Vous êtes sur la page 1sur 92

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

-

NOVEMBRE

Le système bancaire italien :

territoires, métiers et défis

Le système bancaire italien : territoires, métiers et défis 2010 http://etudes-economiques.credit-agricole.com

2010

Le système bancaire italien : territoires, métiers et défis 2010 http://etudes-economiques.credit-agricole.com
Le système bancaire italien : territoires, métiers et défis 2010 http://etudes-economiques.credit-agricole.com

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2

2010

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Le système bancaire italien :

territoires, métiers et défis

ÉDITO

3

JEAN-PAUL CHIFFLET, directeur général, Crédit Agricole S.A.

Les grandes tendances

Les caractéristiques du système bancaire italien :

évolution de l’activité et des performances

5

MARCELLO MESSORI, professeur, Université de Rome « Tor Vergata »

La concentration du marché bancaire italien : évolutions et perspectives

11

ILARIA ROMAGNOLI, managing director, Head of FIG Italy, Rothschild

Banques et antitrust : les spécificités italiennes

20

SERGIO EREDE, associé fondateur, Bonelli Erede Pappalardo ET MASSIMO MEROLA, responsable du bureau de Bruxelles, Bonelli Erede Pappalardo ; professeur, Collège d’Europe

Le marché bancaire italien et l’évolution réglementaire de Bâle 3

26

ANDREA FERRETTI, executive director, Ernst & Young ET GIUSEPPE QUAGLIA, partner, Ernst & Young

Banques et territoires

Les relations entre banques et territoires après la Grande Crise de 2007-2009

38

GIOVANNI FERRI, professeur, Université de Bari

Le rôle des Banques de Territoire dans le système bancaire italien

46

GIAMPIERO MAIOLI, administrateur délégué et directeur général du Groupe Cariparma Friuladria

Le rôle des fondations en tant qu’investisseurs institutionnels des banques

51

CARLO GABBI, président de la Fondation Cariparma

Les problèmes de financement des PME et leur accès aux marchés étrangers

55

GIAMMARCO BOCCIA, responsable corporate, Division nouveaux marchés, SACE

Les métiers de la banque

Le marché immobilier italien

58

DANIELA PERCOCO, responsable du département immobilier, Nomisma ET LUCA DONDI, économiste, Nomisma ET GUALTIERO TAMBURINI, président, Assoimmobiliare

La distribution bancaire en Italie : tendances actuelles, scénarios d’évolution et stratégies concurrentielles

65

VITTORIO RATTO, partner, Bain & Company, Milan ET ALESSANDRO GERALDI, manager, Bain & Company, Milan

Le crédit à la consommation en Italie

71

Trois questions à UMBERTO FILOTTO, secrétaire général, Assofin ; professeur, Université de Rome « Tor Vergata »

La gestion d’actifs en Italie

73

GINO GANDOLFI, professeur, Université de Parme ET GIACOMO NERI, partner, PricewaterhouseCoopers

Le groupe Crédit Agricole en Italie

84

ARIBERTO FASSATI, directeur et membre du Comité exécutif du groupe Crédit Agricole S.A., président de Cariparma

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2

2010

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

ÉDITORIAL

JEAN-PAUL CHIFFLET

DIRECTEUR GÉNÉRAL, CRÉDIT AGRICOLE S.A.

Le Crédit Agricole a fait, depuis longtemps, le choix de l’Italie comme son second marché domestique. Cette évolution a été consolidée depuis 2007 par l’acquisition de Cariparma et de Friuladria, par la création de partenariats puissants en crédit à la consommation avec des acteurs majeurs du monde économique italien, puis par l’intégration croissante du dispositif comprenant les métiers spécialisés du groupe déjà présents sur place. Plusieurs raisons expliquent ce choix stratégique. La proximité géographique, mais aussi culturelle et commerciale avec la France, est évidemment une condition première de réussite. L’Italie présente aussi une configuration unique, en zone Euro, de marché mature à fort potentiel bancaire, que ce soit en termes de déve- loppement et de sophistication des produits bancaires et d’assurance, ou de consolidation à venir. Un ancrage régional marqué, la proximité des banques avec leurs clientèles et le développement de relations durables, ainsi que le rôle spéci- fique des fondations rappellent enfin les valeurs mutualistes du Crédit Agricole. Aujourd’hui, le Crédit Agricole est le septième groupe bancaire italien et le premier groupe financier étranger dans la Péninsule. Des positions de leader ont été acquises dans des régions ciblées et dans les métiers de la banque de détail, des services financiers spécialisés, de la gestion d’actifs et des assurances, et de la ban- que de financement et d’investissement. Notre volonté est de continuer à nous développer au service de l’ensemble de nos clients. Nous voulons leur apporter, grâce à notre souci permanent de proximité et grâce aussi aux avantages d’un groupe de dimension mondiale, une qualité de service exemplaire et des solutions innovantes et adaptées à leurs besoins. L’extension de notre dispositif de banque de détail avec l’acquisition de Cassa di Risparmio della Spezia et de quatre-vingt-seize nouvelles agences va dans ce sens. Les hommes et les femmes du Crédit Agricole en Italie peuvent donc être fiers du développement et des résultats de leur Groupe dans le pays et revendiquer les enga- gements et les valeurs du Crédit Agricole.

Ce numéro d’Horizons Bancaires est consacré à l’Italie. Une première partie rappelle les principales tendances du système bancaire de la péninsule. Les évolutions liées à la crise sont mises en évidence et une large place est attribuée à la prospective. La seconde partie aborde la thématique de l’ancrage territorial en identifiant ses fondements et en illustrant ses pratiques. Une troisième et dernière partie développe l’analyse de quelques questions d’actualité : solidité de l’immobilier résidentiel, spécificités de la distribution, de la gestion de l’épargne et du crédit à la consommation.

3

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Les grandes tendances

4

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Les caractéristiques du système bancaire italien : évolution de l’activité et des performances

italien : évolution de l’activité et des performances Même s’il a été relativement peu touché par

Même s’il a été relativement peu touché par la crise financière de 2007-2009, le système bancaire italien reste soumis à une forte pression en termes de rentabilité. Cet article en analyse les causes et propose des solutions structurelles pour y remédier.

M ARCELLO M ESSORI

Professeur, Université de Rome « Tor Vergata »

Préambule

Le secteur bancaire italien est, avec celui du Canada, celui qui a été le moins touché par la crise financière de 2007-2009 par comparaison avec les autres pays économiquement avancés. En Italie, aucun intermé- diaire financier n’a dû recourir à des aides publiques pour assurer son sauvetage, et seuls quatre groupes bancaires ont jugé opportun de renforcer leur propre capitalisation au moyen d’émissions limitées d’instru- ments hybrides souscrits par le ministère de l’Écono- mie (les « Tremonti bonds »). Enfin, un seul parmi les plus grands groupes bancaires a procédé à une reca- pitalisation sur le marché. Et pourtant, au cours des deux dernières années, le secteur bancaire italien a enregistré une réduction drastique de sa rentabilité et les groupes cotés ont vu les cours de leurs actions chu-

ter de manière significative. Qui plus est, les prévi- sions les plus optimistes soulignent qu’au cours des prochaines années, l’amélioration de la rentabilité ban- caire (appréciée par le ROE) sera graduelle en Italie et inférieure à celle des secteurs bancaires plus touchés par la crise. Apparemment contradictoires, ces faits trouvent une interprétation cohérente à la lumière des nombreuses particularités qui continuent de caractériser le secteur bancaire italien, et qui sont l’un des legs des proces- sus, par ailleurs positifs, de concentration et de réal- location des droits de propriété qui se sont déroulés entre le début des années 1990 et 2007. Nous rappellerons ci-après certaines de ces particu- larités : (i) la plus grande solidité manifestée face à la crise financière s’explique par divers facteurs (par

5

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

exemple, une plus grande vigilance), mais surtout par la spécialisation des groupes bancaires italiens et des banques italiennes dans l’activité retail et corporate tra- ditionnelle, ainsi que dans l’activité de corporate and investment banking ; (ii) cette spécialisation implique que ces groupes et ces banques tirent une partie signifi- cative de leurs profits des financements aux entrepri- ses, et surtout de la gestion du patrimoine financier des ménages, qui sont particulièrement vulnérables aux cri- ses de l’économie réelle ; (iii) la crise récente a été si pro- fonde qu’elle a entraîné de fortes augmentations de l’a- version au risque de la part des détenteurs de richesse. Ce dernier point a imposé, par voie de conséquence, une révision des mécanismes d’allocation des patri- moines financiers des ménages.

Quelques particularités des banques italiennes

Le processus de concentration et de réallocation des droits de propriété qui a caractérisé le secteur bancaire

italien entre les années 1990 et 2007, a été le plus rapi- de et le plus étendu de ceux qui ont été mis en œuvre dans les grands pays européens pendant la même période. Il suffit, à ce propos, de considérer deux indicateurs :

• alors qu’au début des années 1990, le poids de la

propriété publique dans le secteur bancaire frôlait les 75 % en Italie, et dépassait donc de plus de 20 % celui observé en Allemagne et de près de 40 % celui enre-

gistré en France, la présence de l’État dans les banques italiennes s’est trouvée pratiquement réduite à zéro au début des années 2000 ;

• alors qu’en 1990, le degré de concentration du

marché bancaire italien atteignait tout juste la moitié de celui de l’Union européenne, cet écart a été comblé à partir de 2005 (cf. par exemple : Messori 2002 et 2007). De surcroît, ce processus de regroupement a abouti à la construction de deux des plus grands groupes bancaires européens (Unicredit et Intesa- San Paolo), et d’un sous-ensemble de groupes de dimension nationale implantés dans les régions les plus « fortes » du pays. Ces transformations profondes n’ont cependant pas modifié l’atout majeur qui carac- térise l’activité bancaire en Italie par comparaison avec d’autres pays : l’enracinement territorial qui a per-

6

mis de construire des rapports de longue durée (accompagnés toutefois par des pratiques répandues de multibancarité) avec les petites et moyennes entre- prises, et de privilégier les produits administrés dans la gestion du patrimoine financier des ménages. Trois indicateurs le révèlent clairement : l’Italie est l’un des rares pays européens à avoir augmenté le nombre des agences bancaires jusqu’à ces dernières années (cf. Affinito et al. 2006) ; le poids de l’épargne admi- nistrée par rapport à l’épargne gérée est très impor- tant en Italie (cf. Lusignani 2010) ; enfin, au seuil de la crise financière, tandis que les actifs du bilan des aut- res grandes banques européennes et de diverses banques régionales non italiennes étaient dominés par des services financiers souvent exposés à un ris- que très élevé, les actifs des grands groupes bancai- res italiens (y compris ceux d’envergure européenne) se composaient pour une part prépondérante de ser- vices traditionnels (cf. Pierobon 2009). En raison de cette spécialisation, le secteur bancaire ita- lien satisfaisait en 2007 aux exigences de fonds pro- pres réglementaires, mais présentait un coefficient de capitalisation inférieur à la moyenne européenne. Ici encore, cette situation est la résultante – au moins en partie – du processus de concentration : en effet, spé- cialement entre le second semestre 1997 et l’année 2007, les concentrations se sont largement fondées sur des échanges d’actions qui n’ont pas renforcé les fonds propres des nouveaux groupes. En outre, une partie significative des ressources supplémentaires, pourtant relativement limitées, qui ont été injectées dans le secteur au cours des années 90 a servi à financer des mesures de sauvetage. De fait, déjà pen- dant la première phase de la crise financière (début 2008), l’ensemble du secteur bancaire italien enregis- trait un ratio Tier 1 inférieur d’environ un demi pour cent à la valeur moyenne européenne. Cet écart s’est ensui- te accentué, jusqu’à atteindre deux pour cent entre l’au- tomne 2008 et le printemps 2009, au moment où les autres grands pays de l’Union européenne lançaient des plans de recapitalisation publique en faveur de leurs intermédiaires financiers, y compris ceux qui étaient sol- vables (cf. Banque d’Italie 2009 et 2010). Ce n’est qu’au cours des derniers trimestres que les banques et groupes bancaires italiens ont augmenté leurs coef-

Les caractéristiques du système bancaire italien : évolution de l’activité et des performances

MARCELLO

ficients de fonds propres pour les rapprocher de la moyenne européenne. Néanmoins, en termes de levier financier, la vocation traditionnelle du secteur bancaire italien a plus que compensé sa moindre capi- talisation : jusqu’en 2008, le taux moyen de leverage du secteur bancaire italien a été inférieur à celui qui caractérisait les autres principaux pays de l’Union européenne (cf. Draghi 2010 ; Sironi 2010).

