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PRÉSENTATION

La question de l'être aujourd'hui
Jean-François Courtine
Presses Universitaires de France | Revue de métaphysique et de morale

ISSN 0035-1571

Article disponible en ligne à l'adresse:

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Courtine Jean-François, « Présentation » La question de l'être aujourd'hui,
Revue de métaphysique et de morale, 2006/4 n° 52, p. 427-435. DOI : 10.3917/rmm.064.0427

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2006/4 - n° 52
pages 427 à 435

1979. à Heidegger. 201 : « Qu’y a-t-il de nouveau dans les aventures de l’être ? D’abord ceci. p.214. « Martin Heidegger et l’ontologie » (1932).. Vrin. De l’évasion. Constantes philosophiques de l’être.18/12/2014 01h51. ibid. Rolland. Paris.29 . Paris. éd. La philosophie s’invente. surtout s’il entend ainsi caractériser unitairement. dans l’article « Designation and Existence » (The Journal of Philosophy. 1982. fr. Fata Morgana.194. 69 et 96 . pour une analyse de l’ « engagement ontologique » et de la « présupposition d’existence ». L’Être et l’Essence. « On voudrait savoir comment dire à Martin Heidegger combien il a de compagnons inconnus sur la voie où l’on dirait parfois qu’il se croit seul. 708 : « The Universe of Entities is the Range of the Value of a Variable »). 20. » 3. 1983. É. cum grano salis. No 4/2006 Document téléchargé depuis www. Vrin 1967. avec Word and Object. p. « Quand on se décourage de méditer sur l’être. avant de trouver sa formulation « canonique » en 1948 « On what There is » (repris in From a Logical Point of View.cairn.info .Sorbonne . par Levinas. © Presses Universitaires de France Présentation La question de l’être aujourd’hui . que la métaphysique s’est essentiellement bornée à la connaissance de l’étant et qu’il faut la dépasser pour atteindre l’être. p. Paris. 2003). 205 : « Il est simplement faux de dire. l’histoire de la philosophie s’apprend. repris in En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. à la récente mise au point de Paul GOCHET. Et peut-être aussi que sur ces sentiers perdus de la haute pensée philosophique. J. Courtine. sans plus. Cf.Université Paris 1 . Étienne GILSON.18/12/2014 01h51. Il n’est pas sûr que le réinvestissement. sous la direction de S. 78). la thèse parménidienne de l’unité de l’être (Le Temps et l’autre. et d’un autre côté univoquement interpréter au sens de l’ontological commitment 4 – univoque- 1. J. 210 .. la formule s’adressait. p. LEVINAS.cairn. 19622. comme l’écrivait aussi Gilson. 36. Paris. Revue de Métaphysique et de Morale. trad.214. éd.Sorbonne .Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 427 Document téléchargé depuis www. les forestiers les plus perspicaces s’illusionnent parfois en croyant savoir où ils sont ». d’un terme d’abord destiné à caractériser les doctrines de Rosmini et de Gioberti soit très heureux. © Presses Universitaires de France Étienne Gilson demandait. » 2.-F. p. que son importance vienne d’être redécouverte et que le problème ait repris vie dans la pensée de quelques philosophes contemporains. « L’Être selon Quine ». pp. Nous renvoyons ici. sous le titre assez étrangement inapproprié d’ « ontologisme » 3. p. ou encore. au « cas Heidegger ».194. Pour le rajeunir. avant que le dieu n’y eût pénétré ou qu’il n’y ait été introduit. Constantes philosophiques de l’être.info . Le motif apparaît dès 1939.. 71-72. et en 1960. on propose même de rapprocher ces données de ce qu’elles furent à l’origine.29.29. 4. Vrin.Université Paris 1 . 377 . pour « rompre » avec elle. Laugier. aujourd’hui où l’ontologie se voit d’un côté récuser de manière principielle. Ce n’est assurément pas en ces termes – et même en faisant belle la part de l’ironie intéressée dans la formulation gilsonienne – que l’on entend ici « relancer » l’interrogation concernant « la question de l’être aujourd’hui ».29 . Car on le voit ici soucieux de protéger contre Dieu une notion de l’être qui ne lui serait même pas venue à l’esprit s’il n’avait hérité de ce qu’il y a de meilleur dans la théologie du Moyen Âge ». ou. il y a un demi-siècle : « Qu’y a-t-il de nouveau dans les aventures de l’être ? » 1 . lequel se trouvait tout à la fois chaleureusement salué comme un compagnon de route et sévèrement critiqué par le grand historien 2. p. Fata Morgana. on peut se reposer en observant le cas Heidegger.

