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Dossier préparé par Bluboux et Joce avec les précieuses infos de Boris

Revenu inconditionnel, revenu de base, salaire à vie, allocation universelle... Le champ lexical du revenu inconditionnel peut
facilement donner le vertige, au point d'en venir à douter que c’est bien de la même idée dont il s’agit ! Dotation, rente,
allocation, dividende, revenu… Bientôt suivi des plus divers qualificatifs : universel, basique, garanti, social, territorial, suffisant,
citoyen, inconditionnel… Et comme si ce n’était pas assez, s’y rajoute souvent un complément : existence, vie, citoyenneté,
autonomie, etc. Et pour finir, les décroissants articulent naturellement le revenu de base (RB)
avec un revenu maximum acceptable (RMA) !
Lors de réunions de militants ou de citoyens, nous avons été surpris par la méconnaissance de cette autre façon de concevoir
notre rapport à la société et par les idées préconçues qui circulent à son sujet. Mais nous avons également noté l'intérêt
qu'elle suscite dans de nombreux regards.
Alors voilà l'objet de ce dossier, éminemment subversif en pleine campagne électorale ! Nous n'avons pas la prétention de traiter ici
de façon exhaustive le sujet, mais de vous donner les éléments pour comprendre ce qu'est le RB, pourquoi cette proposition
est de plus en plus avancée, y compris par des libéraux, comment il peut se mettre en place, se financer
et enfin de survoler quelques expériences intéressantes dans le monde.

« Le Revenu de base » : qu'est-ce que cette chose ?
«S

ans revenu, point de citoyen » s’exclamait
en 1792 le philosophe Thomas Paine du
haut de la tribune de l’Assemblée Nationale. La
révolution française venait d’éclater, mais Thomas Paine lui, prévenait ses camarades révolutionnaires : la Démocratie ne peut réellement
fonctionner que si les citoyens qui la composent
sont économiquement libres et disponibles
pour la faire vivre.
Réprimé par la Terreur, Paine mourut quelques
années plus tard, seul et pauvre aux États-Unis
où il s’exila. Mais l’idée qu’il avait impulsée, celle
d’un revenu citoyen garanti, n’a pas arrêté de
faire son chemin depuis.
Bien au contraire, l’idée navigue entre les courants de pensée et traverse allègrement les frontières idéologiques et géopolitiques. Keynesiens,
libéraux, ultralibéraux, écologistes, philosophes,
psychanalystes, entrepreneurs ou artistes, l’idée
ne manque pas de soutiens de renom : Martin
Luther-King, André Gorz, Erich Fromm, Gotz
Werner en Allemagne ou encore les Prix Nobel
d’économie Milton Friedman, James Tobin, ou
Paul Samuelson… pour n’en citer que quelquesuns.
Si la plupart d’entre eux partagent la conviction
que le revenu de base est un moyen radical de
combattre (voire d'anéantir) la pauvreté, chaque
courant y apporte une vision et des arguments
supplémentaires divers et variés.

Voici la définition du Mouvement
Français pour un revenu de base (1) :
Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus,
distribué par une communauté politique à tous
ses membres, de la naissance à la mort, sur base
individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement.

Quelles seraient les conséquences de
la mise en place d’un revenu de base ?
La subsistance garantie pour tous, les exclus,

les artistes, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, les militants associatifs, les bénévoles,
les citoyens investis dans la vie de leur quartier,
les développeurs informatiques, les jeunes - étudiants, en recherche d’emploi ou de formation
-, etc.

Une nouvelle manière d’aborder le travail
Le travail se réduit-il aux activités dont on peut
tirer une rémunération ? Celles-ci sont-elles les
seules activités qui créent de la richesse ?
Peut-on toujours dégager un salaire pour le
travail ou les activités qui sont vecteurs de richesse, et notamment de richesse sociale : le
développeur informatique qui crée des logiciels
libres, le militant qui se mobilise pour développer l’animation et le lien social dans son quartier, le bénévole d’une association sportive ou
caritative, les parents qui se mobilisent collectivement, l’entrepreneur dont le projet est en
germe, l’artiste ou tout simplement le citoyen
qui souhaite participer à la vie de la cité…?
Mettre en place un revenu de base, c’est donner le choix à chaque individu de s’engager
dans des activités auxquelles il donne du sens,
et qui donc seront des activités productives de
sens lorsqu’elles ne sont pas productives économiquement. C’est donc un puissant catalyseur,
un formidable investissement dans de nouvelles
activités, vectrices de richesse économique et
sociale.
C’est aussi un moyen pour que chacun puisse
aborder le travail de façon plus sereine, sans
peur du chômage.
Il est prouvé en outre, qu’un individu agissant
par peur (chômage, précarité, soumission à une

autorité…) est amené à des comportements
d’évitement (abuser du système, grappiller des
avantages, alimenter la concurrence…) et à des
somatisations (coût sanitaire du stress au travail), tandis que celui qui choisit, qui participe,
est plus investi et donc plus efficace avec un minimum d’énergie et de tensions individuelles ou
collectives. Un jeune grandira plus sereinement
sans les angoisses de chômage, de régression
sociale véhiculées par ses parents, les médias,
l’École…
Nous pouvons donc raisonnablement en attendre de larges économies dans le coût de la
santé (déjà prouvé lors des expérimentations en
Namibie, en Inde…), le coût social (accompagnement de la précarité, réparation et gestion
de la délinquance…), le coût éducatif, etc.