La rentabilité des banques italiennes

Les considérations qui précèdent expliquent peut-être la solidité relative du secteur bancaire italien face à l’im- pact de la crise financière de 2007-2009. Cependant, elles ne suffisent pas à alimenter la réflexion sur l’évo- lution possible de ce secteur dans l’après-crise. À cet effet, il est nécessaire de rappeler deux autres parti- cularités : d’une part, la dynamique de la rentabilité du secteur entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 ; d’autre part, le rôle connexe joué par l’in- termédiation bancaire pour l’allocation de la richesse financière des ménages italiens. Après avoir surmonté la longue crise du milieu des années 1990, le secteur bancaire italien a enregistré entre 1998 et 2000 une forte croissance du ROE net (de 7,4 % à 11,6 %) et s’est donc rapproché de la pro- fitabilité moyenne européenne. En dépit d’un contex- te macroéconomique moins favorable, il a maintenu entre 2001 et 2003 des valeurs de ROE comprises entre 6,2 % et 8,8 %, et il a réalisé, entre 2004 et 2007, des ROE oscillant autour de 10 %, pour en arri- ver au seuil de 11,8 % en 2006 (cf. Banque d’Italie, pour ces différentes années). Ces données indiquent que, bien qu’il n’ait jamais atteint les niveaux maxima de la rentabilité bancaire internationale, le secteur bancaire italien s’est tout d’abord approché de la rentabilité moyenne des banques européennes, puis il s’est ali- gné sur celle-ci. Dès lors se pose la question suivan- te : comment les banques italiennes ont-elles été en état de combler cet écart de rentabilité tout en main- tenant une spécialisation traditionnelle ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de rap- peler que le processus de concentration qui s’est déroulé entre 1990 et 2007 a intensifié la concurren- ce bancaire dans le secteur des services aux entre- prises et a donc comprimé les marges d’intérêt. En

7

MESSORI

outre, il faut rappeler que, pendant la seconde moitié des années 1990, le ratio prêts/dépôts bancaires est resté largement supérieur à 1 en Italie, et plus élevé que le ratio moyen observé dans la zone euro et – à plus forte raison – aux États-Unis (cf. Messori 2009, pp. 81- 82). À partir du début des années 2000, l’évolution de ce ratio en Italie a eu pour conséquence que les fonds propres n’étaient plus suffisants pour compenser les écarts entre les postes traditionnels de l’actif et du pas- sif des bilans bancaires. Par conséquent, toutes les banques italiennes sont devenues débitrices nettes des marchés interbancaires internationaux. Enfin, l’on doit rappeler que, renforçant leur précédente fonction de réallocation de la richesse financière des ménages pour passer des titres de dette publique à des porte- feuilles plus diversifiés, les banques italiennes ont placé un volume massif d’obligations (plain vanilla et struc- turées) sur les marchés financiers nationaux. De plus, en raison du faible poids des investisseurs institution- nels italiens (fonds de pension et produits d’assuran- ce de la « branche vie »), à la différence d’autres pays européens, ces obligations ont été largement ven- dues sur le marché retail, c’est-à-dire intégrées dans les portefeuilles des ménages (cf. Banque d’Italie, pour ces différentes années). Si l’on ajoute que l’Italie affiche le ratio le plus élevé de tous les plus grands pays d’Europe continentale entre la richesse financière nette des ménages et le PIB (cf. Banque d’Italie 2010, p. 167), les observations qui précèdent indiquent que la rentabilité du secteur ban- caire italien s’est surtout maintenue par rapport à la moyenne européenne grâce à la gestion et à l’admi- nistration de la richesse financière des ménages. C’est- à-dire d’abord grâce à l’« épargne gérée », puis à l’« épargne administrée ». Tandis que les grands grou- pes européens et certaines banques régionales, spé- cialement allemandes, ont réagi à la baisse du rende- ment de leurs activités traditionnelles et ont ainsi augmenté leur ROE grâce à l’expansion d’activités de banque d’investissement lucratives mais risquées, le secteur bancaire italien a profité de son propre enra- cinement territorial et de la faiblesse des investisseurs institutionnels pour s’assurer le quasi-monopole de la gestion et de l’administration de la richesse financière des ménages, pour en tirer les revenus correspondants.

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Cette situation a cependant entraîné une allocation inefficiente de cette richesse. En voici la preuve : dans les années 2000, avant l’éclatement de la crise finan- cière en mai 2007, le rendement moyen d’un vaste éventail d’obligations bancaires structurées ne dépas- sait pas celui des titres de la dette publique italienne assortis d’une échéance analogue. Ceci signifie que ces obligations ne généraient aucune prime au titre de leur caractère plus risqué et de leur faible liquidité. Pendant cette même période, le taux de croissance de la richesse financière des ménages italiens a été infé- rieur à celui de pays ayant une propension plus faible à l’épargne.

Les perspectives des banques italiennes

Examinées ci-dessus, les particularités des intermédiaires financiers italiens sauront-elles offrir, dans un avenir proche, des niveaux de performance satisfaisants, même s’ils demeurent inférieurs à ceux d’avant crise ? Les données et les prévisions indi- quent que le secteur bancaire italien a subi avec retard l’impact de la crise, par rapport à d’autres systèmes bancaires, mais qu’il risque de retrouver des niveaux satisfaisants de rentabilité avec un délai plus important. En effet, en dépit d’une chute significative, le ROE moyen des banques italiennes s’est maintenu à une valeur de 4,5% en 2008 avant de baisser à 3,6 % en 2009. Et on s’attend à ce que la rentabilité ne retrou- ve des valeurs proches de 5 % qu’en 2012 (cf. AFO

2010).

Ces prévisions ne sont guère surprenantes et semblent même trop optimistes. Spécialement en Europe, le contexte macroéconomique pour les prochaines années n’est pas encourageant. Il est plus que pro- bable qu’en raison des freins à la croissance créés par l’augmentation des dettes souveraines et du man- que de relance de la consommation intérieure, les pays de la zone euro comptent sur une croissance tirée par les exportations. Si la même stratégie est égale- ment suivie par les États-Unis et par les pays émer- gents, la somme des parties ne pourra pas cor- respondre au tout. Et les régions soumises à des freins plus importants, comme la zone euro, ne pour- ront pas réaliser leurs objectifs de croissance et se

8

condamneront à une phase de stagnation. Une situa- tion de ce type prolongerait la politique de taux d’in- térêt bas, mais menacerait également la solvabilité des petites et moyennes entreprises et aggraverait le chômage. Dans un tel contexte, les détenteurs de richesse trouveraient d’excellentes raisons de renfor- cer leur aversion au risque, qui s’est déjà accrue pen- dant la crise financière, et d’interrompre ainsi les pro- cessus modérés de réallocation de leurs portefeuilles vers des échéances plus longues. En ce qui concerne le secteur bancaire européen, cette situation impliquerait une réduction des revenus déjà peu élevés générés par les services traditionnels offerts aux entreprises, une multiplication des créances en retard ou en défaut de paiement, et une chute des produits générés par la gestion du patrimoine financier des ménages, en raison de leur fuite vers la liquidité ou vers des investissements à court terme. De surcroît, les banques européennes ayant moins de difficultés à trouver de la liquidité privée, la BCE pourrait décider de poursuivre le processus graduel de stérilisation des politiques généreuses de « guichet ouvert » lancées pendant la crise financière, afin de se concentrer sur le soutien à la demande de titres de dette souveraine. Cela assécherait une source de gains faciles pour le secteur bancaire européen. Ce dernier aurait ainsi une incitation, renforcée par le manque de réformes des règles et de la supervision européennes des marchés financiers, à se concentrer de nouveau sur l’expansion des activités d’investissement risquées qui ont soutenu la rentabilité jusqu’au milieu de l’année 2007, mais qui ont également été un facteur déterminant de la crise de

2007-2009.

En raison de sa spécialisation traditionnelle, le secteur bancaire italien serait particulièrement touché par une évolution aussi négative du contexte macroécono- mique et de l’activité bancaire européenne. Qui plus est, par rapport à la période antérieure à la crise, il pourrait rencontrer des difficultés accrues pour sau- vegarder des niveaux satisfaisants de performance à l’aide des revenus provenant de la gestion du patri- moine financier des ménages. Depuis quelque temps, la forte aversion au risque, qui a caractérisé les choix financiers des ménages italiens, a probablement faci- lité le placement d’obligations bancaires (y compris

Les caractéristiques du système bancaire italien : évolution de l’activité et des performances

MARCELLO

structurées) qui offrent des rendements minimum garantis à l’échéance. Pour preuve, et comme nous l’a- vons déjà indiqué, les banques italiennes n’ont pas ren- contré de difficultés à placer ces produits à des condi- tions alignées sur celles des titres de dette publique moins risqués. Combiné aux enseignements les plus évidents de la crise financière, un renforcement supplémentaire de l’aversion au risque pourrait donc pousser les ménages italiens à mieux apprécier les ris- ques de liquidité et de contrepartie des obligations ban- caires qui, dans de nombreux cas, sont des actifs financiers complexes et non négociables sur des mar- chés « de masse ». À ce propos, il est intéressant de noter qu’après la crise, le placement des obligations bancaires italiennes a eu lieu à des conditions relati- vement plus favorables pour les souscripteurs.

Quelques conclusions

Au cours des prochaines années, le secteur bancaire italien devra donc affronter un nouveau et délicat défi. En raison du durcissement des réglementations inter- nationales, il se verra contraint de poursuivre le ren- forcement de ses fonds propres. Il lui faudra donc réaliser un rendement approprié pour accroître ses ressources internes et pour assurer une rémunération attrayante aux investisseurs. Par ailleurs, dans l’après- crise, les grands groupes bancaires et les autres ban- ques italiennes devront à la fois financer des emprun- teurs plus risqués et placer leurs propres titres de dette auprès de détenteurs de richesse plus prudents et éprouvant une plus grande aversion au risque. Cette situation réduira une source de revenus faciles tirés de l’administration de la richesse financière des ménages, qui ont contribué aux bonnes performances bancaires entre 1998 et 2007. La solution, préconisée à diverses occasions par le gou- verneur de la Banque d’Italie (cf. par exemple : Draghi 2009), se fonde sur une amélioration de la qualité des services offerts et sur une augmentation de la pro- ductivité. Apparemment, il s’agit d’un parcours similaire à celui accompli avec succès pendant les années 90. En effet, plusieurs indicateurs montrent que les concen- trations et la réallocation des droits de propriété de cette période ont renforcé le degré d’efficience et amélioré les services retail et corporate traditionnels offerts aux

9

MESSORI

entreprises nationales (cf. Panetta 2004). Aujourd’hui,

il paraît nécessaire de poursuivre les processus de

réorganisation et d’amélioration des services retail offerts aux ménages, sans reculer par rapport aux progrès accomplis dans les services offerts aux entre- prises. Le problème est qu’à la différence des années 1990, le secteur bancaire italien ne peut plus compter au début de la deuxième décennie des années 2000 sur un puissant moteur de transformation. Il existe peut-être encore un espace limité pour des regroupe- ments et réallocations des droits de propriété au sein des principaux groupes de banques populaires qui, bien qu’ils conservent la forme coopérative, sont cotés sur des marchés réglementés. Toutefois, la spécialisation poussée du secteur bancaire italien impose qu’à côté du petit nombre de grands groupes de dimension européenne ou nationale, un ensemble de banques locales puissent trouver leur place, en raison des liens de long terme entretenus avec les petites entreprises de la région. En outre, au moins à court terme, l’amélioration des services retail offerts aux ménages réduira vraisemblablement les marges bancaires. Et la continuité des services offerts aux entreprises, qui a évité la propagation du credit crunch en Italie y com- pris pendant les phases les plus aiguës de la crise, a augmenté le volume des prêts douteux et a poussé en conséquence les banques à augmenter le volume de provisions, ce qui a eu des effets négatifs sur leurs bilans.

En principe, deux solutions structurelles pourraient

remédier à cette pression sur la rentabilité du secteur bancaire italien, que la crise financière de 2007-2009

a aggravé mais n’a pas causé. La première repose sur

un redimensionnement de l’activité bancaire sur le marché financier italien. Plutôt que de continuer à détenir le quasi-monopole de l’offre de services aux entreprises et aux ménages, les banques italiennes pourraient laisser de la place à des acteurs indépen- dants spécialisés dans la gestion de l’épargne et dans les services financiers sophistiqués. La faiblesse des investisseurs institutionnels italiens et leur inertie rendent cependant la réalisation de cette première solution hérissée d’obstacles. La seconde solution repose en revanche sur la réduction des déséquilibres précités

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

entre les prêts et les dépôts bancaires, de manière à assouplir la nécessité pour les banques italiennes de placer un montant élevé de leurs propres dettes sur le marché retail. Cependant, cette alternative risque de pénaliser, par des conditions trop rigoureuses, l’offre de prêts bancaires aux entreprises. Pour éviter de tomber de Charybde en Scylla, il serait donc nécessaire d’al- léger l’actif du bilan bancaire sans réduire le montant

des prêts consentis, ce qui est possible au moyen de la titrisation. Un aspect important de l’évolution du secteur bancaire italien dépend donc de la réponse à la question suivante : est-il possible de réaliser des opé- rations de titrisation qui n’aboutissent pas à la pyramide de produits structurés, à l’opacité et à l’instabilité pro- pres au modèle « originate to distribute » qui a été à la base de la crise financière récente ?

BIBLIOGRAPHIE

Affinito, M., De Bonis, R., Farabullini, F. (2006), “Strutture finanziarie e sistemi bancari: differenze e analogie fra i paesi europei”, in Banche e finanza nel futuro: Europa, Stati Uniti, Asia, a cura di M. De Cecco e G. Nardozzi, Bancaria Editrice, Roma. pp. 179-218.

AFO – ABI Financial Outlook (2010), Rapporto di previsione 2010-2012, Roma.

Banca d’Italia (vari anni), Relazione annuale, Roma.

Draghi, M. (2009), “Intervento del Governatore della Banca d’Italia”, Giornata mondiale del risparmio del 2009, Roma, ottobre.

Draghi, M. (2010), “Intervento del Governatore della Banca d’Italia”, AIAF – ASSIOM – ATIC FOREX, Napoli febbraio.

Lusignani, G. (2010), “Il posizionamento strategico dell’industria finanziaria italiana”, in L’industria del risparmio in Italia dopo la crisi, a cura di P. Garonna e G. Sabatini, Bancaria Editrice, Roma, pp. 43-65.

Messori, M. (2002), “Consolidation, ownership structure and efficiency in the Italian banking system”, BNL Quarterly Review, vol. LV, pp. 177-217.

Messori, M. (2007), Il potere delle banche, Università Bocconi Editore, Milano.

Messori, M. (2009), The financial crisis: understanding it to overcome it, Assogestioni, Roma.

Panetta, F. (a cura di) (2004), Il sistema bancario italiano negli anni novanta. Gli effetti di una trasformazione, il Mulino, Bologna.

Pierobon, F. (2009), “Evoluzione dell’attività bancaria e crisi finanziaria”, in Oltre lo shock. Quale stabilità per i mercati finanziari, a cura di E. Barucci e M. Messori, Egea, Milano, pp. 77-97.

Sironi, A. (2010), “Il rafforzamento patrimoniale delle banche: prime indicazioni sull’impatto delle nuove proposte di Basilea”, Banca Impresa Società, vol. XXIX, pp.211-35.

10

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

OCTOBRE

2010

La concentration du marché bancaire italien :

évolutions et perspectives

du marché bancaire italien : évolutions et perspectives Le système bancaire italien a connu plusieurs phases

Le système bancaire italien a connu plusieurs phases de privatisation et de concentration qui l’ont profondément et rapidement transformé au cours des vingt dernières années. Une nouvelle phase de concentration pourrait se produire, mais à des rythmes plus lents et dans des proportions plus limitées que cela n’a été le cas dans un passé récent.

ILARIA R OMAGNOLI

Managing Director, Head of FIG Italy, Rothschild

La concentration du marché bancaire italien au cours des dernières années

La physionomie actuelle du système bancaire italien est

le résultat d’un long processus de modernisation qui l’a conduit à s’intégrer pleinement dans le marché européen et mondial. Les principes cardinaux de ce parcours, ini- tié dans les années 1990, ont été respectivement :

• la réforme de la réglementation du secteur et les pri- vatisations qui l’ont suivie ;

• une phase intense de concentration entre 1993 et

2002 ;

• l’ouverture progressive du système aux investisseurs étrangers et une nouvelle phase de concentration entre 2005 et 2007.

