969 1971 1973 1975 1977 1979 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001

Source : CHELEM.

Tableau 2 : commerce mondial des textiles en 2003 (en milliards de dollars et en %)

Valeur

169

Variation annuelle en pourcentage

1980-85

-1

1985-90

15

1990-95

8

1995-00

0

2001

-5

2002

4

2003

11

 

Part dans les exportations mondiales de marchandises

2,3

Part dans les exportations mondiales de produits manufacturés

3,1

Source : OMC

Tableau 2 bis : commerce mondial des vêtements en 2003 (en milliards de dollars et en %)

Valeur

226

Variation annuelle en pourcentage

 

1980-85

4

1985-90

18

1990-95

8

1995-00

5

2001

-2

2002

4

2003

12

Part dans les exportations mondiales de marchandises

3,1

Part dans les exportations mondiales de produits manufacturés

4,2

Source : OMC

A fin 2003, la Chine, premier fournisseur mondial de vêtements depuis 1994, est devenue le premier exportateur mondial de textile en 2003 avec 26,9 milliards de dollars, dépassant ainsi l’Union Européenne (26,37 milliards de dollars), qui reste toutefois le principal producteur mondial de textile. Selon l’OMC, la Chine contrôle désormais 23% des exportations mondiales dans l’habillement, contre 4% en 1980, et 15,9% dans le textile, au lieu de 4,6% en 1980.

3

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Sur le marché du textile, les principaux importateurs mondiaux sont les Etats-Unis et l’Union Européenne avec respectivement 10,2% et 11,2% des importations mondiales. Les principaux fournisseurs des Etats-Unis sont, d’après l’OMC, la Chine (19,8%), l’Union Européenne (15,4%), le Canada (10,7%), le Mexique (8,6%), l’Inde (8,4%), le Pakistan (6,8%) et la Corée du Sud (5,5%). L’Union Européenne compte comme principaux partenaires la Chine (14%), la Turquie (13%), l’Inde (9%), le Pakistan (7%) et dans une moindre mesure, le Bangladesh

(1%).

Les principaux marchés mondiaux de l’habillement sont les Etats-Unis et l’Union Européenne, avec 30,2% et 42,9% des importations mondiales. La Chine constitue le premier fournisseur des Etats-Unis (16,9%), suivie du Mexique (10,2%), de Hong Kong (5,6%) et de l’Union Européenne (3,7%). L’Inde et le Bangladesh ne figurent qu’au 8 ème et 13 ème rang des fournisseurs des Etats-Unis (respectivement 3,2% et 2,8%). Sur les marchés européens, la Chine a un poids prédominant devant la Turquie (24% des importations de vêtements proviennent de Chine et seulement 14% de Turquie). Ces deux pays sont suivis de la Roumanie (8,1%), du Bangladesh (6,7%), de la Tunisie (5,9%), de l’Inde (5,9%), du Maroc (5,5%) et de Hong Kong (4,5%).

2. Incidence probable de la suppression des quotas commerciaux frappant les produits du textile et de l’habillement

Bénéfique pour les consommateurs des pays occidentaux en raison des baisses de prix qu’elle implique 1 , la suppression de l’ensemble des restrictions quantitatives subsistant dans le commerce mondial des produits du textile et de l’habillement devrait normalement se traduire par une diminution de la production et de l’emploi dans ce secteur au profit principalement des grandes puissances démographiques du Sud, comme la Chine et l’Inde. Les coûts de production devraient y être tirés vers le bas, parallèlement au renforcement de l’efficience des processus de production, qui étaient jusqu’à présent fragmentés.

2.1. Sur les pays développés

Dans les pays développés, les avantages d’une baisse des prix 2 , d’une plus grande efficience et d’une augmentation des volumes échangés pourraient largement compenser les effets d’ajustement négatifs sur la production et l’emploi dans les secteurs des textiles et des vêtements, induits par la libéralisation des échanges. Néanmoins, les conséquences de la suppression de ces quotas pourraient être importantes car, même si l’importance du secteur textile a tendance à diminuer au cours des dernières décennies, il représente une part non négligeable de l’emploi manufacturier et de la production manufacturière 3 .

  • 1 Selon la Banque Centrale Européenne, dans la zone euro, la composante habillement joue en effet un rôle important dans l’évolution des prix à la consommation, étant donné qu’elle représente quelque 6% de l’indice global des prix à la consommation harmonisé (IPCH).

  • 2 Cette évolution serait de nature à stimuler la consommation des ménages dès lors que les enseignes de distribution répercutent la baisse des coûts sur les prix à la consommation.

  • 3 Dans la zone euro, la filière textile représente aujourd’hui 10 % environ de l’emploi manufacturier et 6 % de la production manufacturière. Aux Etats-Unis, elle emploie près de 850.000 salariés.

4

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

De ce fait, le secteur du textile-habillement pourrait subir certaines conséquences négatives en termes de production et d’emploi. Toutefois, l’incidence de la suppression des quotas devrait être atténuée étant donné que les producteurs ont eu trente ans pour s’adapter et trouver des créneaux de substitution dans le haut de gamme, dans la mode ou les tissus techniques par exemple 4 . Les mesures prises pour accroître la compétitivité de l’industrie textile, notamment en soutenant les efforts de recherche-développement et de formation, l’ouverture des marchés et la lutte contre la contrefaçon, ne sauraient être suffisantes pour contenir la diminution du solde net des échanges.