c’est.cairn. au moins depuis Kant. que cette décision est assortie d’une nouvelle distribution. voire in Lire Quine. en envisageant à nouveaux frais la dialectique : être – néant. Cf. Berlin-New York. G. négation. celle de l’ontologie formelle et des ontologies régionales – qui ne se laisse pas reconduire aux schémas classiques de la métaphysique générale et de la métaphysique spéciale. plus généralement. Ce qui en revanche pouvait mériter examen. International Conference on Conceptual Structures 2005. plus encore.ieee.214. négativité). Le Problème de l’être chez Aristote. de manière que nous avons voulu concevoir quasi typologiquement.org. AUBENQUE. 1986. du moins de l’histoire de l’ontologie qui mériterait qu’on s’y arrête. pp. comme il se doit).-M. qu’il n’y a probablement aucun sens à déterminer quelque chose comme une ou la question de l’être. sous la direction de J. PUF. à partir de Husserl. © Presses Universitaires de France ment. ouvertes par quelques-unes des réélaborations majeures de « la » question de l’être. P. sur le site http://suo.18/12/2014 01h51. Rolf SCHÖNBERGER.cairn. Carnap. Quine. Autant de noms propres ici. Jan ANDERSEN et Henri SCHÄRFE. Z 1). à Hegel (comme le fait ici B. de quoi que ce soit qui se présente comme un bilan de ces nouvelles aventures de l’être durant le siècle ou le dernier demi-siècle écoulé. propre à Kant. Monnoyer. le terme alors décrié.194. Stumme (éd. le terme est désormais revendiqué par l’informatique théorique 5. 2005.. « What Has Happened to Ontology ». 6. Document téléchargé depuis www. sur le versant de l’empirisme logique. de Quine. 185-206.).18/12/2014 01h51. De Gruyter.Sorbonne . autant de choix. Éditions de l’Éclat.29. Dau. F. platonicienne (Le Sophiste) ou aristotélicienne (Métaphysique. Mugnier. Lecture Notes in Artificial Intelligence 3596. pp. Springer Verlag. ou même à Nietzsche. à l’humour sans doute involontaire. selon un ligne : Russell.. Paris. On peut naturellement – et on l’a souvent fait magistralement – s’interroger sur le problème de l’être chez Aristote.29 . On trouvera. et où.214. Récuser l’ontologisme ne suffit pas en effet à se délester de toute ontologie. 2006. d’« ontologie ».info .194. voire à Plotin ou Levinas. de William ANDERSEN et Brian PETERSON : « An Ontology of Modern Military Organisations and their Structure » (MOrg et MMO. puisque aussi bien l’être s’entend ici au sens de l’existence. logique et ontologie. aura joué un rôle d’autant plus considérable pour la question de l’être aujourd’hui. simple et élémentaire. au sens d’une thèse sur l’être.Université Paris 1 .-L. Mabille. M.29. rien.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 428 Jean-François Courtine Document téléchargé depuis www. S’y trouve retracé.Université Paris 1 . 5. le prolongement de certaines enquêtes historico-doctrinales. à titre d’illustration de cette ontologie classificatoire.Sorbonne . Paris-Tel Aviv. coll. en 1913. la contribution. © Presses Universitaires de France 428 . fût-ce en exhibant des lettres de noblesse ou une généalogie parménidienne. 425-438.info . discutables : nous défendons cependant l’idée que la décision husserlienne de réhabiliter. Studien zur Vorgeschichte des neuzeitlichen Seinsbegriffs im Mittelalter. 1966 . de Heidegger et. ou sur la Transformation des klassischen Seinsverständnisses 6 ou. Pour une première raison.29 . dans ce qui suit. sur la « thèse sur l’être ». sinon un nouvel épisode des « aventures de l’être ». Il ne s’agit évidemment pas non plus. sur ce point l’étude très bien documentée de Peter ØHRSTRØM. par définition.