Évolution de la réglementation La loi bancaire de 1936 représente la première réfor-

me organique de l’activité de crédit en Italie, en répon- se aux crises qui avaient miné l’activité des banques depuis la fin du XIX e siècle. Cette réforme prévoyait une spécialisation temporelle du crédit 1 et une spé- cialisation territoriale ou sectorielle. Jusqu’au début des années 1990, les établissements de crédit ita- liens se divisaient en :

• Établissements de crédit de droit public (Banco di

Napoli, Banca Nazionale del Lavoro, Istituto Bancario

San Paolo di Torino, Banco di Sicilia, Monte dei Paschi

di Siena et Banco di Sardegna) ;

• Banques d’intérêt national (Banca Commerciale

1. Les établissements se subdivisent entre ceux qui géraient le crédit à court terme (moins de 18 mois) et ceux qui étaient focalisés sur le moyen et long terme.

11

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

italiana, Credito Italiano, Banco di Roma) détenues par l’IRI (Institut de Reconstruction Industrielle) ;

• Caisses d’épargne.

• Établissements de prêt sur gage.

• Banques populaires.

• Caisses agricoles et artisanales.

• Banques privées, les seules qui ne soient pas, de fait, d’origine publique.

Environ 80 % des fonds canalisés par le système ban- caire étaient concentrés entre les mains des banques sous contrôle public, comme l’illustre le tableau 1.

Privatisations et première phase de concentration (1993 – 2002) Outre les modifications réglementaires intervenues pendant les années 1990, un autre facteur a joué un rôle fondamental dans l’évolution du système bancai- re italien, à savoir le processus de privatisation des « banques d’intérêt national » détenues par l’IRI. En 1993, l’IRI a mis en vente 67 % du capital du Credito Italiano, 40 % au moyen d’une offre publique de vente (« OPV », c’est-à-dire une vente de titres au public), et le solde au moyen d’un placement privé. Les grands actionnaires du Credito Italiano issus de la pri-

TABLEAU 1. Données sur le système bancaire italien - 1990

Catégories de banques

Nombre de banques

Nombre d’agences

% de l’actif total

Établissements de crédit de droit public

6

2

449

20,1

Banques d’intérêt national

3

1

459

12,9

Caisses d’épargne et établissements de prêt sur gage

84

4

695

24,2

Banques « publiques »

93

8 603

57,2

Banques de crédit ordinaire

106

3

981

20,5

Établissements centraux catégoriels

5

 

5

2,4

Banques populaires

108

3

290

14,2

Caisses agricoles et artisanales

715

1

792

4,3

Succursales de banques étrangères

37

 

50

1,6

Total

1 064

17 721

100

La loi nº 218 du 30 juillet 1990, également dite « loi Amato », a représenté une étape fondamentale du processus de restructuration du système bancaire italien. La « loi Amato » a permis la transformation des

établissements de crédit de droit public en sociétés par actions et la naissance de fondations bancaires, actionnaires des banques, auxquelles ont été trans- férées toutes les activités sortant des activités ban- caires traditionnelles. L’évolution de la réglementation du système bancaire

a ensuite été complétée par l’adoption du « Testo

Unico delle leggi in materia bancaria e creditizia (TUB) » (code des lois en matière de banque et de crédit) de 1993 et du « Testo Unico della Finanza (TUF) » (code de la finance) de 1998. Les segmentations de l’activi-

té des intermédiaires ont été remaniées et les banques

ont pu adopter les formes juridiques de sociétés par

actions et de sociétés coopératives (banques populaires

et banques de crédit coopératif).

vatisation ont été respectivement la Famille Pesenti, Allianz – Ras, Commercial Union, Société Générale, Natwest, le groupe Caltagirone, les Benetton, les fonds Fininvest, Toro Assicurazioni et SAI. En 1994, ce fut au tour de la Banca Commerciale Italiana (« Comit ») d’être privatisée au moyen d’une OPV. Les actionnaires de contrôle de la banque post privatisation étaient notamment Assicurazioni Generali, Commerzbank, Paribas et, pour de moindres parts, Lucchini, Pirelli, Della Valle et Stefanel. En revanche, la privatisation de la Banco di Roma a suivi un parcours différent : en 1992, l’IRI et l’Ente Cassa di Risparmio di Roma ont apporté leurs par- ticipations de contrôle respectivement détenues dans Banco di Roma et Banca di Santo Spirito (qui avait reçu en apport, quelques années auparavant, l’activité bancaire de Cassa di Risparmio di Roma) à une holding dénommée Società Italiana di Partecipazioni Bancarie (« SIPBA »), qui s’est trouvée

12

La

concentration

du

marché

bancaire

italien

ILARIA

ROMAGNOLI

:

évolutions

et

perspectives

de ce fait détenue à 65 % par l’Ente Cassa di Risparmio di Roma et à 35 % par l’IRI. Postérieurement à la fusion entre Banco di Roma et Banca di Santo Spirito (la nouvelle entité issue de la fusion a été dénommée Banca di Roma S.p.A.), la pri- vatisation effective a eu lieu en 1997 au moyen (i) de la dissolution de SIPBA et du transfert des actions de Banca di Roma directement aux actionnaires et (ii) d’une opération de placement d’actions et d’obligations qui a réduit la participation détenue par l’Ente Cassa di Risparmio di Roma à moins de 30 % du capital de Banca di Roma et a fait sortir l’IRI de l’actionnariat de la banque. Le processus de désengagement de l’État s’est achevé entre 1997 et 2001, par la cession des parts détenues

par le ministère du Trésor dans la Banco di Napoli et la Banca Nazionale del Lavoro (« BNL »). Simultanément aux privatisations, un processus intense de concentration des banques s’est déroulé entre

1993 et 2002, visant à créer des groupes bancaires

plus compétitifs, ce qui a entraîné la naissance, entre autres, de :

• Unicredito : né du regroupement progressif entre

Credito Italiano, Cassa di Risparmio di Torino, Cassa di Risparmio di Verona, Cassa Marca Trevigina, Credito Romagnolo, Cassa di Risparmio di Trieste, Carimonte et Cassa di Risparmio di Trento e Rovereto.

• Banca Intesa : née du regroupement progressif

entre Cassa di Risparmio delle Province Lombarde (« Cariplo »), Banco Ambrosiano Veneto et Comit.

• Sanpaolo IMI : né de la fusion entre l’Istituto Bancario Sanpaolo di Torino et l’IMI (première banque d’affaires et d’investissement), entité de droit public fondée en

1931 pour soutenir la reconstruction du système indus-

triel national.

• Capitalia : née du regroupement entre (i) la Banca di

Roma post privatisation et acquisition de Banco di Sicilia et Mediocredito Centrale et (ii) la Bipop – Carire, entité issue de la fusion antérieure entre Bipop – Banca Popolare di Brescia (société par actions) et la Cassa di Risparmio di Reggio Emilia. Les opérations de regroupement précitées ont concerné pour la plupart les anciennes banques nationales de droit public, les établissements de

crédit spécialisés et les caisses d’épargne. Les ban- ques populaires ont été moins touchées par ce pro- cessus, fondamentalement en raison de leur forme juridique de « coopérative ». Seules ont fait exception la Banca Antonveneta et la Banca Popolare di Brescia qui se sont transformées en sociétés par actions, ainsi que la Banca Agricola Mantovana qui a été acquise par Monte dei Paschi di Siena après l’abo- lition du vote par tête. Quoique moins intense, le processus de consolidation des banques populaires a conduit notamment aux regroupements entre Banca Popolare di Verona et Banca Popolare di Novara (dont est issue Banca Popolare di Verona e Novara – BPVN), et entre Banca Popolare Commercio e Industria et Banca Popolare di Bergamo – Credito Varesino qui a donné naissance au Gruppo Banche Popolari Unite (« BPU »). Entre 1990 et octobre 2002, cinq cent soixante-six opérations de regroupement ont été enregistrées au total, avec un pic en 2002, année pendant laquelle ont eu lieu soixante-dix-sept opérations de M&A. En revanche, la période 2003-2004 a enregistré un ralen- tissement du processus de concentration, principale- ment dû à l’attitude de la Banque d’Italie qui a jugé nécessaire d’observer une phase d’accalmie après cette période d’intense consolidation.

La seconde phase de concentration du système bancaire : de 2005 à nos jours À la suite de ce processus de privatisation et d’ou- verture croissante du capital des banques au mar- ché, la plupart des grandes banques italiennes ont accueilli des banques étrangères parmi leurs action- naires de référence à partir de début 2005. Mais dans un premier temps, les banques étrangères n’ont pas pris le contrôle des principaux établisse- ments de crédit italiens. Les participations des ban- ques étrangères se sont généralement fédérées sous la forme de pactes d’actionnaires regroupant des fondations bancaires ou des actionnaires autres que d’origine italienne.

Le tableau 2 présente l’actionnariat des dix premières banques italiennes à la fin de l’année 2004.

13

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

TABLEAU 2. Données sur le système bancaire italien - 2004

Banques

Nombre d’agences

Principaux actionnaires

SanPaolo IMI

3

205

 
   

Compagnia San Paolo (14,27 %) ; Fondazione CR di Padova e Rovigo (10,65 %) ; Banco Santander Central Hispano (8,49 %) ; Fondazione CR di Bologna (7,58 %).

Unicredito

3

137

Fondazione CR di Torino (8,74 %) ; Fondazione CR di Verona, Vicenza, Belluno e Ancona (7,59%) ; Carimonte Holding (7,14 %) ; Allianz (4,94 %).

Banca Intesa

3

080

Crédit Agricole SA (15,00 %) ; Fondazione Cariplo (9,92 %) ; Assicurazioni Generali (6,35 %) ; Commerzbank (4,29 %).

Capitalia

1

950

ABN Amro (7,91 %) ; Fondazione CR di Roma (5,19 %) ; Fondazione Manodori (4,00 %) ; Lehman Brothers International Europe (3,66 %).

MPS

1

824

Fondazione Monte dei Paschi di Siena (58,58%); Caltagirone Francesco Gaetano (3,81 %) ; Hopa Spa (2,44 %) ; Premafin Finanziaria (2,10 %).

BP U

1

204

Banca popolare : actionnariat diffus.

BP VN

1

172

Banca popolare : actionnariat diffus.

BP ER

1

105

Banca popolare : actionnariat diffus.

Antonveneta

1

000

BPI (29,5 %) ; ABN Amro (18,12 %) ; Magiste International (4,99 %) ; Fingruppo Holding (4,92 %).

BPI

 

970

Banca popolare : actionnariat diffus.

L’intérêt des banques étrangères pour les établisse- ments italiens a augmenté pendant l’année 2005. Une bonne partie des actionnaires étrangers des banques italiennes ont manifesté de manière plus ou moins voilée leur intention d’accroître leur propre influence, sinon de prendre purement et simplement le contrôle des banques dans lesquelles ils détenaient des parti- cipations importantes. C’est ainsi que, fin mars 2005, ABN Amro et BBVA ont lancé une offre publique d’achat respectivement sur Banca Antonveneta et BNL. Les deux offres ont échoué, y compris en raison de la constitution de deux contre-offensives italiennes dirigées par Banca Popolare Italiana (« BPI ») (alors dénommée Banca Popolare di Lodi) dans le cas de Banca Antonveneta et Unipol dans le cas de BNL, qui ont acheté des actions sur le marché et ont lancé à leur tour des off- res publiques d’achat sur les deux banques. En mai 2005, toutefois, le parquet de Milan a ouvert une enquête contre X, du fait de la contre-offensive lancée sur Banca Antonveneta, pour délit présumé d’agiotage visant à faire échouer l’offre d’ABN Amro. Le 25 juillet 2005, le parquet de Milan a ordonné la sai- sie des actions que BPI et ses alliés détenaient dans Banca Antonveneta : cette mesure a marqué le point de départ d’une série d’enquêtes concernant les diri- geants de BPI et qui ont conduit à la cession par BPI à ABN Amro de 25,9 % de Banca Antonveneta. La

banque hollandaise en est ainsi venue à détenir 55,8 % de Banca Antonveneta et a ensuite lancé l’OPA obligatoire. Les dirigeants d’Unipol ont à leur tour été impliqués dans l’enquête sur BPI et le 10 janvier 2006, la Banque d’Italie a bloqué l’offre d’Unipol sur BNL. En février 2006, BNP Paribas a acquis 48 % de BNL auprès d’Unipol et de ses alliés et a ensuite lancé l’OPA obli- gatoire sur l’intégralité du capital de BNL, à laquelle a également adhéré BBVA. Toujours en 2005, parallèlement aux efforts déployés par des banques étrangères pour se développer en Italie, certaines banques italiennes ont engagé un pro- cessus de développement international. Tel est le cas d’Unicredito, qui a annoncé en juin 2005 sa fusion avec la banque allemande HypoVereinsbank. Les événements de l’été 2005 ont poussé de nom- breuses banques italiennes à s’interroger sur l’oppor- tunité de se lancer à leur tour dans des opérations de M&A à la lumière de (i) l’intérêt croissant des banques étrangères pour le marché italien, (ii) la nécessité d’a- voir une masse critique suffisante pour être compéti- tives sur le marché national, compte tenu des mutations en cours, et (iii) la volonté des principales banques italiennes de jouer un rôle important, y compris sur le plan européen. C’est dans ce contexte qu’a été annoncée, à l’été 2006, la fusion entre Banca Intesa et Sanpaolo IMI, qui

14

La

concentration

du

marché

bancaire

italien

ILARIA

ROMAGNOLI

:

évolutions

et

perspectives

TABLEAU 3. Italie : principales fusions en 2006-2007

Fusion

Projet industriel

Synergies

Gouvernance

annoncées

Banca Intesa-Sanpaolo

Création d’un groupe bancaire leader en Italie avec le réseau de distribution le plus dense (part de marché d’environ 20 %). Renforcement de la position internationale avec une focalisation sur la CEE

€1,3 mld de

Introduction du modèle dualiste (directoire et conseil de surveillance).

IMI (2006)

synergies brutes

d’ici 2009.

 

dont synergies

Nomination du président du Conseil

de coûts : €1,0mld ;

de surveillance par Banca Intesa et du

président du directoire par Sanpaolo IMI.

dont synergies de revenus :

Conseil de surveillance composé de

 

€0,3mld.

19

membres.

Banche Popolari Unite - Banca Lombarda (2007)

Création d’un top player au niveau national, avec une forte complémentarité territoriale.

€365mln de

Introduction du modèle dualiste.

synergies brutes

d’ici 2010.