Néanmoins, l’incidence de la suppression des quotas commerciaux s’avère difficile à quantifier et ce, pour plusieurs raisons. D’un côté, même si 51% des quotas devraient avoir disparu avant 2005, il apparaît que leur suppression progressive a pris du retard dans les faits, les quotas les moins sensibles étant les premiers à être éliminés. Cela veut dire que l’incidence de la suppression des quotas encore existants pourrait être proportionnellement plus élevée.

D’un autre côté, le fait que cette suppression ait été progressive devrait signifier qu’elle a déjà été, du moins en partie, intégrée dans les décisions d’investissement, bien que l’adhésion de la Chine à l’OMC puisse entraîner une nouvelle hausse des importations en provenance d’Asie.

De plus, parmi les autres facteurs déterminant l’incidence probable de la suppression des quotas, figurent :

le maintien des tarifs douaniers qui, dans les pays occidentaux, se situe autour de 12% contre 4% pour l’industrie manufacturière ;

le fait que, même si les quotas doivent être supprimés, l’Accord sur les Textiles et les Vêtements (ATV) a prévu une clause de sauvegarde que les pays producteurs pourront toujours appliquer si la hausse des importations en provenance d’un pays porte un préjudice grave à leur industrie qui fabrique des produits semblables ou concurrents 5 .

L’expérience d’autres pays qui ont déjà libéralisé leurs échanges de produits du textile- habillement tend à indiquer que, si l’on a généralement constaté une incidence significative sur les prix et les volumes, le profil et l’ampleur de cette incidence ont différé selon les pays, peut-être en raison de la présence de for ces de marché différentes.

En Norvège, pays où l’on a à la fois réduit les tarifs douaniers et supprimé les quotas, les prix à la consommation des vêtements ont enregistré une importante baisse de 16 % entre 1995 et

2001.

4 En outre, il importe de noter que la Commission européenne a récemment proposé un plan d’action en sept points, comportant des mesures destinées à accroître la compétitivité de l’industrie textile européenne. Ces recommandations portent, notamment, sur un soutien aux efforts de recherche-développement et à la formation, l’ouverture des marchés et le renforcement de la lutte contre la contrefaçon. 5 Cette clause de sauvegarde, que la Chine a accepté en adhérant à l’OMC, peut être appliquée sur une base sélective, pays par pays, par accord mutuel ou, si aucun accord n’est intervenu au bout de 60 jours, de façon unilatérale. C’est ainsi que depuis 2002, les Etats-Unis l’ont déjà utilisée trois fois en réintroduisant les quotas sur les robes de chambre, les soutiens-gorge et les textiles tricotés. Plus récemment, au regard de la très forte progression des importations européennes de textile chinois qui ont doublé, voire triplé au cours des trois premières semaines de l’année 2005, les industriels et le gouvernement français pourraient saisir la Commission Européenne dès la mi-février pour demander la mise en application des clauses de sauvegarde. La défense de la lingerie et des chemises et pantalons, largement fabriqués par ses partenaires de la zone de libre-échange euro-méditerranéenne, sera sans doute privilégiée.

5

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

En Suède, où les quotas sur les importations de produits du textile-habillement ont été supprimé en 1991, avant de devoir les réintroduire préalablement à l’adhésion à l’Union Européenne en 1995, les importations en provenance de Chine ont fortement augmenté mais l’incidence sur les prix à la consommation a été peu perceptible, certainement en liaison avec des modifications du régime fiscal suédois et la dépréciation de la couronne, ces deux phénomènes étant intervenus à peu près en même temps.

En Australie, où les quotas ont été démantelés en 1992-1993 et où une baisse des tarifs douaniers est intervenue sur la période comprise entre 1992 et 2005, une hausse des importations plus importante que la baisse de la production nationale a été observée, bien que les prix à la consommation soient restés assez stables.

Dans les pays développés pris globalement, la suppression des quotas sur le textile- habillement ouvre donc des opportunités, tout en présentant des défis pour l’industrie concernée, les enseignes de distribution et les consommateurs. Même s’il est difficile de quantifier avec précision son incidence, l’élimination de ces restrictions devrait se traduire par des avantages nets substantiels, essentiellement par le biais de pressions à la baisse sur les prix à la consommation. Ces gains seraient maximisés sur les marchés caractérisés par un degré élevé de concurrence.

2.2. Sur les pays en développement

A l’inverse des économies avancées, la disparition du système des quotas serait lourde de conséquences pour les pays les moins avancés sur l’échelle du développement, que ce soit en Asie, en Amérique latine ou en Afrique. Tout en procurant une part importante des revenus à l’exportation, la filière textile assure une part substantielle de l’emploi industriel dans ces pays où les tensions sur le marché du travail vont s’accumuler au cours des prochaines années.

Pour évaluer l’impact de la levée des quotas sur les pays exportateurs de textile et d’habillement, il importe d’une part, d’analyser l’effet de la réduction des quotas sur les parts de marché de la Chine lors de la précédente phase en janvier 2002, et d’autre part de comparer les avantages comparatifs des pays et les quotas atteints.