Paris. assurément estimables. Cf. Ricœur. fr. 169-196. fr.Université Paris 1 . Husserl rappelle la distinction introduite dans les Prolégomènes. et reprise au seuil de la IIIe des Recherches logiques. Gallimard. Articles sur la Logique. d’ontologie phénoménologique (ici celle de J. Comme on sait. avant d’ajouter : À cette époque. et en étant aussi par là exempte des obscurités et des erreurs radicales qui affectaient les ontologies anciennes et qui ont justifié la résistance qu’on leur opposait. sur le « changement de situation » qui permettait de redonner vie à l’idée d’ontologie 10.info . sans reposer sur aucun appui historique. sémantique. » Document téléchargé depuis www. Le passage a été souvent commenté. p. 1997.info . dans l’Esquisse de Préface à la réédition des Recherches logiques. On s’est moins interrogé. et ontologie formelle. tout de même que l’entreprise heideggérienne (au moins jusqu’au Kantbuch de 1929) aura ouvert la voie aux tentatives. 10.194. à la mesure de l’essence formelle de l’objet en général. « Or. est expressément consacré à l’articulation entre ontologies régionales.29 . d’abandonner « le fier nom 7. in Phénoménologie. Meinong a rassemblé sous le titre de Gegenstandstheorie (théorie de l’objet). © Presses Universitaires de France Présentation . © Presses Universitaires de France de la mathesis et des sciences ontiques . § 7. ouvre.214. trad. v. 8. la « forme vide de région en général ». 1950. je n’osais pas encore adopter l’expression d’ontologie. J..18/12/2014 01h51. étudiée par R. matérielles. English. par opposition à la tradition qui avait identifié « ontologie et science a priori de ce qui est effectivement réel (wirklich) ». Idées directrices pour une phénoménologie.29. est langage »). 1975. Barbaras) ou d’ontologie herméneutique (le Gadamer de l’« adage » savamment interrogé par Jean Grondin : « l’être. À l’appui de cette élucidation. trad. laquelle. réitérée par les néokantismes. Patocˇka.194. 9. l’idée de l’ontologie reprenait vie d’une manière propre. § 67. PUF (« Épiméthée »). ce que A. qui peut être compris. en revanche. si elle ne définit pas à proprement parler une région. ontologie.cairn. pp. devenue choquante pour diverses raisons historiques : je désignais leur étude (op. récemment et exemplairement J.29 . BENOIST.Sorbonne . « Régions et Catégories ».Université Paris 1 .29. Ibid. 42. 384. p.cairn.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 429 429 Document téléchargé depuis www.. « Husserl.. Husserl et la tradition logique autrichienne. Au contraire. cit. entre « catégories de significations » et « catégories objectives formelles ». nommait « science purement rationnelle des objets » 9. de remettre en vigueur l’ancienne expression d’ontologie 7. dans mes Recherches. je tiens maintenant pour plus correct. p. Paris.18/12/2014 01h51. Le fait que l’expression d’ontologie ait pu devenir « choquante pour diverses raisons historiques » s’explique sans doute suffisamment en référence à la décision kantienne. in Husserl. P. le § 10 d’Ideen I. en tenant compte du changement de situation de notre époque.Sorbonne .214. 222 de la première édition) comme un fragment d’une « théorie a priori de l’objet en tant que tel ». mais nécessairement aussi épigonales. et notamment pour prendre la mesure du débat Husserl-Meinong 8 et caractériser ce que Husserl. Meinong et la question de l’ontologie ». PUF (« Épiméthée »). Paris.