Nomination du conseil de surveillance :

 

23

membres dont 11 représentants BPU,

Leadership élevé dans le nord de l’Italie, avec une part de marché supérieure à 15 % en Lombardie.

dont synergies de

11

représentants Banca Lombarda et

coûts : €225mln ;

1

représentant des actionnaires

minoritaires.

dont synergies de revenus :

€140mln.

Fusion entre la banque populaire et la société anonyme (SpA) avec maintien du statut juridique de banque populaire.

Le premier président du conseil de surveillance représentera Banca Lombarda tandis que le vice-président représentera BPU. Nomination du directoire : pour les

 

3

premières années, 10 membres dont

5

nommés par BPU et 5 par Banca

Lombarda. Le président du directoire est nommé par BPU.

Banca Popolare di Verona e Novara - Banca Popolare Italiana

Création du troisième groupe bancaire en Italie en termes de nombre d’agences et de capitalisation de marché.

€0,5mld de

Introduction du modèle dualiste

synergies brutes

Nomination du conseil de surveillance

d’ici 2010.

(2007)

Année 1 : 10 membres dont

 

Première banque populaire du pays

dont synergies

de coûts : €0,2mld.

représentants BPI et 6 représentants BPVN.

4

Année 2 : 15 membres dont

dont synergies de revenus :

€0,3mld.

représentants BPI et 9 représentants BPVN.

6

Année 3 : 20 membres dont

représentants BPI et 12 représentants BPVN.

8

Le président du Conseil de surveillance est nommé par BPVN et le président du Directoire est nommé par BPI.

Unicredit-Capitalia

Création d’un groupe de dimension européenne.

€1,2mld de

4

représentants de Capitalia cooptés par

(2007)

synergies brutes

le conseil d’administration de Unicredit, sur un total de 23 membres.

 

d’ici 2010.

Leader sur 4 marchés nationaux (Italie, Allemagne, Autriche, Europe centrale et orientale). #1 Zone euro, #3 en Europe, #7 mondial par la capitalisation

dont synergies de coûts : €0,8mld.

Le président de Capitalia sera vice-président suppléant de Unicredit et responsable de la gestion des

dont synergies de revenus :

participations détenues dans Mediobanca, Generali, RCS et Pirelli, ainsi que président du comité exécutif de Unicredit.

 

€0,4 mld.

15

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

a donné naissance à Intesa Sanpaolo, première

banque italienne par le nombre d’agences (environ

6 200). Cette opération a entraîné une dilution des par- ticipations détenues par les actionnaires étrangers des deux banques : Santander (actionnaire de Sanpaolo IMI) a décidé de sortir du capital de la nou- velle banque, tandis qu’il a été proposé à Crédit Agricole S.A. (actionnaire de Banca Intesa) d’acqué-

rir deux banques (Cariparma et Friuladria) ainsi que cer-

taines agences bancaires, afin d’obtenir ainsi une présence directe sur le marché italien. La fusion entre Banca Intesa et Sanpaolo IMI a également été le pre- mier cas italien d’adoption du système de gouvernance

dualiste (directoire et conseil de surveillance) au lieu du schéma plus classique de « conseil d’administration et organe de contrôle ». Antérieurement à la naissance d’Intesa Sanpaolo, le bruit a couru pendant quelques mois qu’une opération pourrait être conclue entre Banca Intesa et Capitalia. Cette rumeur a toujours été démentie par le mana- gement de Banca Intesa. Mais il est possible que la tentative de concentration ait en fait été freinée par la manœuvre « défensive » décidée par l’administrateur délégué de l’époque de Capitalia (acquisition de 2 % de Banca Intesa). Au printemps 2007, des négocia- tions ont ensuite été engagées entre Capitalia et Unicredit, qui ont abouti à l’approbation, le 20 mai 2007, de la fusion par incorporation de Capitalia dans Unicredito. Parmi les grandes banques italiennes, Monte dei Paschi

di Siena (« MPS ») est la seule qui, nonobstant diver-

ses spéculations du marché sur de possibles opérations de regroupement, n’ait pas été touchée jusqu’en novembre 2007 par le risiko 2 bancaire. Toutefois, dans un contexte où les principales banques italiennes se

renforçaient significativement sur le territoire, générant d’importantes économies d’échelle, et où les banques étrangères commençaient à s’enraciner en Italie, MPS

a annoncé, afin de pouvoir continuer à jouer un rôle de

tout premier plan sur le marché national, l’acquisition de Banca Antonveneta à Santander (dont cette dernière avait acquis le contrôle à l’occasion des vicissitudes qui avaient conduit au démembrement d’ABN Amro).

2. Jeu de société « Risk ».

Cette acquisition lui permet désormais de s’appuyer sur un réseau de distribution de plus de trois mille agences. L’onde de choc de l’été 2005 a ensuite touché le sec- teur des banques populaires. BPI, sortie en piteux état de l’entreprise Antonveneta et de ses suites judiciaires, s’est lancée à la recherche d’un partenaire en vue d’un regroupement, recher- che qui a abouti début 2007 à la fusion entre Banca Popolare di Verona e Novara et BPI et à la création du groupe Banco Popolare. L’autre grande fusion qui a eu lieu plus ou moins à la même époque dans l’univers des banques populai- res est celle entre BPU et Banca Lombarda, dont est issu le nouveau groupe UBI Banca. L’opération représente le premier cas de fusion entre une banque populaire et une banque SpA (société anonyme), avec maintien du statut de banque populaire par l’entité résultante : cette opération a été rendue pos- sible par la fragmentation de l’actionnariat de Banca Lombarda, qui la rapprochait donc du monde des banques populaires. Le premier semestre 2007 a en outre été marqué par des discussions intenses en vue d’une fusion entre Banca Popolare dell’Emilia Romagna (« BPER ») et Banca Popolare di Milano (« BPM »), respectivement les troisième et quatrième banques populaires par la taille. La fusion n’a pas été menée à son terme, principale- ment en raison de l’opposition des membres de l’or- gane de contrôle interne de BPM. Le tableau 3 présente une synthèse des principales fusions qui ont concerné le marché italien sur la période 2006-2007 (dates d’annonce de l’opération).

Perspectives de développement pour les prochaines années

Le système bancaire italien actuel est donc beaucoup plus concentré qu’il ne l’était il y a quelques années. Environ quatre-vingt groupes bancaires indépendants (à l’exclusion du crédit coopératif) opèrent actuellement sur le marché italien du retail, dont trente-six d’origine « populaire ». Les caisses d’épargne qui sont encore contrôlées par une fondation sont au nombre de dix-neuf. Le tableau 4 présente les principaux groupes

16

La

concentration

du

marché

bancaire

italien

ILARIA

ROMAGNOLI

:

évolutions

et

perspectives

TABLEAU 4. Nombre d’agences et actionnariat des banques

Banque

Agences

Total de l’actif (2009, millions d’€)

Principaux actionnaires

(2009)

Intesa Sanpaolo

6

041

624,844

Compagnia di San Paolo (9,89 %) ; Crédit Agricole SA (5,49 %) ; Assicurazioni Generali (4,97 %) ; Fondazione Cariplo (4,68 %)

UniCredit

4

696

928,760

Mediobanca (6,76 %) ; Fondazione Cassa di Risparmio di Verona Vicenza Belluno e Ancona (4,98 %) ; Central Bank of Libya (4,61 %) ; Blackrock Ine. (3,8 %)

MPS

3

001

224,815

Fondazione Monte dei Paschi di Siena (55,49 %) ; JP Morgan Chase & co. Corporation (4,66 %) ; Catalgirone Francesco Gaetano (3,92 %) Unicoop Firenze soc. Coop.va (2,43 %)

Banco Popolare

2

166

135,709

Banca popolare – Actionnariat diffus

UBI

1

955

122,313

Banca popolare – Actionnariat diffus

BPER

1

292

59,589

Banca popolare – Actionnariat diffus

Cariparma

 

901

40,773

Crédit Agricole SA (75,00 %) ; Fondazione Cariparma (15,00 %) ; Sacam International (Gruppo Crédit Agricole)

BNL

 

821

96,343

BNP Paribas (100 %)

BPM

 

793

44,281

Banca popolare – Actionnariat diffus

Carige

 

644

36,299

Fondazione Cassa di Risparmio di Genova e Imperia (43,37%) ; Caisses d’Epargne Participations (11,02 %) ; Assicurazioni

BP Vicenza

 

638

30,964

Banca popolare – Actionnariat diffus

Credem

 

575

26,439

Credito Emiliano Holding Spa (76,87 %) – société contrôlée par la Famille Maramotti

Creval

 

515

24,896

Banca popolare – Actionnariat diffus

Veneto Banca

 

479

29,139

Banca popolare – Actionnariat diffus

Banca Sella

 

334

13,424

Famiglia Sella tramite le società Sofise (46,1 %) e Finanziaria 1900 (45,09 %)

Banca delle Marche

 

324

19,606

Fondazione Cassa di Risparmio di Macerata (22,4 %) ; Fondazione Cassa di Risparmio di Pesaro (22,4 %) ; Fondazione Cassa di Risparmio di Jesi (10,0 %)

UGF Banca

 

299

10,545

UGF (100 %)

Deutsche Bank

 

294

26,201

Deutsche Bank (100 %)

BP Sondrio

 

278

23,455

Banca popolare – Actionnariat diffus

Banca Popolare di Bari

 

254

7,010

Banca popolare – Actionnariat diffus

Barclays Bank PLC

 

200

n.d.

Filiale italienne du Groupe Barclays

bancaires italiens, classés par nombre d’agences en Italie, ainsi que leur actionnariat respectif.

Les banques actuellement présentes en Italie peuvent être subdivisées du point de vue de leurs activités entre les catégories suivantes :

• Grandes banques constituées sous la forme de

S.A. (“SpA”) assurant la couverture capillaire de tout le territoire national (UniCredit, Intesa Sanpaolo et MPS) et ayant dans certains cas une forte vocation européenne ;

• Banques populaires « nationales », fortement enra-

cinées dans des zones territoriales historiques, mais assurant une bonne couverture de pratiquement tou-

17

tes les régions italiennes : Banco Popolare et UBI ;

• Banques étrangères qui voient dans l’Italie un mar- ché de référence : BNP Paribas (par l’intermédiaire de BNL), Crédit Agricole (par l’intermédiaire de

Cariparma/Friuladria), Barclays (présente directement par le biais d’agences bancaires) et Deutsche Bank ;

• Autres banques constituées sous la forme de S.A.

(« SpA ») avec une forte présence sur le territoire de référence et, dans certains cas, une bonne couvertu-

re d’autres régions italiennes : les principales banques de cette catégorie sont respectivement Carige et Credem ;

• Banques populaires de dimensions moyennes, ayant

une forte présence sur le territoire de référence et,

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

dans certains cas, une bonne couverture d’autres

gions italiennes : les principales banques de cette caté- gorie sont respectivement BPER, BPM, BP Vicenza, Veneto Banca, Credito Valtellinese et BP Sondrio, aux- quelles s’ajoutent quelques groupes moins importants disséminés dans différentes régions italiennes ;

• Seize Caisses d’épargne locales (à l’exclusion de

MPS, Carige et Banca delle Marche) contrôlées par leurs fondations bancaires respectives. En outre, 426 banques de crédit coopératif sont pré- sentes sur l’ensemble du territoire italien.

La crise économique qui a éclaté pendant la seconde moitié de l’année 2008 a radicalement refroidi les opérations de M&A dans le secteur bancaire. Elle a d’autre part soulevé certaines questions sur ce que pourront être la rentabilité effective et la croissance soutenable des établissements bancaires dans un contexte très différent. Les marges se sont contractées, les commissions appliquées à la clientèle sont toujours

plus surveillées par les autorités de contrôle, les cas de défaut sont en augmentation et les exigences de fonds propres imposées aux banques sont croissantes. Ces questions pourraient provoquer de nouvelles « secousses structurelles » (bien que d’ampleur beau- coup plus limitée que par le passé) du système ban- caire italien au cours des prochaines années, sous l’effet des facteurs suivants :

• Nécessité de réaliser des économies d’échelle

suffisantes pour être compétitif sur le marché : les actionnaires de certaines banques de petites et moyen- nes dimensions pourraient envisager des regroupe- ments ou cessions afin d’augmenter la masse critique. Ce processus pourrait être en partie freiné par les

pouvoirs locaux qui ne voudraient pas perdre le contrô- le du territoire de référence ;

• Volonté de certaines banques italiennes de jouer un le sans cesse plus important au niveau européen ;

• Intérêt des banques étrangères à poursuivre le pro-

cessus de développement de leur présence en Italie. En outre, les fondations bancaires pourront jouer un rôle important dans une nouvelle phase éventuelle de concentration, puisqu’elles cherchent toujours plus à diversifier leur patrimoine en réduisant le poids de leur investissement dans le capital des banques concernées.

18

Les différentes catégories de banques pourront donc être impliquées dans des opérations de M&A ayant des motivations diverses. Intesa Sanpaolo et UniCredit pourront se tourner vers des opérations internationales consolidant leur pré- sence en Europe. Les fondations bancaires action- naires seront probablement intéressées à des opéra- tions qui leur permettent de conserver une certaine influence sur le groupe en résultant. Ces banques pourront difficilement croître davantage en Italie (limi- tes antitrust) si ce n’est dans des régions spécifiques et au moyen d’acquisitions de dimension limitée. Les banques étrangères et certaines banques italien- nes de dimension moyenne (Carige, Credem) pourront en revanche représenter les catalyseurs d’une phase de concentration des caisses d’épargne et des petites banques commerciales. Un grand nombre de fonda- tions locales se sont déjà interrogées sur la soutena- bilité du modèle de la banque locale, et une reprise des marchés actions pourrait favoriser une rencontre de l’of- fre et de la demande en termes de prix. Des opérations de M&A pourront éventuellement avoir lieu entre des établissements de dimensions moyen- nes si une banque étrangère voulait se désengager d’Italie au motif qu’elle n’a pas atteint une masse cri- tique suffisante, ou encore si un actionnaire privé déci- dait de monétiser son propre investissement. Le secteur des banques populaires est celui qui a été le moins touché par la phase de forte concentra- tion qui a caractérisé le marché italien ces quinze dernières années et c’est pourquoi il est celui qui pourrait susciter le plus grand nombre d’opérations futures de regroupement. Les perspectives de concentration se focalisent surtout sur le secteur des banques de dimensions moyennes qui avaient déjà entamé des négociations en ce sens par le passé, sans qu’elles aboutissent. Le temps pourrait avoir aplani les obstacles passés et permettre de définir des bases industrielles, de gouvernance et de représentation du territoire satisfaisantes pour tou- tes les parties, donnant naissance à une nouvelle phase de concentration qui pourrait conduire à la création de banques populaires ayant les dimensions suffisantes pour faire concurrence à des banques comme UBI ou Banco Popolare.