La suppression des trappes à inactivité
Dans un système d’allocations soumises à des
conditions de ressources, il n’est pas toujours
avantageux d’accepter un emploi lorsque cela
induit une perte d'allocations.
Premier exemple : accepter un emploi rémunéré 500 € induit une baisse de 190 € de RSA.
Deuxième exemple : en acceptant un emploi
saisonnier court, on perd son RSA. Une fois son
contrat terminé, les démarches nécessaires pour
récupérer le RSA peuvent être longues et induire
un mois de carence, au point de dissuader d’accepter cet emploi saisonnier.

Une solution au problème
du non-recours au RSA
Aujourd’hui, 1/3 des ménages éligibles au RSA
socle et 2/3 des personnes éligibles au RSA activité - complément de revenu pour ceux qui ont un
salaire modeste - ne le demandent pas. La lourdeur des démarches administratives et la stigmatisation qu’elles impliquent n’y sont pas pour
rien. En outre, bon nombre de ces ménages ne

savent pas qu’ils ont droit au RSA activité.
Le revenu de base étant distribué automatiquement, il supprime le non-recours et permet
ainsi déjà de réduire la pauvreté et les inégalités.

Une simplification du système de sécurité
sociale actuelle avec, pour corollaire, une dimi-

nution des frais administratifs.
On évite par exemple le phénomène du tropperçu, véritable fléau qui mine le système du
RSA, accroît l’incertitude des pensionnaires et
la pression sur les fonctionnaires de la CAF (2).
Les agents sociaux ne sont plus réduits à vérifier
des dossiers, mais accompagnent bien des personnes dans leur parcours particulier.

L’individualisation de la Sécurité Sociale. le
revenu de base est donné à l’individu sans tenir
compte de sa situation familiale, ni conjugale,
ni de son mode de cohabitation. Ainsi, dans un
couple ou dans une famille (mais aussi dans une
colocation), chaque adulte perçoit son revenu
de base (au contraire, dans le cas du RSA par
exemple, une personne seule reçoit 425 € en
2013 – forfait logement et APL exclus – tandis
qu’un couple reçoit 609 € (3)). 
Notes :
(1) Site du Mouvement français pour un
revenu de base : http://www.mfrb.fr/
(2) Article du Monde, 20 juin 2013, « Les
trop-perçus, symptômes de l'échec du
RSA » http://goo.gl/FYXe4o
(3) Source : site gouvernemental SercicePublic.fr : http://goo.gl/zx934
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LE LOT EN ACTION n° 79 - vendredi 21 février 2104

P 15

Différentes approches du revenu de base
Par Stanislas Jourdan (1)

P

our les écologistes comme Baptiste Mylondo et les objecteurs de croissance tels Paul Ariès, verser un revenu à
chaque individu reviendrait à investir dans l’humain, lui permettant ainsi de rediriger sa force de travail vers
une production locale ou le bénévolat… plutôt que les grandes entreprises.
« Oser déconnecter emploi et revenu conduit à reposer la question de l’utilité sociale, de la place de l’emploi dans la société
et dans nos vies » explique Baptiste Mylondo (2). « Ce débat, la gauche doit le mener pour faire face
aux offensives libérales, au « travailler plus » seriné par Sarkozy et, plus largement,
à a perte de sens de l’emploi de nombre de nos concitoyens » assène-t-il..

Les libéraux aussi

Vers la fin du travail ?

Pourtant, du côté des libéraux aussi, on s’intéresse à la question.
Même s’il faut bien l’admettre, les arguments ne sont pas les
mêmes. Plutôt que de prendre du recul avec la valeur travail, la
droite voit dans le revenu de base plutôt un bon moyen de simplifier les systèmes de redistribution sociale.
En effet, la mise en place du revenu de base pourrait simplement s’effectuer en transférant les budgets sociaux actuels, diminuant au passage drastiquement la complexité des aides accordées, améliorant ainsi la lisibilité du système tout en diminuant la
bureaucratie nécessaire pour le faire fonctionner.
Un argument qui fait également mouche auprès des entrepreneurs excédés par les lourdeurs de l’administration, qui se rallient
généralement à la cause. Par exemple, le Centre des Jeunes Dirigeants, un influent think tank regroupant 3 500 entrepreneurs,
avait inséré fin 2011 l’allocation universelle à la tête de ses 12 propositions phares regroupées dans son livret « Objectif Oïkos » (3).
De plus, puisque le revenu de base est inconditionnel, il serait
une réponse simple au phénomène de la trappe à pauvreté. En
effet, l’un des grands problèmes de notre modèle social est que
les allocations d’assistance engendrent une désincitation à travailler (puisqu’on perd ces aides si d’aventure on trouve un emploi).
Enfin, pour une certaine catégorie de libertariens, que l’on appelle parfois géolibertariens ou libéraux de gauche, le revenu de
base serait compatible avec le libéralisme en tant que distribution
du capital commun de la société. Selon cette théorie, à l’image
de l’air, de l’eau et du domaine public culturel, le capital commun
est constitué de ces richesses collectivement créées dont les profits ou l’exploitation ne pourraient être légitimement accaparés
par des intérêts privés. Par conséquent, le seul moyen de ne spolier personne est de distribuer les profits du capital commun à
tous les copropriétaires de ces richesses communes : les citoyens.