4. où ens est rendu tout bonnement par « Ding ». mais cette fois dans l’après-coup par rapport à la décision husserlienne de redonner ses titres de noblesse à une ontologie. pour lui substituer celui plus « modeste d’une simple Analytique de l’entendement pur » (A 246/303) . comme la Métaphysique aristotélicienne. op. « L’Amphibologie des concepts de la réflexion et la fin de l’ontologie ». de ses tâches propres . Cette traduction d’ens par Ding ou Gegenstand est d’abord attestée par la Deutsche Metaphysik de Wolff.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 430 Jean-François Courtine Document téléchargé depuis www. voit dans son Ontologia la préfiguration de la « science des objets en général ». les changements qui affectent non seulement la terminologie. 11. 10e Internationaler Kantkongress. substitut de la théorie de l’objet.info . p. Le même Pichler souligne également très justement l’importance d’une autre occurrence de l’ontologie – ou mieux de l’ontologia – dans la première Critique (B 873). il nous semble directement lié à l’histoire de la Gegenstandstheorie meinongienne. et en particulier à l’ouvrage d’un élève de Meinong.194.29 . Ainsi l’ontologie est.29 .194.cairn. C’est seulement avec la Critique de la raison pure que l’expression Gegenstand prend le pas sur celle de Ding 11. car tous les objets n’existent pas. et l’être-là n’est pas une propriété essentielle de tous les objets en général 13. Ens signifie bien plutôt chez Wolff – et déjà chez les scolastiques – purement et simplement chose ou objet <Ding oder Gegenstand>. à paraître dans le cadre des Actes aux éditions Walter De Gruyter. d’après la définition wolffienne : die Wissenschaft von den Gegenständen überhaupt. PICHLER. indépendamment de toute considération d’être ou de non-être. PICHLER. op. p. Michel FICHANT. Leipzig. 3. L’identification de ens et de o[n. cit. elle est plus universelle (allgemeiner).18/12/2014 01h51.Sorbonne . 13. 4-9 septembre 2005. © Presses Universitaires de France d’une Ontologie ». et il peut donc commenter ce passage... Cf.214. la science de l’étant en général (Wissenschaft vom Seienden überhaupt). gegenstandstheoretische Betrachtung der Gegenstände).Université Paris 1 . la traduction de ens par être <Sein> (« l’étant » <« das Seiende »>) est non pertinente. en rupture tranchée avec la métaphysique aristotélicienne : L’ontologie n’est pas. auteur en 1910 d’un remarquable opuscule Über Christian Wolffs Ontologie. résulte. conférence donnée à l’université de Sa˜o Paulo. quant au changement permettant de remettre en honneur « l’ancienne expression ». Pichler en effet. cit. en termes meinongiens : Une telle considération des objets.cairn. bien loin de considérer Wolff comme un illustre représentant de cette ontologie dogmatique condamnée par Kant. la science de tous les objets en général ne peut pas être la science de l’être-là (Dasein).29. Hans Pichler. 12.18/12/2014 01h51. Document téléchargé depuis www. à la mesure d’une théorie de l’objet libérée de l’existence (die « daseinsfreie ».info . On notera aussi. celle qui considère « le système de tous les concepts et principes qui se rapportent à des objets en général » 12. H.Université Paris 1 .214. H. pour l’ontologie.Sorbonne . © Presses Universitaires de France 430 .. ohne Rücksicht auf Sein oder Nichtsein – la science des objets en général..29.