La

concentration

du

marché

bancaire

italien

ILARIA

ROMAGNOLI

:

évolutions

et

perspectives

TABLEAU 5. Perspectives de consolidation par métiers

Secteur

 

De 2005 à ce jour

 

Perspectives

Asset Management

Sous réserve de quelques exceptions (acquisition de Anima SGR par BP Milano, acquisition de Prima SGR par Clessidra), les opérations de concentration ont résulté pour la plupart des fusions entre groupes bancaires.

Phase probable de concentration avec un renforcement de la présence des opérateurs spécialisés (de nombreuses banques, qu’elles soient de grandes ou de petites ou moyennes dimensions, étudient les alternatives stratégiques disponibles dans le secteur).

Crédit à la consommation

Phase de concentration due à la fois aux fusions bancaires et à la croissance par apport de lignes d’activité externes de certains opérateurs (regroupement Agos - Ducato, acquisition de Linea par Compass, acquisition de Findomestic par BNP Paribas). Sur les 6 premiers acteurs du secteur, 4 sont contrôlés par des banques étrangères. L’activité est actuellement pénalisée par les impératifs de funding.

Possibilité d’opérations de M&A en ce qui concerne les opérateurs de taille moyenne.

Leasing

L’activité est actuellement pénalisée par les spreads et les impératifs de funding. Opérations limitées de M&A dans un passé récent.

Opérations éventuelles guidées par la nécessité d’obtenir une masse critique élevée pour générer de la rentabilité.

Bancassurance

Création de nombreuses JV dans la branche vie ;

Recherche possible d’un partner vie par Intesa

parmi les principaux groupes bancaires, seuls Intesa Sanpaolo et Carige n’ont pas actuellement de partner dans la branche assurance vie.

Sanpaolo et Carige. Opérations éventuelles de remplacement des partners existants à l’échéance des accords de distribution.

Les banques italiennes ont récemment

Développement continu de la bancassurance

commencé à s’intéresser à la bancassurance dans la branche dommages, par la création de partnerships avec des opérateurs spécialisés.

dommages par la création de partnerships stratégiques par les banques qui n’ont pas encore conclu une JV.

Banque de dépôts

Nombreuses opérations de M&A qui ont conduit à l’entrée/au renforcement des grands opérateurs internationaux (State Street, BNP Paribas, Société Générale, RBC Dexia).

Certaines opérations de M&A sont encore

possibles en ce qui concerne les banques populaires et certaines banques de moyennes dimensions.

Les banques populaires de dimensions appréciables pourront en outre réaliser des opérations d’acquisition de petites banques indépendantes. Outre d’éventuelles opérations de concentration entre groupes bancaires, le marché des M&A pourrait s’in- téresser, dans un avenir proche, à des opérations rela- tives aux « fabbriche prodotto » (entités ad hoc four- nissant des services parabancaires), dans la lignée d’une tendance qui s’est déjà amorcée dans certains secteurs au cours des dernières années. La nécessité pour les banques d’avoir des fonds propres appropriés (y compris en vue de l’introduction de Bâle III), et l’exigence de compétences spécifiques et/ou d’une taille suffisamment importante pour être compétitives sur des segments complémentaires au retail banking, pousseront un nombre encore plus

grand de banques italiennes à se focaliser principalement sur la distribution, en concluant des accords de partenariat avec les « fabbriche prodotto » ou en sortant définitivement de certains domaines d’activité (cf. tableau 5).

L’histoire des vingt dernières années a donc changé profondément le système bancaire italien. Une nouvelle phase de concentration est possible, mais le phéno- mène se déroulera sur des rythmes plus prudents et sera de moindre ampleur que par le passé. Toutefois, les séquelles de la crise économique, la mondialisation des marchés et l’introduction de nouvelles normes de fonds propres pourraient encore réserver quelques surprises à l’avenir.

19

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Banques et antitrust :

les spécificités italiennes

2010 Banques et antitrust : les spécificités italiennes Les liens entre concurrents peuvent en théorie affecter

Les liens entre concurrents peuvent en théorie affecter les incitations des entreprises concernées à se faire concurrence. S’il est unanimement reconnu que ces liens ne constituent pas en soi des pratiques anticoncurrentielles, il est tout de même recommandé de bien en examiner les conséquences sur le jeu de la concurrence.

S ERGIO E REDE

Associé fondateur, Bonelli Erede Pappalardo

M ASSIMO M EROLA

Responsable du bureau de Bruxelles, Bonelli Erede Pappalardo Professeur, Collège d’Europe

L’OBJECTIF PRINCIPAL DES POLITIQUES DE LA CONCURRENCE est de garantir que les dynamiques normales des marchés ne soient pas faussées par des entreprises qui concertent leur action, ou qui exploitent abusivement leur position dominante ou encore qui acquièrent un pouvoir de marché excessif par le biais d’opérations de fusion ou acquisition. Ceci dans un souci de promouvoir l’efficacité du fonction- nement des marchés, une meilleure allocation des ressources et, en dernière instance, le bien-être du consommateur. Bras « armé » de ces politiques, le droit de la concur- rence concerne tous les secteurs économiques, et y compris le secteur bancaire. Les banques présentent cependant des particularités évidentes par rapport aux autres entreprises en raison de leur mission socia- le et économique mais aussi des risques systémiques liés à leur activité.

En Italie, le législateur a initialement reconnu cette spécificité du secteur bancaire, qui a ainsi joui d’un trai- tement spécial pendant quelque temps pour ce qui est de l’application du droit de la concurrence. Cet article analysera brièvement la genèse de la discipline de la concurrence applicable aux banques et le phénomè- ne, particulièrement développé en Italie, des partici- pations et de cumul croisé des mandats des adminis- trateurs (interlocking directorates), pour essayer d’en déterminer l’impact concret en termes d’efficacité et de stabilité du secteur, notamment en cette période de crise.

L’ ère de la banque d’Italie

La première loi italienne sur la protection de la concur- rence de 1990 optait pour l’application d’un traite- ment spécial au secteur bancaire. Cette loi intervenait à une époque de transition pour le système bancaire

20

Banques

et

antitrust

:

SERGIO

EREDE

italien, qui venait de subir une première libéralisation, mais restait néanmoins soumis à de lourdes limita- tions législatives et règlementaires en termes opéra- tionnels. L’opinion dominante, ou pour le moins celle du législateur, étant que la stabilité du système devait prévaloir sur son efficacité, l’application des nouvelles règles de concurrence devait être confiée à une insti- tution spécialisée dans les questions bancaires et monétaires et capable d’opérer avec le doigté néces- saire. Indépendante et de réputation inattaquable, la Banque d’Italie prenait donc en charge la supervision des règles de concurrence dans le secteur bancaire en lieu et place de la toute nouvelle autorité de la concur- rence, l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato ou AGCM, dont la compétence dans ce sec- teur se limitait à la possibilité de rendre un avis non contraignant sur toute affaire examinée par la Banque d’Italie. Comme il était prévisible, l’application des règles de concurrence par une autorité non spécialisée se tra- duisit par un contrôle moins acéré des instituts ban- caires. L’impossibilité pour l’AGCM d’examiner les comportements des banques a peut-être engendré une certaine frustration, d’autant plus que le secteur n’ap- paraissait pas particulièrement dynamique et concur- rentiel mais surtout que la déspécialisation croissante des banques élargissait leur champ d’action à des services non traditionnels ne touchant plus nécessai- rement à l’intérêt général. Dans ces circonstances, l’AGCM essayait d’intervenir en invoquant sa compé- tence à connaître des pratiques ou concentrations concernant des activités qui n’étaient pas réservées par la loi aux banques.

L’ entrée en jeu de l’AGCM

Devant le risque croissant de conflits d’attributions entre l’AGCM et la Banque d’Italie, et face à la crise d’image de celle-ci en raison de son opposition aveu- gle à l’acquisition de grandes banques italiennes par des établissements étrangers – on se souvient surtout des affaires AntonVeneta et BNL – le législateur a réformé en 2005 la loi sur la concurrence en ramenant le contrôle de l’application des règles de concurren- ce aux instituts bancaires sous la coupe de l’AGCM. La loi italienne était ainsi enfin alignée sur la règle-

les

spécificités

&

MASSIMO

MEROLA

italiennes

mentation européenne. Certaines dispositions témoi- gnent cependant toujours de l’attention particulière du législateur italien pour le secteur bancaire : à la deman- de de la Banque d’Italie, l’AGCM peut en effet auto- riser des accords, même s’il sont restrictifs du point de vue de la concurrence, ou des concentrations qui créent ou renforcent une position dominante, et ce pour des raisons liées respectivement à l’efficacité des paiements et à la stabilité des marchés monétai- res, pour autant que ces restrictions soient nécessai- res pour atteindre l’objectif poursuivi. Il convient de remarquer que ces dispositions n’ont encore jamais été utilisées, même pendant la crise. Ceci n’est cependant pas surprenant si l’on considère que, suite à la réfor- me, la Banque d’Italie s’est concentrée sur la super- vision prudentielle des instituts bancaires et a adop- té une attitude très respectueuse des compétences techniques de l’AGCM en matière d’antitrust. Par ailleurs, dès l’attribution du contrôle du secteur ban- caire, l’AGCM a fait preuve de beaucoup de zèle dans l’application des règles de la concurrence aux instituts bancaires et ses représentants ont à maintes reprises déclaré qu’il ne devait pas y être dérogé, même pen- dant la crise, afin de ne pas affaiblir le secteur à long terme. L’AGCM a en particulier montré sa préférence pour une réglementation du secteur aux interventions pure- ment « punitives », par le biais notamment des déci- sions qui obligent les entreprises à remédier aux dis- torsions de la concurrence qu’elles causent. Il suffit de mentionner, pour ne citer que quelques exemples, les initiatives de l’AGCM à l’encontre de l’association bancaire italienne (ABI), notamment en matière de modification unilatérale des conditions des comptes bancaires, des tarifs d’interconnexion pour le retrait d’argent et des coûts et conditions interbancaires concernant les chèques. Dans le cadre de la politique de contrôle des concentrations entre entreprises, on notera surtout l’élimination des chevauchements d’a- gences entre les entreprises fusionnant, la réduction de certains coûts liés aux retraits d’argent et la sup- pression des liens entre concurrents, que ce soit en exigeant la cession de participations dans le capital d’autres banques – concurrentes – ou la dissolution d’entreprises communes.

21

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

La « croisade » contre les liens entre concurrents

Ces conditions consistaient notamment en la cession de participations, la scission d’entreprises commu-

terdiction de participer à des pactes d’actionnaires, et

Les liens entre concurrents, en particulier, ont été la cible d’une action très intense de l’AGCM , qui y a d’ailleurs consacré un chapitre entier dans une enquê-

nes spécialisées (par exemple dans les secteurs de la bancassurance ou du crédit à la consommation), l’in-

te sectorielle de fin 2008 (« Enquête sur la corporate

en

général à avoir un rôle dans la gouvernance des

governance des banques et compagnies d’assuran- ce ») : il en ressort que 80% des banques, sociétés d’assurance et sociétés de gestion d’actifs cotées à la bourse italienne ont dans leurs organes de gou- vernance des membres cumulant ce type de mandats dans des sociétés du même secteur. Ce pourcentage est nettement supérieur aux autres principales places boursières européennes (Euronext, Deutsche Börse et LSE comptant respectivement 26,7 %, 43,8 % et 47,1 % de banques, sociétés d’assurance ou de ges- tion d’actifs ayant des « interlocking directorates »). De

concurrents, l’interdiction du cumul des mandats d’ad- ministrateur, l’interdiction de participer aux assem- blées ou d’exercer les droits de vote attachés aux actions dans le capital des concurrents. De même, l’AGCM a systématiquement imposé comme condition aux cessions d’agences qu’elles soient faites à des tiers non seulement indépendants selon les critères normaux du droit de la concurrence, mais aussi et surtout non actionnaires et non liés par d’autres moyens à la banque cédante. Ceci a notam- ment été le cas pour la cession de Cassa di Risparmio

plus, vingt-sept banques et sociétés d’assurance ou

di

Parma e Piacenza et Banca Friuladria au Crédit

de gestion d’actifs italiennes, représentant 42,3 % des encours des sociétés analysées, ont parmi leurs actionnaires directs une autre société appartenant aux mêmes catégories. Dans son rapport, l’AGCM constate que ni la législation applicable (par exemple, sur le conflit d’intérêts), ni l’autoréglementation par les entreprises du secteur étaient de nature à endiguer le phénomène du cumul des mandats et des participa- tions croisées. En l’absence d’interventions réglementaires, l’AGCM a

Agricole, qui avait été proposée comme engagement par Banca Intesa et Sanpaolo au moment de leur fusion, afin de résoudre certains cumuls importants de parts de marché. L’action de l’AGCM contre les liens entre concur- rents se base sur une théorie économique bien établie selon laquelle la détention de participations minoritai- res dans une entreprise concurrente peut remettre en cause les incitations des entreprises concernées à se faire concurrence.

profité de la dernière vague de consolidation dans le système bancaire italien pour affronter directement le problème. Dans le cadre de ses compétences de contrôle des concentrations, elle a considéré que les liens entre concurrents pouvaient aggraver les effets res- trictifs découlant des opérations examinées. Elle a ainsi imposé des mesures correctives pour éviter que ces liens ne privent les entreprises des incitations

Toujours selon cette théorie, ces liens entre concurrents peuvent par exemple les pousser à adopter un com- portement d’optimisation commune des bénéfices, équivalent à un pacte de non-agression. Les entrepri- ses liées par des participations minoritaires peuvent ainsi réduire unilatéralement leur production et/ou aug- menter leurs prix au détriment des consommateurs, car elles peuvent récupérer par ailleurs la perte de ventes

nécessaires à une concurrence effective. Dans le cadre

et

de revenus par le biais des bénéfices dégagés par

de son analyse des principales fusions bancaires ita- liennes des dernières années (Banca Intesa/Sanpaolo, Unicredit/Capitalia, Banche Popolari Unite/Banca

l’entreprise liée. Et ceci sans même avoir besoin de coordonner l’action des entreprises liées. On parle alors d’effets « unilatéraux » découlant de ces liens

