Congrès de Poitiers 2015

Contribution thématique

Ni angélisme, ni résignation : rendre le Parti Socialiste plus
fort face aux pièges de l’extrême-droite.

Le retour du Front national est-il la manifestation de notre échec ? La question, bien
que brûlante, mérite d’être posée. Les derniers résultats électoraux, ceux des
municipales puis des européennes, sont révélateurs de notre faiblesse, mais aussi
de l’incapacité de l’UMP pour faire face au phénomène, celle-ci ayant cédé à la
« ligne Buisson ».
A la différence de 1995 ou encore de 2002, la montée du FN n’est pas une
« surprise », et l’extrême-droite continuera de se banaliser si nous ne changeons
pas nos prismes d’analyse. Lutter contre le FN, ce n’est pas seulement le dénoncer
encore et toujours, c’est aussi faire face avec lucidité à nos erreurs et nous projeter
vers demain avec de nouvelles façons de l’appréhender. C’est la responsabilité de
la gauche et donc avant tout celle du Parti Socialiste que de lutter efficacement
contre la droite extrême et l’extrême droite.
Nous devons oser repenser notre logiciel de riposte et d’analyse, afin de mieux
l’adapter à des citoyens se sentant de plus en plus incompris et abandonnés par la
classe politique. Il n’est ni judicieux, ni suffisant de se contenter de dire que le Front
national est dangereux pour le discréditer. Nos combats essentiels doivent être
ceux des idées et du terrain. Celui des idées, rénovées, défendues et expliquées
avec pédagogie, afin de mettre en avant notre héritage et notre idéal républicains et
de mieux démontrer l’impasse où mène leur stratégie et leur programme. Celui du
terrain surtout, car c’est grâce au lien social que sont diffusées les idées que nous
portons. Dans un contexte d’érosion de la confiance envers les partis politiques, et
avec l’objectif qui est nôtre de consolider puis d’augmenter le nombre de nos
militants, nous ne pouvons en faire l’économie.

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Lucidité dans l’analyse :
l’extrême-droite progresse aussi sur nos faiblesses

Considérer la progression des idées d’extrême-droite avec lucidité pour
mieux les combattre
Les succès du Front national ont trop souvent été analysés dans nos rangs
comme le fruit d’un vote purement protestataire. Le « Lepénisme » a été
considéré comme un agrégat de frustrations, reproduisant le vote de
groupuscules nostalgiques des ligues des années trente. Puis s’est installée
progressivement l’idée d’une double causalité, avec d’un côté un vote de
contestation des politiques gouvernementales et de l’autre un vote
d’adhésion aux thèses du parti d’extrême droite. Nous ne pouvons plus nous
contenter de déplorer la lente montée de cette seconde dynamique, celle de
l’adhésion. Il nous faut analyser ce phénomène de manière globale.

Faire face au sentiment d’abandon
La construction politique du Front national s’est récemment développée sur
des territoires « historiques » de la gauche. L’arrivée de Marine le Pen à
Hénin-Beaumont, « laboratoire » du parti, en est l’incarnation. Mais derrière
cela, c’est à la conquête de l’électorat ouvrier que le FN s’est occupé,
profitant de notre affaiblissement, à la fois dans les discours mais aussi sur
des territoires dévastés par les crises économiques successives et souvent
considérés comme les parents pauvres de la République.
Ce sentiment d’abandon, par les pouvoirs publics, à la fois ceux de l’État
mais aussi par les collectivités locales, nous discrédite. Quand bien même le
fond de notre idéologie humaniste reste pertinent, pétri de désir de justice et
d’égalité.
Le même mouvement se voit dans les territoires ruraux, dont les élus se
plaignent de plus en plus souvent du sentiment d’abandon de leurs
administrés La gauche ne peut donner l’impression d’abandonner le monde
rural alors que Front national, capitalisant sur les peurs et la crainte du
déclassement, s’y installe de plus en plus dangereusement.