Pour la branche scientifique, il s’agit davantage d’une nécessité de découpler du moins partiellement les revenus du travail.
Les tenants de cette approche, comme Jeremy Rifkin, anticipent
un monde où les robots prendront la relève du travail humain…
pour notre bien ! Sauf que, s’il y a de moins en moins de travail,
comment les gens vont-ils gagner leur vie ?
C’est bien sûr là où le revenu de base intervient. Mais plus qu’un
simple moyen de compenser une perte (celle d’un travail), le revenu de base pourrait constituer une véritable reconnaissance
d’autres formes de création de valeur que le capitalisme moderne ne reconnaît pas. C’est cette fois la thèse de Yann Moulier
Boutang, qui, dans “L’économie de la pollinisation”, montre qu’à
l’image des abeilles, nous produisons tous par accident des richesses. Dès lors explique-t-il à Télérama en septembre 2011 (4),
« Le revenu d’existence ne serait pas de l’argent pris dans la poche des
fourmis qui travaillent et donné à des gens qui ne feraient rien qu’entrer
dans la fourmilière ». Selon lui, le revenu de base n’est donc pas
un système redistributif, mais une « rétribution de la pollinisation »
de chaque citoyen.

Une approche monétaire
Une nuance qui n’est pas sans rappeler une autre approche,
celle de la monnaie. Selon la thèse défendue par Stéphane Laborde, dans sa « Théorie relative de la monnaie » (5), pour que

Pour un revenu social...
démonétarisé
Par Marc de Basquiat (1)

V

oici quelques extraits du long article publié par Paul Ariès dans
la revue Mouvement (1) consacrée au revenu de base en 2013 :
« Le combat pour un revenu social épouse celui pour la gratuité des services publics. La gratuité est bien économiquement,
écologiquement, socialement, politiquement, etc. Elle est une
façon de susciter le désir et d’inventer une objection de croissance amoureuse du « bien-vivre ».
« Nous sommes donc tous d’accord pour dire que la société
doit garantir à chacun(e) de quoi vivre, simplement certes, mais
de façon totalement sécurisée et de manière inconditionnelle ».
« Toutes les expériences réalisées montrent que cette façon
de penser le droit de vivre permet de lier le contenu social et le
contenu écologique, bref d’avancer vers une société antiproductiviste ».
« Ces questions sont d’autant plus importantes que certains
courants de la décroissance sont portés vers une approche
néo-malthusienne. Il ne s’agit pas (principalement) de partager
parce qu’il y a peu (le fameux « on va manquer ») mais parce
que le partage est du côté de la jouissance d’être, seul principe
anthropologique que nous pouvons opposer à la jouissance
d’avoir. Notre choix de construire des «communs» est donc
d’abord l’affirmation de la primauté du don, mais d’un don
libéré de la contrainte de rendre. Je préfère parler d’un don
sans retour, d’un don de pure générosité, de pure frivolité, un
don qui nous renvoie davantage aux stratégies d’embellissement y compris dans le règne animal qu’à de sombres comptes
d’apothicaires, un don qui permette d’imaginer une intention
gratuite, bref de l’amour ». 
Note :
(1) n°73, consultable sur internet : http://goo.gl/cNM7GR ou à
commander à l'éditeur : Éditions associatives La Découverte,
Mouvement, ISSN : 1291-6412 (quatre numéros par an).

P 16

l’argent soit réellement un protocole d’échange démocratique,
il ne faudrait pas confier le monopole de la création monétaire
aux banques, mais faire en sorte que chaque citoyen soit pourvu
de la même dose de création monétaire tout au long de sa vie,
ce qui concrètement se traduirait par le versement à chaque citoyen d’un revenu de base « financé » par une injection régulière
de nouvelle monnaie par la banque centrale, se passant ainsi de
toute taxation pour financer le système.
À la manière de Yann Moulier Boutang, le revenu de base n’est
donc pas une redistribution par charité ou compensation, mais
bel et bien un droit parfaitement légitime au nom de l’égalité
des citoyens.
Mais l’approche monétaire n’est pas nouvelle. Déjà dans les années 1930, Jacques Duboin (6) avait dressé un lien entre un revenu
de base et la création monétaire. Dans le concept de l’« économie
distributive » qu’il développe, il propose de créer une monnaie de
consommation, qui serait détruite au moment de l’acte d’achat,
un peu à la manière du système de crédit bancaire, où la monnaie est détruite au moment du remboursement de la dette. 
Notes :
(1) Article « Le revenu de base, utopie d’hier, révolution d’aujourd’hui,
réalité de demain ? » sur le site revenu de base info : http://goo.gl/
y8uNXd
(2) Baptiste Mylondo est un enseignant en économie et philosophie politique. Il est un partisan connu de la décroissance et du revenu universel
en France, qu'il défend aujourd'hui avec le collectif Pour un Revenu
Social (POURS).
(3) Consultable sur internet, dans son intégralité : http://goo.gl/zSUCo
(4) Article en ligne : http://goo.gl/9QStA8
(5) Disponible sur le site de Création monétaire : http://goo.gl/5GQ8mh
(6) Jacques Duboin (1878-1976), est un banquier, industriel et homme
politique français. En octobre 1935, il crée le journal de réflexion socioéconomique La Grande Relève. Il y présente au fil des années sa vision
d'une économie de partage des richesses qu'il nomme « économie
distributive ».