Lombarda, Banca Monte dei Paschi di Siena/Banca

actionnaires. Ce type de liens peut également faciliter

Antonveneta), l’AGCM a dans tous les cas imposé

la

transmission d’informations confidentielles ou per-

comme condition la dissolution des liens actionna-

mettre à une entreprise d’influencer une autre et condui-

riaux et personnels que les parties prenantes entrete-

re

ainsi à des comportements collusifs ayant pour but

naient avec leurs concurrents.

le

maintien des prix ou de conditions supra-concur-

22

Banques

et

antitrust

:

SERGIO

EREDE

rentielles. On parle alors d’effets « coordonnés », qui sont d’autant plus fréquents que les participations sont croisées et multiples dans un même secteur et qu’elles s’insèrent sur un marché oligopolistique ou pré- sentant d’importantes barrières à l’entrée. Ce risque est accru en cas de cumul de mandats, car une person- ne peut prendre des décisions au sein d’une entrepri- se à la lumière des informations acquises par ailleurs. Certes, le préjugé négatif à l’encontre du cumul des mandats dans des sociétés concurrentes s’appuie sur des bases solides dans la doctrine. Le Juge Brandeis de la Cour Suprême des États-Unis définis- sait déjà de manière emphatique ce phénomène il y a presque un siècle 1 :

« The practice of interlocking directors is the practice of many evils. It offends laws, both human and divine. Applied to rival corporations, it tends to the suppres-

sion of competition

applied to corporations which deal

with each other, it tends to disloyalty and violation of the fundamental law that no man can serve two masters. In either event, it tends to inefficiency for it removes

»

incentives and destroys soundness of judgment

Il serait cependant erroné de penser que de nos jours les liens entre concurrents sont nécessairement nuisi- bles pour la concurrence, surtout dans des situations sociétales complexes caractérisant le capitalisme actuel. L’analyse des effets dérivant de la détention d’une participation minoritaire dans un concurrent ou d’un cumul de mandats doit, en effet, tenir compte de facteurs de natures diverses pouvant affecter les moti- vations de l’entreprise à maintenir une attitude concur- rentielle. Seules des informations fragmentaires sont normalement acquises à travers une participation minoritaire et ne permettent pas nécessairement de pré- dire la demande ou le comportement des opérateurs du marché. De même, il peut y avoir des motivations extérieures, au sein même des administrateurs multi- mandatés, qui justifient le maintien d’une stratégie axée sur la concurrence nonobstant l’existence d’un lien avec un concurrent. Ou, encore, l’influence d’un action- naire peut dans certains cas être exclue en raison du

les

spécificités

&

MASSIMO

MEROLA

italiennes

fonctionnement même des organes décisionnels ou de supervision au sein d’une société, qui peuvent par exemple être composés d’un nombre très élevé de membres et régis par des règles visant à assurer l’in- dépendance de jugement de ceux-ci. Par ailleurs, ceux des dirigeants qui ne sont pas nommés par un concurrent n’ont aucun intérêt à favoriser l’actionnai- re minoritaire. En tout cas, ils pourraient suivre une poli- tique imprévisible sur le plan commercial ainsi que, par exemple, par rapport à la distribution des bénéfi- ces (qui, comme nous l’avons dit, peut jouer un rôle déterminant dans le comportement du concurrent actionnaire). Dans ce contexte, il convient aussi de souligner qu’une partie de plus en plus importante de la théorie économique et la Commission européenne elle-même considèrent que les échanges d’informations peuvent, dans certaines circonstances, être bénéfiques pour le marché, dans la mesure où ils permettent une meilleure allocation des ressources. Il ne peut donc pas être affirmé que tout accès aux informations d’un concurrent est, sans plus d’analyse, per se anti- concurrentiel. C’est justement en raison de la difficulté d’identifier et de démontrer un lien direct et certain entre la détention d’une participation minoritaire et un comportement anticoncurrentiel que la détention de ces participa- tions a très rarement été sanctionnée par les autorités de concurrence, faisant plutôt l’objet d’engagements pris par les entreprises afin de dissiper les doutes manifestés par les autorités de la concurrence par rapport à la structure de certains marchés.

Italie versus Europe

À la différence de ce qui se passe ailleurs, comme aux États-Unis ou en Allemagne, où les prises de partici- pations minoritaires sont soumises à l’aval préalable des autorités de la concurrence, les règles européennes et italiennes ne s’appliquent qu’aux prises de participa- tion conférant le contrôle de la société cible. L’opinion commune des autorités de la concurrence est en effet que les acquisitions de participations minoritaires ne

1. Rapport du Comité Pujo (1914). Ce comité avait mené une enquête sur le « money trust », un groupe de banquiers de Wall Street qui cumulaient des mandats dans plusieurs sociétés, surtout des banques, assurances et des sociétés de secteurs stratégiques (tels les chemins de fer, public utilities) exerçant un contrôle extensif sur plusieurs secteurs. Ce rapport anticipait l’introduction du Clayton Act et d’une norme spécifique qui interdisait le cumul de mandats.

23

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

sont pas en soi assimilables à des pratiques restricti- ves de la concurrence 2 . Malgré cela, le contrôle des concentrations a été utilisé par la Commission euro- péenne et l’AGCM comme instrument pour mettre fin aux participations minoritaires croisées entre concur- rents, notamment dans le secteur bancaire. L’approche des deux autorités n’est cependant pas tout à fait uniforme en la matière et ce, probablement, en raison des incertitudes existant quant aux effets découlant de ces types de liens. L’AGCM a dans les affaires précitées constamment adopté la position selon laquelle une entreprise ou un groupe avec lequel on entretient des liens actionna- riaux ou personnels ne peut pas être regardé comme un groupe tiers indépendant. Pour considérer deux groupes comme étant indépendants l’un de l’autre, l’AGCM a systématiquement demandé l’élimination pure et simple des participations croisées ou, à tout

En pratique, la Commission se montre plus flexible dans la modulation de ses mesures correctives. Si, dans l’affaire Generali/INA (2000), elle avait adop- té une approche assez stricte, les parties fusionnant s’é- tant finalement engagées non seulement à se débar- rasser d’une participation minoritaire dans Fondiaria mais aussi à ce qu’aucun des membres de son comi- té exécutif ou des organes d’administration d’INA n’assume la même fonction dans d’autres sociétés d’assurance, par la suite, et notamment à l’occasion des fusions Nordbanken/Postgirot et Allianz/Dresdner en 2001, elle a montré moins de réserves envers le maintien d’une participation minoritaire dans un concur- rent : elle a accepté en effet qu’une participation de respectivement 10 % et 20,5% soit maintenue, pour autant que les représentants dans les organes sociaux démissionnent. De même, dans l’affaire Santander/ Abbey National de 2004, la Commission a accepté aux

Conclusion

le

moins, la réduction de la participation en-dessous

mêmes conditions le maintien d’une participation croi-

d’un seuil assez bas – normalement 2 % – et la

sée entre l’entreprise acquéreuse avec Royal Bank of

renonciation aux droits administratifs attachés à cette participation. Les efforts de l’AGCM pour contraind-

Scotland (RBS) de 2,5 % et 2,8 %. Mais surtout, dans la dernière décision importante

re

la cession des participations minoritaires croisées

concernant le secteur bancaire, BNP Paribas/Fortis,

entre banques ont cependant rencontré, pendant la

adoptée juste après la Communication sur les mesu-

crise financière, des difficultés notables en raison de

res correctives, la Commission n’a pas estimé néces-

la chute des cours. L’AGCM a dû en prendre acte et

saire d’imposer des mesures correctives concernant la

a octroyé des extensions de délais pour la vente,

participation croisée entre BNP et AXA (BNP ayant

accompagnées cependant de mesures pour assurer

6,1 % d’AXA et celle-ci détenant 5,9 % dans BNP), ou

la

neutralité de ces participations du point de vue de

la participation commune de celles-ci à des joint ven-

la

concurrence.

tures et à des accords de coopération, considérant que

La pratique de la Commission à cet égard semble plus nuancée. Dans sa communication de 2008 sur les mesures correctives dans le cadre du contrôle des concentrations, la Commission constate qu’en pré- sence d’une participation minoritaire d’une des parties dans un concurrent ou dans une entreprise commune avec un concurrent, la cession de cette participation

le caractère limité de ces liens n’était pas suffisant pour réduire la pression concurrentielle sur le marché. Il est légitime de se demander si la crise des marchés financiers, en toile de fond à l’opération, n’a pas joué un rôle déterminant dans ces considérations.

sera normalement nécessaire. Si celle-ci est cependant maintenue, la Commission exigera la renonciation aux droits donnant une influence sur le comportement concurrentiel de l’entreprise, notamment la représen- tation au conseil d’administration, les droits de veto et les droits à l’information.

Les liens entre concurrents peuvent en théorie affecter les incitations des entreprises concernées à se faire concurrence. S’il est unanimement reconnu que ces liens ne constituent pas en soi des pratiques anti- concurrentielles, il est tout de même recommandé de bien en examiner les conséquences sur le jeu de la

2. Rapport 2008 de l’OCDE sur les participations minoritaires entre concurrents.

24

Banques

et

antitrust

:

SERGIO

EREDE

concurrence, à la lumière de leur fréquence, des caractéristiques structurelles et règlementaires des marchés concernés ainsi que de tous les autres facteurs qui pourraient, dans les faits, compenser ces incitations éventuelles à ne pas « agresser » son concurrent. Dans ce contexte, l’attention particulière portée par l’AGCM au secteur bancaire et notamment à la pro- blématique des liens entre concurrents, bien que jus- tifiée et poursuivie avec cohérence, doit nécessaire- ment tenir compte de la crise économique et de la

les

spécificités

&

MASSIMO

MEROLA

italiennes

fragilité des marchés. Il devrait être à tout prix évité que les initiatives à l’encontre des participations minoritaires dans ce secteur ne dérivent vers des positions telle- ment rigides que les enjeux plus généraux de la sta- bilité des marchés s’en trouvent compromis. Les der- nières mesures adoptées par l’AGCM vont dans cette direction et il est souhaitable que cela continue, en tenant compte des particularités de chaque cas d’espèce et de l’impact de la crise sur le comporte- ment des opérateurs.

25

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Le marché bancaire italien et l’évolution réglementaire de Bâle 3

bancaire italien et l’évolution réglementaire de Bâle 3 Chapo à venir Cet article présente les principales

Chapo à venir

Cet article présente les principales

caractéristiques de la nouvelle glementation proposée par le Comité de Bâle. Il met plus particulièrement l’accent sur les aspects concernant les critères de définition des fonds propres et la gestion de la liquidité. Il conclut en mettant en évidence les impacts possibles de l’application du nouvel ensemble de gles sur le marché bancaire italien.

ANDREA FERRETTI

Executive Director, Ernst & Young

G IUSEPPE Q UAGLIA

Partner, Ernst & Young

Aperçu de la nouvelle réglementation

Le Comité de Bâle a publié, en décembre 2009, deux documents consultatifs sur des propositions de modi- fication de la réglementation prudentielle internationa- le en matière de fonds propres et de liquidité des ban- ques (« Bâle 3 ») 1 , destinés à mettre en œuvre les recommandations approuvées par le Financial Stability Board et le G20. Cette nouvelle proposition est née de l’exigence d’harmoniser les réglementations des dif- férents pays sur la stabilité des systèmes bancaires et de crédit, en définissant des critères homogènes plus

restrictifs que les critères précédents, dans le domai- ne de la prise de risques et de leur couverture par les fonds propres. Parallèlement à la phase de consulta- tion, qui s’est déroulée au cours du premier semestre 2010, une vaste étude d’impact a été réalisée – étude quantitative d’impact ou « QIS 2 » (coordonnée par les Banques Centrales des différents pays) sur la base des données et informations recueillies par ces mêmes banques, afin d’évaluer l’efficacité des propositions réglementaires et de définir le niveau de fonds propres que les banques seront appelées à détenir au cours des prochaines années.

1. Cf. Comité de Bâle sur le Contrôle Bancaire : “Consultative Document Strengthening the resilience of the banking sector” et “International framework for liquidity risk measurement, standards and monitoring», décembre 2009.

2. Cf. Comité de Bâle sur le Contrôle bancaire : “Instructions for the comprehensive quantitative impact study”, février 2010.

26

Le

marché

bancaire

italien

et

l’évolution

ANDREA

FERRETTI

&

GIUSEPPE

réglementaire

QUAGLIA

de

Bâle

3

La nouvelle proposition de réglementation se fixe en particulier les objectifs suivants 3 :

Améliorer la qualité des fonds propres prudentiels, afin d’augmenter la capacité des banques à absorber les pertes (découlant des risques).

Augmenter la couverture des risques totaux assumés

par les banques : il est proposé de renforcer les exi- gences de couverture du risque de contrepartie, et d’instituer des mécanismes afin de favoriser la concen- tration des échanges auprès de contreparties centrales.

Limiter l’effet de levier financier du système en intro-

duisant un indicateur liant l’expansion de l’actif total, y compris les éléments hors-bilan, à la disponibilité de fonds propres appropriés.

Réduire les effets de « procyclicité » de la réglemen-

tation prudentielle actuelle (Bâle 2), en introduisant l’o- bligation pour les banques de constituer des réserves pendant les phases d’expansion du cycle économique, à utiliser pendant les périodes de crise (le Comité pro- meut en outre l’adoption de méthodologies de calcul de ces réserves pour risque de crédit sur la base d’une estimation des pertes attendues 4 ).

Renforcer les instruments de mesure du risque de

liquidité, au moyen de l’introduction de deux indicateurs destinés à garantir des niveaux de liquidité à la fois à court terme, en situation d’instabilité du marché, et à moyen et long terme.

Focus sur les fonds propres et la liquidité

Qualité des fonds propres Les principales innovations introduites dans la défini- tion des fonds propres réglementaires concernent les aspects suivants :

• La définition du concept d’actions ordinaires, qui exclut

du capital les « azioni di risparmio » (actions sans droit de vote) et les « azioni privilegiate » (actions dont le droit de

vote est limité aux assemblées extraordinaires). Les fonds propres réglementaires ne peuvent donc se composer que

d’actions « ordinaires » ou d’actions qui attribuent un pri- vilège limité en termes de distribution des bénéfices.

• En ce qui concerne les titres de capital innovants et non innovants 5 :

– leur qualité de fonds propres est renforcée, surtout

en termes de flexibilité des paiements et de capacité d’absorption des pertes ;

les limites de comptabilisation dans les fonds prop-

res sont renforcées pour les instruments privés d’inci-

tation au remboursement anticipé, et il est introduit une nouvelle catégorie d’instruments pouvant être inclus dans les fonds propres, à savoir les instruments qui pré- voient leur conversion obligatoire en actions ordinaires en cas d’urgence (non-respect du ratio de fonds pro- pres) ou sur demande de la Banque d’Italie ;

il est néanmoins prévu un régime transitoire étendu

(grandfathering) d’une durée de trente ans, qui stipu- le la réduction progressive de la comptabilisation des instruments (actions et instruments innovants et non innovants) qui étaient compris dans les fonds propres prudentiels avant le 31 décembre 2010, mais qui ne respectent pas les nouveaux critères d’éligibilité.