2.1.1. Effets de la réduction des quotas de 18% au 1 er janvier 2002

En décembre 2001, la Chine est entrée à l’OMC. Ce pays a donc bénéficié rétroactivement de la levée des quotas sur 11 catégories de produits (dont 8 concernent les vêtements) en Europe et 23 aux Etats-Unis. L’adhésion de la Chine à l’OMC a coïncidé avec la troisième phase de libéralisation des quotas le 1 er janvier 2002, à l’issue de laquelle 51% des volumes échangés n’étaient désormais plus contraints.

Les exportations chinoises de textile entre 2001 et 2003 ont fortement augmenté, en valeur, de 53% et leur part dans les importations mondiales ont progressé de 5,4 points, passant de 10,5% à 15,9% entre 2000 et 2003.

De même, sur le marché de l’habillement, la valeur des exportations chinoises a accéléré de 39% entre fin 2001 et 2003. Le poids de la Chine dans les exportations mondiales a ainsi augmenté de 4,2 points, passant de 18,8% à 23% (tableau 3).

6

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Graphique 2 : Evolution des exportations chinoises de produits textile et habillement (en milliards de dollars)

Textile Habillement 60 50 40 30 20 10 0 1990 1995 2001 2002 2003
Textile
Habillement
60
50
40
30
20
10
0
1990
1995
2001
2002
2003

Source : OMC

Tableau 3 : valeur et variation annuelle des exportations chinoises de produits textiles et d’habillement

   

Valeur en millions de dollars

   

Variation annuelle en %

 
 

1990

1995

2001

2002

2003

1990-95

1995-01

2002

2003

Textile

7219

13918

16826

20563

26901

15%

3%

22%

31%

Habillement

9669

24049

36650

41302

52061

25%

9%

13%

26%

Source : OMC, calculs DPEF

2.1.2. Avantages comparatifs et quotas atteints

Selon une étude réalisée par l’Organisation Mondiale du Commerce, les pays qui vont le plus bénéficier de la levée des quotas sont ceux qui butent aujourd’hui sur les quantités et qui ont les capacités d’augmenter leur production. Le tableau 4 suivant montre que les pays dont les exportations atteignent le plus les quotas sont le Pakistan, la Chine, l’Inde et le Vietnam. Ces mêmes pays ont des avantages comparatifs révélés très importants sur les marchés du textile et de l’habillement, en particulier le Pakistan, ainsi que le révèle le tableau 5.

 

Pays

Tableau 4 : quotas atteints en 2000 Quotas atteints

Chine

33/76

Bangladesh

n.d

Hong-Kong

3/34

Inde

7/21

Malaisie

3/12

Pakistan

8/16

Sri Lanka

1/6

Taiwan

4/43

Thaïlande

2/20

Vietnam

12/29

Source: OMC Un quota est dit atteint s’il est rempli à 90%.

7

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Tableau 5 : avantages comparatifs révélés 6 en 2000

Pays

Textiles

Vêtements

Inde

1,9

3,1

Pakistan

12,5

8,5

Chine

-1,6

8,3

Source : Chelem

Ces pays disposent d’avantages comparatifs importants, notamment par rapport à d’autres pays pauvres d’Asie. Ils sont notamment caractérisés par une production importante de matières premières, facteur clé de la compétitivité. En comparaison, des pays comme le Bangladesh et le Sri Lanka sont fortement dépendants des importations de matières premières, même si le gouvernement du Bangladesh encourage actuellement la mise en place d’unités de tissage. En effet, ces deux pays, qui sont importateurs nets de produits textiles, risquent de voir leurs principaux fournisseurs (Inde, Pakistan, Chine) arrêter les exportations de matières premières pour satisfaire leurs propres besoins après 2005.

Graphique 3 : Evolution de la balance commerciale des produits du textile (en milliards de dollars)

Chine Mexique Tunisie Maroc Pakistan 14 12 10 8 6 4 2 0 -2 -4 1990
Chine
Mexique
Tunisie
Maroc
Pakistan
14
12
10
8
6
4
2
0
-2
-4
1990
1995
2001
2002
2003

Source : OMC

Tableau 6 : balance commerciale textile (en millions de dollars)

Pays

1990

1995

2001

2002

2003

Chine

1927

3004

4253

7503

12684

Bangladesh

-109

-1049

-1016

-781

-810

Sri lanka

-387

-980

-1160

-1146

 

Philippines

-778

-965

-897

-1053

-1027

Malaisie

-608

-406

120

66

68

Mexique

-279

-485

-3294

-3361

-3359

Tunisie

-678

-1124

-1241

-1198

 

Maroc

-158

-222

-1260

-1344

-1501

Pakistan

2537

4134

4371

4599

5556

Source : OMC

6 La spécialisation est mesurée par un indicateur d’avantage comparatif révélé, celui de contribution au solde commercial.