mais toujours en mode critique. contre laquelle se dresse précisément la Fundamentalontologie comme « analytique existentiale de l’être-là ».. et qu’il faudrait pouvoir étudier plus précisément – en y intégrant Emil Lask et Paul Natorp. Paris. 6e édition. sous cette réserve évidemment capitale que « le mot n’est plus à présent utilisé pour l’effectif (Wirkliches) ou le réal (Reales). que Heidegger. L’étude de LEVINAS. à ce qui est valide ou comportant de la valeur. Heidelberg.Université Paris 1 . Rickert revient sur cette nouvelle acception de l’être. p. » 17. 1991). Dans la préface à la 4e et 5e édition de son Gegenstand der Erkenntnis (1921). Die Logik des Prädikats und das Problem der Ontologie.cairn. dès 1919. la valeur et le devoir (Sollen). publiée en 1951. Mohr. Essais sur le penser-à-l’autre. dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Ainsi. « L’ontologie est-elle fondamentale ». aborde en mode critique la problématique du « es gibt ».29. © Presses Universitaires de France Présentation .29 . C’est assurément dans ce contexte. Grasset. mais qu’il est employé à titre d’expression la plus englobante pour tout le pensable en général. was überhaupt « gibt »). par opposition au non-effectif. RICKERT. entendue comme « Gegenstandstheorie ». et qu’il aborde expressément.194. © Presses Universitaires de France mais aussi la systématique d’H. RICKERT. Rickert. 7 : « Faktizität ist die Bezeichnung für den Seinscharakter “unseres” “eigenen” Daseins. l’ « ontologie » peut fort bien être à présent ce qu’il y a d’ « ultime » dans la science qui aspire à une connaissance du monde dans sa totalité 15. à mille lieux de l’idée.194. entendu comme « prédicat » : Je nomme à présent « étant » (« seiend ») tout ce qu’il y a en général (alles. Dans sa Préface à l’ouvrage de 1930. comme l’indiquait déjà l’intitulé du cours : « Ontologie (herméneutique de la facticité) ». très déterminé. XII. 1928.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 431 431 Document téléchargé depuis www. 1930. le sens.Université Paris 1 . Tübingen. et donc aussi bien la validité. et qu’il comporte toujours par conséquent à titre de clause additionnelle la question de savoir si cet être est réal ou non réal » 14. l’herméneutique de la facticité. Francfort. ayant certainement contribué ici à introniser un complet contresens (repris in Entre nous. Die Logik des Prädikats und das Problem der Ontologie. Ontologie (Hermeneutik der Faktizität).cairn. L’herméneutique de la facticité s’entend ici comme paléonyme de ce que Heidegger nommera dans Sein und Zeit (§ 4) Fundamentalontologie. Carl Winter Verlag. et en particulier de la reconduire à son véritable fondement. Der Gegenstand der Erkenntnis. autrement dit tout ce qui se laisse penser comme « quelque chose » (« etwas »).Sorbonne . Dans cette mesure.214. 15.info . durant le semestre d’été 1923 – la discussion du « titre “ontologie” ». de fournir grâce à la phénoménologie une « base problématique plus sûre » à l’ « ontologie moderne ». 63. 1988.info . p. 16. Il s’agit bien pour Heidegger.. H.214. appréhender la Seins14. Ga. ce terme étant lui-même entendu comme désignation du « caractère d’être » de « notre » « propre » être-là 16. il reconnaît en effet qu’il lui a fallu modifier son lexique et introduire un concept d’être. Klostermann.18/12/2014 01h51.29. H. Document téléchargé depuis www.18/12/2014 01h51.Sorbonne .29 . que l’ontologie serait fondamentale 17.

214.info . En effet. Paris. Mais si l’on questionne plus avant que la grammaire. C’est ce texte qui sert d’abord de fil conducteur à Jocelyn Benoist dans l’article cité du collectif Maxence Caron. p. 267-268. Sinn. même si aujourd’hui elle est devenue insuffisante.29. 71-103. mais à l’essai de 1950 « Empiricism. c’est un auxiliaire. fait très rigoureusement écho cette longue élucidation d’un séminaire tardif (Le Thor) : Que veut dire maintenant Seinsfrage dans Être et Temps ? Dans Être et Temps. 