La « pyramide de Maslow »
Par Marc de Basquiat (1)

L

a pyramide de Maslow permet de comprendre la hiérarchie des besoins de l'homme. Selon Abraham Maslow, la satisfaction d'un besoin ne peut être réalisée que si
les besoins des niveaux inférieurs sont eux-mêmes satisfaits.
Par exemple, un individu ne peut se sentir en sécurité (niveau
2) si sa première préoccupation est de trouver à boire et à manger (niveau 1).
En entreprise, la productivité d'un collaborateur (niveau 5) peut
être dégradée si celui-ci ne se sent pas intégré dans son équipe
de travail (niveau 3) ou tout simplement s'il n'a pas bien dormi
(niveau 1).
La satisfaction des besoins physiologiques de la population
française absorbe 15 % des ressources du pays. Chaque ménage
vivant au dessous du seuil de pauvreté peut ressentir que ses
concitoyens, collectivement, refusent de lui attribuer ces 15 %
de leurs revenus qui lui permettraient de vivre dans la dignité.
À l'inverse, une personne dans le besoin ne peut qu'être blessée
par un outillage social peu valorisant pour les "bénéficiaires".
Pourquoi affubler du terme "minimum d'insertion" un revenu
de subsistance ?
Pourquoi qualifier de "spécifique de solidarité" une allocation "ASS" qui choque les anglicistes ?
Pourquoi culpabiliser ou rappeler des souvenirs douloureux à un "parent isolé" alors qu'il
s'agit seulement d'assurer la subsistance
d'une femme et de ses enfants ? Pourquoi qualifier des millions de gens
de "minima sociaux" ? Pourquoi leur
imposer des démarches compliquées, répétitives et humiliantes ? Comment décrire

LE LOT EN ACTION n° 79 - vendredi 21 février 2104

la détresse de ceux qui "descendent l'échelle sociale" ?
L'Allocation Universelle rompt radicalement avec cette logique
d'asservissement. En versant à chaque citoyen, de sa naissance
à sa mort, une allocation unique, forfaitaire, qui constitue (en
complément de la sécurité sociale) un socle de subsistance inamovible, on permet à chacun de bâtir sa propre histoire, de tenter
ses projets et de grandir.
Lorsqu'on considère la pyramide de Maslow du point de vue
des moyens à mettre en œuvre pour que le maximum de citoyens d'un pays puisse en gravir les échelons, on constate que :
- les besoins au bas de la pyramide peuvent être satisfaits par des
mesures collectives, décidées à l'échelle d'une nation ;
- les besoins au milieu appartiennent à la sphère sociale ou familiale ;
- les besoins du haut dépendent résolument de la sphère privée,
jusqu'à l'intime de chaque personne.
L'Allocation Universelle rend leur dignité aux personnes, en
éliminant toutes les différences de traitement par l'administration. La satisfaction des besoins les plus élémentaires
est prise en charge par l’État, dans un mécanisme de
répartition systématique, s'appliquant de manière
digne et homogène à tous les citoyens.
La satisfaction des besoins de vie sociale et de
satisfaction personnelle répond alors exclusivement à une logique de marché et de
choix personnels. Chacun est libre de
réussir sa vie comme il l'entend. 
(1) Marc de Basquiat est économiste et auteur d’une thèse sur le
financement du revenu de base
en France.

Les approches de financement du revenu de base
Jean-Eric Hyafil (1)

D

e multiples approches de financement existent. Nous en abordons six ci-dessous. On pourrait y ajouter celles visant
à utiliser une « taxe carbone », ou encore une taxe sur toutes les matières premières, qui seraient alors redistribuées.

Le financement d’un revenu de
base par l’impôt sur le revenu (2)
Il s’agirait de mettre en place un revenu de
base financé par un impôt proportionnel qui
viendrait remplacer le système actuel du RSA,
de la prime pour l’emploi et des exonérations
de cotisation patronales (réductions Fillon). Il y
aurait par ailleurs un revenu de base enfant plus
faible – versé dès le premier enfant contrairement aux allocations familiales – qui viendrait
remplacer les allocations familiales – ainsi que
le quotient familial dont bénéficient les familles
les plus riches. Ce revenu de base serait financé par un impôt proportionnel sur l’ensemble
des revenus. L’impôt serait individualisé (tout
comme le revenu de base) et idéalement prélevé à la source, comme l’est actuellement la CSG.
Par ailleurs, le système public d’assurance chômage, le système de retraite, l’assurance maladie, l’aide pour le logement et les autres prestations particulières sont maintenus tels quels
(allocation adulte handicapé, aide personnalisée d’autonomie, etc.), mais leur mode de
financement est modifié : le chômage et la
retraite – prestations contributives dont le montant dépend de la cotisation – sont financés uniquement par cotisations sur les salaires, tandis
que l’assurance maladie est universalisée et financée par une CSG assise sur tous les revenus.
Le financement par un impôt proportionnel
donne une réponse aux sceptiques du revenu
de base qui demandent souvent : « Mais pourquoi le distribue-t-on aussi aux plus riches » ?
Dès lors que l’on considère le couple revenu
de base + impôt proportionnel, on se rend
compte que celui-ci opère la même distribution
que le ferait un impôt qui serait négatif en-dessous d’un seuil de revenu et positif au-dessus.

Regarder la part d’autofinancement
Il ne s’agit pas tant là d’une autre forme de financement que d’une autre manière d’aborder
la question. Il s’agit de regarder le coût de l’ensemble des prestations non-contributives que le
revenu de base rendrait obsolètes, ainsi que celui de l’ensemble des politiques de subvention
à l’emploi qui disparaîtraient avec l’instauration
du revenu de base. Cette approche est notamment adoptée par les économistes Jean-Marie
Monnier et Carlo Vercellone ou encore Baptiste
Mylondo.

traite à un système de revenu de base unique.