• Déduction totale, de la catégorie des actions

ordinaires, des participations détenues dans des éta- blissements financiers et de crédit qui excèdent 10 % du capital de l’établissement concerné 6 .

• Déduction, de la catégorie des actions ordinaires,

des actifs d’impôts différés (« Deferred Tax Asset ») nets (déduction des actifs d’impôts différés nets des passifs d’impôts différés). La comptabilisation au bilan des actifs d’impôts différés nets est influencée par la législation fiscale nationale. La réglementation fiscale italienne se caractérise par certaines particularités qui tendent à amplifier les différences entre le bénéfice comptable et la base imposable, entraînant l’inscription corrélative de montants importants au titre des actifs

3. Cf. Communiqué de Presse de la Banque d’Italie du 17 décembre 2009.

4. Cette thématique a également suscité l’attention de l’IASB qui, en novembre 2009, a publié un Exposure Draft (ébauche sur l’exposition des banques) qui

propose un nouveau modèle de dépréciation, fondé sur le concept d’“Expected Loss” (Perte attendue), au lieu du modèle actuel contenu dans la norme IAS39,

fondé sur le concept d’“Incurred Loss” (Perte encourue), sur la base duquel l’estimation initiale des pertes attendues doit conduire à la détermination du taux d’intérêt effectif de l’activité financière.

5. Sur la définition et les modalités actuelles de comptabilisation dans les Fonds Propres Réglementaires de ces “preferred shares” (« actions de préférence ») nous

renvoyons à la Circulaire 263 (Tit. I, Chap. 2) de la Banque d’Italie.

6. Pour les banques qui ont adopté des approches fondées sur le rating interne, la déduction concerne également l’excédent de la perte attendue par rapport aux

rectifications de valeur totales (les dispositions actuelles prévoient en revanche une déduction de 50 % sur le Tier 1 et de 50 % sur le Tier 2).

27

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

FIGURE 1. Nouveaux indicateurs de contrôle du niveau de Liquidité selon les règles de Bâle 3

LIQUIDITY COVERASE RATIO =

LIQUIDITY BUFFER

NET FLOWS (OUT-IN) WITH STRESS WITHIN 30 DAYS

NET STABLE FUNDING =

STABLE FUNDING

ILLIQUID ASSETS

100 %

≥ 100 %

d’impôts différés. Parmi les particularités les plus signi- ficatives, identifiées par l’ABI 7 , il convient de citer les rec- tifications de valeur sur les créances non déductibles de l’exercice, les dotations à des provisions pour risques et charges non déductibles et le régime d’exemption fis- cale du goodwill après restructuration d’entreprises. En ce qui concerne la déduction des actifs d’impôts Différés nets et les participations significatives détenues dans des banques, des sociétés financières et des compagnies d’assurances, le Comité de Bâle 8 a appor- té, fin juillet, une modification substantielle à la propo- sition de déduction intégrale des actions ordinaires initialement prévue. Cette modification prévoit que la valeur à déduire de ces composants dépendra du dépassement d’un montant de « franchise » définie en fonction des actions ordi- naires et des composants faisant l’objet de la déduc- tion. En particulier, il faudra déduire des fonds propres de base le montant qui, alternativement :

• excède 10 % des actions ordinaires pour chacun des composants objets de la déduction ; • excède 15 % des actions ordinaires en additionnant tous les composants objets de la déduction.

La gestion de la liquidité Les principales innovations concernent l’introduction de deux nouveaux indicateurs portant sur les niveaux de liquidité à maintenir, dont la composition est décrite ci- après et schématisée dans la figure 1. Le ratio de liquidité (Liquidity Coverage Ratio) rappor-

te les actifs liquides dont dispose l’intermédiaire (numé- rateur) aux sorties nettes de trésorerie attendues dans des conditions de crise, sur un horizon temporel très court de trente jours (dénominateur). En particulier :

• le numérateur se compose de ressources liquides de

« grande qualité », y compris en situation de crise, qui comprennent les avoirs en caisse, les réserves auprès de la Banque centrale, des titres d’État et des obliga- tions émises par des entreprises et des obligations garanties de « grande qualité » ;

le dénominateur est représenté par les flux nets de

trésorerie attendus (flux sortants – flux entrants), tou- jours sur un horizon temporel de trente jours et en se plaçant dans un scénario de crise prédéfini par l’autorité de contrôle prudentiel 9 .

Le ratio de financement stable à long terme (Net

Stable Funding Ratio) estime les déséquilibres struc- turels éventuels dans la composition de l’actif et du passif du bilan à plus d’un an. Dans ce cas :

le numérateur représente l’ensemble des sources

de financement stables, et se compose de la somme des fonds propres (Tier 1 et Tier 2), des dépôts à vue

à moins d’un an (les autres ressources à moins d’un an, dont celles provenant de contreparties bancaires, ne sont pas considérées comme une source stable et sont donc exclues du calcul) et des sources de financement ayant une échéance résiduelle supérieure à un an ;

le dénominateur regroupe en revanche les compo-

sants moins liquides de l’actif, qui se rapprochent des exigences de financement stable, dont les éléments

7. Cf. Giovanni Sabatini, Direttore Generale ABI: “Il dibattito sulle nuove architetture di regolamentazione e vigilanza in Europa”, 14 mai 2010.

8. BIS: “Review of the Basel Committee's capital and liquidity reform package - Annex Amendment Basel 3”, 26 juillet 2010.

9. Le scénario de crise envisagé par le Comité simule une crise du marché à laquelle s’ajoutent des difficultés de type idiosyncrasique. Il convient de citer, à titre

d’exemple : la « fermeture » du marché interbancaire avec un retrait des dépôts à 100 %, un retrait complet du financement garanti (funding secured) – prêts à terme – pour les transactions ayant pour sous-jacents des titres autres que des titres d’État, un tirage complet des lignes irrévocables pour les lignes de trésorerie consenties à des entreprises et à la clientèle de sociétés fiancières, etc.

28

Le

marché

bancaire

italien

et

l’évolution

ANDREA

FERRETTI

&

GIUSEPPE

réglementaire

QUAGLIA

de

Bâle

3

principaux sont des actions, des obligations à plus d’un an, des prêts dont l’échéance résiduelle est égale ou supérieure à un an, indépendamment de la contre- partie financière, des immeubles et participations, des actifs incorporels (par ex. des fonds de commerce) et des éléments hors-bilan (lignes irrévocables). La limitation imposant de ne pas considérer comme financement stable les ressources à moins d’un an pro- venant de banques apparaît cohérente, bien que res- trictive, par rapport au mode opérationnel des éta- blissements de crédit, qui peuvent opérer une diversification des modalités de financement au moyen de la collecte de dépôts auprès du public, mais elle pro- duit un impact négatif important pour d’autres inter- médiaires non bancaires (par exemple, en Italie, les intermédiaires visés à l’art. 107 du Testo Unico Bancario), dont les sources de financement sont prin- cipalement constituées de lignes de crédit bancaire. Une approche alternative pourrait consister à trans- former les échéances de financement avec des contre- parties bancaires, en reportant toutes les échéances siduelles à plus d’un an. Cette solution entraînerait cependant une gestion non optimale de la liquidité dans l’optique de la gestion actif-passif, et il faudrait donc trouver un équilibre entre les dettes à plus d’un an et les actifs ayant une échéance soit à moins d’un an, soit à plus d’un an.

Les indications de la Banque d’Italie 10

La Banque d’Italie a souligné que la nouvelle proposi- tion du Comité de Bâle va dans la direction d’une simplification de la définition des fonds propres, en la rendant plus claire et transparente pour le marché (focus sur les actions ordinaires et rigueur accrue pour les caractéristiques des autres instruments comptabi- lisés dans les fonds propres), et vise à éliminer les divergences d’application. À cet égard, la Banque d’Italie fait observer que la proposition n’exige pas

simplement plus de fonds propres, mais « plus de fonds propres de meilleure qualité », la qualité des fonds propres signifiant :

• disponibilité des ressources patrimoniales à tout moment (principe de permanence) ; • capacité intégrale ou élevée d’absorption des pertes, que ce soit au moyen de l’annulation du paiement d’intérêts ou de dividendes (flexibilité des paiements) ou au moyen de la valeur nominale des instruments. L’objectif doit être de concevoir un régime prudentiel qui soit cohérent sur le plan interne et établisse un équilibre entre l’objectif de réduire les risques d’instabilité sys- témique et celui de soutenir la croissance de l’économie. La Banque d’Italie a toutefois mis en évidence le fait que certains aspects de la définition des fonds prop- res réglementaires pourraient effectivement s’avérer trop pénalisants. En particulier, en ce qui concerne la déduction des actifs d’impôts différés, la déduction intégrale créerait des incitations faussées pour les banques sur le plan prudentiel, dans la mesure où elle finirait par décourager une politique appropriée de constitution de provisions et générerait de fortes dispa- rités entre les pays en raison des différences de régi- mes fiscaux. En Italie, elle aurait en outre des effets plus importants par rapport aux autres pays européens en raison de la valeur élevée de ces postes, due à des limites extrêmement strictes en matière de déductibi- lité fiscale des pertes sur crédits. La Banque d’Italie a soutenu auprès des différentes instances internatio- nales, dans la logique de cette considération, que la déduction devrait uniquement porter sur le montant excédant un certain pourcentage des actions ordi- naires et des réserves. Enfin, le gouverneur de la Banque d’Italie a attiré l’attention sur le fait que le législateur, s’il le jugeait opportun, afin d’éviter de pénaliser davantage les intermédiaires italiens, pour- rait envisager la suppression des limites à la déducti- bilité des pertes sur crédits, au moyen d’un impôt

10. Ce paragraphe reprend de manière synthétique certaines considérations exprimées par la Banque d’Italie à l’occasion de réunions publiques consacrées à certains aspects de la nouvelle proposition de réglementation prudentielle. Voici les références :

• Giovanni Carosio, Vice directeur général de la Banca d’Italia: “La riforma delle regole prudenziali”, Convegno ABI “Basilea 3: Banche e imprese verso il 2012”,

Rome, 4-5 mai 2010.

• Giuseppe De Martino, Servizio Normativa e Politiche di Vigilanza di Banca d’Italia: “Qualità del capitale: principali novità e questioni aperte. Alcune riflessioni”,

Convegno ABI “Basilea 3 - Banche e imprese verso il 2012”, Rome, 4-5 mai 2010.

• Stefano Mieli, Direttore Centrale per la Vigilanza bancaria e finanziaria di Banca d’Italia: “La revisione delle regole prudenziali sul capitale delle banche”, Convegno

ABI “Markets & Investment Banking Conference”, Milan, 7 juin 2010.

• Intervention du gouverneur de la Banca d’Italia, Mario Draghi, à l’Assemblée ordinaire de l’ABI, Rome, 15 juillet 2010.

29

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

équivalent en termes de rendement, qui aurait moins d’effets de distorsion. En ce qui concerne les autres déductions principales sur les fonds propres réglementaires prévues par Bâle 3, la Banque d’Italie considère qu’elles nécessitent une étude plus approfondie, et invite en particulier à une réflexion plus poussée sur l’opportunité d’éliminer totalement des fonds propres de base (Core Tier 1) les intérêts minoritaires et les participations détenues dans des banques, établissements financiers et sociétés d’assurances. Selon la Banque d’Italie, l’instauration d’une période transitoire d’une durée de trente ans (avec des limites de comptabilisation décroissante à l’issue des dix pre- mières années) permettra aux banques de gérer de manière ordonnée la transition vers le nouveau régime, tant en ce qui concerne les actions que les instru- ments hybrides émis sur la base de la réglementation en vigueur. Pour ce qui a trait à la gestion de la liquidité, la Banque d’Italie reconnaît l’importance de la définition de la natu- re des actifs pouvant être inclus dans le matelas d’ac- tifs liquides, puisque l’augmentation ou la réduction du nombre d’actifs admissibles peut entraîner des consé- quences importantes sur les politiques des banques. Il est donc nécessaire de trouver un juste équilibre entre la nécessité que les intermédiaires maintiennent des profils de liquidité suffisamment prudents, et celle de garantir des flux adéquats de crédits à la clientèle. À ce propos, la Banque d’Italie adhère aux propositions avan- cées par les banques à l’occasion de la consultation, qui visent, afin de tenir compte des spécificités des marchés européens et italiens, à envisager d’intégrer également dans la définition du matelas de liquidité les obligations émises par des entreprises et les obligations garanties de meilleure qualité, sans restrictions particulières. En outre, dans ce contexte opérationnel, la Banque d’Italie juge important que les banques puissent, pendant des périodes de difficultés majeures, utiliser les ressources liquides accumulées : la solution proposée par la

Commission européenne, qui admet la dérogation tem- poraire aux exigences imposées par les deux nouveaux indicateurs en présence de conditions défavorables du marché, introduit des éléments de flexibilité dans la gestion du matelas de liquidité. Enfin, il convient de noter que la Banque d’Italie a récemment rédigé deux documents dans le cadre de la consultation, qui acceptent déjà certaines des nou- velles propositions du Comité de Bâle en ce qui concer- ne le régime des fonds propres réglementaires et la ges- tion du risque de liquidité 11 .

La position de l’Associazione Bancaria Italiana

L’Associazione Bancaria Italiana (ABI) considère qu’il est nécessaire d’évaluer attentivement l’impact des nou- velles propositions, non seulement sur la stabilité et la rentabilité des différents intermédiaires, mais égale- ment sur l’environnement macroéconomique national et international. Il convient de porter une attention par- ticulière à l’équilibre entre la volonté d’homogénéiser la réglementation et de tenir dûment compte, pendant la phase de définition de la réglementation internationale, des particularités nationales. Voici un résumé des points relevés par l’ABI en consi- dération des particularités du marché bancaire italien, qui se focalisent sur les aspects concernant les fonds propres et la liquidité 12 :

• Il apparaît nécessaire que les nouvelles propositions conduisent à une meilleure qualité des fonds propres, sans nécessairement pénaliser des instruments qui, dans la réalité italienne, sont substantiellement équi- valents aux éléments indiqués comme comptabilisables (par ex. azioni di risparmio, azioni privilegiate et actions des banques de crédit coopératif). • Il apparaît nécessaire de modifier certains critères envisagés dans le document de consultation pour les instruments financiers qui rentrent dans le Tier 1 (fonds propres supplémentaires destinés à absorber les per- tes sur une base de continuité d’exploitation) (« additional

11. Banque d’Italie, Documents pour la consultation : “Disposizioni di Vigilanza Prudenziale per le Banche. Recepimento delle modifiche alle Direttive 2006/48/CE e

2006/49/CE (cd CRD II)”, juin 2010 et Banque d’Italie, Document pour la consultation “Disposizioni in materia di governo e gestione del rischio di liquidità delle

banche e dei gruppi bancari e degli intermediari finanziari iscritti nell’elenco speciale”, juin 2010.