Oui, nous avons failli mais il n’est pas trop tard pour se ressaisir
Nous avons failli : la corruption de certains, la création de systèmes
clientélistes, l’absence de renouvellement des personnes et des idées nous
ont porté gravement atteinte et l’extrême droite a saisi une opportunité. Au
niveau national, nos condamnation tardives ont laissé prospérer un sentiment
d’impunité et renforcées l’idée d’un « UMPS » contre lequel nous luttons
chaque jour.
Au niveau municipal, plus que jamais, le Parti socialiste doit trouver sa
légitimité et sa force au plus près des citoyens. La vocation qui est la nôtre

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n’a jamais été d’être de simples gestionnaires locaux mais au contraire d’être
ambitieux et réalistes. Trop souvent, nos militants nous font part de leur
lassitude quant aux « politicailleries » qui nous détournent de notre idéal
républicain. Si le débat est, en interne, le cœur de notre vie militante, il ne doit
en aucun cas ombrager l’unité de notre parti face aux combats contre
l’extrême droite.

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Les solutions pour nous ressaisir :
répondre par la raison aux mensonges, assumer le PS
comme le lieu de la création du lien social
Commencer par répondre aux mensonges par un discours clair et raisonné
Nous sommes à un carrefour politique : le discours de l’extrême droite et
d’une partie de la « droite classique » sont aujourd’hui de plus en plus
proches, quand ils ne sont pas identiques. Le « cancer de l’assistanat » est
indistinctement employé par les leaders frontistes comme par ceux de
l’opposition. La remise en cause de l’Aide médicale d’État a récemment fait
l’objet de prises de positions au Sénat encore plus scandaleusement dures
venant de l’UMP que du FN. Les Français sont prisonniers de sémantiques
négatives, de la peur du déclin entretenue par de nombreux relais. Ils ont de
plus en plus la tentation de l’extrême.
En réponse à cela, notre réaction doit être unanime et univoque. Nous ne
pouvons pas laisser germer l’idée que, par une reprise de ses thèmes par la
droite (et par un adoucissement de certaines de ses thèses), l’extrême droite
est devenue normale, ou pire encore, qu’elle est dans le vrai. Une réponse
raisonnée de chaque instant doit donc être de mise, au risque de laisser la
supercherie de la dédiabolisation s’installer. Nous devons donc riposter,
critiquer, décortiquer les mensonges sans sur-interpréter. Notre indignation
doit, pour être efficace, être accompagnée de justifications non seulement
morales mais aussi et surtout pragmatiques. Propos fallacieux contre
arguments solides. La meilleure réponse aux propos odieux et aux monstres
imaginaires est le portrait vrai de la situation. Le Parti Socialiste doit revenir à
ses fondamentaux, ceux là même qu’il a parfois abandonnés au profit du
Front national, celui de la proximité, de la passion et de la formation.

Impérativement allier l’action de terrain à la lutte contre les programmes
Si le Front national est un parti qui entend être « national », et donc être
présent partout à l’échelle du pays, il recouvre des réalités et des visions
programmatiques très différentes selon les territoires. Il est pétri de
contradictions. A nous de les pointer.
Notre combat ne doit donc jamais dévier de sa ligne et nous devons prendre
en compte la réalité mutante du FN au niveau local. Ainsi, s’il est impératif de

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se doter d’un outil national afin de lui répondre, nous devons donner aux
fédérations la possibilité de le combattre en fonctions des stratégies locales
qui sont siennes.
Notre dispositif de riposte actuel n’est pas assez visible lorsque le combat n’a
pas lieu sur les plateaux des grandes chaînes nationales. Or la conquête du
Front national se réalise essentiellement grâce à un activisme militant au
niveau local et à l’abandon concomitant de ce terrain par les forces de
gauche. Nous nous améliorerons en donnant plus de marge de mannoeuvre
aux actions menées localement, mais aussi grâce à une coordination
continue entre les lieux désignés avec un appui logistique central renforcé.