Transformer la forme de
création monétaire

Ainsi Baptiste Mylondo estime, d’après les
chiffres de 2010, que l’on pourrait financer un
revenu de base de 200 € par adulte et 60 € par
enfant avec le budget des minima sociaux (RSA,
Allocation Spécifique de Solidarité), des bourses
d’étudiants, des allocations familiales, des aides
pour le logement et des différentes politiques
de subvention à l’emploi.
Il faudrait alors chercher le complément par
d’autres pistes : en augmentant la CSG (proposition de Baptiste Mylondo), en augmentant
l’impôt sur le capital, en luttant contre la fraude
et l’évasion fiscale, en faisant rentrer le revenu
de base dans le revenu fiscal ou en mettant en
place une taxe sur les transactions financières
(propositions de Jean-Marie Monnier et Carlo
Vercellone).

La fusion de l’aide sociale, du système de chômage et du système de
retraite dans un revenu de base (3)
D’autres membres du mouvement défendent
un revenu de base issu de la fusion entre le système de l'assurance chômage, le système de
retraite et l’aide sociale en général (aide pour
le logement éventuellement incluse). L’assurance maladie est maintenue telle quelle du fait
qu’elle protège contre des risques qui touchent
très inégalement la population. Ainsi se substituerait aux cotisations salariales actuelles une
TVA d’un montant comparable.
Ce faisant, on estime que l’on pourrait financer
un revenu de base autour de 600 € par adulte et
300 € par enfant.
L’inconvénient réside dans le fait que les retraités sont les grands perdants d’une telle proposition et qu'il faudrait une longue transition pour
basculer d’un système de cotisation pour la re-

Aujourd’hui, la monnaie est créée par le crédit bancaire : au moment où une banque fait
un crédit à une entreprise ou un ménage, elle
ne mobilise pas de la monnaie qu’elle a dans
ses caisses, elle crée la monnaie qu’elle prête.
Elle équilibre ensuite ses comptes grâce aux dépôts bancaires permis par ce nouveau prêt, ou
alors en empruntant aux autres banques ou à
la banque centrale le montant nécessaire. Au
contraire, la monnaie est détruite lorsqu’un emprunteur rembourse son crédit à la banque.
Cette forme de création monétaire a deux inconvénients : elle est inégalitaire et elle accroît
les bulles spéculatives et les risques de crise
qui peuvent s’ensuivre. Elle est inégalitaire car
comme le dit le dicton, « on ne prête qu’aux
riches » : on prête plus facilement et avec un
taux d’intérêt plus faible à un ménage ayant un
gros apport et un revenu conséquent ou à une
multinationale qu’à un ménage modeste ou à
une PME. Ainsi la forme que prend aujourd’hui
la création monétaire bénéficie plus aux riches
qu’aux pauvres.
Certains d’entre nous proposent que la création monétaire, plutôt que de se faire par le crédit, se fasse par la distribution à chaque citoyen
d’un revenu de base : un dividende monétaire
en somme. De leur côté, les banques n’auraient
plus la possibilité de créer de la monnaie par
le crédit et ne pourraient prêter que ce que les
épargnants auraient placé en dépôt à terme et
ce que la Banque centrale accepterait de leur
prêter. Un tel système permettrait que la monnaie en circulation soit plus permanente, que
son volume soit beaucoup plus stable et maîtrisable par la Banque centrale. En outre, la monnaie étant directement distribuée aux individus
qui ont le choix entre la consommer ou l’investir
– notamment dans une entreprise personnelle -,
elle alimenterait directement l’économie réelle.
Avec une telle proposition, au sein de la zone
euro, on pourrait financer un revenu de base de
150 € par mois par individu. Soulignons que ce
montant représente une estimation haute de ce
dividende monétaire.

L'importante question du montant
de l'allocation

A

vant de tenter d'aborder l'importante question du financement, il convient de définir
celle du montant de l'allocation universelle ! Et cette question n'est pas neutre.
Le montant doit-il être faible au risque de ne pas pouvoir du tout en vivre ?
Ou bien doit-il dépasser la somme de toutes les prestations sociales, voire atteindre un montant
voisin du SMIC ?

On peut distinguer deux approches
Une branche « libérale » : accorder une somme d'argent aux citoyens (« agents économiques ») mi-filet de sécurité, mi-capital de départ pour pouvoir consommer et participer à
la vie de la société. À chacun ensuite d'organiser ses dépenses comme il l'entend. Quitte, en
contrepartie, à privatiser l'éducation, la santé, et tous les autres services publics. Bref : autonomie maximale face à un « État minimum » comme dirait Guy Sorman.
Une branche « marxiste » : elle s'appuie sur les « Grundrisse », ces textes où Karl Marx imagine le développement d'une société où l'humanité sera sortie du salariat et où les machines
seules assureront la création de richesses, qui seront reversées sous la forme d'un revenu socialisé universel. On retrouve cette influence chez les tenants de la thèse de la fin du travail : les
gains de productivité seraient tels qu'il n'y aurait plus assez de travail pour tout le monde, il
convient donc de rémunérer les gens autrement que via le salariat. 

