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Congrès du Parti Socialiste Poitiers 2015 Contribution thématique collective 1
Congrès
du Parti Socialiste
Poitiers 2015
Contribution thématique collective
1

Nous moderniser ou disparaître

Parti Socialiste : nous moderniser ou disparaître Les partis politiques de gauche sont à un

Parti Socialiste : nous moderniser ou disparaître

Les partis politiques de gauche sont à un tournant majeur de leur histoire. Sont-ils contraints de devenir - comme le prétendaient récemment certains - des « astres morts », ou sauront-ils, au contraire, donner un nouveau souffle à leur structure organisationnelle pour ne pas disparaître ?

La défiance à l’égard des formations politiques atteint son paroxysme et touche l’ensemble de la classe politique. Un récent sondage place les partis à seulement 11% de confiance bien en dessous même des banques alors créditées de 28% ! D’autre part, notre système démocratique est jugé comme « mauvais » par 70% des sondés 1 .

Résultat : dans la société toute entière, une désaffection militante - liée au piètre fonctionnement de nos formations politiques - est perceptible. Ce désintérêt croissant des Français pour le militantisme tient principalement au fait que les formes d’investissement qui leur sont proposées sont inadaptées à leurs réelles attentes.

Notre première mission est de tout faire pour endiguer la progression du premier parti de France : l’abstention. Afin de lutter efficacement contre la montée en puissance de cet inquiétant phénomène, il nous faudra redéfinir la nature des actions militantes à mener sur le terrain. Au regard de nos expériences respectives - dans nos fédérations, comme dans nos sections -, et en nous inspirant des nouvelles méthodes expérimentées outre- Atlantique, la reconquête de nos territoires perdus n’est pas un idéal inatteignable 2 .

Redonner confiance dans le pouvoir de l’action politique, en misant sur la proximité, est le moyen que nous entendons promouvoir pour répondre efficacement au désir de concret - revendication exprimée aussi bien par nos militants que par l’ensemble de nos concitoyens.

1« Baromètre de la confiance politique », CEVIPOF et CESE, Vague 5, janvier 2014

2 Pour aller plus loin sur cette question lire aussi « Porte à Porte, reconquérir la démocratie sur le terrain », G. LIEGEY, A. MULLER, V.PONS, éd Calmann-Lévy, 2013

Parti Socialiste : nous moderniser ou disparaître Susciter chez les Français l’envie de s’engager dans

Parti Socialiste : nous moderniser ou disparaître

Susciter chez les Français l’envie de s’engager dans des structures modernes est notre ambition. Pour y parvenir, nous appelons à une profonde réforme du Parti socialiste comme préalable à l’élaboration de tout projet militant d’envergure. Chacun au Parti socialiste - du militant fraîchement encarté au Premier secrétaire - peut et doit mesurer la difficulté qui se pose à nous de penser l’action d’un parti face à l’exercice du pouvoir.

Nous, militants et cadres du parti, faisons nôtre l’affirmation de Pierre MENDÈS-FRANCE, exprimée en 1962 et qui s’avère pourtant plus que jamais d’actualité : « L’avenir du socialisme français exige que l’on sacrifie moins aux vieilles querelles idéologiques, aux dogmatismes traditionnels - souvent verbaux - et que l’on se soucie davantage d’étudier scientifiquement les problèmes nouveaux surgis du développement des sociétés industrielles et de l’affrontement des mondes entre lesquels l’humanité est divisée et écartelée ». Nous partageons pleinement l’esprit de cette noble ambition, qui doit aujourd’hui prévaloir au sein de notre formation politique.

C’est la raison pour laquelle nous souhaitons mettre deux concepts nous apparaissant primordiaux au cœur d’une action partisane rénovée :

Terrain et Technologie. Repenser nos démarches militantes dans un cadre adapté au monde d’aujourd’hui est un impératif de première catégorie.

3 Op. cit pp. 54-55

Repenser notre cadre d’action politique Européaniser nos instances

Européaniser nos instances pour repenser notre cadre d’action politique Le faible écho que peut recevoir

Européaniser nos instances pour repenser notre cadre d’action politique

Le faible écho que peut recevoir parfois les positions ou propositions de notre formation progressiste n’est pas lié à leur manque de qualité mais davantage à l’inadéquation concernant l’échelle à laquelle la solution est en mesure de répondre au problème posé. En effet, qui peut croire sérieusement que la France - seule et isolée - puisse régler l’épineuse question du réchauffement climatique à laquelle nous sommes confrontés ? C’est uniquement avec une Europe unie et volontariste que nous ferons bouger durablement les lignes sur un tel sujet !

Cet exemple vaut pour bien d’autres. C’est pourquoi les derniers résultats des élections européennes de mai 2014 doivent nous inviter à nous « européaniser » davantage. Ce travail doit débuter au sein de la structure même de notre parti, et plus précisément de ses instances dirigeantes. En ce sens, constituer une « représentation permanente » à notre Conseil national, composée d’un membre de chaque parti socialiste européen membre du Parti socialiste européen (PSE), nous semble être une piste intéressante à envisager.