8

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

La Chine, le Pakistan et l’Inde devraient en effet utiliser pour leur marché intérieur la production locale de textile. Les prix des matières premières textiles seraient donc être amenées à croître du fait d’une réduction de l’offre de produits à bas prix. Les premiers affectés seront donc les pays importateurs nets, à l’instar du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines, du Mexique, des Philippines, de la Tunisie et du Maroc. Ces derniers subiraient plus fortement la concurrence des autres pays asiatiques moins dépendants des importations de ce type de matières premières, comme la Chine, l’Inde et le Pakistan.

3. Présentation des prévisions de l’OMC

3.1. Evolution à court terme du marché du textile

D’après l’OMC, la levée des quotas au 1 er janvier 2005 sur le marché textile ne devrait pas trop modifier la répartition des parts de marchés à court terme du fait de l’utilisation des produits textile (matières premières) pour la pr oduction d’articles finis (habillement).

Ainsi, sur le marché européen du textile, la Chine et l’Inde verront leurs parts de marché augmenter de 2 points, tandis que les Etats-Unis et la Turquie ne perdront qu’un point de part de marché (graphique 4).

Graphique 4 : part de marché dans le textile avant et aprè s le démantèlement des quotas, dans l’Union Européenne

Reste du

2002

Chine Monde 10% 36% Turquie 13% Afrique Inde 3% 9% Etats-Unis 8% Taïwan 3% Afrique du
Chine
Monde
10%
36%
Turquie
13%
Afrique
Inde
3%
9%
Etats-Unis
8%
Taïwan
3%
Afrique du
Europe Centrale
et de l'Est (hors
Pologne)
Nord (hors
Corée du Sud
Indonésie
6%
Maroc)
3%
5%
4%

Source : OMC

2005

Reste du Monde Chine 34% 12% Turquie 12% Inde Taïwan 11% Etats-Unis 3% Afrique du Nord
Reste du Monde
Chine
34%
12%
Turquie
12%
Inde
Taïwan
11%
Etats-Unis
3%
Afrique du
Nord (hors
Europe Centrale
et de l'Est (hors
Pologne)
7%
Maroc)
Corée du Sud
Indonésie
6%
3%
4%
5%

Sur le marché américain (graphique 5), l’abolition des quotas aura un impact plus marqué car les barrières à l’importation sont plus nombreuses. En supposant qu’il n’y ait plus aucune barrière à l’importation de produits asiatiques, les parts de marché de la Chine augmenteraient de 7 points. Celles de l’Union Européenne et du Mexique seraient réduites de 2 points, respectivement à 14% et 11%.

9

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Graphique 5 : part de marché dans le textile avant et aprè s le démantèlement des quotas, aux Etats-Unis

Reste du

2002

Chine Monde Indonésie 11% Union 20% 3% Européenne 16% Japon 3% Hong Kong Mexique 6% Amérique
Chine
Monde
Indonésie
11%
Union
20%
3%
Européenne
16%
Japon
3%
Hong Kong
Mexique
6%
Amérique (hors 13%
Inde
Taïwan
Mexique)
5%
Corée du Sud
7%
10%

Source : OMC

6%

2005

Reste du Monde Chine Indonésie 21% 18% 3% Union Japon Européenne 3% 14% Hong Kong 5%
Reste du Monde
Chine
Indonésie
21%
18%
3%
Union
Japon
Européenne
3%
14%
Hong Kong
5%
Mexique
Amérique (hors
Inde
11%
Taïwan
Mexique)
5%
Corée du Sud
6%
8%
6%

A plus long terme, le démantèlement de l’ATV va supprimer les derniers obstacles au développement de pôles de compétences textiles plus conséquents dans les pays en développement les plus compétitifs, surtout en Chine et en Inde.

Une étude effectuée par la Ministère français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie montre que l’effort d’équipement de la Chine est considérable et présage d’une augmentation de la production et des exportations chinoises 7 . En s’équipant à neuf, les producteurs textiles chinois améliorent ainsi leur productivité et augmentent leur production de textile d’une qualité permettant l’exportation.

De même, en Inde, les mesures déployées par les pouvoirs publics vont permettre à ce pays de multiplier ses projets d’investissement en machines et équipements nécessaires à la production textile et d’accroître sensiblement ses exportations de textile. Les coûts de production totaux devraient y être tirés vers le bas et le processus de production verrait son efficience renforcée 8 .

3.2. Evolution à court terme du marché du vêtement

La dernière phase du processus de démantèlement des quotas concernera principalement les articles d’habillement et représentera donc une opportunité importante pour les pays qui ont développé des compétences dans ce domaine (graphiques 6 et 7).

7 Entre 1992 et 2002, la Chine a acheté 15% des équipements de filature (fibre courte) vendus dans le monde et 31% des métiers sans navette. A l’exception de la Turquie qui a réalisé un effort notable, les pays tiers méditerranéens et ceux d’Europe Centrale et Orientale souffre d’un déficit d’équipement ; leur capacité d’investissement étant affectée par les très faibles marges dégagées dans les opérations de sous-traitance. 8 Selon une étude réalisée par Mc Kinsey, l’Inde pourrait devenir le deuxième fournisseur mondial de produits textiles après la Chine avec un montant d’exportations compris entre 25 et 30 milliards de dollars d’ici 2013, mais à condition que de vigoureuses réformes soient mises en œuvre, notamment en matière d’infrastructures et de droits de travail.