La justice foncière à la Thomas Paine
Pour Thomas Paine (La Justice Agraire, 1795),
le revenu de base se justifie comme la redistribution d’un patrimoine naturel commun qui
ne saurait être légitimement approprié par une
minorité. À l’époque de Thomas Paine, ce patrimoine commun, désignait avant tout la terre,
qui avait été largement privatisée par une minorité de propriétaires terriens, particulièrement
en Angleterre avec le phénomène des enclosures (4), du XVIe au XVIIe siècle.
Considérons donc la proposition d’un revenu
de base comme outil de redistribution de la richesse procurée par le foncier. Il s’agirait donc
de taxer la rente foncière, c’est-à-dire de mettre

en place un impôt foncier proportionnel au prix
du foncier pour financer un revenu de base.
Une telle proposition n’est pas dénuée d’avantages en termes de justice, mais aussi d’efficacité économique. En termes de justice, cela
permettrait une redistribution du revenu en défaveur de ceux qui ont eu la chance d’acheter
bon marché un bien immobilier ou foncier qui
a vu sa valeur augmenter au cours du temps
(typiquement, la personne qui achète un logement à Paris) et en faveur de tous ceux qui
n’ont pas pu saisir ces opportunités. Mais en
termes économiques, en rendant plus coûteux
la propriété du foncier dans les zones denses,
cela encouragerait les propriétaires à en faire
le meilleur usage : louer ou vendre un appartement lorsqu’ils ne l’occupent pas, construire
un étage supplémentaire, etc. Ainsi, taxer plus
le foncier dans les zones denses réduit la hausse
des prix liées aux pratiques de spéculations
des investisseurs, car l’impôt payé par ce dernier le dissuade d’attendre la hausse des prix
avant de mettre son logement sur le marché.
Une telle proposition implique toutefois une refonte totale de l’impôt foncier, qui serait alors
payé à l’échelon national alors que pour le moment il finance les collectivités locales. De plus,
ça ne peut suffire à financer un revenu de base
conséquent.

Financement par l’impôt
sur le patrimoine
On peut élargir l’idée de l’impôt sur le foncier
à l’ensemble du patrimoine des ménages. Ainsi
Marc de Basquiat propose une taxe sur l’actif
net (TAN), appliqué sur l’ensemble du patrimoine immobilier, mobilier et financier des ménages dont on déduit les dettes. Fixée à 1 % de
l’actif net des ménages au-dessus d’un certain
seuil, une telle taxe pourrait rapporter chaque
année 80 milliards d’euros (les ménages français détiennent 11.000 milliards d’euros de
patrimoine, dont 62 % de patrimoine foncier),
soit de quoi financer un revenu de base mensuel d’environ 120 € par adulte et 60 € par enfant. Elle aurait en plus l’avantage d’être très
fortement redistributive dans la mesure où les
inégalités de patrimoine sont en France beaucoup plus fortes que les inégalités de revenus :
les 10 % de ménages les plus riches détiennent
en 2010 48 % de l’ensemble du patrimoine des
ménages (source : INSEE). 
Notes :
(1) L'article de Jean-Éric aborde 8 propositions,
dont celles de la redistribution de la rente pétrolière et le chèque vert. Disponible sur le site de
Revenu de base info : http://goo.gl/byvSpw
(2) Cette proposition s’appuie sur le travail
de Marc de Basquiat dont on peut trouver un
résumé de la thèse, en pdf, à l'adresse suivante
(35 pages) : http://goo.gl/4D3HKu
(3) Proposition de Jacques Marseille, historien
français, spécialiste d'histoire économique, chroniqueur de presse et de radio connu pour ses
prises de position libérales.
(4) Le mouvement des enclosures fait référence
aux changements qui, dès le XIIe siècle, ont
transformé, dans certaines régions de l'Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre
d'un système de coopération et de communauté d'administration des terres (généralement
champs de superficie importante, sans limitation
physique) en système de propriété privée des
terres (chaque champ étant séparé du champ voisin par une barrière, voir bocage). Les enclosures
marquent la fin des droits d'usage, en particulier
des communaux, dont bon nombre de paysans
dépendaient.

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LE LOT EN ACTION n° 79 - vendredi 21 février 2104

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Les objections les plus courantes
Par Pascal Brette

C'est contraire à l'éthique
Un revenu inconditionnel distribué à tous,
sans l’exigence du moindre travail, s’oppose à
notre culture et à nos principes moraux. N’estil pas écrit : tu gagneras ton pain à la sueur de
ton front ?
Ce qui était vrai aux temps les plus reculés
de notre histoire ne l’est plus totalement aujourd’hui car, depuis, la nature et la place du
travail ont fortement évolué dans notre société.
D'ores et déjà une fraction croissante du revenu des ménages se forme indépendamment de toute participation à l’effort productif, puisque la part des prestations sociales
ne cesse de s’accroître dans le PIB, passant
de moins de 12 % en 1949 à 30 % en 1998.
À plus long terme, avec le développement des
nouvelles technologies, les gains de productivité les plus spectaculaires sont encore devant
nous. Dès lors, le temps de travail ne représentera plus qu’une faible partie de notre temps de
vie. Il deviendra alors impossible de continuer à
défendre la thèse de lier au seul travail et au revenu du capital toute distribution de ressource.
En outre, on ne peut plus faire du travail le
seul facteur d’intégration sociale dans une
société où le travail est très inégalement réparti, où le temps consacré aux activités
non marchandes prend une place grandissante et où, en raison d’une compétition
économique exacerbée, la volonté de travailler n’assure pas aux moins favorisés une
prise suffisante sur le marché du travail.
On tend aussi à oublier que tout citoyen, qu’il
travaille ou non, est toute sa vie un acteur économique comme producteur et/ou consommateur.