Pour reprendre du terrain : commencer par faire du PS un lieu de création de
lien social
Les « mondes » abandonnés, celui des ouvriers et celui des citoyens des
périphéries doivent être les lieux où nous agissons en priorité. Le FN a
prospéré là où le Parti Socialiste était bien plus qu’un parti politique : un
créateur de lien social. Son affaiblissement a généré un espace vide occupé
par le FN. Nos camarades situés aujourd’hui en périphérie ou à l’intérieur de
terres frontistes font unanimement ce constat. Pour partir à la reconquête de
l’électorat, il nous faut d’abord être pleinement mobilisés et solidaires. Nous
serrer les coudes et prendre plaisir à être ensemble.
Or l’abattement est un sentiment trop souvent rencontré. Certains d’entre
nous ont l’impression de n’avoir voix au chapitre que lorsqu’il s’agit d’entrer
en campagne, et se résignent progressivement à ne plus être force de
proposition, avec pour conséquence le sentiment d’assister à des réunions
où les questions organisationnelles prédominent, éludant souvent les
préoccupations essentielles et politique de nos camarades.
Un parti comme le nôtre doit être un lieu de débat donc, mais aussi d’aide et
d’entraide, un lieu de vie à l’échelle locale, à l’échelle des sections. Elles ne
peuvent être le théâtre de luttes claniques, qui détourneraient l’action
collective au profit des enjeux personnels, mais le premier vecteur de
rassemblement et de luttes communes.

Partir à la reconquête des citoyens en luttant contre l’éclatement de la
société, un impératif
C’est à chacun d’entre nous, élus, responsables locaux, militants, d’incarner
la nécessaire proximité avec chacun de nos concitoyens, et de positiver notre
société face à une extrême droite qui n’a de cesse d’ériger la haine de l’autre
et l’étendard du chaos en principes de gouvernance.
Lutter contre le Front national, c’est affirmer la nécessité du renforcement du
lien social que notre formation politique doit vivifier et diffuser à chaque
instant, sans jamais paraître fatalistes ou résignés. Prendre en compte la fin
des identités de classes doit être au cœur de notre pensée pour mieux agir.
C’est à ce prix que nous pourrons mettre en avant de nouvelles dynamiques
collectives, car si la fin du communisme et l’amplification du phénomène de
la mondialisation qui fragmente la société, multiplie les rôles sociaux semble

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avoir eu raison des identités de classes, nous ne pouvons nous résigner à
l’apparition d’une société individualiste qui favorise la naissance des
extrémismes de tout genre. Cela passe par une éducation populaire
retrouvée, ainsi qu’un dialogue social permanent entre toutes les
composantes de notre société.

Être fiers de nos valeurs et des valeurs de la République
Plus encore, cette lutte contre le renoncement doit nécessairement passer
par une réappropriation de nos valeurs, des valeurs républicaines, des
valeurs de la France. Jamais nous ne pourrons nous résigner à voir les
drapeaux tricolores et la Marseillaise devenir des signes de ralliement du FN.
Le patriotisme n’appartient à personne s’il n’appartient pas à tous. Le Front
national joue sur deux tableaux, d’un côté celui de la confiscation de la
symbolique républicaine, et de l’autre celui d’une perpétuelle critique de ce
qui fait la richesse de la France. Ces contradictions doivent être portées aux
nues, et nous devons être le rempart contre la tentation de clash des
communautés et des civilisations. Communautarisme et clientélismes sont les
deux pendants d’une seule et même stratégie de conquête du pouvoir.

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Conclusion : la lutte est vitale
La mission de la gauche est aujourd’hui historique : le péril est grand, l’enjeu
est celui de notre survie. Avant les prochaines élections présidentielles, nous
avons deux ans et demi pour démontrer aux Français pourquoi le programme
pour la France du Front national est absurde et dangereux. Mais avant
viennent les élections départementales et régionales. La perspective de ces
prochaines échéances doit, plutôt que de nous abattre, être l’occasion de
changer notre regard et nos méthodes. Plus que jamais, le Parti Socialiste,
qui a toujours assumé sa capacité à gouverner, doit être à la pointe du
combat idéologique contre l’extrême droite. Plus qu’une mission, c’est une
responsabilité qui incombe à la gauche aujourd’hui, celle d’une lutte
continuelle, d’une mobilisation active et responsable contre les extrémismes
et l’obscurantisme.

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