10

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Graphique 6 : part de marché dans l’habillement avant et après le démantèlement des quotas, dans l’Union Européenne

2002 Chine Inde 18% 6% Afrique du Nord (hors Maroc Maroc) Hong Kong 6% 6% 2002
2002
Chine
Inde
18%
6%
Afrique du
Nord (hors
Maroc
Maroc)
Hong Kong
6%
6%
2002

Reste du

Monde

Chine

16%

Inde

4%

2005 Reste du Monde Chine 24% 29% Inde 9% Turquie Afrique du 6% Nord (hors Maroc)
2005
Reste du
Monde
Chine
24%
29%
Inde
9%
Turquie
Afrique du
6%
Nord (hors
Maroc)
Hong Kong
6%
4%
5%
Europe
Centrale et de
l'Est 6%
2005

Maroc

30%

Indonésie

3%

Bangladesh

3%

Pologne

5%

5%

Reste du

Monde

Taïwan

24%

4%

Union

Européenne

5%

Bangladesh

4%

Indonésie

4%

Indonésie

3%

Bangladesh

4%

Pologne

4%

Turquie

9%

Europe Centrale et de l'Est (hors Pologne)

9%

Source : OMC

Graphique 7 : part de marché dans l’habillement avant et après le démantèlement des quotas, aux Etats-Unis

Reste du

Monde

36% Chine 37% Sri Lanka Inde 1% 11% Bangladesh Hong Kong 1% Amérique 4% Indonésie (hors
36%
Chine
37%
Sri Lanka
Inde
1%
11%
Bangladesh
Hong Kong
1%
Amérique
4%
Indonésie
(hors
1%
Philippines
Thaïlande
Mexique
Mexique)
1%
2%
2%
4%
Mexique 10%
Mexique
10%

Philippines

4%

Hong Kong

9%

Amérique

(hors

Mexique)

16%

Source : OMC

Dans ces conditions, la part de la Chine dans les importations de vêtements aux Etats-Unis pourrait augmenter de 34 points aux Etats-Unis. L’OMC prévoit ainsi que la Chine occuperait 50% du marché américain. En comparaison, la montée en puissance de ce pays lui apporterait des gains de part de marché dans les importations européennes de seulement 11 points. Ils seraient réalisés essentiellement au détriment de la Turquie, des pays d’Europe Centrale et Orientale et du Mexique.

L’élimination des préférences commerciales dans ce secteur irait à l’encontre de la régionalisation observée depuis plusieurs années autour des grands marchés protégés d’Amérique du Nord et de l’Union Européenne. Le Mexique, la Turquie, les pays d’Europe Centrale et Orientale et les partenaires méditerranéens de l’Union Européenne ne semblent pas à l’abri des pressions concurrentielles exercées par les produits en provenance de Chine qui, en plus d’une monnaie nationale notoirement sous évaluée, dispose d’avantages compétitifs écrasants, alliant main d’œuvre qualifiée, équipements renouvelés régulièrement grâce à l’afflux continu d’investissements directs étrangers, infrastructures modernes, importants facteurs d’échelle et très faible coût du travail (graphique 8).

11

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

République tchèque

Taïwan

Bangladesh

Chine

Corée du Sud

Union Européenne à 15

Mexique

Malaisie

Thaïlande

Tunisie

Estonie

Slovaquie

Etats-Unis

Inde

Japon

Portugal

Pologne

Turquie

Maroc

Graphique 8 : comparaison mondiale du coût du travail dans l’industrie de la filature et du tissage (en dollars par heure)

25 20 15 10 5 0
25
20
15
10
5
0

Source : Werner Spinning and Weaving Labour Cost Comparaisons, 2002.

L’Inde, qui dispose de puissantes entreprises locales dans ce secteur, dispose de nombreux atouts pour réussir dans la période qui suivra le démantèlement des quotas, grâce notamment à la disponibilité dans le pays de nombreuses fibres naturelles, à ses compétences dans le domaines des fibres artificielles, au faible niveau de rémunération pratiqué dans les secteurs manufacturiers, à l’augmentation du niveau de vie et du niveau de qualification de la classe moyenne et à un vaste marché intérieur.

Néanmoins, ces avantages concurrentiels restent contrebalancées par les difficultés inhérentes à l’industrie textile, une industrie fragmentée pour cause de réservation du secteur textile aux petites entreprises employant beaucoup de main-d’œuvre, une production de qualité faible, des infrastructures déficientes et un appareil de production largement obsolète. En outre, l’Inde, qui est surtout spécialisée dans les articles en coton, se doit aussi d’élargir son portefeuille de produits pour être plus en phase avec la demande dans les pays occidentaux.

En comparaison, le Pakistan, qui a investi dans les secteurs en amont de la filière du textile (filature et tissage) et développé une forte compétence dans des sous-secteurs spécialisés comme le linge de maison, ne tirerait que très partiellement profit des opportunités occasionnées par la levée des quotas puisqu’elle concernera surtout les articles d’habillement.