Le revenu inconditionnel accorde des
droits sans rien exiger en retour
Le revenu inconditionnel est un dû de la collectivité à chacun de ses membres. Cela étant,
rien n’interdit de l’assortir d’un service civique.
En effet, malgré le progrès technique, il restera
probablement dans nos sociétés une barre incompressible de travail non épanouissant, voire
primaire, sale et servile. Si ces travaux sont indispensables à la collectivité, qu’ils soient assurés par tous, sur un temps donné, à définir
comme une contribution sociale.

En dehors de toute recherche d’équité,
ne serait-il pas plus efficace de
reporter sur les plus nécessiteux
l’allocation versée aux riches ?
Opérer une distinction entre les riches et les
pauvres nous ramène à une logique d’assistanat, avec tous les inconvénients inhérents à un
tel système : ressources à justifier, contrôles à
exercer, opacité, surenchères, lourdeur bureaucratique. En outre, et surtout, c’est rompre
avec le postulat de l’égale appartenance de
chacun à la communauté du seul fait de son
existence. Pour autant, le revenu net distribué après impôt n’est pas le même pour tous
puisqu’il s’ajoute aux revenus imposables. Dès
lors, la partie reprise par l’impôt progressif vous
pénalisera d’autant plus que votre revenu est
plus élevé.

Le revenu inconditionnel va inciter à la
paresse et déresponsabiliser l’individu.
Quel que soit son mode de calcul, le montant
du revenu inconditionnel reste modeste. Il assure seulement à son bénéficiaire la possibilité
de ne pas vivre dans la misère. Il sera donc tout

naturellement incité à travailler pour augmenter ses revenus et jouir d’un meilleur train de
vie.
En outre, le revenu inconditionnel doit évoluer avec le Produit Intérieur Brut, à la hausse
comme à la baisse. Une baisse pénaliserait en
premier ceux qui, refusant de participer à l’effort collectif, se seraient contentés de ce seul
revenu.

La société verra-t-elle coexister
durablement sans violence une
population bien intégrée et une
autre ne disposant pour vivre que
du revenu inconditionnel ?
Le revenu inconditionnel ne répond pas en soi
au problème du chômage, car il s’inscrit dans
une tout autre perspective. Il ne dispense pas
chacun de chercher à travailler pour améliorer
son train de vie. De même, il ne dispense pas la
société de favoriser l’emploi par une judicieuse
réduction de la durée du travail allant de pair
avec une croissance économique mieux maîtrisée. Contrairement à certaines affirmations,
le revenu inconditionnel ne se substitue pas au
revenu du travail; il vient seulement, en complément, pour assurer à chacun un minimum
de sécurité.

Le revenu inconditionnel va entraîner dans les pays riches une
immigration non maîtrisable
Non, car tout citoyen n’a droit qu’au revenu
de son pays d’origine. S’agissant des immigrés,
il revient donc au pouvoir politique, par des accords nationaux ou multinationaux, de définir
à partir de quand ils accéderont à la communauté nationale. Précisons que le revenu incon-

Quand la réalité devance l’utopie
Par Stanislas Jourdan

D

e Milton Friedman à James Tobin, l’idée d’un
revenu minimum garanti suscite l’intérêt de
nombreux économistes depuis quarante ans,
mais n’a jamais vraiment été appliquée, à part
sous la forme de programmes expérimentaux...
mais néanmoins riches d’enseignements.
Une des expériences les plus récentes et abouties à ce jour de mise en place d’un revenu garanti a été impulsée par la Namibian Basic Income Grant Coalition (Coalition namibienne
pour le revenu de base), dans un village de
Namibie. Durant deux années (2008-2009), les
930 villageois de moins de 60 ans d’OtjiveroOmitara, reçurent un revenu de base mensuel
(BIG, pour Basic Income Grant) représentant
l’équivalent de 9 euros par mois, sans aucune
autre condition que celle d’habiter le village
et alors qu’un tiers des Namibiens vivent avec
moins d’un dollar par jour.
La lecture du rapport d’évaluation paru en
avril 2009 (2), soit plus d’un an après le début de
l’expérimentation, démontre notamment que
la mise en place de ce revenu de base a considérablement amélioré l’économie locale. En
moyenne, les habitants ont réussi à augmenter
leur revenu de 29 %, hors versement du BIG.
Autre fait intéressant, les revenus issus d’activités de type auto-entrepreneuriale ont bondi de
300 %, et l’effet sur l’emploi a également été
observé, avec un taux de chômage diminuant
de 60 % à 45 %. Autrement dit, loin de favoriser une forme d’assistanat, ce revenu de base a
augmenté l’activité économique dans le village.

après le lancement du projet, le pourcentage
d’enfants en situation de malnutrition avait
chuté de 42 % à près de 17 %), baisse de la
criminalité (recul des larcins et du braconnage).
Le Brésil montre également la voie, avec la très
populaire Bolsa família (bourse famille), une
prestation sociale qui vise à donner une bourse
aux familles à bas revenu à condition que les
enfants soient scolarisés. Le programme, introduit au Brésil depuis 2003 sous la présidence de
Lula Da Silva, permet aujourd’hui à 12 millions
de familles pauvres d’envoyer plus de 40 millions d’enfants à l’école.
Il ne s’agit ici que d’une forme détournée du
concept du revenu de base puisque la Bolsa
família est attribuée en fonction du revenu du
foyer, contrairement au revenu de base testé en
Namibie. Mais l’expérience démontre cependant la pertinence de l’approche du revenu universel : une approche incitative plutôt que coercitive, et universelle plutôt que conditionnelle.
Malgré des versements assez faibles par famille – environ 22 reais (12 dollars) par mois et
par enfant, avec un paiement maximum de 200