D’autre part, l’adhésion automatique des adhérents du Parti socialiste au PSE doit être mise en place sans tarder. À ce titre, nous appelons la future direction nationale à engager une réflexion sur cette question cruciale d’une meilleure adéquation entre l’organisation de notre formation nationale et notre structuration européenne pour renforcer l’efficacité de notre action politique globale.

Européaniser nos instances pour repenser notre cadre d’action politique Il serait également salutaire de lancer

Européaniser nos instances pour repenser notre cadre d’action politique

Il serait également salutaire de lancer une réflexion avec nos partis frères sur l’avenir du PSE afin d’en faire notre parti d’adhésion, les partis nationaux en devenant des sections.

Comment parvenir à « européaniser » la politique si notre propre appareil militant reste quant à lui étroitement national ? Les drapeaux du PSE flottant lors de nos meetings doivent dépasser le cadre purement symbolique.

Enfin, nous appelons la prochaine équipe dirigeante à lancer une grande campagne de communication autour de l’Initiative citoyenne européenne, connue aujourd’hui par seulement 5% des Européens à en croire un récent sondage 4 . Introduite par l’article 11 du Traité de l’Union européenne (TUE), l’Initiative citoyenne européenne permet pourtant à un million de citoyens européens de demander à la Commission européenne de soumettre une proposition sur un sujet relevant des domaines de compétences de l’Union européenne. Cette procédure coopérative est malheureusement sous-utilisée.

4 Julien ZALC, « Résorber la fracture démocratique dans l’Union Européenne », Fondation Robert Schuman, n°333, 17 novembre 2014.

Un Parti Socialiste

de proximité

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Un Parti Socialiste de proximité Comme l’affirmait récemment notre Premier secrétaire, Jean-Christophe CAMBADÉLIS,

Un Parti Socialiste de proximité

Comme l’affirmait récemment notre Premier secrétaire, Jean-Christophe CAMBADÉLIS, nous devons passer « de la pédagogie technocratique au combat culturel ». Pour cela, il est impératif de mettre au cœur des préoccupations de notre parti la proximité qui fait sa force.

Prenons un exemple concret : la lutte à mener contre le Front national doit être parfaitement organisée. Nous - militants de l’Aisne ou de Paris, de Seine-et-Marne ou de Bretagne, du Calvados ou de l’Ardèche, du Val-de- Marne ou de la Gironde, de Marseille, Lyon, Angers ou encore Strasbourg -, nous considérons qu’une campagne de Terrain qui sait mobiliser des militants et des sympathisants est bien plus porteuse de sens que la multiplication de coûteux meetings organisés dans des théâtres parisiens, en présence de personnalités que le parti convie en raison de leur seule renommée et non de leurs idées.

À ce titre, le PS devrait circonscrire des zones politiquement prioritaires à reconquérir - pour ne pas les laisser tomber aux mains des populistes -, en délivrant les moyens et les actions dédiés à cette noble ambition républicaine.

Nous proposons également d’impulser un profond mouvement de décentralisation du Parti socialiste. Ce fait politique est inscrit dans l’ADN des socialistes. Pourquoi diable ne ferions-nous pas pour notre parti ce que nous avons su réaliser en faveur de nos collectivités territoriales ? C’est la raison pour laquelle nous appelons de nos vœux une véritable Loi Defferre au PS, et pour le PS !

Un Parti Socialiste de proximité Concrètement, cela pourrait s’incarner par diverses mesures applicables dans les

Un Parti Socialiste de proximité

Concrètement, cela pourrait s’incarner par diverses mesures applicables dans les plus brefs délais :

Laisser le choix des candidats à la responsabilité unique des fédérations

Transformer la structuration du Bureau national pour qu’il soit davantage représentatif des territoires (basée par exemple sur les nouvelles régions)

Généraliser le principe des primaires citoyennes à l’ensemble des scrutins dès lors que demandé par les fédérations

Créer un statut interne du Premier secrétaire fédéral

Obliger chaque motion à présenter la liste de ses candidats aux différentes instances avant le vote en section

De plus, nous devons limiter ce que l’on peut nommer avec humour la « transhumance électorale ». Nous réclamons une mesure simple à laquelle personne ne devrait pouvoir déroger : instaurer la règle « un élu = un territoire ». Pour donner un exemple à cette mesure, nous estimons qu’un parlementaire ne devrait pas pouvoir être également élu sur un plan plus local dans un autre département ou une autre région que sa circonscription d’élection.

Le renouvellement de nos élus est également à mettre au service de la vitalité qui doit animer notre parti. Nous proposons à ce titre deux règles simples et réclamées par de nombreux militants :

Limitation du nombre de mandats dans le temps (à 2 ou 3 consécutifs selon les mandats)

électorales

Interdiction

de

se

présenter

à

deux

échéances

différentes consécutives

Un Parti Socialiste de proximité En revenant au plus près du militant et du citoyen,

Un Parti Socialiste de proximité

En revenant au plus près du militant et du citoyen, le Parti socialiste renouera avec le peuple des primaires citoyennes de 2011. Mais nous devrons aller plus loin, notamment en définissant les contours d’un véritable statut pour les sympathisants, soutiens et supporters 5 . Qu’avons-nous donc fait des trois millions de votants aux primaires ?