156. sera-t-il la simple copule vide d’un jugement ? – De cette aporie il faut sortir. d’autre part. in Heidegger. nous le comprenons comme le phénomène existential caractéristique dans lequel l’armature formelle de ce qui se laisse ouvrir dans le comprendre et de ce qui est articulable dans l’explicitation devient visible en général 19.Université Paris 1 . en tant qu’infinitif. pp. 20. D’un point de vue purement grammatical.194. 1976. Paris.Sorbonne . Sein und Zeit.18/12/2014 01h51. § 33.194. par-delà l’être ou le non-être.29. 21. et en partant d’une critique interne de la Seinsfrage d’un côté et de l’ontologie à la Carnap 21 de l’autre. a dans Être et Temps une signification tout à fait précise.info . 18. coll. 19. – Sens. si le « est » est..214. n’est-il qu’une abstraction dérivée du « est » – ou bien ne peut-on dire « est » que si par avance l’être est ouvert et manifeste ? – C’est pourquoi Être et Temps attaque la question dans l’optique du sens de l’être.cairn. dans le véritable contexte de son élaboration. il faut demander : être. la question n’est pas : qu’est-ce que l’étant ? mais : qu’est-ce que le « est » ? – Aussitôt.18/12/2014 01h51. on tombe dans des difficultés. il est un étant ! Et si. PUF (« Débats philosophiques »). Semantics and Ontology ». l’énigme de l’être. être n’est pas seulement un verbe. ou mieux du sens de « être ». à la fin des années soixante.Sorbonne . il n’est pas.Université Paris 1 . Que veut dire Sinn von Sein (sens de l’être) ? Cela se comprend à partir du domaine de projet (Entwurfsbereich) que déploie la compréhension de l’être (Seinsverständnis).. c’est d’abord la situer différenciellement par rapport à la distribution husserlienne de l’ontologie formelle et des ontologies régionales. © Presses Universitaires de France frage heideggérienne. coordonné par Jean-François Mattéi.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 432 Jean-François Courtine Document téléchargé depuis www. Nous prenons ici la liberté de renvoyer à notre étude : « La question de l’être : sens de la question et question du sens ». et par là de la compréhension de l’être (Seinsverständnis). pp. 2004. et aussi bien par rapport à toute réacclimatation de l’ontologie au sens d’une théorie de l’objet. Gallimard.29 . repris comme premier « Appendice » dans la seconde édition de Meaning and Necessity (1956).29 . Sinn se comprend à partir de Entwurf qui s’explique par le Verstehen 20. À la formulation tout à fait centrale de Sein und Zeit : Loin de restreindre le concept de sens à la signification de « teneur de jugement ». © Presses Universitaires de France 432 .cairn. Document téléchargé depuis www.. La Seinsfrage heideggérienne – le point a été souvent souligné 18 – est d’abord question du sens de l’être. Questions IV. La référence va ici non pas à l’Überwindung de 1932.. Ernst Tugendhat a pu.

p. Cf. accentuant sa critique de l’élargissement heideggérien – élargissement herméneutique. p. daß niemals aber ein Seiendes ist ohne das Sein). tout en maintenant. 1968. Chauvier dans la conclusion de son étude.194.Université Paris 1 .Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 433 433 Document téléchargé depuis www. « Heidegger.Sorbonne .18/12/2014 01h51. la thèse de la plurivocité du mot « être » 24.29 . aussi..29.. Klostermann. à l’inverse. Cf. and to arrive at a precise definition of these concepts in purely logical combi- Document téléchargé depuis www. Hintikka. Reidel Publishing Company. si l’on veut 23 – de la notion de sens.18/12/2014 01h51. comme on sait. Le Cerf. existentielle et véritative. sur « ce qu’il y a » – que sur la « question » elle-même. 25. Ga. qu’il serait sans doute très insuffisant de caractériser comme une enquête (ou une « méditation ».Sorbonne . éd. Suhrkamp. en d’autres termes. [. « Heideggers Seinsfrage » (1990). to know what it means for something to exist. encore. Heidegger.. 26. 1976. sur ce point les réflexions très fortes et pertinentes de Jocelyn BENOIST. 