De multiples changements ont également été
remarqués, notamment en ce qui concerne l'accès aux soins, la malnutrition (à peine six mois

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(1)

LE LOT EN ACTION n° 79 - vendredi 21 février 2104

dollars –, ce revenu a permis à une grande partie des familles brésiliennes les plus pauvres de
sortir de la misère. « Le nombre de Brésiliens
ayant un revenu inférieur à 800 reais par mois
(440 dollars) a chuté de plus de 8 % chaque
année depuis 2003. L’indice de Gini, une mesure de l’inégalité des revenus, a chuté de 58
à 54, en grande partie grâce à cette mesure »,
écrit The Economist. Preuve du succès, ou en
tout cas de l’engouement de l’opinion brésilienne pour cette mesure, la bourse famille a
sans cesse été étendue à de nouveaux ménages
depuis son lancement.
On pourrait penser que ce genre de programmes ne peuvent être destinés qu’à des
pays en développement, que les problématiques et dynamiques sociales ne sont pas les
mêmes dans les pays riches. Des expériences de
ce type ont aussi été menées au Canada et aux
États-Unis (3). Elles tendent à montrer que les
effets de telles mesures sont également bénéfiques dans des sociétés plus développées économiquement. 
Notes :
(1) Extraits d'un article publié sur Basta mag : http://
goo.gl/DQUL2n
(2) 103 pages, disponible sur internet : http://goo.
gl/iSTvXN
(3) Dans les années 1960-1970, sous l’impulsion du
Président Lyndon Johnson, qui déclare la « guerre
contre la pauvreté », un « impôt négatif » est expérimenté aux États-Unis. Au Canada, une autre expérience fut également menée entre 1975 et 1979,
dans la petite ville de Dauphin dans le Manitoba.
Contrairement aux expériences américaines, la particularité du programme canadien Mincome a été
d’inclure l’ensemble des 10 000 habitants de Dauphin, en plus de quelques autres zones alentour dites
« de contrôle », pour pouvoir comparer les résultats.

ditionnel est un système de valeur universelle,
applicable dans tous les pays, ou groupe de
pays, chacun au niveau de sa richesse nationale
(voir infra).

Le revenu inconditionnel
développe l’assistanat
Évidemment non puisque chacun le touche et
reçoit une somme identique. En cela il se distingue fondamentalement de l’impôt négatif,
du RMI et des diverses aides à la personne qui
s’inscrivent précisément dans la logique de l’assistanat, générateur de gaspillage et de fraude.
Le revenu inconditionnel, librement complété
par des revenus d’activité et sans retenue sur
ceux-ci, n’incite donc pas à frauder et personne
ne trouve avantage à se maintenir dans une situation d’assistance. C’est précisément l’inconditionnalité qui freine l’extension indéfinie de
l’assistanat. 

Pour en savoir plus
Vidéos

« Le revenu de base, une impulsion culturelle » - Film
de Enno Schmidt et Daniel Hani (1h35). Disponible ici :
http://goo.gl/L2yQpO
Le revenu universel : avenir ou utopie ? - Conférence
de Samuel Bendahan. Disponible ici : http://goo.gl/
pN3m4A
Le revenu universel - conférence du mouvement Utopia
Disponible ici : http://goo.gl/CN6OI8

Livres

Un revenu pour exister - Dossier de la revue Mouvement,
Éditions La Découverte Un revenu pour tous ! Précis
d’utopie réaliste - Baptiste Mylondo (2010) Disponible
sur internet : http://goo.gl/UlpqJ9
Une clémente économie : Au-delà du revenu d’existence
- Yoland Bresson (2008)
Le Revenu d’existence ou la Métamorphose de l’être
social - Yoland Bresson (2010)
La Théorie Relative de la Monnaie - Stéphane Laborde
(2010). Disponible sur internet : http://goo.gl/DqeRwr

Ouvrages accadémiques

Rationalisation d’un système redistributif complexe :
Une modélisation de l’allocation universelle en France Marc de Basquiat (2011). Disponible sur internet : http://
goo.gl/jozsfl
L’allocation universelle - Philippe Van Parjis & Yannick Vanderborght
Problématique d’une allocation universelle - synthèse de
l’état du débat en France par Jean-Claude Loewenstein.
En version pdf : http://goo.gl/El4zbB

Présentations powerpoint:

Présentation slideshare sur le revenu de base - Boris Prat
(http://goo.gl/RQnZa8)
Le revenu de base : utopie ou pragmatisme ? - présentation par Stanislas Jourdan (http://goo.gl/kRXvHg)
Le revenu d’existence : utopie ou nécessité ? - Frédéric
Bosqué (http://goo.gl/4Ag5I6)

Internet

(Beaucoup) d’autres articles d’universitaires sont disponibles sur le site du BIEN (http://goo.gl/EIVcSS)
Site Revenu de base : http://revenudebase.info (une
mine d'infos)
Mouvement Français pour un Revenu de Base : http://
www.mfrb.fr/