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Année 2007 Haïti : Oui, j’y crois encore . Anièce François de Spotlight Magazine a

Année 2007 Haïti : Oui, j’y crois encore.

Anièce François de Spotlight Magazine a rencontré Jean-Junior JOSEPH

Année 2007 Haïti : Oui, j’y crois encore . Anièce François de Spotlight Magazine a rencontré

Haïti : Oui, j’y crois encore.

Anièce François de Spotlight Magazine a rencontré Jean-Junior JOSEPH

1. Accomplissement personnel, y-at- il une signification pour

vous ?

JJJ - Pour ce qui est de l’accomplissement personnel, il y a certainement une signification dans un monde aussi compétitif que le nôtre. On ne peut rester les yeux fermés et les bras croisés pour voir arriver la réussite comme une manne venant du ciel. Il faut travailler, il faut se battre, il faut être en mesure de se créer un espace dans cette compétition infernale qu’est le vécu quotidien. Dans le contexte de la Jeune Chambre Internationale et du TOYP ( The Outstanding Young People) des moins de 40 ans, je suis tout heureux de partager la joie d’être lauréat avec les autres, chacun ou chacune dans son domaine différent.

2. Vous venez d’être lauréat dans cette catégorie, quel sens ce prix donne t-il à votre vie ?

JJJ - Ma catégorie comme vous le savez s’inscrit dans le leadership des sciences et de la technologie. S’il faut redonner au mot militance son titre de noblesse, je peux dire sans ambages que je suis un militant dans le domaine des sciences et de la technologie. J’ai été toujours depuis les classes secondaires tout près des mathématiques et des sciences physiques. C’est comme un rayonnement lumineux qui me poursuit sur le chemin de la vie. J’ai opté pour l’ingénierie très jeune et finalement j’ai fait des diplômes en sciences physiques et mathématiques des universités réputées aux Etats-Unis où en tant qu’étranger l’on doit trimer dans les conditions difficiles pour recevoir ses diplômes. Puis j’ai fait de nombreuses expériences en sciences de l’informatique, ensuite je suis devenu présentateur d’émission radiophonique sur les sciences et techniques. Le vrai sens de ce prix ? Je fais l’expérience d’une frustration terrible quand j’observe mon pays riche de génies en herbe et qui n’ont pas l’opportunité audacieuse d’entrer dans cet univers scientifique au niveau de master et de doctorat. Malheureusement, notre pays est en grande partie au niveau de licence en plein 21 ème siècle. Finalement veut ou veut pas, c’est la science qui mène le monde. L’Internet est aujourd’hui une réalité incontournable : c’est l’outil de base pour entrer dans les échanges technologiques, et comprendre ce qui se passe maintenant a l’ère de la mondialisation du savoir.

3. Pourquoi avez-vous postulé pour être un des lauréats du concours tout en sachant qu’il n’y avait pas de primes en terme financier à gagner ?

JJJ - L’objectif d’un concours n’est nullement et ultimement l’argent. Je crois que c’est le message qui compte après tout car même si la médecine dans un pays comme les E. U. crée de vrais riches, son ultime but est vraiment un travail humanitaire pour soulager et guérir le genre humain. Le message de la JCI est de dire au monde que la misère dans notre pays est réelle mais il y a encore des jeunes hommes et des jeunes femmes qui peuvent donner une autre image différente de la misère. Je gagne plus en faisant passer le message que je ne suis pas différent des autres jeunes mais j’ai eu des chances que certains autres n’ont pas eu malheureusement et que j’ai su exploiter pour faire ma carrière académique et professionnelle. La jeunesse de mon pays gagne encore plus si mon parcours peut influencer les générations à venir.