306. p. pour ladite Seinsfrage. contre Carnap et Quine.. qui devient : « .29. Dordrecht. in Heidegger. pp. « Die sprachanalytische Kritik der Ontologie ». « Retrospect on the verb “be” and the concept of Being ». que la tentative esquissée par Dale JACQUETTE d’un dépassement de la question heideggérienne par les réponses analytiques : « The implication of the totality of logical possibilities involved in combinating all logical possible objects with all possible properties in all logically possible states of affairs expressed by all logically possible propositions in logic turn out to be sufficient to answer Heidegger’s question of being. daß das Sein wohl west ohne das Seiende.214. Francfort 1992. et ceux qui auront tenté 22. © Presses Universitaires de France Présentation . si l’on tient à la Besinnung) de l’être sans l’étant 25.cairn. Munich.194. aura certainement fourni un point de départ exceptionnellement favorable et fécond à la réflexion philosophique sur le concept de vérité et la nature de la réalité.29 . 24. Paris. qui portait d’abord : « . que l’absence d’un verbe à part pour “exister”. principalement opposées par un « antagonisme idéologique » 22. L’amphibologie ici.. a corrigé une première formulation (1943) de sa postface à Qu’est-ce la métaphysique ?. la « question de l’être » n’est pas une question.. Cette position tranchée est certainement beaucoup plus féconde. comme le souligne avec force S. Francfort. éd. repris in Philosophische Aufsätze. Gadamer. éd.. 9. 1967. et ladite Seinsfrage heideggérienne.] Je voudrais suggérer. Ch.info . et je ne veux surtout pas nier le fait que l’union dans un seul verbe des fonctions prédicative. M.. alors même qu’elle interroge les étants dans leur être. Caron. repris in Philosophische Aufsätze.Université Paris 1 . « les Cahiers d’Histoire de la philosophie ». Cf. et que l’expression de l’existence et de la vérité (et en outre de la réalité) par un verbe dont la fonction primordiale est prédicative. les sens du sens et l’illusion herméneutique ». si tant est qu’il appartienne à la vérité de l’être que l’être jamais ne se déploie sans l’étant et qu’un étant n’est jamais sans l’être » (Wegmarken. pour y renoncer bientôt après.. locative. et déjà les Vorlesungen zur Einführung in die sprachanalytische Philosophie.214. en tant qu’objet de connaissance. elle est. si tant est qu’il appartienne à la vérité de l’être que l’être se déploie bien sans l’étant. S.. mais que jamais un étant n’est sans l’être » (. 329-360. ou en tout cas pas une question qui se pose sensément 26 . 4 : « Je n’entends pas ici partir en guerre contre la thèse générale du relativisme linguistique. KAHN. soit une particularité saisissante des langues indo-européennes. 1976.info . © Presses Universitaires de France envisager la possibilité d’une « mutuelle complémentation » (gegenseitige Ergänzung) des deux entreprises.cairn. in The Logic of Being. porte tout autant sur l’être – ou. Analytiquement parlant. pour Heidegger. in Das Problem der Sprache. 2006. comme pour l’ontologie analytique. Knuutilla et J. La contribution de Stéphane Chauvier fait bien apparaître – au-delà des différences par ailleurs considérables qui peuvent séparer au sein de la tradition analytique l’ontologie au sens de Quine et l’ontologie « classificatoire » dont Barry Smith s’est fait le champion – l’abîme apparemment infranchissable qui sépare la métaphysique analytique.. de manière beaucoup plus nette. 23. » 25.

Walter de Gruyter. telle qu’elle signe le Da-sein en l’homme.194. à travers la « mythologie » hölderlinienne et le Dichten – Denken. i. curieusement : « The idea of answering the question of being from the standpoint of logic does not seem to have occurred to Heidegger ». Mattéi (éd.info . celui porté par la différence ontologique. of what it means for something to exist. jusqu’à abandonner résolument le vocabulaire de l’être – ce qui est sans doute une autre façon de faire apparaître l’impasse de la Seinsfrage 27. Ontology. Berlin-New York. nature and modal status of being.29. La question de l’être aujourd’hui – ce pourrait être aussi celle de savoir si et comment l’interrogation portant sur le sens de « être ». Ereignis. cit. 17-41. Pfullingen 1961. Heidegger n’a cessé d’en faire l’expérience. Acumen Publishing Limited. aussi..cairn. telle que Sein und Zeit en aura magistralement rouvert la possibilité.29 . in J.cairn.214. 