5 Pour aller plus loin sur cette question lire aussi : G. BRUSTIER et D. DJAÏZ, « Les outils du

combat culturel. Dix propositions pour le Parti socialiste », Fondation Jean-JAURES, 11 septembre

2013

Un Parti Socialiste digital

Un Parti Socialiste digital Nous devons avancer davantage concernant le développement du militantisme 3.0 en

Un Parti Socialiste digital

Nous devons avancer davantage concernant le développement du militantisme 3.0 en se donnant les moyens de la mise en place d’un véritable PS numérique. Il est impératif que nous ayons recours à une pleine utilisation des nouveaux logiciels - déjà à notre disposition - ainsi que du big data, qui nous aideront à affiner nos analyses électorales territorialement ciblés pour organiser au mieux nos actions militantes. Les mesures engagées en ce sens par l’actuelle direction nationale sont à saluer et à encourager.

Trop souvent encore, l’enjeu du numérique est perçu comme secondaire chez nos amis ; mais lorsque l’on observe la résonance de ce que l’on nomme aujourd’hui la « fachosphère » 6 dans le débat public, on ne peut que souhaiter voir le PS se doter de toutes les ressources nécessaires pour y faire face et la combattre avec efficacité.

Nous proposons donc de créer un « Secrétariat national au numérique » renforcé. À sa tête, le Secrétaire national en charge de cette question serait un véritable Premier secrétaire numérique, disposant d’une importante visibilité sur le web et une vraie compétence en la matière, reconnue de tous.

6 Nébuleuse pro-active d’extrême droite sur Internet et ses réseaux sociaux pour propager avec vigueur ses discours ineptes

Un Parti Socialiste

ouvert sur la société

Un Parti Socialiste ouvert sur la société Il faut ouvrir davantage le Parti socialiste vers

Un Parti Socialiste ouvert sur la société

Il faut ouvrir davantage le Parti socialiste vers la société civile pour recréer du lien social avec les particuliers et les associations. Plus de 11 millions de

bénévoles en France, et combien d’encartés au Parti socialiste mesures participatives innovantes pourraient être mises en place :

Organiser des référendums ouverts à tous sur des sujets politiques

? Des

majeurs (rappelant la votation citoyenne sur la privatisation de La Poste organisée en 2009)

Ouvrir nos consultations internes à des personnalités extérieures

pour témoigner de leur bon déroulement

Renouveler le genre des manifestations thématiques et développer de

nouvelles formes de rencontre politique. Le Parti socialiste doit s’inspirer des expériences de « community organizing » qui l’entourent dans nos

territoires7 .

Il est aussi un formidable outil démocratique, plein d’avenir, dont nous devons avoir le courage de nous saisir : le référendum d’initiative populaire. Pourquoi, à titre d’exemple, n’impulserions-nous pas - Parti socialiste et société civile - le droit de vote des étrangers aux élections locales par l’intermédiaire de cette procédure. Il s’agirait d’une vraie campagne sociétale réalisée par nos propres concitoyens.

7 Sur cette question lire aussi G. LIEGEY, A. MULLER, V.PONS, « De nouvelles pratiques de proximité pou aider les partis à se renouveler », », Fondation Jean-JAURES, 17 février 2014.

Une nouvelle Maison de la Gauche

Une nouvelle Maison de la Gauche Pour être audacieux, revenons également au débat ayant survenu

Une nouvelle Maison de la Gauche

Pour être audacieux, revenons également au débat ayant survenu sur l’emplacement du siège du PS. Plutôt que de proposer de le déplacer de son lieu historique, nous suggérons de lancer un grand chantier visant à ouvrir une Maison de la Gauche - dans un quartier populaire, choisi via une consultation militante - financée par du crowdfunding. Le Laboratoire des Idées pourrait y installer ses locaux, avec un amphithéâtre, une bibliothèque, un web center ; il s’y tiendrait des conférences et des formations permanentes, avec des salariés formés pour accompagner au mieux les visiteurs.

Une Maison ouverte à tous, un lieu de rencontres, de liberté et de partage en somme. Ce projet pourrait d’ailleurs rassembler plusieurs formations politiques, tel est le principe. L’ouverture symbolique de notre parti est importante. En effet, aujourd’hui, le siège du PS - Solférino - est un bunker :

à l’entrée, la porte y est fermée et blindée. Nous, nous voulons un autre lieu, complémentaire de Solférino, sans porte et ouvert à tous.

Pour retrouver sa vitalité, repartir à la conquête de ses territoires perdus et renouer avec le peuple, le Parti socialiste doit surprendre. Avec la présentation de telles propositions concrètes, c’est sur cette voie que nous voulons l’engager sans plus attendre.

Sur cette question lire aussi « De nouvelles pratiques de proximité pour aider les partis à se renouveler », », G. LIEGEY, A. MULLER, V.PONS, Fondation Jean JAURES, 17 février 2014), ouvrir des espaces coopératifs et créer des « Banque du temps »