4. Que diriez-vous à un jeune qui voudrait vous ressembler, considérant ce prix que vous venez de recevoir ?

JJJ - Je lui dirais en peu de mots que la vie n’est pas un cadeau et qu’il ne faut jamais s’associer au camp des défaitistes. Or ils sont nombreux! Devenir un homme ou une femme de sciences, ça requiert beaucoup de rigueur, de méthode : c’est un véritable parcours semé d’embûches. A Brookhaven National Laboratory, j’étais le seul noir parmi le groupe de chercheurs de haut calibre international. En tant que jeune directeur de Management Informatique, j’étais encore le seul noir dans le groupe des manageurs pour toute l’institution. Permettez-moi d’ajouter en passant que du point de vue scientifique, je ne crois pas à la différenciation de races. Pour moi, la question est tout simplement sociale. Personne et aucun scientifique peut prouver que les races existent car les recherches en génétique démentent tout ce qu’on nous a fait avaler. Le génome humain est trop complexe pour y placer une couleur sur chaque gène au Laboratoire. Par surcroît, la race telle qu’on nous l’a enseignée n’existe pas, c’est un truc idéologique pour légitimer un ordre social. Donc sociologiquement, un noir et Haïtien parmi d’autres pigmentations différentes de moi dans un pays étranger et surtout un Haïtien, ça change la donne. Ça devient très difficile de percer. Ca engendre beaucoup de réflexions. Pour me ressembler, c’est simple, il faut absolument une discipline de fer pour arriver à un but déterminé dans la vie.

5. Parlez-nous un peu de ce que vous avez déjà réalisé dans votre vie?

JJJ - Je peux parler de trois périodes : la première c’est lors de mes recherches en physiques de hautes énergies au Laboratoire de Brookhaven où je devais assister à des recherches en physiques nucléaires dans la scrutation des particules élémentaires au moment du Big Bang, le début de l’univers en dessous de zéro seconde. Jeune chercheur que j’étais, j’ai été accompagné d’aînés, des hommes qui ont fait des recherches pour les services de la deuxième guerre mondiale, des physiciens chevronnés et ainsi que des collaborateurs de Prix Nobel en physiques. Cela a beaucoup influencé ma vie pour comprendre la force du travail en équipe équipe. La deuxième période c’est le changement de cap où non seulement je vais emboîter le

pas dans les sciences de l’informatique et surtout le mariage avec les auditeurs qui devaient être de tous les niveaux ensuite se readapter à eux pour leur parler d’une autre Haïti. Leur dire comment on pouvait changer la situation énergétique, comment aborder la problématique de l’environnement, comment les infrastructures peuvent transformer le quotidien de chaque haïtienne ou haïtien, comment les télécommunications peuvent refaire l’économie haïtienne.

La troisième période, c’était en tant que jeune directeur du Bureau de Presse et de Communication à la Primature, j’allais utiliser les théories des NTIC pour les appliquer dans la diffusion de l’information à travers le monde. Ce fut du nouveau en Haïti alors que certains de l’étranger et des amis en Diaspora pensaient qu’il était impossible de mettre Haïti

à l’heure de l’internet par des connections pourtant disponibles !

6. Vous sentez-vous être un modèle pour la jeunesse haïtienne, si oui, comment comptez-vous continuer à le prouver ?

JJJ - Etre un modèle est une image difficile à entretenir. Ses erreurs sont mal jugées parfois. Ses prouesses sont applaudies des fois. On est sous la loupe. Satisfaire tout le monde est une illusion. Aujourd’hui, je suis au Ministère a la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) en tant que consultant en Technologies de l’Information et de la Communication. J’y apporte ma modeste contribution grâce à la généreuse confiance de Mme Marie Laurence Jocelyn Lassègue-, la titulaire du MCFDF. Travailler sous sa commande est un bonheur : je peux témoigner de l’efficacité de sa méthode et de sa dextérité. En faisant appel à moi, peut être que Madame Lassègue a eu l’image d’elle même toute jeune en Europe

et en Afrique, elle avait ce pays dans l’âme et le cœur, et elle a pressenti que je devais être (de

New York étant) dans le même état d’âme : un « fou » et un « optimiste » croyant dur comme fer qu’une ’autre Haïti est possible un jour . Je suis pour la parité du genre, du droit

des jeunes hommes et des jeunes femmes pris globalement. Je suis au sein de la jeunesse. Elle

a besoin de moi tout comme j’ai besoin d’elle pour m’aider à apprendre et comprendre mon

pays. J’enseigne, je passe ce que je sais à ma façon timidement sans « grand pan pan ». Le prouver comme a + b = c, c’est facile à dire. Le vivre c’est autre chose. Haïti est là dans notre

cœur. Les 53% de mon pays peuvent encore croire que c’est toujours possible de gérer ce pays autrement. Je veux être un modèle pour ceux qui en cherchent et reste un exemple pour ceux qui le souhaitent, me rendre disponible pour ceux qui croient encore en ce pays qui m’a vu naître.