12. Cf. Commentaires de l’ABI sur les documents consultatifs émis par le Comité de Bâle sur le Contrôle bancaire: “Strengthening the resilience of the banking

sector” et “International framework for liquidity risk measurement, standards and monitoring”, 19 avril 2010.

30

Le

marché

bancaire

italien

et

l’évolution

ANDREA

FERRETTI

&

GIUSEPPE

réglementaire

QUAGLIA

de

Bâle

3

going concern capital ») afin de maintenir l’attractivité de ces instruments pour les investisseurs en titres « à revenu fixe ». En effet, le profil type des investisseurs dans des instruments du Tier 1 correspond générale- ment à des investisseurs dans des titres obligataires.

• En ce qui concerne la déduction des actifs d’impôts

différés nets, l’ABI propose de supprimer totalement cette disposition, y compris en considération du fait que les actifs d’impôts différés sont périodiquement soumis

à un test spécifique (test de probabilité) visant à en véri- fier la soutenabilité par rapport à la capacité de la banque à générer des résultats imposables à l’avenir, et du fait que le droit civil considère que les actifs d’impôts différés font partie de l’actif disponible et ne prévoit aucune limitation en matière de distribution des bénéfices y afférents.

• L’exclusion des intérêts minoritaires et des partici-

pations détenues dans des banques, établissements financiers et sociétés d’assurances du portefeuille d’actions ordinaires apparaît particulièrement pénali-

sante et entraînerait en outre des effets de distorsion de la concurrence entre groupes financiers et, au sein des groupes bancaires, des risques d’inefficience dans l’allocation des fonds propres.

• Le nouveau cadre de gestion de la liquidité entraînera

une demande accrue pour des actifs, en particulier des titres de dette publique, propres à constituer un mate- las de liquidité. De la même manière, il réduira sensi- blement la demande d’instruments émis par le secteur privé, en raison de la suppression des incitations à leur détention. Le financement pourrait donc être forte- ment influencé par l’introduction de nouvelles contrain- tes sur les instruments admissibles, ce qui aurait des percussions sur le prix des financements. Dans ce contexte, bien qu’elle considère qu’il soit judicieux d’introduire ces deux indicateurs, l’ABI juge opportun d’en revoir les modalités de construction, en supprimant

certaines contraintes afin d’assouplir les restrictions limi- tant les actifs constitutifs du matelas de liquidité.

• Afin de promouvoir l’efficacité et l’efficience de la

gestion du risque de liquidité, il faut permettre que l’application des nouvelles règles en matière de matelas

de liquidité se fasse uniquement au niveau consolidé. L’ABI, afin de revoir les règles proposées, jugées trop pénalisantes et inadaptées pour évaluer les particula-

rités de la structure du marché bancaire italien, propose l’approche suivante, du point de vue de la méthode, afin de définir la nouvelle réglementation 13 :

– évaluation de l’impact (résultats de l’étude quantita- tive d’impact) ;

– seconde consultation ;

– application généralisée du nouveau cadre selon un calendrier harmonisé et commun ;

– instauration d’un pied d’égalité entre les entités (inter- médiaires financiers) et entre les juridictions ;

– harmonisation avec les normes comptables.

Les analyses d’impact

Nous allons rapporter ci-après certains commentaires des opérateurs du secteur à propos des impacts pos- sibles des nouvelles règles sur le marché italien : bien qu’elles ne soient pas encore définies de manière complète et détaillée, les propositions semblent avoir des implications importantes pour les banques et pour le système économique. Selon une récente étude présentée lors d’une confé- rence de l’ABI 14 , l’impact au niveau du système ban- caire italien s’élèverait à 20-25 milliards d’euros (soit 1,3 %-1,6 % du PIB nominal 2009). Cet impact sur les banques italiennes est principalement lié aux effets des déductions des actifs d’impôts différés, des inté- ts minoritaires et des participations. Si ces paramè- tres sont revus à la baisse (ou ne font pas l’objet d’une déduction intégrale), l’effet de Bâle 3 sur le système bancaire italien pourrait se réduire à 6-10 milliards d’euros seulement. D’une manière générale, comparé au reste de l’Europe, l’impact sur le système italien paraît néanmoins mineur :

les établissements de crédit espagnols pourraient subir une incidence similaire en valeur absolue, de l’ordre de 20-25 milliards, mais supérieure en pourcentage du PIB (1,9 %-2,4 %) ; en revanche, les estimations révèlent des coûts bien plus élevés en Allemagne (30-50 milliards, 1,2-2,1 % du PIB) et surtout en

13. Cf. Giovanni Sabatini, Directeur général de l’ABI: “Il dibattito sulle nuove architetture di regolamentazione e vigilanza in Europa”, 14 mai 2010.

14. Studio Oliver & Wyman, présentation à la conférence de l’ABI “Markets & Investment Banking Conference”, Milan, 7 juin 2010.

31

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

Grande-Bretagne et en France, où les montants pour- raient avoisiner et même dépasser les 100 milliards d’euros, soit plus de 5 % du PIB. Les motifs expliquant l’impact relativement plus limité de la nouvelle réglementation sur les banques italien- nes comprennent notamment des éléments structurels, telle l’utilisation plus limitée du levier financier, et la liquidité élevée du système dans son ensemble. À l’occasion d’une récente intervention, le Pr. Sironi 15 de l’École de Management SDA Bocconi, a souligné qu’il ne fallait pas négliger les impacts potentiels sur la rentabilité des fonds propres des banques qu’entraî- nerait inévitablement, bien qu’il ne soit pas encore précisément chiffré, un renforcement significatif des exi- gences minimum liées aux composants de l’upper Tier 1. Ces conséquences doivent être attentivement considérées, spécialement dans le contexte actuel de taux d’intérêt faibles et de taux de défaut élevés, qui influence déjà négativement la rentabilité des ban- ques. Le risque existe en effet que les banques réper- cutent ce durcissement des exigences de fonds pro- pres sur le marché du crédit, en augmentant les marges ou en limitant l’offre. En outre, en ce qui concerne la liquidité, il fait observer que les nouvelles exigences constituent des instruments efficaces afin de garantir que les banques conservent une liquidité adéquate et soient donc capables d’affronter, le cas échéant, des situations similaires à celles qui se sont produites lors de la récente crise financière. Les deux indicateurs proposés influencent cependant la gestion d’une ban- que dans une mesure significative et, en particulier, sa capacité relative de transformation des échéances. Ils ont donc un impact important sur sa rentabilité. La position de Cofindustria semble s’inscrire dans la même ligne. Par la voix de son directeur général 16 , elle déclare que les critères d’accroissement des fonds propres, prévus par les nouvelles règles afin de couvrir les risques assumés par les banques, auront un impact sur le crédit en réduisant les flux consentis aux entre-

prises. En effet, cet ensemble de règles, bien qu’il ne soit pas encore appliqué, a déjà un impact sur le crédit bancaire aux entreprises. Aujourd’hui déjà, les marchés et les agences de notation évaluent les établissements de crédit selon leur capacité à augmenter leurs fonds propres par rapport aux actifs risqués. En consé- quence, les banques réduisent déjà les actifs à risque et, de ce fait, les crédits. Cette position a été confirmée par le président de Confindustria, qui a souligné que la réforme coûtera 244 milliards d’euros aux banques européennes et ne favorisera donc certainement pas l’octroi de crédits : « Bâle 3 risque de priver les entre- prises de tout oxygène et de les étouffer », tel est l’a- vertissement lancé par les industriels italiens.

Une simulation Ernst & Young Nous avons procédé à un exercice de simulation visant à estimer, au niveau macro et en prenant une série d’hy- pothèses simplificatrices, l’impact global 18 sur les Fonds Propres de Base et sur les Fonds Propres Réglementaires des cinq premières Banques italiennes 19 de l’application des nouvelles règles de fonds propres. En particulier, l’analyse a pris en considération les hypothèses suivantes :

• déduction des fonds propres prenant la forme d’a- zioni di risparmio et d’azioni privilegiate ;

• déduction des actifs d’impôts différés nets des pas- sifs d’impôts différés ;

• déduction intégrale du Tier 1 des participations déte- nues dans d’autres banques, sociétés financières et d’assurance et de l’excédent de la perte attendue par rapport aux rectifications de valeur totales, que les règles actuelles considèrent comme des éléments à déduire pour 50 % du Tier 1 et pour 50 % du Tier 2 ;

• déduction intégrale du Tier 1 des participations dans des sociétés d’assurances, que les règles actuelles considèrent comme des éléments à déduire des fonds propres de base et des fonds propres complé- mentaires ;

15. Cf. Andrea Sironi: “Crisi finanziaria e riforma delle regole: quali implicazioni per le Banche e il Sistema Economico?”, Economia & Management, n.3 2010.

16. Cf. Il Sole 24 Ore du 13.04.10.

17 Cf. Il Sole 24 Ore du 01.06.10.

18. Nous avons pris en considération les données et informations présentées dans les documents d’Information du Public (Pilier 3) et les Bilans consolidés au

31.12.09, publiés sur les sites internet des Groupes Bancaires analysés.

19. Les cinq premiers Groupes Bancaires italiens représentent, en termes d’actifs totaux au 31.12.09, environ 53 % de l’ensemble du secteur. Source : Rapport

Annuel de la Banque díItalie, 31 mai 2010.

32

Le

marché

bancaire

italien

et

l’évolution

ANDREA

FERRETTI

&

GIUSEPPE

réglementaire

QUAGLIA

de

Bâle

3

FIGURE 2. Estimation des impacts sur le Tier 1 et sur les Fonds propres réglementaires (base 100 au 31/12/2009)

10 % 60 100 53 % 90 50 80 40 70 25 % 30 60
10 %
60
100
53 %
90
50
80
40
70
25 %
30
60
18 %
18 %
20
50
40
10
6 %
5 %
30
0
20
Déduction des actions
Déduction des
excédents de fonds
10
Déduction des actifs
d’impôts différés
propres de base
et complémentaires
0
B2
B3
B2
B3
Reprise de l’exonération
fiscale sur le goodwill
Fonds propres réglementaires
Tier 1
Déduction des excédents
de fonds propres
complémentaires

• réintégration de la valeur de l’exonération fiscale sur le goodwill, en déduction des fonds propres régle-

mentaires, parmi les retraitements prudentiels interve- nant en déduction du Tier 1 (pour éviter le double comptage avec les actifs d’impôts différés relatifs au goodwill) ;

• tous les instruments hybrides formant partie des fonds

propres ont été pris en considération dans le cadre d’une période transitoire dans l’hypothèse d’une pério- de transitoire (grandfathering). Les résultats de l’analyse, en raison de la faible granu- larité des données disponibles, n’entendent pas être exhaustifs et représentent donc uniquement des ordres de grandeur de référence, afin de fournir des éléments supplémentaires de réflexion, notamment à propos des impacts potentiels des nouvelles règles de fonds prop- res sur les principaux groupes bancaires italiens. Les graphiques suivants (figure 2) illustrent l’impact sur les fonds propres réglementaires et sur le Tier 1 de l’application des règles de Bâle 3 sur les fonds prop- res au niveau global, estimé sur la base des hypothè- ses précédemment citées (les données sur les fonds propres ont été normalisées en base 100), mettant en évidence la contribution des composants concernés à la diminution du Tier 1.

20. Cf. Rapport annuel du gouverneur de la Banque d’Italie, 31 mai 2010.

33

Ces calculs aboutissent à un impact moyen pondéré sur les fonds propres totaux des cinq premiers Groupes bancaires d’environ 25 % pour le Tier 1 et de 10 % pour les fonds propres réglementaires. Il convient de noter que la baisse moyenne du Tier 1, égale à 25 %, pro- vient pour l’essentiel de la déduction intégrale des actifs d’impôts différés (environ 53 %). Enfin, si on reprend l’analyse par référence à l’Annexe BIS de juillet (en tenant compte de la franchise de 10 % sur le seul composant lié aux actifs d’impôts dif- férés), l’impact moyen sur les fonds propres s’avère inférieur et respectivement égal à 22 % sur le Tier 1 et 9 % sur les fonds propres réglementaires.

Conclusions

Le système bancaire italien se caractérise par la pré- dominance de l’activité de crédit en faveur des ména- ges et des entreprises, l’enracinement dans le territoi- re, un levier financier contenu et une structure de bilan équilibrée 20 dans l’ensemble. Cette configuration, basée sur un modèle d’intermédiation traditionnel et soutenue par un cadre réglementaire et prudentiel efficace, a per- mis au système bancaire italien d’être moins forte- ment impacté par les effets de la crise internationale. Dans ce contexte, la sélectivité dont la Banque d’Italie

HORIZONS BANCAIRES

NUMÉRO

340

NOVEMBRE

2010

a fait preuve pour l’admission de formes hybrides dans le calcul des fonds propres réglementaires a porté ses fruits, et a abouti à une qualité comparativement éle- vée des fonds propres des banques italiennes, ce qui pourrait faciliter l’adaptation aux nouvelles normes plus strictes de Bâle. Il convient toutefois de souligner que les propositions du Comité, qui prévoient un ren- forcement significatif des exigences de fonds propres, pourraient avoir une incidence plus forte sur les ban- ques actuellement moins capitalisées. Il apparaît clairement que le nouveau cadre d’évaluation de l’adéquation des fonds propres conçu par Bâle 3 tend à définir et à appliquer des mesures plus efficaces en vue d’améliorer la solvabilité et la liquidité des ban- ques et, par voie de conséquence, la stabilité du sys- tème financier. Mais il n’en demeure pas moins qu’el- les doivent faire l’objet de modifications et d’ajustements pour rendre certains critères moins restrictifs. Par ailleurs, ce nouveau cadre réglementaire entraînera des coûts importants pour la gestion bancaire, comme le révèlent les estimations issues de l’analyse d’impact. La Banque d’Italie 2