12

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

3.3. Impact de la mise en place d’une taxe à l’exportation par le Ministère chinois du Commerce

L’arrivée à terme de l’accord sur les textiles et les vêtements (ATV) a fait craindre aux autorités chinoises l’éventuelle mise en place de mesures de rétorsions 9 de la part de ses partenaires commerciaux, les Etats-Unis en particulier, dont le déficit commercial bilatéral avec la Chine a atteint des niveaux abyssaux au terme de l’année 2004.

A court terme, cette mesure, si elle est effectivement appliquée, se traduirait par une baisse du prix de revient des exportations de la filière et inciterait les producteurs chinois à servir davantage le marché domestique.

Dans ces conditions, les prévisions de croissance des parts de marché chinoises réalisés par l’OMC seraient revues à la baisse et ce sont les pays qui butent aujourd’hui sur leurs quotas et ont peu de contraintes en termes de matières premières, en l’occurrence l’Inde et le Pakistan, qui bénéficieraient d’un développement plus modéré des exportations chinoises.

Néanmoins, si la demande intérieure chinoise est jugée insuffisante par les entreprises domestiques, celles-ci, compte tenu du pouvoir de marché considérable dont elles disposent, seraient sans doute incitées d’augmenter fortement leurs prix à l’exportation et de favoriser la montée en gamme vers des produits ne faisant pas l’objet d’une taxe à l’exportation. Aussi, à moyen et long terme, la mise en œuvre par le Ministère chinois du Commerce de cette mesure pourrait-elle se traduire, en plus de l’amélioration des recettes budgétaires du gouvernement chinois, par l’augmentation de la qualité des produits chinois qui concurrenceront désormais directement ceux économies les plus avancées.

La Chine pourrait alors s’octroyer un quasi-monopole mondial.

4. Fin des AMF : quels impacts sur le Maroc ?

4.1. Rappel de la situation de la filière

Pour le Maroc, le textile-habillement, dont le développement a été largement favorisé par le système des quotas, occupe une place considérable dans l’économie nationale. Organisé autour d’un réseau dense de PME-PMI, il est le premier employeur industriel en occupant 200.000 personnes, soit une part de 40%. En 2001, les industries du textile et de l’habillement ont drainé près de 24% des exportations totales de notre pays et ont contribué pour près de 2,5% au PIB, soit l’équivalent d’une valeur ajoutée de 11,5 milliards de dirhams. L’effort d’investissement représente 7,1% du chiffre d’affaires de la filière et l’évolution baissière de l’ICOR traduit une dépréciation relative de la rentabilité économique des investissements.

Dans la région euro-méditerranéenne, la production nationale occupe une place intermédiaire par rapport aux pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) et ceux du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM). En 2001, le Maroc a représenté respectivement 7%, 23% et 6% de la production des PSEM, des PECO et de l’ensemble formé des PECO et des PSEM. Si l’on exclut la Turquie, le Maroc s’est octroyé respectivement 15%, 23% et 27% de la production des PSEM, des PECO et de l’ensemble PECO-PSEM.

9 Sous forme de quotas d’importation ou de tarifs douaniers.

13

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

S’agissant des échanges de produits textile-habillement, les exportations marocaines ont constitué en 2001 respectivement 9%, 25% et 14% des exportations de l’ensemble des PECO et des PSEM, des PECO et des PSEM. Hors la Turquie, le Maroc a exporté pour respectivement 15%, 25% et 32% des livraisons des PECO et des PSEM pris globalement, des PECO et des PSEM.

Les exportations du Maroc sont très concentrées sur un petit nombre d’articles, ce qui rend ce secteur relativement vulnérable aux profonds bouleversements induits par l’érosion des préférences commerciales (tableau 7). Un indicateur de concentration simple calculé par le FEMISE montre que 6 articles composent 50% des exportations nationales de textile-habillement. La Turquie, avec 10 articles et les PECO sont plus diversifiés.

Tableau 7 : nombre d’articles composant 50% des exportations

PSEM

PECO

Egypte

 
  • 6 Estonie

15

Jordanie

 
  • 3 Lettonie

10

Liban

20

Hongrie

11

Israël

 
  • 7 Lituanie

10

Syrie

 
  • 4 Pologne

13

Maroc

 
  • 6 Slovaquie

9

Tunisie

 
  • 5 Slovénie

13

Turquie

10

Tchéquie

22

Chypre

5

   

Malte

2

   

Source FEMISE, calculs FEMISE.

Par ailleurs, le poids des clients européens est très marqué, ce qui rend notre pays particulièrement sensible aux variations conjoncturelles de la demande de l’Union Européenne (graphique 9). Le textile du textile et de l’habillement est en effet une spécialisation du Maroc dans ses relations avec l’Union Européenne : alors que la part moyenne des importations de textile- habillement dans les importations européennes est de 7,7%, les produits de la filière textile et habillement représentent presque 45% des importations européennes issues du Maroc. Selon les données du Ministère français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, la part du Maroc dans les importations européennes d’habillement s’est établie, en 2001, à 4% pour les articles de la maille et à 7% pour ceux de la chaîne et de la trame. Mais, d’une façon générale, les exportations du Maroc se concentrent sur des marchés sensibles à la concurrence chinoise (tableau 8).