28. Chesham 2002. peut frayer d’autres chemins que celui du « tournant » conduisant. du moins pour ceux qui demeurent attachés en quelque façon à « la grammaire et l’étymologie du mot “être” » : « Ce livre montre que la question Document téléchargé depuis www. et en particulier p.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 434 Jean-François Courtine Document téléchargé depuis www. natorial terms ».Sorbonne . l’auteur s’interroge encore. NEF propose une formule elle aussi saisissante. op. Dans l’avant-propos de son Qu’est-ce que la métaphysique ? (Paris. 2004). AUBENQUE.. p. Ontology. sur ce point. on en conviendra aisément. à l’être même et à sa nécessaire corrélation ou correspondance avec la « compréhension de l’être » 28. Cf. la pointe même du questionner.. notamment à travers la séquence « sens de l’être ». cette dernière eût-elle renoncé à l’être 30. P..29.Université Paris 1 . cit. p. comme quelques passages semblent y autoriser. F. comme si la « destruction de l’histoire de l’ontologie » n’était pas directement liée à la « destruction » de la logique. L’histoire de l’être – dans sa dimension « destinale ». Neske. in the course of which it proposes a preferred ontology that is supposed to include all and only existent things » (p. Gallimard.Université Paris 1 . Qu’une telle différence ne puisse être formulée « dans le langage des choses ».214.). pour qu’on doive essayer aussi d’en prendre acte. et du reste. 30. l’ouvrage remarquable de Dale JACQUETTE. op. Gestell. Ontology investigates the fact.-F.. Celle-là même dont témoigne par exemple la méditation vertigineuse de l’Ereignis ouverte par les Beiträge zur Philosophie (titre qu’il est permis d’entendre par antiphrase).18/12/2014 01h51.info . 275). en modes divers. 46. D’autant plus rêveur que l’on sait que Dale Jacquette compte aussi au nombre des excellents néomeinongiens (Dale JACQUETTE.29 . Dans la même page. Nietzsche II.194. au Geviert et au Gestell. 27. dont la conclusion ne peut cependant manquer de laisser rêveur tout lecteur tant soit peu frotté à l’histoire des concepts et en particulier du vocabulaire de l’être : « The problem of ontology is to understand the concept of being. Heidegger.. l’« échec » de Sein und Zeit..Sorbonne . de recevoir un sens philosophique que si on la reconduit. « vérité de l’être ». pp. les chemins du philosopher susceptibles de croiser à nouveau telle ontologie ou métaphysique analytique 29. « Les dérives et la garde de l’être ». de s’engager dans le domaine ainsi ouvert à neuf. © Presses Universitaires de France 434 . à nos yeux du moins. Folio. et dont la contribution de Jean-François Marquet s’attache à élucider un motif central : l’être et Dieu. Cf. 1996).. que toute critique en termes d’historicisme ne peut que manquer – n’est susceptible. 39. Heidegger a lui-même assez souligné. » 29.18/12/2014 01h51. Meinongian logic : The Semantics of Existence and Nonexistence. « histoire de l’être ».e. l’énigme de l’être. 489 : « Die Seinsgeschichte ist das Sein selbst und nur dieses. Cf. © Presses Universitaires de France après lui. d’abord celui du « est ». sur ce point.

l’essence.. trad.29.Dossier : f20593 Fichier : Meta04-06 Date : 11/6/2007 Heure : 15 : 6 Page : 435 Présentation 435 Jean-François COURTINE Université Paris-Sorbonne Archives Husserl de Paris (ENS-CNRS) de la métaphysique. 1997. © Presses Universitaires de France Il sera peut-être possible alors d’entendre à nouveau – et fût-ce contra intentionem auctoris – ce beau précepte : « Soyons circonspects quand il s’agit de faire des assertions et critiques quand il s’agit de les examiner. Dont acte ! Il suffisait de le dire.29 . 31. © Presses Universitaires de France Document téléchargé depuis www. R.18/12/2014 01h51.29 . Document téléchargé depuis www.214. 16). fr. sémantique et ontologie ».cairn. » 31 . Paris. mais tolérants quand il s’agit d’autoriser des formes linguistiques.info .Sorbonne . CARNAP. Rivenc & Ph. l’événement. Fr. de Rouilhan. 335. in Signification et nécessité.info .29. « Empirisme.. » (p.. mais un réseau de concepts : le possible. n’est pas l’être.Sorbonne .194.Université Paris 1 .18/12/2014 01h51. p.cairn.. l’objet.Université Paris 1 . en son centre qui est l’ontologie. Gallimard.214. comme le voudrait une étymologie rapide [sic !].194.