14

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Graphique 9 : évolution des exportations par pays de la filière du textile et de l’habillement

3500 3000 2500 2000 1500 1000 500 0 Etats-Unis France UEBL Allemagne Italie Royaume-Uni Espagne Golfe
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
Etats-Unis
France
UEBL
Allemagne
Italie
Royaume-Uni
Espagne
Golfe
Autres
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002

Source CHELEM, calculs DEPF.

Tableau 8 : part de la maille et chaîne et trame dans les importations européennes d’habillement en 2001 (en %)

 

Tunisie

Maroc

Turquie

Roumanie

Chine

Maille

3

 
  • 4 4

  • 18 17

 

Chaîne et trame

8

 
  • 7 7

  • 10 18

 

Source : MINEFI – DREE, décembre 2002

L’analyse de la position concurrentielle du Maroc révèle qu’en 2001, dans le secteur de l’habillement, le Maroc dispose d’un taux de pénétration des importations encore relativement faible (18%). Néanmoins, ce taux pourrait croître, en lien avec l’ouverture du marché national dans le cadre de l’accord de partenariat avec l’Union Européenne qui doit mettre un terme à la protection dont bénéficie le secteur de l’habillement. En revanche, le taux d’exportation, à 80%, est très élevé.

Sur le marché du textile, la situation est différente : tandis que le taux d’exportation est relativement faible (22%), le taux de pénétration est assez élevé, à 64%. Cela s’explique par le fait que notre pays ne dispose pas, en amont, d’une industrie textile compétitive, à la différence de la Chine, l’Inde, l’Italie ou la Turquie 10 . Le taux de pénétration des textiles se situe à des niveaux un peu moins élevés que la Tunisie, la Roumanie ou la Hongrie.

Les coûts salariaux marocains demeurent compétitifs par rapport à ceux européens, puisqu’ils représentent en moyenne 13% de ceux-ci. Cependant, cette compétitivité-coût est en partie contrebalancée par une productivité du travail qui reste modeste 11 , alors qu’elle est forte en Asie, particulièrement en Chine.

  • 10 Selon la lettre du CEPII n°240, les projets de développement de la production de coton (qui entrent dans le cadre de l’aménagement régional de l’Anatolie) comme le fait que la Turquie soit devenue, derrière la Chine, le deuxième importateur mondial de machines textiles avec, en 2002, 12% du marché mondial contre 8% en 1995, révèlent que la Turquie continue de renforcer l’avantage qu’elle possède dans l’amont de la filière textile.

  • 11 Une étude du CEPII a montré que les écarts de productivité entre le Maroc et la France peuvent aller de 1 à 2.

15

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Dans ces conditions, le retour du secteur du textile et de l’habillement sous le régime du droit commun des échanges commerciaux le 1 er janvier 2005 et la perte des conditions préférentielles dont jouissait la production nationale sur les marchés européens vont sans doute exacerber la concurrence asiatique sur l’industrie nationale. Celle-ci pays dispose toutefois d’un certain nombre d’atouts, comme :

une compétitivité coût indéniable sur certain produits : l’Institut Français de la Mode estimait en 2003 le prix de revient d’une même chemise à 11,3 euros au Maroc contre 10,4 euros en Chine, dont 1,1 euros dû à des taxes ;

une proximité qui favorise la gestion de séries courtes et permet un achalandage réactif aux variations de la demande ;

des spécialisations produits moyennement concurrencées par la Chine, si l’on en juge par le degré de similarité des produits exportés (tableau 9).

Tableau 9 : degré de similarité entre les structures exportatrices des différents pays (indicateur Cos 12 )

 

Turquie

Roumanie

Tunisie

Maroc

Pologne

Chine

0,41

0,5

0,42

0,48

0,46

Turquie

 

0,6

0,63

0,79

0,62

Roumanie

   

0,27

0,26

0,24

Tunisie

     

0,89

0,85

Maroc

       

0,91

Source DREE.

L’industrie marocaine tirerait un nouvel avantage hors coût décisif face aux pays concurrents d’Asie. Cet avantage se rapporte à la prise en compte, par les grandes marques, des considérations à caractère éthique, social et environnemental au sujet desquelles d’importantes initiatives ont été prises par les producteurs nationaux.

Le Maroc pourrait également bénéficier de la relative moindre sensibilité de l’Union Européenne à l’élimination des quotas sur les importations des produits de l’habillement. A cet égard, l’OMC table sur un recul du poids du Maroc dans les importations européennes de seulement un point, passant de 5% à 4%. En plus des facteurs d’attractivité cités ci-dessus, ce léger repli s’expliquerait par le fait que les quotas ont d’ores et déjà été progressivement supprimés par l’Union Européenne. Ainsi, seulement 20% des importations européennes du secteur sont encore soumises à des restrictions et 12% des exportations chinoises vers l’Union entre dans cette catégorie.

Mais, les expériences d’autres pays peuvent faire redouter un renforcement de la concurrence chinoise en Europe au détriment de notre pays. Le cas du Mexique est à cet égard parfaitement illustratif.

12 Cet indicateur permet une appréciation synthétique du degré de concurrence entre les structures d’exportation de deux pays. Il est égal à 1 lorsque les produits exportés sont identiques et à 0 lorsqu’ils diffèrent totalement.

16

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Ce pays, après avoir été une base d’exportation des marques américaines, vient d’être dépassé l’année dernière par la Chine sur le marché américain, ce qui ne peut que faire douter de la capacité de la densification des réseaux de production et de commercialisation au niveau régional à contrarier la banalisation des préférences commerciales avec la fin des accords ATV. Cette menace est d’autant plus évidente sur le marché des T-shirts et des tricots, deux familles d’articles qui assurent plus de la moitié des exportations nationales de la maille vers l’Union Européenne.

4.2. Quelques enseignements

Dans ce nouvel environnement économique international, le Maroc, à l’instar des autres pays méditerranéens, risque de perdre le bénéfice des arrangements préférentiels avec l’Union Européenne. Face à de telles perspectives, les opérateurs marocains ont élaboré un plan stratégique de grande ampleur qui privilégie les objectifs de qualité et de compétitivité à travers :

la remontée en gamme et la différenciation de l’offre. Concrètement, cela passe par des activités « d’ennoblissement », des investissements supplémentaires, des efforts d’innovation et de R&D et la mise en œuvre de cycles de formation aux différents niveaux de qualifications ;

le passage de la sous-traitance (qui bride les initiatives des producteurs) à la co-traitance, relation plus équilibrée entre acheteurs et confectionneurs, et qui laisse plus de place à la qualité, la créativité et la recherche de valeur ajoutée 13 . Il va sans dire qu’une telle orientation passe par l’amélioration des circuits de distribution, ce qui nécessitera des investissements importants dans les technologies de l’information pour optimiser les moyens et permettre une meilleure gestion des commandes et des délais d’exécution.

Même s’il ne résout pas les problèmes liés à la vétusteté des équipements et la fragilité des fonds propres, la constitution d’un pôle et d’un marché pan-euroméditerranéen 14 , plus fluide et plus performant autour de l’Union Européenne serait une chance.

A l’appui de cette thèse, on constate que l’ensemble pan-euro-méditerranéen constitue une zone largement protégée naturellement, compte tenu de la diversité de sa demande, des conditions d’offre et des savoir-faire disponibles: entre 1994 et 2002, le poids du « reste du monde » dans les importations de l’ensemble pan-euro-méditerranéen n’a d’ailleurs guère varié, se situant autour de 40%, ce qui suppose que l’intégration régionale a effectivement contribué à la protection, si ce n’est au renforcement de la filière textile-habillement, à l’échelle régionale.

Cette fluidité devrait permettre d’apporter une réponse plus adaptée aux exigences du circuit court, tandis que l’harmonisation des règles d’origine serait de nature à privilégier les approvisionnements de proximité et à constituer un moyen de prolonger les systèmes de protection après les quotas.

13 Les travaux récents effectués par l’Institut Français de la Mode (IFM) à la demande de l’AMITH confirment l’intérêt du passage à la co-traitance pour notre pays. 14 Ensemble composé de l’Union Européenne élargie, de la Roumanie, de la Bulgarie, de l’Afrique du Nord et de la Turquie.

17

Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Par ailleurs, la relance du partenariat euro-méditerranéen rendrait alors le Maroc plus attractif pour les investissements étrangers, avec ce que cela suppose en termes de transferts de technologies et de remontées des filières. Il convient donc de capitaliser sur les résultats escomptés de la stratégie mise en place par l’AMITH avec le soutien des pouvoirs publics pour :

réaliser des percées sur les marchés des pays émergents, dont l’accès sera déterminant à l’avenir avec l’arrivée à maturité des marchés des pays développés ;

améliorer notre positionnement sur le marché américain, d’autant plus que les Etats-Unis, avec lesquels un accord de libre-échange a été contracté 15 , sont assurés d’une dynamique démographique vigoureuse à la différence de l’Union européenne ; Let que le Maroc à contracter avec ce pays un accord de libre-échange de nature à faciliter l’accès des produits nationaux au marché américain ;

élargir à terme le débouché de l’industrie textile locale, en créant une demande forte pour la fabrication de semi-produits tels que les fibres, les fils et les tissus, sur le modèle de la Corée du Sud 16 , de la Chine et de la Turquie.

Si elle se réalise, cette intégration en amont de la filière, en complétant les compétences acquises en aval, va permettre à notre pays de remplir une fonction centrale dans le vaste pôle régional euro-méditerranen, tout en améliorant son positionnement sur la chaîne de création de la valeur ajoutée. Dans ces conditions, la pérennisation de la filière à terme semblerait bien tributaire de la réussite de la réalisation du triptyque suivant : intégration industrielle ; créativité et innovation ; diversification des marchés à l’export.

  • 15 Personne en Europe ne propose la signature d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis compte tenu des enjeux agricoles et agro-alimentaires encore trop importants. Dans ces conditions, le Maroc pourrait constituer pour les entreprises européennes une plate forme d’investissement et d’exportation à destination des Etats-Unis.

  • 16 En Corée, le rapport entre les importations de tissus et les exportations d’habillement a diminué jusqu’à atteindre 10% en 1985.

18

Direction des Etudes et des Prévisions Financières